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Cet été, Causeur magazine déménage en France

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Crise et normalitude présidentielle obligent, nous avons remisé nos tenues d’apparat et autres gadgets bling-bling au vestiaire pour partir… en France ! Tout beau et tout frais, habillé d’une nouvelle maquette, Causeur magazine 49-50 se penche sur notre beau pays à travers son dossier central « J’habite en France ». Pour ce numéro double juillet-août de 80 pages, en plus d’avoir fait peau neuve, nous avons mis les petits plats dans les grands.

On commence ainsi en trombe avec notre fidèle mécontemporain et grand amateur de football Alain Finkielkraut qui ausculte une équipe de France en pleine convalescence après le fiasco sportif et moral de l’euro. Insultes contre les journalistes, manquements à l’esprit d’équipe, consumérisme effrené : n’en jetez plus : voilà l’occasion rêvée d’observer la « décivilisation française » chez ces grands enfants millionnaires du ballon rond. Hélas, vous ne trouverez guère plus d’espoir dans mon texte sur l’immigration. Pas plus en quête d’un Âge d’or perdu que de lendemains qui chantent, j’explique avec le regretté Guy Debord que la Grande Déculturation a précédé le Grand Remplacement immigré : pour rester dans les stades, y a-t-il d’ailleurs moins français que le « desouche » Ribéry ? Vous reprendrez ensuite une dose de noirceur avec Roland Jaccard qui se souvient du jeune homme suisse qu’il était lorsqu’il découvrit les faux-semblants de la société de cour parisienne au pays de l’égalité. Depuis, notre ami nihiliste « hait » la France et l’assume…

Assez badé, comme disent (mal) les jeunes. Voyons la face lumineuse du pays des 300 fromages. Si dans son entretien fleuve avec Gil Mihaely, le journaliste culinaire Périco Légasse décrit une France « mal dans son assiette », c’est pour mieux en appeler à la « révolution alimentaire » et au réveil d’une paysannerie écrasée sous le poids de la PAC et de la mondialisation agro-alimentaire. Encore plus réjouissants, pendant que Jérôme Leroy nous confie ses souvenirs de routes départementales, le professeur de lycée Mathieu Stévenin redécouvre les vertus de l’école à l’ancienne, dans une expérimentation inédite et fructueuse des méthodes d’antan. Quand l’école de papa ringardise le pédagogisme des vieux soixante-huitards, c’est Grenelle qui revit !

Allez, en nostalgique d’un temps que je n’ai jamais connu, je ne résiste pas au plaisir de rallumer la flamme des années 1980 avec Florentin Piffard. Notre confrère se remémore le fan des Bérurier Noir et l’antifasciste chasseur de skin qu’il fut, lorsqu’il bourlinguait dans les bars d’Oberkampf à la recherche de crânes rasés à mater… par les graffitis. A quinze ans, en l’an de grâce 1984, ce « résistant d’opérette » regardait le Goldstein de la République proférer ses outrances télévisées pendant que la guerre culturelle FN-SOS Racisme faisait rage. Ah, que ces années antifascistes furent belles… et inutiles !

Puisque Causeur magazine peut se déguster en vrac et dans le désordre, vous passerez du dossier à nos articles d’actualité. Encore une fois, l’éclectisme est de rigueur : Luc Rosenzweig nous inocule de sains anticorps pour démêler les rumeurs d’empoisonnement de feu Yasser Arafat tandis que Laurence Simon Sulzer nous fait voyager à Washington D.C. Dans la capitale des States, une drôle de discrimination positive prévaut : celle qui entoure les maires noirs corrompus, dont la couleur de peau leur garantit l’immunité médiatique, malgré la gabegie qui entoure la gestion de la ville depuis des décennies.

En guise de plat de résistance, interviewé par Gil Mihaely, Jean-François Kahn esquisse une France aux valeurs (sociétales) de droite et aux idées (économiques) de gauche. En esprit libre et iconoclaste, tout en pourfendant ses discours de campagne, il adresse même un – relatif – satisfecit au perdant Nicolas Sarkozy qui « n’a pas opprimé la classe ouvrière, ni fait reculer le pouvoir d’achat » mais bel et bien échoué sur l’immigration et la sécurité. Tout en prophétisant la guerre des droites, JFK cerne le désarroi idéologique d’une gauche qui n’a jamais été si politiquement dominante et culturellement minoritaire depuis 1981. Europe, immigration, affaires étrangères : messieurs Hollande et Ayrault ont du pain sur la planche !

A l’heure des entremets, le duel courtois et civilisé – une tradition française qui se perd…- reprendra le pas sur la basse politique avec la réponse de Georges Kaplan à Frédéric Rouvillois quant à la recension du Dictionnaire du libéralisme de Mathieu Laine qu’il fit dans notre numéro de juin. Une défense et illustration du libéralisme comme on en lit peu sous nos cieux tricolores…

La culture, c’est aussi l’incurable penchant pour le rock and roll du percutant Cyril Bennasar, qui confesse, charnel et sans ambages : « Le funk, c’est le fuck et le rap, c’est le viol. Le rock’n’roll, c’est la baise, et les soutifs de la beatlemania ou le coup de pelvis d’Elvis en sont les révélations » !

Cerise sur le gâteau final, deux pléiades cinématographiques vous attendent. Ludovic Maubreuil exhume dix film français oubliés, les conjurés de la critique cinématographique comme Benazeraf, Mocky et Blain, se disputent ses faveurs. Quant à Timothée Gérardin, il vous offre une séance de rattrapage cinéphilique avec le palmarès des dix chef-d’œuvre hollywoodiens à (re)voir d’urgence, de Billy Wilder à Mankiewicz.

Bon, si votre appétit n’est toujours pas satisfait, vous pourrez toujours vous payer une petite gourmandise littéraire russe signée mézigue et plonger goulûment dans les carnets de nos pensionnaires Roland Jaccard et François Taillandier avant de déconstruire la théorie du genre avec Paul Thibaud lisant Sylviane Agacinski.

Bref, de la Côte d’azur à Saint-Malo, vous avez largement de quoi vous consoler du mauvais temps. « L’été sera chaud »[1. Comme chantait le trop sous-estimé Charden, disparu il y a quelques semaines.] ? Peut-être pas, mais roboratif, assurément.

Achat au numéro : 6,90 € ; Offre Découverte : 12,90 € (ce numéro + les 2 suivants) ; Abonnement 1 an : à partir de 34,90 €

Ciao, ciao amore !

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Vous vous souvenez, c’était la dolce vita… Le miracle italien de l’après guerre avait transformé la péninsule du néo-réalisme, de Riz amer et du Voleur de bicyclettes en un pays qui inventait au cours des années soixante un nouvel art de vivre. Oui, on appelait ça la dolce vita, qui est aussi le titre du film le plus célèbre de Fellini. Bien sûr, parce que l’Italie est l’Italie, elle ne se faisait pas d’illusions. Elle entretenait sur ce modèle hédoniste et solaire une distance amusée, critique, parfois tragique, comme cela apparaît dans Le Fanfaron de Dino Risi, inoubliable road movie de 1964 avec Jean Louis Trintignant, Vittorio Gasmann et la toute divine et trop oubliée Catherine Spaak. Dans ce film, la plage jouait un rôle important. C’était le lieu magique du temps suspendu, du flirt avec l’éternité, des chaises longues du Ferragosto où l’on boit du café frappé, où l’on se dore au soleil dans le plus pur plaisir d’être au monde.

La plage joue un rôle essentiel dans cette dolce vita, un rôle stratégique même. Elle indique un désir de sortie de l’histoire, l’invention d’un rapport à l’autre enfin apaisé, à la fois sexy et ataraxique. Elle est le lieu même du farniente, c’est-à-dire du ne rien faire. Avoir inventé un mot pour ça est tout de même la preuve d’une extrême civilisation, celle déjà qui opposait dans l’Antiquité, l’otium, c’est à dire le loisir fécond, celui qui permet de lire, d’aimer, de penser en toute quiétude à sa négation le neg-otium, c’est-à-dire le négoce, le commerce, la banque, enfin toutes ces activités un peu douteuses. Même un esprit aussi critique que Pasolini sur la société de son temps, dans un superbe reportage passant en revue les plages italiennes intitulé La Longue route de sable, est enchanté de ce nouveau mode de vie qui se dessine : « La plupart des visages que je vois sont modestes, joyeux, farceurs et honnêtes. Sur ces longues promenades de bord de mer, toutes désordonnées et grandioses, il y a toujours un air de fête, comme dans le Sud : mais c’est une fête de respect pour la fête des autres. » Et c’est sans compter sur la chanson, la variété de ce temps-là qui indique bien qu’il suffirait de presque rien pour que les plages soient enfin le lieu d’une utopie réalisée. Tenez, prenez deux minutes et écoutez le charmant Gino Paoli et son Sapore di mare qui est au slow des années 60 ce que Le lac de Lamartine est à la poésie romantique : le mètre étalon.
Et si vous en voulez un peu plus, écoutez aussi le bonheur fou, la fusion panthéiste de Fred Bongusto dans son inoubliable Una rotonda sul mare. Je vous assure, respirez à fond, écoutez, souvenez vous. Parce qu’il n’y en a plus pour longtemps.

Aujourd’hui, le gouvernement Monti fait tranquillement changer l’Italie de civilisation. L’Italie avait déjà servi de laboratoire à la stratégie de la tension et au terrorisme instrumentalisé dans les années soixante-dix, puis au berlusconisme qui était la préfiguration d’une droite identitaire néo-libérale qui règne à peu près partout en Europe désormais. Maintenant, le gouvernement Monti, non élu, expertocratique, purement gestionnaire, obsédé par le déficit comme un exorciste par le démon, annonce ce que sera l’Europe fédérale de demain gouvernée par des banquiers-préfets, de préférence anciens de Goldmann Sachs. Et comme ces gens-là sont étrangers à tout ce qui peut faire une identité nationale, une culture et ne jouissent que devant des graphiques, ils oublient tout. Il y a quelques semaines, un reportage poignant dans Le Monde montrait la deuxième mort de Pompéi, traversée de hordes de chiens errants pissant sur les mosaïques esquintées et sur les villas chancelantes interdites d’accès. C’est que l’Etat a décrété qu’il n’avait plus les moyens et tant pis s’il n’y a plus ou presque de gardiens pour empêcher les pillages quotidiens.

Maintenant, c’est aux plages que s’attaque le gouvernement Monti. Depuis 2006, une loi garantissait l’accès libre et gratuit aux plages mais l’Etat les cède de plus en plus à des intérêts privés. Selon l’organisation écologique WWF, le nombre de plages privées est ainsi passé de 5 568 en 2001 à plus de 12 000 aujourd’hui.
Et les établissement privés, avec ses parasols et transats loués en moyenne 15 à 20 euros par jour, occupent désormais 900 des 4 000 kilomètres de côtes réservées à la baignade.
On voit tous les jours des scènes étranges comme cette femme enceinte, à Alassio en Ligurie, qui est interpellée par un garçon de bains parce que cela fait plusieurs minutes qu’elle surveille son fils dans les vagues et qu’elle contrevient ainsi à un arrêté municipal qui interdit l’occupation du rivage sur les plages privées. Elle n’avait payé ni parasol, ni chaise longue.
Comme d’habitude, la spéculation sur ce bien commun a généré d’énormes profits pour un petit nombre alors que les écosystèmes côtiers ont été fragilisés par le bétonnage comme le remarque le président de WWF Italie, ce pays où la gauche n’existe plus et où ce sont les associations qui sont bien obligées de prendre le relais.

On en est là. Tout un art de vivre est en train de mourir dans une indifférence presque générale. La Catherine Spaak d’aujourd’hui ne rencontrera plus Jean-Louis Trintignant sur le sable, ils ne danseront plus sur Gino Paoli. Ils ne seront plus que les citoyens d’un monde devenu fou, qui détruit la douceur de vivre pour rétablir des comptes. Des citoyens ? Même pas, d’ailleurs…

*Photo : Dark Botxy

Rafle du Vel d’Hiv : la France coupable, forcément coupable !

