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La tyrannie élective, un modèle français

L’élection présidentielle est, en France, un phénomène tout à fait remarquable. Tous les cinq ans, les citoyens de cette République se choisissent un Chef. Fier d’avoir coupé la tête à son roi, le peuple français désigne un homme (de sexe indéterminé) qui sera :

– le garant de l’intégrité du territoire de la République et le chef des armées, qui pourra conséquemment éradiquer toute vie consciente de la face de la terre;

– le garant de la Constitution, de l’indépendance de la Nation et des traités, notamment européens, qui subsument cette constitution et limitent cette indépendance.

Comme ce n’est assurément pas suffisant, ce personnage d’essence démocratique a en outre la haute main sur le gouvernement, qu’il préside, nomme et révoque. Soucieuse de ne pas confondre les pouvoirs, depuis l’inversion du calendrier électoral, l’application de la Constitution lui assure en outre de détenir une majorité absolue au Parlement, qui rédige les lois. Il peut ainsi mettre son nez partout, de la confection du camembert jusqu’à la vitesse des voitures ou au montant des retraites. Il a charge de réduire le chômage et les diverses fractures sociales. Il doit redonner confiance au pays, inspirer un nouvel élan, veiller sur les arts et les lettres, surveiller la télévision, relancer l’économie. Il peut supprimer le mot “Mademoiselle” des formulaires administratifs et envoyer l’armée garder les plantations de pavot en Afghanistan.

Maître de la vie et souverain de la mort, il régente les destinées individuelles et collectives, peut ainsi mettre fin à l’expérience humaine, juger l’histoire, concevoir les lois.

Une brève analyse de ce qu’est un Président de la République nous permet donc d’affirmer qu’il n’est pas un simple humain, un de ces êtres censément raisonnables dont le caractère manifestement borné interdit qu’il puisse être à la mesure de telles fonctions. Il s’agit d’un dieu, au sens où les Empereurs romains en étaient, à moins que, à l’instar de Moïse ou de Mahomet, la divinité unique lui parle personnellement. Ce dernier phénomène est surtout réservé aux Présidents d’outre-atlantique.

On pourrait croire que les Français sont un peuple curieux et incohérent qui prétend élire ses prophètes et ses dieux. Ce serait ne pas voir la profonde sagesse avec laquelle la France a transformé l’inanité puérile de la démocratie représentative en une véritable religion laïque : on n’a pas vécu mille ans en royauté de droit divin pour rien.

Tous les cinq ans, ce qui se produit n’est donc rien moins qu’une grande cérémonie religieuse, où, tels de nouveaux psaumes, les programmes et les promesses n’ont d’autre fonction que de célébrer les vertus du Pouvoir. Au fond, peu importe quelle personne incarnera la fonction royale et sacrée de Président, comme dans l’Eglise romaine n’importe quel prêtre peut célébrer la messe. Tel un nouveau Christ, De Gaulle-Mitterrand est toujours vivant. Le Roi a deux corps. Participant à cette cérémonie, tous les Français doivent communier dans la célébration du Pouvoir suprême, centralisé et laïc, autant dire n’admettant plus d’autre sacralité que lui-même. Ce qui compte, c’est qu’ils lui remettent les clefs de leur destin, qu’ils lui confient leur culture, leur santé, leur liberté et, bien sûr, leur chère prospérité économique. Peu importe que les Français votent pour Le Pen ou pour Hollande, qu’ils adhèrent stupidement ou qu’ils protestent hargneusement : ce qui importe, c’est qu’ils reconnaissent la légitimité d’un Pouvoir au regard duquel l’absolutisme d’un Louis XIV n’est qu’une risible bagatelle. Ce qui compte, c’est que, mettant dans l’urne son petit bulletin, le citoyen reconnaisse l’incontestable supériorité du nouveau sacré sur l’ancien. Et si l’on peut croire que Jéovah créa tout, on sait que le Président peut tout détruire.

Voilà donc pourquoi il faut culpabiliser les abstentionnistes. Ces nouveaux hérétiques, sur lesquels il convient de verser la poix chaude de la vindicte médiatique, mettent en péril l’ordre social républicain fondé sur l’adoration du Pouvoir. Qu’ils songent un peu à tous ces martyrs qui sont morts pour la démocratie, et qu’ils méditent ceci, que leur attitude renforcera les forces du mal, tapies à l’extrême-droite, prêtes à fondre sur la Ve République pour en faire une tyrannie, ce qu’assurément elle n’est pas, puisque le tyran y est élu.

« Clichy-Montfermeil, c’est la France ! »

Le 17 octobre, le Président de la République avait organisé un déjeuner pour parler des banlieues. Parmi les invités figuraient Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, Christophe Guilluy, géographe, et moi-même, démographe, ainsi que plusieurs personnes ou proches de l’Institut Montaigne. Gilles Kepel, flanqué à sa gauche de Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, et à sa droite de Claude Bébéar, le fondateur de l’Institut Montaigne, faisait face au Président, lequel était encadré par les ministres de l’Intérieur et de la Ville, deux conseillers et le préfet de Seine-Saint-Denis. La discussion tourna autour du rapport que Gilles Kepel venait de diriger pour l’Institut Montaigne, Les banlieues de la République[1. Ce rapport de l’Institut Montaigne a été repris dans un livre : Banlieue de la République, Société, Politique et Religion à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, Gallimard, 2012 ; Gilles Kepel a simultanément publié un essai qui propose une interprétation de son enquête : Quatre-vingt-treize, Gallimard, 2012.].

Pour Gilles Kepel, l’avenir de la France se joue en Seine-Saint-Denis et tout particulièrement à Clichy-sous-Bois-Montfermeil. Selon lui, du fait de l’immigration qui s’y est concentrée depuis quelques décennies, la Seine-Saint-Denis possède un potentiel considérable qu’il faut mettre en valeur : cela suppose d’y investir massivement dans l’éducation et la formation, afin de mettre la main-d’œuvre potentielle à la hauteur de la technologie et des emplois tertiaires d’aujourd’hui. La radicalisation religieuse qu’il observe dans ces territoires tiendrait à la désaffection de la République qui n’a pas tenu sa promesse de citoyenneté. Cette thèse, comme tout travail de recherche, mériterait discussion. Le Président ayant déclaré que la parole était libre, elle fut l’objet de quelques critiques du géographe Christophe Guilluy, bon connaisseur des banlieues, et de moi-même, qui travaille sur les questions d’immigration.
Dans l’épilogue de Quatre-Vingt-Treize, ouvrage au titre hugolien, Kepel relate la cruelle mésaventure qui fut la sienne lors de ce déjeuner. Il se plaint d’avoir été humilié en public, devant le Président de la République lui-même. Ayant été le témoin de la scène, il m’a paru utile de compléter ce compte-rendu avec quelques précisions de première main.

Ce jour-là, Kepel arrive confiant à l’Élysée. Il se fait une joie de dévoiler longuement son rapport et ses recommandations à un Président attentif qu’aucun intrus ne distraira de son exercice d’admiration et compte bien le convaincre de suivre ses précieux conseils d’homme de terrain. Quelle n’est pas sa surprise de constater qu’un parfait inconnu et moi-même sommes de la partie. Personne ne lui a parlé de débattre avec une « démographe » et un géographe inconnu de ses services dont il dresse le portrait ainsi : « Ni mes commensaux immédiats ni moi-même ne connaissons le patronyme de ce quadragénaire hâve en col ouvert, au verbe et au front hauts, que le Président tutoie, appelle par son prénom, et dont il semble faire grand cas : il a omis de se présenter, et je ne l’identifierai qu’en épluchant le surlendemain la liste des invités. Piochant son dernier livre à la bibliothèque de Sciences-Po, je comprendrai après coup pourquoi il a pratiqué sans discontinuer, avec l’aide prévisible de Mme Tribalat, un tacle aussi rugueux contre l’auteur du rapport : arrières latéraux de la pensée identitaire sur le terrain de l’Université, tous deux cherchent à s’emparer devant la tribune présidentielle du ballon de la question sociale pour éliminer la banlieue du jeu politique. [access capability= »lire_inedits »]

On l’aura compris, ce Christophe Guilluy n’aurait jamais dû se trouver là mais, puisqu’il l’était, la moindre des choses aurait été de se présenter humblement à l’invité prestigieux placé en face du Président de la République. Gilles Kepel est très à cheval sur l’étiquette, plus encore que le protocole de l’Élysée. Non seulement Christophe Guilluy aurait dû se présenter mais, informé de la présence de Gilles Kepel, il aurait dû venir en costume-cravate, apprécier tranquillement la nourriture et les bons vins, se taire et écouter sagement Gilles Kepel.

Ces lignes m’ont remis en mémoire le bref échange que j’ai eu avec Gilles Kepel quelques semaines après ce déjeuner gâché par Guilluy et moi-même. Cela se passait le 28 novembre 2011, au sortir de l’enregistrement de Répliques, l’émission d’Alain Finkielkraut sur France Culture. Comme je faisais compliment à Kepel de sa stratégie d’occupation de l’antenne, il m’expliqua qu’il était bien naturel qu’il ait eu la vedette, puisque c’était lui, et pas moi, qui venait de produire un rapport de « un million de signes » ! Par ailleurs, avant l’émission, j’avais mentionné le nom de Christophe Guilluy, qu’il m’avait déclaré ne pas aimer − tout en reconnaissant ne pas le connaître ni avoir jamais lu aucun de ses livres. Je cherchai à en savoir un peu plus: quel grief pouvait-il avoir contre quelqu’un qu’il ne connaissait pas et n’avait pas lu ? La réponse était simple : ce Guilluy n’aurait pas dû être invité à l’Élysée et, qui plus est, se croire autorisé à parler. Bien entendu, lorsqu’il évoque ce déjeuner devant des tiers, Kepel étend cet aimable commentaire à ma modeste personne.
Donc le 28 novembre 2011, Kepel n’a pas encore trouvé le courage d’aller « piocher » à la bibliothèque de Sciences-Po le dernier livre de l’inconnu « en col ouvert » de l’Élysée. À cette date, selon toute vraisemblance, la rédaction de l’épilogue est déjà bouclée ou du moins très avancée. En vrai scientifique qu’il est, et parce qu’il lui faut bien étayer ses accusations de dernière minute, il s’infligera ce pénible passage à la bibliothèque de Sciences-Po − peut-être lui a-t-il suffit de lire la « quatrième de couverture » : ce serait déjà méritoire.

Lors de Répliques, Kepel s’en était également pris à Christopher Caldwell, chercheur et journaliste américain qui venait de publier un livre sur « l’islam d’Europe » dont j’avais rédigé la préface[2. Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux, Comment l’islam va transformer la France et l’Europe, préface de Michèle Tribalat, éditions du Toucan, 2011.]. Comme Gilles Kepel reconnaissait bien volontiers n’avoir pas non plus lu ce livre, il s’était contenté d’épingler Caldwell comme « néo-conservateur » – ce qui en France vous dispense d’en dire plus. Cela ne l’empêche pas d’avoir sur cet ouvrage un avis autorisé qu’il livre à la page 277 de Quatre-Vingt-Treize, dans une note probablement complétée à la hâte lors de la relecture des épreuves : il y mentionne « l’essai plein d’antipathie […] qui s’inscrit dans la filiation de la polémique identitaire » publié par « le journaliste néo-conservateur Christopher Caldwell ». Fermez le ban.

Mais revenons à cet instructif épilogue, grâce auquel j’ai appris que je faisais désormais partie des « adversaires » auxquels Kepel réserve ses qualificatifs les plus venimeux, ce qui a l’avantage de dispenser de toute critique argumentée. Me voilà donc, avec Christophe Guilluy, classée parmi les « identitaires » qu’il taille en pièces dans son livre. Pour mieux se faire comprendre, Gilles Kepel file la métaphore footballistique. Nous ne sommes même pas les Zidane de la « pensée identitaire », mais de simples arrières latéraux, des bœufs qui empêchent les Zidane de la haute pensée dans son genre de mettre le ballon au fond du filet « devant la tribune présidentielle ». Malgré tout, il ne nous situe pas très bien, ni l’un ni l’autre − c’est bien normal compte tenu de l’agenda d’un homme de son importance qui a accompagné le Président dans ses voyages dans le monde arabe, ce qu’il ne manque pas d’expliquer en détails dans cet épilogue. Il nous déclare donc « arrières latéraux de la pensée identitaire sur le terrain de l’Université ». Il se trouve qu’aucun de nous deux n’enseigne à l’Université. Mais ce que le lecteur doit garder à l’esprit, c’est que nous infectons, ne serait-ce qu’indirectement, l’Université de nos théories identitaires.

Rien n’est épargné à Kepel durant ce déjeuner élyséen. Autre sujet d’agacement, le Président appelle Christophe Guilluy par son prénom et le tutoie (ce qui est faux), alors que lui-même, pendant la brève allocution qui a ouvert la discussion, n’a été « ni nommé ni regardé ». Il me semble que, sur ce deuxième point, Kepel se trompe, mais peut-être voulait-il dire que le Président ne l’avait pas regardé avec toute l’admiration qui lui était due. Nicolas Sarkozy eût-il conclu ses quelques mots de bienvenue par un sonore « Allez, Gilles, dis-nous ce que tu sais sur la banlieue ! » que Quatre-Vingt-Treize aurait eu dix pages de moins. Il suffit d’avoir parlé une fois dans sa vie à un journaliste politique pour savoir à quel point Nicolas Sarkozy appelle facilement ses interlocuteurs par leur prénom. Moi-même j’y ai eu droit lors du déjeuner, en alternance avec « Madame Tribalat » − lorsque mes propos lui déplaisaient.
Que fait Gilles Kepel pendant que les deux clandestins de la pensée encombrent la conversation de leurs futilités, notamment lorsque « la démographe prend longuement la parole » ? Pour échapper à ce « flux verbal », il consulte son Blackberry et lit les messages de sa compagne, qui lui demande les dernières nouvelles au sujet de l’accouchement de Carla Bruni, sujet qui passionne alors le Tout-Paris. Pour qu’il soit réduit à pareille extrémité, il faut que les intrus volent bas.

