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Carlton de Lille : C’est important la réputation

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dodo saumure dsk

Dodo la saumure a le traczir. C’est pas tant à cause du procès qui s’ouvre à Lille avec, sur le banc d’infamie, des cavillons à Légion d’honneur qu’aimaient se faire éponger le minaret sous les dorures par des gagneuses honnêtement formées par cézigue.

Non, Dodo, il a jamais chialé quand la maison poulaga lui est tombée sur les endosses. Il connaît les risques du métier : quand tu turbines dans le pain de fesses, tu sais qu’on peut se retrouver dans la mouscaille à toute vibure. Entre les énervés en moule-burnes qui font dans la concurrence sauvage en mettant de la gisquette sur le trottoir et qu’on vite fait de jouer du soufflant quand tu leur fais remarquer que les gagneuses sont mieux en maison, les clilles pas contents qui font du barouf parce qu’on n’a pas réussi à leur réveiller le panais et les édiles ripoux qu’il faut arroser pour qu’ils ferment les chasses, il pourrait vous en narrer, le Dodo.

Non, ce qui le chagrine, le Dodo qu’est quand même un brochet de première bourre, c’est qu’on lui sabote sa réputation. C’est important la réputation. Et DSK qu’est le chef des caves au procès, il risque de la lui saboter, sa réputation, la couler en haute mer. Il explique ça aux baveux lillois, Dodo, comme quoi tout grand sachem du FMI qu’il était, le DSK, c’est un bien plus grand marlou que lui, un qu’a des mœurs de gigolpince qui stratosphérise de la chéchia niveau radada et flouze.

Il regrette bien, Dodo, d’avoir cru dans le FMI. Il est aussi naze qu’un Grec,  qu’il se dit le Doco. Pas sur le plan des agaceries autour de l’œil de bronze mais dans la crédulité. Le FMI, c’est nib, macache, bono, niveau moralité. Alors que lui Dodo, au fond, il avait la fibre sociale. La preuve, il avait même voulu ouvrir un boxon pour les pas beaux, les croulants, les béquilleurs, qu’ils aient aussi le droit à de la prestation honnête pour prendre leur fade grâce à des laitues pas dégoûtées, des dévouées girondes qu’ont la vocation. Histoire de pas rester en tête à tête avec la veuve Poignet, et encore quand ils les avaient encore, leurs pognes, ce qu’était pas forcément le cas, tellement y en a qui sont poissards, champions toute catégorie de la scoumoune.

Mais aujourd’hui, Dodo, il se sent comme eux, tout seulâbre, entourés de malfaisants comme DSK qui vont chercher à lui faire porter le bada et DSK le premier ! Ah quelle gourance ! On est pas près de l’y reprendre le Dodo, lui qu’était si serviable, pourtant…

*Photo : Denis Closon/Isopix/SIPA. 00682578_000028.

École : les hussards perdus de la République

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ecole lille charlie hebdo

Le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, bouleversé par les assassinats sauvages de Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et tous les autres, je décide d’en parler avec mes élèves. Ce 8 janvier en salle des profs peu avant 8 heures du matin, les enseignants vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était. Certes, nous discutons de la tuerie perpétrée par les frères Kouachi mais personne ne pose la question pédagogique du jour : que faire dans quelques minutes avec nos élèves ?

Avec un petit groupe d’enseignants, j’estime qu’il faut marquer le coup. Nous décidons ainsi de rassembler nos élèves, âgés de 15 à 21 ans, dans la cour à midi pour leur faire observer une minute de silence. Le proviseur étant introuvable, son adjoint nous donne son accord en y ajoutant une seule consigne : seuls les professeurs qui le « souhaitent » – c’est-à-dire ceux qui s’en sentent le courage – feront participer leur classe à notre initiative. Mes collègues et moi-même obtempérons sans hésitation, conscients que si cinq cents ou six cents élèves s’amassent dans la cour accompagnés d’enseignants dépassés, la situation risque de dégénérer.

A ce stade, il me faut préciser que mon lycée compte 99% de garçons, dont beaucoup sont issus de familles musulmanes ou de couples mixtes. Par le passé, j’ai déjà entendu plusieurs de mes élèves musulmans se plaindre de la malveillance que certains Français « de souche » nourrissent à leur égard. Quoique détenteurs du passeport tricolore, ces jeunes gens se déclarent ne pas se sentir pleinement Français en raison de l’hostilité qu’ils rencontrent chez une partie de la population.

Instruit par cette expérience, j’enfile mes habits de hussard noir avant d’entrer dans ma classe du jeudi matin. Puisque l’occasion fait le larron, j’explique à ces citoyens en herbe pourquoi la tragédie de Charlie Hebdo doit nous rassembler autour des valeurs de la République, telles que la liberté d’expression et le droit au blasphème. Anticipant les objections, je confesse avoir été parfois choqué par des caricatures de Jésus apparues dans Charlie Hebdo qui pouvaient heurter ma conscience de chrétien. Mais j’ajoute me sentir profondément ébranlé par cet attentat inqualifiable. Pour mieux me faire comprendre, j’évoque notre tradition anticléricale et remonte aux origines de la laïcité qu’une immense majorité de Français – athées, agnostiques ou religieux – considère comme un acquis irréversible. Au passage, je me dis solidaire de mes élèves musulmans, les exhorte à la sérénité et conclus mon intervention par un appel à leurs coreligionnaires. Je crois bon d’ajouter que tous les musulmans devraient se désolidariser clairement des tueurs et préciser que la pratique de l’islam n’induit pas le meurtre des « blasphémateurs ».

Parmi mes élèves de 2nde et de 1ère professionnelle, beaucoup acquiescent, toutes origines confondues. D’autres lancent : « Ces terroristes ne sont pas musulmans, notre religion ne nous autorise pas à tuer, la vie est sacrée » ou encore « Ces terroristes salissent l’image des musulmans. » L’air hagard et désemparé, un groupe garde le silence. Son mutisme semble provenir d’un manque de connaissances religieuses et/ou du discours bien différent que ses membres ont entendu à la maison et qui les empêche d’adhérer totalement à mes propos. Chez bien des garçons au visage grave, le regard et l’attitude quasi-immobile trahissent de l’appréhension. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent d’une éventuelle multiplication des attentats et violences intercommunautaires, allant jusqu’à craindre une guerre civile. Certains élèves non-musulmans hésitent à afficher leur désaccord avec leurs condisciples musulmans… Il faut dire qu’une forme insidieuse de racisme anti-blanc s’est depuis longtemps installée dans l’établissement, au vu et au su de professeurs qui s’en accommodent, histoire de ne pas se coltiner une difficulté supplémentaire.

En fin de compte, ce sont mes étudiants de BTS qui mettent les pieds dans le plat. J’entends dans la bouche de quelques-uns le fameux « Charlie Hebdo l’a bien cherché ».  Sans haine ni violence, ces jeunes musulmans essaient de transiger avec nos valeurs : « oui bien sûr, on ne tue pas pour des dessins, mais quand même… on ne touche pas au Prophète ». Je hausse alors le ton : « Vous devez accepter qu’on se moque du prophète puisque dans notre pays, vous pouvez pratiquer librement votre religion. »

Deux élèves refusent obstinément d’entendre raison. Ils soutiennent mordicus que la liberté d’expression doit s’arrêter aux portes du blasphème. Peu à peu, l’échange glisse sur la question de l’islam de France : mes contradicteurs jugent les institutions musulmanes vendues au gouvernement français. A leurs yeux, il n’est qu’un seul véritable islam, pur de toute compromission, qu’on ne saurait appeler à se réformer. Le lendemain, ils se montreront particulièrement sages et courtois en cours… sans doute par crainte de s’être trop livrés la veille !

La minute de silence se déroule à midi sans aucun incident.

Quelques jours plus tard, le lundi 12 janvier, le chef de l’établissement et le ministère de l’Education n’ont toujours pas donné signe de vie. J’ai bien conscience que le « débat » de la semaine précédente est resté sans effet, aucun de mes élèves n’ayant apparemment participé aux manifestations monstres de la veille. Quant au proviseur, on l’attend toujours…

« Lapidée » : l’après-Charlie n’est pas brillant

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Non sans malice, certains imams ont déploré les récents massacres à Paris, tout en précisant qu’ils étaient sans doute nécessaires….les Français ne comprenant que le langage de la terreur. Et, dès lors qu’il est question du Prophète, temporiser serait déjà un sacrilège.

En dépit de manifestations géantes relevant tout à la fois de l’émotion et de la manipulation politique, l’actualité donne raison à ces imams. Une pièce de théâtre, Lapidée, dont l’auteur, Jean Chollet, est un pasteur lausannois, n’aura droit qu’à trois représentations confidentielles au lieu des trente prévues. Et le regard d’une femme voilée sur lequel coule une larme de sang ne sera pas affiché sur les 150 des 500 colonnes Morris de Paris. Une comédienne en colère – on le serait à moins – a déclaré à La Tribune de Genève :  » Tout le monde clame haut et fort : Je suis Charlie, mais quand il faut agir, il n’y a plus personne. « .

La Préfecture de Police elle-même est intervenue pour que toute forme de provocation soit bannie. L’auteur de la pièce qui n’avait l’intention d’insulter ni l’Islam, ni le Prophète, mais de défendre les droits des femmes, n’en est pas encore revenu. Peut-on dire pour autant que la France est entrée dans l’ère de la soumission et de la dhimmitude ? Mettons qu’elle n’en est pas loin pour ne blesser personne.

Pièce de Théâtre Lapidée

Islamisme : En attendant les barbares

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islam arabie saoudite terrorisme

Les années sombres ont fini  par arriver, du moins elles sont devant nous; plus qu’un effort et nous pourrons pousser les portes qui s’ouvrent sur nos lendemains pas vraiment radieux. Les spécialistes du retour des années 1930 seront cependant déçus de ne pas se trouver enfin nez à nez avec le spectre éternel du fascisme nous attendant sagement, tapi dans un recoin de l’histoire. C’est que tous les spectres ne sont pas éternels et l’histoire ne répète jamais à l’identique nos monstruosités. Tout est nouveau à chaque fois et la seule chose qui ne change pas c’est simplement notre incroyable incapacité à éviter le pire. L’histoire ne se répète pas, ce sont les hommes qui bégaient.

Le pire n’est pas forcément celui qu’attendaient les répétiteurs des heures-les-plus-sombres mais il a tout de même un air de déjà-vu. Des champs de bataille de l’Afghanistan à ceux de l’Irak et de la Syrie en passant par le Caucase ou les zones tribales du Pakistan, le djihad est fils de la guerre froide et de l’aventurisme américain, puissant facteur de chaos au Moyen-Orient, mais il est aussi le produit de l’ataraxie du monde arabe dont la Nahda, la renaissance, a été confisquée par un wahhabisme qui tient plus du rétropédalage spirituel et culturel que d’une quelconque renaissance. En réponse au mondialisme libéral, l’internationale du djihad propose une autre forme de mondialisation revêtant les formes d’une oumma toujours fantasmée et jamais réalisée. Il n’y a aucune alternative spirituelle ou politique dans le projet islamiste, seulement un vide, témoin des échecs successifs des différents modèles de société adoptés dans l’aire arabo-musulmane, un vide conquérant néanmoins qui ambitionne de se superposer au nôtre, témoin de notre effacement civilisationnel par épuisement et lassitude de nous-mêmes.

Notre tradition intellectuelle nous permet d’envelopper cependant ce vaste combat du non-sens dans une cacophonie de bon aloi. « Sitôt que l’on a affaire à une opinion baroque et manifestement absurde, l’on peut être sûr qu’elle a pour auteur quelque prince de la pensée », écrivait Jean Paulhan. Et encore Paulhan ignorait-il la télévision, qui est sans doute une des pires choses qui soient arrivées à la démocratie. Après cela, il ne manquait plus qu’internet pour parachever la tour de Babel. Non seulement nos princes de la pensée disposent aujourd’hui d’un nombre de tribunes beaucoup plus important, d’où ils peuvent déverser leur lumineuse sapience sur le bon peuple, mais on tient désormais salon partout sur internet : salon des initiés, salon des clairvoyants, salon du complot, salon des mal-embouchés, salon des mal-rasés, salon des va-t-en-guerre et des va-comme-je-te-pousse, salon du repentir et du bal des faux culs. Avec ce grand accélérateur de particules que représente internet, les théories paraissent se fracasser les unes contre les autres : Douguine recyclant Carl Schmitt pour affronter Samuel Huntington, le « choc des civilisations » rompant des lances avec la « stratégie de la tension » et bien entendu les théories du complot se multipliant à la vitesse d’une parthénogenèse démente car le spectateur du monde d’aujourd’hui a, plus que la nature, horreur du vide. Face à cette dangereuse inflation d’intelligence, vous prend soudain l’envie de rester con. Le mouvement qui a jeté quatre millions de personnes dans la rue le dimanche 11 janvier a peut-être constitué pour ses détracteurs une démonstration de suivisme à grande échelle mais au moins la puissance de la vocifération commune a mis en sourdine pendant quelques heures Twitter ou Facebook qui donnent la nausée à force de vomir des hectolitres de fantasme et de réel recomposé.

L’orchestration médiatique et la mise en scène de l’événement a d’ailleurs eu au moins le mérite de parfaitement résumer les clivages de la société française. Les chefs d’Etat n’ont jamais marché en tête de la foule, ils ont marché à côté, dans une rue isolée, sécurisée et fermée au public, pour éviter que n’importe quel candidat à la gloire médiatique instantanée ne soit pris de l’envie de réaliser le carton du siècle. A l’écart de ces dirigeants qui craignent plus que tout autre chose désormais leur propre population, les rues et les artères des grandes villes et même des villages étaient envahies par une population réagissant de façon assez atavique contre le meurtre et la barbarie mais sans aller encore jusqu’à concevoir pleinement les responsabilités de ses propres dirigeants dans l’importation de cette barbarie sur son sol. À Beaucaire, haut-lieu de la résistance des comtes de Toulouse au roi de France et aux cupides seigneurs du nord qui orchestrèrent la croisade contre les Albigeois au XIIIe siècle, on vit défiler le Front national, écarté de toute union républicaine mais dont la patronne est peut-être tombée la tête la première dans un piège politique en se retranchant dans son splendide isolement. Nulle part ou presque on n’entendit ni ne vit les « jeunes des cités ». Cette partie-là de la France est restée singulièrement silencieuse mais en privé ou sur les réseaux sociaux, elle s’exprime bien plus clairement et quand elle tient salon, ce n’est pas pour parler tolérance et amour du prochain. La soi-disant « union républicaine » du 11 janvier, qui n’a pas duré le temps d’un week-end, a montré que la société française est plus que jamais travaillée par une véritable logique de sécession. Grossièrement découpées, il y avait ce jour-là quatre France : une qui faisait semblant de défiler, une autre qui défilait en masse et dans l’angoisse, une qui, vexée de n’être pas invitée, défilait ailleurs, et la dernière qui se défilait avec conviction.

On peut estimer à raison que l’islamisme est une composante particulière de l’islam qui n’englobe pas en un bloc l’ensemble du monde musulman, trop divers et complexe pour être défini comme une entité unique, entière et hostile. Néanmoins, les tenants du discours « padamalgamiste » oublient facilement, dans leur opposition décidée à toute forme d’islamophobie, le rôle déterminant des minorités agissantes dont l’action prime sur la masse et l’entraîne bon gré mal gré à suivre les desseins de la minorité la plus déterminée et la plus influente. Et le problème de la « stratégie de la tension », postulant que nos gouvernants utilisent les attentats pour entretenir en France une tension entre population allogène et autochtone qui leur profite, est qu’elle suppose à nos élites politiques une intelligence politique et une vision à long terme que l’on serait presque rassuré de pouvoir leur prêter, elles qui semblent plutôt empêtrées dans la logique électoraliste et les déclarations contradictoires. Dans la précipitation de l’après-crise, nous avons pu les voir promouvoir le verrouillage d’internet, s’autoriser à convoquer des enfants de huit ans au commissariat pour « apologie du terrorisme » tout en continuant à s’arc-bouter sur la culture de l’excuse pour définir les djihadistes français comme de malheureux paumés, victimes d’une société injuste et exprimant leur frustration à travers le rêve de la guerre sainte. Passée d’ailleurs la grande communion nationale du 11 janvier, notre cohorte de chefs d’Etats est allée se recueillir devant la dépouille d’Abdallah, défunt roi d’Arabie Saoudite, que Christine Lagarde qualifiait de « souverain progressiste » et qui jamais, au grand jamais, n’a financé le moindre terroriste, pas plus que le Qatar selon Laurent Fabius. Mais les Saoudiens, sans doute apeurés par la vigueur du gros bébé islamiste, ont soudain besoin de nous pour les protéger en échange de leur précieux pétrole. Alors, comme du temps de Khaled, de Fahd et d’Abdallah, nos dirigeants ont été accueillis par un nouvel émir, celui-ci visiblement encore plus proche du gâtisme que le précédent et, comme à leur habitude, ils ont sagement marché en rang derrière un vaste fessier flasque et craintif tremblotant avec circonspection dans les allées du pouvoir.

