Accueil Site Page 2685

Adieu Ayrault mais Lamy, non merci !

48

ayrault pascal lamy

« Pépère ». « Monsieur Faible ». Voilà comme les hebdos surnomment le chef de l’Etat après les deux semaines les plus éprouvantes depuis le début de son mandat. Dix mois après son élection, François Hollande est déjà l’un des présidents les plus impopulaires de la Ve République.
Être impopulaire, après tout, n’est pas si grave, surtout dans le contexte économique et social actuel. Ses prédécesseurs ont survécu à leur cote dans les sondages. Mais, chez François Hollande, le mal est plus profond. Son autorité est d’autant plus contestée qu’il l’a rendue lui-même contestable. Comme Nicolas Sarkozy qui voulait désacraliser la fonction et à propos duquel Alain Finkielkraut, dès le début du précédent quinquennat, avait dit qu’il ne « voulait pas d’un chef de l’Etat en sueur et en short », Hollande a voulu se dépouiller de la majesté que confère la fonction présidentielle. Le président normal était peut-être un slogan efficace pour la primaire du Parti socialiste[1. N’oublions pas que ce slogan date de  « l’avant Sofitel » et qu’il était, au départ, davantage destiné à combattre la candidature de DSK que de celle de Nicolas Sarkozy. Ce n’est qu’ensuite qu’il l’a recyclé contre le président sortant. ], cela ne peut en aucun cas constituer un guide pratique pour le Chef d’Etat d’une des plus vieilles nations du monde.
Cette vieille nation qui est aussi l’une des plus grandes puissances de la planète ne saurait avoir à sa tête un chef dépourvu de la moindre autorité. Cette dernière doit être restaurée pour éviter une crise de régime grave. Elisabeth Lévy expliquait que la faute d’un homme, en l’occurrence Jérôme Cahuzac, ne devait pas provoquer une telle crise. Dans un monde idéal, elle a bien évidemment raison. Mais l’affaire Cahuzac n’aura finalement été que le révélateur de l’affaiblissement de l’autorité présidentielle. Ce n’est pas un hasard si les ministres contestataires en profitent pour remonter au créneau. Arnaud Montebourg et Cécile Duflot avaient déjà rué dans les brancards. Ils sont repartis à l’assaut, cette fois-ci accompagnés de Benoît Hamon, resté jusqu’ici très discipliné.  Hollande a beau faire, a beau dire, il peut passer à la télé, faire des propositions, des chocs (de simplification, de compétitivité ou de moralisation), il est contesté quoi qu’il arrive. Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale, vient à son tour de le contredire publiquement en expliquant que la publication du patrimoines des élus ne constituait pas l’idée du siècle[2. Pour notre part, nous la trouvons grotesque. La publication sur son blog, du patrimoine de Jean-Noël Guérini mercredi après-midi, constituant l’épisode le plus drôle du feuilleton.].
Que peut donc faire le président pour provoquer un choc d’autorité ? Comme il n’a aucune intention d’organiser une nouvelle élection présidentielle, et que nous doutons qu’il réédite la dissolution chiraquienne d’avril 1997[3. On a pu entendre des commentateurs qui trouvaient que cela avait pu être une bonne idée, permettant à Jacques Chirac d’être réélu en 2002. C’est oublier le contexte de 1997. Qui pouvait penser au scénario du 21 avril 2002 ? Certainement pas Jacques Chirac, qui a dissous parce qu’il ne voulait pas changer de premier ministre et conserver son Juppé chéri. Du coup, il a eu Jospin. ], il ne reste en réalité qu’une seule solution à François Hollande : changer de premier ministre. C’est peu dire que Jean-Marc Ayrault n’est pas à la hauteur de la situation. Dès le début, il s’est avéré être une grave erreur de casting. Nous avions expliqué entre les deux tours de l’élection présidentielle en quoi le scénario de l’élection en désignait un autre. Mais choisir un tel profil de premier ministre, absolument pas complémentaire de celui du président, constitua une circonstance aggravante. À côté de l’homme pondéré et calme qu’il comptait incarner après le quinquennat Sarkozy, il fallait un homme d’action, quelqu’un capable de traverser des Ponts d’Arcole, d’être un D’Artagnan, une personnalité qui ne laisserait pas indifférent. Le problème avec Jean-Marc Ayrault, lorsqu’on en discute avec des amis, ce n’est pas qu’on l’aime ou qu’on le déteste, c’est qu’on s’en fiche. Pire, il s’humilie lui-même en reconnaissant publiquement qu’il a encaissé des propos sévères de la part d’un de ses ministres. Aujourd’hui, il est un fusible grillé, même en ayant très peu protégé le Président. Il faut remplacer d’urgence le fusible et bien choisir la marque.
Bien choisir la marque nécessite d’installer une personnalité complémentaire qui pourrait jouer ce rôle de fusible durable et efficace. Certains noms qui ont circulé ces dernières semaines nous laissent pantois. On parle de Michel Sapin voire de Marisol Touraine. Nous n’avons personnellement rien contre ces deux ministres mais convenons tout de même qu’il est difficile de se les imaginer sur un Pont d’Arcole. Ces deux personnalités seraient très vite affublées de l’étiquette d’Ayrault-bis. Et le fusible serait grillé très vite. En réalité, on ne voit dans l’actuel gouvernement que deux ministres capables d’aller à Matignon et de concentrer sur eux toute la lumière, permettant au Président de souffler un peu et se consacrer à l’essentiel, le duel franco-allemand sur la question de l’austérité, bataille qu’il jure ne pas avoir abandonnée. Seuls, en effet, Manuel Valls et Arnaud Montebourg présentent ce profil[4. Certains ont pu évoquer Christiane Taubira, qui n’est pas mal dans le genre non plus, mais le fait qu’elle ait conduit la réforme du mariage constitue un chiffon rouge pour ses opposants, alors que le Président a semble-t-il choisi de calmer le jeu sur cette question.].
Valls, nous l’avions donc expliqué, aurait dû être nommé en mai dernier. Il a l’avantage d’avoir la meilleur cote de popularité, ce qui lui laisse de la marge pour prendre des coups et jouer son rôle de fusible. Dans le contexte actuel, il a un inconvénient : être lié à Stéphane Fouks, l’homme de la communication de DSK et de Cahuzac. Arnaud Montebourg, lui, aurait l’avantage de donner un signe à la fois à l’électorat de gauche et à Angela Merkel. Elle pourrait même signifier une crise ouverte avec l’Allemagne, laquelle crise ne fait même plus peur à Alain Duhamel, c’est dire si cette perspective n’est plus aussi irresponsable qu’elle paraissait encore il y a quelques mois aux yeux du monde politico-médiatique. L’inconvénient d’Arnaud Montebourg, c’est qu’il risque d’être totalement incontrôlable.
Il est fort possible que François Hollande ne suivra pas nos conseils, à supposer qu’un conseiller ait la bonne idée de lui imprimer. Dans ce cas, il nommera peut-être Pascal Lamy à Matignon. Nous aurions alors notre Mario Monti. Angela serait contente. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, aussi, se rêvant en Beppe Grillo.

*Photo : Parti socialiste.

Mon élection pour une érection !

13

dsk francois hollande

Il y a quelques jours, le Président visitait je ne sais quoi pour serrer je ne sais quelles  mains quand une femme l’interpella ainsi : « Ne vous mariez pas, on l’aime pas ! » On peut s’interroger sur les motivations de l’électeur quand il est une électrice pour qui le choix du conjoint semble être une question existentielle. On peut se demander alors si le droit de vote accordé aux femmes fut un réel progrès. Je ne trancherai pas la question ici. Moi aussi, j’ai une vie sexuelle, et j’y tiens.
Notre Chef, qui a toujours tant d’esprit et tellement d’humour, en manqua drôlement et resta muet devant les doléances de notre citoyenne culottée.[access capability= »lire_inedits »] Lui, qui s’était si souvent tiré d’affaire en esquivant les questions embarrassantes par  la pirouette, resta coi. Il choisit par le silence de décevoir tout le monde pour ne fâcher personne. Et passa son chemin comme s’il n’avait pas entendu. Et pourvu que Valérie non plus. Cette dernière petite lâcheté de l’homme « normal », ce nouvel épisode du feuilleton : « Moi président, je n’irai pas pisser sans demander son avis à ma gonzesse, pardon, à mes gonzesses… » me fit, un bref instant, regretter l’autre. Pas le précédent, grande gueule et petit kärcher, le « Chouchou » à sa « Carlita ». Non, plutôt l’humilié, le martyrisé, mais le libéré. Libéré par lui-même avec le concours de la France tout entière. Celui qui était à deux doigts, qui avait un boulevard pour la présidence et au bout,
Marianne offerte. Celui qui, même pour la plus haute des fonctions, n’avait pas su résister à la plus basse des pulsions. Celui qui n’avait pas tout à fait tué le cochon et pouvait encore dire dans un monde d’énarques : « La liberté m’habite. » Celui que le monde attendait et qui avait abandonné son royaume pour, une fois encore, bander comme un cheval. Celui qui avait joué et perdu son élection pour une érection.[/access]

*Photo : Francois Hollande.

