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Taser, à quoi ça sert?

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Le Taser, c‘est un pistolet électrique. Avec le flash-ball, c’est un peu l’idole des armes non létales utilisées par la police depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire depuis que Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur. Quand on en finit avec la police de proximité, mais qu’on veut tout de même éviter le carnage, il vaut mieux trouver des solutions de substitution. Alors va pour ces fameuses armes non létales. Comme ça, s’il y a des bavures, et il y en a toujours un peu, c’est comme le coulage dans les supermarchés, au moins elles seront non mortelles. Un genre de principe de précaution appliqué à la répression, si vous voulez.

Conte de fées

Le concept d’armes non létales est un joli conte de fées. Un peu comme celui d’opération chirurgicale bénigne. N’importe quel médecin, sauf éventuellement un chirurgien esthétique dans une série américaine genre Nip/Tuck, vous expliquera qu’il n’y a pas d’opération bénigne, que tout geste chirurgical, même anodin, même mille fois répété, comporte un risque. C’est pour cela que présenter le Taser comme une arme non létale, c’est un peu n’importe quoi. Dans « arme non létale », ce qui compte tout de même, c’est le mot « arme » et utiliser une « arme », par définition, c’est prendre le risque de tuer. Voire chercher à le faire. Il faudrait donc, pour être honnête, parler du Taser comme « d’une arme qui présente un peu moins de risques de tuer, quand vous l’utilisez, que le 9mm en dotation ».
Et puis, ce que je me demande aussi, tiens, c’est pourquoi le gardien de la paix qui patrouille dans le jardin d’enfants près de chez moi porte son 9mm dans l’étui, mais n’a pas de Taser. Parce qu’il n’a aucune raison de s’en servir contre de jeunes mamans qui font goûter les bambins, me répondrez-vous. Nous sommes d’accord. Ce qui signifie, à contrario, que si le policier emporte avec lui un Taser ou un Flash-Ball, c’est donc pour s’en servir. Et que l’on a, logiquement, davantage de risques de tuer ou de blesser gravement quelqu’un avec une arme non létale dont on est sûr de se servir qu’avec une arme létale dont on est sûr de ne pas se servir. Eh oui.
Paradoxe pour le moins dangereux quand ce sont tout de même des vies qui sont en jeu.

Deux décharges

Bon, rappelons les circonstances de l’affaire qui nous préoccupe: c’est un Malien sans papier (pléonasme en ce moment), à Colombes, qui s’est rebellé et qui a reçu deux décharges de Taser quand la police est venue le chercher. Il n’était pas dans un jardin d’enfants avec de jeunes mamans mais au douzième étage dans un appartement où il s’engueulait avec un ami. Quand on est clandestin, on devrait au moins avoir la politesse de ne pas déranger les voisins. La première décharge de Taser, apparemment, ne lui a rien fait. La seconde l’a calmé et tout le monde est reparti par l’ascenseur.
Dans l’ascenseur, avec les policiers, le Malien a fait un malaise et il est mort. Il avait peut-être trop de cholestérol. Ca bouffe à pas d’heure et un peu n’importe quoi, les clandestins, c’est bien connu. Même pas foutu de suivre un régime Dukan correctement. En même temps, il avait peut-être lu des études récentes indiquant que les régimes, c’est presque aussi dangereux pour la santé que le Taser.
Ou alors il était très contrarié de s’être disputé avec son ami. Ou il était crevé par sa journée sur un chantier du BTP qui ne voit jamais passer un inspecteur du travail. Ou ce sont les gaz lacrymogènes utilisés dans un premier temps. Ou c’est quand même de la faute du Taser. Ou de la faute à un peu tout ça mélangé. L’autopsie, à l’heure où nous écrivons, a une discrétion de violette et une prudence iroquoise. Nous citons le parquet de Nanterre : « Une asphyxie aigüe et massive », « il n’y a pas de cause certaine, unique et absolue du décès », « inhalation de gaz puisque du sang a été retrouvé dans ses poumons. », « un cœur dur et contracté, peut-être en lien avec l’utilisation du Taser mais ces résultats doivent être complétés par une expertise toxicologique et un examen des organes».
Allez savoir.

Euphémisation

Monsieur Antoine di Zazzo, PDG de Taser France, lui, est gêné. On le comprend, une arme non létale qui est plus ou moins soupçonnée de tuer, c’est toujours ennuyeux. Une parenthèse, Taser-France, ça veut dire en fait que la maison mère est américaine. Si ces joujoux mortifères semblent tellement indispensables au maintien de l’ordre des années 2010, on pourrait peut-être les fabriquer nous-mêmes ? Cela ne doit pas être bien sorcier. Utiliser un Taser, si j’ai bien compris, c’est un peu comme se servir à distance d’un défibrillateur cardiaque sur quelqu’un qui n’a pas de crise cardiaque.
C’est quand même problématique, quand on y pense, vu sous cet angle là.

Monsieur di Zazzo a donc tenté de s’expliquer très vite : « Seule l’autopsie de cet homme permettra de dire si notre pistolet est responsable du décès » et il ajoute « à ce jour, dans le monde, le Taser n’a jamais tué quelqu’un ». C’est vrai, l’autopsie laisse pour l’instant le bénéfice du doute au Taser. Monsieur di Zazzo va être provisoirement soulagé. Brice Hortefeux aussi. Admettons, mais d’après Amnesty International, aux Etats-Unis, il y a quand même de très forts soupçons qui confinent à la quasi certitude en ce qui concerne le décès de plusieurs personnes, essentiellement des adolescents ou des sujets fragiles.
Que ce soit ou non la faute du Taser, il va falloir réfléchir quand même un peu à cette notion d’arme non létale et à ses conditions d’utilisation. On a vu à plusieurs reprises ce que faisait le flash-ball quand il était employé dans des opérations de maintien de l’ordre où ce n’est pas son rôle. Un jeunes homme énucléé du côté de Montreuil sera prêt à vous en parler dès qu’il aura remis son œil de verre et retrouvé figure humaine.
L’arme non létale, ça participe finalement de cette euphémisation générale qui est caractérise notre novlangue. L’euphémisation aime bien les anglicismes comme « Taser » ou « management » qui permettent de contourner la réalité de la chose : « pistolet à impulsions électriques » ou « gestion optimale de l’humain dans le but de le presser comme un citron ».

L’arme non létale, c’est aussi, au bout du compte, le reflet de notre mauvaise conscience, de notre conscience malheureuse. Nous avons un reste de scrupule démocratique quand il s’agit de réprimer car la répression qui prouve qu’on n’a pas su prévenir est toujours une défaite personnelle de chaque citoyen. Et ce qu’on voudrait, avec l’arme non létale, c’est le beurre de la paix civile à n’importe quel prix, (même celui de la guerre a-t-on entendu l’été dernier) et l’argent du beurre de la bonne conscience humaniste et républicaine.
Cela va devenir de plus en plus compliqué.

Souriez vous êtes informés

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Le magazine quotidien des médias « Souriez vous êtes informés », diffusé de 9h45 à 10h sur France Inter, existe aussi en version hebdomadaire, enregistrée tous les mercredis et consacré à la Toile. Hier Guillaume Erner, Jean-Marie Durand et Elisabeth Lévy y ont interviewé Jean-Michel Aphatie.
A bon auditeur, salut !

Hariri : affaire classée

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photo : spdl_n1

Après plus de cinq ans, la commission internationale d’enquête créée par l’ONU pour faire la lumière sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri est sur le point de remettre un acte d’accusation. À en croire la presse mondiale de ces derniers mois, Daniel Bellemare, le procureur du tribunal spécial pour le Liban (TSL), formé pour juger les responsables de ce crime, le Hezbollah serait désigné comme l’exécuteur de l’attentat-suicide du 14 février 2005 qui a coûté la vie à Hariri ainsi qu’à des dizaines d’autres Libanais. L’ennui, c’est que tout comme les banques dans la crise économique mondiale, le Hezbollah est trop puissant pour qu’on puisse l’obliger à assumer ses responsabilités et à payer pour ses crimes. Alors que certains craignent un coup d’Etat de la milice chiite, la justice et la vérité sont incompatibles avec les rapports de force politiques et stratégiques.

Quant aux commanditaires, ils pourront, sauf énorme surprise, tourner la page. Encore plus incontournable que le Hezbollah, la Syrie rangera bientôt le dossier « Hariri, Rafiq » au même rayon des affaires classées que celui de « Gemayel, Bachir ». Quand on gêne la Syrie au Liban, la Syrie, elle, ne se gêne pas. Cette fois-ci elle s’en tire aussi, mais non sans frais. Assad fils y a laissé des plumes. La réserve qu’il a dû s’imposer après le raid israélien qui a détruit en septembre 2007 son très cher joujou nucléaire – qui a surpris le chef du Mossad, convaincu, selon un câble de l’ambassade américaine à Tel-Aviv, que la Syrie allait réagir –, l’assassinat à Damas d’Imad Mughniyah et le « suicide » de Ghazi Kanaan, un ancien chef de renseignements syrien au Liban, sont quelques-unes des couleuvres que le président syrien a été obligé d’avaler pour se racheter. Reste qu’il aurait pu – et sans doute dû – payer encore plus cher.

