Crise et normalitude présidentielle obligent, nous avons remisé nos tenues d’apparat et autres gadgets bling-bling au vestiaire pour partir… en France ! Tout beau et tout frais, habillé d’une nouvelle maquette, Causeur magazine 49-50 se penche sur notre beau pays à travers son dossier central « J’habite en France ». Pour ce numéro double juillet-août de 80 pages, en plus d’avoir fait peau neuve, nous avons mis les petits plats dans les grands.

On commence ainsi en trombe avec notre fidèle mécontemporain et grand amateur de football Alain Finkielkraut qui ausculte une équipe de France en pleine convalescence après le fiasco sportif et moral de l’euro. Insultes contre les journalistes, manquements à l’esprit d’équipe, consumérisme effrené : n’en jetez plus : voilà l’occasion rêvée d’observer la « décivilisation française » chez ces grands enfants millionnaires du ballon rond. Hélas, vous ne trouverez guère plus d’espoir dans mon texte sur l’immigration. Pas plus en quête d’un Âge d’or perdu que de lendemains qui chantent, j’explique avec le regretté Guy Debord que la Grande Déculturation a précédé le Grand Remplacement immigré : pour rester dans les stades, y a-t-il d’ailleurs moins français que le « desouche » Ribéry ? Vous reprendrez ensuite une dose de noirceur avec Roland Jaccard qui se souvient du jeune homme suisse qu’il était lorsqu’il découvrit les faux-semblants de la société de cour parisienne au pays de l’égalité. Depuis, notre ami nihiliste « hait » la France et l’assume…

Assez badé, comme disent (mal) les jeunes. Voyons la face lumineuse du pays des 300 fromages. Si dans son entretien fleuve avec Gil Mihaely, le journaliste culinaire Périco Légasse décrit une France « mal dans son assiette », c’est pour mieux en appeler à la « révolution alimentaire » et au réveil d’une paysannerie écrasée sous le poids de la PAC et de la mondialisation agro-alimentaire. Encore plus réjouissants, pendant que Jérôme Leroy nous confie ses souvenirs de routes départementales, le professeur de lycée Mathieu Stévenin redécouvre les vertus de l’école à l’ancienne, dans une expérimentation inédite et fructueuse des méthodes d’antan. Quand l’école de papa ringardise le pédagogisme des vieux soixante-huitards, c’est Grenelle qui revit !

Allez, en nostalgique d’un temps que je n’ai jamais connu, je ne résiste pas au plaisir de rallumer la flamme des années 1980 avec Florentin Piffard. Notre confrère se remémore le fan des Bérurier Noir et l’antifasciste chasseur de skin qu’il fut, lorsqu’il bourlinguait dans les bars d’Oberkampf à la recherche de crânes rasés à mater… par les graffitis. A quinze ans, en l’an de grâce 1984, ce « résistant d’opérette » regardait le Goldstein de la République proférer ses outrances télévisées pendant que la guerre culturelle FN-SOS Racisme faisait rage. Ah, que ces années antifascistes furent belles… et inutiles !

Puisque Causeur magazine peut se déguster en vrac et dans le désordre, vous passerez du dossier à nos articles d’actualité. Encore une fois, l’éclectisme est de rigueur : Luc Rosenzweig nous inocule de sains anticorps pour démêler les rumeurs d’empoisonnement de feu Yasser Arafat tandis que Laurence Simon Sulzer nous fait voyager à Washington D.C. Dans la capitale des States, une drôle de discrimination positive prévaut : celle qui entoure les maires noirs corrompus, dont la couleur de peau leur garantit l’immunité médiatique, malgré la gabegie qui entoure la gestion de la ville depuis des décennies.

En guise de plat de résistance, interviewé par Gil Mihaely, Jean-François Kahn esquisse une France aux valeurs (sociétales) de droite et aux idées (économiques) de gauche. En esprit libre et iconoclaste, tout en pourfendant ses discours de campagne, il adresse même un – relatif – satisfecit au perdant Nicolas Sarkozy qui « n’a pas opprimé la classe ouvrière, ni fait reculer le pouvoir d’achat » mais bel et bien échoué sur l’immigration et la sécurité. Tout en prophétisant la guerre des droites, JFK cerne le désarroi idéologique d’une gauche qui n’a jamais été si politiquement dominante et culturellement minoritaire depuis 1981. Europe, immigration, affaires étrangères : messieurs Hollande et Ayrault ont du pain sur la planche !

A l’heure des entremets, le duel courtois et civilisé – une tradition française qui se perd…- reprendra le pas sur la basse politique avec la réponse de Georges Kaplan à Frédéric Rouvillois quant à la recension du Dictionnaire du libéralisme de Mathieu Laine qu’il fit dans notre numéro de juin. Une défense et illustration du libéralisme comme on en lit peu sous nos cieux tricolores…

La culture, c’est aussi l’incurable penchant pour le rock and roll du percutant Cyril Bennasar, qui confesse, charnel et sans ambages : « Le funk, c’est le fuck et le rap, c’est le viol. Le rock’n’roll, c’est la baise, et les soutifs de la beatlemania ou le coup de pelvis d’Elvis en sont les révélations » !

Cerise sur le gâteau final, deux pléiades cinématographiques vous attendent. Ludovic Maubreuil exhume dix film français oubliés, les conjurés de la critique cinématographique comme Benazeraf, Mocky et Blain, se disputent ses faveurs. Quant à Timothée Gérardin, il vous offre une séance de rattrapage cinéphilique avec le palmarès des dix chef-d’œuvre hollywoodiens à (re)voir d’urgence, de Billy Wilder à Mankiewicz.

Bon, si votre appétit n’est toujours pas satisfait, vous pourrez toujours vous payer une petite gourmandise littéraire russe signée mézigue et plonger goulûment dans les carnets de nos pensionnaires Roland Jaccard et François Taillandier avant de déconstruire la théorie du genre avec Paul Thibaud lisant Sylviane Agacinski.

Bref, de la Côte d’azur à Saint-Malo, vous avez largement de quoi vous consoler du mauvais temps. « L’été sera chaud »[1. Comme chantait le trop sous-estimé Charden, disparu il y a quelques semaines.] ? Peut-être pas, mais roboratif, assurément.

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