47 % des Français estiment aujourd’hui que l’Islam est compatible avec les valeurs de la société française, soit deux fois plus qu’il y a deux ans. Au-delà du caractère toujours un peu spectaculaire des chiffres, le sondage pose la question de la nature de cet islam « compatible ». L’islamisme, qui comme tout phénomène historique ne surgit pas de nulle part, pose directement la question des fondements actuels de la religion musulmane, de même que cette question de la « compatibilité républicaine » de l’islam questionne directement la société française qui compte près de cinq millions de musulmans. Libération devrait peut-être en particulier interroger les femmes sur cette « compatibilité » mais il semble que le concept d’islamophobie  ait dressé un tabou si puissant qu’on ne se hasarde pas dans la grande presse à poser ce genre de question.

Comme en d’autres temps, qui paraissent désormais bien lointains, où il était mal vu de questionner le bien-fondé de l’abandon du contrôle des frontières ou des flux migratoires au nom du dogme progressiste, le nouvel interdit du « padamalgames » est là pour nous rappeler que la première des soumissions est la confiscation de la parole. Et cette soumission au non-sens porte en elle toutes les soumissions futures.

*Photo :  Jennifer Moo.

Toutes les banlieues sensibles ne sont pas des ghettos

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banlieues sarkozy borloo

Le terrorisme n’est pas un phénomène nouveau en France. Vous-même y avez été confrontée dès le début de votre carrière. Quelles évolutions avez-vous observées depuis ?

Ma première confrontation avec le terrorisme a eu lieu le samedi 20 mai 1978. J’étais alors directrice de cabinet du préfet du Val-de-Marne, qui avait la responsabilité de la sécurité de l’aéroport d’Orly. J’attendais au pavillon d’honneur installé dans le terminal sud pour accueillir les chefs d’Etat invités au quatrième sommet franco-africain. Une fusillade a éclaté dans la zone d’El Al, impliquant trois Palestiniens se réclamant des fils du Sud-Liban. Les terroristes ont été abattus mais deux policiers y ont laissé leur vie. Quelques jours plus tôt, la Légion avait sauté sur Kolwezi. Mais le terrorisme avait déjà frappé à Orly. En janvier 1975, le terroriste Carlos et un commando du FPLP avaient déjà tenté de détruire un avion d’El Al. Un autre appareil avait été touché. Il y avait eu des blessés. C’est à la suite de cet événement que la terrasse d’Orly sud a été fermée au public. Cette période a été marquée par l’activisme terroriste de Carlos dont le vrai nom, Ilich Ramirez Sanchez, témoigne de l’engagement communiste que lui ont transmis ses parents. Outre celles liées à Israël, ces cibles étaient : la police, avec la fusillade de la rue Toullier, et des organes de presse, comme L’Aurore ou Minute. Ce choix s’inscrivait dans un contexte de guerre froide. Le bloc communiste savait exploiter l’anticolonialisme et le tiers-mondisme contre les pays démocratiques.  Mais les attentats de janvier 2015 visaient les mêmes cibles : Juifs, police et presse, même si Charlie Hebdo a remplacé Minute. Aujourd’hui comme hier, ce choix des terroristes n’est pas fortuit : il vise à nous diviser, nous les Français, adversaires désignés de mouvements terroristes islamistes.

Si les cibles restent les mêmes, qu’est-ce qui a changé depuis les années 1970 ?

Les moyens techniques dont on disposait alors pour assurer la sécurité intérieure étaient limités. L’application de l’informatique aux fichiers de sécurité n’en était qu’à ses balbutiements. Et la Commission nationale informatique et liberté (CNIL), créée en 1978, allait en limiter le développement et les usages. L’époque était encore marquée par le souvenir du fichier des Juifs. Je me suis heurtée à ces questions entre 2006 et 2009 : en tant que secrétaire générale du ministère de l’Intérieur, j’ai dû défendre des projets importants de dématérialisation des procédures, qui passaient par la constitution de fichiers. Mais tout pouvoir appelant en démocratie une limite ou un contre-pouvoir, l’irruption massive de l’informatique nécessitait bien un contrôle. D’autant que la France est plus sensible à la protection de la vie privée que d’autres nations, qui font de la transparence maximum un impératif démocratique.

Dans ces conditions, quelles sont d’après vous les priorités pour assurer l’efficacité de la lutte contre le terrorisme ?

À l’heure de la mondialisation et des mégadonnées, il va falloir coordonner nos opérations à l’échelle internationale, sur la base d’une philosophie commune. Or les événements des 7, 8 et 9 janvier 2015 et les réactions qu’ils ont provoquées l’ont montré : les différences culturelles restent très fortes au regard de l’humour, de la religion, de la liberté et de ses limites. Dans de nombreux pays, y compris de tradition chrétienne, les caricatures de Mahomet n’ont pas été diffusées par la presse. Même en France, elles divisent l’opinion, alors que la gauloiserie et la dérision – qui n’épargnent pas le religieux – sont constitutives d’un esprit français qu’illustrent aussi des poètes et des  philosophes. Aujourd’hui, un certain nombre de Français, notamment les immigrés de tradition musulmane, ont du mal à se reconnaître dans le mouvement de solidarité qui s’est manifesté par le rassemblement républicain du 11 janvier. Ils ne sont pas pour autant des suppôts du terrorisme. Le refus de certains élèves de prendre part à la minute de silence a ému, étonné certains. Mais ne faut-il pas déjà une certaine dose de recul critique à un jeune musulman dans un quartier sensible pour rendre hommage à des flics, des juifs et ceux qu’il considère comme des blasphémateurs ? Lui a-t-on donné accès à cet esprit critique ? On nous dit que la guerre est déclarée. Mais c’est une guerre psychologique, qui se joue dans les esprits. Evitons que l’émotion ne remplace la réflexion indispensable à une action efficace.

Vous avez présidé pendant dix ans l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS), mis en place par la loi Borloo du 1er août 2003. Comment expliquez-vous le développement de ces « territoires perdus de la république » ?

La situation de nos banlieues préoccupe les pouvoirs publics depuis plus de quarante ans. Souvenons-nous du mot d’ordre lancé en 1989, « pour en finir avec les grands ensembles ». Des opérations «  Habitat et vie sociale » au programme de cohésion sociale en passant par Banlieues 89, la politique de la ville a sécrété de nombreux organismes, consommé beaucoup d’argent public, mais la question surgit régulièrement de l’utilité de ces actions. L’ambition du plan Borloo – « remettre les quartiers dans la République et la République dans les quartiers » – ne pouvait qu’emporter l’adhésion. Les moyens alloués étaient puissants, et la création de l’observatoire avait été motivée par la volonté d’évaluer l’impact du programme. Nous étions chargés de suivre toute une batterie d’indicateurs relevant de l’urbanisme, de l’emploi, de l’économie, de la santé, de la sécurité, des discriminations… Notre rapport annuel était l’occasion pour la presse de constater, année après année, que la situation socio-économique y était toujours à peu près deux fois pire que sur le reste du territoire. Mais d’emblée, nous avons été confrontés à des difficultés de recueil de données, liées à des incertitudes et des contradictions dans les objectifs visés. S’agissait-il d’éviter les explosions de violence, les émeutes urbaines ? De répondre à l’injonction : « Dites-nous où ça va exploser » ? S’agissait-il d’intégrer ces quartiers ou leurs habitants à la communauté nationale ? La réduction des écarts socio-économiques allait-elle y suffire ?

Finalement, comment avez-vous procédé et qu’avez-vous constaté ?

D’abord, il a fallu créer les instruments de mesure, souvent inexistants  à l’échelle de ces quartiers : il n’y avait pas de thermomètre. Dès 2005, nous avons pu constater que ces zones n’étaient pas – du moins pas toutes – des ghettos. Une partie des habitants y résidaient par choix et attachement à leur cité tandis qu’une autre, s’agissant des quartiers aux loyers les plus bas, n’avait pas le choix. Une rotation des habitants comparable à ce que l’on rencontre ailleurs renouvelle en permanence la population de ces zones, mais ceux qui partent sont dans une situation socio-économique plus favorable que les nouveaux venus : ces quartiers fonctionnent en partie comme des sas. Tout est toujours à recommencer. Par ailleurs, l’absence de statistiques dites ethniques nous a aussi privés de moyens d’analyse. Après une première exploitation de données du recensement, il a fallu plusieurs années pour pouvoir établir des corrélations entre la place des immigrés ou descendants d’immigrés dans ces quartiers et la nature ou l’ampleur des difficultés rencontrées. C’est l’exploitation, à partir de 2010, d’une enquête sur la « diversité »[1. « Trajectoires et origines : enquête sur la diversité des populations en France », menée par l’INSEE et l’INED.] qui nous a permis de livrer quelques analyses sur le sujet. Mais même avant cela, l’occultation de l’immigration dans les données officielles n’empêchait pas le professeur de collège, dans ces quartiers, de s’apercevoir que les trois quarts de ses élèves étaient d’origine immigrée. Et que leurs difficultés scolaires n’étaient pas seulement liées aux problèmes socio-économiques de la famille, mais aussi à des handicaps culturels – à commencer par la maîtrise de la langue.

Quels autres problèmes pensez-vous que la focalisation sur des éléments « objectifs », purement socio-économiques, occultait auparavant ?

Cette négation de la dimension culturelle se traduit aussi dans la manière dont on désigne ces quartiers prioritaires de la politique de la ville. En les rebaptisant aujourd’hui « quartiers populaires », ne se cache-t-on pas derrière son petit doigt ? L’appellation de « zones urbaines sensibles », jugée trop « stigmatisante », ne manquait à mon avis pas de pertinence. J’avais eu l’occasion de m’en expliquer devant la mission d’information du Sénat sur les banlieues en 2006. J’avais rappelé que la politique de la ville était née en réponse aux émeutes urbaines, et qu’on ne pouvait pas nier non plus la dimension psychologique, le sentiment de discrimination et la susceptibilité d’habitants de ces zones souvent en demande de considération. J’avais ajouté qu’il pourrait être positif d’introduire de la sensibilité  dans l’univers machiste de ces quartiers. À Fadela Amara, alors secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, qui cherchait des indicateurs pour mesurer la situation dans ces zones, j’ai suggéré de prendre en compte la visibilité des femmes. Il ne s’agit pas seulement du port du voile, intégral ou non, mais de leur simple présence dans l’espace public.

Sur la question de l’égalité entre hommes et femmes, le gouvernement actuel semble tout de même déployer des moyens considérables…

Est-ce la meilleure façon de répondre au refus d’égalité entre les hommes et les femmes que de jeter le trouble sur la notion de mariage ? Au lieu de faire la leçon, montrons l’exemple. Angela Merkel et la reine de Jordanie étaient bien seules au premier rang des dirigeants, le 11 janvier…

Les investissements massifs de l’Etat dans l’urbanisme, la lutte contre le chômage et les discriminations, vous semblent-ils tout de même nécessaires ?

Oui, il fallait s’atteler à la rénovation urbaine, désenclaver ces quartiers, organiser un aménagement de l’espace propice à la prévention de la délinquance. Mais sans réforme profonde de la politique du logement – et pas seulement dans ces quartiers – les mêmes problèmes vont resurgir. Oui, l’emploi est le meilleur facteur d’intégration et les banlieues souffrent deux fois plus du chômage que le reste du territoire. Mais là encore, les solutions sont nationales et européennes. En la matière, les banlieues ne sont que le miroir grossissant de nos difficultés, dues à des politiques inadéquates. Moins de règlements, moins d’organismes, moins d’impôts donc moins de dépenses publiques, voilà qui permet à toutes les énergies de se libérer. Oui, il faut aider les collectivités locales surchargées financièrement du fait d’une concentration de populations pauvres. Mais l’intégration est une responsabilité première de l’Etat. Elle s’adresse non pas à des territoires, mais à des familles, des personnes. La création en 2009 de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, rattaché au ministère de l’Intérieur, va dans le bon sens. Mais l’intégration ne se fait pas dans le temps limité d’un contrat d’accueil et d’intégration. Oui, il est bon que les immigrés bien intégrés puissent acquérir la nationalité française et accèdent ainsi à la pleine citoyenneté. Mais les cérémonies de remises de décret comme celles auxquelles j’ai procédé en tant que préfète tournent parfois à la démonstration de non-intégration. Oui, nous sommes un pays laïc. Mais nous ne sommes pas fâchés d’avoir hérité, via le Consulat et l’Empire, d’une organisation des cultes protestants et israélites, moins spontanément structurés que le catholicisme. Le Conseil français du culte musulman, fruit des efforts de Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Sarkozy, doit pouvoir jouer ce rôle de catalyseur d’un islam de France rejetant le fondamentalisme.

Notre intégration croissante dans un système politique supranational, et l’évolution considérable des normes relatives aux Droits de l’homme qu’elle entraîne, par le biais de la CEDH notamment, n’affaiblit-elle pas notre capacité à relever les défis du terrorisme ?

Aucun pays ne peut vivre coupé du reste du monde et il serait irresponsable de ne pas tenir compte des interdépendances entre nations, proches ou éloignées. Nous importons par l’image des conflits dont nous ne sommes pas les acteurs. Et nos interventions sur des théâtres d’opérations extérieurs ne sont pas sans lien avec notre désignation comme cible du terrorisme islamiste, qui était à nos portes. C’est pourquoi, dès 2008, la commission du Livre blanc de la Défense et de la sécurité nationale, à laquelle j’ai participé, a promu une vision globale reliant sécurité intérieure et extérieure et mettant l’accent sur le renforcement du renseignement. En la matière aussi, l’efficacité passe par la coopération internationale. Mais parallèlement, de plus en plus de nos normes juridiques sont susceptibles d’être contrecarrées par des règles et des juridictions internationales. Qu’il s’agisse de la CEDH, au sujet de la loi de 2010 interdisant le voile intégral dans l’espace public, ou du Parlement européen, à propos de la directive PNR sur le contrôle des passagers aériens, les décisions des autorités françaises peuvent être remises en cause. Les instances supranationales sont trop éloignées des menaces ou des atteintes à la sécurité, donc pas assez réactives. Or l’équilibre qui permet d’assurer la paix civile est toujours précaire. Elles sont aussi plus éloignées des citoyens, qui ne savent plus à qui demander des comptes. La démocratie s’en trouve affaiblie.

Lumière froide sur Hitler

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hitler sebastian haffner nazisme

Écrire sur Hitler n’est pas facile. Pour fabriquer une bonne biographie, on doit, dit-on, y mettre de l’empathie. Oui, mais avec Hitler ? Il faut autre chose pour aborder un homme devenu, sous nos latitudes, l’incarnation du mal. Espérer comprendre Hitler, objet toujours brûlant, toujours obscur, nécessite l’emploi d’une lumière froide. C’est elle qui fait la valeur de l’ouvrage de Sebastian Haffner, enfin réédité en français et dans une traduction révisée. Les Considérations sont l’étude la plus originale, la plus abordable, la plus stimulante sur Hitler. Ces qualités sont demeurées intactes depuis la première parution en Allemagne, en 1978. Elles tiennent à la personnalité hors norme et au parcours parfaitement atypique de leur auteur.