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En déclarant que la rafle dite du Vel d’Hiv du 17 juillet 1942 était « un crime commis en France par la France », François Hollande a choisi la continuité avec la position formulée à ce sujet par Jacques Chirac en 1995, et la rupture avec celle de François Mitterrand et Charles De Gaulle. Ces derniers considéraient en effet que le régime de Vichy constituait une parenthèse tragique de l’Histoire de France, et qu’en aucun cas la Nation, et a fortiori la République, ne pouvaient être tenus pour responsables des crimes commis contre les Juifs par ses dirigeants et ses fonctionnaires. Pour donner encore plus de poids à cette prise de position, François Hollande a rendu une visite, largement médiatisée, à Jacques Chirac en son château de Bity, en Corrèze, la veille de ce discours très attendu.

On aurait tort de croire que ce discours met un terme définitif au débat historiographique relatif aux responsabilités respectives de l’occupant nazi et de ses serviteurs français dans la perpétration de la Shoah, dont la rafle du Vel d’Hiv est devenue le symbole en France. Les partisans de la thèse de la continuité de l’Etat entre la IIIème République et le régime de Vichy continueront à débattre avec ceux qui, dans la ligne de René Cassin, défendent celle de l’inconstitutionnalité du régime pétainiste. On notera tout de même que François Hollande est allé un peu plus loin que Jacques Chirac dans le rejet du dogme gaullo-mitterrandien : il fait porter sur « la France », concept global et atemporel, une culpabilité que son prédécesseur limitait à « l’Etat français », dénomination officielle de l’autorité de fait exercée par Pétain, Laval et Cie.

Cette petite différence, peu remarquée dans les comptes-rendus des cérémonies du 22 juillet 2012, est pourtant problématique. De complice plus ou moins zélée d’un projet criminel conçu et mis en œuvre par d’autres, la France accède, dans le discours hollandais, au statut d’auteur principal de la tentative d’extermination des juifs présents sur son sol. Cela permet à Libération de titrer en une que la rafle est un « crime français ». On ne va pas jusqu’à dire que le coup de téléphone du 10 juillet 1942 d’Adolf Eichmann à son correspondant à Paris Theodor Dannecker avait pour objectif de modérer la fureur antisémite des Bousquet, Leguay et Darquier de Pellepoix, mais c’est tout juste… Le souci de redresser un récit historique qui a longtemps été biaisé dans un autre sens, celui d’une France globalement résistante face à une poignée de traîtres à la solde des nazis ne saurait justifier ce glissement sémantique.

La disparition de l’Allemagne des discours évoquant ce chapitre tragique de notre histoire serait risible si le sujet n’était pas si grave. Touche pas à mon crime ! Moi aussi j’ai droit à ce que vous appelez chez vous la Vergangenheitsbewältigung, ce corps à corps violent avec le passé qui vous a si bien réussi ! Ce message lancé à Angela Merkel par François Hollande laissera sans doute perplexe nos voisins d’outre-Rhin. Ou provoquera encore quelques ricanements sur ces fichus Français qui prétendent toujours être la « Grande Nation », y compris dans le crime.

Les membres de la génération précédente, celle qui a réellement vécu en pleine conscience les événements en question, et en particulier ceux qui les ont subi dans leur chair ont toujours tenu à ne pas faire l’amalgame entre « la France », que beaucoup d’entre eux continuaient à révérer et ces Français criminels qui prétendaient l’incarner entre juin 1940 et août 1944. Hollande, en criminalisant la France au delà de ses turpitudes réelles, et son double Hessel dédouanant l’occupation allemande « relativement inoffensive » au regard de l’occupation israélienne des territoires palestiniens, sont les deux faces d’une même médaille. Celle qui instrumentalise à son profit, politique ou narcissique, une histoire complexe, forcément complexe.

Jean Seigneur s’en est allé

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Dans les années 1970, l’orgue, on trouvait ça ringard : nos parents semblaient aimer cette fille noire qui jouait pieds nus et qu’on voyait parfois à la télé entre Guy Béart et Yvan Rebroff. Keith Emerson, ça n’était pas notre tasse de thé, « Tarkus » , tout ça sentait vaguement le progressif, le bizarre, pas assez hard pour des gamins du val de Fensch…

On préférait les guitar hero, mais les bourrins, genre Alvin Lee, Leslie West ou plus tard Ted Nugent, les Jeff Beck, Jimmy Page, Hendrix, trop fins, trop musiciens; ah et il y avait surtout Richie Blackmore de Deep Purple : les solos sur Live in Japan… J’ai passé des nuits entières avec mon copain Bruno à engloutir des litres de Kro’ en jouant au Monopoly ou aux petits chevaux, avec les stridences de Ian Gillan à fond la gamelle sur ses vieilles enceintes Akai pourries. Et pourtant dans Purple il y avait un organiste: John Lord, le moustachu qu’on n’écoutait pas trop mais qui faisait sonner le groupe…

Mon frangin, qui à l’époque écoutait plutôt les Stones, est venu l’autre jour au magasin m’annoncer que Lord était mort, 71 ans , un vieux survivant. Du coup j’ai réécouté Deep Purple trente-cinq ans après avec émotion, vieux schnock déjà, moi qui suis plutôt fou de jazz, j’ai trouvé que ça avait bien vieilli et que l’organiste finalement, c’était l’âme du groupe. Je n’aime toujours pas beaucoup Jimmy Smith, Milt Buckner, Eddy Louiss et les autres, même s’ils swinguent comme des beaux diables: c’est le son Hammond sans doute (le coté churchy nasillard), et pourtant, hormis le Fender Rhodes on n’a pas fait mieux dans le genre claviers électriques…

Bref, Jean Seigneur s’en est allé.

Un sous-marin nommé NKM

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C’est amusant. Dès que Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé sa candidature, les radios ont traité la nouvelle comme un évènement intersidéral, au moins aussi important que les développements de l’enquête après l’attentat de Denver. J’ai peut-être mauvaise mémoire mais je ne me souviens pas que, lorsqu’elle avait annoncé sa candidature en 2004 au même poste, Christine Boutin avait bénéficié de la même promotion. Elle avait pourtant obtenu 5,82 % des voix, ce qui ne semble guère éloigné du potentiel de NKM pour le scrutin de 2012[1. Le premier qui rétorque que c’est parce que Boutin n’était ni belle, ni jeune, ni moderne, j’envoie une lettre de dénonciation au ministère du droit des femmes. Et pas une lettre anonyme ! En recommandé avec accusé de réception, encore ! Non, mais !].

Le problème, c’est qu’en novembre prochain, ce ne seront pas les journalistes qui voteront, mais les adhérents de l’Union pour un Mouvement Populaire. Et de leur côté, je n’ai pas l’impression que NKM dispose d’une cote d’enfer. Une forte minorité – souvent parmi les plus actifs – la déteste, une petite majorité – sans en arriver à cette extrémité – la trouve un peu légère pour le poste. L’ex-ministre de l’Ecologie a présenté sa candidature dans le même esprit qu’Alain Juppé s’il avait mis à exécution son projet avorté : éviter un duel trop sanglant entre Fillon et Copé en incarnant une troisième voie. Cette tentative avait fait un flop alors qu’elle avait des atouts que n’a pas celle de NKM. Juppé est le fondateur de l’UMP, rien de moins. Et il avait commencé à présenter sa candidature d’une manière assez adroite en annonçant d’ores et déjà qu’il renonçait à toute ambition présidentielle pour 2017. Or, NKM a 39 ans, ce qui en fait une gamine à l’échelle d’un parti de gouvernement dans notre pays. Et elle s’est bien gardée d’annoncer qu’elle n’avait pas pour projet d’être candidate à l’élection présidentielle, pour la bonne et simple raison qu’elle en crève d’envie et qu’elle l’a même laissé entendre à quelques reprises. En revanche, il y a bien un point commun entre les démarches de Juppé et de NKM, c’est cette volonté d’incarner une troisième voie entre Copé et Fillon. Et là, pardonnez-moi, mais c’est à mourir de rire. Pour qu’il y ait une troisième voie, il faudrait déjà qu’il en ait deux. Or, le secrétaire général actuel de l’UMP et l’ex-premier ministre ne proposent pas deux voies. Ils ont simplement deux tempéraments différents. On l’a dit et répété, ici et ailleurs, il n’existe pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre eux, sur l’économie, sur l’Europe, sur les sujets régaliens ou les sujets sociétaux. Prétendre que l’un – en l’occurrence Copé – serait plus à droite que l’autre, c’est une vaste blague. Dans le cas contraire, on se demande bien pourquoi le député de Meaux vient de recevoir le soutien de Jean-Pierre Raffarin, qui fustige la dérive droitière de l’UMP ; et on pourrait s’interroger aussi à l’inverse, sur le soutien d’Eric Ciotti à Fillon. On se demande bien ce qui pourra les séparer sur le fond. Fillon-Copé, c’est un peu comme Dominique Reynié versus Olivier Duhamel. Ils s’engueulent, mais on se demande bien pourquoi parce qu’ils disent la même chose.

Donc, pour se faufiler entre ces deux-là et incarner une fiction de troisième voie, c’est d’ores et déjà loupé. Kosciusko-Morizet pourrait à la limite tenter d’en incarner une seconde. Pas de bol, elle partage elle aussi les mêmes idées qu’eux sur tous les sujets essentiels. Une différence de stratégie ? C’est vrai que ça compte aussi, la stratégie. Elle annonce « pas de concession au PS, pas de compromission avec le FN », soit exactement comme ses deux compères. NKM ne peut donc apporter qu’une option supplémentaire dans l’opposition de style, dans la bataille des tempéraments. Et encore faut-il, pour être officiellement candidate, obtenir les 8 000 parrainages de militants nécessaires. Or, elle reconnaît elle-même que cela ne sera pas aisé, ce qui en dit d’ailleurs déjà long sur le fait qu’elle est consciente de ne pas avoir une grande cote chez les adhérents et donc sur ses chances de faire un score et a fortiori de gagner.
N’apportant aucune idée ni stratégie différentes de ses concurrents et n’ayant aucune chance de gagner, la candidature de la député-maire de Longjumeau ne peut donc être destinée qu’à fixer des voix destinées plutôt à l’un, avant de se rallier à l’autre.

NKM la suscite t-elle sciemment ou non, peu importe, mais c’est évidemment Jean-François Copé qui serait le gagnant de l’opération. Car s’il n’y a pas de candidat plus à droite que l’autre, le ressenti dans l’opinion, au sens large comme chez les militants, est tout autre. Parce qu’il tient un langage plus décomplexé, Copé apparaît comme le plus à droite. Parce qu’elle a construit son image dans une opposition avec le FN, NKM apparaît comme la plus à gauche. Fillon apparaît entre les deux. Donc, si Kosciusko-Morizet mange un peu de laine sur le dos de quelqu’un, ce sera bien davantage au détriment de l’ancien premier ministre qu’aux dépens du député de Seine-et-Marne. Copé permettra t-il à NKM d’obtenir les 8 000 parrainages si elle n’y parvient pas seule ? C’est son intérêt. Nantie du droit d’être candidate, se retirera t-elle pour son bienfaiteur avant le premier tour ou avant le second et en échange de quoi ? Ce sont bien les seules questions qui se posent sur cette candidature dont il apparaît aujourd’hui clairement qu’elle est surtout dirigée à gêner François Fillon.

*Photo : Le Point

Relisez Jacques Sternberg !

