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Révélations: bientôt des trottoirs à sens unique à Paris

L’inauguration de ces trottoirs est prévue le 1er septembre. À titre expérimental, les Champs-Élysées, les Grands Boulevards, la rue de Rivoli, ainsi que les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel seront concernés pendant six mois.


À cause d’une « smombification » en pleine expansion et que rien ne semble pouvoir endiguer, source de nombreux incidents entre piétons et aussi d’accidents graves ayant parfois couté la vie à certains d’entre eux, la ville de Paris a décidé de créer des trottoirs à sens unique le long de ses principales artères les plus fréquentées, selon un rapport de 14 pages, classé très confidentiel, que Causeur.fr a pu se procurer auprès d’une source interne haut placée, digne de foi.

Un projet qui sera présenté début juin

Le projet qui devrait être rendu public dans la première semaine de juin s’inspire de ce qui s’est fait à Chongqing, ville du sud-ouest de la Chine, sur le fleuve Yangtze, proche du grand barrage des Trois Gorges, et à Séoul, capitale de la Corée du Sud, suite à la prolifération des « smombies ». Ce mot est une contraction de smartphone et de zombie. Il désigne ces piétons qui ont les yeux en permanence rivés sur l’écran de leur téléphone, tout en se déplaçant à un bon train. Il a été inventé en 2015 en Allemagne suite à la massification de ce phénomène dans les grandes villes du monde que les urbanistes qualifient de « smombification ».

L’un d’entr’eux, Hubert Beroche, fondateur et président d’Urban AI1, qui vient de publier un essai à ce sujet2, estime dans un entretien accordé au Figaro le 18 mars, qu’à « bien des égards, le lancement des smartphones peut être comparé à celui de l’automobile au XIXème siècle. (…) les technologies transforment la matérialité d’une ville. Les ascenseurs ont exhaussé la ville, les métros l’ont densifiée, les voitures l’ont allongée ». Désormais les villes doivent s’adapter à ce qu’il appelle « le basculement des « yeux sur la rue » aux « yeux sur écran »».

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C’est ainsi que Chongqing, qui avec ses 32 millions d’habitants est considérée comme la plus grande ville du monde (en fait, il s’agit d’un conglomérat de villes voisines réunies sous une administration commune), a dédié plusieurs rues de son centre à l’usage exclusif des « smombies » pour leur épargner les accidents de la circulation dont ils étaient victimes (percussion en pleine tronche d’un poteau se trouvant sur leur trajet, collision de front avec un homologue venant en sens inverse, renversement par une voiture lorsqu’ils traversaient un carrefour le regard fixé sur leur écran etc.). Les autorités de Honolulu ont, elles, pris un décret interdisant de traverser une rue en regardant son téléphone sous peine d’une lourde amende et envisageraient des mesures plus drastiques si cette interdiction reste sans effets.

Des feux rouges au sol dans la ville de Hong-Kong afin d’éviter les accidents entre voitures et « smombies » © D.R.

Dans la capitale de la Corée du Sud, 61% des accidents de la circulation impliquaient des « smombies » obnubilés par ce qu’ils voyaient sur leurs smartphones. Alors les autorités municipales, rapporte Hubert Beroche, ont « installé des sortes de feux rouges au sol » de manière à qu’ils n’aient plus besoin de lever des yeux pour être informés qu’ils n’ont pas à traverser. Le pourcentage d’accidents a très sensiblement baissé. Hubert Beroche indique aussi que des « chercheurs ont imaginé une application utilisant la caméra des smartphones couplée à de l’intelligence artificielle, de sorte qu’une notification soit envoyée en cas de danger » à l’utilisateur.

« L’écran médiatise, poursuit Hubert Beroche, un rapport au monde désincarné, insipide. On se rend compte, à travers cette désescalade sensorielle, d’une diminution de notre capacité de cartographie mentale. L’utilisation répétée, prolongée, abusive des écrans atrophie notre mémoire spatiale et nous rend moins aptes à coordonner nos sens avec l’environnement urbain. Chacun le perçoit dans son intimité : alors qu’il y a dix ans, un coup d’œil sur une carte suffisait à se repérer, on a désormais besoin de son smartphone à chaque coin de rue pour s’assurer qu’on est bien sur la bonne voie ».

Mettre fin à une hécatombe

L’usage du smartphone tout en se déplaçant constitue un sérieux péril. D’après la gendarmerie, dans un communiqué du 18 février dernier, 451 « smombies » ont perdu la vie en 2024, en France, dans des accidents de la circulation dont ils étaient les premiers responsables.

Le rapport de la ville de Paris, pour justifier l’instauration de trottoirs à sens unique, recense quelques incidents graves qui se sont produits récemment. Ainsi, en novembre dernier, une septuagénaire qui promenait son petit chien, sur l’allée centrale du Bd des Batignolles, a été percutée par l’arrière par un « smombie » qui faisait son jogging, casque sur les oreilles, regard fixé sur son écran qui lui montrait un concert de rock japonais. Elle est tombée face avant. Sa tête a frappé le sol du trottoir. Fracture du crâne et du fémur, elle est décédée à l’hôpital Cochin ; son petit chien n’a jamais été retrouvé. Une autre fois, Bd St Germain, s’est produit un carambolage entre cinq d’entr’eux. Il s’en est suivie une bagarre, chacun rejetant la responsabilité sur les autres, qui fit un blessé grièvement et deux plus légers. « La liste de ces incidents est loin d’être exhaustive », tient à préciser le rapport.

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Toutefois, la ville de Paris se refuse à recourir à des technologies issues de l’intelligence artificielle comme à Séoul, estimant qu’elles présentent de très graves risques de flicage de la société. Le rapport dit « qu’en cas d’un avènement d’un régime d’extrême-droite, ce qui n’est plus à exclure, ces moyens techniques, sous prétexte d’éviter des accidents, pourraient servir à pister les résistants à la dictature. Dès lors, il est préférable de recourir tout simplement au bon sens humaniste et citoyen : le sens unique. Et ça coûte moins cher. »

L’inauguration de ces trottoirs est programmée pour le 1er septembre prochain. Sont concernés à titre expérimental, pour une durée de six mois, les Champs-Élysées, les Grands boulevards, la rue de Rivoli, les boulevards St Germain et St Michel. Le changement de trottoir ne pourra se faire qu’aux carrefours dans un sens giratoire à l’instar des ronds-points pour les automobiles, à savoir en tournant sur sa gauche.

Le rapport suggère aussi qu’à moyen terme, si le sens unique s’impose et est approuvé par une consultation participative, il serait bon d’envisager la création de trottoirs roulants, comme dans le long couloir du métro de la gare Montparnasse afin de rendre les déplacements plus rapides. En effet, « la vitesse des piétons serait limitée sur les trottoirs à sens unique à 3km/h afin que d’éventuelles collisions entre piétons n’aient pas de conséquences fâcheuses comme c’est trop souvent le cas actuellement », souligne le rapport.

Ces trottoirs roulants seraient expérimentés sur le boulevard des Batignolles, de la place de Clichy jusqu’à Ternes. Leur alimentation électrique serait assurée par du voltaïque et de l’éolien installé en hauteur sur l’allée centrale, formant de la sorte un toit qui protégerait les passants de la pluie et du soleil.

  1. Premier Think Tank qui propose des modes de gouvernance éthiques et des usages durables de l’IA urbaine. ↩︎
  2. Smombies : la ville à l’épreuve des écrans, Hubert Beroche, Editions de l’Aube, 267 p. ↩︎

Smombies: La ville à l'épreuve des écrans

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Bordeaux : des rues « exclusives » pour vélo à l’étude ?