Sur le fond, le 2 février, lors d’un colloque au Sénat, il me sera donné d’apprendre, de la bouche même de l’intéressé, ce qu’il a retenu de nos travaux, à Christophe Guilluy et moi-même – peut-être n’a-t-il pas trouvé tous nos ouvrages à la bibliothèque de Sciences-Po ? D’après lui, nous prétendons que le vrai problème de la France ne se situe pas dans les banlieues, mais dans le rural profond et que seuls les « Gaulois » sont les victimes du malheur social. Faut-il que ce déjeuner lui soit resté sur l’estomac pour qu’il trouve le temps, dans les vingt minutes qui lui sont imparties ce jour-là, de parler, à nouveau, sans les nommer, de sa démographe et de son géographe préférés !
Dans son épilogue, il relate encore, de façon très personnelle, quelques passages de la conversation : « Surgit très vite une polémique dont Mme Tribalat lance la charge, statistiques à l’appui : la pauvreté dans la France d’aujourd’hui ne se trouve pas d’abord dans les banlieues contrastées des métropoles, mais dans les petites villes périphériques et le monde semi-rural et rural. » La mémoire de Kepel le trahit-elle ? En tout cas, cette version est absolument fausse. La polémique démarre lorsque Gilles Kepel souligne fièrement que c’est en toute connaissance de cause que Clichy Montfermeil, « c’est la France même ». Christophe Guilluy et moi-même récusons ce discours caractéristique des cadres et professions supérieures des grandes agglomérations, car il ne peut qu’enrager les catégories populaires d’origine française, qui vivent effectivement plutôt ailleurs et ne se trouvent guère mieux loties que bien des enfants d’immigrés. Nous pensons, effectivement, qu’il n’est pas juste de laisser croire que les catégories populaires se limitent aux populations « des quartiers » comme on dit maintenant.

Dans cet épilogue, Gilles Kepel fait preuve de l’élégance et de la décence propres aux âmes d’élite, celles que l’on reconnaît à leur talent pour narrer petites péripéties et grandes blessures d’amour-propre, et non au fait que leur col soit ouvert ou fermé par une cravate. Il faut aussi saluer son courage. Malgré les rebuffades et humiliations subies ce jour-là, Gilles Kepel a su trouver un instant pour demander et obtenir une faveur du Président : organiser une grande exposition sur la Libye d’aujourd’hui. On se réjouit de pouvoir bientôt la découvrir.[/access]

 

Y’a (pas) bon awards

Selon leur instigatrice Rokhaya Diallo, « les Y’a bon Awards ont pour mission de débusquer des propos racistes tenus par des gens qui ne sont pas ouvertement racistes, le racisme invisible et toléré ». Des Césars du racisme, en somme, décernés par un jury d’arbitres des élégances, qui traquent la bête immonde partout où elle peut se nicher, c’est-à-dire dès que s’esquisse le début d’embryon de doute à propos de l’immigration ou de l’islam.

Lundi, en pleine affaire de Montauban et de Toulouse, alors que la quasi-totalité des candidats à la présidentielle suspendaient leur campagne, l’association de Mlle Diallo, Les Indivisibles, festoyait à Paris en épinglant son lot de boucs émissaires médiatiques.

Pêle-mêle, l’UMP, nos confrères Christophe Barbier, Sylvie-Pierre Brossolette ou encore Caroline Fourest se sont vus fustigés pour incarner cette France frileuse, islamophobe et raciste qui fleure bon l’AOF et l’AEF d’antan. On regrettera que Florence Aubenas, ex otage en Iraq, ait participé à ce quarteron d’ « antiracistes » le couteau entre les dents et n’ait pas tiqué, par une solidarité élémentaire, lorsque ses confrères journalistes (qui s’étaient massivement mobilisés pour sa libération) ont été désignés par la vindicte y’a bonesque.

On reviendra bientôt plus avant sur le fond des arguments « indivisibles » mais, outre l’absence de diversité des lauréats (le raciste n’étant, par définition, que blanc et « souchien », selon le mot fleuri de Houria Bouteldja), nous ne soulignerons jamais assez la décence des Indivisibles, qui ont cru bon de maintenir leur petite sauterie alors qu’un forcené salafiste terrorisait la région toulousaine. Vous me direz, on est toujours le « raciste » de quelqu’un d’autre…

Toulouse : ceux qui auraient dû se taire

Disons-le d’emblée, je n’aurais pas assez de place ici pour stigmatiser, oui c’est le verbe approprié, tous ceux qui ont jugé utile de conclure avant de savoir après les assassinats de Toulouse et Montauban – et avant qu’on identifie le « présumé coupable ». Mais quelques monstruosités ont été dites, notamment par plusieurs candidats à la présidentielle. Rembobinons et écoutons.

A tout seigneur tout honneur. François Bayrou avait jugé utile de maintenir lundi soir son meeting de Grenoble. Et pour cause : dans la foulée de l’expertologue Dominique Reynié, il avait cerné le coupable bien avant la police. « Je crois que ce type de folie s’enracine dans l’état d’une société et dans la société française, ce type d’atteintes, d’actes se multiplient [..]. Il y a un degré de violence et de stigmatisation dans la société française qui est en train de grandir, c’est inacceptable »
Suivez son regard. Vous ne voyez pas vers où il mène ? Le candidat Modem vous donne des indices supplémentaires : « Les hommes publics ont le devoir de veiller à ce que les tensions, les passions, les haines ne soient pas à chaque instant entretenues. Le fait de montrer du doigt les uns et les autres en fonction de leur origine, c’est faire flamber les passions et on le fait parce que dans ce feu-là, il y a des voix à prendre ».
Vous en voulez encore, du Bayrou ? En voilà : « On lance des sujets dans le débat, on prononce des mots qui roulent comme une avalanche et parfois tombent sur des fous. Nous ne savons rien sur celui qui a perpétré cette tuerie, mais nous sentons bien que cela n’est pas sans lien avec une certaine évolution de la France ». Bref, ce soir-là à Toulouse, Bayrou n’a incriminé nommément aucun de ses concurrents mais pour lui, deux seules pistes étaient envisageables : soit l’assassin habite à l’Elysée, soit elle a les cheveux blonds…

Ces propos incendiaires, et très peu prémonitoires, François Hollande aurait pu les dénoncer dès le lendemain matin chez Jean-Jacques Bourdin, dont il était l’invité sur RMC et BFM. Hélas c’est exactement le contraire qu’il crût bon de faire. Invité par Bourdin à commenter les accusations de Bayrou, Hollande se met illico sur la même longueur d’onde hasardeuse: « Il y a des mots qui influencent, qui pénètrent, qui libèrent, ceux qui ont des responsabilités doivent maîtriser leur vocabulaire », nous dit très pompeusement le candidat PS, avant, lui aussi de jeter un regard appuyé vers l’hôte actuel de l’Elysée : « Au sommet de l’État, rien ne peut être toléré. Ni le vocabulaire, ni la vulgarité, ni la facilité, ni je ne sais quelle simplification ».

Jean-Luc Mélenchon, lui non plus, n’a pas perdu cette occasion de se taire. Voilà ce qu’il a dit ce même lundi, d’après le compte-rendu publié par l’Humanité.fr (d’où l’expression un rien absconse de « porteur du programme partagé » pour qualifier Mélenchon) : « Cette violence, personne ne pouvait l’imaginer en France. C’est un grand changement, il faut réfléchir et trouver les moyens de répliquer ». Le porteur du programme partagé a redit que « chacun doit dorénavant faire attention à ses citations ». Il garde « en travers de la gorge » d’avoir entendu dans la bouche de Jean-Marie Le Pen « les mots d’un odieux collaborationniste », Robert Brasillach. L’ex-président du FN avait cité cet écrivain mort fusillé pour collaboration à la mi-février à Lille.

Et n’allez pas croire que mes confrès de l’Huma ont surinterprété les propos de leur candidat: le même lundi, vers 19h, on exultait sur le compte twitter officiel de JLM : « Brasillach est servi »

Le plus incroyable, dans cette histoire, est que le même Jean-Luc Mélenchon appelle ce matin à « lutter contre les assimilations et contre les stigmatisations haineuses ». Parole d’orfèvre…

Enfin ce recueil d’avis d’experts serait incomplet sans un bref détour par Marine Le Pen. Certes, MLP n’a pas, elle, tiré de conclusions hâtives avant même l’interpellation du tueur présumé. Mais elle n’a pu s’empêcher d’en faire immédiatement après, en estimant que ces assassinats auraient pu être évités si pendant cinq ans Nicolas Sarkozy n’avait pas sous-estimé la menace islamiste. Quand on tient un coupable idéal, on ne lâche pas comme ça…

Catherine Ashton : la femme qui rit dans les cimetières

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Catherine Ashton.
Catherine Ashton.

Quand l’Europe n’a rien à dire, elle envoie Catherine Ashton le dire à sa place. C’est son job. On la paie pour ça – et même très bien : elle occupe l’emploi politique le mieux rémunéré au monde. Ne chipotons pas sur les 360 000 euros annuels qu’elle perçoit. C’est peut-être plus que les indemnités d’un Nicolas Sarkozy, d’une Angela Merkel ou d’un Barack Obama, mais elle le vaut bien : la baronne travailliste a été nommée, en 2009, Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, autrement dit chef de la diplomatie européenne.

Catherine Ashton se retrouve donc depuis quatre ans être cheftaine d’un truc qui n’existe pas. Autant le reconnaître : elle y excelle. Sa capacité instinctive à viser à côté de la plaque force le respect. Son zèle à être absente de tous les grands dossiers géostratégiques relève de la prouesse. Quant aux questions de sécurité et de défense, son incompétence est unanimement saluée.

Ne noircissons toutefois pas le tableau : Catherine Ashton représente, à elle seule, une grande victoire du féminisme. Elle réalise la prophétie que Françoise Giroud formulait il y a trente ans dans Le Monde : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente[1. Détournement de l’assertion de Sacha Guitry, suivant laquelle « la femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, chauve, elle trouvera ça distingué ».]. » Catherine Ashton est comme un aboutissement.

Cependant, le grand malheur n’est pas que la Haute représentante soit incompétente, mais dotée de la parole. C’est que Madame parle, cause, bavarde. Elle s’exprime. Jamais à bon escient. La boucler est pourtant le b.a.-ba du métier de diplomate : « A diplomat, cancanait le sénateur américain Frederick Sawyer dans les années 1880, is a person who thinks twice before he says nothing » (Un diplomate est une personne qui réfléchit deux fois avant de ne rien dire). Bref, Catherine Ashton ne maîtrise pas ce que les Grecs avaient quasi-divinisé : le kaïros, le moment opportun, le right time.

Elle vient de nous en apporter une nouvelle fois la preuve. Lundi, elle a rendu un bien curieux hommage aux victimes de l’école Ozar Hatorah : « Quand nous pensons à ce qui s’est passé aujourd’hui à Toulouse, quand nous nous souvenons de ce qui s’est passé en Norvège il y a un an, quand nous savons ce qui se passe en Syrie, quand nous voyons ce qui se passe à Gaza et dans différentes parties du monde, nous pensons aux jeunes et aux enfants qui perdent leur vie… » Elle poursuit par un hommage aux victimes du terrible accident de car en Suisse ainsi qu’aux jeunes Palestiniens qui « contre toute attente, continuent à apprendre, à travailler, à rêver et aspirent à un meilleur avenir ».

Les autorités israéliennes ont aussitôt réagi – qu’est-ce qu’ils sont susceptibles, ces gens-là ! La Haute représentante en a pris acte. Elle a fait modifier, sur son site, son texte, rajoutant Sderot à Gaza, tout en dépêchant son porte-parole pour dire que jamais elle n’avait osé établir le moindre parallèle entre « les circonstances de l’attaque de Toulouse et la situation à Gaza ». La baronne Ashton essaie de se raccrocher aux branches comme elle peut. Mais elle a parlé. Et son propos fut odieux.

Odieux, parce qu’il est des moments où la simple humanité consiste à respecter la douleur des familles et le deuil d’un pays. Et respecter cette douleur et ce deuil, c’est d’abord en accepter la singularité : les trois enfants et le professeur morts à Toulouse n’ont pas été tués par accident. Le « tueur au scooter » les a abattus délibérément, ni par hasard ni parce qu’ils se trouvaient à portée de tir, mais parce qu’ils étaient juifs. On appelle ça de l’antisémitisme. Quelqu’un peut-il informer Mme Ashton qu’ils ne sont pas morts d’un gros rhume ?

C’est une manifestation abjecte d’antisémitisme qui s’est produite à Toulouse. L’une des plus hautes responsables européennes s’en moque comme de sa première voiture de fonction, jusqu’à en diluer le caractère spécifique parmi une série d’événements tout aussi tragiques, mais d’une autre nature. L’antisémitisme n’est plus, selon Mme Ashton, qu’une libre variation de la mortalité humaine. Elle invente une catégorie : « les jeunes et les enfants qui perdent la vie » pour dissimuler l’antisémitisme opérant à Toulouse et, au final, le banaliser. Ses contempteurs reprochaient indûment à Raymond Poincaré de rire dans les cimetières, Catherine Ashton, elle, s’y fend la poire.

Mais pourquoi la Haute représentante établit-elle un parallèle entre Gaza et Toulouse ? Quelles sont les arrière-pensées de Mme Ashton – terme impropre au demeurant, puisqu’il suggère l’impossible : qu’elle ait seulement une pensée… Où veut-elle en venir en établissant des parallèles fâcheux ? Veut-elle insinuer que les élèves assassinés à Toulouse n’ont eu, après tout, que ce qu’ils méritaient ? Parce qu’Israël. Parce que Gaza.

