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Terrorisme : c’est la faute à la société…

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Après le magnifique élan de solidarité qui a parcouru le pays le 11 janvier, l’heure est venue, afin de justifier au mieux le « pas d’amalgame », de trouver des responsables à ces massacres.

Les assassins n’ont-ils pas déjà été trouvés et même abattus ? Non, si l’on en croit les nombreux experts en criminologie qui dispensent généreusement leur savoir sur la Toile ces dernières semaines. Car ces présumés assassins ne sont en réalité que les victimes de quelque chose qui les dépasse. Comme dans les bons polars, les assassins ne sont jamais ceux qu’on croit, ce serait trop évident, trop facile, la vérité est ailleurs.

Les vrais assassins, ce sont tour à tour la nation, les Français, les politiques, l’école, les hommes et leur masculinité, Le Pen, Sarkozy, la droite, les médias, Zemmour, Houellebecq, et peut-être même Les Buttes-Chaumont.
En revanche, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, l’Islam radical n’a rien à voir là-dedans et toute personne qui osera prétendre le contraire pourra sentir souffler le vent de la révolte et de l’indignation.

Car « s’affirmer dans la solidarité avec les victimes ne nous exemptera pas de la responsabilité collective de ce meurtre », nous expliquent quatre professeurs de Seine-Saint-Denis dans une tribune publiée dans Le Monde.

En effet, on le sait bien, la solidarité est nécessairement un peu factice, elle cache forcément quelque chose de plus inavouable, en l’occurrence, la honte d’être en partie responsable de ce meurtre. Les mêmes qui n’ont cessé de classer en « stigmatisation » et « islamophobie » tout article qui tentait d’alarmer un tant soit peu les populations sur certaines dérives identitaires ou une certaine radicalisation d’une partie de la population, viennent très gentiment nous faire la leçon en nous demandant d’adhérer sans rechigner à leur dogme misérabiliste.

En premier non-lieu, il s’agit de comprendre les auteurs de ces crimes. Selon Virginie Despentes, dans Les Inrocks, il y aurait une sorte de légitimité à la haine des terroristes car nous les aurions « méprisés, dominés, humiliés », et nous serions nés « convaincus de notre supériorité ». Elle distingue d’ailleurs, dans une réflexion pleine de nuance et de finesse, ceux« à qui on aurait confié les armes de la République » et le terroriste, « toi », à qui « on n’a confié que dalle ».

Que les terroristes aient pu éprouver ce sentiment d’humiliation ou de mépris, c’est possible mais qu’on valide ce ressentiment, qu’on se condamne en tant que société soi-disant raciste ou islamophobe, n’est-ce pas un peu insupportable ? Que les mêmes qui disent « pas d’amalgames, les Islamistes sont une minorité » ne se gênent jamais pour sous-entendre que « Les Français sont racistes », n’aurait-il pas quelque chose d’à la fois absurde et de révoltant ?

Pas le moins du monde : si je ne me reconnais nullement dans cette hostilité fantasmée, c’est tout simplement parce que je n’ai pas pris la peine de me mettre à la place de mes agresseurs. Kant nous incitait, pour ne pas faire de mal à autrui, à nous mettre à sa place mais cette philosophie est dépassée, il est beaucoup plus intéressant de se mettre à la place de l’agresseur, comme nous y invitent les professeurs de Seine-Saint-Denis, pour comprendre comment il aurait pu ne pas nous faire de mal, conseil, qui, donné aux jeunes filles, permettrait d’éviter bien des viols :

« Mais faisons l’effort d’un changement de point de vue, et tâchons de nous regarder comme nos élèves nous voient. Nous sommes bien habillés, bien coiffés, confortablement chaussés, ou alors très évidemment au-delà de ces contingences  matérielles qui font que nous ne bavons pas d’envie sur les objets de consommation qui font rêver nos élèves. »

Outre que le climat a sans doute grandement évolué depuis que j’ai quitté mon collège de Seine-Saint-Denis il y a six ans – car à l’époque, tous les élèves avaient le portable dernier cri, quels que soient les revenus de leurs parents, et le salaire des professeurs leur permettait encore de désirer ardemment certains objets de consommation – c’est la pertinence de l’argument qui me frappe. Comment ne pas être titillé par le terrorisme lorsqu’on ne peut pas tout posséder, lorsque la vie nous confronte à la frustration ? D’autant que certains ont parfois l’audace d’aller jusqu’à demander à ces élèves de faire des efforts, si l’on en juge par la remarque ironique de ces mêmes professeurs : « Quant à ceux qui viennent d’ailleurs et vivent parmi nous, qu’ils se taisent et obtempèrent. » Avouez que c’est un comble ! Il faudrait donc, lorsqu’on va habiter dans un pays étranger, se plier un tant soit peu aux règles et aux coutumes de la Nation ? Que de brimades et de privations ne faisons-nous pas subir à nos élèves !

Mais ce n’est pas tout. Non seulement les terroristes sont stigmatisés en tant que pauvres, en tant qu’étrangers mais en outre, on continue de les stigmatiser en tant que musulmans en leur demandant de se dissocier des attentats.

Pour Virginie Despentes, cela revient tout simplement à « taper sur les Arabes ». Passons rapidement sur l’amalgame entre Arabe et musulman et venons-en au cœur du problème. N’y a-t-il rien de plus abject, de plus scandaleux, pire, de plus « stigmatisant » que de demander à des musulmans de se dissocier d’un crime sous le prétexte fallacieux qu’il aurait été commis au nom de l’islam ?

Ne pouvait-on pas plutôt demander aux premiers concernés de s’en dissocier, c’est-à-dire les habitants des Buttes-Chaumont et les hommes, puisque tous les auteurs des attentats étaient, comme par hasard, de sexe masculin ?

Certes, il est fort possible qu’une poignée de catholiques n’eussent pas détesté qu’on leur donne la chance de pouvoir se dissocier de certains mouvements lors de la Manif pour tous et certains médias, qui crient au « pas d’amalgame », ne se sont pas toujours gênés pour mettre tous les catholiques dans le même sac.

Mais Virginie Despentes nous rappelle fort justement que quand on est « blanc », voire pire, « blond aux yeux clair », il faut quoi qu’il arrive se sentir coupable, et ce bien que cette vision soit directement issue d’un catholicisme déviant que Despentes condamne par ailleurs.

Maintenant qu’on a brillamment prouvé que les assassins étaient surtout des victimes, reste à trouver les vrais responsables de cette tuerie.

Pour l’hurluberlu qui anime la « Minute papillon » sur le Net, les premiers responsables sont tout trouvés : ce sont les journalistes de Charlie Hebdo eux-mêmes. Comment en est-il arrivé là ? Très simple, il suffit de mettre sur le même plan les caricatures de Charlie Hebdo et la drague agressive d’un mec bourré à la sortie d’une boîte de nuit (avouez qu’on peut difficilement faire plus fidèle, comme comparaison). D’une part, cela revient à dire que l’humour de Charlie ne s’amuse que de la provocation, ce qui est évidemment incontestable. D’autre part, cela permet de mettre sur le même plan la réaction du copain de la fille et celle des assassins de Charlie et de faire des journalistes les premiers responsables de la tuerie (il parle d’ailleurs de « premiers fautifs ») qui méprisent volontairement toutes les populations que ces dessins pourraient « attrister », pour reprendre ses termes.

Certes, il est très difficile de faire de l’humour sans choquer tout ou partie de la population et d’aucuns argueraient que la liberté d’expression ne se négocie pas, qu’il faut l’accepter tout entière ou ne pas l’accepter, que limiter la liberté d’expression parce que certains en seraient « attristés », pour reprendre l’expression de ce monsieur, est déjà liberticide.

Mais la tristesse de ces gens qui sont déjà stigmatisés n’est-elle pas un argument bien supérieur à ces grands discours sur la liberté d’expression ? Les journalistes de Charlie Hebdo ne devaient-ils pas finir par payer pour tout le mal qu’ils ont fait ?

S’il est avéré que les journalistes de Charlie Hebdo sont les premiers responsables du massacre, qui sont les deuxièmes ? C’est l’immense Virginie Despentes qui nous apporte la réponse. Pour elle, c’est une évidence, c’est « la violence des hommes » qui est responsable de ces attentats. Comment ne pas abonder dans son sens ?

Dommage simplement qu’elle ne voie pas un peu plus loin en constatant que c’est surtout la faute du péché originel et par conséquent, de Dieu, ça nous aiderait grandement à faire avancer le débat.
Que retirer de toutes ces belles pensées ? Laissons le mot de la fin aux professeurs du 93 : « Nous sommes aussi les parents de trois assassins » concluent, compassionnels, ces braves curés de l’Éducation nationale.

Si seulement on pouvait entendre les vrais parents de ces enfants dire cela. Ah, non, pardon, pas d’amalgame, ils n’y sont pour rien si l’école n’a pas réussi à faire de leurs enfants des citoyens dignes de ce nom.
Les auteurs de cet article ont, en tout cas, entièrement raison sur un point : il y a effectivement de quoi s’inquiéter d’une société qui attend tout des institutions et qui a même renoncé à la responsabilité individuelle.

Le brut et les truands

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petrole iran russie usa

Comme si la compréhension du monde économique n’était pas assez compliquée comme ça, voilà que le prix du baril de pétrole s’est cassé la figure, passant de plus de 100 dollars à la veille de l’été à moins de 50 dollars au début de l’hiver. Et, comme à chaque fois, avec un air docte et satisfait, les docteurs Diafoirus chargés du commentaire nous livrent un « exercice de clairvoyance rétroactive ». C’était prévisible, nous disent-ils, puisqu’il s’agit d’une pure manifestation de la loi de l’offre et de la demande. En l’espèce, les ressources courantes disponibles en pétrole dépassant les besoins effectifs, les prix s’ajustent, certes de manière précipitée, mais on ne peut plus logique.

Le peak oil a manqué son rendez-vous, la reprise n’est pas ce qu’elle devrait être

Toutes les grandes entreprises du monde dont l’avenir dépend de la disponibilité du pétrole se sont préoccupées du peak oil, qui devrait voir s’inverser la courbe du stock de pétrole exploitable dans les entrailles du globe. Volkswagen, Michelin, BASF, Boeing, les compagnies aériennes et bien d’autres seraient acculés à une révision drastique de leur modèle économique si le pétrole entrait pour de bon dans l’ère de la rareté.

Or on n’a cessé de découvrir de nouveaux gisements de pétrole ou de gaz : au Moyen-Orient ; en Afrique (Angola, Mozambique, Algérie) ; en Amérique du Sud, où le Brésil, totalement dépendant de ses importations il y a quinze ans, est aujourd’hui autosuffisant ; en Australie ; dans la mer Caspienne ; en Russie, qui table sur les réserves potentiellement immenses de la mer de Kara. Enfin, aux États-Unis, qui se sont appuyés sur les ressources providentielles du gaz et du pétrole de schiste pour devenir indépendants de leurs fournisseurs du Golfe persique et redévelopper leur production chimique aux abords des gisements.

Or, de surcroît, et en dépit des cris d’alarme des écologistes, le recours au charbon pour la production d’énergie n’a pas faibli. Au contraire. Chine, Inde, Vietnam, Afrique du Sud, Australie n’ont pas ralenti leur production ; les États-Unis, qui disposent des plus grandes réserves au monde, ont accru la leur en exploitant le bassin du Wisconsin.[access capability= »lire_inedits »] Même la vertueuse Allemagne n’hésite pas, pour réduire le prix de son électricité, à substituer du charbon au gaz dans ses grandes centrales[1. Elle importe du charbon américain et remet en exploitation les ressources de la Ruhr.], quitte à accroître, toute honte bue, ses émissions de CO2 avec la complicité remarquable de ses Verts.

Pour autant, la demande émanant des économies consommatrices n’a pas explosé, comme beaucoup s’y attendaient. L’Europe connaît un marasme que les concepteurs de la monnaie unique n’avaient pas prévu. Les grands pays émergents, tels que le Brésil, voire l’Inde, ont fortement ralenti. La Chine, qui n’est plus émergente mais industrielle, importe moins d’énergie et de matières premières que prévu, soit que les chiffres de la croissance économique, encore importants, soient surestimés, soit que les efforts d’économie commencent à donner des effets. Quant aux États-Unis, dont la reprise économique ne fait pas l’ombre d’un doute, ils ne pèsent plus sur la demande mondiale, grâce à la forte hausse de leur production nationale.

À la simple lecture des faits, la thèse appuyée sur le jeu de l’offre et de la demande paraît crédible. Le marché aurait fixé de nouveaux prix. Il suffirait désormais de rechercher les conséquences durables de la nouvelle donne pétrolière sur les consommateurs et sur les producteurs.

Tout ça, c’est politique

Cela dit, gardons à l’esprit que la chute des prix du pétrole s’inscrit dans un contexte de conflits géopolitiques ouverts.

D’un côté, une sorte de nouvelle guerre froide a éclaté entre la Russie et les « Occidentaux » à l’occasion de la crise ukrainienne ; d’un autre côté, l’Iran et les « Occidentaux » sont engagés dans des négociations difficiles sur la capacité nucléaire dont Téhéran veut pouvoir disposer.

C’est ainsi que s’est infiltrée dans le débat la thèse, largement alimentée depuis Moscou et Téhéran, d’une guerre économique menée par les États-Unis pour casser les reins des économies russe et iranienne, avec la complicité des Saoudiens, ennemis jurés de leur grand voisin perse.

D’un strict point de vue technique, cette thèse tient debout. En refusant de réduire sa production, Riyad a ouvert la voie aux anticipations baissières des traders new-yorkais.

Pour qui connaît les relations étroites qui unissent Wall Street et Washington – qualifiées de « corridor » par un ancien directeur du FMI –, il est tout à fait logique d’imaginer une offensive économique organisée contre Moscou et Téhéran.

Il est certain que l’Iran et a fortiori la Russie dépendent à l’extrême du bon prix de leurs exportations de pétrole et de matières premières. Malgré la mauvaise gestion des mollahs et les faiblesses persistantes de l’économie russe, ces deux pays ont pu maintenir une prospérité relative tout au long des dix dernières années. La Russie affiche même des données économiques que pourraient lui envier les États-Unis et les éclopés européens : dette publique de 43 % du PIB, réserves de changes supérieures à 400 milliards de dollars. Mais Poutine sait l’économie russe vouée à une récession violente du fait de l’effondrement des prix du pétrole et d’un handicap structurel : la dette de ses entreprises. Or la chute des prix du pétrole a entraîné une baisse mécanique du rouble qui a doublé la charge réelle du service de la dette en dollars. Là est le bât qui blesse le plus pour l’économie russe, car ses grandes firmes, notamment d’hydrocarbures, paient aujourd’hui entre 30 et 50 milliards de dollars chaque trimestre.

Loi du marché ou opération ciblée ? Loin de se contredire, ces deux scénarios ont pu se combiner. Car les traders new-yorkais savent piloter l’évolution du prix du baril, par des achats à terme constamment orientés à la baisse. Cette opération a non seulement entraîné des dégâts collatéraux chez tous les grands pays producteurs, à commencer par une Arabie saoudite au lourd déficit budgétaire, mais aussi sinistré le secteur pétrolier américain. Jusqu’ici florissant, ce dernier doit réviser dans l’urgence tous ses plans d’investissement et d’embauche et suspendre les projets d’exploration et d’exploitation de nouveaux gisements, dont le coût d’exploitation excède les 50 dollars le baril[2. Comme en mer du Nord.]. Toute la question est de savoir quel est le coût du baril à l’extraction. Si les dernières techniques ont permis de ramener ce coût de 70 à 57 dollars, cela reste beaucoup trop onéreux pour des jeunes sociétés énergétiques s’étant endettées en émettant des junk bonds[3. Les émissions concernent 12 % du total du marché.] – emprunts sur le marché des obligations à haut rendement.

À moins d’une consolidation du prix du baril, le secteur des hydrocarbures issus du schiste est donc condamné à la faillite. Cela ne créerait pas une catastrophe à la Lehman Brothers mais provoquerait des dommages financiers (défaut de paiement sur la dette) et des blessures économiques en série : chute conjointe de la production, des investissements, de l’emploi et des revenus (l’industrie pétrolière paie bien, le salaire annuel moyen y est de cent mille dollars). Pas d’apocalypse économique à l’horizon, mais un dénouement qui ferait mauvais genre dans un monde où les incertitudes économiques se renforcent – la zone euro est en suspens, la croissance chinoise ralentit. À force de jouer avec l’or noir, nos amis américains pourraient finir par se brûler.[/access]

*Photo : Pixabay.

Seul comme un électeur UMP dans le Doubs

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fn doubs ump moscovici

Moi, je n’aimerais pas être électeur UMP dans la 4ème circonscription du Doubs.  J’aime bien le Doubs, et même ce coin 6à du Doubs où la désindustrialisation a frappé avec une férocité les rare amis où j’ai pu croiser, au cours de mes pérégrinations d’écrivain itinérant, des gens plein de bonne volonté dans les librairies, les médiathèques et les MJC qui tentaient toujours de mobiliser des citoyens plus préoccupés par une survie immédiate que par l’émancipation et le luxe que peut représenter la culture quand, précisément, on n’a plus rien, ou presque.