Peut-on être député et millionnaire ?

thierry robert depute

L’aveu de Jérôme Cahuzac a provoqué, semble-t-il, une  sacrée secousse politique. Mais permis, surtout, la représentation du grand ballet des hypocrites. Le livret est classique, mais la distribution impressionnante. Une troupe pléthorique où les danseurs étoiles sont légion. Premier prix Gérard Filoche. Membre du bureau national du Parti socialiste depuis 20 ans, comme il le proclame, et qui donc n’avait aucune idée, des personnalités et des mœurs de certains dirigeants de son parti. Mesurant, que le scandale est moins dans les acrobaties financières de Jérôme Cahuzac que dans la contradiction avec le rôle qu’il devait jouer en légitimant et organisant la purge de l’austérité, Filoche est venu causer dans le poste. Accueilli avec gourmandise par Michel Field, il nous a fait la scène du sanglot parfaitement surjouée. « Vous vous rendez compte, que vont penser les pauvres ?»  Accessit pour Audrey Pulvar venue nous raconter qu’elle était place de la Bastille le 10 mai 1981 (à l’âge de 9 ans, à l’annonce des résultats, elle avait pris le métro à la station Fort-de-France en Martinique, où elle habitait alors). Et que depuis, le Parti Socialiste, c’était juste trop dégoûtant.
Et François Hollande en personne. Dès le premier jour. Martial. Il faut une république irréprochable ! À la manière de Sarkozy, « un fait divers, une loi ! », on nous annonce des textes. Un, en particulier : sur l’inéligibilité à vie pour les hommes politiques condamnés pour corruption ou fraude fiscale. Bien sûr, le Président sait parfaitement que les peines automatiques sont proscrites par la constitution française et la Convention européenne des droits de l’homme. Ça peut amuser la galerie, mais pas trop longtemps. Alors le Président remonte au front. Et propose ce mercredi une série de mesures dont plus de la moitié existe déjà, le reste étant composé de propositions manifestement inconstitutionnelles quand elles ne sont pas ineptes. En tout cas, aucune n’aurait empêché l’affaire Cahuzac.
Pendant ce temps, à gauche, à droite, voire à droite de la droite et à gauche de la gauche, on se repasse l’extincteur de main en main. Les  «publications de patrimoine » volent bas, même si elles sont absolument sans intérêt, et ne servent à rien. Amusant, d’ailleurs, de voir certains professeurs de maintien, prudents ou carrément crispés. Affligeant spectacle que cette surenchère d’hypocrisie dont personne ne semble émerger. Personne ? Ah si peut-être, un politique cohérent, et qui n’a pas peur. Et qui en tout cas, sauve un peu l’honneur.  En donnant à toutes nos belles âmes une paradoxale petite leçon de dignité.
Il s’agit de Thierry Robert, député-maire (vaguement apparenté Modem, puis divers-gauche) de Saint-Leu à La Réunion. Élu maire pour la première fois en 2008, et triomphalement élu député l’année dernière, c’est quelqu’un de très populaire, un peu provocateur et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Rendre public son patrimoine ? Allons-y. Pas de misérabilisme, pas de voitures d’occasion. « Je suis (relativement) riche. J’étais à la tête d’une entreprise de construction et j’ai fait de la promotion immobilière. J’ai gardé une partie de mes constructions en patrimoine. Celui-ci me rapporte en loyer 83 000 € par mois. Tout ceci date d’avant mon entrée en politique. Je n’ai pas honte, et cela présente un avantage, je n’ai pas sollicité ces mandats pour gagner de l’argent. Et comme, je veux être sincère jusqu’au bout, quand j’arrêterai la politique, si je suis fiscalement matraqué, j’envisagerai de faire un petit saut à  «l’île sœur » (Maurice) ou la fiscalité est plus favorable. Et il n’y a pas à avoir honte. »
Comme par hasard, les médias ne retiennent que la dernière partie. « Hou les cornes ! » Il est probable qu’il s’en fout. Comme d’être « l’ennemi » de François Hollande, enfin si l’on en croit le discours du Bourget de l’année dernière. Il va sûrement être l’objet de mille et une fatwas démagogues et vertueuses. Il est probable qu’il sera tranquillement réélu.

Les dangers de l’identité

nation identite joffrin

À Causeur, nous n’avons pas peur de nos nombreux contradicteurs.
Au contraire, nous devons entendre leurs arguments. Chaque mois, nous demanderons donc à l’un d’eux d’expliciter ses divergences. Que Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, soit remercié pour avoir accepté d’inaugurer cet espace dédié à la dispute civilisée.

Ce qui nous sépare ? La question de l’identité, bien sûr. Vous lui donnez une importance démesurée, ce qui vous amène aux confins de la pensée républicaine. Je ne dirai pas comme Blum entendant Déat : « je suis épouvanté ». Mais je suis inquiet. Inquiet pour vous, qui dérivez vers un étrange horizon, alors que ce journal est courageux et utilement dérangeant.

Point de « politiquement correct » dans cette interpellation. Ce que vous appelez le politiquement correct, ce sont les idées de la gauche, que vous cherchez à disqualifier sans les discuter, en les taxant de conformisme ou de « bien-pensance », de manière à vous arroger le rôle de l’esprit fort qui pense à contre-courant. Si l’on sort de cette rhétorique, un peu usée désormais, on doit discuter d’une idée simple : l’identité ne produit pas de valeurs. Tout est là.[access capability= »lire_inedits »]
L’identité est une réalité dont il faut tenir compte, non une source de principes. Les principes, en République, sont déduits de deux valeurs fondatrices, la liberté et l’égalité, qui fondent les règles de vie en commun. Ce sont les nationalistes – ou, plus grave, les sectateurs de l’ethnie ou de la race – qui voient dans l’identité la valeur centrale dont ils déduisent les règles de vie en commun. Une identité culturelle ou nationale, pour moi, ne vaut pas plus qu’une autre. Sauf à démontrer qu’elle est contraire aux droits de l’Homme, chacune vaut sa voisine, de même que les hommes sont égaux en droit. Toutes les identités ont droit à perdurer, à se mélanger ou à cohabiter. Il est légitime, élémentaire, d’aimer sa patrie, sa région, ses racines. Mais la protection de cet élément de la vie – quand il est menacé – est un attribut de la liberté individuelle ou politique. C’est un droit parmi d’autres, déduit des principes premiers, non le fondement de la collectivité.
Les nationalistes, les identitaires, avec lesquels vous flirtez, récusent ce raisonnement. Pour eux, l’identité est à la base des communautés humaines ; l’Etat doit avant tout la défendre ou la promouvoir, il doit en faire la priorité de sa politique. S’il s’agit d’un nationalisme républicain (doctrine pleine de contradictions), le gaullisme par exemple, nous restons dans l’espace démocratique. Mais le nationalisme est une force dangereuse, qui s’appuie sur l’émotion, l’irrationnel, sur la volonté de puissance autant que sur les souvenirs de l’enfance. Il tourne vite à l’intolérance et se trouve aussitôt des ennemis, l’étranger en général, le musulman en particulier dans la France d’aujourd’hui. Il a tôt fait de considérer que les libertés publiques sont des obstacles. Il éprouve spontanément des penchants autoritaires. Aussi, quand vous cherchez à abaisser les barrières qui nous en séparent, vous rendez un mauvais service à la République.[/access]

*Photo : FredArt.

Corée du nord : À quoi Kim#3 joue-t-il ?

Il n’aura échappé à personne que Kim Jong-un, le cher leader nord-coréen et troisième représentant de sa lignée dynastique, fait preuve d’une agressivité redoublée ces derniers temps et n’hésite pas à aller jusqu’à menacer les États-Unis d’Amérique de faire usage de son armement nucléaire.
S’il est un point qui fait l’unanimité parmi les spécialistes, c’est qu’une attaque nord-coréenne serait un suicide pur et simple. Je n’ai, à ce jour, pas trouvé un seul commentateur qui parvienne à imaginer le bénéfice que pourraient tirer Kim Jong-un et sa junte d’une telle initiative. D’où l’adjectif le plus souvent associé aux menaces de Pyongyang : « irrationnelles ».
On ne peut, bien sûr, pas complètement écarter l’hypothèse de la folie mais le rasoir d’Ockham nous recommande plutôt de chercher dans la direction d’un objectif tout à fait rationnel :
– Le chantage : Kim Jong-un menace de mettre la région à feu et à sang et de précipiter la chute de son propre régime pour obtenir de l’aide (de la Chine). Dans l’état actuel des choses, l’Empire du Milieu ne souhaite pas la disparition du régime nord-coréen et pourrait donc acheter le calme de son protégé (lire Guy Sorman).
– Le suicide : Kim Jong-un cherche lui-même à mettre fin à son propre régime. Implicitement : il n’est pas complètement maître de la situation en interne et pousse sa propre armée – i.e. ses généraux – à commettre une erreur qui devrait leur être fatale.
– Le complot : la Corée du nord serait en réalité un « ennemi utile » pour les États-Unis et leur permettrait de justifier leur présence militaire en Asie. Les bravades de Pyongyang ne seraient qu’une comédie plus ou moins orchestrée avec l’accord ou la complicité de Washington.

– Le chiffon rouge : si les États-Unis subventionnent la défense sud-coréenne, c’est essentiellement pour maintenir un semblant de stabilité dans la région. Le régime nord-coréen cherche à leur faire comprendre que l’effet obtenu est exactement inverse.
– « la guerre, c’est la paix ». Le maintien de cet état de guerre permanent est une méthode de gestion interne de la dictature : comme dans le roman d’Orwell, cette menace de guerre fictive permet de maintenir la population sous contrôle.
– Autre chose ?
Sans être un fin connaisseur du sujet, j’ai tendance à exclure les thèses du complot et du suicide et j’ai le vague sentiment que l’attitude de Kim Jong-un est une combinaison des trois autres.

