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Roms : il faut choisir son camp !

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La question rom est de retour. En plein creux de la mi-août, disputant à la prière familialiste de Mgr André Vingt-Trois l’honneur d’indigner les belles âmes plumitives de garde pendant les congés d’été. Madame Pulvar, directrice de la rédaction des Inrockuptibles, saisit l’occasion de démontrer combien elle est indépendante de son ministre de compagnon : elle critique vertement les démantèlements de camps sauvages de Roms, et l’expulsion vers leur pays d’origine de ceux d’entre eux qui se trouvent en situation irrégulière. « Cher François, on n’a pas voté pour ça ! », s’étrangle l’ex-chroniqueuse de Laurent Ruquier, qui ne semble pas percevoir que les électeurs de gauche ne sont pas tous ravis de voir se développer les occupations sauvages de terrains privés dans les campagnes et la mendicité, le vol à la tire et les petites arnaques de rues dans nos villes.

Fort du soutien de la grande majorité des élus, de droite comme de gauche, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’a pu faire autrement que poursuivre, la rhétorique en moins, la ligne adoptée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant[access capability= »lire_inedits »]. Le droit français et communautaire est sans équivoque : tout citoyen d’un pays de l’UE qui ne peut justifier, au bout de trois mois de séjour dans un autre pays-membre, de revenus licites lui permettant de vivre décemment, peut faire l’objet d’une mesure d’expulsion vers son pays d’origine. Cela concerne les Finlandais, les Luxembourgeois et les Bavarois autant que les Roumains et Bulgares, roms ou pas. Cependant, les statistiques sont formelles : on expulse mille fois plus de Roms des Balkans que de ressortissants des pays nordiques, et ce serait la preuve de la stigmatisation intolérable dont les premiers seraient les victimes dans la prétendue patrie des droits de l’homme.

À partir de là, la logique binaire peut se mettre en marche : d’un côté les sans-cœur, insensibles à la misère du monde, qui font donner la police et les bulldozers dans les bidonvilles périurbains, et de l’autre les chevaliers blancs de la compassion universelle.
Cela fait pourtant un bail que les sociétés européennes sont confrontées à la présence en leur sein de ces tribus venues d’Inde au XIVe siècle, et qui ont conservé depuis lors une remarquable homogénéité linguistique et culturelle. En butte à l’hostilité des populations sédentaires qui attribuent – parfois à raison – à ces populations nomades toutes sortes de crimes et délits, ces Roms, Tziganes ou Bohémiens sont l’objet de mesures répressives (servage, envoi aux galères) jusqu’à ce que les régimes issus des Lumières tentent de les sédentariser et de les intégrer à la communauté nationale. Dans l’ensemble, c’est un échec, et les divers groupes de Roms maintiennent leur mode de vie et leurs coutumes : nomadisme, endogamie, refus de l’éducation hors du groupe.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, leur survie économique était assurée par les « dividendes du nomadisme », qui leur permettaient de rendre quelques services dans un espace rural demeuré à l’écart des flux de marchandises : savoir-faire spécifiques, comme ceux des rétameurs, rémouleurs et rempailleurs de chaises, amélioration de la qualité génétique du cheptel par l’apport de chevaux venus d’ailleurs…
Dans une France où la majorité des enfants quittait l’École à 12 ans, on ne se préoccupait pas de la scolarisation des enfants de « Bohémiens », et la gestion de ces populations se limitait à sa surveillance policière au moyen du « carnet de circulation », encore en vigueur aujourd’hui.

Le déclin, voire la disparition des petits métiers qui assuraient la survie matérielle des Roms de France, a eu pour conséquences leur paupérisation et la mise en place d’un système de débrouille économique fondé sur la perception des minimas sociaux augmentés de revenus de travaux occasionnels ou saisonniers, la plupart du temps non déclarés. Le grand nomadisme (errance sur des aires géographiques étendues) a fait place au semi-nomadisme (hiver dans une aire de stationnement publique ou privée, printemps et été en déplacement). Certains groupes, enfin, se sont définitivement sédentarisés, sans pour autant abandonner leur structure clanique et tribale.

Face à cette situation, les responsables politiques français de tous bords ont tenté d’appliquer à ces populations les principes républicains, et de mettre à leur disposition les services publics dont bénéficient les autres citoyens français : éducation, santé… À la fin du siècle dernier, un ministre socialiste, Louis Besson, fut à l’initiative d’une loi obligeant les autorités locales à aménager des aires de passage et de stationnement pour les « gens du voyage ». Dans chaque académie, une structure spécifique s’occupe de mettre au point des formules permettant d’adapter la scolarité des enfants au mode de vie des groupes nomades ou semi-nomades. On serait en peine de trouver, dans des pays européens comparables, un tel souci d’adaptation à une réalité anthropologique complexe. Plus que dans les pensums de sociologie bien-pensante qui se plaisent à dénoncer la mise sous surveillance foucaldienne des populations roms par l’État qui surveille et punit, c’est dans les bilans modestes, mais réalistes des acteurs de terrain que l’on peut débusquer la réalité[1. Voir par exemple, le rapport du Centre Académique pour la Scolarisation des Nouveaux Arrivants et enfants du Voyage de l’Académie et du Rectorat de Montpellier.]. Et celle-ci est éloquente : en dépit de l’argent dépensé, de l’ingénierie sociale et pédagogique mise en œuvre, la puissance publique se heurte au roc de l’anthropologie. Les filles continuent à se marier à 15 ans avec des garçons de 17 ans, la promotion par l’École est dévalorisée face à la loi du groupe, ce qui ferme la porte à l’émancipation des individus.

L’arrivée massive de Roms d’Europe orientale a, de surcroît, rendu plus visible une situation que l’État-providence avait réussi à masquer pour ses Roms nationaux, que l’on avait sortis des rues pour les faire passer au guichet du RSA et des allocations familiales. Aujourd’hui, l’Union européenne a lancé un vaste programme visant à l’intégration des Roms dans les sociétés des pays-membres – objectif qui a tout d’un oxymore. Des sommes énormes sont mises à la disposition des pays qui se conformeront aux directives de l’UE dans ce domaine : lutte contre les discriminations, programmes d’éducation et d’intégration etc. Encore faudrait-il que les principaux intéressés comprennent que l’intégration, comme le tango, se pratique à deux : chacun doit y mettre du sien. On en est loin.[/access]

Consignes pour un citoyen responsable

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1. Toujours se garder de bien distinguer entre islamisme et islam. Un fanatique ne peut pas être musulman.

2. Se réjouir de l’explosion démographique en France. Même si vivre, c’est s’exposer à pas mal de déconvenues, participer au redressement moral et industriel de son pays est incroyablement excitant….surtout en période de crise.

3. Ne jamais douter que l’Euro nous sauvera …. dans dix ou vingt ans peut-être. Mais que sans lui nous serions ruinés demain.

4. Un Noir teinté de socialisme est toujours préférable à un Mormon qui a fait fortune dans les affaires.

5. Répéter à l’envi que Jean-François Copé est le fils naturel de Sarkozy et de Marine Le Pen.

6. Cracher sur les riches entrepreneurs qui délocalisent. Délocaliser est un mal. L’exil fiscal un déshonneur. Le peuple français est un grand peuple qui n’a nul besoin des nantis et moins encore des aigrefins de la finance.

7. Même si le monde entier trouvait que le chemin emprunté par la France est ridicule ou suicidaire (ou les deux à la fois), le citoyen français ne doutera pas : le jour viendra où son pays, le pays des Lumières, des droits de l’homme et de l’exception culturelle retrouvera son aura et son rôle précurseur.

Un putsch en Grèce : la faute à Chavez ?

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Hugo Chavez réélu au Venzuela. Et la Grèce ?

Il y a eu un putsch en Grèce. Il fallait s’y attendre. On ne bafoue pas impunément l’indépendance nationale d’un pays, sa fierté séculaire à coups de memoranda fouettant les populations locales jusqu’au sang. Un De Gaulle grec a dû se réveiller quelque part dans une caserne perdue de Béotie, de Macédoine ou d’Argolide. Il regardait mélancoliquement la cour, voyait deux chars à bout de souffle, des soldats dépenaillés, désœuvrés, qui attendaient leur solde, il venait d’apprendre, aussi bien, que l’îlot où il allait pêcher avec son grand père, près d’Eubée, allait être privatisé. Pas privatisé, non, puisque la constitution l’interdit mais juste loué pour une soixantaine d’années à un quelconque conglomérat touristique qui en fera une marina sécurisée pour rentiers allemands et traders retirés des affaires à vingt-neuf ans. Ou alors un coup de téléphone lui avait annoncé que pour sa gamine qui devait être opérée des yeux, cela ne pourrait pas se faire à l’hôpital de Patras, qui venait de fermer pour raison budgétaires.

Alors, foutu pour foutu, pourquoi ne pas faire comme ce lieutenant-colonel vénézuélien, comment il s’appelait déjà, ah oui, Chavez… Ça ne lui avait pas mal réussi. Il avait raté une première fois mais au moins, lui, il s’était fait réélire six fois, contre le monde entier qui le détestait et expliquait quel dictateur c’était et aussi contre une opposition incarnée par un leader jeune, moderne et de centre gauche regroupant une coalition allant de Louis Aliot à Pierre Moscovici. De « centre gauche », Henrique Capriles Radonski ? Ah bon, c’était pourtant Capriles, lors du coup d’état de quelques heures en 2001 pour virer Chavez et mettre à sa place le patron des patrons vénézuéliens, qui avait envahi l’ambassade de Cuba pour commencer la chasse aux chavistes éventuellement réfugiés là. De centre-gauche… à condition d’admettre que Capriles est au centre-gauche ce que Lénine était à l’économie de marché…
Mais revenons au putsch qui vient de se produire à Athènes. Il est incontestable : des hélicoptères survolent Athènes sans cesse ce lundi. Le quartier autour de la place centrale Syntagma est bouclé à la circulation et des barrières en interdisent l’accès aux piétons. Des patrouilles policières sillonneront le centre-ville, tandis que l’aéroport d’Athènes, les ambassades allemandes et autres sociétés européennes seront placées sous haute surveillance. La police portuaire mobilise actuellement quelque 300 personne pour assurer la sécurité du front de mer d’Athènes et accentue sa surveillance en le faisant sillonner par des bâtiments qui ont leur armes tournées vers la ville. 6500 membres des troupes anti-émeutes sont déployés dans les rues sillonnées par des canons à eau en attendant, sans doute les chars.

À moins que…. À moins que ce putsch ne soit pas le putsch d’un De Gaulle grec mais celui d’un héritier des sinistres colonels qui prirent le pouvoir en 67 et exercèrent une dictature féroce jusqu’en 74 quand ils s’effondrèrent d’eux-mêmes à cause de l’invasion turque à Chypre. Là, ce serait moins bon signe. Mais il faut examiner cette hypothèse. On sait que, comme en 67 à Athènes et en 73 à Santiago du Chili, quand le libéralisme a un peu de mal à expliquer qu’il fait le bonheur des peuples grâce au doux commerce, il n’hésite parfois pas à enfermer les étudiants dans les stades, à jeter les opposants vivants du hauts des avions, bref à procéder à quelques aménagements avec les libertés publiques, histoire de faire passer les indispensables réformes et les nécessaires aménagements structurels. Amen.

Mais non, mais non, on m’indique dans l’oreillette qu’il ne s’agit pas d’un putsch à Athènes. C’est simplement une visite d’Angela Merkel qui va se faire voir chez les Grecs mardi. Son extrême popularité dans la région explique ces quelques précautions.
D’après les termes officiels, Angela Merkel va tenter de transmettre « un message de solidarité » au peuple grec et au dirigeant conservateur du gouvernement de coalition, Antonis Samaras, qu’elle doit rencontrer en début d’après-midi. Une solidarité qui n’oubliera pas de préciser gentiment mais fermement à un Etat dont les caisses seront vides en novembre que sans changements radicaux et sans économies, la tranche d’aide de 31, 5 milliards d’euros ne sera pas versée.
Vous voyez bien, tout cela n’a rien à voir avec un pustch. Vraiment pas.

On n’est pas au Venezuela, chez nous…

*Photo : ¡Que comunismo!

Amour toujours, je suis pour !

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amour mariage gay

Il y a les partisans de la vieille école, celle où le mari se trouve être aussi le père des enfants. Bambins qui, à défaut d’être enfantés dans la douleur, furent conçus dans le plaisir, sans le recours à quelque technologie que ce soit. Il n’est guère difficile, après la naissance du premier, de laisser à nouveau entrer les cigognes, car dans la vieille école, les enfants vont tôt au lit et laissent les parents redevenir des amants.
Dans cette vieille école, lorsque l’on disait « Je t’aimerai toujours », cela ne voulait pas dire « Je t’aimerai toujours sauf si je ne t’aime plus », mais « Je trouverai toujours en moi la force de souffler sur les braises pour ranimer notre amour, s’il venait à s’essouffler ».