C’était en novembre et comme les clichés reposent toujours sur un fond de vérité, sinon ils ne seraient pas des clichés, du côté de Valentigney, ces libraires, ces bibliothécaires ou ces animateurs étaient plutôt de gauche, voire très à gauche et craignaient, pour cette cette élection partielle, le score du Front national. Ils avaient évidemment raison. Il n’y a plus besoin d’être grand clerc pour savoir que dans des circonscriptions ouvrières laissées à l’abandon, les gens ne votent plus pour la gauche ni pour la droite mais pour le Front national. Il faut les comprendre, les gens, dans ces coins-là. Ils n’ont plus tellement envie de voter pour la gauche, parce que la gauche, elle les a laissé tomber.

Surtout que le PS, en plus, a pris la sale habitude d’envoyer dans ces coins-là des handicapés du suffrage universel, comme Pierre Moscovici, en se disant que là, même pour des sous-doués des campagnes électorales, c’est gagné d’avance. C’est un peu, si vous voulez, la logique qui a consisté à envoyer des écolos ou des socialistes tailler des croupières aux élus communistes dans l’ancienne ceinture rouge ; façon Dominique Voynet à Montreuil, et on a vu ce que ça a donné.

Si en plus, dans cette 4ème du Doubs, on ajoute que Moscovici est apparu avec le temps aux valeurs de la gauche ce que l’aspartam est au sucre candi, c’est sûr que ce n’était pas gagné pour le PS et que l’électeur UMP pouvait enfin espérer voir son candidat qualifié face au FN. En plus, l’électeur UMP, il avait les statistiques pour lui. Ca devenait une habitude de voir la gauche éliminée au premier tour. Pratiquement un carton plein à toutes les partielles. On allait voir ce qu’on allait voir, c’était presque in the pocket puisque la gauche, elle, toujours bonne fille un peu scoute, elle a régulièrement appelé au Front républicain sans barguigner même quand le candidat UMP est légèrement à droite de Tamerlan comme dans le sud de la France.

Mais ce qu’il n’avait pas prévu, l’électeur UMP, c’est qu’il avait un nouvel handicap et que ce nouvel handicap s’appelle Nicolas Sarkozy. Il a suffi que Nicolas Sarkozy revienne à la tête de l’UMP pour, primo, que la belle série de victoires aux partielles s’interrompe et secundo que l’électorat du PS se remobilise, lui qui avait pris l’habitude de rester chez lui en feuilletant mélancoliquement de vieux journaux de la période 1981-83 quand la gauche était de gauche.

Nicolas Sarkozy, comme tous les mauvais joueurs, explique que ce n’est pas de sa faute, que le candidat UMP était nul et chois par le triumvirat des ringards : Fillon, Juppé, Raffarin. En règle générale, rien n’est de la faute de Sarkozy, dans aucun domaine. On ne lui dit jamais rien, à cet homme. Et en tout cas, on ne lui a manifestement pas dit qu’il était toujours  aussi profondément diviseur au sein même de son camp puisqu’il a trouvé utile, après avoir dirigé le pays de revenir pour diriger un…parti. On ne lui a jamais dit, non plus, contrairement à une idée reçue médiatique, qu’il n’était pas très bon pour gagner des élections. À part les présidentielles de 2007, la carrière électorale de Sarkozy est une vaste Bérézina. Il a tout perdu, des européennes face à Pasqua, des présidentielles avec Balladur face à Chirac, des municipales,  des cantonales, des régionales, encore des européennes et pour finir les présidentielles de 2012 alors que les primaires socialistes avaient quand même désigné le plus mauvais candidat possible.

Et voilà que grâce à Sarkozy, l’électeur du Doubs se retrouve plongé vingt ans en arrière quand le principal souci de la droite était de se déterminer en fonction du FN. Peu doué pour la synthèse, Sarkozy s’est retrouvé avec une position tellement alambiquée, « ni ni mais oui mais non faut voir » qu’il a été mis en minorité dans son parti qu’il aurait pourtant dû diriger comme un seigneur et maitre alors qu’il en en est réduit à de pénibles combinazione avec des sensibilités irréconciliables entre lesquelles il refuse de choisir, contrairement à Juppé qui a clairement appelé à voter socialiste quitte à s’attirer les foudres de ces grands esprits et de ces parangons de vertu que sont Morano et Balkany.

Il a d’ailleurs bien fait, Juppé, puisque contrairement à Sarkozy, en cas de duel aux présidentielles contre Marine Le Pen, il attirerait les électeurs de droite et du centre mais aussi ceux de gauche qui se dérangeraient le cœur presque léger puisqu’ils verraient, enfin, clairement la différence entre l’UMP et le FN. Ce qui n’est plus évident, justement depuis que Sarkozy s’obstine à croire que parler comme le FN permet de réduire les scores du FN alors que tout prouve le contraire, et de manière de plus en plus flagrante.

 *Photo : Alain ROBERT/Apercu/SIPA . 00703433_000001.

Mondial de handball : le Qatar n’a pas tout perdu

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Après avoir brillamment mis en échec le Qatar à domicile, l’équipe de France de handball a remporté dimanche son cinquième titre de champion du monde. En quelques années, les joueurs de Claude Onesta ont tout gagné, mais perdu un homme : Bertrand Roiné. Sacré champion du monde en 2011 avec les Bleus, ce natif du Maine-et-Loire a joué les trouble-fête en bataillant aux côtés des adversaires qataris de la France. Sa carrière tricolore terminée, Roiné a en effet tout bonnement tourné casaque pour se donner au Qatar.

On comprend mieux la difficulté des locaux à s’identifier à l’équipe nationale du Qatar, aussi qatarie que le PSG. Seul le capital est bordeaux et blanc, les couleurs de l’émirat. Le sélectionneur, Valero Rivera, champion du monde en 2013 avec l’Espagne, a fait ses emplettes dans le monde entier: Espagne, Cuba, Bosnie, France, Serbie, Tunisie et même… Qatar. Bref, on ne sait si ce sont les « vamos Qatar » du public, la complaisance de l’arbitrage ou le niveau de l’équipe qui a emmené le pays hôte en finale.

On pensait avoir touché le fond avec ce championnat du monde du fric : supporteurs européens sélectionnés et payés pour remplir les salles vides de Doha, un match d’ouverture où les quelques qataris s’en vont à la mi-temps. Mais notre Judas du hand en a remis une couche en se confiant au journaliste du Monde, Henri Seckel : il avoue timidement ne pas se sentir qatari et simplement se consacrer à la compétition internationale. C’est beau une telle passion du sport ! « Je prends souvent cet exemple, avoue le handballeur sans frontières : vous travaillez dans une usine, l’usine d’en face fabrique exactement les mêmes produits, et on vous dit qu’on va vous donner deux fois votre salaire ; vous restez, ou vous changez d’usine ? » Eh oui, à 100 000 euros la prime de victoire, cela vous fait relativiser votre amour de la Patrie…

Interrogé sur l’hymne national qatari chanté la main sur le cœur à chaque début de rencontre, Bertrand Roiné répond sans rougir: « On nous a dit : « Ce serait bien que vous appreniez l’hymne, pour le pays, pour le cheikh. » Nous, on ne voit pas le mal. C’est bien, on chante tous ensemble, même si on est d’origines différentes. » L’émirat se serait-il converti à la nation civique chère aux républicains français ? Que nenni, « le temps des compétitions, on échange les passeports : je donne mon passeport français, et j’ai un passeport qatari. La nationalité ici, tu ne peux pas l’obtenir comme ça, c’est compliqué », explique Roiné. Bref, la nationalité qatarie ça se mérite. Vous pouvez suer pendant des années  comme n’importe quel ouvrier philippin, ce n’est pour autant qu’on reconnaîtra vos services.

Une équipe faite de bric et de broc, avec des mercenaires du monde entier financés par de l’argent qatari, cela ne vous rappelle rien ? Ne pensez pas à l’Etat islamique, ce ne serait pas très fair-play…

La France, une chance pour l’islam?

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islam valls plenel charlie hebdo

Les 7 et 9 janvier, des terroristes islamistes tuaient des journalistes, des policiers et des juifs. Moins de deux semaines plus tard, de quoi débat la France ? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son « islamophobie ». Pourtant, on ne sache pas que l’islamophobie ait tué à Paris. Encore qu’à bien y réfléchir, peut-être que si. Si d’aimables jeunes gens sont devenus des meurtriers, il faut bien que nous les ayons maltraités. Relégués. Humiliés. Ghettoïsés. Offensés. Comment allons-nous réparer, telle est la seule question qui vaille.

Si des islamistes tuent, c’est à cause des islamophobes. Dès le soir du 7 janvier, la crème de nos comiques médiatiques s’emploie à répandre cette fable en forme de bande de Moebius. Dans cette joyeuse troupe jamais à court d’inventions, j’avoue un petit faible pour Sylvain Bourmeau et Laurent Joffrin – sans doute ai-je raté un paquet d’âneries. Cependant, c’est à Edwy Plenel que je dois quelques fous rires, salutaires dans ce climat plombé. La France découvre qu’un certain nombre de ses enfants rêvent, plus tard, de faire Kouachi, et le patron de Mediapart larmoie en boucle que rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. À la veille du 11 janvier, rompant un affreux suspense, il annonce qu’il se rendra bien au défilé citoyen, d’abord en hommage aux victimes, ensuite pour lutter contre le Front national. Delenda est Carthago. Quand ce n’est Finkie, c’est Marine. J’aurais bien aimé le rencontrer dans le défilé, Plenel, avec une pancarte contre le FHaine. Ou un entonnoir sur la tête.
Dans l’atmosphère churchillienne des premiers jours, ces élucubrations hors-sol dont les morceaux choisis tournent sur Internet n’ont guère plus d’importance que des propos de bistrot. On s’étrangle et on oublie. L’important, c’est qu’au sommet de l’État, on tienne enfin un langage clair – ou presque. Après les précautions d’usage – ça n’a rien à voir avec l’islam –, le Premier ministre prononce le mot « islamisme » et appelle au respect de la laïcité, sans stigmatiser. Pour les professionnels de l’effaçologie, le 11 janvier est une déroute. Les Français entendent savoir ce qui se passe dans leur pays et, plus grave encore, défendre quelque chose qui ressemble à un monde commun, voire, horresco referens, à une identité nationale. Et ça tombe bien, ils sont en phase avec l’humeur de leurs gouvernants. La France est en guerre. Nous ne céderons pas. Nous ne tolérerons pas. Nous n’accepterons pas. Le 13 janvier, Manuel Valls prononce un discours qui lui vaut d’être comparé à Clemenceau et ovationné par un Hémicycle unanime : « Droite et gauche confondues, à l’exception des deux députés FN qui n’ont applaudi qu’en de rares moments », précisent heureusement les deux spécialistes du comptage d’applaudissements qui couvrent l’événement pour Mediapart – quand on pense que les pauvrets ont dû entendre La Marseillaise, cet hymne colonial. Et pour parfaire le tableau, le président nous demande d’être « fiers d’être Français ». Et pourquoi pas fiers d’être nauséabonds, tant qu’on y est.
La gauche de la gauche trépigne. Voilà une semaine qu’on nous bourre le crâne avec des reportages tendancieux, et ces supposées révélations sur l’antisémitisme de nos banlieues. Il ne faudrait pas se tromper de victimes. Les premières victimes de tout ça, et du reste aussi, ce sont les musulmans. Retrouvons les fondamentaux. Et combattons le Front national.

Une heure ou deux après l’attentat de Charlie Hebdo, Gil Mihaely, passablement secoué, en était convaincu : cette fois, ce serait la bonne, le réel ne pouvait plus être reporté à une date ultérieure, pour reprendre une formule de Muray. L’histoire sainte d’une France frileuse et raciste, incapable de savourer les beautés du dialogue des cultures, arcboutée à un passé raciste avait vécu. On allait pouvoir nommer les problèmes, ce qui offrait un petit espoir de les régler. J’avoue que j’y ai cru, moi aussi. Le sursaut, la prise de conscience, l’esprit du 11 janvier. La fierté d’être français. Progressivement, on a entendu un peu de friture sur la ligne gouvernementale, un vague brouillage des discours. En haut lieu, la consigne avait dû passer : si tu parles d’antisémitisme, il faut très vite prononcer « islamophobie », il est bon de faire suivre « laïcité » par « respect des croyances » et « valeurs de la République » par « citoyens de seconde zone ». Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman.
Heureusement, il y avait Valls, et surtout, la détermination renouvelée et civilisée des Français à faire nation. Contre personne, et même avec qui le voulait bien. Peu importe d’où on venait pour peu qu’on s’accorde sur la destination. Vivre ensemble, oui, mais à notre sauce. Et ceux qui ne l’aiment pas, cette sauce, peuvent s’en mitonner une discrètement, si possible en se dispensant de clamer leur détestation de tout ce que nous aimons. Sauf que près de la moitié de ces Français qui s’étaient levés pour défendre leur liberté de critiquer, de déconner et même d’offenser, trouvaient finalement qu’il fallait être gentil avec le bon Dieu des autres. Enfin, on ne va pas reprocher à un peuple d’être gentil. Quoique.
« Le Premier ministre a employé des mots très forts. Et même très durs. » Le 20 janvier, lorsque j’ai entendu percer dans la voix d’une journaliste de radio standard des accents de triomphe, j’ai immédiatement compris que quelque chose clochait. « Apartheid ! », « apartheid ! », le mot était psalmodié avec enthousiasme, répété avec gourmandise, commenté avec la gravité requise. L’après-Charlie était terminé, avant d’avoir commencé. Le Parti des médias, revigoré, reprenait son antienne préférée : être français, il n’y a vraiment pas de quoi être fier. La gauche du PS ronronnait, les représentants de nos banlieues se rengorgeaient : ils l’avaient bien dit que c’étaient eux, les vraies victimes. Apartheid pride !
Alors on se sent un peu cloche d’avoir pris Séguéla pour Clemenceau. Il faut dire qu’avec moi, le coup de La Marseillaise, ça marche à tous les coups. Finalement, c’était de la com, doublée de douteux calculs politiques. Le plus consternant n’est pas que Valls ait lâché le mot, mais qu’il l’ait fait pour satisfaire l’aile gauche du PS, et plus encore pour câliner les supposées victimes du supposé apartheid. Que certains membres d’un éminent parti de gouvernement exigent, comme prix de leur loyauté, que leur chef se livre au dénigrement public de leur pays, ne semble surprendre personne. Pas plus que le fait que l’on flatte une communauté dans le sens du poil en lui expliquant qu’elle est faite de sous-citoyens. Oh oui, je t’ai fait mal…, c’est bon, non ?
On dira que l’idéologie victimaire est très largement partagée bien au-delà de nos banlieues : des patrons aux pêcheurs, il n’y a pas un groupe ethnique, confessionnel ou socioprofessionnel qui ne réclame sa part de malheur. Mais, en l’occurrence, Valls a sciemment appuyé sur un ressort bien plus destructeur et mensonger à la fois. On pourrait appeler cela la politique des bons ressentiments. Plus que tout le reste, c’est elle qui nous a mis dans le pétrin où nous sommes. Pour des raisons qui relèvent à la fois de la psychiatrie (haine de soi) et de l’histoire (abandon des classes populaires), la gauche, depuis trente ans, s’est employée avec constance à susurrer à la France musulmane qu’on lui devait des excuses, tandis que la France, ontologiquement coupable, était sommée de cesser d’être elle-même pour se faire pardonner. Si vous ne savez pas pourquoi vous nous haïssez, nous nous le savons.

Le spectacle accablant de l’émission « Des paroles et des actes », le 22 janvier, offrit un saisissant instantané des résultats de cette politique. Face à Alain Finkielkraut, la professeur Barbara Lefèvre et le maire de Montfermeil Xavier Lemoine, qui croyaient pouvoir inviter sur le plateau des pans de la réalité qui venait de se dévoiler, les jeunes de banlieue et leurs défenseurs (un imam, un ou deux sociologues et Najat Vallaud-Belkacem) ânonnaient imperturbablement le lamento de la relégation, usant et abusant de la forme passive : nous avons été exclus, on ne nous a pas donné ceci ou cela, nous sommes moins bien traités que ceux-ci ou ceux-là, suivez mon regard. Les paroles d’Alain Finkielkraut les encourageant plutôt à se retrousser les manches furent unanimement dénoncées comme un discours de haine. Il faut dire que ce n’est guère courtois d’envisager que les victimes de l’apartheid pourraient avoir ne serait-ce qu’une microscopique responsabilité dans leur situation. Nacira Guenif, sociologue proche des Indigènes de la République, finit par lâcher le morceau en dénonçant l’injonction d’intégration faite aux « jeunes d’ascendance coloniale ». Et toi, t’es d’origine « croisades » ? Mauvaise pioche. Heureusement Najat Vallaud-Belkacem réconcilia tout le monde avec un aplomb stupéfiant : « Nous sommes au moins tous d’accord sur le fait que le problème, c’est la relégation sociale », décréta-t-elle. On n’a pas entendu le même débat.