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On a eu la chance d’un peu connaître Jacques Sternberg au moment où l’on était édité par Pierre-Jean et Hélène Oswald qui s’étaient réfugiés aux Belles Lettres et avaient lancé la collection Le Cabinet Noir. Jacques Sternberg faisait partie de ces écrivains qui ressemblaient à leurs livres : il était noir, désespéré et drôle. Il avait l’humour très particulier des survivants, de ceux qui naissent à Anvers en 1923 dans une famille juive, par exemple. Jacques Sternberg était le champion toutes catégories de la short story et même de la very short story. Un paragraphe, voire une phrase. Il a été en France un des pionniers de la SF et a aussi inventé un fantastique bien particulier. Il a animé la revue Mépris et était ami de Roland Topor.

Il ne se trouvait bon que dans la forme courte. Il n’aimait pas tellement ses romans. Nous si. Et notamment ce Toi, ma nuit qui ne se contente pas d’avoir un beau titre. Le roman raconte comment dans une société sexo-orwellienne, polluée, urbanisée à l’extrême, où la pornographie est devenue le mode de vie obligé, un homme tombe amoureux d’une femme et tente de vivre une histoire d’amour comme dans le monde d’avant. Jacques Sternberg n’était pas un puritain, loin de là. Au contraire, avec son solex et son bonnet de marin, il fut un très grand séducteur et un très grand séduit. Mais il avait pressenti dans Toi, ma nuit, écrit en 1965, toutes les ambiguïtés de la révolution sexuelle qui était sur le point d’advenir et comment la société spectaculaire marchande allait retourner en aliénation ce qui se voulait émancipation.
On a lu Toi, ma nuit quand on avait seize ans, en Folio. Ce roman, on lui doit beaucoup : il n’est pas pour rien dans la construction de notre imaginaire et l’on sait à qui l’on doit cette sensation durable d’être un homme seul dans une société prétotalitaire où neuf femmes sur dix, surtout les trentenaires, donnent l’impression d’avoir été implantées à la naissance avec une puce qui les programme pour la soumission, la consommation, le sexe en vingt leçons, l’hystérie froide et le bovarysme assisté par ordinateur.

Quand on a rencontré Sternberg, en 99, on lui a demandé de nous dédicacer notre exemplaire folio. Il l’a fait avec une bienveillance amusée. Et puis voilà qu’une « bonne pêche » chez un bouquiniste de Bruxelles nous a fait trouver l’édition originale, celle publiée chez Eric Losfeld, et dédicacée à un autre des maîtres de notre jeunesse, le grand André Pieyre de Mandiargues qui lui aussi, mais dans une veine plus nettement post surréaliste, savait jouer du fantastique et de l’érotisme comme personne, notamment dans Le Lis de Mer, Le Musée Noir ou Mascarets.
Une dernière chose, Jacques Sternberg est mort en 2006. Il ne voulait plus écrire, ce qui est toujours mauvais signe pour un écrivain. Pourtant, nous l’avons tanné pour qu’il nous donne un conte, même très bref, dans l’anthologie que nous préparions sur le thème du dernier homme et qui est sortie en février 2004 aux Belles Lettres. A notre connaissance, ce conte n’a jamais été repris dans un recueil. Il s’appelait Blanc et racontait en vingt lignes comment un vieil écrivain écrivait son dernier conte à défaut d’être le dernière homme. Il est introuvable, en fait.
Comme la voix de Sternberg, dont l’humour noir et la sensualité sont pourtant deux vertus essentielles pour ceux qui voudraient survivre encore un peu.
Toi, ma nuit, décidément…

Toi, ma nuit, de Jacques Sternberg, Eric Losfeld, 1965, 89 rue du Midi, Bruxelles, 5 euros.

Sidérurgie, écologie, démagogie et gabegie

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Tout préoccupé qu’il est par PSA, le ministre du Redressement productif n’a pourtant pas oublié la Lorraine. Il vient en effet de nommer une sous-traitante pour la région sinistrée, chargée de se pencher avec gravité et condescendance sur le sort des entreprises en difficulté, dont évidemment Arcelor-Mittal, le feuilleton interminable décrivant la lente agonie de la sidérurgie française sous le regard amusé d’un milliardaire indien.

Sandrine Anstett, c’est son nom (à ne pas confondre avec le sous-préfet de Commercy), chargée de mission de la DATAR (une de ces innombrables usines à gaz réservées à des diplômés qui ont l’air de se rendre utiles) aura fort à faire face aux sidérurgistes désabusés: elle a d’ores et déjà commandité une mission d’expertise sur le fameux projet ULCOS, censé sauver les hauts fourneaux de Patural dont je vous parlais tantôt avec des trémolos dans la voix, captation du CO2 que l’on stocke ensuite en sous-sol, cela me semble ridicule mais l’idée séduit visiblement un partie des experts en réchauffement climatique. Planter des arbres ou arrêter de massacrer les forêts tropicales me semblerait plus intelligent, mais allez donc en parler au maire de Metz qui en a coupé 900 pour son fameux pseudo-tramway festif à roulettes…

Bref, une mission d’expertise qui rendra ses conclusions fin juillet alors que le projet en question, retenu par la Commission européenne, à la grande joie d’Arnaud le ministre et du président du conseil régional réunis autour d’une quiche lorraine, le projet, dis-je, est classé en huitième place dans le palmarès de ladite commission et du financeur la BEI : sachant que seulement les trois premiers, comme aux JO, seront effectivement actés fin 2012, ça ne semble pas vraiment bien engagé et le responsable CFDT qui mène la lutte finale des Arcelor, Edouard Martin, ne cache pas son dégoût… Moi non plus : la vessie ULCOS se dégonfle, miroir aux alouettes brandi aux ouvriers comme on lance un os à un chien. Bref, les gars, il est temps de foutre le feu à l’usine!

Bayreuth – Hollywood, même combat !

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Le cinéma est la seconde vie de l’opéra. Et cela pas seulement parce que certains cinéastes sont dit « opératiques » (Kubrick, Coppola, Léone) et certains opéras « cinématographiques » (Aïda, Carmen, Salomé), pas seulement parce que ces deux arts s’échangent continuellement leurs genres (le péplum avec Oedipus Rex de Stravinski, le western avec La fille du far-West de Puccini, le film d’horreur avec Erwartung de Schönberg, le mélodrame ou la comédie sentimentale avec presque tout depuis les madrigaux de Monteverdi), pas seulement parce que de Visconti à Haneke, de Bergman à Rosi ou de Losey à Chéreau, nombre de metteurs en scène se sont révélés dans les deux mondes, pas seulement parce que quatre-vingt dix pour cent des musiques de films sont des plagiats de Wagner (écoutez John Williams chez Lucas & Spielberg), Strauss (écoutez Max Steiner dans Autant en emporte le vent) et Berg (écoutez Bernard Hermann chez Hitchcock), pas seulement, enfin, parce que les cinémas UGC proposent depuis peu des spectacles d’opéra live dans leurs salles, mais parce que depuis ses débuts le cinéma utilise l’ensemble de la syntaxe musicalo-scénique. « Le cinéma, c’est l’opéra moins le théâtre. » Tu l’as dit, Mehdi !

Juste retour des choses : aujourd’hui, ce sont les films qui inspirent les mises en scènes d’opéra : combien de Ring et de Parsifal montés comme Star Wars ? De David McVicar qui conçoit « sa » Salomé de 2008 à partir du Salo de Pasolini à Krystoph Warlikovski qui dans son Parsifal, d’ailleurs controversé, de la même année, utilisait quelques images d’Allemagne année zéro de Rossellini et faisait revenir régulièrement sur scène un personnage de cosmonaute muet et qu’un cinéphile averti reconnaissait comme le Dave Bowman du 2001 de Kubrick, sans même parler du Tristan et Isolde, celui-ci culte, de Peter Sellars et du vidéaste Bill Viola qui projetaient sur de gigantesques écrans des films de vague, de brasier ou d’homme et de femme se dénudant au fil des scènes, faisant de la partition une véritable projection, l’opéra contemporain suit le cinéma classique ou réciproquement.

Du lyrique au cinématographique, il n’y a qu’un pas… rétroactif – le cinéma naissant virtuellement à Munich le 21 juin 1868 avec la première représentation des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg de Wagner – « le premier film de l’histoire du cinéma » selon Mehdi Belhaj Kacem et dont s’inspireront Eisenstein, Hitchcock, Lubitsch, Capra, Chaplin et même Godard, Syberberg, les Straub et Monteiro. Seuls les cinéphiles intégristes (cliché) et les mélomanes puristes (rengaine), au fond pas assez dilettantes, c’est-à-dire pas assez innocents dans leur admiration, ne comprendront rien à ce que l’hybride auteur de Cancer propose dans cet épatant Opera mundi. « Qui aime le cinéma sans connaître l’opéra n’est cinéphile qu’à moitié ». Bien d’accord

Voyez plutôt. Les lumières s’éteignent. Le rideau se lève. Le générique sert d’ouverture. Les images défilent comme les mesures. Le montage est affaire de rythme. Le travelling fonctionne comme une mélodie. Les fondus enchaînés se déroulent comme des fondus sonores. Les raccords ne sont rien d’autre que des accords. Le zoom est diatonique. Le suspense lui-même est une question de chromatisme visuel. Tout est fait absolument pour hypnotiser le spectateur, le foutre dans une caverne, l’attacher au fauteuil, lui mettre des écarquilleurs de paupières comme Alex dans Orange mécanique et lui envoyer tout ce que l’on peut en images et en son. Bref, le manipuler à son aise, tourner ses affects en bourriques, faire de son système nerveux le réceptacle idéal de tous les discours, totalitaires ou non – en un mot, le wagnériser. Car c’est évidemment Wagner, l’éternel coupable des XIXème, XXème et XXIème siècle, l’ensorcelant celtique qui non content d’avoir « rendu la musique malade » selon le mot célèbre de Nietzsche, aura en outre inspiré Hitler, puis inventé le cinéma, cet art le plus trouble – et qui devra par conséquent subir comme il se doit les petites remarques désagréables habituelles de ceux qui, tel Belhaj Kacem, le chérissent, mais se sentent obligés de bien montrer à leurs lecteurs qu’ils ne sont pas dupes, qu’ils savent garder la distance, et que leur wagnérisme est avant tout « critique ». Un peu comme les cinéphiles hystériques qui, après avoir pleuré toutes les larmes de leurs corps devant un Douglas Sirk, s’être pris pour Batman ou le Joker dans The Dark Knight ou s’être masturbés frénétiquement pendant Le dernier tango à Paris, rappellent immanquablement que le cinéma ce n’est pas « une image juste mais juste une image ».

Au fond, tout ce que les contempteurs du cinéma ont pu dire de celui-ci (et notamment Stéphane Zagdanski dans sa Mort dans l’oeil, où le cinéma en prenait pour son grade comme « vision, domination, falsification, éradication, fascination, manipulation, dévastation, usurpation »), on pourrait le dire tout autant de l’opéra – ce qu’enfermé dans son racisme antivisuel, « Zag » n’a jamais compris, mais passons. Qu’on les dénigre ou qu’on les adore, opéra et cinéma restent ces deux grandes machines à tromper de l’art moderne qui savent mieux que tous les spectacles vivants, et sans doute encore plus le cinéma qui est un spectacle mortifère, aveugler et assourdir le spectateur, et lui donner « envie d’envahir la Pologne » selon le mot célèbre de Woody Allen à propos de Wagner.