Cela commence comme un joli conte, non ?
Seulement, la réalité est souvent plus prosaïque.[access capability= »lire_inedits »] Il faut faire avec les chaussettes sales, les réunions de parents, la belle-doche, la varicelle, les collègues, le lave-vaisselle et les fins de mois ! On manque un peu de souffle pour les braises, par moment…
Dans ces conditions, comment faire pour ne pas rejoindre la cohorte des décomposés ?
Pour les croyants (ou les militaires), il y a le principe de l’engagement. Ça peut tourner au cauchemar, certes, mais ça tiendra, coûte que coûte. Façon « Radeau de la Méduse », peut-être, mais ça tiendra ! N’ironisons pas. Il n’est pas inutile de rappeler que les personnes auprès desquelles on s’est engagé y ont cru, et que décevoir les autres n’est pas un objectif pour la vie. Trop de serments tuent les serments : soyons parcimonieux dans nos engagements, mais tenons ceux que nous avons pris, si minimes soient-ils.

Pour les psycho-branchés, il y a la théorie des projets. Faites des projets, cela vous soudera ! Lesquels ? Peu importe ! Racheter Chambord, faire le tour du monde en kayak, décrocher un Prix Nobel de physique, mettre au monde des sextuplés, gravir l’Annapurna sur les genoux ou boucler le périph en 20 minutes un vendredi à 17 heures, peu importe ! Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus loin ! Tandis que vous mitonnerez vos projets à l’ombre de la treille du jardin en savourant votre Pastis, votre couple se composera, et c’est ça l’objectif, parce que franchement, Chambord, hein, vous en feriez quoi ?
Pour les conscientisés politiques, organisez une bonne manif à vous deux, joue contre joue, et le tour est joué. Une manif pour quoi ? Ne soyez pas ballot, les sujets ne manquent pas : pour l’érection de plaines de jeux dans les quartiers sensibles ; ou des pistes cyclables ; ou contre l’islamisation de la France ; ou une marche contre Bruxelles ; ou pour la défense de l’euro ; ou pour le droit des femmes ; ou contre la vivisection ; ou pour le mariage gay ; ou pour Megaupload… Bref, c’est peu de dire qu’on a le choix. Imaginez-vous susurrant à votre moitié : « Tu sais, chéri, j’ai encore obtenu 400 signatures aujourd’hui, sur ma cyberpétition ! » « Oh, mon amour, tu es trop forte ! » Et zou !

Pour les artistes frustrés, il y a les stages. De céramique, d’art dramatique, d’écriture, de tissage voire, pour les moins doués, de pâte à sel. En général, ils se déroulent dans les Cévennes, histoire d’ajouter l’ennui à l’ennui. Mais entre les répétitions et le séchage de la terre glaise, cela laisse du temps pour tromper l’ennui à deux.

Pour les fashion-friqués, on ne saurait trop conseiller un week-end à Amsterdam chez les designers zinzins, suivi de près par un défilé de mode à Rome. C’est idiot, évidemment, mais pas plus que le stage de macramé ou la manif anti-nucléaire, et ça permet de faire des pauses dans les aéroports. Qui n’a pas érotiquement testé les toilettes handicapés d’un aéroport ne connaît rien à la vie !
Et puis, il ya la vieille école. Celle où l’on presse des agrumes chaque matin pour sa dulcinée, même si, franchement, qu’est-ce qu’elle fout toujours au plume à cette heure-ci ! Où l’on mitonne pendant des heures du bœuf bourguignon, même si l’on n’aime pas trop ça, mais lui oui. Où l’on accepte de papoter toute une soirée, alors que passe à la télé la version remastérisée de 2001, Odyssée de l’espace et qu’on a investi dans un grand écran juste pour ça ! Où l’on passe une soirée de martyr avec les collègues de sa boîte dans la robe verte et jaune qu’il nous a offerte et qui nous va comme une tenue de cosmonaute, tout sourire. Ou l’on monte une étagère dans le cagibi parce qu’elle en a trop marre de ne jamais pouvoir rien ranger dans cette cambuse. Où l’on reste seule avec un enfant malade parce qu’il a vraiment trop envie de voir ses potes. Où l’on ferme les yeux sur les chaussettes sales, la belle-doche et les fins de mois.

Dans la vieille école, quand un jeune homme aux yeux trop clairs ou une jeune fille aux cheveux trop blonds ont fracassé le couple comme une assiette de porcelaine, on ne le jette pas dans les poubelles triées. On le répare.[/access]

*Photo : par pareeerica.

Claude Pinoteau est mort

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Claude Pinoteau est mort. Il révéla Sophie Marceau dans La boum

Claude Pinoteau était un bon réalisateur, un bon professionnel et un bon faiseur à la manière d’un Henri Verneuil ou d’un Philippe de Broca. Ca n’a l’air de rien mais ça veut dire beaucoup dans une production actuelle où le moindre gugusse déborde de prétentions artistiques et n’a qu’un objectif : dénoncer les atrocités du monde moderne. Éveiller nos consciences, la belle affaire ! Entre une génération de réalisateurs « engagés » et des âneries industrielles filmées à la truelle, Pinoteau incarnait un cinéma certes commercial mais de qualité. J’oserais presque dire de tradition française.

Il a magnifiquement filmé la bourgeoisie parisienne des années 80 dans ses deux volets de La Boum. Claude Brasseur en dentiste quadra infidèle, Brigitte Fossey en illustratrice de presse exaltée et Bernard Giraudeau en séduisant professeur d’allemand sont les marqueurs d’une société qui a aujourd’hui disparu. La mondialisation a englouti nos derniers repères sociaux. Dans quelques années, des étudiants en sociologie regarderont cette comédie sentimentale comme un objet historique, la fin d’un monde heureux, les ultimes roucoulements des Trente Glorieuses.

C’est ce qui explique en partie le succès de cette saga multi-rediffusée à la télévision : le spectateur prend une bouffée vivifiante de nostalgie, il y a des Matra Rancho dans les rues, des week-ends au Grand Hôtel de Cabourg, une grand-mère un peu louf au volant, des parents au bord du divorce, un séjour linguistique en Allemagne et des vacances aux sports d’hiver. La belle vie à la sauce giscardo-libérale, cocktail explosif de mœurs plus libres et d’une société de consommation flamboyante ! Le rêve à portée des classes moyennes. Pinoteau montrait alors à des milliers de famille la voie de la réussite où seules les intermittences du cœur égratignaient la vie quotidienne. C’était avant que l’ascenseur social ne commence sa chute abyssale.

Le Pinoteau des années 80 ne dénonçait pas le racisme ambiant, la lutte des classes ou la dérive des continents, il racontait des histoires solides, instillait des émotions justes et surtout découvrait de jeunes comédiennes à l’écran. Nous étions en pleine guimauve, c’était politiquement correct et diablement réconfortant. Les modeux avaient tendance à railler ce cinéma à papa, si peu subversif à leur goût, et pourtant, le grand public, lui, raffolait de cette vie idéalisée, de ses bons sentiments et de son indispensable happy end sans quoi une sortie au cinéma s’apparente à du vol organisé. A Montceau-les-Mines ou à Vierzon, les mères de famille trouvaient que Brasseur cintré dans son imperméable était terriblement attirant. On lui donnait à l’unanimité le César du meilleur acteur interprétant une profession libérale. En vétérinaire, en chirurgien-dentiste ou en écrivain, Brasseur faisait monter le thermomètre des chaumières. Désinvolte, hâbleur, attendrissant, d’une mauvaise foi épidermique, il était parfait. Quant à Brigitte Fossey, elle avait cette fêlure des femmes trompées qui sublime et érotise l’amour. Et puis, Pinoteau était à l’origine du phénomène Marceau.

Un naturel désarmant, un charme fou, une bouille d’ange, des intonations à la Claudia Cardinale, une innocence que Pinoteau saura moduler au fil de leur collaboration. Sous l’œil du réalisateur, dans L’Etudiante en 1988, l’actrice n’aura jamais été aussi désirable et sincère, si ce n’est dans Descente aux enfers de Francis Girod où son potentiel érotique fulminait. Pinoteau était un formidable accoucheur de talents, en 1974, il avait déjà saisi toute la dramaturgie et l’incandescence d’Isabelle Adjani dans La gifle. Plus tard, il mit en lumière la trop rare Elisabeth Bourgine, délicieuse de justesse et de fragilité. Pinoteau aimait filmer les femmes en devenir, il magnifiait leur jeunesse, saisissait sur pellicule leur pouvoir de séduction pour les rendre inoubliables. Si les actrices débutantes l’inspiraient, il rendait également les autres comédiennes encore plus émouvantes. On se souviendra longtemps des regards de Léa Massari, Nicole Courcel ou Annie Girardot capturés par la caméra délicate de Pinoteau.

Provocation islamophobe, le retour…

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Mounir fatmi : islamophobie à Toulouse ?

À Toulouse, on n’a pas marché sur le Coran, on a marché sur une projection du Coran, et sans le faire exprès. La prochaine fois, il suffira peut-être de regarder de travers le Coran pour voir des foules de musulmans fulminants venir jusque dans nos rues effrayer nos fils et gifler nos compagnes. Je ne crois pas que les quatre-vingt mahométans vociférants aient été heurtés dans leur foi, comme on dit chez les croyants susceptibles. Je crois plutôt que ces jeunes « sensibles » en djellaba et en capuche sont sortis de leur réserve et de leurs quartiers pour chercher la bagarre. Nous dira-t-on cette fois-ci que l’œuvre du Marocain exposée par la mairie socialiste de Toulouse était une provocation islamophobe ? En tout cas pas au-delà des milieux islamistes, la nationalité et la culture de l’artiste nous en préservent et c’est tant mieux. Et peut-être aussi la couleur politique de la ville rose. Si l’événement provoqué par l’évènementiel avait eu lieu dans une municipalité bleue, voire bleue marine, imaginez les commentaires.

On ne parlera pas non plus de choc des civilisations – pas au-delà des milieux islamophobes en tout cas. Et pourtant, on devrait. On pourrait même parler de choc entre une civilisation et une religion conquérante et guerrière, mais je m’en tiendrai à la formule de Samuel Huntington pour ne pas heurter la sensibilité de l’autre dans sa foi. Ces concitoyens et coreligionnaires de Mohamed Merah ont giflé une passante qui avait marché – espérons pour elle que ce fut du pied gauche – sur une projection de versets. Une claque, ce n’est pas la prise de Constantinople, je vous l’accorde. Mais à quoi faut-il attribuer la modération de cette démonstration de force ? Aux enseignements d’une religion de paix et de tolérance ou à leur petit nombre et à l’intervention d’une compagnie de CRS ? La force républicaine a contenu les malotrus qui sont rentrés impunis dans leurs zones d’éducation prioritaire, en attendant de nouvelles manifestations de leur galanterie et de leur courage. Le pont qui a servi de scène au crime de lèse-féminité surplombe la Garonne. En d’autres temps, les membres de cette branche nationale du djihad mondial qui nous fait la guerre seraient repartis à la nage, pour ceux d’entre eux qui savent nager. Pour la répression, ce ne fut pas la bataille d’Alger, accordez-le moi.

Les autorités ont exprimé des regrets et présenté des excuses : le projecteur se serait déclenché par erreur ou par l’opération d’un esprit farceur, et les écritures saintes n’auraient pas dû tourner en rond sans précautions pédagogiques et barrières de sécurité. Il est vrai que pour les adultes occidentaux sains d’esprit qui ont pris l’habitude de marcher dans les rues, nez au vent et à visage découvert sans regarder où ils mettent les pieds par crainte du blasphème, ces mesures s’imposaient. Pour finir, l’artiste ou les animateurs culturels, ou les deux, ont reculé devant les troubles et donc devant les fauteurs de troubles en déprogrammant l’œuvre. Et ce truc artistique, juste bon à nous casser les codes avec l’argent des impôts de France et de Navarre, a été jeté aux poubelles déjà pleines de l’histoire de l’art contemporain. On ne s’en plaindra pas en l’occurrence, mais c’est ainsi que les régressions avancent et s’imposent.
Ces jeunes islamistes Français – et c’est un problème car ils ne sont ni expulsables ni raisonnables – nous livrent une guerre d’intimidation qu’ils sont en train de gagner. Si nous ne défendons pas notre liberté d’expression, même celle de produire des conneries pour les jeter à la face du peuple consterné, nous allons devoir marcher sur des œufs ou ne plus marcher du tout s’ils sont halal. Puisque tout peut être matière à offense pour les uns ou les autres, mais en la matière certains se distinguent plus que d’autres, si nous ne mettons pas le holà très vite en rappelant que dans le monde libre, qui invite le monde entier mais n’oblige personne à rester, on peut se torcher avec le Coran, se moucher dans la Torah ou jouir dans une réplique de la petite culotte de la sainte vierge – si toutefois elle en portait car les théologiens sont plutôt avares de ces détails croustillants – nous aurons perdu. Si nous ne tenons pas en respect les cul-bénits obscurantistes et susceptibles de toutes obédiences, nous perdrons cette guerre des idées acquises contre les vérités révélées et intouchables, bataille après bataille pour ne pas les avoir livrées.

