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Le Sida ne sera pas la peste noire du XXIe siècle

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La possibilité d’une catastrophe fait toujours plus de bruit que les succès de sa prévention. Depuis vingt ans, les discours publics nous abreuvent de prophéties sinistres. Mais pas une seule n’a réussi ne serait-ce qu’à faire semblant de menacer la race humaine. En 2005, l’ONU avertit que 150 millions d’humains pourraient périr de la grippe H5N1. Des précautions furent prises et on compta finalement 400 morts. Pendant l’épizootie de la vache folle, quand 2,5 millions de bovins furent abattus au Royaume-Uni, un éminent savant annonça à la BBC qu’on devait se préparer à des centaines de milliers de morts de la maladie de Creutzfeld-Jacob. À ce jour, on en recense 204 dans le monde.

Par contraste, le SIDA a enlevé 35 millions de vies depuis son apparition. Mais ça aurait pu être pire. En 2002, le président d’une association respectée de lutte contre le SIDA prédisait que « le SIDA surpassera la peste noire comme la pire pandémie mondiale ». La même année, une agence gouvernementale américaine annonça la mort dans dix ans d’un quart de la population de l’Afrique Australe. Au lieu de cela, les compagnies pharmaceutiques, les églises, les associations humanitaires et (même) les gouvernements ont changé le cours de l’histoire. L’ONU dit maintenant qu’une génération sans SIDA est « non seulement possible, mais imminente ».

ONUSIDA, l’agence responsable de la lutte mondiale contre le VIH, prévoit dans son dernier rapport que l’épidémie sera très vraisemblablement finie en 2030. Cela ne signifie pas que la maladie sera éradiquée (comme la variole en 1979 ou la peste bovine en 2011), mais que les transmissions du VIH et les décès du SIDA auront chuté à des niveaux assez bas pour ne plus constituer qu’un problème chronique de santé publique, et non plus une épidémie.

D’ores et déjà, le nombre de décès dus au SIDA a diminué d’un tiers depuis le pic de 2,3 millions en 2005. Le nombre de nouvelles contaminations est à la moitié de son niveau de l’an 2000, et le nombre de personnes vivant avec le virus n’a quasiment pas changé. On estime que 14 millions d’années de vie ont été sauvées par les traitements durant la dernière décennie, et que 900 000 vies ont été épargnées rien que l’an dernier. L’ONU peut être fière de son travail : elle n’est jamais aussi efficace que quand elle coordonne des efforts internationaux pour éradiquer des maladies.

En attendant de trouver un vaccin contre le SIDA, les laboratoires ont développé des médicaments antirétroviraux qui suppriment l’infection et réduisent drastiquement les risques de transmission. Les infections d’enfants par le VIH ont pratiquement disparu des pays riches. Nous avons aussi considérablement amélioré le traitement des infections secondaires comme la tuberculose, qui entraînent la mort. Il y dix ans, 100 000 personnes étaient traitées ; on en dénombre aujourd’hui huit millions.

En plus de la bataille médicale contre le VIH, il faut saluer les mesures comportementales destinées à réduire l’infection. Certes, on a parfois assisté à une lutte idéologique entre abstinents et libertaires. Mais les efforts internationaux ont remporté un tel succès parce qu’ils n’ont pas privilégié un camp sur l’autre. Ils ont combiné une large variété d’approches, depuis les campagnes d’abstinence jusqu’à l’utilitarisme brutal des distributions de seringues propres aux toxicomanes.

Bien sûr, le meilleur moyen de ne pas mourir d’une maladie sexuellement transmissible est de s’abstenir de relations sexuelles. On peut en sourire, mais le rapport d’ONUSIDA loue le travail des agences catholiques, souvent méprisées dans ce domaine. Mais le combat contre le SIDA a rencontré un tel succès parce qu’il se contente de réduire les risques encourus par ceux qui ne veulent changer radicalement de comportement.

Le gouvernement français donne chaque année 360 millions d’euros à l’une des meilleures ONG internationales, le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Quand on connaît les gaspillages de l’aide publique au développement, il est encourageant de voir l’argent des contribuables enfin dépensé pour une bonne cause. Le combat contre la malaria se déroule presque aussi bien que celui contre le SIDA : le nombre de morts a reculé de 20% depuis son sommet de 2004. Le Fonds Mondial achète des médicaments pour l’Afrique, mais l’efficacité de l’industrie pharmaceutique est un facteur aussi important que la philanthropie : un programme américain d’antirétroviraux soigne désormais deux fois plus de malades qu’il y a quatre ans, simplement par la baisse du prix des médicaments.

L’alliance de la science, de l’industrie, du capitalisme globalisé et de la philanthropie a donc fait bien plus contre les plus grands ennemis de l’humanité que ce qu’on croyait même possible. Comme la violence en Syrie nous le rappelle, il y a encore bien des choses qui ne tournent pas rond dans le monde. Mais elles sont largement dépassées par celles qui vont bien.

Pourquoi Valls est-il si populaire ?

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manuel valls duflot

La Vallsmania prend des proportions inattendues : le ministre de l’Intérieur bénéficie d’une cote de popularité à faire pâlir de jalousie le Président de la République et le Premier ministre. En deux ans, Valls est passé de lanterne rouge à la primaire socialiste[1. Avec 5% des voix, Valls était arrivé bon dernier socialiste à la primaire, juste devant le radical de gauche Jean-Michel Baylet.] à star médiatique. L’interview qu’a récemment accordée son épouse, la violoniste Anne Gravoin, à un journal espagnol en témoigne. Elle a commenté en ces termes le sondage indiquant que 20% des Françaises aimeraient vivre une aventure torride avec Manuel Valls : « Manuel le mérite, ça et bien plus encore. Maintenant, de nombreuses femmes veulent coucher avec lui, mon grand amour.»  Baisers sous l’objectif des caméras, Manuel et Anne nous la jouent Nico et Cécilia pour trouver la route de l’Elysée. Ces histoires-là finissent mal, en général.

Nous ne nions pas que Manuel Valls ait un certain talent. Son rôle auprès du candidat François Hollande est essentiel, aussi avions-nous conseillé à ce dernier de le nommer à Matignon, plutôt que de désigner le pâle Ayrault. De même, il a endossé avec maëstria les habits de premier flic de France,mi-Chevènement, mi-Sarkozy, ce qui a eu l’heur de plaire aux Français. Mais tout le talent, le savoir-faire, et la science de la com’ de Manuel Valls ne suffisent pas à expliquer ses excellents sondages – il est tout de même le seul membre de l’exécutif à séduire plus de la moitié des personnes interrogées ! Il y a autre chose. Cette autre chose, c’est le fait d’être attaqué en permanence par des personnalités que les Français détestent. Les Français ne veulent pas de la loi pénale de Christiane Taubira, ils apprécient donc que Manuel Valls le fasse savoir. Harlem Désir, les Verts conspuent Manuel Valls après ses propos sur le regroupement familial ; les Français prennent la défense du ministre de l’Intérieur. Enfin, Duflot accuse son collègue d’attenter au pacte républicain, laisse son compagnon traiter le ministre de raciste, et le voilà un peu plus haut dans les sondages. Tout se passe comme si nombre de Français se disaient, à chaque fois que Valls est attaqué par un membre de la majorité : «  Un homme critiqué par ces gens-là ne peut pas être foncièrement mauvais ». Evidemment, il en joue et il a bien raison. Mais si ses adversaires se taisaient, sa popularité ne serait pas si grande, car ses résultats sur le front de la sécurité ne sont guère meilleurs que les performances de Moscovici sur le front économique ou les réalisations de Montebourg sur le front industriel.

François Hollande, s’il veut chaparder un peu de popularité à son jeune et ambitieux ministre, dispose de deux solutions. La première serait de le nommer carrément premier ministre. La seconde serait de virer Duflot et d’abandonner la loi pénale de Taubira. Valls gagnerait idéologiquement mais serait privé de ses deux faire-valoir les plus efficaces. Et les sondages remercieraient vite le Président. Un spin doctor avisé parviendra-t-il à convaincre François Hollande de prendre les décisions qui s’imposent ? S’il n’y avait que sa communication… L’autorité de sa fonction est également en cause. Et c’est bien plus grave. Pour le pays, surtout.

*Photo : WITT/SIPA. 00663724_000014.

Ma grande coalition à moi, contre les voleurs de la République

evasion fiscale dupont aignan

Comme le remarquait naguère Luc Rosenzweig, les grandes coalitions sont à la mode en Europe. Le problème, c’est que ce ne sont pas des coalitions, ce sont des regroupements de gens et de partis qui disent la même chose sous des emballages différents. Un peu, comme à une époque que les moins de quarante ans n’ont pas pu connaître, Le Figaro et L’Aurore dont seuls la Une changeait. Ou aujourd’hui, la Citroën C1, la Peugeot 107 et la Toyota Aygo. Ce sont les mêmes voitures fabriquées sous des marques différentes pour réduire les coûts mais en même temps garder l’illusion que vous avez le choix. Un peu comme les programmes économiques des principaux partis dits de gouvernement en Europe. Tous libéraux avec, selon les particularismes locaux, des doses variables de social, doses de plus en plus homéopathiques au demeurant. Même en France où le PS et l’UMP s’écharpent parfois avec férocité, s’il n’y avait pas l’hypothèque d’un FN de plus en plus conquérant et d’un mode de scrutin qui ne tolère qu’un seul vainqueur, il y a belle lurette que Copé, Raffarin, Lagarde, Borloo, Sapin, Moscovici et même Duflot auraient constitué un gouvernement d’union nationale, pour la plus grande gloire des critères de convergences et de la réduction des déficits. Comme ça, même la France serait moderne. Moderne au sens où l’entend un Barroso, c’est-à-dire ouverte comme une fracture à la concurrence libre et non faussée.

Mais voilà, dans un monde idéal, une autre grande coalition serait possible. Une coalition qui a déjà eu lieu dans notre histoire, et qui a plutôt bien fonctionné puisqu’elle a permis la reconstruction de la France de l’après-guerre, la Sécurité sociale, la retraite, la nationalisation du crédit et de l’énergie sans compter une politique extérieure qui tenait la dragée haute aux deux blocs entrain de se dessiner. Si, si, je vous parle de l’union sacrée entre les deux grands courants de la Résistance, les gaullistes et les communistes.

Il n’y a plus beaucoup de communistes ni de vrais gaullistes m’objecterez-vous et vous aurez raison. Seulement, ceux qui restent s’entendent très bien. Cette semaine, et dans une indifférence médiatique que l’on peut imaginer générale, Alain Bocquet, député PCF du Nord et Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne et président de DLR, vont présenter ensemble les conclusions d’une mission sur les paradis fiscaux et la lutte contre la fraude fiscale qui a débuté en novembre 2012. Les deux hommes se connaissent et s’estiment depuis la campagne pour le Non au referendum de 2005. Comme le dit Alain Bocquet lui-même, dans un entretien à La Voix du Nord, samedi dernier, « Nicolas et moi on est d’accord à 95% ». Bocquet a même préfacé le livre de NDA qui paraît chez Fayard, Les voleurs de la République. On peut penser que les 5% restants, c’est quand NDA, qui reste mon homme de droite préféré car il n’est pas de droite, croit utile d’aller soutenir Robert Ménard à Béziers.

Quand on regarde ce que raconte un peu ce rapport sur la fraude fiscale, on comprend aussi que si NDA et Bocquet s’entendent, c’est qu’ils croient encore à la volonté politique. Il est vrai que les chiffres qu’ils donnent sont impressionnants. Ils estiment le coût de l’évasion fiscale à 10% du PIB, rien que ça. Ils dénoncent l’inertie de la France face aux « carrousels » des TVA qui consistent pour les « grands criminels de la finance » d’après l’expression de NDA, à se servir de l’abolition des frontières et du système de TVA déclaratif et déductif pour encaisser une TVA sans la reverser ou, au contraire, en se la faisant rembourser alors qu’on ne l’a jamais payée. Et le « carrousel », c’est quand les marchandises sont vendues et réexpédiées de pays en pays pour encaisser la TVA à chaque fois. À la fin, cela dessine une géographie aimablement ubuesque de l’Europe qui fait de Jersey le premier exportateur mondial de bananes ou de la Suisse le principal pays de négoce des matières premières. L’air de rien, cette attraction foraine  coûte 10 milliards par an à la France.

Evidemment, lutter contre les paradis fiscaux, c’est plus compliqué que de monter les Français les uns contre les autres en les faisant regarder dans l’assiette du voisin. On va aller s’occuper d’une fraude aux aides sociales, de l’aide médicale gratuite aux étrangers (qui est d’ailleurs une forme de sécurité sanitaire pour éviter qu’un clandestin ne ramène un virus bien méchant), des régimes spéciaux, bref gratter des miettes chez les petits en occultant soigneusement la possibilité de reprendre à de vrais et grands voleurs qui n’ont plus la moindre idée de ce que signifie « solidarité nationale » les sommes colossales qu’ils distraient à l’administration fiscale. Et avec  un cynisme d’autant plus inacceptable que la crise est là et que c’est au nom des déficits que l’on fait vivre une génération moins bien que la précédente.

Oui, le souverainiste et le communiste ensemble, pour désigner l’ennemi commun et nous rappeler que « Quand les blés sont sous la grêle/Fou qui fait le délicat. »

*Photo : WITT/SIPA. 00650871_000003.

« Asko » vs. « Finkie » : ils en ont parlé

finkielkraut islam askolovitch

Dommage qu’on n’organise pas un championnat d’opinion politique. Catégorie « Islam », cette rentrée, on aurait eu sur le ring, en finale, Alain Finkielkraut à ma droite, Claude Askolovitch, islamophile, en face. Le public braille toute gueule ouverte : « Tape, Alain, tape, explose-le ! » Juste un petit carré  scande timidement,  sur l’air des lampions : « Vas-y Asko, vas-y Asko, vas-y ! » Moi, philosophe, rêveur, j’observe, je pense. Chacun son métier : moi, c’est penseur, je suis payé pour ça.

J’observe les points communs des finalistes : tous les deux s’affublent d’un nom à coucher dehors et font profession de s’adresser aux masses laborieuses. C’est pas que j’aie quelque chose contre les étrangers, juste par commodité, ils auraient pu faire un petit effort. Par exemple, Alain serait « Finkie », Claude, « Asko ». Notez, pour aggraver leur cas, tout le monde les appelle Finkie et Asko. Concis, sympa, français. Le père d’Asko, qui avait oublié d’être idiot, signait Roger Ascot. Il avait même sucré le K slave pour se latiniser. Que fait le fils ? Il se repasse une couche de Scythe imprononçable. Ensuite, ils viennent nous chanter les mérites de l’assimilation. Moi je dis : assimilation bien ordonnée commence là où je pense. Je dis ça parce que je suis penseur. Si ça se trouve, j’aurais bien pu penser le contraire. Nous autres penseurs, on est comme ça.

Il nous le bisse cent fois : Asko se proclame islamophile. C’est mentionné sur sa carte de visite. Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Je suis islamophile. Nouveau, moderne.[access capability= »lire_inedits »] Comme je suis un peu musulman du côté de ma défunte civilisation, ça me fait bien plaisir. J’aime les gens qui m’aiment. Hamid, qui est encore plus musulman que moi, quand je l’ai instruit de l’apparition d’un prophète de l’islamophilie, il a fait la grimace. Quand on me dit qu’on m’aime, je me méfie, ça cache quelque chose. J’ai eu beau le rassurer, le livre d’Asko est un petit chef-d’œuvre de style, d’enquête, de bonnes intentions, rien n’y a fait. Ils sont méfiants les musulmans, la méfiance dans le sang. Il m’a rappelé, Hamid, les années mortes, les temps de la décolonisation où des Français aidaient et aimaient les Arabes. On les appelait les « zamis des zarabes ».

Autant vous le dire tout de suite, je ne suis pas finkiste pour un sou, je penche côté Asko. C’est mon droit, on est en République. Mais attention, pas un askiste aveugle. Je garde mon libre arbitre. Le halal, par exemple. Il y a longtemps qu’on n’en avait pas parlé. Asko se fonde sur le jugement de Malek Chebel, expert de l’expertise en ces matières, qui le « met au défi » de distinguer au goût un steak à chéchia d’un steak de La Villette. À mon avis, Chebel, il n’a jamais mangé chez sa maman, ou alors il est végétarien. Personne n’a encore osé lui dire qu’un chateaubriand cacher ou halal, c’est tout rigoureusement immangeable. Autant mâcher de la semelle compressée. J’ai découvert les délices de la viande des gens vers mes 15 ans. Je ne savais même pas que ça existait. Mais c’est le jour et la nuit ! Je me serais converti rien que pour le steak si la religion n’avait pas disparu entre-temps. Disparu ? Disparu… Faut voir.

