Accueil Site Page 2413

Olivier Besancenot : Dix ans après

112

besancenot npa portrait

Il y a des retrouvailles qui n’attristent pas, malgré le temps qui a passé. Elles rassurent parce qu’au contraire la vie a gagné contre le temps.

Il y a dix ans, à la suite du hasard de la publication d’un livre – un dialogue vigoureux avec Bruno Gaccio, sous l’égide bienveillante du regretté Gilles Verlant -, j’avais fait la connaissance d’Olivier Besancenot puis, quelque temps plus tard, nous avions dîné ensemble.

Je ne craignais pas ses foudres révolutionnaires – il militait alors pour la LCR qui est devenue le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en 2009 – parce que d’emblée j’avais perçu chez lui une extrême politesse, beaucoup de gentillesse personnelle comme s’il ne voulait pas dilapider l’intensité et parfois la dureté de son discours politique dans des circonstances et avec des personnes peu accordées à celui-ci.

Je me souviens d’échanges qui m’avaient beaucoup intéressé parce que j’avais la certitude d’avoir en face de moi une personnalité intelligente, intègre et convaincue, fascinante dans la mesure où d’abord elle fuyait comme la peste tout ce qui aurait pu ressembler à une séduction démagogique et que, par ailleurs, on percevait une cohérence entre ses idées et ses comportements, entre son être intime et son être politique.

Il exerçait le métier de postier à Neuilly-sur-Seine et on sentait que chez lui ce n’était pas une occupation de façade, au contraire cette quotidienneté du travail révélait la volonté de n’être pas un responsable politique comme les autres.

Cette urbanité, ce savoir-vivre qui lui faisaient si parfaitement distinguer ce qui relevait de la lutte idéologique et partisane de ce qui concernait la convivialité immédiate m’avaient frappé comme le signe précisément qu’il ne s’agissait pas d’un révolutionnaire de salon qui brûlerait ses cartouches en permanence et n’importe où mais d’un engagé lucide qui savait s’économiser pour l’essentiel.

Par ailleurs, appréciant sa conversation, j’étais confirmé dans l’impression que j’avais toujours eue à son sujet : un grand talent pour l’oralité, une parole vive, sèche, nette et abrupte mais parvenant sans détour inutile dans l’oreille et l’esprit de l’interlocuteur.

En 2007, je suis persuadé que nous aurions pu avoir un formidable débat, si le système l’avait permis, entre le candidat Sarkozy et lui-même. Le second aurait été largement à la hauteur du premier et ces deux talents auraient dans l’inimitié offert un spectacle rare.

Olivier Besancenot me semblait être un Mélenchon qui n’aurait pas oublié la civilité et aurait moins houspillé les journalistes qu’il n’aurait cherché à les convaincre ou à pourfendre ses contradicteurs.

De l’eau a coulé sous les ponts de la France et Olivier Besancenot, après avoir été candidat en 2002 à la présidentielle, l’a été à nouveau en 2007.

Philippe Poutou l’a remplacé pour la campagne de 2012 et si je ne partage rien du NPA – sinon son refus absolu du communisme stalinien et bureaucratique -, j’ai trouvé lamentable la condescendance à l’égard de son candidat de la part d’une classe politique qui estimait qu’un ouvrier n’avait pas à s’inviter dans ses joutes à elle.

Je n’ai plus vu ni entendu Olivier Besancenot. Pas plus à la télévision qu’à la radio. Sauf un soir, il y a quelques mois, avec, notamment André Vallini et Marion Maréchal-Le Pen. Le même mais avec un peu d’atténuation, moins de sarcasme, un propos toujours aussi percutant mais, si je puis dire, plus classique.

Je ne pensais jamais le rencontrer à nouveau.

Pourtant, c’est arrivé, par hasard également. Je l’ai retrouvé, dix ans après.

Il n’est plus le porte-parole de NPA mais continue à militer, toujours postier mais à Paris, dans un arrondissement qui correspond à sa fibre populaire. Il écrit, seul ou de concert.

Le même et un autre, comme nous tous après dix ans. Mais une fidélité à soi, une constance dans ses choix, dans son acharnement à mêler sa conception révolutionnaire de la lutte à la banalité nécessaire des travaux et des jours. Au bonheur d’une famille.

Je ne voudrais pas le gêner en laissant croire que nous pourrions être amis. Les purs et durs chez lui lui reprocheraient d’être estimé par un réactionnaire.

Je ne sais pas ce qu’il deviendra mais Olivier Besancenot, c’est sûr, est détachable du NPA. On peut vouloir bouleverser la société de fond en comble, on peut même parfois faire craindre le pire à ceux que le grand soir révolutionnaire n’a pas encore touchés de son aile rouge mais il n’empêche.

J’ai été heureux de croiser pour la deuxième fois la route d’Olivier Besancenot.

Le destin peut encore me réserver des surprises.

*Photo: IBO/SIPA. 00673044_000004

 

Hollande/Sarkozy : cachez cette Stasi…

120

sarkozy hollande ecoutes

« La dictature, c’est « ferme ta gueule ». La démocratie, c’est « Cause toujours ». » La phrase est d’un certain Michel Colucci, qui fêtait ses 18 mois le jour de la mort de Benito Mussolini. Il semblerait que la France ait brutalement basculé dans la dictature ces derniers jours. Hier encore, dans notre belle République des Lumières, n’importe quel élu ou simple militant de gauche pouvait tranquillement comparer ses adversaires au Maréchal Pétain, et leur politique à celle du régime de Vichy, voire au nazisme. En face, on avait depuis longtemps pris l’habitude de lui répondre : « C’est ça, cause toujours, tu m’intéresses. » Parce qu’en démocratie, c’était comme ça, on avait le droit de causer. Contrairement aux dictatures, dans lesquelles le doute n’avait pas sa place et où il fallait fermer sa gueule.

Mais ça, c’était avant. Avant que l’infâme Nicolas Sarkozy n’ose publier un texte rappelant qu’il était sur écoute depuis huit mois, comme dans un « merveilleux film sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi ». Avant qu’il ne se croie autorisé à s’indigner du fait que toutes ses conversations familiales, professionnelles ou autres soient enregistrées. Avant qu’il ne se permette de dénoncer lui-même les mensonges de nos ministres de l’Intérieur et de la Justice, qui jurent sans rire ne rien avoir su de cette intrusion inédite dans la vie privée d’un adversaire politique – qui viole également le secret des correspondances entre un avocat et son client. Avant, enfin, que cet odieux personnage si justement qualifié de « facho » pendant près de dix ans, ne pousse le vice jusqu’à se vanter publiquement de la virginité de son casier judiciaire.

La ligne jaune était franchie. Il fallait agir, vite. Hollande, le Président de tous les Français, conscient de l’urgence absolue de la situation, a donc pris la parole depuis le Conseil européen de Bruxelles. Et, prenant ses responsabilités face à l’histoire comme le Général de Gaulle le 18 juin 1940, il a parlé : « Laisser penser que notre pays, notre République, puissent ne pas être fondés sur les libertés, c’est introduire un doute qui n’a pas sa place. Et toute comparaison avec des dictatures est forcément insupportable. » Il fallait en finir, il n’y avait pas d’autre solution, la démocratie des causeurs avait fait son temps, et bien trop de dégâts. C’était l’heure. François Hollande sonnait la fin de la partie, la France devait entrer dans une nouvelle ère.

Dorénavant, lorsqu’un jeune militant se présenterait comme « antifasciste », on ne lui dirait plus « cause toujours », mais « ferme ta gueule ». Chaque fois qu’un Jean-Luc Mélenchon, un Manuel Valls, une Christiane Taubira ou un Harlem Désir comparerait, même implicitement, tel ou tel propos droitier aux discours « nauséabonds » tenus durant « les heures les plus sombres de notre histoire », il serait poursuivi pour « introduction de doute déplacé et comparaison insupportable ». Et la création de ce nouveau délit, le Président de la France apaisée le savait, dissuaderait définitivement quiconque d’assimiler une fois de plus le pauvre Jean-Marie Le Pen aux prétendus « néo-fascistes » qui se pressaient à ses meetings. Enfin, en France, on arrêterait de causer de tout et de n’importe quoi. On ne sèmerait plus le doute impunément. On n’aurait plus que la certitude d’être gouvernés avec bienveillance, dans le silence.

*Photo : wikicommons.

ABCD de l’égalité : Lasch contre les (anti)modernes

14

darkvador catwoman enfant

« Si j’avais des enfants, je n’aimerais pas qu’on leur prodigue des cours de « genre » dans les écoles.1 » L’heure doit être grave pour que Marcela Iacub, qui confesse rêver de jouissances sexuelles sans entraves et de  grossesses programmées par ordinateur, s’en prenne si violemment aux « chantiers ABCD de l’égalité ».  De fait, si l’on en croit ses détracteurs, qui sont généralement un brin plus conservateurs que Iacub, ce dispositif mis sur pied par Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem pour « lutter contre les stéréotypes sexués » dès l’école primaire organise l’ «endoctrinement des enfants ».

On se calme et on boit frais rue de Grenelle. Ancienne footballeuse professionnelle, Nicole Abar, conceptrice de ce projet-pilote expérimenté dans 275 écoles qui vise à « donner les mêmes chances à chacun et à chacune », explique doctement que les inégalités professionnelles entre hommes et femmes se perpétuent car elles sont profondément ancrées dans nos consciences2. La faute à ces satanées représentations sexuelles que nous reproduisons de génération en génération en assignant systématiquement les mêmes rôles stéréotypés aux filles et aux garçons. Si nos chères têtes à couettes sautent à la corde pendant que nos petits sacripants jouent à la balle au prisonnier, il y a quelque chose de moisi au royaume de la République. Eugénie Bastié montre, dans les pages qui suivent, que ces bonnes intentions égalitaires ont bel et bien des applications concrètes (même si on est loin de la vaste entreprise de lavage des petits cerveaux fantasmée par certains). En revanche, bien malin qui saurait débusquer la moindre référence théorique sérieuse dans les nouveaux textes officiels intimant aux instituteurs d’inverser les rôles habituels entre filles et garçons.[access capability= »lire_inedits »]

Si la question du genre semble soudainement passionner les experts-bureaucrates de l’Éducation nationale, c’est plutôt sous la forme d’une idéologie à la fois sommaire et fumeuse que sous celle d’une hypothèse scientifique. Or, comme le démontre Alain de Benoist3, cette idéologie du genre se fonde sur une fausse alternative entre nature et culture, oubliant que les deux s’entremêlent constamment dans la construction des identités sexuelles – et, du reste, dans la plupart des choses humaines. Résultat, ses propagandistes confondent différences et inégalités, ce qui leur permet au passage de dénoncer comme ennemis de l’égalité tous ceux qui sont attachés à la différence entre les sexes.

Passons. Le danger n’est pas forcément où l’on croit. Non content de semer le trouble dans les cours de récré – ce qu’on appelle « déconstruire les stéréotypes » –, l’ABCD de l’égalité inaugure peut-être une nouvelle offensive dans le combat sourd que se livrent l’État et les familles pour l’éducation. S’il n’est pas question de masturber les enfants, il s’agit bien de mettre au pas leurs coupables géniteurs (et géniteuses). Les gardiens du saint chrême excipent de la mauvaise tenue morale des parents – notoirement défaillants en matière de lutte contre les discriminations –, pour substituer à leur néfaste autorité celle de prétendus experts. Quand un cadre mâle gagne, à compétences égales, un tiers de plus que sa collègue, il doit y avoir un coupable. Il se cache dans les foyers, ou plutôt c’est le foyer lui-même, producteur de préjugés et de comportements répréhensibles, qui est coupable.

L’imprécation ne date pas d’hier : en son temps, l’intellectuel américain Christopher Lasch (1932-1994) avait détecté les prémices des attaques néo-féministes contre la famille que l’on voit aujourd’hui se déployer bruyamment4. Dès 1946, le psychiatre canadien George Brock Chisholm recommandait l’intégration directe des enfants à la société, en proposant que leur éducation soit confiée à d’autres groupes de socialisation que leurs familles. Travailleurs sociaux, psychiatres, médecins et… propagandistes scolaires étaient, selon lui, plus enclins à dispenser une instruction progressiste envoyant les formes traditionnelles de la famille dans l’enfer du conservatisme. Aujourd’hui, l’Observatoire des inégalités délivre peu ou prou la même bonne parole aux Français. Le site de cette instance anti-discriminations se révèle étonnamment instructif quant aux intentions des ingénieurs sociaux qui entendent nous gouverner. Dans un article passé inaperçu, deux universitaires dispensent une petite leçon de choses à l’usage des enseignants de maternelle. À en croire ces psychologues, tout se joue entre 3 et 7 ans, période critique durant laquelle l’enfant acquiert représentations et identités sexuelles, principalement sous l’influence des parents, de ses camarades de jeu et de ses professeurs. Étant entendu que « les adultes transmettent à l’enfant leurs représentations et leurs attentes sur les rôles de chacun-e en fonction de son appartenance à un groupe de sexe5 », il revient à l’État de prendre en charge non seulement l’instruction de nos chérubins, ce que nul ne conteste, mais l’intégralité de leur éducation. Logique : si les adultes d’aujourd’hui sont irrécupérables, on peut encore sauver ceux de demain.

Bien sûr, on a envie de rire de ces prétentions éducatives – et rééducatives. N’empêche, si ce  cocktail explosif d’idéologie du genre et d’égalitarisme pédagogiste était appliqué sur grande échelle, cela ébranlerait les deux piliers fondateurs du sujet œdipien : la différenciation homme/femme et la séparation parent/enfant. Au demeurant, l’effondrement de la structure œdipienne, odieusement réactionnaire, est précisément l’objectif poursuivi par le camp de la déconstruction organisée. Sauf que l’ordre qui émergera (ou émergerait, on ne sait plus) des décombres pourrait être bien plus oppressif et archaïque que l’ancien. Lasch annonce ce qui se passe quand la famille est interdite d’éducation : « Les fantasmes de l’enfant ne sont pas contrôlés ; il invente une mère extrêmement séduisante et castratrice, et un père fantasmé distant, vindicatif, et tout-puissant. » Si les nouveaux stéréotypes sont de cette eau-là, laissez-nous les anciens !