« Offshore Leaks » : le curieux tri sélectif du Monde

monde mediapart cazeneuve

Dans l’hystérie générale provoquée par l’affaire Cahuzac, la course morbide au « plus transparent que moi, tu meurs ! », le journal Le Monde vient d’apporter une touche d’hypocrisie qui devrait marquer, et pas d’une pierre blanche, l’histoire de ce prestigieux quotidien.
Le journal de Natalie Nougayrède (il faudra s’habituer à le désigner ainsi, jusqu’à nouvel ordre, ce qui permet de tenir ce brave Auguste Blanqui hors du coup) s’est fait le distributeur en France des produits d’une multinationale du journalisme d’investigation. L’ICIJ (Consortium international du journalisme d’investigation) est une officine sise à Washington qui a été le réceptacle de milliers de documents relatifs aux paradis fiscaux fournis par d’anciens employés de blanchisseries exotiques d’argent baladeur. C’est pain bénit pour Le Monde, qui peut ainsi échapper aux foudres de l’imprécateur en chef de chez Médiapart : nous aussi on est cap’ de faire tomber des têtes et des grosses, même si elles sont proches d’un pouvoir dont nous avons favorisé l’avènement ! Les millions de fiches, listings, mails dérobés par les «  lanceurs d’alerte » révèlent quelques centaines de noms bien de chez nous ayant pratiqué l’optimisation fiscale dans des conditions qualifiées de « grises », c’est-à-dire pouvant aller de la limite de la légalité à la fraude fiscale caractérisée. Le phénomène était loin d’être inconnu, et quelques rapports parlementaires récents (dont celui de Vincent Peillon et Arnaud Montebourg en 2002) avaient signalé l’ampleur du problème, sans que cela ne permette de mettre un terme à ces pratiques condamnables.
Les documents en possession du Monde mettent des noms, sinon des visages, sur ce monde de la finance baladeuse dont notre président de la République avait fait son ennemi personnel. Parmi ces noms, le quotidien de Natalie Nougayrède choisit d’en livrer deux en pâture à  ses lecteurs. Il s’agit de Jean-Jacques Augier, un proche de François Hollande, qui fut son trésorier de campagne lors de la présidentielle, et de feu Elie de Rothschild, membre décédé d’une illustre famille. Jean-Jacques Augier, qui fait des affaires avec des Chinois, était actionnaire d’une société domiciliée aux îles Caïmans, paradis fiscal notoire. Cette révélation est destinée à mettre François Hollande dans l’embarras, en montrant que cette finance sans visage qu’il pourfendait au Bourget était présente dans son entourage immédiat. Même motif, même punition que dans l’affaire Cahuzac : Hollande est soit un fourbe, s’il connaissait les manigances de son argentier de campagne, soit un gros naïf, s’il les ignorait.
La mise en cause d’Elie de Rothschild relève d’une autre intention. Même mort, un Rothschild est vivant comme porteur d’un nom qui symbolise depuis deux siècles et demi la haute finance mondialisée (et accessoirement, mais on a tendance à l’oublier, l’essor économique de la France au XIXe siècle). Mettre en cause un Rothschild dans des affaires financières louches, ce n’est pas nouveau, et c’est toujours d’un bon rapport qualité-prix. Le signifiant Rothschild se suffit à lui même pour mobiliser les affects du peuple, avec les remugles antisémites associés.
Les notaires, bouchers en gros, promoteurs immobiliers de nos belles provinces qui avaient eu ces derniers jours quelques insomnies après la lecture du Monde peuvent retourner sereins à leurs activités habituelles. Dans sa grande magnanimité, Mme Nougayrède a décidé de leur épargner la honte du pilori en place publique. Mieux, mise au défi par le ministre du budget Bernard Cazeneuve de communiquer à la justice les faits délictueux dont Le Monde a pu avoir connaissance dans le cadre de l’opération « offshore leaks », elle a répondu qu’elle ne mangeait pas de ce pain-là dans un éditorial d’une haute tenue morale. Au Monde, on n’est pas Médiapart, on ne balance pas, sauf ceux dont on a décidé, tout seul comme des grands, qu’ils le méritent.

*Photo : clasesdeperiodismo.

Mise en examen de Sarkozy : abus de faiblesse ou abus de pouvoir ?

11

sarkozy gentil bettencourt

Notre justice passionne les foules – à défaut de toujours les rassurer. La mise en examen pour « abus de faiblesse » de Nicolas Sarkozy a déclenché une guerre totale entre zélateurs et contempteurs du juge Jean-Michel Gentil.
Dans le camp de Gentil, donc des gentils, on reproche aux méchants sarkozystes leurs commentaires peu flatteurs à l’encontre d’un juge d’instruction qui, guidé par sa seule conscience, ose appliquer la loi aux puissants. Il est vrai que certains ténors de l’UMP n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère en traitant le magistrat de « déshonneur de la justice » à lui seul, la droite dans son ensemble critiquant une justice partiale voire aux ordres du pouvoir actuel.
On pourrait sourire et compter les points. Sauf que cette bataille de chiffonniers pose de très sérieuses questions sur le fonctionnement de la Justice. Il faut d’abord rappeler que la procédure d’instruction prétendument secrète a fugué depuis belle lurette de son domicile familial, le cabinet du juge, pour aller s’exhiber un peu partout, notamment dans certaines rédactions.
Le secret de l’instruction est désormais une fable inscrite dans le Code pénal à laquelle même les enfants ne croient plus. Si l’instruction est sujette à fuites, la mise en examen provoque un vrai déluge : à peine Nicolas Sarkozy a-t-il quitté le Palais de justice de Bordeaux  que la nouvelle tourne à plein régime sur les télés d’information continue, sur le Net, dans les conversations mondaines…
Les journalistes se bordent en agitant un amusant gri-gri en forme de précaution oratoire. Sur toutes les chaînes, on répète en boucle que l’ancien chef de l’État est fortement soupçonné d’avoir soutiré de l’argent à une nonagénaire en profitant de son gâtisme, avant de prononcer sur un ton goguenard la formule rituelle : « Il bénéficie de la présomption d’innocence. » Traduction subliminale : il est coupable mais on ne peut pas le dire. En somme, les médias invitent leurs ouailles à pratiquer une sorte de coitus interruptus mental. Le grand public, un peu perdu dans ce dossier à tiroirs, finit par s’en remettre à la sagesse populaire : chacun sait qu’il n’y pas de fumée sans feu, notamment chez autrui.
Il y a quelque tartufferie à s’offusquer que le mis au pilori se défende. Quand on met en examen un ancien président de  la République, il faut accepter que cette décision puisse être critiquée. Certes les hussards et les grognards de l’UMP ont allègrement confondu la décision et celui qui la prenait. Mais à bien y réfléchir, le juge Gentil a agi exactement de la même façon. Peut-on croire que sa décision n’était pas calibrée pour la personnalité de celui qui l’a subie ?[access capability= »lire_inedits »]
Rappelons que le juge soupçonne Nicolas Sarkozy d’avoir, en 2007, obtenu des fonds de l’héritière de L’Oréal pour sa campagne électorale, en violation des dispositions légales. Seulement, Jean-Michel Gentil ne dispose apparemment pas d’éléments matériels indiscutables pour étayer ses soupçons : pas d’enveloppes, ni de trace de réception d’argent par le candidat, mais deux témoignages, dont celui d’une personne décédée, et la vague coïncidence de dates entre la ou les visites de Sarkozy chez les Bettencourt et des retraits en liquide effectués par ceux-ci. De plus, même si le magistrat avait déniché des éléments plus probants, il ne pouvait pas en faire grand-chose, sauf à déployer une certaine créativité juridique : au début de son instruction, le délit de financement illégal était déjà couvert par la prescription. Le juge a alors sorti un joker auquel même Mediapart n’avait pas pensé : l’« abus de faiblesse » qui, heureuse coïncidence, n’est pas  prescrit. Des esprits soupçonneux en déduisent qu’il voulait « se payer » Nicolas Sarkozy à tout prix, et qu’il a cherché un moyen légal pour parvenir à cette noble fin. Je me garde bien de souscrire à cette hypothèse farfelue.
Reste un détail à régler : aussi symbolique soit cette mise en examen, elle ne vaut pas condamnation, ni même comparution.
Pour Jean-Michel Gentil, l’essentiel reste à faire : il lui faut maintenant établir que Nicolas Sarkozy a soutiré de l’argent à la généreuse milliardaire en sachant que celle-ci n’avait pas toute sa tête. Or, ce que l’on sait de la saga familiale qui a passionné la France est loin de corroborer cette thèse. En 2009, lorsque Françoise Meyers-Bettencourt a porté plainte contre François-Marie Banier, jamais la moindre mesure de protection de sa mère n’avait été envisagée ni a fortiori mise en place. C’est seulement après l’ouverture d’une instruction qu’une expertise affirmera, en 2011, en contradiction avec l’avis d’un premier spécialiste, que Liliane Bettencourt était en situation de faiblesse dès 2006… Cette conclusion rétroactive indique au minimum qu’on n’a aucune certitude sur l’état de santé de Mme Bettencourt en 2007, période des faits reprochés à Nicolas Sarkozy. Si faiblesse il n’y avait pas, même un homme aussi malfaisant que lui ne pouvait en abuser. Pour mettre en examen Nicolas Sarkozy, il fallait donc tenir pour plausible qu’il ait constaté l’état de faiblesse de la vieille dame et pu poser ainsi un diagnostic médical sur lequel d’éminents neurologues divergent… Les « Guignols de l’info », qui enchaînent des sketchs dans lesquels Nicolas Sarkozy manipule allègrement celle qu’ils appellent « Mamie Zinzin », détiennent sans doute la vérité.
Si l’instruction aboutit à un renvoi devant le tribunal, les chansonniers de Canal+ seront-ils cités comme experts ou seulement comme témoins ? Le juge Gentil a pourtant estimé disposer de suffisamment d’indices sérieux et concordants pour frapper. Dans un premier temps, ayant pour unique « biscuit » le rendez-vous reconnu par Nicolas Sarkozy en février 2007, mais uniquement avec André Bettencourt, il l’avait placé sous le statut de témoin assisté. Les témoignages du personnel de Mme Bettencourt l’ont décidé à passer à la vitesse supérieure. À en croire le majordome adepte de l’enregistrement-pirate, et d’autres employés de la maison, au cours de l’année 2007, Nicolas Sarkozy se serait rendu au domicile des Bettencourt,  non pas une fois comme il l’affirme, mais deux fois, voire plus. La preuve, ou presque : ces témoins ont décrit sa tenue vestimentaire : col roulé une fois, et costume l’autre (ou les autres) fois. Avec de telles évidences, il est cuit ! Imaginons la scène : Nicolas Sarkozy s’invitant à deux reprises chez ses riches voisins et contraignant une vieille dame un peu dérangée à lui remettre de l’argent sous les yeux de son personnel pléthorique. Tout est possible, dit-on. On m’accordera que cette version ne brille pas par sa vraisemblance.
On peut donc, sans faire injure au magistrat, se demander si les ressorts de cette mise en examen sont complètement rationnels. Sarkozy a souvent été accusé (pas totalement à tort) d’« hystériser » les relations. Il est possible qu’il ait réussi au-delà de ses espérances avec le juge Gentil. Ce dernier n’a pas forcément goûté d’être rangé dans la corporation des « petits pois ». Il partage peut-être l’aversion folle de la gauche et des médias pour l’ex-président, érigé en figure démoniaque.
On n’ose penser, en revanche, que cet honorable magistrat ferait de notre droit une lecture de classe, en accordant par principe plus de foi à la parole des petits et des sans-grades (les domestiques) qu’à celle des puissants.
Une telle question est-elle passible de poursuites disciplinaires ou judiciaires ? On verra…
En attendant, la droite se trompe en prêtant au juge Gentil des arrière-pensées politiques. On a plutôt l’impression qu’il se sent investi d’une mission morale. C’est encore plus inquiétant.[/access]

*Photo : mayanais.

