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Pierre Bergé, le CRIF et Manuel Valls

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N’étant qu’un petit juif de France, (1,57m including talons et bob) et pas une « institution juive », je ne sais si le CRIF a la prétention de me représenter. Je ne ferai donc pas de mauvais procès à l’organisme présidé par Richard Prasquier, d’autant plus qu’il fait en général du bon boulot, notamment face à la résurgence ici-bas d’un antisémitisme qui ressemble aussi peu à celui de grand-papa que Mohamed Merah à la comtesse Gyp.

Tout ça pour dire que j’attends depuis un certain temps, et manifestement en vain, que le CRIF rappelle à l’ordre tous ceux qui dans le débat autour du mariage gay, posent plus ou moins hypocritement l’équation antimariage = antisémite. Deux mentors de ce qu’on appelait jadis la gauche caviar  (au sens propre pour le second) se sont illustrés dans cet amalgame piteux.

Tout d’abord, l’idiot du village Jean-Michel Ribes, qui a pensé clore le débat en déclarant à ses contradicteurs « Hitler aussi est né d’un père et d’une mère ! ». Ensuite l’ineffable Pierre Bergé qui ne cesse de mettre en parallèle « l’humus antisémite et antigay ».

Il se trouve que ce sont ces deux amis qui ont organisé le grotesque after people de la manif de dimanche (Patrick Mandon a trouvé le mot parfait pour décrire l’ambiance : « patronage » )

J’ai entendu dire ce matin à la radio que Manuel Valls avait été l’hôte d’un dîner lyonnais du CRIF hier soir, et qu’il y avait annoncé de fortes et justes décisions quant à la lutte anti-djihad sur le net. Ça ne nous étonne pas de lui. On sait que ce combat lui tient à cœur, et pour de vrai. En revanche ce qu’on ne sait pas, c’est pourquoi il a tenu à honorer de sa présence la surboum dominicale de nos deux banalisateurs forcenés de l’antisémitisme. Si l’un des convives de ce dîner a eu la bonne idée de poser la question au ministre de l’Intérieur, qu’il n’hésite pas à nous faire part de sa réponse…

 

Irak : Faut-il sauver Tarek Aziz ?

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tarek aziz irak

Le 30 décembre 2006, le dictateur déchu Saddam Hussein était exécuté par pendaison après un procès de plusieurs mois qu’il avait su transformer en tribune d’imprécation. Sa condamnation à mort pour crimes contre l’humanité venait sceller sa victoire symbolique éphémère sur les Américains et les autorités irakiennes de transition. Dans la vidéo obscène de ses derniers instants, on entend l’un de ses bourreaux – chiite – glorifier la mémoire du grand ayatollah martyr Mohammed Baqr as-Sadr. Fondateur du mouvement chiite Da’wa (prédication), ce dernier poussa également son dernier soupir la corde au cou, condamné par une justice aux ordres du Baath irakien, sur lequel il avait jeté l’anathème dans l’une de ses fatwas. Quelques mois avant la guerre Iran-Irak, le dignitaire religieux paya de sa vie la solidarité des Chiites – majoritaires en Irak- avec Téhéran. Un attentat contre le vice-Premier ministre[1. Équivalent du titre de vice-président, Saddam exerçant seul les fonctions de chef de l’Etat, de Premier ministre et de nouveau Saladin…] chrétien de Saddam Hussein, un certain Tarek Aziz, fut le parfait prétexte pour assassiner ce Khomeyni irakien en puissance. Comble du scabreux, un tracteur traînera le cadavre de Baqr as-Sadr et ceux des membres de sa famille exécutés avec lui dans les rues de Nadjaf, ville sainte du chiisme. Mais toutes les victimes de la potence ne sont pas égales devant la postérité : Saddam n’est plus le martyr d’aucune cause, le fleuve de l’oubli recouvre son cadavre décomposé, alors que l’islamisme fait encore recette de l’Atlas au Waziristan.

Trente-trois ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts du Tigre et de l’Euphrate. Saddam renversé, arrêté, jugé puis pendu, son ancien vice-Premier ministre devenu chef de la diplomatie croupit sous les geôles des nouveaux maîtres de l’Irak, chiites ménageant la chèvre américaine avec le chou iranien dont ils dépendent. Condamné à sept et dix ans de prison en 2009-2010 pour avoir participé aux massacres des Kurdes et des Chiites dans les années 1980, Tarek Aziz attend actuellement l’exécution de sa peine capitale dans les couloirs de la mort. Or, le président de la République Jalal Talabani, pourtant opposant kurde de longue date à Saddam Hussein, a certifié qu’il ne signerait « jamais » l’ordre d’exécution d’Aziz, qui soufflera ses soixante-dix-sept printemps cette année. Sa clémence n’épargne pas Mikhaïl Johanna – de son vrai nom non arabisé – des tourments de la détention. Atteint de goutte, dépressif au bout du rouleau, Aziz en est réduit à implorer le Vatican, dont il fut l’oreille auprès de Saddam, pour abréger ses souffrances. L’ancien hiérarque baathiste en est ainsi réduit à exhorter la justice carcérale de l’achever, ses jours étant désormais trop lourds à supporter. Triste fin de vie pour le soleil noir de l’ancienne république nationaliste arabe irakienne qui joua si longtemps le rôle de caution chrétienne d’un régime maintenant la coexistence religieuse sous la fermeté de sa bride.

Imagine-t-on la vie d’un Tarek Aziz libéré de ses chaînes ? L’amateur de cigares cubains, grand admirateur des films de la Nouvelle Vague, ne retrouverait pas ses petits idéologiques dans le Moyen-Orient éclaté de début de troisième millénaire ressemblant à une fin de siècle. L’Iraq démembrée par la chute de Saddam, la Syrie en passe de subir le même scénario, Damas étant débordée par sa majorité sunnite, remake inversé de la chute de Bagdad en 2003, l’intervention américaine en moins, les pétrodollars qataris en plus. Les Alaouites sont déjà voués au « cimetière » et les Chrétiens promis à Beyrouth.

Un certain nationalisme arabe est mort avec Saddam en 2006 puis Georges Habache[1. Fondateur du Front de Libération Populaire de la Palestine (FPLP) qui se définissait comme un nationaliste arabe, marxiste et chrétien.] en 2008 et la chute prochaine des derniers décombres de la maison Assad. Baathiste et chrétien, l’homme aux lunettes à double foyer paraît d’un autre temps. Que les éventuels bourreaux de Tarek Aziz se rassurent : sa lente agonie a déjà commencé…

Frappe aérienne en Syrie : Israël tient ses promesses

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Dimanche dernier, Silvan Shalom, vice-Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères israélien, a annoncé que le forum ministériel pour la Défense avait tenu une réunion spéciale sur la situation en Syrie. Il ajoutait une menace : le transfert des armes chimiques syriennes au Hezbollah constituerait pour l’Etat hébreu une ligne jaune à ne pas franchir. 48 heures plus tard, nous comprenions que ces propos n’étaient pas une vaine déclaration de principe mais une mise en garde très concrète qui fut ignorée par Damas et logiquement suivie d’une frappe aérienne.

Bien qu’on ne connaisse pas encore avec certitude les cibles exactes des bombardements, il est très probable que le campus du SSRC (Syrian Scientific Research Council) fut l’une d’entre elles. Il s’agit d’un site de développement, de fabrication et de stockage de gaz de combat. L’autre cible citée par les médias arabes et certaines sources libanaises est un convoi de batteries sol-air SA-17, un système d’armement mobile très performant, difficile à localiser et à détruire.  Dans tous les cas, pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre civile syrienne, Israël s’est vu obligé de prendre l’énorme risque d’agir pour empêcher le transfert de systèmes d’armement étatiques au Hezbollah.  Or,  le gouvernement israélien considère des armes chimiques et des systèmes capables de limiter sérieusement la liberté d’action de son aviation militaire comme des menaces bien plus dangereuses que les risques de représailles induits par une telle opération.

Indépendamment de la riposte israélienne, le fait que ce genre d’armement soit – si l’information israélienne se révélait exacte – sur le point d’être transféré de la Syrie vers les dépôts libanais du Hezbollah montre qu’un seuil vient d’être franchi à Damas. Si Bachar Al-Assad a donné son accord au transfert de ce qui est considéré, avec les missiles sol-sol de moyenne portée SCUD C et D,  comme le pilier de la dissuasion syrienne, le joker capable de défendre le régime de Damas face à la supériorité aérienne et technologique de l’armée israélienne, c’est qu’il ne pense plus pouvoir empêcher encore longtemps les rebelles de s’emparer de ces bijoux de famille.

Ainsi, en abattant l’une de ses dernières cartes maîtresses, Assad souhaite provoquer des bouleversements capables de changer profondément la donne. À Damas, on pense bien sûr moins aux retombées stratégiques pour le Hezbollah ou a fortiori à l’avenir d’un Liban qui compterait en son sein une milice chiite dotée de gaz de combat, qu’à sa propre survie.

Côté israélien, ce n’est évidemment pas la question de la survie d’Assad qui a poussé le très prudent Netanyahou à prendre le risque d’un embrasement avec des ripostes du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran. C’est sans doute la présence des armes étatiques avec des capacités stratégiques entre les mains d’une milice parasitant l’Etat défaillant – pour ne pas dire le non-Etat – libanais qui est jugé inacceptable à Jérusalem. Israël n’a pas encore officiellement revendiqué cette frappe et les sources israéliennes les plus confidentielles restent très discrètes à ce sujet. L’idée est sans doute de ne pas obliger Assad à réagir et de rester aussi impassible qu’en 2007, après qu’un bombardement anonyme a détruit une base nucléaire syrienne sans qu’à l’époque Damas ne dépasse le stade de la protestation rhétorique. Si la Turquie et les pays occidentaux se gardent bien de commenter ces événements, c’est que leurs chancelleries ne sont pas mécontentes d’un bombardement dont elles ont parfois été prévenues.