Dans la vision de cette avant-garde nunuche, les parents, éventuellement dispensateurs de biens et de services monnayables (faut quand même que quelqu’un leurs paye les vacances au ski, aux futurs hommes nouveaux), « représentent le passé inutile », selon une formule de Lasch. Seulement, faute de loi primordiale transmise par la famille, l’enfant vit dans un monde amoral, où la seule autorité provient de l’État, confiné au rôle de grande nounou. Sous prétexte de nous délivrer d’innocents machos, on pourrait bien fabriquer en série, sinon des  pervers, à tout le moins, d’imbuvables Narcisse. Mais pas d’aimables névrosés amoureux de leur reflet, plutôt des sujets malades qui cultivent une image dégradée d’eux-mêmes et conjuguent de ce fait une dépendance infantile au regard de l’autre au besoin de le dominer. On a du mal à ne pas remarquer que les pulsions intérieures de ce néo-Narcisse s’accordent parfaitement aux messages publicitaires dont notre époque ne cesse de l’abreuver, ce qui fait de lui l’agent idéal de l’extension du domaine de la marchandise.

On dira qu’on est bien loin du dérisoire « ABCD de l’égalité». Pas sûr : à jouer avec l’identité sexuelle des écoliers, à surcharger leur imaginaire d’images mouvantes, les apprentis-sorciers du genre pourraient, pour de bon, rendre plus difficile voire impossible leur construction subjective – donc leur « adultisation ». Or, dans un monde où le métissage culturel est à la fois une réalité et une norme, il est déjà difficile de s’inscrire dans le flux des générations. Qu’on s’en réjouisse ou pas, il n’y a peut-être pas urgence pour s’attaquer aux autres cadres symboliques qui   ont longtemps conféré une forme de stabilité à l’existence humaine. Seulement, la stabilité, c’est ce qu’ont en horreur les promoteurs du mariage et de l’enfant pour tous : entre transmettre ou déconstruire, ils ont choisi.

Si, face à un tel activisme de la déconstruction, l’envie de prendre la modernité à rebrousse-poil vous titille, sachez que la nostalgie est un piège mortel. C’est une vérité peu consolante mais le Parti d’hier se leurre tout autant que le « Parti de demain », judicieuse définition que Michéa donne de la gauche. En populiste intelligent, Lasch nous mettait en garde contre l’illusion passéiste. Le « retour  du surmoi » dont rêvent les lecteurs hâtifs de Freud ne serait en effet qu’un sparadrap posé sur une plaie purulente. Que des imbéciles qui se croient subversifs s’acharnent à tuer le Père ne nous fera pas regretter le patriarche mort et enterré. Heureusement, il y a la vie, que les experts de l’alcôve ont tendance à oublier. Lasch observe que, depuis l’avènement du mariage d’amour, la famille marche en perpétuel déséquilibre sur deux jambes, brinquebalée entre les pesanteurs du passé et les turbulences de notre temps. Libre à vous, bien sûr, d’ignorer cette fine dialectique et de choisir votre camp, mais comme disent Chevallier et Laspalès, « Y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes ! »

1. « Enfants esclaves du féminisme »,  Marcela Iacub , Libération, 14 février 2014.

2. « Les ABCD de l’égalité, c’est elle ! », Émilie Lanez, Le Point, 13 février 2014.

3. Les Démons du Bien, Alain de Benoist, éditions P.G de Roux, 2013.

4. Voir notamment « La culture du narcissisme », Climats, 2000 ;  « Le moi assiégé », Climats, 2008 ; Un refuge dans ce monde impitoyable. La famille assiégée, Christopher Lasch, François Bourin Éditeur, 2012.

5. « Construction des inégalités entre filles et garçons à l’école maternelle », Véronique Rouyer et Yoan Mieyaa, site de l’Observatoire des inégalités.[/access]

*Photo: Soleil

Municipales : Tiens, tiens, revoilà le front républicain

734

fn ayrault ps municipales triangulaires

Avant même le premier tour des élections municipales, le sujet des triangulaires a déjà mis les pieds sur la table. Et il n’est pas prêt de les retirer. À partir de dimanche soir, il sera le principal sujet de débats et polémiques. Et il risque bien de recouvrer des problématiques beaucoup plus nombreuses qu’auparavant.

Il est beaucoup plus facile d’être présent au second tour d’une élection municipale qu’à une élection législative. Là où il faut 12,5 % des électeurs des inscrits pour concourir au second tour lorsqu’on est candidat à la députation, une liste municipale n’a besoin que de 10% des suffrages exprimés. L’abstention, qu’on annonce forte, ne constituera donc pas un frein à la multiplication de ces fameux matches à trois – voire quatre ou cinq. Classiquement, c’est l’UMP qui en est victime.

Le maintien du FN prive le grand parti de la droite de reports de voix substantiels au second tour, alors que le PS bénéficie de ceux des autres listes de gauche. Jean-François Copé a déjà brandi l’épouvantail : en votant FN, les électeurs feraient un cadeau à la gauche et à ses nombreux maires sortants. Cette semaine, le ministre écologiste Pascal Canfin a benoîtement reconnu que ces situations pourraient permettre de sauver les meubles de la majorité PS-EELV. Mais cette configuration, avec le FN est en troisième position, ne sera pas aussi rare que d’habitude. Si elle pourrait se renouveler et gêner l’UMP dans les très grandes villes, comme Marseille, Toulouse ou Strasbourg, d’autres configurations pourraient gêner encore davantage le PS. Dans les villes petites ou moyennes, où Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores à la présidentielle, le FN pourrait passer devant le PS et parfois même l’UMP. L’ordre d’arrivée y sera beaucoup plus incertain cette année. Certes, si le PS arrive troisième, le fait de perdre la ville en seconde ou troisième position ne change rien au décompte final. Mais le problème est ailleurs pour le parti dirigé par Harlem Désir. Que fera le PS dans les communes où l’ordre d’arrivée sera par exemple le suivant : 1.FN 2.UMP 3.PS ? Se maintiendra-t-il au risque de laisser gagner le parti lepéniste ? Ou se retirera-t-il au profit de l’UMP, poursuivant la stratégie du front républicain ? La question ne s’était pas posée dans l’Oise, à Villeneuve-sur-Lot et à Brignoles, où il était arrivé dans la même position sans la possibilité de se maintenir. Déjà, on pouvait observer des tiraillements, notamment dans l’Oise, où le candidat socialiste local rechignait à appliquer les consignes solfériniennes d’appeler à voter pour le candidat UMP.

Imaginons une commune où le FN atteint 26%, l’UMP 21% et le sortant socialiste 18% avec un taux d’abstention de 45 %. Et mettons-nous à la place du candidat socialiste. Pour l’obliger à se retirer au profit du candidat de l’UMP alors qu’il a encore une petite chance de l’emporter avec le report des voix du Front de gauche et un regain de mobilisation des abstentionnistes, il va falloir faire preuve d’une sacrée force de conviction. Surtout si dans d’autres villes, l’UMP, arrivée cette fois-ci en troisième position derrière le PS, a décidé de se maintenir, comme le souhaitent à la fois Copé et Fillon.

C’est certainement en prévoyant ce genre de dilemme que Jean-Marc Ayrault a décidé de monter au créneau hier. Selon lui, il importe de faire barrage à tout prix à l’élection du moindre maire FN. S’agit-il d’un message envoyé à ses ouailles, tentées d’envoyer le front républicain à la poubelle ? Est-ce une manière de faire pression sur le parti dirigé par Jean-François Copé, mettant sur ce dernier la responsabilité de la fin de ce même front républicain ? Ou les deux ? En tout état de cause, contrairement à la plupart des médias, le Premier ministre a compris que les triangulaires ne seront pas un problème que pour l’UMP.

*Photo :  PASTORNICOLAS/SIPA. 00652972_000006.

Dieudonné dans Causeur, une erreur?

23

causeur dieudonne finkielkraut

Alain Finkielkraut. Sur la couverture du dernier numéro de Causeur figure un double portrait de Dieudonné hilare, que surplombe ce titre : « drôle de rire ». À l’intérieur, on trouve un entretien exclusif que vous avez fait avec l’homme de la « quenelle » et de « Shoananas ». Cette couverture et cet entretien ont provoqué beaucoup de réactions indignées. Prenant acte de cette émotion, qui n’était pas toujours mal intentionnée, je vais vous poser quelques questions de journaliste. Quelle était votre intention en allant interroger Dieudonné avec Gil Mihaely ?

Elisabeth Lévy. Tout d’abord, il y a un principe qui vaut pour la justice comme pour le journaliste : quand on attaque quelqu’un, on lui donne la possibilité de répondre. Et j’avoue avoir du mal à comprendre qu’on nous le reproche. S’agissant du journalisme, ce principe peut souffrir des exceptions : si nous avions pensé donner du crédit à Dieudonné en l’interrogeant, nous aurions renoncé. Ceci étant, vous avez parlé de l’émotion – un peu surjouée à mon avis – suscitée par cet entretien. Admettons, mais notre premier devoir, c’est de comprendre, pas de nous laisser aller au confort de nos émotions. Toutes proportions gardées, que fait Claude Lanzmann quand il va interroger des nazis ou des tortionnaires polonais ? Il veut comprendre et nous faire comprendre. À l’inverse, on applique à Dieudonné la tactique qui a si bien réussi avec Jean-Marie Le Pen : on trépigne, on s’indigne, on s’émotionne et on ne cherche pas à comprendre. Moi, je veux comprendre. Et je veux parler aux spectateurs de Dieudonné. [access capability= »lire_inedits »]

Mais qu’y a-t-il à comprendre : Qu’il est antisémite ? Admettez que ce n’est pas un scoop !

Vous le saviez déjà, sans doute, et moi aussi. Mais tout d’abord, dans la Bible, il est indiqué que Dieu est descendu sur terre pour aller voir ce qui se passait à Sodome et Gomorrhe. Or, Dieu n’a pas besoin d’aller sur le terrain pour savoir ce qui se passe. Cela signifie qu’accuser est une chose tellement grave qu’il faut se faire une opinion par soi-même. Voilà pourquoi le Talmud enseigne que, dans un procès, on ne doit pas tenir compte d’un témoignage de deuxième main. Par ailleurs, il suffit de connaître des adolescents pour savoir que la jeunesse est massivement acquise à Dieudonné : « Mais non, il n’est pas antisémite, c’est de l’humour, du trash, il rigole de tout ! », disent ses défenseurs. Eh bien, la preuve est faite. Dieudonné parle au premier degré. Il ne pourra plus se réfugier derrière un prétendu humour, et ses admirateurs non plus.

En effet, à ceux qui disent que la séquence Dieudonné étant close, ce n’était pas la peine de la rouvrir pour faire un scoop, je réponds avec vous que le phénomène est d’une ampleur extraordinaire, notamment dans une jeunesse qui ne jure que par la liberté d’expression et qui sanctionne maintenant Manuel Valls. Je suis effarée par cette inconscience face à un phénomène que je crois assez profond et que la stratégie de Manuel Valls – qu’on l’approuve ou pas – n’a nullement enrayé. Ce n’est pas parce que Dieudonné n’apparaît pas à la télévision et qu’on ne l’interroge pas dans Le Monde qu’il a disparu ! Une partie de la population et, je le répète, de la jeunesse, est embarquée dans une sorte de sécession culturelle. Elle se défie de ce qu’elle appelle les « médias officiels ». Et que nous disent ces jeunes qui ne sont pas des marginaux ou des radicaux ? Que tout le monde tape sur Dieudonné et que personne n’a eu l’honnêteté de lui donner la parole. Eh bien, je pense que notre travail est plus utile, pour les déciller, que tous les sermons du monde.

Venons-en au contenu de l’entretien : Quand il vous dit qu’« Israël est le seul pays du monde où il y a des bus pour les noirs et pour les blancs », vous vous contentez de répondre : « On ne sait pas d’où vous tenez cette histoire d’autobus. »

Je suis flattée que cet entretien ait été lu avec un soin de talmudiste. Mais je vous rappelle que l’objectif n’était pas de montrer à quel point nous étions, nous, indignés par ses propos, mais de lui faire exposer clairement et calmement ce qu’il pense. Cela dit, je vais vous rassurer : durant la conversation, notre réaction a été bien plus vigoureuse !

Je trouve encore plus embêtant le passage où il est question de la « quenelle ». Là, on a l’impression qu’il vous balade. Vous lui demandez : « N’est-ce pas un salut nazi inversé ? » Et il répond : « C’est une calomnie inventée par Alain Jakubowicz. »

Mais enfin, c’était une interview, pas un dialogue ! Ce que nous lui avons répondu n’a en réalité aucune importance. Il faut prendre cet entretien pour ce qu’il est : un document édifiant, qui étaye l’analyse du phénomène à laquelle nous avons consacré 30 pages ! Que nos détracteurs ne se sont pas donné la peine de lire…[/access]

Comme un dimanche d’élection…

56

municipales fn dimanche

Je fais le matamore révolutionnaire, comme ça, avec des rêves de Grand Soir et de prise du palais Brongniart[1. Oui, je sais, il n’y a plus de traders à pendre mais une révolution sans symbole c’est aussi déprimant qu’une jolie fille mal habillée.] mais en fait j’adore les élections. J’adore leurs rituels désuets qui n’ont pas bougé, ou presque, depuis les débuts de la Troisième République, si on excepte la période de Vichy où l’opposition, pour des raisons de prudence, a préféré s’exprimer depuis Londres avec un micro ou depuis les maquis avec une Sten. Par exemple, voter se fait encore avec des bulletins idoines, après avoir reçu dans votre boite aux lettres de multiples tracts et des professions de foi. Inutile de dire que ce doit être aujourd’hui, mais pour combien de temps encore, le dernier geste d’importance de notre vie que l’on n’accomplisse pas à l’aide de l’informatique, devant un écran glacé.

Les dimanches d’élections, les villes et les villages sont plus jolis parce qu’on y voit des gens. Et pas seulement le matin au marché ou à la messe, mais également l’après-midi quand ils se rendent en famille à leur bureau de vote, marchant au soleil dans une indolence postprandiale et néanmoins civique. D’ailleurs, les gens le dimanche eux aussi sont plus jolis, tout simplement parce qu’ils ne travaillent pas[2. Heureusement que la gauche est au pouvoir pour empêcher le travail le dimanche. Non, je plaisante…]. Il faut savoir en effet que le travail ne rend pas libre, il rend laid. La preuve, les gens dans les magazines péauple[3. Pronciation attestée par le ministre du redressement linguistique Arnaud Montebourg.] sont beaux parce qu’ils passent leur temps sur des plages de rêve à faire semblant d’être surpris par les paparazzi tandis que les travailleurs sont toujours fatigués et de mauvaise humeur justement parce qu’ils travaillent – ou sont complètement désespérés parce qu’ils ne travaillent plus pour des raisons indépendantes de leur volonté.