De son côté, la ville de Bordeaux a engagé depuis quelques mois une étude, considérée par bien des experts en aménagement urbain comme audacieuse, dont l’objet est d’établir les prémices de ce que sera le transport dans la ville du futur où prédomineront « les mobilités douces et non polluantes ».
D’après une source municipale très proche du dossier qui s’est confiée à l’hebdomadaire local d’enquête, L’Avenir girondin, le projet qui n’en est encore qu’à son ébauche porterait sur la création « d’un réseau structurant de rues exclusivement réservées à l’usage de la bicyclette. » L’idée est née à la suite d’un voyage, dans la plus totale discrétion, en janvier 2024, à Copenhague, considérée comme le modèle mondial en matière de déplacement à vélo, bien plus qu’Amsterdam, du maire Pierre Hurmic, dit « l’écolo décalé » à cause de ses initiatives souvent en marge de l’orthodoxie verte, ou encore le « catho basque », en raison de sa religion et de ses origines.
A son retour, il avait convoqué ses plus proches collaborateurs et leur avait dit : « Il faut faire de notre chère Bordeaux, le pendant de la capitale danoise en France. Le vélo, c’est le futur, comme j’ai pu le constater là-bas. »
Il convient de préciser que Pierre Hurmic est un passionné de cyclisme. Le Tour de France que ses prédécesseurs boudaient, c’est lui qui l’a fait revenir à Bordeaux en 2022. Prenant à rebrousse-poil son parti et surtout son homologue lyonnais, Gregory Doucet pour qui le Tour n’est que « machiste et polluant » et ne veut plus l’inviter à faire étape dans la capitale des Gaules tant qu’il ne se sera pas décarboné et inscrit dans une logique durable (et tant qu’on y est pourquoi pas couru par des équipes mixtes et sans pub sur les maillots).
Dans la foulée une mission, conseillée par trois experts danois en ingénierie mobilité urbaine (1), détachés par Copenhague auprès de Bordeaux, s’est mise au travail dans la plus grande discrétion. Selon L’Avenir girondin, ses premières propositions viseraient à créer quatre grands axes de rues « dédiées », un nord-sud, un est-ouest et deux diagonales, strictement réservés à la circulation des vélos qui convergeraient sur la place névralgique de la Victoire transformée en un grand rond-point avec sens giratoire à gauche.
Aux carrefours de ces rues qui seraient baptisées « exclusive-vélo » seraient aménagées de passerelles à escaliers mécaniques pour pouvoir traverser sans interrompre le flux des cyclistes. L’énergie de ces escaliers serait fournie par des panneaux voltaïques faisant office d’ombrelles et de parapluie en fonction du temps; quant aux croisements avec les rares rues où circuleront encore des voitures, il serait envisagé des sortes de passages à niveau automatiques permettant le franchissement de ces derniers en alternance, cinq minutes pour les voitures, dix minutes pour les cyclistes.
Deux questions font débat. Est-ce que les trottoirs de ces rues « exclusive vélo » doivent être rehaussés et être protégés par des rambardes en bois ou par une végétalisation (à définir, arbustes ou fleurs et plantes vertes) pour empêcher les cyclistes de les emprunter ? La seconde est plus cruciale et semble difficile à trancher tant les avis sont partagés au sein de la commission : est-ce que les vélos électriques y seraient autorisés ?
Les opposants estiment qu’il s’agit de deux-roues motorisés, un peu à l’instar de ce que furent autrefois les Vélo-Solex ou les Mobylettes, vu qu’ils peuvent atteindre les 25 km/h, constituant ainsi un danger potentiel pour les autres cyclistes ; pour les partisans, les interdire serait discriminatoire, notamment envers leurs usagers souvent d’un certain âge déjà et qui sans cette assistance motrice ne se seraient pas remis au vélo. Dès lors, ils proposent un « gentleman-agreement » : que la vitesse y soit limitée à 15 km/h, vitesse moyenne de tout cycliste urbain, et tout dépassement sanctionné d’une forte amende.
Le maire souhaiterait inaugurer les deux premiers axes, les nord-sud et est-ouest soit au tout début de 2026, soit moins de trois mois avant les municipales, selon certaines indiscrétions qui n’ont pas pu être confirmées. On lui prête l’intention de se représenter… ce qui serait un atout indéniable pour sa réélection, selon les connaisseurs de la politique locale. Il se murmure aussi que s’il était reconduit, il envisagerait de créer une régie municipale d’une trentaine de taxis tricycles ne desservant que le centre-ville alentour de la Gare Saint-Jean • RU

1 – La municipalité de Copenhague a demandé que la prestation de ces trois ingénieurs soit rétribuée seulement en Grands Crus, selon une note dont a eu connaissance L’Avenir girondin.  

Marine Le Pen, victime du «coup d’Etat» des juges

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Parlementaires européens. Si la majorité des observateurs pensaient bien que la présidente du RN serait condamnée par la justice, ils ne pensaient pas que les juges iraient jusqu’à l’empêcher de concourir à la prochaine élection présidentielle. « Ce n’est pas aux juges de décider pour qui doit voter le peuple » a déclaré Eric Zemmour. « C’est la démocratie française qui est exécutée » se désole Jordan Bardella. Marine Le Pen parlera à 20 heures sur TF1. Analyse.


Cela s’appelle un scandale démocratique : en choisissant d’appliquer, sans retenue ni discernement, l’ « exécution provisoire » de la peine d’inéligibilité prononcée ce lundi contre Marine Le Pen, le tribunal correctionnel de Paris force la candidate à la présidentielle à abandonner la course.

L’abus de pouvoir est d’autant plus révoltant qu’un sondage Ifop-JDD la créditait hier de 37% des suffrages au premier tour, loin devant ses concurrents. Le 13 novembre, le parquet avait requis cinq ans de prison dont deux ferme, 300.000 euros d’amende et l’application de l’exécution provisoire, en sanction d’un détournement de fonds publics liée à l’emploi d’assistants parlementaires européens du RN. Or ce pouvoir exorbitant des magistrats, qui brisent un processus électoral, est une violence.

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La France est semblable à la Roumanie dont la justice a empêché le favori de poursuivre sa course. En 2017, la traque du Parquet national financier contre le présidentiable François Fillon n’avait néanmoins pas empêché le candidat de se présenter. Mais ce sont les parlementaires qui ont accepté, avec la loi Sapin II du 9 décembre 2016 instituant cette exécution provisoire dérogeant à l’appel suspensif, de placer la politique à la merci des gens de robe. Cette légèreté rappelle celle de Louis XVI qui dès 1774 avait rétabli les parlements (qui avaient fonction de cour de justice) dans leurs droits, supprimés par Louis XV en 1771. La suite est connue : se heurtant au judiciaire, Louis XVI en appela aux Etats généraux, qui allaient conduire à la Révolution. Le coup d’Etat des juges, perpétré ce lundi, procède de ce même angélisme du législateur. Jeudi, le réquisitoire infâmant du Parquet financier contre Nicolas Sarkozy dans la nébuleuse affaire libyenne co-instruite par Médiapart (192 articles à charge) – sept ans de prison en dépit d’une absence de preuves – avait dévoilé le ressentiment des magistrats reprochant à l’ancien président, faute de mieux, « une quête effrénée à la recherche de financements nécessaires à la satisfaction de ses ambitions politiques dévorantes » et un « pacte de corruption faustien ».

La Justice, quand elle s’éloigne de l’esprit des lois pour imposer sa vertu vengeresse, devient inquisitoriale et donc dangereuse. Dès lors, elle défigure la démocratie en entravant l’expression de la souveraineté nationale au nom d’un Etat de droit dévoyé. C’est ce qui se passe lorsque des juges, perméables pour certains au militantisme du Syndicat de la magistrature, traquent des mauvaises pensées à défaut de statuer sur des actes. Ces justiciers sont pareils aux théologiens de jadis qui punissaient les péchés des hérétiques. Ils laissent voir « cette sombre superstition qui porte les âmes faibles à imputer des crimes à quiconque ne pense pas comme elles » (Voltaire). La condamnation d’Eric Zemmour, mercredi dernier, à 9000 euros d’amende (qui faute de versement donnerait lieu à son incarcération!) illustre cette dérive doctrinaire. Le tribunal correctionnel de Paris a reproché au président de Reconquête, commentant le meurtre au couteau de Thomas lors d’un bal populaire à Crépol en novembre 2023, d’avoir notamment déclaré : « Nous avons, aujourd’hui, une situation où nous avons deux peuples, deux France, deux jeunesses, celle de Thomas, celle de Chahid ».

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Or ce que décrit Zemmour n’est que le reflet d’une fracture identitaire, décrite par votre serviteur dès 2007[1], qui ne cesse de se radicaliser. S’il y a un « pacte » qui corrompt la démocratie, c’est chez ces juges non élus qui veulent reléguer les politiques à des rangs subalternes. Avec leur aval…

La fracture identitaire

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[1] La fracture identitaire, Fayard

Belgiquistan: Hadja Lahbib, une commissaire européenne problématique?