La leçon à retenir de cette frappe au milieu d’un pays en pleine guerre civile, c’est qu’Israël tient ses promesses, malgré les inévitables risques que comporte toute opération militaire. C’est un message important pour ceux qui, notamment à Téhéran, avaient moqué les talents de dessinateur déployés par Netanyahou devant l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre dernier.

*Photo : Israel Defense Forces.

Sortir de l’Europe sans sortir de table ?

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Jean-Luc Mordoh a écrit une pièce de théâtre en onze actes ! Une maison quelque part en France. Gérard est l’époux de Ginette, un cordon bleu dont les menus feraient saliver l’ami Périco Légasse. En onze actes et autant de menus arrosés de nectars rouges ou blancs, Gérard décortique les réalités contractuelles des traités qui, selon lui, emprisonnent les nations européennes. La France, chérie par les deux personnages, ne fait pas exception. Gérard s’avère autant passionné par le décorticage des textes européens que par le chapon en croûte de sel de Ginette. Cette dernière doit parfois calmer ses fougueux élans eurocritiques – certains diraient europhobes – mais finit toujours pas être convaincue par la redoutable pédagogie de son mari. Il en a été souvent de même avec nous même si- avouons-le – nous connaissions déjà la plupart de ces dispositions iniques que subissent nos vieilles nations. Lors du onzième et dernier acte, Gérard nous la joue Nigel Farage[1. Président de l’UKIP. C’est sous sa pression politique que David Cameron a annoncé un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.] et nous indique la direction. Utiliser l’article 50 du TCE : « Tout Etat membre peut décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l’Union ».

Une telle issue est-elle envisageable ? Comme Jean-Luc Gréau, nous pensons que les raisons de la crise de l’euro sont toujours présentes malgré une accalmie passagère. De toute évidence, le démontage de la monnaie unique devra tôt ou tard être négocié. Il faudra en profiter pour renégocier d’autres aspects des institutions européennes. Ainsi parviendrait-on à échapper à la solution suggérée par Gérard l’épicurien. Si ce n’était pas le cas, l’article 50 constituerait effectivement la seule porte de sortie raisonnable. On ne sait, en revanche, si Jean-Luc Mordoh s’est mis en quête d’un metteur en scène pour que sa pièce de théâtre voie le jour sur les planches. Ce serait assurément une bonne idée.

Jean-Luc Mordoh, Comment sortir de l’€urope sans sortir de table (La Bourdonnaye)

Mathieu Laine : Nos impôts découragent l’effort

mathieu laine impots

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Au fond, on dirait que l’inégalité économique ne vous pose aucun problème…

Il est difficile de répondre à une question aussi fondamentale sérieusement et brièvement ! Mais partons du fait qu’une société libre basée sur le commerce pacifique donnera toujours naissance à des inégalités de revenus pour la simple raison que chaque individu a une histoire, des capacités et des aspirations qui lui sont propres et qui sont différentes de celles de son voisin. Deux choses sont importantes : d’une part, l’échange libre crée la richesse. Nous bénéficions tous du commerce, même et surtout ceux qui ont des capacités moindres que les autres. En d’autres termes, la pauvreté est bien plus grande lorsque les individus vivent en autarcie ou lorsque la société est tribale. Dans une société libre, l’individu ne peut s’enrichir que par l’échange et le service d’autrui, par l’innovation et le travail.

Mais dès lors que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, les riches ne sont-ils pas responsables de la pauvreté ?

Cette idée fausse vient du temps où la richesse était le résultat de la domination par la force. Dans une société commerciale libre, ce n’est pas le cas. La richesse ne s’acquiert que par la satisfaction du client dans l’échange. Ainsi, dans l’échange, toutes les parties s’enrichissent. C’est pour cela que la société moderne a vu l’arrivée des classes moyennes  – un phénomène inconnu des époques antérieures.

Soit. L’État n’en a-t-il pas moins le devoir de réduire les écarts de richesse à travers sa politique de redistribution ? 

Vouloir ce qu’on n’a pas est une tentation permanente et universelle, c’est bien pour cette raison que « ne pas convoiter le bien d’autrui » est l’un des Dix Commandements. On ne rend pas cette tentation plus légitime ou honorable parce qu’on fait appel à la redistribution étatique pour la satisfaire. Au contraire, tout système de redistribution basé sur la coercition étatique cautionne l’idée qu’il y a, à la base de la société, une lutte des classes permanente[access capability= »lire_inedits »]. La social-démocratie crée, de manière contre-intuitive, la disharmonie, et favorise la guerre de tous contre tous, chacun cherchant à bénéficier, grâce au monopole de la violence légale, de subsides à la légitimité douteuse. La pauvreté nous révolte tous. Mais si l’on croit que les riches en sont responsables (ce qui encore une fois, n’est pas le cas), on risque de détruire le seul moteur qui in fine nous permet de la réduire : la libre entreprise et l’échange volontaire. Surtout, on décourage la jeunesse, les nouveaux entrants, les inventeurs, les créatifs qui souhaitent, légitimement, bénéficier du produit de leurs talents.

Même les ultra-libéraux les plus échevelés ne proposent pas, à ma connaissance, de supprimer complètement l’impôt. L’encouragement à l’initiative laisse-t-il une place à la solidarité ?

Je ne conteste pas l’impôt, contrairement aux anarcho-capitalistes dans la lignée de Murray Rothbard, qu’il faut lire et connaître, mais l’hyper-taxation et l’hyper-progressivité de l’impôt. Je leur préfère de loin la « flat tax », un impôt à taux limité et unique, proportionnel aux revenus, payé par tous, qui est simple et rapportera à terme autant voire plus que nos prélèvements actuels, multiples, complexes et décourageant le travail et l’effort. Il est par ailleurs urgent de réinventer la solidarité. La solidarité publique ne marche pas. Nous dépensons 600 milliards d’euros par an pour les prestations sociales et la pauvreté grandit. Nous aidons les insiders, ceux qui sont dans le système, pas les outsiders, les vrais pauvres, ceux que l’on voit dans la rue. Et notre État-providence est en faillite. Il promet mais ne pourra plus longtemps tenir sa promesse : quelle déception pour tous ceux qui y ont cru ! On a beau jeu de trouver des boucs émissaires, de dénoncer les riches. Mais c’est tout notre système qui est défaillant. Il faut, au contraire, recréer les bonnes incitations et développer pleinement la solidarité privée. Je déplore l’absence de réflexion et d’innovation politique à droite comme à gauche sur ce sujet crucial. Et vous noterez que c’est un libéral – qu’on accuse souvent à tort d’égoïsme – qui en appelle à révolutionner en profondeur la solidarité pour qu’elle fonctionne enfin ! Les débats actuels en Angleterre, sur la « Big Society », devraient nous inspirer.

Vous en convenez, la passion de l’égalité est une passion française. Êtes-vous totalement immunisé contre elle ? 

La question est de savoir de quelle égalité nous parlons. La notion d’égalité peut porter soit sur les règles du jeu social (« Tous les hommes sont égaux en droit »), soit sur les résultats (« égalité des revenus »). Les droits de l’homme de 1789 insistent sur la première acception. Mais avec le temps et sous l’influence du solidarisme, la notion floue de fraternité a pris le dessus et, d’une égalité en droit, on est passé à l’égalitarisme. Or l’égalitarisme est une révolte contre la nature. Il n’est pas possible de rendre égal ce qui ne l’est pas. C’est non seulement une quête vaine, mais aussi liberticide et destructrice car l’on finit par détruire l’ordre social au nom d’un concept inatteignable de justice. On ruine les bonnes incitations et on crée, en souhaitant la réduire, de la pauvreté. Seule l’égalité des droits est à la fois juste et compatible avec la liberté individuelle.

Cependant, il y a consensus sur le fait que la France est sclérosée par la paralysie de l’ « ascenseur social ». Comment conjuguer les principes de liberté et d’égalité pour le refaire partir ?

Il est tout à fait juste de dire que l’économie française est sclérosée. Mais cette sclérose et cette immobilité sociale résultent précisément de la recherche toujours plus grande de l’égalitarisme. Une réforme fiscale aboutissant à des taux d’imposition marginaux plus faibles, c’est-à-dire pénalisant beaucoup moins l’effort et l’épargne, accompagnée de la remise en cause des privilèges et de la rigidité du marché du travail pourraient sans aucun doute aider à relancer l’ascenseur social. Mais la sclérose de l’économie est aussi engendrée par l’interventionnisme étatique grandissant dans les sociétés occidentales ainsi que par la gestion déplorable de l’État. À long terme, la liberté économique est le fondement de la prospérité.

Comme en témoigne le cas de la Chine…

Il est fascinant de voir combien une légère ouverture, y compris dans un contexte désespérément fermé, crée immédiatement du développement, puis, à terme, des aspirations irréversibles à plus de liberté politique, de démocratie, etc. Les pays les plus libres sont aussi ceux dont le revenu par habitant est le plus élevé. Même les pays de l’Europe nordique se sont réformés et ont largement accru leur niveau de liberté économique. C’est ainsi que la Suède, malgré son passé fortement socialisant, a aujourd’hui une économie plus saine que la nôtre. Or, dans notre pays, la liberté économique est en constante diminution depuis plus de dix ans. C’est un indicateur important des problèmes à venir. C’est aussi, a contrario, une clé de réforme formidable qui, étrangement, n’intéresse pour l’instant aucun homme politique français.[/access]

*Photo : wikipedia.