Avec la part d’esbroufe qui convient à ce genre d’essai, ses digressions improbables (pourquoi n’a-t-on jamais créé d’opéra pornographique – la pornographie étant l’apothéose du cinéma comme le cinéma étant celle de l’opéra, hein, on se le demande ?), l’auteur, lui-même jamais à l’abri de célébrer son génie messianique et d’ailleurs connu pour ça (« Vous me suivez ? Non, ça viendra », répète-t-il comme un métronome au lecteur comme s’il voulait créer son propre leitmotiv), conduit néanmoins son exercice d’admiration tordu avec brio et conviction – celui-ci ayant d’abord le mérite de rendre hommage et justice à ces grands génies de la mise en scène télévisuelle d’opéra qu’ont été Joachim Hess, Goetz Friedrich et surtout l’immense Jean-Pierre Ponnelle, le seul qui soit comparable au Bergman de La flûte enchantée, et dont Belhaj Kacem nous vante avec des trémolos fort légitimes ses productions de La clémence de Titus de 1980, l’opéra mal aimé de Mozart et qui devient un sommet de « chorégraphie strictement musicale », ou du Couronnement de Pompée de 1979, qui constitue selon lui l’accomplissement de cette création mutante qu’est l’opéra mis en scène en dehors de sa scène. Le DVD d’opéra est en effet ce « quelque chose qui n’est ni de l’opéra proprement dit, son expérience vécue, et sa synchronie, ni du théâtre lyrique, ni du cinéma. Quelque chose qui s’intercale entre tout ça et dont personne [sauf Mehdi Belhaj Kacem bien entendu] n’a jamais parlé comme tel ».

Rien ne remplace l’opéra en live, argueront les puristes et autres terroristes du jouir authentique. Pour l’ambiance salonnarde, le prix prohibitif et le spectacle raté une fois sur deux, certainement. Mais pour la connaissance intime de l’œuvre et son plaisir ad vitam aeternam, rien ne remplace aujourd’hui le DVD d’opéra. Tant pis pour ceux que cela va faire hurler, mais l’écran plasma vaut largement la scène de la Scala. Et il n’est pas sûr que le geek mélomane qui a vu et revu le Peter Grimes de la BBC de 1969 ou le Lulu de Graham Vick de 1996 avec la fabuleuse Christine Schäfer dans le rôle titre ait à apprendre quelque chose du mélomane mondain qui passe sa vie entre le Met de New York ou le festival de Salzbourg. En vérité, et comme l’avait déjà prouvé Roberto Rossellini avec ses films « pédagogiques » des années 60 et 70, et pour ne pas reparler de l’intégrale Shakespeare de la BBC faite quelques années plus tard, il se pourrait bien que la haute culture repasse aujourd’hui par la télé et nous fasse oublier la basse (Inquisitio). Le DVD d’opéra réaliserait ainsi l’utopie rossellinienne d’une télévision artistique et encyclopédique et le rêve d’une haute culture pour tous.

Mehdi Belhaj Kacem, Opera mundi, la seconde vie de l’opéra I, Variations XX, Editions Léo Scheer.

*Photo : fr_z

Au temps où les hommes se font tout petits…

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Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, nous vivons à l’ère de l’hégémonie féminine. Les nouvelles règles sont, certes, plus douces que celles de la domination masculine, mais leur transgression coûte très cher. Les hommes qui souhaiteraient éviter toute souffrance inutile – à l’ère féminine, toute souffrance est d’ailleurs inutile par définition et, avis aux martyrs, elle n’est plus glorifiée ni même valorisée – devraient apprendre rapidement dans quel monde nous vivons. Cécilia Rouaud se charge de leur rééducation avec beaucoup de talent et de perspicacité dans son premier film au titre évocateur : « Je me suis fait tout petit« . Grâce au caractère sexué de la langue française, il n’y pas de doute sur l’objet du rapetissement.

En 1956, quand Georges Brassens écrivait pour sa « Poupée » cette merveilleuse chanson éponyme, imaginait-il à quel point il avait raison ? En 1953, déjà, il était allé chercher chez Aragon Il n’y a pas d’amour heureux pour mettre en musique ces mots quelques peu équivoques : « rien n’est jamais acquis à l’homme ». Certains n’y ont vu qu’une gentille chanson d’amour; or, au faîte de la domination masculine, Brassens prophétisait en fait l’imminente débâcle du mâle. Cinq décennies plus tard, avec Je me suis fait tout petit, Cecilia Rouaud nous fait visiter le monde merveilleux des femmes où les intuitions prémonitoires de Brassens sont devenues réalités.

Yvan (Denis Ménochet), la quarantaine un peu négligée, est complètement largué. La vie de ce professeur de Français de collège s’est arrêtée cinq ans auparavant quand, sa femme Eve (what else ?) l’a quitté, ainsi que leurs deux filles, pour un autre homme qu’elle a suivi en Thaïlande. Dévasté et incapable d’assumer son rôle de père, Yvan confie les filles à sa sœur Ariane (Léa Drucker) et à son beau-frère (Laurent Lucas), permettant ainsi à ce couple sans enfants de former « une vraie » famille. Dans sa dérive existentielle, Yvan se heurte littéralement à Emmanuelle (Vanessa Paradis), la femme qui, enfin, le libérera. Oui mais de quoi ? Telle est la question autour de laquelle tourne l’intrigue.

D’après le film, être libre aujourd’hui c’est accepter pleinement le nouveau cours du monde, une logique « psychologisante » portée et incarnée par les femmes, où notre for intérieur dicte les lois qui nous gouvernent. Mais Yvan vit dans un monde régi par les normes sociétales et par une logique morale, source de conflits permanents entre volontés et désirs individuels d’un côté, loi et règles collectives de l’autre.
Ainsi, le véritable problème d’Yvan n’est pas la blessure narcissique que lui a infligée le départ de sa femme. S’il vit depuis cinq ans dans des cartons, incapable d’assumer une relation avec une autre femme que sa sœur, c’est que personne autour de lui, pas même ses deux filles, ne s’indigne du comportement de sa femme.

Dans notre gynécocratie, la seule loi est de vivre à chaque instant en accord avec ses sentiments. Je t’aimais hier, nous avons eu deux enfants ensemble, aujourd’hui j’en aime un autre avec lequel je pars à Phuket. Tout cela ne se veut ni moral ni immoral mais par-delà bien et mal. Pour Yvan, le comble est qu’Eve, son ex, ne culpabilise pas. Ainsi, elle donne sporadiquement de ses nouvelles en DVD, et quand sa nouvelle histoire d’amour se termine, elle n’hésite pas à abandonner Léo, le petit garçon né de cette relation… en le confiant à la sœur d’Yvan ! Le petit aura bien entendu droit à son DVD maternel pour son anniversaire. Le destin du petit garçon sera l’objet d’un combat entre deux forces : la volonté d’Ariane de materner, vivre la féminité jusqu’au bout, et la responsabilité d’Yvan, donc le sentiment du devoir moral : « je ne peux pas faire ça même si j’en ai envie » lui ouvrira le chemin de la paternité.

Yvan s’écroule sous le poids de la paternité et de la masculinité, se déchire dans des conflits intérieurs entre ses émotions et les normes qui encadrent le rôle du mâle. Les femmes qui l’entourent font en revanche ce qu’elles ont envie de faire sans l’ombre d’un remord ou du moindre sentiment de culpabilité. Yvan ne comprend pas que dans le nouveau monde le mot « devoir » est banni car tout est permis pour s’épanouir personnellement à une seule condition : il faut dire les choses. Si on a le courage de trouver les mots, on est dispensé de responsabilité morale et de tous les dommages collatéraux.

Dans cette logique psychologisante, on ne condamne jamais, on essaie de comprendre, on ne juge pas, on respecte jusqu’au plus absurde. L’autorité et la loi sont abolies au profit d’un matriarcat bienveillant et bavard. Les femmes enfantent, maternent – comme dit la fille aînée d’Yvan, 18 ans, « ne pas avoir d’enfant c’est mourir » – et finissent par infantiliser tout le monde, à commencer par les hommes.

La famille contemporaine, contrairement à une idée reçue, n’est donc ni recomposée ni homoparentale mais matriarcale. Ce n’est pas un hasard si le film commence avec un gros plan sur un enfant perdu et se termine dans la cour d’une école maternelle, sans une seule scène érotique entre ces deux moments. Il n’y a plus d’hommes ni d’époux, mais que des enfants, fussent-ils parfois âgés de 40 ans. Les pères ont cédé leur place aux géniteurs, aide-maternels, enfants attardés et un peu perdus qui finissent – c’est une comédie ! – par être sauvés par une femme.

Je me suis fait tout petit, de Cecilia Rouaud

Dans trop peu de salles, à voir rapidement

Vacances, j’oublie tout !

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Quand vous partez de chez vous quatre nuits consécutives pour des raisons personnelles, l’INSEE appelle ça des vacances. C’est une définition empruntée à l’OMT, l’organisation mondiale du tourisme, depuis 1995. Cela exclut les voyages d’affaires et d’étude, les déplacements professionnels, les longs séjours pour raisons médicales (cure, sanatorium, prison centrale) et les enterrements à l’autre bout du pays, où l’on se rend en espérant que Tatie Danielle a laissé quelque chose sur son testament[1. A propos, l’extraordinaire Tsilla Chelton est morte à 94 ans, le 15 juillet dernier].
Quatre jours, ce n’est pas grand-chose, quand on y pense. En 36, le Front Populaire, avait, sous la pression du mouvement social et des grandes grèves, octroyé quinze jours de congés payés. Ca devait être l’apocalypse économique, la fin de l’industrie française, la mort de notre compétitivité, qu’ils disaient déjà, dans la TSF, les Jean-Marc Sylvestre de l’époque.

Tout ça parce que des prolos à casquette emmenaient des jolies filles à bord de tandems de location sur les plages de Vendée. Que des ouvriers de l’Ile Seguin allaient voir grandir leurs mômes chez la belle-mère en Auvergne. Pensons d’ailleurs à relire L’Eté 36 de Poirot-Delpech, un joli roman sur la révolution tranquille et durable que furent les congés payés, le bonheur inédit d’être au monde qu’ils donnaient à ceux qui étaient persuadés que leur vie était condamnée de toute éternité à travailler, puis à mourir.
Quatre jours… On se dit qu’avec une définition comme ça, et si on écoute ces culpabilisateurs que sont les éditorialistes économiques télévisuels, les Français doivent être de sacrés fainéants. Ils sont tous, tout le temps en vacances ! Et après on s’étonne ! Les Allemands, les Anglais, ils partent peut-être ? Oui, apparemment, comme le constate n’importe qui se promenant dans le Sud de l’Europe en haute saison. Même si les Allemands, ces temps-ci, on se demande pourquoi, évitent la Grèce voire revendent leurs maisons pour ceux qui en avaient.

Français fainéants, alors ? Peut-être que oui, peut-être que non. En tout cas, s’ils glandent, c’est de plus en plus souvent chez eux. Une enquête du CREDOC indique une tendance lourde depuis le début des années 90 et montre que les ménages les plus défavorisés partent de moins en moins en vacances. Cette tendance s’est singulièrement accélérée entre 2007 et 2012. 47% des plus pauvres partaient en vacances en 2007, ils ne sont plus que 37% aujourd’hui.
Nous n’aurons pas la cruauté de faire remarquer que cette baisse spectaculaire correspond au dernier quinquennat. Après tout, Nicolas Sarkozy n’est pas responsable de la crise et ne peut-être tenu comptable que de la gestion de ses conséquences. Mais je me souviens des discours élyséens au pathos larmoyants sur les heures supplémentaires défiscalisées qui permettraient aux pauvres d’améliorer leur triste vie quotidienne et notamment de partir enfin en vacances. Apparemment, ça n’a pas suffi.
Et puis, il n’est peut-être pas inutile de dire que les heures supplémentaires défiscalisées n’ont apparemment rien changé à l’affaire en ces temps où la droite tente une petite contre-offensive idéologique sur leur « suppression inique par ces salauds de rouges ».

Mais suis-je bête ! Pour bénficier des heures supplémentaires défiscalisées, il faut avoir un emploi. Et comme entre 700 000 et un million de personnes de plus ont fréquenté Pôle Emploi entre 2007 et 2012, notamment grâce aux heures sup défiscalisées qui n’incitaient pas le patron à l’embauche, comment ces chômeurs auraient-ils pu partir en vacances, ne serait-ce que quatre jours, grâce à ce merveilleux dispositif ?
Mais bon, on ne va pas les plaindre non plus, les chômeurs. Pour eux, les vacances, c’est tous les jours…

Cet été, Causeur magazine déménage en France

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Crise et normalitude présidentielle obligent, nous avons remisé nos tenues d’apparat et autres gadgets bling-bling au vestiaire pour partir… en France ! Tout beau et tout frais, habillé d’une nouvelle maquette, Causeur magazine 49-50 se penche sur notre beau pays à travers son dossier central « J’habite en France ». Pour ce numéro double juillet-août de 80 pages, en plus d’avoir fait peau neuve, nous avons mis les petits plats dans les grands.