Il ne s’agit pas de nier que les jeunes issus de l’immigration connaissent des difficultés particulières. Seulement, pardon d’être brutale, ce n’est pas vraiment le sujet du moment. Les Français découvrent soudainement que la coexistence des cultures n’est pas un dîner de gala et qu’il ne suffit pas de proclamer qu’on aime l’autre pour vivre avec lui. Or, les attentats et leurs suites ont produit un effet de dévoilement : si la majorité des musulmans de France condamne sincèrement la violence et que les fanatiques prêts à prendre les armes sont, espérons-le, une infime minorité, le rejet de la laïcité, le complotisme, l’antisémitisme, le refus d’admettre qu’un texte sacré pour les uns puisse être un objet de moquerie pour les autres – ce que Finkielkraut appelle joliment la « douleur de la liberté » – sont largement répandus chez les musulmans du coin de la rue. Pourquoi a-t-on le droit de se moquer de notre prophète et pas des chambres à gaz, pourquoi l’antisémitisme est-il interdit et pas l’islamophobie, demandent des élèves, auxquels leurs professeurs ne savent pas quoi répondre. Deux poids, deux mesures : pourquoi l’assiette de mon voisin est-elle plus remplie que la, mienne ? Que voilà un débat intéressant.

Alors l’exclusion, je veux bien. Mais il faudrait faire remarquer à certains que, quand ils affirment qu’on n’a pas le droit de dessiner leur prophète ou qu’ils laissent entendre que les attentats, c’est qui vous savez, ce sont eux qui s’excluent de la collectivité. Quand ils pérorent, même pour rigoler, que c’est bien fait pour Charlie, ils s’excluent de la collectivité. Quand ils pourrissent la vie de Mouloud qui ose manger pendant ramadan, ils s’excluent de la collectivité. Or, cette bouillie confusionniste est propagée par des imams bien sous tous rapports – pas par l’islamisme, mais par l’islam. Pas par tout l’islam, certes, mais par une notable proportion de celui-ci. Étouffer toute critique au motif qu’elle serait stigmatisante, ce n’est pas, comme le croit Edwy Plenel, faire œuvre de fraternité mais de mépris. Car c’est supposer que la culture musulmane serait par nature incapable de faire siennes les valeurs libérales de nos sociétés, condamnant ainsi les musulmans de France au repli et au ressentiment. Il serait plus respectueux, en réalité, de parler clair, entre adultes, et de rappeler que l’égalité entre individus ne nous interdit pas d’avoir des préférences culturelles. N’importe quelle citoyenne française jouit des mêmes droits que moi, mais ma minijupe a plus de droits que ta burqa. Dire cela, ce n’est pas insulter les musulmans, mais au contraire les inviter à réaliser la synthèse entre le public et le privé, le laïque et le religieux, l’individu et le groupe, que beaucoup d’autres ont faite avant eux. Qu’on cesse de nous faire croire que l’islam changera la France, ou alors ce sera pour le pire. En revanche, la France est une chance pour l’islam, peut-être la dernière, de voir ses enfants échapper à la fascination djihadiste et à la rancœur remâchée. Non, tu n’es pas un colonisé parce que tu es au chômage. Non, tu n’es pas stigmatisé parce qu’on ose remarquer que les sieurs Merah, Kouachi et Nemmouche sont issus de la même culture que la tienne. Le respect, ce n’est pas de pleurnicher ensemble, mais de parler vrai. Pour faire nation, il faut être deux. Welcome : moi je suis d’accord. Mais on fait ma nation, celle que mes parents ont choisie sans demander qu’on change la peinture pour leur faire plaisir. Et on arrête de se plaindre.

Cet article en accès libre est extrait du numéro de février de Causeur. Pour lire tous les autres articles de ce numéro, rendez-vous en kiosque ou sur notre boutique.

islam charlie hebdo

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*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21678148_000030.

Face au FN, Sarkozy rattrapé par sa jeune garde

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doubs fn ump sarkozy

Le premier tour de l’élection législative partielle de la quatrième circonscription du Doubs a rendu son verdict et, d’ores et déjà, l’UMP en est la première victime. D’abord, parce que son candidat à la députation est éliminé pour la première fois depuis 2012. Ensuite, parce que le duel FN-PS de dimanche prochain vient de valoir au parti dirigé par Nicolas Sarkozy trois jours de tension, de cacophonie et de désordre, renouant avec une tradition dont se passeraient fort bien ses électeurs. Enfin, parce que, même si le bureau politique a pris une décision, rien n’est vraiment réglé.

Nicolas Sarkozy apparaît bien entendu affaibli par cette séquence. Certes, il a fait valoir que le candidat investi par l’UMP fut nommé par le triumvirat Juppé-Fillon-Raffarin avant que lui-même n’accède à la présidence. En ce sens, imputer la responsabilité exclusive de l’élimination de l’UMP du second tour à l’ancien président peut paraître injuste. Si le candidat a effectivement mené une campagne désastreuse, ce n’est pas entièrement du fait de Nicolas Sarkozy. En revanche, son arrivée à la tête du grand parti de la droite a peut-être incité l’électorat socialiste à se mobiliser davantage, hypothèse que corroborent les études sur la popularité du duo exécutif, en hausse précisément depuis fin novembre.

Le président de l’UMP apparaît aussi affaibli par ces trois jours de cacophonie. Son autorité a été successivement mise en cause par Dominique Bussereau, NKM, Laurent Wauquiez et Alain Juppé. Alors que Nicolas Sarkozy avait expressément demandé que tout le monde reste discret jusqu’au bureau politique de mardi soir, personne ne lui a obéi, et surtout pas le couple maudit NKM-Wauquiez, qui le suit dans l’organigramme de l’UMP. Nicolas Sarkozy a dû ainsi prendre une position que personne n’a vraiment comprise en expliquant qu’il fallait à la fois faire barrage au FN et laisser la liberté aux électeurs. A priori, on comprend que les électeurs sont libres, mais pas trop. A-t-il souhaité, avec cette position si subtile, ne pas laisser le monopole de l’ouverture au centre à Alain Juppé ? A-t-il souhaité, comme aux plus beaux jours de François Hollande à Solférino, tenter une synthèse impossible ? Même les plus proches de Nicolas Sarkozy ayant manifesté leur incompréhension, nous ne nous risquerons à aucune réponse.

De là à gloser, comme beaucoup d’observateurs, sur la grande victoire d’Alain Juppé, c’est un pas que nous ne franchirons pas. Pendant que le bureau politique finissait son débat, le maire de Bordeaux était déjà en train de vendre sa position commune avec Nicolas Sarkozy (abstention, vote blanc ou vote PS) au JT de France 2.

Pendant qu’il se targuait entre les lignes d’avoir entraîné le président de l’UMP dans son sillage, avec le sourire de celui qui vient de tordre le bras à son adversaire, Juppé voyait sa ligne battue par l’axe Xavier Bertrand- Bruno Le Maire-Laurent Wauquiez, partisan de l’abstention ou du vote blanc, c’est-à-dire celle de la position qui prévaut depuis trente ans, au RPR d’abord, à l’UMP ensuite. Alain Juppé est-il conscient que sa ligne n’est pas partagée par la très grande majorité des futurs participants à la primaire de la droite à laquelle il participera ? A-t-il conscience que ses revirements sur le sujet peuvent commencer à lasser sérieusement les électeurs ? Lundi, la vidéo de l’INA, datant de 1990, où on le voit annoncer l’exclusion d’Alain Carignon parce que ce dernier avait appelé à voter PS contre le FN dans une élection cantonale partielle, a fait le tour du web. Les lecteurs de Causeur n’ont pas été étonnés, ils la connaissaient depuis mars dernier.

Même s’il ne faut pas enterrer complètement François Fillon, qui défendait la ligne ni-ni mardi soir, mais qui semble bien traîner l’affaire Jouyet comme un boulet au pied, c’est clairement le trio Bertrand-Le Maire-Wauquiez qui sort vainqueur de cette séquence à l’UMP. Si ces trois-là devaient se mettre d’accord sur une candidature commune à la primaire, ils pourraient commencer à donner des sueurs froides à Juppé comme à Sarkozy. Le fait que ces trois-là soient davantage en phase avec l’électorat de l’UMP et qu’ils symbolisent aussi un renouvellement de génération constituent des arguments non négligeables en leur faveur.

Mais la position du ni-ni pourrait être avantageusement remplacée par la liberté de vote totale laissée aux électeurs. Que valent des consignes de vote de second tour lorsqu’on se prépare à demander aux mêmes électeurs de choisir le candidat au premier tour dans l’élection-reine ? Bien sûr, même Alain Juppé se défend de toute consigne et envisage seulement l’hypothèse où il serait électeur dans la circonscription de Montbéliard-est. On s’amusera de voir ces derniers jours toutes ces personnalités éminentes qui imaginent habiter à Audincourt, Sochaux ou Valentigney !

On doit s’attendre à ce que les prochaines élections départementales multiplient les occasions de se positionner dans ce genre de configuration. Il y aura des duels FN-PS et UMP-FN. La question se posera encore, dans de nombreux cantons. Aussi, il y a fort à parier que l’UMP sera encore mise sous la pression du PS qui aura beau jeu de lui dire : « Nous vous soutenons dans des seconds tours face au FN et vous ne nous rendez pas la pareille.»

Mais le PS risque aussi de subir la pression de ses propres électeurs qui peuvent en avoir par-dessus la tête de ce front républicain à sens unique. Les prochains scrutins risquent bien d’accoucher de fractures politiques encore plus grandes, surtout entre les appareils politiques et les électeurs. Et devinez à qui tout cela profite…

*Photo : Alain ROBERT/Apercu/SIPA. 00702646_000007.

Whiplash

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whiplash sade violence

Au début d’Elvire-Jouvet 40, magnifique spectacle (1986) de Brigitte Jaques pour le Théâtre National de Strasbourg, Claudia, l’élève de Jouvet jouée par Maria de Medeiros, qui débutait alors, dit très bien la scène 6 de l’acte IV de Dom Juan. Très bien, mais ce que raconte la pièce, c’est comment un metteur en scène de génie (Louis Jouvet, interprété par Philippe Clévenot) lui permettra, en sept séances, non seulement de le jouer mieux, mais d’accéder à la vérité de la scène en entrant, dit-il, dans le sentiment du personnage, et pas seulement avec de la technique — bref, de se sortir les tripes. D’aller au-delà d’elle-même. De devenir Elvire.

J’ai pensé à cette scène au tout début de Whiplash, à voir absolument quoi qu’en disent les grincheux. Un jeune garçon, Andrew Neyman — Miles Teller, bluffant — s’entraîne à la batterie. Et le spectateur ignare que je suis se dit « Diable, il se débrouille drôlement bien, le morveux » — jusqu’à ce qu’un prof du Shaffer Conservatory, Terence Fletcher (J.K. Simmons, quelque peu satanique, et longtemps abonné aux rôles de nazi — pas un hasard) le pousse à aller au-delà de lui-même, et à devenir le nouveau Buddy Rich — une référence dans l’art des cymbales de jazz, quoi qu’en pensent les mêmes grincheux. Le jazz est plein de chapelles qui s’anathématisent l’une l’autre.

Evidemment, pour l’amener plus loin que lui-même, il faut un peu le pousser. Le provoquer. L’insulter. Le battre même. Le renier. L’amener à deux doigts du suicide (et on comprend au fil du film qu’un autre ancien élève est tombé du mauvais côté du désespoir). Et finalement faire éclore le génie qui était en lui. Toute pédagogie est-elle un sado-masochisme ?
Rappelez-vous 
le sergent Hartmann de Full Metal Jacket. Eh bien à côté de Fletcher, Hartmann était un poète. Un tendre. Une fleur des champs. Fletcher dirige un jazz band, sur le modèle de celui de Duke Ellington, dont le Caravan rythme la séquence finale. Ses musiciens participent à des concours très sélectifs — l’ENS ou l’X, à côté, c’est roupette de sansonite. Il veut les meilleurs, et que chacun donne le meilleur. Pas de pitié pour les frimeurs, pour les ratés, pour les faibles. Il y a dans ce film un petit côté Highlander : Fletcher met en concurrence trois batteurs, but there can be only one…

On ne passe pas loin de la décapitation, d’ailleurs. Le film repose sur une anecdote (légèrement outrée, paraît-il) selon laquelle Jo Jones aurait lancé une cymbale à la tête du jeune Charlie Parker, pour lui apprendre à ne pas respecter le tempo. Moyennant quoi Parker, piqué au vif, aurait bossé comme un fou et serait revenu un an plus tard avec un solo étourdissant qui fit de lui The Bird. Encore un exemple de l’immortel Principe de Liberty Valance : When the legend becomes fact, print the legend.
Pour souffrir, le jeune Neyman souffre. Les mains en sang — gouttelettes giclant (non sans complaisance ) sur les peaux tendues des caisses et le cuivre des cymbales, l’ego déstructuré comme une forêt noire entre les mains d’un pâtissier moléculaire, insulté dans ce qu’il est (juif, en l’occurrence), vilipendé, amené au bord du gouffre — il se retrouve serveur dans un bistro quelconque. Et finalement, réglant les comptes avec le chef : le final est un Œdipe magistral avec celui qui est son vrai père — le père biologique étant un prof en panne d’écriture, un faible qui conseille à son fils d’abandonner…

Bien sûr, on ne peut pas ériger en principe pédagogique général ce qui se passe dans cette fiction — même si ça me titille quelque part, l’instinct de compétition en moi l’emportant toujours. Bien sûr, et je suis le premier à le dire, ce serait déjà beau que nous amenions chaque gosse au plus haut de ses capacités : on en est loin, la politique du « socle commun » consistant à niveler par le bas ce qui devrait être défini par le haut, parce que seul un système scolaire ambitieux peut donner de l’ambition, surtout à ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche.
Mais il y a l’au-delà de soi.

J’ai toujours été sidéré que notre société accepte, comme allant de soi, des normes de compétition d’une violence extrême (quelqu’un a-t-il idée de la façon dont Philippe Lucas a traité Laure Manaudou, entre autres, pour en faire une championne olympique ? Ou dont Alexeï Michine a flagellé Yagudin, Plushenko ou Tuktamysheva, toute récente championne d’Europe de patin sur glace ?) et des pratiques pédagogiques d’un laxisme écœurant — « je te touche avec une fleur », dit un copain pour exprimer ces pédagogies de l’exigence zéro.
Nous avions un système scolaire à plusieurs vitesses — un niveau général d’exigence raisonnable, et un niveau supérieur de haut vol — en gros, les très bonnes facs et surtout les classes préparatoires… On a rabaissé le seuil au départ, raboté les exigences, et l’on s’emploie désormais à supprimer l’élite. Le recteur de Poitiers vient de rayer d’un trait de plume plusieurs classes prépas, moins pour faire des économies que pour en finir une bonne fois pour toutes avec l’élitisme. Des idéologues détruisent le système qui les a faits rois, afin qu’il n’y ait plus que des esclaves après eux.
Du coup, par réaction, je me repais de ces fictions de sélection ultime, quand les doigts saignent sur les baguettes, quand le corps entier souffre, et que le band haletant guette la reprise.

La métaphore pédagogique n’a pas échappé à Télérama, qui dans un article plutôt équilibré s’exclame :  » Imaginez le Marquis de Sade à la tête d’un IUFM… »

Bien sûr — et c’est explicitement dit dans le film — tous les musiciens n’hébergent pas en eux Mozart ni Charlie Parker. De vrais génies, en quarante ans d’exercice, j’en ai trouvé deux — l’un et l’autre matheux —, et c’est déjà beaucoup. La probabilité pour que je déniche non pas Mozart mais Rimbaud s’éloigne chaque jour.
Mais je cherche. Je chercherai toujours.

Grèce: un jeu complexe

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tsipras euro troika

Syriza a remporté la victoire aux élections grecques le 25 janvier. Peu de temps s’est écoulé, et pourtant on peut commencer à prendre un certain recul devant l’événement. Après une semaine d’étonnement devant un gouvernement qui applique son programme (et qui tient ses promesses, ce qui change…), après avoir pris acte des premiers gestes politiques de l’équipe d’Alexis Tsipras (et de son nouveau ministre des finances), après avoir remisé la « Troïka », soit l’alliance du FMI, de la Banque Centrale Européenne et de la Commission Européenne, au rayon des accessoires surannés, il convient de s’interroger sur la stratégie de Syriza.

Cette dernière tient en un point. Tsipras veut retrouver des marges de manœuvre budgétaires. Il a besoin pour cela de « récupérer » entre 6 et 8 milliards d’euros actuellement affectés au paiement des intérêts de la dette grecque. Il a besoin de cet argent pour mettre en place les mesures qui éviteront au peuple grec de périr. C’est une réalité tragique, et pourtant tout à fait évidente. Cette diminution de la charge des intérêts est nécessaire et permettra au gouvernement de mettre en place un programme de sortie de l’austérité. C’est pour cela que Syriza a fait de l’annulation partielle de la dette, ou à tout le moins d’un moratoire de vingt à trente ans sur les paiements, une de ses priorités. On sait que, sur ce point, il est soutenu tant par des économistes – et non des moindres – que par le gouvernement américain. On sait aussi que les réserves de la Grèce sont insuffisantes pour permettre à ce pays de faire les paiements prévus au début de juillet. Au total, ce sont 23 milliards d’euros que la Grèce devrait verser. Dans la mesure où Tsipras a rejeté la dernière tranche du plan d’aide prévue par la « troïka », cela signifie qu’un accord devra impérativement être trouvé avant cet été.