Le soir du 14 février 2005, le président syrien est dans une situation désespérée. Certes, il a réussi à s’ôter une épine du pied – Rafiq Hariri était devenu trop gênant – mais il pressent sans doute qu’il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. La brutalité de l’attentat (l’explosion d’une puissance de 1000 Kg de TNT) et la popularité de la victime vont avoir pour effet la création d’un camp anti-syrien puissant et audacieux. Les principales familles politiques libanaises (ce n’est pas une métaphore dans ce cas), chrétiennes et sunnites surmontent les jalousies et les peurs qui les divisaient en créant l’alliance du 14 mars à la suite d’une manifestation-commémoration 30 jours après l’attentat. Même le rusé et généralement prudent Walid Joumblatt, leader des Druzes, rejoint l’alliance et n’hésite à designer les Syriens comme responsables. Joumblatt a plus qu’une intime conviction pour appuyer ses accusations. Quelques mois plus tôt, lui et Hariri avaient été convoqués à Damas où Bachar leur avait intimé l’ordre d’obéir à son homme-lige, le président libanais Lahoud. « Je préfèrerais casser le Liban sur vous que de vous laisser casser ma parole au Liban », leur avait-il signifié. Le 14 février, il apparaît que la formule n’avait rien de métaphorique.

Face au camp anti-syrien, essentiellement sunnite et chrétien, s’en est formé un autre, presque exclusivement composé de chiites. Ces derniers – représentés en grande majorité par Amal et le Hezbollah – se rangent du côté de Damas. Répondant par une « contre-révolution du Cèdre », les mouvements chiites démontrent leur force par un immense rassemblement organisé trois semaines après l’attentat. La date de cette manifestation donne son nom au camp prosyrien : l’Alliance du 8 mars.

Petit à petit les esprits se sont calmés et certains leaders du camp anti-syrien ont le chemin de Damas, à commencer par Michel Aoun, le général chrétien qui avait tiré sur les Syriens en 1989 et qui avait dû fuir son pays pour échapper à leur vengeance. Lui qui, le soir du meurtre, n’a pas hésité à accuser Assad sur France 2 et dont l’Alliance du 14 mars réclamait le retour d’exil, est aujourd’hui le grand allié du Hezbollah et de la Syrie. Le leader druze Joumblatt a, lui aussi, relu depuis son Machiavel.

Mais dans l’émotion suscitée par l’attentat, alors que le traumatisme est encore présent dans les esprits et le sursaut national de la société libanaise encore palpable, le camp anti-syrien parvient à accomplir un exploit : l’internationalisation de l’affaire. Ainsi, le 7 avril 2005, l’ONU adopte la résolution 1595, bras juridique du TSL et véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête d’Assad. Depuis, le TSL est le gilet pare-balles politique de l’alliance du 14 mars.

Seulement, les réalités intangibles de la vie politique libanaise et de la géopolitique régionale reprennent le dessus. Même sans présence visible, la Syrie n’a pas renoncé à sa volonté de dominer le Liban, et malgré quelques revers momentanés, Damas a gardé une large palette de moyens d’action et de pression sur son petit voisin. Les sourires, la silhouette et la conversation de Madame el-Assad ont adouci l’image de son président de mari quelque peu écornée par « l’intime conviction » des chancelleries qu’il est le commanditaire de l’attentat du 14 février 2005. La vieille stratégie syrienne – entretenir et déployer une capacité de nuire pour se rendre indispensable – s’est de nouveau révélée efficace. Pièce essentielle de l’alliance entre l’Iran et le Hezbollah, la Syrie est très écoutée dans le « Dahiya », le quartier chiite du sud de Beyrouth, fief du Parti de Dieu. Une stratégie similaire sur l’échiquier irakien a fait de Bachar le voyou que tous les commerçants du quartier, soucieux de leur tranquillité et sans illusion sur l’efficacité de la justice, cherchent à acheter.

L’acte d’accusation – si les fuites de ces derniers mois sont fondées – sera un compromis entre cette réalité politique et les faits recueillis par les enquêteurs de M. Bellemare. Le TSL se contentera de désigner des individus, de démontrer la connivence entre l’armée et les services de renseignements libanais et le Hezbollah sans pour autant montrer du doigt l’organisation elle-même et encore moins le commanditaire et maître d’œuvre syrien.

Les faits appuyant l’acte d’accusation semblent convaincants sans être pour autant accablants, juridiquement parlant. Il s’agit essentiellement de preuves selon lesquelles huit téléphones portables appartenant à des militants du Hezbollah ont été localisés à l’endroit et au moment de l’attentat contre Hariri. Ces numéros de téléphone ont été d’ailleurs repérés assez rapidement par Wissam Eid, un enquêteur libanais assassiné, bien entendu, quelque temps après par qui vous savez. Il suffit de regarder un épisode des « Experts » pour comprendre que cela est un début prometteur.

Le Hezbollah, de son côté, a habilement mené une campagne de délégitimation dont le message principal est que le TSL est à la solde d’Israël et des Etats-Unis pour couvrir la responsabilité d’Israël dans l’assassinat d’Hariri. Quant à l’information concernant les fameux téléphones portables sur la scène du crime, l’argument ne désarçonne pas les porte-paroles du parti de Dieu : Israël a la capacité technologique de programmer des appels factices dans les réseaux libanais de téléphonie mobile… Face au tribunal de l’opinion publique, le Hezbollah a déjà gagné le procès. Quand des gens sont capables de croire que les employés juifs des Tours jumelles à New York avaient été prévenus par le Mossad la veille du 11 septembre, il n’est pas difficile de leur faire avaler aussi cette fable. Le TSL a justement été créé pour convaincre ces clients-là, et ils sont des centaines de millions surtout en Afrique et en Asie, dont l’imagination est nourrie par un régime intellectuel à base de cabales et de complots.

Paradoxalement, l’injustice flagrante qui fait office d’immunité pour la Syrie et le Hezbollah constitue le seul espoir pour le Liban d’échapper au pire. Intouchables, toujours victimes aux yeux d’une opinion publique captive, les assassins de Hariri et leurs commanditaires se sentiront moins contraints de mener la politique du pire.

Le déclin de l’Occident?

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Le gouvernement Fillon III n’a pas seulement écarté les pontes du centrisme que sont Hervé Morin et Jean-Louis Borloo. Il recèle une autre épuration, curieusement ignorée par les médias. En effet, on a beau scruter la liste des nouveaux ministres, un courant historique de la droite française manque à l’appel.

Où sont les anciens d’Occident ? De Patrick Devedjian, sèchement viré du ministère de la relance puis congédié de la fédération UMP des Hauts-de-Seine, à Hervé Novelli, discret mais honnête secrétaire d’Etat au Tourisme remercié sans autre forme de politesse, le bilan est sans appel. Et que dire de la non-promotion de Gérard Longuet, pourtant longtemps pressenti à la Défense, lui qui agonise d’ennui au Sénat ?

Cette inique conséquence du remaniement, cette minorité politique stigmatisée, discriminée, ostracisée nous ferait presque regretter la prochaine suppression de la Halde.

Presque mort pour presque rien ?

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Le 17 novembre, un lycéen tente de s’immoler par le feu dans un couloir de son lycée, à Bordeaux.
Comme les journalistes n’ont presque rien, alors ils parlent en boucle de ce « suicide par immolation dans les couloirs du lycée », changent un verbe, affinent un adjectif : il faut que ça tourne. D’autres sans doute font le pied de grue devant l’appartement des parents, photographient les copines, pistent les copains ; quelques camarades choqués pour entretenir le buzz, cela fait patienter. Ils ne savent rien mais ils actualisent, espèrent un détail, guettent un indice. Un drame ça s’organise. Les cellules psychologiques et les déclarations de ministres, trop vu et revu ! Alors que faire d’une immolation quand même les parents tardent à venir face caméra dire qu’ils ne comprennent pas, qu’ils souffrent mais qu’ils espèrent ? C’est quoi ces parents ?

Il faut que ça tourne ! Il faut envisager des clés, échafauder des pistes, ajouter des adverbes. Pas de responsable ? Pas la moindre vidéo retrouvée au domicile qui expliquerait ce geste par un désarroi existentiel ? Ca sonne bien l’existentiel, ça change du social qui fait tourner en rond, la perte de sens c’est important, sans oublier l’influence des jeux vidéos.
À défaut d’une vidéo, pas de trace écrite d’un enfer sentimental ? Le nomadisme amoureux, ses nouveaux codes et ses risques, c’est bon ça pourtant. Ou une implication ethno-dérapante? Ce n’était pas, comme certains disent sans honte, un jeune n’en pouvant plus de l’infâme racket islamique ? Ni un jeune issu de la Diversité la plus prometteuse en but au mépris de Français trop propres sur eux ? Même pas un gay en proie aux brimades ou un minoritaire quelconque soumis aux préjugés des bandes ?…
Peut-être que si après tout, il ne faut pas perdre espoir trop vite, il y aura bien un clan pour rebondir et faire son miel.

