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Jean Parvulesco, l’inconnu séditieux

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C’était au temps du train Corail entre Lille et Paris, plus de deux heures trente si ma mémoire est bonne, assez en tous cas pour faire en un aller-retour, un sort aux romans qui résistent et aux essais qui ne se laissent pas faire, à ces œuvres énigmatiques ne se livrant jamais au lecteur dilettante. Avec un certain orgueil, j’étais alors impatient de cerner la philosophie d’Abellio, si séduisante mais si difficile à saisir, et pour cela, pistais le moindre commentaire de texte. Chez un bouquiniste, j’avais déniché Le soleil rouge de Raymond Abellio d’un certain Jean Parvulesco, trouvé à l’intérieur d’un livre de cuisine ouvert par erreur. Un signe, à n’en pas douter. Hélas, ne comprenant pas un traître mot au verbiage que j’identifiai immédiatement comme une belle fumisterie, le livre rouge et bleu, par la fenêtre du compartiment, s’envola en rase campagne ; j’en ai encore honte aujourd’hui.

Mystique et affabulateur de génie

Il y a six ou sept ans pourtant, je suis revenu vers l’œuvre de Jean Parvulesco, cette fois avec un tout autre état d’esprit. Mon orgueil ayant subi pas mal de revers, je ne désirais plus de clés bien ouvragées, de solutions définitives ou d’exégèses réglées, mais déprimé par la morne bassesse de la vie littéraire, je cherchais une sorte d’antidote à ce qui me semblait irréversiblement mou, triste, banal et sans issue. À tout prendre, il me fallait revenir à ce qui m’avait toujours paru le moins lisible possible et Parvulesco faisait partie de ce cercle-là !
En quelques romans, je fus conquis, c’est-à-dire sauvé. Même si tout ce que cet étonnant mystique roumain racontait dans ses singuliers romans eschatologiques était pure affabulation, si les complots auxquels il faisait allusion et les rites expiatoires dont il dressait méticuleusement la liste, n’existaient pas, cet univers me ravissait littérairement. Lui au moins offrait un verbe ardent, inespéré, royalement hors-sujet. Lui au moins permettait d’envisager, selon sa propre terminologie, la défaite du si puissant non-être, qui n’avait soumis qu’en apparence, ou du moins que temporairement, l’Etre.

Dans un article paru en 2008 dans Spectacle du Monde, Michel Marmin observe que Parvulesco « pour dévoiler, à l’instar de Balzac, l’envers de l’histoire contemporaine, car c’est bien de quoi il est question, récapitule et précipite toutes les formes du roman occidental, du roman arthurien au roman d’espionnage, et ne s’interdit aucune divagation onirique, fantastique ou érotique. » Cette langue qui témoigne d’une absence insensée d’assujettissement aux règles en vigueur, cette langue tout en circonvolutions limpides qui donnent l’impression d’être enfin dans le secret des dieux tout en se perdant aux enfers, cette langue-là est en effet comme une sorte de réaction chimique qui dissout instantanément la compartimentation de la post-littérature, la rend caduque à tout jamais et permet enfin de dépasser son absence d’attaches comme ses ersatz d’audace, pour en rêver immédiatement une autre.

Avec De Roux, Ronet, Melville, Rohmer

Mais après tout, qui connaît aujourd’hui Jean Parvulesco, décédé ce 21 novembre, à part quelques révolutionnaires gaulliens, quelques occultistes guénoniens, quelques tantristes lecteurs de Julius Evola ? Si une brève notice bio-bibliographique vient de paraître sur le site du Magazine Littéraire, cette revue n’a jamais daigné rendre compte de ses travaux.
Pourtant, la silhouette de cet inconnu séditieux se profile auprès de tout ce que le siècle dernier a compté d’individus hors du commun et d’œuvres subversives, auprès d’Heidegger et d’Evola, Dominique de Roux et Ezra Pound, Maurice Ronet et Paul Gégauff. C’est Jean-Pierre Melville lui-même qui joue son rôle dans À bout de souffle et plusieurs films de Rohmer, à certains moment-clés, le font apparaître…
Aujourd’hui, j’ai enfin compris pourquoi j’ai jeté ce livre par la fenêtre d’un train Corail, il y a presque dix-huit ans de cela : pour que quelqu’un le trouve sur la berge d’un ruisseau ou au milieu d’un sentier perdu, et remonte la piste. Pour que cette écriture un jour ou l’autre l’électrise et que cette parole inouïe, au sens figuré comme au sens propre, lui fasse comprendre que rien n’est joué.

Banderole anti-Ch’ti : c’était du Desproges !

Sans me vanter, il y a des matins où on est bien inspiré de lire La Voix du Nord ; c’est dans les pages de ce quotidien régional basé à Lille que votre attentif serviteur a pu se délecter du savoureux compte-rendu d’audience du procès des supporters footeux déficients du PSG et de leur fameuse banderole: « Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les Ch’tis ! ».

On se souvient de la furieuse vague d’indignation qui a traversé le pays peu après ce scandale. On exigeait la peau de ces supporters de mauvais goût ! On voulait la tête des responsables ! On trépignait, on faisait de petits bons ! On éructait de dégoût… Car oui, comment être aussi stupides si peu de temps après l’affaire d’Outreau, et le blockbuster de Dany Boon ?

Le journal nordiste nous apprend finalement que les supporters parisiens voulaient – en réalité – simplement rigoler, et « faire du Desproges »… rien que ça !

Paraphrasons joyeusement, pour terminer, un maître-poète de la poésie bistrotière et de la grâce langagière populo : « Le problème avec les hooligans c’est que ça ose tout ! C’est même à ça qu’on les reconnaît…».

Etonnant, non ?

Le nom des gens, comédie romantico-citoyenne

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Elle est une gauchiste délurée et exubérante, dénonciatrice échevelée des injustices en tout genre – prompte à coucher avec des hommes de droite pour les convertir à sa cause. Il est un jospiniste convaincu, patient défenseur du principe de précaution et partisan du risque zéro en matière d’épidémies animales. Ils jalonnent à eux deux le territoire de la gauche, terrain de jeu du Nom des gens, la comédie romantico-citoyenne de Michel Leclerc avec Sara Forestier et Jacques Gamblin. Le portrait attendri de la famille de gauche n’était pourtant pas l’objet de ce film, qui se voulait à la fois document pédagogique, comédie loufoque, drame sentimental et œuvre politique. Rien de tout ça bien sûr dans cet inoffensif récit sentimental.

Roman national

La principale originalité du Nom des gens est de se présenter d’entrée de jeu comme document pour le roman national. Les deux personnages, témoignant comme des personnages de documentaire, nous racontent l’histoire de leurs familles respectives. L’un vient d’une famille juive, l’autre d’une famille algérienne. Mais attention, Arthur et Bahia, car c’est leur nom, ne se départissent jamais d’une forme de second degré à l’égard de ce récit, et Michel Leclerc s’amuse à détourner l’effet documentaire pour faire de l’humour à la Amélie Poulain. C’est le versant sympathique de ces portraits bourrés de clichés, sur les uns et sur les autres.

Dans le reste du film nos personnages seront accompagnés de leur alter ego venu de l’enfance ou de la jeunesse. Des sortes d’ange gardien, personnification de leur bonne conscience. Car sous le vernis de second degré, aujourd’hui indispensable, il y a un message asséné avec une pédagogie pesante, qui veut que les deux personnages se retrouvent au moment précis où ils redécouvrent leurs racines, et donc leurs différences. « Trop la classe, tu es juif je suis arabe, à nous deux on est la France! » Cette remarque n’est évidemment pas à prendre au sérieux dans le film, mais c’est quand même là-dessus que repose l’ensemble de l’intrigue.