Pour Finkie, avec le halal, tout fout le camp, Vercingétorix plus Mallet et Isaac, plus Lagarde et Michard. Liquidation générale, on baisse le rideau, adieu la France ! Pour le goût, je suis d’accord avec Finkie, mais pour les dégâts, je ferais des réserves. Si des zozos veulent croquer des croquettes incomestibles, c’est leur affaire. Si mon petit-fils, à la cantine, en croque une au passage, il n’en mourra pas. En tout cas, la cantine, c’est beurk. On se calme. On change, on ne s’éteint pas. On change en bien ? En mal ? Le passé a toujours été d’or, le futur de merde. Moi je préfère le béret et la baguette, c’est pareil pour le 14-Juillet, le bougnat et les cathédrales que j’ai choisi d’immigrer chez vous (Chez nous ?). Mais si le temps bouleverse le paysage, je ne vais pas encore émigrer. Qu’on me la repeigne de n’importe quelle couleur, la France sera toujours « le plus beau pays du monde ». Et je connais le monde, croyez-moi.

Asko n’est pas devenu islamophile sur un soudain mouvement de cœur. En reporter consciencieux, il est allé à la rencontre des musulmans. Il est devenu copain de Fateh, d’Adham, de Nabil, d’un groupe d’étudiants Sciences Po. Tous islamistes. Tous allumés de chez la lumière. Il les a trouvés parfois excessifs mais dans l’ensemble sérieux, cultivés, pas aussi terroristes qu’on le dit, fervents du « métissage des sources ». Des gens bien. Injustement dénoncés par « l’idéologie dominante ».

Eh Asko ! Tu te réveilles ? Alors, tu n’as déniché qu’un seul non-islamiste : le (très courageux) Chalghoumi, imam de Drancy, que tu traites d’arriviste, pas aimé chez les musulmans et « qui parle dans le vide » ! L’islam de France, pour toi, c’est l’islamisme. Tu m’inquiètes, fils.

Toi et Finkie, vous auriez vraiment intérêt à sortir un peu. Laissez-moi vous raconter. Il était une fois Mahomet… Bon, passons à autre chose, c’est trop long.

Vous relevez l’un et l’autre qu’en France seulement, le voile est interdit. En Allemagne, en Amérique, à Tokyo, ils s’en tamponnent le coquillard. Une question surgit alors, détecte Finkielkraut : nos principes ne vaudraient-ils que pour nous ? On attend la réponse. On lit minutieusement jusqu’au bout. Macache, oualou, peau de zébi ! Toutes les explications qu’il avance, telles la galanterie ou la nation, on les retrouve partout en Europe. De propre à l’Hexagone, rien. Pourquoi la France et pas les autres ? On l’apprendra peut-être dans le prochain livre de Fink, pas dans L’Identité malheureuse. Tiens, je vais vous en proposer une, de réponse.

Les Allemands, on les appelle les Chleuhs. Vous savez pourquoi, mais peut-être qu’Élisabeth l’ignore. Quand vous avez envahi le Maroc en 1912, l’ennemi, dans la montagne, c’était les Berbères Chelhi. Les soldats prononçaient les « Chleuhs ». Deux ans après se déclenchait la Grande Guerre contre les Allemands, qui ont hérité du mot. L’Arabe, depuis disons deux siècles, c’est, avec l’Allemand, l’ennemi par excellence. La Guerre d’Algérie ? Les derniers protagonistes respirent encore. Dans les têtes, à ce jour, on n’a pas tourné la page. Ni d’un côté, ni de l’autre. Américains, Écossais, n’ont pas de guerre d’Algérie à se coltiner. Les fliquesses antiterroristes, chez eux, sont voilées, sans souci. On le ferait ici, tu imagines le bouquin de Finkie ?

Le seul chiffre officiel a été donné par Bernard Squarcini, le 10 septembre 2010, dans le Journal du Dimanche : 6 millions de musulmans en France. Au Royaume-Uni : 2,8 millions. En Allemagne : 3,7% de la population. États-Unis : 0,6%. France : 10%. Et tout le monde prophétise que ce n’est qu’un début. Plus la guerre d’Algérie. Dur à avaler.

Depuis treize siècles, l’antagonisme islam/chrétienté n’a pas eu un jour de répit. Jusqu’au début du XXe siècle, on ne disait pas « Occident » mais « Chrétienté ». Dès qu’ils sont sortis de la péninsule Arabique en 632, pour se lancer à la conquête des terres émergées, les Arabes se sont heurtés aux Grecs byzantins. En Égypte, au Maghreb, en Espagne, en Hongrie jusqu’aux portes de Vienne, toujours et toujours jusqu’au 11-Septembre, islam contre chrétiens. Les deux mondes ont toujours été séparés par un rideau de mépris et d’armées. Voilà qu’aujourd’hui ils se côtoient, parfois se fondent en France, premier pays musulman en Occident.

Une exception française, l’intolérance au voile ? En monde chrétien, oui. Mais pas en monde musulman. En Tunisie de Bourguiba, en Turquie d’Atatürk, en Iran du Shah, on a interdit le voile exactement comme ici. En Égypte, au Maroc, en Algérie une énorme fraction de l’opinion pense comme Finkie, une autre comme Asko. Alors quoi, serait-on un pays musulman ?  Un peu. 10% pour le moment. Dix membres de la Ligue Arabe comptent moins de musulmans que la France. Nous aurions droit, comme le Brésil, à siéger en observateur à la Ligue arabe ou à l’OCI.

Un mot encore sur ces deux excellents bouquins qu’il faut lire toute affaire cessante. Une bonne fois pour toute, il faudrait qu’on comprenne en France qu’islamisme et islam, c’est l’eau et le feu. Sans entrer dans les détails, une analogie. Elle vaut ce que valent toutes les analogies. L’an de grâce 1517 en Europe, Luther, l’aube du protestantisme. Un moine augustinien entend réformer la religion, la débarrasser de ses scories traditionnelles, la revivifier, la refonder sur ses bases primitives. S’ensuivent deux siècles de guerre sans merci.

L’islamisme, le salafisme, le djihadisme, appelez-les comme vous voudrez, c’est exactement la même démarche que Luther. L’ennemi numéro un, l’adversaire irréconciliable des islamistes, c’est l’islam de toujours, soit presque tous les musulmans. Ils se battent par le prêche ou par le feu. Le halal, le voile, l’hôpital, la piscine, les prières dans les rues, le vin, la provoc sans fin, c’est eux. Eux sont activistes, les conservateurs, un peu paumés, n’ont pas envie de s’en mêler. On ne voit donc que le « barbu ». Et on mélange la sauce : musulmans, islamistes, Arabes, même tabac. Alors qu’on a désormais affaire à deux religions opposées.[/access]

Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, Stock, 2013.

Claude Askolovitch, Nos Mal-Aimés, ces musulmans dont la France ne veut pas, Grasset 2013.

FNPS : le couple de l’année

ps ump fn

L’élection de Brignoles confirme ce dont on pouvait se douter : la « résistible» ascension du FN est largement et volontairement surestimée. Dans une élection marquée par une très forte abstention, le FN ne progresse pas en voix, et récolte même moins de suffrages qu’à la présidentielle et aux législatives.

La prétendue poussée du FN est en fait surtout orchestrée. On assiste à un pilonnage médiatique au profit de Marine le Pen et de sa success story, complaisamment relayé par des sondages fabriqués pour faire répéter aux sondés ce qu’on leur dit.

Plusieurs forces se conjuguent. Primo, l’excitation journalistique qui aimerait bien rompre l’ennui par un grand frisson, a envie de croire au danger, fût-ce en le grossissant. Secundo, une certaine paresse intellectuelle : cerner les thèmes de la future présidentielle entre droite et gauche s’avère plus difficile que de discuter des extrêmes qui vont profiter de la situation. Pourquoi un éditorialiste, commentant par exemple l’affaire Cahuzac, se sent-il obligé de dire que « ça va faire monter les extrêmes » ? Est-il si certain que ça ne transforme pas d’abord  les électeurs PS en futurs abstentionnistes ? Que ça ne profite pas en priorité à l’opposition ? Pourquoi suggérer au téléspectateur que l’extrême est la réponse naturelle ?

La gauche de gouvernement, appuyée par les médias, a tout intérêt à exagérer la montée du Front National, dans l’espoir que cette prédiction sera autoréalisatrice. Insister sur la montée du Front National est un moyen habile de l’installer comme véritable opposition pour discréditer la seule qui peut gagner. Ce n’est pas Marine Le Pen qui change le parti, ce sont le PS et les médias qui ont intérêt à le rendre respectable.

Le danger du FN soude une gauche dépourvue de convictions, perpétuellement en quête du point Godwin. La gauche n’est pas soudée pour combattre le FN, mais pour combattre l’UMP en la décrivant comme alliée potentielle du FN. Il est d’ailleurs frappant  de constater que ce sont les gens de gauche qui accordent le plus de respect et de considération au FN car ils accusent l’UMP d’aller prendre les « idées » du Front National. Comme si les électeurs qui jetaient un bulletin protestataire votaient pour des « idées » ! On peut emprunter des idées, pas une protestation.

Évidemment, la droite, tombe dans ce piège grossier, comme Fillon récemment. Soit les élus disent que l’on doit écouter les idées exprimées par les électeurs frontistes, parler de sécurité, ce qui suppose que le FN a des choses à dire et le crédibilise, soit ils prennent un air dégoûté et se discréditent.  Ce que le militant de droite qui combat aussi le Front national ne supporte pas dans les « grandes consciences » de droite comme Juppé, c’est que ces âmes vertueuses donnent le sentiment de chercher une respectabilité à gauche.

Ainsi, la droite, incapable de penser, ne lit le phénomène FN qu’avec la grille de lecture de la gauche. Elle est convaincue qu’il faut parler de certains sujets (sécurité, immigration…) en étant plus dur, courant derrière le Front national. Jacques Chirac, faisant de temps en temps un couplet sur la sécurité, ne s’était pas pour autant abaissé à utiliser le logiciel frontiste.

Le seul qui ait compris la bonne stratégie à suivre, c’est le Sarkozy de 2007, lequel s’était opposé à la double peine, et avait tout de même divisé par deux le score du FN. À l’époque, ce n’était pas la droitisation qui avait conquis l’électeur FN, mais le style, la rupture, l’aspect « cash » du futur président.

En 2012, en revanche, comme l’a très bien dit NKM, Patrick Buisson ne voulait pas faire gagner Sarkozy mais Maurras. Représentatif des 10% des électeurs FN qui comprennent les idées d’extrême droite et souhaitent que l’UMP s’en rapproche, il a fait perdre à Sarkozy, non seulement le centre mais la chance de récupérer 90% des électeurs du FN et les abstentionnistes de droite qui votent sans doute pour un homme ferme, plus que sur le fond. L’évocation par Sarkozy de « la France des cathédrales » a sans doute été un repoussoir pour la plupart des électeurs protestataires du FN, tantôt cafetiers, chauffeurs de taxi, rapatriés d’Algérie, et bien souvent profondément anti-cléricaux.

Le style, pour capter un vote protestataire se révèle bien plus important que les « idées ». C’est pourquoi un Fillon, un Wauquiez  ou un Guéant pourraient  multiplier les propos limites sur la sécurité et l’immigration sans gagner une voix de petit commerçant excédé. On peut même faire l’hypothèse qu’une personnalité forte et cohérente, peut inspirer confiance et respect à des électeurs du FN y compris en disant son mépris pour les « idées » que la gauche veut prêter aux électeurs du FN. C’est probablement ce qui est arrivé à NKM à Longjumeau qui a fait le plein de ses électeurs malgré la consigne de vote hostile qu’avait lancée le FN local.

L’élection de Brignoles confirme cette analyse : le problème n’est pas tant les 2 717 voix du FN, que l’incapacité de l’UMP et du PS à trouver des candidats suffisamment charismatiques pour inciter les 13 815 abstentionnistes à se bouger.

Et si l’électeur FN ne votait FN que par dépit ? Face à la médiocrité ambiante, celui-ci attend moins des dérapages démagogiques que des discours politiques construits et ambitieux, à la Mendès, Pinay, Clémenceau ou De Gaulle…

*Photo : IBO/SIPA. 00627369_000015.

Encel bien en selle sur France Inter

Depuis le départ en retraite de l’excellent Dominique Bromberger, France Inter, le vaisseau amiral de la radio publique, avait laissé le monopole de l’analyse et du commentaire géopolitique à Bernard Guetta, fidèle au poste tous les matins de la semaine à 8h17. Lire le monde avec les lunettes de Guetta, c’est vivre chaque jour l’expérience du Candide de Voltaire soumis aux vaticinations du docteur Pangloss, l’incorrigible optimiste. Cet ancien trotskiste converti aux charmes discrets de la social-démocratie réussit presque à nous persuader, profitant de l’état comateux de notre réveil, que l’Union européenne est en marche vers un avenir radieux, que le monde arabe vogue hardiment vers la démocratie et la prospérité, et que Recep Tayyip Erdogan est un grand humaniste. Rien ne le fait dévier d’une ligne où sa déférence envers le Quai d’Orsay le dispute à un aveuglement volontaire devant tout événement ne cadrant pas avec sa vision du monde.

Fort heureusement, mais hélas à une heure de moindre écoute (18h15), il est maintenant possible de se faire une idée plus réaliste des événements mondiaux en écoutant la « chronique internationale » de Frédéric Encel. Alors que Guetta cherche à formater ses auditeurs à l’aune de ses convictions, Encel, pédagogue né, parvient en moins de trois minutes à nous fournir les deux ou trois clés permettant de bricoler soi-même son opinion sur des questions souvent complexes.

Des convictions, Encel n’en manque pourtant pas, sur l’Europe, le Proche Orient, la mondialisation. Mais il a l’honnêteté de ne pas utiliser son temps d’antenne pour les imposer à son public, et à les réserver à ceux qui voudront bien acheter ses livres. Le dernier paru, De quelques idées reçues sur le monde contemporain. Précis de géopolitique à l’usage de tous (éditions Autrement) pourra utilement soulager des auditeurs victimes d’une surdose de Guetta.

Dernière précision : l’arrivée d’Encel sur le service public de radiodiffusion fait écumer de rage Pascal Boniface, qui manie l’insulte avec la hargne du jaloux. Minable.

Mettre les voiles

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Dans Le Monde du 4 octobre dernier, la rubrique Débats publiait divers avis sur l’une des polémiques du moment, le voile à l’université. Et comme il est d’usage dans ce journal de faux-culs, sous prétexte de diversité d’opinions (et soyons tout de suite clair : face à la vérité, plaider pour la diversité d’opinions n’est jamais que donner la parole au mensonge…), le Monde noyait un article de bon aloi signé du « collectif » des membres de la commission Laïcité du Haut Conseil à l’Intégration (HCI), qui s’est auto-dissous récemment, après avoir remis au Premier Ministre un rapport circonstancié proposant douze recommandations sur les conditions d’exercice de la laïcité — c’est-à-dire de la vraie liberté de penser — dans l’Enseignement Supérieur —, dan un fatras d’avis et d’opinions contradictoires, comme si exposer la vérité aux mensonges faisait avancer la cause de la liberté.

La mission laïcité a aussi bien dénoncé les courants chrétiens évangéliques ou néobaptistes qui critiquent les théories darwiniennes de l’évolution au profit des thèses créationnistes que des courants musulmans qui font dans le prosélytisme et récusent la mixité tant au niveau des étudiants que des enseignants. Aucun ostracisme anti-musulman là-dedans.
Que disait spécifiquement la Commission de la question du port du voile à l’université ? Sous le titre « Garantissons la neutralité religieuse dans les salles de cours du supérieur », il se défendait d’avoir mérité « le terme discutable si impudemment brandi aujourd’hui dès qu’on évoque la laïcité d’« islamophobie » — mais l’intolérance (la vraie, l’intolérance religieuse) crie au loup dès qu’on l’empêche d’excommunier, ou qu’on lève le sourcil devant une brochette d’étudiantes voilées assises en groupe au premier rang de l’amphi.
Islamophobe ? La recommandation du HCI est pourtant fort mesurée. Il s’agit d’« interdire dans les salles de cours, lieux et situations d’enseignement et de recherche des établissements d’enseignement supérieur les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. » Une proposition déjà révélée par le Mondedu 6 août — une indiscrétion qui était moins une vraie information qu’un moyen de pression sur le gouvernement, sommé de ne pas écouter des laïcards qui attentent visiblement à la liberté d’attenter aux libertés des autres. « En quoi l’exigence de neutralité religieuse dans les salles de cours, gage de la sérénité de l’enseignement, serait-elle discriminante ? Comment peut-on estimer que l’affichage « ostensible » d’une conviction religieuse dans un lieu de transmission et de discussion du savoir ne pose aucun problème ? »

Dès 2004, la Conférence des Présidents d’Université avait émis un document, « Laïcité et enseignement supérieur », qui faisait déjà largement le tour de la question — et des problèmes. Pour n’en citer que deux, la réquisition de locaux d’universités à des fins cultuelles, ou la récusation de la mixité.
Le seul à avoir manifesté son intérêt pour les propositions du HCI est Manuel Valls. « Le manque de clarté, de lucidité et de courage, loin de favoriser le vivre-ensemble, attise les tensions et fait le lit des extrêmes », poursuit l’article du Collectif. Qui ne sait, parmi les enseignants et sans doute ailleurs, que se plier, en classe, aux injonctions du caïd de service ne permettra pas de rétablir l’ordre — bien au contraire ? Donnez le doigt, on vous mangera le bras. Céder devant les manifestations ostensibles de la superstition, c’est ouvrir la porte au fanatisme, qui est à la religion, comme le rappelle Voltaire, « ce que le transport est à la fièvre ». Partout, toujours, il nous faut, inlassablement, « écraser l’infâme », comme disait ce même Voltaire à la fin de ses lettres.
Dans le même journal, le même jour, Dounia Bouzar[2. Auteur de La République ou la burqa, Albin Michel, 2010], avec Lylia Bouzar signait un article intitulé « Gare au piège de l’exclusion / Ne pas faire le jeu des radicaux » dans lequel elle soulignait que nous assistions aujourd’hui, n’en déplaise à Malraux, à une« mutation du religieux plutôt qu’à un retour du religieux ». Quelle mutation ? Celle qui va vers la nuit : « Le religieux se transmet sans aucun savoir, déconnecté de l’expérience humaine, de manière virtuelle. On assiste non pas au choc des civilisations, mais au choc des ignorances. » L’ignorance du « vrai croyant » (faut-il rappeler que « taliban » signifie « étudiant en religion », et qu’il s’agit manifestement là d’un oxymore — au vu de ce que les Afghans fanatisés ont fait aux Bouddhas de Bâmiyân) l’engage à « rester pur, à ne pas se mélanger aux autres » — de peur sans doute que des autres ne surgisse une étincelle de vrai savoir. « La mise en veilleuse des facultés intellectuelles facilite la fusion », précise Mme Bouzar.