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La commissaire européenne belge fait le bonheur d’une organisation musulmane séparatiste qui appelle à la démission de Bruno Retailleau.


Recrutée par le Mouvement Réformateur (MR, un parti de centre-droit, mais le plus « à droite » sur l’échiquier politique francophone belge), la journaliste belge Hadja Lahbib a surpris dès sa nomination en 2022 comme ministre des Affaires étrangères en déclarant qu’elle n’était « ni de gauche, ni de droite ». Journaliste, présentatrice du JT de la RTBF, la chaîne publique belge très marquée à gauche, on a ainsi découvert qu’elle avait été la marraine d’un programme international de la mutuelle socialiste belge Solidaris, confirmant le soupçon qu’elle n’était pas vraiment de droite. Son passage aux Affaires étrangères a surtout été marqué par le scandale lié aux visas accordés à des représentants du régime iranien des mollahs, dont Alireza Zakani, maire de Téhéran, impliqué dans la répression brutale des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini, une jeune femme tuée par le régime en 2022. Par ailleurs, en mai 2023, Mme Lahbib a contribué à la libération d’Olivier Vandecasteele, retenu en otage par Téhéran mais au prix d’un échange avec un terroriste, Assadollah Assadi, un diplomate iranien condamné à 20 ans de prison pour un projet d’attentat en France.

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Parachutée à la Commission européenne sans raison évidente, sauf sa qualité de femme, elle vient de commettre deux erreurs majeures. La première concerne une vidéo où elle se ridiculise en présentant un « kit de survie européen pour les 72 premières heures », qui a suscité l’indignation, notamment de Pascal Praud sur CNews. Vue trois millions de fois, elle a été rapidement fermée aux commentaires qui étaient tous négatifs.

La seconde est bien plus grave : dans une autre vidéo elle reprend l’argumentaire du Comité contre l’islamophobie en Europe (CCIE), successeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Dissous en 2020 par Gérald Darmanin au nom du gouvernement français, le CCIF a, selon Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste de l’islam en France, « joué un rôle dans l’assassinat de Samuel Paty ». Dans la vidéo, Hadja Lahbib dénonce le « racisme anti-musulman », la « haine anti-musulmane » et les « stéréotypes ». Elle rappelle l’attentat de Christchurch en Nouvelle Zélande, il y six ans (sic) et « rend hommage à ses victimes », mais n’a pas un mot pour toutes celles, bien plus nombreuses, des attentats commis par des terroristes islamistes. Elle réfute également le fait qu’il pourrait y avoir un lien entre islam et terrorisme. Les musulmans sont présentés comme des victimes et seraient « déshumanisés » par certains médias. La situation des femmes portant le foulard serait particulièrement grave car présentées « comme soumises ou cherchant à islamiser la société ». Bref, on retrouve dans cette vidéo le parfait brévaire du militant islamo-gauchiste.

La vidéo plait tellement au CCIE qu’il la reprend en y ajoutant son logo (avec ou sans l’accord de la commissaire, on ne sait ?) et ajoute à la fin un appel aux dons! Le CCIE, simple reformulation du CCIF, entretient un discours proche des Frères musulmans et défend un agenda communautariste, critiquant ouvertement les lois françaises sur la laïcité, le voile et la lutte contre le séparatisme. Cette organisation tente d’institutionnaliser la notion d’islamophobie, la présentant comme un racisme systémique visant spécifiquement les musulmans. Le 28 mars, le CCIE a publié un communiqué virulent : « Bruno Retailleau attise la haine contre les femmes musulmanes portant le foulard. Nous considérons qu’il n’est plus digne d’exercer ses fonctions de ministre de l’Intérieur. Nous exigeons sa destitution immédiate. Il est temps de dire STOP à la haine d’État. » Sur la page Facebook et le compte X, du CCIE, la vidéo de la commissaire et le communiqué visant le ministre de l’Intérieur se succèdent. Hadja Lahbib n’a été élue par personne, mais simplement désignée par le gouvernement belge. En s’exprimant ainsi, elle engage la Commission européenne toute entière qui adhère depuis longtemps à cette notion fausse d’une racisme anti-musulman visant à criminaliser toute forme de critique de l’islam. 

Notons qu’elle ne prend aucun risque professionnel : à tout moment, elle peut retrouver son poste de fonctionnaire à la RTBF où elle est simplement en congé. 

Le violon virtuose de Liya Petrova

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Musique classique: Erich Wolfgang Korngold et Richard Strauss réunis sur un CD. Un très beau diptyque concocté par la violoniste Liya Petrova  


A l’instar de Mozart dont il hérite le prénom, Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) fut salué comme un prodige dès sa prime jeunesse par la société cultivée de Vienne. Elève surdoué d’Alexander von Zemlinsky (le beau-frère de Schönberg), génie précoce natif de Brünn, ville alors intégrée à l’empire Austro-Hongrois (l’actuelle Brno, en République tchèque), justement célébré en son temps par Mahler, le compositeur demeure essentiellement connu, de nos jours, pour son œuvre lyrique – hélas trop rarement donnée sur les grandes scènes européennes : Violanta (1914), Die tote Stadt (1920), d’après Bruge-la-Morte, de Rodenbach, sommet de la littérature symboliste, et enfin son opus magnum tragique, Das Wunter der Heliane [le Miracle d’Héliane] (1927)…

A Korngold, cornaqué de bonne heure, tout comme l’avait été Mozart, par un père autoritaire et quelque peu envahissant, s’ouvrait une carrière glorieuse sur le Vieux continent. Il n’avait qu’un défaut : être juif. En 1934, à l’instigation de l’immense metteur en scène et coreligionnaire Max Reinhardt (avec qui il avait déjà collaboré et qui, dès l’Anschluss proclamé, vient lui-même de fuir outre atlantique les persécutions nazies), Korngold s’exile avec femme et enfants aux Etats-Unis (il prendra la nationalité américaine en 1943), et entame une nouvelle carrière à Hollywood : aucun cinéphile n’ignore que Korngold y signe les bandes-son de films fameux, tels les deux Adventures of Robin Hood, celui, muet, de William Dieterle puis celui, parlant, de Michael Curtiz ; sans compter Capitaine Blood, L’Aigle des mers, Le Vaisseau fantôme, du même Curtiz, etc. Le Septième art doit à Korngold près d’une vingtaine de partitions ! Mais outre ballets, lieder, sonates pour piano, le compositeur incroyablement fécond a produit quantité de musique symphonique, de concertos, de musique de chambre, œuvres décidément trop méconnues, elles aussi.

Écrit entre 1937 et 1945 et dédié à Alma Mahler, la veuve de Gustav, le Concerto pour violon en ré majeur op. 35, en trois mouvements, reste pourtant assez célèbre. De fait, c’est un sommet de ce lyrisme opulent où se débondent les torrents d’arrière-saison du post-romantisme tardif, dans ce qu’il a de plus suave, diapré et flamboyant à la fois. Ce chef-d’œuvre est à redécouvrir, dans l’interprétation de toute beauté qui, gravée en CD sous le label Mirare, vient de paraître.      

