L’ancienne Garde des Sceaux Elisabeth Guigou n’est semble-t-il pas plus vexée que ça que François Hollande lui ait préféré Christiane Taubira pour occuper le ministère de la Justice et donc pour défendre devant l’Assemblée et le peuple français ce qui s’annonce déjà comme la réforme la plus emblématique du second président socialiste de la République.

Faut dire qu’Elisabeth était mal placée pour porter le mariage gay sur les fonts baptismaux. Et ce justement parce qu’elle s’était, sans le savoir, grillée quand elle était place Vendôme – et donc en charge de l’instauration du PACS. C’est en effet devant cette même Assemblée qu’elle avait juré-craché le mardi 3 novembre 1998 que ce serait le PACS et rien que le PACS  : «  Je veux être parfaitement claire : je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. […] Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin d’avoir en face de lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle. »

Vannée à l’envi depuis quelques semaines par les ténors de la droite qui ne cessent de lui rappeler ces paroles définitives contre l’ « hypothétique droit à l’enfant », l’ex-ministre PS de Lionel Jospin a tenu à dénoncer à la tribune de l’hémicycle les  « travestissements, amalgames, procès d’intention, hypocrisies ». Toutes vilénies visant exclusivement les renvois à l’ère Jospin proférés par la droite parlementaire.

En vertu de quoi, quelques interventions plus tard, un obscur député PS (au fait, comment fait-on pour les reconnaître maintenant qu’ils ne portent plus la barbe en collier et qu’on ne peut même plus fumer la pipe dans les couloirs du Palais Bourbon ?). Un obscur député PS de l’Hérault, disais-je donc avant de digresser bêtement, nommé Christian Assaf, a magistralement prouvé que la droite n’avait pas le monopole des « travestissements, amalgames » et autres « procès d’intention ».

Après avoir souhaité que « ce débat ne soit pas une guerre« , Christian a déploré que l’opposition « joue sur les peurs et les préjugés« , ce qui reconnaissons-le, est très vilain. Fort de ce petit échauffement oral, le jeune député s’est ensuite jeté dans le grand bain en lâchant devant ses collègues un rien médusés : « Le temps du triangle rose est terminé !« . Le triangle rose, rappelons-le, était l’insigne porté par les déportés pour homosexualité dans les camps nazis lors de la Seconde Guerre mondiale.

Croyez-vous qu’une telle saleté (à ce niveau de bêtise crasse, on ne peut même plus parler de point Godwin) fut sanctionnée par la présidence de l’Assemblée ? Que dalle ! Croyez-vous que Bruno Le Roux a rappelé son jeune camarade à un peu plus de décence ? Nib itou ! Croyez-vous au moins que l’UMP a quitté la séance ? Même pas ! Certes on a râlé, caqueté, sifflé, on s’est même un peu indigné. Mais quand aussitôt après le brillant raccourci historique d’Assaf et les protestations rituelles qui on suivi sur les bancs de la droite, Hervé Mariton a pris la parole pour l’UMP, ce n’aura été que pour dénoncer, très banalement, un propos « inacceptable » et pour expliquer grosso modo que c’est pas gentil de faire un amalgame entre la droite parlementaire et la Waffen SS : « Nous condamnons l’homophobie, les actes inqualifiables accomplis par le régime nazi à l’encontre des personnes homosexuelles. Oui nous sommes en sympathie avec tous ceux qui ont souffert du régime nazi et les homosexuels en font partie« .

Vous, je ne sais pas, mais moi, une telle réponse me choque. Se croire obligé de rappeler de pareilles évidences légitime, de fait, les insultes de l’adversaire. On aurait préféré que ce Mariton-là exprime avant tout sa sympathie aux millions de Français – parfois même pas trop hostiles, comme c’est mon cas, au seul mariage gay- qui en ont assez d’être taxés d’homophobes par Caroline Fourest ou de quasi-esclavagistes par Lilian Thuram ou d’antisémites honteux par l’inqualifiable Pierre Bergé (By the way : que fait le CRIF ? Réveillez-vous, les mecs ! Y’a pas que Besancenot dans la vie…).

Il fut un temps où les parlementaires injuriés aussi violemment qu’ils l’ont été hier par Christian Assaf auraient jugé que la seule réponse appropriée était une bonne paire de gifles, logiquement suivie d’un duel en bonne et due forme.

Mais comme dirait Christiane Taubira : « Le passé, c’est le passé ! ».

*Photo : Parti socialiste.

Lire la suite