Mariage gay : le retour du Triangle Rose

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elisabeth guigou pacs

L’ancienne Garde des Sceaux Elisabeth Guigou n’est semble-t-il pas plus vexée que ça que François Hollande lui ait préféré Christiane Taubira pour occuper le ministère de la Justice et donc pour défendre devant l’Assemblée et le peuple français ce qui s’annonce déjà comme la réforme la plus emblématique du second président socialiste de la République.

Faut dire qu’Elisabeth était mal placée pour porter le mariage gay sur les fonts baptismaux. Et ce justement parce qu’elle s’était, sans le savoir, grillée quand elle était place Vendôme – et donc en charge de l’instauration du PACS. C’est en effet devant cette même Assemblée qu’elle avait juré-craché le mardi 3 novembre 1998 que ce serait le PACS et rien que le PACS  : «  Je veux être parfaitement claire : je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. […] Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin d’avoir en face de lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle. »

Vannée à l’envi depuis quelques semaines par les ténors de la droite qui ne cessent de lui rappeler ces paroles définitives contre l’ « hypothétique droit à l’enfant », l’ex-ministre PS de Lionel Jospin a tenu à dénoncer à la tribune de l’hémicycle les  « travestissements, amalgames, procès d’intention, hypocrisies ». Toutes vilénies visant exclusivement les renvois à l’ère Jospin proférés par la droite parlementaire.

En vertu de quoi, quelques interventions plus tard, un obscur député PS (au fait, comment fait-on pour les reconnaître maintenant qu’ils ne portent plus la barbe en collier et qu’on ne peut même plus fumer la pipe dans les couloirs du Palais Bourbon ?). Un obscur député PS de l’Hérault, disais-je donc avant de digresser bêtement, nommé Christian Assaf, a magistralement prouvé que la droite n’avait pas le monopole des « travestissements, amalgames » et autres « procès d’intention ».

Après avoir souhaité que « ce débat ne soit pas une guerre« , Christian a déploré que l’opposition « joue sur les peurs et les préjugés« , ce qui reconnaissons-le, est très vilain. Fort de ce petit échauffement oral, le jeune député s’est ensuite jeté dans le grand bain en lâchant devant ses collègues un rien médusés : « Le temps du triangle rose est terminé !« . Le triangle rose, rappelons-le, était l’insigne porté par les déportés pour homosexualité dans les camps nazis lors de la Seconde Guerre mondiale.

Croyez-vous qu’une telle saleté (à ce niveau de bêtise crasse, on ne peut même plus parler de point Godwin) fut sanctionnée par la présidence de l’Assemblée ? Que dalle ! Croyez-vous que Bruno Le Roux a rappelé son jeune camarade à un peu plus de décence ? Nib itou ! Croyez-vous au moins que l’UMP a quitté la séance ? Même pas ! Certes on a râlé, caqueté, sifflé, on s’est même un peu indigné. Mais quand aussitôt après le brillant raccourci historique d’Assaf et les protestations rituelles qui on suivi sur les bancs de la droite, Hervé Mariton a pris la parole pour l’UMP, ce n’aura été que pour dénoncer, très banalement, un propos « inacceptable » et pour expliquer grosso modo que c’est pas gentil de faire un amalgame entre la droite parlementaire et la Waffen SS : « Nous condamnons l’homophobie, les actes inqualifiables accomplis par le régime nazi à l’encontre des personnes homosexuelles. Oui nous sommes en sympathie avec tous ceux qui ont souffert du régime nazi et les homosexuels en font partie« .

Vous, je ne sais pas, mais moi, une telle réponse me choque. Se croire obligé de rappeler de pareilles évidences légitime, de fait, les insultes de l’adversaire. On aurait préféré que ce Mariton-là exprime avant tout sa sympathie aux millions de Français – parfois même pas trop hostiles, comme c’est mon cas, au seul mariage gay- qui en ont assez d’être taxés d’homophobes par Caroline Fourest ou de quasi-esclavagistes par Lilian Thuram ou d’antisémites honteux par l’inqualifiable Pierre Bergé (By the way : que fait le CRIF ? Réveillez-vous, les mecs ! Y’a pas que Besancenot dans la vie…).

Il fut un temps où les parlementaires injuriés aussi violemment qu’ils l’ont été hier par Christian Assaf auraient jugé que la seule réponse appropriée était une bonne paire de gifles, logiquement suivie d’un duel en bonne et due forme.

Mais comme dirait Christiane Taubira : « Le passé, c’est le passé ! ».

*Photo : Parti socialiste.

Mariage gay : S’indigner n’est pas jouer

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mariage gay barjot

« Une paire de mères vaut mieux qu’un père de merde » pouvait-on lire sur l’une des pancartes qui s’agitaient au-dessus de la foule des manifestants. Tant de bon sens force l’approbation, si hétérosexuelle soit-elle. Dimanche dernier, un projet de loi dont on disait qu’il servait les intérêts d’une seule minorité a  pourtant réuni pour le défendre un nombre de manifestants qui dépassait largement les seuls représentants de cette minorité. Pourquoi des individus hétérosexuels, n’ayant a priori aucun intérêt corporatiste, sont-ils venus grossir les rangs de ce cortège ?

Si certains s’indignent de ce qu’on veuille donner une base légale à une union que Dieu, ou la Nature, ou le contrat social réprouveraient, on peut s’indigner en retour de cette indignation. Si deux homosexuels ont décidé de se jurer fidélité, quel mal cela peut-il bien faire ? Comment fait-on pour se sentir gêné par l’union d’individus que nous ne connaissons pas ? Comment la famille hétérosexuelle chrétienne, foyer de toutes les névroses, peut-elle se figurer que l’enfant ait besoin de « repères » ?

Mais la réponse, qu’on me pardonne, est évidente : ces sentiments d’indignation empruntés proviennent d’un faux savoir, d’une fausse connaissance a priori sur la société, la Nature, ou Dieu. Un individu qui prétend posséder une connaissance a priori sur ce que Dieu veut ou ne veut pas, cela s’appelle un pharisien. Un individu qui assigne des objectifs et des fins a priori à la Nature, cela s’appelle un charlatan. Un individu qui s’estime en mesure de décider a priori de ce qui est bon ou mauvais pour une société, cela s’appelle un fasciste. Pharisiens, charlatans, fascistes forment cette classe d’individus au sujet de laquelle Socrate s’étonnait qu’ils se figurent savoir quelque chose alors qu’ils ne savent rien. À défaut de pouvoir s’offrir le luxe d’un examen philosophique complet de ses préjugés, je recommande un peu de modestie dans ses opinions.

Ni les pharisiens, ni les charlatans, ni les fascistes ne prennent leur petit-déjeuner avec Dieu ou avec la Nature. Ce que Dieu veut ou ce que la nature poursuit, ils ne le savent pas davantage que vous et moi. Ceux qui prétendent que Dieu agrée ceci ou cela, ou que le but de la Nature est l’union du mâle et de la femelle, ou que la finalité de la sexualité est la reproduction, n’ont aucune idée de ce qu’ils avancent. Ils le sortent de leur chapeau, ou le tiennent d’individus qui le sortent eux-mêmes de leur chapeau. Ces assertions sont sans fondement : que la sexualité permette la reproduction, c’est une chose; que la reproduction en soit le but, c’en est une autre. Que la Nature permette l’union du mâle et de la femelle, c’est une chose; que l’union du mâle et de la femelle en soit le but, c’en est une autre. Qu’un vieux mythe raconte qu’au commencement il y avait un homme et une femme, c’est une chose; que Dieu réprouve des formes d’union différentes, c’en est une autre.

On peut lire que le fait pour l’union maritale de désigner celle d’un homme et d’une femme serait un méta-principe de notre Constitution. Pour ma part je me méfie de tout ce qui est « méta ». Quand à ce prétendu « contrat social » je ne l’ai jamais lu ni signé; l’avantage des contrats réels imprimés et signés est que les charlatans, ou les pharisiens, ou les fascistes, ne peuvent pas leur faire dire n’importe quoi.

Aussi rassurez-vous ! Vous n’avez pas loupé, comme un gros benêt, votre petit-déjeuner avec Dieu ou avec la Nature. Vous n’avez pas signé pour une société qui reposerait exclusivement sur le modèle de la famille hétérosexuelle. Il ne s’agit, une fois encore, que d’une abominable volonté de coercition, du plaisir pervers d’édicter des règles, de l’art raffiné de contrarier ses semblables.

Il est à déplorer qu’il n’y ait pas de vrai parti libéral en France. La droite est libérale en ce qui concerne l’économie, mais coercitive en ce qui concerne les moeurs et la morale publique. La gauche est libérale en matière de moeurs et de morale publique, mais coercitive en ce qui concerne l’économie. Nous n’avons pas de parti qui soit libéral à la fois sur l’économie et sur les moeurs. Résultat: on peut être libéral et hétérosexuel et manifester aux côtés de la gauche et des homosexuels.

*Photo : cbr_perso.

La lauréate du Prix des Deux-Magots avait été repérée par Causeur

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Les critiques littéraires de Causeur ont le nez creux. Dès le mois de mai, l’excellent Thomas Morales, infatigable lecteur qui préfère Blondin au Nouveau Roman et Modiano aux laborantins fous de l’autofiction, attirait notre attention sur le passionnant roman de Pauline Dreyfus, Immortel, enfin (Grasset). Pauline Dreyfus y évoque la vie de Paul Morand, le plus célèbre globe-trotter de la littérature française, styliste salué par Proust dès ses premières nouvelles. Le choix de Pauline Dreyfus, plutôt que de jouer avec les clichés sur le cosmopolitisme dandy, est au contraire d’imaginer Morand vieillissant, à travers ses deux échecs successifs à l’Académie Française, à cause de l’opposition de De Gaulle qui ne lui avait pas pardonné d’avoir été ambassadeur sous Vichy. C’est seulement à sa troisième tentative, alors qu’il est octogénaire, que Morand réussit enfin à entrer sur la Coupole.