Mais il va se heurter à un front très dur de pays emmenés par l’Allemagne. On sait que ce dernier pays, par la voix de la chancelière Angela Merkel, s’est fermement opposée à toute annulation des dettes. Cela laisse cependant ouverte la porte de la solution du moratoire. Il est clair que la discussion portera alors sur la nature, et la durée, de ce dernier. En fait, Alexis Tsipras voudrait lier la question de son pays à celle d’une révision générale des politiques d’austérité. Ce faisant, il heurte de plein fouet la politique allemande qui soutient que, hors de l’austérité, point de salut. Cela signifie que l’affrontement avec l’Allemagne, et ses alliés, est inévitable. Quels que soient les artifices de langage, il est évident que dans cet affrontement, il y aura un vainqueur et un vaincu. Les enjeux sont d’importance pour Alexis Tsipras, mais aussi pour Angela Merkel. Si elle devait subir une défaite, plier devant la volonté des autres pays, c’est non seulement sa propre position politique qui serait dramatiquement affaiblie en Allemagne, mais sa crédibilité qui en serait considérablement affectée. Ayant cédé sur ce point capital, quels arguments l’Allemagne pourrait-elle faire valoir pour éviter que la zone euro se transforme peu à peu en une union de transferts ? Mais, si c’est Alexis Tsipras qui cède de manière décisive, il torpille son avenir politique, et celui de Syriza ; il laisse le champ libre à la droite la plus extrême.

Nous assistons actuellement à un jeu de bluff et de contre-bluff. Le duo Tsipras-Varoufakis (le ministre des Finances) joue à merveille la partition « good cop / bad cop ». De même, Mme Angela Merkel joue à merveille la carte de la rigidité bougonne. Il est clair qu’il y a beaucoup de manège dans tout cela. Et il convient de savoir que la Théorie des Jeux, c’est justement l’un des points forts du ministre des Finances[1. On lira Varoufakis Y., Rational Conflict. Oxford, Blackwell, 1991 ou encore, du même auteur (avec Hargreaves-Heap S.) Game Theory: A critical text. London and New York, Routledge, 2004.]. Varoufakis pense que l’on peut ramener la négociation actuelle à une version du « dilemme du prisonnier ». Mais ce jeu peut dégénérer en une forme bien connue dans la Théorie des Jeux que l’on appelle « chicken » (poulette)[2. Sugden, R. The Economics of Rights, Cooperation and Welfare, 2ème edition, Palgrave Macmillan, Londres-New York, 2005.]. Cette forme théorise une scène bien connue des cinéphiles (La Fureur de Vivre) ; deux automobilistes s’affrontent en roulant l’un vers l’autre. Le premier qui prend peur de la collision et dévie de sa trajectoire a perdu. Il devient la « poulette » (chicken). Si aucun ne flanche, les deux véhicules se percutent, et l’on a deux morts… Ce jeu, s’il n’est pas répété (et s’il n’y a pas d’apprentissage) et si un événement imprévu ne survient pas, n’admet qu’une victoire totale de l’un sur l’autre. En cela, il est très différent du dilemme du prisonnier, qui montre les intérêts d’une coopération implicite[3. Skyrms, B., Evolution of the Social Contract. New York, Cambridge University Press, 1996.].

On voit bien comment, compte tenu des risques encourus en cas de « faiblesse » dans cet affrontement, tant Tsipras que Merkel pourraient s’engager sur une trajectoire de collision, et aller jusqu’au bout. Le risque est donc très grand que la négociation n’aboutisse pas à une recherche du compromis mais au contraire renforce chacun dans sa volonté de ne pas fléchir.

Que signifierait une collision frontale dans le contexte de la Grèce ? Si nous avons un refus de l’Allemagne d’admettre que l’austérité ne fonctionne pas, refus motivé tant par des représentations idéologiques que par une certaine vision des intérêt de l’Allemagne,  combiné à un refus de céder à la Grèce parce que c’est la Grèce (on se souvient des mots blessants sur les « cueilleurs d’olives »), et que du côté d’Athènes on se refuse de céder car l’on sait que cela signifie la fin de l’expérience de Syriza, l’idée de la collision frontale prend du sens. Dans ce cas, on ne trouve pas de solutions d’ici le mois de juillet et la Grèce doit faire défaut sur sa dette. La réaction de la BCE sera de couper le financement aux banques grecques, ce qui entraînera la décision du gouvernement grec de mobiliser la Banque Centrale grecque pour que le crédit ne soit pas coupé aux banques et, de fil en aiguille, la Grèce sortira de l’Euro.

Dans ce jeu stratégique, il est clair que la Grèce a délibérément choisi une stratégie qualifiée par Thomas Schelling, l’un des fondateurs de la théorie des jeux, mais aussi de la théorie de la dissuasion nucléaire, de « coercive déficiency »[4. Schelling T., The Stategy of conflict,  Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1960.]. En fait, le terme de « coercive deficiency » fut imaginé par L. Wilmerding en 1943 pour décrire une situation où des agences engagent des dépenses sans financement préalable, sachant que moralement le gouvernement ne pourra pas refuser de les financer[5. Kiewiet, D., Roderick McCubbins et Mathew D. The logic of delegation: congressional parties and the appropriations process, Chicago (Ill.), University of Chicago Press. 1991, pp. 213–249.]. L’apport de Schelling consiste à avoir montré que l’on pouvait généraliser cette situation et qu’une situation de faiblesse pouvait s’avérer un instrument de contrainte sur autrui. Il montrait aussi comment il pouvait être rationnel pour un acteur se sachant d’emblée en position de faiblesse d’accroître cette dernière pour pouvoir en user dans une négociation. à l’inverse de Jack London, on peut parler ici d’une « force des faibles »[6. Schelling T., The Stategy of conflict, op.cit. p. 37.]. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la renonciation par le gouvernement grec de la dernière tranche de l’aide promise par la « Troïka », soit 7 milliards d’Euros. Bien sûr, rejetant la légitimité de la dite « Troïka », il ne pouvait logiquement accepter d’en bénéficier. Mais, plus subtilement, ce geste met la Grèce volontairement au bord du gouffre et indique à la fois sa résolution à aller jusqu’au bout (comme Cortés brûlant ses navires avant de monter sur Mexico) et accroît la pression sur l’Allemagne. Nous sommes ici en pleine « coercive deficiency ».

Les Etats-Unis en ont pris la mesure. On sait que Barack Obama a convoqué Angela Merkel à Washington pour le 9 février. Au menu de cette rencontre, il y aura bien entendu le problème grec. Notons que cela montre l’engagement constant dans des Etats-Unis dans les affaires européennes. Tous ceux qui braillent que l’Euro devait nous donner une indépendance par rapport au Dollar feraient bien de méditer sur le sens de cette rencontre. La politique « européenne » se décide largement à Washington. C’est par ailleurs fort logique car l’Euro est la dernière ligne de défense du Dollar. Qu’il disparaisse et le Dollar sera nu face à la spéculation monétaire internationale.

Il est donc possible qu’Angela Merkel soit contrainte de céder. Mais, si elle le fait, elle engage un processus où elle perd toute maîtrise de la situation, tant en Europe qu’en Allemagne. En Europe, le fait de céder à la Grèce suscitera immédiatement de nouvelles demandes. La crédibilité de la position allemande sera détruite, et l’Allemagne acculée à de nouvelles concessions qui feront immanquablement monter le coût de sa contribution à l’Europe. Cela marquera l’entrée dans la fameuse « Union de transferts » qui est le cauchemar d’une grande partie des dirigeants allemands. Mais, en Allemagne même, Angela Merkel perdra le bénéfice de sa position « dure » et sera soumise à de multiples pressions venant tant de son électorat que de ses alliés politiques, et ceci sans compter sur le parti anti-Euro AfD en embuscade. Elle n’a donc le choix qu’entre le discrédit, interne et externe, et la rupture.

Ce contexte est, bien entendu, largement suivi dans les autres pays. Les autorités françaises se rêvent en grand médiateur dans ce conflit annoncé. Mais, nous ne sommes pas à un congrès du PS. Il ne peut y avoir de « synthèse » entre des intérêts clairement opposés. La position de la France se trouve prise en otage par la croyance religieuse dans l’Euro qui unit une partie de notre élite politique. Il est clair que dans la tentative désespérée de trouver une « synthèse », François Hollande va achever de se discréditer. Il est d’ailleurs symbolique que ce soit avec l’Allemagne que les Etats-Unis discutent et non la France. Cette dernière ne compte plus. Et c’est aussi l’un des enseignements de la crise et de l’arrivée de Syriza au pouvoir à Athènes. Démontrant la possibilité d’une autre politique, cette arrivée détruit ce qui restait du discours du PS.

Nous sommes probablement au début de la fin, tant en Europe qu’en France. Et cette perspective terrifie comme elle fascine les acteurs du jeu politique.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques Sapir.

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA. AP21687985_000003.

Le droit de voir

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elisabeth levy charlie

Il paraît que les gars de Charlie Hebdo sont morts pour la liberté d’expression. En tout cas pour celle de déconner sur les religions qui, en France, fait partie du lot (il faudrait qu’on cesse, y compris moi, de parler de « blasphème », car pour un non-croyant, ça ne veut rien dire, mais passons). Le 11 janvier, on a donc tous défilé pour la liberté d’expression, c’était marqué dans les journaux. Et quelques jours plus tard, le président a enfoncé le clou : « En France, la liberté d’expression ne se négocie pas. » Sauf le respect que je dois au président, elle se négocie tous les jours à la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, où les juges doivent précisément apprécier si les prévenus ont ou pas franchi les limites de la loi. Ce n’est pas parce que le droit de caricaturer le Prophète de l’islam ou de croquer Jésus dans des positions inconvenantes est presque absolu, d’après la jurisprudence, qu’on peut proférer n’importe quelle ânerie dans l’espace public. En France, on peut se payer la tête de Mahomet, pas insulter son voisin. Dans pas mal de pays, c’est le contraire.

Que cette liberté définie comme « l’une des plus précieuses de l’homme » se heurte à des limites, rien de plus normal. D’ailleurs, ce n’est pas le tribunal qui me dissuade parfois de l’ouvrir – je préfère la justice de la République au tribunal médiatique – mais la perspective des gloussements indignés de tous ceux à qui mes idées ne reviennent pas. Ceux-là, ils sont pour la liberté d’expression, mais pas pour la mienne.

En attendant, il est un peu incongru, et même paradoxal, que ces attentats soient l’occasion d’un tour de vis sur la parole. La Chancellerie a en effet demandé aux parquets d’être très vigilants, c’est-à-dire de poursuivre à tour de bras, tant les expressions racistes que l’apologie du terrorisme : de plus, ce délit, qui ne relève pas de la loi sur la presse, mais de la loi du 13 novembre 2014, ne sera pas jugé par la très libérale 17e, mais par les chambres antiterroristes. Plus d’une cinquantaine de procédures ont été initiées depuis le 7 janvier et quelques prévenus ont déjà écopé de peines de prison ferme en comparution immédiate. « Les magistrats, comme tous les Français, étaient émus », a déclaré un juge de l’antiterrorisme. Manière élégante de dire qu’ils ont eu la main plutôt lourde.

Cette sévérité me chiffonne. Tout d’abord, on préférerait que cet activisme s’applique aux actes plutôt qu’aux mots. Et puis, jusque-là, en France, on n’allait pas en prison pour ses idées. De plus, faire juger l’imbécile qui hurle « Vivent les Kouachi » et le tueur par le même tribunal, c’est sacrément charger la barque. Et quand la police de Nice interroge Ahmed, 8  ans, coupable d’avoir déclaré qu’il « était avec les terroristes », on est chez les fous.

Mais le plus contrariant, c’est le procès Dieudonné, qui devait avoir lieu le 4 février. Il se murmure que Taubira voudrait une peine de prison ferme. Soyons clairs, je n’aime pas ce que raconte Dieudonné en général et son « Charlie-Coulibaly » en particulier. Mais je ne voudrais pas que l’on bannisse de l’espace public tous les propos qui me choquent. Et au moment où on explique aux musulmans de France qu’ils doivent accepter d’être heurtés par les opinions des autres, ce serait leur offrir sur un plateau l’argument du deux poids, deux mesures dont ils raffolent déjà.

L’ennui, c’est que pour échapper à ce soupçon, le gouvernement semble décidé à mettre le paquet sur les délits liés au racisme, en poursuivant quiconque aura, ou pas, laissé échapper un mot de travers. Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman. Ainsi Arno Klarsfeld devrait-il être mis en examen pour avoir déclaré il y a un an qu’« une partie des jeunes de banlieue sont antisémites ». Un « jeune de banlieue » de 37 ans se sentant offensé a en effet déposé une plainte. Il est surprenant que le procureur ait donné suite. À ce compte-là, on pourrait poursuivre en justice ceux qui affirment que les musulmans fanatiques ont quelque chose à voir avec l’islam. À ce stade, ce ne sera plus notre droit de parler ou d’écrire qui sera menacé, mais celui de voir ce que nous voyons. Et ça, les flics de la pensée s’en chargent déjà.

Cet article en accès libre est extrait du numéro de février de Causeur. Pour lire tous les autres articles de ce numéro, rendez-vous en kiosque ou sur notre boutique.

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*Photo : Hannah.

Islam de France : est-il trop tard?

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« Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. », écrivait Péguy. Cent ans plus tard, la sentence n’a rien perdu de son actualité. Ainsi, « quelques semaines après les attentats islamistes de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, « de quoi débat la France ? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son « islamophobie ». Pourtant, on ne sache pas que l’islamophobie ait tué à Paris. », résume Elisabeth Lévy. Notre directrice de la rédaction réclame tout bonnement « le droit de voir » et de désigner les choses par leur nom sans que la peur de l’amalgame ne nous fasse prendre des vessies pour des lanternes.

La violence aveugle a un drapeau mais pas d’adresse, comme l’analyse magistralement Hubert Védrine,  qui nous fait l’honneur d’un grand entretien autour de la menace salafiste, de ses soutiens internationaux et des moyens à mettre en œuvre pour la combattre. « Les terroristes ne peuvent pas gagner », pronostique l’ancien ministre des Affaires étrangères, en appelant à l’émergence d’un islam de France respectueux de nos valeurs. Moins diplomate, on s’en serait douté, Cyril Bennasar s’agace des discours lénifiants qui font des bourreaux de banlieue de pauvres victimes de la société. À contre-courant de notre ministre de la Jeunesse et de la Ville se déclarant le représentant de la France « qui n’est pas Charlie », Bennasar décrète : « La France qui rit des bondieuseries, tu l’aimes ou tu la fermes. Et si tu ne peux pas, tu la quittes. »

À sa manière, l’islamologue Rachid Benzine exhorte les musulmans de France à balayer devant leur porte. Se battant sur deux fronts, il se désole du dialogue d’aveugles dans lequel la République et la jeunesse des banlieues se sont engluées.  « Pourquoi nier l’évidence ? L’islam d’aujourd’hui peut être violent » mais « il faut regarder en face le « décrochage » d’une partie très importante de la jeunesse « franco-maghrébine » ou « franco-musulmane » par rapport à la société française, qui n’a pas tenu ses promesses », pose-t-il comme termes de l’équation républicaine. Professeur d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis, Iannis Roder déplore « quinze ans de perdus » à ânonner les mêmes lieux communs sur les zones urbaines sensibles. Alors qu’il avait tiré la sonnette d’alarme dès 2002 et la parution des Territoires perdus de la République, Roder s’étonne du brusque engouement médiatique qu’il a suscité dans la semaine ayant suivi les attentats. Jusqu’ici, les médias n’avaient pourtant assez d’yeux pour compatir à la souffrance de banlieues arrosées d’aides sociales…

Tout aussi édifiant, le reportage d’Antoine Menusier nous montre des associations cache-sexes du salafisme et porteuses in petto d’une conception hallal du monde. Autant dire que Charlie est loin de faire l’unanimité de l’autre côté du périphérique, où l’on a très peu manifesté contre le terrorisme…

Charlie, justement : ils s’appelaient Charb, Tignous, Wolinski, Cabu, ou Bernard Maris. Ils sont morts sous les balles des frères Kouachi, au nom d’une vision fondamentaliste de l’islam qui condamne à mort le blasphème. Ce drame a profondément affecté Philippe Val et Daniel Leconte, respectivement ancien directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, et réalisateur du film sur les caricatures C’est dur d’être aimé par des cons ! Tous deux ont répondu aux questions d’Elisabeth Lévy quant à l’histoire des caricatures danoises de Mahomet, reprises par Charlie Hebdo dès 2005, avant que le président Chirac ne pousse la Mosquée de Paris à poursuivre le journal pour incitation à la haine. Lâchés à l’époque par les médias, à quelques exceptions près, Val et Leconte laissent sourdre leur colère et réaffirment leur insoumission aux fatwas islamistes.

Soumission, le roman de Michel Houellebecq, souleva le cœur des plus hautes instances de l’Etat avant l’attentat de Charlie Hebdo. Or, ce roman est un roman, nous rappelle Jérôme Leroy dans une tautologie salutaire. Comme dans ses précédentes œuvres, l’écrivain Houellebecq mesure les failles de la société française à la manière d’un sismographe, sans provoquer les séismes qu’il décrit. Partant, il n’est guère étonnant que son personnage de président musulman ressemble à s’y méprendre à Tariq Ramadan – à moins que ce ne soit l’inverse…

Fort heureusement, nos fidèles lecteurs retrouveront leurs rendez-vous habituels, autour des indéboulonnables de Causeur que sont le « moi » de Basile de Koch, le journal d’Alain Finkielkraut, les carnets de Roland Jaccard, sans oublier les chroniques culturelles de Jérôme Leroy et L’ouvreuse.