Et parmi les élections, les élections municipales sont les plus plaisantes parce que ce sont les plus intimes. Tout le monde connaît à peu près tout le monde dans une élection municipale, même dans les grandes villes. La preuve, il y a plus de 900 000 candidats, un électeur sur 49. Ce serait bien le diable s’il n’y en avait pas au moins un dans votre entourage. C’est d’autant plus dommage que certaines communes aient un mal fou à en trouver des candidats et que certains partis ont pris sur leur liste des centenaires, des malades d’Alzheimer et même, comme le FN à Enghien-les-Bains, une candidate morte. En même temps, les deux échelons fondateurs de la République, auxquels les Français sont les plus attachés, la commune et le département, sont comme par hasard ceux que l’on voudrait dissoudre dans des intercommunalités anonymes et des grandes régions taillées sur mesure pour complaire à Bruxelles.
Si votre civisme vous pousse à être président de bureau de vote ou assesseur, là aussi le charme opère. Vous connaitrez le plaisir de retourner à l’école et vous serez installés au milieu des dessins d’enfants et des frises chronologiques de l’histoire de France. Il y a plus pénible comme décor. Vous pourrez aussi vous apercevoir que vous avez grandi quand, pris par un besoin pressant, vous irez aux toilettes. Les urinoirs pour les Cours Préparatoires demandent une certaine souplesse, c’est certain.

Vous vous interrogerez sur le vote des gens qui passent devant vous en tendant l’enveloppe bleu gauloise, vous vous livrerez à un exercice qui oscille entre la sociologie sauvage et le délit de bonne ou sale gueule. Cette quadra élégante, à la blondeur patricienne, qui ressemble vaguement à Monica Vitti, vous adoreriez qu’elle vote Front de Gauche mais vous penchez plutôt pour l’UMP. Ce papa bouclé, l’air à la fois concerné et absent, qui porte son bébé sur le ventre, ça sent EELV. Et le jeune homme aux lunettes en écaille, avec un blazer bleu marine sur une chemise sans cravate, vous parieriez pour un membre des MJS.
Plus mélancolique, vous vous apercevrez des absences comme celle de ce vieux monsieur avec un béret qui vous avait confié, il y a déjà un bon paquet d’années, qu’il avait pour la première fois voté en 36, pour le Front Populaire. Et pour chasser le blues, vous vous lèverez pour aller écrire à la craie sur le tableau derrière vous le pourcentage de votants dans votre bureau à midi. En priant pour que l’abstention, cette maladie vénérienne de la démocratie, ne soit pas trop élevée.

Le soir, avec des copains, vous irez à votre mairie assister à la proclamation des résultats en direct. Puis ce sera la soirée électorale, devant la télé, avec des bières et des pizzas, comme pour un match de foot. Votre géographie intime se superposera à celle des experts électoraux. Vous vous demanderez si Cabestany près de Perpignan ou Drap près de Nice, deux villes où l’on vous avait invité si gentiment pour des rencontres autour du polar, seront toujours des îlots rouges dans des départements très droitiers, vous vous demanderez encore si les listes autogestionnaires d’une dizaine de communes du plateau des Millevaches, dont Tarnac, vont faire de jolis scores. Vous vous demanderez enfin si Brive ne passera pas à droite ou Hénin-Beaumont, à vingt kilomètres de chez vous à l’extrême droite.

Mais là, l’intime rejoindra le national, ce qui est peut-être, au fond, une définition possible de la démocratie.

 

*Photo : AP21210985_000001.

Paris aux Parisiens : la campagne néo-maurrassienne d’Anne Hidalgo

25

De passage dans le Marais hier soir (ne me demandez pas ce que j’y faisais, je vous en pose, moi, des questions ?!), je tombe sur un meeting d’Anne Hidalgo rue des Blancs-Manteaux. Reconnaissons-le sans ambages, l’équipe de la candidate à la mairie de Paris n’avait pas lésiné sur les moyens : affiches photoshopées, tracts en tout genre , et même pin’s du PRG à l’effigie du fusilleur de grévistes Clemenceau.

Entré à pas de loup, je reconnais l’habituelle sociologie des réunions socialistes parisiennes où l’apparatchik à duffle-coat dispute la vedette aux sexagénaires grisonnants en doudoune Moncler. Pour la diversité sociale et ethnique, on repassera. D’ailleurs, la campagne des socialistes parisiens se résume à un argument massue : chassez cette parachutée que je ne saurais voir. « Nathalie Kosciuszko-Morizet de Longjumeau, comme l’appelle mon ami Ian Brossat », ose lancer à la tribune une Hidalgo transfigurée par ses chances de victoire. Eh oui, Brossat, l’élu communiste – rallié aux sociaux-libéraux au grand dam des ses partenaires mélenchonistes – a beau être de tous les combats sociétalistes, notamment en faveur des sans-papiers, il fustige l’Etrangère. Et Hidalgo, de toutes les croisades anti-collabos depuis sa fameuse sortie sur le Front national, d’achever le travail de sape : NKM et ses colistiers ne connaîtraient pas la géographie profonde des arrondissements parisiens, condition sine qua non pour briguer les vingt mairies et l’Hôtel de Ville.

En 2001, l’attaque avait porté à plein contre le Vosgien Philippe Séguin, qui avait égaré son gaullisme social dans les brumes de la Chiraquie. Mêmes causes, mêmes conséquences, doit-on penser du côté du staff Hidalgo qui, dès qu’elle peut, en remet une couche sur le thème « Paris aux Parisiens». À la décharge de l’impétrante socialiste, admettons que NKM a joué avec les investitures comme une gribouille, coincée entre les aspirations bobos de la majorité des Parisiens et la base conservatrice de l’Ouest parisien, qui abrite les bastions de l’UMP-75.

N’empêche, à force de souligner l’enracinement charnel de leurs candidats comme unique argument de campagne, Hidalgo et ses féaux me donnent des envies de pied-de-nez. De grâce, ne me transformez pas en antifa qui vote à droite !

Les tripes de Dieudonné

81

humoriste polemique antisemite antisionniste affaire valls

Dieudonné est en couverture de Causeur. Je ne fais pas partie de la « meute », et suis sensible aux arguments développés par Élisabeth Lévy dans « L’Esprit de l’escalier ». Je considère néanmoins que cette couverture était une erreur. Pour trois raisons : C’est maladroit, c’est trop tard, et ça relance la polémique. Élisabeth Lévy est dans sa logique, que l’on peut comprendre. Elle est contre l’interdiction d’un spectacle, dit-elle, et elle n’est pas la seule. Claude Lanzmann, Robert Badinter, Alain Bauer, Pierre-Olivier Lesur, entre autres, ont la même position. D’ailleurs, les uns et les autres ont, dans le même temps, rendu hommage à Manuel Valls qui a eu le courage de donner un coup d’arrêt à une nébuleuse qui se propageait dangereusement et subrepticement. Car les menaces de troubles à l’ordre public étaient réelles. Fallait-il laisser s’installer ces troubles ? Je ne le crois pas. Pourquoi, alors, surexposer en couverture, après la bataille, un polémiste dont tout le monde avait désormais compris qu’il était un provocateur ? Sans dire, comme certains, qu’il y avait là une provocation de la part d’Élisabeth Lévy, je pense que c’était pour le moins inutile. Je fais partie de ceux qui ont apprécié le face-à-face organisé par notre consœur lors des dernières élections européennes[1. Que mon ami Shlomo Malka me permette de préciser que je n’avais pas organisé un face-à-face : j’avais été invitée par le site fluctuat.net à débattre avec Dieudonné au moment où il présentait sa liste « antisioniste » aux élections européennes.  Par ailleurs, je n’ai jamais dit que j’étais contre l’interdiction du spectacle, je reste partagée sur ce point.]. C’était direct, efficace, et bien mené. Cette fois-ci, pardon de le dire crûment, l’entretien était un peu raté.[access capability= »lire_inedits »]

À quoi bon demander pour la énième fois à son interlocuteur s’il est antisémite ou antisioniste ? On aurait aimé des questions plus factuelles : Pourquoi veut-il libérer Fofana ? Pourquoi juge-t-il qu’il n’y a aucune différence entre les juifs et les nazis ? Pourquoi ne paye-t-il pas ses dettes ? Pourquoi organise-t-il son insolvabilité ? Ces questions n’ont pas été posées. Ou en tout cas  il n’y a pas répondu. Il fut un temps, qui n’est pas très éloigné, où Dieudonné avait son rond de serviette dans pas mal d’émissions. On a cessé de l’inviter quand on s’est rendu compte qu’il ne faisait plus profession d’humoriste mais de ricaneur perpétuel et de tribun populiste, qu’il se lançait désormais dans des campagnes électorales, faisait des voyages en Iran, invitait des négationnistes à ses spectacles et promettait la chambre à gaz à des journalistes du service public. C’était il n’y a pas si longtemps. La mode pourrait revenir très vite, après tout.

L’intention d’Élisabeth Lévy n’est pas en cause. Elle affirme vouloir faire la démonstration, à l’usage d’un public qui ne voit dans ces spectacles que la dimension « J’emmerde le système », que, lorsqu’il intervient au premier degré, sans mise en scène, il est pitoyable. Dont acte. C’est vrai qu’il se dégage de cette interview une insondable bêtise.  Reste aussi que, désormais, c’est devenu tendance, on affiche des « unes » avec des titres alléchants du genre : « Dans la tête de Mohamed Merah », « Dans l’intimité de Heinrich Himmler », et maintenant : « Dans les tripes de Dieudonné »… On parle de la « banalité du mal ». Le mal n’est pas banal, en l’occurrence : il est affligeant d’imbécillité abyssale.

Et plus affligeant encore, le devoir de rire qu’on vous impose. À défaut de quoi, vous passez facilement pour un type bégueule, un affreux rabat-joie, un vilain sioniste qui ne comprend rien à l’humour, qui supporte qu’on se moque de tout le monde sauf de lui, qui n’accepte pas la dérision, etc. Ritournelle connue et reprise désormais à l’envie, jusque et y compris par notre consœur qui multiplie les circonvolutions pour échapper au reproche. Reproche absurde et procès stupide ! Si les juifs n’avaient pas d’humour, ça se saurait ![/access]

*Photo:Hannah

Arabe et Israélien, et fier de l’être

102

israel palestine arabe

« Si vous regardez la TV palestinienne, télévision financée par L’Union Européenne, pas plus que 12 minutes, vous prenez un couteau et vous allez tuer des Juifs ! » Ainsi parlait Khaled Abou Toameh lors d’une réunion organisée par l’Institut américain Gatestone[1. Non partisan et sans but lucratif, l’institut Gatestone se définit comme un lieu de réflexion consacré à la politique internationale et à l’éducation du public à propos des sujets que les médias ne présentent pas ou mal : les institutions de la démocratie et de la primauté du droit, les droits de l’homme et la liberté.], jeudi dernier au Sénat. Khaled Abou Toameh, documentariste, journaliste au Jerusalem Post, après avoir officié au Wall Sreet Journal et au Sunday Times de Londres, est Arabe Israélien et vit à Jérusalem.

Pour ce quinquagénaire élégant, à l’humour féroce, les Etats-Unis et l’Europe ont la tête dans le sable et ne cessent de commettre des erreurs. La plus flagrante est de n’avoir jamais demandé de contreparties pour les sommes d’argent considérables versées aux dirigeants palestiniens. Tout d’abord, en les obligeant à faire cesser cette propagande meurtrière contre les Juifs, à l’école ou à la télévision. Ensuite, en exigeant des comptes, tout simplement. Cette négligence coupable remonte au temps d’Arafat dont personne ne peut nier aujourd’hui qu’il fut, avec l’aide de sa femme, un escroc. Khaled Abou Toameh a travaillé pour lui pendant sept ans, il le connaissait bien et découvrir sa malhonnêteté ne fut pas un choc. Mais le chef de l’OLP était un prix Nobel ! « Comment douter de sa droiture ? », ironise le journaliste.

Le peuple palestinien n’a goûté aucun fruit de cette abondance financière. C’est une des raisons pour lesquelles il s’est détourné du processus de paix. Mieux valait écouter les sirènes du Hamas, qui comme la petite bête est monté, monté en éjectant un à un les gens de l’OLP, jusqu’à gagner les élections. Les USA et l’UE n’en ont pas moins continué leurs erreurs.  Laisser croire que le chemin vers la paix est une histoire d’implantations et de check points est faux. Ils refusent d’entendre que c’est l’existence même de l’Etat d’Israel qui est en jeu chez les dirigeants palestiniens et dans la majorité du monde arabe. « Je ne peux pas aller à Ramallah et organiser une réunion pour la paix », avoue Khaled Abou Toameh.

Le peuple est shooté à la haine du juif. Le juif c’est le diable. Les médias arabes et étrangers enfoncent le clou : si je propose un sujet sur les exactions du Hamas, ça n’intéresse personne, contrairement au moindre méfait de la part d’Israël.  Comment croire à une paix future si on ne prépare pas les populations à cette paix ? Mais laquelle? Quid du processus? Le processus actuel est tronqué. Les mêmes fautes du passé recommencent. Mahmoud Abbas, comme Arafat en 2000, prétend vouloir faire la paix mais en être empêché. Comme s’il pouvait parler au nom des Palestiniens ! Il n’en a pas la légitimité. S’il signe avec les Israéliens, il ne pourra même pas mettre les pieds à Gaza, tant il est pris pour un modéré. Il a les pieds et mains liés et  joue de sa faiblesse, surtout quand il rencontre Obama. Khaled Abou Toameh est inquiet : Si les Etats-Unis forcent Israël à lâcher des concessions, ces bouts de terre reviendront directement au Hamas. Aujourd’hui, le vrai problème ce n’est pas Mahmoud Abbas, mais c’est qu’aucun leader arabe n’a de mandat pour négocier avec Israël. Khaled Abou Toameh se dit en faveur de deux Etats, même s’il pense que ça ne peut pas marcher. Avec un humour déconcertant il ajoute : en fait, les deux Etats, on les a : Gaza et la Cisjordanie. D’un côté, une situation impensable gérée par un islamisme radical, qui menace gravement le Sinaï et l’Egypte. De l’autre un mini Etat OLP financé par l’UE et les USA où l’OLP reste au pouvoir tant que la présence israélienne demeure. Même si l’OLP est obligée de tenir un discours contre les Juifs, ils savent que c’est eux qui parviennent encore à séparer Gaza et la Cisjordanie qui se font la guerre.