L’inertie est parfois la meilleure réponse à l’intimidation et la force d’inertie peut parfois décourager les attaques, mais la nôtre est faible, nous ne sommes inertes qu’en apparence : en réalité, nous nous replions. Nous ne sommes pas des rocs décidés à ne pas céder un pouce de terrain libéral et libéré de l’emprise de nos religions et du respect pour le sacré, nous sommes des pierres qui roulent, poussées lentement par des menaces de troubles à l’ordre public sur une pente qui pourrait être fatale à nos modes de vie. Quand nous prenons des libertés, on nous somme de prendre nos responsabilités, et le spectre du risque de manifestations, d’émeutes, de dégradations et de violences hante déjà tous ceux qui s’expriment dans l’espace public, des intellectuels aux artistes ou aux humoristes à ceux qui les exposent, des éditeurs aux décideurs culturels ou politiques. Sans solidarité, sans la protection que donne aux individus qui s’exposent un peuple déterminé, uni dans la résistance ou dans la bagarre, la prudence finira par s’imposer, et la liberté qui s’use si l’on ne s’en sert pas, par s’effacer.
Les jeunes musulmans toulousains venaient de la banlieue : pour ces racailles islamisées en surface mais radicalement, pour cette frange d’une population dont la culture puise ses racines dans des mythes guerriers et une histoire conquérante, la modération (ou l’absence) de nos ripostes est un signe de faiblesse et le ventre mou de la démocratie ne demande qu’à être enfoncé. Autrefois, les guerriers de l’islam surgissaient du désert, plus récemment ils descendaient des montagnes afghanes, aujourd’hui, tous les prétextes sont bons à nos petits talibans pour sortir de leurs quartiers et nous cracher à la gueule qu’ils nous haïssent et qu’ils nous détruiront.

À l’école de la République, ces jeunes n’ont rien appris et rien obtenu et le monde du travail les a rejetés car les patrons évitent la racaille pour éviter les ennuis. Nous avons tout ce qui leur manque et en jouissons sous leurs yeux, notre monde brille, le leur est obscur, nos femmes sont libres et coquettes, les leurs sont assignées à résidence et éteintes sous les voiles, nous consommons les fruits de notre travail, ils attendent des aides en tenant des murs, et les milliards que nous allouons aux banlieues n’étancheront pas leur soif de haine et n’achèteront pas la paix. Ils ne feront qu’alimenter un ressentiment qui leur fait mordre la main qui les nourrit. Depuis le temps que nous tentons de les prendre par les bons sentiments, ils ont fini par nous prendre pour des faibles.
Parce qu’ils sont agressifs et menaçants, nous prenons nos distances. Parce qu’ils ont compris qu’ils ne peuvent séduire les femmes des centres-villes, ils les giflent. Parce qu’ils sont irrespectueux, nous ne les respectons plus. Et à défaut d’être respectés, ils aiment être craints. Ils ne sont pas essentiellement méchants mais déracinés et en marge d’une société qui, trente ans après « touche pas à mon pote », a envie de leur dire « touche pas à mon portable, à ma bagnole, à mon drapeau, à ma femme et à ma liberté », et qui pour finir ne peut plus les voir. Le djihad leur rend la « dignité » et l’identité qui leur manquent.

Un homme qui n’a rien n’a que son « honneur » et peut tuer pour un regard de travers. Un islamiste, même milliardaire, peut tuer pour une offense faite à son prophète. Alors rien ne le retient quand il est démuni. Ces jeunes n’ont rien à perdre, sauf un monde fait de femmes inaccessibles et de putes inabordables. Ils ont à gagner un au-delà plein de vierges soumises. Ils cherchent la bagarre et ils la trouveront tôt ou tard, parce que s’il faut être deux pour faire l’amour, il suffit d’être un pour faire la guerre. Si nous ne les arrêtons pas, les petites guerres deviendront des grandes. Par leur culture, leur religion, leur haine et leur envie, ils rêvent de conquérir notre monde. Avec la démographie, l’immigration et l’islamisation de notre société, leurs forces grossissent et le temps nous est compté. Une répression ferme et même disproportionnée de nos ennemis déclarés s’impose, tant que nous sommes les plus forts. Il ne faut pas craindre une solidarité des Musulmans ou un soulèvement dans les banlieues devant leur défaite et leur écrasement. Nous pouvons redouter en revanche une approbation tacite dans la population musulmane voire une fascination grandissante chez certains jeunes s’ils emportent des victoires par forfait sur notre laïcité. Un talon de fer sur la racaille islamiste remettrait de l’ordre dans les esprits et ainsi, nous inspirerions le respect à la majorité des musulmans attentistes qui vivent en paix et qui respectent surtout la force. Si nous tenons à ce que nous sommes et à ce que nous aimons, ce n’est pas le moment de lâcher la barre ou de quitter le navire. Elle est là, notre responsabilité.

Vers une taxe sur la malbouffe ?

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Ayant œuvré avec abnégation à emmerder les fumeurs et les producteurs de fromage au lait cru, les eurocrates sentent à présent un peu las, oisifs, vaguement déprimés ! Mais ces gens font partie de l’élite fière et ardente qui illumine le monde et ce passage à vide n’est déjà plus qu’un mauvais souvenir !

En effet, nos fonctionnaires européens plancheraient actuellement sur un nouveau projet qui devrait justifier leurs plantureux émoluments: la taxe sur la malbouffe !

Petit problème : qui va décider ce qu’est la malbouffe et sur base de quel critère ? On l’ignore encore. Verra-t-on unis dans un même destin taxé le hamburger dégoulinant, la choucroute bavaroise et le foie gras mi-cuit au Sauternes ? Qui sait….

Mais ce qui est le plus épatant, dans cette histoire, c’est l’idée même de taxe.

Les esprits simples pensaient qu’une taxe, c’était une sorte d’impôt pour un dommage ou une charge que l’on faisait peser sur la collectivité, telles les taxes sur les immondices ou sur le carbone. Ou alors, dans le cas de la TVA, c’était une participation volontaire des consommateurs au Trésor public qui, paraît-il, en a bien besoin.

Mais dans le cas de la malbouffe, ça devient nébuleux. Fait-on peser une charge sur la collectivité lorsque l’on s’enfile un hot-dog saturé de graisse ? S’enrichit-on outrageusement lors de la dégustation de frites-mayo ? Il semblerait que non.

Mais ce ne sont pas ces oiseuses considérations linguistiques, ces byzantines dissertations sur le sexe des mots qui feront reculer les créatifs taxeurs !

Tant pis pour la sémantique, taxe il doit y avoir, taxe il y aura ! La junkfood menace les valeurs fondatrices de l’Europe, l’urgence absolue du moment, c’est donc de moraliser les cheeseburgers !

À quoi sert Monsieur Moussaoui ?

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Mohamed Moussaoui du CFCM contre Jean-François Copé

C’est un fait, notre président de la République semble obsédé par le détricotage de l’ensemble de l’œuvre de son prédécesseur. Néanmoins un artefact sarkozyste semble échapper à la vindicte liquidatrice de François Hollande : le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), qui se révèle, année après année, être uniquement une organisation de lobbying « anti-islamophobe », aux antipodes, donc, de son intitulé cultuel et de sa vocation initiale de structuration d’un islam de France en phase avec les valeurs de la République.

Ainsi après l’intervention spectaculaire des forces de police contre le réseau terroriste impliqué dans l’attentat de Sarcelles, et après la réception des autorités juives à l’Elysée ce dimanche, le président du CFCM s’est-il fendu d’un communiqué très en deçà du minimum syndical républicain.

Certes, Mohamed Moussaoui a exprimé son indignation et assuré les juifs de France de sa « solidarité fraternelle », mais Dieu que tout ça est platonique, car pas suivi d’actes concrets, ni même de l’annonce tonitruante d’actes concrets qu’on peut oublier sitôt prononcés, dans les meilleures traditions universelles de la politique.

Ce minimum du minimum-là, son frère ennemi Dalil Boubakeur, lui, s’y est tenu. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris a ainsi appelé, ce même dimanche, les organisations musulmanes chargées du culte « à réfléchir aux solutions pouvant permettre d’éviter la propagation d’activités terroristes contraires aux valeurs de la République et aux principes humanistes de l’islam ». Le recteur a carrément enfoncé le clou en rappelant une certaine affaire Merah que beaucoup semblent avoir oublié, six mois seulement après les tueries de Toulouse et Montauban : « Cette affaire, loin d’être isolée et exceptionnelle, révèle malheureusement la présence et la formation de nouveaux candidats à la radicalisation d’un islam djihadiste ». Et c’est bien de la France qu’il parlait.

On cherchera en vain l’esquisse d’une telle démarche, ou annonce de démarche, dans le prêche dominical de M. Moussaoui. Il est vrai qu’elle aurait eu valeur d’autocritique, un exercice dont ce président-là n’est guère friand. Et puis surtout, on ne peut pas courir deux lièvres à la fois, et le gibier qui ce jour-là préoccupait le CFCM n’était pas les franco-djihadistes mais Jean-François Copé.

Je ne suis bien sûr pas dupe du néo-laïcisme « décomplexé » de l’actuel chef de l’UMP. Cet aggiornamento cousu de fil blanc, vise bien plus le laissez-fairisme supposé de François Fillon que les talibanets de banlieue brandissant leur Coran pour bouter les pains au chocolat hors des cités. On aurait été nettement plus convaincu de sa sincérité si Copé avait sonné le tocsin à chaud, en plein consensus médiatico-politique du Ramadan qui, n’est-ce pas, a pour vocation première de rapprocher les communautés.

Mais halte au feu, je cesse là de flinguer Copé car bien d’autres s’en chargent, et à balles réelles : toute communicante qu’elle soit, cette conversion soudaine de notre néo-néogaulliste aux valeurs basiques de la République, y compris la défense subséquente du droit à l’athéisme glouton au pied des barres HLM a brutalisé tout ce que notre pays compte d’oreilles chastes, depuis l’inexistant François Baroin (« Ces petites phrases sont toxiques et dangereuses et altèrent le pacte républicain ») jusqu’à la dégoulinante Anne Roumanoff qui ce matin a abandonné sur Europe 1 toute velléité comique pour éditorialiser solennellement sur la marinisation des esprits et conclure de son ton le plus concerné qu’ « elle ne mangeait pas de ces pains-là ». Bon appétit, Madame !

On s’en doute, les pieuses oreilles de l’auguste Moussaoui ont été elles aussi horrifiées par la sortie du croisé seine-et marnais. En vertu de quoi le président du CFCM a fort logiquement déduit de l’affaire Jérémie Sidney vs la France qu’il fallait que sa religion et les pratiques qui, d’après lui, doivent en découler cessent d’être « une source permanente de polémiques et de débats publics dont certains contribuent, malheureusement, à nourrir la stigmatisation et le rejet de l’autre ».

Nous qui nous sustentons en plein Ramadan, et même, pardon maman, en plein Kippour, nous voilà accusés de nous nourrir de stigmatisation, ce qui est bien pire pour la santé que le régime Dukan.
Eh oui, les amis, car le problème, le seul problème ce n’est pas la multiplication des « nouveaux candidats à la radicalisation d’un islam djihadiste » contre laquelle nous met en garde Dalil Boubakeur, non, la vraie urgence c’est d’empêcher les zabominables zamalgalmes, comme l’exige Moussaoui : « Au moment où des membres de réseaux extrémistes (…) font l’objet d’interpellations, le CFCM en appelle à la conscience et à la responsabilité de chacun afin d’éviter tout amalgame avec l’ensemble des musulmans qui sont profondément affectés par l’instrumentalisation faite de leur religion par ces individus ».

En conséquence de quoi le CFCM appellera les cinq millions de musulmans de France à descendre dans la rue dès ce soir pour prouver aux terroristes qu’eux non plus ne mangent pas de ce pain-là. Non, là, je blague…

*Photo : Mohamed Moussaoui (Medef).

Copé-Fillon : chacun son style

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François Fillon contre Jean-François Copé à l'UMP

On ne le répétera jamais assez, l’élection à la présidence de l’UMP se jouera sur une opposition de styles. Les efforts déployés par les uns et les autres pour nous expliquer que Copé est plus à droite que Fillon, que Fillon serait plus gaulliste, voire gaulliste social -rires dans la salle- ne convaincront que des personnes à l’oeil politique très peu averti. Cette conviction est parfaitement illustrée par l’affaire dite du pain au chocolat, profondément révélatrice des stratégies respectives des candidats.