Est-ce désormais une précaution oratoire d’évoquer la situation palestinienne chaque fois qu’un acte antisémite se produit ? Pour faire bonne mesure. Pour rétablir l’équité. Pour que les juifs ne soient plus les seuls à être, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, les « rois du malheur ».

Mais faut-il aller, lorsqu’on parle d’enfants juifs morts parce qu’ils étaient juifs, à faire la laudatio de la jeunesse palestinienne. Il y a quelque chose d’incongru et de scandaleux même dans les propos de Catherine Ashton.

Faut-il réclamer, pour autant, la démission de la chef de la diplomatie européenne ? Et pourquoi pas lancer une pétition, pendant qu’on y est ! On a confié la politique étrangère de l’Union, c’est-à-dire d’une puissance qui aurait, si elle en avait la volonté, son rôle à jouer au Proche Orient et dans l’ensemble méditerranéen, à la femme la plus incompétente et la plus gauche de sa génération. Ce n’est pas un hasard, mais un aveu : nos Etats ne tiennent tout bonnement pas à ce que l’Union dispose d’une diplomatie. Avec Catherine Ashton, nous sommes assurés de ne point en avoir.

Toulouse : Dominique Reynié a identifié les coupables

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Jusqu’à présent, Dominique Reynié, professeur à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’Innovation Politique (le think tank de l’UMP) et penseur emblématique du social-libéralisme européiste, de la révolution multiculturelle et de la mondialisation heureuse réunies m’inspirait surtout de l’amusement. L’homme nous distrayait d’ailleurs souvent : depuis 2005, c’est un habitué des émissions politiques et des chaines d’infos où il dénonce inlassablement les classes dangereuses et les partis qui flattent leurs instincts les plus vils. La télé étant bonne fille, jamais elle ne lui a chipoté son statut d’expert, voire d’oracle, quand bien même aucune de ses prédictions apocalyptiques en cas de victoire du non au référendum sur le TCE ne s’est concrétisée. Je suis expert, voyez mes ailes.

Depuis hier soir, mes ricanements qui accueillent chacune des interventions pontifiantes du Professeur Reynié se sont teintés d’un léger dégoût et d’une furieuse envie de casser ma télé.

Car alors que toute la classe politique (à l’exception peu glorieuse de François Bayrou) s’est à juste titre repliée dans un silence à la hauteur du deuil que vit la France, Dominique Reynié,lui, parle, et partout. Et pourquoi parle-t-il partout ? Eh bien parce que contrairement aux centaines de policiers dépêchés sur place par Claude Guéant, Dominique Reynié n’a pas besoin d’enquêter pour retrouver le tueur : il connaît le coupable des ces trois séries de crimes horribles.

Le coupable pardi c’est le populisme, auquel il vient justement de consacrer un ouvrage très documenté, mais qui se lit sans difficulté, Populismes: la pente fatale, broché, 280 p, en vente partout pour 19, 50 € seulement.

« Le ton de la campagne ne pourra pas être le même », décrète notre expert au micro de l’Agence Reuters (il tiendra ensuite le même discours quasiment mot pout mot chez Yves Calvi sur France 5) « La campagne a été dominée par un ton extrêmement agressif et une rhétorique populiste très présente. Cette rhétorique va devoir cesser. Il va y avoir une demande d’apaisement. »

Vous n’avez pas bien compris où le prof voulait en venir ? Ah, c’est sans doute que vous n’avez pas encore acheté son excellent livre Populismes: la pente fatale, broché, 280 p, en vente partout pour 19,50 € seulement. Pas chien, l’auteur vous met gracieusement les points sur les i : « On est dans une pathologie meurtrière liée à des fantasmes sur l’immigration et sur l’antisémitisme, qui sont alimentés un peu par tout le monde ». Mais dites-nous, cher professeur, c’est qui très exactement « tout ce monde » ? La réponse de Reynié est presque claire : »Entre les grandes controverses sur le multiculturalisme, les sorties délirantes sur le pouvoir de la finance ou l’ennemi sans visage ou ‘je suis le bruit, la fureur et le fracas’, je renvoie tout le monde dos-à-dos ». En clair, si vraiment vous êtes bouché et/ou extrémiste : pour Reynié, qui fait du Coluche, tous sont également coupables, mais Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont nettement plus coupables que les autres.

Si c’est vrai, qu’attend-on pour emprisonner ces deux-là pour complicité de d’assassinat? Qu’attend-on aussi pour ramener à la raison le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, qui a déclaré, très très énervé, à l’issue d’une réunion des représentants des communautés juive et musulmane autour de Nicolas Sarkozy à l’Elysée : « Il n’y a absolument rien à voir entre le climat, que l’on peut considérer comme délétère si l’on veut, et la monstruosité d’un tel acte, il n’y a aucune comparaison à faire (…) L’homme qui a tiré une gosse par les cheveux pour lui loger une balle dans la tête ne l’a pas fait parce qu’il a entendu telle ou telle remarque au sujet de l’abattage rituel. Il faut arrêter de faire la liaison entre les deux événements »

Si Dominique Reynié est un expert, alors on doit en déduire que Richard Prasquier est un ignorant qui raconte n’importe quoi. Ah si seulement il avait, avant de parler, lu Populismes: la pente fatale, broché, 280 p, en vente partout pour 19, 50 € seulement.

Sans toit ni loi ni moi, mais avec wifi !

Les participants au festival culturel américain SXSW, qui se tenait jusqu’au 18 mars au Texas, ont pu se connecter à internet via des bornes Wi-Fi installées sur des SDF qui ont été rémunérés pour leur service. Etonnant non ?

L’opération, baptisée Homeless Hotspots, a été lancée par une agence de publicité britannique en collaboration avec une association d’aide aux sans-abris. Concrètement, le SDF porte un tee-shirt proclamant : « Je suis (PRENOM[1. Prénom, ou John, ou Paul, ou George ou Ringo, par exemple.]), un point d’accès 4G », ainsi qu’un émetteur de réseau internet de quatrième génération. L’utilisateur souhaitant se connecter à internet, via son téléphone, sa tablette ou son portable, n’a qu’à ensuite envoyer un texto avec le prénom en question à un numéro spécialement mis en place. Il pourra ensuite se connecter en échange d’un don du montant qu’il souhaite. L’argent sera ensuite reversé à l’association partenaire, Front Steps. Au total, 13 SDF ont ainsi été « équipés ».

Même si l’époque n’a pas besoin de nous pour inventer de telles monstruosités, autorisons-nous quelques suggestions pour aller plus loin. Le SDF « hotspots » n’est évidemment qu’un premier pas. Astucieusement équipé d’une batterie attachée dans le dos et d’une ampoule sur la casquette, le SDF ne peut-il pas se transformer en très utile lampadaire ? Quatre sans logis pourraient bien, également, à force d’un peu d’entraînement à la souplesse, faire des abris-bus très commodes. Il y a là un potentiel assurément très sous-exploité… Et je ne parle pas des plaques d’égout, des grilles d’ascenseurs, des cages de zoos, et tutti quanti.

Les malotrus qui se sont permis de trouver amusant le subterfuge n’iront pas au Paradis 2.0…

« L’immigration n’est ni une chance, ni une menace mais une question politique »

Laurent Bouvet est politologue. Il vient de publier Le sens du peuple, Gallimard, janvier 2012

Vous expliquez comment la gauche antitotalitaire, parce qu’elle peine à se défaire du souvenir de l’URSS et se méfie donc tout à la fois du peuple (en tant que masse) et de l’Etat, a favorisé le modèle individualiste et multiculturaliste. N’y a-t-elle pas été largement aidée par une autre gauche, « l’anticolonialiste », qui se défie de l’Etat par internationalisme, et voit des « néo-colonisés » partout ?

Oui tout à fait. C’est d’ailleurs en grande partie la « même » gauche. L’anticolonialisme et l’antitotalitarisme ont de nombreuses caractéristiques communes – au-delà de la gauche d’ailleurs bien évidemment. Mais ce que vous dites est très juste : l’existence d’un sentiment de culpabilité à l’égard du passé colonial du pays a contribué à construire et à renforcer le multiculturalisme normatif dont je parlais plus haut.
On en retrouve la trace non seulement dans l’idée, légitime, qu’il y a une attention particulière, au regard de l’Histoire, à porter à des populations dont les droits ont été niés par exemple mais encore dans celle, moins évidente, que l’immigrant notamment, s’il vient d’un ancien pays colonisé, serait nécessairement plus légitime que l’habitant du pays d’accueil. Qu’il y aurait un dû à payer par les sociétés colonisatrices d’antan, même si c’est au détriment de leurs propres populations. Cette forme de culpabilité actualisée a pu conduire certains à défendre, coûte que coûte, des prescriptions normatives du type « l’immigration est une chance pour la France », et ainsi de justifier, par exemple, au moment même où la crise économique sévissait, des pratiques de concurrence sur les emplois à bas salaire entre résidents et immigrants. Ce qui n’a pas été neutre dans la montée en puissance des mouvements néopopulistes dont le Front national en France est l’exemple-type.
Outre qu’il s’agit d’un comportement, à gauche, d’auxiliaire d’une « flexibilisation » par le bas du marché du travail et d’un patronat parfois sans scrupules en la matière, on peut estimer que politiquement ce n’est pas d’une grande habileté. Cela installe l’idée d’un faux débat entre l’immigration-chance et l’immigration-menace.

Un faux débat qui relaie néanmoins une question que tout le monde se pose : doit-on redouter ou se réjouir de l’immigration ?

L’immigration n’est ni une chance, ni une menace. Elle n’est qu’une question politique, économique, sociale, culturelle… qui se pose à toute grande société ouverte. Et doit être traitée comme telle, en fonction des intérêts du pays, de la zone (l’Europe en l’occurrence pour la France), et non de manière idéologique. Hélas, à gauche, on trouve en la matière encore beaucoup d’idéologie sur ce sujet. Beaucoup d’impensés et de tabous, dont le seul résultat tangible n’a pas été d’améliorer le sort de ceux que la gauche prétend défendre et aider mais plutôt de renforcer leur stigmatisation – notamment en aidant à croître les idées du Front National – et, au sein de ces populations, certaines parties radicalisées, peu enclines à l’intégration et au vivre ensemble.
Ce qui est valable ici pour l’immigration vaut bien entendu avant tout pour l’islam compte tenu des crispations suscitées ces dernières années autour de cette religion. En bref, il me semble que l’attitude excessivement multiculturaliste d’une partie de la gauche a favorisé davantage que combattu l’influence parallèle du Front national et des extrémistes musulmans dans notre pays. Si la gauche revient au pouvoir en 2012, il faudra sortir de cette impasse et des faux débats qui y ont conduit.

Lorsque vous parlez du populisme, vous affirmez que beaucoup de populisme nous éloigne de la démocratie, mais qu’un peu nous en rapproche… peut-il y exister un « bon » populisme ?

L’expérience historique du XXe siècle a permis de comprendre que le populisme soulève au moins autant de problèmes qu’il prétend en résoudre. Pourtant cela n’a suffit ni à l’éteindre ni à le disqualifier comme mode de protestation politique dans le cadre démocratique. La radicalité de son propos central, contre tout ce qui fait la subtilité démocratique, ne pouvant jamais briser le lien étroit qui l’attache à la démocratie elle-même. Car le peuple de la démocratie est le même peuple que celui du populisme. Ce qui fait que pour le comprendre, ce à quoi l’époque contemporaine nous oblige, et, si nécessaire, le combattre, ce à quoi les événements peuvent nous contraindre, il ne faut pas le rejeter comme la pathologie de la démocratie, définitive et odieuse, dont il prend si souvent la forme mais plutôt lui restituer son caractère dialectique.
Le populisme est en effet le mal démocratique dans les deux sens du terme : il l’affaiblit en la menaçant mais il l’alarme aussi sur ses insuffisances et ses dérives. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il y aurait un bon et un mauvais populisme, encore moins parce qu’on pourrait qualifier le premier de gauche alors que le second serait de droite voire d’extrême-droite. Cela signifie plutôt qu’il faut en accepter l’incontournable présence dans la politique démocratique, qu’il faut même sans doute l’encourager comme composante d’une critique indispensable de l’ordre démocratique, tout en en reconnaissant les limites et en refusant fermement leur dépassement. Cette responsabilité lourde autant qu’inévitable est celle du peuple tout entier. C’est d’abord et avant tout pour cela que la gauche doit se remettre à l’écouter et à mieux le représenter, qu’elle doit en retrouver le sens.

Après que François Hollande a prononcé le discours – considéré comme fondateur – du Bourget, le pensez-vous sur la bonne voie pour retrouver « le sens du peuple », et reconquérir cet électorat naturel de la gauche ?

Le discours du Bourget représente incontestablement un moment-clef de la campagne de François Hollande, et même, sans doute, au-delà, en ce qu’il a remis en cause un certain nombre des évolutions et des présupposés des 30 dernières années au PS et à gauche. Est-ce qu’il sera suffisant pour assurer la reconquête des catégories populaires ? Je n’en sais rien. On ne modifie pas ainsi en quelques mois de campagne des années d’évolution. Le candidat du PS lui-même est le produit de toutes ces années. Il a été formé et je dirais forgé dans le creuset du socialisme français des 30 dernières années dont tout ce dont nous venons de parler est une composante essentielle. Mais dans le contexte institutionnel français, une campagne présidentielle est en même temps un moment très privilégié pour faire « bouger les lignes » comme l’a dit un autre candidat de la gauche. Espérons qu’il en soit ainsi.
Au-delà, ma préoccupation n’est pas celle de la victoire de la gauche qui me semble assez imparable compte tenu de l’état de la droite et surtout de la qualité très faible de son leader après ses 5 années de présidence – une présidence ratée pendant laquelle Nicolas Sarkozy a divisé et affaibli le pays. Ce qui me paraît plus important, ce sont les conditions de l’exercice du pouvoir que rendra possible la victoire. Sur quel socle sociologique la gauche au pouvoir va-t-elle s’appuyer ? Est-ce qu’il sera suffisamment large et profond pour lui permettre de durer et surtout d’agir dans la durée ?
C’est là que l’idée de « sens du peuple » (l’expression est du grand historien Michelet) prend tout son sens. Eprouver le sens du peuple, ce n’est pas seulement mobiliser les catégories populaires, celles qui ont été longtemps oubliées par la gauche, pour gagner une élection, c’est donner à tout le peuple, celui des citoyens, celui de l’égalité sociale et celui de la reconnaissance commune, dans une conception ouverte et moderne de la nation, la perspective de sa pleine et entière expression. C’est donner au peuple, collectivement, ensemble, toute sa place. Bien au-delà des désirs, besoins et identités individuelles. C’est la tâche historique de la gauche, en France et ailleurs, tout particulièrement en des temps difficiles comme ceux que nous traversons.