Transparence : Mélenchon refuse de passer un coup de balai devant sa propre porte

Ceux qui dépeignent Jean-Luc Mélenchon en enragé rouge prêt à déferler sur la canaille bourgeoise feraient bien de passer ses interventions médiatiques à la moulinette. Et de débusquer les actes – souvent minimes – qui se cachent derrière les paroles – souvent outrancières. Il y a en effet deux JLM : le fréquentable Dr. Mélenchon qui a siégé vingt-cinq ans au Sénat et ricane des blagues enregistrées par les animateurs du Grand Journal de Canal + ; et l’horrrrrrible Mr. Méluche, populiste gouailleur qui rêve de renverser la table en attendant le grand soir électoral qui ne vient pas. Dans la dernière livraison de l’excellente revue Charles, Nicolas Bedos confie ainsi sa gêne d’avoir aperçu Dr. Mélenchon discuter le bout de gras avec Michel Denisot à la soirée du magazine branché GQ, bien loin des sandwiches frites-merguez de la Fête de L’Huma.
Démonstration nous a été faite de cette duplicité hier soir, au journal télévisé de France 2. Peu après 20 heures, Mr. Méluche s’est pris les pieds dans le tapis de probité et de transparence que le Dr. Mélenchon avait préalablement déroulé sous ses pieds. À un David Pujadas qui lui ordonnait de déclarer son patrimoine sur le champ, Méluche répondit qu’un tel déballage serait aussi classieux qu’une coloscopie retransmise en direct. Cela n’aurait en prime rien changé à l’affaire Cahuzac : Orwell nous a appris qu’on pouvait toujours mentir devant un télécran par la force de la double pensée. C’est ballot, à l’instant même où Mr. Méluche se dérobait aux injonctions du nouvel ordre moral, le Dr. Mélenchon lui savonnait la planche en réclamant la transparence à tous les étages, avec pouvoir de contrôle et de sanction des fausses déclarations. Il dénonça même comme un « attrape-nigaud » l’étalage auquel s’adonnent les ministres au nom de la sacrosainte « moralisation de la vie politique ». Les prenant au mot, Dr. Mélenchon se targua d’avoir déclaré son patrimoine à chacune des assemblées auxquelles il avait appartenu, refermant un peu plus le piège sur son fougueux double.
Pendant ce temps, pour sortir de l’ornière éthique, Mr. Méluche prenait à partie David Pujadas en l’intimant d’exhiber son patrimoine. Là, Méluche fit mouche, puisque la star du premier pouvoir, visiblement gênée, lui rétorqua que seuls les politiques avaient des comptes à rendre, les journalistes pouvant, eux, camper dans un halo d’impunité. Le gong retentit. Mr. Méluche avait gagné aux points… contre Dr. Mélenchon.

 

Le Grand rabbin face à sa conscience…

gilles bernheim rabbin

J’aurais préféré ne pas parler de la polémique qui enfle à propos des agissements de Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France. Cette affaire de plagiat avéré, suivie de la mise en lumière d’usurpation publique de titre d’agrégé de l’Université me rend infiniment triste. Que l’on soit religieux, ou, comme moi, juif de tradition laïque, il faut admettre que le Grand Rabbin de France incarne le judaïsme français au yeux de la Nation dans son ensemble, depuis que Napoléon 1er a donné droit de cité à ce culte et à ceux qui s’y rattachent.
Lorsqu’il parle, il est écouté non seulement par les Juifs de la synagogue, mais également par ceux qui ne la fréquentent pas, et par les non-juifs, qu’ils soient des hauts dignitaires d’autres religions ou simples citoyens curieux d’entendre sa parole.
Depuis son élection en 2008, Gilles Bernheim avait fait un sans faute : c’était un leader religieux inscrit dans la cité, l’incarnation d’un judaïsme ouvert aux autres, un rempart contre le repli sur soi. Il s’inscrivait dans la tradition  des Zadoc Kahn et Jacob Kaplan, dont les fortes personnalités et l’indiscutable charisme ont grandement contribué  à affirmer la place du judaïsme français dans la République.
Ce fardeau, reconnaissons-le, est lourd à porter, car en la matière, rien n’est jamais acquis définitivement, et le soupçon porté sur les juifs de France de déloyauté à l’égard de la République ressurgit régulièrement : Zadoc Kahn eut à affronter l’affaire Dreyfus, Jacob Kaplan l’antisémitisme de Vichy. Aujourd’hui, Gilles Bernheim doit se battre contre l’antijudaïsme portant le masque grimaçant de l’antisionisme.
Il est aujourd’hui affaibli. Il ne m’appartient pas de lui dicter sa conduite. Si l’homme dont la faille vient d’être mise à jour mérite notre compassion, un Grand Rabbin qui s’accrocherait à une fonction qu’il ne peut plus assumer dans sa plénitude serait un triste sire.

*Photo : wikimedia.

Mariage gay : gare aux casseurs en jupe plissée !

manif pour tous benbassa

« Les actions – parfois violentes – des opposants au texte se sont multipliées samedi et dimanche. »
(Le Nouvel Obs)
Résumons :
Le 5 avril, douze nazis et demi sont sortis de leur garage – ou de leur asile psychiatrique – et se sont livrés à des actes d’une violence rare : ils ont scandé des slogans. Pour empêcher Erwann Binet de prendre la parole devant des étudiants à Saint-Étienne. Complètement inacceptable. La barbarie à l’état brut. Les slogans étaient-ils armés de barres de fer ? Erwann Binet s’est-il pris un slogan sur l’arcade sourcilière ? On ne le saura pas.
En revanche, quand une poignée de militants de gauche paralysent une université entière pendant plusieurs jours en séquestrant leurs adversaires – voire l’équipe de la Direction –, saccageant les locaux comme des vandales, ruinant le travail de milliers d’étudiants à l’heure des examens, pratiquant des référendums staliniens dans des assemblées d’apprentis-satrapes, personne ne crie aux méthodes fascisantes et tout finit dans l’absolution générale arrosée d’argent gratuit.
De son côté, Esther Benbassa retrouve sa voiture accidentée dans la rue et déduit que ses engagements politiques sont la cause de l’odieux attentat. Photo à l’appui. Je ne sais pas si vous avez vu la photo, mais c’est de toute évidence l’œuvre d’un couillon qui ne sait pas conduire, tout simplement. Benbassa avoue d’ailleurs plus tard que rien ne permet de dire qu’il s’agit d’une attaque contre sa personne tellement c’est peu crédible. Non, sans blague. Quand on veut intimider, on crève les pneus, on raye les portières, on casse le pare-brise ou les phares. On ne simule pas un pauvre créneau raté de mec bourré.
Les milliers des braves Français qui goûtent à la tradition des voitures brûlées apprécieront ce traitement d’égal à égal avec les élus. Emboutir un pare-choc, c’est le signe d’une montée de l’extrémisme ultrabourrin. Brûler 200 bagnoles en une seule nuit provoque ce type de réaction : « il faut arrêter de stigmatiser la banlieue et offrir des vacances gratuites aux pauvres petits chérubins désœuvrés ». Tout va bien au pays de l’Égalité et de la représentation du peuple par les élites.
Plus tard, des militants ont commis un crime abominable : ils ont COLLÉ DES AFFICHES sur la façade d’un bâtiment où se tient une réunion LGBT. Des méthodes que ne pratiquent JAMAIS JAMAIS JAMAIS le camp auquel ils s’opposent. Genre des débats en télévision ou en radio où Caroline Fourest, Clémentine Autain et Pascale Clark font semblant de mener un vrai débat contradictoire avec plein d’opinions qui divergent (hu hu hu), où l’espace médiatique de l’opinion est tapissé de part en part d’arguments univoques, où l’espace public de l’expression ressemble à un matraquage ou à une prise d’otage. Meilleur exemple du moment : le traitement de la Manif Pour Tous par les journalistes (dont plus de 95% déclarent voter à gauche), qui fut un gigantesque collage d’affiches pour masquer le réel.
Réaction d’Harlem Désir à ce collage d’affiches : « Les attaques contre les biens et personnes, dont des élus […] sont odieuses. Elles doivent cesser tout de suite ». Nous sommes tout à fait d’accord. C’est probablement pourquoi Harlem Désir va prochainement condamner les partisans du squat citoyen ou de la fiscalité confiscatoire, qui sont les vraies attaques quotidiennes contre les biens et les personnes que les gens subissent concrètement. Ah mais c’est que le contenu complet de la citation est « …dont des élus par les opposants au mariage sont odieuses ». Aaaaah. Si c’est pour d’autres raisons que l’opposition au mariage, surtout de gauche, ne vous sentez pas visés et continuez tranquillement vos activités.
Enfin, dernier en date, ce jeune homme qui a été tabassé dans la rue en pleine nuit après avoir identifié comme homosexuel par ses agresseurs, et dont la photo circule sur tous les réseaux. C’est effectivement infiniment minable et absolument condamnable. Aussi condamnable que de tabasser un prêtre dans sa cathédrale (Act Up vs Monseigneur Jacquin) ? Pas sûr. Aussi condamnable que de tuer un mec parce qu’il photographie un lampadaire dans un quartier qui n’est pas son territoire (Jean-Jacques Urvoas)? Pas sûr non plus. Aussi condamnable que de battre à mort un mec parce qu’il porte des cheveux longs (Thierry Simon) ? Aussi condamnable que d’asperger d’acide le visage d’une fille qui ose essayer de vivre à l’occidentale dans une ville de France ou carrément la brûler vive dans un local poubelle pour les mêmes raisons (Sohane) ? On va réfléchir. Mmmmm. Ouais mais non en fait c’est pas pareil, tu peux pas comparer tu fais des amalgames ça n’a rien à voir dérapage rhétorique douteuse années trente tu confonds tout point godwin etc.
Houlala, quel frisson mes amis, quel frisson.
Enfin, ne nous plaignons pas. Pour une fois qu’il se passe des trucs intéressants dans ce pays.
En fait, ce qui devient vraiment intéressant, c’est de voir la réaction des progressistes quand on emprunte leurs propres méthodes à leurs dépens. Là on rit vraiment.

*Photo : -ANFAD-.

Adieu Ayrault mais Lamy, non merci !