Immortel, enfin vient d’être couronné ce 29 janvier par le premier prix décerné en cette année 2013, celui des Deux-Magots. Joli clin d’œil, le prix des Deux-Magots fête cette année ses 80 ans, l’âge même où Morand put enfin entrer à l’Académie. Autre fait remarquable à signaler, le roman de Pauline Dreyfus a été élu à l’unanimité des 13 jurés du prix parmi lesquels on compte Eric Neuhoff ou Gille Lapouge, sous la présidence de Jean-Claude Caracalla.

 

 

Mathieu Laine : Depardieu n’est pas un déserteur mais un homme libre !

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mathieu laine impots

Causeur. Gérard Depardieu a décidé de s’expatrier en Belgique et de renoncer à la nationalité française pour payer moins d’impôts. Son exil est parfaitement légal mais certains, à commencer par Jean-Marc Ayrault, l’estiment illégitime. Depardieu a-t-il rompu le contrat social ou est-ce l’État français qui lui en demande trop ?   

Mathieu Laine. Le contrat social est une théorie de l’origine de la société censée donner sa pleine légitimité à l’action de l’État et à son pouvoir de contrainte sur l’individu. Cette approche, qui justifie le monopole de la violence légale, implique que nous ayons tous accepté, implicitement, de nous soumettre à cette autorité en échange de la protection de nos droits. La difficulté, avec cette théorie, c’est que l’on en fait un usage assez « élastique ». Pour les socialistes et les étatistes en général, elle implique une soumission considérable de l’individu au collectif, ou plus exactement à la bonne volonté, par nature court-termiste, des hommes politiques du moment. Pour les libéraux – en tout cas lorsqu’ils acceptent cette idée −, elle nécessite un État limité dans sa capacité à soumettre l’individu. Depuis le XVIIIe siècle, l’Occident oscille entre ces deux extrêmes. À grands traits, on peut dire que les démocraties anglo-saxonnes sont fondées sur un individualisme plus marqué que l’idéal révolutionnaire français.

Cet individualisme est-il compatible avec l’idée même d’un contrat social ?

Aux États-Unis, la liberté et la poursuite du bonheur individuel sont précisément à la base du contrat social. Il s’ensuit qu’on y a une perception du rôle de l’État très différente de celle qui a cours en France ou qui avait cours en Union soviétique, pour prendre trois exemples très éloignés les uns des autres. Ainsi, dans la conception française des choses, Gérard Depardieu peut paraître comme un « déserteur » qui aurait, comme vous le dites, rompu le contrat social. Mais pour un libéral, M. Depardieu a agi en pleine liberté.[access capability= »lire_inedits »] Il est libre de vivre où il l’entend, de choisir le régime social, politique, fiscal qui lui convient. Personne n’a le droit d’enrayer sa volonté. Heureusement, car dans le cas contraire, on sombrerait dans une logique proprement esclavagiste !

N’est-ce pas un peu hypocrite d’invoquer un horrible matraquage fiscal lorsqu’on défend son pur intérêt égoïste ?

Je suis convaincu que toute personne, riche ou pauvre, qui quitte son pays le fait avec tristesse. C’est un déchirement profond, qui a de nombreuses explications, car on ne part jamais seulement pour l’argent. En général, on franchit les frontières notamment pour rechercher plus de sécurité, se protéger des bombes ou de la misère ou, car c’est aussi une forme de violence, pour échapper à une captation fiscale jugée excessive. Le départ de Depardieu est donc légitime tout simplement parce qu’il l’a voulu. J’ajoute qu’il part, comme d’autres, à un moment où la pression fiscale, dont la France est championne, devient en effet insoutenable, mais surtout dans un temps où le succès, la création de richesses (et donc d’emplois, de croissance) sont pointés du doigt. Il quitte donc aussi sans doute un climat hostile, un état d’esprit irrespirable. On peut ne pas penser comme lui et rester en France. On peut même, comme devraient le faire ces acteurs et chanteurs très agressifs et donneurs de leçons, donner plus que les 75% actuels grâce à l’impôt volontaire (étrangement, je ne crois pas que M. Noah ou M. Torreton le fassent). Mais il est tout aussi légitime de penser différemment et de partir.

En somme, personne ne doit rien à personne ?

Je suis favorable à une pleine et totale liberté de circulation pour tout le monde et je ne vois pas pourquoi les belles âmes voudraient n’accorder ce droit qu’aux plus pauvres. Enfin, il est important que nos dirigeants, de droite comme de gauche (car Nicolas Sarkozy a lui aussi été un grand inventeur d’impôts nouveaux), relisent Arthur Laffer[1. Arthur Laffer est un économiste américain rendu célèbre pour sa fameuse « courbe de Laffer » qui modélise le phénomène « trop d’impôts tue l’impôt », les hauts taux d’imposition décourageant tellement l’activité que leur augmentation finit, au-delà d’un certain seuil, par impliquer une réduction des recettes fiscales.], comprennent que les modèles fiscaux sont en concurrence et qu’il sera de plus en plus facile, grâce aux nouvelles technologies, de partir loin tout en restant connecté à ceux qui restent. Savez-vous que la véritable tranche maximale de l’impôt sur le revenu en France atteint désormais 64% (en tenant compte des prélèvements sociaux), contre 27% en Allemagne ? En un mot, il est urgent que la France redevienne fiscalement attractive – ou au moins vivable…

Depardieu a longtemps bénéficié  des subsides de l’État, notamment à travers le soutien accordé à l’industrie du cinéma. Ce faisant, n’a-t-il pas contracté une dette vis-à-vis des contribuables qui ont largement contribué à sa remarquable réussite ?

On pourrait en effet considérer que quiconque accepte des subventions du ministère de la Culture ou du CNC, par exemple, avalise implicitement la redistribution étatique et le soi-disant soutien de l’État à l’industrie. C’est même pire que cela si l’on considère que ce sont souvent les bénéficiaires eux-mêmes qui cherchent à obtenir le soutien de l’État (c’est-à-dire des contribuables) par le lobbying et les effets de cour. Et il est vrai que, lorsqu’on cautionne moralement un système, il est ensuite difficile de le dénigrer. Cela dit, M. Depardieu a très certainement rendu en impôts une très large partie de ce qu’il avait indirectement reçu en subventions (les chiffres avancés sont considérables). Et les sociétés qui ont produit ses films à succès se sont aussi acquittées de lourdes dettes fiscales. Il a donc bénéficié de l’aide publique, mais il a aussi beaucoup contribué à la recette nationale. Surtout, et c’est plus important, on peut parier que si le système avait été moins dépendant des subventions, M. Depardieu aurait, au regard d’un talent salué par un nombre considérable de spectateurs, très certainement fait une carrière aussi impressionnante.

En somme, il a bénéficié de la manne étatique mais n’en avait pas besoin. Un peu facile, non ?

Ce qui est facile, c’est de mettre l’État partout et de se sentir ensuite légitime à cadenasser les gens. Quelle atteinte à la liberté ! Surtout quand on voit ce que les gouvernants font de l’argent prélevé et leur incapacité chronique à bien gérer, le niveau de notre dette en atteste. Les professeurs d’université libéraux connaissent le même genre d’anathème : on leur reproche de mordre la main qui les nourrit. Cependant, si l’on souhaite être professeur à l’Université, comme il n’y a pas d’université privée en France, il n’y a pas d’autre issue que l’agrégation et la fonction publique…

On peut tout de même juger que cette désertion fiscale est moralement déplorable à l’heure où le gouvernement demande un effort supplémentaire à tous les contribuables…

Ceux qui reprochent à Depardieu et à d’autres de quitter le navire en pleine tempête accomplissent un effroyable renversement de responsabilité : les politiques sont à l’origine de cette tempête et leur politique fiscale actuelle va accroître nos difficultés, la théorie et la pratique l’ont démontré depuis longtemps – à ce sujet, il faut lire le dernier papier d’Alberto Alesina, professeur à Harvard, qui démontre que la baisse des dépenses publiques est plus efficace pour relancer la croissance et l’emploi que l’augmentation des impôts. Je ne suis donc pas choqué par le départ de ceux qui le peuvent et le veulent. Ils sont hélas trop lucides.[/access]

La suite de l’entretien ici.

*Photo : wikipedia.

Parlons plutôt du prince de Galles

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« Captain Wales » vient de rentrer d’Afghanistan où il a servi comme canonnier d’hélicoptère. Lorsque le même prince Harry s’était promené en uniforme nazi, je m’étais dit, comme beaucoup de monde: « petit con! ». Lorsqu’il s’est exhibé à poil à Las Vegas, je m’étais dit, par un reliquat de respect pour la royauté: « sale petit con! ».

Lorsqu’il a clamé avoir tué des « talibans » à l’autre bout du monde en se servant de son habileté aux jeux vidéo, j’ai pensé : « criminel! ». Mais là, apparemment, j’ai été bien seul. Avec les conneries de la maison Windsor, les médias font leurs choux gras. Avec ses crimes, ils ne font rien. Ou plutôt si : ils les passent sous silence. Des camps de concentration (les premiers !) dans la guerre des Boers aux tapis de bombes sur les populations civiles, des massacres d’Indiens (d’Amérique ou d’Inde) à une décolonisation perverse, la politique britannique baigne dans l’hypocrisie et le sang. Mais grâce à la popularité de leurs altesses royales, nous ne retenons que les intrigues de cour et le lait d’ânesse…

Harry

Pierre Bergé, le CRIF et Manuel Valls

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N’étant qu’un petit juif de France, (1,57m including talons et bob) et pas une « institution juive », je ne sais si le CRIF a la prétention de me représenter. Je ne ferai donc pas de mauvais procès à l’organisme présidé par Richard Prasquier, d’autant plus qu’il fait en général du bon boulot, notamment face à la résurgence ici-bas d’un antisémitisme qui ressemble aussi peu à celui de grand-papa que Mohamed Merah à la comtesse Gyp.