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Directrice artistique, en outre, de la Musikfest parisienne, salle Cortot, festival chambriste dont l’édition 2025 avait lieu début mars, la violoniste bulgare Liya Petrova avait eu l’idée d’une confrontation entre le concerto pour violon de William Walton (1902-1983) et la sonate pour violon de Respighi (1879-1936). Résultat, baptisé « Momentum 1 » et déjà sous les auspices de Mirare, un premier disque en tous points remarquable.  « Momentum 2 », édition très attendue donc, promettait d’associer, au diamant de Korngold mentionné plus haut, la Sonate pour violon et piano op.18 de Richard Strauss, œuvre de jeunesse certes moins surprenante que le premier Concerto pour cor écrit à 19 ans, avant que ne s’affirme la patte inimitable du compositeur avec, entre autres, l’inoubliable Tod und Verklrung [Mort et transfiguration]… 

L’articulation du morceau virtuose, infiniment raffiné d’un Korngold dans la maturité de son art, avec le jaillissement juvénile d’un Richard Strauss encore alors très nettement sous influence de Brahms ou de Mendelssohn n’a rien d’arbitraire, si l’on se souvient qu’après avoir été l’un de ses premiers soutiens, Strauss, nommé à la tête du Staatoper de Vienne en 1918 et devenu un ami très fidèle, y engagera Korngold comme chef d’orchestre en 1922. De fait, entre la moirure propre au futur créateur d’Elektra ou d’Ariane à Naxos et la luxuriance mélodique polytonale, dissonante et cuivrée du cadet, la parenté est saisissante. Reste que si Richard Strauss est, à raison, un compositeur définitivement adoubé par la postérité, on mesure mal aujourd’hui l’extrême fortune critique dont a joui la musique de Korngold en Europe, dans les débuts du XXème siècle…

L’onctueux nappage orchestral commun aux deux compositeurs est ici restitué par une prise de son exemplaire : sous la baguette du très jeune chef britannique Duncan Ward, le Royal Philharmonic Orchestra pare la texture si finement ouvragée de Korngold d’une rutilance et d’un phrasé éblouissants. Nettes, véhémentes, les attaques de Liya Petrova comme le vibrato si expressif de son archet se marie au jeu perlé, subtil et ardent du jeune pianiste Alexandre Kantorov, prince du clavier à qui, rappelons-le, on doit un enregistrement magistral des sonates de Brahms, et qui accompagne maintenant les effluves maniéristes du jeune Richard Strauss avec une clarté d’exécution sommitale.           


A écouter : 1CD Momentum 2. Sonate pour violon et piano op.18, de Richard Strauss/ Concerto pour violon op.35, de Erich Wolfgang Korngold. Royal Philharmonic Orchestra.  Direction : Duncan Ward. Violon : Liya Petrova. Piano : Alexandre Kantorow. Label Mirare.

Momentum [2]: Korngold, Strauss

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Juges partout, justice nulle part

Les juges seraient-ils paradoxalement plus sévères avec les puissants ? En tout cas, qu’ils puissent décider qui peut gouverner ou pas est problématique, observe Elisabeth Lévy.


À la lumière de notre actualité judiciaire, on peut se demander s’il faut avoir peur de la Justice. Pas de suspense : la réponse est oui. Surtout si vous êtes un élu ou un people. Si vous êtes un mineur multirécidiviste, vous avez en revanche plus de chances de passer au travers.

Des juges et des ambitieux

Revenons sur le réquisitoire Sarkozy. Il n’est pas seulement problématique à cause des peines très lourdes demandées (sept ans ferme, privation des droits civiques et parentaux qui traduisent une volonté d’humilier), mais parce que quels que soient les indices dont on nous parle concernant un financement libyen présumé, il n’y a pas de preuves. Si de l’argent a circulé, on n’en retrouve pas trace dans la campagne. Le rôle de l’ancien président Sarkozy comme grand orchestrateur n’est pas non plus démontré.
L’un des procureurs a parlé de la « soif de pouvoir », de la «cupidité», de « l’ambition dévorante » de l’ex-président. Et alors, c’est illégal ? Les juges se prononcent-ils désormais sur notre moralité ? On ne voit pas bien le rapport. Il est difficile de ne pas voir quelque chose d’un peu personnel, de ne pas penser que c’est alors la haine de Nicolas Sarkozy qui parle.

Proportions

Ce matin, le Tribunal de Paris décidera si Marine Le Pen peut se présenter à la prochaine élection présidentielle. Le Conseil constitutionnel vient de fournir au tribunal l’argumentaire opposé à l’exécution provisoire : il revient au juge « d’apprécier le caractère proportionné de l’atteinte que cette mesure est susceptible de porter à l’exercice d’un mandat en cours et à la liberté de l’électeur ». Il est donc très peu probable que le tribunal prenne cette responsabilité.

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Premièrement, on pourra toujours se demander si cette décision n’est pas un renvoi d’ascenseur (après la nomination de Richard Ferrand, qui ne serait pas à sa place sans le RN). Deuxièmement, que des juges puissent ainsi décider qui peut se présenter, et donc qui peut gouverner, est évidement problématique.

Est-ce à dire que les politiques devraient être au-dessus des lois ?

Non, mais ils doivent demeurer des justiciables comme les autres, pas être jugés plus sévèrement que les autres !
Problème : dans l’équilibre des pouvoirs, les juges sont-ils au-dessus du suffrage universel ? Peuvent-ils décerner des brevets de fréquentabilité ou de moralité politique, alors qu’eux-mêmes sont souvent très politisés ? (Rappelons qu’un tiers des magistrats sont au Syndicat de la Magistrature, connu pour son fameux « Mur des cons »). Plus que des options politiques, certains magistrats se prennent pour des justiciers qui se pensent en mission de purification de la démocratie avec l’aide de Mediapart. (Rappelons-nous que lors du réquisitoire de l’affaire des attachés parlementaires européens du RN, un des procureurs avait osé dire « j’aurais du mal à demander la relaxe, cela me ferait mal »). En clair, ils savent ce qui est bon pour les électeurs. Mais après le malaise des ZFE, la France périphérique n’a peut-être pas envie qu’on lui dise qu’elle n’a pas le droit de voter pour Marine Le Pen…

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Reste que, même s’ils l’interprètent, les juges appliquent la loi. C’est le Parlement qui a voté ces scandaleuses peines d’inéligibilité automatique. C’est le Parlement qui a voté toutes ces âneries pour démontrer à quel point notre vie politique était super et transparente. Plus généralement, ce sont les élus qui ont abdiqué de leurs prérogatives en acceptant l’extension du contrôle de constitutionnalité et le pouvoir croissant des juridictions internationales.
Bref, les politiques ont donné le pouvoir aux juges. Et il est maintenant trop tard pour s’indigner parce qu’ils s’en servent.


Cette chronique a été d’abord diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

Brésil: la misère n’est pas moins terrible au soleil

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Quand nous avons demandé à notre ami Driss Ghali, fin connaisseur de l’Amérique latine, comment les mafias ont pu prendre le contrôle de dizaines de quartiers au Brésil et pourquoi une guerre leur est désormais menée avec des moyens militaires, il nous a répondu avec ce texte, initialement paru sur le site lusophone DefesaNet et traduit par ses soins, dont l’auteur est l’un des plus hauts gradés des forces de sécurité du pays. Docteur en sciences policières et sous-commandant du 21e Bataillon de l’Intérieur, Erich Nelson Cardoso Hoffmann y fait le point sur les opérations qui se déroulent actuellement dans les favelas de São Paulo pour y restaurer le droit et l’autorité.


Dans les ruelles étroites, les maisons sur pilotis et les escaliers à flanc de montagne qui font le décor des favelas brésiliennes, règne une oppression silencieuse et brutale. Des criminels y ont tissé, au moyen de la peur et de l’intimidation, une toile d’araignée qui piège tout le monde dans un cycle de violence et d’insécurité.

Depuis le début du mois de février 2024, la police militaire de l’Etat de São Paulo mène la troisième phase de l’« Opération Eté », dans les villes de la Baixada Santista, une frange littorale de 150 km de long, peuplée de 2 millions d’habitants environ et dont le pôle principal est la ville portuaire de Santos. Cette opération a apporté un soulagement à la population oubliée des favelas qui vit sous la coupe d’une organisation criminelle qui contrôle non seulement le crime mais aussi la vie quotidienne des hommes et des femmes relégués dans ces endroits.

Dans un territoire où règne une cruelle loi du silence, la présence policière apporte un répit aux habitants en même temps qu’elle maintient l’ordre et la paix civile. Cette opération atteste de l’engagement indéfectible de la police en faveur de la protection et de la libération des riverains soumis au joug du crime organisé.

La peur comme compagnon

Après une intervention qui a abouti à l’arrestation de criminels dans une favela, un habitant soulagé a pris à part un policier : « Ils ont été très effrontés avec nous, se promenant armés en plein jour, devant nos enfants. » Telle est la réaction de la majorité de la population quelle que soit la favela où la police intervient – une majorité silencieuse cependant, qui ne peut pas exprimer publiquement sa satisfaction par peur des représailles.