Elle ne répugne pas pourtant à la contradiction interne. « Une loi d’interdiction des signes religieux, précise-t-elle, exigerait l’invisibilité des croyants ou plutôt des croyantes, car quid des immenses barbes et des chaussettes remontées sur le jogging de ceux-là mêmes qui refusent de regarder une femme ? » Ma foi, si l’Islam est si ostensiblement manque de goût, nous n’y sommes pour rien. Quant aux barbes… Faut-il rappeler que ces mêmes talibans tuaient volontiers les Afghans d’origine asiatique qui auraient été bien en peine de se laisser pousser un quelconque poil au menton ? La bêtise, partout, toujours, génère la violence, et une interdiction mesurée (dans les salles de cours…) n’est pas une violence mais un effort pour l’empêcher.
Alors certes, il est temps de « sortir de ce débat bipolaire « pour ou contre le voile » que l’on traîne depuis dix ans et qui nous empêche de poser les bonnes questions. Mettons-nous autour d’une table pour trouver une stratégie qui empêche les jeunes radicalisés d’imposer leurs normes dans les espaces publics sans pour autant les abandonner aux mains de ceux qui veulent les couper définitivement de tout lien avec la société et sans pour autant sanctionner tous les étudiants pratiquants. » La stigmatisation, comme tous les interdits, peut sans doute transformer en pseudo-martyres des filles frustrées qui se réfugient derrière leur bout de tissu dans une société qu’elles imaginent hostile. Mais la vraie stigmatisation, la stigmatisation première, n’est-elle pas dans l’ordre, exprimé ou non exprimé, de se retrancher de la communauté française ? Elles sont les pions le plus souvent inconscients que l’islamisme avance, peu à peu, jusqu’à ce qu’un voile noir obscurcisse définitivement la Raison et les Lumières[3. Voir sur le sujet la très belle tribune d’Elisabeth Badinter dans Médiapart.].

SI le HCI défend l’université et le droit d’enseigner en toute quiétude, il faut qu’il sache qu’il le fait contre certains enseignants qui, angélisme ou collaboration, ne voient pas où est le problème. Pascal Binczak président de l’université Paris-Lumières (Paris VIII-Vincennes-Saint-Denis) signe un article (« Nos campus sont rarement perturbés ») qui est mi-chair mi-poisson et qui, au concert des faux-culs, pourrait servir de carnet de bal.
Après avoir rappelé que la première affaire de voile remonte à septembre 1989 (dans la foulée de la loi Jospin qui simultanément mettait, comme on se rappelle, l’élève au centre du système et lui donnait le droit de dire autant de bêtises qu’il le souhaitait (allez, redisons-le : l’enfant est étymologiquement celui qui n’a rien à dire, et l’élève est celui qui apprend à dire, et à qui on peut donner la parole à condition qu’il n’en abuse pas pour redevenir… un enfant), affaire tranchée par le Conseil d’Etat en novembre 1992 — ce qui a prouvé la nécessité d’une loi, promulguée en 2004), il plaide pour une philosophie du Ni-Ni : pas de « tolérance inconditionnelle », « ni prosélytisme ni entrave au bon fonctionnement du service public. » Ah oui ? Et on fait comment ? Mais notre président d’université, benoîtement, « adhére à la position défendue par la ministre » — l’ineffable Geneviève Fioraso, qui s’est insurgée imméiatement devant l’intérêt que Manuel Valls avait manifesté dès le mois d’août pour les propositions de la Commission Laïcité. Duel au sommet ! « Tolérance et vigilance doivent seulement continuer à aller de pair », conclut notre universitaire — ce qui en l’espèce ne signifie absolument rien. Tolérance et vigilance sont en bateau, mais vigilance est tombée à l’eau. Quand on n’a plus que la tolérance, on ouvre la porte à l’intolérance de l’Autre.

Collabos toujours. Valérie Aminaux (« professeure » de sociologie à Montréal, acuellement détachée au CNRS), sous le titre « Des opinions paniquées », croit utile de se moquer de l’« obsession visuelle » que constitue d’après elle notre rejet du voile en France (ah, les cousins qui dans les dîners de famille viennent nous donner des leçons…). « La silhouette sombre de la femme voilée est associée à tout ce qui menace, de l’intégrité territoriale à la cohésion sociale, opérant comme un memento mori globalisé. » Eh bien oui : l’islam des voiles porte en lui la mort — on le voit chaque jour, en Afghanistan, au Kenya, en Irak, — ou à Toulouse. C’est effectivement une religion qui, dans ses formes « pures », aime la mort. Du 11 septembre (à grande échelle) à Mohammed Merah (à toute petite échelle), les preuves ne manquent pas, et concordent toutes.

Tareq Oubrou enfin, recteur de la mosquée de Bordeaux (« Pour une visibilité musulmane discrète / Evitons les interdictions supplémentaires »). Comment dit-on « jésuite » en arabe ? Notre recteur a toujours « prôné, dit-il, une visibilité religieuse modérée ». Je ne lui reprocherai pas, en tout cas, de rappeler encore une fois que se couvrir les cheveux relève d’une « prescription équivoque et mineure » qui « repose sur un ou deux passages coraniques amphibologiques et sur des hadiths du Prophète dont l’authenticité n’est pas certaine » — faute de matériel d’enregistrement au VIIème siècle sans doute… « Nous avons plus de textes qui demandent aux hommes de garder leur barbe que de textes qui demandent aux musulmanes de couvrir leurs cheveux, abstraction faite de leur authenticité ou de leur sens discutable ». Pourquoi dès lors cette « focalisation » sur le foulard des femmes plutôt que sur les barbes des hommes ? Parce que justement le foulard est un signe bien plus ostensible, dans une stratégie d’occupation, qu’une barbe[4. Une barbe pourrait à la rigueur n’être que le signe ostensible, surtout en collier, d’une appartenance au SGEN ou au SNUIPP. Et quoi que je puisse en penser, je supporte l’existence du SGEN et du SNUIPP. Et on osera dire après ça que je ne suis pas tolérant !].
Le recteur de Bordeaux souligne (il est plus au courant que nous) que ces pseudo-musulmanes se dispensent pour la plupart des cinq prières journalières (l’un des piliers de l’Islam, pourtant) et combinent volontiers le voile avec des tenues d’une coquetterie toute laïque. Et il argumente non sans finesse sur la « double culpabilisation » frappant les musulmanes, coupables si elles découvrent leurs cheveux (« ce qui est théologiquement grave », ajoute notre recteur), et coupables aux yeux du législateur laïque d’intimidation systématique.
Soyons clair : quand nous parlons d’interdire le voile à l’université, il s’agit de protéger les femmes contre les diktats du fascisme islamiste, et contre elles mêmes, aliénées par l’opium du peuple. Je ne suis pas de ceux qui s’indignent de ce que Saint-Just ou Robespierre aient eu une volonté pédagogique. Mais je ne veux pas la mort du pécheur — juste sa rédemption laïque. Une loi sur le voile à l’université compléterait utilement celle de 2004 sur le voile dans les lycées et collèges (y compris dans les sorties scolaires, qui ne sont jamais que l’exportation du lycée ou du collège hors les murs).
Le port du voile n’est pas, et ne sera jamais, l’expression du libre-arbitre. Cela n’a rien à voir, je suis désolé de le redire à certaines amies, avec la décision de porter une mini-jupe ou un pull échancré — ou n’importe quelle pièce d’habillement profane. On ne s’habille pas impunément en bonne sœur — je ne le tolère que des religieuses et des créatures de Clovis Trouille, qui relèvent la rigueur religieuse d’un porte-jarretelles adéquat, comme on relève un plat d’une pincée de piment d’Espelette.

*Photo : PATRICE MAGNIEN/20 MINUTES/SIPA. 00642784_000001.

Rohani sera-t-il le Gorbatchev du monde islamique ?

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hassan rohani iran

Les systèmes totalitaires ne disparaissent jamais par enchantement : soit ils sont détruits par la force comme ce fut le cas pour le nazisme et le fascisme, soit ils implosent comme ce fut le cas pour l’empire soviétique et le glacis communiste en Europe. À cette différence près que la machine communiste avait réussi à temporiser. Auréolé d’une parole émancipatrice, le système soviétique sut longtemps faire illusion. Quelques esprits plus clairvoyants situés en son sein comprirent qu’il fallait lâcher la bride. Le rapport Khrouchtchev permit de mettre Staline à distance sans pour autant rompre avec l’intime de la mécanique communiste. Il faudra attendre Gorbatchev et sa perestroïka et le choix interne de la glasnost pour que l’armature structurelle de l’URSS se fissure et se décompose. Quelques tentatives violentes de retour à l’ordre ancien eurent bien lieu mais il était trop tard tant le livre noir du communisme avait tourné ses pages jusqu’à l’épuisement. Il n’y a guère plus qu’en France que le mot « communiste » conserve un imaginaire rassembleur. La chute du communisme avait laissé espérer la fin des systèmes totalitaires. Certains se mirent même à rêver à une fin de l’histoire mais c’était sans compter avec les ruses dont celle-ci est capable.

André Malraux avait prédit pour le XXIe siècle qu’il serait spirituel mais il n’avait surement pas imaginé qu’il prendrait la forme terrifiante du totalitarisme religieux tel que l’islamisme le propose. Depuis 1979 et la révolution islamique en Iran, l’islam politique a trouvé sa place dans le paysage totalitaire. Voilà la planète soumise aux images répétitives de ces crimes de masse. La mondialisation se décline aussi sous cette forme et les media actuels peuvent montrer en temps réel la simultanéité des horreurs commises au nom d’Allah. Faut-il en dresser la liste ? De l’Atlantique à l’Indonésie en passant par Londres, Madrid, New York,  Israël, le Mali, Nairobi ou Peshawar, c’est la même trace de folie furieuse qui se déploie.  Depuis le 11 septembre 2001, cette accumulation ne milite pas pour un regard bienveillant porté sur les Lumières islamiques. Si « choc des civilisations » il y a,  c’est à certains disciples de Mahomet qu’il faut en imputer la responsabilité. On avait brièvement espéré que les révolutions arabes allaient dans la foulée réformer l’islam, y développer  un sens critique. C’est le contraire qui s’est produit : en vampirisant les printemps arabes, l’islamisme a recouvert d’un voile d’obscurantisme ces brefs espoirs. Ce troisième totalitarisme va aussi monter ses limites : en Égypte c’est bien l’incurie du pouvoir de la Confrérie, son intolérance qui a provoqué un rejet massif dont le coup de force militaire fut le bras armé. Il n’y eut en Europe que l’inénarrable Catherine Ashton pour ne pas le comprendre. En Tunisie, l’opposition aux Frères lutte pied à pied contre l’imposition de la charia à tous les niveaux de la vie. Il n’y a qu’en Europe et en France en particulier que de bons esprits indignés s’acharnent à ne pas voir ce piège intellectuel qui confond islamophobie et racisme. Faut-il rappeler que le concept d’islamophobie fut forgé par l’OCI (Organisation de la Conférence islamique) en 2001 à la fameuse conférence de l’ONU sur le racisme à Durban qui vit le triomphe de la haine antijuive au nom de l’antiracisme ? La tentative de l’OCI était de faire de la « diffamation des religions » un crime identique au racisme. Au cours des conférences qui suivirent la même stratégie conceptuelle et langagière fut poursuivie. Elle semble avoir porté ses fruits.

Le rejet des musulmans est bien évidemment condamnable mais en quoi la critique voire le rejet de l’islam sous sa forme idéologique la plus régressive serait symétriquement condamnable ? Depuis quand n’aurait-on pas le droit de porter un regard critique sur une idéologie qui enferme les femmes, promeut la haine de l’autre quand il n’est pas musulman ? Pour un pays, la France, qui a su bouffer du curé au nom de la libre pensée, voilà que de nouveaux dévots dénoncent d’une manière tout aussi sectaire ceux qui osent dire leur allergie devant des attitudes multiples visant à gommer ce qui faisait il y a peu une certaine harmonie consensuelle. Faut-il être aveugle ou d’une mauvaise foi radicale pour ne pas voir ce qui se passe trop souvent au sein des écoles, des universités, des hôpitaux, des services sociaux  quand l’argument de la différence religieuse sert de prétexte à une mise en cause des règles communes ? Doit-on fermer pudiquement les yeux devant l’inspiration religieuse de certaines émeutes en banlieue ? Pourquoi feint on de ne pas voir cette contre-société qui s’installe ?

Au sein de l’islam, chez ceux qui subissent le joug de l’islamisme sinon sa terreur, des voix s’élèvent pour dire aux européens : ne cédez pas, ouvrez les yeux, n’ayez pas honte de dire non ! Ils sont nombreux ceux qui ont payé de leur vie la résistance au goulag islamiste. Jusqu’à ce jour ces voix sont peu entendues et il est à craindre que si les polarités de ce débat se réduisent en France à un face à face entre le Front national et la bonne conscience, il est probable que l’exaspération des masses se porte vers cet avatar moderne du pétainisme. Dans le même temps croire que les incantations vertueuses du fascisme-qui-ne-doit-pas-passer constituent la meilleur prophylaxie contre ce double danger est une erreur absolue d’analyse: la diffusion de l’islamisme et le succès politique de l’extrême droite forment un tandem complémentaire. Les extrémismes ne progressent que parce que la République leur a laissé le champ libre. En n’osant pas se confronter à la réalité de la conflictualité culturelle, en s’illusionnant sur les beautés du multiculturalisme? la République a laissé au FN le crédit d’une posture laïque ! Ce qui est un comble. N’est-ce pas le nouveau président de l’Observatoire de la laïcité, Jean Louis Bianco,  qui a estimé récemment « qu’il n’y avait pas de problème de laïcité en France » ! Le déni idéologique du réel semble être une maladie chronique de la gauche. Angela Merkel a eu le mérite de dresser le constat d’échec du multiculturalisme en Allemagne. Sans doute est-ce à cette capacité de dire le vrai qu’elle doit aussi sa popularité. Seul aujourd’hui en France, un Manuel Valls ose dresser pour la République et pour la gauche un constat de vérité autant qu’une ligne de conduite.

Sur un tout autre terrain et dans une autre longitude, quelque chose de nouveau serait-il en train de bouger au pays des mollahs ? Y aurait-il vraiment en Iran un nouveau président suffisamment « modéré » pour oser souhaiter une bonne année aux juifs du monde ? Le même aurait dit à l’ONU que les crimes commis contre les juifs constituaient de mauvaises actions et a laissé entendre son désaccord avec son prédécesseur. Bien sûr, il a pris soin de simultanément préciser que l’apartheid était doux par rapport au mauvais sort fait par Israël aux Palestiniens. La modération de cet imam modéré a ses limites. On ne pourrait qu’applaudir à ces nouvelles bonnes dispositions venant du nouveau président de la République islamique d’Iran à condition de ne pas être dupe de ces premières bonnes paroles. Car bien que courte, la mémoire peut être utile. C’est bien l’Iran qui a frappé des touristes israéliens en Bulgarie il y a un an ? C’est bien un attentat iranien qui avait détruit le centre communautaire juif de Buenos Aires en 1994 ? C’est bien l’Iran qui porte le Hezbollah et arme la Syrie. Il y a moins d’un mois Obama et Hollande déclaraient être prêts à attaquer la Syrie pour y détruire les armes chimiques de Bachar Al-Assad coupable d’un crime de guerre. Au bout du compte ce fut Poutine qui a habilement sauvé la mise de ces velléitaires en reprenant la main à son profit tout en préservant son allié Assad. Ce geste a bien été compris par le président iranien. Il a compris, à la différence de son prédécesseur, que la diplomatie des apparences bienveillantes payait davantage que les postures bellicistes. Il a aussi compris que les postures punitives occidentales n’iraient pas au-delà de la posture. À l’abri d’un vote du Congrès, Obama a lâché Hollande, sauvé in extrémis par la proposition du « cher Vladimir ».