Surprise, l’homme n’est pas historien. Juriste de formation, journaliste de métier, Allemand devenu Anglais puis re-germanisé sur le tard, bourgeois soixante-huitard, nationaliste de gauche, voici un être rare. De son vrai nom, il est Raimund Pretzel, né à Berlin en 1907 dans une famille de moyenne bourgeoisie protestante. Il n’exprime pas d’idées politiques précises jusqu’en 1933, mais le nazisme le heurte d’emblée, surtout par sa coloration plébéienne. Il renonce à une carrière dans la magistrature pour l’écriture. Il feuilletonne d’abord dans des journaux légers, où il apprend à tenir son lecteur en haleine, à écrire dru et vite. Sa liaison avec une journaliste d’ascendance juive, Erika Schmidt-Landry, le met en conflit avec les lois raciales de Nuremberg.[access capability= »lire_inedits »]

De bohème, leur amour devient clandestin et dangereux. Erika, enceinte, parvient à émigrer en Grande-Bretagne en 1938. Raimund la suit, librement. Il renonce pour elle à une carrière confortable et à un accommodement avec le régime, le choix de 99 % des Allemands de l’époque. Dès le premier jour de la Seconde Guerre mondiale, Pretzel épouse sans conditions la cause alliée. À partir de 1942, il devient, sous le pseudonyme de Sebastian Haffner, le spécialiste de politique étrangère de l’Observer, où l’on relève déjà les signatures de George Orwell et d’Isaac Deutscher. Ses éditoriaux sont souvent remarquables par leurs anticipations. Dès 1943, il exprime sa méfiance vis-à-vis de l’URSS stalinienne et l’absolue nécessité d’une unification européenne. Il choque aussi en demandant l’exécution de tous les nazis, y compris le quasi-million de soldats de la Waffen-SS. Après la guerre, il ne rentre pas en Allemagne. Citoyen britannique depuis 1948, il devient le plus écouté des journalistes du royaume. D’abord atlantiste pur, il plaide inlassablement pour la résistance à l’expansionnisme soviétique, appelle à la réintégration de son ex-patrie dans le concert des nations. La mort de Staline lui fait opérer un de ces virages à 180 degrés qui vont le rendre célèbre et, parfois, écorner sa crédibilité. Avant tout le monde, il demande la détente, le désarmement, la neutralisation de la Mitteleuropa et donc la fin de la présence militaire américaine. Désavoué par sa rédaction, il perd sa place d’éditorialiste vedette et quitte la Grande-Bretagne. Il retourne vivre à Berlin en 1954. Immédiatement mêlé à la vie politique ouest-allemande, Haffner change de cap plusieurs fois. Il tire d’abord vers la gauche, puis place ses éditoriaux au quotidien Die Welt, propriété d’Axel Springer, très anticommuniste, accueillant aux anciens nazis. Haffner réduit néanmoins sa dérive à droite en se prononçant pour la reconnaissance de la ligne Oder-Neisse comme frontière orientale de l’Allemagne, péché le plus grave contre l’esprit de la « république de Bonn ». En 1962, il bifurque à nouveau et prône le rapprochement avec l’URSS et la RDA. Il rompt avec Die Welt, entre au Stern, marqué à gauche, et pige à Kontakt, à l’extrême gauche. Sa position politique se stabilise alors sous la forme d’un soutien à l’Ostpolitik de Willy Brandt – le troisième de ses sujets d’admiration après Churchill et de Gaulle – qui débouchera, en 1972, sur une reconnaissance mutuelle des deux Allemagnes. Anticonformiste dans les années 1960, Haffner fait moins recette dans la décennie qui suit. Ses positions se sont banalisées, Willy Brandt réalise toutes ses aspirations de « nationaliste de gauche ». Refusant le rôle de tonton de la bonne conscience allemande, il lève le pied sur le journalisme et revient à sa passion de toujours, l’histoire. Les Considérations sur Hitler paraissent, avons-nous dit, en 1978. C’est le meilleur livre de Sebastian Haffner, et son préféré. À 71 ans, il rencontre son premier vrai succès d’édition, énorme, en Allemagne et à l’étranger. Quels sont les ingrédients de ce succès ? L’écriture, d’abord : concise, ramassée, truffée de formules chocs, de rapprochements nouveaux. La brièveté du propos, l’absence de notes, reposent sur un parti pris pédagogique. À quoi bon ces énormes livres dont on se demande, une fois refermés, ce qu’ils vous ont laissé ? Haffner sacrifie l’érudition au questionnement. De ce fait, son livre tombe dans la catégorie des essais historiques. La froideur du regard est un autre trait étonnant, d’autant plus qu’il n’existe pas, pour un Allemand en tout cas, de sujet plus chargé d’émotion que celui de Hitler. Parler de lui avec distance quand vingt-cinq ans plus tôt les camps d’extermination fonctionnaient à capacité maximale, dans une société ouest-allemande où les anciens nazis étaient encore nombreux aux manettes, cela n’allait pas de soi. Haffner le résistant, l’Allemand en uniforme britannique, pouvait se le permettre, il était au-dessus de tout soupçon.

Inutile de chercher dans les Considérations un portrait psychologique du Führer : l’auteur range ce chapitre dans la catégorie des obligations d’historien dont il se dispense. Il le fait avec d’autant plus d’aise qu’il n’y a pas, à ses yeux, de Hitler privé. Cet homme-là n’a eu ni femme (si ce n’est quelques heures avant sa mort), ni enfant, ni ami, ni métier, seulement une vie hésitant entre politique et prophétisme. Et il importe peu de savoir ce qu’un prophète fait de ses soirées. Le plan de l’ouvrage est inhabituel. Vie. Réalisations. Succès. Erreurs. Fautes. Crimes. Trahison. Sept essais incisifs, surprenants, stimulants. Sept angles différents pour éclairer le phénomène Hitler. Il n’y a pas ici de récit chronologique mais un inventaire orienté par des catégories qui sont en réalité des questions, lesquelles appellent des réponses aussi claires qu’une ligne en bas d’un bilan comptable.

La pensée de Haffner fonctionne à la façon de celle d’un mathématicien. Il énonce un fait auquel il donne la valeur d’un axiome, qu’il pousse ensuite jusqu’à ses ultimes conséquences. Le résultat donne parfois le vertige. Écrire, par exemple, qu’aucun homme n’a, comme Hitler, autant pesé sur son siècle, que, par conséquent, sans lui, il n’y aurait pas eu d’État d’Israël et pas de décolonisation (du moins dans les formes et les rythmes qu’elle a eus), l’on conçoit que cette façon a irrité plus d’un universitaire. Mais quel poil à gratter pour l’amateur d’histoire ! Si Haffner prend donc des risques, finalement, ses quelques outrecuidances ne pèsent pas lourd face à la masse d’intuitions fécondes et d’aperçus nouveaux. Voici cinq de ces « axiomes haffnériens », qui nous semblent de première importance.

1. – Hitler est un doctrinaire, un homme à idées fixes. Ce qu’il a décidé l’est une fois pour toutes. Arrêtons-nous par exemple sur la décision majeure de sa vie, entrer en politique, datée d’octobre 1919, mais qui, en réalité, est fondée sur une promesse survenue onze mois plus tôt : « Il n’y aura plus jamais en Allemagne un nouveau novembre 1918. » Entendez : plus jamais de révolution entraînant la défaite. En quelques lignes lumineuses, nous comprenons qu’il faut prendre ces mots tirés de Mein Kampf avec le plus grand sérieux. Comme il fallait prendre au sérieux le discours du Reichstag, le 30 janvier 1939, clamant à la face du monde : « Si la finance juive internationale jette encore une fois les peuples les uns contre les autres dans une guerre mondiale, le résultat (…) en sera l’extermination de la race juive en Europe. » Ce qu’à l’époque personne n’a fait. C’est cette promesse de 1918 qui fonde, en effet, le programme politique de Hitler, sa décision de reprendre la guerre au plus vite, de la mener jusqu’au bout, de ne tolérer aucune opposition, aucune demande d’armistice, aucune défaite. Le programme est affiché d’entrée : tout ou rien.

2. – Hitler occupe la place centrale dans le Troisième Reich. Il en est la volonté agissante. Il n’a pas été une marionnette au service de tel ou tel groupe d’intérêts, théorie soutenue par les marxistes et par diverses sociologies. Sans lui, pas de parti nazi, pas de guerre, pas d’extermination des Juifs.

3. – Hitler doit ses succès à la faiblesse de ses adversaires et à son étonnante capacité à détecter la faiblesse. Quand la république de Weimar est forte, dans les années 1920, il échoue dans ses entreprises ; il ne prend le pouvoir qu’à un régime moribond, abandonné par tous. La gauche et le centre, passifs et résignés, il les écrase ; avec les conservateurs, en revanche, retranchés dans leurs bastions – armée, diplomatie, administration –, il patine et compose. Face à la IIIe République française et à Chamberlain, la victoire est aisée. Mais qu’apparaissent les Churchill, les Staline et les Roosevelt, la partie est finie. Hitler n’abat que les arbres déjà pourris.

4. – Hitler a deux buts de guerre : conquérir la Russie et exterminer les Juifs. Impossible de les séparer. Il ne s’intéresse ni à l’Angleterre ni aux États-Unis, seulement à la Russie et aux Juifs. Le premier objectif se dérobe définitivement après l’échec devant Moscou durant l’hiver 1941-1942. Hitler le comprend aussitôt, et le dit, l’étonnant étant que les historiens n’ont guère tenu compte des témoignages qui rapportent ce jugement pourtant essentiel. Une seconde question se pose dès lors : pourquoi continuer la guerre si elle est perdue ? Pour au moins gagner l’autre guerre, répond Haffner, celle contre les Juifs. En clair, les trois dernières années de combat de la Wehrmacht n’ont eu d’autre fonction que de tenir un front à l’abri duquel fonctionnaient chambres à gaz et crématoires. La défense de la patrie n’a été que le faux nez de l’extermination.

5. – Si Hitler a pesé très lourd sur l’histoire, il n’est pas pour autant un « grand homme », comme Napoléon a pu l’être. Non seulement à cause de l’ampleur de ses crimes mais du fait qu’il n’est pas un homme d’État. L’État ne l’intéresse pas. Il n’est rien pour lui, la force armée est tout, le seul domaine où il ait d’ailleurs une véritable compétence. Il a détruit les règles de fonctionnement de l’État, institué sciemment un chaos d’administrations et d’officines en lutte permanente entre elles, refusé d’envisager même une règle de succession. Hitler ne possède aucun des traits propres aux bâtisseurs d’empire. Lui disparu, il ne reste rien qu’un tas de cendres.

Pour terminer, nous voudrions attirer l’attention du lecteur français sur un point important. Haffner a éditorialisé pendant trente ans. Il a écrit pour défendre des idées, propager des points de vue. On se tromperait sur l’homme et sur ce livre si on les imaginait indemnes de toute pensée politique, de toute volonté de démontrer. Il en est une, évidente, qui court à travers ces pages : séparer Hitler de l’Allemagne. Hitler n’est pas l’héritier de Luther, du Grand Frédéric ou de Bismarck. L’histoire allemande n’a pas préparé sa venue comme l’Ancien Testament a préparé le Nouveau. Hitler est un corps étranger venu d’ailleurs, de cet empire multinational des Habsbourg. N’est-ce pas de là que surgit aussi son antisémitisme meurtrier ? N’est-ce pas vers le peuple allemand qu’il a in fine tourné sa rage exterminatrice ? N’est-ce pas à l’Allemagne qu’il a infligé les dégâts les plus irréparables ? Que l’on adhère ou pas à ces jugements, on est forcé de réfléchir et de s’élever. Saluons donc cette réédition qui rend à nouveau accessible une rareté : l’alliage de l’histoire populaire et de la plus haute exigence intellectuelle.[/access]

Considérations sur Hitler, Sebastian Haffner, Perrin.

Considérations sur Hitler

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Principes d’un aggiornamento des musulmans de France

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Sondage auprès de mes élèves : sur 16 lycéens, 3 soutiennent Charlie Hebdo. Si deux s’abstiennent (fainénantise oblige), une majorité pensent que les caricatures sont injurieuses. Il serait donc tout à fait raisonnable de faire comprendre aux dessinateurs de Charlie Hebdo, par un effort de pédagogie sans doute, qu’ils ne doivent plus s’en prendre à Mahomet.
Dans mon cerveau un rien éberlué surgit, l’espace d’un éclair, ce nouvel impératif kantien : « Agis toujours en public de telle manière qu’un musulman ne se sente pas blessé dans sa foi », parodie grimaçante de l’universalité authentique. S’il en allait ainsi, un non-musulman serait contraint de ne pas rire toutes les fois qu’un imam entend rester sérieux sur quelque chose. En d’autres termes, d’agir conformément à un dogme.
À cette manoeuvre dogmatique contre la laïcité s’ajoute la tonalité compassionnelle du débat. Le dogme avance masqué. Il prend la forme d’une blessure, d’une injure personnelle qui placerait le non musulman en position de débiteur – ou d’agresseur. Puisque je suis blessé, tu me dois réparation. Quoi de plus simple en apparence ? À ceci près qu’un musulman est blessé parce qu’il se sent tenu d’obéir à un dogme. Demander réparation pour une offense, c’est, encore et toujours, demander à un non-musulman de se comporter conformément à un dogme.
Nous avons débattu deux heures. Dans le calme et sans hostilité. La France n’a pas de religion d’Etat et je ne suis pas là pour changer vos convictions religieuses, leur ai-je dit, ce qui leur a beaucoup plu. Seulement voilà : cette absence de prosélytisme possède une contrepartie. Aucun croyant ne doit émettre une règle générale qui pourrait dicter à un non-croyant, directement ou indirectement, ce qu’il doit faire.
Les musulmans de France doivent savoir ce qu’ils peuvent attendre du « respect » touchant leur sensibilité : tout sur le plan personnel (principe de cordialité), rien sur le plan théorique et républicain.

La justice déclare illégale la montée du RC Lens en Ligue 1

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lens sochaux football

Peut-être aurais-je dû rédiger ce texte il y a six mois, en cette fin de mois de juillet alors que le scandale était déjà évident. J’aurais pu aussi évoquer ce sujet en septembre lorsque j’assistai, seul représentant de la presse dans la salle, à l’audience du référé qu’intentait le FC Sochaux-Montbéliard contre la Fédération française de football et la Ligue professionnelle du même sport. Mais j’hésitais. Les lecteurs de Causeur connaissent mon attachement viscéral à ce club et on m’aurait facilement taxé de parti pris. Mais depuis jeudi, un tribunal a officiellement établi les faits. Alors, il n’y a plus de retenue à avoir.

Le tribunal administratif de Besançon a donc rendu son délibéré sur le fond de l’affaire qui opposait le FCSM et les instances du foot français. Il a déclaré illégale une décision prise par le comité exécutif de la FFF le 28 juillet dernier, décision par laquelle ce dernier s’asseyait sur les jugements de la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG), selon lesquels le Racing Club de Lens ne présentait pas les garanties financières suffisantes pour intégrer la Ligue 1 de football. Ainsi, sans cette forfaiture, c’est le club classé 18e de Ligue 1 au terme de la saison précédente qui devait, selon les propres règlements de la FFF, être repêché.