Copé a entamé un tour de France des fédés UMP afin de vendre sa « droite décomplexée », titre de son livre sorti à l’occasion de la campagne interne. Visiblement, Copé a lâché les chevaux dans le bouquin en question et les journalistes, qui sont loin de l’avoir tous lu, découvrent au fur et à mesure des discours, les nouveaux thèmes du candidat. C’était déjà le cas du « racisme anti-blanc », c’est aussi le cas de cette histoire de pain au chocolat, évoquée page 41 du livre, comme l’a noté le journaliste d’iTélé, Florent Peiffer. Seulement voilà, personne ne l’avait remarqué. Du coup, à Draguignan, Copé a demandé à ce que cette phrase soit absolument twittée parmi les extraits de discours sur le réseau social. L’appât a parfaitement fonctionné. Les twittos se sont jetés dessus et en moins de douze heures, le pain au chocolat de Copé faisait la une des flashs radios. Ainsi, avec la complicité involontaire de tous ceux qui se sont indignés de sa phrase sur le réseau twitter, Copé a pu montrer à quel point il était droitodécomplexé non seulement au militant varois mais aussi à celui de Châteauroux, Argenteuil et Valenciennes. Opération médiatique réussie.
Copé sait très bien que les militants UMP sont d’accord avec lui sur les thèmes liés à l’immigration, l’islam, la laïcité, l’intégration. Il suffit d’avoir adressé la parole à quelques uns d’entre eux pour se rendre compte que leurs différences avec les militants FN se situent davantage sur les sujets économiques et européens. La stratégie de Copé consiste donc à leur dire combien ils leur ressemble et qu’il n’a pas peur de l’afficher, lui- suivez son regard. Comme il a le sentiment d’être en retard sur son adversaire, il en fait des tonnes, et déçoit même les journalistes qui le prenaient pour un gentil garçon bien propre sur lui. Mais il sait que ce n’est pas à la rédaction de Marianne ni celle du Nouvel Obs que va se jouer l’élection. Et il sait que son destin politique se joue ces semaines. Alors il joue son va-tout.

François Fillon joue la stratégie radicalement inverse. Il sait qu’il est actuellement l’homme le plus populaire à droite, loin devant tous les autres, y compris Nicolas Sarkozy. Et il n’a pas tort de penser que son style discret, calme, son image d’homme pondéré plaisent aux électeurs de droite. Il sait que c’est justement parce qu’il se situe aux antipodes du style sarkozyste qu’il est apprécié. Les militants, qui rencontrent les électeurs de droite, le savent aussi. Ils ont beau être « droitisés » comme l’analyse Copé à juste titre, ils n’ont pas envie de perdre la prochaine élection présidentielle pour des raisons de comportement. De plus, Fillon a pour lui une plus grande expérience. Il a été premier ministre pendant cinq ans alors que le poste le plus important occupé par son adversaire est celui de ministre du budget.

Ainsi, Fillon ne répond jamais à Copé sur ces questions de racisme anti-blanc ou de pain au chocolat. Et pour cause, il connaît lui aussi très bien son militant de droite, de Draguignan, de Châteauroux ou d’ailleurs. S’il élude le fond, il critique néanmoins le style de Copé : « je ne l’aurais pas dit comme ça ». Continuer d’apparaître comme un homme d’Etat, et faire passer son adversaire pour un agité, un sous-Sarkozy, voilà donc la stratégie de Fillon.
Pour le reste, ils sont d’accord sur tout, absolument tout. Jusqu’au 18 novembre, on aura droit à ce ballet. On nous annonce même un face-à-face sur France 2 à l’occasion de Des paroles et des actes. Ce soir là, François Lenglet, le monsieur économie de l’émission, pourra rester à la maison. En revanche, Nathalie Saint-Cricq qui tient la rubrique « intimiste » et sonde les âmes et les coeurs, pourrait se révéler beaucoup plus utile que d’habitude.

*Photo : UMP photos.

Mon été à Lausanne

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Albert Cohen à Lausanne avec Heidi

I. Y a-t-il une place dans l’enfer pour moi et mes amis ?

Lausanne, en été, est une ville peu banale : le jour, elle est quadrillée par des mendiantes roumaines à l’allure de sorcières qui cèdent leur place, la nuit tombée, à de jeunes Noirs tout droit sortis de « Nollywood ». Ils se livrent à des trafics en tous genres sous le regard placide de la population locale qui goûte modérément la cocaïne, lui préférant sans doute une fondue moitié-moitié. Lausanne a encore des allures de campagne et ce qui vient d’ailleurs la déroute toujours un peu, mais elle veille à n’en rien laisser paraître.[access capability= »lire_inedits »] « Nollywood », peut-être faut-il le préciser pour ceux qui ne s’intéressent ni au cinéma, ni à l’Afrique, est la troisième industrie cinématographique mondiale. Installée au Nigeria, elle produit plus de 200 films par mois qui pourraient tous porter le même titre : « Y a-t-il une place en enfer pour moi et mes amis ? », non parce qu’ils sont financés par des évangéliques, mais parce qu’ils cultivent une esthétique de la déchéance et de la violence que Sam Peckinpah ne renierait pas. C’est donc à Nollywood qu’un jeune photographe sud-africain, Pieter Hugo, a portraituré les acteurs, sur un mode tout à la fois grotesque et terrifiant. Ainsi, cette femme zombie allongée sur le sol et dévorant une main… Pourvu que cela n’inspire pas les mendiantes roumaines regroupées autour de la place Saint-François ! Pieter Hugo est plus proche de Ballard ou de Cronenberg que de Peter Beard : il nourrit une méfiance instinctive envers la photographie et nous épargne tous les clichés de Out of Africa. C’est sur la route qui conduit à la piscine de Pully, au Musée de l’Élysée, que j’ai découvert cette alchimie subtile entre fiction et réalité qui tranche brutalement avec les visions convenues de l’Afrique. Du coup, les pourvoyeurs de drogues de la place Bel-Air ne m’apparaissent plus comme de simples dealers, mais comme de mystérieuses divinités posant à chaque passant la même question : « Y-a-t-il une place dans l’enfer pour moi et mes amis ? »

2. Heidi au Japon

Même si, devant le Palais de Justice de Montbenon, figure une statue de Guillaume Tell, il est rare qu’on croise à Lausanne un barbu son arbalète à la main, ce qui rendrait le shopping à la rue de Bourg assez pittoresque les jours de marché. Il faut donc se rabattre sur une autre incarnation de la mythologie helvétique, sans doute la plus populaire et la plus adulée dans le monde entier : Heidi. Avec ses tresses blondes et son âme pure, Heidi l’orpheline incarne à la fois les idéaux pédagogiques de Rousseau ou de Pestalozzi et la recherche d’un paradis perdu, celui de la Suisse primitive. Heidi, la petite fille modèle, est aussi une petite fille moderne : telle est la conclusion de l’essai de Jean-Michel Wissmer : Heidi, enquête sur un mythe suisse qui a conquis le monde (éd. Métropolis).
Paradoxalement, si le monde entier a adopté Heidi − et l’a adapté au cinéma (elle doit ses nattes blondes à Hollywood)− personne ne s’est intéressé à la créatrice de ce mythe, la Zurichoise Johanna Spyri qui, après une brève liaison avec Richard Wagner, se convertit au piétisme, religion du coeur et de la nature. Comment connaîtrait-on d’ailleurs Johanna Spyri puisque son nom ne figurait même pas sur les couvertures des premières éditions ? Heidi, c’est elle, la fillette née dans l’Oberland zurichois et qui découvrira, adolescente, les turpitudes de la grande ville.En parcourant le joli petit livre de Jean-Michel Wismmer dans le bus de la ligne 8 qui me conduisait à la piscine de Pully, je songeais à toutes les jeunes Heidi qui avaient agrémenté mes Bildungsjahre (années d’apprentissage) helvétiques. J’ai même, dans la chambre de mon hôtel, le numéro de téléphone de l’une d’elles, et j’hésite à l’appeler. Heidi, grand-mère ? C’est impensable. Et c’est pourtant le titre qu’a donné Réa à une suite de Heidi. Je ne l’ai pas lue, pas plus que je n’ai lu Heidi et ses enfants. Et je ne reverrai sans doute jamais Heidi. Plutôt jouer au tennis de table avec l’ami Joseph qui rêve d’être enterré dans un cercueil qui aurait la forme d’une raquette de ping-pong. C’est encore la meilleure façon de préserver son enfance…
Pas le cercueil, (encore que) mais le tennis de table à Pully-Plage. Certes, je pourrais aussi m’envoler pour le Japon où une véritable histoire d’amour s’est nouée entre ce pays et la petite fille des Alpes. Les Japonais ont même créé un « village Heidi » dans leurs montagnes et depuis 1920, date de la première traduction en japonais, leur passion pour la petite Suissesse ne s’est jamais éteinte. Il est vrai que les Japonaises, outre leur privilège de ne jamais vieillir − ou le plus tard possible − partagent avec les Suissesses le culte de l’ordre et de la propreté. Comme Heidi, qui range et astique tout, elles pratiquent avec ferveur les règles du bonheur domestique, règles qu’on aurait tort de railler tant elles procurent de satisfactions, légèrement perverses certes, mais bien réelles. Et je parle d’expérience. Peut-être n’y a-t-on pas prêté suffisamment attention, mais Heidi est la meilleure publicité jamais imaginée par l’Office du tourisme suisse pour attirer ses hôtes. Qui ne rêverait de rencontrer Heidi et de découvrir avec elle les plus beaux paysages du monde ? Décidément, Heidi a toutes les vertus. À chacun ensuite de lui inoculer ses vices.

3. Albert Cohen dans le bus

Il s’en est fallu de peu pour que j’appelle Heidi. Heidi maintenant grand-mère. Celui qui m’en a dissuadé n’est autre qu’Albert Cohen. Préventivement, j’avais emmené avec moi ses Carnets 1978, et j’avais été bien inspiré. Car, peu avant de composer, non sans anxiété, le numéro fatidique, j’avais ouvert les Carnets d’Albert au hasard et j’avais relu cette page 87 dans laquelle il relate comment, dans les bus genevois, immanquablement, des vieilles viennent s’asseoir à côté de lui, des vieilles bien laides, sans-gêne, dont le derrière frôle un peu le sien − « et c’est affreux », ajoute-t-il. Il en arrive à penser que les vieilles le repèrent, qu’elles complotent pour venir s’asseoir auprès de lui, ce qui lui donne la nausée. Il change alors de place, mais une autre, plus vieille encore, eczémateuse et bossue, pose le bas de son dos près de lui.
Il en conclut qu’il est traqué par ces vieilles, hélas ingambes, qui le recherchent dans les autobus et se signalent peut-être l’une à l’autre qu’il est là. Impossible de fuir… Où qu’il se tourne, la mort le guette.
Dans le bus, ligne 8, qui me conduit à la piscine de Pully, ce sont des ados qui crient, qui flirtent, qui s’esclaffent, qui se bousculent. Mais je suis d’accord avec Albert Cohen, même si le spectacle qu’ils offrent − surtout celui des filles aux longues jambes dorées en mini-short et débardeur moulant − damnerait le plus puritain des Vaudois : c’est déjà leur futur cadavre qu’elles exhibent. Si nous étions immortels, ce serait pire encore. Et pourtant, comment accepter que nous qui sommes, demain nous ne soyons plus ? Je me délecte de cette phrase d’Albert Cohen : « Quelle aventure que ce mobile que je suis soit bientôt immobile et pour toute éternité ! »
Impossible alors de ne pas penser à ces amis de mes étés lausannois, Jean-Marc Lorétan, l’écrivain, Alain Bloch, le cinéaste, Rainer-Michael Mason, le poète, Pierre du Bois, l’historien, tous déjà immobiles pour l’éternité. Sans oublier les filles, et d’abord Rachel, si précocement dégoûtée de l’existence qu’elle avait pris les devants en se jetant sous un train.
Alors, Heidi grand-mère ? Ce ne sera dans le meilleur des cas qu’une de ces vieilles qui s’accrochaient à Albert Cohen ou, au pire, un fantôme. Quelle démence de vouloir ressusciter le passé ! Mieux vaut encore manger un plat de viande séchée des Grisons en buvant trois décis de Goron au Café Romand, brasserie de la
place Saint-François sans laquelle Lausanne ne serait plus tout à fait Lausanne. Et si j’y rencontre Heidi, je feindrai de ne pas la reconnaître et me plongerai dans la lecture des Carnets d’Albert Cohen. Sans doute est-ce la principale vertu de la littérature : nous soulager du poids de la réalité.[/access]

*Photo : Yehohanan92

Roms : il faut choisir son camp !