Un cancer tue chaque jour les jeunes, volant leurs rêves et transformant la favela en zone de guerre. Cette métastase est causée par la faction criminelle qui cherche à prendre le contrôle du territoire et dont les adolescents pauvres sont les plus grandes victimes. Et ce mal ne touche pas seulement ceux qui décident de devenir délinquants car mêmes ceux qui choisissent la voie du Bien subissent l’imposition de « lois d’exception ». Ils sont rackettés, menacés, persécutés et soumis à une sorte de pouvoir parallèle à l’État. Comme c’est la coutume de toute mafia, le résident est d’abord « invité » à recevoir une « protection » ainsi que des « bénéfices et des avantages » afin qu’il accepte de « se laisser » diriger par les criminels. Mais, à chaque fois qu’il ose leur désobéir, le masque du partenariat tombe et la cruauté et la terreur entrent en scène. Et malheureusement, un groupe est encore plus vulnérable à ce terrorisme : les femmes et les enfants, cibles faciles de la brutalité, exposés en permanence au risque d’abus et d’agression. La violence sexuelle fait partie de la routine des filles à peine sorties de l’enfance – la sexualisation des noivinhas, les préadolescentes, promue par un genre musical brésilien nommé funk, en vogue dans ces endroits, est responsable de centaines, voire de milliers de viols de personnes vulnérables. Dans une favela, un père et une mère qui ont une fille de 9 à 11 ans vivent dans un désespoir silencieux, car ils savent qu’ils ne peuvent rien faire si leur fille tombe entre les mains d’un trafiquant de drogue. Dans de nombreuses occasions, il est déjà trop tard, des très jeunes filles sont abusées de la manière la plus dégradante et se retrouvent tout simplement abandonnées avec un enfant sans père à élever.

Ce ne sont pas seulement des trafiquants de drogue, ce ne sont pas seulement des mafieux, ce sont des voleurs qui volent les rêves, l’avenir et la liberté des habitants des favelas.

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Des conséquences dévastatrices

Santé mentale chancelante, traumatismes, dépression et anxiété sont les stigmates laissés par la violence. Le développement social est également compromis : les habitants des favelas stagnent dans la vie, sans aucune chance de prospérer, sans liberté, sans perspectives d’avenir. Et ceux qui parviennent tant bien que mal à améliorer leurs conditions de vie se hâtent de fuir cet environnement, ce qui rend la favela encore plus fragile. Et ce n’est pas étonnant car personne ne veut vivre au milieu de criminels à moins d’y être obligé. Qui a intérêt à maintenir ces populations incapables de progresser dans la vie ?

La liberté s’habille en gris

Aujourd’hui, nous vivons un moment historique, où des hommes et des femmes courageux revêtent l’uniforme gris de la police de l’Etat de São Paulo pour venir en défense de ces populations oubliées et leur apporter ne serait-ce que quelques heures de paix. Ils laissent derrière eux des familles angoissées qui attendent leur retour. Ils brisent les fers du silence et de l’oppression qui enchaînent les habitants des favelas. Ils maintiennent vive la flamme de l’espoir en luttant avec force contre le crime organisé. Il est vrai que les interventions policières à elles seules n’apporteront pas de solutions définitives, mais elles permettent au moins à la communauté de respirer librement le temps qu’elles durent.

Ce texte cherche à souligner non seulement la bravoure et le sacrifice des policiers qui travaillent dans cette zone de conflit, mais aussi la nécessité impérative de leur présence continue. Il vise également à susciter une réflexion profonde sur la nécessité de stratégies de sécurité publique à la fois fermes et humaines, comme celles déployées actuellement sur le littoral de São Paulo, capables d’affronter les organisations criminelles et en même temps de libérer une population prise en otage et réduite au silence. Chaque patrouille, chaque opération, chaque geste de solidarité envers les riverains n’est pas seulement un pas vers le démantèlement de la criminalité, mais un symbole puissant d’une police militaire présente, garantissant les droits les plus fondamentaux des citoyens. Le rôle des policiers militaires va donc bien au-delà du maintien de l’ordre ; il contribue à fabriquer un tissu social plus juste et plus sûr et constitue une base solide pour la transformation sociale.

Ces jours-ci alors que les renforts venus d’autres régions rendent la présence policière maximale dans les territoires occupés par la mafia, il est très fréquent d’entendre les policiers déclarer à la fin de leur vacation que des habitants les ont remercié pour leur service, parfois discrètement ou même en cachette. Les enfants, en masse, saluent les voitures de police. Certains d’entre eux sont presque immédiatement réprimandés par leurs parents pour avoir fait un tel geste. Est évidente la peur d’une mère qui aimerait cela dit se réjouir en public de la présence de la police près de son lieu de vie mais ne le peut pas.

Le sentiment de ceux qui participent à cette opération est celui d’appartenir à une troupe de sauvetage qui reprend un territoire dominé par la terreur.  Ils y installent un moment de répit le temps que dure l’intervention de la police. C’est à travers le regard des habitants, témoins silencieux de ce conflit quotidien, que l’on perçoit la valeur incalculable de la présence policière dans ces territoires. L’importance de la police transcende la notion de sécurité ; elle ravive l’espoir d’une vie digne. Les opérations policières apportent une lumière, celle de la résistance.  Non seulement elles démantèlent les réseaux criminels, mais reconstruisent aussi, brique par brique, ou plutôt, ruelle par ruelle, pas à pas, la confiance de la population envers la justice et envers la possibilité d’un avenir plus sûr pour les générations à venir.

Le sourire de chaque enfant vivant dans les favelas du littoral de São Paulo est le carburant des policiers militaires impliqués dans troisième phase de l’« Opération Eté ».

Major Erich Nelson Cardoso Hoffmann

Il faut aussi lire « Lolita » aux islamo-gauchistes…

Séparatisme. Accepter le port du foulard dans les compétitions sportives serait une première étape dans la mise en place d’un apartheid vestimentaire. Marie Barsacq (notre photo) a été priée de cesser de faire l’autruche face au problème.


La sortie du film « Lire Lolita à Téhéran », qui met en scène l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani, doit être vue comme une piqûre de rappel indispensable face aux atermoiements récents de notre gouvernement sur la question du voile. Vibrant témoignage de la place qu’ont les femmes, ou plutôt qu’elles n’ont pas, dans les sociétés contrôlées par la mouvance islamiste, l’histoire contée par la romancière Azar Nafisi est aussi touchante qu’alarmante.


Davantage que l’avis de sportifs et célébrités béats, la parole de ceux qui ont vécu sous l’emprise de cette idéologie mérite toute notre attention. Symptôme annonciateur de l’entrisme islamiste, l’imposition du port du voile s’accompagne toujours de l’effacement progressif, mais inéluctable des femmes qu’il recouvre. Nous devons entendre ces avertissements, par respect pour celles et ceux qui les émettent.

« Réveillons-nous ! »

Ce cri d’alerte lancé par Mahyar Monshipour fait écho au film en question. En 1979, la révolution menée par l’ayatollah Khomeini aboutit au renversement du régime du Chah. Azar Nafisi, tout comme de nombreux expatriés, décide alors de retourner en Iran afin de participer à la reconstruction du pays. Les espoirs de liberté seront vite étouffés par le régime fondamentaliste des mollahs dont l’emprise grandissante s’exprimera en premier lieu sur les femmes. Celles-ci se verront rapidement imposer le port du voile, symbole d’une privation de liberté qui ne fera qu’empirer.

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Lorsque Mahyar Monshipour s’élève contre le port du voile, il pointe avec justesse cette mécanique progressive d’effacement de la femme qui vise à « extraire les femmes du monde du sport ». Les exemples qu’il cite ensuite sont éloquents (« des jeunes filles se voyaient interdire de mettre des shorts pour pratiquer la boxe ») et témoignent de manière suffisamment claire que le voile est pour les islamistes « le signe d’une inégalité entre l’homme et la femme ».

Le monde du sport n’est donc qu’un prélude. Comment, en effet, ne pas évoquer aussi les Afghanes dont le sort n’a cessé de se dégrader depuis le retour au pouvoir des Talibans en 2021 ? Ces derniers ont entrepris, décret après décret, de démolir les droits des femmes pour les enfermer dans une prison normative, une « prison à ciel ouvert »1. Les derniers décrets interdisent désormais aux femmes de s’exprimer en public ou encore de chanter. Et il leur faut maintenant obstruer les fenêtres de chez elles pour ne pas être visibles depuis l’extérieur.