La DNCG est le gendarme financier du football français. Elle a été créée il y a plus de vingt ans et peut procéder à des relégations administratives, des interdictions de montée dans la division supérieure, des encadrements de masse salariale ou des interdictions de recrutement. Elle le fait pour des raisons de santé financière des clubs professionnels et surtout pour éviter la concurrence déloyale entre les clubs (un club qui s’endette pour acheter les meilleurs joueurs est déloyal avec ses concurrents qui respectent leur équilibre financier.). Cette DNCG, au début de l’été dernier, prit notamment deux décisions d’interdiction de montée : celle du petit club ariégeois de Luzenac qui avait été suffisamment bien classé en championnat de National (troisième division) pour prétendre accéder à la Ligue 2 ; et celle du RC Lens qui devait accéder à la Ligue 1. La DNCG, en première instance comme en appel, a jugé que ces deux clubs ne présentaient pas les garanties financières suffisantes pour accéder à la division supérieure. Dans le premier cas, le comité exécutif de la FFF et la Ligue de football professionnel ont suivi les recommandations de la DNCG et ont rapidement repêché le club de Châteauroux, qui devait descendre de Ligue 2 en National. Dans le second cas, qui nous occupe, elle a décidé de passer outre. Face à Lens, la DNCG avait de bonnes raisons de ne pas faire confiance aux dirigeants. Elle souhaitait un versement immédiat de 10 millions d’euros de la part de l’actionnaire azerbaïdjanais Hafiz Mammadov. A chaque fois, le président du club artésien, Gervais Martel, a expliqué que les fameux fonds allaient arriver, qu’ils étaient retardés, un jour par une erreur sur les coordonnées bancaires, un autre par la fête nationale azérie. Mais ils ne sont jamais arrivés. Martel finit par reconnaître qu’ils n’arriveront pas car l’actionnaire est « vexé » qu’on lui demande des garanties, contestant l’existence de notre gendarme financier, très exotique à ses yeux.

Dans les cas de Luzenac et de Lens, la FFF permettait jusque-là un appel à un conciliateur du Comité National Olympique Sportif Français (CNOSF – que la nouvelle jurisprudence du TA de Besançon interdit désormais dans ce cas). Pour Luzenac, le CNOSF a tranché en faveur de Luzenac mais le comité exécutif de la FFF n’en a pas tenu compte (le club de Luzenac est aujourd’hui reparti en huitième division !) ajoutant à ces conditions financières des conditions d’infrastructures. Il faut dire que la LFP avait déjà repêché Châteauroux et la conciliation du CNOSF mettait tout le monde dans l’embarras. Pour Lens, le médiateur a proposé que le virement réclamé dès juillet soit ramenée à quatre millions d’euros. Le RC Lens dit avoir produit à ce moment là les preuves d’un virement SWIFT ce qui a convaincu le conciliateur. Or, les fonds ne sont jamais arrivés sur le compte du RC Lens. Le virement SWIFT était-il un faux ? Nul ne le saura jamais. Toujours est-il que Lens a bénéficié d’un traitement de faveur par rapport à Luzenac ; ainsi que Châteauroux par rapport à Sochaux.

Nous sommes devant un scandale. La preuve que les instances du football français prennent leurs décisions et violent leurs propres règlements au gré de leurs copinages est désormais établie. Oui, Gervais Martel est très lié à Frédéric Thiriez, président le la LFP et Noël Le Graët, président de la FFF. Oui, le club de Châteauroux a été repêché avant même la conciliation du CNOSF : avoir le célèbre pipole Michel Denisot à la vice-présidence, ça aide un peu.

Pourtant, la DNCG avait de toute évidence pris la bonne décision s’agissant de Lens, perdant patience face aux promesses non tenues par Gervais Martel et, pis, à ses mensonges. A l’heure où sont rédigées ces lignes, six mois après la décision de la DNCG, il manque toujours les quatorze millions réclamés. Un jour l’actionnaire disparaît, puis il réapparaît, au point que les élus du Pas-de-Calais perdent patience et le font savoir publiquement. Les élus, justement, parlons-en. Ils ont pesé de tout leur poids pour que les instances du foot ne tiennent pas compte des recommandations de la DNCG. Le député Nicolas Bays a ainsi exhibé benoîtement un échange de textos avec le Président de la République himself. Il s’inquiétait des conséquences d’un maintien de Lens en Ligue 2 pour la région ; Hollande lui a répondu : « Je m’en occupe en ce moment même ». Bays s’est ensuite raccroché aux branches expliquant que Hollande lui promettait de s’occuper de la région au cas où Lens était effectivement interdit d’accession dans l’élite mais on ne peut s’empêcher de penser que des coups de fil bien intentionnés en direction de la FFF aient pu être donnés. Pendant ce temps, l’élu de Sochaux-Montbéliard Pierre Moscovici est demeuré inerte. Ses préoccupations étaient plutôt du côté de Bruxelles où il guignait un poste de commissaire très rémunérateur alors que Hollande hésitait entre lui et Elisabeth Guigou pour une promotion européenne. Il n’allait quand même pas risquer de perdre une si belle promesse sonnante et trébuchante pour le club d’une région en difficulté dont il est l’élu depuis plus de vingt ans !

Pourquoi était-il important de ne pas empêcher la montée de Lens ? Et pourquoi s’en est on préoccupé en haut lieu ? Est-ce parce qu’il ne fallait pas fâcher l’Azerbaïdjan ? L’actionnaire Mammadov est proche du dictateur local Iliev. D’autre part, la SOCAR, la société pétrolière de l’Etat azerbaïdjanais, est l’un des sept sponsors officiels du Championnat d’Europe 2016, organisé en France, et dont le stade lensois, en réfection, sera l’un des hôtes. Avait-on peur que l’organisation de cette compétition pâtisse du respect absolu des règlements sportifs et de cette fichue DNCG ? Notons que Gervais Martel était présent dans la délégation française lors de l’accueil du dictateur Iliev lors de sa dernière venue à Paris.

Il faut également noter l’absence, voire  la servilité, de la presse dans cette histoire qui puait pourtant le scandale à cinquante kilomètres. Où étaient-ils, les limiers de la fameuse presse d’investigation ? Pourtant, tout ce qui leur plaît d’habitude était présent dans l’affaire : libertés prises avec le droit, actionnaire proche d’un dictateur, soupçons de pressions politiques du gouvernement en place, éventuel faux et usage de faux (virement SWIFT). Je ne résiste pas au plaisir de citer Edwy Plenel qui à propos de l’affaire Cahuzac, plastronnait en direction de ses confrères : « Tout est devant vous et vous ne voyez rien ». Certes, le site Backchich a enquêté sérieusement sur Mammadov. Enfin Vincent Duluc, de L’Equipe, et Daniel Riolo, de RMC, ont fustigé la différence de traitement entre l’affaire de Lens et celle de Luzenac. Hormis ces rares professionnels, rien. Nada !

Ce jugement du tribunal administratif de Besançon démontre la responsabilité écrasante de Messieurs Thiriez et Le Graët. Rappelons que le premier est avocat de profession, auprès du Conseil d’Etat, autant dire un spécialiste du droit public. Soit il est incompétent dans sa propre profession, soit il a violé les règlements en toute connaissance de cause. Dans les deux cas, c’est très grave. Le second est quant à lui le créateur de l’institution DNCG. Est-ce pour cela qu’il se permet de suivre les décisions de cette dernière au gré de ses humeurs ?

Le tribunal administratif rend sa décision exécutoire au terme de la saison 2014/2015. A ce moment-là, ce sera à la Ligue professionnelle de football de décider ce qu’elle fera, si elle décide de réintégrer Sochaux en Ligue 1 automatiquement, et de rétrograder Lens. Ou si elle décide d’accorder à Sochaux une indemnité compensatoire correspondant au manque à gagner dû au non-respect des règlements. Pour ma part, je ne souhaite rien de cela. Je souhaite que mon club retrouve l’élite grâce à ses performances sur le terrain et non à la décision d’un tribunal. Je ne souhaite même pas cette fameuse compensation financière qui, pourtant, serait bien utile à un club en quête de nouvel actionnaire, qu’on espère moins sulfureux que celui de Lens. Après tout, Sochaux avait fini à une place qui lui faisait mériter la relégation en Ligue 2, et n’aurait pu y rester qu’au seul motif des fantaisies du duo Martel-Mammadov.

Non. Si ce jugement doit servir à quelque chose (outre que la DNCG est aujourd’hui confortée dans son indépendance et la souveraineté de ses décisions), c’est à nettoyer les écuries d’Augias ! Si ce jugement est confirmé en appel, Messieurs Thiriez et Le Graët doivent partir. Et les nouveaux dirigeants qui leur succéderaient doivent déposer plainte au pénal, afin de déterminer les responsabilités de chacun dans ce scandale. Parce que le foot français ne doit pas, ou plus, se comporter en mafia.

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA. 00596139_000005.

Alain Finkielkraut revient sur le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz

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alain finkielkraut academie

Quelques jours après la commémoration des 70 ans de la la libération du camp d’Auschwitz, Alain Finkielkraut analyse la singularité de la Shoah. Malgré la répétition des cérémonies, le spectateur reste « saisi par les photographies des femmes, des enfants, les yeux agrandis, quelques secondes avant leur exécution » que montrent les images d’archive. Pour l’académicien, s’il faut replacer les atrocités nazies dans leur contexte historique, politique et philosophique, « ce crime méticuleux reste à jamais une énigme ».

Badiou : misère de la lumpen-philosophie

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badiou balibar charlie hebdo

Cette fois-ci, il ne s’agit pas de propos d’amphithéâtre destinés à éblouir un public étudiant avide de pensée radicale. Le maître a aussi une responsabilité politique, sociale, éducative puisqu’il est professeur. Le professeur émérite a charge d’âme. Dix-sept âmes se sont envolées sous les balles de tueurs fanatisés et leur sang est à peine sec que monsieur Badiou vient dispenser sa leçon dans Le Monde[1. Edition du 28 janvier 2015.]. C’est un drame pour l’université française qu’elle puisse continuer à produire ce type de pensée. C’est un autre drame que de la considérer comme importante dès lors que sa notoriété dépasse les  limites de la rue d’Ulm. Quelles séductions s’opèrent dans les relais médiatiques ? Pourquoi le journal de référence lui accorde-t-il une pleine page ? Avec son collègue Balibar (dans Libération) voilà que la gauche de la gauche théoricienne reprend du poil de la bête. Après s’être trompée sur tout, elle persiste et signe et il y a un public pour applaudir cela et cela est consternant car le prix à payer est souvent celui du sang.

Badiou et Balibar parlent en connaisseurs. Le premier a applaudi la victoire des Khmers rouges,  le second a certes déploré l’assassinat le 31 juillet 2002 d’un étudiant (David Gritz) de son université (Paris X Nanterre) dans un attentat à la bombe à l’université de Jérusalem tout en trouvant de bonnes raisons à l’acte des tueurs. Dans sa livraison au Monde, Badiou adopte une démarche identique à propos des récents massacres à Paris. Bien sur il déplore le sang sans regarder ses mains toujours blanches. Ces grands esprits soucieux du sort des pauvres et des déshérités perpétuent une tradition universitaire française : ils adorent se tromper avec Sartre plutôt que d’avoir raison avec Aron. Cela mérite quelques commentaires.

1 – Selon Badiou, l’islamisme meurtrier ne serait pas islamiste mais seulement fasciste. En manque de concepts fins parce qu’élevés dans la misère culturelle des banlieues les Kouachi-Koulibaly seraient en fait l’avant garde armée d’un sous prolétariat en lutte enfermé dans le ghetto de leurs identités premières. Rabattre les jihadistes dans les catégories du fascisme permet de faire l ‘économie d’une analyse de la mécanique intime de l’islamisme. Badiou a déjà développé l’idée que Hamas et Hezbollah représentent en fait ce type d’avant-garde face au capitalisme colonialiste dont l’Etat sioniste serait lui même la figure de proue. La composante islamiste des assassins de Charlie n’est donc pas prise en compte par ces professeurs émérites

2 – La part antijuive des assassins de l’hyper casher est peu considérée par Badiou. Le qualificatif d’antisémite n’y est noté que du bout de la plume. Il faut dire que le mot « juif » n’ayant dans la pensée du maitre qu’une portée fictive, l’antisémitisme qui le combat en est lui même une fabrication. Dans L’antisémitisme partout[2. La Fabrique éditions. 2011. Cosigné avec Eric Hazan.], Badiou dénonce cette fiction propagandiste au service de l’Etat d’Israël.

3 – La source du Mal serait donc le capitalisme dont Charlie hebdo était le bouffon inoffensif. Ce dérivatif pipi-caca-culcul était toléré par le système car cette fonction d’amuseur servait la machine à profits tandis que l’appareil idéologique d’Etat nommait subsidiairement des ennemis aussi fictifs que dérivatifs (le voile à l’école, l’antisémitisme des « jeunes des quartiers ») et mettait en place ses règles répressives : loi sur le voile, chasse au faciès, etc.

4 – Le tandem Badiou-Balibar mérite d’être élargi à un trio, tant Edgar Morin développe sur ces questions des positions proches. Avec son ami Stéphane Hessel, autre grand cœur aux concepts moins affutés mais à la niaiserie tout aussi agressive, Morin inverse les termes du réel : les vrais responsables de l’antisémitisme sont à aller chercher dans ce qui fabrique la misère sociale qui engendre des tueurs par désespérance, tandis que les juifs reproduisent contre les Arabes/Palestiniens des comportements et des politiques dont ils furent eux mêmes victimes. Comment dès lors s’étonner de la haine qu’ils eux mêmes fabriquée et qui se retourne contre eux ?

Cet ensemble de thèses mérite lui même d’être commenté.

1- L’espoir de lucidité n’aura duré que le temps des larmes et les morts de Charlie comme ceux du magasin casher l’auront été pour rien si la chape de plomb du prêt à penser se remet en marche dans les mêmes catégories intellectuelles précédant le 7 janvier. Il est à la fois stupéfiant mais symboliquement intéressant que ce soit à l’intérieur de la même édition du Monde qui prétend penser « Auschwitz  à l’épreuve des générations », en vis-à-vis d’un entretien avec Imre Kertesz, que s’affiche la pensée Badiou à propos des attentats de janvier dernier. Soit Le Monde dans sa grande innocence, considère que le massacre de juifs, parce qu’ils sont Juifs, relève de mécaniques n’ayant rien à voir les unes avec les autres selon qu’elle est nazie ou qu’elle est islamiste, soit il pense que la haine des juifs forme un ensemble indissociable des éléments qui le composent. La folie antijuive qu’elle se décline dans les mots du Hamas ou dans les mots de Goebbels mérite d’être analysée dans sa réalité et non pas dans les rôles qu’on veut lui faire jouer au service d’une raison dissimulée. Qui se cache derrière la question de Badiou : « Et les trois jeunes Français que la police a rapidement tués ? » Du lumpen manipulé répond Badiou, pour le bénéfice de qui ? La réponse se devine dans la suite du texte. Le complotisme se devine sous la plume de l’éminent philosophe.

2 – La philosophie devrait avoir le mérite de penser le monde et les outils conceptuels qu’elle invente devraient pouvoir aider cette humanité désemparée à y voir clair. La nuit islamiste commence à obscurcir le ciel. Elle chasse celles qui l’ont précédée : la nuit stalinienne, la nuit polpotienne, la nuit nazie ou la nuit fasciste, toutes pensées totalitaires chargées de créer l’homme nouveau à l’horizon de leurs divers avenirs radieux. À l’égarement religieux confiant à dieu la fonction de guide, la pensée sans dieu fabriquait des religions substitutives. Badiou et Balibar en sont les grands prêtres.

3 – Un concept n’est pas juste parce qu’il s’inscrit seulement dans une cohérence intellectuelle close. Une pensée n’est pas belle si elle est fausse malgré la finesse de sa construction, quels que soient les charmes de ses énoncés et les subtilités de ses contours. L’erreur des sciences sociales et souvent celle de la philosophie a consisté à inventer des outils d’analyse en faisant fi du réel. L’anthropologie possède ce mérite d’éclairer les racines culturelles anticipant leurs développements historiques. Séparer le nazisme des mythes germaniques pour le rabattre dans les catégories marxisantes de l’histoire c’est s’interdire d’en comprendre la mécanique intime. En décidant que l’idée d’universel avait une valeur morale pour l’humanité, on a confondu l’idée d’humanité avec la réalité des groupes humains qui la composent. Transformer le djihad en lutte de classes c’est oublier la source culturelle du djihad.

Si l’on veut que ceux de Charlie et ceux du magasin casher ne soient pas morts pour rien c’est à la réalité des choses que nous devons nous affronter. Le déni idéologique du réel, le wishful thinking, est la pire calamité intellectuelle qui nous soit proposée. Ne pas le comprendre c’est favoriser la victoire de tous les fascismes génériques. On le sait bien, l’histoire ne recommence pas, elle bafouille.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00633605_000040.