Un peu plus loin vers l’Est, le guide suprême iranien Ali Khamenei ne manque pas une occasion de rappeler que « l’entité sioniste » est une « pustule cancéreuse » située dans un espace géographique dédié à l’islam. Pendant que le nouveau président iranien chausse ses lunettes les plus rondes, les gardiens de la révolution entrainent le Hezbollah libanais qui combat aux côtés de l’armée de Bachar Al-Assad. Avec une constance stratégique qui semble faire défaut à l’Occident, la Russie de Vladimir Poutine reste le soutien stratégique fidèle de cette chaine d’alliances Hezbollah-Iran-Syrie. Poutine défend ce qu’il estime relever des intérêts de la Russie. Il le fait avec ses méthodes. Par quel miracle le loup Poutine serait-il devenu un gentil agneau méritant du « cher Vladimir »? Par quel autre miracle le turban blanc de Rohani aurait-il rendu l’Iran plus fréquentable ? Pendant que de douces paroles sont dites à la tribune de l’ONU, les centrifugeuses auraient-elles cessé de tourner à plein régime ? Pendant qu’Assad donne les adresses de ses dépôts d’armes chimiques, les massacres auraient-ils cessé en Syrie ? Aurait-t-il encore besoin de gaz sarin pour gagner contre ses opposants islamistes ? Rohani est certes plus malin que Ahmadinejad, il présente mieux, soigne sa barbe et ses cheveux et dans cette partie d’échecs calcule prudemment ses coups. Prendre cette modération au mot peut être une bonne attitude tactique, mais la modération dans les mots restera comme autant de paroles vaines s’il ne s’accompagne pas d’un agenda politique pour la rendre concrète.

Rohani est-il prêt à déclarer caduc son objectif de rayer Israël de la carte ? Est–il prêt à reconnaître Israël ? Est-il prêt à reconnaître le droit d’Israël à exister ? Pour symbolique qu’il soit, ce geste, qui serait bien plus qu’une parole, changerait fondamentalement la donne dans ce conflit entre Israël et le monde arabo6musulman. La haine d’Israël constitue en effet le noyau dur de l’islamisme. Elle est le ciment identitaire qui relie les jihadistes du PO à ceux des banlieues. Si par un heureux miracle au sein du monde islamique, un réformateur éclairé venait à déclarer que le malheur arabe n’a pas Israël pour responsable, il opèrerait la plus formidable révolution psychique que ce monde ait connu depuis l’effondrement de l’Empire ottoman. L’onde de choc de cette révolution dirait aussi aux banlieues que la raison de leur ressentiment ne se nomme pas Israël.

L’exigence de cette reconnaissance est symboliquement et politiquement bien plus importante que l’abandon des projets atomiques car cette révolution mentale les rendrait simultanément absurdes et inutiles. En conséquence, si l’Occident devait se satisfaire des courtoises conversations téléphoniques passées entre Obama et Rohani sans qu’elles ne transforment la réalité, cela signifiera  qu’à la différence de Poutine, l’Occident ne développe aucune perspective stratégique car il ne sait plus ni qui il est ni ce qu’il veut être, hormis un vaste marché (de dupes).  De son côté? Israël a compris que le tigre Occident est aujourd’hui fait de papier mâché et pourrait en tirer les leçons, s’il estimait que sa survie est menacée.

Tout est lié. L’écheveau proche oriental est devenu d’une complexité redoutable, parce que simultanément mondialisé et interactif. Une caricature de Mahomet dans la presse danoise et les ambassades de l’Occident brûlent en Orient. Une parole mal comprise du pape et les ambassades de l’Occident rebrûlent. Pour que le choc tant redouté des civilisations soit épargné à la planète il n’y a qu’à espérer que Rohani soit le Gorbatchev de l’islam. Obama semble faire ce pari. Espérons qu’il ne se berce pas d’illusions sauf à considérer qu’Obama puisse être le Daladier de l’Occident. L’Histoire jugera.

*Photo : 00666193_000002.UNIMEDIA/SIPA.

FN : après Brignoles, le tocsin sonne

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fn brignoles front republicain

Face à la montée du Front National et au lendemain de l’élection cantonale de Brignoles, le tocsin sonne à toute volée dans les états-majors des partis. La République est en péril et chacun d’invoquer le pacte républicain, qui correspond  au code de bonne conduite des élus politiquement présentables.  La Gauche, de marteler qu’il faut absolument  dresser en sus un front républicain pour faire échec si nécessaire  à l’intrus. Bien entendu, le pacte républicain, comme le Front républicain, sont censés reposer sur des valeurs républicaines dont, comme de juste,  les seuls partis de pouvoir ou de coalition détiennent l’absolu monopole. Pourtant, si dans l’esprit de la plupart des nos concitoyens ces valeurs demeurent encore vivantes, force est de reconnaître qu’elles sont aujourd’hui bien mal en point. Qu’on en juge plutôt !

On commencera par le contournement sournois de la volonté du peuple français par la triple collusion de l’Exécutif, du Parlement et, dans une moindre mesure, du Conseil constitutionnel pour faire échec au Non des Français au referendum de 2005 sur l’adoption d’une nouvelle constitution européenne. Cela fait partie des trahisons qui marquent. Toujours à propos de représentation nationale, on comprend mal comment un parti qui réunit à grand peine moins de 5% des suffrages de la Nation réussit à avoir quasiment vingt fois plus de députés qu’un mouvement qui mobilise régulièrement près d’un électeur sur six. De même, comment le principe républicain d’égalité se conjugue-t-il avec le monopole de la représentation syndicale qui aboutit à ce que seule compte ou presque la voix de  8 % des salariés (surtout publics) , quand les 92% qui restent (surtout privés !)  sont pratiquement réduits au silence. Enfin, comment ose-t-on prétendre conduire démocratiquement le processus de réforme des retraites, sans que 16 millions de retraités puissent déléguer un seul représentant ni au Conseil d’orientation des retraites, ni au Conseil économique, social et environnemental ?

Le Conseil constitutionnel, lui-même, dont on vient de célébrer en grande pompe le 55ème anniversaire avec celui de la Constitution, n’échappe pas davantage à la critique. C’était, on l’a vu,  avec son aval complaisant que le pouvoir put en 2008 mettre à la corbeille le referendum de  2005.  Mais dix années avant, le Conseil avait déjà sciemment validé les comptes de  deux candidats à la présidence, en sachant parfaitement qu’ils étaient pour l’un parfaitement faux et pour l’autre gravement irréguliers. C’est encore ce même Conseil qui avait cru pouvoir le 30 juillet 2010 « louvoyer » avec l’illégalité flagrante de l’ancienne procédure de garde à  vue en fixant  à l’Exécutif  pour la régulariser un délai de rien moins que 11 mois  qu’il n’était normalement pas au pouvoir du juge d’accorder.

La laïcité, l’une des valeurs-phare de notre République, se fissure sous les coups de boutoir de ceux qui y voient un obstacle à leurs ambitions prosélytiques ou pas. Il est patent désormais qu’en violation des règles européennes,  une bonne partie  des abattages se font sur notre sol  selon le rite hallal, alors que la population musulmane ne représente pas 1/5 de la population française et qu’en son sein, les tenants purs et durs d’un  islamisme radical sont encore infiniment moins nombreux. L’interdiction du voile ne franchit pas la porte de nos universités, comme si ces dernières bénéficiaient par rapport à la République d’un privilège d’extraterritorialité. Et que dire de ce qui subsiste encore des horaires « aménagés » de certaines  de nos piscines, des menus « alignés » de nos cantines scolaires,  des pans entiers de notre histoire que nos enseignants ne peuvent plus aborder sans mettre leurs classes en ébullition ou encore de ces admissions hospitalières en urgence qui s’opposent à l’intervention d’un soignant masculin ?

Que dire aussi de l’attaque en règle contre les familles ? De l’ambition exorbitante d’une Éducation Nationale, qui prétend s’arroger, y compris à l’encontre des  parents, le droit d’éduquer les enfants, alors qu’elle peine – et le mot est faible – à seulement les instruire ? Comment justifier l’acharnement fiscal contre les avantages des familles, dont beaucoup n’avaient  rien d’exorbitant, mais expliquaient l’efficacité de notre politique nataliste ? Que vaut enfin cette prévalence constante de l’assistanat qui, tout en asphyxiant ceux qui le financent  et en déresponsabilisant ceux qui en profitent,  veut faire  croire à chacun qu’un bon vote  peut remplacer l’effort ?

Parlons maintenant de la Justice. Comment peut-on admettre qu’un syndicat influent de magistrats puisse mépriser les justiciables et le personnel politique au point de dresser  impunément un mur des cons, qui tend d’ailleurs un redoutable miroir à ses pitoyables auteurs? Comment ensuite la Justice pourra-t-elle donc exiger du citoyen le respect qu’elle-même ne lui accorde pas? Que penser de tous ces meurtres dont on ne peut même plus dire que l’auteur soit un récidiviste,  tellement il se trouve dans une démarche constante, uniforme  et continue d’infraction? Comment les citoyens peuvent-ils être contraints de croiser régulièrement dans leurs cités des individus, dont la dangerosité avérée est telle qu’aucun juge en charge de famille  n’admettrait  leur liberté  dans le voisinage immédiat de son propre domicile?

Par ailleurs, le peuple français est un peuple libre et il supporte de plus en plus mal que l’on embrigade ou que l’on ampute sa mémoire, au prix d’une infantilisation qui en dit long sur le sens  démocratique  de ceux qui ont exigé  ces  « souvenirs imposés ». Et de se demander en quoi  ce qui a été commis  sur le plan de l’atrocité et de la barbarie par le nazisme doit seul être retenu, alors que des massacres en tous points comparables ou pires (voir l’exemple de Katyn),  mais commis par des Staline, Mao, Pol Pot ou consorts  peuvent  être soigneusement oubliés et  retranchés de l’Histoire comme s’il ne s’était rien passé.

Mais cette revue serait incomplète si elle ne s’attachait pas à quelques affaires récentes qui, pour être plus personnelles, n’en  révèlent pas moins des dérives préoccupantes. D’abord l’actuel Président de la République avait lors de sa campagne électorale pris le pays à témoin qu’avec lui c’en était fini de l’interférence des affaires privées et des affaires publiques. Or, en en plein marasme, la République prend à sa charge tout ou partie des frais d’une dame qui n’a -semble-t-il- aucun lien de droit avec son Président  et qui se permet en outre par un tweet malvenu de torpiller la candidature électorale de son ex-rivale. Une autre fois, c’est le compagnon d’une  importante ministre qui éructe publiquement et un jour de Fête Nationale  sa bave  antimilitariste, avant de récidiver quelque mois plus tard  en insultant  directement le Ministre de l’Intérieur. Mais le comble de la confusion entre les affaires privées et les affaires publiques, c’est incontestablement l’affaire Cahuzac où il est clairement apparu que le responsable de la collecte des impôts s’arrangeait pour échapper lui-même aux efforts qu’il exigerait de tous les autres, le tout en mentant effrontément à la représentation nationale.

Certes, ce modeste tour d’horizon ne saurait prétendre à l’exhaustivité, mais il n’en révèle pas moins l’écart béant  qui existe entre les vertus supposées du Front républicain et  le contenu de plus en plus faisandé de ces emballages fort trompeurs. le plus important pour que vive la République, ce n’est assurément pas la survivance du  pacte républicain, encore moins celle du front républicain, mais la pérennité des vraies vertus républicaines, celles qui font que tout un peuple peut encore faire raisonnablement confiance à ceux qui le dirigent.

 *Photo : 00630109_000001. DUPUY FLORENT/SIPA.

Maison de cohérence

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La cohérence, il y a certainement des maisons  pour ça. À l’évidence, pas celles où résident les députés et les jeunes-de-gauche qui ont décidé de s’occuper de nos fesses. Par amour de la liberté, bien sûr. Mais pas de la façon que vous pensez, gourgandins et gourgandines à l’esprit mal tourné. C’est même tout le contraire. En attendant d’interdire, il convient de dissuader lourdement les égarés qui persistent à recourir à l’amour tarifé. Encore qu’en fait d’égarés, il s’agisse plutôt de brutes archaïques. La preuve, selon une impayable, quoique terrifiante, « Pétition des jeunes pour l’abolition de la prostitution »[1. « Pétition des jeunes pour l’abolition de la prostitution », parrainée par les grandes boutiques étudiantes et toutes les variantes des jeunesses de gauche.] : « Les clients sont toujours des hommes.» Et d’après vous, ça fait quoi un homme ? Ça « achète et impose ses propres désirs », pardi ! Qu’une femme puisse décider librement de « vendre son corps », voilà qui rend dingues nos petits gardes roses : « La seule liberté, poursuivent-ils, est celle donnée aux clients d’abuser sexuellement des femmes. » Fallait commencer par là, les copains : le micheton est un violeur ![access capability= »lire_inedits »]

C’est jeune et ça ne rigole pas. Quand les pétitionnaires déclarent avoir leur « mot à dire sur la société dans laquelle ils veulent grandir et s’épanouir »  (il serait temps de grandir, en effet), précisant que 73 % des 18 / 25 ans pensent comme eux, on les voit dénoncer leurs pères, coupables d’être allés aux putes.

Bizarrement, la « société libérée » qu’ils entendent édifier à coups d’interdictions me fiche la trouille. Des lois ! Des châtiments ! Écrasons le mâle infâme ! Ces messieurs-dames-patronnesses trépignent d’aise à l’idée de pouvoir surveiller et punir : « Il faut en finir avec l’impunité !»

Pas d’inquiétude, camarades, c’est comme si c’était fait. Grâce à Maud Olivier, députée socialiste de l’Essonne, le Parlement devrait examiner en novembre un texte sanctionnant les clients, tenus d’emblée pour des « auteurs de violences ». Bon, le recours à la fornication payante sera passible d’une simple contravention de 5e classe, punie d’une amende de 1 500 euros maximum. Ça finira tout de même par faire cher la passe.

Qu’on ne croie pas que ces braves gens manquent de coeur – de sexe, peut-être ? Leur aguichant programme ne vise qu’à protéger les prostituées, décrétées victimes même quand elles jurent qu’elles ne le sont pas. Les perroquets abolitionnistes sont donc massivement favorables à la suppression du délit de racolage passif, inscrite dans un texte ensablé au Sénat, provisoirement sans doute. On se ralliera sans hésiter à cette mesure de bon sens. Il n’y en a pas moins une bizarrerie logique dans le fait d’autoriser la prostitution tout en interdisant d’y recourir. Un peu comme si on légalisait le trafic de drogue tout en sanctionnant la consommation. Les professionnelles du sexe apprécieront sûrement cette sollicitude qui aura pour effet de leur couper les vivres.

À cause sacrée, union sacrée : cette gentillette croisade est soutenue par des élus de tous bords. Reste que ces prétentions normatives sont devenues la marque de fabrique des fanatiques de toutes les libérations. Maud Olivier brandit une directive européenne qui somme les États de « prendre les mesures nécessaires pour décourager et réduire la demande ». Apparemment, il n’est pas envisagé de procéder à des castrations collectives.

On commencera par rééduquer les contrevenants au cours de « stages de sensibilisation aux conditions d’exercice de la prostitution ». Pour les plus jeunes, la « génération abolition » réclame la « généralisation des actions d’éducation à la sexualité et à l’égalité » afin d’en finir avec « toutes les représentations sexistes qui nourrissent le système prostitueur »[2. Vous ne connaissez pas ce mot, camarades ? Peu importe, puisque vous parviendrez à détruire la chose.]. Dommage, moi j’aimais bien les représentations sexistes.

Il s’agit donc d’édicter les règles du « sexuellement correct ». Maud Olivier a des idées très arrêtées. Chers lecteurs, c’est une députée qui vous le dit : il n’y a pas de pulsions, et encore moins de besoins sexuels. D’ailleurs, précise-t-elle, la moitié des clients sont en couple.

Faudrait qu’ils soient bien pervers pour se payer de petits extras : « On doit apprendre, poursuit la dame, à réguler, à organiser son envie de relations sexuelles en fonction, déjà, des préférences de sa partenaire, et aussi des contraintes de la vie sociale. »[3. Rappelons que la loi, heureusement, punit déjà le proxénétisme ainsi que toutes les formes de violence et de contrainte exercées sur les professionnelles du sexe – et d’ailleurs sur n’importe qui.]

Il faudrait songer à créer un délit de tromperie. Et publier la liste des pratiques autorisées. Notre mère-la-vertu est prête à tout pour « soustraire la sexualité à la violence et à la domination masculine ». Il serait plus prudent de la soustraire aux hommes. Finalement, c’est le sexe lui-même qu’il faudrait abolir. Tu montes, camarade ?[/access]


*Photo : 00637292_000010/ TIMUR EMEK/SIPA.