Il y a pourtant un vrai potentiel comique dans ce Nom des gens. Une dynamique peu commune entre la folie de Bahia et le pragmatisme d’Arthur. Certains passage auraient pu constituer des pépites de cinéma loufoque – les moments, notamment, où le personnage de Sara Forestier peine à gérer l’habillement de sa poitrine, dans les situations les plus cocasses. Cette propension névrotique au déshabillement donne aussi lieu à une scène surprenante de nu dans le métro. Mais plutôt que d’assumer la dimension loufoque, Michel Leclerc préfère noyer son sentimentalisme dans des effets faciles: après les flashbacks nous avons droit pour les instants-émotion à des images vaguement vintage, genre super 8 de vacances.

Intuition banale

Au delà de ses qualités et de ses défauts, le véritable échec du film tient à sa dimension politique. On voit très bien les intentions du réalisateur, qui a voulu faire son débat sur l’identité nationale à lui tout seul. Mais la définition qui s’en dégage est au moins aussi excluante, comme on dit dans les agences de pub, que celle qu’il semble vouloir dénoncer. Dans cette apologie du métissage, c’est encore la question des racines qui, même nimbée d’humour incorrect, reste la seule obsession – le devoir de mémoire comme seule Histoire. Est Français celui qui a un passé, et a un passé celui qui a des origines.

À part cette intuition banale, le propos est strictement sans contenu. L’improbable demi-mesure entre le personnage de Bahia – portrait hystérique et attachant de la gauche émotionnelle – et celui d’Arthur – tiède jospiniste – nous est tranquillement présentée comme le seul horizon de la gauche. Et cette « gauche » comme seul horizon souhaitable pour la France contemporaine.

Jack Lang, démocrate modéré ou modérément démocrate?

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Jack Lang est intervenu comme d’autres hiérarques du parti socialiste en conseil et en soutien à Laurent Gbagbo lors de sa campagne pour les élections présidentielles en Côte D’ivoire. C’est son droit et c’est tout à fait honorable. On sait depuis que Gbagbo dont le parti appartient à l’Internationale socialiste, a perdu les élections (contrôlées par une commission indépendante internationale) par 45% des voix contre 55% pour Ouattara. Et qu’il refuse de quitter le pouvoir en s’engageant chaque heure un peu plus dans un processus autoritaire : fermeture des frontières, menaces sur les opposants, couvre-feu, interdiction des médias étrangers, puis pour finir, investiture.

Interrogé hier matin sur France Inter par Patrick Cohen, Jack Lang était invité à donner son opinion sur la situation et à donner des « conseils » à Gbagbo. On s’attendait donc à ce que Lang, en bon démocrate, invite ce dernier à quitter le pouvoir et à laisser la présidence au vainqueur. Et bien non, nous avons attendu en vain. Lang a simplement indiqué qu’il avait envoyé un message à l’entourage de Gbagbo pour l’inciter « à sortir de la crise par le haut ». Relancé par Cohen, Lang s’est refusé à dire clairement que Gbagbo devait quitter le pouvoir. Au contraire, c’est à Ouattara que Lang s’est adressé en l’invitant à faire preuve de modération et en lui suggérant de trouver un arrangement. Réfugié avec sa famille dans un immeuble de l’ONU, Ouattara appréciera sans doute toute la saveur de l’appel à la modération de Jack Lang.

On se souvient que c’est à cette même « modération » que Ségolène Royal avait été invitée quand une commission indépendante avait montré que Martine Aubry ne devait son élection à la tête du parti socialiste qu’à un bourrage des urnes. C’est décidément une façon originale qu’ont les socialistes de considérer les processus électoraux : demander aux gagnants de fermer leur gueule quand les perdants leur ont volé la victoire.

Ça promet pour les futures primaires. Il va falloir que les démocrates se modèrent drôlement au parti socialiste !… Quant à Ouattara, ancien directeur général adjoint du FMI, Jack Lang va certainement demander à Dominique Strauss Kahn de le reprendre avec lui à New York. Pour le récompenser de sa « modération ».

Malvenu chez les Ch’tis

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Décidément, cet automne judiciaire se révèle particulièrement liberticide. Après la criminalisation de l’amour caprin, la dictature du bon goût risque de faire de nouvelles victimes. Ils sont cinq supporters du PSG à avoir comparu jeudi au tribunal de Bobigny pour la fameuse banderole anti-Chti déployée en 2008 durant un match PSG-Lille. « Pédophiles, chômeurs, consanguins: bienvenue chez les Ch’tis« . Un humour noir aux gros sabots que l’auteur de ces lignes a eu la faiblesse d’apprécier autant que les sorties sulfureuses de Brice Hortefeux et du regretté Georges Frêches.

Les pires censeurs reconnaîtront que l’allusion à Outreau agrémentée des clichés du cru réconcilie l’Almanach Vermot avec Hara-Kiri. Au point que l’accusation d’incitation « à la haine ou à la violence dans le cadre d’une enceinte sportive » s’avère presque aussi drôle que le texte incriminé. Il faut dire que notre époque de compétition victimaire ignore le second degré, a fortiori lorsqu’il est pratiqué dans un stade où fusent les noms d’oiseaux.

Et qu’attend-on pour interdire l’infâme mais néanmoins célèbre hymne parisien : « Marseillais, va n… ta mère sur la Cane, Cane, Cane, Canebièrrrrrrrrrre! » ? Sur le grand marché de la compassion victimaire, la discrimination anti-méridionale vaudrait-elle moins que le supposé racisme antich’ti ?
Lorsqu’il ne sera définitivement plus permis de rire des ch’tis, basques, juifs, arabes et autres noirs, le meilleur des mondes sera devenu possible. D’avance, un grand merci aux juges de Bobigny

Grève des étudiants anglais: les Lib-Dem, plus lib que dem

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Si un prix mondial du cynisme politique existait, ils le remporteraient haut la main. Enfoncés les Frenchies, balayez tout notre échiquier, pas un ne tient la route face aux désopilants Lib-Dems (libéraux-démocrates) anglais. Pas un. Même pas celui auquel vous pensez très fort.

Imaginez un candidat tout nouveau tout beau qui gagne le prix du cœur, du sourire, des sondages, et accessoirement le droit d’entrer avec tapis rouge et courbettes dans un gouvernement de coalition, grâce à des promesses électorales chatoyantes du genre « blocage non négociable des frais de scolarité universitaires » : ça marche toujours dans un débat télévisé.

Résultat, lesdits frais devraient être multipliés par trois pour atteindre la somme astronomique de 9 000 livres par an (10 700 euros). Et vous n’êtes pas encore couché ni sustenté ni rien. Messieurs Cameron et Clegg (la nouvelle star), élevés en batterie sans souci de fins de mois à Oxbridge se sont déclarés désolés mais obligés. Les étudiants ont très, très moyennement apprécié et occupent, parfois violemment, le centre de Londres et de plusieurs grandes villes depuis le 10 novembre. On les comprend un petit peu. Ils ont massivement voté pour Clegg.