On commence ainsi en trombe avec notre fidèle mécontemporain et grand amateur de football Alain Finkielkraut qui ausculte une équipe de France en pleine convalescence après le fiasco sportif et moral de l’euro. Insultes contre les journalistes, manquements à l’esprit d’équipe, consumérisme effrené : n’en jetez plus : voilà l’occasion rêvée d’observer la « décivilisation française » chez ces grands enfants millionnaires du ballon rond. Hélas, vous ne trouverez guère plus d’espoir dans mon texte sur l’immigration. Pas plus en quête d’un Âge d’or perdu que de lendemains qui chantent, j’explique avec le regretté Guy Debord que la Grande Déculturation a précédé le Grand Remplacement immigré : pour rester dans les stades, y a-t-il d’ailleurs moins français que le « desouche » Ribéry ? Vous reprendrez ensuite une dose de noirceur avec Roland Jaccard qui se souvient du jeune homme suisse qu’il était lorsqu’il découvrit les faux-semblants de la société de cour parisienne au pays de l’égalité. Depuis, notre ami nihiliste « hait » la France et l’assume…

Assez badé, comme disent (mal) les jeunes. Voyons la face lumineuse du pays des 300 fromages. Si dans son entretien fleuve avec Gil Mihaely, le journaliste culinaire Périco Légasse décrit une France « mal dans son assiette », c’est pour mieux en appeler à la « révolution alimentaire » et au réveil d’une paysannerie écrasée sous le poids de la PAC et de la mondialisation agro-alimentaire. Encore plus réjouissants, pendant que Jérôme Leroy nous confie ses souvenirs de routes départementales, le professeur de lycée Mathieu Stévenin redécouvre les vertus de l’école à l’ancienne, dans une expérimentation inédite et fructueuse des méthodes d’antan. Quand l’école de papa ringardise le pédagogisme des vieux soixante-huitards, c’est Grenelle qui revit !

Allez, en nostalgique d’un temps que je n’ai jamais connu, je ne résiste pas au plaisir de rallumer la flamme des années 1980 avec Florentin Piffard. Notre confrère se remémore le fan des Bérurier Noir et l’antifasciste chasseur de skin qu’il fut, lorsqu’il bourlinguait dans les bars d’Oberkampf à la recherche de crânes rasés à mater… par les graffitis. A quinze ans, en l’an de grâce 1984, ce « résistant d’opérette » regardait le Goldstein de la République proférer ses outrances télévisées pendant que la guerre culturelle FN-SOS Racisme faisait rage. Ah, que ces années antifascistes furent belles… et inutiles !

Puisque Causeur magazine peut se déguster en vrac et dans le désordre, vous passerez du dossier à nos articles d’actualité. Encore une fois, l’éclectisme est de rigueur : Luc Rosenzweig nous inocule de sains anticorps pour démêler les rumeurs d’empoisonnement de feu Yasser Arafat tandis que Laurence Simon Sulzer nous fait voyager à Washington D.C. Dans la capitale des States, une drôle de discrimination positive prévaut : celle qui entoure les maires noirs corrompus, dont la couleur de peau leur garantit l’immunité médiatique, malgré la gabegie qui entoure la gestion de la ville depuis des décennies.

En guise de plat de résistance, interviewé par Gil Mihaely, Jean-François Kahn esquisse une France aux valeurs (sociétales) de droite et aux idées (économiques) de gauche. En esprit libre et iconoclaste, tout en pourfendant ses discours de campagne, il adresse même un – relatif – satisfecit au perdant Nicolas Sarkozy qui « n’a pas opprimé la classe ouvrière, ni fait reculer le pouvoir d’achat » mais bel et bien échoué sur l’immigration et la sécurité. Tout en prophétisant la guerre des droites, JFK cerne le désarroi idéologique d’une gauche qui n’a jamais été si politiquement dominante et culturellement minoritaire depuis 1981. Europe, immigration, affaires étrangères : messieurs Hollande et Ayrault ont du pain sur la planche !

A l’heure des entremets, le duel courtois et civilisé – une tradition française qui se perd…- reprendra le pas sur la basse politique avec la réponse de Georges Kaplan à Frédéric Rouvillois quant à la recension du Dictionnaire du libéralisme de Mathieu Laine qu’il fit dans notre numéro de juin. Une défense et illustration du libéralisme comme on en lit peu sous nos cieux tricolores…

La culture, c’est aussi l’incurable penchant pour le rock and roll du percutant Cyril Bennasar, qui confesse, charnel et sans ambages : « Le funk, c’est le fuck et le rap, c’est le viol. Le rock’n’roll, c’est la baise, et les soutifs de la beatlemania ou le coup de pelvis d’Elvis en sont les révélations » !

Cerise sur le gâteau final, deux pléiades cinématographiques vous attendent. Ludovic Maubreuil exhume dix film français oubliés, les conjurés de la critique cinématographique comme Benazeraf, Mocky et Blain, se disputent ses faveurs. Quant à Timothée Gérardin, il vous offre une séance de rattrapage cinéphilique avec le palmarès des dix chef-d’œuvre hollywoodiens à (re)voir d’urgence, de Billy Wilder à Mankiewicz.

Bon, si votre appétit n’est toujours pas satisfait, vous pourrez toujours vous payer une petite gourmandise littéraire russe signée mézigue et plonger goulûment dans les carnets de nos pensionnaires Roland Jaccard et François Taillandier avant de déconstruire la théorie du genre avec Paul Thibaud lisant Sylviane Agacinski.

Bref, de la Côte d’azur à Saint-Malo, vous avez largement de quoi vous consoler du mauvais temps. « L’été sera chaud »[1. Comme chantait le trop sous-estimé Charden, disparu il y a quelques semaines.] ? Peut-être pas, mais roboratif, assurément.

Achat au numéro : 6,90 € ; Offre Découverte : 12,90 € (ce numéro + les 2 suivants) ; Abonnement 1 an : à partir de 34,90 €

Ciao, ciao amore !

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Vous vous souvenez, c’était la dolce vita… Le miracle italien de l’après guerre avait transformé la péninsule du néo-réalisme, de Riz amer et du Voleur de bicyclettes en un pays qui inventait au cours des années soixante un nouvel art de vivre. Oui, on appelait ça la dolce vita, qui est aussi le titre du film le plus célèbre de Fellini. Bien sûr, parce que l’Italie est l’Italie, elle ne se faisait pas d’illusions. Elle entretenait sur ce modèle hédoniste et solaire une distance amusée, critique, parfois tragique, comme cela apparaît dans Le Fanfaron de Dino Risi, inoubliable road movie de 1964 avec Jean Louis Trintignant, Vittorio Gasmann et la toute divine et trop oubliée Catherine Spaak. Dans ce film, la plage jouait un rôle important. C’était le lieu magique du temps suspendu, du flirt avec l’éternité, des chaises longues du Ferragosto où l’on boit du café frappé, où l’on se dore au soleil dans le plus pur plaisir d’être au monde.

La plage joue un rôle essentiel dans cette dolce vita, un rôle stratégique même. Elle indique un désir de sortie de l’histoire, l’invention d’un rapport à l’autre enfin apaisé, à la fois sexy et ataraxique. Elle est le lieu même du farniente, c’est-à-dire du ne rien faire. Avoir inventé un mot pour ça est tout de même la preuve d’une extrême civilisation, celle déjà qui opposait dans l’Antiquité, l’otium, c’est à dire le loisir fécond, celui qui permet de lire, d’aimer, de penser en toute quiétude à sa négation le neg-otium, c’est-à-dire le négoce, le commerce, la banque, enfin toutes ces activités un peu douteuses. Même un esprit aussi critique que Pasolini sur la société de son temps, dans un superbe reportage passant en revue les plages italiennes intitulé La Longue route de sable, est enchanté de ce nouveau mode de vie qui se dessine : « La plupart des visages que je vois sont modestes, joyeux, farceurs et honnêtes. Sur ces longues promenades de bord de mer, toutes désordonnées et grandioses, il y a toujours un air de fête, comme dans le Sud : mais c’est une fête de respect pour la fête des autres. » Et c’est sans compter sur la chanson, la variété de ce temps-là qui indique bien qu’il suffirait de presque rien pour que les plages soient enfin le lieu d’une utopie réalisée. Tenez, prenez deux minutes et écoutez le charmant Gino Paoli et son Sapore di mare qui est au slow des années 60 ce que Le lac de Lamartine est à la poésie romantique : le mètre étalon.
Et si vous en voulez un peu plus, écoutez aussi le bonheur fou, la fusion panthéiste de Fred Bongusto dans son inoubliable Una rotonda sul mare. Je vous assure, respirez à fond, écoutez, souvenez vous. Parce qu’il n’y en a plus pour longtemps.

Aujourd’hui, le gouvernement Monti fait tranquillement changer l’Italie de civilisation. L’Italie avait déjà servi de laboratoire à la stratégie de la tension et au terrorisme instrumentalisé dans les années soixante-dix, puis au berlusconisme qui était la préfiguration d’une droite identitaire néo-libérale qui règne à peu près partout en Europe désormais. Maintenant, le gouvernement Monti, non élu, expertocratique, purement gestionnaire, obsédé par le déficit comme un exorciste par le démon, annonce ce que sera l’Europe fédérale de demain gouvernée par des banquiers-préfets, de préférence anciens de Goldmann Sachs. Et comme ces gens-là sont étrangers à tout ce qui peut faire une identité nationale, une culture et ne jouissent que devant des graphiques, ils oublient tout. Il y a quelques semaines, un reportage poignant dans Le Monde montrait la deuxième mort de Pompéi, traversée de hordes de chiens errants pissant sur les mosaïques esquintées et sur les villas chancelantes interdites d’accès. C’est que l’Etat a décrété qu’il n’avait plus les moyens et tant pis s’il n’y a plus ou presque de gardiens pour empêcher les pillages quotidiens.

Maintenant, c’est aux plages que s’attaque le gouvernement Monti. Depuis 2006, une loi garantissait l’accès libre et gratuit aux plages mais l’Etat les cède de plus en plus à des intérêts privés. Selon l’organisation écologique WWF, le nombre de plages privées est ainsi passé de 5 568 en 2001 à plus de 12 000 aujourd’hui.
Et les établissement privés, avec ses parasols et transats loués en moyenne 15 à 20 euros par jour, occupent désormais 900 des 4 000 kilomètres de côtes réservées à la baignade.
On voit tous les jours des scènes étranges comme cette femme enceinte, à Alassio en Ligurie, qui est interpellée par un garçon de bains parce que cela fait plusieurs minutes qu’elle surveille son fils dans les vagues et qu’elle contrevient ainsi à un arrêté municipal qui interdit l’occupation du rivage sur les plages privées. Elle n’avait payé ni parasol, ni chaise longue.
Comme d’habitude, la spéculation sur ce bien commun a généré d’énormes profits pour un petit nombre alors que les écosystèmes côtiers ont été fragilisés par le bétonnage comme le remarque le président de WWF Italie, ce pays où la gauche n’existe plus et où ce sont les associations qui sont bien obligées de prendre le relais.

On en est là. Tout un art de vivre est en train de mourir dans une indifférence presque générale. La Catherine Spaak d’aujourd’hui ne rencontrera plus Jean-Louis Trintignant sur le sable, ils ne danseront plus sur Gino Paoli. Ils ne seront plus que les citoyens d’un monde devenu fou, qui détruit la douceur de vivre pour rétablir des comptes. Des citoyens ? Même pas, d’ailleurs…

*Photo : Dark Botxy

Rafle du Vel d’Hiv : la France coupable, forcément coupable !

