Entre les deux tours des élections législatives, le 14 juin à 19h, un « flash-mob » citoyen était organisé place de la Concorde par « le collectif des 577 » venu lancer un appel pour « une Assemblée nationale à l’image de la France » et inviter nos dirigeants à « travailler pour l’équité économique, pour plus d’humanité, pour une laïcité humaniste et jardinière de la diversité ». Ou si vous préférez : tandis qu’un Français sur cinq qui se lève tôt ou tard et qui vote FN retournait bosser après la présidentielle sans grand espoir d’être représenté à l’Assemblée et sans moufter, le braillomètre en chair et en os représenté pour l’occasion par une bande de jeunes et de moins jeunes issus de la diversité et de la contestation convoquait les médias en place publique pour revendiquer des revendications en langue de bois massif.

Les mots s’envolent mais les écrits restent et c’est une chance pour la France absente ce jour-là de cette place parisienne où naguère, une insatiable soif d’égalitarisme faisait tomber les têtes de ceux qui trop longtemps, avaient régné sans partage. Heureusement, les propos d’une militante ont été recueillis : « Je me refuse à contribuer à la reproduction inégalitaire et non représentative au sein des institutions françaises. Au sommet de l’Etat, c’est le BBA : c’est-à-dire le Blanc, Bourgeois, Apparatchik. Nos circonscriptions en sont remplies. Peut-on se réjouir quand le pays de la passion ardente pour l’égalitarisme abandonne sur le trottoir électoral des milliers de femmes ? Elles ne sont que 3 sur 10 à être promues à des circonscriptions gagnables », déclare-t-elle. Avant de conclure : « Non : ni mes origines culturelles, ni mes origines sociales ne font de moi la propriété d’un parti. Je voterai blanc tant que les partis pratiqueront le communautarisme politique et la ségrégation. »

Ne me demandez pas sur quels trottoirs des milliers de femmes furent abandonnées, je n’en sais rien et même si je le savais je ne le dirais pas. Je m’intéresse plutôt au pays de la passion ardente pour l’égalitarisme, cette France de gauche et je comprends mieux à présent pourquoi le PS cartonne à 93% dans ces quartiers populaires où le bon élève ne sert pas d’exemple mais d’épouvantail, voire de sparring par terre. En effet, c’est sans doute animés d’une volonté ardente d’égalitarisme que des jeunes défavorisés prennent leur part dans l’effort mené pour une plus juste répartition des portables ou des scooters, par le vol, avec ou sans violence. C’est sûrement dans les quartiers sensibles, où la virginité des filles est étroitement surveillée, que certains, non moins sensibles et privés de femmes, poussés par un désir ardent d’égalitarisme, violent celles des autres.
Les braillards de la Concorde déplorent qu’une bourgeoisie blanche pratique communautarisme politique et ségrégation. Je suppose que le prochain « flash-mob » prendra la forme d’une marche pour les droits civiques, mais pas aux cris de « un homme, une voix », d’abord parce que ce slogan est sexiste et ensuite parce qu’on voit bien que ce n’est pas dans les urnes que la société française se délivrera du communautarisme blanc. La militante annonce qu’elle votera blanc, enfin nul, tant que les partis, qui s’obstinent à présenter des candidats pour lesquels les gens votent, se rendront complices de cet apartheid. Ce n’est qu’une question de temps, car au rythme actuel de création de nouveaux Français, les appareils comprendront vite que pour emporter la victoire, ils devront accompagner le changement du corps électoral en présentant dans des circonscriptions gagnables des candidats assortis à leurs électeurs.

Mais les lendemains qui chantent, ça ne suffit pas. Si le changement, c’est maintenant, seule une politique de quotas peut mettre un coup d’arrêt instantané à cette discrimination électorale qui profite aux blancs. Mais attention, la Chambre des députés ne passera de l’ombre à la lumière arc-en-ciel que si on récuse les critères sociaux pour privilégier les appartenances de race ou de sexe car le peuple, malgré une politique migratoire active, est encore plein de « souchiens » qui ont du mal à voir où est le progrès.

On peut rire, mais pendant qu’on se moque, les minorités aboient et la gauche passe. J’ai décidé de réagir. J’organiserai bientôt du fond de mon lit et à pas d’heure un « flash-mob » mitoyen à deux ou trois pour interpeller les politiques sur les questions suivantes : comment se fait-il que la diversité, si bien représentée dans les lieux de privation de liberté (ou si vous préférez : les prisons), le soit moins dans le monde du travail ? Pourquoi le jeune sur deux qui, dit-on, est au chômage dans certaines cités, n’arrive-t-il pas à décrocher au moins une place d’éboueur, de plongeur ou de manœuvre ? Peut être est-ce le défaut d’une approche trop « humaniste et jardinière de la diversité ». J’y ai un peu réfléchi et j’ai ma solution. Je ne vote pas blanc, et pourtant, pour être représenté à l’Assemblée nationale, c’est pratiquement comme si je votais nul.

*Photo : dalbera

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