Carlton de Lille : C’est important la réputation

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dodo saumure dsk

dodo saumure dsk

Dodo la saumure a le traczir. C’est pas tant à cause du procès qui s’ouvre à Lille avec, sur le banc d’infamie, des cavillons à Légion d’honneur qu’aimaient se faire éponger le minaret sous les dorures par des gagneuses honnêtement formées par cézigue.

Non, Dodo, il a jamais chialé quand la maison poulaga lui est tombée sur les endosses. Il connaît les risques du métier : quand tu turbines dans le pain de fesses, tu sais qu’on peut se retrouver dans la mouscaille à toute vibure. Entre les énervés en moule-burnes qui font dans la concurrence sauvage en mettant de la gisquette sur le trottoir et qu’on vite fait de jouer du soufflant quand tu leur fais remarquer que les gagneuses sont mieux en maison, les clilles pas contents qui font du barouf parce qu’on n’a pas réussi à leur réveiller le panais et les édiles ripoux qu’il faut arroser pour qu’ils ferment les chasses, il pourrait vous en narrer, le Dodo.

Non, ce qui le chagrine, le Dodo qu’est quand même un brochet de première bourre, c’est qu’on lui sabote sa réputation. C’est important la réputation. Et DSK qu’est le chef des caves au procès, il risque de la lui saboter, sa réputation, la couler en haute mer. Il explique ça aux baveux lillois, Dodo, comme quoi tout grand sachem du FMI qu’il était, le DSK, c’est un bien plus grand marlou que lui, un qu’a des mœurs de gigolpince qui stratosphérise de la chéchia niveau radada et flouze.

Il regrette bien, Dodo, d’avoir cru dans le FMI. Il est aussi naze qu’un Grec,  qu’il se dit le Doco. Pas sur le plan des agaceries autour de l’œil de bronze mais dans la crédulité. Le FMI, c’est nib, macache, bono, niveau moralité. Alors que lui Dodo, au fond, il avait la fibre sociale. La preuve, il avait même voulu ouvrir un boxon pour les pas beaux, les croulants, les béquilleurs, qu’ils aient aussi le droit à de la prestation honnête pour prendre leur fade grâce à des laitues pas dégoûtées, des dévouées girondes qu’ont la vocation. Histoire de pas rester en tête à tête avec la veuve Poignet, et encore quand ils les avaient encore, leurs pognes, ce qu’était pas forcément le cas, tellement y en a qui sont poissards, champions toute catégorie de la scoumoune.

Mais aujourd’hui, Dodo, il se sent comme eux, tout seulâbre, entourés de malfaisants comme DSK qui vont chercher à lui faire porter le bada et DSK le premier ! Ah quelle gourance ! On est pas près de l’y reprendre le Dodo, lui qu’était si serviable, pourtant…

*Photo : Denis Closon/Isopix/SIPA. 00682578_000028.

École : les hussards perdus de la République

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ecole lille charlie hebdo

ecole lille charlie hebdo

Le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, bouleversé par les assassinats sauvages de Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et tous les autres, je décide d’en parler avec mes élèves. Ce 8 janvier en salle des profs peu avant 8 heures du matin, les enseignants vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était. Certes, nous discutons de la tuerie perpétrée par les frères Kouachi mais personne ne pose la question pédagogique du jour : que faire dans quelques minutes avec nos élèves ?

Avec un petit groupe d’enseignants, j’estime qu’il faut marquer le coup. Nous décidons ainsi de rassembler nos élèves, âgés de 15 à 21 ans, dans la cour à midi pour leur faire observer une minute de silence. Le proviseur étant introuvable, son adjoint nous donne son accord en y ajoutant une seule consigne : seuls les professeurs qui le « souhaitent » – c’est-à-dire ceux qui s’en sentent le courage – feront participer leur classe à notre initiative. Mes collègues et moi-même obtempérons sans hésitation, conscients que si cinq cents ou six cents élèves s’amassent dans la cour accompagnés d’enseignants dépassés, la situation risque de dégénérer.

A ce stade, il me faut préciser que mon lycée compte 99% de garçons, dont beaucoup sont issus de familles musulmanes ou de couples mixtes. Par le passé, j’ai déjà entendu plusieurs de mes élèves musulmans se plaindre de la malveillance que certains Français « de souche » nourrissent à leur égard. Quoique détenteurs du passeport tricolore, ces jeunes gens se déclarent ne pas se sentir pleinement Français en raison de l’hostilité qu’ils rencontrent chez une partie de la population.

Instruit par cette expérience, j’enfile mes habits de hussard noir avant d’entrer dans ma classe du jeudi matin. Puisque l’occasion fait le larron, j’explique à ces citoyens en herbe pourquoi la tragédie de Charlie Hebdo doit nous rassembler autour des valeurs de la République, telles que la liberté d’expression et le droit au blasphème. Anticipant les objections, je confesse avoir été parfois choqué par des caricatures de Jésus apparues dans Charlie Hebdo qui pouvaient heurter ma conscience de chrétien. Mais j’ajoute me sentir profondément ébranlé par cet attentat inqualifiable. Pour mieux me faire comprendre, j’évoque notre tradition anticléricale et remonte aux origines de la laïcité qu’une immense majorité de Français – athées, agnostiques ou religieux – considère comme un acquis irréversible. Au passage, je me dis solidaire de mes élèves musulmans, les exhorte à la sérénité et conclus mon intervention par un appel à leurs coreligionnaires. Je crois bon d’ajouter que tous les musulmans devraient se désolidariser clairement des tueurs et préciser que la pratique de l’islam n’induit pas le meurtre des « blasphémateurs ».

Parmi mes élèves de 2nde et de 1ère professionnelle, beaucoup acquiescent, toutes origines confondues. D’autres lancent : « Ces terroristes ne sont pas musulmans, notre religion ne nous autorise pas à tuer, la vie est sacrée » ou encore « Ces terroristes salissent l’image des musulmans. » L’air hagard et désemparé, un groupe garde le silence. Son mutisme semble provenir d’un manque de connaissances religieuses et/ou du discours bien différent que ses membres ont entendu à la maison et qui les empêche d’adhérer totalement à mes propos. Chez bien des garçons au visage grave, le regard et l’attitude quasi-immobile trahissent de l’appréhension. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent d’une éventuelle multiplication des attentats et violences intercommunautaires, allant jusqu’à craindre une guerre civile. Certains élèves non-musulmans hésitent à afficher leur désaccord avec leurs condisciples musulmans… Il faut dire qu’une forme insidieuse de racisme anti-blanc s’est depuis longtemps installée dans l’établissement, au vu et au su de professeurs qui s’en accommodent, histoire de ne pas se coltiner une difficulté supplémentaire.

En fin de compte, ce sont mes étudiants de BTS qui mettent les pieds dans le plat. J’entends dans la bouche de quelques-uns le fameux « Charlie Hebdo l’a bien cherché ».  Sans haine ni violence, ces jeunes musulmans essaient de transiger avec nos valeurs : « oui bien sûr, on ne tue pas pour des dessins, mais quand même… on ne touche pas au Prophète ». Je hausse alors le ton : « Vous devez accepter qu’on se moque du prophète puisque dans notre pays, vous pouvez pratiquer librement votre religion. »

Deux élèves refusent obstinément d’entendre raison. Ils soutiennent mordicus que la liberté d’expression doit s’arrêter aux portes du blasphème. Peu à peu, l’échange glisse sur la question de l’islam de France : mes contradicteurs jugent les institutions musulmanes vendues au gouvernement français. A leurs yeux, il n’est qu’un seul véritable islam, pur de toute compromission, qu’on ne saurait appeler à se réformer. Le lendemain, ils se montreront particulièrement sages et courtois en cours… sans doute par crainte de s’être trop livrés la veille !

La minute de silence se déroule à midi sans aucun incident.

Quelques jours plus tard, le lundi 12 janvier, le chef de l’établissement et le ministère de l’Education n’ont toujours pas donné signe de vie. J’ai bien conscience que le « débat » de la semaine précédente est resté sans effet, aucun de mes élèves n’ayant apparemment participé aux manifestations monstres de la veille. Quant au proviseur, on l’attend toujours…

« Lapidée » : l’après-Charlie n’est pas brillant

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Non sans malice, certains imams ont déploré les récents massacres à Paris, tout en précisant qu’ils étaient sans doute nécessaires….les Français ne comprenant que le langage de la terreur. Et, dès lors qu’il est question du Prophète, temporiser serait déjà un sacrilège.

En dépit de manifestations géantes relevant tout à la fois de l’émotion et de la manipulation politique, l’actualité donne raison à ces imams. Une pièce de théâtre, Lapidée, dont l’auteur, Jean Chollet, est un pasteur lausannois, n’aura droit qu’à trois représentations confidentielles au lieu des trente prévues. Et le regard d’une femme voilée sur lequel coule une larme de sang ne sera pas affiché sur les 150 des 500 colonnes Morris de Paris. Une comédienne en colère – on le serait à moins – a déclaré à La Tribune de Genève :  » Tout le monde clame haut et fort : Je suis Charlie, mais quand il faut agir, il n’y a plus personne. « .

La Préfecture de Police elle-même est intervenue pour que toute forme de provocation soit bannie. L’auteur de la pièce qui n’avait l’intention d’insulter ni l’Islam, ni le Prophète, mais de défendre les droits des femmes, n’en est pas encore revenu. Peut-on dire pour autant que la France est entrée dans l’ère de la soumission et de la dhimmitude ? Mettons qu’elle n’en est pas loin pour ne blesser personne.

Pièce de Théâtre Lapidée

Islamisme : En attendant les barbares

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islam arabie saoudite terrorisme

islam arabie saoudite terrorisme

Les années sombres ont fini  par arriver, du moins elles sont devant nous; plus qu’un effort et nous pourrons pousser les portes qui s’ouvrent sur nos lendemains pas vraiment radieux. Les spécialistes du retour des années 1930 seront cependant déçus de ne pas se trouver enfin nez à nez avec le spectre éternel du fascisme nous attendant sagement, tapi dans un recoin de l’histoire. C’est que tous les spectres ne sont pas éternels et l’histoire ne répète jamais à l’identique nos monstruosités. Tout est nouveau à chaque fois et la seule chose qui ne change pas c’est simplement notre incroyable incapacité à éviter le pire. L’histoire ne se répète pas, ce sont les hommes qui bégaient.

Le pire n’est pas forcément celui qu’attendaient les répétiteurs des heures-les-plus-sombres mais il a tout de même un air de déjà-vu. Des champs de bataille de l’Afghanistan à ceux de l’Irak et de la Syrie en passant par le Caucase ou les zones tribales du Pakistan, le djihad est fils de la guerre froide et de l’aventurisme américain, puissant facteur de chaos au Moyen-Orient, mais il est aussi le produit de l’ataraxie du monde arabe dont la Nahda, la renaissance, a été confisquée par un wahhabisme qui tient plus du rétropédalage spirituel et culturel que d’une quelconque renaissance. En réponse au mondialisme libéral, l’internationale du djihad propose une autre forme de mondialisation revêtant les formes d’une oumma toujours fantasmée et jamais réalisée. Il n’y a aucune alternative spirituelle ou politique dans le projet islamiste, seulement un vide, témoin des échecs successifs des différents modèles de société adoptés dans l’aire arabo-musulmane, un vide conquérant néanmoins qui ambitionne de se superposer au nôtre, témoin de notre effacement civilisationnel par épuisement et lassitude de nous-mêmes.

Notre tradition intellectuelle nous permet d’envelopper cependant ce vaste combat du non-sens dans une cacophonie de bon aloi. « Sitôt que l’on a affaire à une opinion baroque et manifestement absurde, l’on peut être sûr qu’elle a pour auteur quelque prince de la pensée », écrivait Jean Paulhan. Et encore Paulhan ignorait-il la télévision, qui est sans doute une des pires choses qui soient arrivées à la démocratie. Après cela, il ne manquait plus qu’internet pour parachever la tour de Babel. Non seulement nos princes de la pensée disposent aujourd’hui d’un nombre de tribunes beaucoup plus important, d’où ils peuvent déverser leur lumineuse sapience sur le bon peuple, mais on tient désormais salon partout sur internet : salon des initiés, salon des clairvoyants, salon du complot, salon des mal-embouchés, salon des mal-rasés, salon des va-t-en-guerre et des va-comme-je-te-pousse, salon du repentir et du bal des faux culs. Avec ce grand accélérateur de particules que représente internet, les théories paraissent se fracasser les unes contre les autres : Douguine recyclant Carl Schmitt pour affronter Samuel Huntington, le « choc des civilisations » rompant des lances avec la « stratégie de la tension » et bien entendu les théories du complot se multipliant à la vitesse d’une parthénogenèse démente car le spectateur du monde d’aujourd’hui a, plus que la nature, horreur du vide. Face à cette dangereuse inflation d’intelligence, vous prend soudain l’envie de rester con. Le mouvement qui a jeté quatre millions de personnes dans la rue le dimanche 11 janvier a peut-être constitué pour ses détracteurs une démonstration de suivisme à grande échelle mais au moins la puissance de la vocifération commune a mis en sourdine pendant quelques heures Twitter ou Facebook qui donnent la nausée à force de vomir des hectolitres de fantasme et de réel recomposé.

L’orchestration médiatique et la mise en scène de l’événement a d’ailleurs eu au moins le mérite de parfaitement résumer les clivages de la société française. Les chefs d’Etat n’ont jamais marché en tête de la foule, ils ont marché à côté, dans une rue isolée, sécurisée et fermée au public, pour éviter que n’importe quel candidat à la gloire médiatique instantanée ne soit pris de l’envie de réaliser le carton du siècle. A l’écart de ces dirigeants qui craignent plus que tout autre chose désormais leur propre population, les rues et les artères des grandes villes et même des villages étaient envahies par une population réagissant de façon assez atavique contre le meurtre et la barbarie mais sans aller encore jusqu’à concevoir pleinement les responsabilités de ses propres dirigeants dans l’importation de cette barbarie sur son sol. À Beaucaire, haut-lieu de la résistance des comtes de Toulouse au roi de France et aux cupides seigneurs du nord qui orchestrèrent la croisade contre les Albigeois au XIIIe siècle, on vit défiler le Front national, écarté de toute union républicaine mais dont la patronne est peut-être tombée la tête la première dans un piège politique en se retranchant dans son splendide isolement. Nulle part ou presque on n’entendit ni ne vit les « jeunes des cités ». Cette partie-là de la France est restée singulièrement silencieuse mais en privé ou sur les réseaux sociaux, elle s’exprime bien plus clairement et quand elle tient salon, ce n’est pas pour parler tolérance et amour du prochain. La soi-disant « union républicaine » du 11 janvier, qui n’a pas duré le temps d’un week-end, a montré que la société française est plus que jamais travaillée par une véritable logique de sécession. Grossièrement découpées, il y avait ce jour-là quatre France : une qui faisait semblant de défiler, une autre qui défilait en masse et dans l’angoisse, une qui, vexée de n’être pas invitée, défilait ailleurs, et la dernière qui se défilait avec conviction.

On peut estimer à raison que l’islamisme est une composante particulière de l’islam qui n’englobe pas en un bloc l’ensemble du monde musulman, trop divers et complexe pour être défini comme une entité unique, entière et hostile. Néanmoins, les tenants du discours « padamalgamiste » oublient facilement, dans leur opposition décidée à toute forme d’islamophobie, le rôle déterminant des minorités agissantes dont l’action prime sur la masse et l’entraîne bon gré mal gré à suivre les desseins de la minorité la plus déterminée et la plus influente. Et le problème de la « stratégie de la tension », postulant que nos gouvernants utilisent les attentats pour entretenir en France une tension entre population allogène et autochtone qui leur profite, est qu’elle suppose à nos élites politiques une intelligence politique et une vision à long terme que l’on serait presque rassuré de pouvoir leur prêter, elles qui semblent plutôt empêtrées dans la logique électoraliste et les déclarations contradictoires. Dans la précipitation de l’après-crise, nous avons pu les voir promouvoir le verrouillage d’internet, s’autoriser à convoquer des enfants de huit ans au commissariat pour « apologie du terrorisme » tout en continuant à s’arc-bouter sur la culture de l’excuse pour définir les djihadistes français comme de malheureux paumés, victimes d’une société injuste et exprimant leur frustration à travers le rêve de la guerre sainte. Passée d’ailleurs la grande communion nationale du 11 janvier, notre cohorte de chefs d’Etats est allée se recueillir devant la dépouille d’Abdallah, défunt roi d’Arabie Saoudite, que Christine Lagarde qualifiait de « souverain progressiste » et qui jamais, au grand jamais, n’a financé le moindre terroriste, pas plus que le Qatar selon Laurent Fabius. Mais les Saoudiens, sans doute apeurés par la vigueur du gros bébé islamiste, ont soudain besoin de nous pour les protéger en échange de leur précieux pétrole. Alors, comme du temps de Khaled, de Fahd et d’Abdallah, nos dirigeants ont été accueillis par un nouvel émir, celui-ci visiblement encore plus proche du gâtisme que le précédent et, comme à leur habitude, ils ont sagement marché en rang derrière un vaste fessier flasque et craintif tremblotant avec circonspection dans les allées du pouvoir.