Pas joli-joli. Mais pas non plus exceptionnel, le reniement n’étant pas rare en politique, surtout quand les caisses sont archi-vides comme à Londres. Le petit plus, la « Lib-Dem touch » si l’on peut dire, c’est la traîtrise suivant immédiatement l’apostasie comme des rats quittent un navire qui prend l’eau. Plus que gênés aux entournures, les députés du parti d’appoint menacent de ne pas voter la loi scélérate. Que croyez-vous que répondit Vince Cable, secrétaire d’Etat Lib-Dem aux universités ? Faisant fi de la solidarité gouvernementale de base, il vient d’annoncer sa probable abstention lors du vote au Parlement. Il ne votera donc pas son propre texte, mettant par la même en péril la coalition gouvernementale Tories/Lib-Dem. Du jamais vu à Westminster. Jamais en France non plus, si ma mémoire est bonne.

France 24 : fin de règne pour Christine ?

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Est-ce une coïncidence ou la conséquence du départ de Bernard Kouchner du Quai d’Orsay ? Toujours est-il que moins d’un mois après le remaniement ministériel éclate, au sein de l’Audiovisuel Extérieur de la France (AEF), une affaire d’une gravité exceptionnelle, qui pourrait atteindre directement sa directrice déléguée, Christine Ockrent, à la ville compagne de Bernard Kouchner. Avant d’entrer dans le détail de ce scandale sorti par Emmanuel Berretta, il convient de donner quelques éléments de contexte permettant d’en comprendre les tenants et aboutissants.

AEF est une holding publique qui gère Radio France International (RFI) et la chaine d’information télévisée en continu France 24, détenues à 100% par l’Etat français et la participation de la France (49%) dans TV5 Monde, une chaîne généraliste francophone à laquelle participent également la Suisse romande (TSR), la Belgique (RTBF) et le Québec (Radio Canada).

L’ancien patron du groupe de pub Havas, Alain de Pouzilhac, en est le PDG et Christine Ockrent la directrice générale déléguée, responsable des rédactions.

Ceux qui la critiquent : de vilains machistes

La nomination de cette dernière à ce poste avait déjà fait jaser dans le landerneau médiatico-politique : la tutelle de l’Etat sur AEF était en effet exercée par le quai d’Orsay, et la proximité de Mme Ockrent avec le ministre en exercice pouvait alimenter quelques soupçons de népotisme. Tous les amis de Christine, et ils sont nombreux dans les hautes sphères médiatiques et politiques, sont alors montés au créneau pour dénoncer ces vilains machistes qui osaient suggérer que cette nomination n’était pas due seulement aux époustouflantes qualités professionnelles de la dame. Passez votre chemin, manants, et laissez la reine Christine combattre CNN et la BBC comme jadis Jeanne d’Arc s’efforçait de bouter l’Anglois hors du royaume de France. Ces exploits supposés justifiaient par ailleurs une rémunération annuelle qui, à en croire les confrères, se monterait à 310 000 €.

Pour la forme, la tutelle d’AEF fut transférée du Quai d’Orsay à Matignon, mais cela ne trompa que les couillons. Le ministre des Affaires étrangères gardait toujours un œil vigilant sur l’écran de France 24 et une oreille attentive aux émissions de RFI.

Malheur à ceux qui, comme Grégoire Deniau et Bertrand Coq, rédacteurs en chef de France 24, auteurs de livres et de documentaires insuffisamment complaisants envers le French doctor, osent défier Christine ! Ils sont débarqués sans ménagements. Car elle est comme ça, la Christine, tout sourire à l’extérieur et méchante comme une teigne dans les endroits où on a l’imprudence de lui confier quelque pouvoir. Sa méthode : diviser pour régner, mettre le souk au sein des rédactions en montant les uns contre les autres pour apparaître comme la reine tranchant souverainement les conflits. Lors un passage digne d’Attila à la tête de la rédaction de l’Express dans les années 90, elle fut affublée du surnom de Caïus Detritus, ce légionnaire romain de La Zizanie qui sème la discorde dans les troupes de César.

Cette propension à monter les gens les uns contre les autres se double d’une paresse personnelle infinie pour tout ce qui n’est pas paillettes et promotion d’elle-même. Les mauvaises langues susurrent que cette « grande professionnelle » fait parfois appel à des « nègres » pour écrire les ouvrages qui ajouteront à sa gloire. On n’ose le croire. Mais Vincent Peillon se souvient fort bien qu’en 1995, alors qu’il était un jeune prof de philo à peine entré en politique comme conseiller de Lionel Jospin, la dame l’avait sollicité pour « l’aider » à écrire un livre sur l’élection présidentielle à venir. Vincent Peillon avait alors décliné cet honneur, ne « sentant pas » la thèse que voulait alors développer Ockrent, à savoir que les candidats présents lors de cette élection ne le seraient pas lors de la suivante. Jospin, Le Pen et Chirac ayant remis le couvert en 2002, Peillon a bien fait de passer son chemin…

Alain de Pouzilhac, qui a gardé de juteuses activités dans des conseils d’administration divers et variés, dont l’activité casinotière, ne s’occupe que des aspects « business » d’AEF, notamment en négociant les conditions de diffusion de France 24 et RFI par les sociétés de câble ou de satellites dans le monde entier. Il mène également une dure bataille de réductions d’effectifs à RFI contre les syndicats de la maison. Il a laisse donc la bride sur le cou à Christine pour toute les questions rédactionnelles, jusqu’au moment où il s’aperçoit que cette dernière a fait embaucher en douce une trentaine de collaborateurs francophones à France 24, sans que ces emplois soient prévus au budget. Fou furieux, il demande la tête d’Ockrent à Sarkozy, qui la lui refuse. Néanmoins, l’homme-lige d’Ockrent au sein de la rédaction, Vincent Giret, est viré.

L’addition de la liste des cadres de la maison qui ont fui les méthodes ockrentiennes et de celle des membres actuels de la rédaction qui se taisent pour ne pas mettre en danger leur poste dans un contexte de chômage massif dans la profession coïncide à peu de choses près avec le tableau des effectifs.

Système d’espionnage interne

Pour tous ceux-là, la découverte de la mise en place d’un système d’espionnage interne dans AEF dans lequel il n’est pas exclu que Christine Ockrent soit impliquée tombe comme pain bénit, même si tout le monde reste encore à couvert. On ne sait jamais, la bougresse peut encore s’en sortir… Mais cela semble difficile lorsque l’on découvre que les boites mails du principal collaborateur de Pouzilhac, le diplomate Frank Melloul détaché à AEF comme directeur de la stratégie, sont piratées depuis son domicile par Candice Marchal, la plus proche collaboratrice d’Ockrent, avec la complicité de l’entreprise extérieure en charge de la « sécurité des réseaux ». Le patron de cette société de services, Thibaut de Robert, a été introduit dans la maison par Ockrent elle-même, après avoir longtemps travaillé pour BK Conseils, la boite de consultants qui faisait vivre Kouchner quand il n’était pas ministre. Toutes les informations confidentielles, en principes réservées au PDG atterrissaient ainsi sur l’ordinateur personnel de Candice Marchal.

Cette dernière a immédiatement été mise à pied et la justice est maintenant saisie de l’affaire. Lors de la réunion du comité exécutif d’AEF du mercredi 1er décembre, Christine Ockrent s’est défendu bec et ongles, affirmant n’être en rien mêlée à cette crapoteuse entreprise. Plus, elle contre-attaque en mettant en cause Frank Melloul pour avoir annoncé au Point qu’il allait porter plainte. Dans la maison, du PDG Alain de Pouzilhac au plus humble lampiste, personne ne croit une minute que Candice Marchal ait manigancé de sa propre initiative cet espionnage informatique. L’intersyndicale d’AEF a demandé de rencontrer séparément Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent pour entendre leur point de vue sur cette affaire, se réservant le droit, une fois son opinion faite de demander les mesures nécessaires aux autorités de tutelle. Aux dernières nouvelles, Alain de Pouzilhac aurait décidé de passer en force et de licencier Christine Ockrent pour « faute grave » mettant tous les amis de cette dernière au cœur du pouvoir devant le fait accompli.