Que faire d’une immolation qui n’incite même pas à discuter d’une loi à l’Assemblée, qui ne permet pas de faire de l’Histoire, d’invoquer les mânes de Jan Palach, de parler du patriotisme qui a changé de forme, ou bien de la fragilité de l’adolescence, cette période où « la rupture est un appel », ou encore de gloser sur l’insécurité, « plaie des lycées », voire tout simplement de donner quelques idées aux pros du stand-up, oh bien sûr quand l’émotion sera retombée, hein !, quelque chose sur les gens qui ont besoin d’avoir chaud, qui font feu de tout bois, il faudrait creuser un peu …

Ils ne savent pas pourquoi mais ils sauront : le fait divers finira par rendre gorge. En attendant ils réécrivent en plus sombre ou en plus didactique, ils ajoutent un adverbe, changent un synonyme, contactent des spécialistes du désarroi et des sommités du risque. Ils espèrent surtout que ce ne soit pas un accident, ce serait trop bête, non il faudrait une motivation qui permette des débats et des photos, et puis si ça tourne mal au CHU de Bordeaux, il sera toujours temps de se rabattre sur le système hospitalier français qui part en vrille.

Une immolation, ça sert à quoi ?

Après Wiki, Karachi ?

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J’aime bien les chœurs de vierges effarouchées. Comme ceux qui se lèvent désormais après les « révélations » (je ne saurai faire autrement que mettre entre guillemets) de Wikileaks sur le thème « la politique étrangère des Etats ne saurait se faire sous le regard de tous ».

Bizarre, parce que juste sous nos yeux, nous avons une bien jolie affaire, ou disons deux pour le prix d’une, à propos desquelles les mêmes belles voix journalistiques réclament la transparence la plus intégrale. Je parle de Karachi, ses sous-marins Agosta, ses commissions pakistanaises, ses rétrocommissions libanaises, son potentiel financement occulte de la campagne Balladur, ses onze morts de la DCN, tout d’abord mis sur le dos de Ben Laden, puis non pas vraiment.

La presse, dans une belle unanimité, réclame la levée du secret-défense sur un certain nombre de documents protégés aujourd’hui, pour que les juges d’instruction chargés des deux affaires Karachi, (celle de l’attentat et celle des soupçons de financement occulte), puissent travailler. Jusqu’ici, le Premier ministre leur a refusé d’aller mettre leur nez dans des écoutes téléphoniques planquées à la DGSE, des pièces comptables abritées à Bercy ou encore des PV d’enquête parlementaire censées ne pas sortir des coffres de l’Assemblée. Toutes ces pièces, et j’imagine bien d’autres, sont couvertes par le secret-défense. D’ailleurs, c’est devenu une sorte de vulgate journalistique que de manier le secret-défense avec une mine pincée de conspirateur, comme pour dire, hou la la, je parle d’un truc énorme, mais je ne peux guère vous en dire plus. Sauf qu’à moins d’avoir fait du droit public et longtemps (ce que nous avons fait, frimons un peu) le concept est flou. Et non ça ne veut pas juste dire : on met un tampon sur des docs pour éviter que ces fouineurs de journalistes/juges/adversaires politiques n’utilisent nos secrets inavouables pour nous faire des misères.

Pour le coup, comme on dit, c’est un poil plus compliqué que ça et ça a à voir avec l’existence même de l’Etat (de droit). « Présentent un caractère de secret de la défense nationale […] les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l’objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès », dit l’article 413-9 du code pénal. Evidemment la notion s’est élargie au fil du temps. Dernière évolution en date, en 2009, le gouvernement a restreint la possibilité pour les magistrats d’aller dans certaines zones militaires, en les obligeant à saisir l’autorité qui a classé les docs qu’ils recherchent, qui elle-même doit saisir une commission pour statuer sur l’opportunité ou non d’accéder à leur demande.

Gare à l’épidémie de wikileaksite

Moi, je suis assez basique : je crois toujours que le droit et les formes ça sert à protéger les plus faibles, ceux qui en savent le moins, soit les gens dans mon genre. Et dans le fond, par moment je fais plus confiance à ceux qui planquent des documents, ou plutôt refusent de les mettre en ligne, qu’à ceux qui s’échinent à vouloir me permettre de les télécharger. Que ça cause de sous-marins, de centrales, de contrat d’aviation, d’opérations militaires ou de terrorisme. En la matière, il n’y a pas de morale, hormis celle de l’intérêt public, enfin j’espère. Et les juges qui s’érigent en justiciers à défaut de faire leur boulot me foutent la trouille. D’autant qu’ensuite je sais qu’ils finissent par être candidats à la présidentielle avec des lunettes rouges…

Evidemment, il ne faut pas s’étonner que tout le monde n’ait que le mot transparence à la bouche quand des anciens ministres, genre Millon ou Villepin, balancent des trucs aux juges et à l’opinion avant de revenir doucement sur ce qu’ils ont dit et quand les politiques eux-mêmes donnent l’impression d’utiliser le secret défense pour dissimuler des trucs qui n’en valent pas la peine -ou qui tout en en valant la peine, relèvent plus du dossier pourri à planquer aux oubliettes que du secret défense tel que le définit la loi.. Honnêtement, si tout ce monde était moins bavard et plus respectueux de la loi, et si on avait traité les familles des victimes de Karachi avec moins de désinvolture et de mépris, celles-ci n’en seraient peut-être pas à mettre tous leurs espoirs dans un « petit juge », histoire de faire tomber un système qu’elles estiment responsable de leur deuil.

Si la France était une vraie démocratie, on confierait une partie de l’enquête aux députés, en leur faisant confiance pour ne pas mettre d’huile sur le feu. Au lieu de quoi, agacés de plus en plus par la tournure des événements, certains (enfin un communiste) se disent prêts à la wikileaksite (maladie infantile qui consiste à balancer aux juges les docs demandés, au risque de faire annuler les procédures, mais ça, tout le monde s’en fout).

Somme toute, il va falloir être costaud, et légitime politiquement, pour résister à l’obsession de transparence morbide qui monte. Il faudra peut-être se souvenir de cette phrase d’un ancien bâtonnier de Paris qui disait : « La seule chose vraiment transparente en ce bas monde, ce sont les méduses ». 99 % d’eau, zéro cerveau, m’est avis qu’avec ça la vérité va avancer…

Sous les sapins, Causeur !

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Si on vous dit que le titre du prochain numéro de Causeur est « Sarkozy, une obsession française », vous devinerez sans doute par vous-même qui est le principal protagoniste du dossier central de ce Causeur n° 30 de décembre. En revanche, ce que vous n’imaginez même pas, c’est à quel point avis, analyses et pronostics y sont divergents : du vrai dissensus comme seule la maison sait en concocter !

Ajoutez à cela une interview très enlevée avec un Monseigneur André Vingt-Trois fort inattendu ; un entretien de fond, et sans concessions, avec Jean-Luc Mélenchon, un carnet de voyage en Afghanistan et mille autres gâteries, toutes rigoureusement inédites : vous aurez compris tout seul qu’il n’y a plus à s’inquiéter pour les longues soirées d’hiver…

Faut-il préciser que pour profiter de toutes ce bonnes choses, il faut être abonné ou, si besoin, se réabonner. C’est ici que ça se passe.

Ciao Monicelli

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Mario Monicelli s’est donné la mort ce lundi à 95 ans. Ni larmes ni couronnes pour la circonstance, ni discours non plus. Rien que des rires et des bons souvenirs. Et bien sûr, quelques images…

Et en italien, pour les accros :

Pacte à trois? Patatras!

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Hier soir, nous avons donc appris que Ségolène Royal, dans un entretien à la Nouvelle République du Centre-Ouest, se déclarait très officiellement candidate à la candidature socialiste à l’élection présidentielle. Je sais, normalement, je devrais appeler cela « candidate aux primaires à gauche » mais comme tous les autres partis de gauche ont déjà opposé une fin de non-recevoir à cette histoire, il faut savoir ramener cette compétition à ses justes proportions.

Cette désignation commençait de la manière la plus distrayante possible. Avec des personnages hauts en couleurs, jouant tous un rôle précis pour le plus grand plaisir des observateurs. Il y avait Manuel, celui qui est candidat depuis que les primaires ont vu le jour, et même avant. Représentant de l’aile UMP du parti, il n’y pèse guère plus de 2 ou 3%, et pour cause, Jean-Marie Bockel avait déjà rejoint Nicolas Sarkozy avec les maigres troupes blairistes assumées. Ouvrir la désignation aux sympathisants et plus généralement à l’homme de la rue de gauche qui a pu le voir à la télé, c’était une chance inouïe de jouer un rôle en 2012.