47 % des Français estiment aujourd’hui que l’Islam est compatible avec les valeurs de la société française, soit deux fois plus qu’il y a deux ans. Au-delà du caractère toujours un peu spectaculaire des chiffres, le sondage pose la question de la nature de cet islam « compatible ». L’islamisme, qui comme tout phénomène historique ne surgit pas de nulle part, pose directement la question des fondements actuels de la religion musulmane, de même que cette question de la « compatibilité républicaine » de l’islam questionne directement la société française qui compte près de cinq millions de musulmans. Libération devrait peut-être en particulier interroger les femmes sur cette « compatibilité » mais il semble que le concept d’islamophobie  ait dressé un tabou si puissant qu’on ne se hasarde pas dans la grande presse à poser ce genre de question.

Comme en d’autres temps, qui paraissent désormais bien lointains, où il était mal vu de questionner le bien-fondé de l’abandon du contrôle des frontières ou des flux migratoires au nom du dogme progressiste, le nouvel interdit du « padamalgames » est là pour nous rappeler que la première des soumissions est la confiscation de la parole. Et cette soumission au non-sens porte en elle toutes les soumissions futures.

*Photo :  Jennifer Moo.

Toutes les banlieues sensibles ne sont pas des ghettos

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banlieues sarkozy borloo

banlieues sarkozy borloo

Le terrorisme n’est pas un phénomène nouveau en France. Vous-même y avez été confrontée dès le début de votre carrière. Quelles évolutions avez-vous observées depuis ?

Ma première confrontation avec le terrorisme a eu lieu le samedi 20 mai 1978. J’étais alors directrice de cabinet du préfet du Val-de-Marne, qui avait la responsabilité de la sécurité de l’aéroport d’Orly. J’attendais au pavillon d’honneur installé dans le terminal sud pour accueillir les chefs d’Etat invités au quatrième sommet franco-africain. Une fusillade a éclaté dans la zone d’El Al, impliquant trois Palestiniens se réclamant des fils du Sud-Liban. Les terroristes ont été abattus mais deux policiers y ont laissé leur vie. Quelques jours plus tôt, la Légion avait sauté sur Kolwezi. Mais le terrorisme avait déjà frappé à Orly. En janvier 1975, le terroriste Carlos et un commando du FPLP avaient déjà tenté de détruire un avion d’El Al. Un autre appareil avait été touché. Il y avait eu des blessés. C’est à la suite de cet événement que la terrasse d’Orly sud a été fermée au public. Cette période a été marquée par l’activisme terroriste de Carlos dont le vrai nom, Ilich Ramirez Sanchez, témoigne de l’engagement communiste que lui ont transmis ses parents. Outre celles liées à Israël, ces cibles étaient : la police, avec la fusillade de la rue Toullier, et des organes de presse, comme L’Aurore ou Minute. Ce choix s’inscrivait dans un contexte de guerre froide. Le bloc communiste savait exploiter l’anticolonialisme et le tiers-mondisme contre les pays démocratiques.  Mais les attentats de janvier 2015 visaient les mêmes cibles : Juifs, police et presse, même si Charlie Hebdo a remplacé Minute. Aujourd’hui comme hier, ce choix des terroristes n’est pas fortuit : il vise à nous diviser, nous les Français, adversaires désignés de mouvements terroristes islamistes.

Si les cibles restent les mêmes, qu’est-ce qui a changé depuis les années 1970 ?

Les moyens techniques dont on disposait alors pour assurer la sécurité intérieure étaient limités. L’application de l’informatique aux fichiers de sécurité n’en était qu’à ses balbutiements. Et la Commission nationale informatique et liberté (CNIL), créée en 1978, allait en limiter le développement et les usages. L’époque était encore marquée par le souvenir du fichier des Juifs. Je me suis heurtée à ces questions entre 2006 et 2009 : en tant que secrétaire générale du ministère de l’Intérieur, j’ai dû défendre des projets importants de dématérialisation des procédures, qui passaient par la constitution de fichiers. Mais tout pouvoir appelant en démocratie une limite ou un contre-pouvoir, l’irruption massive de l’informatique nécessitait bien un contrôle. D’autant que la France est plus sensible à la protection de la vie privée que d’autres nations, qui font de la transparence maximum un impératif démocratique.

Dans ces conditions, quelles sont d’après vous les priorités pour assurer l’efficacité de la lutte contre le terrorisme ?

À l’heure de la mondialisation et des mégadonnées, il va falloir coordonner nos opérations à l’échelle internationale, sur la base d’une philosophie commune. Or les événements des 7, 8 et 9 janvier 2015 et les réactions qu’ils ont provoquées l’ont montré : les différences culturelles restent très fortes au regard de l’humour, de la religion, de la liberté et de ses limites. Dans de nombreux pays, y compris de tradition chrétienne, les caricatures de Mahomet n’ont pas été diffusées par la presse. Même en France, elles divisent l’opinion, alors que la gauloiserie et la dérision – qui n’épargnent pas le religieux – sont constitutives d’un esprit français qu’illustrent aussi des poètes et des  philosophes. Aujourd’hui, un certain nombre de Français, notamment les immigrés de tradition musulmane, ont du mal à se reconnaître dans le mouvement de solidarité qui s’est manifesté par le rassemblement républicain du 11 janvier. Ils ne sont pas pour autant des suppôts du terrorisme. Le refus de certains élèves de prendre part à la minute de silence a ému, étonné certains. Mais ne faut-il pas déjà une certaine dose de recul critique à un jeune musulman dans un quartier sensible pour rendre hommage à des flics, des juifs et ceux qu’il considère comme des blasphémateurs ? Lui a-t-on donné accès à cet esprit critique ? On nous dit que la guerre est déclarée. Mais c’est une guerre psychologique, qui se joue dans les esprits. Evitons que l’émotion ne remplace la réflexion indispensable à une action efficace.

Vous avez présidé pendant dix ans l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS), mis en place par la loi Borloo du 1er août 2003. Comment expliquez-vous le développement de ces « territoires perdus de la république » ?

La situation de nos banlieues préoccupe les pouvoirs publics depuis plus de quarante ans. Souvenons-nous du mot d’ordre lancé en 1989, « pour en finir avec les grands ensembles ». Des opérations «  Habitat et vie sociale » au programme de cohésion sociale en passant par Banlieues 89, la politique de la ville a sécrété de nombreux organismes, consommé beaucoup d’argent public, mais la question surgit régulièrement de l’utilité de ces actions. L’ambition du plan Borloo – « remettre les quartiers dans la République et la République dans les quartiers » – ne pouvait qu’emporter l’adhésion. Les moyens alloués étaient puissants, et la création de l’observatoire avait été motivée par la volonté d’évaluer l’impact du programme. Nous étions chargés de suivre toute une batterie d’indicateurs relevant de l’urbanisme, de l’emploi, de l’économie, de la santé, de la sécurité, des discriminations… Notre rapport annuel était l’occasion pour la presse de constater, année après année, que la situation socio-économique y était toujours à peu près deux fois pire que sur le reste du territoire. Mais d’emblée, nous avons été confrontés à des difficultés de recueil de données, liées à des incertitudes et des contradictions dans les objectifs visés. S’agissait-il d’éviter les explosions de violence, les émeutes urbaines ? De répondre à l’injonction : « Dites-nous où ça va exploser » ? S’agissait-il d’intégrer ces quartiers ou leurs habitants à la communauté nationale ? La réduction des écarts socio-économiques allait-elle y suffire ?

Finalement, comment avez-vous procédé et qu’avez-vous constaté ?

D’abord, il a fallu créer les instruments de mesure, souvent inexistants  à l’échelle de ces quartiers : il n’y avait pas de thermomètre. Dès 2005, nous avons pu constater que ces zones n’étaient pas – du moins pas toutes – des ghettos. Une partie des habitants y résidaient par choix et attachement à leur cité tandis qu’une autre, s’agissant des quartiers aux loyers les plus bas, n’avait pas le choix. Une rotation des habitants comparable à ce que l’on rencontre ailleurs renouvelle en permanence la population de ces zones, mais ceux qui partent sont dans une situation socio-économique plus favorable que les nouveaux venus : ces quartiers fonctionnent en partie comme des sas. Tout est toujours à recommencer. Par ailleurs, l’absence de statistiques dites ethniques nous a aussi privés de moyens d’analyse. Après une première exploitation de données du recensement, il a fallu plusieurs années pour pouvoir établir des corrélations entre la place des immigrés ou descendants d’immigrés dans ces quartiers et la nature ou l’ampleur des difficultés rencontrées. C’est l’exploitation, à partir de 2010, d’une enquête sur la « diversité »[1. « Trajectoires et origines : enquête sur la diversité des populations en France », menée par l’INSEE et l’INED.] qui nous a permis de livrer quelques analyses sur le sujet. Mais même avant cela, l’occultation de l’immigration dans les données officielles n’empêchait pas le professeur de collège, dans ces quartiers, de s’apercevoir que les trois quarts de ses élèves étaient d’origine immigrée. Et que leurs difficultés scolaires n’étaient pas seulement liées aux problèmes socio-économiques de la famille, mais aussi à des handicaps culturels – à commencer par la maîtrise de la langue.

Quels autres problèmes pensez-vous que la focalisation sur des éléments « objectifs », purement socio-économiques, occultait auparavant ?

Cette négation de la dimension culturelle se traduit aussi dans la manière dont on désigne ces quartiers prioritaires de la politique de la ville. En les rebaptisant aujourd’hui « quartiers populaires », ne se cache-t-on pas derrière son petit doigt ? L’appellation de « zones urbaines sensibles », jugée trop « stigmatisante », ne manquait à mon avis pas de pertinence. J’avais eu l’occasion de m’en expliquer devant la mission d’information du Sénat sur les banlieues en 2006. J’avais rappelé que la politique de la ville était née en réponse aux émeutes urbaines, et qu’on ne pouvait pas nier non plus la dimension psychologique, le sentiment de discrimination et la susceptibilité d’habitants de ces zones souvent en demande de considération. J’avais ajouté qu’il pourrait être positif d’introduire de la sensibilité  dans l’univers machiste de ces quartiers. À Fadela Amara, alors secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, qui cherchait des indicateurs pour mesurer la situation dans ces zones, j’ai suggéré de prendre en compte la visibilité des femmes. Il ne s’agit pas seulement du port du voile, intégral ou non, mais de leur simple présence dans l’espace public.

Sur la question de l’égalité entre hommes et femmes, le gouvernement actuel semble tout de même déployer des moyens considérables…

Est-ce la meilleure façon de répondre au refus d’égalité entre les hommes et les femmes que de jeter le trouble sur la notion de mariage ? Au lieu de faire la leçon, montrons l’exemple. Angela Merkel et la reine de Jordanie étaient bien seules au premier rang des dirigeants, le 11 janvier…

Les investissements massifs de l’Etat dans l’urbanisme, la lutte contre le chômage et les discriminations, vous semblent-ils tout de même nécessaires ?

Oui, il fallait s’atteler à la rénovation urbaine, désenclaver ces quartiers, organiser un aménagement de l’espace propice à la prévention de la délinquance. Mais sans réforme profonde de la politique du logement – et pas seulement dans ces quartiers – les mêmes problèmes vont resurgir. Oui, l’emploi est le meilleur facteur d’intégration et les banlieues souffrent deux fois plus du chômage que le reste du territoire. Mais là encore, les solutions sont nationales et européennes. En la matière, les banlieues ne sont que le miroir grossissant de nos difficultés, dues à des politiques inadéquates. Moins de règlements, moins d’organismes, moins d’impôts donc moins de dépenses publiques, voilà qui permet à toutes les énergies de se libérer. Oui, il faut aider les collectivités locales surchargées financièrement du fait d’une concentration de populations pauvres. Mais l’intégration est une responsabilité première de l’Etat. Elle s’adresse non pas à des territoires, mais à des familles, des personnes. La création en 2009 de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, rattaché au ministère de l’Intérieur, va dans le bon sens. Mais l’intégration ne se fait pas dans le temps limité d’un contrat d’accueil et d’intégration. Oui, il est bon que les immigrés bien intégrés puissent acquérir la nationalité française et accèdent ainsi à la pleine citoyenneté. Mais les cérémonies de remises de décret comme celles auxquelles j’ai procédé en tant que préfète tournent parfois à la démonstration de non-intégration. Oui, nous sommes un pays laïc. Mais nous ne sommes pas fâchés d’avoir hérité, via le Consulat et l’Empire, d’une organisation des cultes protestants et israélites, moins spontanément structurés que le catholicisme. Le Conseil français du culte musulman, fruit des efforts de Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Sarkozy, doit pouvoir jouer ce rôle de catalyseur d’un islam de France rejetant le fondamentalisme.

Notre intégration croissante dans un système politique supranational, et l’évolution considérable des normes relatives aux Droits de l’homme qu’elle entraîne, par le biais de la CEDH notamment, n’affaiblit-elle pas notre capacité à relever les défis du terrorisme ?

Aucun pays ne peut vivre coupé du reste du monde et il serait irresponsable de ne pas tenir compte des interdépendances entre nations, proches ou éloignées. Nous importons par l’image des conflits dont nous ne sommes pas les acteurs. Et nos interventions sur des théâtres d’opérations extérieurs ne sont pas sans lien avec notre désignation comme cible du terrorisme islamiste, qui était à nos portes. C’est pourquoi, dès 2008, la commission du Livre blanc de la Défense et de la sécurité nationale, à laquelle j’ai participé, a promu une vision globale reliant sécurité intérieure et extérieure et mettant l’accent sur le renforcement du renseignement. En la matière aussi, l’efficacité passe par la coopération internationale. Mais parallèlement, de plus en plus de nos normes juridiques sont susceptibles d’être contrecarrées par des règles et des juridictions internationales. Qu’il s’agisse de la CEDH, au sujet de la loi de 2010 interdisant le voile intégral dans l’espace public, ou du Parlement européen, à propos de la directive PNR sur le contrôle des passagers aériens, les décisions des autorités françaises peuvent être remises en cause. Les instances supranationales sont trop éloignées des menaces ou des atteintes à la sécurité, donc pas assez réactives. Or l’équilibre qui permet d’assurer la paix civile est toujours précaire. Elles sont aussi plus éloignées des citoyens, qui ne savent plus à qui demander des comptes. La démocratie s’en trouve affaiblie.

Lumière froide sur Hitler

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hitler sebastian haffner nazisme

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Écrire sur Hitler n’est pas facile. Pour fabriquer une bonne biographie, on doit, dit-on, y mettre de l’empathie. Oui, mais avec Hitler ? Il faut autre chose pour aborder un homme devenu, sous nos latitudes, l’incarnation du mal. Espérer comprendre Hitler, objet toujours brûlant, toujours obscur, nécessite l’emploi d’une lumière froide. C’est elle qui fait la valeur de l’ouvrage de Sebastian Haffner, enfin réédité en français et dans une traduction révisée. Les Considérations sont l’étude la plus originale, la plus abordable, la plus stimulante sur Hitler. Ces qualités sont demeurées intactes depuis la première parution en Allemagne, en 1978. Elles tiennent à la personnalité hors norme et au parcours parfaitement atypique de leur auteur.

