Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Au fond, on dirait que l’inégalité économique ne vous pose aucun problème…

Il est difficile de répondre à une question aussi fondamentale sérieusement et brièvement ! Mais partons du fait qu’une société libre basée sur le commerce pacifique donnera toujours naissance à des inégalités de revenus pour la simple raison que chaque individu a une histoire, des capacités et des aspirations qui lui sont propres et qui sont différentes de celles de son voisin. Deux choses sont importantes : d’une part, l’échange libre crée la richesse. Nous bénéficions tous du commerce, même et surtout ceux qui ont des capacités moindres que les autres. En d’autres termes, la pauvreté est bien plus grande lorsque les individus vivent en autarcie ou lorsque la société est tribale. Dans une société libre, l’individu ne peut s’enrichir que par l’échange et le service d’autrui, par l’innovation et le travail.

Mais dès lors que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, les riches ne sont-ils pas responsables de la pauvreté ?

Cette idée fausse vient du temps où la richesse était le résultat de la domination par la force. Dans une société commerciale libre, ce n’est pas le cas. La richesse ne s’acquiert que par la satisfaction du client dans l’échange. Ainsi, dans l’échange, toutes les parties s’enrichissent. C’est pour cela que la société moderne a vu l’arrivée des classes moyennes  – un phénomène inconnu des époques antérieures.

Soit. L’État n’en a-t-il pas moins le devoir de réduire les écarts de richesse à travers sa politique de redistribution ? 

Vouloir ce qu’on n’a pas est une tentation permanente et universelle, c’est bien pour cette raison que « ne pas convoiter le bien d’autrui » est l’un des Dix Commandements. On ne rend pas cette tentation plus légitime ou honorable parce qu’on fait appel à la redistribution étatique pour la satisfaire. Au contraire, tout système de redistribution basé sur la coercition étatique cautionne l’idée qu’il y a, à la base de la société, une lutte des classes permanente

*Photo : wikipedia.

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Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.