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La question rom est de retour. En plein creux de la mi-août, disputant à la prière familialiste de Mgr André Vingt-Trois l’honneur d’indigner les belles âmes plumitives de garde pendant les congés d’été. Madame Pulvar, directrice de la rédaction des Inrockuptibles, saisit l’occasion de démontrer combien elle est indépendante de son ministre de compagnon : elle critique vertement les démantèlements de camps sauvages de Roms, et l’expulsion vers leur pays d’origine de ceux d’entre eux qui se trouvent en situation irrégulière. « Cher François, on n’a pas voté pour ça ! », s’étrangle l’ex-chroniqueuse de Laurent Ruquier, qui ne semble pas percevoir que les électeurs de gauche ne sont pas tous ravis de voir se développer les occupations sauvages de terrains privés dans les campagnes et la mendicité, le vol à la tire et les petites arnaques de rues dans nos villes.

Fort du soutien de la grande majorité des élus, de droite comme de gauche, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’a pu faire autrement que poursuivre, la rhétorique en moins, la ligne adoptée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant[access capability= »lire_inedits »]. Le droit français et communautaire est sans équivoque : tout citoyen d’un pays de l’UE qui ne peut justifier, au bout de trois mois de séjour dans un autre pays-membre, de revenus licites lui permettant de vivre décemment, peut faire l’objet d’une mesure d’expulsion vers son pays d’origine. Cela concerne les Finlandais, les Luxembourgeois et les Bavarois autant que les Roumains et Bulgares, roms ou pas. Cependant, les statistiques sont formelles : on expulse mille fois plus de Roms des Balkans que de ressortissants des pays nordiques, et ce serait la preuve de la stigmatisation intolérable dont les premiers seraient les victimes dans la prétendue patrie des droits de l’homme.

À partir de là, la logique binaire peut se mettre en marche : d’un côté les sans-cœur, insensibles à la misère du monde, qui font donner la police et les bulldozers dans les bidonvilles périurbains, et de l’autre les chevaliers blancs de la compassion universelle.
Cela fait pourtant un bail que les sociétés européennes sont confrontées à la présence en leur sein de ces tribus venues d’Inde au XIVe siècle, et qui ont conservé depuis lors une remarquable homogénéité linguistique et culturelle. En butte à l’hostilité des populations sédentaires qui attribuent – parfois à raison – à ces populations nomades toutes sortes de crimes et délits, ces Roms, Tziganes ou Bohémiens sont l’objet de mesures répressives (servage, envoi aux galères) jusqu’à ce que les régimes issus des Lumières tentent de les sédentariser et de les intégrer à la communauté nationale. Dans l’ensemble, c’est un échec, et les divers groupes de Roms maintiennent leur mode de vie et leurs coutumes : nomadisme, endogamie, refus de l’éducation hors du groupe.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, leur survie économique était assurée par les « dividendes du nomadisme », qui leur permettaient de rendre quelques services dans un espace rural demeuré à l’écart des flux de marchandises : savoir-faire spécifiques, comme ceux des rétameurs, rémouleurs et rempailleurs de chaises, amélioration de la qualité génétique du cheptel par l’apport de chevaux venus d’ailleurs…
Dans une France où la majorité des enfants quittait l’École à 12 ans, on ne se préoccupait pas de la scolarisation des enfants de « Bohémiens », et la gestion de ces populations se limitait à sa surveillance policière au moyen du « carnet de circulation », encore en vigueur aujourd’hui.

Le déclin, voire la disparition des petits métiers qui assuraient la survie matérielle des Roms de France, a eu pour conséquences leur paupérisation et la mise en place d’un système de débrouille économique fondé sur la perception des minimas sociaux augmentés de revenus de travaux occasionnels ou saisonniers, la plupart du temps non déclarés. Le grand nomadisme (errance sur des aires géographiques étendues) a fait place au semi-nomadisme (hiver dans une aire de stationnement publique ou privée, printemps et été en déplacement). Certains groupes, enfin, se sont définitivement sédentarisés, sans pour autant abandonner leur structure clanique et tribale.

Face à cette situation, les responsables politiques français de tous bords ont tenté d’appliquer à ces populations les principes républicains, et de mettre à leur disposition les services publics dont bénéficient les autres citoyens français : éducation, santé… À la fin du siècle dernier, un ministre socialiste, Louis Besson, fut à l’initiative d’une loi obligeant les autorités locales à aménager des aires de passage et de stationnement pour les « gens du voyage ». Dans chaque académie, une structure spécifique s’occupe de mettre au point des formules permettant d’adapter la scolarité des enfants au mode de vie des groupes nomades ou semi-nomades. On serait en peine de trouver, dans des pays européens comparables, un tel souci d’adaptation à une réalité anthropologique complexe. Plus que dans les pensums de sociologie bien-pensante qui se plaisent à dénoncer la mise sous surveillance foucaldienne des populations roms par l’État qui surveille et punit, c’est dans les bilans modestes, mais réalistes des acteurs de terrain que l’on peut débusquer la réalité[1. Voir par exemple, le rapport du Centre Académique pour la Scolarisation des Nouveaux Arrivants et enfants du Voyage de l’Académie et du Rectorat de Montpellier.]. Et celle-ci est éloquente : en dépit de l’argent dépensé, de l’ingénierie sociale et pédagogique mise en œuvre, la puissance publique se heurte au roc de l’anthropologie. Les filles continuent à se marier à 15 ans avec des garçons de 17 ans, la promotion par l’École est dévalorisée face à la loi du groupe, ce qui ferme la porte à l’émancipation des individus.

L’arrivée massive de Roms d’Europe orientale a, de surcroît, rendu plus visible une situation que l’État-providence avait réussi à masquer pour ses Roms nationaux, que l’on avait sortis des rues pour les faire passer au guichet du RSA et des allocations familiales. Aujourd’hui, l’Union européenne a lancé un vaste programme visant à l’intégration des Roms dans les sociétés des pays-membres – objectif qui a tout d’un oxymore. Des sommes énormes sont mises à la disposition des pays qui se conformeront aux directives de l’UE dans ce domaine : lutte contre les discriminations, programmes d’éducation et d’intégration etc. Encore faudrait-il que les principaux intéressés comprennent que l’intégration, comme le tango, se pratique à deux : chacun doit y mettre du sien. On en est loin.[/access]

Consignes pour un citoyen responsable

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1. Toujours se garder de bien distinguer entre islamisme et islam. Un fanatique ne peut pas être musulman.

2. Se réjouir de l’explosion démographique en France. Même si vivre, c’est s’exposer à pas mal de déconvenues, participer au redressement moral et industriel de son pays est incroyablement excitant….surtout en période de crise.

3. Ne jamais douter que l’Euro nous sauvera …. dans dix ou vingt ans peut-être. Mais que sans lui nous serions ruinés demain.

4. Un Noir teinté de socialisme est toujours préférable à un Mormon qui a fait fortune dans les affaires.

5. Répéter à l’envi que Jean-François Copé est le fils naturel de Sarkozy et de Marine Le Pen.

6. Cracher sur les riches entrepreneurs qui délocalisent. Délocaliser est un mal. L’exil fiscal un déshonneur. Le peuple français est un grand peuple qui n’a nul besoin des nantis et moins encore des aigrefins de la finance.

7. Même si le monde entier trouvait que le chemin emprunté par la France est ridicule ou suicidaire (ou les deux à la fois), le citoyen français ne doutera pas : le jour viendra où son pays, le pays des Lumières, des droits de l’homme et de l’exception culturelle retrouvera son aura et son rôle précurseur.

Un putsch en Grèce : la faute à Chavez ?

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Hugo Chavez réélu au Venzuela. Et la Grèce ?

Hugo Chavez réélu au Venzuela. Et la Grèce ?

Il y a eu un putsch en Grèce. Il fallait s’y attendre. On ne bafoue pas impunément l’indépendance nationale d’un pays, sa fierté séculaire à coups de memoranda fouettant les populations locales jusqu’au sang. Un De Gaulle grec a dû se réveiller quelque part dans une caserne perdue de Béotie, de Macédoine ou d’Argolide. Il regardait mélancoliquement la cour, voyait deux chars à bout de souffle, des soldats dépenaillés, désœuvrés, qui attendaient leur solde, il venait d’apprendre, aussi bien, que l’îlot où il allait pêcher avec son grand père, près d’Eubée, allait être privatisé. Pas privatisé, non, puisque la constitution l’interdit mais juste loué pour une soixantaine d’années à un quelconque conglomérat touristique qui en fera une marina sécurisée pour rentiers allemands et traders retirés des affaires à vingt-neuf ans. Ou alors un coup de téléphone lui avait annoncé que pour sa gamine qui devait être opérée des yeux, cela ne pourrait pas se faire à l’hôpital de Patras, qui venait de fermer pour raison budgétaires.

Alors, foutu pour foutu, pourquoi ne pas faire comme ce lieutenant-colonel vénézuélien, comment il s’appelait déjà, ah oui, Chavez… Ça ne lui avait pas mal réussi. Il avait raté une première fois mais au moins, lui, il s’était fait réélire six fois, contre le monde entier qui le détestait et expliquait quel dictateur c’était et aussi contre une opposition incarnée par un leader jeune, moderne et de centre gauche regroupant une coalition allant de Louis Aliot à Pierre Moscovici. De « centre gauche », Henrique Capriles Radonski ? Ah bon, c’était pourtant Capriles, lors du coup d’état de quelques heures en 2001 pour virer Chavez et mettre à sa place le patron des patrons vénézuéliens, qui avait envahi l’ambassade de Cuba pour commencer la chasse aux chavistes éventuellement réfugiés là. De centre-gauche… à condition d’admettre que Capriles est au centre-gauche ce que Lénine était à l’économie de marché…
Mais revenons au putsch qui vient de se produire à Athènes. Il est incontestable : des hélicoptères survolent Athènes sans cesse ce lundi. Le quartier autour de la place centrale Syntagma est bouclé à la circulation et des barrières en interdisent l’accès aux piétons. Des patrouilles policières sillonneront le centre-ville, tandis que l’aéroport d’Athènes, les ambassades allemandes et autres sociétés européennes seront placées sous haute surveillance. La police portuaire mobilise actuellement quelque 300 personne pour assurer la sécurité du front de mer d’Athènes et accentue sa surveillance en le faisant sillonner par des bâtiments qui ont leur armes tournées vers la ville. 6500 membres des troupes anti-émeutes sont déployés dans les rues sillonnées par des canons à eau en attendant, sans doute les chars.

À moins que…. À moins que ce putsch ne soit pas le putsch d’un De Gaulle grec mais celui d’un héritier des sinistres colonels qui prirent le pouvoir en 67 et exercèrent une dictature féroce jusqu’en 74 quand ils s’effondrèrent d’eux-mêmes à cause de l’invasion turque à Chypre. Là, ce serait moins bon signe. Mais il faut examiner cette hypothèse. On sait que, comme en 67 à Athènes et en 73 à Santiago du Chili, quand le libéralisme a un peu de mal à expliquer qu’il fait le bonheur des peuples grâce au doux commerce, il n’hésite parfois pas à enfermer les étudiants dans les stades, à jeter les opposants vivants du hauts des avions, bref à procéder à quelques aménagements avec les libertés publiques, histoire de faire passer les indispensables réformes et les nécessaires aménagements structurels. Amen.

Mais non, mais non, on m’indique dans l’oreillette qu’il ne s’agit pas d’un putsch à Athènes. C’est simplement une visite d’Angela Merkel qui va se faire voir chez les Grecs mardi. Son extrême popularité dans la région explique ces quelques précautions.
D’après les termes officiels, Angela Merkel va tenter de transmettre « un message de solidarité » au peuple grec et au dirigeant conservateur du gouvernement de coalition, Antonis Samaras, qu’elle doit rencontrer en début d’après-midi. Une solidarité qui n’oubliera pas de préciser gentiment mais fermement à un Etat dont les caisses seront vides en novembre que sans changements radicaux et sans économies, la tranche d’aide de 31, 5 milliards d’euros ne sera pas versée.
Vous voyez bien, tout cela n’a rien à voir avec un pustch. Vraiment pas.

On n’est pas au Venezuela, chez nous…

*Photo : ¡Que comunismo!

Amour toujours, je suis pour !

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amour mariage gay

amour mariage gay

Il y a les partisans de la vieille école, celle où le mari se trouve être aussi le père des enfants. Bambins qui, à défaut d’être enfantés dans la douleur, furent conçus dans le plaisir, sans le recours à quelque technologie que ce soit. Il n’est guère difficile, après la naissance du premier, de laisser à nouveau entrer les cigognes, car dans la vieille école, les enfants vont tôt au lit et laissent les parents redevenir des amants.
Dans cette vieille école, lorsque l’on disait « Je t’aimerai toujours », cela ne voulait pas dire « Je t’aimerai toujours sauf si je ne t’aime plus », mais « Je trouverai toujours en moi la force de souffler sur les braises pour ranimer notre amour, s’il venait à s’essouffler ».