Laurent Bouvet, Le sens du peuple, Gallimard, janvier 2012

Mélenchon et le peuple : le rendez-vous gâché

26

C’est la fin d’une belle histoire. Il y a deux ans, l’irruption de Mélenchon dans le jeu de quilles politique avait généré une flopée d’espérances. Je ne vais pas en faire la liste ici, disons qu’elles découlaient toutes d’une équation irréfutable : le « non » au référendum de 2005, majoritaire chez les électeurs de gauche, l’était encore plus largement dans le socle sociologique ancestral de la gauche (ouvriers, employés, chômeurs) ; moyennant quoi ce « non »-là – dont même les plus bouchés des énarques ou des éditorialistes ont compris qu’il allait bien au-delà du refus du Traité constitutionnel européen – n’avait pas de représentation politique digne de ce nom. Il est vrai qu’un consensus négatif (en l’occurrence, contre la mondialisation heureuse prônée par la classe politique tradi et ses relais médiatiques) ne suffit pas à définir une cohérence idéologique. Pour aggraver les choses, ce « non » potentiellement annonciateur d’un printemps de la gauche n’avait pas non plus de tribun incontesté capable de l’incarner lors des échéances électorales. Reconstruction, reconquête, re-présidentialisation : tous les déçus du PS par la gauche espéraient du neuf sur ces trois problématiques décisives.

Or, deux ans après la mise sur orbite de Jean-Luc Mélenchon, force est de constater que seul le dernier de ces trois objectifs a été atteint, et encore, partiellement. Mélenchon a incontestablement réussi à incarner à lui seul la gauche de la gauche. Mais les raccourcis qu’il a empruntés pour arriver à ce résultat laissent penser que, finalement, le renouveau de la gauche ne passera pas par lui. Tâchons d’expliquer pourquoi.[access capability= »lire_inedits »]

Tout d’abord, les chiffres : de loin, ils sont bons ; de près, il sont cruels. Les sondages les plus optimistes accordent au candidat du Front de Gauche un score de 9% auquel il faut ajouter les poussières glanées par les candidats LO et NPA , 1% à la louche : sauf intervention du Saint-Esprit, la gauche de la gauche se retrouvera aux alentours des 10 %, c’est-à-dire dans le bas de la fourchette qui est la sienne depuis 1988 (entre 9 et 14%.)

1988 : Lajoinie + Juquin + Laguiller + Lambert = 11,25%.
1995 : Hue + Laguiller = 13,94%.
2002 : Hue + Laguiller + Besancenot + Gluckstein = 13,42 %.
2007 : Buffet + Laguiller + Besancenot + Bové + Schivardi = 9,01 %.

Bref, JLM n’a pas, comme il se vantait de pouvoir le faire, plumé la volaille socialiste ni même dégarni significativement son aile gauche, laquelle préfère rester à la maison avec Montebourg, Hamon ou les universitaires mutins de la Gauche populaire. Et ce n’est pas faute d’avoir tout fait pour empêcher Hollande de décoller : a-t-on déjà vu s’envoler un capitaine de pédalo ?

Les seuls à qui Mélenchon ait tondu la laine sur le dos, ce sont ses camarades d’extrême-gauche. Et pour cause : les remplaçants d’Arlette et d’Olivier, Arthaud et Poutou, étaient inconnus du grand public et le restent encore largement à l’heure où j’écris ces lignes. Pour une large partie de l’électorat, Mélenchon fait figure de candidat unique à la gauche du PS, parce qu’il a été inlassablement vendu comme tel par les télés. Ceux qui, il y a un ou deux ans, ont cru à une fâcherie pour de vrai entre Mélenchon et les « laquais » des médias, n’ont sûrement pas allumé le poste depuis lors : elle est bien loin l’époque où il effrayait le média comme on épatait autrefois le bourgeois.

Un deuxième chiffre permet de comprendre pourquoi l’homme aux cravates rouges ne fait pas peur à ceux qu’il prétendait terroriser. Ce n’est pas avec lui que le prolétariat redeviendra une classe dangereuse, et pour cause : sa campagne patine désespérément dans l’électorat ouvrier. Sondage après sondage, on l’y crédite de 2% à 5 % des voix, loin derrière Le Pen et Hollande, et même derrière Sarkozy !

On me rétorquera que, si ces prolos ne veulent rien comprendre, il n’y peut mais et que ce n’est pas faute d’avoir essayé. Eh bien si, justement ! Dans sa stratégie marketing, Mélenchon a fait une croix sur les ouvriers, renonçant donc à aller les chercher là où ils sont, dans l’abstention ou dans les poches de Marine Le Pen. Là encore, mon propos peut surprendre : les médias ne cessent de nous conter la geste mélenchonienne, boutant la lepénisation hors des esprits et des urnes. C’est vrai qu’il cogne sur Marine, et dur avec ça ; souvent, on a même l’impression qu’il ne parle plus que de son duel avec Mme Le Pen. Mais sur quoi se bat-il, et en parlant à qui ? Là, ça se gâte…

J’ai regardé avec attention toutes les émissions de Mélenchon depuis le début de la campagne : au commencement, la dénonciation de l’Europe, des financiers qui la dirigent et des médias à leur botte était systématiquement au centre du dispositif. À ce titre, il pouvait réellement disputer les voix popu-ouvrières à Marine. Mais le « Système » lui présenta vite l’addition. Dans la foulée de Plantu, de nombreux commentateurs jugèrent bon d’enfermer dans le même sac (en rêvant de le lester et de le jeter à la mer) les candidats des deux Fronts. Souvenez-vous − c’était il n’y a pas si longtemps − de l’épisode « danger populiste » de l’automne 2011[1. Qu’on se rappelle du titre de son livre : Qu’ils s’en aillent tous !].

Que Jean-Luc Mélenchon et ses électeurs aient pu être blessés par cette campagne, c’est légitime. Que le Front de Gauche, pour déjouer cette offensive antipopuliste, ait choisi la facilité d’un antifascisme de bac à sable, devenu la marque de fabrique de son candidat, est plus problématique. Désormais, pour les télés, Mélenchon c’est le bon client anti-Le Pen, un concept que même Laurence Ferrari, Michel Denisot ou Anne-Sophie Lapix peuvent comprendre, voire apprécier…

Si je suggère que cet antifascisme est bidon, c’est d’abord, bien sûr, parce que je ne vois pas venir de marche sur Rome ou d’incendie du Reichstag. C’est ensuite parce que Mélenchon combat Marine Le Pen sur des thématiques bobo-compatibles (mariage gay, IVG, valses de Vienne) qui peuvent lui ramener quelques voix de profs, d’étudiants, de webmasters ou de militants associatifs, mais qui sont totalement inopérantes pour détourner du vote FN les grands brûlés de la mondialisation. À ces white trash en déroute, Mélenchon se contente de faire la morale en fronçant des sourcils genre : « Comment, vous n’allez pas voter pour cette semi-démente semi-fasciste ! » Du très bon pour le zapping, du pain bénit pour sa respectabilité, mais un sacré gâchis pour le réarmement idéologique du prolétariat.

En effet, si on prétend parler aux électeurs de Marine, non seulement il vaut mieux ne pas les insulter, mais il faut aussi les entendre, les prendre tels qu’ils sont et là où ils sont pour les amener vers soi : cela s’appelle la politique. Or, dès qu’il est question de l’immigration et du multiculturalisme, Mélenchon est pire que sourd. Quitte à se retrouver en phase avec Laurence Parisot sur la liberté de circulation et d’installation des étrangers. La même volonté d’évitement le conduira à utiliser presque mot pour mot le même argument d’autorité que Nicolas Sarkozy lors de l’irruption du halal dans la campagne – en substance : « Cette polémique n’a pas lieu d’être, taisez-vous et parlons d’autre chose.»

Sauf que le peuple, lui, il veut qu’on lui parle du halal, et aussi des prières de rue, et aussi de la burqa. Pas parce que le Français est raciste, ou alors c’est un complot conjoint du Siècle et de l’émir du Qatar qui, depuis des années, place Zidane et Noah en tête des classements de popularité ; parce que le Français a des angoisses économiques, sociales et culturelles, et que l’immigration non régulée lui paraît, au même titre que l’Europe ou les délocalisations, avoir un vague rapport avec ces préoccupations.

Personne, sûrement pas moi en tout cas, ne souhaitait que Mélenchon s’aligne sur les balançoires de la droite en la matière. Mais on pouvait espérer, en rêve, que face à ces angoisses, il invente ses réponses à lui, en rupture totale avec les vieilles habitudes du PS et du PCF : angélisme, clientélisme et autisme.

Au lieu de quoi il a systématisé l’antifascisme terra-noviste comme seule arme de combat face à Marine Le Pen, ou plutôt face à ses électeurs. À la stigmatisation de l’étranger, forcément plus ou moins racaille, il oppose celle du petit prolo blanc qui vote FN, forcément fasciste. Remarquez, à défaut d’interdire le FN, il lui reste à réclamer la dissolution du prolétariat.[/access]

Mes 159 signatures

Moi non plus, malgré mes 159 signatures je n’ai pas pu me présenter à la Présidentielle.

Saint Augustin, Pascal, Saint Paul, Albert Camus, Robert Bresson, Georges Bernanos, Raoul Walsh, John Fante, Giacomo Leopardi, François Mauriac, Marcel Proust, Howard Hawks, John Ford, Pierre Drieu La Rochelle, Jack Kerouac, Louis Ferdinand Céline, Paul Valéry, Paul Claudel, Léon Bloy, Gérard Blain, Jeanne d’Arc, Napoléon Bonaparte, Charles de Gaulle, Saint Louis, Charlemagne, Louis XIV, Hughes Capet, Jules Ferry, Alain Fournier, Joseph Conrad, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Carl Theodor Dreyer, Charles Baudelaire, François Villon, Andreï Tarkovski, Youssef Chahine, Roberto Rossellini, John Wayne, Guy Debord, Marguerite Duras, Louis XVI, Marie-Antoinette, Clovis, Danton, John Coltrane, Johnny Cash, Hank Williams, Pierre Schoendoerffer, Jean-Pierre Melville, Herman Melville, Hergé, Egdar P. Jacobs, Sigmund Freud, Eric Rohmer, Simone Martini, Fra Angelico, Piero della Francesca, Sandro Botticelli, Madame de La Fayette, Madame De Sévigné, Madame de Maintenon, Bertrand Dugesclin, Rolland de Roncevaux, Anne de Bretagne, Jeanne Hachette, Sainte Geneviève; Sainte Blandine, Le Général Leclerc, Jacques-Bénigne Bossuet, Jean de La Fontaine, Rabelais, Pier Paolo Pasolini, Charles de La Rochefoucauld, Saint François d’Assise, Sainte Claire d’Assise, Jean XXIII, Jean-Paul II, Saint Vincent De Paul, Alexandre Dumas, Georges Simenon, Jules Michelet, John Fitzgerald Kennedy, Le Général de Lafayette, Georges Washington, Sainte Thérèse de Lisieux, Charles Bukowski, Antoine Blondin, Gino Bartali, Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Samuel Fuller, Michelangelo Antonioni, Anne Frank, Jean Moulin, Jean Eustache, Xavier Grall, Bert Jansch, Pierre Jakez Hélias, Jacques Fesch, William Faulkner, Luchino Visconti, Joao Cesar Monteiro, Alain Cuny, Choderlos de Laclos, Jules Barbey D’aurevilly, Marcel Cerdan, Édith Piaf, Charles Trenet, Claude-Joseph Rouget de Lisle, Mohandas Karamchand Gandhi, Francesco Forgione (dit Padre Pio), Ambrogiotto di Bondone (dit Giotto), Laurent de Medicis, Platon, Jean Racine, Pierre Corneille, Jean-Baptiste Poquelin (dit Molière), Klaus Maria Grûber, Cornelius Jansen, Leopold Sedar Senghor, Satyajit Ray, Akira kurosawa, Mikio Naruse, Yasijiro Ozu, Kenji Mizoguchi, Vladimir Maïakovski; Arseni Tarkovski, Boris Barnet, Charles Chaplin, Henri Ford, Winston Churchill, Vincent Van Gogh, Jean-François Millet, Camille Claudel, Auguste Rodin, Henri Desgranges, Miles Davis, François 1er, Maurice Pialat, Rabîndranâth Thâkur (dit Tagore), Hermann Hesse, François Mitterrand, Pierre Mendès France, Georges Pompidou, Sidonie-Gabrielle Colette, Raoul Ruiz,Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, Émile-Auguste Chartier (dit Alain), Jean Vilar, le Maréchal Foch, Honoré de Balzac, Isidore-Lucien Ducasse Comte de Lautréamont, Alphonse Daudet, Marcel Pagnol, Sacha Guitry, Eugène Sue, Jan Van Eyck, Guy De Maupassant, François-René de Chateaubriand.

Comme pour Jérôme Leroy, Le Conseil Constitutionnel m’a fait observer, en plus de leur nombre insuffisant, que mes parrains et marraines étaient tous morts. J’ai fait remarquer que tous ces gens ne m’avaient jamais semblé aussi importants dans notre monde de l’Empire du bien.