Quand Toameh parle de la démocratie en Israël, il raille les discours sur le soi-disant Apartheid dont on accuse l’Etat hébreu : « L’Apartheid existe bien, mais elle est dans les pays Arabes. Qui voudrait quitter Israël pour aller vivre dans ces pays ? Personne. »

À écouter ce journaliste arabe israélien, on se demande combien ils sont comme lui à ne pas réussir à se faire entendre. Ne crient-ils pas assez fort ? Ou bien les idéologues antisionistes/antisémites choisissent-ils de rester sourds ?

L’homme parcourt le monde : Des campus universitaires américains, aux médias français, il constate une haine grandissante. « Aussi, nous ne devrons pas être surpris que la prochaine génération de djihadistes soit issue non de la bande de Gaza, des montagnes ou des mosquées du Pakistan et de l’Afghanistan, mais de ces campus universitaires américains », prévient-il.

« Un homme, ça s’autorise », aurait aussi pu dire Camus. C’est ce que fait Khaled Abou Toameh avec un courage remarquable.

*Photo : YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA. 00646820_000005

Municipales : y’en a marre !

balkany municipales fn

Ah, ça y est ! Les affiches électorales sont partout : voici venu le temps des graffitis spirituels ou orduriers, des fausses moustaches, des cornes ajoutées ça et là sur le front des candidats ; et ce qui élève l’homme bien haut dans le règne animal… la guerre nocturne des militants qui arrachent les affiches ennemies, dans l’espoir vibrant d’un grand soir – ou d’un petit matin municipal. Soyons forts.

Amour. C’est important l’amour. C’est si important que Flaubert et Julio Iglesias en ont mis plein leurs chansons. Dans le choc électoral titanesque qui oppose Nathalie Kosciusko-Morizet à Anne Hidalgo, à Paris, la question de l’amour est venue pimenter le débat. Lors d’un grand meeting de soutien à la candidate socialiste l’actuel édile Delanoë a cru bon de déclarer : « Avec Anne Hidalgo, Paris restera la capitale de l’amour »… Entendez en creux, bien entendu, qu’avec la candidate Ump le capitale deviendrait la capitale de la haine. Causeur peut vous dévoiler les projets secrets de NKM : construire une usine AZF sur le Champ de Mars, non, plutôt une centrale nucléaire, transformer les Pierrots-de-la-Nuit© en milice armée et interdire les baisers amoureux sur les bancs publics. Dur.

Chanson (1).  En France, tout commence toujours et se finit par une chanson. Cela s’est encore confirmé à l’occasion de la campagne de l’inamovible Patrick Balkany à Levallois-Perret. Ce colossal monument de délicatesse – qui est devenu la risée de la France entière il y a quelques semaines en confisquant (sans penser à l’éteindre…) la caméra d’une journaliste de BFM TV – a inspiré à ses supporters une insupportable chanson de campagne dithyrambique et involontairement bouffonne, dont la musique est reprise d’une chanson de Jean-Jacques Goldman. Le calvaire dure près de six minutes. Le texte dit « Une histoire qui recommence, un sourire quand on y pense. On est là tous ensemble, tous à la permanence, pour une nouvelle échéance » (rires enregistrés) « Levallois, c’est ta vision, une vie de passion et d’ambition »… Objectivement il est impossible de supporter plus d’une minute de cette soupe. Jean-Jacques Goldman s’est lui-même ému de cette récupération sauvage de l’une de ses chansons en « hymne » à la gloire de Balkany. Il a exigé le retrait de la chanson des différentes plateformes vidéo. Quel dommage…

Chanson (2). Comme l’a dit un célèbre philosophe d’opérette connu sous le nom de Luis Mariano dans une célèbre chanson : « La Belle de Cadix a des yeux de velours / La Belle de Cadix vous invite à l’amour ». Pour montrer qu’elle n’a rien d’une sinistre quinquagénaire, ancienne inspectrice du travail, la candidate socialiste de Cadix en fait des tonnes dans la presse… Ainsi, récemment, répondant à la question angoissée d’un lecteur du Parisien qui souhaitait savoir si la candidate socialiste aimait faire la fête, Anne Hidalgo a claironné : « Je suis andalouse, et les Andalouses ne sont pas ennuyeuses ! ». C’est toi qui le dis ! C’est surtout la fête des stéréotypes… Dans un clip de campagne en sa faveur l’indispensable comédien Charles Berling explique pourquoi il soutient la Belle de Cadix : « parce qu’elle est jolie ». Ouf, heureusement que le bellâtre ne s’est pas intéressé à son programme…

Déprime. Je connais peu de sujets qui dépriment autant les journalistes de la presse régionale que l’ouverture de la chasse et la campagne pour les élections municipales. En quoi consiste un article de presse sur les municipales ? En général il s’agit d’un papier qui évoque une liste (qui s’appellera toujours de la même manière, du genre… « Oser Boussac » ou « Vivre ensemble à Villefranche-sur-Mer »), et qui est accompagné d’une photo de groupe terriblement glamour (-> voir aussi l’entrée Police de la mode). Dans ce type d’articles il faut évidemment évoquer le programme de cette liste (qui consiste en général à améliorer la voierie et développer le rayonnement culturel de la commune en donnant une dynamique nouvelle à la Fête annuelle du pâté aux pommes de terre). S’il s’agit de la liste du maire sortant il faut faire en sorte que l’édile se félicite du travail accompli, et s’engage à poursuivre dans cette voie. S’il s’agit d’une liste d’opposition, il convient d’inclure dans l’article quelques vacheries sur l’équipe sortante (qui « n’a pas été à la hauteur des enjeux » par exemple, ou encore « qui n’a pas géré les comptes en bon père de famille »). Non, je vous assure, les journalistes de la presse régionale commencent à en avoir marre…

Élitisme. La campagne des élections municipales permet – à l’instar de certaines émissions de téléréalité – à des stars un peu décaties de revenir sur le devant de la scène. Starlettes oubliées, miss météo, animateurs ringards… Signalons d’abord que Cindy l’ex-candidate particulièrement bien pulmonée de « Secret Story » est en quatrième position sur une liste divers-droite à Villeneuve-le-Roi (Val de Marne). Celle qui est aussi passée par les émissions littéraires « Carré Vip » et « Les Anges de la Téléréalité » explique au Parisien : « Je n’ai pas du tout envie de continuer en politique, seulement que là où je vis il fasse meilleur-vivre (sic) ». Comprenne qui pourra.

Lagaf’, l’animateur de télévision boum-boum-tsoin-tsoin connu par son immortelle chanson La zoubida, est quant à lui candidat à Cavalaire dans le Var. Il figure sur la liste de  Philippe Leonelli, sous la bannière «Vivre Ensemble». L’arrêt d’une compétition de scooter des mers aurait motivé son revirement. Ca fait peu.

L’alsacienne Delphine Wespiser, miss France 2012, a accepté de figurer sur la liste du maire sortant de son village natal Magstatt-le-Bas, Lucien Bronner. Faisons le pari que sa beauté  rougeoyante attirera les foules de villageois aux séances du ConSous le soleilseil Municipal. Mais voilà une candidature qui n’est pas sans rappeler celle – de sinistre mémoire – d’Elodie Gossuin, Miss France 2001, qui défend toujours les couleurs de la droite en Picardie. Madame de Fontenay va finir par manger son chapeau.

Il faut ajouter à cela l’ancien footeux David Ginola qui s’est lancé dans la bataille des municipales en se présentant dans la ville balnéaire de Sainte-Maxime (Var) ; et Pape Diouf – ancien patron de l’Olympique de Marseille – que l’on retrouve à la tête d’une liste à Marseille. J’ajoute la très crispante Adeline Blondieau, ex-de Johnny Hallyday qui a connu son heure de gloire dans la série , durant les heures les plus sombres de la télévision française. Elle figure sur la liste UMP à Colombes (Hauts-de-Seine).

On voit bien, par là, que c’est vraiment l’élection de tous les dangers…

Frites. La frite ne vient pas d’un arbre à frites, comme le pensent une majorité d’enfants citadins décérébrés, mais de la pomme de terre. Selon les historiens français son origine est française. Selon les historiens belges son origine est belge. On la désigne de différentes manières en fonction de la taille du bâtonnet : « bûches » : section carrée de 2 cm ; « Pont-neuf » : section carrée de 1 cm ; « allumettes » : section de 0,5 cm, etc, etc. En général les frites vivent en bancs serrés à côté des moules ou du poulet. C’est pour ces différentes raisons que la candidate de la liste Parti de gauche-MRC à la mairie du XIVe arrondissement de Paris, Leila Chaibi, a choisi de faire sa campagne dans une… baraque à frites. L’AFP est allée constater les dégâts : « A l’heure de la sortie des collèges, de nombreux adolescents se pressent autour du camion, les doigts pleins de mayonnaise. Les frites sont distribuées les mercredi, samedi et dimanche. ‘Passez le tract à vos parents’, leur conseille Leila Chaibi » Devant le succès de cette opération de nombreux autres candidats du Parti de Gauche voudraient aussi se lancer dans la frite. Pour l’heure Leila Chaibi refuse de louer ou prêter son camion à frites. Nous avions la Gauche caviar, la Droite tête de veau… il faudra faire avec l’extrême gauche friture.
Kafka. J’ai appris – dans un passionnant papier du Figaro – que certaines communes du nord-est de la France, totalement rasée durant la première guerre mondiale, sans habitants ni bâtiments, avaient toujours des maires. Exemple avec le maire du « village détruit de Fleury-devant-Douaumont ». Il n’aura pas à affronter les électeurs pour être reconduit. Il est l’édile d’un village mort. Jean-Pierre Laparra explique que sa réélection dépend du Préfet : « Pour être reconduit dans nos fonctions, nous devons justifier de l’activités, des travaux effectués sur notre commune et de l’utilisation du budget ». Il y a cinq « maires » de ce type en France. Une façon de se souvenir des victimes de la grande guerre. À la fois beau et totalement kafkaïen. Les activités humaines sont fascinantes…

Moto. Parfois la pression sur un édile est trop forte, et – allant contre sa nature profonde de prédateur assoiffé de pouvoir – il décide de ne pas se représenter devant les électeurs. Oui, cela arrive, certains maires préfèrent jeter l’éponge, raccrocher les gants, limiter la casse. Un exemple nous est fourni dans une fascinante commune de Seine Saint Denis peuplée de bobos, de retraités de l’éducation nationale et de quelques prolétaires quand même : Montreuil. L’écologiste Dominique Voynet – après un mandat à la tête de la mairie – a décidé de prendre du temps pour elle. Dans un portrait que lui consacré le quotidien Ouest-France (elle s’est achetée une maison sur l’île de Groix « en cachette de son compagnon »), elle déclare : « je vais passer mon permis moto », pour « fumer le bitume ». Pas très écolo. L’étape suivante ? Le démon de midi ? La France a peur.

Police (de la mode). La commune de Brie, en Charente, a cette particularité d’être pleine de maisons, de rues et d’habitants. Une église et un monument aux morts sont aussi à signaler. Les élections municipales ont donné lieu, dans ce gros bourg, a un psychodrame d’ampleur internationale… La préfecture a demandé que la photo de groupe de la liste « Vivre ensemble à Brie » – destinée à figurer sur la profession de foi – soit refaite au motif que les couleurs des vêtements de trois colistières rappelleraient trop un symbole républicain, le drapeau tricolore. Après un long temps d’observation on entraperçoit en effet une petite dame avec un pull rouge, à côté d’une autre dame en pull bleue, à côté elle-même d’une colistière vêtue d’un imperméable blanc. La photo, publiée par Sud-Ouest, n’a rien de scandaleux. Elle est plutôt très ennuyeuse, comme la plupart des photos électorales… En réponse aux injonctions préfectorales la petite équipe s’est adonnée aux joies de Photoshop…  Le bleu est devenu mauve et le rouge prune. « La prochaine fois, on posera nu et on en profitera pour éditer un calendrier », menace Michel Buisson – tête de liste – dans les colonnes de Sud-Ouest. Dans les mêmes pages un colistier ironise : « Je ne crois pas que cette photo puisse mettre la démocratie en péril, d’autant qu’il n’y a qu’une seule liste déclarée à Brie »… Cela fait plaisir que l’argent public soit ainsi dilapidé dans cette nouvelle tâche régalienne en diable… la police de la mode !

Retour (éternel). J’allais en paix. Je ne faisais de mal à personne. Pour être précis je sortais – rieur et débonnaire comme toujours – d’un disquaire avec quelques vinyles rares de François de Roubaix sous le bras quand soudain je suis tombé nez à nez avec l’affiche de campagne d’un certain… « Dominique Tibéri » dans le V ème arrondissement. Les traits de l’individu me rappelaient quelqu’un, et son patronyme me disait quelque chose. Mais quoi ?! Qui ?! On dirait un peu le fils de l’actuel maire du Vème, Jean Tibéri… Non, quand même pas… ? Si ? Sortez les électeurs morts !

Star of the stars. (*Quizz*) Qui a déclaré en meeting ?

« Etre maire de Paris, c’est aimer les concierges et les stars, parce que les concierges sont les stars de notre quotidien ! »

a)      Linda de Suza

b)      Anne Hidalgo

c)      Jean Tibéri

d)     Dominique Tibéri

e)      Kamoulox

Zut. Avez-vous bien vérifié ? N’êtes-vous pas sur une liste du Front national sans le savoir ?! Ca arrive plus souvent qu’on ne le croit… A force de devoir virer les candidats néonazis, ayant posé devant la croix gammée, ou fans de Mein Kampf ils se retrouvent à devoir présenter régulièrement aux municipales des analphabètes, des Alzheimer, des vieillards affectés de toutes sortes de maux, des simplets, des idiots du village, d’anciens communistes, des jeunes désorientés… Ou tout simplement des gens qui n’ont rien demandé. Le phénomène devient récurrent. Méfiez-vous. Avez-vous bien vérifié ?

*Photo : MATHIEU PATTIER/SIPA. 00678936_000003.

Olivier Besancenot : Dix ans après

112
besancenot npa portrait

besancenot npa portrait

Il y a des retrouvailles qui n’attristent pas, malgré le temps qui a passé. Elles rassurent parce qu’au contraire la vie a gagné contre le temps.