Le Sida ne sera pas la peste noire du XXIe siècle

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La possibilité d’une catastrophe fait toujours plus de bruit que les succès de sa prévention. Depuis vingt ans, les discours publics nous abreuvent de prophéties sinistres. Mais pas une seule n’a réussi ne serait-ce qu’à faire semblant de menacer la race humaine. En 2005, l’ONU avertit que 150 millions d’humains pourraient périr de la grippe H5N1. Des précautions furent prises et on compta finalement 400 morts. Pendant l’épizootie de la vache folle, quand 2,5 millions de bovins furent abattus au Royaume-Uni, un éminent savant annonça à la BBC qu’on devait se préparer à des centaines de milliers de morts de la maladie de Creutzfeld-Jacob. À ce jour, on en recense 204 dans le monde.

Par contraste, le SIDA a enlevé 35 millions de vies depuis son apparition. Mais ça aurait pu être pire. En 2002, le président d’une association respectée de lutte contre le SIDA prédisait que « le SIDA surpassera la peste noire comme la pire pandémie mondiale ». La même année, une agence gouvernementale américaine annonça la mort dans dix ans d’un quart de la population de l’Afrique Australe. Au lieu de cela, les compagnies pharmaceutiques, les églises, les associations humanitaires et (même) les gouvernements ont changé le cours de l’histoire. L’ONU dit maintenant qu’une génération sans SIDA est « non seulement possible, mais imminente ».

ONUSIDA, l’agence responsable de la lutte mondiale contre le VIH, prévoit dans son dernier rapport que l’épidémie sera très vraisemblablement finie en 2030. Cela ne signifie pas que la maladie sera éradiquée (comme la variole en 1979 ou la peste bovine en 2011), mais que les transmissions du VIH et les décès du SIDA auront chuté à des niveaux assez bas pour ne plus constituer qu’un problème chronique de santé publique, et non plus une épidémie.

D’ores et déjà, le nombre de décès dus au SIDA a diminué d’un tiers depuis le pic de 2,3 millions en 2005. Le nombre de nouvelles contaminations est à la moitié de son niveau de l’an 2000, et le nombre de personnes vivant avec le virus n’a quasiment pas changé. On estime que 14 millions d’années de vie ont été sauvées par les traitements durant la dernière décennie, et que 900 000 vies ont été épargnées rien que l’an dernier. L’ONU peut être fière de son travail : elle n’est jamais aussi efficace que quand elle coordonne des efforts internationaux pour éradiquer des maladies.

En attendant de trouver un vaccin contre le SIDA, les laboratoires ont développé des médicaments antirétroviraux qui suppriment l’infection et réduisent drastiquement les risques de transmission. Les infections d’enfants par le VIH ont pratiquement disparu des pays riches. Nous avons aussi considérablement amélioré le traitement des infections secondaires comme la tuberculose, qui entraînent la mort. Il y dix ans, 100 000 personnes étaient traitées ; on en dénombre aujourd’hui huit millions.

En plus de la bataille médicale contre le VIH, il faut saluer les mesures comportementales destinées à réduire l’infection. Certes, on a parfois assisté à une lutte idéologique entre abstinents et libertaires. Mais les efforts internationaux ont remporté un tel succès parce qu’ils n’ont pas privilégié un camp sur l’autre. Ils ont combiné une large variété d’approches, depuis les campagnes d’abstinence jusqu’à l’utilitarisme brutal des distributions de seringues propres aux toxicomanes.

Bien sûr, le meilleur moyen de ne pas mourir d’une maladie sexuellement transmissible est de s’abstenir de relations sexuelles. On peut en sourire, mais le rapport d’ONUSIDA loue le travail des agences catholiques, souvent méprisées dans ce domaine. Mais le combat contre le SIDA a rencontré un tel succès parce qu’il se contente de réduire les risques encourus par ceux qui ne veulent changer radicalement de comportement.

Le gouvernement français donne chaque année 360 millions d’euros à l’une des meilleures ONG internationales, le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Quand on connaît les gaspillages de l’aide publique au développement, il est encourageant de voir l’argent des contribuables enfin dépensé pour une bonne cause. Le combat contre la malaria se déroule presque aussi bien que celui contre le SIDA : le nombre de morts a reculé de 20% depuis son sommet de 2004. Le Fonds Mondial achète des médicaments pour l’Afrique, mais l’efficacité de l’industrie pharmaceutique est un facteur aussi important que la philanthropie : un programme américain d’antirétroviraux soigne désormais deux fois plus de malades qu’il y a quatre ans, simplement par la baisse du prix des médicaments.

L’alliance de la science, de l’industrie, du capitalisme globalisé et de la philanthropie a donc fait bien plus contre les plus grands ennemis de l’humanité que ce qu’on croyait même possible. Comme la violence en Syrie nous le rappelle, il y a encore bien des choses qui ne tournent pas rond dans le monde. Mais elles sont largement dépassées par celles qui vont bien.

Pourquoi Valls est-il si populaire ?

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manuel valls duflot

manuel valls duflot

La Vallsmania prend des proportions inattendues : le ministre de l’Intérieur bénéficie d’une cote de popularité à faire pâlir de jalousie le Président de la République et le Premier ministre. En deux ans, Valls est passé de lanterne rouge à la primaire socialiste[1. Avec 5% des voix, Valls était arrivé bon dernier socialiste à la primaire, juste devant le radical de gauche Jean-Michel Baylet.] à star médiatique. L’interview qu’a récemment accordée son épouse, la violoniste Anne Gravoin, à un journal espagnol en témoigne. Elle a commenté en ces termes le sondage indiquant que 20% des Françaises aimeraient vivre une aventure torride avec Manuel Valls : « Manuel le mérite, ça et bien plus encore. Maintenant, de nombreuses femmes veulent coucher avec lui, mon grand amour.»  Baisers sous l’objectif des caméras, Manuel et Anne nous la jouent Nico et Cécilia pour trouver la route de l’Elysée. Ces histoires-là finissent mal, en général.

Nous ne nions pas que Manuel Valls ait un certain talent. Son rôle auprès du candidat François Hollande est essentiel, aussi avions-nous conseillé à ce dernier de le nommer à Matignon, plutôt que de désigner le pâle Ayrault. De même, il a endossé avec maëstria les habits de premier flic de France,mi-Chevènement, mi-Sarkozy, ce qui a eu l’heur de plaire aux Français. Mais tout le talent, le savoir-faire, et la science de la com’ de Manuel Valls ne suffisent pas à expliquer ses excellents sondages – il est tout de même le seul membre de l’exécutif à séduire plus de la moitié des personnes interrogées ! Il y a autre chose. Cette autre chose, c’est le fait d’être attaqué en permanence par des personnalités que les Français détestent. Les Français ne veulent pas de la loi pénale de Christiane Taubira, ils apprécient donc que Manuel Valls le fasse savoir. Harlem Désir, les Verts conspuent Manuel Valls après ses propos sur le regroupement familial ; les Français prennent la défense du ministre de l’Intérieur. Enfin, Duflot accuse son collègue d’attenter au pacte républicain, laisse son compagnon traiter le ministre de raciste, et le voilà un peu plus haut dans les sondages. Tout se passe comme si nombre de Français se disaient, à chaque fois que Valls est attaqué par un membre de la majorité : «  Un homme critiqué par ces gens-là ne peut pas être foncièrement mauvais ». Evidemment, il en joue et il a bien raison. Mais si ses adversaires se taisaient, sa popularité ne serait pas si grande, car ses résultats sur le front de la sécurité ne sont guère meilleurs que les performances de Moscovici sur le front économique ou les réalisations de Montebourg sur le front industriel.

François Hollande, s’il veut chaparder un peu de popularité à son jeune et ambitieux ministre, dispose de deux solutions. La première serait de le nommer carrément premier ministre. La seconde serait de virer Duflot et d’abandonner la loi pénale de Taubira. Valls gagnerait idéologiquement mais serait privé de ses deux faire-valoir les plus efficaces. Et les sondages remercieraient vite le Président. Un spin doctor avisé parviendra-t-il à convaincre François Hollande de prendre les décisions qui s’imposent ? S’il n’y avait que sa communication… L’autorité de sa fonction est également en cause. Et c’est bien plus grave. Pour le pays, surtout.

*Photo : WITT/SIPA. 00663724_000014.

Ma grande coalition à moi, contre les voleurs de la République

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evasion fiscale dupont aignan

evasion fiscale dupont aignan

Comme le remarquait naguère Luc Rosenzweig, les grandes coalitions sont à la mode en Europe. Le problème, c’est que ce ne sont pas des coalitions, ce sont des regroupements de gens et de partis qui disent la même chose sous des emballages différents. Un peu, comme à une époque que les moins de quarante ans n’ont pas pu connaître, Le Figaro et L’Aurore dont seuls la Une changeait. Ou aujourd’hui, la Citroën C1, la Peugeot 107 et la Toyota Aygo. Ce sont les mêmes voitures fabriquées sous des marques différentes pour réduire les coûts mais en même temps garder l’illusion que vous avez le choix. Un peu comme les programmes économiques des principaux partis dits de gouvernement en Europe. Tous libéraux avec, selon les particularismes locaux, des doses variables de social, doses de plus en plus homéopathiques au demeurant. Même en France où le PS et l’UMP s’écharpent parfois avec férocité, s’il n’y avait pas l’hypothèque d’un FN de plus en plus conquérant et d’un mode de scrutin qui ne tolère qu’un seul vainqueur, il y a belle lurette que Copé, Raffarin, Lagarde, Borloo, Sapin, Moscovici et même Duflot auraient constitué un gouvernement d’union nationale, pour la plus grande gloire des critères de convergences et de la réduction des déficits. Comme ça, même la France serait moderne. Moderne au sens où l’entend un Barroso, c’est-à-dire ouverte comme une fracture à la concurrence libre et non faussée.

Mais voilà, dans un monde idéal, une autre grande coalition serait possible. Une coalition qui a déjà eu lieu dans notre histoire, et qui a plutôt bien fonctionné puisqu’elle a permis la reconstruction de la France de l’après-guerre, la Sécurité sociale, la retraite, la nationalisation du crédit et de l’énergie sans compter une politique extérieure qui tenait la dragée haute aux deux blocs entrain de se dessiner. Si, si, je vous parle de l’union sacrée entre les deux grands courants de la Résistance, les gaullistes et les communistes.

Il n’y a plus beaucoup de communistes ni de vrais gaullistes m’objecterez-vous et vous aurez raison. Seulement, ceux qui restent s’entendent très bien. Cette semaine, et dans une indifférence médiatique que l’on peut imaginer générale, Alain Bocquet, député PCF du Nord et Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne et président de DLR, vont présenter ensemble les conclusions d’une mission sur les paradis fiscaux et la lutte contre la fraude fiscale qui a débuté en novembre 2012. Les deux hommes se connaissent et s’estiment depuis la campagne pour le Non au referendum de 2005. Comme le dit Alain Bocquet lui-même, dans un entretien à La Voix du Nord, samedi dernier, « Nicolas et moi on est d’accord à 95% ». Bocquet a même préfacé le livre de NDA qui paraît chez Fayard, Les voleurs de la République. On peut penser que les 5% restants, c’est quand NDA, qui reste mon homme de droite préféré car il n’est pas de droite, croit utile d’aller soutenir Robert Ménard à Béziers.

Quand on regarde ce que raconte un peu ce rapport sur la fraude fiscale, on comprend aussi que si NDA et Bocquet s’entendent, c’est qu’ils croient encore à la volonté politique. Il est vrai que les chiffres qu’ils donnent sont impressionnants. Ils estiment le coût de l’évasion fiscale à 10% du PIB, rien que ça. Ils dénoncent l’inertie de la France face aux « carrousels » des TVA qui consistent pour les « grands criminels de la finance » d’après l’expression de NDA, à se servir de l’abolition des frontières et du système de TVA déclaratif et déductif pour encaisser une TVA sans la reverser ou, au contraire, en se la faisant rembourser alors qu’on ne l’a jamais payée. Et le « carrousel », c’est quand les marchandises sont vendues et réexpédiées de pays en pays pour encaisser la TVA à chaque fois. À la fin, cela dessine une géographie aimablement ubuesque de l’Europe qui fait de Jersey le premier exportateur mondial de bananes ou de la Suisse le principal pays de négoce des matières premières. L’air de rien, cette attraction foraine  coûte 10 milliards par an à la France.

Evidemment, lutter contre les paradis fiscaux, c’est plus compliqué que de monter les Français les uns contre les autres en les faisant regarder dans l’assiette du voisin. On va aller s’occuper d’une fraude aux aides sociales, de l’aide médicale gratuite aux étrangers (qui est d’ailleurs une forme de sécurité sanitaire pour éviter qu’un clandestin ne ramène un virus bien méchant), des régimes spéciaux, bref gratter des miettes chez les petits en occultant soigneusement la possibilité de reprendre à de vrais et grands voleurs qui n’ont plus la moindre idée de ce que signifie « solidarité nationale » les sommes colossales qu’ils distraient à l’administration fiscale. Et avec  un cynisme d’autant plus inacceptable que la crise est là et que c’est au nom des déficits que l’on fait vivre une génération moins bien que la précédente.

Oui, le souverainiste et le communiste ensemble, pour désigner l’ennemi commun et nous rappeler que « Quand les blés sont sous la grêle/Fou qui fait le délicat. »

*Photo : WITT/SIPA. 00650871_000003.

« Asko » vs. « Finkie » : ils en ont parlé

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finkielkraut islam askolovitch

finkielkraut islam askolovitch

Dommage qu’on n’organise pas un championnat d’opinion politique. Catégorie « Islam », cette rentrée, on aurait eu sur le ring, en finale, Alain Finkielkraut à ma droite, Claude Askolovitch, islamophile, en face. Le public braille toute gueule ouverte : « Tape, Alain, tape, explose-le ! » Juste un petit carré  scande timidement,  sur l’air des lampions : « Vas-y Asko, vas-y Asko, vas-y ! » Moi, philosophe, rêveur, j’observe, je pense. Chacun son métier : moi, c’est penseur, je suis payé pour ça.

J’observe les points communs des finalistes : tous les deux s’affublent d’un nom à coucher dehors et font profession de s’adresser aux masses laborieuses. C’est pas que j’aie quelque chose contre les étrangers, juste par commodité, ils auraient pu faire un petit effort. Par exemple, Alain serait « Finkie », Claude, « Asko ». Notez, pour aggraver leur cas, tout le monde les appelle Finkie et Asko. Concis, sympa, français. Le père d’Asko, qui avait oublié d’être idiot, signait Roger Ascot. Il avait même sucré le K slave pour se latiniser. Que fait le fils ? Il se repasse une couche de Scythe imprononçable. Ensuite, ils viennent nous chanter les mérites de l’assimilation. Moi je dis : assimilation bien ordonnée commence là où je pense. Je dis ça parce que je suis penseur. Si ça se trouve, j’aurais bien pu penser le contraire. Nous autres penseurs, on est comme ça.

Il nous le bisse cent fois : Asko se proclame islamophile. C’est mentionné sur sa carte de visite. Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Je suis islamophile. Nouveau, moderne.[access capability= »lire_inedits »] Comme je suis un peu musulman du côté de ma défunte civilisation, ça me fait bien plaisir. J’aime les gens qui m’aiment. Hamid, qui est encore plus musulman que moi, quand je l’ai instruit de l’apparition d’un prophète de l’islamophilie, il a fait la grimace. Quand on me dit qu’on m’aime, je me méfie, ça cache quelque chose. J’ai eu beau le rassurer, le livre d’Asko est un petit chef-d’œuvre de style, d’enquête, de bonnes intentions, rien n’y a fait. Ils sont méfiants les musulmans, la méfiance dans le sang. Il m’a rappelé, Hamid, les années mortes, les temps de la décolonisation où des Français aidaient et aimaient les Arabes. On les appelait les « zamis des zarabes ».

Autant vous le dire tout de suite, je ne suis pas finkiste pour un sou, je penche côté Asko. C’est mon droit, on est en République. Mais attention, pas un askiste aveugle. Je garde mon libre arbitre. Le halal, par exemple. Il y a longtemps qu’on n’en avait pas parlé. Asko se fonde sur le jugement de Malek Chebel, expert de l’expertise en ces matières, qui le « met au défi » de distinguer au goût un steak à chéchia d’un steak de La Villette. À mon avis, Chebel, il n’a jamais mangé chez sa maman, ou alors il est végétarien. Personne n’a encore osé lui dire qu’un chateaubriand cacher ou halal, c’est tout rigoureusement immangeable. Autant mâcher de la semelle compressée. J’ai découvert les délices de la viande des gens vers mes 15 ans. Je ne savais même pas que ça existait. Mais c’est le jour et la nuit ! Je me serais converti rien que pour le steak si la religion n’avait pas disparu entre-temps. Disparu ? Disparu… Faut voir.