Bref, cette année, février risque d’être désespérément trop court pour lire les cent pages de votre magazine préféré…

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Terrorisme : c’est la faute à la société…

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Après le magnifique élan de solidarité qui a parcouru le pays le 11 janvier, l’heure est venue, afin de justifier au mieux le « pas d’amalgame », de trouver des responsables à ces massacres.

Les assassins n’ont-ils pas déjà été trouvés et même abattus ? Non, si l’on en croit les nombreux experts en criminologie qui dispensent généreusement leur savoir sur la Toile ces dernières semaines. Car ces présumés assassins ne sont en réalité que les victimes de quelque chose qui les dépasse. Comme dans les bons polars, les assassins ne sont jamais ceux qu’on croit, ce serait trop évident, trop facile, la vérité est ailleurs.

Les vrais assassins, ce sont tour à tour la nation, les Français, les politiques, l’école, les hommes et leur masculinité, Le Pen, Sarkozy, la droite, les médias, Zemmour, Houellebecq, et peut-être même Les Buttes-Chaumont.
En revanche, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, l’Islam radical n’a rien à voir là-dedans et toute personne qui osera prétendre le contraire pourra sentir souffler le vent de la révolte et de l’indignation.

Car « s’affirmer dans la solidarité avec les victimes ne nous exemptera pas de la responsabilité collective de ce meurtre », nous expliquent quatre professeurs de Seine-Saint-Denis dans une tribune publiée dans Le Monde.

En effet, on le sait bien, la solidarité est nécessairement un peu factice, elle cache forcément quelque chose de plus inavouable, en l’occurrence, la honte d’être en partie responsable de ce meurtre. Les mêmes qui n’ont cessé de classer en « stigmatisation » et « islamophobie » tout article qui tentait d’alarmer un tant soit peu les populations sur certaines dérives identitaires ou une certaine radicalisation d’une partie de la population, viennent très gentiment nous faire la leçon en nous demandant d’adhérer sans rechigner à leur dogme misérabiliste.

En premier non-lieu, il s’agit de comprendre les auteurs de ces crimes. Selon Virginie Despentes, dans Les Inrocks, il y aurait une sorte de légitimité à la haine des terroristes car nous les aurions « méprisés, dominés, humiliés », et nous serions nés « convaincus de notre supériorité ». Elle distingue d’ailleurs, dans une réflexion pleine de nuance et de finesse, ceux« à qui on aurait confié les armes de la République » et le terroriste, « toi », à qui « on n’a confié que dalle ».

Que les terroristes aient pu éprouver ce sentiment d’humiliation ou de mépris, c’est possible mais qu’on valide ce ressentiment, qu’on se condamne en tant que société soi-disant raciste ou islamophobe, n’est-ce pas un peu insupportable ? Que les mêmes qui disent « pas d’amalgames, les Islamistes sont une minorité » ne se gênent jamais pour sous-entendre que « Les Français sont racistes », n’aurait-il pas quelque chose d’à la fois absurde et de révoltant ?

Pas le moins du monde : si je ne me reconnais nullement dans cette hostilité fantasmée, c’est tout simplement parce que je n’ai pas pris la peine de me mettre à la place de mes agresseurs. Kant nous incitait, pour ne pas faire de mal à autrui, à nous mettre à sa place mais cette philosophie est dépassée, il est beaucoup plus intéressant de se mettre à la place de l’agresseur, comme nous y invitent les professeurs de Seine-Saint-Denis, pour comprendre comment il aurait pu ne pas nous faire de mal, conseil, qui, donné aux jeunes filles, permettrait d’éviter bien des viols :

« Mais faisons l’effort d’un changement de point de vue, et tâchons de nous regarder comme nos élèves nous voient. Nous sommes bien habillés, bien coiffés, confortablement chaussés, ou alors très évidemment au-delà de ces contingences  matérielles qui font que nous ne bavons pas d’envie sur les objets de consommation qui font rêver nos élèves. »

Outre que le climat a sans doute grandement évolué depuis que j’ai quitté mon collège de Seine-Saint-Denis il y a six ans – car à l’époque, tous les élèves avaient le portable dernier cri, quels que soient les revenus de leurs parents, et le salaire des professeurs leur permettait encore de désirer ardemment certains objets de consommation – c’est la pertinence de l’argument qui me frappe. Comment ne pas être titillé par le terrorisme lorsqu’on ne peut pas tout posséder, lorsque la vie nous confronte à la frustration ? D’autant que certains ont parfois l’audace d’aller jusqu’à demander à ces élèves de faire des efforts, si l’on en juge par la remarque ironique de ces mêmes professeurs : « Quant à ceux qui viennent d’ailleurs et vivent parmi nous, qu’ils se taisent et obtempèrent. » Avouez que c’est un comble ! Il faudrait donc, lorsqu’on va habiter dans un pays étranger, se plier un tant soit peu aux règles et aux coutumes de la Nation ? Que de brimades et de privations ne faisons-nous pas subir à nos élèves !

Mais ce n’est pas tout. Non seulement les terroristes sont stigmatisés en tant que pauvres, en tant qu’étrangers mais en outre, on continue de les stigmatiser en tant que musulmans en leur demandant de se dissocier des attentats.

Pour Virginie Despentes, cela revient tout simplement à « taper sur les Arabes ». Passons rapidement sur l’amalgame entre Arabe et musulman et venons-en au cœur du problème. N’y a-t-il rien de plus abject, de plus scandaleux, pire, de plus « stigmatisant » que de demander à des musulmans de se dissocier d’un crime sous le prétexte fallacieux qu’il aurait été commis au nom de l’islam ?

Ne pouvait-on pas plutôt demander aux premiers concernés de s’en dissocier, c’est-à-dire les habitants des Buttes-Chaumont et les hommes, puisque tous les auteurs des attentats étaient, comme par hasard, de sexe masculin ?

Certes, il est fort possible qu’une poignée de catholiques n’eussent pas détesté qu’on leur donne la chance de pouvoir se dissocier de certains mouvements lors de la Manif pour tous et certains médias, qui crient au « pas d’amalgame », ne se sont pas toujours gênés pour mettre tous les catholiques dans le même sac.

Mais Virginie Despentes nous rappelle fort justement que quand on est « blanc », voire pire, « blond aux yeux clair », il faut quoi qu’il arrive se sentir coupable, et ce bien que cette vision soit directement issue d’un catholicisme déviant que Despentes condamne par ailleurs.

Maintenant qu’on a brillamment prouvé que les assassins étaient surtout des victimes, reste à trouver les vrais responsables de cette tuerie.

Pour l’hurluberlu qui anime la « Minute papillon » sur le Net, les premiers responsables sont tout trouvés : ce sont les journalistes de Charlie Hebdo eux-mêmes. Comment en est-il arrivé là ? Très simple, il suffit de mettre sur le même plan les caricatures de Charlie Hebdo et la drague agressive d’un mec bourré à la sortie d’une boîte de nuit (avouez qu’on peut difficilement faire plus fidèle, comme comparaison). D’une part, cela revient à dire que l’humour de Charlie ne s’amuse que de la provocation, ce qui est évidemment incontestable. D’autre part, cela permet de mettre sur le même plan la réaction du copain de la fille et celle des assassins de Charlie et de faire des journalistes les premiers responsables de la tuerie (il parle d’ailleurs de « premiers fautifs ») qui méprisent volontairement toutes les populations que ces dessins pourraient « attrister », pour reprendre ses termes.

Certes, il est très difficile de faire de l’humour sans choquer tout ou partie de la population et d’aucuns argueraient que la liberté d’expression ne se négocie pas, qu’il faut l’accepter tout entière ou ne pas l’accepter, que limiter la liberté d’expression parce que certains en seraient « attristés », pour reprendre l’expression de ce monsieur, est déjà liberticide.

Mais la tristesse de ces gens qui sont déjà stigmatisés n’est-elle pas un argument bien supérieur à ces grands discours sur la liberté d’expression ? Les journalistes de Charlie Hebdo ne devaient-ils pas finir par payer pour tout le mal qu’ils ont fait ?

S’il est avéré que les journalistes de Charlie Hebdo sont les premiers responsables du massacre, qui sont les deuxièmes ? C’est l’immense Virginie Despentes qui nous apporte la réponse. Pour elle, c’est une évidence, c’est « la violence des hommes » qui est responsable de ces attentats. Comment ne pas abonder dans son sens ?

Dommage simplement qu’elle ne voie pas un peu plus loin en constatant que c’est surtout la faute du péché originel et par conséquent, de Dieu, ça nous aiderait grandement à faire avancer le débat.
Que retirer de toutes ces belles pensées ? Laissons le mot de la fin aux professeurs du 93 : « Nous sommes aussi les parents de trois assassins » concluent, compassionnels, ces braves curés de l’Éducation nationale.

Si seulement on pouvait entendre les vrais parents de ces enfants dire cela. Ah, non, pardon, pas d’amalgame, ils n’y sont pour rien si l’école n’a pas réussi à faire de leurs enfants des citoyens dignes de ce nom.
Les auteurs de cet article ont, en tout cas, entièrement raison sur un point : il y a effectivement de quoi s’inquiéter d’une société qui attend tout des institutions et qui a même renoncé à la responsabilité individuelle.

Le brut et les truands

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petrole iran russie usa

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Comme si la compréhension du monde économique n’était pas assez compliquée comme ça, voilà que le prix du baril de pétrole s’est cassé la figure, passant de plus de 100 dollars à la veille de l’été à moins de 50 dollars au début de l’hiver. Et, comme à chaque fois, avec un air docte et satisfait, les docteurs Diafoirus chargés du commentaire nous livrent un « exercice de clairvoyance rétroactive ». C’était prévisible, nous disent-ils, puisqu’il s’agit d’une pure manifestation de la loi de l’offre et de la demande. En l’espèce, les ressources courantes disponibles en pétrole dépassant les besoins effectifs, les prix s’ajustent, certes de manière précipitée, mais on ne peut plus logique.

Le peak oil a manqué son rendez-vous, la reprise n’est pas ce qu’elle devrait être

Toutes les grandes entreprises du monde dont l’avenir dépend de la disponibilité du pétrole se sont préoccupées du peak oil, qui devrait voir s’inverser la courbe du stock de pétrole exploitable dans les entrailles du globe. Volkswagen, Michelin, BASF, Boeing, les compagnies aériennes et bien d’autres seraient acculés à une révision drastique de leur modèle économique si le pétrole entrait pour de bon dans l’ère de la rareté.

Or on n’a cessé de découvrir de nouveaux gisements de pétrole ou de gaz : au Moyen-Orient ; en Afrique (Angola, Mozambique, Algérie) ; en Amérique du Sud, où le Brésil, totalement dépendant de ses importations il y a quinze ans, est aujourd’hui autosuffisant ; en Australie ; dans la mer Caspienne ; en Russie, qui table sur les réserves potentiellement immenses de la mer de Kara. Enfin, aux États-Unis, qui se sont appuyés sur les ressources providentielles du gaz et du pétrole de schiste pour devenir indépendants de leurs fournisseurs du Golfe persique et redévelopper leur production chimique aux abords des gisements.

Or, de surcroît, et en dépit des cris d’alarme des écologistes, le recours au charbon pour la production d’énergie n’a pas faibli. Au contraire. Chine, Inde, Vietnam, Afrique du Sud, Australie n’ont pas ralenti leur production ; les États-Unis, qui disposent des plus grandes réserves au monde, ont accru la leur en exploitant le bassin du Wisconsin.[access capability= »lire_inedits »] Même la vertueuse Allemagne n’hésite pas, pour réduire le prix de son électricité, à substituer du charbon au gaz dans ses grandes centrales[1. Elle importe du charbon américain et remet en exploitation les ressources de la Ruhr.], quitte à accroître, toute honte bue, ses émissions de CO2 avec la complicité remarquable de ses Verts.

Pour autant, la demande émanant des économies consommatrices n’a pas explosé, comme beaucoup s’y attendaient. L’Europe connaît un marasme que les concepteurs de la monnaie unique n’avaient pas prévu. Les grands pays émergents, tels que le Brésil, voire l’Inde, ont fortement ralenti. La Chine, qui n’est plus émergente mais industrielle, importe moins d’énergie et de matières premières que prévu, soit que les chiffres de la croissance économique, encore importants, soient surestimés, soit que les efforts d’économie commencent à donner des effets. Quant aux États-Unis, dont la reprise économique ne fait pas l’ombre d’un doute, ils ne pèsent plus sur la demande mondiale, grâce à la forte hausse de leur production nationale.

À la simple lecture des faits, la thèse appuyée sur le jeu de l’offre et de la demande paraît crédible. Le marché aurait fixé de nouveaux prix. Il suffirait désormais de rechercher les conséquences durables de la nouvelle donne pétrolière sur les consommateurs et sur les producteurs.

Tout ça, c’est politique

Cela dit, gardons à l’esprit que la chute des prix du pétrole s’inscrit dans un contexte de conflits géopolitiques ouverts.

D’un côté, une sorte de nouvelle guerre froide a éclaté entre la Russie et les « Occidentaux » à l’occasion de la crise ukrainienne ; d’un autre côté, l’Iran et les « Occidentaux » sont engagés dans des négociations difficiles sur la capacité nucléaire dont Téhéran veut pouvoir disposer.

C’est ainsi que s’est infiltrée dans le débat la thèse, largement alimentée depuis Moscou et Téhéran, d’une guerre économique menée par les États-Unis pour casser les reins des économies russe et iranienne, avec la complicité des Saoudiens, ennemis jurés de leur grand voisin perse.

D’un strict point de vue technique, cette thèse tient debout. En refusant de réduire sa production, Riyad a ouvert la voie aux anticipations baissières des traders new-yorkais.

Pour qui connaît les relations étroites qui unissent Wall Street et Washington – qualifiées de « corridor » par un ancien directeur du FMI –, il est tout à fait logique d’imaginer une offensive économique organisée contre Moscou et Téhéran.

Il est certain que l’Iran et a fortiori la Russie dépendent à l’extrême du bon prix de leurs exportations de pétrole et de matières premières. Malgré la mauvaise gestion des mollahs et les faiblesses persistantes de l’économie russe, ces deux pays ont pu maintenir une prospérité relative tout au long des dix dernières années. La Russie affiche même des données économiques que pourraient lui envier les États-Unis et les éclopés européens : dette publique de 43 % du PIB, réserves de changes supérieures à 400 milliards de dollars. Mais Poutine sait l’économie russe vouée à une récession violente du fait de l’effondrement des prix du pétrole et d’un handicap structurel : la dette de ses entreprises. Or la chute des prix du pétrole a entraîné une baisse mécanique du rouble qui a doublé la charge réelle du service de la dette en dollars. Là est le bât qui blesse le plus pour l’économie russe, car ses grandes firmes, notamment d’hydrocarbures, paient aujourd’hui entre 30 et 50 milliards de dollars chaque trimestre.

Loi du marché ou opération ciblée ? Loin de se contredire, ces deux scénarios ont pu se combiner. Car les traders new-yorkais savent piloter l’évolution du prix du baril, par des achats à terme constamment orientés à la baisse. Cette opération a non seulement entraîné des dégâts collatéraux chez tous les grands pays producteurs, à commencer par une Arabie saoudite au lourd déficit budgétaire, mais aussi sinistré le secteur pétrolier américain. Jusqu’ici florissant, ce dernier doit réviser dans l’urgence tous ses plans d’investissement et d’embauche et suspendre les projets d’exploration et d’exploitation de nouveaux gisements, dont le coût d’exploitation excède les 50 dollars le baril[2. Comme en mer du Nord.]. Toute la question est de savoir quel est le coût du baril à l’extraction. Si les dernières techniques ont permis de ramener ce coût de 70 à 57 dollars, cela reste beaucoup trop onéreux pour des jeunes sociétés énergétiques s’étant endettées en émettant des junk bonds[3. Les émissions concernent 12 % du total du marché.] – emprunts sur le marché des obligations à haut rendement.

À moins d’une consolidation du prix du baril, le secteur des hydrocarbures issus du schiste est donc condamné à la faillite. Cela ne créerait pas une catastrophe à la Lehman Brothers mais provoquerait des dommages financiers (défaut de paiement sur la dette) et des blessures économiques en série : chute conjointe de la production, des investissements, de l’emploi et des revenus (l’industrie pétrolière paie bien, le salaire annuel moyen y est de cent mille dollars). Pas d’apocalypse économique à l’horizon, mais un dénouement qui ferait mauvais genre dans un monde où les incertitudes économiques se renforcent – la zone euro est en suspens, la croissance chinoise ralentit. À force de jouer avec l’or noir, nos amis américains pourraient finir par se brûler.[/access]

*Photo : Pixabay.

Seul comme un électeur UMP dans le Doubs

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Moi, je n’aimerais pas être électeur UMP dans la 4ème circonscription du Doubs.  J’aime bien le Doubs, et même ce coin 6à du Doubs où la désindustrialisation a frappé avec une férocité les rare amis où j’ai pu croiser, au cours de mes pérégrinations d’écrivain itinérant, des gens plein de bonne volonté dans les librairies, les médiathèques et les MJC qui tentaient toujours de mobiliser des citoyens plus préoccupés par une survie immédiate que par l’émancipation et le luxe que peut représenter la culture quand, précisément, on n’a plus rien, ou presque.