Tout ça pour dire que j’attends depuis un certain temps, et manifestement en vain, que le CRIF rappelle à l’ordre tous ceux qui dans le débat autour du mariage gay, posent plus ou moins hypocritement l’équation antimariage = antisémite. Deux mentors de ce qu’on appelait jadis la gauche caviar  (au sens propre pour le second) se sont illustrés dans cet amalgame piteux.

Tout d’abord, l’idiot du village Jean-Michel Ribes, qui a pensé clore le débat en déclarant à ses contradicteurs « Hitler aussi est né d’un père et d’une mère ! ». Ensuite l’ineffable Pierre Bergé qui ne cesse de mettre en parallèle « l’humus antisémite et antigay ».

Il se trouve que ce sont ces deux amis qui ont organisé le grotesque after people de la manif de dimanche (Patrick Mandon a trouvé le mot parfait pour décrire l’ambiance : « patronage » )

J’ai entendu dire ce matin à la radio que Manuel Valls avait été l’hôte d’un dîner lyonnais du CRIF hier soir, et qu’il y avait annoncé de fortes et justes décisions quant à la lutte anti-djihad sur le net. Ça ne nous étonne pas de lui. On sait que ce combat lui tient à cœur, et pour de vrai. En revanche ce qu’on ne sait pas, c’est pourquoi il a tenu à honorer de sa présence la surboum dominicale de nos deux banalisateurs forcenés de l’antisémitisme. Si l’un des convives de ce dîner a eu la bonne idée de poser la question au ministre de l’Intérieur, qu’il n’hésite pas à nous faire part de sa réponse…

 

Irak : Faut-il sauver Tarek Aziz ?

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tarek aziz irak

tarek aziz irak

Le 30 décembre 2006, le dictateur déchu Saddam Hussein était exécuté par pendaison après un procès de plusieurs mois qu’il avait su transformer en tribune d’imprécation. Sa condamnation à mort pour crimes contre l’humanité venait sceller sa victoire symbolique éphémère sur les Américains et les autorités irakiennes de transition. Dans la vidéo obscène de ses derniers instants, on entend l’un de ses bourreaux – chiite – glorifier la mémoire du grand ayatollah martyr Mohammed Baqr as-Sadr. Fondateur du mouvement chiite Da’wa (prédication), ce dernier poussa également son dernier soupir la corde au cou, condamné par une justice aux ordres du Baath irakien, sur lequel il avait jeté l’anathème dans l’une de ses fatwas. Quelques mois avant la guerre Iran-Irak, le dignitaire religieux paya de sa vie la solidarité des Chiites – majoritaires en Irak- avec Téhéran. Un attentat contre le vice-Premier ministre[1. Équivalent du titre de vice-président, Saddam exerçant seul les fonctions de chef de l’Etat, de Premier ministre et de nouveau Saladin…] chrétien de Saddam Hussein, un certain Tarek Aziz, fut le parfait prétexte pour assassiner ce Khomeyni irakien en puissance. Comble du scabreux, un tracteur traînera le cadavre de Baqr as-Sadr et ceux des membres de sa famille exécutés avec lui dans les rues de Nadjaf, ville sainte du chiisme. Mais toutes les victimes de la potence ne sont pas égales devant la postérité : Saddam n’est plus le martyr d’aucune cause, le fleuve de l’oubli recouvre son cadavre décomposé, alors que l’islamisme fait encore recette de l’Atlas au Waziristan.

Trente-trois ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts du Tigre et de l’Euphrate. Saddam renversé, arrêté, jugé puis pendu, son ancien vice-Premier ministre devenu chef de la diplomatie croupit sous les geôles des nouveaux maîtres de l’Irak, chiites ménageant la chèvre américaine avec le chou iranien dont ils dépendent. Condamné à sept et dix ans de prison en 2009-2010 pour avoir participé aux massacres des Kurdes et des Chiites dans les années 1980, Tarek Aziz attend actuellement l’exécution de sa peine capitale dans les couloirs de la mort. Or, le président de la République Jalal Talabani, pourtant opposant kurde de longue date à Saddam Hussein, a certifié qu’il ne signerait « jamais » l’ordre d’exécution d’Aziz, qui soufflera ses soixante-dix-sept printemps cette année. Sa clémence n’épargne pas Mikhaïl Johanna – de son vrai nom non arabisé – des tourments de la détention. Atteint de goutte, dépressif au bout du rouleau, Aziz en est réduit à implorer le Vatican, dont il fut l’oreille auprès de Saddam, pour abréger ses souffrances. L’ancien hiérarque baathiste en est ainsi réduit à exhorter la justice carcérale de l’achever, ses jours étant désormais trop lourds à supporter. Triste fin de vie pour le soleil noir de l’ancienne république nationaliste arabe irakienne qui joua si longtemps le rôle de caution chrétienne d’un régime maintenant la coexistence religieuse sous la fermeté de sa bride.

Imagine-t-on la vie d’un Tarek Aziz libéré de ses chaînes ? L’amateur de cigares cubains, grand admirateur des films de la Nouvelle Vague, ne retrouverait pas ses petits idéologiques dans le Moyen-Orient éclaté de début de troisième millénaire ressemblant à une fin de siècle. L’Iraq démembrée par la chute de Saddam, la Syrie en passe de subir le même scénario, Damas étant débordée par sa majorité sunnite, remake inversé de la chute de Bagdad en 2003, l’intervention américaine en moins, les pétrodollars qataris en plus. Les Alaouites sont déjà voués au « cimetière » et les Chrétiens promis à Beyrouth.

Un certain nationalisme arabe est mort avec Saddam en 2006 puis Georges Habache[1. Fondateur du Front de Libération Populaire de la Palestine (FPLP) qui se définissait comme un nationaliste arabe, marxiste et chrétien.] en 2008 et la chute prochaine des derniers décombres de la maison Assad. Baathiste et chrétien, l’homme aux lunettes à double foyer paraît d’un autre temps. Que les éventuels bourreaux de Tarek Aziz se rassurent : sa lente agonie a déjà commencé…

Frappe aérienne en Syrie : Israël tient ses promesses

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israel syrie hezbollah

israel syrie hezbollah

Dimanche dernier, Silvan Shalom, vice-Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères israélien, a annoncé que le forum ministériel pour la Défense avait tenu une réunion spéciale sur la situation en Syrie. Il ajoutait une menace : le transfert des armes chimiques syriennes au Hezbollah constituerait pour l’Etat hébreu une ligne jaune à ne pas franchir. 48 heures plus tard, nous comprenions que ces propos n’étaient pas une vaine déclaration de principe mais une mise en garde très concrète qui fut ignorée par Damas et logiquement suivie d’une frappe aérienne.

Bien qu’on ne connaisse pas encore avec certitude les cibles exactes des bombardements, il est très probable que le campus du SSRC (Syrian Scientific Research Council) fut l’une d’entre elles. Il s’agit d’un site de développement, de fabrication et de stockage de gaz de combat. L’autre cible citée par les médias arabes et certaines sources libanaises est un convoi de batteries sol-air SA-17, un système d’armement mobile très performant, difficile à localiser et à détruire.  Dans tous les cas, pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre civile syrienne, Israël s’est vu obligé de prendre l’énorme risque d’agir pour empêcher le transfert de systèmes d’armement étatiques au Hezbollah.  Or,  le gouvernement israélien considère des armes chimiques et des systèmes capables de limiter sérieusement la liberté d’action de son aviation militaire comme des menaces bien plus dangereuses que les risques de représailles induits par une telle opération.

Indépendamment de la riposte israélienne, le fait que ce genre d’armement soit – si l’information israélienne se révélait exacte – sur le point d’être transféré de la Syrie vers les dépôts libanais du Hezbollah montre qu’un seuil vient d’être franchi à Damas. Si Bachar Al-Assad a donné son accord au transfert de ce qui est considéré, avec les missiles sol-sol de moyenne portée SCUD C et D,  comme le pilier de la dissuasion syrienne, le joker capable de défendre le régime de Damas face à la supériorité aérienne et technologique de l’armée israélienne, c’est qu’il ne pense plus pouvoir empêcher encore longtemps les rebelles de s’emparer de ces bijoux de famille.

Ainsi, en abattant l’une de ses dernières cartes maîtresses, Assad souhaite provoquer des bouleversements capables de changer profondément la donne. À Damas, on pense bien sûr moins aux retombées stratégiques pour le Hezbollah ou a fortiori à l’avenir d’un Liban qui compterait en son sein une milice chiite dotée de gaz de combat, qu’à sa propre survie.

Côté israélien, ce n’est évidemment pas la question de la survie d’Assad qui a poussé le très prudent Netanyahou à prendre le risque d’un embrasement avec des ripostes du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran. C’est sans doute la présence des armes étatiques avec des capacités stratégiques entre les mains d’une milice parasitant l’Etat défaillant – pour ne pas dire le non-Etat – libanais qui est jugé inacceptable à Jérusalem. Israël n’a pas encore officiellement revendiqué cette frappe et les sources israéliennes les plus confidentielles restent très discrètes à ce sujet. L’idée est sans doute de ne pas obliger Assad à réagir et de rester aussi impassible qu’en 2007, après qu’un bombardement anonyme a détruit une base nucléaire syrienne sans qu’à l’époque Damas ne dépasse le stade de la protestation rhétorique. Si la Turquie et les pays occidentaux se gardent bien de commenter ces événements, c’est que leurs chancelleries ne sont pas mécontentes d’un bombardement dont elles ont parfois été prévenues.