Il y avait aussi Arnaud, le créateur de ces primaires et qui, comme Charlie Pasqua, pensait surtout à lui lorsqu’il a fait le voyage aux Etats-Unis pour savoir comment importer les caucus à Frangy. Et, en effet, Arnaud a annoncé sa candidature la semaine dernière. Il en était question, d’ailleurs, dans ces colonnes. Enfin, il y avait François, qui avait loupé le coche en 2007, et qui bien que répétant que cette histoire de primaires n’était pas conforme à la tradition militante de son parti, avait finalement décidé qu’elles pouvaient finir par lui être favorables. Régime, couleur, séduction des lecteurs du Figaro.fr et d’autres malins artifices furent donc mis en œuvre afin de profiter au maximum de cette joyeuse compétition, appliquant avec une persévérance admirable les conseils désormais légendaires de Jean-Claude Dusse :« Oublie que tu n’as aucune chance; vas-y, fonce: sur un malentendu, ça peut marcher ! ».

Et il y avait la trinité de Marrakech. Dans le riad de Dominique Strauss-Kahn, au cœur de la Perle du Sud, Ségolène, Martine et le maître des lieux signèrent, raconte t-on, un pacte censé demeurer secret. Or, les partisans de Martine et de son allié Fabius n’ont pas cessé de le raconter par le menu à tout ce que Paris compte de journalistes, ou presque. Après quoi Martine et Laurent s’y sont mis personnellement. Si DSK a l’immense avantage de pouvoir se retrancher derrière le devoir de réserve, ce n’est pas le cas de Ségolène Royal qui a dû confirmer qu’elle ne déciderait pas seule, tout en infirmant qu’il existait bien un pacte, lequel mot sonne légèrement magouille. Bien que n’étant pas dans le secret des dieux, on imagine assez bien que la Présidente du Conseil régional picto-charentais, ne goûtant guère qu’on associe son image à celle d’une comploteuse signant un pacte sous le soleil de la Ville Ocre en train de se faire servir roses au miel et thé à la menthe, a prévenu sa copine Martine qu’une plus grande discrétion s’imposait, sans quoi le fameux pacte virerait caduc. En vertu de quoi, la semaine dernière au journal télévisé de 20h de France 2, Martine, a rappelé l’existence de cet accord. Ce qui a donc déplu à Ségolène, laquelle s’est donc défaite du pacte en question en annonçant hier cette candidature. Vous suivez ?

Le pacte à trois n’aura pas lieu

C’est donc Martine Aubry qui a précipité l’annonce de Ségolène Royal, laquelle aurait sans doute préféré gagner encore un peu de temps, puisqu’on l’imagine convaincue qu’elle joue davantage dans la cour de DSK que de celle de Montebourg et Hollande. Dès lors, on peut imaginer trois hypothèses.

La première, c’est que Martine Aubry serait une gaffeuse de première, une sorte de Pierre Richard de Solferino, qui aurait oublié qu’il fallait taire le pacte pour ne fâcher ni ceux qui en étaient exclus, ni ceux qui l’avaient signé avec elle. Cette hypothèse, s’il faut tout de même l’envisager puisque Martine est bel bien la fille de Jacques Delors, celui qu’on cachait autrefois dans les campagnes électorales, me paraît tout de même assez improbable. En effet, Laurent Fabius avait participé activement à cette opération « Eventons Marrakech » et Fabius n’est pas tombé de la dernière pluie.

Il faut donc, plus sérieusement en envisager une seconde : Martine Aubry, encouragée par son allié Laurent, aurait tenté, pour son propre compte, un coup de billard à trois, quatre, voire davantage encore de bandes. Ne me demandez pas comment, parce que moi je n’y vois absolument aucun avantage pour elle. Je n’y vois que des avantages pour les autres. Pour DSK qui continue à se taire et qui bénéficie de cette avalanche de candidatures alors qu’il se balade dans les sondages. Pour Ségolène Royal, qui supplante Martine au cas où DSK ne répondrait pas à l’appel ; Rappelons au passage que Ségolène, semble bien meilleure en campagne électorale que la première secrétaire et qu’elle est, paradoxalement, forte de son expérience malheureuse à la précédent échéance, tel le Jacques Chirac de 1995 (ou même le Mitterrand de 1981). Pour Laurent Fabius, enfin, puisque c’est lui qui conseille Martine, et certainement pas pour son bien à elle mais pour son bien à lui. Complètement hors-jeu au départ, l’ancien premier ministre, envisageant un forfait de DSK, et voyant Martine Aubry hésitante à se jeter dans une bataille si rude pour elle, la convaincrait au bout du compte que c’est lui seul qui peut battre Ségo. Si cette hypothèse se vérifiait, pis que Pierre Richard, on penserait davantage au regretté Leslie Nielsen pour qualifier les qualités stratégiques de Martine Aubry.

La dernière hypothèse serait que DSK aurait déjà confié à Martine Aubry son désir d’être candidat. Et lui aurait déjà promis Matignon. En accord avec Strauss-Kahn ou pas, évoquer ce pacte chez Pujadas, et pousser ainsi Ségolène Royal à annoncer sa candidature, n’en paraît pas une meilleure idée pour autant. Elle négligerait ce sage conseil du Cardinal de Retz selon lequel on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Lorsque DSK annoncerait sa candidature avec Martine sur son porte-bagages, Ségolène Royal déjà bien en jambes, pourrait même trouver un souffle supplémentaire en dénonçant le pacte de la magouille, se ménageant les faveurs des petits candidats et bénéficiant de leurs retraits. Elle se présenterait comme la candidate de l’honnêteté et de la transparence et pourrait finalement coiffer DSK sur le poteau, à la plus grande surprise des observateurs, lesquels se dopent aux sondages. Il n’est pas interdit de penser que Martine Aubry ne ferait pas figure de favorite pour Matignon ensuite…

Il reste une hypothèse, qui ferait de Martine Aubry une stratège de haut vol et de moi un âne bâté, c’est qu’elle serait de mèche avec Ségolène Royal et torpillerait, de concert avec cette dernière, le fameux pacte de Marrakech, terrassant DSK, lequel continuerait à croire que la première secrétaire est de son côté. Franchement, même en se forçant un peu, on n’y croit guère plus de cinq secondes, non ?

Je pense donc je twitte

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Karl Theodor zu Guttenberg
Karl Theodor zu Guttenberg.

« UMP : pas de pénurie à la pompe. » Une conséquence de l’inflation.

« Les médecins recommandent à Martine Aubry de ne pas s’approcher des lumières fortes. » Elle peut rentrer rue de Solférino.

C’est parti : les retraités manifestent contre l’acné.

« Miss États-Unis couronnée Miss Monde. » Mais il se prend pour qui, Obama ?

« Une foule dense pour les obsèques de Georges Frêche. » J’irai denser sur vos tombes.

« L’alcool pourrait nuire à la santé des spermatozoïdes. » Il est déconseillé de tremper ses couilles dans son verre.

« Roissy est parfaitement alimenté. » Y en a qui n’ont jamais goûté les plateaux-repas d’Air France !

« 12:52 : Le pape dénonce la faim dans le monde. » Depuis, tout va mieux : il a déjeuné.

« Un millier de manifestants à Versailles. » Donnez-leur de la brioche ![access capability= »lire_inedits »]

« La Norvège déplore la réaction chinoise. » Et la Chine s’en fout un tout petit peu.

« Allusion à Laval : excuses de Lancar. » Donc, finalement, il recrache ?

« Salman Rushdie écrit ses mémoires. » S’il pouvait simplement se contenter d’écrire, une fois, un bon livre…

« Les pantoufles de Madoff aux enchères. » Elles valent le coup : ce sont ses pantoufles portebonheur.

« Présidentielle : Marine Le Pen progresse. » On va peut-être attendre la fin du dépouillement, non ?

« Le gène qui “rend pompette” protégerait de l’alcoolisme. » Ouf ! je l’ai pas ! Pour ne pas être raciste, faut-il cesser de porter Habit rouge ou se résoudre à puer le nègre ?

« Les astuces pour trouver de l’essence. » Un derrick dans le jardin remplace avantageusement une éolienne.

«Dite cliniquement morte, elle se réveille. » La petite soeur de Jean-Pierre Chevènement fait son intéressante.

« Un évêque veut bouter la pop. » Il aurait voulu brouter le pope, ça aurait fait avancer l’unité des chrétiens.

« Un évêque anglican se convertit. » Vaticano : 1 point. England : 0.

« Coca-Cola veut toucher les musulmans. » Les bulles seront tournées vers La Mecque.

« Les pistes de Jacques Attali pour réduire le déficit. » Un bon début serait de réduire Jacques Attali.

Quand j’étais lycéen, je rêvais de mourir d’une overdose à vingt ans. Cette génération est vraiment no future !

« Air France : appel à la grève mercredi. » Je croyais qu’ils étaient en grève reconductible depuis le début des années 1970…

« Strasbourg : une banderole polémique. » Ouh, le gewurz devrait être bon cette année.

« Marine Le Pen ironise sur “Jacques Attila”. » Tiens, elle a mis la main sur la collec d’Almanach Vermot de papa.

Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre allemand de la Défense, me fait très bonne impression.

« Une planche d’Hergé vendue 240 000 €. » Laissez-lui les trois dernières.

J’ai essayé de vivre. On ne m’y reprendra plus.[/access]

Taser, à quoi ça sert?