Il y a dix ans, à la suite du hasard de la publication d’un livre – un dialogue vigoureux avec Bruno Gaccio, sous l’égide bienveillante du regretté Gilles Verlant -, j’avais fait la connaissance d’Olivier Besancenot puis, quelque temps plus tard, nous avions dîné ensemble.

Je ne craignais pas ses foudres révolutionnaires – il militait alors pour la LCR qui est devenue le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en 2009 – parce que d’emblée j’avais perçu chez lui une extrême politesse, beaucoup de gentillesse personnelle comme s’il ne voulait pas dilapider l’intensité et parfois la dureté de son discours politique dans des circonstances et avec des personnes peu accordées à celui-ci.

Je me souviens d’échanges qui m’avaient beaucoup intéressé parce que j’avais la certitude d’avoir en face de moi une personnalité intelligente, intègre et convaincue, fascinante dans la mesure où d’abord elle fuyait comme la peste tout ce qui aurait pu ressembler à une séduction démagogique et que, par ailleurs, on percevait une cohérence entre ses idées et ses comportements, entre son être intime et son être politique.

Il exerçait le métier de postier à Neuilly-sur-Seine et on sentait que chez lui ce n’était pas une occupation de façade, au contraire cette quotidienneté du travail révélait la volonté de n’être pas un responsable politique comme les autres.

Cette urbanité, ce savoir-vivre qui lui faisaient si parfaitement distinguer ce qui relevait de la lutte idéologique et partisane de ce qui concernait la convivialité immédiate m’avaient frappé comme le signe précisément qu’il ne s’agissait pas d’un révolutionnaire de salon qui brûlerait ses cartouches en permanence et n’importe où mais d’un engagé lucide qui savait s’économiser pour l’essentiel.

Par ailleurs, appréciant sa conversation, j’étais confirmé dans l’impression que j’avais toujours eue à son sujet : un grand talent pour l’oralité, une parole vive, sèche, nette et abrupte mais parvenant sans détour inutile dans l’oreille et l’esprit de l’interlocuteur.

En 2007, je suis persuadé que nous aurions pu avoir un formidable débat, si le système l’avait permis, entre le candidat Sarkozy et lui-même. Le second aurait été largement à la hauteur du premier et ces deux talents auraient dans l’inimitié offert un spectacle rare.

Olivier Besancenot me semblait être un Mélenchon qui n’aurait pas oublié la civilité et aurait moins houspillé les journalistes qu’il n’aurait cherché à les convaincre ou à pourfendre ses contradicteurs.

De l’eau a coulé sous les ponts de la France et Olivier Besancenot, après avoir été candidat en 2002 à la présidentielle, l’a été à nouveau en 2007.

Philippe Poutou l’a remplacé pour la campagne de 2012 et si je ne partage rien du NPA – sinon son refus absolu du communisme stalinien et bureaucratique -, j’ai trouvé lamentable la condescendance à l’égard de son candidat de la part d’une classe politique qui estimait qu’un ouvrier n’avait pas à s’inviter dans ses joutes à elle.

Je n’ai plus vu ni entendu Olivier Besancenot. Pas plus à la télévision qu’à la radio. Sauf un soir, il y a quelques mois, avec, notamment André Vallini et Marion Maréchal-Le Pen. Le même mais avec un peu d’atténuation, moins de sarcasme, un propos toujours aussi percutant mais, si je puis dire, plus classique.

Je ne pensais jamais le rencontrer à nouveau.

Pourtant, c’est arrivé, par hasard également. Je l’ai retrouvé, dix ans après.

Il n’est plus le porte-parole de NPA mais continue à militer, toujours postier mais à Paris, dans un arrondissement qui correspond à sa fibre populaire. Il écrit, seul ou de concert.

Le même et un autre, comme nous tous après dix ans. Mais une fidélité à soi, une constance dans ses choix, dans son acharnement à mêler sa conception révolutionnaire de la lutte à la banalité nécessaire des travaux et des jours. Au bonheur d’une famille.

Je ne voudrais pas le gêner en laissant croire que nous pourrions être amis. Les purs et durs chez lui lui reprocheraient d’être estimé par un réactionnaire.

Je ne sais pas ce qu’il deviendra mais Olivier Besancenot, c’est sûr, est détachable du NPA. On peut vouloir bouleverser la société de fond en comble, on peut même parfois faire craindre le pire à ceux que le grand soir révolutionnaire n’a pas encore touchés de son aile rouge mais il n’empêche.

J’ai été heureux de croiser pour la deuxième fois la route d’Olivier Besancenot.

Le destin peut encore me réserver des surprises.

*Photo: IBO/SIPA. 00673044_000004

 

Hollande/Sarkozy : cachez cette Stasi…

120
sarkozy hollande ecoutes

sarkozy hollande ecoutes

« La dictature, c’est « ferme ta gueule ». La démocratie, c’est « Cause toujours ». » La phrase est d’un certain Michel Colucci, qui fêtait ses 18 mois le jour de la mort de Benito Mussolini. Il semblerait que la France ait brutalement basculé dans la dictature ces derniers jours. Hier encore, dans notre belle République des Lumières, n’importe quel élu ou simple militant de gauche pouvait tranquillement comparer ses adversaires au Maréchal Pétain, et leur politique à celle du régime de Vichy, voire au nazisme. En face, on avait depuis longtemps pris l’habitude de lui répondre : « C’est ça, cause toujours, tu m’intéresses. » Parce qu’en démocratie, c’était comme ça, on avait le droit de causer. Contrairement aux dictatures, dans lesquelles le doute n’avait pas sa place et où il fallait fermer sa gueule.

Mais ça, c’était avant. Avant que l’infâme Nicolas Sarkozy n’ose publier un texte rappelant qu’il était sur écoute depuis huit mois, comme dans un « merveilleux film sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi ». Avant qu’il ne se croie autorisé à s’indigner du fait que toutes ses conversations familiales, professionnelles ou autres soient enregistrées. Avant qu’il ne se permette de dénoncer lui-même les mensonges de nos ministres de l’Intérieur et de la Justice, qui jurent sans rire ne rien avoir su de cette intrusion inédite dans la vie privée d’un adversaire politique – qui viole également le secret des correspondances entre un avocat et son client. Avant, enfin, que cet odieux personnage si justement qualifié de « facho » pendant près de dix ans, ne pousse le vice jusqu’à se vanter publiquement de la virginité de son casier judiciaire.

La ligne jaune était franchie. Il fallait agir, vite. Hollande, le Président de tous les Français, conscient de l’urgence absolue de la situation, a donc pris la parole depuis le Conseil européen de Bruxelles. Et, prenant ses responsabilités face à l’histoire comme le Général de Gaulle le 18 juin 1940, il a parlé : « Laisser penser que notre pays, notre République, puissent ne pas être fondés sur les libertés, c’est introduire un doute qui n’a pas sa place. Et toute comparaison avec des dictatures est forcément insupportable. » Il fallait en finir, il n’y avait pas d’autre solution, la démocratie des causeurs avait fait son temps, et bien trop de dégâts. C’était l’heure. François Hollande sonnait la fin de la partie, la France devait entrer dans une nouvelle ère.

Dorénavant, lorsqu’un jeune militant se présenterait comme « antifasciste », on ne lui dirait plus « cause toujours », mais « ferme ta gueule ». Chaque fois qu’un Jean-Luc Mélenchon, un Manuel Valls, une Christiane Taubira ou un Harlem Désir comparerait, même implicitement, tel ou tel propos droitier aux discours « nauséabonds » tenus durant « les heures les plus sombres de notre histoire », il serait poursuivi pour « introduction de doute déplacé et comparaison insupportable ». Et la création de ce nouveau délit, le Président de la France apaisée le savait, dissuaderait définitivement quiconque d’assimiler une fois de plus le pauvre Jean-Marie Le Pen aux prétendus « néo-fascistes » qui se pressaient à ses meetings. Enfin, en France, on arrêterait de causer de tout et de n’importe quoi. On ne sèmerait plus le doute impunément. On n’aurait plus que la certitude d’être gouvernés avec bienveillance, dans le silence.

*Photo : wikicommons.

ABCD de l’égalité : Lasch contre les (anti)modernes

14
darkvador catwoman enfant

darkvador catwoman enfant

« Si j’avais des enfants, je n’aimerais pas qu’on leur prodigue des cours de « genre » dans les écoles.1 » L’heure doit être grave pour que Marcela Iacub, qui confesse rêver de jouissances sexuelles sans entraves et de  grossesses programmées par ordinateur, s’en prenne si violemment aux « chantiers ABCD de l’égalité ».  De fait, si l’on en croit ses détracteurs, qui sont généralement un brin plus conservateurs que Iacub, ce dispositif mis sur pied par Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem pour « lutter contre les stéréotypes sexués » dès l’école primaire organise l’ «endoctrinement des enfants ».

On se calme et on boit frais rue de Grenelle. Ancienne footballeuse professionnelle, Nicole Abar, conceptrice de ce projet-pilote expérimenté dans 275 écoles qui vise à « donner les mêmes chances à chacun et à chacune », explique doctement que les inégalités professionnelles entre hommes et femmes se perpétuent car elles sont profondément ancrées dans nos consciences2. La faute à ces satanées représentations sexuelles que nous reproduisons de génération en génération en assignant systématiquement les mêmes rôles stéréotypés aux filles et aux garçons. Si nos chères têtes à couettes sautent à la corde pendant que nos petits sacripants jouent à la balle au prisonnier, il y a quelque chose de moisi au royaume de la République. Eugénie Bastié montre, dans les pages qui suivent, que ces bonnes intentions égalitaires ont bel et bien des applications concrètes (même si on est loin de la vaste entreprise de lavage des petits cerveaux fantasmée par certains). En revanche, bien malin qui saurait débusquer la moindre référence théorique sérieuse dans les nouveaux textes officiels intimant aux instituteurs d’inverser les rôles habituels entre filles et garçons.[access capability= »lire_inedits »]

Si la question du genre semble soudainement passionner les experts-bureaucrates de l’Éducation nationale, c’est plutôt sous la forme d’une idéologie à la fois sommaire et fumeuse que sous celle d’une hypothèse scientifique. Or, comme le démontre Alain de Benoist3, cette idéologie du genre se fonde sur une fausse alternative entre nature et culture, oubliant que les deux s’entremêlent constamment dans la construction des identités sexuelles – et, du reste, dans la plupart des choses humaines. Résultat, ses propagandistes confondent différences et inégalités, ce qui leur permet au passage de dénoncer comme ennemis de l’égalité tous ceux qui sont attachés à la différence entre les sexes.

Passons. Le danger n’est pas forcément où l’on croit. Non content de semer le trouble dans les cours de récré – ce qu’on appelle « déconstruire les stéréotypes » –, l’ABCD de l’égalité inaugure peut-être une nouvelle offensive dans le combat sourd que se livrent l’État et les familles pour l’éducation. S’il n’est pas question de masturber les enfants, il s’agit bien de mettre au pas leurs coupables géniteurs (et géniteuses). Les gardiens du saint chrême excipent de la mauvaise tenue morale des parents – notoirement défaillants en matière de lutte contre les discriminations –, pour substituer à leur néfaste autorité celle de prétendus experts. Quand un cadre mâle gagne, à compétences égales, un tiers de plus que sa collègue, il doit y avoir un coupable. Il se cache dans les foyers, ou plutôt c’est le foyer lui-même, producteur de préjugés et de comportements répréhensibles, qui est coupable.

L’imprécation ne date pas d’hier : en son temps, l’intellectuel américain Christopher Lasch (1932-1994) avait détecté les prémices des attaques néo-féministes contre la famille que l’on voit aujourd’hui se déployer bruyamment4. Dès 1946, le psychiatre canadien George Brock Chisholm recommandait l’intégration directe des enfants à la société, en proposant que leur éducation soit confiée à d’autres groupes de socialisation que leurs familles. Travailleurs sociaux, psychiatres, médecins et… propagandistes scolaires étaient, selon lui, plus enclins à dispenser une instruction progressiste envoyant les formes traditionnelles de la famille dans l’enfer du conservatisme. Aujourd’hui, l’Observatoire des inégalités délivre peu ou prou la même bonne parole aux Français. Le site de cette instance anti-discriminations se révèle étonnamment instructif quant aux intentions des ingénieurs sociaux qui entendent nous gouverner. Dans un article passé inaperçu, deux universitaires dispensent une petite leçon de choses à l’usage des enseignants de maternelle. À en croire ces psychologues, tout se joue entre 3 et 7 ans, période critique durant laquelle l’enfant acquiert représentations et identités sexuelles, principalement sous l’influence des parents, de ses camarades de jeu et de ses professeurs. Étant entendu que « les adultes transmettent à l’enfant leurs représentations et leurs attentes sur les rôles de chacun-e en fonction de son appartenance à un groupe de sexe5 », il revient à l’État de prendre en charge non seulement l’instruction de nos chérubins, ce que nul ne conteste, mais l’intégralité de leur éducation. Logique : si les adultes d’aujourd’hui sont irrécupérables, on peut encore sauver ceux de demain.

Bien sûr, on a envie de rire de ces prétentions éducatives – et rééducatives. N’empêche, si ce  cocktail explosif d’idéologie du genre et d’égalitarisme pédagogiste était appliqué sur grande échelle, cela ébranlerait les deux piliers fondateurs du sujet œdipien : la différenciation homme/femme et la séparation parent/enfant. Au demeurant, l’effondrement de la structure œdipienne, odieusement réactionnaire, est précisément l’objectif poursuivi par le camp de la déconstruction organisée. Sauf que l’ordre qui émergera (ou émergerait, on ne sait plus) des décombres pourrait être bien plus oppressif et archaïque que l’ancien. Lasch annonce ce qui se passe quand la famille est interdite d’éducation : « Les fantasmes de l’enfant ne sont pas contrôlés ; il invente une mère extrêmement séduisante et castratrice, et un père fantasmé distant, vindicatif, et tout-puissant. » Si les nouveaux stéréotypes sont de cette eau-là, laissez-nous les anciens !