48
ayrault pascal lamy

ayrault pascal lamy

« Pépère ». « Monsieur Faible ». Voilà comme les hebdos surnomment le chef de l’Etat après les deux semaines les plus éprouvantes depuis le début de son mandat. Dix mois après son élection, François Hollande est déjà l’un des présidents les plus impopulaires de la Ve République.
Être impopulaire, après tout, n’est pas si grave, surtout dans le contexte économique et social actuel. Ses prédécesseurs ont survécu à leur cote dans les sondages. Mais, chez François Hollande, le mal est plus profond. Son autorité est d’autant plus contestée qu’il l’a rendue lui-même contestable. Comme Nicolas Sarkozy qui voulait désacraliser la fonction et à propos duquel Alain Finkielkraut, dès le début du précédent quinquennat, avait dit qu’il ne « voulait pas d’un chef de l’Etat en sueur et en short », Hollande a voulu se dépouiller de la majesté que confère la fonction présidentielle. Le président normal était peut-être un slogan efficace pour la primaire du Parti socialiste[1. N’oublions pas que ce slogan date de  « l’avant Sofitel » et qu’il était, au départ, davantage destiné à combattre la candidature de DSK que de celle de Nicolas Sarkozy. Ce n’est qu’ensuite qu’il l’a recyclé contre le président sortant. ], cela ne peut en aucun cas constituer un guide pratique pour le Chef d’Etat d’une des plus vieilles nations du monde.
Cette vieille nation qui est aussi l’une des plus grandes puissances de la planète ne saurait avoir à sa tête un chef dépourvu de la moindre autorité. Cette dernière doit être restaurée pour éviter une crise de régime grave. Elisabeth Lévy expliquait que la faute d’un homme, en l’occurrence Jérôme Cahuzac, ne devait pas provoquer une telle crise. Dans un monde idéal, elle a bien évidemment raison. Mais l’affaire Cahuzac n’aura finalement été que le révélateur de l’affaiblissement de l’autorité présidentielle. Ce n’est pas un hasard si les ministres contestataires en profitent pour remonter au créneau. Arnaud Montebourg et Cécile Duflot avaient déjà rué dans les brancards. Ils sont repartis à l’assaut, cette fois-ci accompagnés de Benoît Hamon, resté jusqu’ici très discipliné.  Hollande a beau faire, a beau dire, il peut passer à la télé, faire des propositions, des chocs (de simplification, de compétitivité ou de moralisation), il est contesté quoi qu’il arrive. Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale, vient à son tour de le contredire publiquement en expliquant que la publication du patrimoines des élus ne constituait pas l’idée du siècle[2. Pour notre part, nous la trouvons grotesque. La publication sur son blog, du patrimoine de Jean-Noël Guérini mercredi après-midi, constituant l’épisode le plus drôle du feuilleton.].
Que peut donc faire le président pour provoquer un choc d’autorité ? Comme il n’a aucune intention d’organiser une nouvelle élection présidentielle, et que nous doutons qu’il réédite la dissolution chiraquienne d’avril 1997[3. On a pu entendre des commentateurs qui trouvaient que cela avait pu être une bonne idée, permettant à Jacques Chirac d’être réélu en 2002. C’est oublier le contexte de 1997. Qui pouvait penser au scénario du 21 avril 2002 ? Certainement pas Jacques Chirac, qui a dissous parce qu’il ne voulait pas changer de premier ministre et conserver son Juppé chéri. Du coup, il a eu Jospin. ], il ne reste en réalité qu’une seule solution à François Hollande : changer de premier ministre. C’est peu dire que Jean-Marc Ayrault n’est pas à la hauteur de la situation. Dès le début, il s’est avéré être une grave erreur de casting. Nous avions expliqué entre les deux tours de l’élection présidentielle en quoi le scénario de l’élection en désignait un autre. Mais choisir un tel profil de premier ministre, absolument pas complémentaire de celui du président, constitua une circonstance aggravante. À côté de l’homme pondéré et calme qu’il comptait incarner après le quinquennat Sarkozy, il fallait un homme d’action, quelqu’un capable de traverser des Ponts d’Arcole, d’être un D’Artagnan, une personnalité qui ne laisserait pas indifférent. Le problème avec Jean-Marc Ayrault, lorsqu’on en discute avec des amis, ce n’est pas qu’on l’aime ou qu’on le déteste, c’est qu’on s’en fiche. Pire, il s’humilie lui-même en reconnaissant publiquement qu’il a encaissé des propos sévères de la part d’un de ses ministres. Aujourd’hui, il est un fusible grillé, même en ayant très peu protégé le Président. Il faut remplacer d’urgence le fusible et bien choisir la marque.
Bien choisir la marque nécessite d’installer une personnalité complémentaire qui pourrait jouer ce rôle de fusible durable et efficace. Certains noms qui ont circulé ces dernières semaines nous laissent pantois. On parle de Michel Sapin voire de Marisol Touraine. Nous n’avons personnellement rien contre ces deux ministres mais convenons tout de même qu’il est difficile de se les imaginer sur un Pont d’Arcole. Ces deux personnalités seraient très vite affublées de l’étiquette d’Ayrault-bis. Et le fusible serait grillé très vite. En réalité, on ne voit dans l’actuel gouvernement que deux ministres capables d’aller à Matignon et de concentrer sur eux toute la lumière, permettant au Président de souffler un peu et se consacrer à l’essentiel, le duel franco-allemand sur la question de l’austérité, bataille qu’il jure ne pas avoir abandonnée. Seuls, en effet, Manuel Valls et Arnaud Montebourg présentent ce profil[4. Certains ont pu évoquer Christiane Taubira, qui n’est pas mal dans le genre non plus, mais le fait qu’elle ait conduit la réforme du mariage constitue un chiffon rouge pour ses opposants, alors que le Président a semble-t-il choisi de calmer le jeu sur cette question.].
Valls, nous l’avions donc expliqué, aurait dû être nommé en mai dernier. Il a l’avantage d’avoir la meilleur cote de popularité, ce qui lui laisse de la marge pour prendre des coups et jouer son rôle de fusible. Dans le contexte actuel, il a un inconvénient : être lié à Stéphane Fouks, l’homme de la communication de DSK et de Cahuzac. Arnaud Montebourg, lui, aurait l’avantage de donner un signe à la fois à l’électorat de gauche et à Angela Merkel. Elle pourrait même signifier une crise ouverte avec l’Allemagne, laquelle crise ne fait même plus peur à Alain Duhamel, c’est dire si cette perspective n’est plus aussi irresponsable qu’elle paraissait encore il y a quelques mois aux yeux du monde politico-médiatique. L’inconvénient d’Arnaud Montebourg, c’est qu’il risque d’être totalement incontrôlable.
Il est fort possible que François Hollande ne suivra pas nos conseils, à supposer qu’un conseiller ait la bonne idée de lui imprimer. Dans ce cas, il nommera peut-être Pascal Lamy à Matignon. Nous aurions alors notre Mario Monti. Angela serait contente. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, aussi, se rêvant en Beppe Grillo.

*Photo : Parti socialiste.

Mon élection pour une érection !

13
dsk francois hollande

dsk francois hollande

Il y a quelques jours, le Président visitait je ne sais quoi pour serrer je ne sais quelles  mains quand une femme l’interpella ainsi : « Ne vous mariez pas, on l’aime pas ! » On peut s’interroger sur les motivations de l’électeur quand il est une électrice pour qui le choix du conjoint semble être une question existentielle. On peut se demander alors si le droit de vote accordé aux femmes fut un réel progrès. Je ne trancherai pas la question ici. Moi aussi, j’ai une vie sexuelle, et j’y tiens.
Notre Chef, qui a toujours tant d’esprit et tellement d’humour, en manqua drôlement et resta muet devant les doléances de notre citoyenne culottée.[access capability= »lire_inedits »] Lui, qui s’était si souvent tiré d’affaire en esquivant les questions embarrassantes par  la pirouette, resta coi. Il choisit par le silence de décevoir tout le monde pour ne fâcher personne. Et passa son chemin comme s’il n’avait pas entendu. Et pourvu que Valérie non plus. Cette dernière petite lâcheté de l’homme « normal », ce nouvel épisode du feuilleton : « Moi président, je n’irai pas pisser sans demander son avis à ma gonzesse, pardon, à mes gonzesses… » me fit, un bref instant, regretter l’autre. Pas le précédent, grande gueule et petit kärcher, le « Chouchou » à sa « Carlita ». Non, plutôt l’humilié, le martyrisé, mais le libéré. Libéré par lui-même avec le concours de la France tout entière. Celui qui était à deux doigts, qui avait un boulevard pour la présidence et au bout,
Marianne offerte. Celui qui, même pour la plus haute des fonctions, n’avait pas su résister à la plus basse des pulsions. Celui qui n’avait pas tout à fait tué le cochon et pouvait encore dire dans un monde d’énarques : « La liberté m’habite. » Celui que le monde attendait et qui avait abandonné son royaume pour, une fois encore, bander comme un cheval. Celui qui avait joué et perdu son élection pour une érection.[/access]

*Photo : Francois Hollande.

Peut-on être député et millionnaire ?