Nicolas Sarkozy aurait en effet promis à Bernard Kouchner de ne pas couper la tête de Christine après son départ du Quai. Mais les promesses, c’est bien connu, n’engagent que ceux qui les écoutent.

C’est Balzac qu’on assassine !

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L’histoire peut paraître anecdotique, mais elle est symptomatique du cancer de la bien-pensance égalitariste qui ronge la société française depuis des années. Depuis un quart de siècle, le Collège-Lycée Honoré de Balzac (Porte de Clichy à Paris) est l’un des fleurons du système scolaire public en Île de France. La moitié de ses classes sont composées d’élèves bilingues, qui intègrent Balzac en 6e grâce à leur maîtrise parfaite d’une langue étrangère et à un dossier scolaire immaculé, pour y préparer le prestigieux BAC Option Internationale. On y trouve donc des classes d’élite qui font le bonheur de leurs professeurs, avec des élèves étudiant l’arabe littéraire, l’anglais, le portugais, l’italien, l’espagnol ou l’allemand. Ces élèves dits « internationaux » ont intégré Balzac sur concours, et viennent de toute l’Île de France chaque matin (parfois après une heure de transport) pour suivre leurs cours.

L’autre moitié de l’établissement est constituée de classes générales, normales, avec des élèves issus du quartier. La Porte de Clichy n’étant pas vraiment un coin favorisé de Paris, on trouve parmi les « généraux » un fort pourcentage de cancres en difficulté. Parmi ces cancres, il y a bien entendu quelques brutes encagoulées qui n’hésitent pas à mettre des baffes aux « bouffons » des classes internationales, voire à leur piquer leurs Choco BN, quand ce n’est pas leur portable. Mais rien de bien méchant, hein. On voit pire, bien pire, dans la majorité des établissements de banlieue. Balzac n’a rien d’un coupe-gorge. En tout cas, pas encore.

Depuis 25 ans, le Collège international de Paris fonctionnait ainsi. Un mélange de classes d’élite et de classes lambda, vivant à peu près en bonne intelligence dans ce gigantesque paquebot de béton. Et puis une nouvelle proviseure est arrivée cette année, avec un « projet d’établissement » sous le bras. Madame Katia Blas a décidé de mélanger les classes générales et internationales dès la rentrée prochaine. Jointe au téléphone, la proviseure s’est montrée choquée par l’indignation des parents d’élèves internationaux. Comment ne pas être d’accord avec son projet égalitaire, qui n’a d’autre but que de « prévenir la violence » et « améliorer les résultats de l’établissement » ? Avec un aplomb digne d’un Benoît Hamon expliquant son projet « d’égalité réelle », Madame Blas s’est émue des différences de résultats entre les classes « d’élite » (93% de reçus au brevet) et les classes générales (à peine 45%). Pour la proviseure l’idée même de classes d’élites est insupportable. Comme de bien entendu, le mot « discrimination » fait partie de son vocabulaire. Pour ces petits soldats de « l’égalité réelle », il ne saurait y avoir de justification à l’existence de classes internationales, peuplées d’intellos avec seize de moyenne, dans un établissement public.

Pour la sécurité des internationaux (dont elle reconnaît qu’ils se prennent à l’occasion des claques dans les couloirs, sur le mode « zyva sale bouffon »), la proviseure prône donc la seule solution possible : mettre dans la même classe intellos et cailleras nihilistes. S’appuyant sur les travaux de sociologues obscurs, la proviseure certifie que son projet d’établissement est la solution à tous les problèmes. Fini les violences ! En passant leurs journées côte à côte, bons élèves et ados en échec scolaire vont devenir les meilleurs amis du monde. Terminé les claques et les moqueries. Pour couronner le tout, les cancres vont, bien entendu, s’inspirer des bouffons à lunettes et raccrocher les wagons de la réussite scolaire ! Si ce n’était pas aussi triste et naïf, on pourrait en rire. Mais le gâchis est trop terrible. Trop de profs et de parents de bonne volonté se sont battus pour l’existence de Balzac International pour ne pas être effarés par ce projet. L’idée, d’une rare stupidité, rappelle évidemment l’affaire des ERS (établissement de réinsertion scolaire) qui ont fait la une des journaux il y a quelques semaines. Rappelez-vous : des collégiens de St Denis envoyés dans des ERS à la campagne pour reprendre leurs études. La belle idée s’était achevée, là aussi, à coups de claques dans la figure. Personne ne peut forcer un élève à se plonger dans ses livres, sauf peut-être ses parents…

Le fameux déni du réel qui caractérise notre société bien-pensante trouve avec cette affaire un nouvel exemple particulièrement sinistre. Un nouveau scandale. Parmi d’autres. Pourquoi « stigmatiser » les ados qui ne veulent rien faire, quand on peut faire porter le chapeau au « système », forcément bourgeois, de droite et inégalitaire ? Pourquoi protéger les classes « d’élite » (un gros mot dans la bouche de la proviseure ), quand on peut les livrer en pâture à la meute et faire remonter la moyenne générale de l’Établissement d’un demi point ? De quel droit les « intellos » pourraient-ils continuer à travailler tranquillement pendant que le niveau s’effondre autour d’eux ?

Les établissements scolaires devraient être des citadelles dédiées au savoir, à l’abri du tumulte et de l’air du temps. À l’abri des idéologues de la connerie bien-pensante, aussi, si ce n’est pas trop demander.

Cantona t’es foutu, Lagarde est dans la rue !

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Sans me vanter, il y a des matins où on est bien inspiré de lire le Guardian.com : c’est là que votre humble serviteuse avait trouvé le fabuleux dégagement de Cantona contre les banques, qui depuis, n’a cessé de faire boule de neige. Des dizaines de sites ont depuis repris eux aussi la vidéo nous appelant à retirer nos petits sous des gros coffres honnis, histoire de dire aux institutions financières notre façon de penser.

L’idée vaut ce qu’elle vaut, toujours est-il que l’appel au retrait massif ce 7 décembre a déjà été contresigné par 30000 facebookiens enthousiastes. Mais ne cherchez pas Christine Lagarde parmi ceux-ci : en vrai, elle n’a pas du tout apprécié cette intrusion cantonesque dans son pré carré : « Il y en a qui jouent magnifiquement au football, je ne m’y risquerai pas. Je crois qu’il faut intervenir chacun dans sa compétence. Eric Cantona n’est pas à une provocation près. C’est un immense footballeur. Mais je ne suis pas sûre qu’il faille le suivre dans toutes ses suggestions non plus (…) Donc, il faut que chacun fasse son métier; que M. Cantona fasse le sien, moi, je fais le mien”, a-t-elle déclaré ce mercredi à l’Associated Press.