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Le Taser, c‘est un pistolet électrique. Avec le flash-ball, c’est un peu l’idole des armes non létales utilisées par la police depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire depuis que Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur. Quand on en finit avec la police de proximité, mais qu’on veut tout de même éviter le carnage, il vaut mieux trouver des solutions de substitution. Alors va pour ces fameuses armes non létales. Comme ça, s’il y a des bavures, et il y en a toujours un peu, c’est comme le coulage dans les supermarchés, au moins elles seront non mortelles. Un genre de principe de précaution appliqué à la répression, si vous voulez.

Conte de fées

Le concept d’armes non létales est un joli conte de fées. Un peu comme celui d’opération chirurgicale bénigne. N’importe quel médecin, sauf éventuellement un chirurgien esthétique dans une série américaine genre Nip/Tuck, vous expliquera qu’il n’y a pas d’opération bénigne, que tout geste chirurgical, même anodin, même mille fois répété, comporte un risque. C’est pour cela que présenter le Taser comme une arme non létale, c’est un peu n’importe quoi. Dans « arme non létale », ce qui compte tout de même, c’est le mot « arme » et utiliser une « arme », par définition, c’est prendre le risque de tuer. Voire chercher à le faire. Il faudrait donc, pour être honnête, parler du Taser comme « d’une arme qui présente un peu moins de risques de tuer, quand vous l’utilisez, que le 9mm en dotation ».
Et puis, ce que je me demande aussi, tiens, c’est pourquoi le gardien de la paix qui patrouille dans le jardin d’enfants près de chez moi porte son 9mm dans l’étui, mais n’a pas de Taser. Parce qu’il n’a aucune raison de s’en servir contre de jeunes mamans qui font goûter les bambins, me répondrez-vous. Nous sommes d’accord. Ce qui signifie, à contrario, que si le policier emporte avec lui un Taser ou un Flash-Ball, c’est donc pour s’en servir. Et que l’on a, logiquement, davantage de risques de tuer ou de blesser gravement quelqu’un avec une arme non létale dont on est sûr de se servir qu’avec une arme létale dont on est sûr de ne pas se servir. Eh oui.
Paradoxe pour le moins dangereux quand ce sont tout de même des vies qui sont en jeu.

Deux décharges

Bon, rappelons les circonstances de l’affaire qui nous préoccupe: c’est un Malien sans papier (pléonasme en ce moment), à Colombes, qui s’est rebellé et qui a reçu deux décharges de Taser quand la police est venue le chercher. Il n’était pas dans un jardin d’enfants avec de jeunes mamans mais au douzième étage dans un appartement où il s’engueulait avec un ami. Quand on est clandestin, on devrait au moins avoir la politesse de ne pas déranger les voisins. La première décharge de Taser, apparemment, ne lui a rien fait. La seconde l’a calmé et tout le monde est reparti par l’ascenseur.
Dans l’ascenseur, avec les policiers, le Malien a fait un malaise et il est mort. Il avait peut-être trop de cholestérol. Ca bouffe à pas d’heure et un peu n’importe quoi, les clandestins, c’est bien connu. Même pas foutu de suivre un régime Dukan correctement. En même temps, il avait peut-être lu des études récentes indiquant que les régimes, c’est presque aussi dangereux pour la santé que le Taser.
Ou alors il était très contrarié de s’être disputé avec son ami. Ou il était crevé par sa journée sur un chantier du BTP qui ne voit jamais passer un inspecteur du travail. Ou ce sont les gaz lacrymogènes utilisés dans un premier temps. Ou c’est quand même de la faute du Taser. Ou de la faute à un peu tout ça mélangé. L’autopsie, à l’heure où nous écrivons, a une discrétion de violette et une prudence iroquoise. Nous citons le parquet de Nanterre : « Une asphyxie aigüe et massive », « il n’y a pas de cause certaine, unique et absolue du décès », « inhalation de gaz puisque du sang a été retrouvé dans ses poumons. », « un cœur dur et contracté, peut-être en lien avec l’utilisation du Taser mais ces résultats doivent être complétés par une expertise toxicologique et un examen des organes».
Allez savoir.

Euphémisation

Monsieur Antoine di Zazzo, PDG de Taser France, lui, est gêné. On le comprend, une arme non létale qui est plus ou moins soupçonnée de tuer, c’est toujours ennuyeux. Une parenthèse, Taser-France, ça veut dire en fait que la maison mère est américaine. Si ces joujoux mortifères semblent tellement indispensables au maintien de l’ordre des années 2010, on pourrait peut-être les fabriquer nous-mêmes ? Cela ne doit pas être bien sorcier. Utiliser un Taser, si j’ai bien compris, c’est un peu comme se servir à distance d’un défibrillateur cardiaque sur quelqu’un qui n’a pas de crise cardiaque.
C’est quand même problématique, quand on y pense, vu sous cet angle là.

Monsieur di Zazzo a donc tenté de s’expliquer très vite : « Seule l’autopsie de cet homme permettra de dire si notre pistolet est responsable du décès » et il ajoute « à ce jour, dans le monde, le Taser n’a jamais tué quelqu’un ». C’est vrai, l’autopsie laisse pour l’instant le bénéfice du doute au Taser. Monsieur di Zazzo va être provisoirement soulagé. Brice Hortefeux aussi. Admettons, mais d’après Amnesty International, aux Etats-Unis, il y a quand même de très forts soupçons qui confinent à la quasi certitude en ce qui concerne le décès de plusieurs personnes, essentiellement des adolescents ou des sujets fragiles.
Que ce soit ou non la faute du Taser, il va falloir réfléchir quand même un peu à cette notion d’arme non létale et à ses conditions d’utilisation. On a vu à plusieurs reprises ce que faisait le flash-ball quand il était employé dans des opérations de maintien de l’ordre où ce n’est pas son rôle. Un jeunes homme énucléé du côté de Montreuil sera prêt à vous en parler dès qu’il aura remis son œil de verre et retrouvé figure humaine.
L’arme non létale, ça participe finalement de cette euphémisation générale qui est caractérise notre novlangue. L’euphémisation aime bien les anglicismes comme « Taser » ou « management » qui permettent de contourner la réalité de la chose : « pistolet à impulsions électriques » ou « gestion optimale de l’humain dans le but de le presser comme un citron ».

L’arme non létale, c’est aussi, au bout du compte, le reflet de notre mauvaise conscience, de notre conscience malheureuse. Nous avons un reste de scrupule démocratique quand il s’agit de réprimer car la répression qui prouve qu’on n’a pas su prévenir est toujours une défaite personnelle de chaque citoyen. Et ce qu’on voudrait, avec l’arme non létale, c’est le beurre de la paix civile à n’importe quel prix, (même celui de la guerre a-t-on entendu l’été dernier) et l’argent du beurre de la bonne conscience humaniste et républicaine.
Cela va devenir de plus en plus compliqué.

Souriez vous êtes informés

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Le magazine quotidien des médias « Souriez vous êtes informés », diffusé de 9h45 à 10h sur France Inter, existe aussi en version hebdomadaire, enregistrée tous les mercredis et consacré à la Toile. Hier Guillaume Erner, Jean-Marie Durand et Elisabeth Lévy y ont interviewé Jean-Michel Aphatie.
A bon auditeur, salut !

Hariri : affaire classée

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photo : spdl_n1
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Après plus de cinq ans, la commission internationale d’enquête créée par l’ONU pour faire la lumière sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri est sur le point de remettre un acte d’accusation. À en croire la presse mondiale de ces derniers mois, Daniel Bellemare, le procureur du tribunal spécial pour le Liban (TSL), formé pour juger les responsables de ce crime, le Hezbollah serait désigné comme l’exécuteur de l’attentat-suicide du 14 février 2005 qui a coûté la vie à Hariri ainsi qu’à des dizaines d’autres Libanais. L’ennui, c’est que tout comme les banques dans la crise économique mondiale, le Hezbollah est trop puissant pour qu’on puisse l’obliger à assumer ses responsabilités et à payer pour ses crimes. Alors que certains craignent un coup d’Etat de la milice chiite, la justice et la vérité sont incompatibles avec les rapports de force politiques et stratégiques.

Quant aux commanditaires, ils pourront, sauf énorme surprise, tourner la page. Encore plus incontournable que le Hezbollah, la Syrie rangera bientôt le dossier « Hariri, Rafiq » au même rayon des affaires classées que celui de « Gemayel, Bachir ». Quand on gêne la Syrie au Liban, la Syrie, elle, ne se gêne pas. Cette fois-ci elle s’en tire aussi, mais non sans frais. Assad fils y a laissé des plumes. La réserve qu’il a dû s’imposer après le raid israélien qui a détruit en septembre 2007 son très cher joujou nucléaire – qui a surpris le chef du Mossad, convaincu, selon un câble de l’ambassade américaine à Tel-Aviv, que la Syrie allait réagir –, l’assassinat à Damas d’Imad Mughniyah et le « suicide » de Ghazi Kanaan, un ancien chef de renseignements syrien au Liban, sont quelques-unes des couleuvres que le président syrien a été obligé d’avaler pour se racheter. Reste qu’il aurait pu – et sans doute dû – payer encore plus cher.