Cela commence comme un joli conte, non ?
Seulement, la réalité est souvent plus prosaïque.[access capability= »lire_inedits »] Il faut faire avec les chaussettes sales, les réunions de parents, la belle-doche, la varicelle, les collègues, le lave-vaisselle et les fins de mois ! On manque un peu de souffle pour les braises, par moment…
Dans ces conditions, comment faire pour ne pas rejoindre la cohorte des décomposés ?
Pour les croyants (ou les militaires), il y a le principe de l’engagement. Ça peut tourner au cauchemar, certes, mais ça tiendra, coûte que coûte. Façon « Radeau de la Méduse », peut-être, mais ça tiendra ! N’ironisons pas. Il n’est pas inutile de rappeler que les personnes auprès desquelles on s’est engagé y ont cru, et que décevoir les autres n’est pas un objectif pour la vie. Trop de serments tuent les serments : soyons parcimonieux dans nos engagements, mais tenons ceux que nous avons pris, si minimes soient-ils.

Pour les psycho-branchés, il y a la théorie des projets. Faites des projets, cela vous soudera ! Lesquels ? Peu importe ! Racheter Chambord, faire le tour du monde en kayak, décrocher un Prix Nobel de physique, mettre au monde des sextuplés, gravir l’Annapurna sur les genoux ou boucler le périph en 20 minutes un vendredi à 17 heures, peu importe ! Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus loin ! Tandis que vous mitonnerez vos projets à l’ombre de la treille du jardin en savourant votre Pastis, votre couple se composera, et c’est ça l’objectif, parce que franchement, Chambord, hein, vous en feriez quoi ?
Pour les conscientisés politiques, organisez une bonne manif à vous deux, joue contre joue, et le tour est joué. Une manif pour quoi ? Ne soyez pas ballot, les sujets ne manquent pas : pour l’érection de plaines de jeux dans les quartiers sensibles ; ou des pistes cyclables ; ou contre l’islamisation de la France ; ou une marche contre Bruxelles ; ou pour la défense de l’euro ; ou pour le droit des femmes ; ou contre la vivisection ; ou pour le mariage gay ; ou pour Megaupload… Bref, c’est peu de dire qu’on a le choix. Imaginez-vous susurrant à votre moitié : « Tu sais, chéri, j’ai encore obtenu 400 signatures aujourd’hui, sur ma cyberpétition ! » « Oh, mon amour, tu es trop forte ! » Et zou !

Pour les artistes frustrés, il y a les stages. De céramique, d’art dramatique, d’écriture, de tissage voire, pour les moins doués, de pâte à sel. En général, ils se déroulent dans les Cévennes, histoire d’ajouter l’ennui à l’ennui. Mais entre les répétitions et le séchage de la terre glaise, cela laisse du temps pour tromper l’ennui à deux.

Pour les fashion-friqués, on ne saurait trop conseiller un week-end à Amsterdam chez les designers zinzins, suivi de près par un défilé de mode à Rome. C’est idiot, évidemment, mais pas plus que le stage de macramé ou la manif anti-nucléaire, et ça permet de faire des pauses dans les aéroports. Qui n’a pas érotiquement testé les toilettes handicapés d’un aéroport ne connaît rien à la vie !
Et puis, il ya la vieille école. Celle où l’on presse des agrumes chaque matin pour sa dulcinée, même si, franchement, qu’est-ce qu’elle fout toujours au plume à cette heure-ci ! Où l’on mitonne pendant des heures du bœuf bourguignon, même si l’on n’aime pas trop ça, mais lui oui. Où l’on accepte de papoter toute une soirée, alors que passe à la télé la version remastérisée de 2001, Odyssée de l’espace et qu’on a investi dans un grand écran juste pour ça ! Où l’on passe une soirée de martyr avec les collègues de sa boîte dans la robe verte et jaune qu’il nous a offerte et qui nous va comme une tenue de cosmonaute, tout sourire. Ou l’on monte une étagère dans le cagibi parce qu’elle en a trop marre de ne jamais pouvoir rien ranger dans cette cambuse. Où l’on reste seule avec un enfant malade parce qu’il a vraiment trop envie de voir ses potes. Où l’on ferme les yeux sur les chaussettes sales, la belle-doche et les fins de mois.

Dans la vieille école, quand un jeune homme aux yeux trop clairs ou une jeune fille aux cheveux trop blonds ont fracassé le couple comme une assiette de porcelaine, on ne le jette pas dans les poubelles triées. On le répare.[/access]

*Photo : par pareeerica.

Claude Pinoteau est mort

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Claude Pinoteau est mort. Il révéla Sophie Marceau dans La boum

Claude Pinoteau est mort. Il révéla Sophie Marceau dans La boum

Claude Pinoteau était un bon réalisateur, un bon professionnel et un bon faiseur à la manière d’un Henri Verneuil ou d’un Philippe de Broca. Ca n’a l’air de rien mais ça veut dire beaucoup dans une production actuelle où le moindre gugusse déborde de prétentions artistiques et n’a qu’un objectif : dénoncer les atrocités du monde moderne. Éveiller nos consciences, la belle affaire ! Entre une génération de réalisateurs « engagés » et des âneries industrielles filmées à la truelle, Pinoteau incarnait un cinéma certes commercial mais de qualité. J’oserais presque dire de tradition française.

Il a magnifiquement filmé la bourgeoisie parisienne des années 80 dans ses deux volets de La Boum. Claude Brasseur en dentiste quadra infidèle, Brigitte Fossey en illustratrice de presse exaltée et Bernard Giraudeau en séduisant professeur d’allemand sont les marqueurs d’une société qui a aujourd’hui disparu. La mondialisation a englouti nos derniers repères sociaux. Dans quelques années, des étudiants en sociologie regarderont cette comédie sentimentale comme un objet historique, la fin d’un monde heureux, les ultimes roucoulements des Trente Glorieuses.

C’est ce qui explique en partie le succès de cette saga multi-rediffusée à la télévision : le spectateur prend une bouffée vivifiante de nostalgie, il y a des Matra Rancho dans les rues, des week-ends au Grand Hôtel de Cabourg, une grand-mère un peu louf au volant, des parents au bord du divorce, un séjour linguistique en Allemagne et des vacances aux sports d’hiver. La belle vie à la sauce giscardo-libérale, cocktail explosif de mœurs plus libres et d’une société de consommation flamboyante ! Le rêve à portée des classes moyennes. Pinoteau montrait alors à des milliers de famille la voie de la réussite où seules les intermittences du cœur égratignaient la vie quotidienne. C’était avant que l’ascenseur social ne commence sa chute abyssale.

Le Pinoteau des années 80 ne dénonçait pas le racisme ambiant, la lutte des classes ou la dérive des continents, il racontait des histoires solides, instillait des émotions justes et surtout découvrait de jeunes comédiennes à l’écran. Nous étions en pleine guimauve, c’était politiquement correct et diablement réconfortant. Les modeux avaient tendance à railler ce cinéma à papa, si peu subversif à leur goût, et pourtant, le grand public, lui, raffolait de cette vie idéalisée, de ses bons sentiments et de son indispensable happy end sans quoi une sortie au cinéma s’apparente à du vol organisé. A Montceau-les-Mines ou à Vierzon, les mères de famille trouvaient que Brasseur cintré dans son imperméable était terriblement attirant. On lui donnait à l’unanimité le César du meilleur acteur interprétant une profession libérale. En vétérinaire, en chirurgien-dentiste ou en écrivain, Brasseur faisait monter le thermomètre des chaumières. Désinvolte, hâbleur, attendrissant, d’une mauvaise foi épidermique, il était parfait. Quant à Brigitte Fossey, elle avait cette fêlure des femmes trompées qui sublime et érotise l’amour. Et puis, Pinoteau était à l’origine du phénomène Marceau.

Un naturel désarmant, un charme fou, une bouille d’ange, des intonations à la Claudia Cardinale, une innocence que Pinoteau saura moduler au fil de leur collaboration. Sous l’œil du réalisateur, dans L’Etudiante en 1988, l’actrice n’aura jamais été aussi désirable et sincère, si ce n’est dans Descente aux enfers de Francis Girod où son potentiel érotique fulminait. Pinoteau était un formidable accoucheur de talents, en 1974, il avait déjà saisi toute la dramaturgie et l’incandescence d’Isabelle Adjani dans La gifle. Plus tard, il mit en lumière la trop rare Elisabeth Bourgine, délicieuse de justesse et de fragilité. Pinoteau aimait filmer les femmes en devenir, il magnifiait leur jeunesse, saisissait sur pellicule leur pouvoir de séduction pour les rendre inoubliables. Si les actrices débutantes l’inspiraient, il rendait également les autres comédiennes encore plus émouvantes. On se souviendra longtemps des regards de Léa Massari, Nicole Courcel ou Annie Girardot capturés par la caméra délicate de Pinoteau.

Provocation islamophobe, le retour…

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Mounir fatmi : islamophobie à Toulouse ?

Mounir fatmi : islamophobie à Toulouse ?

À Toulouse, on n’a pas marché sur le Coran, on a marché sur une projection du Coran, et sans le faire exprès. La prochaine fois, il suffira peut-être de regarder de travers le Coran pour voir des foules de musulmans fulminants venir jusque dans nos rues effrayer nos fils et gifler nos compagnes. Je ne crois pas que les quatre-vingt mahométans vociférants aient été heurtés dans leur foi, comme on dit chez les croyants susceptibles. Je crois plutôt que ces jeunes « sensibles » en djellaba et en capuche sont sortis de leur réserve et de leurs quartiers pour chercher la bagarre. Nous dira-t-on cette fois-ci que l’œuvre du Marocain exposée par la mairie socialiste de Toulouse était une provocation islamophobe ? En tout cas pas au-delà des milieux islamistes, la nationalité et la culture de l’artiste nous en préservent et c’est tant mieux. Et peut-être aussi la couleur politique de la ville rose. Si l’événement provoqué par l’évènementiel avait eu lieu dans une municipalité bleue, voire bleue marine, imaginez les commentaires.

On ne parlera pas non plus de choc des civilisations – pas au-delà des milieux islamophobes en tout cas. Et pourtant, on devrait. On pourrait même parler de choc entre une civilisation et une religion conquérante et guerrière, mais je m’en tiendrai à la formule de Samuel Huntington pour ne pas heurter la sensibilité de l’autre dans sa foi. Ces concitoyens et coreligionnaires de Mohamed Merah ont giflé une passante qui avait marché – espérons pour elle que ce fut du pied gauche – sur une projection de versets. Une claque, ce n’est pas la prise de Constantinople, je vous l’accorde. Mais à quoi faut-il attribuer la modération de cette démonstration de force ? Aux enseignements d’une religion de paix et de tolérance ou à leur petit nombre et à l’intervention d’une compagnie de CRS ? La force républicaine a contenu les malotrus qui sont rentrés impunis dans leurs zones d’éducation prioritaire, en attendant de nouvelles manifestations de leur galanterie et de leur courage. Le pont qui a servi de scène au crime de lèse-féminité surplombe la Garonne. En d’autres temps, les membres de cette branche nationale du djihad mondial qui nous fait la guerre seraient repartis à la nage, pour ceux d’entre eux qui savent nager. Pour la répression, ce ne fut pas la bataille d’Alger, accordez-le moi.

Les autorités ont exprimé des regrets et présenté des excuses : le projecteur se serait déclenché par erreur ou par l’opération d’un esprit farceur, et les écritures saintes n’auraient pas dû tourner en rond sans précautions pédagogiques et barrières de sécurité. Il est vrai que pour les adultes occidentaux sains d’esprit qui ont pris l’habitude de marcher dans les rues, nez au vent et à visage découvert sans regarder où ils mettent les pieds par crainte du blasphème, ces mesures s’imposaient. Pour finir, l’artiste ou les animateurs culturels, ou les deux, ont reculé devant les troubles et donc devant les fauteurs de troubles en déprogrammant l’œuvre. Et ce truc artistique, juste bon à nous casser les codes avec l’argent des impôts de France et de Navarre, a été jeté aux poubelles déjà pleines de l’histoire de l’art contemporain. On ne s’en plaindra pas en l’occurrence, mais c’est ainsi que les régressions avancent et s’imposent.
Ces jeunes islamistes Français – et c’est un problème car ils ne sont ni expulsables ni raisonnables – nous livrent une guerre d’intimidation qu’ils sont en train de gagner. Si nous ne défendons pas notre liberté d’expression, même celle de produire des conneries pour les jeter à la face du peuple consterné, nous allons devoir marcher sur des œufs ou ne plus marcher du tout s’ils sont halal. Puisque tout peut être matière à offense pour les uns ou les autres, mais en la matière certains se distinguent plus que d’autres, si nous ne mettons pas le holà très vite en rappelant que dans le monde libre, qui invite le monde entier mais n’oblige personne à rester, on peut se torcher avec le Coran, se moucher dans la Torah ou jouir dans une réplique de la petite culotte de la sainte vierge – si toutefois elle en portait car les théologiens sont plutôt avares de ces détails croustillants – nous aurons perdu. Si nous ne tenons pas en respect les cul-bénits obscurantistes et susceptibles de toutes obédiences, nous perdrons cette guerre des idées acquises contre les vérités révélées et intouchables, bataille après bataille pour ne pas les avoir livrées.