31
thierry robert depute

thierry robert depute

L’aveu de Jérôme Cahuzac a provoqué, semble-t-il, une  sacrée secousse politique. Mais permis, surtout, la représentation du grand ballet des hypocrites. Le livret est classique, mais la distribution impressionnante. Une troupe pléthorique où les danseurs étoiles sont légion. Premier prix Gérard Filoche. Membre du bureau national du Parti socialiste depuis 20 ans, comme il le proclame, et qui donc n’avait aucune idée, des personnalités et des mœurs de certains dirigeants de son parti. Mesurant, que le scandale est moins dans les acrobaties financières de Jérôme Cahuzac que dans la contradiction avec le rôle qu’il devait jouer en légitimant et organisant la purge de l’austérité, Filoche est venu causer dans le poste. Accueilli avec gourmandise par Michel Field, il nous a fait la scène du sanglot parfaitement surjouée. « Vous vous rendez compte, que vont penser les pauvres ?»  Accessit pour Audrey Pulvar venue nous raconter qu’elle était place de la Bastille le 10 mai 1981 (à l’âge de 9 ans, à l’annonce des résultats, elle avait pris le métro à la station Fort-de-France en Martinique, où elle habitait alors). Et que depuis, le Parti Socialiste, c’était juste trop dégoûtant.
Et François Hollande en personne. Dès le premier jour. Martial. Il faut une république irréprochable ! À la manière de Sarkozy, « un fait divers, une loi ! », on nous annonce des textes. Un, en particulier : sur l’inéligibilité à vie pour les hommes politiques condamnés pour corruption ou fraude fiscale. Bien sûr, le Président sait parfaitement que les peines automatiques sont proscrites par la constitution française et la Convention européenne des droits de l’homme. Ça peut amuser la galerie, mais pas trop longtemps. Alors le Président remonte au front. Et propose ce mercredi une série de mesures dont plus de la moitié existe déjà, le reste étant composé de propositions manifestement inconstitutionnelles quand elles ne sont pas ineptes. En tout cas, aucune n’aurait empêché l’affaire Cahuzac.
Pendant ce temps, à gauche, à droite, voire à droite de la droite et à gauche de la gauche, on se repasse l’extincteur de main en main. Les  «publications de patrimoine » volent bas, même si elles sont absolument sans intérêt, et ne servent à rien. Amusant, d’ailleurs, de voir certains professeurs de maintien, prudents ou carrément crispés. Affligeant spectacle que cette surenchère d’hypocrisie dont personne ne semble émerger. Personne ? Ah si peut-être, un politique cohérent, et qui n’a pas peur. Et qui en tout cas, sauve un peu l’honneur.  En donnant à toutes nos belles âmes une paradoxale petite leçon de dignité.
Il s’agit de Thierry Robert, député-maire (vaguement apparenté Modem, puis divers-gauche) de Saint-Leu à La Réunion. Élu maire pour la première fois en 2008, et triomphalement élu député l’année dernière, c’est quelqu’un de très populaire, un peu provocateur et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Rendre public son patrimoine ? Allons-y. Pas de misérabilisme, pas de voitures d’occasion. « Je suis (relativement) riche. J’étais à la tête d’une entreprise de construction et j’ai fait de la promotion immobilière. J’ai gardé une partie de mes constructions en patrimoine. Celui-ci me rapporte en loyer 83 000 € par mois. Tout ceci date d’avant mon entrée en politique. Je n’ai pas honte, et cela présente un avantage, je n’ai pas sollicité ces mandats pour gagner de l’argent. Et comme, je veux être sincère jusqu’au bout, quand j’arrêterai la politique, si je suis fiscalement matraqué, j’envisagerai de faire un petit saut à  «l’île sœur » (Maurice) ou la fiscalité est plus favorable. Et il n’y a pas à avoir honte. »
Comme par hasard, les médias ne retiennent que la dernière partie. « Hou les cornes ! » Il est probable qu’il s’en fout. Comme d’être « l’ennemi » de François Hollande, enfin si l’on en croit le discours du Bourget de l’année dernière. Il va sûrement être l’objet de mille et une fatwas démagogues et vertueuses. Il est probable qu’il sera tranquillement réélu.

Les dangers de l’identité

54
nation identite joffrin

nation identite joffrin

À Causeur, nous n’avons pas peur de nos nombreux contradicteurs.
Au contraire, nous devons entendre leurs arguments. Chaque mois, nous demanderons donc à l’un d’eux d’expliciter ses divergences. Que Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, soit remercié pour avoir accepté d’inaugurer cet espace dédié à la dispute civilisée.

Ce qui nous sépare ? La question de l’identité, bien sûr. Vous lui donnez une importance démesurée, ce qui vous amène aux confins de la pensée républicaine. Je ne dirai pas comme Blum entendant Déat : « je suis épouvanté ». Mais je suis inquiet. Inquiet pour vous, qui dérivez vers un étrange horizon, alors que ce journal est courageux et utilement dérangeant.

Point de « politiquement correct » dans cette interpellation. Ce que vous appelez le politiquement correct, ce sont les idées de la gauche, que vous cherchez à disqualifier sans les discuter, en les taxant de conformisme ou de « bien-pensance », de manière à vous arroger le rôle de l’esprit fort qui pense à contre-courant. Si l’on sort de cette rhétorique, un peu usée désormais, on doit discuter d’une idée simple : l’identité ne produit pas de valeurs. Tout est là.[access capability= »lire_inedits »]
L’identité est une réalité dont il faut tenir compte, non une source de principes. Les principes, en République, sont déduits de deux valeurs fondatrices, la liberté et l’égalité, qui fondent les règles de vie en commun. Ce sont les nationalistes – ou, plus grave, les sectateurs de l’ethnie ou de la race – qui voient dans l’identité la valeur centrale dont ils déduisent les règles de vie en commun. Une identité culturelle ou nationale, pour moi, ne vaut pas plus qu’une autre. Sauf à démontrer qu’elle est contraire aux droits de l’Homme, chacune vaut sa voisine, de même que les hommes sont égaux en droit. Toutes les identités ont droit à perdurer, à se mélanger ou à cohabiter. Il est légitime, élémentaire, d’aimer sa patrie, sa région, ses racines. Mais la protection de cet élément de la vie – quand il est menacé – est un attribut de la liberté individuelle ou politique. C’est un droit parmi d’autres, déduit des principes premiers, non le fondement de la collectivité.
Les nationalistes, les identitaires, avec lesquels vous flirtez, récusent ce raisonnement. Pour eux, l’identité est à la base des communautés humaines ; l’Etat doit avant tout la défendre ou la promouvoir, il doit en faire la priorité de sa politique. S’il s’agit d’un nationalisme républicain (doctrine pleine de contradictions), le gaullisme par exemple, nous restons dans l’espace démocratique. Mais le nationalisme est une force dangereuse, qui s’appuie sur l’émotion, l’irrationnel, sur la volonté de puissance autant que sur les souvenirs de l’enfance. Il tourne vite à l’intolérance et se trouve aussitôt des ennemis, l’étranger en général, le musulman en particulier dans la France d’aujourd’hui. Il a tôt fait de considérer que les libertés publiques sont des obstacles. Il éprouve spontanément des penchants autoritaires. Aussi, quand vous cherchez à abaisser les barrières qui nous en séparent, vous rendez un mauvais service à la République.[/access]

*Photo : FredArt.

Corée du nord : À quoi Kim#3 joue-t-il ?

9

Il n’aura échappé à personne que Kim Jong-un, le cher leader nord-coréen et troisième représentant de sa lignée dynastique, fait preuve d’une agressivité redoublée ces derniers temps et n’hésite pas à aller jusqu’à menacer les États-Unis d’Amérique de faire usage de son armement nucléaire.
S’il est un point qui fait l’unanimité parmi les spécialistes, c’est qu’une attaque nord-coréenne serait un suicide pur et simple. Je n’ai, à ce jour, pas trouvé un seul commentateur qui parvienne à imaginer le bénéfice que pourraient tirer Kim Jong-un et sa junte d’une telle initiative. D’où l’adjectif le plus souvent associé aux menaces de Pyongyang : « irrationnelles ».
On ne peut, bien sûr, pas complètement écarter l’hypothèse de la folie mais le rasoir d’Ockham nous recommande plutôt de chercher dans la direction d’un objectif tout à fait rationnel :
– Le chantage : Kim Jong-un menace de mettre la région à feu et à sang et de précipiter la chute de son propre régime pour obtenir de l’aide (de la Chine). Dans l’état actuel des choses, l’Empire du Milieu ne souhaite pas la disparition du régime nord-coréen et pourrait donc acheter le calme de son protégé (lire Guy Sorman).
– Le suicide : Kim Jong-un cherche lui-même à mettre fin à son propre régime. Implicitement : il n’est pas complètement maître de la situation en interne et pousse sa propre armée – i.e. ses généraux – à commettre une erreur qui devrait leur être fatale.
– Le complot : la Corée du nord serait en réalité un « ennemi utile » pour les États-Unis et leur permettrait de justifier leur présence militaire en Asie. Les bravades de Pyongyang ne seraient qu’une comédie plus ou moins orchestrée avec l’accord ou la complicité de Washington.

– Le chiffon rouge : si les États-Unis subventionnent la défense sud-coréenne, c’est essentiellement pour maintenir un semblant de stabilité dans la région. Le régime nord-coréen cherche à leur faire comprendre que l’effet obtenu est exactement inverse.
– « la guerre, c’est la paix ». Le maintien de cet état de guerre permanent est une méthode de gestion interne de la dictature : comme dans le roman d’Orwell, cette menace de guerre fictive permet de maintenir la population sous contrôle.
– Autre chose ?
Sans être un fin connaisseur du sujet, j’ai tendance à exclure les thèses du complot et du suicide et j’ai le vague sentiment que l’attitude de Kim Jong-un est une combinaison des trois autres.