Le soir du 14 février 2005, le président syrien est dans une situation désespérée. Certes, il a réussi à s’ôter une épine du pied – Rafiq Hariri était devenu trop gênant – mais il pressent sans doute qu’il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. La brutalité de l’attentat (l’explosion d’une puissance de 1000 Kg de TNT) et la popularité de la victime vont avoir pour effet la création d’un camp anti-syrien puissant et audacieux. Les principales familles politiques libanaises (ce n’est pas une métaphore dans ce cas), chrétiennes et sunnites surmontent les jalousies et les peurs qui les divisaient en créant l’alliance du 14 mars à la suite d’une manifestation-commémoration 30 jours après l’attentat. Même le rusé et généralement prudent Walid Joumblatt, leader des Druzes, rejoint l’alliance et n’hésite à designer les Syriens comme responsables. Joumblatt a plus qu’une intime conviction pour appuyer ses accusations. Quelques mois plus tôt, lui et Hariri avaient été convoqués à Damas où Bachar leur avait intimé l’ordre d’obéir à son homme-lige, le président libanais Lahoud. « Je préfèrerais casser le Liban sur vous que de vous laisser casser ma parole au Liban », leur avait-il signifié. Le 14 février, il apparaît que la formule n’avait rien de métaphorique.

Face au camp anti-syrien, essentiellement sunnite et chrétien, s’en est formé un autre, presque exclusivement composé de chiites. Ces derniers – représentés en grande majorité par Amal et le Hezbollah – se rangent du côté de Damas. Répondant par une « contre-révolution du Cèdre », les mouvements chiites démontrent leur force par un immense rassemblement organisé trois semaines après l’attentat. La date de cette manifestation donne son nom au camp prosyrien : l’Alliance du 8 mars.

Petit à petit les esprits se sont calmés et certains leaders du camp anti-syrien ont le chemin de Damas, à commencer par Michel Aoun, le général chrétien qui avait tiré sur les Syriens en 1989 et qui avait dû fuir son pays pour échapper à leur vengeance. Lui qui, le soir du meurtre, n’a pas hésité à accuser Assad sur France 2 et dont l’Alliance du 14 mars réclamait le retour d’exil, est aujourd’hui le grand allié du Hezbollah et de la Syrie. Le leader druze Joumblatt a, lui aussi, relu depuis son Machiavel.

Mais dans l’émotion suscitée par l’attentat, alors que le traumatisme est encore présent dans les esprits et le sursaut national de la société libanaise encore palpable, le camp anti-syrien parvient à accomplir un exploit : l’internationalisation de l’affaire. Ainsi, le 7 avril 2005, l’ONU adopte la résolution 1595, bras juridique du TSL et véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête d’Assad. Depuis, le TSL est le gilet pare-balles politique de l’alliance du 14 mars.

Seulement, les réalités intangibles de la vie politique libanaise et de la géopolitique régionale reprennent le dessus. Même sans présence visible, la Syrie n’a pas renoncé à sa volonté de dominer le Liban, et malgré quelques revers momentanés, Damas a gardé une large palette de moyens d’action et de pression sur son petit voisin. Les sourires, la silhouette et la conversation de Madame el-Assad ont adouci l’image de son président de mari quelque peu écornée par « l’intime conviction » des chancelleries qu’il est le commanditaire de l’attentat du 14 février 2005. La vieille stratégie syrienne – entretenir et déployer une capacité de nuire pour se rendre indispensable – s’est de nouveau révélée efficace. Pièce essentielle de l’alliance entre l’Iran et le Hezbollah, la Syrie est très écoutée dans le « Dahiya », le quartier chiite du sud de Beyrouth, fief du Parti de Dieu. Une stratégie similaire sur l’échiquier irakien a fait de Bachar le voyou que tous les commerçants du quartier, soucieux de leur tranquillité et sans illusion sur l’efficacité de la justice, cherchent à acheter.

L’acte d’accusation – si les fuites de ces derniers mois sont fondées – sera un compromis entre cette réalité politique et les faits recueillis par les enquêteurs de M. Bellemare. Le TSL se contentera de désigner des individus, de démontrer la connivence entre l’armée et les services de renseignements libanais et le Hezbollah sans pour autant montrer du doigt l’organisation elle-même et encore moins le commanditaire et maître d’œuvre syrien.

Les faits appuyant l’acte d’accusation semblent convaincants sans être pour autant accablants, juridiquement parlant. Il s’agit essentiellement de preuves selon lesquelles huit téléphones portables appartenant à des militants du Hezbollah ont été localisés à l’endroit et au moment de l’attentat contre Hariri. Ces numéros de téléphone ont été d’ailleurs repérés assez rapidement par Wissam Eid, un enquêteur libanais assassiné, bien entendu, quelque temps après par qui vous savez. Il suffit de regarder un épisode des « Experts » pour comprendre que cela est un début prometteur.

Le Hezbollah, de son côté, a habilement mené une campagne de délégitimation dont le message principal est que le TSL est à la solde d’Israël et des Etats-Unis pour couvrir la responsabilité d’Israël dans l’assassinat d’Hariri. Quant à l’information concernant les fameux téléphones portables sur la scène du crime, l’argument ne désarçonne pas les porte-paroles du parti de Dieu : Israël a la capacité technologique de programmer des appels factices dans les réseaux libanais de téléphonie mobile… Face au tribunal de l’opinion publique, le Hezbollah a déjà gagné le procès. Quand des gens sont capables de croire que les employés juifs des Tours jumelles à New York avaient été prévenus par le Mossad la veille du 11 septembre, il n’est pas difficile de leur faire avaler aussi cette fable. Le TSL a justement été créé pour convaincre ces clients-là, et ils sont des centaines de millions surtout en Afrique et en Asie, dont l’imagination est nourrie par un régime intellectuel à base de cabales et de complots.

Paradoxalement, l’injustice flagrante qui fait office d’immunité pour la Syrie et le Hezbollah constitue le seul espoir pour le Liban d’échapper au pire. Intouchables, toujours victimes aux yeux d’une opinion publique captive, les assassins de Hariri et leurs commanditaires se sentiront moins contraints de mener la politique du pire.

Le déclin de l’Occident?

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Le gouvernement Fillon III n’a pas seulement écarté les pontes du centrisme que sont Hervé Morin et Jean-Louis Borloo. Il recèle une autre épuration, curieusement ignorée par les médias. En effet, on a beau scruter la liste des nouveaux ministres, un courant historique de la droite française manque à l’appel.

Où sont les anciens d’Occident ? De Patrick Devedjian, sèchement viré du ministère de la relance puis congédié de la fédération UMP des Hauts-de-Seine, à Hervé Novelli, discret mais honnête secrétaire d’Etat au Tourisme remercié sans autre forme de politesse, le bilan est sans appel. Et que dire de la non-promotion de Gérard Longuet, pourtant longtemps pressenti à la Défense, lui qui agonise d’ennui au Sénat ?

Cette inique conséquence du remaniement, cette minorité politique stigmatisée, discriminée, ostracisée nous ferait presque regretter la prochaine suppression de la Halde.

Presque mort pour presque rien ?

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Le 17 novembre, un lycéen tente de s’immoler par le feu dans un couloir de son lycée, à Bordeaux.
Comme les journalistes n’ont presque rien, alors ils parlent en boucle de ce « suicide par immolation dans les couloirs du lycée », changent un verbe, affinent un adjectif : il faut que ça tourne. D’autres sans doute font le pied de grue devant l’appartement des parents, photographient les copines, pistent les copains ; quelques camarades choqués pour entretenir le buzz, cela fait patienter. Ils ne savent rien mais ils actualisent, espèrent un détail, guettent un indice. Un drame ça s’organise. Les cellules psychologiques et les déclarations de ministres, trop vu et revu ! Alors que faire d’une immolation quand même les parents tardent à venir face caméra dire qu’ils ne comprennent pas, qu’ils souffrent mais qu’ils espèrent ? C’est quoi ces parents ?

Il faut que ça tourne ! Il faut envisager des clés, échafauder des pistes, ajouter des adverbes. Pas de responsable ? Pas la moindre vidéo retrouvée au domicile qui expliquerait ce geste par un désarroi existentiel ? Ca sonne bien l’existentiel, ça change du social qui fait tourner en rond, la perte de sens c’est important, sans oublier l’influence des jeux vidéos.
À défaut d’une vidéo, pas de trace écrite d’un enfer sentimental ? Le nomadisme amoureux, ses nouveaux codes et ses risques, c’est bon ça pourtant. Ou une implication ethno-dérapante? Ce n’était pas, comme certains disent sans honte, un jeune n’en pouvant plus de l’infâme racket islamique ? Ni un jeune issu de la Diversité la plus prometteuse en but au mépris de Français trop propres sur eux ? Même pas un gay en proie aux brimades ou un minoritaire quelconque soumis aux préjugés des bandes ?…
Peut-être que si après tout, il ne faut pas perdre espoir trop vite, il y aura bien un clan pour rebondir et faire son miel.