La tyrannie élective, un modèle français

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L’élection présidentielle est, en France, un phénomène tout à fait remarquable. Tous les cinq ans, les citoyens de cette République se choisissent un Chef. Fier d’avoir coupé la tête à son roi, le peuple français désigne un homme (de sexe indéterminé) qui sera :

– le garant de l’intégrité du territoire de la République et le chef des armées, qui pourra conséquemment éradiquer toute vie consciente de la face de la terre;

– le garant de la Constitution, de l’indépendance de la Nation et des traités, notamment européens, qui subsument cette constitution et limitent cette indépendance.

Comme ce n’est assurément pas suffisant, ce personnage d’essence démocratique a en outre la haute main sur le gouvernement, qu’il préside, nomme et révoque. Soucieuse de ne pas confondre les pouvoirs, depuis l’inversion du calendrier électoral, l’application de la Constitution lui assure en outre de détenir une majorité absolue au Parlement, qui rédige les lois. Il peut ainsi mettre son nez partout, de la confection du camembert jusqu’à la vitesse des voitures ou au montant des retraites. Il a charge de réduire le chômage et les diverses fractures sociales. Il doit redonner confiance au pays, inspirer un nouvel élan, veiller sur les arts et les lettres, surveiller la télévision, relancer l’économie. Il peut supprimer le mot “Mademoiselle” des formulaires administratifs et envoyer l’armée garder les plantations de pavot en Afghanistan.

Maître de la vie et souverain de la mort, il régente les destinées individuelles et collectives, peut ainsi mettre fin à l’expérience humaine, juger l’histoire, concevoir les lois.

Une brève analyse de ce qu’est un Président de la République nous permet donc d’affirmer qu’il n’est pas un simple humain, un de ces êtres censément raisonnables dont le caractère manifestement borné interdit qu’il puisse être à la mesure de telles fonctions. Il s’agit d’un dieu, au sens où les Empereurs romains en étaient, à moins que, à l’instar de Moïse ou de Mahomet, la divinité unique lui parle personnellement. Ce dernier phénomène est surtout réservé aux Présidents d’outre-atlantique.

On pourrait croire que les Français sont un peuple curieux et incohérent qui prétend élire ses prophètes et ses dieux. Ce serait ne pas voir la profonde sagesse avec laquelle la France a transformé l’inanité puérile de la démocratie représentative en une véritable religion laïque : on n’a pas vécu mille ans en royauté de droit divin pour rien.

Tous les cinq ans, ce qui se produit n’est donc rien moins qu’une grande cérémonie religieuse, où, tels de nouveaux psaumes, les programmes et les promesses n’ont d’autre fonction que de célébrer les vertus du Pouvoir. Au fond, peu importe quelle personne incarnera la fonction royale et sacrée de Président, comme dans l’Eglise romaine n’importe quel prêtre peut célébrer la messe. Tel un nouveau Christ, De Gaulle-Mitterrand est toujours vivant. Le Roi a deux corps. Participant à cette cérémonie, tous les Français doivent communier dans la célébration du Pouvoir suprême, centralisé et laïc, autant dire n’admettant plus d’autre sacralité que lui-même. Ce qui compte, c’est qu’ils lui remettent les clefs de leur destin, qu’ils lui confient leur culture, leur santé, leur liberté et, bien sûr, leur chère prospérité économique. Peu importe que les Français votent pour Le Pen ou pour Hollande, qu’ils adhèrent stupidement ou qu’ils protestent hargneusement : ce qui importe, c’est qu’ils reconnaissent la légitimité d’un Pouvoir au regard duquel l’absolutisme d’un Louis XIV n’est qu’une risible bagatelle. Ce qui compte, c’est que, mettant dans l’urne son petit bulletin, le citoyen reconnaisse l’incontestable supériorité du nouveau sacré sur l’ancien. Et si l’on peut croire que Jéovah créa tout, on sait que le Président peut tout détruire.

Voilà donc pourquoi il faut culpabiliser les abstentionnistes. Ces nouveaux hérétiques, sur lesquels il convient de verser la poix chaude de la vindicte médiatique, mettent en péril l’ordre social républicain fondé sur l’adoration du Pouvoir. Qu’ils songent un peu à tous ces martyrs qui sont morts pour la démocratie, et qu’ils méditent ceci, que leur attitude renforcera les forces du mal, tapies à l’extrême-droite, prêtes à fondre sur la Ve République pour en faire une tyrannie, ce qu’assurément elle n’est pas, puisque le tyran y est élu.

« Clichy-Montfermeil, c’est la France ! »

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Le 17 octobre, le Président de la République avait organisé un déjeuner pour parler des banlieues. Parmi les invités figuraient Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, Christophe Guilluy, géographe, et moi-même, démographe, ainsi que plusieurs personnes ou proches de l’Institut Montaigne. Gilles Kepel, flanqué à sa gauche de Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, et à sa droite de Claude Bébéar, le fondateur de l’Institut Montaigne, faisait face au Président, lequel était encadré par les ministres de l’Intérieur et de la Ville, deux conseillers et le préfet de Seine-Saint-Denis. La discussion tourna autour du rapport que Gilles Kepel venait de diriger pour l’Institut Montaigne, Les banlieues de la République[1. Ce rapport de l’Institut Montaigne a été repris dans un livre : Banlieue de la République, Société, Politique et Religion à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, Gallimard, 2012 ; Gilles Kepel a simultanément publié un essai qui propose une interprétation de son enquête : Quatre-vingt-treize, Gallimard, 2012.].

Pour Gilles Kepel, l’avenir de la France se joue en Seine-Saint-Denis et tout particulièrement à Clichy-sous-Bois-Montfermeil. Selon lui, du fait de l’immigration qui s’y est concentrée depuis quelques décennies, la Seine-Saint-Denis possède un potentiel considérable qu’il faut mettre en valeur : cela suppose d’y investir massivement dans l’éducation et la formation, afin de mettre la main-d’œuvre potentielle à la hauteur de la technologie et des emplois tertiaires d’aujourd’hui. La radicalisation religieuse qu’il observe dans ces territoires tiendrait à la désaffection de la République qui n’a pas tenu sa promesse de citoyenneté. Cette thèse, comme tout travail de recherche, mériterait discussion. Le Président ayant déclaré que la parole était libre, elle fut l’objet de quelques critiques du géographe Christophe Guilluy, bon connaisseur des banlieues, et de moi-même, qui travaille sur les questions d’immigration.
Dans l’épilogue de Quatre-Vingt-Treize, ouvrage au titre hugolien, Kepel relate la cruelle mésaventure qui fut la sienne lors de ce déjeuner. Il se plaint d’avoir été humilié en public, devant le Président de la République lui-même. Ayant été le témoin de la scène, il m’a paru utile de compléter ce compte-rendu avec quelques précisions de première main.

Ce jour-là, Kepel arrive confiant à l’Élysée. Il se fait une joie de dévoiler longuement son rapport et ses recommandations à un Président attentif qu’aucun intrus ne distraira de son exercice d’admiration et compte bien le convaincre de suivre ses précieux conseils d’homme de terrain. Quelle n’est pas sa surprise de constater qu’un parfait inconnu et moi-même sommes de la partie. Personne ne lui a parlé de débattre avec une « démographe » et un géographe inconnu de ses services dont il dresse le portrait ainsi : « Ni mes commensaux immédiats ni moi-même ne connaissons le patronyme de ce quadragénaire hâve en col ouvert, au verbe et au front hauts, que le Président tutoie, appelle par son prénom, et dont il semble faire grand cas : il a omis de se présenter, et je ne l’identifierai qu’en épluchant le surlendemain la liste des invités. Piochant son dernier livre à la bibliothèque de Sciences-Po, je comprendrai après coup pourquoi il a pratiqué sans discontinuer, avec l’aide prévisible de Mme Tribalat, un tacle aussi rugueux contre l’auteur du rapport : arrières latéraux de la pensée identitaire sur le terrain de l’Université, tous deux cherchent à s’emparer devant la tribune présidentielle du ballon de la question sociale pour éliminer la banlieue du jeu politique. [access capability= »lire_inedits »]

On l’aura compris, ce Christophe Guilluy n’aurait jamais dû se trouver là mais, puisqu’il l’était, la moindre des choses aurait été de se présenter humblement à l’invité prestigieux placé en face du Président de la République. Gilles Kepel est très à cheval sur l’étiquette, plus encore que le protocole de l’Élysée. Non seulement Christophe Guilluy aurait dû se présenter mais, informé de la présence de Gilles Kepel, il aurait dû venir en costume-cravate, apprécier tranquillement la nourriture et les bons vins, se taire et écouter sagement Gilles Kepel.

Ces lignes m’ont remis en mémoire le bref échange que j’ai eu avec Gilles Kepel quelques semaines après ce déjeuner gâché par Guilluy et moi-même. Cela se passait le 28 novembre 2011, au sortir de l’enregistrement de Répliques, l’émission d’Alain Finkielkraut sur France Culture. Comme je faisais compliment à Kepel de sa stratégie d’occupation de l’antenne, il m’expliqua qu’il était bien naturel qu’il ait eu la vedette, puisque c’était lui, et pas moi, qui venait de produire un rapport de « un million de signes » ! Par ailleurs, avant l’émission, j’avais mentionné le nom de Christophe Guilluy, qu’il m’avait déclaré ne pas aimer − tout en reconnaissant ne pas le connaître ni avoir jamais lu aucun de ses livres. Je cherchai à en savoir un peu plus: quel grief pouvait-il avoir contre quelqu’un qu’il ne connaissait pas et n’avait pas lu ? La réponse était simple : ce Guilluy n’aurait pas dû être invité à l’Élysée et, qui plus est, se croire autorisé à parler. Bien entendu, lorsqu’il évoque ce déjeuner devant des tiers, Kepel étend cet aimable commentaire à ma modeste personne.
Donc le 28 novembre 2011, Kepel n’a pas encore trouvé le courage d’aller « piocher » à la bibliothèque de Sciences-Po le dernier livre de l’inconnu « en col ouvert » de l’Élysée. À cette date, selon toute vraisemblance, la rédaction de l’épilogue est déjà bouclée ou du moins très avancée. En vrai scientifique qu’il est, et parce qu’il lui faut bien étayer ses accusations de dernière minute, il s’infligera ce pénible passage à la bibliothèque de Sciences-Po − peut-être lui a-t-il suffit de lire la « quatrième de couverture » : ce serait déjà méritoire.

Lors de Répliques, Kepel s’en était également pris à Christopher Caldwell, chercheur et journaliste américain qui venait de publier un livre sur « l’islam d’Europe » dont j’avais rédigé la préface[2. Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux, Comment l’islam va transformer la France et l’Europe, préface de Michèle Tribalat, éditions du Toucan, 2011.]. Comme Gilles Kepel reconnaissait bien volontiers n’avoir pas non plus lu ce livre, il s’était contenté d’épingler Caldwell comme « néo-conservateur » – ce qui en France vous dispense d’en dire plus. Cela ne l’empêche pas d’avoir sur cet ouvrage un avis autorisé qu’il livre à la page 277 de Quatre-Vingt-Treize, dans une note probablement complétée à la hâte lors de la relecture des épreuves : il y mentionne « l’essai plein d’antipathie […] qui s’inscrit dans la filiation de la polémique identitaire » publié par « le journaliste néo-conservateur Christopher Caldwell ». Fermez le ban.

Mais revenons à cet instructif épilogue, grâce auquel j’ai appris que je faisais désormais partie des « adversaires » auxquels Kepel réserve ses qualificatifs les plus venimeux, ce qui a l’avantage de dispenser de toute critique argumentée. Me voilà donc, avec Christophe Guilluy, classée parmi les « identitaires » qu’il taille en pièces dans son livre. Pour mieux se faire comprendre, Gilles Kepel file la métaphore footballistique. Nous ne sommes même pas les Zidane de la « pensée identitaire », mais de simples arrières latéraux, des bœufs qui empêchent les Zidane de la haute pensée dans son genre de mettre le ballon au fond du filet « devant la tribune présidentielle ». Malgré tout, il ne nous situe pas très bien, ni l’un ni l’autre − c’est bien normal compte tenu de l’agenda d’un homme de son importance qui a accompagné le Président dans ses voyages dans le monde arabe, ce qu’il ne manque pas d’expliquer en détails dans cet épilogue. Il nous déclare donc « arrières latéraux de la pensée identitaire sur le terrain de l’Université ». Il se trouve qu’aucun de nous deux n’enseigne à l’Université. Mais ce que le lecteur doit garder à l’esprit, c’est que nous infectons, ne serait-ce qu’indirectement, l’Université de nos théories identitaires.

Rien n’est épargné à Kepel durant ce déjeuner élyséen. Autre sujet d’agacement, le Président appelle Christophe Guilluy par son prénom et le tutoie (ce qui est faux), alors que lui-même, pendant la brève allocution qui a ouvert la discussion, n’a été « ni nommé ni regardé ». Il me semble que, sur ce deuxième point, Kepel se trompe, mais peut-être voulait-il dire que le Président ne l’avait pas regardé avec toute l’admiration qui lui était due. Nicolas Sarkozy eût-il conclu ses quelques mots de bienvenue par un sonore « Allez, Gilles, dis-nous ce que tu sais sur la banlieue ! » que Quatre-Vingt-Treize aurait eu dix pages de moins. Il suffit d’avoir parlé une fois dans sa vie à un journaliste politique pour savoir à quel point Nicolas Sarkozy appelle facilement ses interlocuteurs par leur prénom. Moi-même j’y ai eu droit lors du déjeuner, en alternance avec « Madame Tribalat » − lorsque mes propos lui déplaisaient.
Que fait Gilles Kepel pendant que les deux clandestins de la pensée encombrent la conversation de leurs futilités, notamment lorsque « la démographe prend longuement la parole » ? Pour échapper à ce « flux verbal », il consulte son Blackberry et lit les messages de sa compagne, qui lui demande les dernières nouvelles au sujet de l’accouchement de Carla Bruni, sujet qui passionne alors le Tout-Paris. Pour qu’il soit réduit à pareille extrémité, il faut que les intrus volent bas.