Surprise, l’homme n’est pas historien. Juriste de formation, journaliste de métier, Allemand devenu Anglais puis re-germanisé sur le tard, bourgeois soixante-huitard, nationaliste de gauche, voici un être rare. De son vrai nom, il est Raimund Pretzel, né à Berlin en 1907 dans une famille de moyenne bourgeoisie protestante. Il n’exprime pas d’idées politiques précises jusqu’en 1933, mais le nazisme le heurte d’emblée, surtout par sa coloration plébéienne. Il renonce à une carrière dans la magistrature pour l’écriture. Il feuilletonne d’abord dans des journaux légers, où il apprend à tenir son lecteur en haleine, à écrire dru et vite. Sa liaison avec une journaliste d’ascendance juive, Erika Schmidt-Landry, le met en conflit avec les lois raciales de Nuremberg.[access capability= »lire_inedits »]

De bohème, leur amour devient clandestin et dangereux. Erika, enceinte, parvient à émigrer en Grande-Bretagne en 1938. Raimund la suit, librement. Il renonce pour elle à une carrière confortable et à un accommodement avec le régime, le choix de 99 % des Allemands de l’époque. Dès le premier jour de la Seconde Guerre mondiale, Pretzel épouse sans conditions la cause alliée. À partir de 1942, il devient, sous le pseudonyme de Sebastian Haffner, le spécialiste de politique étrangère de l’Observer, où l’on relève déjà les signatures de George Orwell et d’Isaac Deutscher. Ses éditoriaux sont souvent remarquables par leurs anticipations. Dès 1943, il exprime sa méfiance vis-à-vis de l’URSS stalinienne et l’absolue nécessité d’une unification européenne. Il choque aussi en demandant l’exécution de tous les nazis, y compris le quasi-million de soldats de la Waffen-SS. Après la guerre, il ne rentre pas en Allemagne. Citoyen britannique depuis 1948, il devient le plus écouté des journalistes du royaume. D’abord atlantiste pur, il plaide inlassablement pour la résistance à l’expansionnisme soviétique, appelle à la réintégration de son ex-patrie dans le concert des nations. La mort de Staline lui fait opérer un de ces virages à 180 degrés qui vont le rendre célèbre et, parfois, écorner sa crédibilité. Avant tout le monde, il demande la détente, le désarmement, la neutralisation de la Mitteleuropa et donc la fin de la présence militaire américaine. Désavoué par sa rédaction, il perd sa place d’éditorialiste vedette et quitte la Grande-Bretagne. Il retourne vivre à Berlin en 1954. Immédiatement mêlé à la vie politique ouest-allemande, Haffner change de cap plusieurs fois. Il tire d’abord vers la gauche, puis place ses éditoriaux au quotidien Die Welt, propriété d’Axel Springer, très anticommuniste, accueillant aux anciens nazis. Haffner réduit néanmoins sa dérive à droite en se prononçant pour la reconnaissance de la ligne Oder-Neisse comme frontière orientale de l’Allemagne, péché le plus grave contre l’esprit de la « république de Bonn ». En 1962, il bifurque à nouveau et prône le rapprochement avec l’URSS et la RDA. Il rompt avec Die Welt, entre au Stern, marqué à gauche, et pige à Kontakt, à l’extrême gauche. Sa position politique se stabilise alors sous la forme d’un soutien à l’Ostpolitik de Willy Brandt – le troisième de ses sujets d’admiration après Churchill et de Gaulle – qui débouchera, en 1972, sur une reconnaissance mutuelle des deux Allemagnes. Anticonformiste dans les années 1960, Haffner fait moins recette dans la décennie qui suit. Ses positions se sont banalisées, Willy Brandt réalise toutes ses aspirations de « nationaliste de gauche ». Refusant le rôle de tonton de la bonne conscience allemande, il lève le pied sur le journalisme et revient à sa passion de toujours, l’histoire. Les Considérations sur Hitler paraissent, avons-nous dit, en 1978. C’est le meilleur livre de Sebastian Haffner, et son préféré. À 71 ans, il rencontre son premier vrai succès d’édition, énorme, en Allemagne et à l’étranger. Quels sont les ingrédients de ce succès ? L’écriture, d’abord : concise, ramassée, truffée de formules chocs, de rapprochements nouveaux. La brièveté du propos, l’absence de notes, reposent sur un parti pris pédagogique. À quoi bon ces énormes livres dont on se demande, une fois refermés, ce qu’ils vous ont laissé ? Haffner sacrifie l’érudition au questionnement. De ce fait, son livre tombe dans la catégorie des essais historiques. La froideur du regard est un autre trait étonnant, d’autant plus qu’il n’existe pas, pour un Allemand en tout cas, de sujet plus chargé d’émotion que celui de Hitler. Parler de lui avec distance quand vingt-cinq ans plus tôt les camps d’extermination fonctionnaient à capacité maximale, dans une société ouest-allemande où les anciens nazis étaient encore nombreux aux manettes, cela n’allait pas de soi. Haffner le résistant, l’Allemand en uniforme britannique, pouvait se le permettre, il était au-dessus de tout soupçon.

Inutile de chercher dans les Considérations un portrait psychologique du Führer : l’auteur range ce chapitre dans la catégorie des obligations d’historien dont il se dispense. Il le fait avec d’autant plus d’aise qu’il n’y a pas, à ses yeux, de Hitler privé. Cet homme-là n’a eu ni femme (si ce n’est quelques heures avant sa mort), ni enfant, ni ami, ni métier, seulement une vie hésitant entre politique et prophétisme. Et il importe peu de savoir ce qu’un prophète fait de ses soirées. Le plan de l’ouvrage est inhabituel. Vie. Réalisations. Succès. Erreurs. Fautes. Crimes. Trahison. Sept essais incisifs, surprenants, stimulants. Sept angles différents pour éclairer le phénomène Hitler. Il n’y a pas ici de récit chronologique mais un inventaire orienté par des catégories qui sont en réalité des questions, lesquelles appellent des réponses aussi claires qu’une ligne en bas d’un bilan comptable.

La pensée de Haffner fonctionne à la façon de celle d’un mathématicien. Il énonce un fait auquel il donne la valeur d’un axiome, qu’il pousse ensuite jusqu’à ses ultimes conséquences. Le résultat donne parfois le vertige. Écrire, par exemple, qu’aucun homme n’a, comme Hitler, autant pesé sur son siècle, que, par conséquent, sans lui, il n’y aurait pas eu d’État d’Israël et pas de décolonisation (du moins dans les formes et les rythmes qu’elle a eus), l’on conçoit que cette façon a irrité plus d’un universitaire. Mais quel poil à gratter pour l’amateur d’histoire ! Si Haffner prend donc des risques, finalement, ses quelques outrecuidances ne pèsent pas lourd face à la masse d’intuitions fécondes et d’aperçus nouveaux. Voici cinq de ces « axiomes haffnériens », qui nous semblent de première importance.

1. – Hitler est un doctrinaire, un homme à idées fixes. Ce qu’il a décidé l’est une fois pour toutes. Arrêtons-nous par exemple sur la décision majeure de sa vie, entrer en politique, datée d’octobre 1919, mais qui, en réalité, est fondée sur une promesse survenue onze mois plus tôt : « Il n’y aura plus jamais en Allemagne un nouveau novembre 1918. » Entendez : plus jamais de révolution entraînant la défaite. En quelques lignes lumineuses, nous comprenons qu’il faut prendre ces mots tirés de Mein Kampf avec le plus grand sérieux. Comme il fallait prendre au sérieux le discours du Reichstag, le 30 janvier 1939, clamant à la face du monde : « Si la finance juive internationale jette encore une fois les peuples les uns contre les autres dans une guerre mondiale, le résultat (…) en sera l’extermination de la race juive en Europe. » Ce qu’à l’époque personne n’a fait. C’est cette promesse de 1918 qui fonde, en effet, le programme politique de Hitler, sa décision de reprendre la guerre au plus vite, de la mener jusqu’au bout, de ne tolérer aucune opposition, aucune demande d’armistice, aucune défaite. Le programme est affiché d’entrée : tout ou rien.

2. – Hitler occupe la place centrale dans le Troisième Reich. Il en est la volonté agissante. Il n’a pas été une marionnette au service de tel ou tel groupe d’intérêts, théorie soutenue par les marxistes et par diverses sociologies. Sans lui, pas de parti nazi, pas de guerre, pas d’extermination des Juifs.

3. – Hitler doit ses succès à la faiblesse de ses adversaires et à son étonnante capacité à détecter la faiblesse. Quand la république de Weimar est forte, dans les années 1920, il échoue dans ses entreprises ; il ne prend le pouvoir qu’à un régime moribond, abandonné par tous. La gauche et le centre, passifs et résignés, il les écrase ; avec les conservateurs, en revanche, retranchés dans leurs bastions – armée, diplomatie, administration –, il patine et compose. Face à la IIIe République française et à Chamberlain, la victoire est aisée. Mais qu’apparaissent les Churchill, les Staline et les Roosevelt, la partie est finie. Hitler n’abat que les arbres déjà pourris.

4. – Hitler a deux buts de guerre : conquérir la Russie et exterminer les Juifs. Impossible de les séparer. Il ne s’intéresse ni à l’Angleterre ni aux États-Unis, seulement à la Russie et aux Juifs. Le premier objectif se dérobe définitivement après l’échec devant Moscou durant l’hiver 1941-1942. Hitler le comprend aussitôt, et le dit, l’étonnant étant que les historiens n’ont guère tenu compte des témoignages qui rapportent ce jugement pourtant essentiel. Une seconde question se pose dès lors : pourquoi continuer la guerre si elle est perdue ? Pour au moins gagner l’autre guerre, répond Haffner, celle contre les Juifs. En clair, les trois dernières années de combat de la Wehrmacht n’ont eu d’autre fonction que de tenir un front à l’abri duquel fonctionnaient chambres à gaz et crématoires. La défense de la patrie n’a été que le faux nez de l’extermination.

5. – Si Hitler a pesé très lourd sur l’histoire, il n’est pas pour autant un « grand homme », comme Napoléon a pu l’être. Non seulement à cause de l’ampleur de ses crimes mais du fait qu’il n’est pas un homme d’État. L’État ne l’intéresse pas. Il n’est rien pour lui, la force armée est tout, le seul domaine où il ait d’ailleurs une véritable compétence. Il a détruit les règles de fonctionnement de l’État, institué sciemment un chaos d’administrations et d’officines en lutte permanente entre elles, refusé d’envisager même une règle de succession. Hitler ne possède aucun des traits propres aux bâtisseurs d’empire. Lui disparu, il ne reste rien qu’un tas de cendres.

Pour terminer, nous voudrions attirer l’attention du lecteur français sur un point important. Haffner a éditorialisé pendant trente ans. Il a écrit pour défendre des idées, propager des points de vue. On se tromperait sur l’homme et sur ce livre si on les imaginait indemnes de toute pensée politique, de toute volonté de démontrer. Il en est une, évidente, qui court à travers ces pages : séparer Hitler de l’Allemagne. Hitler n’est pas l’héritier de Luther, du Grand Frédéric ou de Bismarck. L’histoire allemande n’a pas préparé sa venue comme l’Ancien Testament a préparé le Nouveau. Hitler est un corps étranger venu d’ailleurs, de cet empire multinational des Habsbourg. N’est-ce pas de là que surgit aussi son antisémitisme meurtrier ? N’est-ce pas vers le peuple allemand qu’il a in fine tourné sa rage exterminatrice ? N’est-ce pas à l’Allemagne qu’il a infligé les dégâts les plus irréparables ? Que l’on adhère ou pas à ces jugements, on est forcé de réfléchir et de s’élever. Saluons donc cette réédition qui rend à nouveau accessible une rareté : l’alliage de l’histoire populaire et de la plus haute exigence intellectuelle.[/access]

Considérations sur Hitler, Sebastian Haffner, Perrin.

Considérations sur Hitler

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Principes d’un aggiornamento des musulmans de France

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Sondage auprès de mes élèves : sur 16 lycéens, 3 soutiennent Charlie Hebdo. Si deux s’abstiennent (fainénantise oblige), une majorité pensent que les caricatures sont injurieuses. Il serait donc tout à fait raisonnable de faire comprendre aux dessinateurs de Charlie Hebdo, par un effort de pédagogie sans doute, qu’ils ne doivent plus s’en prendre à Mahomet.
Dans mon cerveau un rien éberlué surgit, l’espace d’un éclair, ce nouvel impératif kantien : « Agis toujours en public de telle manière qu’un musulman ne se sente pas blessé dans sa foi », parodie grimaçante de l’universalité authentique. S’il en allait ainsi, un non-musulman serait contraint de ne pas rire toutes les fois qu’un imam entend rester sérieux sur quelque chose. En d’autres termes, d’agir conformément à un dogme.
À cette manoeuvre dogmatique contre la laïcité s’ajoute la tonalité compassionnelle du débat. Le dogme avance masqué. Il prend la forme d’une blessure, d’une injure personnelle qui placerait le non musulman en position de débiteur – ou d’agresseur. Puisque je suis blessé, tu me dois réparation. Quoi de plus simple en apparence ? À ceci près qu’un musulman est blessé parce qu’il se sent tenu d’obéir à un dogme. Demander réparation pour une offense, c’est, encore et toujours, demander à un non-musulman de se comporter conformément à un dogme.
Nous avons débattu deux heures. Dans le calme et sans hostilité. La France n’a pas de religion d’Etat et je ne suis pas là pour changer vos convictions religieuses, leur ai-je dit, ce qui leur a beaucoup plu. Seulement voilà : cette absence de prosélytisme possède une contrepartie. Aucun croyant ne doit émettre une règle générale qui pourrait dicter à un non-croyant, directement ou indirectement, ce qu’il doit faire.
Les musulmans de France doivent savoir ce qu’ils peuvent attendre du « respect » touchant leur sensibilité : tout sur le plan personnel (principe de cordialité), rien sur le plan théorique et républicain.

La justice déclare illégale la montée du RC Lens en Ligue 1

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lens sochaux football

lens sochaux football

Peut-être aurais-je dû rédiger ce texte il y a six mois, en cette fin de mois de juillet alors que le scandale était déjà évident. J’aurais pu aussi évoquer ce sujet en septembre lorsque j’assistai, seul représentant de la presse dans la salle, à l’audience du référé qu’intentait le FC Sochaux-Montbéliard contre la Fédération française de football et la Ligue professionnelle du même sport. Mais j’hésitais. Les lecteurs de Causeur connaissent mon attachement viscéral à ce club et on m’aurait facilement taxé de parti pris. Mais depuis jeudi, un tribunal a officiellement établi les faits. Alors, il n’y a plus de retenue à avoir.

Le tribunal administratif de Besançon a donc rendu son délibéré sur le fond de l’affaire qui opposait le FCSM et les instances du foot français. Il a déclaré illégale une décision prise par le comité exécutif de la FFF le 28 juillet dernier, décision par laquelle ce dernier s’asseyait sur les jugements de la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG), selon lesquels le Racing Club de Lens ne présentait pas les garanties financières suffisantes pour intégrer la Ligue 1 de football. Ainsi, sans cette forfaiture, c’est le club classé 18e de Ligue 1 au terme de la saison précédente qui devait, selon les propres règlements de la FFF, être repêché.