« Offshore Leaks » : le curieux tri sélectif du Monde

14
monde mediapart cazeneuve

monde mediapart cazeneuve

Dans l’hystérie générale provoquée par l’affaire Cahuzac, la course morbide au « plus transparent que moi, tu meurs ! », le journal Le Monde vient d’apporter une touche d’hypocrisie qui devrait marquer, et pas d’une pierre blanche, l’histoire de ce prestigieux quotidien.
Le journal de Natalie Nougayrède (il faudra s’habituer à le désigner ainsi, jusqu’à nouvel ordre, ce qui permet de tenir ce brave Auguste Blanqui hors du coup) s’est fait le distributeur en France des produits d’une multinationale du journalisme d’investigation. L’ICIJ (Consortium international du journalisme d’investigation) est une officine sise à Washington qui a été le réceptacle de milliers de documents relatifs aux paradis fiscaux fournis par d’anciens employés de blanchisseries exotiques d’argent baladeur. C’est pain bénit pour Le Monde, qui peut ainsi échapper aux foudres de l’imprécateur en chef de chez Médiapart : nous aussi on est cap’ de faire tomber des têtes et des grosses, même si elles sont proches d’un pouvoir dont nous avons favorisé l’avènement ! Les millions de fiches, listings, mails dérobés par les «  lanceurs d’alerte » révèlent quelques centaines de noms bien de chez nous ayant pratiqué l’optimisation fiscale dans des conditions qualifiées de « grises », c’est-à-dire pouvant aller de la limite de la légalité à la fraude fiscale caractérisée. Le phénomène était loin d’être inconnu, et quelques rapports parlementaires récents (dont celui de Vincent Peillon et Arnaud Montebourg en 2002) avaient signalé l’ampleur du problème, sans que cela ne permette de mettre un terme à ces pratiques condamnables.
Les documents en possession du Monde mettent des noms, sinon des visages, sur ce monde de la finance baladeuse dont notre président de la République avait fait son ennemi personnel. Parmi ces noms, le quotidien de Natalie Nougayrède choisit d’en livrer deux en pâture à  ses lecteurs. Il s’agit de Jean-Jacques Augier, un proche de François Hollande, qui fut son trésorier de campagne lors de la présidentielle, et de feu Elie de Rothschild, membre décédé d’une illustre famille. Jean-Jacques Augier, qui fait des affaires avec des Chinois, était actionnaire d’une société domiciliée aux îles Caïmans, paradis fiscal notoire. Cette révélation est destinée à mettre François Hollande dans l’embarras, en montrant que cette finance sans visage qu’il pourfendait au Bourget était présente dans son entourage immédiat. Même motif, même punition que dans l’affaire Cahuzac : Hollande est soit un fourbe, s’il connaissait les manigances de son argentier de campagne, soit un gros naïf, s’il les ignorait.
La mise en cause d’Elie de Rothschild relève d’une autre intention. Même mort, un Rothschild est vivant comme porteur d’un nom qui symbolise depuis deux siècles et demi la haute finance mondialisée (et accessoirement, mais on a tendance à l’oublier, l’essor économique de la France au XIXe siècle). Mettre en cause un Rothschild dans des affaires financières louches, ce n’est pas nouveau, et c’est toujours d’un bon rapport qualité-prix. Le signifiant Rothschild se suffit à lui même pour mobiliser les affects du peuple, avec les remugles antisémites associés.
Les notaires, bouchers en gros, promoteurs immobiliers de nos belles provinces qui avaient eu ces derniers jours quelques insomnies après la lecture du Monde peuvent retourner sereins à leurs activités habituelles. Dans sa grande magnanimité, Mme Nougayrède a décidé de leur épargner la honte du pilori en place publique. Mieux, mise au défi par le ministre du budget Bernard Cazeneuve de communiquer à la justice les faits délictueux dont Le Monde a pu avoir connaissance dans le cadre de l’opération « offshore leaks », elle a répondu qu’elle ne mangeait pas de ce pain-là dans un éditorial d’une haute tenue morale. Au Monde, on n’est pas Médiapart, on ne balance pas, sauf ceux dont on a décidé, tout seul comme des grands, qu’ils le méritent.

*Photo : clasesdeperiodismo.

Mise en examen de Sarkozy : abus de faiblesse ou abus de pouvoir ?

11
sarkozy gentil bettencourt

sarkozy gentil bettencourt

Notre justice passionne les foules – à défaut de toujours les rassurer. La mise en examen pour « abus de faiblesse » de Nicolas Sarkozy a déclenché une guerre totale entre zélateurs et contempteurs du juge Jean-Michel Gentil.
Dans le camp de Gentil, donc des gentils, on reproche aux méchants sarkozystes leurs commentaires peu flatteurs à l’encontre d’un juge d’instruction qui, guidé par sa seule conscience, ose appliquer la loi aux puissants. Il est vrai que certains ténors de l’UMP n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère en traitant le magistrat de « déshonneur de la justice » à lui seul, la droite dans son ensemble critiquant une justice partiale voire aux ordres du pouvoir actuel.
On pourrait sourire et compter les points. Sauf que cette bataille de chiffonniers pose de très sérieuses questions sur le fonctionnement de la Justice. Il faut d’abord rappeler que la procédure d’instruction prétendument secrète a fugué depuis belle lurette de son domicile familial, le cabinet du juge, pour aller s’exhiber un peu partout, notamment dans certaines rédactions.
Le secret de l’instruction est désormais une fable inscrite dans le Code pénal à laquelle même les enfants ne croient plus. Si l’instruction est sujette à fuites, la mise en examen provoque un vrai déluge : à peine Nicolas Sarkozy a-t-il quitté le Palais de justice de Bordeaux  que la nouvelle tourne à plein régime sur les télés d’information continue, sur le Net, dans les conversations mondaines…
Les journalistes se bordent en agitant un amusant gri-gri en forme de précaution oratoire. Sur toutes les chaînes, on répète en boucle que l’ancien chef de l’État est fortement soupçonné d’avoir soutiré de l’argent à une nonagénaire en profitant de son gâtisme, avant de prononcer sur un ton goguenard la formule rituelle : « Il bénéficie de la présomption d’innocence. » Traduction subliminale : il est coupable mais on ne peut pas le dire. En somme, les médias invitent leurs ouailles à pratiquer une sorte de coitus interruptus mental. Le grand public, un peu perdu dans ce dossier à tiroirs, finit par s’en remettre à la sagesse populaire : chacun sait qu’il n’y pas de fumée sans feu, notamment chez autrui.
Il y a quelque tartufferie à s’offusquer que le mis au pilori se défende. Quand on met en examen un ancien président de  la République, il faut accepter que cette décision puisse être critiquée. Certes les hussards et les grognards de l’UMP ont allègrement confondu la décision et celui qui la prenait. Mais à bien y réfléchir, le juge Gentil a agi exactement de la même façon. Peut-on croire que sa décision n’était pas calibrée pour la personnalité de celui qui l’a subie ?[access capability= »lire_inedits »]
Rappelons que le juge soupçonne Nicolas Sarkozy d’avoir, en 2007, obtenu des fonds de l’héritière de L’Oréal pour sa campagne électorale, en violation des dispositions légales. Seulement, Jean-Michel Gentil ne dispose apparemment pas d’éléments matériels indiscutables pour étayer ses soupçons : pas d’enveloppes, ni de trace de réception d’argent par le candidat, mais deux témoignages, dont celui d’une personne décédée, et la vague coïncidence de dates entre la ou les visites de Sarkozy chez les Bettencourt et des retraits en liquide effectués par ceux-ci. De plus, même si le magistrat avait déniché des éléments plus probants, il ne pouvait pas en faire grand-chose, sauf à déployer une certaine créativité juridique : au début de son instruction, le délit de financement illégal était déjà couvert par la prescription. Le juge a alors sorti un joker auquel même Mediapart n’avait pas pensé : l’« abus de faiblesse » qui, heureuse coïncidence, n’est pas  prescrit. Des esprits soupçonneux en déduisent qu’il voulait « se payer » Nicolas Sarkozy à tout prix, et qu’il a cherché un moyen légal pour parvenir à cette noble fin. Je me garde bien de souscrire à cette hypothèse farfelue.
Reste un détail à régler : aussi symbolique soit cette mise en examen, elle ne vaut pas condamnation, ni même comparution.
Pour Jean-Michel Gentil, l’essentiel reste à faire : il lui faut maintenant établir que Nicolas Sarkozy a soutiré de l’argent à la généreuse milliardaire en sachant que celle-ci n’avait pas toute sa tête. Or, ce que l’on sait de la saga familiale qui a passionné la France est loin de corroborer cette thèse. En 2009, lorsque Françoise Meyers-Bettencourt a porté plainte contre François-Marie Banier, jamais la moindre mesure de protection de sa mère n’avait été envisagée ni a fortiori mise en place. C’est seulement après l’ouverture d’une instruction qu’une expertise affirmera, en 2011, en contradiction avec l’avis d’un premier spécialiste, que Liliane Bettencourt était en situation de faiblesse dès 2006… Cette conclusion rétroactive indique au minimum qu’on n’a aucune certitude sur l’état de santé de Mme Bettencourt en 2007, période des faits reprochés à Nicolas Sarkozy. Si faiblesse il n’y avait pas, même un homme aussi malfaisant que lui ne pouvait en abuser. Pour mettre en examen Nicolas Sarkozy, il fallait donc tenir pour plausible qu’il ait constaté l’état de faiblesse de la vieille dame et pu poser ainsi un diagnostic médical sur lequel d’éminents neurologues divergent… Les « Guignols de l’info », qui enchaînent des sketchs dans lesquels Nicolas Sarkozy manipule allègrement celle qu’ils appellent « Mamie Zinzin », détiennent sans doute la vérité.
Si l’instruction aboutit à un renvoi devant le tribunal, les chansonniers de Canal+ seront-ils cités comme experts ou seulement comme témoins ? Le juge Gentil a pourtant estimé disposer de suffisamment d’indices sérieux et concordants pour frapper. Dans un premier temps, ayant pour unique « biscuit » le rendez-vous reconnu par Nicolas Sarkozy en février 2007, mais uniquement avec André Bettencourt, il l’avait placé sous le statut de témoin assisté. Les témoignages du personnel de Mme Bettencourt l’ont décidé à passer à la vitesse supérieure. À en croire le majordome adepte de l’enregistrement-pirate, et d’autres employés de la maison, au cours de l’année 2007, Nicolas Sarkozy se serait rendu au domicile des Bettencourt,  non pas une fois comme il l’affirme, mais deux fois, voire plus. La preuve, ou presque : ces témoins ont décrit sa tenue vestimentaire : col roulé une fois, et costume l’autre (ou les autres) fois. Avec de telles évidences, il est cuit ! Imaginons la scène : Nicolas Sarkozy s’invitant à deux reprises chez ses riches voisins et contraignant une vieille dame un peu dérangée à lui remettre de l’argent sous les yeux de son personnel pléthorique. Tout est possible, dit-on. On m’accordera que cette version ne brille pas par sa vraisemblance.
On peut donc, sans faire injure au magistrat, se demander si les ressorts de cette mise en examen sont complètement rationnels. Sarkozy a souvent été accusé (pas totalement à tort) d’« hystériser » les relations. Il est possible qu’il ait réussi au-delà de ses espérances avec le juge Gentil. Ce dernier n’a pas forcément goûté d’être rangé dans la corporation des « petits pois ». Il partage peut-être l’aversion folle de la gauche et des médias pour l’ex-président, érigé en figure démoniaque.
On n’ose penser, en revanche, que cet honorable magistrat ferait de notre droit une lecture de classe, en accordant par principe plus de foi à la parole des petits et des sans-grades (les domestiques) qu’à celle des puissants.
Une telle question est-elle passible de poursuites disciplinaires ou judiciaires ? On verra…
En attendant, la droite se trompe en prêtant au juge Gentil des arrière-pensées politiques. On a plutôt l’impression qu’il se sent investi d’une mission morale. C’est encore plus inquiétant.[/access]

*Photo : mayanais.