Certains seront atterrés par cette rhétorique un rien téléphonée, voire carrément lourdingue : la défense de Bercy n’est assurément pas à la hauteur de l’attaque de Canto. Mais soyons indulgents, après tout, le domaine que Christine assure maitriser mieux que le dribble ou l’aile de pigeon, c’est pas non plus la poésie symboliste…

Jean Parvulesco, l’inconnu séditieux

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C’était au temps du train Corail entre Lille et Paris, plus de deux heures trente si ma mémoire est bonne, assez en tous cas pour faire en un aller-retour, un sort aux romans qui résistent et aux essais qui ne se laissent pas faire, à ces œuvres énigmatiques ne se livrant jamais au lecteur dilettante. Avec un certain orgueil, j’étais alors impatient de cerner la philosophie d’Abellio, si séduisante mais si difficile à saisir, et pour cela, pistais le moindre commentaire de texte. Chez un bouquiniste, j’avais déniché Le soleil rouge de Raymond Abellio d’un certain Jean Parvulesco, trouvé à l’intérieur d’un livre de cuisine ouvert par erreur. Un signe, à n’en pas douter. Hélas, ne comprenant pas un traître mot au verbiage que j’identifiai immédiatement comme une belle fumisterie, le livre rouge et bleu, par la fenêtre du compartiment, s’envola en rase campagne ; j’en ai encore honte aujourd’hui.

Mystique et affabulateur de génie

Il y a six ou sept ans pourtant, je suis revenu vers l’œuvre de Jean Parvulesco, cette fois avec un tout autre état d’esprit. Mon orgueil ayant subi pas mal de revers, je ne désirais plus de clés bien ouvragées, de solutions définitives ou d’exégèses réglées, mais déprimé par la morne bassesse de la vie littéraire, je cherchais une sorte d’antidote à ce qui me semblait irréversiblement mou, triste, banal et sans issue. À tout prendre, il me fallait revenir à ce qui m’avait toujours paru le moins lisible possible et Parvulesco faisait partie de ce cercle-là !
En quelques romans, je fus conquis, c’est-à-dire sauvé. Même si tout ce que cet étonnant mystique roumain racontait dans ses singuliers romans eschatologiques était pure affabulation, si les complots auxquels il faisait allusion et les rites expiatoires dont il dressait méticuleusement la liste, n’existaient pas, cet univers me ravissait littérairement. Lui au moins offrait un verbe ardent, inespéré, royalement hors-sujet. Lui au moins permettait d’envisager, selon sa propre terminologie, la défaite du si puissant non-être, qui n’avait soumis qu’en apparence, ou du moins que temporairement, l’Etre.

Dans un article paru en 2008 dans Spectacle du Monde, Michel Marmin observe que Parvulesco « pour dévoiler, à l’instar de Balzac, l’envers de l’histoire contemporaine, car c’est bien de quoi il est question, récapitule et précipite toutes les formes du roman occidental, du roman arthurien au roman d’espionnage, et ne s’interdit aucune divagation onirique, fantastique ou érotique. » Cette langue qui témoigne d’une absence insensée d’assujettissement aux règles en vigueur, cette langue tout en circonvolutions limpides qui donnent l’impression d’être enfin dans le secret des dieux tout en se perdant aux enfers, cette langue-là est en effet comme une sorte de réaction chimique qui dissout instantanément la compartimentation de la post-littérature, la rend caduque à tout jamais et permet enfin de dépasser son absence d’attaches comme ses ersatz d’audace, pour en rêver immédiatement une autre.

Avec De Roux, Ronet, Melville, Rohmer

Mais après tout, qui connaît aujourd’hui Jean Parvulesco, décédé ce 21 novembre, à part quelques révolutionnaires gaulliens, quelques occultistes guénoniens, quelques tantristes lecteurs de Julius Evola ? Si une brève notice bio-bibliographique vient de paraître sur le site du Magazine Littéraire, cette revue n’a jamais daigné rendre compte de ses travaux.
Pourtant, la silhouette de cet inconnu séditieux se profile auprès de tout ce que le siècle dernier a compté d’individus hors du commun et d’œuvres subversives, auprès d’Heidegger et d’Evola, Dominique de Roux et Ezra Pound, Maurice Ronet et Paul Gégauff. C’est Jean-Pierre Melville lui-même qui joue son rôle dans À bout de souffle et plusieurs films de Rohmer, à certains moment-clés, le font apparaître…
Aujourd’hui, j’ai enfin compris pourquoi j’ai jeté ce livre par la fenêtre d’un train Corail, il y a presque dix-huit ans de cela : pour que quelqu’un le trouve sur la berge d’un ruisseau ou au milieu d’un sentier perdu, et remonte la piste. Pour que cette écriture un jour ou l’autre l’électrise et que cette parole inouïe, au sens figuré comme au sens propre, lui fasse comprendre que rien n’est joué.

Banderole anti-Ch’ti : c’était du Desproges !

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Sans me vanter, il y a des matins où on est bien inspiré de lire La Voix du Nord ; c’est dans les pages de ce quotidien régional basé à Lille que votre attentif serviteur a pu se délecter du savoureux compte-rendu d’audience du procès des supporters footeux déficients du PSG et de leur fameuse banderole: « Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les Ch’tis ! ».

On se souvient de la furieuse vague d’indignation qui a traversé le pays peu après ce scandale. On exigeait la peau de ces supporters de mauvais goût ! On voulait la tête des responsables ! On trépignait, on faisait de petits bons ! On éructait de dégoût… Car oui, comment être aussi stupides si peu de temps après l’affaire d’Outreau, et le blockbuster de Dany Boon ?

Le journal nordiste nous apprend finalement que les supporters parisiens voulaient – en réalité – simplement rigoler, et « faire du Desproges »… rien que ça !

Paraphrasons joyeusement, pour terminer, un maître-poète de la poésie bistrotière et de la grâce langagière populo : « Le problème avec les hooligans c’est que ça ose tout ! C’est même à ça qu’on les reconnaît…».

Etonnant, non ?

Le nom des gens, comédie romantico-citoyenne

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Elle est une gauchiste délurée et exubérante, dénonciatrice échevelée des injustices en tout genre – prompte à coucher avec des hommes de droite pour les convertir à sa cause. Il est un jospiniste convaincu, patient défenseur du principe de précaution et partisan du risque zéro en matière d’épidémies animales. Ils jalonnent à eux deux le territoire de la gauche, terrain de jeu du Nom des gens, la comédie romantico-citoyenne de Michel Leclerc avec Sara Forestier et Jacques Gamblin. Le portrait attendri de la famille de gauche n’était pourtant pas l’objet de ce film, qui se voulait à la fois document pédagogique, comédie loufoque, drame sentimental et œuvre politique. Rien de tout ça bien sûr dans cet inoffensif récit sentimental.

Roman national

La principale originalité du Nom des gens est de se présenter d’entrée de jeu comme document pour le roman national. Les deux personnages, témoignant comme des personnages de documentaire, nous racontent l’histoire de leurs familles respectives. L’un vient d’une famille juive, l’autre d’une famille algérienne. Mais attention, Arthur et Bahia, car c’est leur nom, ne se départissent jamais d’une forme de second degré à l’égard de ce récit, et Michel Leclerc s’amuse à détourner l’effet documentaire pour faire de l’humour à la Amélie Poulain. C’est le versant sympathique de ces portraits bourrés de clichés, sur les uns et sur les autres.

Dans le reste du film nos personnages seront accompagnés de leur alter ego venu de l’enfance ou de la jeunesse. Des sortes d’ange gardien, personnification de leur bonne conscience. Car sous le vernis de second degré, aujourd’hui indispensable, il y a un message asséné avec une pédagogie pesante, qui veut que les deux personnages se retrouvent au moment précis où ils redécouvrent leurs racines, et donc leurs différences. « Trop la classe, tu es juif je suis arabe, à nous deux on est la France! » Cette remarque n’est évidemment pas à prendre au sérieux dans le film, mais c’est quand même là-dessus que repose l’ensemble de l’intrigue.