La DNCG est le gendarme financier du football français. Elle a été créée il y a plus de vingt ans et peut procéder à des relégations administratives, des interdictions de montée dans la division supérieure, des encadrements de masse salariale ou des interdictions de recrutement. Elle le fait pour des raisons de santé financière des clubs professionnels et surtout pour éviter la concurrence déloyale entre les clubs (un club qui s’endette pour acheter les meilleurs joueurs est déloyal avec ses concurrents qui respectent leur équilibre financier.). Cette DNCG, au début de l’été dernier, prit notamment deux décisions d’interdiction de montée : celle du petit club ariégeois de Luzenac qui avait été suffisamment bien classé en championnat de National (troisième division) pour prétendre accéder à la Ligue 2 ; et celle du RC Lens qui devait accéder à la Ligue 1. La DNCG, en première instance comme en appel, a jugé que ces deux clubs ne présentaient pas les garanties financières suffisantes pour accéder à la division supérieure. Dans le premier cas, le comité exécutif de la FFF et la Ligue de football professionnel ont suivi les recommandations de la DNCG et ont rapidement repêché le club de Châteauroux, qui devait descendre de Ligue 2 en National. Dans le second cas, qui nous occupe, elle a décidé de passer outre. Face à Lens, la DNCG avait de bonnes raisons de ne pas faire confiance aux dirigeants. Elle souhaitait un versement immédiat de 10 millions d’euros de la part de l’actionnaire azerbaïdjanais Hafiz Mammadov. A chaque fois, le président du club artésien, Gervais Martel, a expliqué que les fameux fonds allaient arriver, qu’ils étaient retardés, un jour par une erreur sur les coordonnées bancaires, un autre par la fête nationale azérie. Mais ils ne sont jamais arrivés. Martel finit par reconnaître qu’ils n’arriveront pas car l’actionnaire est « vexé » qu’on lui demande des garanties, contestant l’existence de notre gendarme financier, très exotique à ses yeux.

Dans les cas de Luzenac et de Lens, la FFF permettait jusque-là un appel à un conciliateur du Comité National Olympique Sportif Français (CNOSF – que la nouvelle jurisprudence du TA de Besançon interdit désormais dans ce cas). Pour Luzenac, le CNOSF a tranché en faveur de Luzenac mais le comité exécutif de la FFF n’en a pas tenu compte (le club de Luzenac est aujourd’hui reparti en huitième division !) ajoutant à ces conditions financières des conditions d’infrastructures. Il faut dire que la LFP avait déjà repêché Châteauroux et la conciliation du CNOSF mettait tout le monde dans l’embarras. Pour Lens, le médiateur a proposé que le virement réclamé dès juillet soit ramenée à quatre millions d’euros. Le RC Lens dit avoir produit à ce moment là les preuves d’un virement SWIFT ce qui a convaincu le conciliateur. Or, les fonds ne sont jamais arrivés sur le compte du RC Lens. Le virement SWIFT était-il un faux ? Nul ne le saura jamais. Toujours est-il que Lens a bénéficié d’un traitement de faveur par rapport à Luzenac ; ainsi que Châteauroux par rapport à Sochaux.

Nous sommes devant un scandale. La preuve que les instances du football français prennent leurs décisions et violent leurs propres règlements au gré de leurs copinages est désormais établie. Oui, Gervais Martel est très lié à Frédéric Thiriez, président le la LFP et Noël Le Graët, président de la FFF. Oui, le club de Châteauroux a été repêché avant même la conciliation du CNOSF : avoir le célèbre pipole Michel Denisot à la vice-présidence, ça aide un peu.

Pourtant, la DNCG avait de toute évidence pris la bonne décision s’agissant de Lens, perdant patience face aux promesses non tenues par Gervais Martel et, pis, à ses mensonges. A l’heure où sont rédigées ces lignes, six mois après la décision de la DNCG, il manque toujours les quatorze millions réclamés. Un jour l’actionnaire disparaît, puis il réapparaît, au point que les élus du Pas-de-Calais perdent patience et le font savoir publiquement. Les élus, justement, parlons-en. Ils ont pesé de tout leur poids pour que les instances du foot ne tiennent pas compte des recommandations de la DNCG. Le député Nicolas Bays a ainsi exhibé benoîtement un échange de textos avec le Président de la République himself. Il s’inquiétait des conséquences d’un maintien de Lens en Ligue 2 pour la région ; Hollande lui a répondu : « Je m’en occupe en ce moment même ». Bays s’est ensuite raccroché aux branches expliquant que Hollande lui promettait de s’occuper de la région au cas où Lens était effectivement interdit d’accession dans l’élite mais on ne peut s’empêcher de penser que des coups de fil bien intentionnés en direction de la FFF aient pu être donnés. Pendant ce temps, l’élu de Sochaux-Montbéliard Pierre Moscovici est demeuré inerte. Ses préoccupations étaient plutôt du côté de Bruxelles où il guignait un poste de commissaire très rémunérateur alors que Hollande hésitait entre lui et Elisabeth Guigou pour une promotion européenne. Il n’allait quand même pas risquer de perdre une si belle promesse sonnante et trébuchante pour le club d’une région en difficulté dont il est l’élu depuis plus de vingt ans !

Pourquoi était-il important de ne pas empêcher la montée de Lens ? Et pourquoi s’en est on préoccupé en haut lieu ? Est-ce parce qu’il ne fallait pas fâcher l’Azerbaïdjan ? L’actionnaire Mammadov est proche du dictateur local Iliev. D’autre part, la SOCAR, la société pétrolière de l’Etat azerbaïdjanais, est l’un des sept sponsors officiels du Championnat d’Europe 2016, organisé en France, et dont le stade lensois, en réfection, sera l’un des hôtes. Avait-on peur que l’organisation de cette compétition pâtisse du respect absolu des règlements sportifs et de cette fichue DNCG ? Notons que Gervais Martel était présent dans la délégation française lors de l’accueil du dictateur Iliev lors de sa dernière venue à Paris.

Il faut également noter l’absence, voire  la servilité, de la presse dans cette histoire qui puait pourtant le scandale à cinquante kilomètres. Où étaient-ils, les limiers de la fameuse presse d’investigation ? Pourtant, tout ce qui leur plaît d’habitude était présent dans l’affaire : libertés prises avec le droit, actionnaire proche d’un dictateur, soupçons de pressions politiques du gouvernement en place, éventuel faux et usage de faux (virement SWIFT). Je ne résiste pas au plaisir de citer Edwy Plenel qui à propos de l’affaire Cahuzac, plastronnait en direction de ses confrères : « Tout est devant vous et vous ne voyez rien ». Certes, le site Backchich a enquêté sérieusement sur Mammadov. Enfin Vincent Duluc, de L’Equipe, et Daniel Riolo, de RMC, ont fustigé la différence de traitement entre l’affaire de Lens et celle de Luzenac. Hormis ces rares professionnels, rien. Nada !

Ce jugement du tribunal administratif de Besançon démontre la responsabilité écrasante de Messieurs Thiriez et Le Graët. Rappelons que le premier est avocat de profession, auprès du Conseil d’Etat, autant dire un spécialiste du droit public. Soit il est incompétent dans sa propre profession, soit il a violé les règlements en toute connaissance de cause. Dans les deux cas, c’est très grave. Le second est quant à lui le créateur de l’institution DNCG. Est-ce pour cela qu’il se permet de suivre les décisions de cette dernière au gré de ses humeurs ?

Le tribunal administratif rend sa décision exécutoire au terme de la saison 2014/2015. A ce moment-là, ce sera à la Ligue professionnelle de football de décider ce qu’elle fera, si elle décide de réintégrer Sochaux en Ligue 1 automatiquement, et de rétrograder Lens. Ou si elle décide d’accorder à Sochaux une indemnité compensatoire correspondant au manque à gagner dû au non-respect des règlements. Pour ma part, je ne souhaite rien de cela. Je souhaite que mon club retrouve l’élite grâce à ses performances sur le terrain et non à la décision d’un tribunal. Je ne souhaite même pas cette fameuse compensation financière qui, pourtant, serait bien utile à un club en quête de nouvel actionnaire, qu’on espère moins sulfureux que celui de Lens. Après tout, Sochaux avait fini à une place qui lui faisait mériter la relégation en Ligue 2, et n’aurait pu y rester qu’au seul motif des fantaisies du duo Martel-Mammadov.

Non. Si ce jugement doit servir à quelque chose (outre que la DNCG est aujourd’hui confortée dans son indépendance et la souveraineté de ses décisions), c’est à nettoyer les écuries d’Augias ! Si ce jugement est confirmé en appel, Messieurs Thiriez et Le Graët doivent partir. Et les nouveaux dirigeants qui leur succéderaient doivent déposer plainte au pénal, afin de déterminer les responsabilités de chacun dans ce scandale. Parce que le foot français ne doit pas, ou plus, se comporter en mafia.

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA. 00596139_000005.

Alain Finkielkraut revient sur le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz

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alain finkielkraut academie

alain finkielkraut academie

Quelques jours après la commémoration des 70 ans de la la libération du camp d’Auschwitz, Alain Finkielkraut analyse la singularité de la Shoah. Malgré la répétition des cérémonies, le spectateur reste « saisi par les photographies des femmes, des enfants, les yeux agrandis, quelques secondes avant leur exécution » que montrent les images d’archive. Pour l’académicien, s’il faut replacer les atrocités nazies dans leur contexte historique, politique et philosophique, « ce crime méticuleux reste à jamais une énigme ».

Badiou : misère de la lumpen-philosophie

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badiou balibar charlie hebdo

badiou balibar charlie hebdo

Cette fois-ci, il ne s’agit pas de propos d’amphithéâtre destinés à éblouir un public étudiant avide de pensée radicale. Le maître a aussi une responsabilité politique, sociale, éducative puisqu’il est professeur. Le professeur émérite a charge d’âme. Dix-sept âmes se sont envolées sous les balles de tueurs fanatisés et leur sang est à peine sec que monsieur Badiou vient dispenser sa leçon dans Le Monde[1. Edition du 28 janvier 2015.]. C’est un drame pour l’université française qu’elle puisse continuer à produire ce type de pensée. C’est un autre drame que de la considérer comme importante dès lors que sa notoriété dépasse les  limites de la rue d’Ulm. Quelles séductions s’opèrent dans les relais médiatiques ? Pourquoi le journal de référence lui accorde-t-il une pleine page ? Avec son collègue Balibar (dans Libération) voilà que la gauche de la gauche théoricienne reprend du poil de la bête. Après s’être trompée sur tout, elle persiste et signe et il y a un public pour applaudir cela et cela est consternant car le prix à payer est souvent celui du sang.

Badiou et Balibar parlent en connaisseurs. Le premier a applaudi la victoire des Khmers rouges,  le second a certes déploré l’assassinat le 31 juillet 2002 d’un étudiant (David Gritz) de son université (Paris X Nanterre) dans un attentat à la bombe à l’université de Jérusalem tout en trouvant de bonnes raisons à l’acte des tueurs. Dans sa livraison au Monde, Badiou adopte une démarche identique à propos des récents massacres à Paris. Bien sur il déplore le sang sans regarder ses mains toujours blanches. Ces grands esprits soucieux du sort des pauvres et des déshérités perpétuent une tradition universitaire française : ils adorent se tromper avec Sartre plutôt que d’avoir raison avec Aron. Cela mérite quelques commentaires.

1 – Selon Badiou, l’islamisme meurtrier ne serait pas islamiste mais seulement fasciste. En manque de concepts fins parce qu’élevés dans la misère culturelle des banlieues les Kouachi-Koulibaly seraient en fait l’avant garde armée d’un sous prolétariat en lutte enfermé dans le ghetto de leurs identités premières. Rabattre les jihadistes dans les catégories du fascisme permet de faire l ‘économie d’une analyse de la mécanique intime de l’islamisme. Badiou a déjà développé l’idée que Hamas et Hezbollah représentent en fait ce type d’avant-garde face au capitalisme colonialiste dont l’Etat sioniste serait lui même la figure de proue. La composante islamiste des assassins de Charlie n’est donc pas prise en compte par ces professeurs émérites

2 – La part antijuive des assassins de l’hyper casher est peu considérée par Badiou. Le qualificatif d’antisémite n’y est noté que du bout de la plume. Il faut dire que le mot « juif » n’ayant dans la pensée du maitre qu’une portée fictive, l’antisémitisme qui le combat en est lui même une fabrication. Dans L’antisémitisme partout[2. La Fabrique éditions. 2011. Cosigné avec Eric Hazan.], Badiou dénonce cette fiction propagandiste au service de l’Etat d’Israël.

3 – La source du Mal serait donc le capitalisme dont Charlie hebdo était le bouffon inoffensif. Ce dérivatif pipi-caca-culcul était toléré par le système car cette fonction d’amuseur servait la machine à profits tandis que l’appareil idéologique d’Etat nommait subsidiairement des ennemis aussi fictifs que dérivatifs (le voile à l’école, l’antisémitisme des « jeunes des quartiers ») et mettait en place ses règles répressives : loi sur le voile, chasse au faciès, etc.

4 – Le tandem Badiou-Balibar mérite d’être élargi à un trio, tant Edgar Morin développe sur ces questions des positions proches. Avec son ami Stéphane Hessel, autre grand cœur aux concepts moins affutés mais à la niaiserie tout aussi agressive, Morin inverse les termes du réel : les vrais responsables de l’antisémitisme sont à aller chercher dans ce qui fabrique la misère sociale qui engendre des tueurs par désespérance, tandis que les juifs reproduisent contre les Arabes/Palestiniens des comportements et des politiques dont ils furent eux mêmes victimes. Comment dès lors s’étonner de la haine qu’ils eux mêmes fabriquée et qui se retourne contre eux ?

Cet ensemble de thèses mérite lui même d’être commenté.

1- L’espoir de lucidité n’aura duré que le temps des larmes et les morts de Charlie comme ceux du magasin casher l’auront été pour rien si la chape de plomb du prêt à penser se remet en marche dans les mêmes catégories intellectuelles précédant le 7 janvier. Il est à la fois stupéfiant mais symboliquement intéressant que ce soit à l’intérieur de la même édition du Monde qui prétend penser « Auschwitz  à l’épreuve des générations », en vis-à-vis d’un entretien avec Imre Kertesz, que s’affiche la pensée Badiou à propos des attentats de janvier dernier. Soit Le Monde dans sa grande innocence, considère que le massacre de juifs, parce qu’ils sont Juifs, relève de mécaniques n’ayant rien à voir les unes avec les autres selon qu’elle est nazie ou qu’elle est islamiste, soit il pense que la haine des juifs forme un ensemble indissociable des éléments qui le composent. La folie antijuive qu’elle se décline dans les mots du Hamas ou dans les mots de Goebbels mérite d’être analysée dans sa réalité et non pas dans les rôles qu’on veut lui faire jouer au service d’une raison dissimulée. Qui se cache derrière la question de Badiou : « Et les trois jeunes Français que la police a rapidement tués ? » Du lumpen manipulé répond Badiou, pour le bénéfice de qui ? La réponse se devine dans la suite du texte. Le complotisme se devine sous la plume de l’éminent philosophe.

2 – La philosophie devrait avoir le mérite de penser le monde et les outils conceptuels qu’elle invente devraient pouvoir aider cette humanité désemparée à y voir clair. La nuit islamiste commence à obscurcir le ciel. Elle chasse celles qui l’ont précédée : la nuit stalinienne, la nuit polpotienne, la nuit nazie ou la nuit fasciste, toutes pensées totalitaires chargées de créer l’homme nouveau à l’horizon de leurs divers avenirs radieux. À l’égarement religieux confiant à dieu la fonction de guide, la pensée sans dieu fabriquait des religions substitutives. Badiou et Balibar en sont les grands prêtres.

3 – Un concept n’est pas juste parce qu’il s’inscrit seulement dans une cohérence intellectuelle close. Une pensée n’est pas belle si elle est fausse malgré la finesse de sa construction, quels que soient les charmes de ses énoncés et les subtilités de ses contours. L’erreur des sciences sociales et souvent celle de la philosophie a consisté à inventer des outils d’analyse en faisant fi du réel. L’anthropologie possède ce mérite d’éclairer les racines culturelles anticipant leurs développements historiques. Séparer le nazisme des mythes germaniques pour le rabattre dans les catégories marxisantes de l’histoire c’est s’interdire d’en comprendre la mécanique intime. En décidant que l’idée d’universel avait une valeur morale pour l’humanité, on a confondu l’idée d’humanité avec la réalité des groupes humains qui la composent. Transformer le djihad en lutte de classes c’est oublier la source culturelle du djihad.

Si l’on veut que ceux de Charlie et ceux du magasin casher ne soient pas morts pour rien c’est à la réalité des choses que nous devons nous affronter. Le déni idéologique du réel, le wishful thinking, est la pire calamité intellectuelle qui nous soit proposée. Ne pas le comprendre c’est favoriser la victoire de tous les fascismes génériques. On le sait bien, l’histoire ne recommence pas, elle bafouille.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00633605_000040.