Le voile, symbole de l’islamisme politique

Comme l’affirme Kahina Bahloul2, première imame de France, le voile n’est pourtant pas une obligation religieuse. Il s’agit d’un symbole politique permettant aux islamistes de poser la première pierre de leur entrisme. Fawzia Koofi, opposante afghane qui lutte pour le droit des femmes, ne dit pas autre chose lorsqu’elle relève que les Talibans « ne connaissent rien à l’islam et l’instrumentalisent », révélant ainsi une peur panique des femmes et une volonté primitive d’en faire un butin, une possession matérielle.

Des propos comme ceux tenus par Marie Barsacq, notre ministre des Sports, pour qui « le port du voile, ce n’est pas de l’entrisme » sont à la fois naïfs et dangereux. Si le voile n’est pas interdit dans le sport, cela ouvrira une brèche que les islamistes ne manqueront pas d’exploiter pour en imposer le port à toutes les femmes musulmanes souhaitant pratiquer un sport.

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Même si l’on part du postulat que certaines souhaiteront le porter volontairement, ce qui sera de toute façon impossible à vérifier compte tenu de l’oppression inhérente à l’idéologie islamiste et de l’omerta qu’elle implique, il apparaît clairement qu’autoriser le port du voile dans le sport conduira de nombreuses femmes à devoir le porter sous la contrainte. Ceci, en plus de menacer la laïcité, instaurerait une jurisprudence dangereuse pour les droits des femmes de confession musulmane.

Le collectif communautariste « Les Hijabeuses » se dresse contre la Fédération française de football, et demande à jouer avec un voile islamique, Paris, 24 février 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

En effet, les exemples cités plus haut indiquent de façon suffisamment éloquente que la logique de l’entrisme poussera les islamistes à réclamer ensuite l’autorisation, et donc l’imposition, du port du voile à l’école ainsi que dans l’intégralité de l’espace public. Cela reviendrait à autoriser la mise en place d’un apartheid vestimentaire et idéologique aux conséquences incontrôlables.

À ce titre, il est extrêmement dommageable de ne pas entendre les féministes de gauche se dresser contre la menace qui pèse sur les Françaises de confession musulmane. Un silence assourdissant qui fait écho à celui qui fut le leur à propos du terrible sort des femmes afghanes ou de celui de la jeune étudiante iranienne arrêtée après s’être dévêtue à Téhéran. Cela relève d’un clientélisme électoral contraire à nos valeurs les plus fondamentales.


  1. https://www.lefigaro.fr/culture/l-afghanistan-est-devenu-une-prison-a-ciel-ouvert-fawzia-koofi-la-colere-froide-d-une-combattante-20250314 ↩︎
  2. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/kahina-bahloul-imame-le-voile-n-est-pas-une-obligation-religieuse-2205087 ↩︎

Trump: le résultat d’un abêtissement?

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Selon Alain Bentolila, depuis l’élection de Donald Trump, chaque jour sonne le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée. L’abandon de l’École par l’État fédéral ouvre la voie à l’asservissement des esprits voire à une dérive totalitaire


La question que je veux poser ici est la suivante : Comment un peuple, qui a le rare privilège de posséder les universités aussi exceptionnelles que MIT, Harvard, Stanford, Yale et quelques autres, a bien pu élire à plus de 58% un président inculte et affabulateur et qui ne s’en cache pas ? 

L’effondrement de l’école primaire américaine

Aux États-Unis, alors que quelques universités de renom se disputent les premières places du palmarès mondial des meilleurs établissements, l’École primaire américaine a été abandonnée à une lente déliquescence jusqu’à atteindre un degré de médiocrité qui, dans certains États, est proprement effarant. En 2018, PISA classe globalement les États-Unis au 38e rang mondial et note une chute brutale des performances entre 2019 et 2022. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est que les écarts entre les États – et à l’intérieur des États, entre les villes et les zones rurales – sont considérables : dans certaines zones rurales, les élèves de quinze ans ne possèdent pas les savoirs fondamentaux que l’on attend d’un élève de début de CE1 en France. La Constitution des États-Unis laisse en effet aux États une indépendance totale dans l’organisation scolaire, le choix des manuels, la formation des enseignants. Ce qui pourrait apparaître positif en termes d’autonomie et de liberté pédagogique a conduit parfois à négliger totalement la formation des maîtres, à accepter des contre-vérités scientifiques et à refuser aux élèves toute démarche de questionnement exigeant. Trump vient d’ailleurs de supprimer le ministère fédéral de l’Éducation qui, grâce à des programmes comme « Head start », avait tenté de corriger les contenus les plus absurdes et les méthodes les plus incohérentes. Une telle décision va évidemment accentuer la dérive de certains établissements scolaires vers un obscurantisme qui finira par mettre en cause leur légitimité.

La fragilité intellectuelle d’une partie de la population

C’est dans les petites villes et les friches rurales que « l’impuissance linguistique » et « l’aridité intellectuelle » sont le plus préoccupantes. L’école, depuis trop longtemps en friche, et la famille, souvent sans repères universels, y ont perdu la bataille contre l’abêtissement. Ce que l’une et l’autre ont offert en sacrifice au « grand manipulateur », sur l’autel du web, ce sont les mots imprécis, les mémoires vides et la crédulité d’une partie de la population américaine dont elles ont renoncé à cultiver l’intelligence collective. C’est donc en état de faiblesse d’esprit et de langue qu’une partie importante des citoyens des États-Unis ont dû affronter une propagande brutale face à laquelle leur impuissance linguistique et leur vulnérabilité intellectuelle ne pouvaient être que fatales. Une propagande contre laquelle ils ne pouvaient opposer aucune résistance aux discours et aux slogans de nature totalitaire et sectaire, portés par des réseaux sociaux frelatés. Ils ont donc avalé avec délectation ce qui relevait de l’amalgame, de l’illogisme et de la haine imbécile. Ils se sont laissé berner par des démonstrations marquées au coin du contre sens et ont été convaincus par des arguments de pacotille. Ils se sont laissé avoir par les discours sectaires et radicaux de Trump qui prétendaient leur apporter des réponses simples, immédiates et définitives. Ils se sont laissé séduire par tous ses stéréotypes qui offraient du monde une vision dichotomique et manichéenne et se sont soumis docilement aux règles les plus rigides et les plus arbitraires parce qu’elles leur donnaient l’illusion de transcender le vide culturel et la pauvreté spirituelle auxquels une École abimée les avait conduits. Des années d’abandon éducatif et culturel ont ainsi privé une partie de la population américaine de tout sens critique, de toute volonté d’analyse et de toute profondeur culturelle.

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La faillite de l’éducation, terreau de la manipulation

Une partie importante des écoles américaines a ainsi renoncé à cultiver auprès de leurs élèves la résistance cognitive qui aurait pu leur permettre de ne pas se laisser aller à leur première impulsion et de ne pas céder aux fausses évidences. Ce mécanisme cérébral a pourtant une véritable utilité sociale puisqu’il permet aux peuples de s’élever contre les décisions absurdes qui leurs sont imposées. Il leur permet de résister aux croyances erronées portées par des réseaux sociaux pervertis : les mythes du complot par exemple, ou des stéréotypes trop bien ancrés. Aux États-Unis, pendant que de magnifiques universités donnaient le change, l’intelligence collective a ainsi été volontairement abîmée par la faillite de l’école élémentaire; les citoyens sont ainsi devenus, en partie du moins, une proie facile face à une propagande sans vergogne. Depuis des dizaines d’années, on s’est gardé de transmettre aux élèves les valeurs universelles qui leur auraient donné le sens de leur humanité. On les a privés du désir et des moyens d’analyser et de questionner ce qui leur aurait permis de ne pas s’en laissent conter. On les a ainsi détournés du goût de l’inattendu, de l’incongru et du singulier pour mieux les soumettre à la pensée dominante. Et ils sont devenus, année après année, des citoyens enlisés dans la connivence, la proximité et le prévisible. Dans ce pays, après l’élection triomphale de Trump, sonne chaque jour le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée et célébrant l’asservissement des esprits ; dans ce pays, on a enterré profondément l’idée même de résistance. Pour une bonne moitié de sa population « confisquée », le questionnement fertile a été remplacé par la docilité servile, les « mots d’esprit » ont fait place aux « mots d’ordre », le spirituel a cédé devant le rituel et finalement la soumission à l’imbécilité brutale est devenue pour certains une forme de vie « acceptable ».