Sur le fond, le 2 février, lors d’un colloque au Sénat, il me sera donné d’apprendre, de la bouche même de l’intéressé, ce qu’il a retenu de nos travaux, à Christophe Guilluy et moi-même – peut-être n’a-t-il pas trouvé tous nos ouvrages à la bibliothèque de Sciences-Po ? D’après lui, nous prétendons que le vrai problème de la France ne se situe pas dans les banlieues, mais dans le rural profond et que seuls les « Gaulois » sont les victimes du malheur social. Faut-il que ce déjeuner lui soit resté sur l’estomac pour qu’il trouve le temps, dans les vingt minutes qui lui sont imparties ce jour-là, de parler, à nouveau, sans les nommer, de sa démographe et de son géographe préférés !
Dans son épilogue, il relate encore, de façon très personnelle, quelques passages de la conversation : « Surgit très vite une polémique dont Mme Tribalat lance la charge, statistiques à l’appui : la pauvreté dans la France d’aujourd’hui ne se trouve pas d’abord dans les banlieues contrastées des métropoles, mais dans les petites villes périphériques et le monde semi-rural et rural. » La mémoire de Kepel le trahit-elle ? En tout cas, cette version est absolument fausse. La polémique démarre lorsque Gilles Kepel souligne fièrement que c’est en toute connaissance de cause que Clichy Montfermeil, « c’est la France même ». Christophe Guilluy et moi-même récusons ce discours caractéristique des cadres et professions supérieures des grandes agglomérations, car il ne peut qu’enrager les catégories populaires d’origine française, qui vivent effectivement plutôt ailleurs et ne se trouvent guère mieux loties que bien des enfants d’immigrés. Nous pensons, effectivement, qu’il n’est pas juste de laisser croire que les catégories populaires se limitent aux populations « des quartiers » comme on dit maintenant.

Dans cet épilogue, Gilles Kepel fait preuve de l’élégance et de la décence propres aux âmes d’élite, celles que l’on reconnaît à leur talent pour narrer petites péripéties et grandes blessures d’amour-propre, et non au fait que leur col soit ouvert ou fermé par une cravate. Il faut aussi saluer son courage. Malgré les rebuffades et humiliations subies ce jour-là, Gilles Kepel a su trouver un instant pour demander et obtenir une faveur du Président : organiser une grande exposition sur la Libye d’aujourd’hui. On se réjouit de pouvoir bientôt la découvrir.[/access]

 

Y’a (pas) bon awards

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Selon leur instigatrice Rokhaya Diallo, « les Y’a bon Awards ont pour mission de débusquer des propos racistes tenus par des gens qui ne sont pas ouvertement racistes, le racisme invisible et toléré ». Des Césars du racisme, en somme, décernés par un jury d’arbitres des élégances, qui traquent la bête immonde partout où elle peut se nicher, c’est-à-dire dès que s’esquisse le début d’embryon de doute à propos de l’immigration ou de l’islam.

Lundi, en pleine affaire de Montauban et de Toulouse, alors que la quasi-totalité des candidats à la présidentielle suspendaient leur campagne, l’association de Mlle Diallo, Les Indivisibles, festoyait à Paris en épinglant son lot de boucs émissaires médiatiques.

Pêle-mêle, l’UMP, nos confrères Christophe Barbier, Sylvie-Pierre Brossolette ou encore Caroline Fourest se sont vus fustigés pour incarner cette France frileuse, islamophobe et raciste qui fleure bon l’AOF et l’AEF d’antan. On regrettera que Florence Aubenas, ex otage en Iraq, ait participé à ce quarteron d’ « antiracistes » le couteau entre les dents et n’ait pas tiqué, par une solidarité élémentaire, lorsque ses confrères journalistes (qui s’étaient massivement mobilisés pour sa libération) ont été désignés par la vindicte y’a bonesque.

On reviendra bientôt plus avant sur le fond des arguments « indivisibles » mais, outre l’absence de diversité des lauréats (le raciste n’étant, par définition, que blanc et « souchien », selon le mot fleuri de Houria Bouteldja), nous ne soulignerons jamais assez la décence des Indivisibles, qui ont cru bon de maintenir leur petite sauterie alors qu’un forcené salafiste terrorisait la région toulousaine. Vous me direz, on est toujours le « raciste » de quelqu’un d’autre…

Toulouse : ceux qui auraient dû se taire

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Disons-le d’emblée, je n’aurais pas assez de place ici pour stigmatiser, oui c’est le verbe approprié, tous ceux qui ont jugé utile de conclure avant de savoir après les assassinats de Toulouse et Montauban – et avant qu’on identifie le « présumé coupable ». Mais quelques monstruosités ont été dites, notamment par plusieurs candidats à la présidentielle. Rembobinons et écoutons.

A tout seigneur tout honneur. François Bayrou avait jugé utile de maintenir lundi soir son meeting de Grenoble. Et pour cause : dans la foulée de l’expertologue Dominique Reynié, il avait cerné le coupable bien avant la police. « Je crois que ce type de folie s’enracine dans l’état d’une société et dans la société française, ce type d’atteintes, d’actes se multiplient [..]. Il y a un degré de violence et de stigmatisation dans la société française qui est en train de grandir, c’est inacceptable »
Suivez son regard. Vous ne voyez pas vers où il mène ? Le candidat Modem vous donne des indices supplémentaires : « Les hommes publics ont le devoir de veiller à ce que les tensions, les passions, les haines ne soient pas à chaque instant entretenues. Le fait de montrer du doigt les uns et les autres en fonction de leur origine, c’est faire flamber les passions et on le fait parce que dans ce feu-là, il y a des voix à prendre ».
Vous en voulez encore, du Bayrou ? En voilà : « On lance des sujets dans le débat, on prononce des mots qui roulent comme une avalanche et parfois tombent sur des fous. Nous ne savons rien sur celui qui a perpétré cette tuerie, mais nous sentons bien que cela n’est pas sans lien avec une certaine évolution de la France ». Bref, ce soir-là à Toulouse, Bayrou n’a incriminé nommément aucun de ses concurrents mais pour lui, deux seules pistes étaient envisageables : soit l’assassin habite à l’Elysée, soit elle a les cheveux blonds…

Ces propos incendiaires, et très peu prémonitoires, François Hollande aurait pu les dénoncer dès le lendemain matin chez Jean-Jacques Bourdin, dont il était l’invité sur RMC et BFM. Hélas c’est exactement le contraire qu’il crût bon de faire. Invité par Bourdin à commenter les accusations de Bayrou, Hollande se met illico sur la même longueur d’onde hasardeuse: « Il y a des mots qui influencent, qui pénètrent, qui libèrent, ceux qui ont des responsabilités doivent maîtriser leur vocabulaire », nous dit très pompeusement le candidat PS, avant, lui aussi de jeter un regard appuyé vers l’hôte actuel de l’Elysée : « Au sommet de l’État, rien ne peut être toléré. Ni le vocabulaire, ni la vulgarité, ni la facilité, ni je ne sais quelle simplification ».

Jean-Luc Mélenchon, lui non plus, n’a pas perdu cette occasion de se taire. Voilà ce qu’il a dit ce même lundi, d’après le compte-rendu publié par l’Humanité.fr (d’où l’expression un rien absconse de « porteur du programme partagé » pour qualifier Mélenchon) : « Cette violence, personne ne pouvait l’imaginer en France. C’est un grand changement, il faut réfléchir et trouver les moyens de répliquer ». Le porteur du programme partagé a redit que « chacun doit dorénavant faire attention à ses citations ». Il garde « en travers de la gorge » d’avoir entendu dans la bouche de Jean-Marie Le Pen « les mots d’un odieux collaborationniste », Robert Brasillach. L’ex-président du FN avait cité cet écrivain mort fusillé pour collaboration à la mi-février à Lille.

Et n’allez pas croire que mes confrès de l’Huma ont surinterprété les propos de leur candidat: le même lundi, vers 19h, on exultait sur le compte twitter officiel de JLM : « Brasillach est servi »

Le plus incroyable, dans cette histoire, est que le même Jean-Luc Mélenchon appelle ce matin à « lutter contre les assimilations et contre les stigmatisations haineuses ». Parole d’orfèvre…

Enfin ce recueil d’avis d’experts serait incomplet sans un bref détour par Marine Le Pen. Certes, MLP n’a pas, elle, tiré de conclusions hâtives avant même l’interpellation du tueur présumé. Mais elle n’a pu s’empêcher d’en faire immédiatement après, en estimant que ces assassinats auraient pu être évités si pendant cinq ans Nicolas Sarkozy n’avait pas sous-estimé la menace islamiste. Quand on tient un coupable idéal, on ne lâche pas comme ça…

Catherine Ashton : la femme qui rit dans les cimetières

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Catherine Ashton.
Catherine Ashton.

Quand l’Europe n’a rien à dire, elle envoie Catherine Ashton le dire à sa place. C’est son job. On la paie pour ça – et même très bien : elle occupe l’emploi politique le mieux rémunéré au monde. Ne chipotons pas sur les 360 000 euros annuels qu’elle perçoit. C’est peut-être plus que les indemnités d’un Nicolas Sarkozy, d’une Angela Merkel ou d’un Barack Obama, mais elle le vaut bien : la baronne travailliste a été nommée, en 2009, Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, autrement dit chef de la diplomatie européenne.

Catherine Ashton se retrouve donc depuis quatre ans être cheftaine d’un truc qui n’existe pas. Autant le reconnaître : elle y excelle. Sa capacité instinctive à viser à côté de la plaque force le respect. Son zèle à être absente de tous les grands dossiers géostratégiques relève de la prouesse. Quant aux questions de sécurité et de défense, son incompétence est unanimement saluée.

Ne noircissons toutefois pas le tableau : Catherine Ashton représente, à elle seule, une grande victoire du féminisme. Elle réalise la prophétie que Françoise Giroud formulait il y a trente ans dans Le Monde : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente[1. Détournement de l’assertion de Sacha Guitry, suivant laquelle « la femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, chauve, elle trouvera ça distingué ».]. » Catherine Ashton est comme un aboutissement.

Cependant, le grand malheur n’est pas que la Haute représentante soit incompétente, mais dotée de la parole. C’est que Madame parle, cause, bavarde. Elle s’exprime. Jamais à bon escient. La boucler est pourtant le b.a.-ba du métier de diplomate : « A diplomat, cancanait le sénateur américain Frederick Sawyer dans les années 1880, is a person who thinks twice before he says nothing » (Un diplomate est une personne qui réfléchit deux fois avant de ne rien dire). Bref, Catherine Ashton ne maîtrise pas ce que les Grecs avaient quasi-divinisé : le kaïros, le moment opportun, le right time.

Elle vient de nous en apporter une nouvelle fois la preuve. Lundi, elle a rendu un bien curieux hommage aux victimes de l’école Ozar Hatorah : « Quand nous pensons à ce qui s’est passé aujourd’hui à Toulouse, quand nous nous souvenons de ce qui s’est passé en Norvège il y a un an, quand nous savons ce qui se passe en Syrie, quand nous voyons ce qui se passe à Gaza et dans différentes parties du monde, nous pensons aux jeunes et aux enfants qui perdent leur vie… » Elle poursuit par un hommage aux victimes du terrible accident de car en Suisse ainsi qu’aux jeunes Palestiniens qui « contre toute attente, continuent à apprendre, à travailler, à rêver et aspirent à un meilleur avenir ».

Les autorités israéliennes ont aussitôt réagi – qu’est-ce qu’ils sont susceptibles, ces gens-là ! La Haute représentante en a pris acte. Elle a fait modifier, sur son site, son texte, rajoutant Sderot à Gaza, tout en dépêchant son porte-parole pour dire que jamais elle n’avait osé établir le moindre parallèle entre « les circonstances de l’attaque de Toulouse et la situation à Gaza ». La baronne Ashton essaie de se raccrocher aux branches comme elle peut. Mais elle a parlé. Et son propos fut odieux.

Odieux, parce qu’il est des moments où la simple humanité consiste à respecter la douleur des familles et le deuil d’un pays. Et respecter cette douleur et ce deuil, c’est d’abord en accepter la singularité : les trois enfants et le professeur morts à Toulouse n’ont pas été tués par accident. Le « tueur au scooter » les a abattus délibérément, ni par hasard ni parce qu’ils se trouvaient à portée de tir, mais parce qu’ils étaient juifs. On appelle ça de l’antisémitisme. Quelqu’un peut-il informer Mme Ashton qu’ils ne sont pas morts d’un gros rhume ?

C’est une manifestation abjecte d’antisémitisme qui s’est produite à Toulouse. L’une des plus hautes responsables européennes s’en moque comme de sa première voiture de fonction, jusqu’à en diluer le caractère spécifique parmi une série d’événements tout aussi tragiques, mais d’une autre nature. L’antisémitisme n’est plus, selon Mme Ashton, qu’une libre variation de la mortalité humaine. Elle invente une catégorie : « les jeunes et les enfants qui perdent la vie » pour dissimuler l’antisémitisme opérant à Toulouse et, au final, le banaliser. Ses contempteurs reprochaient indûment à Raymond Poincaré de rire dans les cimetières, Catherine Ashton, elle, s’y fend la poire.

Mais pourquoi la Haute représentante établit-elle un parallèle entre Gaza et Toulouse ? Quelles sont les arrière-pensées de Mme Ashton – terme impropre au demeurant, puisqu’il suggère l’impossible : qu’elle ait seulement une pensée… Où veut-elle en venir en établissant des parallèles fâcheux ? Veut-elle insinuer que les élèves assassinés à Toulouse n’ont eu, après tout, que ce qu’ils méritaient ? Parce qu’Israël. Parce que Gaza.