Pour Finkie, avec le halal, tout fout le camp, Vercingétorix plus Mallet et Isaac, plus Lagarde et Michard. Liquidation générale, on baisse le rideau, adieu la France ! Pour le goût, je suis d’accord avec Finkie, mais pour les dégâts, je ferais des réserves. Si des zozos veulent croquer des croquettes incomestibles, c’est leur affaire. Si mon petit-fils, à la cantine, en croque une au passage, il n’en mourra pas. En tout cas, la cantine, c’est beurk. On se calme. On change, on ne s’éteint pas. On change en bien ? En mal ? Le passé a toujours été d’or, le futur de merde. Moi je préfère le béret et la baguette, c’est pareil pour le 14-Juillet, le bougnat et les cathédrales que j’ai choisi d’immigrer chez vous (Chez nous ?). Mais si le temps bouleverse le paysage, je ne vais pas encore émigrer. Qu’on me la repeigne de n’importe quelle couleur, la France sera toujours « le plus beau pays du monde ». Et je connais le monde, croyez-moi.

Asko n’est pas devenu islamophile sur un soudain mouvement de cœur. En reporter consciencieux, il est allé à la rencontre des musulmans. Il est devenu copain de Fateh, d’Adham, de Nabil, d’un groupe d’étudiants Sciences Po. Tous islamistes. Tous allumés de chez la lumière. Il les a trouvés parfois excessifs mais dans l’ensemble sérieux, cultivés, pas aussi terroristes qu’on le dit, fervents du « métissage des sources ». Des gens bien. Injustement dénoncés par « l’idéologie dominante ».

Eh Asko ! Tu te réveilles ? Alors, tu n’as déniché qu’un seul non-islamiste : le (très courageux) Chalghoumi, imam de Drancy, que tu traites d’arriviste, pas aimé chez les musulmans et « qui parle dans le vide » ! L’islam de France, pour toi, c’est l’islamisme. Tu m’inquiètes, fils.

Toi et Finkie, vous auriez vraiment intérêt à sortir un peu. Laissez-moi vous raconter. Il était une fois Mahomet… Bon, passons à autre chose, c’est trop long.

Vous relevez l’un et l’autre qu’en France seulement, le voile est interdit. En Allemagne, en Amérique, à Tokyo, ils s’en tamponnent le coquillard. Une question surgit alors, détecte Finkielkraut : nos principes ne vaudraient-ils que pour nous ? On attend la réponse. On lit minutieusement jusqu’au bout. Macache, oualou, peau de zébi ! Toutes les explications qu’il avance, telles la galanterie ou la nation, on les retrouve partout en Europe. De propre à l’Hexagone, rien. Pourquoi la France et pas les autres ? On l’apprendra peut-être dans le prochain livre de Fink, pas dans L’Identité malheureuse. Tiens, je vais vous en proposer une, de réponse.

Les Allemands, on les appelle les Chleuhs. Vous savez pourquoi, mais peut-être qu’Élisabeth l’ignore. Quand vous avez envahi le Maroc en 1912, l’ennemi, dans la montagne, c’était les Berbères Chelhi. Les soldats prononçaient les « Chleuhs ». Deux ans après se déclenchait la Grande Guerre contre les Allemands, qui ont hérité du mot. L’Arabe, depuis disons deux siècles, c’est, avec l’Allemand, l’ennemi par excellence. La Guerre d’Algérie ? Les derniers protagonistes respirent encore. Dans les têtes, à ce jour, on n’a pas tourné la page. Ni d’un côté, ni de l’autre. Américains, Écossais, n’ont pas de guerre d’Algérie à se coltiner. Les fliquesses antiterroristes, chez eux, sont voilées, sans souci. On le ferait ici, tu imagines le bouquin de Finkie ?

Le seul chiffre officiel a été donné par Bernard Squarcini, le 10 septembre 2010, dans le Journal du Dimanche : 6 millions de musulmans en France. Au Royaume-Uni : 2,8 millions. En Allemagne : 3,7% de la population. États-Unis : 0,6%. France : 10%. Et tout le monde prophétise que ce n’est qu’un début. Plus la guerre d’Algérie. Dur à avaler.

Depuis treize siècles, l’antagonisme islam/chrétienté n’a pas eu un jour de répit. Jusqu’au début du XXe siècle, on ne disait pas « Occident » mais « Chrétienté ». Dès qu’ils sont sortis de la péninsule Arabique en 632, pour se lancer à la conquête des terres émergées, les Arabes se sont heurtés aux Grecs byzantins. En Égypte, au Maghreb, en Espagne, en Hongrie jusqu’aux portes de Vienne, toujours et toujours jusqu’au 11-Septembre, islam contre chrétiens. Les deux mondes ont toujours été séparés par un rideau de mépris et d’armées. Voilà qu’aujourd’hui ils se côtoient, parfois se fondent en France, premier pays musulman en Occident.

Une exception française, l’intolérance au voile ? En monde chrétien, oui. Mais pas en monde musulman. En Tunisie de Bourguiba, en Turquie d’Atatürk, en Iran du Shah, on a interdit le voile exactement comme ici. En Égypte, au Maroc, en Algérie une énorme fraction de l’opinion pense comme Finkie, une autre comme Asko. Alors quoi, serait-on un pays musulman ?  Un peu. 10% pour le moment. Dix membres de la Ligue Arabe comptent moins de musulmans que la France. Nous aurions droit, comme le Brésil, à siéger en observateur à la Ligue arabe ou à l’OCI.

Un mot encore sur ces deux excellents bouquins qu’il faut lire toute affaire cessante. Une bonne fois pour toute, il faudrait qu’on comprenne en France qu’islamisme et islam, c’est l’eau et le feu. Sans entrer dans les détails, une analogie. Elle vaut ce que valent toutes les analogies. L’an de grâce 1517 en Europe, Luther, l’aube du protestantisme. Un moine augustinien entend réformer la religion, la débarrasser de ses scories traditionnelles, la revivifier, la refonder sur ses bases primitives. S’ensuivent deux siècles de guerre sans merci.

L’islamisme, le salafisme, le djihadisme, appelez-les comme vous voudrez, c’est exactement la même démarche que Luther. L’ennemi numéro un, l’adversaire irréconciliable des islamistes, c’est l’islam de toujours, soit presque tous les musulmans. Ils se battent par le prêche ou par le feu. Le halal, le voile, l’hôpital, la piscine, les prières dans les rues, le vin, la provoc sans fin, c’est eux. Eux sont activistes, les conservateurs, un peu paumés, n’ont pas envie de s’en mêler. On ne voit donc que le « barbu ». Et on mélange la sauce : musulmans, islamistes, Arabes, même tabac. Alors qu’on a désormais affaire à deux religions opposées.[/access]

Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, Stock, 2013.

Claude Askolovitch, Nos Mal-Aimés, ces musulmans dont la France ne veut pas, Grasset 2013.

FNPS : le couple de l’année

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ps ump fn

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L’élection de Brignoles confirme ce dont on pouvait se douter : la « résistible» ascension du FN est largement et volontairement surestimée. Dans une élection marquée par une très forte abstention, le FN ne progresse pas en voix, et récolte même moins de suffrages qu’à la présidentielle et aux législatives.

La prétendue poussée du FN est en fait surtout orchestrée. On assiste à un pilonnage médiatique au profit de Marine le Pen et de sa success story, complaisamment relayé par des sondages fabriqués pour faire répéter aux sondés ce qu’on leur dit.

Plusieurs forces se conjuguent. Primo, l’excitation journalistique qui aimerait bien rompre l’ennui par un grand frisson, a envie de croire au danger, fût-ce en le grossissant. Secundo, une certaine paresse intellectuelle : cerner les thèmes de la future présidentielle entre droite et gauche s’avère plus difficile que de discuter des extrêmes qui vont profiter de la situation. Pourquoi un éditorialiste, commentant par exemple l’affaire Cahuzac, se sent-il obligé de dire que « ça va faire monter les extrêmes » ? Est-il si certain que ça ne transforme pas d’abord  les électeurs PS en futurs abstentionnistes ? Que ça ne profite pas en priorité à l’opposition ? Pourquoi suggérer au téléspectateur que l’extrême est la réponse naturelle ?

La gauche de gouvernement, appuyée par les médias, a tout intérêt à exagérer la montée du Front National, dans l’espoir que cette prédiction sera autoréalisatrice. Insister sur la montée du Front National est un moyen habile de l’installer comme véritable opposition pour discréditer la seule qui peut gagner. Ce n’est pas Marine Le Pen qui change le parti, ce sont le PS et les médias qui ont intérêt à le rendre respectable.

Le danger du FN soude une gauche dépourvue de convictions, perpétuellement en quête du point Godwin. La gauche n’est pas soudée pour combattre le FN, mais pour combattre l’UMP en la décrivant comme alliée potentielle du FN. Il est d’ailleurs frappant  de constater que ce sont les gens de gauche qui accordent le plus de respect et de considération au FN car ils accusent l’UMP d’aller prendre les « idées » du Front National. Comme si les électeurs qui jetaient un bulletin protestataire votaient pour des « idées » ! On peut emprunter des idées, pas une protestation.

Évidemment, la droite, tombe dans ce piège grossier, comme Fillon récemment. Soit les élus disent que l’on doit écouter les idées exprimées par les électeurs frontistes, parler de sécurité, ce qui suppose que le FN a des choses à dire et le crédibilise, soit ils prennent un air dégoûté et se discréditent.  Ce que le militant de droite qui combat aussi le Front national ne supporte pas dans les « grandes consciences » de droite comme Juppé, c’est que ces âmes vertueuses donnent le sentiment de chercher une respectabilité à gauche.

Ainsi, la droite, incapable de penser, ne lit le phénomène FN qu’avec la grille de lecture de la gauche. Elle est convaincue qu’il faut parler de certains sujets (sécurité, immigration…) en étant plus dur, courant derrière le Front national. Jacques Chirac, faisant de temps en temps un couplet sur la sécurité, ne s’était pas pour autant abaissé à utiliser le logiciel frontiste.

Le seul qui ait compris la bonne stratégie à suivre, c’est le Sarkozy de 2007, lequel s’était opposé à la double peine, et avait tout de même divisé par deux le score du FN. À l’époque, ce n’était pas la droitisation qui avait conquis l’électeur FN, mais le style, la rupture, l’aspect « cash » du futur président.

En 2012, en revanche, comme l’a très bien dit NKM, Patrick Buisson ne voulait pas faire gagner Sarkozy mais Maurras. Représentatif des 10% des électeurs FN qui comprennent les idées d’extrême droite et souhaitent que l’UMP s’en rapproche, il a fait perdre à Sarkozy, non seulement le centre mais la chance de récupérer 90% des électeurs du FN et les abstentionnistes de droite qui votent sans doute pour un homme ferme, plus que sur le fond. L’évocation par Sarkozy de « la France des cathédrales » a sans doute été un repoussoir pour la plupart des électeurs protestataires du FN, tantôt cafetiers, chauffeurs de taxi, rapatriés d’Algérie, et bien souvent profondément anti-cléricaux.

Le style, pour capter un vote protestataire se révèle bien plus important que les « idées ». C’est pourquoi un Fillon, un Wauquiez  ou un Guéant pourraient  multiplier les propos limites sur la sécurité et l’immigration sans gagner une voix de petit commerçant excédé. On peut même faire l’hypothèse qu’une personnalité forte et cohérente, peut inspirer confiance et respect à des électeurs du FN y compris en disant son mépris pour les « idées » que la gauche veut prêter aux électeurs du FN. C’est probablement ce qui est arrivé à NKM à Longjumeau qui a fait le plein de ses électeurs malgré la consigne de vote hostile qu’avait lancée le FN local.

L’élection de Brignoles confirme cette analyse : le problème n’est pas tant les 2 717 voix du FN, que l’incapacité de l’UMP et du PS à trouver des candidats suffisamment charismatiques pour inciter les 13 815 abstentionnistes à se bouger.

Et si l’électeur FN ne votait FN que par dépit ? Face à la médiocrité ambiante, celui-ci attend moins des dérapages démagogiques que des discours politiques construits et ambitieux, à la Mendès, Pinay, Clémenceau ou De Gaulle…

*Photo : IBO/SIPA. 00627369_000015.

Encel bien en selle sur France Inter

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Depuis le départ en retraite de l’excellent Dominique Bromberger, France Inter, le vaisseau amiral de la radio publique, avait laissé le monopole de l’analyse et du commentaire géopolitique à Bernard Guetta, fidèle au poste tous les matins de la semaine à 8h17. Lire le monde avec les lunettes de Guetta, c’est vivre chaque jour l’expérience du Candide de Voltaire soumis aux vaticinations du docteur Pangloss, l’incorrigible optimiste. Cet ancien trotskiste converti aux charmes discrets de la social-démocratie réussit presque à nous persuader, profitant de l’état comateux de notre réveil, que l’Union européenne est en marche vers un avenir radieux, que le monde arabe vogue hardiment vers la démocratie et la prospérité, et que Recep Tayyip Erdogan est un grand humaniste. Rien ne le fait dévier d’une ligne où sa déférence envers le Quai d’Orsay le dispute à un aveuglement volontaire devant tout événement ne cadrant pas avec sa vision du monde.

Fort heureusement, mais hélas à une heure de moindre écoute (18h15), il est maintenant possible de se faire une idée plus réaliste des événements mondiaux en écoutant la « chronique internationale » de Frédéric Encel. Alors que Guetta cherche à formater ses auditeurs à l’aune de ses convictions, Encel, pédagogue né, parvient en moins de trois minutes à nous fournir les deux ou trois clés permettant de bricoler soi-même son opinion sur des questions souvent complexes.

Des convictions, Encel n’en manque pourtant pas, sur l’Europe, le Proche Orient, la mondialisation. Mais il a l’honnêteté de ne pas utiliser son temps d’antenne pour les imposer à son public, et à les réserver à ceux qui voudront bien acheter ses livres. Le dernier paru, De quelques idées reçues sur le monde contemporain. Précis de géopolitique à l’usage de tous (éditions Autrement) pourra utilement soulager des auditeurs victimes d’une surdose de Guetta.

Dernière précision : l’arrivée d’Encel sur le service public de radiodiffusion fait écumer de rage Pascal Boniface, qui manie l’insulte avec la hargne du jaloux. Minable.

Mettre les voiles

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voile universite laicite

voile universite laicite

Dans Le Monde du 4 octobre dernier, la rubrique Débats publiait divers avis sur l’une des polémiques du moment, le voile à l’université. Et comme il est d’usage dans ce journal de faux-culs, sous prétexte de diversité d’opinions (et soyons tout de suite clair : face à la vérité, plaider pour la diversité d’opinions n’est jamais que donner la parole au mensonge…), le Monde noyait un article de bon aloi signé du « collectif » des membres de la commission Laïcité du Haut Conseil à l’Intégration (HCI), qui s’est auto-dissous récemment, après avoir remis au Premier Ministre un rapport circonstancié proposant douze recommandations sur les conditions d’exercice de la laïcité — c’est-à-dire de la vraie liberté de penser — dans l’Enseignement Supérieur —, dan un fatras d’avis et d’opinions contradictoires, comme si exposer la vérité aux mensonges faisait avancer la cause de la liberté.

La mission laïcité a aussi bien dénoncé les courants chrétiens évangéliques ou néobaptistes qui critiquent les théories darwiniennes de l’évolution au profit des thèses créationnistes que des courants musulmans qui font dans le prosélytisme et récusent la mixité tant au niveau des étudiants que des enseignants. Aucun ostracisme anti-musulman là-dedans.
Que disait spécifiquement la Commission de la question du port du voile à l’université ? Sous le titre « Garantissons la neutralité religieuse dans les salles de cours du supérieur », il se défendait d’avoir mérité « le terme discutable si impudemment brandi aujourd’hui dès qu’on évoque la laïcité d’« islamophobie » — mais l’intolérance (la vraie, l’intolérance religieuse) crie au loup dès qu’on l’empêche d’excommunier, ou qu’on lève le sourcil devant une brochette d’étudiantes voilées assises en groupe au premier rang de l’amphi.
Islamophobe ? La recommandation du HCI est pourtant fort mesurée. Il s’agit d’« interdire dans les salles de cours, lieux et situations d’enseignement et de recherche des établissements d’enseignement supérieur les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. » Une proposition déjà révélée par le Mondedu 6 août — une indiscrétion qui était moins une vraie information qu’un moyen de pression sur le gouvernement, sommé de ne pas écouter des laïcards qui attentent visiblement à la liberté d’attenter aux libertés des autres. « En quoi l’exigence de neutralité religieuse dans les salles de cours, gage de la sérénité de l’enseignement, serait-elle discriminante ? Comment peut-on estimer que l’affichage « ostensible » d’une conviction religieuse dans un lieu de transmission et de discussion du savoir ne pose aucun problème ? »

Dès 2004, la Conférence des Présidents d’Université avait émis un document, « Laïcité et enseignement supérieur », qui faisait déjà largement le tour de la question — et des problèmes. Pour n’en citer que deux, la réquisition de locaux d’universités à des fins cultuelles, ou la récusation de la mixité.
Le seul à avoir manifesté son intérêt pour les propositions du HCI est Manuel Valls. « Le manque de clarté, de lucidité et de courage, loin de favoriser le vivre-ensemble, attise les tensions et fait le lit des extrêmes », poursuit l’article du Collectif. Qui ne sait, parmi les enseignants et sans doute ailleurs, que se plier, en classe, aux injonctions du caïd de service ne permettra pas de rétablir l’ordre — bien au contraire ? Donnez le doigt, on vous mangera le bras. Céder devant les manifestations ostensibles de la superstition, c’est ouvrir la porte au fanatisme, qui est à la religion, comme le rappelle Voltaire, « ce que le transport est à la fièvre ». Partout, toujours, il nous faut, inlassablement, « écraser l’infâme », comme disait ce même Voltaire à la fin de ses lettres.
Dans le même journal, le même jour, Dounia Bouzar[2. Auteur de La République ou la burqa, Albin Michel, 2010], avec Lylia Bouzar signait un article intitulé « Gare au piège de l’exclusion / Ne pas faire le jeu des radicaux » dans lequel elle soulignait que nous assistions aujourd’hui, n’en déplaise à Malraux, à une« mutation du religieux plutôt qu’à un retour du religieux ». Quelle mutation ? Celle qui va vers la nuit : « Le religieux se transmet sans aucun savoir, déconnecté de l’expérience humaine, de manière virtuelle. On assiste non pas au choc des civilisations, mais au choc des ignorances. » L’ignorance du « vrai croyant » (faut-il rappeler que « taliban » signifie « étudiant en religion », et qu’il s’agit manifestement là d’un oxymore — au vu de ce que les Afghans fanatisés ont fait aux Bouddhas de Bâmiyân) l’engage à « rester pur, à ne pas se mélanger aux autres » — de peur sans doute que des autres ne surgisse une étincelle de vrai savoir. « La mise en veilleuse des facultés intellectuelles facilite la fusion », précise Mme Bouzar.