N’oublions pas la leçon ! lorsqu’on laisse se détériorer l’École, on ouvre la porte à toutes les dérives et aux pires oligarchies. Les dictateurs ont le champ libre dès lors qu’ils ont acquis l’assurance qu’une partie suffisamment importante de leur population n’aura plus les moyens ni le goût de la résistance intellectuelle. La parole du chef devient alors « parole d’évangile » ; elle tombe sur les épaules courbées de citoyens devenus des créatures et non plus des créateurs. Une spiritualité pervertie peut alors devenir le meilleur allié de l’asservissement social et politique. 

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Le CRIF n’est pas le parti des juifs

Sur France 5, Yonathan Arfi a accusé le Rassemblement national d’instrumentaliser la lutte contre l’antisémitisme.


Les juifs ont de la chance. Ils sont si peu nombreux qu’ils ne peuvent soupçonner leurs défenseurs de visées électoralistes. Pascal Boniface qui sait compter l’a vu le premier : au jeu du « combien de divisions ? », ils sont en fond de classement. À l’exception de quelques places fortes où beaucoup se sont regroupés pour des raisons de sécurité (Levallois ou Paris XVIIè pour les plus fortunés, Epinay-sur-Seine ou Sarcelles pour les autres), le vote juif ne pèse pas lourd. À supposer qu’il existe. Raison de plus pour ne pas le brandir comme un moyen de pression qu’il n’est pas.

Communauté organisée

J’ai du respect, et même de l’amitié, pour Yonathan Arfi, le président du CRIF. Qu’il me permette donc de lui dire, en toute amitié, que le CRIF devrait se mêler de ses affaires et que le bulletin de vote des juifs de France n’en fait pas partie. Le CRIF n’a pas à décider que tel ou tel parti est infréquentable pour les juifs, comme il l’a fait en 2022, en proclamant « pas une voix juive pour Zemmour », appel d’ailleurs peu suivi d’effet à en juger par le succès du Z auprès des Français d’Israël. Tout comme les lamentations de l’alors inusable Gérard Miller, qui expliquait en substance dans Le Monde que les juifs ne pouvaient être que de gauche. 

Certains regretteront que le CRIF apporte de l’eau au moulin de tous les ânes convaincus que les juifs dirigent le monde en général et le gouvernement en particulier, mais ceux-là se fichent bien des déclarations d’Arfi. Ils n’ont nullement besoin du CRIF pour croire au complot juif.

A lire aussi, Céline Pina: Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

En attendant, on aimerait que le CRIF s’abstienne de décerner des brevets de cacherout politique. Il est d’une grande utilité, en particulier dans une période où la haine des juifs devient tendance dans les cours de récréation. Il représente (c’est le « R » de l’acronyme) les juifs affiliés d’une façon ou d’une autre à la Communauté organisée comme dit Soral, autrement dit tous ceux pour qui cette appartenance est un élément important de leur identité. Il doit être l’intercesseur de la rue juive auprès des pouvoirs publics et de tous les corps intermédiaires, partis, syndicats, Eglises qui tissent encore vaguement la société. Il n’est pas le Parti des juifs. Arfi a bien le droit, si ça lui chante, de désapprouver la décision du gouvernement israélien d’inviter Jordan Bardella à un colloque sur l’antisémitisme, à condition de rappeler qu’il ne parle qu’en son nom. Symétriquement, Marine Le Pen aurait dû s’abstenir d’appeler le CRIF à se dégauchiser, donnant ainsi le sentiment que les juifs sont une clientèle qu’elle dispute à la gauche.  

Fâcheuse déconnexion

Au-delà du CRIF l’obstination d’une grande partie des élites intellectuelles juives à voir dans le RN le continuateur du Front national de Jean-Marie Le Pen donc, à le considérer comme structurellement et éternellement antisémite, témoigne au minimum d’une fâcheuse déconnexion – de la réalité et d’une proportion croissante des juifs de France qui n’ont pas demandé la permission pour s’affranchir de l’interdit. Serge Klarsfeld l’a fait depuis longtemps, suscitant des grognements gênés – on ne peut tout de même pas l’accuser de complaisance avec l’antisémitisme. Il y a quelques jours, il enfonçait le clou dans Le Figaro : « Aujourd’hui, d’un côté, le Crif est réticent à respectabiliser le RN dont il condamne les origines et dont il suspecte la sincérité. De l’autre côté, une partie importante de la population juive se rend compte que l’extrême gauche est complice de l’islamisme et que le RN s’est transformé en un parti pro juif et pro-israélien. » Au risque de me répéter, je ne connais pas un juif qui songe à quitter la France par peur du RN. Mes bons amis, qui ne veulent pas répudier leur jeunesse antifasciste, me disent que, dans leur for intérieur, les dirigeants du RN n’ont pas changé. D’abord, qu’en savent-ils ? Et ensuite, pourquoi se soucier de mauvais sentiments qui ne s’expriment pas et ne cassent pas la gueule aux enfants juifs ou aux rabbins ? Tant qu’ils le gardent pour eux, les gens ont bien le droit de ne pas aimer les juifs. Je veux bien qu’on sonde les reins et les cœurs lepénistes pendant que la France insoumise hurle au « génocide » toute la journée, distillant l’idée que les « sionistes » sont les nouveaux nazis, mais parfois il faut hiérarchiser ses combats.

Nos grandes consciences, juives ou pas, ont mis beaucoup de temps et pris beaucoup de pincettes pour reconnaitre l’existence d’un antisémitisme islamique encouragé par la gauche insoumise. Ça ne les qualifie pas particulièrement pour arbitrer les élégances. Les juifs sont des citoyens adultes. Ils n’ont pas besoin des consignes de leur rabbin ou de leur représentant communautaire pour voter.

Mystérieux Murakami

Dans La Cité aux murs incertains, Haruki Murakami entraîne le lecteur dans un monde poétique et inquiétant. Pour entrer dans l’univers du romancier japonais, il faut abandonner toute rationalité.


Haruki Murakami est une star et chacun de ses romans un événement. Après le subtil et délicat Galette au miel, l’auteur japonais le plus lu au monde nous revient avec une somme de plus de 500 pages au titre murakamiesque en diable : La Cité aux murs incertains. Sorti au pays du Soleil-Levant il y a un an, le roman vient de prendre place dans nos librairies et attise les curiosités. De l’auteur traduit en plus de cinquante langues, on sait peu de choses. Que son nom signifie « l’arbre de printemps dans le haut du village », ce qui en soi est déjà une invitation au voyage. Qu’il a dirigé, un temps, une boîte de jazz. Qu’il a traduit des auteurs américains, dont Raymond Carver, Scott Fitzgerald, John Irving et J. D. Salinger, et qu’il a une passion pour la course à pied. Autant dire que le mystère reste entier, et que ses livres ne font que le renforcer. De La Ballade de l’impossible, son plus grand succès au Japon, à Kafka sur le rivage en passant par la trilogie 1Q84, ses romans se distinguent par un climat d’étrangeté cher à tout « harukiste » qui se respecte. À première vue, tout paraît simple dans l’univers de Murakami, à l’image de cette phrase inaugurale : « C’est toi la première qui m’a parlé de la Cité. » À première vue seulement. Son héros, un jeune homme de 17 ans qui mène une vie calme et paisible, rencontre par un matin d’été une jeune fille d’une année sa cadette. Les jeunes gens vont tomber amoureux. Ensemble, ils se plaisent alors à imaginer une cité aux murs incertains jusqu’au jour où la jeune fille, sans explication aucune, disparaît. Désespéré, le jeune homme, qui est aussi le narrateur, décide de rejoindre l’étrange cité dans l’espoir de la retrouver. À ce stade de l’histoire, le lecteur, s’il veut poursuivre sa lecture, n’a d’autre choix que de mettre son cartésianisme de côté et de s’en remettre au romancier. Ceux qui le pratiquent depuis longtemps savent que lui seul détient les clés des mondes oniriques et souvent inquiétants dont il a le secret. Dans cette mystérieuse cité, les horloges n’ont plus d’aiguilles et le temps semble s’être arrêté. Les personnages, quant à eux, n’ont plus d’ombres car ils ont été contraints de s’en séparer. Peu de constructions aussi, hormis une bibliothèque dans laquelle le jeune homme va trouver un emploi singulier : celui de liseur de rêves. Là, dans l’atmosphère feutrée de la salle de lecture, il s’essaie à les décrypter. Dehors, la neige tombe sans discontinuer et des licornes broutent des feuilles de genêt. Lorsqu’elles meurent, un étrange gardien ramasse leur dépouille pour les faire brûler hors les murs. Rêve ou réalité ? Telle est la question vertigineuse que pose La Cité aux murs incertains et qui, loin d’y répondre, en explore les arcanes avec une infinie poésie. Ode splendide aux pouvoirs de l’imagination, ce roman que l’écrivain a commencé il y a plus de quarante ans et qu’il a entièrement réécrit pourrait bien lui valoir le prix Nobel pour lequel il est depuis longtemps pressenti.