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En déclarant que la rafle dite du Vel d’Hiv du 17 juillet 1942 était « un crime commis en France par la France », François Hollande a choisi la continuité avec la position formulée à ce sujet par Jacques Chirac en 1995, et la rupture avec celle de François Mitterrand et Charles De Gaulle. Ces derniers considéraient en effet que le régime de Vichy constituait une parenthèse tragique de l’Histoire de France, et qu’en aucun cas la Nation, et a fortiori la République, ne pouvaient être tenus pour responsables des crimes commis contre les Juifs par ses dirigeants et ses fonctionnaires. Pour donner encore plus de poids à cette prise de position, François Hollande a rendu une visite, largement médiatisée, à Jacques Chirac en son château de Bity, en Corrèze, la veille de ce discours très attendu.

On aurait tort de croire que ce discours met un terme définitif au débat historiographique relatif aux responsabilités respectives de l’occupant nazi et de ses serviteurs français dans la perpétration de la Shoah, dont la rafle du Vel d’Hiv est devenue le symbole en France. Les partisans de la thèse de la continuité de l’Etat entre la IIIème République et le régime de Vichy continueront à débattre avec ceux qui, dans la ligne de René Cassin, défendent celle de l’inconstitutionnalité du régime pétainiste. On notera tout de même que François Hollande est allé un peu plus loin que Jacques Chirac dans le rejet du dogme gaullo-mitterrandien : il fait porter sur « la France », concept global et atemporel, une culpabilité que son prédécesseur limitait à « l’Etat français », dénomination officielle de l’autorité de fait exercée par Pétain, Laval et Cie.

Cette petite différence, peu remarquée dans les comptes-rendus des cérémonies du 22 juillet 2012, est pourtant problématique. De complice plus ou moins zélée d’un projet criminel conçu et mis en œuvre par d’autres, la France accède, dans le discours hollandais, au statut d’auteur principal de la tentative d’extermination des juifs présents sur son sol. Cela permet à Libération de titrer en une que la rafle est un « crime français ». On ne va pas jusqu’à dire que le coup de téléphone du 10 juillet 1942 d’Adolf Eichmann à son correspondant à Paris Theodor Dannecker avait pour objectif de modérer la fureur antisémite des Bousquet, Leguay et Darquier de Pellepoix, mais c’est tout juste… Le souci de redresser un récit historique qui a longtemps été biaisé dans un autre sens, celui d’une France globalement résistante face à une poignée de traîtres à la solde des nazis ne saurait justifier ce glissement sémantique.

La disparition de l’Allemagne des discours évoquant ce chapitre tragique de notre histoire serait risible si le sujet n’était pas si grave. Touche pas à mon crime ! Moi aussi j’ai droit à ce que vous appelez chez vous la Vergangenheitsbewältigung, ce corps à corps violent avec le passé qui vous a si bien réussi ! Ce message lancé à Angela Merkel par François Hollande laissera sans doute perplexe nos voisins d’outre-Rhin. Ou provoquera encore quelques ricanements sur ces fichus Français qui prétendent toujours être la « Grande Nation », y compris dans le crime.

Les membres de la génération précédente, celle qui a réellement vécu en pleine conscience les événements en question, et en particulier ceux qui les ont subi dans leur chair ont toujours tenu à ne pas faire l’amalgame entre « la France », que beaucoup d’entre eux continuaient à révérer et ces Français criminels qui prétendaient l’incarner entre juin 1940 et août 1944. Hollande, en criminalisant la France au delà de ses turpitudes réelles, et son double Hessel dédouanant l’occupation allemande « relativement inoffensive » au regard de l’occupation israélienne des territoires palestiniens, sont les deux faces d’une même médaille. Celle qui instrumentalise à son profit, politique ou narcissique, une histoire complexe, forcément complexe.

Jean Seigneur s’en est allé

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Dans les années 1970, l’orgue, on trouvait ça ringard : nos parents semblaient aimer cette fille noire qui jouait pieds nus et qu’on voyait parfois à la télé entre Guy Béart et Yvan Rebroff. Keith Emerson, ça n’était pas notre tasse de thé, « Tarkus » , tout ça sentait vaguement le progressif, le bizarre, pas assez hard pour des gamins du val de Fensch…

On préférait les guitar hero, mais les bourrins, genre Alvin Lee, Leslie West ou plus tard Ted Nugent, les Jeff Beck, Jimmy Page, Hendrix, trop fins, trop musiciens; ah et il y avait surtout Richie Blackmore de Deep Purple : les solos sur Live in Japan… J’ai passé des nuits entières avec mon copain Bruno à engloutir des litres de Kro’ en jouant au Monopoly ou aux petits chevaux, avec les stridences de Ian Gillan à fond la gamelle sur ses vieilles enceintes Akai pourries. Et pourtant dans Purple il y avait un organiste: John Lord, le moustachu qu’on n’écoutait pas trop mais qui faisait sonner le groupe…

Mon frangin, qui à l’époque écoutait plutôt les Stones, est venu l’autre jour au magasin m’annoncer que Lord était mort, 71 ans , un vieux survivant. Du coup j’ai réécouté Deep Purple trente-cinq ans après avec émotion, vieux schnock déjà, moi qui suis plutôt fou de jazz, j’ai trouvé que ça avait bien vieilli et que l’organiste finalement, c’était l’âme du groupe. Je n’aime toujours pas beaucoup Jimmy Smith, Milt Buckner, Eddy Louiss et les autres, même s’ils swinguent comme des beaux diables: c’est le son Hammond sans doute (le coté churchy nasillard), et pourtant, hormis le Fender Rhodes on n’a pas fait mieux dans le genre claviers électriques…

Bref, Jean Seigneur s’en est allé.

Un sous-marin nommé NKM

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C’est amusant. Dès que Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé sa candidature, les radios ont traité la nouvelle comme un évènement intersidéral, au moins aussi important que les développements de l’enquête après l’attentat de Denver. J’ai peut-être mauvaise mémoire mais je ne me souviens pas que, lorsqu’elle avait annoncé sa candidature en 2004 au même poste, Christine Boutin avait bénéficié de la même promotion. Elle avait pourtant obtenu 5,82 % des voix, ce qui ne semble guère éloigné du potentiel de NKM pour le scrutin de 2012[1. Le premier qui rétorque que c’est parce que Boutin n’était ni belle, ni jeune, ni moderne, j’envoie une lettre de dénonciation au ministère du droit des femmes. Et pas une lettre anonyme ! En recommandé avec accusé de réception, encore ! Non, mais !].

Le problème, c’est qu’en novembre prochain, ce ne seront pas les journalistes qui voteront, mais les adhérents de l’Union pour un Mouvement Populaire. Et de leur côté, je n’ai pas l’impression que NKM dispose d’une cote d’enfer. Une forte minorité – souvent parmi les plus actifs – la déteste, une petite majorité – sans en arriver à cette extrémité – la trouve un peu légère pour le poste. L’ex-ministre de l’Ecologie a présenté sa candidature dans le même esprit qu’Alain Juppé s’il avait mis à exécution son projet avorté : éviter un duel trop sanglant entre Fillon et Copé en incarnant une troisième voie. Cette tentative avait fait un flop alors qu’elle avait des atouts que n’a pas celle de NKM. Juppé est le fondateur de l’UMP, rien de moins. Et il avait commencé à présenter sa candidature d’une manière assez adroite en annonçant d’ores et déjà qu’il renonçait à toute ambition présidentielle pour 2017. Or, NKM a 39 ans, ce qui en fait une gamine à l’échelle d’un parti de gouvernement dans notre pays. Et elle s’est bien gardée d’annoncer qu’elle n’avait pas pour projet d’être candidate à l’élection présidentielle, pour la bonne et simple raison qu’elle en crève d’envie et qu’elle l’a même laissé entendre à quelques reprises. En revanche, il y a bien un point commun entre les démarches de Juppé et de NKM, c’est cette volonté d’incarner une troisième voie entre Copé et Fillon. Et là, pardonnez-moi, mais c’est à mourir de rire. Pour qu’il y ait une troisième voie, il faudrait déjà qu’il en ait deux. Or, le secrétaire général actuel de l’UMP et l’ex-premier ministre ne proposent pas deux voies. Ils ont simplement deux tempéraments différents. On l’a dit et répété, ici et ailleurs, il n’existe pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre eux, sur l’économie, sur l’Europe, sur les sujets régaliens ou les sujets sociétaux. Prétendre que l’un – en l’occurrence Copé – serait plus à droite que l’autre, c’est une vaste blague. Dans le cas contraire, on se demande bien pourquoi le député de Meaux vient de recevoir le soutien de Jean-Pierre Raffarin, qui fustige la dérive droitière de l’UMP ; et on pourrait s’interroger aussi à l’inverse, sur le soutien d’Eric Ciotti à Fillon. On se demande bien ce qui pourra les séparer sur le fond. Fillon-Copé, c’est un peu comme Dominique Reynié versus Olivier Duhamel. Ils s’engueulent, mais on se demande bien pourquoi parce qu’ils disent la même chose.

Donc, pour se faufiler entre ces deux-là et incarner une fiction de troisième voie, c’est d’ores et déjà loupé. Kosciusko-Morizet pourrait à la limite tenter d’en incarner une seconde. Pas de bol, elle partage elle aussi les mêmes idées qu’eux sur tous les sujets essentiels. Une différence de stratégie ? C’est vrai que ça compte aussi, la stratégie. Elle annonce « pas de concession au PS, pas de compromission avec le FN », soit exactement comme ses deux compères. NKM ne peut donc apporter qu’une option supplémentaire dans l’opposition de style, dans la bataille des tempéraments. Et encore faut-il, pour être officiellement candidate, obtenir les 8 000 parrainages de militants nécessaires. Or, elle reconnaît elle-même que cela ne sera pas aisé, ce qui en dit d’ailleurs déjà long sur le fait qu’elle est consciente de ne pas avoir une grande cote chez les adhérents et donc sur ses chances de faire un score et a fortiori de gagner.
N’apportant aucune idée ni stratégie différentes de ses concurrents et n’ayant aucune chance de gagner, la candidature de la député-maire de Longjumeau ne peut donc être destinée qu’à fixer des voix destinées plutôt à l’un, avant de se rallier à l’autre.

NKM la suscite t-elle sciemment ou non, peu importe, mais c’est évidemment Jean-François Copé qui serait le gagnant de l’opération. Car s’il n’y a pas de candidat plus à droite que l’autre, le ressenti dans l’opinion, au sens large comme chez les militants, est tout autre. Parce qu’il tient un langage plus décomplexé, Copé apparaît comme le plus à droite. Parce qu’elle a construit son image dans une opposition avec le FN, NKM apparaît comme la plus à gauche. Fillon apparaît entre les deux. Donc, si Kosciusko-Morizet mange un peu de laine sur le dos de quelqu’un, ce sera bien davantage au détriment de l’ancien premier ministre qu’aux dépens du député de Seine-et-Marne. Copé permettra t-il à NKM d’obtenir les 8 000 parrainages si elle n’y parvient pas seule ? C’est son intérêt. Nantie du droit d’être candidate, se retirera t-elle pour son bienfaiteur avant le premier tour ou avant le second et en échange de quoi ? Ce sont bien les seules questions qui se posent sur cette candidature dont il apparaît aujourd’hui clairement qu’elle est surtout dirigée à gêner François Fillon.

*Photo : Le Point

Relisez Jacques Sternberg !