Il y a pourtant un vrai potentiel comique dans ce Nom des gens. Une dynamique peu commune entre la folie de Bahia et le pragmatisme d’Arthur. Certains passage auraient pu constituer des pépites de cinéma loufoque – les moments, notamment, où le personnage de Sara Forestier peine à gérer l’habillement de sa poitrine, dans les situations les plus cocasses. Cette propension névrotique au déshabillement donne aussi lieu à une scène surprenante de nu dans le métro. Mais plutôt que d’assumer la dimension loufoque, Michel Leclerc préfère noyer son sentimentalisme dans des effets faciles: après les flashbacks nous avons droit pour les instants-émotion à des images vaguement vintage, genre super 8 de vacances.

Intuition banale

Au delà de ses qualités et de ses défauts, le véritable échec du film tient à sa dimension politique. On voit très bien les intentions du réalisateur, qui a voulu faire son débat sur l’identité nationale à lui tout seul. Mais la définition qui s’en dégage est au moins aussi excluante, comme on dit dans les agences de pub, que celle qu’il semble vouloir dénoncer. Dans cette apologie du métissage, c’est encore la question des racines qui, même nimbée d’humour incorrect, reste la seule obsession – le devoir de mémoire comme seule Histoire. Est Français celui qui a un passé, et a un passé celui qui a des origines.

À part cette intuition banale, le propos est strictement sans contenu. L’improbable demi-mesure entre le personnage de Bahia – portrait hystérique et attachant de la gauche émotionnelle – et celui d’Arthur – tiède jospiniste – nous est tranquillement présentée comme le seul horizon de la gauche. Et cette « gauche » comme seul horizon souhaitable pour la France contemporaine.

Jack Lang, démocrate modéré ou modérément démocrate?

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Jack Lang est intervenu comme d’autres hiérarques du parti socialiste en conseil et en soutien à Laurent Gbagbo lors de sa campagne pour les élections présidentielles en Côte D’ivoire. C’est son droit et c’est tout à fait honorable. On sait depuis que Gbagbo dont le parti appartient à l’Internationale socialiste, a perdu les élections (contrôlées par une commission indépendante internationale) par 45% des voix contre 55% pour Ouattara. Et qu’il refuse de quitter le pouvoir en s’engageant chaque heure un peu plus dans un processus autoritaire : fermeture des frontières, menaces sur les opposants, couvre-feu, interdiction des médias étrangers, puis pour finir, investiture.

Interrogé hier matin sur France Inter par Patrick Cohen, Jack Lang était invité à donner son opinion sur la situation et à donner des « conseils » à Gbagbo. On s’attendait donc à ce que Lang, en bon démocrate, invite ce dernier à quitter le pouvoir et à laisser la présidence au vainqueur. Et bien non, nous avons attendu en vain. Lang a simplement indiqué qu’il avait envoyé un message à l’entourage de Gbagbo pour l’inciter « à sortir de la crise par le haut ». Relancé par Cohen, Lang s’est refusé à dire clairement que Gbagbo devait quitter le pouvoir. Au contraire, c’est à Ouattara que Lang s’est adressé en l’invitant à faire preuve de modération et en lui suggérant de trouver un arrangement. Réfugié avec sa famille dans un immeuble de l’ONU, Ouattara appréciera sans doute toute la saveur de l’appel à la modération de Jack Lang.

On se souvient que c’est à cette même « modération » que Ségolène Royal avait été invitée quand une commission indépendante avait montré que Martine Aubry ne devait son élection à la tête du parti socialiste qu’à un bourrage des urnes. C’est décidément une façon originale qu’ont les socialistes de considérer les processus électoraux : demander aux gagnants de fermer leur gueule quand les perdants leur ont volé la victoire.

Ça promet pour les futures primaires. Il va falloir que les démocrates se modèrent drôlement au parti socialiste !… Quant à Ouattara, ancien directeur général adjoint du FMI, Jack Lang va certainement demander à Dominique Strauss Kahn de le reprendre avec lui à New York. Pour le récompenser de sa « modération ».

Malvenu chez les Ch’tis

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Décidément, cet automne judiciaire se révèle particulièrement liberticide. Après la criminalisation de l’amour caprin, la dictature du bon goût risque de faire de nouvelles victimes. Ils sont cinq supporters du PSG à avoir comparu jeudi au tribunal de Bobigny pour la fameuse banderole anti-Chti déployée en 2008 durant un match PSG-Lille. « Pédophiles, chômeurs, consanguins: bienvenue chez les Ch’tis« . Un humour noir aux gros sabots que l’auteur de ces lignes a eu la faiblesse d’apprécier autant que les sorties sulfureuses de Brice Hortefeux et du regretté Georges Frêches.

Les pires censeurs reconnaîtront que l’allusion à Outreau agrémentée des clichés du cru réconcilie l’Almanach Vermot avec Hara-Kiri. Au point que l’accusation d’incitation « à la haine ou à la violence dans le cadre d’une enceinte sportive » s’avère presque aussi drôle que le texte incriminé. Il faut dire que notre époque de compétition victimaire ignore le second degré, a fortiori lorsqu’il est pratiqué dans un stade où fusent les noms d’oiseaux.

Et qu’attend-on pour interdire l’infâme mais néanmoins célèbre hymne parisien : « Marseillais, va n… ta mère sur la Cane, Cane, Cane, Canebièrrrrrrrrrre! » ? Sur le grand marché de la compassion victimaire, la discrimination anti-méridionale vaudrait-elle moins que le supposé racisme antich’ti ?
Lorsqu’il ne sera définitivement plus permis de rire des ch’tis, basques, juifs, arabes et autres noirs, le meilleur des mondes sera devenu possible. D’avance, un grand merci aux juges de Bobigny

Grève des étudiants anglais: les Lib-Dem, plus lib que dem

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Si un prix mondial du cynisme politique existait, ils le remporteraient haut la main. Enfoncés les Frenchies, balayez tout notre échiquier, pas un ne tient la route face aux désopilants Lib-Dems (libéraux-démocrates) anglais. Pas un. Même pas celui auquel vous pensez très fort.

Imaginez un candidat tout nouveau tout beau qui gagne le prix du cœur, du sourire, des sondages, et accessoirement le droit d’entrer avec tapis rouge et courbettes dans un gouvernement de coalition, grâce à des promesses électorales chatoyantes du genre « blocage non négociable des frais de scolarité universitaires » : ça marche toujours dans un débat télévisé.

Résultat, lesdits frais devraient être multipliés par trois pour atteindre la somme astronomique de 9 000 livres par an (10 700 euros). Et vous n’êtes pas encore couché ni sustenté ni rien. Messieurs Cameron et Clegg (la nouvelle star), élevés en batterie sans souci de fins de mois à Oxbridge se sont déclarés désolés mais obligés. Les étudiants ont très, très moyennement apprécié et occupent, parfois violemment, le centre de Londres et de plusieurs grandes villes depuis le 10 novembre. On les comprend un petit peu. Ils ont massivement voté pour Clegg.