Est-ce désormais une précaution oratoire d’évoquer la situation palestinienne chaque fois qu’un acte antisémite se produit ? Pour faire bonne mesure. Pour rétablir l’équité. Pour que les juifs ne soient plus les seuls à être, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, les « rois du malheur ».

Mais faut-il aller, lorsqu’on parle d’enfants juifs morts parce qu’ils étaient juifs, à faire la laudatio de la jeunesse palestinienne. Il y a quelque chose d’incongru et de scandaleux même dans les propos de Catherine Ashton.

Faut-il réclamer, pour autant, la démission de la chef de la diplomatie européenne ? Et pourquoi pas lancer une pétition, pendant qu’on y est ! On a confié la politique étrangère de l’Union, c’est-à-dire d’une puissance qui aurait, si elle en avait la volonté, son rôle à jouer au Proche Orient et dans l’ensemble méditerranéen, à la femme la plus incompétente et la plus gauche de sa génération. Ce n’est pas un hasard, mais un aveu : nos Etats ne tiennent tout bonnement pas à ce que l’Union dispose d’une diplomatie. Avec Catherine Ashton, nous sommes assurés de ne point en avoir.

Toulouse : Dominique Reynié a identifié les coupables

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Jusqu’à présent, Dominique Reynié, professeur à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’Innovation Politique (le think tank de l’UMP) et penseur emblématique du social-libéralisme européiste, de la révolution multiculturelle et de la mondialisation heureuse réunies m’inspirait surtout de l’amusement. L’homme nous distrayait d’ailleurs souvent : depuis 2005, c’est un habitué des émissions politiques et des chaines d’infos où il dénonce inlassablement les classes dangereuses et les partis qui flattent leurs instincts les plus vils. La télé étant bonne fille, jamais elle ne lui a chipoté son statut d’expert, voire d’oracle, quand bien même aucune de ses prédictions apocalyptiques en cas de victoire du non au référendum sur le TCE ne s’est concrétisée. Je suis expert, voyez mes ailes.

Depuis hier soir, mes ricanements qui accueillent chacune des interventions pontifiantes du Professeur Reynié se sont teintés d’un léger dégoût et d’une furieuse envie de casser ma télé.

Car alors que toute la classe politique (à l’exception peu glorieuse de François Bayrou) s’est à juste titre repliée dans un silence à la hauteur du deuil que vit la France, Dominique Reynié,lui, parle, et partout. Et pourquoi parle-t-il partout ? Eh bien parce que contrairement aux centaines de policiers dépêchés sur place par Claude Guéant, Dominique Reynié n’a pas besoin d’enquêter pour retrouver le tueur : il connaît le coupable des ces trois séries de crimes horribles.

Le coupable pardi c’est le populisme, auquel il vient justement de consacrer un ouvrage très documenté, mais qui se lit sans difficulté, Populismes: la pente fatale, broché, 280 p, en vente partout pour 19, 50 € seulement.

« Le ton de la campagne ne pourra pas être le même », décrète notre expert au micro de l’Agence Reuters (il tiendra ensuite le même discours quasiment mot pout mot chez Yves Calvi sur France 5) « La campagne a été dominée par un ton extrêmement agressif et une rhétorique populiste très présente. Cette rhétorique va devoir cesser. Il va y avoir une demande d’apaisement. »

Vous n’avez pas bien compris où le prof voulait en venir ? Ah, c’est sans doute que vous n’avez pas encore acheté son excellent livre Populismes: la pente fatale, broché, 280 p, en vente partout pour 19,50 € seulement. Pas chien, l’auteur vous met gracieusement les points sur les i : « On est dans une pathologie meurtrière liée à des fantasmes sur l’immigration et sur l’antisémitisme, qui sont alimentés un peu par tout le monde ». Mais dites-nous, cher professeur, c’est qui très exactement « tout ce monde » ? La réponse de Reynié est presque claire : »Entre les grandes controverses sur le multiculturalisme, les sorties délirantes sur le pouvoir de la finance ou l’ennemi sans visage ou ‘je suis le bruit, la fureur et le fracas’, je renvoie tout le monde dos-à-dos ». En clair, si vraiment vous êtes bouché et/ou extrémiste : pour Reynié, qui fait du Coluche, tous sont également coupables, mais Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont nettement plus coupables que les autres.

Si c’est vrai, qu’attend-on pour emprisonner ces deux-là pour complicité de d’assassinat? Qu’attend-on aussi pour ramener à la raison le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, qui a déclaré, très très énervé, à l’issue d’une réunion des représentants des communautés juive et musulmane autour de Nicolas Sarkozy à l’Elysée : « Il n’y a absolument rien à voir entre le climat, que l’on peut considérer comme délétère si l’on veut, et la monstruosité d’un tel acte, il n’y a aucune comparaison à faire (…) L’homme qui a tiré une gosse par les cheveux pour lui loger une balle dans la tête ne l’a pas fait parce qu’il a entendu telle ou telle remarque au sujet de l’abattage rituel. Il faut arrêter de faire la liaison entre les deux événements »

Si Dominique Reynié est un expert, alors on doit en déduire que Richard Prasquier est un ignorant qui raconte n’importe quoi. Ah si seulement il avait, avant de parler, lu Populismes: la pente fatale, broché, 280 p, en vente partout pour 19, 50 € seulement.

Sans toit ni loi ni moi, mais avec wifi !

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Les participants au festival culturel américain SXSW, qui se tenait jusqu’au 18 mars au Texas, ont pu se connecter à internet via des bornes Wi-Fi installées sur des SDF qui ont été rémunérés pour leur service. Etonnant non ?

L’opération, baptisée Homeless Hotspots, a été lancée par une agence de publicité britannique en collaboration avec une association d’aide aux sans-abris. Concrètement, le SDF porte un tee-shirt proclamant : « Je suis (PRENOM[1. Prénom, ou John, ou Paul, ou George ou Ringo, par exemple.]), un point d’accès 4G », ainsi qu’un émetteur de réseau internet de quatrième génération. L’utilisateur souhaitant se connecter à internet, via son téléphone, sa tablette ou son portable, n’a qu’à ensuite envoyer un texto avec le prénom en question à un numéro spécialement mis en place. Il pourra ensuite se connecter en échange d’un don du montant qu’il souhaite. L’argent sera ensuite reversé à l’association partenaire, Front Steps. Au total, 13 SDF ont ainsi été « équipés ».

Même si l’époque n’a pas besoin de nous pour inventer de telles monstruosités, autorisons-nous quelques suggestions pour aller plus loin. Le SDF « hotspots » n’est évidemment qu’un premier pas. Astucieusement équipé d’une batterie attachée dans le dos et d’une ampoule sur la casquette, le SDF ne peut-il pas se transformer en très utile lampadaire ? Quatre sans logis pourraient bien, également, à force d’un peu d’entraînement à la souplesse, faire des abris-bus très commodes. Il y a là un potentiel assurément très sous-exploité… Et je ne parle pas des plaques d’égout, des grilles d’ascenseurs, des cages de zoos, et tutti quanti.

Les malotrus qui se sont permis de trouver amusant le subterfuge n’iront pas au Paradis 2.0…

« L’immigration n’est ni une chance, ni une menace mais une question politique »

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Laurent Bouvet est politologue. Il vient de publier Le sens du peuple, Gallimard, janvier 2012

Vous expliquez comment la gauche antitotalitaire, parce qu’elle peine à se défaire du souvenir de l’URSS et se méfie donc tout à la fois du peuple (en tant que masse) et de l’Etat, a favorisé le modèle individualiste et multiculturaliste. N’y a-t-elle pas été largement aidée par une autre gauche, « l’anticolonialiste », qui se défie de l’Etat par internationalisme, et voit des « néo-colonisés » partout ?

Oui tout à fait. C’est d’ailleurs en grande partie la « même » gauche. L’anticolonialisme et l’antitotalitarisme ont de nombreuses caractéristiques communes – au-delà de la gauche d’ailleurs bien évidemment. Mais ce que vous dites est très juste : l’existence d’un sentiment de culpabilité à l’égard du passé colonial du pays a contribué à construire et à renforcer le multiculturalisme normatif dont je parlais plus haut.
On en retrouve la trace non seulement dans l’idée, légitime, qu’il y a une attention particulière, au regard de l’Histoire, à porter à des populations dont les droits ont été niés par exemple mais encore dans celle, moins évidente, que l’immigrant notamment, s’il vient d’un ancien pays colonisé, serait nécessairement plus légitime que l’habitant du pays d’accueil. Qu’il y aurait un dû à payer par les sociétés colonisatrices d’antan, même si c’est au détriment de leurs propres populations. Cette forme de culpabilité actualisée a pu conduire certains à défendre, coûte que coûte, des prescriptions normatives du type « l’immigration est une chance pour la France », et ainsi de justifier, par exemple, au moment même où la crise économique sévissait, des pratiques de concurrence sur les emplois à bas salaire entre résidents et immigrants. Ce qui n’a pas été neutre dans la montée en puissance des mouvements néopopulistes dont le Front national en France est l’exemple-type.
Outre qu’il s’agit d’un comportement, à gauche, d’auxiliaire d’une « flexibilisation » par le bas du marché du travail et d’un patronat parfois sans scrupules en la matière, on peut estimer que politiquement ce n’est pas d’une grande habileté. Cela installe l’idée d’un faux débat entre l’immigration-chance et l’immigration-menace.

Un faux débat qui relaie néanmoins une question que tout le monde se pose : doit-on redouter ou se réjouir de l’immigration ?

L’immigration n’est ni une chance, ni une menace. Elle n’est qu’une question politique, économique, sociale, culturelle… qui se pose à toute grande société ouverte. Et doit être traitée comme telle, en fonction des intérêts du pays, de la zone (l’Europe en l’occurrence pour la France), et non de manière idéologique. Hélas, à gauche, on trouve en la matière encore beaucoup d’idéologie sur ce sujet. Beaucoup d’impensés et de tabous, dont le seul résultat tangible n’a pas été d’améliorer le sort de ceux que la gauche prétend défendre et aider mais plutôt de renforcer leur stigmatisation – notamment en aidant à croître les idées du Front National – et, au sein de ces populations, certaines parties radicalisées, peu enclines à l’intégration et au vivre ensemble.
Ce qui est valable ici pour l’immigration vaut bien entendu avant tout pour l’islam compte tenu des crispations suscitées ces dernières années autour de cette religion. En bref, il me semble que l’attitude excessivement multiculturaliste d’une partie de la gauche a favorisé davantage que combattu l’influence parallèle du Front national et des extrémistes musulmans dans notre pays. Si la gauche revient au pouvoir en 2012, il faudra sortir de cette impasse et des faux débats qui y ont conduit.

Lorsque vous parlez du populisme, vous affirmez que beaucoup de populisme nous éloigne de la démocratie, mais qu’un peu nous en rapproche… peut-il y exister un « bon » populisme ?

L’expérience historique du XXe siècle a permis de comprendre que le populisme soulève au moins autant de problèmes qu’il prétend en résoudre. Pourtant cela n’a suffit ni à l’éteindre ni à le disqualifier comme mode de protestation politique dans le cadre démocratique. La radicalité de son propos central, contre tout ce qui fait la subtilité démocratique, ne pouvant jamais briser le lien étroit qui l’attache à la démocratie elle-même. Car le peuple de la démocratie est le même peuple que celui du populisme. Ce qui fait que pour le comprendre, ce à quoi l’époque contemporaine nous oblige, et, si nécessaire, le combattre, ce à quoi les événements peuvent nous contraindre, il ne faut pas le rejeter comme la pathologie de la démocratie, définitive et odieuse, dont il prend si souvent la forme mais plutôt lui restituer son caractère dialectique.
Le populisme est en effet le mal démocratique dans les deux sens du terme : il l’affaiblit en la menaçant mais il l’alarme aussi sur ses insuffisances et ses dérives. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il y aurait un bon et un mauvais populisme, encore moins parce qu’on pourrait qualifier le premier de gauche alors que le second serait de droite voire d’extrême-droite. Cela signifie plutôt qu’il faut en accepter l’incontournable présence dans la politique démocratique, qu’il faut même sans doute l’encourager comme composante d’une critique indispensable de l’ordre démocratique, tout en en reconnaissant les limites et en refusant fermement leur dépassement. Cette responsabilité lourde autant qu’inévitable est celle du peuple tout entier. C’est d’abord et avant tout pour cela que la gauche doit se remettre à l’écouter et à mieux le représenter, qu’elle doit en retrouver le sens.

Après que François Hollande a prononcé le discours – considéré comme fondateur – du Bourget, le pensez-vous sur la bonne voie pour retrouver « le sens du peuple », et reconquérir cet électorat naturel de la gauche ?

Le discours du Bourget représente incontestablement un moment-clef de la campagne de François Hollande, et même, sans doute, au-delà, en ce qu’il a remis en cause un certain nombre des évolutions et des présupposés des 30 dernières années au PS et à gauche. Est-ce qu’il sera suffisant pour assurer la reconquête des catégories populaires ? Je n’en sais rien. On ne modifie pas ainsi en quelques mois de campagne des années d’évolution. Le candidat du PS lui-même est le produit de toutes ces années. Il a été formé et je dirais forgé dans le creuset du socialisme français des 30 dernières années dont tout ce dont nous venons de parler est une composante essentielle. Mais dans le contexte institutionnel français, une campagne présidentielle est en même temps un moment très privilégié pour faire « bouger les lignes » comme l’a dit un autre candidat de la gauche. Espérons qu’il en soit ainsi.
Au-delà, ma préoccupation n’est pas celle de la victoire de la gauche qui me semble assez imparable compte tenu de l’état de la droite et surtout de la qualité très faible de son leader après ses 5 années de présidence – une présidence ratée pendant laquelle Nicolas Sarkozy a divisé et affaibli le pays. Ce qui me paraît plus important, ce sont les conditions de l’exercice du pouvoir que rendra possible la victoire. Sur quel socle sociologique la gauche au pouvoir va-t-elle s’appuyer ? Est-ce qu’il sera suffisamment large et profond pour lui permettre de durer et surtout d’agir dans la durée ?
C’est là que l’idée de « sens du peuple » (l’expression est du grand historien Michelet) prend tout son sens. Eprouver le sens du peuple, ce n’est pas seulement mobiliser les catégories populaires, celles qui ont été longtemps oubliées par la gauche, pour gagner une élection, c’est donner à tout le peuple, celui des citoyens, celui de l’égalité sociale et celui de la reconnaissance commune, dans une conception ouverte et moderne de la nation, la perspective de sa pleine et entière expression. C’est donner au peuple, collectivement, ensemble, toute sa place. Bien au-delà des désirs, besoins et identités individuelles. C’est la tâche historique de la gauche, en France et ailleurs, tout particulièrement en des temps difficiles comme ceux que nous traversons.