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On a eu la chance d’un peu connaître Jacques Sternberg au moment où l’on était édité par Pierre-Jean et Hélène Oswald qui s’étaient réfugiés aux Belles Lettres et avaient lancé la collection Le Cabinet Noir. Jacques Sternberg faisait partie de ces écrivains qui ressemblaient à leurs livres : il était noir, désespéré et drôle. Il avait l’humour très particulier des survivants, de ceux qui naissent à Anvers en 1923 dans une famille juive, par exemple. Jacques Sternberg était le champion toutes catégories de la short story et même de la very short story. Un paragraphe, voire une phrase. Il a été en France un des pionniers de la SF et a aussi inventé un fantastique bien particulier. Il a animé la revue Mépris et était ami de Roland Topor.

Il ne se trouvait bon que dans la forme courte. Il n’aimait pas tellement ses romans. Nous si. Et notamment ce Toi, ma nuit qui ne se contente pas d’avoir un beau titre. Le roman raconte comment dans une société sexo-orwellienne, polluée, urbanisée à l’extrême, où la pornographie est devenue le mode de vie obligé, un homme tombe amoureux d’une femme et tente de vivre une histoire d’amour comme dans le monde d’avant. Jacques Sternberg n’était pas un puritain, loin de là. Au contraire, avec son solex et son bonnet de marin, il fut un très grand séducteur et un très grand séduit. Mais il avait pressenti dans Toi, ma nuit, écrit en 1965, toutes les ambiguïtés de la révolution sexuelle qui était sur le point d’advenir et comment la société spectaculaire marchande allait retourner en aliénation ce qui se voulait émancipation.
On a lu Toi, ma nuit quand on avait seize ans, en Folio. Ce roman, on lui doit beaucoup : il n’est pas pour rien dans la construction de notre imaginaire et l’on sait à qui l’on doit cette sensation durable d’être un homme seul dans une société prétotalitaire où neuf femmes sur dix, surtout les trentenaires, donnent l’impression d’avoir été implantées à la naissance avec une puce qui les programme pour la soumission, la consommation, le sexe en vingt leçons, l’hystérie froide et le bovarysme assisté par ordinateur.

Quand on a rencontré Sternberg, en 99, on lui a demandé de nous dédicacer notre exemplaire folio. Il l’a fait avec une bienveillance amusée. Et puis voilà qu’une « bonne pêche » chez un bouquiniste de Bruxelles nous a fait trouver l’édition originale, celle publiée chez Eric Losfeld, et dédicacée à un autre des maîtres de notre jeunesse, le grand André Pieyre de Mandiargues qui lui aussi, mais dans une veine plus nettement post surréaliste, savait jouer du fantastique et de l’érotisme comme personne, notamment dans Le Lis de Mer, Le Musée Noir ou Mascarets.
Une dernière chose, Jacques Sternberg est mort en 2006. Il ne voulait plus écrire, ce qui est toujours mauvais signe pour un écrivain. Pourtant, nous l’avons tanné pour qu’il nous donne un conte, même très bref, dans l’anthologie que nous préparions sur le thème du dernier homme et qui est sortie en février 2004 aux Belles Lettres. A notre connaissance, ce conte n’a jamais été repris dans un recueil. Il s’appelait Blanc et racontait en vingt lignes comment un vieil écrivain écrivait son dernier conte à défaut d’être le dernière homme. Il est introuvable, en fait.
Comme la voix de Sternberg, dont l’humour noir et la sensualité sont pourtant deux vertus essentielles pour ceux qui voudraient survivre encore un peu.
Toi, ma nuit, décidément…

Toi, ma nuit, de Jacques Sternberg, Eric Losfeld, 1965, 89 rue du Midi, Bruxelles, 5 euros.

Sidérurgie, écologie, démagogie et gabegie

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Tout préoccupé qu’il est par PSA, le ministre du Redressement productif n’a pourtant pas oublié la Lorraine. Il vient en effet de nommer une sous-traitante pour la région sinistrée, chargée de se pencher avec gravité et condescendance sur le sort des entreprises en difficulté, dont évidemment Arcelor-Mittal, le feuilleton interminable décrivant la lente agonie de la sidérurgie française sous le regard amusé d’un milliardaire indien.

Sandrine Anstett, c’est son nom (à ne pas confondre avec le sous-préfet de Commercy), chargée de mission de la DATAR (une de ces innombrables usines à gaz réservées à des diplômés qui ont l’air de se rendre utiles) aura fort à faire face aux sidérurgistes désabusés: elle a d’ores et déjà commandité une mission d’expertise sur le fameux projet ULCOS, censé sauver les hauts fourneaux de Patural dont je vous parlais tantôt avec des trémolos dans la voix, captation du CO2 que l’on stocke ensuite en sous-sol, cela me semble ridicule mais l’idée séduit visiblement un partie des experts en réchauffement climatique. Planter des arbres ou arrêter de massacrer les forêts tropicales me semblerait plus intelligent, mais allez donc en parler au maire de Metz qui en a coupé 900 pour son fameux pseudo-tramway festif à roulettes…

Bref, une mission d’expertise qui rendra ses conclusions fin juillet alors que le projet en question, retenu par la Commission européenne, à la grande joie d’Arnaud le ministre et du président du conseil régional réunis autour d’une quiche lorraine, le projet, dis-je, est classé en huitième place dans le palmarès de ladite commission et du financeur la BEI : sachant que seulement les trois premiers, comme aux JO, seront effectivement actés fin 2012, ça ne semble pas vraiment bien engagé et le responsable CFDT qui mène la lutte finale des Arcelor, Edouard Martin, ne cache pas son dégoût… Moi non plus : la vessie ULCOS se dégonfle, miroir aux alouettes brandi aux ouvriers comme on lance un os à un chien. Bref, les gars, il est temps de foutre le feu à l’usine!

Bayreuth – Hollywood, même combat !

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Le cinéma est la seconde vie de l’opéra. Et cela pas seulement parce que certains cinéastes sont dit « opératiques » (Kubrick, Coppola, Léone) et certains opéras « cinématographiques » (Aïda, Carmen, Salomé), pas seulement parce que ces deux arts s’échangent continuellement leurs genres (le péplum avec Oedipus Rex de Stravinski, le western avec La fille du far-West de Puccini, le film d’horreur avec Erwartung de Schönberg, le mélodrame ou la comédie sentimentale avec presque tout depuis les madrigaux de Monteverdi), pas seulement parce que de Visconti à Haneke, de Bergman à Rosi ou de Losey à Chéreau, nombre de metteurs en scène se sont révélés dans les deux mondes, pas seulement parce que quatre-vingt dix pour cent des musiques de films sont des plagiats de Wagner (écoutez John Williams chez Lucas & Spielberg), Strauss (écoutez Max Steiner dans Autant en emporte le vent) et Berg (écoutez Bernard Hermann chez Hitchcock), pas seulement, enfin, parce que les cinémas UGC proposent depuis peu des spectacles d’opéra live dans leurs salles, mais parce que depuis ses débuts le cinéma utilise l’ensemble de la syntaxe musicalo-scénique. « Le cinéma, c’est l’opéra moins le théâtre. » Tu l’as dit, Mehdi !

Juste retour des choses : aujourd’hui, ce sont les films qui inspirent les mises en scènes d’opéra : combien de Ring et de Parsifal montés comme Star Wars ? De David McVicar qui conçoit « sa » Salomé de 2008 à partir du Salo de Pasolini à Krystoph Warlikovski qui dans son Parsifal, d’ailleurs controversé, de la même année, utilisait quelques images d’Allemagne année zéro de Rossellini et faisait revenir régulièrement sur scène un personnage de cosmonaute muet et qu’un cinéphile averti reconnaissait comme le Dave Bowman du 2001 de Kubrick, sans même parler du Tristan et Isolde, celui-ci culte, de Peter Sellars et du vidéaste Bill Viola qui projetaient sur de gigantesques écrans des films de vague, de brasier ou d’homme et de femme se dénudant au fil des scènes, faisant de la partition une véritable projection, l’opéra contemporain suit le cinéma classique ou réciproquement.

Du lyrique au cinématographique, il n’y a qu’un pas… rétroactif – le cinéma naissant virtuellement à Munich le 21 juin 1868 avec la première représentation des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg de Wagner – « le premier film de l’histoire du cinéma » selon Mehdi Belhaj Kacem et dont s’inspireront Eisenstein, Hitchcock, Lubitsch, Capra, Chaplin et même Godard, Syberberg, les Straub et Monteiro. Seuls les cinéphiles intégristes (cliché) et les mélomanes puristes (rengaine), au fond pas assez dilettantes, c’est-à-dire pas assez innocents dans leur admiration, ne comprendront rien à ce que l’hybride auteur de Cancer propose dans cet épatant Opera mundi. « Qui aime le cinéma sans connaître l’opéra n’est cinéphile qu’à moitié ». Bien d’accord

Voyez plutôt. Les lumières s’éteignent. Le rideau se lève. Le générique sert d’ouverture. Les images défilent comme les mesures. Le montage est affaire de rythme. Le travelling fonctionne comme une mélodie. Les fondus enchaînés se déroulent comme des fondus sonores. Les raccords ne sont rien d’autre que des accords. Le zoom est diatonique. Le suspense lui-même est une question de chromatisme visuel. Tout est fait absolument pour hypnotiser le spectateur, le foutre dans une caverne, l’attacher au fauteuil, lui mettre des écarquilleurs de paupières comme Alex dans Orange mécanique et lui envoyer tout ce que l’on peut en images et en son. Bref, le manipuler à son aise, tourner ses affects en bourriques, faire de son système nerveux le réceptacle idéal de tous les discours, totalitaires ou non – en un mot, le wagnériser. Car c’est évidemment Wagner, l’éternel coupable des XIXème, XXème et XXIème siècle, l’ensorcelant celtique qui non content d’avoir « rendu la musique malade » selon le mot célèbre de Nietzsche, aura en outre inspiré Hitler, puis inventé le cinéma, cet art le plus trouble – et qui devra par conséquent subir comme il se doit les petites remarques désagréables habituelles de ceux qui, tel Belhaj Kacem, le chérissent, mais se sentent obligés de bien montrer à leurs lecteurs qu’ils ne sont pas dupes, qu’ils savent garder la distance, et que leur wagnérisme est avant tout « critique ». Un peu comme les cinéphiles hystériques qui, après avoir pleuré toutes les larmes de leurs corps devant un Douglas Sirk, s’être pris pour Batman ou le Joker dans The Dark Knight ou s’être masturbés frénétiquement pendant Le dernier tango à Paris, rappellent immanquablement que le cinéma ce n’est pas « une image juste mais juste une image ».

Au fond, tout ce que les contempteurs du cinéma ont pu dire de celui-ci (et notamment Stéphane Zagdanski dans sa Mort dans l’oeil, où le cinéma en prenait pour son grade comme « vision, domination, falsification, éradication, fascination, manipulation, dévastation, usurpation »), on pourrait le dire tout autant de l’opéra – ce qu’enfermé dans son racisme antivisuel, « Zag » n’a jamais compris, mais passons. Qu’on les dénigre ou qu’on les adore, opéra et cinéma restent ces deux grandes machines à tromper de l’art moderne qui savent mieux que tous les spectacles vivants, et sans doute encore plus le cinéma qui est un spectacle mortifère, aveugler et assourdir le spectateur, et lui donner « envie d’envahir la Pologne » selon le mot célèbre de Woody Allen à propos de Wagner.