Transparence : Mélenchon refuse de passer un coup de balai devant sa propre porte

38

Ceux qui dépeignent Jean-Luc Mélenchon en enragé rouge prêt à déferler sur la canaille bourgeoise feraient bien de passer ses interventions médiatiques à la moulinette. Et de débusquer les actes – souvent minimes – qui se cachent derrière les paroles – souvent outrancières. Il y a en effet deux JLM : le fréquentable Dr. Mélenchon qui a siégé vingt-cinq ans au Sénat et ricane des blagues enregistrées par les animateurs du Grand Journal de Canal + ; et l’horrrrrrible Mr. Méluche, populiste gouailleur qui rêve de renverser la table en attendant le grand soir électoral qui ne vient pas. Dans la dernière livraison de l’excellente revue Charles, Nicolas Bedos confie ainsi sa gêne d’avoir aperçu Dr. Mélenchon discuter le bout de gras avec Michel Denisot à la soirée du magazine branché GQ, bien loin des sandwiches frites-merguez de la Fête de L’Huma.
Démonstration nous a été faite de cette duplicité hier soir, au journal télévisé de France 2. Peu après 20 heures, Mr. Méluche s’est pris les pieds dans le tapis de probité et de transparence que le Dr. Mélenchon avait préalablement déroulé sous ses pieds. À un David Pujadas qui lui ordonnait de déclarer son patrimoine sur le champ, Méluche répondit qu’un tel déballage serait aussi classieux qu’une coloscopie retransmise en direct. Cela n’aurait en prime rien changé à l’affaire Cahuzac : Orwell nous a appris qu’on pouvait toujours mentir devant un télécran par la force de la double pensée. C’est ballot, à l’instant même où Mr. Méluche se dérobait aux injonctions du nouvel ordre moral, le Dr. Mélenchon lui savonnait la planche en réclamant la transparence à tous les étages, avec pouvoir de contrôle et de sanction des fausses déclarations. Il dénonça même comme un « attrape-nigaud » l’étalage auquel s’adonnent les ministres au nom de la sacrosainte « moralisation de la vie politique ». Les prenant au mot, Dr. Mélenchon se targua d’avoir déclaré son patrimoine à chacune des assemblées auxquelles il avait appartenu, refermant un peu plus le piège sur son fougueux double.
Pendant ce temps, pour sortir de l’ornière éthique, Mr. Méluche prenait à partie David Pujadas en l’intimant d’exhiber son patrimoine. Là, Méluche fit mouche, puisque la star du premier pouvoir, visiblement gênée, lui rétorqua que seuls les politiques avaient des comptes à rendre, les journalistes pouvant, eux, camper dans un halo d’impunité. Le gong retentit. Mr. Méluche avait gagné aux points… contre Dr. Mélenchon.

 

Le Grand rabbin face à sa conscience…

223
gilles bernheim rabbin

gilles bernheim rabbin

J’aurais préféré ne pas parler de la polémique qui enfle à propos des agissements de Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France. Cette affaire de plagiat avéré, suivie de la mise en lumière d’usurpation publique de titre d’agrégé de l’Université me rend infiniment triste. Que l’on soit religieux, ou, comme moi, juif de tradition laïque, il faut admettre que le Grand Rabbin de France incarne le judaïsme français au yeux de la Nation dans son ensemble, depuis que Napoléon 1er a donné droit de cité à ce culte et à ceux qui s’y rattachent.
Lorsqu’il parle, il est écouté non seulement par les Juifs de la synagogue, mais également par ceux qui ne la fréquentent pas, et par les non-juifs, qu’ils soient des hauts dignitaires d’autres religions ou simples citoyens curieux d’entendre sa parole.
Depuis son élection en 2008, Gilles Bernheim avait fait un sans faute : c’était un leader religieux inscrit dans la cité, l’incarnation d’un judaïsme ouvert aux autres, un rempart contre le repli sur soi. Il s’inscrivait dans la tradition  des Zadoc Kahn et Jacob Kaplan, dont les fortes personnalités et l’indiscutable charisme ont grandement contribué  à affirmer la place du judaïsme français dans la République.
Ce fardeau, reconnaissons-le, est lourd à porter, car en la matière, rien n’est jamais acquis définitivement, et le soupçon porté sur les juifs de France de déloyauté à l’égard de la République ressurgit régulièrement : Zadoc Kahn eut à affronter l’affaire Dreyfus, Jacob Kaplan l’antisémitisme de Vichy. Aujourd’hui, Gilles Bernheim doit se battre contre l’antijudaïsme portant le masque grimaçant de l’antisionisme.
Il est aujourd’hui affaibli. Il ne m’appartient pas de lui dicter sa conduite. Si l’homme dont la faille vient d’être mise à jour mérite notre compassion, un Grand Rabbin qui s’accrocherait à une fonction qu’il ne peut plus assumer dans sa plénitude serait un triste sire.

*Photo : wikimedia.

Mariage gay : gare aux casseurs en jupe plissée !

809
manif pour tous benbassa

manif pour tous benbassa

« Les actions – parfois violentes – des opposants au texte se sont multipliées samedi et dimanche. »
(Le Nouvel Obs)
Résumons :
Le 5 avril, douze nazis et demi sont sortis de leur garage – ou de leur asile psychiatrique – et se sont livrés à des actes d’une violence rare : ils ont scandé des slogans. Pour empêcher Erwann Binet de prendre la parole devant des étudiants à Saint-Étienne. Complètement inacceptable. La barbarie à l’état brut. Les slogans étaient-ils armés de barres de fer ? Erwann Binet s’est-il pris un slogan sur l’arcade sourcilière ? On ne le saura pas.
En revanche, quand une poignée de militants de gauche paralysent une université entière pendant plusieurs jours en séquestrant leurs adversaires – voire l’équipe de la Direction –, saccageant les locaux comme des vandales, ruinant le travail de milliers d’étudiants à l’heure des examens, pratiquant des référendums staliniens dans des assemblées d’apprentis-satrapes, personne ne crie aux méthodes fascisantes et tout finit dans l’absolution générale arrosée d’argent gratuit.
De son côté, Esther Benbassa retrouve sa voiture accidentée dans la rue et déduit que ses engagements politiques sont la cause de l’odieux attentat. Photo à l’appui. Je ne sais pas si vous avez vu la photo, mais c’est de toute évidence l’œuvre d’un couillon qui ne sait pas conduire, tout simplement. Benbassa avoue d’ailleurs plus tard que rien ne permet de dire qu’il s’agit d’une attaque contre sa personne tellement c’est peu crédible. Non, sans blague. Quand on veut intimider, on crève les pneus, on raye les portières, on casse le pare-brise ou les phares. On ne simule pas un pauvre créneau raté de mec bourré.
Les milliers des braves Français qui goûtent à la tradition des voitures brûlées apprécieront ce traitement d’égal à égal avec les élus. Emboutir un pare-choc, c’est le signe d’une montée de l’extrémisme ultrabourrin. Brûler 200 bagnoles en une seule nuit provoque ce type de réaction : « il faut arrêter de stigmatiser la banlieue et offrir des vacances gratuites aux pauvres petits chérubins désœuvrés ». Tout va bien au pays de l’Égalité et de la représentation du peuple par les élites.
Plus tard, des militants ont commis un crime abominable : ils ont COLLÉ DES AFFICHES sur la façade d’un bâtiment où se tient une réunion LGBT. Des méthodes que ne pratiquent JAMAIS JAMAIS JAMAIS le camp auquel ils s’opposent. Genre des débats en télévision ou en radio où Caroline Fourest, Clémentine Autain et Pascale Clark font semblant de mener un vrai débat contradictoire avec plein d’opinions qui divergent (hu hu hu), où l’espace médiatique de l’opinion est tapissé de part en part d’arguments univoques, où l’espace public de l’expression ressemble à un matraquage ou à une prise d’otage. Meilleur exemple du moment : le traitement de la Manif Pour Tous par les journalistes (dont plus de 95% déclarent voter à gauche), qui fut un gigantesque collage d’affiches pour masquer le réel.
Réaction d’Harlem Désir à ce collage d’affiches : « Les attaques contre les biens et personnes, dont des élus […] sont odieuses. Elles doivent cesser tout de suite ». Nous sommes tout à fait d’accord. C’est probablement pourquoi Harlem Désir va prochainement condamner les partisans du squat citoyen ou de la fiscalité confiscatoire, qui sont les vraies attaques quotidiennes contre les biens et les personnes que les gens subissent concrètement. Ah mais c’est que le contenu complet de la citation est « …dont des élus par les opposants au mariage sont odieuses ». Aaaaah. Si c’est pour d’autres raisons que l’opposition au mariage, surtout de gauche, ne vous sentez pas visés et continuez tranquillement vos activités.
Enfin, dernier en date, ce jeune homme qui a été tabassé dans la rue en pleine nuit après avoir identifié comme homosexuel par ses agresseurs, et dont la photo circule sur tous les réseaux. C’est effectivement infiniment minable et absolument condamnable. Aussi condamnable que de tabasser un prêtre dans sa cathédrale (Act Up vs Monseigneur Jacquin) ? Pas sûr. Aussi condamnable que de tuer un mec parce qu’il photographie un lampadaire dans un quartier qui n’est pas son territoire (Jean-Jacques Urvoas)? Pas sûr non plus. Aussi condamnable que de battre à mort un mec parce qu’il porte des cheveux longs (Thierry Simon) ? Aussi condamnable que d’asperger d’acide le visage d’une fille qui ose essayer de vivre à l’occidentale dans une ville de France ou carrément la brûler vive dans un local poubelle pour les mêmes raisons (Sohane) ? On va réfléchir. Mmmmm. Ouais mais non en fait c’est pas pareil, tu peux pas comparer tu fais des amalgames ça n’a rien à voir dérapage rhétorique douteuse années trente tu confonds tout point godwin etc.
Houlala, quel frisson mes amis, quel frisson.
Enfin, ne nous plaignons pas. Pour une fois qu’il se passe des trucs intéressants dans ce pays.
En fait, ce qui devient vraiment intéressant, c’est de voir la réaction des progressistes quand on emprunte leurs propres méthodes à leurs dépens. Là on rit vraiment.

*Photo : -ANFAD-.