Dans la vision de cette avant-garde nunuche, les parents, éventuellement dispensateurs de biens et de services monnayables (faut quand même que quelqu’un leurs paye les vacances au ski, aux futurs hommes nouveaux), « représentent le passé inutile », selon une formule de Lasch. Seulement, faute de loi primordiale transmise par la famille, l’enfant vit dans un monde amoral, où la seule autorité provient de l’État, confiné au rôle de grande nounou. Sous prétexte de nous délivrer d’innocents machos, on pourrait bien fabriquer en série, sinon des  pervers, à tout le moins, d’imbuvables Narcisse. Mais pas d’aimables névrosés amoureux de leur reflet, plutôt des sujets malades qui cultivent une image dégradée d’eux-mêmes et conjuguent de ce fait une dépendance infantile au regard de l’autre au besoin de le dominer. On a du mal à ne pas remarquer que les pulsions intérieures de ce néo-Narcisse s’accordent parfaitement aux messages publicitaires dont notre époque ne cesse de l’abreuver, ce qui fait de lui l’agent idéal de l’extension du domaine de la marchandise.

On dira qu’on est bien loin du dérisoire « ABCD de l’égalité». Pas sûr : à jouer avec l’identité sexuelle des écoliers, à surcharger leur imaginaire d’images mouvantes, les apprentis-sorciers du genre pourraient, pour de bon, rendre plus difficile voire impossible leur construction subjective – donc leur « adultisation ». Or, dans un monde où le métissage culturel est à la fois une réalité et une norme, il est déjà difficile de s’inscrire dans le flux des générations. Qu’on s’en réjouisse ou pas, il n’y a peut-être pas urgence pour s’attaquer aux autres cadres symboliques qui   ont longtemps conféré une forme de stabilité à l’existence humaine. Seulement, la stabilité, c’est ce qu’ont en horreur les promoteurs du mariage et de l’enfant pour tous : entre transmettre ou déconstruire, ils ont choisi.

Si, face à un tel activisme de la déconstruction, l’envie de prendre la modernité à rebrousse-poil vous titille, sachez que la nostalgie est un piège mortel. C’est une vérité peu consolante mais le Parti d’hier se leurre tout autant que le « Parti de demain », judicieuse définition que Michéa donne de la gauche. En populiste intelligent, Lasch nous mettait en garde contre l’illusion passéiste. Le « retour  du surmoi » dont rêvent les lecteurs hâtifs de Freud ne serait en effet qu’un sparadrap posé sur une plaie purulente. Que des imbéciles qui se croient subversifs s’acharnent à tuer le Père ne nous fera pas regretter le patriarche mort et enterré. Heureusement, il y a la vie, que les experts de l’alcôve ont tendance à oublier. Lasch observe que, depuis l’avènement du mariage d’amour, la famille marche en perpétuel déséquilibre sur deux jambes, brinquebalée entre les pesanteurs du passé et les turbulences de notre temps. Libre à vous, bien sûr, d’ignorer cette fine dialectique et de choisir votre camp, mais comme disent Chevallier et Laspalès, « Y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes ! »

1. « Enfants esclaves du féminisme »,  Marcela Iacub , Libération, 14 février 2014.

2. « Les ABCD de l’égalité, c’est elle ! », Émilie Lanez, Le Point, 13 février 2014.

3. Les Démons du Bien, Alain de Benoist, éditions P.G de Roux, 2013.

4. Voir notamment « La culture du narcissisme », Climats, 2000 ;  « Le moi assiégé », Climats, 2008 ; Un refuge dans ce monde impitoyable. La famille assiégée, Christopher Lasch, François Bourin Éditeur, 2012.

5. « Construction des inégalités entre filles et garçons à l’école maternelle », Véronique Rouyer et Yoan Mieyaa, site de l’Observatoire des inégalités.[/access]

*Photo: Soleil

Municipales : Tiens, tiens, revoilà le front républicain

734
fn ayrault ps municipales triangulaires

fn ayrault ps municipales triangulaires

Avant même le premier tour des élections municipales, le sujet des triangulaires a déjà mis les pieds sur la table. Et il n’est pas prêt de les retirer. À partir de dimanche soir, il sera le principal sujet de débats et polémiques. Et il risque bien de recouvrer des problématiques beaucoup plus nombreuses qu’auparavant.

Il est beaucoup plus facile d’être présent au second tour d’une élection municipale qu’à une élection législative. Là où il faut 12,5 % des électeurs des inscrits pour concourir au second tour lorsqu’on est candidat à la députation, une liste municipale n’a besoin que de 10% des suffrages exprimés. L’abstention, qu’on annonce forte, ne constituera donc pas un frein à la multiplication de ces fameux matches à trois – voire quatre ou cinq. Classiquement, c’est l’UMP qui en est victime.

Le maintien du FN prive le grand parti de la droite de reports de voix substantiels au second tour, alors que le PS bénéficie de ceux des autres listes de gauche. Jean-François Copé a déjà brandi l’épouvantail : en votant FN, les électeurs feraient un cadeau à la gauche et à ses nombreux maires sortants. Cette semaine, le ministre écologiste Pascal Canfin a benoîtement reconnu que ces situations pourraient permettre de sauver les meubles de la majorité PS-EELV. Mais cette configuration, avec le FN est en troisième position, ne sera pas aussi rare que d’habitude. Si elle pourrait se renouveler et gêner l’UMP dans les très grandes villes, comme Marseille, Toulouse ou Strasbourg, d’autres configurations pourraient gêner encore davantage le PS. Dans les villes petites ou moyennes, où Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores à la présidentielle, le FN pourrait passer devant le PS et parfois même l’UMP. L’ordre d’arrivée y sera beaucoup plus incertain cette année. Certes, si le PS arrive troisième, le fait de perdre la ville en seconde ou troisième position ne change rien au décompte final. Mais le problème est ailleurs pour le parti dirigé par Harlem Désir. Que fera le PS dans les communes où l’ordre d’arrivée sera par exemple le suivant : 1.FN 2.UMP 3.PS ? Se maintiendra-t-il au risque de laisser gagner le parti lepéniste ? Ou se retirera-t-il au profit de l’UMP, poursuivant la stratégie du front républicain ? La question ne s’était pas posée dans l’Oise, à Villeneuve-sur-Lot et à Brignoles, où il était arrivé dans la même position sans la possibilité de se maintenir. Déjà, on pouvait observer des tiraillements, notamment dans l’Oise, où le candidat socialiste local rechignait à appliquer les consignes solfériniennes d’appeler à voter pour le candidat UMP.

Imaginons une commune où le FN atteint 26%, l’UMP 21% et le sortant socialiste 18% avec un taux d’abstention de 45 %. Et mettons-nous à la place du candidat socialiste. Pour l’obliger à se retirer au profit du candidat de l’UMP alors qu’il a encore une petite chance de l’emporter avec le report des voix du Front de gauche et un regain de mobilisation des abstentionnistes, il va falloir faire preuve d’une sacrée force de conviction. Surtout si dans d’autres villes, l’UMP, arrivée cette fois-ci en troisième position derrière le PS, a décidé de se maintenir, comme le souhaitent à la fois Copé et Fillon.

C’est certainement en prévoyant ce genre de dilemme que Jean-Marc Ayrault a décidé de monter au créneau hier. Selon lui, il importe de faire barrage à tout prix à l’élection du moindre maire FN. S’agit-il d’un message envoyé à ses ouailles, tentées d’envoyer le front républicain à la poubelle ? Est-ce une manière de faire pression sur le parti dirigé par Jean-François Copé, mettant sur ce dernier la responsabilité de la fin de ce même front républicain ? Ou les deux ? En tout état de cause, contrairement à la plupart des médias, le Premier ministre a compris que les triangulaires ne seront pas un problème que pour l’UMP.

*Photo :  PASTORNICOLAS/SIPA. 00652972_000006.

Dieudonné dans Causeur, une erreur?

23
causeur dieudonne finkielkraut

causeur dieudonne finkielkraut

Alain Finkielkraut. Sur la couverture du dernier numéro de Causeur figure un double portrait de Dieudonné hilare, que surplombe ce titre : « drôle de rire ». À l’intérieur, on trouve un entretien exclusif que vous avez fait avec l’homme de la « quenelle » et de « Shoananas ». Cette couverture et cet entretien ont provoqué beaucoup de réactions indignées. Prenant acte de cette émotion, qui n’était pas toujours mal intentionnée, je vais vous poser quelques questions de journaliste. Quelle était votre intention en allant interroger Dieudonné avec Gil Mihaely ?

Elisabeth Lévy. Tout d’abord, il y a un principe qui vaut pour la justice comme pour le journaliste : quand on attaque quelqu’un, on lui donne la possibilité de répondre. Et j’avoue avoir du mal à comprendre qu’on nous le reproche. S’agissant du journalisme, ce principe peut souffrir des exceptions : si nous avions pensé donner du crédit à Dieudonné en l’interrogeant, nous aurions renoncé. Ceci étant, vous avez parlé de l’émotion – un peu surjouée à mon avis – suscitée par cet entretien. Admettons, mais notre premier devoir, c’est de comprendre, pas de nous laisser aller au confort de nos émotions. Toutes proportions gardées, que fait Claude Lanzmann quand il va interroger des nazis ou des tortionnaires polonais ? Il veut comprendre et nous faire comprendre. À l’inverse, on applique à Dieudonné la tactique qui a si bien réussi avec Jean-Marie Le Pen : on trépigne, on s’indigne, on s’émotionne et on ne cherche pas à comprendre. Moi, je veux comprendre. Et je veux parler aux spectateurs de Dieudonné. [access capability= »lire_inedits »]

Mais qu’y a-t-il à comprendre : Qu’il est antisémite ? Admettez que ce n’est pas un scoop !

Vous le saviez déjà, sans doute, et moi aussi. Mais tout d’abord, dans la Bible, il est indiqué que Dieu est descendu sur terre pour aller voir ce qui se passait à Sodome et Gomorrhe. Or, Dieu n’a pas besoin d’aller sur le terrain pour savoir ce qui se passe. Cela signifie qu’accuser est une chose tellement grave qu’il faut se faire une opinion par soi-même. Voilà pourquoi le Talmud enseigne que, dans un procès, on ne doit pas tenir compte d’un témoignage de deuxième main. Par ailleurs, il suffit de connaître des adolescents pour savoir que la jeunesse est massivement acquise à Dieudonné : « Mais non, il n’est pas antisémite, c’est de l’humour, du trash, il rigole de tout ! », disent ses défenseurs. Eh bien, la preuve est faite. Dieudonné parle au premier degré. Il ne pourra plus se réfugier derrière un prétendu humour, et ses admirateurs non plus.

En effet, à ceux qui disent que la séquence Dieudonné étant close, ce n’était pas la peine de la rouvrir pour faire un scoop, je réponds avec vous que le phénomène est d’une ampleur extraordinaire, notamment dans une jeunesse qui ne jure que par la liberté d’expression et qui sanctionne maintenant Manuel Valls. Je suis effarée par cette inconscience face à un phénomène que je crois assez profond et que la stratégie de Manuel Valls – qu’on l’approuve ou pas – n’a nullement enrayé. Ce n’est pas parce que Dieudonné n’apparaît pas à la télévision et qu’on ne l’interroge pas dans Le Monde qu’il a disparu ! Une partie de la population et, je le répète, de la jeunesse, est embarquée dans une sorte de sécession culturelle. Elle se défie de ce qu’elle appelle les « médias officiels ». Et que nous disent ces jeunes qui ne sont pas des marginaux ou des radicaux ? Que tout le monde tape sur Dieudonné et que personne n’a eu l’honnêteté de lui donner la parole. Eh bien, je pense que notre travail est plus utile, pour les déciller, que tous les sermons du monde.

Venons-en au contenu de l’entretien : Quand il vous dit qu’« Israël est le seul pays du monde où il y a des bus pour les noirs et pour les blancs », vous vous contentez de répondre : « On ne sait pas d’où vous tenez cette histoire d’autobus. »

Je suis flattée que cet entretien ait été lu avec un soin de talmudiste. Mais je vous rappelle que l’objectif n’était pas de montrer à quel point nous étions, nous, indignés par ses propos, mais de lui faire exposer clairement et calmement ce qu’il pense. Cela dit, je vais vous rassurer : durant la conversation, notre réaction a été bien plus vigoureuse !

Je trouve encore plus embêtant le passage où il est question de la « quenelle ». Là, on a l’impression qu’il vous balade. Vous lui demandez : « N’est-ce pas un salut nazi inversé ? » Et il répond : « C’est une calomnie inventée par Alain Jakubowicz. »

Mais enfin, c’était une interview, pas un dialogue ! Ce que nous lui avons répondu n’a en réalité aucune importance. Il faut prendre cet entretien pour ce qu’il est : un document édifiant, qui étaye l’analyse du phénomène à laquelle nous avons consacré 30 pages ! Que nos détracteurs ne se sont pas donné la peine de lire…[/access]

Comme un dimanche d’élection…

56
municipales fn dimanche

municipales fn dimanche

Je fais le matamore révolutionnaire, comme ça, avec des rêves de Grand Soir et de prise du palais Brongniart[1. Oui, je sais, il n’y a plus de traders à pendre mais une révolution sans symbole c’est aussi déprimant qu’une jolie fille mal habillée.] mais en fait j’adore les élections. J’adore leurs rituels désuets qui n’ont pas bougé, ou presque, depuis les débuts de la Troisième République, si on excepte la période de Vichy où l’opposition, pour des raisons de prudence, a préféré s’exprimer depuis Londres avec un micro ou depuis les maquis avec une Sten. Par exemple, voter se fait encore avec des bulletins idoines, après avoir reçu dans votre boite aux lettres de multiples tracts et des professions de foi. Inutile de dire que ce doit être aujourd’hui, mais pour combien de temps encore, le dernier geste d’importance de notre vie que l’on n’accomplisse pas à l’aide de l’informatique, devant un écran glacé.

Les dimanches d’élections, les villes et les villages sont plus jolis parce qu’on y voit des gens. Et pas seulement le matin au marché ou à la messe, mais également l’après-midi quand ils se rendent en famille à leur bureau de vote, marchant au soleil dans une indolence postprandiale et néanmoins civique. D’ailleurs, les gens le dimanche eux aussi sont plus jolis, tout simplement parce qu’ils ne travaillent pas[2. Heureusement que la gauche est au pouvoir pour empêcher le travail le dimanche. Non, je plaisante…]. Il faut savoir en effet que le travail ne rend pas libre, il rend laid. La preuve, les gens dans les magazines péauple[3. Pronciation attestée par le ministre du redressement linguistique Arnaud Montebourg.] sont beaux parce qu’ils passent leur temps sur des plages de rêve à faire semblant d’être surpris par les paparazzi tandis que les travailleurs sont toujours fatigués et de mauvaise humeur justement parce qu’ils travaillent – ou sont complètement désespérés parce qu’ils ne travaillent plus pour des raisons indépendantes de leur volonté.