La leçon à retenir de cette frappe au milieu d’un pays en pleine guerre civile, c’est qu’Israël tient ses promesses, malgré les inévitables risques que comporte toute opération militaire. C’est un message important pour ceux qui, notamment à Téhéran, avaient moqué les talents de dessinateur déployés par Netanyahou devant l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre dernier.

*Photo : Israel Defense Forces.

Sortir de l’Europe sans sortir de table ?

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Jean-Luc Mordoh a écrit une pièce de théâtre en onze actes ! Une maison quelque part en France. Gérard est l’époux de Ginette, un cordon bleu dont les menus feraient saliver l’ami Périco Légasse. En onze actes et autant de menus arrosés de nectars rouges ou blancs, Gérard décortique les réalités contractuelles des traités qui, selon lui, emprisonnent les nations européennes. La France, chérie par les deux personnages, ne fait pas exception. Gérard s’avère autant passionné par le décorticage des textes européens que par le chapon en croûte de sel de Ginette. Cette dernière doit parfois calmer ses fougueux élans eurocritiques – certains diraient europhobes – mais finit toujours pas être convaincue par la redoutable pédagogie de son mari. Il en a été souvent de même avec nous même si- avouons-le – nous connaissions déjà la plupart de ces dispositions iniques que subissent nos vieilles nations. Lors du onzième et dernier acte, Gérard nous la joue Nigel Farage[1. Président de l’UKIP. C’est sous sa pression politique que David Cameron a annoncé un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.] et nous indique la direction. Utiliser l’article 50 du TCE : « Tout Etat membre peut décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l’Union ».

Une telle issue est-elle envisageable ? Comme Jean-Luc Gréau, nous pensons que les raisons de la crise de l’euro sont toujours présentes malgré une accalmie passagère. De toute évidence, le démontage de la monnaie unique devra tôt ou tard être négocié. Il faudra en profiter pour renégocier d’autres aspects des institutions européennes. Ainsi parviendrait-on à échapper à la solution suggérée par Gérard l’épicurien. Si ce n’était pas le cas, l’article 50 constituerait effectivement la seule porte de sortie raisonnable. On ne sait, en revanche, si Jean-Luc Mordoh s’est mis en quête d’un metteur en scène pour que sa pièce de théâtre voie le jour sur les planches. Ce serait assurément une bonne idée.

Jean-Luc Mordoh, Comment sortir de l’€urope sans sortir de table (La Bourdonnaye)

Mathieu Laine : Nos impôts découragent l’effort

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mathieu laine impots

mathieu laine impots

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Au fond, on dirait que l’inégalité économique ne vous pose aucun problème…

Il est difficile de répondre à une question aussi fondamentale sérieusement et brièvement ! Mais partons du fait qu’une société libre basée sur le commerce pacifique donnera toujours naissance à des inégalités de revenus pour la simple raison que chaque individu a une histoire, des capacités et des aspirations qui lui sont propres et qui sont différentes de celles de son voisin. Deux choses sont importantes : d’une part, l’échange libre crée la richesse. Nous bénéficions tous du commerce, même et surtout ceux qui ont des capacités moindres que les autres. En d’autres termes, la pauvreté est bien plus grande lorsque les individus vivent en autarcie ou lorsque la société est tribale. Dans une société libre, l’individu ne peut s’enrichir que par l’échange et le service d’autrui, par l’innovation et le travail.

Mais dès lors que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, les riches ne sont-ils pas responsables de la pauvreté ?

Cette idée fausse vient du temps où la richesse était le résultat de la domination par la force. Dans une société commerciale libre, ce n’est pas le cas. La richesse ne s’acquiert que par la satisfaction du client dans l’échange. Ainsi, dans l’échange, toutes les parties s’enrichissent. C’est pour cela que la société moderne a vu l’arrivée des classes moyennes  – un phénomène inconnu des époques antérieures.

Soit. L’État n’en a-t-il pas moins le devoir de réduire les écarts de richesse à travers sa politique de redistribution ? 

Vouloir ce qu’on n’a pas est une tentation permanente et universelle, c’est bien pour cette raison que « ne pas convoiter le bien d’autrui » est l’un des Dix Commandements. On ne rend pas cette tentation plus légitime ou honorable parce qu’on fait appel à la redistribution étatique pour la satisfaire. Au contraire, tout système de redistribution basé sur la coercition étatique cautionne l’idée qu’il y a, à la base de la société, une lutte des classes permanente[access capability= »lire_inedits »]. La social-démocratie crée, de manière contre-intuitive, la disharmonie, et favorise la guerre de tous contre tous, chacun cherchant à bénéficier, grâce au monopole de la violence légale, de subsides à la légitimité douteuse. La pauvreté nous révolte tous. Mais si l’on croit que les riches en sont responsables (ce qui encore une fois, n’est pas le cas), on risque de détruire le seul moteur qui in fine nous permet de la réduire : la libre entreprise et l’échange volontaire. Surtout, on décourage la jeunesse, les nouveaux entrants, les inventeurs, les créatifs qui souhaitent, légitimement, bénéficier du produit de leurs talents.

Même les ultra-libéraux les plus échevelés ne proposent pas, à ma connaissance, de supprimer complètement l’impôt. L’encouragement à l’initiative laisse-t-il une place à la solidarité ?

Je ne conteste pas l’impôt, contrairement aux anarcho-capitalistes dans la lignée de Murray Rothbard, qu’il faut lire et connaître, mais l’hyper-taxation et l’hyper-progressivité de l’impôt. Je leur préfère de loin la « flat tax », un impôt à taux limité et unique, proportionnel aux revenus, payé par tous, qui est simple et rapportera à terme autant voire plus que nos prélèvements actuels, multiples, complexes et décourageant le travail et l’effort. Il est par ailleurs urgent de réinventer la solidarité. La solidarité publique ne marche pas. Nous dépensons 600 milliards d’euros par an pour les prestations sociales et la pauvreté grandit. Nous aidons les insiders, ceux qui sont dans le système, pas les outsiders, les vrais pauvres, ceux que l’on voit dans la rue. Et notre État-providence est en faillite. Il promet mais ne pourra plus longtemps tenir sa promesse : quelle déception pour tous ceux qui y ont cru ! On a beau jeu de trouver des boucs émissaires, de dénoncer les riches. Mais c’est tout notre système qui est défaillant. Il faut, au contraire, recréer les bonnes incitations et développer pleinement la solidarité privée. Je déplore l’absence de réflexion et d’innovation politique à droite comme à gauche sur ce sujet crucial. Et vous noterez que c’est un libéral – qu’on accuse souvent à tort d’égoïsme – qui en appelle à révolutionner en profondeur la solidarité pour qu’elle fonctionne enfin ! Les débats actuels en Angleterre, sur la « Big Society », devraient nous inspirer.

Vous en convenez, la passion de l’égalité est une passion française. Êtes-vous totalement immunisé contre elle ? 

La question est de savoir de quelle égalité nous parlons. La notion d’égalité peut porter soit sur les règles du jeu social (« Tous les hommes sont égaux en droit »), soit sur les résultats (« égalité des revenus »). Les droits de l’homme de 1789 insistent sur la première acception. Mais avec le temps et sous l’influence du solidarisme, la notion floue de fraternité a pris le dessus et, d’une égalité en droit, on est passé à l’égalitarisme. Or l’égalitarisme est une révolte contre la nature. Il n’est pas possible de rendre égal ce qui ne l’est pas. C’est non seulement une quête vaine, mais aussi liberticide et destructrice car l’on finit par détruire l’ordre social au nom d’un concept inatteignable de justice. On ruine les bonnes incitations et on crée, en souhaitant la réduire, de la pauvreté. Seule l’égalité des droits est à la fois juste et compatible avec la liberté individuelle.

Cependant, il y a consensus sur le fait que la France est sclérosée par la paralysie de l’ « ascenseur social ». Comment conjuguer les principes de liberté et d’égalité pour le refaire partir ?

Il est tout à fait juste de dire que l’économie française est sclérosée. Mais cette sclérose et cette immobilité sociale résultent précisément de la recherche toujours plus grande de l’égalitarisme. Une réforme fiscale aboutissant à des taux d’imposition marginaux plus faibles, c’est-à-dire pénalisant beaucoup moins l’effort et l’épargne, accompagnée de la remise en cause des privilèges et de la rigidité du marché du travail pourraient sans aucun doute aider à relancer l’ascenseur social. Mais la sclérose de l’économie est aussi engendrée par l’interventionnisme étatique grandissant dans les sociétés occidentales ainsi que par la gestion déplorable de l’État. À long terme, la liberté économique est le fondement de la prospérité.

Comme en témoigne le cas de la Chine…

Il est fascinant de voir combien une légère ouverture, y compris dans un contexte désespérément fermé, crée immédiatement du développement, puis, à terme, des aspirations irréversibles à plus de liberté politique, de démocratie, etc. Les pays les plus libres sont aussi ceux dont le revenu par habitant est le plus élevé. Même les pays de l’Europe nordique se sont réformés et ont largement accru leur niveau de liberté économique. C’est ainsi que la Suède, malgré son passé fortement socialisant, a aujourd’hui une économie plus saine que la nôtre. Or, dans notre pays, la liberté économique est en constante diminution depuis plus de dix ans. C’est un indicateur important des problèmes à venir. C’est aussi, a contrario, une clé de réforme formidable qui, étrangement, n’intéresse pour l’instant aucun homme politique français.[/access]

*Photo : wikipedia.