L’inertie est parfois la meilleure réponse à l’intimidation et la force d’inertie peut parfois décourager les attaques, mais la nôtre est faible, nous ne sommes inertes qu’en apparence : en réalité, nous nous replions. Nous ne sommes pas des rocs décidés à ne pas céder un pouce de terrain libéral et libéré de l’emprise de nos religions et du respect pour le sacré, nous sommes des pierres qui roulent, poussées lentement par des menaces de troubles à l’ordre public sur une pente qui pourrait être fatale à nos modes de vie. Quand nous prenons des libertés, on nous somme de prendre nos responsabilités, et le spectre du risque de manifestations, d’émeutes, de dégradations et de violences hante déjà tous ceux qui s’expriment dans l’espace public, des intellectuels aux artistes ou aux humoristes à ceux qui les exposent, des éditeurs aux décideurs culturels ou politiques. Sans solidarité, sans la protection que donne aux individus qui s’exposent un peuple déterminé, uni dans la résistance ou dans la bagarre, la prudence finira par s’imposer, et la liberté qui s’use si l’on ne s’en sert pas, par s’effacer.
Les jeunes musulmans toulousains venaient de la banlieue : pour ces racailles islamisées en surface mais radicalement, pour cette frange d’une population dont la culture puise ses racines dans des mythes guerriers et une histoire conquérante, la modération (ou l’absence) de nos ripostes est un signe de faiblesse et le ventre mou de la démocratie ne demande qu’à être enfoncé. Autrefois, les guerriers de l’islam surgissaient du désert, plus récemment ils descendaient des montagnes afghanes, aujourd’hui, tous les prétextes sont bons à nos petits talibans pour sortir de leurs quartiers et nous cracher à la gueule qu’ils nous haïssent et qu’ils nous détruiront.

À l’école de la République, ces jeunes n’ont rien appris et rien obtenu et le monde du travail les a rejetés car les patrons évitent la racaille pour éviter les ennuis. Nous avons tout ce qui leur manque et en jouissons sous leurs yeux, notre monde brille, le leur est obscur, nos femmes sont libres et coquettes, les leurs sont assignées à résidence et éteintes sous les voiles, nous consommons les fruits de notre travail, ils attendent des aides en tenant des murs, et les milliards que nous allouons aux banlieues n’étancheront pas leur soif de haine et n’achèteront pas la paix. Ils ne feront qu’alimenter un ressentiment qui leur fait mordre la main qui les nourrit. Depuis le temps que nous tentons de les prendre par les bons sentiments, ils ont fini par nous prendre pour des faibles.
Parce qu’ils sont agressifs et menaçants, nous prenons nos distances. Parce qu’ils ont compris qu’ils ne peuvent séduire les femmes des centres-villes, ils les giflent. Parce qu’ils sont irrespectueux, nous ne les respectons plus. Et à défaut d’être respectés, ils aiment être craints. Ils ne sont pas essentiellement méchants mais déracinés et en marge d’une société qui, trente ans après « touche pas à mon pote », a envie de leur dire « touche pas à mon portable, à ma bagnole, à mon drapeau, à ma femme et à ma liberté », et qui pour finir ne peut plus les voir. Le djihad leur rend la « dignité » et l’identité qui leur manquent.

Un homme qui n’a rien n’a que son « honneur » et peut tuer pour un regard de travers. Un islamiste, même milliardaire, peut tuer pour une offense faite à son prophète. Alors rien ne le retient quand il est démuni. Ces jeunes n’ont rien à perdre, sauf un monde fait de femmes inaccessibles et de putes inabordables. Ils ont à gagner un au-delà plein de vierges soumises. Ils cherchent la bagarre et ils la trouveront tôt ou tard, parce que s’il faut être deux pour faire l’amour, il suffit d’être un pour faire la guerre. Si nous ne les arrêtons pas, les petites guerres deviendront des grandes. Par leur culture, leur religion, leur haine et leur envie, ils rêvent de conquérir notre monde. Avec la démographie, l’immigration et l’islamisation de notre société, leurs forces grossissent et le temps nous est compté. Une répression ferme et même disproportionnée de nos ennemis déclarés s’impose, tant que nous sommes les plus forts. Il ne faut pas craindre une solidarité des Musulmans ou un soulèvement dans les banlieues devant leur défaite et leur écrasement. Nous pouvons redouter en revanche une approbation tacite dans la population musulmane voire une fascination grandissante chez certains jeunes s’ils emportent des victoires par forfait sur notre laïcité. Un talon de fer sur la racaille islamiste remettrait de l’ordre dans les esprits et ainsi, nous inspirerions le respect à la majorité des musulmans attentistes qui vivent en paix et qui respectent surtout la force. Si nous tenons à ce que nous sommes et à ce que nous aimons, ce n’est pas le moment de lâcher la barre ou de quitter le navire. Elle est là, notre responsabilité.

Vers une taxe sur la malbouffe ?

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Ayant œuvré avec abnégation à emmerder les fumeurs et les producteurs de fromage au lait cru, les eurocrates sentent à présent un peu las, oisifs, vaguement déprimés ! Mais ces gens font partie de l’élite fière et ardente qui illumine le monde et ce passage à vide n’est déjà plus qu’un mauvais souvenir !

En effet, nos fonctionnaires européens plancheraient actuellement sur un nouveau projet qui devrait justifier leurs plantureux émoluments: la taxe sur la malbouffe !

Petit problème : qui va décider ce qu’est la malbouffe et sur base de quel critère ? On l’ignore encore. Verra-t-on unis dans un même destin taxé le hamburger dégoulinant, la choucroute bavaroise et le foie gras mi-cuit au Sauternes ? Qui sait….

Mais ce qui est le plus épatant, dans cette histoire, c’est l’idée même de taxe.

Les esprits simples pensaient qu’une taxe, c’était une sorte d’impôt pour un dommage ou une charge que l’on faisait peser sur la collectivité, telles les taxes sur les immondices ou sur le carbone. Ou alors, dans le cas de la TVA, c’était une participation volontaire des consommateurs au Trésor public qui, paraît-il, en a bien besoin.

Mais dans le cas de la malbouffe, ça devient nébuleux. Fait-on peser une charge sur la collectivité lorsque l’on s’enfile un hot-dog saturé de graisse ? S’enrichit-on outrageusement lors de la dégustation de frites-mayo ? Il semblerait que non.

Mais ce ne sont pas ces oiseuses considérations linguistiques, ces byzantines dissertations sur le sexe des mots qui feront reculer les créatifs taxeurs !

Tant pis pour la sémantique, taxe il doit y avoir, taxe il y aura ! La junkfood menace les valeurs fondatrices de l’Europe, l’urgence absolue du moment, c’est donc de moraliser les cheeseburgers !

À quoi sert Monsieur Moussaoui ?

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Mohamed Moussaoui du CFCM contre Jean-François Copé

Mohamed Moussaoui du CFCM contre Jean-François Copé

C’est un fait, notre président de la République semble obsédé par le détricotage de l’ensemble de l’œuvre de son prédécesseur. Néanmoins un artefact sarkozyste semble échapper à la vindicte liquidatrice de François Hollande : le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), qui se révèle, année après année, être uniquement une organisation de lobbying « anti-islamophobe », aux antipodes, donc, de son intitulé cultuel et de sa vocation initiale de structuration d’un islam de France en phase avec les valeurs de la République.

Ainsi après l’intervention spectaculaire des forces de police contre le réseau terroriste impliqué dans l’attentat de Sarcelles, et après la réception des autorités juives à l’Elysée ce dimanche, le président du CFCM s’est-il fendu d’un communiqué très en deçà du minimum syndical républicain.

Certes, Mohamed Moussaoui a exprimé son indignation et assuré les juifs de France de sa « solidarité fraternelle », mais Dieu que tout ça est platonique, car pas suivi d’actes concrets, ni même de l’annonce tonitruante d’actes concrets qu’on peut oublier sitôt prononcés, dans les meilleures traditions universelles de la politique.

Ce minimum du minimum-là, son frère ennemi Dalil Boubakeur, lui, s’y est tenu. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris a ainsi appelé, ce même dimanche, les organisations musulmanes chargées du culte « à réfléchir aux solutions pouvant permettre d’éviter la propagation d’activités terroristes contraires aux valeurs de la République et aux principes humanistes de l’islam ». Le recteur a carrément enfoncé le clou en rappelant une certaine affaire Merah que beaucoup semblent avoir oublié, six mois seulement après les tueries de Toulouse et Montauban : « Cette affaire, loin d’être isolée et exceptionnelle, révèle malheureusement la présence et la formation de nouveaux candidats à la radicalisation d’un islam djihadiste ». Et c’est bien de la France qu’il parlait.

On cherchera en vain l’esquisse d’une telle démarche, ou annonce de démarche, dans le prêche dominical de M. Moussaoui. Il est vrai qu’elle aurait eu valeur d’autocritique, un exercice dont ce président-là n’est guère friand. Et puis surtout, on ne peut pas courir deux lièvres à la fois, et le gibier qui ce jour-là préoccupait le CFCM n’était pas les franco-djihadistes mais Jean-François Copé.

Je ne suis bien sûr pas dupe du néo-laïcisme « décomplexé » de l’actuel chef de l’UMP. Cet aggiornamento cousu de fil blanc, vise bien plus le laissez-fairisme supposé de François Fillon que les talibanets de banlieue brandissant leur Coran pour bouter les pains au chocolat hors des cités. On aurait été nettement plus convaincu de sa sincérité si Copé avait sonné le tocsin à chaud, en plein consensus médiatico-politique du Ramadan qui, n’est-ce pas, a pour vocation première de rapprocher les communautés.

Mais halte au feu, je cesse là de flinguer Copé car bien d’autres s’en chargent, et à balles réelles : toute communicante qu’elle soit, cette conversion soudaine de notre néo-néogaulliste aux valeurs basiques de la République, y compris la défense subséquente du droit à l’athéisme glouton au pied des barres HLM a brutalisé tout ce que notre pays compte d’oreilles chastes, depuis l’inexistant François Baroin (« Ces petites phrases sont toxiques et dangereuses et altèrent le pacte républicain ») jusqu’à la dégoulinante Anne Roumanoff qui ce matin a abandonné sur Europe 1 toute velléité comique pour éditorialiser solennellement sur la marinisation des esprits et conclure de son ton le plus concerné qu’ « elle ne mangeait pas de ces pains-là ». Bon appétit, Madame !

On s’en doute, les pieuses oreilles de l’auguste Moussaoui ont été elles aussi horrifiées par la sortie du croisé seine-et marnais. En vertu de quoi le président du CFCM a fort logiquement déduit de l’affaire Jérémie Sidney vs la France qu’il fallait que sa religion et les pratiques qui, d’après lui, doivent en découler cessent d’être « une source permanente de polémiques et de débats publics dont certains contribuent, malheureusement, à nourrir la stigmatisation et le rejet de l’autre ».

Nous qui nous sustentons en plein Ramadan, et même, pardon maman, en plein Kippour, nous voilà accusés de nous nourrir de stigmatisation, ce qui est bien pire pour la santé que le régime Dukan.
Eh oui, les amis, car le problème, le seul problème ce n’est pas la multiplication des « nouveaux candidats à la radicalisation d’un islam djihadiste » contre laquelle nous met en garde Dalil Boubakeur, non, la vraie urgence c’est d’empêcher les zabominables zamalgalmes, comme l’exige Moussaoui : « Au moment où des membres de réseaux extrémistes (…) font l’objet d’interpellations, le CFCM en appelle à la conscience et à la responsabilité de chacun afin d’éviter tout amalgame avec l’ensemble des musulmans qui sont profondément affectés par l’instrumentalisation faite de leur religion par ces individus ».

En conséquence de quoi le CFCM appellera les cinq millions de musulmans de France à descendre dans la rue dès ce soir pour prouver aux terroristes qu’eux non plus ne mangent pas de ce pain-là. Non, là, je blague…

*Photo : Mohamed Moussaoui (Medef).

Copé-Fillon : chacun son style

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François Fillon contre Jean-François Copé à l'UMP

François Fillon contre Jean-François Copé à l'UMP

On ne le répétera jamais assez, l’élection à la présidence de l’UMP se jouera sur une opposition de styles. Les efforts déployés par les uns et les autres pour nous expliquer que Copé est plus à droite que Fillon, que Fillon serait plus gaulliste, voire gaulliste social -rires dans la salle- ne convaincront que des personnes à l’oeil politique très peu averti. Cette conviction est parfaitement illustrée par l’affaire dite du pain au chocolat, profondément révélatrice des stratégies respectives des candidats.