Avec la part d’esbroufe qui convient à ce genre d’essai, ses digressions improbables (pourquoi n’a-t-on jamais créé d’opéra pornographique – la pornographie étant l’apothéose du cinéma comme le cinéma étant celle de l’opéra, hein, on se le demande ?), l’auteur, lui-même jamais à l’abri de célébrer son génie messianique et d’ailleurs connu pour ça (« Vous me suivez ? Non, ça viendra », répète-t-il comme un métronome au lecteur comme s’il voulait créer son propre leitmotiv), conduit néanmoins son exercice d’admiration tordu avec brio et conviction – celui-ci ayant d’abord le mérite de rendre hommage et justice à ces grands génies de la mise en scène télévisuelle d’opéra qu’ont été Joachim Hess, Goetz Friedrich et surtout l’immense Jean-Pierre Ponnelle, le seul qui soit comparable au Bergman de La flûte enchantée, et dont Belhaj Kacem nous vante avec des trémolos fort légitimes ses productions de La clémence de Titus de 1980, l’opéra mal aimé de Mozart et qui devient un sommet de « chorégraphie strictement musicale », ou du Couronnement de Pompée de 1979, qui constitue selon lui l’accomplissement de cette création mutante qu’est l’opéra mis en scène en dehors de sa scène. Le DVD d’opéra est en effet ce « quelque chose qui n’est ni de l’opéra proprement dit, son expérience vécue, et sa synchronie, ni du théâtre lyrique, ni du cinéma. Quelque chose qui s’intercale entre tout ça et dont personne [sauf Mehdi Belhaj Kacem bien entendu] n’a jamais parlé comme tel ».

Rien ne remplace l’opéra en live, argueront les puristes et autres terroristes du jouir authentique. Pour l’ambiance salonnarde, le prix prohibitif et le spectacle raté une fois sur deux, certainement. Mais pour la connaissance intime de l’œuvre et son plaisir ad vitam aeternam, rien ne remplace aujourd’hui le DVD d’opéra. Tant pis pour ceux que cela va faire hurler, mais l’écran plasma vaut largement la scène de la Scala. Et il n’est pas sûr que le geek mélomane qui a vu et revu le Peter Grimes de la BBC de 1969 ou le Lulu de Graham Vick de 1996 avec la fabuleuse Christine Schäfer dans le rôle titre ait à apprendre quelque chose du mélomane mondain qui passe sa vie entre le Met de New York ou le festival de Salzbourg. En vérité, et comme l’avait déjà prouvé Roberto Rossellini avec ses films « pédagogiques » des années 60 et 70, et pour ne pas reparler de l’intégrale Shakespeare de la BBC faite quelques années plus tard, il se pourrait bien que la haute culture repasse aujourd’hui par la télé et nous fasse oublier la basse (Inquisitio). Le DVD d’opéra réaliserait ainsi l’utopie rossellinienne d’une télévision artistique et encyclopédique et le rêve d’une haute culture pour tous.

Mehdi Belhaj Kacem, Opera mundi, la seconde vie de l’opéra I, Variations XX, Editions Léo Scheer.

*Photo : fr_z

Au temps où les hommes se font tout petits…

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Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, nous vivons à l’ère de l’hégémonie féminine. Les nouvelles règles sont, certes, plus douces que celles de la domination masculine, mais leur transgression coûte très cher. Les hommes qui souhaiteraient éviter toute souffrance inutile – à l’ère féminine, toute souffrance est d’ailleurs inutile par définition et, avis aux martyrs, elle n’est plus glorifiée ni même valorisée – devraient apprendre rapidement dans quel monde nous vivons. Cécilia Rouaud se charge de leur rééducation avec beaucoup de talent et de perspicacité dans son premier film au titre évocateur : « Je me suis fait tout petit« . Grâce au caractère sexué de la langue française, il n’y pas de doute sur l’objet du rapetissement.

En 1956, quand Georges Brassens écrivait pour sa « Poupée » cette merveilleuse chanson éponyme, imaginait-il à quel point il avait raison ? En 1953, déjà, il était allé chercher chez Aragon Il n’y a pas d’amour heureux pour mettre en musique ces mots quelques peu équivoques : « rien n’est jamais acquis à l’homme ». Certains n’y ont vu qu’une gentille chanson d’amour; or, au faîte de la domination masculine, Brassens prophétisait en fait l’imminente débâcle du mâle. Cinq décennies plus tard, avec Je me suis fait tout petit, Cecilia Rouaud nous fait visiter le monde merveilleux des femmes où les intuitions prémonitoires de Brassens sont devenues réalités.

Yvan (Denis Ménochet), la quarantaine un peu négligée, est complètement largué. La vie de ce professeur de Français de collège s’est arrêtée cinq ans auparavant quand, sa femme Eve (what else ?) l’a quitté, ainsi que leurs deux filles, pour un autre homme qu’elle a suivi en Thaïlande. Dévasté et incapable d’assumer son rôle de père, Yvan confie les filles à sa sœur Ariane (Léa Drucker) et à son beau-frère (Laurent Lucas), permettant ainsi à ce couple sans enfants de former « une vraie » famille. Dans sa dérive existentielle, Yvan se heurte littéralement à Emmanuelle (Vanessa Paradis), la femme qui, enfin, le libérera. Oui mais de quoi ? Telle est la question autour de laquelle tourne l’intrigue.

D’après le film, être libre aujourd’hui c’est accepter pleinement le nouveau cours du monde, une logique « psychologisante » portée et incarnée par les femmes, où notre for intérieur dicte les lois qui nous gouvernent. Mais Yvan vit dans un monde régi par les normes sociétales et par une logique morale, source de conflits permanents entre volontés et désirs individuels d’un côté, loi et règles collectives de l’autre.
Ainsi, le véritable problème d’Yvan n’est pas la blessure narcissique que lui a infligée le départ de sa femme. S’il vit depuis cinq ans dans des cartons, incapable d’assumer une relation avec une autre femme que sa sœur, c’est que personne autour de lui, pas même ses deux filles, ne s’indigne du comportement de sa femme.

Dans notre gynécocratie, la seule loi est de vivre à chaque instant en accord avec ses sentiments. Je t’aimais hier, nous avons eu deux enfants ensemble, aujourd’hui j’en aime un autre avec lequel je pars à Phuket. Tout cela ne se veut ni moral ni immoral mais par-delà bien et mal. Pour Yvan, le comble est qu’Eve, son ex, ne culpabilise pas. Ainsi, elle donne sporadiquement de ses nouvelles en DVD, et quand sa nouvelle histoire d’amour se termine, elle n’hésite pas à abandonner Léo, le petit garçon né de cette relation… en le confiant à la sœur d’Yvan ! Le petit aura bien entendu droit à son DVD maternel pour son anniversaire. Le destin du petit garçon sera l’objet d’un combat entre deux forces : la volonté d’Ariane de materner, vivre la féminité jusqu’au bout, et la responsabilité d’Yvan, donc le sentiment du devoir moral : « je ne peux pas faire ça même si j’en ai envie » lui ouvrira le chemin de la paternité.

Yvan s’écroule sous le poids de la paternité et de la masculinité, se déchire dans des conflits intérieurs entre ses émotions et les normes qui encadrent le rôle du mâle. Les femmes qui l’entourent font en revanche ce qu’elles ont envie de faire sans l’ombre d’un remord ou du moindre sentiment de culpabilité. Yvan ne comprend pas que dans le nouveau monde le mot « devoir » est banni car tout est permis pour s’épanouir personnellement à une seule condition : il faut dire les choses. Si on a le courage de trouver les mots, on est dispensé de responsabilité morale et de tous les dommages collatéraux.

Dans cette logique psychologisante, on ne condamne jamais, on essaie de comprendre, on ne juge pas, on respecte jusqu’au plus absurde. L’autorité et la loi sont abolies au profit d’un matriarcat bienveillant et bavard. Les femmes enfantent, maternent – comme dit la fille aînée d’Yvan, 18 ans, « ne pas avoir d’enfant c’est mourir » – et finissent par infantiliser tout le monde, à commencer par les hommes.

La famille contemporaine, contrairement à une idée reçue, n’est donc ni recomposée ni homoparentale mais matriarcale. Ce n’est pas un hasard si le film commence avec un gros plan sur un enfant perdu et se termine dans la cour d’une école maternelle, sans une seule scène érotique entre ces deux moments. Il n’y a plus d’hommes ni d’époux, mais que des enfants, fussent-ils parfois âgés de 40 ans. Les pères ont cédé leur place aux géniteurs, aide-maternels, enfants attardés et un peu perdus qui finissent – c’est une comédie ! – par être sauvés par une femme.

Je me suis fait tout petit, de Cecilia Rouaud

Dans trop peu de salles, à voir rapidement

Vacances, j’oublie tout !

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Quand vous partez de chez vous quatre nuits consécutives pour des raisons personnelles, l’INSEE appelle ça des vacances. C’est une définition empruntée à l’OMT, l’organisation mondiale du tourisme, depuis 1995. Cela exclut les voyages d’affaires et d’étude, les déplacements professionnels, les longs séjours pour raisons médicales (cure, sanatorium, prison centrale) et les enterrements à l’autre bout du pays, où l’on se rend en espérant que Tatie Danielle a laissé quelque chose sur son testament[1. A propos, l’extraordinaire Tsilla Chelton est morte à 94 ans, le 15 juillet dernier].
Quatre jours, ce n’est pas grand-chose, quand on y pense. En 36, le Front Populaire, avait, sous la pression du mouvement social et des grandes grèves, octroyé quinze jours de congés payés. Ca devait être l’apocalypse économique, la fin de l’industrie française, la mort de notre compétitivité, qu’ils disaient déjà, dans la TSF, les Jean-Marc Sylvestre de l’époque.

Tout ça parce que des prolos à casquette emmenaient des jolies filles à bord de tandems de location sur les plages de Vendée. Que des ouvriers de l’Ile Seguin allaient voir grandir leurs mômes chez la belle-mère en Auvergne. Pensons d’ailleurs à relire L’Eté 36 de Poirot-Delpech, un joli roman sur la révolution tranquille et durable que furent les congés payés, le bonheur inédit d’être au monde qu’ils donnaient à ceux qui étaient persuadés que leur vie était condamnée de toute éternité à travailler, puis à mourir.
Quatre jours… On se dit qu’avec une définition comme ça, et si on écoute ces culpabilisateurs que sont les éditorialistes économiques télévisuels, les Français doivent être de sacrés fainéants. Ils sont tous, tout le temps en vacances ! Et après on s’étonne ! Les Allemands, les Anglais, ils partent peut-être ? Oui, apparemment, comme le constate n’importe qui se promenant dans le Sud de l’Europe en haute saison. Même si les Allemands, ces temps-ci, on se demande pourquoi, évitent la Grèce voire revendent leurs maisons pour ceux qui en avaient.

Français fainéants, alors ? Peut-être que oui, peut-être que non. En tout cas, s’ils glandent, c’est de plus en plus souvent chez eux. Une enquête du CREDOC indique une tendance lourde depuis le début des années 90 et montre que les ménages les plus défavorisés partent de moins en moins en vacances. Cette tendance s’est singulièrement accélérée entre 2007 et 2012. 47% des plus pauvres partaient en vacances en 2007, ils ne sont plus que 37% aujourd’hui.
Nous n’aurons pas la cruauté de faire remarquer que cette baisse spectaculaire correspond au dernier quinquennat. Après tout, Nicolas Sarkozy n’est pas responsable de la crise et ne peut-être tenu comptable que de la gestion de ses conséquences. Mais je me souviens des discours élyséens au pathos larmoyants sur les heures supplémentaires défiscalisées qui permettraient aux pauvres d’améliorer leur triste vie quotidienne et notamment de partir enfin en vacances. Apparemment, ça n’a pas suffi.
Et puis, il n’est peut-être pas inutile de dire que les heures supplémentaires défiscalisées n’ont apparemment rien changé à l’affaire en ces temps où la droite tente une petite contre-offensive idéologique sur leur « suppression inique par ces salauds de rouges ».

Mais suis-je bête ! Pour bénficier des heures supplémentaires défiscalisées, il faut avoir un emploi. Et comme entre 700 000 et un million de personnes de plus ont fréquenté Pôle Emploi entre 2007 et 2012, notamment grâce aux heures sup défiscalisées qui n’incitaient pas le patron à l’embauche, comment ces chômeurs auraient-ils pu partir en vacances, ne serait-ce que quatre jours, grâce à ce merveilleux dispositif ?
Mais bon, on ne va pas les plaindre non plus, les chômeurs. Pour eux, les vacances, c’est tous les jours…