C’était en novembre et comme les clichés reposent toujours sur un fond de vérité, sinon ils ne seraient pas des clichés, du côté de Valentigney, ces libraires, ces bibliothécaires ou ces animateurs étaient plutôt de gauche, voire très à gauche et craignaient, pour cette cette élection partielle, le score du Front national. Ils avaient évidemment raison. Il n’y a plus besoin d’être grand clerc pour savoir que dans des circonscriptions ouvrières laissées à l’abandon, les gens ne votent plus pour la gauche ni pour la droite mais pour le Front national. Il faut les comprendre, les gens, dans ces coins-là. Ils n’ont plus tellement envie de voter pour la gauche, parce que la gauche, elle les a laissé tomber.

Surtout que le PS, en plus, a pris la sale habitude d’envoyer dans ces coins-là des handicapés du suffrage universel, comme Pierre Moscovici, en se disant que là, même pour des sous-doués des campagnes électorales, c’est gagné d’avance. C’est un peu, si vous voulez, la logique qui a consisté à envoyer des écolos ou des socialistes tailler des croupières aux élus communistes dans l’ancienne ceinture rouge ; façon Dominique Voynet à Montreuil, et on a vu ce que ça a donné.

Si en plus, dans cette 4ème du Doubs, on ajoute que Moscovici est apparu avec le temps aux valeurs de la gauche ce que l’aspartam est au sucre candi, c’est sûr que ce n’était pas gagné pour le PS et que l’électeur UMP pouvait enfin espérer voir son candidat qualifié face au FN. En plus, l’électeur UMP, il avait les statistiques pour lui. Ca devenait une habitude de voir la gauche éliminée au premier tour. Pratiquement un carton plein à toutes les partielles. On allait voir ce qu’on allait voir, c’était presque in the pocket puisque la gauche, elle, toujours bonne fille un peu scoute, elle a régulièrement appelé au Front républicain sans barguigner même quand le candidat UMP est légèrement à droite de Tamerlan comme dans le sud de la France.

Mais ce qu’il n’avait pas prévu, l’électeur UMP, c’est qu’il avait un nouvel handicap et que ce nouvel handicap s’appelle Nicolas Sarkozy. Il a suffi que Nicolas Sarkozy revienne à la tête de l’UMP pour, primo, que la belle série de victoires aux partielles s’interrompe et secundo que l’électorat du PS se remobilise, lui qui avait pris l’habitude de rester chez lui en feuilletant mélancoliquement de vieux journaux de la période 1981-83 quand la gauche était de gauche.

Nicolas Sarkozy, comme tous les mauvais joueurs, explique que ce n’est pas de sa faute, que le candidat UMP était nul et chois par le triumvirat des ringards : Fillon, Juppé, Raffarin. En règle générale, rien n’est de la faute de Sarkozy, dans aucun domaine. On ne lui dit jamais rien, à cet homme. Et en tout cas, on ne lui a manifestement pas dit qu’il était toujours  aussi profondément diviseur au sein même de son camp puisqu’il a trouvé utile, après avoir dirigé le pays de revenir pour diriger un…parti. On ne lui a jamais dit, non plus, contrairement à une idée reçue médiatique, qu’il n’était pas très bon pour gagner des élections. À part les présidentielles de 2007, la carrière électorale de Sarkozy est une vaste Bérézina. Il a tout perdu, des européennes face à Pasqua, des présidentielles avec Balladur face à Chirac, des municipales,  des cantonales, des régionales, encore des européennes et pour finir les présidentielles de 2012 alors que les primaires socialistes avaient quand même désigné le plus mauvais candidat possible.

Et voilà que grâce à Sarkozy, l’électeur du Doubs se retrouve plongé vingt ans en arrière quand le principal souci de la droite était de se déterminer en fonction du FN. Peu doué pour la synthèse, Sarkozy s’est retrouvé avec une position tellement alambiquée, « ni ni mais oui mais non faut voir » qu’il a été mis en minorité dans son parti qu’il aurait pourtant dû diriger comme un seigneur et maitre alors qu’il en en est réduit à de pénibles combinazione avec des sensibilités irréconciliables entre lesquelles il refuse de choisir, contrairement à Juppé qui a clairement appelé à voter socialiste quitte à s’attirer les foudres de ces grands esprits et de ces parangons de vertu que sont Morano et Balkany.

Il a d’ailleurs bien fait, Juppé, puisque contrairement à Sarkozy, en cas de duel aux présidentielles contre Marine Le Pen, il attirerait les électeurs de droite et du centre mais aussi ceux de gauche qui se dérangeraient le cœur presque léger puisqu’ils verraient, enfin, clairement la différence entre l’UMP et le FN. Ce qui n’est plus évident, justement depuis que Sarkozy s’obstine à croire que parler comme le FN permet de réduire les scores du FN alors que tout prouve le contraire, et de manière de plus en plus flagrante.

 *Photo : Alain ROBERT/Apercu/SIPA . 00703433_000001.

Mondial de handball : le Qatar n’a pas tout perdu

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Après avoir brillamment mis en échec le Qatar à domicile, l’équipe de France de handball a remporté dimanche son cinquième titre de champion du monde. En quelques années, les joueurs de Claude Onesta ont tout gagné, mais perdu un homme : Bertrand Roiné. Sacré champion du monde en 2011 avec les Bleus, ce natif du Maine-et-Loire a joué les trouble-fête en bataillant aux côtés des adversaires qataris de la France. Sa carrière tricolore terminée, Roiné a en effet tout bonnement tourné casaque pour se donner au Qatar.

On comprend mieux la difficulté des locaux à s’identifier à l’équipe nationale du Qatar, aussi qatarie que le PSG. Seul le capital est bordeaux et blanc, les couleurs de l’émirat. Le sélectionneur, Valero Rivera, champion du monde en 2013 avec l’Espagne, a fait ses emplettes dans le monde entier: Espagne, Cuba, Bosnie, France, Serbie, Tunisie et même… Qatar. Bref, on ne sait si ce sont les « vamos Qatar » du public, la complaisance de l’arbitrage ou le niveau de l’équipe qui a emmené le pays hôte en finale.

On pensait avoir touché le fond avec ce championnat du monde du fric : supporteurs européens sélectionnés et payés pour remplir les salles vides de Doha, un match d’ouverture où les quelques qataris s’en vont à la mi-temps. Mais notre Judas du hand en a remis une couche en se confiant au journaliste du Monde, Henri Seckel : il avoue timidement ne pas se sentir qatari et simplement se consacrer à la compétition internationale. C’est beau une telle passion du sport ! « Je prends souvent cet exemple, avoue le handballeur sans frontières : vous travaillez dans une usine, l’usine d’en face fabrique exactement les mêmes produits, et on vous dit qu’on va vous donner deux fois votre salaire ; vous restez, ou vous changez d’usine ? » Eh oui, à 100 000 euros la prime de victoire, cela vous fait relativiser votre amour de la Patrie…

Interrogé sur l’hymne national qatari chanté la main sur le cœur à chaque début de rencontre, Bertrand Roiné répond sans rougir: « On nous a dit : « Ce serait bien que vous appreniez l’hymne, pour le pays, pour le cheikh. » Nous, on ne voit pas le mal. C’est bien, on chante tous ensemble, même si on est d’origines différentes. » L’émirat se serait-il converti à la nation civique chère aux républicains français ? Que nenni, « le temps des compétitions, on échange les passeports : je donne mon passeport français, et j’ai un passeport qatari. La nationalité ici, tu ne peux pas l’obtenir comme ça, c’est compliqué », explique Roiné. Bref, la nationalité qatarie ça se mérite. Vous pouvez suer pendant des années  comme n’importe quel ouvrier philippin, ce n’est pour autant qu’on reconnaîtra vos services.

Une équipe faite de bric et de broc, avec des mercenaires du monde entier financés par de l’argent qatari, cela ne vous rappelle rien ? Ne pensez pas à l’Etat islamique, ce ne serait pas très fair-play…

La France, une chance pour l’islam?

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islam valls plenel charlie hebdo

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Les 7 et 9 janvier, des terroristes islamistes tuaient des journalistes, des policiers et des juifs. Moins de deux semaines plus tard, de quoi débat la France ? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son « islamophobie ». Pourtant, on ne sache pas que l’islamophobie ait tué à Paris. Encore qu’à bien y réfléchir, peut-être que si. Si d’aimables jeunes gens sont devenus des meurtriers, il faut bien que nous les ayons maltraités. Relégués. Humiliés. Ghettoïsés. Offensés. Comment allons-nous réparer, telle est la seule question qui vaille.

Si des islamistes tuent, c’est à cause des islamophobes. Dès le soir du 7 janvier, la crème de nos comiques médiatiques s’emploie à répandre cette fable en forme de bande de Moebius. Dans cette joyeuse troupe jamais à court d’inventions, j’avoue un petit faible pour Sylvain Bourmeau et Laurent Joffrin – sans doute ai-je raté un paquet d’âneries. Cependant, c’est à Edwy Plenel que je dois quelques fous rires, salutaires dans ce climat plombé. La France découvre qu’un certain nombre de ses enfants rêvent, plus tard, de faire Kouachi, et le patron de Mediapart larmoie en boucle que rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. À la veille du 11 janvier, rompant un affreux suspense, il annonce qu’il se rendra bien au défilé citoyen, d’abord en hommage aux victimes, ensuite pour lutter contre le Front national. Delenda est Carthago. Quand ce n’est Finkie, c’est Marine. J’aurais bien aimé le rencontrer dans le défilé, Plenel, avec une pancarte contre le FHaine. Ou un entonnoir sur la tête.
Dans l’atmosphère churchillienne des premiers jours, ces élucubrations hors-sol dont les morceaux choisis tournent sur Internet n’ont guère plus d’importance que des propos de bistrot. On s’étrangle et on oublie. L’important, c’est qu’au sommet de l’État, on tienne enfin un langage clair – ou presque. Après les précautions d’usage – ça n’a rien à voir avec l’islam –, le Premier ministre prononce le mot « islamisme » et appelle au respect de la laïcité, sans stigmatiser. Pour les professionnels de l’effaçologie, le 11 janvier est une déroute. Les Français entendent savoir ce qui se passe dans leur pays et, plus grave encore, défendre quelque chose qui ressemble à un monde commun, voire, horresco referens, à une identité nationale. Et ça tombe bien, ils sont en phase avec l’humeur de leurs gouvernants. La France est en guerre. Nous ne céderons pas. Nous ne tolérerons pas. Nous n’accepterons pas. Le 13 janvier, Manuel Valls prononce un discours qui lui vaut d’être comparé à Clemenceau et ovationné par un Hémicycle unanime : « Droite et gauche confondues, à l’exception des deux députés FN qui n’ont applaudi qu’en de rares moments », précisent heureusement les deux spécialistes du comptage d’applaudissements qui couvrent l’événement pour Mediapart – quand on pense que les pauvrets ont dû entendre La Marseillaise, cet hymne colonial. Et pour parfaire le tableau, le président nous demande d’être « fiers d’être Français ». Et pourquoi pas fiers d’être nauséabonds, tant qu’on y est.
La gauche de la gauche trépigne. Voilà une semaine qu’on nous bourre le crâne avec des reportages tendancieux, et ces supposées révélations sur l’antisémitisme de nos banlieues. Il ne faudrait pas se tromper de victimes. Les premières victimes de tout ça, et du reste aussi, ce sont les musulmans. Retrouvons les fondamentaux. Et combattons le Front national.

Une heure ou deux après l’attentat de Charlie Hebdo, Gil Mihaely, passablement secoué, en était convaincu : cette fois, ce serait la bonne, le réel ne pouvait plus être reporté à une date ultérieure, pour reprendre une formule de Muray. L’histoire sainte d’une France frileuse et raciste, incapable de savourer les beautés du dialogue des cultures, arcboutée à un passé raciste avait vécu. On allait pouvoir nommer les problèmes, ce qui offrait un petit espoir de les régler. J’avoue que j’y ai cru, moi aussi. Le sursaut, la prise de conscience, l’esprit du 11 janvier. La fierté d’être français. Progressivement, on a entendu un peu de friture sur la ligne gouvernementale, un vague brouillage des discours. En haut lieu, la consigne avait dû passer : si tu parles d’antisémitisme, il faut très vite prononcer « islamophobie », il est bon de faire suivre « laïcité » par « respect des croyances » et « valeurs de la République » par « citoyens de seconde zone ». Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman.
Heureusement, il y avait Valls, et surtout, la détermination renouvelée et civilisée des Français à faire nation. Contre personne, et même avec qui le voulait bien. Peu importe d’où on venait pour peu qu’on s’accorde sur la destination. Vivre ensemble, oui, mais à notre sauce. Et ceux qui ne l’aiment pas, cette sauce, peuvent s’en mitonner une discrètement, si possible en se dispensant de clamer leur détestation de tout ce que nous aimons. Sauf que près de la moitié de ces Français qui s’étaient levés pour défendre leur liberté de critiquer, de déconner et même d’offenser, trouvaient finalement qu’il fallait être gentil avec le bon Dieu des autres. Enfin, on ne va pas reprocher à un peuple d’être gentil. Quoique.
« Le Premier ministre a employé des mots très forts. Et même très durs. » Le 20 janvier, lorsque j’ai entendu percer dans la voix d’une journaliste de radio standard des accents de triomphe, j’ai immédiatement compris que quelque chose clochait. « Apartheid ! », « apartheid ! », le mot était psalmodié avec enthousiasme, répété avec gourmandise, commenté avec la gravité requise. L’après-Charlie était terminé, avant d’avoir commencé. Le Parti des médias, revigoré, reprenait son antienne préférée : être français, il n’y a vraiment pas de quoi être fier. La gauche du PS ronronnait, les représentants de nos banlieues se rengorgeaient : ils l’avaient bien dit que c’étaient eux, les vraies victimes. Apartheid pride !
Alors on se sent un peu cloche d’avoir pris Séguéla pour Clemenceau. Il faut dire qu’avec moi, le coup de La Marseillaise, ça marche à tous les coups. Finalement, c’était de la com, doublée de douteux calculs politiques. Le plus consternant n’est pas que Valls ait lâché le mot, mais qu’il l’ait fait pour satisfaire l’aile gauche du PS, et plus encore pour câliner les supposées victimes du supposé apartheid. Que certains membres d’un éminent parti de gouvernement exigent, comme prix de leur loyauté, que leur chef se livre au dénigrement public de leur pays, ne semble surprendre personne. Pas plus que le fait que l’on flatte une communauté dans le sens du poil en lui expliquant qu’elle est faite de sous-citoyens. Oh oui, je t’ai fait mal…, c’est bon, non ?
On dira que l’idéologie victimaire est très largement partagée bien au-delà de nos banlieues : des patrons aux pêcheurs, il n’y a pas un groupe ethnique, confessionnel ou socioprofessionnel qui ne réclame sa part de malheur. Mais, en l’occurrence, Valls a sciemment appuyé sur un ressort bien plus destructeur et mensonger à la fois. On pourrait appeler cela la politique des bons ressentiments. Plus que tout le reste, c’est elle qui nous a mis dans le pétrin où nous sommes. Pour des raisons qui relèvent à la fois de la psychiatrie (haine de soi) et de l’histoire (abandon des classes populaires), la gauche, depuis trente ans, s’est employée avec constance à susurrer à la France musulmane qu’on lui devait des excuses, tandis que la France, ontologiquement coupable, était sommée de cesser d’être elle-même pour se faire pardonner. Si vous ne savez pas pourquoi vous nous haïssez, nous nous le savons.

Le spectacle accablant de l’émission « Des paroles et des actes », le 22 janvier, offrit un saisissant instantané des résultats de cette politique. Face à Alain Finkielkraut, la professeur Barbara Lefèvre et le maire de Montfermeil Xavier Lemoine, qui croyaient pouvoir inviter sur le plateau des pans de la réalité qui venait de se dévoiler, les jeunes de banlieue et leurs défenseurs (un imam, un ou deux sociologues et Najat Vallaud-Belkacem) ânonnaient imperturbablement le lamento de la relégation, usant et abusant de la forme passive : nous avons été exclus, on ne nous a pas donné ceci ou cela, nous sommes moins bien traités que ceux-ci ou ceux-là, suivez mon regard. Les paroles d’Alain Finkielkraut les encourageant plutôt à se retrousser les manches furent unanimement dénoncées comme un discours de haine. Il faut dire que ce n’est guère courtois d’envisager que les victimes de l’apartheid pourraient avoir ne serait-ce qu’une microscopique responsabilité dans leur situation. Nacira Guenif, sociologue proche des Indigènes de la République, finit par lâcher le morceau en dénonçant l’injonction d’intégration faite aux « jeunes d’ascendance coloniale ». Et toi, t’es d’origine « croisades » ? Mauvaise pioche. Heureusement Najat Vallaud-Belkacem réconcilia tout le monde avec un aplomb stupéfiant : « Nous sommes au moins tous d’accord sur le fait que le problème, c’est la relégation sociale », décréta-t-elle. On n’a pas entendu le même débat.

Il ne s’agit pas de nier que les jeunes issus de l’immigration connaissent des difficultés particulières. Seulement, pardon d’être brutale, ce n’est pas vraiment le sujet du moment. Les Français découvrent soudainement que la coexistence des cultures n’est pas un dîner de gala et qu’il ne suffit pas de proclamer qu’on aime l’autre pour vivre avec lui. Or, les attentats et leurs suites ont produit un effet de dévoilement : si la majorité des musulmans de France condamne sincèrement la violence et que les fanatiques prêts à prendre les armes sont, espérons-le, une infime minorité, le rejet de la laïcité, le complotisme, l’antisémitisme, le refus d’admettre qu’un texte sacré pour les uns puisse être un objet de moquerie pour les autres – ce que Finkielkraut appelle joliment la « douleur de la liberté » – sont largement répandus chez les musulmans du coin de la rue. Pourquoi a-t-on le droit de se moquer de notre prophète et pas des chambres à gaz, pourquoi l’antisémitisme est-il interdit et pas l’islamophobie, demandent des élèves, auxquels leurs professeurs ne savent pas quoi répondre. Deux poids, deux mesures : pourquoi l’assiette de mon voisin est-elle plus remplie que la, mienne ? Que voilà un débat intéressant.