Copé a entamé un tour de France des fédés UMP afin de vendre sa « droite décomplexée », titre de son livre sorti à l’occasion de la campagne interne. Visiblement, Copé a lâché les chevaux dans le bouquin en question et les journalistes, qui sont loin de l’avoir tous lu, découvrent au fur et à mesure des discours, les nouveaux thèmes du candidat. C’était déjà le cas du « racisme anti-blanc », c’est aussi le cas de cette histoire de pain au chocolat, évoquée page 41 du livre, comme l’a noté le journaliste d’iTélé, Florent Peiffer. Seulement voilà, personne ne l’avait remarqué. Du coup, à Draguignan, Copé a demandé à ce que cette phrase soit absolument twittée parmi les extraits de discours sur le réseau social. L’appât a parfaitement fonctionné. Les twittos se sont jetés dessus et en moins de douze heures, le pain au chocolat de Copé faisait la une des flashs radios. Ainsi, avec la complicité involontaire de tous ceux qui se sont indignés de sa phrase sur le réseau twitter, Copé a pu montrer à quel point il était droitodécomplexé non seulement au militant varois mais aussi à celui de Châteauroux, Argenteuil et Valenciennes. Opération médiatique réussie.
Copé sait très bien que les militants UMP sont d’accord avec lui sur les thèmes liés à l’immigration, l’islam, la laïcité, l’intégration. Il suffit d’avoir adressé la parole à quelques uns d’entre eux pour se rendre compte que leurs différences avec les militants FN se situent davantage sur les sujets économiques et européens. La stratégie de Copé consiste donc à leur dire combien ils leur ressemble et qu’il n’a pas peur de l’afficher, lui- suivez son regard. Comme il a le sentiment d’être en retard sur son adversaire, il en fait des tonnes, et déçoit même les journalistes qui le prenaient pour un gentil garçon bien propre sur lui. Mais il sait que ce n’est pas à la rédaction de Marianne ni celle du Nouvel Obs que va se jouer l’élection. Et il sait que son destin politique se joue ces semaines. Alors il joue son va-tout.

François Fillon joue la stratégie radicalement inverse. Il sait qu’il est actuellement l’homme le plus populaire à droite, loin devant tous les autres, y compris Nicolas Sarkozy. Et il n’a pas tort de penser que son style discret, calme, son image d’homme pondéré plaisent aux électeurs de droite. Il sait que c’est justement parce qu’il se situe aux antipodes du style sarkozyste qu’il est apprécié. Les militants, qui rencontrent les électeurs de droite, le savent aussi. Ils ont beau être « droitisés » comme l’analyse Copé à juste titre, ils n’ont pas envie de perdre la prochaine élection présidentielle pour des raisons de comportement. De plus, Fillon a pour lui une plus grande expérience. Il a été premier ministre pendant cinq ans alors que le poste le plus important occupé par son adversaire est celui de ministre du budget.

Ainsi, Fillon ne répond jamais à Copé sur ces questions de racisme anti-blanc ou de pain au chocolat. Et pour cause, il connaît lui aussi très bien son militant de droite, de Draguignan, de Châteauroux ou d’ailleurs. S’il élude le fond, il critique néanmoins le style de Copé : « je ne l’aurais pas dit comme ça ». Continuer d’apparaître comme un homme d’Etat, et faire passer son adversaire pour un agité, un sous-Sarkozy, voilà donc la stratégie de Fillon.
Pour le reste, ils sont d’accord sur tout, absolument tout. Jusqu’au 18 novembre, on aura droit à ce ballet. On nous annonce même un face-à-face sur France 2 à l’occasion de Des paroles et des actes. Ce soir là, François Lenglet, le monsieur économie de l’émission, pourra rester à la maison. En revanche, Nathalie Saint-Cricq qui tient la rubrique « intimiste » et sonde les âmes et les coeurs, pourrait se révéler beaucoup plus utile que d’habitude.

*Photo : UMP photos.

Mon été à Lausanne

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Albert Cohen à Lausanne avec Heidi

Albert Cohen à Lausanne avec Heidi

I. Y a-t-il une place dans l’enfer pour moi et mes amis ?

Lausanne, en été, est une ville peu banale : le jour, elle est quadrillée par des mendiantes roumaines à l’allure de sorcières qui cèdent leur place, la nuit tombée, à de jeunes Noirs tout droit sortis de « Nollywood ». Ils se livrent à des trafics en tous genres sous le regard placide de la population locale qui goûte modérément la cocaïne, lui préférant sans doute une fondue moitié-moitié. Lausanne a encore des allures de campagne et ce qui vient d’ailleurs la déroute toujours un peu, mais elle veille à n’en rien laisser paraître.[access capability= »lire_inedits »] « Nollywood », peut-être faut-il le préciser pour ceux qui ne s’intéressent ni au cinéma, ni à l’Afrique, est la troisième industrie cinématographique mondiale. Installée au Nigeria, elle produit plus de 200 films par mois qui pourraient tous porter le même titre : « Y a-t-il une place en enfer pour moi et mes amis ? », non parce qu’ils sont financés par des évangéliques, mais parce qu’ils cultivent une esthétique de la déchéance et de la violence que Sam Peckinpah ne renierait pas. C’est donc à Nollywood qu’un jeune photographe sud-africain, Pieter Hugo, a portraituré les acteurs, sur un mode tout à la fois grotesque et terrifiant. Ainsi, cette femme zombie allongée sur le sol et dévorant une main… Pourvu que cela n’inspire pas les mendiantes roumaines regroupées autour de la place Saint-François ! Pieter Hugo est plus proche de Ballard ou de Cronenberg que de Peter Beard : il nourrit une méfiance instinctive envers la photographie et nous épargne tous les clichés de Out of Africa. C’est sur la route qui conduit à la piscine de Pully, au Musée de l’Élysée, que j’ai découvert cette alchimie subtile entre fiction et réalité qui tranche brutalement avec les visions convenues de l’Afrique. Du coup, les pourvoyeurs de drogues de la place Bel-Air ne m’apparaissent plus comme de simples dealers, mais comme de mystérieuses divinités posant à chaque passant la même question : « Y-a-t-il une place dans l’enfer pour moi et mes amis ? »

2. Heidi au Japon

Même si, devant le Palais de Justice de Montbenon, figure une statue de Guillaume Tell, il est rare qu’on croise à Lausanne un barbu son arbalète à la main, ce qui rendrait le shopping à la rue de Bourg assez pittoresque les jours de marché. Il faut donc se rabattre sur une autre incarnation de la mythologie helvétique, sans doute la plus populaire et la plus adulée dans le monde entier : Heidi. Avec ses tresses blondes et son âme pure, Heidi l’orpheline incarne à la fois les idéaux pédagogiques de Rousseau ou de Pestalozzi et la recherche d’un paradis perdu, celui de la Suisse primitive. Heidi, la petite fille modèle, est aussi une petite fille moderne : telle est la conclusion de l’essai de Jean-Michel Wissmer : Heidi, enquête sur un mythe suisse qui a conquis le monde (éd. Métropolis).
Paradoxalement, si le monde entier a adopté Heidi − et l’a adapté au cinéma (elle doit ses nattes blondes à Hollywood)− personne ne s’est intéressé à la créatrice de ce mythe, la Zurichoise Johanna Spyri qui, après une brève liaison avec Richard Wagner, se convertit au piétisme, religion du coeur et de la nature. Comment connaîtrait-on d’ailleurs Johanna Spyri puisque son nom ne figurait même pas sur les couvertures des premières éditions ? Heidi, c’est elle, la fillette née dans l’Oberland zurichois et qui découvrira, adolescente, les turpitudes de la grande ville.En parcourant le joli petit livre de Jean-Michel Wismmer dans le bus de la ligne 8 qui me conduisait à la piscine de Pully, je songeais à toutes les jeunes Heidi qui avaient agrémenté mes Bildungsjahre (années d’apprentissage) helvétiques. J’ai même, dans la chambre de mon hôtel, le numéro de téléphone de l’une d’elles, et j’hésite à l’appeler. Heidi, grand-mère ? C’est impensable. Et c’est pourtant le titre qu’a donné Réa à une suite de Heidi. Je ne l’ai pas lue, pas plus que je n’ai lu Heidi et ses enfants. Et je ne reverrai sans doute jamais Heidi. Plutôt jouer au tennis de table avec l’ami Joseph qui rêve d’être enterré dans un cercueil qui aurait la forme d’une raquette de ping-pong. C’est encore la meilleure façon de préserver son enfance…
Pas le cercueil, (encore que) mais le tennis de table à Pully-Plage. Certes, je pourrais aussi m’envoler pour le Japon où une véritable histoire d’amour s’est nouée entre ce pays et la petite fille des Alpes. Les Japonais ont même créé un « village Heidi » dans leurs montagnes et depuis 1920, date de la première traduction en japonais, leur passion pour la petite Suissesse ne s’est jamais éteinte. Il est vrai que les Japonaises, outre leur privilège de ne jamais vieillir − ou le plus tard possible − partagent avec les Suissesses le culte de l’ordre et de la propreté. Comme Heidi, qui range et astique tout, elles pratiquent avec ferveur les règles du bonheur domestique, règles qu’on aurait tort de railler tant elles procurent de satisfactions, légèrement perverses certes, mais bien réelles. Et je parle d’expérience. Peut-être n’y a-t-on pas prêté suffisamment attention, mais Heidi est la meilleure publicité jamais imaginée par l’Office du tourisme suisse pour attirer ses hôtes. Qui ne rêverait de rencontrer Heidi et de découvrir avec elle les plus beaux paysages du monde ? Décidément, Heidi a toutes les vertus. À chacun ensuite de lui inoculer ses vices.

3. Albert Cohen dans le bus

Il s’en est fallu de peu pour que j’appelle Heidi. Heidi maintenant grand-mère. Celui qui m’en a dissuadé n’est autre qu’Albert Cohen. Préventivement, j’avais emmené avec moi ses Carnets 1978, et j’avais été bien inspiré. Car, peu avant de composer, non sans anxiété, le numéro fatidique, j’avais ouvert les Carnets d’Albert au hasard et j’avais relu cette page 87 dans laquelle il relate comment, dans les bus genevois, immanquablement, des vieilles viennent s’asseoir à côté de lui, des vieilles bien laides, sans-gêne, dont le derrière frôle un peu le sien − « et c’est affreux », ajoute-t-il. Il en arrive à penser que les vieilles le repèrent, qu’elles complotent pour venir s’asseoir auprès de lui, ce qui lui donne la nausée. Il change alors de place, mais une autre, plus vieille encore, eczémateuse et bossue, pose le bas de son dos près de lui.
Il en conclut qu’il est traqué par ces vieilles, hélas ingambes, qui le recherchent dans les autobus et se signalent peut-être l’une à l’autre qu’il est là. Impossible de fuir… Où qu’il se tourne, la mort le guette.
Dans le bus, ligne 8, qui me conduit à la piscine de Pully, ce sont des ados qui crient, qui flirtent, qui s’esclaffent, qui se bousculent. Mais je suis d’accord avec Albert Cohen, même si le spectacle qu’ils offrent − surtout celui des filles aux longues jambes dorées en mini-short et débardeur moulant − damnerait le plus puritain des Vaudois : c’est déjà leur futur cadavre qu’elles exhibent. Si nous étions immortels, ce serait pire encore. Et pourtant, comment accepter que nous qui sommes, demain nous ne soyons plus ? Je me délecte de cette phrase d’Albert Cohen : « Quelle aventure que ce mobile que je suis soit bientôt immobile et pour toute éternité ! »
Impossible alors de ne pas penser à ces amis de mes étés lausannois, Jean-Marc Lorétan, l’écrivain, Alain Bloch, le cinéaste, Rainer-Michael Mason, le poète, Pierre du Bois, l’historien, tous déjà immobiles pour l’éternité. Sans oublier les filles, et d’abord Rachel, si précocement dégoûtée de l’existence qu’elle avait pris les devants en se jetant sous un train.
Alors, Heidi grand-mère ? Ce ne sera dans le meilleur des cas qu’une de ces vieilles qui s’accrochaient à Albert Cohen ou, au pire, un fantôme. Quelle démence de vouloir ressusciter le passé ! Mieux vaut encore manger un plat de viande séchée des Grisons en buvant trois décis de Goron au Café Romand, brasserie de la
place Saint-François sans laquelle Lausanne ne serait plus tout à fait Lausanne. Et si j’y rencontre Heidi, je feindrai de ne pas la reconnaître et me plongerai dans la lecture des Carnets d’Albert Cohen. Sans doute est-ce la principale vertu de la littérature : nous soulager du poids de la réalité.[/access]

*Photo : Yehohanan92