Mariage gay : le retour du Triangle Rose

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elisabeth guigou pacs

elisabeth guigou pacs

L’ancienne Garde des Sceaux Elisabeth Guigou n’est semble-t-il pas plus vexée que ça que François Hollande lui ait préféré Christiane Taubira pour occuper le ministère de la Justice et donc pour défendre devant l’Assemblée et le peuple français ce qui s’annonce déjà comme la réforme la plus emblématique du second président socialiste de la République.

Faut dire qu’Elisabeth était mal placée pour porter le mariage gay sur les fonts baptismaux. Et ce justement parce qu’elle s’était, sans le savoir, grillée quand elle était place Vendôme – et donc en charge de l’instauration du PACS. C’est en effet devant cette même Assemblée qu’elle avait juré-craché le mardi 3 novembre 1998 que ce serait le PACS et rien que le PACS  : «  Je veux être parfaitement claire : je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. […] Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin d’avoir en face de lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle. »

Vannée à l’envi depuis quelques semaines par les ténors de la droite qui ne cessent de lui rappeler ces paroles définitives contre l’ « hypothétique droit à l’enfant », l’ex-ministre PS de Lionel Jospin a tenu à dénoncer à la tribune de l’hémicycle les  « travestissements, amalgames, procès d’intention, hypocrisies ». Toutes vilénies visant exclusivement les renvois à l’ère Jospin proférés par la droite parlementaire.

En vertu de quoi, quelques interventions plus tard, un obscur député PS (au fait, comment fait-on pour les reconnaître maintenant qu’ils ne portent plus la barbe en collier et qu’on ne peut même plus fumer la pipe dans les couloirs du Palais Bourbon ?). Un obscur député PS de l’Hérault, disais-je donc avant de digresser bêtement, nommé Christian Assaf, a magistralement prouvé que la droite n’avait pas le monopole des « travestissements, amalgames » et autres « procès d’intention ».

Après avoir souhaité que « ce débat ne soit pas une guerre« , Christian a déploré que l’opposition « joue sur les peurs et les préjugés« , ce qui reconnaissons-le, est très vilain. Fort de ce petit échauffement oral, le jeune député s’est ensuite jeté dans le grand bain en lâchant devant ses collègues un rien médusés : « Le temps du triangle rose est terminé !« . Le triangle rose, rappelons-le, était l’insigne porté par les déportés pour homosexualité dans les camps nazis lors de la Seconde Guerre mondiale.

Croyez-vous qu’une telle saleté (à ce niveau de bêtise crasse, on ne peut même plus parler de point Godwin) fut sanctionnée par la présidence de l’Assemblée ? Que dalle ! Croyez-vous que Bruno Le Roux a rappelé son jeune camarade à un peu plus de décence ? Nib itou ! Croyez-vous au moins que l’UMP a quitté la séance ? Même pas ! Certes on a râlé, caqueté, sifflé, on s’est même un peu indigné. Mais quand aussitôt après le brillant raccourci historique d’Assaf et les protestations rituelles qui on suivi sur les bancs de la droite, Hervé Mariton a pris la parole pour l’UMP, ce n’aura été que pour dénoncer, très banalement, un propos « inacceptable » et pour expliquer grosso modo que c’est pas gentil de faire un amalgame entre la droite parlementaire et la Waffen SS : « Nous condamnons l’homophobie, les actes inqualifiables accomplis par le régime nazi à l’encontre des personnes homosexuelles. Oui nous sommes en sympathie avec tous ceux qui ont souffert du régime nazi et les homosexuels en font partie« .

Vous, je ne sais pas, mais moi, une telle réponse me choque. Se croire obligé de rappeler de pareilles évidences légitime, de fait, les insultes de l’adversaire. On aurait préféré que ce Mariton-là exprime avant tout sa sympathie aux millions de Français – parfois même pas trop hostiles, comme c’est mon cas, au seul mariage gay- qui en ont assez d’être taxés d’homophobes par Caroline Fourest ou de quasi-esclavagistes par Lilian Thuram ou d’antisémites honteux par l’inqualifiable Pierre Bergé (By the way : que fait le CRIF ? Réveillez-vous, les mecs ! Y’a pas que Besancenot dans la vie…).

Il fut un temps où les parlementaires injuriés aussi violemment qu’ils l’ont été hier par Christian Assaf auraient jugé que la seule réponse appropriée était une bonne paire de gifles, logiquement suivie d’un duel en bonne et due forme.

Mais comme dirait Christiane Taubira : « Le passé, c’est le passé ! ».

*Photo : Parti socialiste.

Mariage gay : S’indigner n’est pas jouer

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mariage gay barjot

mariage gay barjot

« Une paire de mères vaut mieux qu’un père de merde » pouvait-on lire sur l’une des pancartes qui s’agitaient au-dessus de la foule des manifestants. Tant de bon sens force l’approbation, si hétérosexuelle soit-elle. Dimanche dernier, un projet de loi dont on disait qu’il servait les intérêts d’une seule minorité a  pourtant réuni pour le défendre un nombre de manifestants qui dépassait largement les seuls représentants de cette minorité. Pourquoi des individus hétérosexuels, n’ayant a priori aucun intérêt corporatiste, sont-ils venus grossir les rangs de ce cortège ?

Si certains s’indignent de ce qu’on veuille donner une base légale à une union que Dieu, ou la Nature, ou le contrat social réprouveraient, on peut s’indigner en retour de cette indignation. Si deux homosexuels ont décidé de se jurer fidélité, quel mal cela peut-il bien faire ? Comment fait-on pour se sentir gêné par l’union d’individus que nous ne connaissons pas ? Comment la famille hétérosexuelle chrétienne, foyer de toutes les névroses, peut-elle se figurer que l’enfant ait besoin de « repères » ?

Mais la réponse, qu’on me pardonne, est évidente : ces sentiments d’indignation empruntés proviennent d’un faux savoir, d’une fausse connaissance a priori sur la société, la Nature, ou Dieu. Un individu qui prétend posséder une connaissance a priori sur ce que Dieu veut ou ne veut pas, cela s’appelle un pharisien. Un individu qui assigne des objectifs et des fins a priori à la Nature, cela s’appelle un charlatan. Un individu qui s’estime en mesure de décider a priori de ce qui est bon ou mauvais pour une société, cela s’appelle un fasciste. Pharisiens, charlatans, fascistes forment cette classe d’individus au sujet de laquelle Socrate s’étonnait qu’ils se figurent savoir quelque chose alors qu’ils ne savent rien. À défaut de pouvoir s’offrir le luxe d’un examen philosophique complet de ses préjugés, je recommande un peu de modestie dans ses opinions.

Ni les pharisiens, ni les charlatans, ni les fascistes ne prennent leur petit-déjeuner avec Dieu ou avec la Nature. Ce que Dieu veut ou ce que la nature poursuit, ils ne le savent pas davantage que vous et moi. Ceux qui prétendent que Dieu agrée ceci ou cela, ou que le but de la Nature est l’union du mâle et de la femelle, ou que la finalité de la sexualité est la reproduction, n’ont aucune idée de ce qu’ils avancent. Ils le sortent de leur chapeau, ou le tiennent d’individus qui le sortent eux-mêmes de leur chapeau. Ces assertions sont sans fondement : que la sexualité permette la reproduction, c’est une chose; que la reproduction en soit le but, c’en est une autre. Que la Nature permette l’union du mâle et de la femelle, c’est une chose; que l’union du mâle et de la femelle en soit le but, c’en est une autre. Qu’un vieux mythe raconte qu’au commencement il y avait un homme et une femme, c’est une chose; que Dieu réprouve des formes d’union différentes, c’en est une autre.

On peut lire que le fait pour l’union maritale de désigner celle d’un homme et d’une femme serait un méta-principe de notre Constitution. Pour ma part je me méfie de tout ce qui est « méta ». Quand à ce prétendu « contrat social » je ne l’ai jamais lu ni signé; l’avantage des contrats réels imprimés et signés est que les charlatans, ou les pharisiens, ou les fascistes, ne peuvent pas leur faire dire n’importe quoi.

Aussi rassurez-vous ! Vous n’avez pas loupé, comme un gros benêt, votre petit-déjeuner avec Dieu ou avec la Nature. Vous n’avez pas signé pour une société qui reposerait exclusivement sur le modèle de la famille hétérosexuelle. Il ne s’agit, une fois encore, que d’une abominable volonté de coercition, du plaisir pervers d’édicter des règles, de l’art raffiné de contrarier ses semblables.

Il est à déplorer qu’il n’y ait pas de vrai parti libéral en France. La droite est libérale en ce qui concerne l’économie, mais coercitive en ce qui concerne les moeurs et la morale publique. La gauche est libérale en matière de moeurs et de morale publique, mais coercitive en ce qui concerne l’économie. Nous n’avons pas de parti qui soit libéral à la fois sur l’économie et sur les moeurs. Résultat: on peut être libéral et hétérosexuel et manifester aux côtés de la gauche et des homosexuels.

*Photo : cbr_perso.

La lauréate du Prix des Deux-Magots avait été repérée par Causeur

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Les critiques littéraires de Causeur ont le nez creux. Dès le mois de mai, l’excellent Thomas Morales, infatigable lecteur qui préfère Blondin au Nouveau Roman et Modiano aux laborantins fous de l’autofiction, attirait notre attention sur le passionnant roman de Pauline Dreyfus, Immortel, enfin (Grasset). Pauline Dreyfus y évoque la vie de Paul Morand, le plus célèbre globe-trotter de la littérature française, styliste salué par Proust dès ses premières nouvelles. Le choix de Pauline Dreyfus, plutôt que de jouer avec les clichés sur le cosmopolitisme dandy, est au contraire d’imaginer Morand vieillissant, à travers ses deux échecs successifs à l’Académie Française, à cause de l’opposition de De Gaulle qui ne lui avait pas pardonné d’avoir été ambassadeur sous Vichy. C’est seulement à sa troisième tentative, alors qu’il est octogénaire, que Morand réussit enfin à entrer sur la Coupole.

