Comme les postures éthiques sont commodes quand elles détournent de l’essentiel qui est tout de même d’agir !
À l’étranger, le président de la République s’est cru autorisé à dénoncer, contre l’UMP, au sujet du scandale Sarkozy-Copé et Bygmalion, « une démocratie affectée, infectée ».

Outre que cette perfidie ne me semble pas être à la hauteur de ce qu’exige sa fonction, il devrait se souvenir qu’il est sans doute mal placé pour donner ce type de leçon. En effet, je ne suis jamais parvenu à accorder du crédit à ce président lunaire qui n’aurait rien su du passé de Jérôme Cahuzac et aurait donné un rôle éminent à Aquilino Morelle sans être le moins du monde informé sur les comportements de ce proche conseiller. Pour le moins, ces ignorances si peu crédibles devraient le conduire à une sage réserve pour les procès intentés aux adversaires.

Mais, à l’évidence, François Hollande n’est jamais plus à l’aise que dans le discours moral : contre la démocratie dégradée, contre le racisme et l’antisémitisme, récemment à propos des crimes de Bruxelles – aucune certitude pour l’instant sur l’imputabilité – et de l’agression de Créteil.

Cela permet, grâce au verbe favorisant le coeur consensuel, d’échapper aux rudes enseignements du réel et d’une double déconfiture aux municipales puis aux élections européennes suivies par une intervention calamiteuse de cinq minutes pour ne rien dire lundi soir. Avec le sentiment que pour la première fois notre président avait perdu la main et d’une certaine manière l’esprit.

Depuis le 22 février 2014, le président du Conseil italien Matteo Renzi ne cesse de transformer, de bouger, d’accomplir, avec une rapidité et une efficacité qui laissent pantois. Ce formidable empressement à déjouer tous les pronostics faisant de la passivité politique une vertu est non seulement apprécié par une majorité d’Italiens mais redoutable sur le plan tactique puisque, contre toute attente, Renzi a nettement devancé le démagogue Grillo aux dernières élections européennes. Ce qui démontre, pour ceux qui pourraient en douter, que l’action paie et qu’une politique ne doit pas seulement offrir l’apparence de l’énergie et du changement mais leur réalité.

La Ferrari Renzi et la bien française deux-chevaux de François Hollande.

Les rôles constitutionnels de ces deux personnalités ne sont certes pas les mêmes mais on a le droit de comparer ces deux trajectoires, ces techniques contrastées, l’éclat redoutable et décisif de l’Italien et la parole pleine de gravité et de componction du Français qui n’arrive pas, malgré tous ses efforts, à faire entrer dans la tête de ses compatriotes qu’elle n’est pas une fuite mais un prélude, pas un fumet talentueux et creux mais une préparation, pas des mots mais déjà, presque, un acte.

Le président de la République annonce en permanence le concret d’une politique, l’incarnation d’un pacte et le surgissement opératoire de mesures et d’avancées. Comment se fait-il que de l’avis général – sans tenir compte de l’inévitable lenteur des résultats à venir – ce pouvoir donne l’impression de faire du surplace d’autant plus préoccupant que, contrairement à Jacques Chirac qui avait pris son parti d’un immobilisme noble et apaisant, François Hollande s’obstine à se faire passer, et son gouvernement avec lui, pour industrieux, mobilisé, réactif et pragmatique.

Je crains que, sa parole n’imprimant plus, son volontarisme nous prêchant ce qui adviendra demain s’arrête toujours, juste après la résolution proclamée.

En dépit des antagonismes forts et parfois grossièrement exprimés entre le président et le Front de gauche, il est clair que, largement appréhendé, le paysage de gauche, de sa conception extrême à sa vision social-démocrate, est gravement obéré et suscite, de la part des citoyens, une opposition qui met tout le monde dans le même sac.

Ce n’est pas seulement la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, son aptitude orale mais aussi, à force, ses lassants coups de boutoir et paroxysmes, pas seulement l’ennui profond que distille un Pierre Laurent, qui expliquent que sur un même terreau anti-européen, le FN ait capitalisé et le Front de gauche perdu. François Hollande entraîne même les adversaires de gauche de sa politique dans la spirale de l’échec. Il paraît que certains, dans le groupe parlementaire socialiste, vont jusqu’à s’interroger sur le « problème » que représenterait François Hollande.

On aura le temps d’y réfléchir car, quand la Ferrari Renzi va offrir à l’Union européenne sa présidence et son enthousiasme efficient, la deux-chevaux tranquille et cahotante du président Hollande, elle, passe devant le peuple en l’ignorant.

Une démocratie reléguée, s’il faut à tout prix la qualifier.

*Photo : AP21548445_000043. Yves Logghe/AP/SIPA.

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Philippe Bilger
anime le blog "Justice au singulier".
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