Que faire d’une immolation qui n’incite même pas à discuter d’une loi à l’Assemblée, qui ne permet pas de faire de l’Histoire, d’invoquer les mânes de Jan Palach, de parler du patriotisme qui a changé de forme, ou bien de la fragilité de l’adolescence, cette période où « la rupture est un appel », ou encore de gloser sur l’insécurité, « plaie des lycées », voire tout simplement de donner quelques idées aux pros du stand-up, oh bien sûr quand l’émotion sera retombée, hein !, quelque chose sur les gens qui ont besoin d’avoir chaud, qui font feu de tout bois, il faudrait creuser un peu …

Ils ne savent pas pourquoi mais ils sauront : le fait divers finira par rendre gorge. En attendant ils réécrivent en plus sombre ou en plus didactique, ils ajoutent un adverbe, changent un synonyme, contactent des spécialistes du désarroi et des sommités du risque. Ils espèrent surtout que ce ne soit pas un accident, ce serait trop bête, non il faudrait une motivation qui permette des débats et des photos, et puis si ça tourne mal au CHU de Bordeaux, il sera toujours temps de se rabattre sur le système hospitalier français qui part en vrille.

Une immolation, ça sert à quoi ?

Après Wiki, Karachi ?

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J’aime bien les chœurs de vierges effarouchées. Comme ceux qui se lèvent désormais après les « révélations » (je ne saurai faire autrement que mettre entre guillemets) de Wikileaks sur le thème « la politique étrangère des Etats ne saurait se faire sous le regard de tous ».

Bizarre, parce que juste sous nos yeux, nous avons une bien jolie affaire, ou disons deux pour le prix d’une, à propos desquelles les mêmes belles voix journalistiques réclament la transparence la plus intégrale. Je parle de Karachi, ses sous-marins Agosta, ses commissions pakistanaises, ses rétrocommissions libanaises, son potentiel financement occulte de la campagne Balladur, ses onze morts de la DCN, tout d’abord mis sur le dos de Ben Laden, puis non pas vraiment.

La presse, dans une belle unanimité, réclame la levée du secret-défense sur un certain nombre de documents protégés aujourd’hui, pour que les juges d’instruction chargés des deux affaires Karachi, (celle de l’attentat et celle des soupçons de financement occulte), puissent travailler. Jusqu’ici, le Premier ministre leur a refusé d’aller mettre leur nez dans des écoutes téléphoniques planquées à la DGSE, des pièces comptables abritées à Bercy ou encore des PV d’enquête parlementaire censées ne pas sortir des coffres de l’Assemblée. Toutes ces pièces, et j’imagine bien d’autres, sont couvertes par le secret-défense. D’ailleurs, c’est devenu une sorte de vulgate journalistique que de manier le secret-défense avec une mine pincée de conspirateur, comme pour dire, hou la la, je parle d’un truc énorme, mais je ne peux guère vous en dire plus. Sauf qu’à moins d’avoir fait du droit public et longtemps (ce que nous avons fait, frimons un peu) le concept est flou. Et non ça ne veut pas juste dire : on met un tampon sur des docs pour éviter que ces fouineurs de journalistes/juges/adversaires politiques n’utilisent nos secrets inavouables pour nous faire des misères.

Pour le coup, comme on dit, c’est un poil plus compliqué que ça et ça a à voir avec l’existence même de l’Etat (de droit). « Présentent un caractère de secret de la défense nationale […] les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l’objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès », dit l’article 413-9 du code pénal. Evidemment la notion s’est élargie au fil du temps. Dernière évolution en date, en 2009, le gouvernement a restreint la possibilité pour les magistrats d’aller dans certaines zones militaires, en les obligeant à saisir l’autorité qui a classé les docs qu’ils recherchent, qui elle-même doit saisir une commission pour statuer sur l’opportunité ou non d’accéder à leur demande.

Gare à l’épidémie de wikileaksite

Moi, je suis assez basique : je crois toujours que le droit et les formes ça sert à protéger les plus faibles, ceux qui en savent le moins, soit les gens dans mon genre. Et dans le fond, par moment je fais plus confiance à ceux qui planquent des documents, ou plutôt refusent de les mettre en ligne, qu’à ceux qui s’échinent à vouloir me permettre de les télécharger. Que ça cause de sous-marins, de centrales, de contrat d’aviation, d’opérations militaires ou de terrorisme. En la matière, il n’y a pas de morale, hormis celle de l’intérêt public, enfin j’espère. Et les juges qui s’érigent en justiciers à défaut de faire leur boulot me foutent la trouille. D’autant qu’ensuite je sais qu’ils finissent par être candidats à la présidentielle avec des lunettes rouges…

Evidemment, il ne faut pas s’étonner que tout le monde n’ait que le mot transparence à la bouche quand des anciens ministres, genre Millon ou Villepin, balancent des trucs aux juges et à l’opinion avant de revenir doucement sur ce qu’ils ont dit et quand les politiques eux-mêmes donnent l’impression d’utiliser le secret défense pour dissimuler des trucs qui n’en valent pas la peine -ou qui tout en en valant la peine, relèvent plus du dossier pourri à planquer aux oubliettes que du secret défense tel que le définit la loi.. Honnêtement, si tout ce monde était moins bavard et plus respectueux de la loi, et si on avait traité les familles des victimes de Karachi avec moins de désinvolture et de mépris, celles-ci n’en seraient peut-être pas à mettre tous leurs espoirs dans un « petit juge », histoire de faire tomber un système qu’elles estiment responsable de leur deuil.

Si la France était une vraie démocratie, on confierait une partie de l’enquête aux députés, en leur faisant confiance pour ne pas mettre d’huile sur le feu. Au lieu de quoi, agacés de plus en plus par la tournure des événements, certains (enfin un communiste) se disent prêts à la wikileaksite (maladie infantile qui consiste à balancer aux juges les docs demandés, au risque de faire annuler les procédures, mais ça, tout le monde s’en fout).

Somme toute, il va falloir être costaud, et légitime politiquement, pour résister à l’obsession de transparence morbide qui monte. Il faudra peut-être se souvenir de cette phrase d’un ancien bâtonnier de Paris qui disait : « La seule chose vraiment transparente en ce bas monde, ce sont les méduses ». 99 % d’eau, zéro cerveau, m’est avis qu’avec ça la vérité va avancer…

Sous les sapins, Causeur !

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Si on vous dit que le titre du prochain numéro de Causeur est « Sarkozy, une obsession française », vous devinerez sans doute par vous-même qui est le principal protagoniste du dossier central de ce Causeur n° 30 de décembre. En revanche, ce que vous n’imaginez même pas, c’est à quel point avis, analyses et pronostics y sont divergents : du vrai dissensus comme seule la maison sait en concocter !

Ajoutez à cela une interview très enlevée avec un Monseigneur André Vingt-Trois fort inattendu ; un entretien de fond, et sans concessions, avec Jean-Luc Mélenchon, un carnet de voyage en Afghanistan et mille autres gâteries, toutes rigoureusement inédites : vous aurez compris tout seul qu’il n’y a plus à s’inquiéter pour les longues soirées d’hiver…

Faut-il préciser que pour profiter de toutes ce bonnes choses, il faut être abonné ou, si besoin, se réabonner. C’est ici que ça se passe.

Ciao Monicelli

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Mario Monicelli s’est donné la mort ce lundi à 95 ans. Ni larmes ni couronnes pour la circonstance, ni discours non plus. Rien que des rires et des bons souvenirs. Et bien sûr, quelques images…

Et en italien, pour les accros :

Pacte à trois? Patatras!

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Hier soir, nous avons donc appris que Ségolène Royal, dans un entretien à la Nouvelle République du Centre-Ouest, se déclarait très officiellement candidate à la candidature socialiste à l’élection présidentielle. Je sais, normalement, je devrais appeler cela « candidate aux primaires à gauche » mais comme tous les autres partis de gauche ont déjà opposé une fin de non-recevoir à cette histoire, il faut savoir ramener cette compétition à ses justes proportions.

Cette désignation commençait de la manière la plus distrayante possible. Avec des personnages hauts en couleurs, jouant tous un rôle précis pour le plus grand plaisir des observateurs. Il y avait Manuel, celui qui est candidat depuis que les primaires ont vu le jour, et même avant. Représentant de l’aile UMP du parti, il n’y pèse guère plus de 2 ou 3%, et pour cause, Jean-Marie Bockel avait déjà rejoint Nicolas Sarkozy avec les maigres troupes blairistes assumées. Ouvrir la désignation aux sympathisants et plus généralement à l’homme de la rue de gauche qui a pu le voir à la télé, c’était une chance inouïe de jouer un rôle en 2012.