Et parmi les élections, les élections municipales sont les plus plaisantes parce que ce sont les plus intimes. Tout le monde connaît à peu près tout le monde dans une élection municipale, même dans les grandes villes. La preuve, il y a plus de 900 000 candidats, un électeur sur 49. Ce serait bien le diable s’il n’y en avait pas au moins un dans votre entourage. C’est d’autant plus dommage que certaines communes aient un mal fou à en trouver des candidats et que certains partis ont pris sur leur liste des centenaires, des malades d’Alzheimer et même, comme le FN à Enghien-les-Bains, une candidate morte. En même temps, les deux échelons fondateurs de la République, auxquels les Français sont les plus attachés, la commune et le département, sont comme par hasard ceux que l’on voudrait dissoudre dans des intercommunalités anonymes et des grandes régions taillées sur mesure pour complaire à Bruxelles.
Si votre civisme vous pousse à être président de bureau de vote ou assesseur, là aussi le charme opère. Vous connaitrez le plaisir de retourner à l’école et vous serez installés au milieu des dessins d’enfants et des frises chronologiques de l’histoire de France. Il y a plus pénible comme décor. Vous pourrez aussi vous apercevoir que vous avez grandi quand, pris par un besoin pressant, vous irez aux toilettes. Les urinoirs pour les Cours Préparatoires demandent une certaine souplesse, c’est certain.

Vous vous interrogerez sur le vote des gens qui passent devant vous en tendant l’enveloppe bleu gauloise, vous vous livrerez à un exercice qui oscille entre la sociologie sauvage et le délit de bonne ou sale gueule. Cette quadra élégante, à la blondeur patricienne, qui ressemble vaguement à Monica Vitti, vous adoreriez qu’elle vote Front de Gauche mais vous penchez plutôt pour l’UMP. Ce papa bouclé, l’air à la fois concerné et absent, qui porte son bébé sur le ventre, ça sent EELV. Et le jeune homme aux lunettes en écaille, avec un blazer bleu marine sur une chemise sans cravate, vous parieriez pour un membre des MJS.
Plus mélancolique, vous vous apercevrez des absences comme celle de ce vieux monsieur avec un béret qui vous avait confié, il y a déjà un bon paquet d’années, qu’il avait pour la première fois voté en 36, pour le Front Populaire. Et pour chasser le blues, vous vous lèverez pour aller écrire à la craie sur le tableau derrière vous le pourcentage de votants dans votre bureau à midi. En priant pour que l’abstention, cette maladie vénérienne de la démocratie, ne soit pas trop élevée.

Le soir, avec des copains, vous irez à votre mairie assister à la proclamation des résultats en direct. Puis ce sera la soirée électorale, devant la télé, avec des bières et des pizzas, comme pour un match de foot. Votre géographie intime se superposera à celle des experts électoraux. Vous vous demanderez si Cabestany près de Perpignan ou Drap près de Nice, deux villes où l’on vous avait invité si gentiment pour des rencontres autour du polar, seront toujours des îlots rouges dans des départements très droitiers, vous vous demanderez encore si les listes autogestionnaires d’une dizaine de communes du plateau des Millevaches, dont Tarnac, vont faire de jolis scores. Vous vous demanderez enfin si Brive ne passera pas à droite ou Hénin-Beaumont, à vingt kilomètres de chez vous à l’extrême droite.

Mais là, l’intime rejoindra le national, ce qui est peut-être, au fond, une définition possible de la démocratie.

 

*Photo : AP21210985_000001.

Paris aux Parisiens : la campagne néo-maurrassienne d’Anne Hidalgo

25

De passage dans le Marais hier soir (ne me demandez pas ce que j’y faisais, je vous en pose, moi, des questions ?!), je tombe sur un meeting d’Anne Hidalgo rue des Blancs-Manteaux. Reconnaissons-le sans ambages, l’équipe de la candidate à la mairie de Paris n’avait pas lésiné sur les moyens : affiches photoshopées, tracts en tout genre , et même pin’s du PRG à l’effigie du fusilleur de grévistes Clemenceau.

Entré à pas de loup, je reconnais l’habituelle sociologie des réunions socialistes parisiennes où l’apparatchik à duffle-coat dispute la vedette aux sexagénaires grisonnants en doudoune Moncler. Pour la diversité sociale et ethnique, on repassera. D’ailleurs, la campagne des socialistes parisiens se résume à un argument massue : chassez cette parachutée que je ne saurais voir. « Nathalie Kosciuszko-Morizet de Longjumeau, comme l’appelle mon ami Ian Brossat », ose lancer à la tribune une Hidalgo transfigurée par ses chances de victoire. Eh oui, Brossat, l’élu communiste – rallié aux sociaux-libéraux au grand dam des ses partenaires mélenchonistes – a beau être de tous les combats sociétalistes, notamment en faveur des sans-papiers, il fustige l’Etrangère. Et Hidalgo, de toutes les croisades anti-collabos depuis sa fameuse sortie sur le Front national, d’achever le travail de sape : NKM et ses colistiers ne connaîtraient pas la géographie profonde des arrondissements parisiens, condition sine qua non pour briguer les vingt mairies et l’Hôtel de Ville.

En 2001, l’attaque avait porté à plein contre le Vosgien Philippe Séguin, qui avait égaré son gaullisme social dans les brumes de la Chiraquie. Mêmes causes, mêmes conséquences, doit-on penser du côté du staff Hidalgo qui, dès qu’elle peut, en remet une couche sur le thème « Paris aux Parisiens». À la décharge de l’impétrante socialiste, admettons que NKM a joué avec les investitures comme une gribouille, coincée entre les aspirations bobos de la majorité des Parisiens et la base conservatrice de l’Ouest parisien, qui abrite les bastions de l’UMP-75.

N’empêche, à force de souligner l’enracinement charnel de leurs candidats comme unique argument de campagne, Hidalgo et ses féaux me donnent des envies de pied-de-nez. De grâce, ne me transformez pas en antifa qui vote à droite !

Les tripes de Dieudonné

81
humoriste polemique antisemite antisionniste affaire valls

humoriste polemique antisemite antisionniste affaire valls

Dieudonné est en couverture de Causeur. Je ne fais pas partie de la « meute », et suis sensible aux arguments développés par Élisabeth Lévy dans « L’Esprit de l’escalier ». Je considère néanmoins que cette couverture était une erreur. Pour trois raisons : C’est maladroit, c’est trop tard, et ça relance la polémique. Élisabeth Lévy est dans sa logique, que l’on peut comprendre. Elle est contre l’interdiction d’un spectacle, dit-elle, et elle n’est pas la seule. Claude Lanzmann, Robert Badinter, Alain Bauer, Pierre-Olivier Lesur, entre autres, ont la même position. D’ailleurs, les uns et les autres ont, dans le même temps, rendu hommage à Manuel Valls qui a eu le courage de donner un coup d’arrêt à une nébuleuse qui se propageait dangereusement et subrepticement. Car les menaces de troubles à l’ordre public étaient réelles. Fallait-il laisser s’installer ces troubles ? Je ne le crois pas. Pourquoi, alors, surexposer en couverture, après la bataille, un polémiste dont tout le monde avait désormais compris qu’il était un provocateur ? Sans dire, comme certains, qu’il y avait là une provocation de la part d’Élisabeth Lévy, je pense que c’était pour le moins inutile. Je fais partie de ceux qui ont apprécié le face-à-face organisé par notre consœur lors des dernières élections européennes[1. Que mon ami Shlomo Malka me permette de préciser que je n’avais pas organisé un face-à-face : j’avais été invitée par le site fluctuat.net à débattre avec Dieudonné au moment où il présentait sa liste « antisioniste » aux élections européennes.  Par ailleurs, je n’ai jamais dit que j’étais contre l’interdiction du spectacle, je reste partagée sur ce point.]. C’était direct, efficace, et bien mené. Cette fois-ci, pardon de le dire crûment, l’entretien était un peu raté.[access capability= »lire_inedits »]

À quoi bon demander pour la énième fois à son interlocuteur s’il est antisémite ou antisioniste ? On aurait aimé des questions plus factuelles : Pourquoi veut-il libérer Fofana ? Pourquoi juge-t-il qu’il n’y a aucune différence entre les juifs et les nazis ? Pourquoi ne paye-t-il pas ses dettes ? Pourquoi organise-t-il son insolvabilité ? Ces questions n’ont pas été posées. Ou en tout cas  il n’y a pas répondu. Il fut un temps, qui n’est pas très éloigné, où Dieudonné avait son rond de serviette dans pas mal d’émissions. On a cessé de l’inviter quand on s’est rendu compte qu’il ne faisait plus profession d’humoriste mais de ricaneur perpétuel et de tribun populiste, qu’il se lançait désormais dans des campagnes électorales, faisait des voyages en Iran, invitait des négationnistes à ses spectacles et promettait la chambre à gaz à des journalistes du service public. C’était il n’y a pas si longtemps. La mode pourrait revenir très vite, après tout.

L’intention d’Élisabeth Lévy n’est pas en cause. Elle affirme vouloir faire la démonstration, à l’usage d’un public qui ne voit dans ces spectacles que la dimension « J’emmerde le système », que, lorsqu’il intervient au premier degré, sans mise en scène, il est pitoyable. Dont acte. C’est vrai qu’il se dégage de cette interview une insondable bêtise.  Reste aussi que, désormais, c’est devenu tendance, on affiche des « unes » avec des titres alléchants du genre : « Dans la tête de Mohamed Merah », « Dans l’intimité de Heinrich Himmler », et maintenant : « Dans les tripes de Dieudonné »… On parle de la « banalité du mal ». Le mal n’est pas banal, en l’occurrence : il est affligeant d’imbécillité abyssale.

Et plus affligeant encore, le devoir de rire qu’on vous impose. À défaut de quoi, vous passez facilement pour un type bégueule, un affreux rabat-joie, un vilain sioniste qui ne comprend rien à l’humour, qui supporte qu’on se moque de tout le monde sauf de lui, qui n’accepte pas la dérision, etc. Ritournelle connue et reprise désormais à l’envie, jusque et y compris par notre consœur qui multiplie les circonvolutions pour échapper au reproche. Reproche absurde et procès stupide ! Si les juifs n’avaient pas d’humour, ça se saurait ![/access]

*Photo:Hannah

Arabe et Israélien, et fier de l’être

102
israel palestine arabe

israel palestine arabe

« Si vous regardez la TV palestinienne, télévision financée par L’Union Européenne, pas plus que 12 minutes, vous prenez un couteau et vous allez tuer des Juifs ! » Ainsi parlait Khaled Abou Toameh lors d’une réunion organisée par l’Institut américain Gatestone[1. Non partisan et sans but lucratif, l’institut Gatestone se définit comme un lieu de réflexion consacré à la politique internationale et à l’éducation du public à propos des sujets que les médias ne présentent pas ou mal : les institutions de la démocratie et de la primauté du droit, les droits de l’homme et la liberté.], jeudi dernier au Sénat. Khaled Abou Toameh, documentariste, journaliste au Jerusalem Post, après avoir officié au Wall Sreet Journal et au Sunday Times de Londres, est Arabe Israélien et vit à Jérusalem.

Pour ce quinquagénaire élégant, à l’humour féroce, les Etats-Unis et l’Europe ont la tête dans le sable et ne cessent de commettre des erreurs. La plus flagrante est de n’avoir jamais demandé de contreparties pour les sommes d’argent considérables versées aux dirigeants palestiniens. Tout d’abord, en les obligeant à faire cesser cette propagande meurtrière contre les Juifs, à l’école ou à la télévision. Ensuite, en exigeant des comptes, tout simplement. Cette négligence coupable remonte au temps d’Arafat dont personne ne peut nier aujourd’hui qu’il fut, avec l’aide de sa femme, un escroc. Khaled Abou Toameh a travaillé pour lui pendant sept ans, il le connaissait bien et découvrir sa malhonnêteté ne fut pas un choc. Mais le chef de l’OLP était un prix Nobel ! « Comment douter de sa droiture ? », ironise le journaliste.

Le peuple palestinien n’a goûté aucun fruit de cette abondance financière. C’est une des raisons pour lesquelles il s’est détourné du processus de paix. Mieux valait écouter les sirènes du Hamas, qui comme la petite bête est monté, monté en éjectant un à un les gens de l’OLP, jusqu’à gagner les élections. Les USA et l’UE n’en ont pas moins continué leurs erreurs.  Laisser croire que le chemin vers la paix est une histoire d’implantations et de check points est faux. Ils refusent d’entendre que c’est l’existence même de l’Etat d’Israel qui est en jeu chez les dirigeants palestiniens et dans la majorité du monde arabe. « Je ne peux pas aller à Ramallah et organiser une réunion pour la paix », avoue Khaled Abou Toameh.

Le peuple est shooté à la haine du juif. Le juif c’est le diable. Les médias arabes et étrangers enfoncent le clou : si je propose un sujet sur les exactions du Hamas, ça n’intéresse personne, contrairement au moindre méfait de la part d’Israël.  Comment croire à une paix future si on ne prépare pas les populations à cette paix ? Mais laquelle? Quid du processus? Le processus actuel est tronqué. Les mêmes fautes du passé recommencent. Mahmoud Abbas, comme Arafat en 2000, prétend vouloir faire la paix mais en être empêché. Comme s’il pouvait parler au nom des Palestiniens ! Il n’en a pas la légitimité. S’il signe avec les Israéliens, il ne pourra même pas mettre les pieds à Gaza, tant il est pris pour un modéré. Il a les pieds et mains liés et  joue de sa faiblesse, surtout quand il rencontre Obama. Khaled Abou Toameh est inquiet : Si les Etats-Unis forcent Israël à lâcher des concessions, ces bouts de terre reviendront directement au Hamas. Aujourd’hui, le vrai problème ce n’est pas Mahmoud Abbas, mais c’est qu’aucun leader arabe n’a de mandat pour négocier avec Israël. Khaled Abou Toameh se dit en faveur de deux Etats, même s’il pense que ça ne peut pas marcher. Avec un humour déconcertant il ajoute : en fait, les deux Etats, on les a : Gaza et la Cisjordanie. D’un côté, une situation impensable gérée par un islamisme radical, qui menace gravement le Sinaï et l’Egypte. De l’autre un mini Etat OLP financé par l’UE et les USA où l’OLP reste au pouvoir tant que la présence israélienne demeure. Même si l’OLP est obligée de tenir un discours contre les Juifs, ils savent que c’est eux qui parviennent encore à séparer Gaza et la Cisjordanie qui se font la guerre.