Laurent Bouvet, Le sens du peuple, Gallimard, janvier 2012

Mélenchon et le peuple : le rendez-vous gâché

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C’est la fin d’une belle histoire. Il y a deux ans, l’irruption de Mélenchon dans le jeu de quilles politique avait généré une flopée d’espérances. Je ne vais pas en faire la liste ici, disons qu’elles découlaient toutes d’une équation irréfutable : le « non » au référendum de 2005, majoritaire chez les électeurs de gauche, l’était encore plus largement dans le socle sociologique ancestral de la gauche (ouvriers, employés, chômeurs) ; moyennant quoi ce « non »-là – dont même les plus bouchés des énarques ou des éditorialistes ont compris qu’il allait bien au-delà du refus du Traité constitutionnel européen – n’avait pas de représentation politique digne de ce nom. Il est vrai qu’un consensus négatif (en l’occurrence, contre la mondialisation heureuse prônée par la classe politique tradi et ses relais médiatiques) ne suffit pas à définir une cohérence idéologique. Pour aggraver les choses, ce « non » potentiellement annonciateur d’un printemps de la gauche n’avait pas non plus de tribun incontesté capable de l’incarner lors des échéances électorales. Reconstruction, reconquête, re-présidentialisation : tous les déçus du PS par la gauche espéraient du neuf sur ces trois problématiques décisives.

Or, deux ans après la mise sur orbite de Jean-Luc Mélenchon, force est de constater que seul le dernier de ces trois objectifs a été atteint, et encore, partiellement. Mélenchon a incontestablement réussi à incarner à lui seul la gauche de la gauche. Mais les raccourcis qu’il a empruntés pour arriver à ce résultat laissent penser que, finalement, le renouveau de la gauche ne passera pas par lui. Tâchons d’expliquer pourquoi.[access capability= »lire_inedits »]

Tout d’abord, les chiffres : de loin, ils sont bons ; de près, il sont cruels. Les sondages les plus optimistes accordent au candidat du Front de Gauche un score de 9% auquel il faut ajouter les poussières glanées par les candidats LO et NPA , 1% à la louche : sauf intervention du Saint-Esprit, la gauche de la gauche se retrouvera aux alentours des 10 %, c’est-à-dire dans le bas de la fourchette qui est la sienne depuis 1988 (entre 9 et 14%.)

1988 : Lajoinie + Juquin + Laguiller + Lambert = 11,25%.
1995 : Hue + Laguiller = 13,94%.
2002 : Hue + Laguiller + Besancenot + Gluckstein = 13,42 %.
2007 : Buffet + Laguiller + Besancenot + Bové + Schivardi = 9,01 %.

Bref, JLM n’a pas, comme il se vantait de pouvoir le faire, plumé la volaille socialiste ni même dégarni significativement son aile gauche, laquelle préfère rester à la maison avec Montebourg, Hamon ou les universitaires mutins de la Gauche populaire. Et ce n’est pas faute d’avoir tout fait pour empêcher Hollande de décoller : a-t-on déjà vu s’envoler un capitaine de pédalo ?

Les seuls à qui Mélenchon ait tondu la laine sur le dos, ce sont ses camarades d’extrême-gauche. Et pour cause : les remplaçants d’Arlette et d’Olivier, Arthaud et Poutou, étaient inconnus du grand public et le restent encore largement à l’heure où j’écris ces lignes. Pour une large partie de l’électorat, Mélenchon fait figure de candidat unique à la gauche du PS, parce qu’il a été inlassablement vendu comme tel par les télés. Ceux qui, il y a un ou deux ans, ont cru à une fâcherie pour de vrai entre Mélenchon et les « laquais » des médias, n’ont sûrement pas allumé le poste depuis lors : elle est bien loin l’époque où il effrayait le média comme on épatait autrefois le bourgeois.

Un deuxième chiffre permet de comprendre pourquoi l’homme aux cravates rouges ne fait pas peur à ceux qu’il prétendait terroriser. Ce n’est pas avec lui que le prolétariat redeviendra une classe dangereuse, et pour cause : sa campagne patine désespérément dans l’électorat ouvrier. Sondage après sondage, on l’y crédite de 2% à 5 % des voix, loin derrière Le Pen et Hollande, et même derrière Sarkozy !

On me rétorquera que, si ces prolos ne veulent rien comprendre, il n’y peut mais et que ce n’est pas faute d’avoir essayé. Eh bien si, justement ! Dans sa stratégie marketing, Mélenchon a fait une croix sur les ouvriers, renonçant donc à aller les chercher là où ils sont, dans l’abstention ou dans les poches de Marine Le Pen. Là encore, mon propos peut surprendre : les médias ne cessent de nous conter la geste mélenchonienne, boutant la lepénisation hors des esprits et des urnes. C’est vrai qu’il cogne sur Marine, et dur avec ça ; souvent, on a même l’impression qu’il ne parle plus que de son duel avec Mme Le Pen. Mais sur quoi se bat-il, et en parlant à qui ? Là, ça se gâte…

J’ai regardé avec attention toutes les émissions de Mélenchon depuis le début de la campagne : au commencement, la dénonciation de l’Europe, des financiers qui la dirigent et des médias à leur botte était systématiquement au centre du dispositif. À ce titre, il pouvait réellement disputer les voix popu-ouvrières à Marine. Mais le « Système » lui présenta vite l’addition. Dans la foulée de Plantu, de nombreux commentateurs jugèrent bon d’enfermer dans le même sac (en rêvant de le lester et de le jeter à la mer) les candidats des deux Fronts. Souvenez-vous − c’était il n’y a pas si longtemps − de l’épisode « danger populiste » de l’automne 2011[1. Qu’on se rappelle du titre de son livre : Qu’ils s’en aillent tous !].

Que Jean-Luc Mélenchon et ses électeurs aient pu être blessés par cette campagne, c’est légitime. Que le Front de Gauche, pour déjouer cette offensive antipopuliste, ait choisi la facilité d’un antifascisme de bac à sable, devenu la marque de fabrique de son candidat, est plus problématique. Désormais, pour les télés, Mélenchon c’est le bon client anti-Le Pen, un concept que même Laurence Ferrari, Michel Denisot ou Anne-Sophie Lapix peuvent comprendre, voire apprécier…

Si je suggère que cet antifascisme est bidon, c’est d’abord, bien sûr, parce que je ne vois pas venir de marche sur Rome ou d’incendie du Reichstag. C’est ensuite parce que Mélenchon combat Marine Le Pen sur des thématiques bobo-compatibles (mariage gay, IVG, valses de Vienne) qui peuvent lui ramener quelques voix de profs, d’étudiants, de webmasters ou de militants associatifs, mais qui sont totalement inopérantes pour détourner du vote FN les grands brûlés de la mondialisation. À ces white trash en déroute, Mélenchon se contente de faire la morale en fronçant des sourcils genre : « Comment, vous n’allez pas voter pour cette semi-démente semi-fasciste ! » Du très bon pour le zapping, du pain bénit pour sa respectabilité, mais un sacré gâchis pour le réarmement idéologique du prolétariat.

En effet, si on prétend parler aux électeurs de Marine, non seulement il vaut mieux ne pas les insulter, mais il faut aussi les entendre, les prendre tels qu’ils sont et là où ils sont pour les amener vers soi : cela s’appelle la politique. Or, dès qu’il est question de l’immigration et du multiculturalisme, Mélenchon est pire que sourd. Quitte à se retrouver en phase avec Laurence Parisot sur la liberté de circulation et d’installation des étrangers. La même volonté d’évitement le conduira à utiliser presque mot pour mot le même argument d’autorité que Nicolas Sarkozy lors de l’irruption du halal dans la campagne – en substance : « Cette polémique n’a pas lieu d’être, taisez-vous et parlons d’autre chose.»

Sauf que le peuple, lui, il veut qu’on lui parle du halal, et aussi des prières de rue, et aussi de la burqa. Pas parce que le Français est raciste, ou alors c’est un complot conjoint du Siècle et de l’émir du Qatar qui, depuis des années, place Zidane et Noah en tête des classements de popularité ; parce que le Français a des angoisses économiques, sociales et culturelles, et que l’immigration non régulée lui paraît, au même titre que l’Europe ou les délocalisations, avoir un vague rapport avec ces préoccupations.

Personne, sûrement pas moi en tout cas, ne souhaitait que Mélenchon s’aligne sur les balançoires de la droite en la matière. Mais on pouvait espérer, en rêve, que face à ces angoisses, il invente ses réponses à lui, en rupture totale avec les vieilles habitudes du PS et du PCF : angélisme, clientélisme et autisme.

Au lieu de quoi il a systématisé l’antifascisme terra-noviste comme seule arme de combat face à Marine Le Pen, ou plutôt face à ses électeurs. À la stigmatisation de l’étranger, forcément plus ou moins racaille, il oppose celle du petit prolo blanc qui vote FN, forcément fasciste. Remarquez, à défaut d’interdire le FN, il lui reste à réclamer la dissolution du prolétariat.[/access]

Mes 159 signatures

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Moi non plus, malgré mes 159 signatures je n’ai pas pu me présenter à la Présidentielle.

Saint Augustin, Pascal, Saint Paul, Albert Camus, Robert Bresson, Georges Bernanos, Raoul Walsh, John Fante, Giacomo Leopardi, François Mauriac, Marcel Proust, Howard Hawks, John Ford, Pierre Drieu La Rochelle, Jack Kerouac, Louis Ferdinand Céline, Paul Valéry, Paul Claudel, Léon Bloy, Gérard Blain, Jeanne d’Arc, Napoléon Bonaparte, Charles de Gaulle, Saint Louis, Charlemagne, Louis XIV, Hughes Capet, Jules Ferry, Alain Fournier, Joseph Conrad, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Carl Theodor Dreyer, Charles Baudelaire, François Villon, Andreï Tarkovski, Youssef Chahine, Roberto Rossellini, John Wayne, Guy Debord, Marguerite Duras, Louis XVI, Marie-Antoinette, Clovis, Danton, John Coltrane, Johnny Cash, Hank Williams, Pierre Schoendoerffer, Jean-Pierre Melville, Herman Melville, Hergé, Egdar P. Jacobs, Sigmund Freud, Eric Rohmer, Simone Martini, Fra Angelico, Piero della Francesca, Sandro Botticelli, Madame de La Fayette, Madame De Sévigné, Madame de Maintenon, Bertrand Dugesclin, Rolland de Roncevaux, Anne de Bretagne, Jeanne Hachette, Sainte Geneviève; Sainte Blandine, Le Général Leclerc, Jacques-Bénigne Bossuet, Jean de La Fontaine, Rabelais, Pier Paolo Pasolini, Charles de La Rochefoucauld, Saint François d’Assise, Sainte Claire d’Assise, Jean XXIII, Jean-Paul II, Saint Vincent De Paul, Alexandre Dumas, Georges Simenon, Jules Michelet, John Fitzgerald Kennedy, Le Général de Lafayette, Georges Washington, Sainte Thérèse de Lisieux, Charles Bukowski, Antoine Blondin, Gino Bartali, Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Samuel Fuller, Michelangelo Antonioni, Anne Frank, Jean Moulin, Jean Eustache, Xavier Grall, Bert Jansch, Pierre Jakez Hélias, Jacques Fesch, William Faulkner, Luchino Visconti, Joao Cesar Monteiro, Alain Cuny, Choderlos de Laclos, Jules Barbey D’aurevilly, Marcel Cerdan, Édith Piaf, Charles Trenet, Claude-Joseph Rouget de Lisle, Mohandas Karamchand Gandhi, Francesco Forgione (dit Padre Pio), Ambrogiotto di Bondone (dit Giotto), Laurent de Medicis, Platon, Jean Racine, Pierre Corneille, Jean-Baptiste Poquelin (dit Molière), Klaus Maria Grûber, Cornelius Jansen, Leopold Sedar Senghor, Satyajit Ray, Akira kurosawa, Mikio Naruse, Yasijiro Ozu, Kenji Mizoguchi, Vladimir Maïakovski; Arseni Tarkovski, Boris Barnet, Charles Chaplin, Henri Ford, Winston Churchill, Vincent Van Gogh, Jean-François Millet, Camille Claudel, Auguste Rodin, Henri Desgranges, Miles Davis, François 1er, Maurice Pialat, Rabîndranâth Thâkur (dit Tagore), Hermann Hesse, François Mitterrand, Pierre Mendès France, Georges Pompidou, Sidonie-Gabrielle Colette, Raoul Ruiz,Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, Émile-Auguste Chartier (dit Alain), Jean Vilar, le Maréchal Foch, Honoré de Balzac, Isidore-Lucien Ducasse Comte de Lautréamont, Alphonse Daudet, Marcel Pagnol, Sacha Guitry, Eugène Sue, Jan Van Eyck, Guy De Maupassant, François-René de Chateaubriand.

Comme pour Jérôme Leroy, Le Conseil Constitutionnel m’a fait observer, en plus de leur nombre insuffisant, que mes parrains et marraines étaient tous morts. J’ai fait remarquer que tous ces gens ne m’avaient jamais semblé aussi importants dans notre monde de l’Empire du bien.