Elle ne répugne pas pourtant à la contradiction interne. « Une loi d’interdiction des signes religieux, précise-t-elle, exigerait l’invisibilité des croyants ou plutôt des croyantes, car quid des immenses barbes et des chaussettes remontées sur le jogging de ceux-là mêmes qui refusent de regarder une femme ? » Ma foi, si l’Islam est si ostensiblement manque de goût, nous n’y sommes pour rien. Quant aux barbes… Faut-il rappeler que ces mêmes talibans tuaient volontiers les Afghans d’origine asiatique qui auraient été bien en peine de se laisser pousser un quelconque poil au menton ? La bêtise, partout, toujours, génère la violence, et une interdiction mesurée (dans les salles de cours…) n’est pas une violence mais un effort pour l’empêcher.
Alors certes, il est temps de « sortir de ce débat bipolaire « pour ou contre le voile » que l’on traîne depuis dix ans et qui nous empêche de poser les bonnes questions. Mettons-nous autour d’une table pour trouver une stratégie qui empêche les jeunes radicalisés d’imposer leurs normes dans les espaces publics sans pour autant les abandonner aux mains de ceux qui veulent les couper définitivement de tout lien avec la société et sans pour autant sanctionner tous les étudiants pratiquants. » La stigmatisation, comme tous les interdits, peut sans doute transformer en pseudo-martyres des filles frustrées qui se réfugient derrière leur bout de tissu dans une société qu’elles imaginent hostile. Mais la vraie stigmatisation, la stigmatisation première, n’est-elle pas dans l’ordre, exprimé ou non exprimé, de se retrancher de la communauté française ? Elles sont les pions le plus souvent inconscients que l’islamisme avance, peu à peu, jusqu’à ce qu’un voile noir obscurcisse définitivement la Raison et les Lumières[3. Voir sur le sujet la très belle tribune d’Elisabeth Badinter dans Médiapart.].

SI le HCI défend l’université et le droit d’enseigner en toute quiétude, il faut qu’il sache qu’il le fait contre certains enseignants qui, angélisme ou collaboration, ne voient pas où est le problème. Pascal Binczak président de l’université Paris-Lumières (Paris VIII-Vincennes-Saint-Denis) signe un article (« Nos campus sont rarement perturbés ») qui est mi-chair mi-poisson et qui, au concert des faux-culs, pourrait servir de carnet de bal.
Après avoir rappelé que la première affaire de voile remonte à septembre 1989 (dans la foulée de la loi Jospin qui simultanément mettait, comme on se rappelle, l’élève au centre du système et lui donnait le droit de dire autant de bêtises qu’il le souhaitait (allez, redisons-le : l’enfant est étymologiquement celui qui n’a rien à dire, et l’élève est celui qui apprend à dire, et à qui on peut donner la parole à condition qu’il n’en abuse pas pour redevenir… un enfant), affaire tranchée par le Conseil d’Etat en novembre 1992 — ce qui a prouvé la nécessité d’une loi, promulguée en 2004), il plaide pour une philosophie du Ni-Ni : pas de « tolérance inconditionnelle », « ni prosélytisme ni entrave au bon fonctionnement du service public. » Ah oui ? Et on fait comment ? Mais notre président d’université, benoîtement, « adhére à la position défendue par la ministre » — l’ineffable Geneviève Fioraso, qui s’est insurgée imméiatement devant l’intérêt que Manuel Valls avait manifesté dès le mois d’août pour les propositions de la Commission Laïcité. Duel au sommet ! « Tolérance et vigilance doivent seulement continuer à aller de pair », conclut notre universitaire — ce qui en l’espèce ne signifie absolument rien. Tolérance et vigilance sont en bateau, mais vigilance est tombée à l’eau. Quand on n’a plus que la tolérance, on ouvre la porte à l’intolérance de l’Autre.

Collabos toujours. Valérie Aminaux (« professeure » de sociologie à Montréal, acuellement détachée au CNRS), sous le titre « Des opinions paniquées », croit utile de se moquer de l’« obsession visuelle » que constitue d’après elle notre rejet du voile en France (ah, les cousins qui dans les dîners de famille viennent nous donner des leçons…). « La silhouette sombre de la femme voilée est associée à tout ce qui menace, de l’intégrité territoriale à la cohésion sociale, opérant comme un memento mori globalisé. » Eh bien oui : l’islam des voiles porte en lui la mort — on le voit chaque jour, en Afghanistan, au Kenya, en Irak, — ou à Toulouse. C’est effectivement une religion qui, dans ses formes « pures », aime la mort. Du 11 septembre (à grande échelle) à Mohammed Merah (à toute petite échelle), les preuves ne manquent pas, et concordent toutes.

Tareq Oubrou enfin, recteur de la mosquée de Bordeaux (« Pour une visibilité musulmane discrète / Evitons les interdictions supplémentaires »). Comment dit-on « jésuite » en arabe ? Notre recteur a toujours « prôné, dit-il, une visibilité religieuse modérée ». Je ne lui reprocherai pas, en tout cas, de rappeler encore une fois que se couvrir les cheveux relève d’une « prescription équivoque et mineure » qui « repose sur un ou deux passages coraniques amphibologiques et sur des hadiths du Prophète dont l’authenticité n’est pas certaine » — faute de matériel d’enregistrement au VIIème siècle sans doute… « Nous avons plus de textes qui demandent aux hommes de garder leur barbe que de textes qui demandent aux musulmanes de couvrir leurs cheveux, abstraction faite de leur authenticité ou de leur sens discutable ». Pourquoi dès lors cette « focalisation » sur le foulard des femmes plutôt que sur les barbes des hommes ? Parce que justement le foulard est un signe bien plus ostensible, dans une stratégie d’occupation, qu’une barbe[4. Une barbe pourrait à la rigueur n’être que le signe ostensible, surtout en collier, d’une appartenance au SGEN ou au SNUIPP. Et quoi que je puisse en penser, je supporte l’existence du SGEN et du SNUIPP. Et on osera dire après ça que je ne suis pas tolérant !].
Le recteur de Bordeaux souligne (il est plus au courant que nous) que ces pseudo-musulmanes se dispensent pour la plupart des cinq prières journalières (l’un des piliers de l’Islam, pourtant) et combinent volontiers le voile avec des tenues d’une coquetterie toute laïque. Et il argumente non sans finesse sur la « double culpabilisation » frappant les musulmanes, coupables si elles découvrent leurs cheveux (« ce qui est théologiquement grave », ajoute notre recteur), et coupables aux yeux du législateur laïque d’intimidation systématique.
Soyons clair : quand nous parlons d’interdire le voile à l’université, il s’agit de protéger les femmes contre les diktats du fascisme islamiste, et contre elles mêmes, aliénées par l’opium du peuple. Je ne suis pas de ceux qui s’indignent de ce que Saint-Just ou Robespierre aient eu une volonté pédagogique. Mais je ne veux pas la mort du pécheur — juste sa rédemption laïque. Une loi sur le voile à l’université compléterait utilement celle de 2004 sur le voile dans les lycées et collèges (y compris dans les sorties scolaires, qui ne sont jamais que l’exportation du lycée ou du collège hors les murs).
Le port du voile n’est pas, et ne sera jamais, l’expression du libre-arbitre. Cela n’a rien à voir, je suis désolé de le redire à certaines amies, avec la décision de porter une mini-jupe ou un pull échancré — ou n’importe quelle pièce d’habillement profane. On ne s’habille pas impunément en bonne sœur — je ne le tolère que des religieuses et des créatures de Clovis Trouille, qui relèvent la rigueur religieuse d’un porte-jarretelles adéquat, comme on relève un plat d’une pincée de piment d’Espelette.

*Photo : PATRICE MAGNIEN/20 MINUTES/SIPA. 00642784_000001.

Rohani sera-t-il le Gorbatchev du monde islamique ?

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hassan rohani iran

hassan rohani iran

Les systèmes totalitaires ne disparaissent jamais par enchantement : soit ils sont détruits par la force comme ce fut le cas pour le nazisme et le fascisme, soit ils implosent comme ce fut le cas pour l’empire soviétique et le glacis communiste en Europe. À cette différence près que la machine communiste avait réussi à temporiser. Auréolé d’une parole émancipatrice, le système soviétique sut longtemps faire illusion. Quelques esprits plus clairvoyants situés en son sein comprirent qu’il fallait lâcher la bride. Le rapport Khrouchtchev permit de mettre Staline à distance sans pour autant rompre avec l’intime de la mécanique communiste. Il faudra attendre Gorbatchev et sa perestroïka et le choix interne de la glasnost pour que l’armature structurelle de l’URSS se fissure et se décompose. Quelques tentatives violentes de retour à l’ordre ancien eurent bien lieu mais il était trop tard tant le livre noir du communisme avait tourné ses pages jusqu’à l’épuisement. Il n’y a guère plus qu’en France que le mot « communiste » conserve un imaginaire rassembleur. La chute du communisme avait laissé espérer la fin des systèmes totalitaires. Certains se mirent même à rêver à une fin de l’histoire mais c’était sans compter avec les ruses dont celle-ci est capable.

André Malraux avait prédit pour le XXIe siècle qu’il serait spirituel mais il n’avait surement pas imaginé qu’il prendrait la forme terrifiante du totalitarisme religieux tel que l’islamisme le propose. Depuis 1979 et la révolution islamique en Iran, l’islam politique a trouvé sa place dans le paysage totalitaire. Voilà la planète soumise aux images répétitives de ces crimes de masse. La mondialisation se décline aussi sous cette forme et les media actuels peuvent montrer en temps réel la simultanéité des horreurs commises au nom d’Allah. Faut-il en dresser la liste ? De l’Atlantique à l’Indonésie en passant par Londres, Madrid, New York,  Israël, le Mali, Nairobi ou Peshawar, c’est la même trace de folie furieuse qui se déploie.  Depuis le 11 septembre 2001, cette accumulation ne milite pas pour un regard bienveillant porté sur les Lumières islamiques. Si « choc des civilisations » il y a,  c’est à certains disciples de Mahomet qu’il faut en imputer la responsabilité. On avait brièvement espéré que les révolutions arabes allaient dans la foulée réformer l’islam, y développer  un sens critique. C’est le contraire qui s’est produit : en vampirisant les printemps arabes, l’islamisme a recouvert d’un voile d’obscurantisme ces brefs espoirs. Ce troisième totalitarisme va aussi monter ses limites : en Égypte c’est bien l’incurie du pouvoir de la Confrérie, son intolérance qui a provoqué un rejet massif dont le coup de force militaire fut le bras armé. Il n’y eut en Europe que l’inénarrable Catherine Ashton pour ne pas le comprendre. En Tunisie, l’opposition aux Frères lutte pied à pied contre l’imposition de la charia à tous les niveaux de la vie. Il n’y a qu’en Europe et en France en particulier que de bons esprits indignés s’acharnent à ne pas voir ce piège intellectuel qui confond islamophobie et racisme. Faut-il rappeler que le concept d’islamophobie fut forgé par l’OCI (Organisation de la Conférence islamique) en 2001 à la fameuse conférence de l’ONU sur le racisme à Durban qui vit le triomphe de la haine antijuive au nom de l’antiracisme ? La tentative de l’OCI était de faire de la « diffamation des religions » un crime identique au racisme. Au cours des conférences qui suivirent la même stratégie conceptuelle et langagière fut poursuivie. Elle semble avoir porté ses fruits.

Le rejet des musulmans est bien évidemment condamnable mais en quoi la critique voire le rejet de l’islam sous sa forme idéologique la plus régressive serait symétriquement condamnable ? Depuis quand n’aurait-on pas le droit de porter un regard critique sur une idéologie qui enferme les femmes, promeut la haine de l’autre quand il n’est pas musulman ? Pour un pays, la France, qui a su bouffer du curé au nom de la libre pensée, voilà que de nouveaux dévots dénoncent d’une manière tout aussi sectaire ceux qui osent dire leur allergie devant des attitudes multiples visant à gommer ce qui faisait il y a peu une certaine harmonie consensuelle. Faut-il être aveugle ou d’une mauvaise foi radicale pour ne pas voir ce qui se passe trop souvent au sein des écoles, des universités, des hôpitaux, des services sociaux  quand l’argument de la différence religieuse sert de prétexte à une mise en cause des règles communes ? Doit-on fermer pudiquement les yeux devant l’inspiration religieuse de certaines émeutes en banlieue ? Pourquoi feint on de ne pas voir cette contre-société qui s’installe ?

Au sein de l’islam, chez ceux qui subissent le joug de l’islamisme sinon sa terreur, des voix s’élèvent pour dire aux européens : ne cédez pas, ouvrez les yeux, n’ayez pas honte de dire non ! Ils sont nombreux ceux qui ont payé de leur vie la résistance au goulag islamiste. Jusqu’à ce jour ces voix sont peu entendues et il est à craindre que si les polarités de ce débat se réduisent en France à un face à face entre le Front national et la bonne conscience, il est probable que l’exaspération des masses se porte vers cet avatar moderne du pétainisme. Dans le même temps croire que les incantations vertueuses du fascisme-qui-ne-doit-pas-passer constituent la meilleur prophylaxie contre ce double danger est une erreur absolue d’analyse: la diffusion de l’islamisme et le succès politique de l’extrême droite forment un tandem complémentaire. Les extrémismes ne progressent que parce que la République leur a laissé le champ libre. En n’osant pas se confronter à la réalité de la conflictualité culturelle, en s’illusionnant sur les beautés du multiculturalisme? la République a laissé au FN le crédit d’une posture laïque ! Ce qui est un comble. N’est-ce pas le nouveau président de l’Observatoire de la laïcité, Jean Louis Bianco,  qui a estimé récemment « qu’il n’y avait pas de problème de laïcité en France » ! Le déni idéologique du réel semble être une maladie chronique de la gauche. Angela Merkel a eu le mérite de dresser le constat d’échec du multiculturalisme en Allemagne. Sans doute est-ce à cette capacité de dire le vrai qu’elle doit aussi sa popularité. Seul aujourd’hui en France, un Manuel Valls ose dresser pour la République et pour la gauche un constat de vérité autant qu’une ligne de conduite.

Sur un tout autre terrain et dans une autre longitude, quelque chose de nouveau serait-il en train de bouger au pays des mollahs ? Y aurait-il vraiment en Iran un nouveau président suffisamment « modéré » pour oser souhaiter une bonne année aux juifs du monde ? Le même aurait dit à l’ONU que les crimes commis contre les juifs constituaient de mauvaises actions et a laissé entendre son désaccord avec son prédécesseur. Bien sûr, il a pris soin de simultanément préciser que l’apartheid était doux par rapport au mauvais sort fait par Israël aux Palestiniens. La modération de cet imam modéré a ses limites. On ne pourrait qu’applaudir à ces nouvelles bonnes dispositions venant du nouveau président de la République islamique d’Iran à condition de ne pas être dupe de ces premières bonnes paroles. Car bien que courte, la mémoire peut être utile. C’est bien l’Iran qui a frappé des touristes israéliens en Bulgarie il y a un an ? C’est bien un attentat iranien qui avait détruit le centre communautaire juif de Buenos Aires en 1994 ? C’est bien l’Iran qui porte le Hezbollah et arme la Syrie. Il y a moins d’un mois Obama et Hollande déclaraient être prêts à attaquer la Syrie pour y détruire les armes chimiques de Bachar Al-Assad coupable d’un crime de guerre. Au bout du compte ce fut Poutine qui a habilement sauvé la mise de ces velléitaires en reprenant la main à son profit tout en préservant son allié Assad. Ce geste a bien été compris par le président iranien. Il a compris, à la différence de son prédécesseur, que la diplomatie des apparences bienveillantes payait davantage que les postures bellicistes. Il a aussi compris que les postures punitives occidentales n’iraient pas au-delà de la posture. À l’abri d’un vote du Congrès, Obama a lâché Hollande, sauvé in extrémis par la proposition du « cher Vladimir ».