Alors l’exclusion, je veux bien. Mais il faudrait faire remarquer à certains que, quand ils affirment qu’on n’a pas le droit de dessiner leur prophète ou qu’ils laissent entendre que les attentats, c’est qui vous savez, ce sont eux qui s’excluent de la collectivité. Quand ils pérorent, même pour rigoler, que c’est bien fait pour Charlie, ils s’excluent de la collectivité. Quand ils pourrissent la vie de Mouloud qui ose manger pendant ramadan, ils s’excluent de la collectivité. Or, cette bouillie confusionniste est propagée par des imams bien sous tous rapports – pas par l’islamisme, mais par l’islam. Pas par tout l’islam, certes, mais par une notable proportion de celui-ci. Étouffer toute critique au motif qu’elle serait stigmatisante, ce n’est pas, comme le croit Edwy Plenel, faire œuvre de fraternité mais de mépris. Car c’est supposer que la culture musulmane serait par nature incapable de faire siennes les valeurs libérales de nos sociétés, condamnant ainsi les musulmans de France au repli et au ressentiment. Il serait plus respectueux, en réalité, de parler clair, entre adultes, et de rappeler que l’égalité entre individus ne nous interdit pas d’avoir des préférences culturelles. N’importe quelle citoyenne française jouit des mêmes droits que moi, mais ma minijupe a plus de droits que ta burqa. Dire cela, ce n’est pas insulter les musulmans, mais au contraire les inviter à réaliser la synthèse entre le public et le privé, le laïque et le religieux, l’individu et le groupe, que beaucoup d’autres ont faite avant eux. Qu’on cesse de nous faire croire que l’islam changera la France, ou alors ce sera pour le pire. En revanche, la France est une chance pour l’islam, peut-être la dernière, de voir ses enfants échapper à la fascination djihadiste et à la rancœur remâchée. Non, tu n’es pas un colonisé parce que tu es au chômage. Non, tu n’es pas stigmatisé parce qu’on ose remarquer que les sieurs Merah, Kouachi et Nemmouche sont issus de la même culture que la tienne. Le respect, ce n’est pas de pleurnicher ensemble, mais de parler vrai. Pour faire nation, il faut être deux. Welcome : moi je suis d’accord. Mais on fait ma nation, celle que mes parents ont choisie sans demander qu’on change la peinture pour leur faire plaisir. Et on arrête de se plaindre.

Cet article en accès libre est extrait du numéro de février de Causeur. Pour lire tous les autres articles de ce numéro, rendez-vous en kiosque ou sur notre boutique.

islam charlie hebdo

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*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21678148_000030.

Face au FN, Sarkozy rattrapé par sa jeune garde

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doubs fn ump sarkozy

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Le premier tour de l’élection législative partielle de la quatrième circonscription du Doubs a rendu son verdict et, d’ores et déjà, l’UMP en est la première victime. D’abord, parce que son candidat à la députation est éliminé pour la première fois depuis 2012. Ensuite, parce que le duel FN-PS de dimanche prochain vient de valoir au parti dirigé par Nicolas Sarkozy trois jours de tension, de cacophonie et de désordre, renouant avec une tradition dont se passeraient fort bien ses électeurs. Enfin, parce que, même si le bureau politique a pris une décision, rien n’est vraiment réglé.

Nicolas Sarkozy apparaît bien entendu affaibli par cette séquence. Certes, il a fait valoir que le candidat investi par l’UMP fut nommé par le triumvirat Juppé-Fillon-Raffarin avant que lui-même n’accède à la présidence. En ce sens, imputer la responsabilité exclusive de l’élimination de l’UMP du second tour à l’ancien président peut paraître injuste. Si le candidat a effectivement mené une campagne désastreuse, ce n’est pas entièrement du fait de Nicolas Sarkozy. En revanche, son arrivée à la tête du grand parti de la droite a peut-être incité l’électorat socialiste à se mobiliser davantage, hypothèse que corroborent les études sur la popularité du duo exécutif, en hausse précisément depuis fin novembre.

Le président de l’UMP apparaît aussi affaibli par ces trois jours de cacophonie. Son autorité a été successivement mise en cause par Dominique Bussereau, NKM, Laurent Wauquiez et Alain Juppé. Alors que Nicolas Sarkozy avait expressément demandé que tout le monde reste discret jusqu’au bureau politique de mardi soir, personne ne lui a obéi, et surtout pas le couple maudit NKM-Wauquiez, qui le suit dans l’organigramme de l’UMP. Nicolas Sarkozy a dû ainsi prendre une position que personne n’a vraiment comprise en expliquant qu’il fallait à la fois faire barrage au FN et laisser la liberté aux électeurs. A priori, on comprend que les électeurs sont libres, mais pas trop. A-t-il souhaité, avec cette position si subtile, ne pas laisser le monopole de l’ouverture au centre à Alain Juppé ? A-t-il souhaité, comme aux plus beaux jours de François Hollande à Solférino, tenter une synthèse impossible ? Même les plus proches de Nicolas Sarkozy ayant manifesté leur incompréhension, nous ne nous risquerons à aucune réponse.

De là à gloser, comme beaucoup d’observateurs, sur la grande victoire d’Alain Juppé, c’est un pas que nous ne franchirons pas. Pendant que le bureau politique finissait son débat, le maire de Bordeaux était déjà en train de vendre sa position commune avec Nicolas Sarkozy (abstention, vote blanc ou vote PS) au JT de France 2.

Pendant qu’il se targuait entre les lignes d’avoir entraîné le président de l’UMP dans son sillage, avec le sourire de celui qui vient de tordre le bras à son adversaire, Juppé voyait sa ligne battue par l’axe Xavier Bertrand- Bruno Le Maire-Laurent Wauquiez, partisan de l’abstention ou du vote blanc, c’est-à-dire celle de la position qui prévaut depuis trente ans, au RPR d’abord, à l’UMP ensuite. Alain Juppé est-il conscient que sa ligne n’est pas partagée par la très grande majorité des futurs participants à la primaire de la droite à laquelle il participera ? A-t-il conscience que ses revirements sur le sujet peuvent commencer à lasser sérieusement les électeurs ? Lundi, la vidéo de l’INA, datant de 1990, où on le voit annoncer l’exclusion d’Alain Carignon parce que ce dernier avait appelé à voter PS contre le FN dans une élection cantonale partielle, a fait le tour du web. Les lecteurs de Causeur n’ont pas été étonnés, ils la connaissaient depuis mars dernier.

Même s’il ne faut pas enterrer complètement François Fillon, qui défendait la ligne ni-ni mardi soir, mais qui semble bien traîner l’affaire Jouyet comme un boulet au pied, c’est clairement le trio Bertrand-Le Maire-Wauquiez qui sort vainqueur de cette séquence à l’UMP. Si ces trois-là devaient se mettre d’accord sur une candidature commune à la primaire, ils pourraient commencer à donner des sueurs froides à Juppé comme à Sarkozy. Le fait que ces trois-là soient davantage en phase avec l’électorat de l’UMP et qu’ils symbolisent aussi un renouvellement de génération constituent des arguments non négligeables en leur faveur.

Mais la position du ni-ni pourrait être avantageusement remplacée par la liberté de vote totale laissée aux électeurs. Que valent des consignes de vote de second tour lorsqu’on se prépare à demander aux mêmes électeurs de choisir le candidat au premier tour dans l’élection-reine ? Bien sûr, même Alain Juppé se défend de toute consigne et envisage seulement l’hypothèse où il serait électeur dans la circonscription de Montbéliard-est. On s’amusera de voir ces derniers jours toutes ces personnalités éminentes qui imaginent habiter à Audincourt, Sochaux ou Valentigney !

On doit s’attendre à ce que les prochaines élections départementales multiplient les occasions de se positionner dans ce genre de configuration. Il y aura des duels FN-PS et UMP-FN. La question se posera encore, dans de nombreux cantons. Aussi, il y a fort à parier que l’UMP sera encore mise sous la pression du PS qui aura beau jeu de lui dire : « Nous vous soutenons dans des seconds tours face au FN et vous ne nous rendez pas la pareille.»

Mais le PS risque aussi de subir la pression de ses propres électeurs qui peuvent en avoir par-dessus la tête de ce front républicain à sens unique. Les prochains scrutins risquent bien d’accoucher de fractures politiques encore plus grandes, surtout entre les appareils politiques et les électeurs. Et devinez à qui tout cela profite…

*Photo : Alain ROBERT/Apercu/SIPA. 00702646_000007.

Whiplash

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whiplash sade violence

whiplash sade violence

Au début d’Elvire-Jouvet 40, magnifique spectacle (1986) de Brigitte Jaques pour le Théâtre National de Strasbourg, Claudia, l’élève de Jouvet jouée par Maria de Medeiros, qui débutait alors, dit très bien la scène 6 de l’acte IV de Dom Juan. Très bien, mais ce que raconte la pièce, c’est comment un metteur en scène de génie (Louis Jouvet, interprété par Philippe Clévenot) lui permettra, en sept séances, non seulement de le jouer mieux, mais d’accéder à la vérité de la scène en entrant, dit-il, dans le sentiment du personnage, et pas seulement avec de la technique — bref, de se sortir les tripes. D’aller au-delà d’elle-même. De devenir Elvire.

J’ai pensé à cette scène au tout début de Whiplash, à voir absolument quoi qu’en disent les grincheux. Un jeune garçon, Andrew Neyman — Miles Teller, bluffant — s’entraîne à la batterie. Et le spectateur ignare que je suis se dit « Diable, il se débrouille drôlement bien, le morveux » — jusqu’à ce qu’un prof du Shaffer Conservatory, Terence Fletcher (J.K. Simmons, quelque peu satanique, et longtemps abonné aux rôles de nazi — pas un hasard) le pousse à aller au-delà de lui-même, et à devenir le nouveau Buddy Rich — une référence dans l’art des cymbales de jazz, quoi qu’en pensent les mêmes grincheux. Le jazz est plein de chapelles qui s’anathématisent l’une l’autre.

Evidemment, pour l’amener plus loin que lui-même, il faut un peu le pousser. Le provoquer. L’insulter. Le battre même. Le renier. L’amener à deux doigts du suicide (et on comprend au fil du film qu’un autre ancien élève est tombé du mauvais côté du désespoir). Et finalement faire éclore le génie qui était en lui. Toute pédagogie est-elle un sado-masochisme ?
Rappelez-vous 
le sergent Hartmann de Full Metal Jacket. Eh bien à côté de Fletcher, Hartmann était un poète. Un tendre. Une fleur des champs. Fletcher dirige un jazz band, sur le modèle de celui de Duke Ellington, dont le Caravan rythme la séquence finale. Ses musiciens participent à des concours très sélectifs — l’ENS ou l’X, à côté, c’est roupette de sansonite. Il veut les meilleurs, et que chacun donne le meilleur. Pas de pitié pour les frimeurs, pour les ratés, pour les faibles. Il y a dans ce film un petit côté Highlander : Fletcher met en concurrence trois batteurs, but there can be only one…

On ne passe pas loin de la décapitation, d’ailleurs. Le film repose sur une anecdote (légèrement outrée, paraît-il) selon laquelle Jo Jones aurait lancé une cymbale à la tête du jeune Charlie Parker, pour lui apprendre à ne pas respecter le tempo. Moyennant quoi Parker, piqué au vif, aurait bossé comme un fou et serait revenu un an plus tard avec un solo étourdissant qui fit de lui The Bird. Encore un exemple de l’immortel Principe de Liberty Valance : When the legend becomes fact, print the legend.
Pour souffrir, le jeune Neyman souffre. Les mains en sang — gouttelettes giclant (non sans complaisance ) sur les peaux tendues des caisses et le cuivre des cymbales, l’ego déstructuré comme une forêt noire entre les mains d’un pâtissier moléculaire, insulté dans ce qu’il est (juif, en l’occurrence), vilipendé, amené au bord du gouffre — il se retrouve serveur dans un bistro quelconque. Et finalement, réglant les comptes avec le chef : le final est un Œdipe magistral avec celui qui est son vrai père — le père biologique étant un prof en panne d’écriture, un faible qui conseille à son fils d’abandonner…

Bien sûr, on ne peut pas ériger en principe pédagogique général ce qui se passe dans cette fiction — même si ça me titille quelque part, l’instinct de compétition en moi l’emportant toujours. Bien sûr, et je suis le premier à le dire, ce serait déjà beau que nous amenions chaque gosse au plus haut de ses capacités : on en est loin, la politique du « socle commun » consistant à niveler par le bas ce qui devrait être défini par le haut, parce que seul un système scolaire ambitieux peut donner de l’ambition, surtout à ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche.
Mais il y a l’au-delà de soi.

J’ai toujours été sidéré que notre société accepte, comme allant de soi, des normes de compétition d’une violence extrême (quelqu’un a-t-il idée de la façon dont Philippe Lucas a traité Laure Manaudou, entre autres, pour en faire une championne olympique ? Ou dont Alexeï Michine a flagellé Yagudin, Plushenko ou Tuktamysheva, toute récente championne d’Europe de patin sur glace ?) et des pratiques pédagogiques d’un laxisme écœurant — « je te touche avec une fleur », dit un copain pour exprimer ces pédagogies de l’exigence zéro.
Nous avions un système scolaire à plusieurs vitesses — un niveau général d’exigence raisonnable, et un niveau supérieur de haut vol — en gros, les très bonnes facs et surtout les classes préparatoires… On a rabaissé le seuil au départ, raboté les exigences, et l’on s’emploie désormais à supprimer l’élite. Le recteur de Poitiers vient de rayer d’un trait de plume plusieurs classes prépas, moins pour faire des économies que pour en finir une bonne fois pour toutes avec l’élitisme. Des idéologues détruisent le système qui les a faits rois, afin qu’il n’y ait plus que des esclaves après eux.
Du coup, par réaction, je me repais de ces fictions de sélection ultime, quand les doigts saignent sur les baguettes, quand le corps entier souffre, et que le band haletant guette la reprise.

La métaphore pédagogique n’a pas échappé à Télérama, qui dans un article plutôt équilibré s’exclame :  » Imaginez le Marquis de Sade à la tête d’un IUFM… »

Bien sûr — et c’est explicitement dit dans le film — tous les musiciens n’hébergent pas en eux Mozart ni Charlie Parker. De vrais génies, en quarante ans d’exercice, j’en ai trouvé deux — l’un et l’autre matheux —, et c’est déjà beaucoup. La probabilité pour que je déniche non pas Mozart mais Rimbaud s’éloigne chaque jour.
Mais je cherche. Je chercherai toujours.

Grèce: un jeu complexe

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tsipras euro troika

tsipras euro troika

Syriza a remporté la victoire aux élections grecques le 25 janvier. Peu de temps s’est écoulé, et pourtant on peut commencer à prendre un certain recul devant l’événement. Après une semaine d’étonnement devant un gouvernement qui applique son programme (et qui tient ses promesses, ce qui change…), après avoir pris acte des premiers gestes politiques de l’équipe d’Alexis Tsipras (et de son nouveau ministre des finances), après avoir remisé la « Troïka », soit l’alliance du FMI, de la Banque Centrale Européenne et de la Commission Européenne, au rayon des accessoires surannés, il convient de s’interroger sur la stratégie de Syriza.

Cette dernière tient en un point. Tsipras veut retrouver des marges de manœuvre budgétaires. Il a besoin pour cela de « récupérer » entre 6 et 8 milliards d’euros actuellement affectés au paiement des intérêts de la dette grecque. Il a besoin de cet argent pour mettre en place les mesures qui éviteront au peuple grec de périr. C’est une réalité tragique, et pourtant tout à fait évidente. Cette diminution de la charge des intérêts est nécessaire et permettra au gouvernement de mettre en place un programme de sortie de l’austérité. C’est pour cela que Syriza a fait de l’annulation partielle de la dette, ou à tout le moins d’un moratoire de vingt à trente ans sur les paiements, une de ses priorités. On sait que, sur ce point, il est soutenu tant par des économistes – et non des moindres – que par le gouvernement américain. On sait aussi que les réserves de la Grèce sont insuffisantes pour permettre à ce pays de faire les paiements prévus au début de juillet. Au total, ce sont 23 milliards d’euros que la Grèce devrait verser. Dans la mesure où Tsipras a rejeté la dernière tranche du plan d’aide prévue par la « troïka », cela signifie qu’un accord devra impérativement être trouvé avant cet été.