Quand Toameh parle de la démocratie en Israël, il raille les discours sur le soi-disant Apartheid dont on accuse l’Etat hébreu : « L’Apartheid existe bien, mais elle est dans les pays Arabes. Qui voudrait quitter Israël pour aller vivre dans ces pays ? Personne. »

À écouter ce journaliste arabe israélien, on se demande combien ils sont comme lui à ne pas réussir à se faire entendre. Ne crient-ils pas assez fort ? Ou bien les idéologues antisionistes/antisémites choisissent-ils de rester sourds ?

L’homme parcourt le monde : Des campus universitaires américains, aux médias français, il constate une haine grandissante. « Aussi, nous ne devrons pas être surpris que la prochaine génération de djihadistes soit issue non de la bande de Gaza, des montagnes ou des mosquées du Pakistan et de l’Afghanistan, mais de ces campus universitaires américains », prévient-il.

« Un homme, ça s’autorise », aurait aussi pu dire Camus. C’est ce que fait Khaled Abou Toameh avec un courage remarquable.

*Photo : YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA. 00646820_000005

Municipales : y’en a marre !

32
balkany municipales fn

balkany municipales fn

Ah, ça y est ! Les affiches électorales sont partout : voici venu le temps des graffitis spirituels ou orduriers, des fausses moustaches, des cornes ajoutées ça et là sur le front des candidats ; et ce qui élève l’homme bien haut dans le règne animal… la guerre nocturne des militants qui arrachent les affiches ennemies, dans l’espoir vibrant d’un grand soir – ou d’un petit matin municipal. Soyons forts.

Amour. C’est important l’amour. C’est si important que Flaubert et Julio Iglesias en ont mis plein leurs chansons. Dans le choc électoral titanesque qui oppose Nathalie Kosciusko-Morizet à Anne Hidalgo, à Paris, la question de l’amour est venue pimenter le débat. Lors d’un grand meeting de soutien à la candidate socialiste l’actuel édile Delanoë a cru bon de déclarer : « Avec Anne Hidalgo, Paris restera la capitale de l’amour »… Entendez en creux, bien entendu, qu’avec la candidate Ump le capitale deviendrait la capitale de la haine. Causeur peut vous dévoiler les projets secrets de NKM : construire une usine AZF sur le Champ de Mars, non, plutôt une centrale nucléaire, transformer les Pierrots-de-la-Nuit© en milice armée et interdire les baisers amoureux sur les bancs publics. Dur.

Chanson (1).  En France, tout commence toujours et se finit par une chanson. Cela s’est encore confirmé à l’occasion de la campagne de l’inamovible Patrick Balkany à Levallois-Perret. Ce colossal monument de délicatesse – qui est devenu la risée de la France entière il y a quelques semaines en confisquant (sans penser à l’éteindre…) la caméra d’une journaliste de BFM TV – a inspiré à ses supporters une insupportable chanson de campagne dithyrambique et involontairement bouffonne, dont la musique est reprise d’une chanson de Jean-Jacques Goldman. Le calvaire dure près de six minutes. Le texte dit « Une histoire qui recommence, un sourire quand on y pense. On est là tous ensemble, tous à la permanence, pour une nouvelle échéance » (rires enregistrés) « Levallois, c’est ta vision, une vie de passion et d’ambition »… Objectivement il est impossible de supporter plus d’une minute de cette soupe. Jean-Jacques Goldman s’est lui-même ému de cette récupération sauvage de l’une de ses chansons en « hymne » à la gloire de Balkany. Il a exigé le retrait de la chanson des différentes plateformes vidéo. Quel dommage…

Chanson (2). Comme l’a dit un célèbre philosophe d’opérette connu sous le nom de Luis Mariano dans une célèbre chanson : « La Belle de Cadix a des yeux de velours / La Belle de Cadix vous invite à l’amour ». Pour montrer qu’elle n’a rien d’une sinistre quinquagénaire, ancienne inspectrice du travail, la candidate socialiste de Cadix en fait des tonnes dans la presse… Ainsi, récemment, répondant à la question angoissée d’un lecteur du Parisien qui souhaitait savoir si la candidate socialiste aimait faire la fête, Anne Hidalgo a claironné : « Je suis andalouse, et les Andalouses ne sont pas ennuyeuses ! ». C’est toi qui le dis ! C’est surtout la fête des stéréotypes… Dans un clip de campagne en sa faveur l’indispensable comédien Charles Berling explique pourquoi il soutient la Belle de Cadix : « parce qu’elle est jolie ». Ouf, heureusement que le bellâtre ne s’est pas intéressé à son programme…

Déprime. Je connais peu de sujets qui dépriment autant les journalistes de la presse régionale que l’ouverture de la chasse et la campagne pour les élections municipales. En quoi consiste un article de presse sur les municipales ? En général il s’agit d’un papier qui évoque une liste (qui s’appellera toujours de la même manière, du genre… « Oser Boussac » ou « Vivre ensemble à Villefranche-sur-Mer »), et qui est accompagné d’une photo de groupe terriblement glamour (-> voir aussi l’entrée Police de la mode). Dans ce type d’articles il faut évidemment évoquer le programme de cette liste (qui consiste en général à améliorer la voierie et développer le rayonnement culturel de la commune en donnant une dynamique nouvelle à la Fête annuelle du pâté aux pommes de terre). S’il s’agit de la liste du maire sortant il faut faire en sorte que l’édile se félicite du travail accompli, et s’engage à poursuivre dans cette voie. S’il s’agit d’une liste d’opposition, il convient d’inclure dans l’article quelques vacheries sur l’équipe sortante (qui « n’a pas été à la hauteur des enjeux » par exemple, ou encore « qui n’a pas géré les comptes en bon père de famille »). Non, je vous assure, les journalistes de la presse régionale commencent à en avoir marre…

Élitisme. La campagne des élections municipales permet – à l’instar de certaines émissions de téléréalité – à des stars un peu décaties de revenir sur le devant de la scène. Starlettes oubliées, miss météo, animateurs ringards… Signalons d’abord que Cindy l’ex-candidate particulièrement bien pulmonée de « Secret Story » est en quatrième position sur une liste divers-droite à Villeneuve-le-Roi (Val de Marne). Celle qui est aussi passée par les émissions littéraires « Carré Vip » et « Les Anges de la Téléréalité » explique au Parisien : « Je n’ai pas du tout envie de continuer en politique, seulement que là où je vis il fasse meilleur-vivre (sic) ». Comprenne qui pourra.

Lagaf’, l’animateur de télévision boum-boum-tsoin-tsoin connu par son immortelle chanson La zoubida, est quant à lui candidat à Cavalaire dans le Var. Il figure sur la liste de  Philippe Leonelli, sous la bannière «Vivre Ensemble». L’arrêt d’une compétition de scooter des mers aurait motivé son revirement. Ca fait peu.

L’alsacienne Delphine Wespiser, miss France 2012, a accepté de figurer sur la liste du maire sortant de son village natal Magstatt-le-Bas, Lucien Bronner. Faisons le pari que sa beauté  rougeoyante attirera les foules de villageois aux séances du ConSous le soleilseil Municipal. Mais voilà une candidature qui n’est pas sans rappeler celle – de sinistre mémoire – d’Elodie Gossuin, Miss France 2001, qui défend toujours les couleurs de la droite en Picardie. Madame de Fontenay va finir par manger son chapeau.

Il faut ajouter à cela l’ancien footeux David Ginola qui s’est lancé dans la bataille des municipales en se présentant dans la ville balnéaire de Sainte-Maxime (Var) ; et Pape Diouf – ancien patron de l’Olympique de Marseille – que l’on retrouve à la tête d’une liste à Marseille. J’ajoute la très crispante Adeline Blondieau, ex-de Johnny Hallyday qui a connu son heure de gloire dans la série , durant les heures les plus sombres de la télévision française. Elle figure sur la liste UMP à Colombes (Hauts-de-Seine).

On voit bien, par là, que c’est vraiment l’élection de tous les dangers…

Frites. La frite ne vient pas d’un arbre à frites, comme le pensent une majorité d’enfants citadins décérébrés, mais de la pomme de terre. Selon les historiens français son origine est française. Selon les historiens belges son origine est belge. On la désigne de différentes manières en fonction de la taille du bâtonnet : « bûches » : section carrée de 2 cm ; « Pont-neuf » : section carrée de 1 cm ; « allumettes » : section de 0,5 cm, etc, etc. En général les frites vivent en bancs serrés à côté des moules ou du poulet. C’est pour ces différentes raisons que la candidate de la liste Parti de gauche-MRC à la mairie du XIVe arrondissement de Paris, Leila Chaibi, a choisi de faire sa campagne dans une… baraque à frites. L’AFP est allée constater les dégâts : « A l’heure de la sortie des collèges, de nombreux adolescents se pressent autour du camion, les doigts pleins de mayonnaise. Les frites sont distribuées les mercredi, samedi et dimanche. ‘Passez le tract à vos parents’, leur conseille Leila Chaibi » Devant le succès de cette opération de nombreux autres candidats du Parti de Gauche voudraient aussi se lancer dans la frite. Pour l’heure Leila Chaibi refuse de louer ou prêter son camion à frites. Nous avions la Gauche caviar, la Droite tête de veau… il faudra faire avec l’extrême gauche friture.
Kafka. J’ai appris – dans un passionnant papier du Figaro – que certaines communes du nord-est de la France, totalement rasée durant la première guerre mondiale, sans habitants ni bâtiments, avaient toujours des maires. Exemple avec le maire du « village détruit de Fleury-devant-Douaumont ». Il n’aura pas à affronter les électeurs pour être reconduit. Il est l’édile d’un village mort. Jean-Pierre Laparra explique que sa réélection dépend du Préfet : « Pour être reconduit dans nos fonctions, nous devons justifier de l’activités, des travaux effectués sur notre commune et de l’utilisation du budget ». Il y a cinq « maires » de ce type en France. Une façon de se souvenir des victimes de la grande guerre. À la fois beau et totalement kafkaïen. Les activités humaines sont fascinantes…

Moto. Parfois la pression sur un édile est trop forte, et – allant contre sa nature profonde de prédateur assoiffé de pouvoir – il décide de ne pas se représenter devant les électeurs. Oui, cela arrive, certains maires préfèrent jeter l’éponge, raccrocher les gants, limiter la casse. Un exemple nous est fourni dans une fascinante commune de Seine Saint Denis peuplée de bobos, de retraités de l’éducation nationale et de quelques prolétaires quand même : Montreuil. L’écologiste Dominique Voynet – après un mandat à la tête de la mairie – a décidé de prendre du temps pour elle. Dans un portrait que lui consacré le quotidien Ouest-France (elle s’est achetée une maison sur l’île de Groix « en cachette de son compagnon »), elle déclare : « je vais passer mon permis moto », pour « fumer le bitume ». Pas très écolo. L’étape suivante ? Le démon de midi ? La France a peur.

Police (de la mode). La commune de Brie, en Charente, a cette particularité d’être pleine de maisons, de rues et d’habitants. Une église et un monument aux morts sont aussi à signaler. Les élections municipales ont donné lieu, dans ce gros bourg, a un psychodrame d’ampleur internationale… La préfecture a demandé que la photo de groupe de la liste « Vivre ensemble à Brie » – destinée à figurer sur la profession de foi – soit refaite au motif que les couleurs des vêtements de trois colistières rappelleraient trop un symbole républicain, le drapeau tricolore. Après un long temps d’observation on entraperçoit en effet une petite dame avec un pull rouge, à côté d’une autre dame en pull bleue, à côté elle-même d’une colistière vêtue d’un imperméable blanc. La photo, publiée par Sud-Ouest, n’a rien de scandaleux. Elle est plutôt très ennuyeuse, comme la plupart des photos électorales… En réponse aux injonctions préfectorales la petite équipe s’est adonnée aux joies de Photoshop…  Le bleu est devenu mauve et le rouge prune. « La prochaine fois, on posera nu et on en profitera pour éditer un calendrier », menace Michel Buisson – tête de liste – dans les colonnes de Sud-Ouest. Dans les mêmes pages un colistier ironise : « Je ne crois pas que cette photo puisse mettre la démocratie en péril, d’autant qu’il n’y a qu’une seule liste déclarée à Brie »… Cela fait plaisir que l’argent public soit ainsi dilapidé dans cette nouvelle tâche régalienne en diable… la police de la mode !

Retour (éternel). J’allais en paix. Je ne faisais de mal à personne. Pour être précis je sortais – rieur et débonnaire comme toujours – d’un disquaire avec quelques vinyles rares de François de Roubaix sous le bras quand soudain je suis tombé nez à nez avec l’affiche de campagne d’un certain… « Dominique Tibéri » dans le V ème arrondissement. Les traits de l’individu me rappelaient quelqu’un, et son patronyme me disait quelque chose. Mais quoi ?! Qui ?! On dirait un peu le fils de l’actuel maire du Vème, Jean Tibéri… Non, quand même pas… ? Si ? Sortez les électeurs morts !

Star of the stars. (*Quizz*) Qui a déclaré en meeting ?

« Etre maire de Paris, c’est aimer les concierges et les stars, parce que les concierges sont les stars de notre quotidien ! »

a)      Linda de Suza

b)      Anne Hidalgo

c)      Jean Tibéri

d)     Dominique Tibéri

e)      Kamoulox

Zut. Avez-vous bien vérifié ? N’êtes-vous pas sur une liste du Front national sans le savoir ?! Ca arrive plus souvent qu’on ne le croit… A force de devoir virer les candidats néonazis, ayant posé devant la croix gammée, ou fans de Mein Kampf ils se retrouvent à devoir présenter régulièrement aux municipales des analphabètes, des Alzheimer, des vieillards affectés de toutes sortes de maux, des simplets, des idiots du village, d’anciens communistes, des jeunes désorientés… Ou tout simplement des gens qui n’ont rien demandé. Le phénomène devient récurrent. Méfiez-vous. Avez-vous bien vérifié ?

*Photo : MATHIEU PATTIER/SIPA. 00678936_000003.