L’élection de Brignoles confirme ce dont on pouvait se douter : la « résistible» ascension du FN est largement et volontairement surestimée. Dans une élection marquée par une très forte abstention, le FN ne progresse pas en voix, et récolte même moins de suffrages qu’à la présidentielle et aux législatives.

La prétendue poussée du FN est en fait surtout orchestrée. On assiste à un pilonnage médiatique au profit de Marine le Pen et de sa success story, complaisamment relayé par des sondages fabriqués pour faire répéter aux sondés ce qu’on leur dit.

Plusieurs forces se conjuguent. Primo, l’excitation journalistique qui aimerait bien rompre l’ennui par un grand frisson, a envie de croire au danger, fût-ce en le grossissant. Secundo, une certaine paresse intellectuelle : cerner les thèmes de la future présidentielle entre droite et gauche s’avère plus difficile que de discuter des extrêmes qui vont profiter de la situation. Pourquoi un éditorialiste, commentant par exemple l’affaire Cahuzac, se sent-il obligé de dire que « ça va faire monter les extrêmes » ? Est-il si certain que ça ne transforme pas d’abord  les électeurs PS en futurs abstentionnistes ? Que ça ne profite pas en priorité à l’opposition ? Pourquoi suggérer au téléspectateur que l’extrême est la réponse naturelle ?

La gauche de gouvernement, appuyée par les médias, a tout intérêt à exagérer la montée du Front National, dans l’espoir que cette prédiction sera autoréalisatrice. Insister sur la montée du Front National est un moyen habile de l’installer comme véritable opposition pour discréditer la seule qui peut gagner. Ce n’est pas Marine Le Pen qui change le parti, ce sont le PS et les médias qui ont intérêt à le rendre respectable.

Le danger du FN soude une gauche dépourvue de convictions, perpétuellement en quête du point Godwin. La gauche n’est pas soudée pour combattre le FN, mais pour combattre l’UMP en la décrivant comme alliée potentielle du FN. Il est d’ailleurs frappant  de constater que ce sont les gens de gauche qui accordent le plus de respect et de considération au FN car ils accusent l’UMP d’aller prendre les « idées » du Front National. Comme si les électeurs qui jetaient un bulletin protestataire votaient pour des « idées » ! On peut emprunter des idées, pas une protestation.

Évidemment, la droite, tombe dans ce piège grossier, comme Fillon récemment. Soit les élus disent que l’on doit écouter les idées exprimées par les électeurs frontistes, parler de sécurité, ce qui suppose que le FN a des choses à dire et le crédibilise, soit ils prennent un air dégoûté et se discréditent.  Ce que le militant de droite qui combat aussi le Front national ne supporte pas dans les « grandes consciences » de droite comme Juppé, c’est que ces âmes vertueuses donnent le sentiment de chercher une respectabilité à gauche.

Ainsi, la droite, incapable de penser, ne lit le phénomène FN qu’avec la grille de lecture de la gauche. Elle est convaincue qu’il faut parler de certains sujets (sécurité, immigration…) en étant plus dur, courant derrière le Front national. Jacques Chirac, faisant de temps en temps un couplet sur la sécurité, ne s’était pas pour autant abaissé à utiliser le logiciel frontiste.

Le seul qui ait compris la bonne stratégie à suivre, c’est le Sarkozy de 2007, lequel s’était opposé à la double peine, et avait tout de même divisé par deux le score du FN. À l’époque, ce n’était pas la droitisation qui avait conquis l’électeur FN, mais le style, la rupture, l’aspect « cash » du futur président.

En 2012, en revanche, comme l’a très bien dit NKM, Patrick Buisson ne voulait pas faire gagner Sarkozy mais Maurras. Représentatif des 10% des électeurs FN qui comprennent les idées d’extrême droite et souhaitent que l’UMP s’en rapproche, il a fait perdre à Sarkozy, non seulement le centre mais la chance de récupérer 90% des électeurs du FN et les abstentionnistes de droite qui votent sans doute pour un homme ferme, plus que sur le fond. L’évocation par Sarkozy de « la France des cathédrales » a sans doute été un repoussoir pour la plupart des électeurs protestataires du FN, tantôt cafetiers, chauffeurs de taxi, rapatriés d’Algérie, et bien souvent profondément anti-cléricaux.

Le style, pour capter un vote protestataire se révèle bien plus important que les « idées ». C’est pourquoi un Fillon, un Wauquiez  ou un Guéant pourraient  multiplier les propos limites sur la sécurité et l’immigration sans gagner une voix de petit commerçant excédé. On peut même faire l’hypothèse qu’une personnalité forte et cohérente, peut inspirer confiance et respect à des électeurs du FN y compris en disant son mépris pour les « idées » que la gauche veut prêter aux électeurs du FN. C’est probablement ce qui est arrivé à NKM à Longjumeau qui a fait le plein de ses électeurs malgré la consigne de vote hostile qu’avait lancée le FN local.

L’élection de Brignoles confirme cette analyse : le problème n’est pas tant les 2 717 voix du FN, que l’incapacité de l’UMP et du PS à trouver des candidats suffisamment charismatiques pour inciter les 13 815 abstentionnistes à se bouger.

Et si l’électeur FN ne votait FN que par dépit ? Face à la médiocrité ambiante, celui-ci attend moins des dérapages démagogiques que des discours politiques construits et ambitieux, à la Mendès, Pinay, Clémenceau ou De Gaulle…

*Photo : IBO/SIPA. 00627369_000015.

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