Il y avait aussi Arnaud, le créateur de ces primaires et qui, comme Charlie Pasqua, pensait surtout à lui lorsqu’il a fait le voyage aux Etats-Unis pour savoir comment importer les caucus à Frangy. Et, en effet, Arnaud a annoncé sa candidature la semaine dernière. Il en était question, d’ailleurs, dans ces colonnes. Enfin, il y avait François, qui avait loupé le coche en 2007, et qui bien que répétant que cette histoire de primaires n’était pas conforme à la tradition militante de son parti, avait finalement décidé qu’elles pouvaient finir par lui être favorables. Régime, couleur, séduction des lecteurs du Figaro.fr et d’autres malins artifices furent donc mis en œuvre afin de profiter au maximum de cette joyeuse compétition, appliquant avec une persévérance admirable les conseils désormais légendaires de Jean-Claude Dusse :« Oublie que tu n’as aucune chance; vas-y, fonce: sur un malentendu, ça peut marcher ! ».

Et il y avait la trinité de Marrakech. Dans le riad de Dominique Strauss-Kahn, au cœur de la Perle du Sud, Ségolène, Martine et le maître des lieux signèrent, raconte t-on, un pacte censé demeurer secret. Or, les partisans de Martine et de son allié Fabius n’ont pas cessé de le raconter par le menu à tout ce que Paris compte de journalistes, ou presque. Après quoi Martine et Laurent s’y sont mis personnellement. Si DSK a l’immense avantage de pouvoir se retrancher derrière le devoir de réserve, ce n’est pas le cas de Ségolène Royal qui a dû confirmer qu’elle ne déciderait pas seule, tout en infirmant qu’il existait bien un pacte, lequel mot sonne légèrement magouille. Bien que n’étant pas dans le secret des dieux, on imagine assez bien que la Présidente du Conseil régional picto-charentais, ne goûtant guère qu’on associe son image à celle d’une comploteuse signant un pacte sous le soleil de la Ville Ocre en train de se faire servir roses au miel et thé à la menthe, a prévenu sa copine Martine qu’une plus grande discrétion s’imposait, sans quoi le fameux pacte virerait caduc. En vertu de quoi, la semaine dernière au journal télévisé de 20h de France 2, Martine, a rappelé l’existence de cet accord. Ce qui a donc déplu à Ségolène, laquelle s’est donc défaite du pacte en question en annonçant hier cette candidature. Vous suivez ?

Le pacte à trois n’aura pas lieu

C’est donc Martine Aubry qui a précipité l’annonce de Ségolène Royal, laquelle aurait sans doute préféré gagner encore un peu de temps, puisqu’on l’imagine convaincue qu’elle joue davantage dans la cour de DSK que de celle de Montebourg et Hollande. Dès lors, on peut imaginer trois hypothèses.

La première, c’est que Martine Aubry serait une gaffeuse de première, une sorte de Pierre Richard de Solferino, qui aurait oublié qu’il fallait taire le pacte pour ne fâcher ni ceux qui en étaient exclus, ni ceux qui l’avaient signé avec elle. Cette hypothèse, s’il faut tout de même l’envisager puisque Martine est bel bien la fille de Jacques Delors, celui qu’on cachait autrefois dans les campagnes électorales, me paraît tout de même assez improbable. En effet, Laurent Fabius avait participé activement à cette opération « Eventons Marrakech » et Fabius n’est pas tombé de la dernière pluie.

Il faut donc, plus sérieusement en envisager une seconde : Martine Aubry, encouragée par son allié Laurent, aurait tenté, pour son propre compte, un coup de billard à trois, quatre, voire davantage encore de bandes. Ne me demandez pas comment, parce que moi je n’y vois absolument aucun avantage pour elle. Je n’y vois que des avantages pour les autres. Pour DSK qui continue à se taire et qui bénéficie de cette avalanche de candidatures alors qu’il se balade dans les sondages. Pour Ségolène Royal, qui supplante Martine au cas où DSK ne répondrait pas à l’appel ; Rappelons au passage que Ségolène, semble bien meilleure en campagne électorale que la première secrétaire et qu’elle est, paradoxalement, forte de son expérience malheureuse à la précédent échéance, tel le Jacques Chirac de 1995 (ou même le Mitterrand de 1981). Pour Laurent Fabius, enfin, puisque c’est lui qui conseille Martine, et certainement pas pour son bien à elle mais pour son bien à lui. Complètement hors-jeu au départ, l’ancien premier ministre, envisageant un forfait de DSK, et voyant Martine Aubry hésitante à se jeter dans une bataille si rude pour elle, la convaincrait au bout du compte que c’est lui seul qui peut battre Ségo. Si cette hypothèse se vérifiait, pis que Pierre Richard, on penserait davantage au regretté Leslie Nielsen pour qualifier les qualités stratégiques de Martine Aubry.

La dernière hypothèse serait que DSK aurait déjà confié à Martine Aubry son désir d’être candidat. Et lui aurait déjà promis Matignon. En accord avec Strauss-Kahn ou pas, évoquer ce pacte chez Pujadas, et pousser ainsi Ségolène Royal à annoncer sa candidature, n’en paraît pas une meilleure idée pour autant. Elle négligerait ce sage conseil du Cardinal de Retz selon lequel on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Lorsque DSK annoncerait sa candidature avec Martine sur son porte-bagages, Ségolène Royal déjà bien en jambes, pourrait même trouver un souffle supplémentaire en dénonçant le pacte de la magouille, se ménageant les faveurs des petits candidats et bénéficiant de leurs retraits. Elle se présenterait comme la candidate de l’honnêteté et de la transparence et pourrait finalement coiffer DSK sur le poteau, à la plus grande surprise des observateurs, lesquels se dopent aux sondages. Il n’est pas interdit de penser que Martine Aubry ne ferait pas figure de favorite pour Matignon ensuite…

Il reste une hypothèse, qui ferait de Martine Aubry une stratège de haut vol et de moi un âne bâté, c’est qu’elle serait de mèche avec Ségolène Royal et torpillerait, de concert avec cette dernière, le fameux pacte de Marrakech, terrassant DSK, lequel continuerait à croire que la première secrétaire est de son côté. Franchement, même en se forçant un peu, on n’y croit guère plus de cinq secondes, non ?

Je pense donc je twitte

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Karl Theodor zu Guttenberg
Karl Theodor zu Guttenberg.
Karl Theodor zu Guttenberg
Karl Theodor zu Guttenberg.

« UMP : pas de pénurie à la pompe. » Une conséquence de l’inflation.

« Les médecins recommandent à Martine Aubry de ne pas s’approcher des lumières fortes. » Elle peut rentrer rue de Solférino.

C’est parti : les retraités manifestent contre l’acné.

« Miss États-Unis couronnée Miss Monde. » Mais il se prend pour qui, Obama ?

« Une foule dense pour les obsèques de Georges Frêche. » J’irai denser sur vos tombes.

« L’alcool pourrait nuire à la santé des spermatozoïdes. » Il est déconseillé de tremper ses couilles dans son verre.

« Roissy est parfaitement alimenté. » Y en a qui n’ont jamais goûté les plateaux-repas d’Air France !

« 12:52 : Le pape dénonce la faim dans le monde. » Depuis, tout va mieux : il a déjeuné.

« Un millier de manifestants à Versailles. » Donnez-leur de la brioche ![access capability= »lire_inedits »]

« La Norvège déplore la réaction chinoise. » Et la Chine s’en fout un tout petit peu.

« Allusion à Laval : excuses de Lancar. » Donc, finalement, il recrache ?

« Salman Rushdie écrit ses mémoires. » S’il pouvait simplement se contenter d’écrire, une fois, un bon livre…

« Les pantoufles de Madoff aux enchères. » Elles valent le coup : ce sont ses pantoufles portebonheur.

« Présidentielle : Marine Le Pen progresse. » On va peut-être attendre la fin du dépouillement, non ?

« Le gène qui “rend pompette” protégerait de l’alcoolisme. » Ouf ! je l’ai pas ! Pour ne pas être raciste, faut-il cesser de porter Habit rouge ou se résoudre à puer le nègre ?

« Les astuces pour trouver de l’essence. » Un derrick dans le jardin remplace avantageusement une éolienne.

«Dite cliniquement morte, elle se réveille. » La petite soeur de Jean-Pierre Chevènement fait son intéressante.

« Un évêque veut bouter la pop. » Il aurait voulu brouter le pope, ça aurait fait avancer l’unité des chrétiens.

« Un évêque anglican se convertit. » Vaticano : 1 point. England : 0.

« Coca-Cola veut toucher les musulmans. » Les bulles seront tournées vers La Mecque.

« Les pistes de Jacques Attali pour réduire le déficit. » Un bon début serait de réduire Jacques Attali.

Quand j’étais lycéen, je rêvais de mourir d’une overdose à vingt ans. Cette génération est vraiment no future !

« Air France : appel à la grève mercredi. » Je croyais qu’ils étaient en grève reconductible depuis le début des années 1970…

« Strasbourg : une banderole polémique. » Ouh, le gewurz devrait être bon cette année.

« Marine Le Pen ironise sur “Jacques Attila”. » Tiens, elle a mis la main sur la collec d’Almanach Vermot de papa.

Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre allemand de la Défense, me fait très bonne impression.

« Une planche d’Hergé vendue 240 000 €. » Laissez-lui les trois dernières.

J’ai essayé de vivre. On ne m’y reprendra plus.[/access]