Un peu plus loin vers l’Est, le guide suprême iranien Ali Khamenei ne manque pas une occasion de rappeler que « l’entité sioniste » est une « pustule cancéreuse » située dans un espace géographique dédié à l’islam. Pendant que le nouveau président iranien chausse ses lunettes les plus rondes, les gardiens de la révolution entrainent le Hezbollah libanais qui combat aux côtés de l’armée de Bachar Al-Assad. Avec une constance stratégique qui semble faire défaut à l’Occident, la Russie de Vladimir Poutine reste le soutien stratégique fidèle de cette chaine d’alliances Hezbollah-Iran-Syrie. Poutine défend ce qu’il estime relever des intérêts de la Russie. Il le fait avec ses méthodes. Par quel miracle le loup Poutine serait-il devenu un gentil agneau méritant du « cher Vladimir »? Par quel autre miracle le turban blanc de Rohani aurait-il rendu l’Iran plus fréquentable ? Pendant que de douces paroles sont dites à la tribune de l’ONU, les centrifugeuses auraient-elles cessé de tourner à plein régime ? Pendant qu’Assad donne les adresses de ses dépôts d’armes chimiques, les massacres auraient-ils cessé en Syrie ? Aurait-t-il encore besoin de gaz sarin pour gagner contre ses opposants islamistes ? Rohani est certes plus malin que Ahmadinejad, il présente mieux, soigne sa barbe et ses cheveux et dans cette partie d’échecs calcule prudemment ses coups. Prendre cette modération au mot peut être une bonne attitude tactique, mais la modération dans les mots restera comme autant de paroles vaines s’il ne s’accompagne pas d’un agenda politique pour la rendre concrète.

Rohani est-il prêt à déclarer caduc son objectif de rayer Israël de la carte ? Est–il prêt à reconnaître Israël ? Est-il prêt à reconnaître le droit d’Israël à exister ? Pour symbolique qu’il soit, ce geste, qui serait bien plus qu’une parole, changerait fondamentalement la donne dans ce conflit entre Israël et le monde arabo6musulman. La haine d’Israël constitue en effet le noyau dur de l’islamisme. Elle est le ciment identitaire qui relie les jihadistes du PO à ceux des banlieues. Si par un heureux miracle au sein du monde islamique, un réformateur éclairé venait à déclarer que le malheur arabe n’a pas Israël pour responsable, il opèrerait la plus formidable révolution psychique que ce monde ait connu depuis l’effondrement de l’Empire ottoman. L’onde de choc de cette révolution dirait aussi aux banlieues que la raison de leur ressentiment ne se nomme pas Israël.

L’exigence de cette reconnaissance est symboliquement et politiquement bien plus importante que l’abandon des projets atomiques car cette révolution mentale les rendrait simultanément absurdes et inutiles. En conséquence, si l’Occident devait se satisfaire des courtoises conversations téléphoniques passées entre Obama et Rohani sans qu’elles ne transforment la réalité, cela signifiera  qu’à la différence de Poutine, l’Occident ne développe aucune perspective stratégique car il ne sait plus ni qui il est ni ce qu’il veut être, hormis un vaste marché (de dupes).  De son côté? Israël a compris que le tigre Occident est aujourd’hui fait de papier mâché et pourrait en tirer les leçons, s’il estimait que sa survie est menacée.

Tout est lié. L’écheveau proche oriental est devenu d’une complexité redoutable, parce que simultanément mondialisé et interactif. Une caricature de Mahomet dans la presse danoise et les ambassades de l’Occident brûlent en Orient. Une parole mal comprise du pape et les ambassades de l’Occident rebrûlent. Pour que le choc tant redouté des civilisations soit épargné à la planète il n’y a qu’à espérer que Rohani soit le Gorbatchev de l’islam. Obama semble faire ce pari. Espérons qu’il ne se berce pas d’illusions sauf à considérer qu’Obama puisse être le Daladier de l’Occident. L’Histoire jugera.

*Photo : 00666193_000002.UNIMEDIA/SIPA.

FN : après Brignoles, le tocsin sonne

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fn brignoles front republicain

fn brignoles front republicain

Face à la montée du Front National et au lendemain de l’élection cantonale de Brignoles, le tocsin sonne à toute volée dans les états-majors des partis. La République est en péril et chacun d’invoquer le pacte républicain, qui correspond  au code de bonne conduite des élus politiquement présentables.  La Gauche, de marteler qu’il faut absolument  dresser en sus un front républicain pour faire échec si nécessaire  à l’intrus. Bien entendu, le pacte républicain, comme le Front républicain, sont censés reposer sur des valeurs républicaines dont, comme de juste,  les seuls partis de pouvoir ou de coalition détiennent l’absolu monopole. Pourtant, si dans l’esprit de la plupart des nos concitoyens ces valeurs demeurent encore vivantes, force est de reconnaître qu’elles sont aujourd’hui bien mal en point. Qu’on en juge plutôt !

On commencera par le contournement sournois de la volonté du peuple français par la triple collusion de l’Exécutif, du Parlement et, dans une moindre mesure, du Conseil constitutionnel pour faire échec au Non des Français au referendum de 2005 sur l’adoption d’une nouvelle constitution européenne. Cela fait partie des trahisons qui marquent. Toujours à propos de représentation nationale, on comprend mal comment un parti qui réunit à grand peine moins de 5% des suffrages de la Nation réussit à avoir quasiment vingt fois plus de députés qu’un mouvement qui mobilise régulièrement près d’un électeur sur six. De même, comment le principe républicain d’égalité se conjugue-t-il avec le monopole de la représentation syndicale qui aboutit à ce que seule compte ou presque la voix de  8 % des salariés (surtout publics) , quand les 92% qui restent (surtout privés !)  sont pratiquement réduits au silence. Enfin, comment ose-t-on prétendre conduire démocratiquement le processus de réforme des retraites, sans que 16 millions de retraités puissent déléguer un seul représentant ni au Conseil d’orientation des retraites, ni au Conseil économique, social et environnemental ?

Le Conseil constitutionnel, lui-même, dont on vient de célébrer en grande pompe le 55ème anniversaire avec celui de la Constitution, n’échappe pas davantage à la critique. C’était, on l’a vu,  avec son aval complaisant que le pouvoir put en 2008 mettre à la corbeille le referendum de  2005.  Mais dix années avant, le Conseil avait déjà sciemment validé les comptes de  deux candidats à la présidence, en sachant parfaitement qu’ils étaient pour l’un parfaitement faux et pour l’autre gravement irréguliers. C’est encore ce même Conseil qui avait cru pouvoir le 30 juillet 2010 « louvoyer » avec l’illégalité flagrante de l’ancienne procédure de garde à  vue en fixant  à l’Exécutif  pour la régulariser un délai de rien moins que 11 mois  qu’il n’était normalement pas au pouvoir du juge d’accorder.

La laïcité, l’une des valeurs-phare de notre République, se fissure sous les coups de boutoir de ceux qui y voient un obstacle à leurs ambitions prosélytiques ou pas. Il est patent désormais qu’en violation des règles européennes,  une bonne partie  des abattages se font sur notre sol  selon le rite hallal, alors que la population musulmane ne représente pas 1/5 de la population française et qu’en son sein, les tenants purs et durs d’un  islamisme radical sont encore infiniment moins nombreux. L’interdiction du voile ne franchit pas la porte de nos universités, comme si ces dernières bénéficiaient par rapport à la République d’un privilège d’extraterritorialité. Et que dire de ce qui subsiste encore des horaires « aménagés » de certaines  de nos piscines, des menus « alignés » de nos cantines scolaires,  des pans entiers de notre histoire que nos enseignants ne peuvent plus aborder sans mettre leurs classes en ébullition ou encore de ces admissions hospitalières en urgence qui s’opposent à l’intervention d’un soignant masculin ?

Que dire aussi de l’attaque en règle contre les familles ? De l’ambition exorbitante d’une Éducation Nationale, qui prétend s’arroger, y compris à l’encontre des  parents, le droit d’éduquer les enfants, alors qu’elle peine – et le mot est faible – à seulement les instruire ? Comment justifier l’acharnement fiscal contre les avantages des familles, dont beaucoup n’avaient  rien d’exorbitant, mais expliquaient l’efficacité de notre politique nataliste ? Que vaut enfin cette prévalence constante de l’assistanat qui, tout en asphyxiant ceux qui le financent  et en déresponsabilisant ceux qui en profitent,  veut faire  croire à chacun qu’un bon vote  peut remplacer l’effort ?

Parlons maintenant de la Justice. Comment peut-on admettre qu’un syndicat influent de magistrats puisse mépriser les justiciables et le personnel politique au point de dresser  impunément un mur des cons, qui tend d’ailleurs un redoutable miroir à ses pitoyables auteurs? Comment ensuite la Justice pourra-t-elle donc exiger du citoyen le respect qu’elle-même ne lui accorde pas? Que penser de tous ces meurtres dont on ne peut même plus dire que l’auteur soit un récidiviste,  tellement il se trouve dans une démarche constante, uniforme  et continue d’infraction? Comment les citoyens peuvent-ils être contraints de croiser régulièrement dans leurs cités des individus, dont la dangerosité avérée est telle qu’aucun juge en charge de famille  n’admettrait  leur liberté  dans le voisinage immédiat de son propre domicile?

Par ailleurs, le peuple français est un peuple libre et il supporte de plus en plus mal que l’on embrigade ou que l’on ampute sa mémoire, au prix d’une infantilisation qui en dit long sur le sens  démocratique  de ceux qui ont exigé  ces  « souvenirs imposés ». Et de se demander en quoi  ce qui a été commis  sur le plan de l’atrocité et de la barbarie par le nazisme doit seul être retenu, alors que des massacres en tous points comparables ou pires (voir l’exemple de Katyn),  mais commis par des Staline, Mao, Pol Pot ou consorts  peuvent  être soigneusement oubliés et  retranchés de l’Histoire comme s’il ne s’était rien passé.

Mais cette revue serait incomplète si elle ne s’attachait pas à quelques affaires récentes qui, pour être plus personnelles, n’en  révèlent pas moins des dérives préoccupantes. D’abord l’actuel Président de la République avait lors de sa campagne électorale pris le pays à témoin qu’avec lui c’en était fini de l’interférence des affaires privées et des affaires publiques. Or, en en plein marasme, la République prend à sa charge tout ou partie des frais d’une dame qui n’a -semble-t-il- aucun lien de droit avec son Président  et qui se permet en outre par un tweet malvenu de torpiller la candidature électorale de son ex-rivale. Une autre fois, c’est le compagnon d’une  importante ministre qui éructe publiquement et un jour de Fête Nationale  sa bave  antimilitariste, avant de récidiver quelque mois plus tard  en insultant  directement le Ministre de l’Intérieur. Mais le comble de la confusion entre les affaires privées et les affaires publiques, c’est incontestablement l’affaire Cahuzac où il est clairement apparu que le responsable de la collecte des impôts s’arrangeait pour échapper lui-même aux efforts qu’il exigerait de tous les autres, le tout en mentant effrontément à la représentation nationale.

Certes, ce modeste tour d’horizon ne saurait prétendre à l’exhaustivité, mais il n’en révèle pas moins l’écart béant  qui existe entre les vertus supposées du Front républicain et  le contenu de plus en plus faisandé de ces emballages fort trompeurs. le plus important pour que vive la République, ce n’est assurément pas la survivance du  pacte républicain, encore moins celle du front républicain, mais la pérennité des vraies vertus républicaines, celles qui font que tout un peuple peut encore faire raisonnablement confiance à ceux qui le dirigent.

 *Photo : 00630109_000001. DUPUY FLORENT/SIPA.

Maison de cohérence

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prostitution maud olivier

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La cohérence, il y a certainement des maisons  pour ça. À l’évidence, pas celles où résident les députés et les jeunes-de-gauche qui ont décidé de s’occuper de nos fesses. Par amour de la liberté, bien sûr. Mais pas de la façon que vous pensez, gourgandins et gourgandines à l’esprit mal tourné. C’est même tout le contraire. En attendant d’interdire, il convient de dissuader lourdement les égarés qui persistent à recourir à l’amour tarifé. Encore qu’en fait d’égarés, il s’agisse plutôt de brutes archaïques. La preuve, selon une impayable, quoique terrifiante, « Pétition des jeunes pour l’abolition de la prostitution »[1. « Pétition des jeunes pour l’abolition de la prostitution », parrainée par les grandes boutiques étudiantes et toutes les variantes des jeunesses de gauche.] : « Les clients sont toujours des hommes.» Et d’après vous, ça fait quoi un homme ? Ça « achète et impose ses propres désirs », pardi ! Qu’une femme puisse décider librement de « vendre son corps », voilà qui rend dingues nos petits gardes roses : « La seule liberté, poursuivent-ils, est celle donnée aux clients d’abuser sexuellement des femmes. » Fallait commencer par là, les copains : le micheton est un violeur ![access capability= »lire_inedits »]

C’est jeune et ça ne rigole pas. Quand les pétitionnaires déclarent avoir leur « mot à dire sur la société dans laquelle ils veulent grandir et s’épanouir »  (il serait temps de grandir, en effet), précisant que 73 % des 18 / 25 ans pensent comme eux, on les voit dénoncer leurs pères, coupables d’être allés aux putes.

Bizarrement, la « société libérée » qu’ils entendent édifier à coups d’interdictions me fiche la trouille. Des lois ! Des châtiments ! Écrasons le mâle infâme ! Ces messieurs-dames-patronnesses trépignent d’aise à l’idée de pouvoir surveiller et punir : « Il faut en finir avec l’impunité !»

Pas d’inquiétude, camarades, c’est comme si c’était fait. Grâce à Maud Olivier, députée socialiste de l’Essonne, le Parlement devrait examiner en novembre un texte sanctionnant les clients, tenus d’emblée pour des « auteurs de violences ». Bon, le recours à la fornication payante sera passible d’une simple contravention de 5e classe, punie d’une amende de 1 500 euros maximum. Ça finira tout de même par faire cher la passe.

Qu’on ne croie pas que ces braves gens manquent de coeur – de sexe, peut-être ? Leur aguichant programme ne vise qu’à protéger les prostituées, décrétées victimes même quand elles jurent qu’elles ne le sont pas. Les perroquets abolitionnistes sont donc massivement favorables à la suppression du délit de racolage passif, inscrite dans un texte ensablé au Sénat, provisoirement sans doute. On se ralliera sans hésiter à cette mesure de bon sens. Il n’y en a pas moins une bizarrerie logique dans le fait d’autoriser la prostitution tout en interdisant d’y recourir. Un peu comme si on légalisait le trafic de drogue tout en sanctionnant la consommation. Les professionnelles du sexe apprécieront sûrement cette sollicitude qui aura pour effet de leur couper les vivres.

À cause sacrée, union sacrée : cette gentillette croisade est soutenue par des élus de tous bords. Reste que ces prétentions normatives sont devenues la marque de fabrique des fanatiques de toutes les libérations. Maud Olivier brandit une directive européenne qui somme les États de « prendre les mesures nécessaires pour décourager et réduire la demande ». Apparemment, il n’est pas envisagé de procéder à des castrations collectives.

On commencera par rééduquer les contrevenants au cours de « stages de sensibilisation aux conditions d’exercice de la prostitution ». Pour les plus jeunes, la « génération abolition » réclame la « généralisation des actions d’éducation à la sexualité et à l’égalité » afin d’en finir avec « toutes les représentations sexistes qui nourrissent le système prostitueur »[2. Vous ne connaissez pas ce mot, camarades ? Peu importe, puisque vous parviendrez à détruire la chose.]. Dommage, moi j’aimais bien les représentations sexistes.

Il s’agit donc d’édicter les règles du « sexuellement correct ». Maud Olivier a des idées très arrêtées. Chers lecteurs, c’est une députée qui vous le dit : il n’y a pas de pulsions, et encore moins de besoins sexuels. D’ailleurs, précise-t-elle, la moitié des clients sont en couple.

Faudrait qu’ils soient bien pervers pour se payer de petits extras : « On doit apprendre, poursuit la dame, à réguler, à organiser son envie de relations sexuelles en fonction, déjà, des préférences de sa partenaire, et aussi des contraintes de la vie sociale. »[3. Rappelons que la loi, heureusement, punit déjà le proxénétisme ainsi que toutes les formes de violence et de contrainte exercées sur les professionnelles du sexe – et d’ailleurs sur n’importe qui.]

Il faudrait songer à créer un délit de tromperie. Et publier la liste des pratiques autorisées. Notre mère-la-vertu est prête à tout pour « soustraire la sexualité à la violence et à la domination masculine ». Il serait plus prudent de la soustraire aux hommes. Finalement, c’est le sexe lui-même qu’il faudrait abolir. Tu montes, camarade ?[/access]


*Photo : 00637292_000010/ TIMUR EMEK/SIPA.