Pas joli-joli. Mais pas non plus exceptionnel, le reniement n’étant pas rare en politique, surtout quand les caisses sont archi-vides comme à Londres. Le petit plus, la « Lib-Dem touch » si l’on peut dire, c’est la traîtrise suivant immédiatement l’apostasie comme des rats quittent un navire qui prend l’eau. Plus que gênés aux entournures, les députés du parti d’appoint menacent de ne pas voter la loi scélérate. Que croyez-vous que répondit Vince Cable, secrétaire d’Etat Lib-Dem aux universités ? Faisant fi de la solidarité gouvernementale de base, il vient d’annoncer sa probable abstention lors du vote au Parlement. Il ne votera donc pas son propre texte, mettant par la même en péril la coalition gouvernementale Tories/Lib-Dem. Du jamais vu à Westminster. Jamais en France non plus, si ma mémoire est bonne.

France 24 : fin de règne pour Christine ?

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Est-ce une coïncidence ou la conséquence du départ de Bernard Kouchner du Quai d’Orsay ? Toujours est-il que moins d’un mois après le remaniement ministériel éclate, au sein de l’Audiovisuel Extérieur de la France (AEF), une affaire d’une gravité exceptionnelle, qui pourrait atteindre directement sa directrice déléguée, Christine Ockrent, à la ville compagne de Bernard Kouchner. Avant d’entrer dans le détail de ce scandale sorti par Emmanuel Berretta, il convient de donner quelques éléments de contexte permettant d’en comprendre les tenants et aboutissants.

AEF est une holding publique qui gère Radio France International (RFI) et la chaine d’information télévisée en continu France 24, détenues à 100% par l’Etat français et la participation de la France (49%) dans TV5 Monde, une chaîne généraliste francophone à laquelle participent également la Suisse romande (TSR), la Belgique (RTBF) et le Québec (Radio Canada).

L’ancien patron du groupe de pub Havas, Alain de Pouzilhac, en est le PDG et Christine Ockrent la directrice générale déléguée, responsable des rédactions.

Ceux qui la critiquent : de vilains machistes

La nomination de cette dernière à ce poste avait déjà fait jaser dans le landerneau médiatico-politique : la tutelle de l’Etat sur AEF était en effet exercée par le quai d’Orsay, et la proximité de Mme Ockrent avec le ministre en exercice pouvait alimenter quelques soupçons de népotisme. Tous les amis de Christine, et ils sont nombreux dans les hautes sphères médiatiques et politiques, sont alors montés au créneau pour dénoncer ces vilains machistes qui osaient suggérer que cette nomination n’était pas due seulement aux époustouflantes qualités professionnelles de la dame. Passez votre chemin, manants, et laissez la reine Christine combattre CNN et la BBC comme jadis Jeanne d’Arc s’efforçait de bouter l’Anglois hors du royaume de France. Ces exploits supposés justifiaient par ailleurs une rémunération annuelle qui, à en croire les confrères, se monterait à 310 000 €.

Pour la forme, la tutelle d’AEF fut transférée du Quai d’Orsay à Matignon, mais cela ne trompa que les couillons. Le ministre des Affaires étrangères gardait toujours un œil vigilant sur l’écran de France 24 et une oreille attentive aux émissions de RFI.

Malheur à ceux qui, comme Grégoire Deniau et Bertrand Coq, rédacteurs en chef de France 24, auteurs de livres et de documentaires insuffisamment complaisants envers le French doctor, osent défier Christine ! Ils sont débarqués sans ménagements. Car elle est comme ça, la Christine, tout sourire à l’extérieur et méchante comme une teigne dans les endroits où on a l’imprudence de lui confier quelque pouvoir. Sa méthode : diviser pour régner, mettre le souk au sein des rédactions en montant les uns contre les autres pour apparaître comme la reine tranchant souverainement les conflits. Lors un passage digne d’Attila à la tête de la rédaction de l’Express dans les années 90, elle fut affublée du surnom de Caïus Detritus, ce légionnaire romain de La Zizanie qui sème la discorde dans les troupes de César.

Cette propension à monter les gens les uns contre les autres se double d’une paresse personnelle infinie pour tout ce qui n’est pas paillettes et promotion d’elle-même. Les mauvaises langues susurrent que cette « grande professionnelle » fait parfois appel à des « nègres » pour écrire les ouvrages qui ajouteront à sa gloire. On n’ose le croire. Mais Vincent Peillon se souvient fort bien qu’en 1995, alors qu’il était un jeune prof de philo à peine entré en politique comme conseiller de Lionel Jospin, la dame l’avait sollicité pour « l’aider » à écrire un livre sur l’élection présidentielle à venir. Vincent Peillon avait alors décliné cet honneur, ne « sentant pas » la thèse que voulait alors développer Ockrent, à savoir que les candidats présents lors de cette élection ne le seraient pas lors de la suivante. Jospin, Le Pen et Chirac ayant remis le couvert en 2002, Peillon a bien fait de passer son chemin…

Alain de Pouzilhac, qui a gardé de juteuses activités dans des conseils d’administration divers et variés, dont l’activité casinotière, ne s’occupe que des aspects « business » d’AEF, notamment en négociant les conditions de diffusion de France 24 et RFI par les sociétés de câble ou de satellites dans le monde entier. Il mène également une dure bataille de réductions d’effectifs à RFI contre les syndicats de la maison. Il a laisse donc la bride sur le cou à Christine pour toute les questions rédactionnelles, jusqu’au moment où il s’aperçoit que cette dernière a fait embaucher en douce une trentaine de collaborateurs francophones à France 24, sans que ces emplois soient prévus au budget. Fou furieux, il demande la tête d’Ockrent à Sarkozy, qui la lui refuse. Néanmoins, l’homme-lige d’Ockrent au sein de la rédaction, Vincent Giret, est viré.

L’addition de la liste des cadres de la maison qui ont fui les méthodes ockrentiennes et de celle des membres actuels de la rédaction qui se taisent pour ne pas mettre en danger leur poste dans un contexte de chômage massif dans la profession coïncide à peu de choses près avec le tableau des effectifs.

Système d’espionnage interne

Pour tous ceux-là, la découverte de la mise en place d’un système d’espionnage interne dans AEF dans lequel il n’est pas exclu que Christine Ockrent soit impliquée tombe comme pain bénit, même si tout le monde reste encore à couvert. On ne sait jamais, la bougresse peut encore s’en sortir… Mais cela semble difficile lorsque l’on découvre que les boites mails du principal collaborateur de Pouzilhac, le diplomate Frank Melloul détaché à AEF comme directeur de la stratégie, sont piratées depuis son domicile par Candice Marchal, la plus proche collaboratrice d’Ockrent, avec la complicité de l’entreprise extérieure en charge de la « sécurité des réseaux ». Le patron de cette société de services, Thibaut de Robert, a été introduit dans la maison par Ockrent elle-même, après avoir longtemps travaillé pour BK Conseils, la boite de consultants qui faisait vivre Kouchner quand il n’était pas ministre. Toutes les informations confidentielles, en principes réservées au PDG atterrissaient ainsi sur l’ordinateur personnel de Candice Marchal.

Cette dernière a immédiatement été mise à pied et la justice est maintenant saisie de l’affaire. Lors de la réunion du comité exécutif d’AEF du mercredi 1er décembre, Christine Ockrent s’est défendu bec et ongles, affirmant n’être en rien mêlée à cette crapoteuse entreprise. Plus, elle contre-attaque en mettant en cause Frank Melloul pour avoir annoncé au Point qu’il allait porter plainte. Dans la maison, du PDG Alain de Pouzilhac au plus humble lampiste, personne ne croit une minute que Candice Marchal ait manigancé de sa propre initiative cet espionnage informatique. L’intersyndicale d’AEF a demandé de rencontrer séparément Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent pour entendre leur point de vue sur cette affaire, se réservant le droit, une fois son opinion faite de demander les mesures nécessaires aux autorités de tutelle. Aux dernières nouvelles, Alain de Pouzilhac aurait décidé de passer en force et de licencier Christine Ockrent pour « faute grave » mettant tous les amis de cette dernière au cœur du pouvoir devant le fait accompli.