Mais il va se heurter à un front très dur de pays emmenés par l’Allemagne. On sait que ce dernier pays, par la voix de la chancelière Angela Merkel, s’est fermement opposée à toute annulation des dettes. Cela laisse cependant ouverte la porte de la solution du moratoire. Il est clair que la discussion portera alors sur la nature, et la durée, de ce dernier. En fait, Alexis Tsipras voudrait lier la question de son pays à celle d’une révision générale des politiques d’austérité. Ce faisant, il heurte de plein fouet la politique allemande qui soutient que, hors de l’austérité, point de salut. Cela signifie que l’affrontement avec l’Allemagne, et ses alliés, est inévitable. Quels que soient les artifices de langage, il est évident que dans cet affrontement, il y aura un vainqueur et un vaincu. Les enjeux sont d’importance pour Alexis Tsipras, mais aussi pour Angela Merkel. Si elle devait subir une défaite, plier devant la volonté des autres pays, c’est non seulement sa propre position politique qui serait dramatiquement affaiblie en Allemagne, mais sa crédibilité qui en serait considérablement affectée. Ayant cédé sur ce point capital, quels arguments l’Allemagne pourrait-elle faire valoir pour éviter que la zone euro se transforme peu à peu en une union de transferts ? Mais, si c’est Alexis Tsipras qui cède de manière décisive, il torpille son avenir politique, et celui de Syriza ; il laisse le champ libre à la droite la plus extrême.

Nous assistons actuellement à un jeu de bluff et de contre-bluff. Le duo Tsipras-Varoufakis (le ministre des Finances) joue à merveille la partition « good cop / bad cop ». De même, Mme Angela Merkel joue à merveille la carte de la rigidité bougonne. Il est clair qu’il y a beaucoup de manège dans tout cela. Et il convient de savoir que la Théorie des Jeux, c’est justement l’un des points forts du ministre des Finances[1. On lira Varoufakis Y., Rational Conflict. Oxford, Blackwell, 1991 ou encore, du même auteur (avec Hargreaves-Heap S.) Game Theory: A critical text. London and New York, Routledge, 2004.]. Varoufakis pense que l’on peut ramener la négociation actuelle à une version du « dilemme du prisonnier ». Mais ce jeu peut dégénérer en une forme bien connue dans la Théorie des Jeux que l’on appelle « chicken » (poulette)[2. Sugden, R. The Economics of Rights, Cooperation and Welfare, 2ème edition, Palgrave Macmillan, Londres-New York, 2005.]. Cette forme théorise une scène bien connue des cinéphiles (La Fureur de Vivre) ; deux automobilistes s’affrontent en roulant l’un vers l’autre. Le premier qui prend peur de la collision et dévie de sa trajectoire a perdu. Il devient la « poulette » (chicken). Si aucun ne flanche, les deux véhicules se percutent, et l’on a deux morts… Ce jeu, s’il n’est pas répété (et s’il n’y a pas d’apprentissage) et si un événement imprévu ne survient pas, n’admet qu’une victoire totale de l’un sur l’autre. En cela, il est très différent du dilemme du prisonnier, qui montre les intérêts d’une coopération implicite[3. Skyrms, B., Evolution of the Social Contract. New York, Cambridge University Press, 1996.].

On voit bien comment, compte tenu des risques encourus en cas de « faiblesse » dans cet affrontement, tant Tsipras que Merkel pourraient s’engager sur une trajectoire de collision, et aller jusqu’au bout. Le risque est donc très grand que la négociation n’aboutisse pas à une recherche du compromis mais au contraire renforce chacun dans sa volonté de ne pas fléchir.

Que signifierait une collision frontale dans le contexte de la Grèce ? Si nous avons un refus de l’Allemagne d’admettre que l’austérité ne fonctionne pas, refus motivé tant par des représentations idéologiques que par une certaine vision des intérêt de l’Allemagne,  combiné à un refus de céder à la Grèce parce que c’est la Grèce (on se souvient des mots blessants sur les « cueilleurs d’olives »), et que du côté d’Athènes on se refuse de céder car l’on sait que cela signifie la fin de l’expérience de Syriza, l’idée de la collision frontale prend du sens. Dans ce cas, on ne trouve pas de solutions d’ici le mois de juillet et la Grèce doit faire défaut sur sa dette. La réaction de la BCE sera de couper le financement aux banques grecques, ce qui entraînera la décision du gouvernement grec de mobiliser la Banque Centrale grecque pour que le crédit ne soit pas coupé aux banques et, de fil en aiguille, la Grèce sortira de l’Euro.

Dans ce jeu stratégique, il est clair que la Grèce a délibérément choisi une stratégie qualifiée par Thomas Schelling, l’un des fondateurs de la théorie des jeux, mais aussi de la théorie de la dissuasion nucléaire, de « coercive déficiency »[4. Schelling T., The Stategy of conflict,  Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1960.]. En fait, le terme de « coercive deficiency » fut imaginé par L. Wilmerding en 1943 pour décrire une situation où des agences engagent des dépenses sans financement préalable, sachant que moralement le gouvernement ne pourra pas refuser de les financer[5. Kiewiet, D., Roderick McCubbins et Mathew D. The logic of delegation: congressional parties and the appropriations process, Chicago (Ill.), University of Chicago Press. 1991, pp. 213–249.]. L’apport de Schelling consiste à avoir montré que l’on pouvait généraliser cette situation et qu’une situation de faiblesse pouvait s’avérer un instrument de contrainte sur autrui. Il montrait aussi comment il pouvait être rationnel pour un acteur se sachant d’emblée en position de faiblesse d’accroître cette dernière pour pouvoir en user dans une négociation. à l’inverse de Jack London, on peut parler ici d’une « force des faibles »[6. Schelling T., The Stategy of conflict, op.cit. p. 37.]. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la renonciation par le gouvernement grec de la dernière tranche de l’aide promise par la « Troïka », soit 7 milliards d’Euros. Bien sûr, rejetant la légitimité de la dite « Troïka », il ne pouvait logiquement accepter d’en bénéficier. Mais, plus subtilement, ce geste met la Grèce volontairement au bord du gouffre et indique à la fois sa résolution à aller jusqu’au bout (comme Cortés brûlant ses navires avant de monter sur Mexico) et accroît la pression sur l’Allemagne. Nous sommes ici en pleine « coercive deficiency ».

Les Etats-Unis en ont pris la mesure. On sait que Barack Obama a convoqué Angela Merkel à Washington pour le 9 février. Au menu de cette rencontre, il y aura bien entendu le problème grec. Notons que cela montre l’engagement constant dans des Etats-Unis dans les affaires européennes. Tous ceux qui braillent que l’Euro devait nous donner une indépendance par rapport au Dollar feraient bien de méditer sur le sens de cette rencontre. La politique « européenne » se décide largement à Washington. C’est par ailleurs fort logique car l’Euro est la dernière ligne de défense du Dollar. Qu’il disparaisse et le Dollar sera nu face à la spéculation monétaire internationale.

Il est donc possible qu’Angela Merkel soit contrainte de céder. Mais, si elle le fait, elle engage un processus où elle perd toute maîtrise de la situation, tant en Europe qu’en Allemagne. En Europe, le fait de céder à la Grèce suscitera immédiatement de nouvelles demandes. La crédibilité de la position allemande sera détruite, et l’Allemagne acculée à de nouvelles concessions qui feront immanquablement monter le coût de sa contribution à l’Europe. Cela marquera l’entrée dans la fameuse « Union de transferts » qui est le cauchemar d’une grande partie des dirigeants allemands. Mais, en Allemagne même, Angela Merkel perdra le bénéfice de sa position « dure » et sera soumise à de multiples pressions venant tant de son électorat que de ses alliés politiques, et ceci sans compter sur le parti anti-Euro AfD en embuscade. Elle n’a donc le choix qu’entre le discrédit, interne et externe, et la rupture.

Ce contexte est, bien entendu, largement suivi dans les autres pays. Les autorités françaises se rêvent en grand médiateur dans ce conflit annoncé. Mais, nous ne sommes pas à un congrès du PS. Il ne peut y avoir de « synthèse » entre des intérêts clairement opposés. La position de la France se trouve prise en otage par la croyance religieuse dans l’Euro qui unit une partie de notre élite politique. Il est clair que dans la tentative désespérée de trouver une « synthèse », François Hollande va achever de se discréditer. Il est d’ailleurs symbolique que ce soit avec l’Allemagne que les Etats-Unis discutent et non la France. Cette dernière ne compte plus. Et c’est aussi l’un des enseignements de la crise et de l’arrivée de Syriza au pouvoir à Athènes. Démontrant la possibilité d’une autre politique, cette arrivée détruit ce qui restait du discours du PS.

Nous sommes probablement au début de la fin, tant en Europe qu’en France. Et cette perspective terrifie comme elle fascine les acteurs du jeu politique.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques Sapir.

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA. AP21687985_000003.

Le droit de voir

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elisabeth levy charlie

elisabeth levy charlie

Il paraît que les gars de Charlie Hebdo sont morts pour la liberté d’expression. En tout cas pour celle de déconner sur les religions qui, en France, fait partie du lot (il faudrait qu’on cesse, y compris moi, de parler de « blasphème », car pour un non-croyant, ça ne veut rien dire, mais passons). Le 11 janvier, on a donc tous défilé pour la liberté d’expression, c’était marqué dans les journaux. Et quelques jours plus tard, le président a enfoncé le clou : « En France, la liberté d’expression ne se négocie pas. » Sauf le respect que je dois au président, elle se négocie tous les jours à la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, où les juges doivent précisément apprécier si les prévenus ont ou pas franchi les limites de la loi. Ce n’est pas parce que le droit de caricaturer le Prophète de l’islam ou de croquer Jésus dans des positions inconvenantes est presque absolu, d’après la jurisprudence, qu’on peut proférer n’importe quelle ânerie dans l’espace public. En France, on peut se payer la tête de Mahomet, pas insulter son voisin. Dans pas mal de pays, c’est le contraire.

Que cette liberté définie comme « l’une des plus précieuses de l’homme » se heurte à des limites, rien de plus normal. D’ailleurs, ce n’est pas le tribunal qui me dissuade parfois de l’ouvrir – je préfère la justice de la République au tribunal médiatique – mais la perspective des gloussements indignés de tous ceux à qui mes idées ne reviennent pas. Ceux-là, ils sont pour la liberté d’expression, mais pas pour la mienne.

En attendant, il est un peu incongru, et même paradoxal, que ces attentats soient l’occasion d’un tour de vis sur la parole. La Chancellerie a en effet demandé aux parquets d’être très vigilants, c’est-à-dire de poursuivre à tour de bras, tant les expressions racistes que l’apologie du terrorisme : de plus, ce délit, qui ne relève pas de la loi sur la presse, mais de la loi du 13 novembre 2014, ne sera pas jugé par la très libérale 17e, mais par les chambres antiterroristes. Plus d’une cinquantaine de procédures ont été initiées depuis le 7 janvier et quelques prévenus ont déjà écopé de peines de prison ferme en comparution immédiate. « Les magistrats, comme tous les Français, étaient émus », a déclaré un juge de l’antiterrorisme. Manière élégante de dire qu’ils ont eu la main plutôt lourde.

Cette sévérité me chiffonne. Tout d’abord, on préférerait que cet activisme s’applique aux actes plutôt qu’aux mots. Et puis, jusque-là, en France, on n’allait pas en prison pour ses idées. De plus, faire juger l’imbécile qui hurle « Vivent les Kouachi » et le tueur par le même tribunal, c’est sacrément charger la barque. Et quand la police de Nice interroge Ahmed, 8  ans, coupable d’avoir déclaré qu’il « était avec les terroristes », on est chez les fous.

Mais le plus contrariant, c’est le procès Dieudonné, qui devait avoir lieu le 4 février. Il se murmure que Taubira voudrait une peine de prison ferme. Soyons clairs, je n’aime pas ce que raconte Dieudonné en général et son « Charlie-Coulibaly » en particulier. Mais je ne voudrais pas que l’on bannisse de l’espace public tous les propos qui me choquent. Et au moment où on explique aux musulmans de France qu’ils doivent accepter d’être heurtés par les opinions des autres, ce serait leur offrir sur un plateau l’argument du deux poids, deux mesures dont ils raffolent déjà.

L’ennui, c’est que pour échapper à ce soupçon, le gouvernement semble décidé à mettre le paquet sur les délits liés au racisme, en poursuivant quiconque aura, ou pas, laissé échapper un mot de travers. Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman. Ainsi Arno Klarsfeld devrait-il être mis en examen pour avoir déclaré il y a un an qu’« une partie des jeunes de banlieue sont antisémites ». Un « jeune de banlieue » de 37 ans se sentant offensé a en effet déposé une plainte. Il est surprenant que le procureur ait donné suite. À ce compte-là, on pourrait poursuivre en justice ceux qui affirment que les musulmans fanatiques ont quelque chose à voir avec l’islam. À ce stade, ce ne sera plus notre droit de parler ou d’écrire qui sera menacé, mais celui de voir ce que nous voyons. Et ça, les flics de la pensée s’en chargent déjà.

Cet article en accès libre est extrait du numéro de février de Causeur. Pour lire tous les autres articles de ce numéro, rendez-vous en kiosque ou sur notre boutique.

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*Photo : Hannah.

Islam de France : est-il trop tard?

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islam houellebecq charlie vedrine

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« Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. », écrivait Péguy. Cent ans plus tard, la sentence n’a rien perdu de son actualité. Ainsi, « quelques semaines après les attentats islamistes de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, « de quoi débat la France ? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son « islamophobie ». Pourtant, on ne sache pas que l’islamophobie ait tué à Paris. », résume Elisabeth Lévy. Notre directrice de la rédaction réclame tout bonnement « le droit de voir » et de désigner les choses par leur nom sans que la peur de l’amalgame ne nous fasse prendre des vessies pour des lanternes.

La violence aveugle a un drapeau mais pas d’adresse, comme l’analyse magistralement Hubert Védrine,  qui nous fait l’honneur d’un grand entretien autour de la menace salafiste, de ses soutiens internationaux et des moyens à mettre en œuvre pour la combattre. « Les terroristes ne peuvent pas gagner », pronostique l’ancien ministre des Affaires étrangères, en appelant à l’émergence d’un islam de France respectueux de nos valeurs. Moins diplomate, on s’en serait douté, Cyril Bennasar s’agace des discours lénifiants qui font des bourreaux de banlieue de pauvres victimes de la société. À contre-courant de notre ministre de la Jeunesse et de la Ville se déclarant le représentant de la France « qui n’est pas Charlie », Bennasar décrète : « La France qui rit des bondieuseries, tu l’aimes ou tu la fermes. Et si tu ne peux pas, tu la quittes. »

À sa manière, l’islamologue Rachid Benzine exhorte les musulmans de France à balayer devant leur porte. Se battant sur deux fronts, il se désole du dialogue d’aveugles dans lequel la République et la jeunesse des banlieues se sont engluées.  « Pourquoi nier l’évidence ? L’islam d’aujourd’hui peut être violent » mais « il faut regarder en face le « décrochage » d’une partie très importante de la jeunesse « franco-maghrébine » ou « franco-musulmane » par rapport à la société française, qui n’a pas tenu ses promesses », pose-t-il comme termes de l’équation républicaine. Professeur d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis, Iannis Roder déplore « quinze ans de perdus » à ânonner les mêmes lieux communs sur les zones urbaines sensibles. Alors qu’il avait tiré la sonnette d’alarme dès 2002 et la parution des Territoires perdus de la République, Roder s’étonne du brusque engouement médiatique qu’il a suscité dans la semaine ayant suivi les attentats. Jusqu’ici, les médias n’avaient pourtant assez d’yeux pour compatir à la souffrance de banlieues arrosées d’aides sociales…

Tout aussi édifiant, le reportage d’Antoine Menusier nous montre des associations cache-sexes du salafisme et porteuses in petto d’une conception hallal du monde. Autant dire que Charlie est loin de faire l’unanimité de l’autre côté du périphérique, où l’on a très peu manifesté contre le terrorisme…

Charlie, justement : ils s’appelaient Charb, Tignous, Wolinski, Cabu, ou Bernard Maris. Ils sont morts sous les balles des frères Kouachi, au nom d’une vision fondamentaliste de l’islam qui condamne à mort le blasphème. Ce drame a profondément affecté Philippe Val et Daniel Leconte, respectivement ancien directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, et réalisateur du film sur les caricatures C’est dur d’être aimé par des cons ! Tous deux ont répondu aux questions d’Elisabeth Lévy quant à l’histoire des caricatures danoises de Mahomet, reprises par Charlie Hebdo dès 2005, avant que le président Chirac ne pousse la Mosquée de Paris à poursuivre le journal pour incitation à la haine. Lâchés à l’époque par les médias, à quelques exceptions près, Val et Leconte laissent sourdre leur colère et réaffirment leur insoumission aux fatwas islamistes.

Soumission, le roman de Michel Houellebecq, souleva le cœur des plus hautes instances de l’Etat avant l’attentat de Charlie Hebdo. Or, ce roman est un roman, nous rappelle Jérôme Leroy dans une tautologie salutaire. Comme dans ses précédentes œuvres, l’écrivain Houellebecq mesure les failles de la société française à la manière d’un sismographe, sans provoquer les séismes qu’il décrit. Partant, il n’est guère étonnant que son personnage de président musulman ressemble à s’y méprendre à Tariq Ramadan – à moins que ce ne soit l’inverse…

Fort heureusement, nos fidèles lecteurs retrouveront leurs rendez-vous habituels, autour des indéboulonnables de Causeur que sont le « moi » de Basile de Koch, le journal d’Alain Finkielkraut, les carnets de Roland Jaccard, sans oublier les chroniques culturelles de Jérôme Leroy et L’ouvreuse.

Bref, cette année, février risque d’être désespérément trop court pour lire les cent pages de votre magazine préféré…

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