Immortel, enfin vient d’être couronné ce 29 janvier par le premier prix décerné en cette année 2013, celui des Deux-Magots. Joli clin d’œil, le prix des Deux-Magots fête cette année ses 80 ans, l’âge même où Morand put enfin entrer à l’Académie. Autre fait remarquable à signaler, le roman de Pauline Dreyfus a été élu à l’unanimité des 13 jurés du prix parmi lesquels on compte Eric Neuhoff ou Gille Lapouge, sous la présidence de Jean-Claude Caracalla.

 

 

Mathieu Laine : Depardieu n’est pas un déserteur mais un homme libre !

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mathieu laine impots

mathieu laine impots

Causeur. Gérard Depardieu a décidé de s’expatrier en Belgique et de renoncer à la nationalité française pour payer moins d’impôts. Son exil est parfaitement légal mais certains, à commencer par Jean-Marc Ayrault, l’estiment illégitime. Depardieu a-t-il rompu le contrat social ou est-ce l’État français qui lui en demande trop ?   

Mathieu Laine. Le contrat social est une théorie de l’origine de la société censée donner sa pleine légitimité à l’action de l’État et à son pouvoir de contrainte sur l’individu. Cette approche, qui justifie le monopole de la violence légale, implique que nous ayons tous accepté, implicitement, de nous soumettre à cette autorité en échange de la protection de nos droits. La difficulté, avec cette théorie, c’est que l’on en fait un usage assez « élastique ». Pour les socialistes et les étatistes en général, elle implique une soumission considérable de l’individu au collectif, ou plus exactement à la bonne volonté, par nature court-termiste, des hommes politiques du moment. Pour les libéraux – en tout cas lorsqu’ils acceptent cette idée −, elle nécessite un État limité dans sa capacité à soumettre l’individu. Depuis le XVIIIe siècle, l’Occident oscille entre ces deux extrêmes. À grands traits, on peut dire que les démocraties anglo-saxonnes sont fondées sur un individualisme plus marqué que l’idéal révolutionnaire français.

Cet individualisme est-il compatible avec l’idée même d’un contrat social ?

Aux États-Unis, la liberté et la poursuite du bonheur individuel sont précisément à la base du contrat social. Il s’ensuit qu’on y a une perception du rôle de l’État très différente de celle qui a cours en France ou qui avait cours en Union soviétique, pour prendre trois exemples très éloignés les uns des autres. Ainsi, dans la conception française des choses, Gérard Depardieu peut paraître comme un « déserteur » qui aurait, comme vous le dites, rompu le contrat social. Mais pour un libéral, M. Depardieu a agi en pleine liberté.[access capability= »lire_inedits »] Il est libre de vivre où il l’entend, de choisir le régime social, politique, fiscal qui lui convient. Personne n’a le droit d’enrayer sa volonté. Heureusement, car dans le cas contraire, on sombrerait dans une logique proprement esclavagiste !

N’est-ce pas un peu hypocrite d’invoquer un horrible matraquage fiscal lorsqu’on défend son pur intérêt égoïste ?

Je suis convaincu que toute personne, riche ou pauvre, qui quitte son pays le fait avec tristesse. C’est un déchirement profond, qui a de nombreuses explications, car on ne part jamais seulement pour l’argent. En général, on franchit les frontières notamment pour rechercher plus de sécurité, se protéger des bombes ou de la misère ou, car c’est aussi une forme de violence, pour échapper à une captation fiscale jugée excessive. Le départ de Depardieu est donc légitime tout simplement parce qu’il l’a voulu. J’ajoute qu’il part, comme d’autres, à un moment où la pression fiscale, dont la France est championne, devient en effet insoutenable, mais surtout dans un temps où le succès, la création de richesses (et donc d’emplois, de croissance) sont pointés du doigt. Il quitte donc aussi sans doute un climat hostile, un état d’esprit irrespirable. On peut ne pas penser comme lui et rester en France. On peut même, comme devraient le faire ces acteurs et chanteurs très agressifs et donneurs de leçons, donner plus que les 75% actuels grâce à l’impôt volontaire (étrangement, je ne crois pas que M. Noah ou M. Torreton le fassent). Mais il est tout aussi légitime de penser différemment et de partir.

En somme, personne ne doit rien à personne ?

Je suis favorable à une pleine et totale liberté de circulation pour tout le monde et je ne vois pas pourquoi les belles âmes voudraient n’accorder ce droit qu’aux plus pauvres. Enfin, il est important que nos dirigeants, de droite comme de gauche (car Nicolas Sarkozy a lui aussi été un grand inventeur d’impôts nouveaux), relisent Arthur Laffer[1. Arthur Laffer est un économiste américain rendu célèbre pour sa fameuse « courbe de Laffer » qui modélise le phénomène « trop d’impôts tue l’impôt », les hauts taux d’imposition décourageant tellement l’activité que leur augmentation finit, au-delà d’un certain seuil, par impliquer une réduction des recettes fiscales.], comprennent que les modèles fiscaux sont en concurrence et qu’il sera de plus en plus facile, grâce aux nouvelles technologies, de partir loin tout en restant connecté à ceux qui restent. Savez-vous que la véritable tranche maximale de l’impôt sur le revenu en France atteint désormais 64% (en tenant compte des prélèvements sociaux), contre 27% en Allemagne ? En un mot, il est urgent que la France redevienne fiscalement attractive – ou au moins vivable…

Depardieu a longtemps bénéficié  des subsides de l’État, notamment à travers le soutien accordé à l’industrie du cinéma. Ce faisant, n’a-t-il pas contracté une dette vis-à-vis des contribuables qui ont largement contribué à sa remarquable réussite ?

On pourrait en effet considérer que quiconque accepte des subventions du ministère de la Culture ou du CNC, par exemple, avalise implicitement la redistribution étatique et le soi-disant soutien de l’État à l’industrie. C’est même pire que cela si l’on considère que ce sont souvent les bénéficiaires eux-mêmes qui cherchent à obtenir le soutien de l’État (c’est-à-dire des contribuables) par le lobbying et les effets de cour. Et il est vrai que, lorsqu’on cautionne moralement un système, il est ensuite difficile de le dénigrer. Cela dit, M. Depardieu a très certainement rendu en impôts une très large partie de ce qu’il avait indirectement reçu en subventions (les chiffres avancés sont considérables). Et les sociétés qui ont produit ses films à succès se sont aussi acquittées de lourdes dettes fiscales. Il a donc bénéficié de l’aide publique, mais il a aussi beaucoup contribué à la recette nationale. Surtout, et c’est plus important, on peut parier que si le système avait été moins dépendant des subventions, M. Depardieu aurait, au regard d’un talent salué par un nombre considérable de spectateurs, très certainement fait une carrière aussi impressionnante.

En somme, il a bénéficié de la manne étatique mais n’en avait pas besoin. Un peu facile, non ?

Ce qui est facile, c’est de mettre l’État partout et de se sentir ensuite légitime à cadenasser les gens. Quelle atteinte à la liberté ! Surtout quand on voit ce que les gouvernants font de l’argent prélevé et leur incapacité chronique à bien gérer, le niveau de notre dette en atteste. Les professeurs d’université libéraux connaissent le même genre d’anathème : on leur reproche de mordre la main qui les nourrit. Cependant, si l’on souhaite être professeur à l’Université, comme il n’y a pas d’université privée en France, il n’y a pas d’autre issue que l’agrégation et la fonction publique…

On peut tout de même juger que cette désertion fiscale est moralement déplorable à l’heure où le gouvernement demande un effort supplémentaire à tous les contribuables…

Ceux qui reprochent à Depardieu et à d’autres de quitter le navire en pleine tempête accomplissent un effroyable renversement de responsabilité : les politiques sont à l’origine de cette tempête et leur politique fiscale actuelle va accroître nos difficultés, la théorie et la pratique l’ont démontré depuis longtemps – à ce sujet, il faut lire le dernier papier d’Alberto Alesina, professeur à Harvard, qui démontre que la baisse des dépenses publiques est plus efficace pour relancer la croissance et l’emploi que l’augmentation des impôts. Je ne suis donc pas choqué par le départ de ceux qui le peuvent et le veulent. Ils sont hélas trop lucides.[/access]

La suite de l’entretien ici.

*Photo : wikipedia.

Parlons plutôt du prince de Galles

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« Captain Wales » vient de rentrer d’Afghanistan où il a servi comme canonnier d’hélicoptère. Lorsque le même prince Harry s’était promené en uniforme nazi, je m’étais dit, comme beaucoup de monde: « petit con! ». Lorsqu’il s’est exhibé à poil à Las Vegas, je m’étais dit, par un reliquat de respect pour la royauté: « sale petit con! ».

Lorsqu’il a clamé avoir tué des « talibans » à l’autre bout du monde en se servant de son habileté aux jeux vidéo, j’ai pensé : « criminel! ». Mais là, apparemment, j’ai été bien seul. Avec les conneries de la maison Windsor, les médias font leurs choux gras. Avec ses crimes, ils ne font rien. Ou plutôt si : ils les passent sous silence. Des camps de concentration (les premiers !) dans la guerre des Boers aux tapis de bombes sur les populations civiles, des massacres d’Indiens (d’Amérique ou d’Inde) à une décolonisation perverse, la politique britannique baigne dans l’hypocrisie et le sang. Mais grâce à la popularité de leurs altesses royales, nous ne retenons que les intrigues de cour et le lait d’ânesse…

Harry