Nicolas Sarkozy aurait en effet promis à Bernard Kouchner de ne pas couper la tête de Christine après son départ du Quai. Mais les promesses, c’est bien connu, n’engagent que ceux qui les écoutent.

C’est Balzac qu’on assassine !

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L’histoire peut paraître anecdotique, mais elle est symptomatique du cancer de la bien-pensance égalitariste qui ronge la société française depuis des années. Depuis un quart de siècle, le Collège-Lycée Honoré de Balzac (Porte de Clichy à Paris) est l’un des fleurons du système scolaire public en Île de France. La moitié de ses classes sont composées d’élèves bilingues, qui intègrent Balzac en 6e grâce à leur maîtrise parfaite d’une langue étrangère et à un dossier scolaire immaculé, pour y préparer le prestigieux BAC Option Internationale. On y trouve donc des classes d’élite qui font le bonheur de leurs professeurs, avec des élèves étudiant l’arabe littéraire, l’anglais, le portugais, l’italien, l’espagnol ou l’allemand. Ces élèves dits « internationaux » ont intégré Balzac sur concours, et viennent de toute l’Île de France chaque matin (parfois après une heure de transport) pour suivre leurs cours.

L’autre moitié de l’établissement est constituée de classes générales, normales, avec des élèves issus du quartier. La Porte de Clichy n’étant pas vraiment un coin favorisé de Paris, on trouve parmi les « généraux » un fort pourcentage de cancres en difficulté. Parmi ces cancres, il y a bien entendu quelques brutes encagoulées qui n’hésitent pas à mettre des baffes aux « bouffons » des classes internationales, voire à leur piquer leurs Choco BN, quand ce n’est pas leur portable. Mais rien de bien méchant, hein. On voit pire, bien pire, dans la majorité des établissements de banlieue. Balzac n’a rien d’un coupe-gorge. En tout cas, pas encore.

Depuis 25 ans, le Collège international de Paris fonctionnait ainsi. Un mélange de classes d’élite et de classes lambda, vivant à peu près en bonne intelligence dans ce gigantesque paquebot de béton. Et puis une nouvelle proviseure est arrivée cette année, avec un « projet d’établissement » sous le bras. Madame Katia Blas a décidé de mélanger les classes générales et internationales dès la rentrée prochaine. Jointe au téléphone, la proviseure s’est montrée choquée par l’indignation des parents d’élèves internationaux. Comment ne pas être d’accord avec son projet égalitaire, qui n’a d’autre but que de « prévenir la violence » et « améliorer les résultats de l’établissement » ? Avec un aplomb digne d’un Benoît Hamon expliquant son projet « d’égalité réelle », Madame Blas s’est émue des différences de résultats entre les classes « d’élite » (93% de reçus au brevet) et les classes générales (à peine 45%). Pour la proviseure l’idée même de classes d’élites est insupportable. Comme de bien entendu, le mot « discrimination » fait partie de son vocabulaire. Pour ces petits soldats de « l’égalité réelle », il ne saurait y avoir de justification à l’existence de classes internationales, peuplées d’intellos avec seize de moyenne, dans un établissement public.

Pour la sécurité des internationaux (dont elle reconnaît qu’ils se prennent à l’occasion des claques dans les couloirs, sur le mode « zyva sale bouffon »), la proviseure prône donc la seule solution possible : mettre dans la même classe intellos et cailleras nihilistes. S’appuyant sur les travaux de sociologues obscurs, la proviseure certifie que son projet d’établissement est la solution à tous les problèmes. Fini les violences ! En passant leurs journées côte à côte, bons élèves et ados en échec scolaire vont devenir les meilleurs amis du monde. Terminé les claques et les moqueries. Pour couronner le tout, les cancres vont, bien entendu, s’inspirer des bouffons à lunettes et raccrocher les wagons de la réussite scolaire ! Si ce n’était pas aussi triste et naïf, on pourrait en rire. Mais le gâchis est trop terrible. Trop de profs et de parents de bonne volonté se sont battus pour l’existence de Balzac International pour ne pas être effarés par ce projet. L’idée, d’une rare stupidité, rappelle évidemment l’affaire des ERS (établissement de réinsertion scolaire) qui ont fait la une des journaux il y a quelques semaines. Rappelez-vous : des collégiens de St Denis envoyés dans des ERS à la campagne pour reprendre leurs études. La belle idée s’était achevée, là aussi, à coups de claques dans la figure. Personne ne peut forcer un élève à se plonger dans ses livres, sauf peut-être ses parents…

Le fameux déni du réel qui caractérise notre société bien-pensante trouve avec cette affaire un nouvel exemple particulièrement sinistre. Un nouveau scandale. Parmi d’autres. Pourquoi « stigmatiser » les ados qui ne veulent rien faire, quand on peut faire porter le chapeau au « système », forcément bourgeois, de droite et inégalitaire ? Pourquoi protéger les classes « d’élite » (un gros mot dans la bouche de la proviseure ), quand on peut les livrer en pâture à la meute et faire remonter la moyenne générale de l’Établissement d’un demi point ? De quel droit les « intellos » pourraient-ils continuer à travailler tranquillement pendant que le niveau s’effondre autour d’eux ?

Les établissements scolaires devraient être des citadelles dédiées au savoir, à l’abri du tumulte et de l’air du temps. À l’abri des idéologues de la connerie bien-pensante, aussi, si ce n’est pas trop demander.

Cantona t’es foutu, Lagarde est dans la rue !

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Sans me vanter, il y a des matins où on est bien inspiré de lire le Guardian.com : c’est là que votre humble serviteuse avait trouvé le fabuleux dégagement de Cantona contre les banques, qui depuis, n’a cessé de faire boule de neige. Des dizaines de sites ont depuis repris eux aussi la vidéo nous appelant à retirer nos petits sous des gros coffres honnis, histoire de dire aux institutions financières notre façon de penser.

L’idée vaut ce qu’elle vaut, toujours est-il que l’appel au retrait massif ce 7 décembre a déjà été contresigné par 30000 facebookiens enthousiastes. Mais ne cherchez pas Christine Lagarde parmi ceux-ci : en vrai, elle n’a pas du tout apprécié cette intrusion cantonesque dans son pré carré : « Il y en a qui jouent magnifiquement au football, je ne m’y risquerai pas. Je crois qu’il faut intervenir chacun dans sa compétence. Eric Cantona n’est pas à une provocation près. C’est un immense footballeur. Mais je ne suis pas sûre qu’il faille le suivre dans toutes ses suggestions non plus (…) Donc, il faut que chacun fasse son métier; que M. Cantona fasse le sien, moi, je fais le mien”, a-t-elle déclaré ce mercredi à l’Associated Press.

Certains seront atterrés par cette rhétorique un rien téléphonée, voire carrément lourdingue : la défense de Bercy n’est assurément pas à la hauteur de l’attaque de Canto. Mais soyons indulgents, après tout, le domaine que Christine assure maitriser mieux que le dribble ou l’aile de pigeon, c’est pas non plus la poésie symboliste…

Un petit pas pour l’écologie

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