Haruki Murakami (trad. Hélène Morita et Tomoko Oono), La Cité aux murs incertains, Belfond, 2025. 560 pages.

Révélations: bientôt des trottoirs à sens unique à Paris

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Image d'illustration © Unsplash

L’inauguration de ces trottoirs est prévue le 1er septembre. À titre expérimental, les Champs-Élysées, les Grands Boulevards, la rue de Rivoli, ainsi que les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel seront concernés pendant six mois.


À cause d’une « smombification » en pleine expansion et que rien ne semble pouvoir endiguer, source de nombreux incidents entre piétons et aussi d’accidents graves ayant parfois couté la vie à certains d’entre eux, la ville de Paris a décidé de créer des trottoirs à sens unique le long de ses principales artères les plus fréquentées, selon un rapport de 14 pages, classé très confidentiel, que Causeur.fr a pu se procurer auprès d’une source interne haut placée, digne de foi.

Un projet qui sera présenté début juin

Le projet qui devrait être rendu public dans la première semaine de juin s’inspire de ce qui s’est fait à Chongqing, ville du sud-ouest de la Chine, sur le fleuve Yangtze, proche du grand barrage des Trois Gorges, et à Séoul, capitale de la Corée du Sud, suite à la prolifération des « smombies ». Ce mot est une contraction de smartphone et de zombie. Il désigne ces piétons qui ont les yeux en permanence rivés sur l’écran de leur téléphone, tout en se déplaçant à un bon train. Il a été inventé en 2015 en Allemagne suite à la massification de ce phénomène dans les grandes villes du monde que les urbanistes qualifient de « smombification ».

L’un d’entr’eux, Hubert Beroche, fondateur et président d’Urban AI1, qui vient de publier un essai à ce sujet2, estime dans un entretien accordé au Figaro le 18 mars, qu’à « bien des égards, le lancement des smartphones peut être comparé à celui de l’automobile au XIXème siècle. (…) les technologies transforment la matérialité d’une ville. Les ascenseurs ont exhaussé la ville, les métros l’ont densifiée, les voitures l’ont allongée ». Désormais les villes doivent s’adapter à ce qu’il appelle « le basculement des « yeux sur la rue » aux « yeux sur écran »».

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C’est ainsi que Chongqing, qui avec ses 32 millions d’habitants est considérée comme la plus grande ville du monde (en fait, il s’agit d’un conglomérat de villes voisines réunies sous une administration commune), a dédié plusieurs rues de son centre à l’usage exclusif des « smombies » pour leur épargner les accidents de la circulation dont ils étaient victimes (percussion en pleine tronche d’un poteau se trouvant sur leur trajet, collision de front avec un homologue venant en sens inverse, renversement par une voiture lorsqu’ils traversaient un carrefour le regard fixé sur leur écran etc.). Les autorités de Honolulu ont, elles, pris un décret interdisant de traverser une rue en regardant son téléphone sous peine d’une lourde amende et envisageraient des mesures plus drastiques si cette interdiction reste sans effets.

Des feux rouges au sol dans la ville de Hong-Kong afin d’éviter les accidents entre voitures et « smombies » © D.R.

Dans la capitale de la Corée du Sud, 61% des accidents de la circulation impliquaient des « smombies » obnubilés par ce qu’ils voyaient sur leurs smartphones. Alors les autorités municipales, rapporte Hubert Beroche, ont « installé des sortes de feux rouges au sol » de manière à qu’ils n’aient plus besoin de lever des yeux pour être informés qu’ils n’ont pas à traverser. Le pourcentage d’accidents a très sensiblement baissé. Hubert Beroche indique aussi que des « chercheurs ont imaginé une application utilisant la caméra des smartphones couplée à de l’intelligence artificielle, de sorte qu’une notification soit envoyée en cas de danger » à l’utilisateur.

« L’écran médiatise, poursuit Hubert Beroche, un rapport au monde désincarné, insipide. On se rend compte, à travers cette désescalade sensorielle, d’une diminution de notre capacité de cartographie mentale. L’utilisation répétée, prolongée, abusive des écrans atrophie notre mémoire spatiale et nous rend moins aptes à coordonner nos sens avec l’environnement urbain. Chacun le perçoit dans son intimité : alors qu’il y a dix ans, un coup d’œil sur une carte suffisait à se repérer, on a désormais besoin de son smartphone à chaque coin de rue pour s’assurer qu’on est bien sur la bonne voie ».

Mettre fin à une hécatombe

L’usage du smartphone tout en se déplaçant constitue un sérieux péril. D’après la gendarmerie, dans un communiqué du 18 février dernier, 451 « smombies » ont perdu la vie en 2024, en France, dans des accidents de la circulation dont ils étaient les premiers responsables.

Le rapport de la ville de Paris, pour justifier l’instauration de trottoirs à sens unique, recense quelques incidents graves qui se sont produits récemment. Ainsi, en novembre dernier, une septuagénaire qui promenait son petit chien, sur l’allée centrale du Bd des Batignolles, a été percutée par l’arrière par un « smombie » qui faisait son jogging, casque sur les oreilles, regard fixé sur son écran qui lui montrait un concert de rock japonais. Elle est tombée face avant. Sa tête a frappé le sol du trottoir. Fracture du crâne et du fémur, elle est décédée à l’hôpital Cochin ; son petit chien n’a jamais été retrouvé. Une autre fois, Bd St Germain, s’est produit un carambolage entre cinq d’entr’eux. Il s’en est suivie une bagarre, chacun rejetant la responsabilité sur les autres, qui fit un blessé grièvement et deux plus légers. « La liste de ces incidents est loin d’être exhaustive », tient à préciser le rapport.

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Toutefois, la ville de Paris se refuse à recourir à des technologies issues de l’intelligence artificielle comme à Séoul, estimant qu’elles présentent de très graves risques de flicage de la société. Le rapport dit « qu’en cas d’un avènement d’un régime d’extrême-droite, ce qui n’est plus à exclure, ces moyens techniques, sous prétexte d’éviter des accidents, pourraient servir à pister les résistants à la dictature. Dès lors, il est préférable de recourir tout simplement au bon sens humaniste et citoyen : le sens unique. Et ça coûte moins cher. »

L’inauguration de ces trottoirs est programmée pour le 1er septembre prochain. Sont concernés à titre expérimental, pour une durée de six mois, les Champs-Élysées, les Grands boulevards, la rue de Rivoli, les boulevards St Germain et St Michel. Le changement de trottoir ne pourra se faire qu’aux carrefours dans un sens giratoire à l’instar des ronds-points pour les automobiles, à savoir en tournant sur sa gauche.

Le rapport suggère aussi qu’à moyen terme, si le sens unique s’impose et est approuvé par une consultation participative, il serait bon d’envisager la création de trottoirs roulants, comme dans le long couloir du métro de la gare Montparnasse afin de rendre les déplacements plus rapides. En effet, « la vitesse des piétons serait limitée sur les trottoirs à sens unique à 3km/h afin que d’éventuelles collisions entre piétons n’aient pas de conséquences fâcheuses comme c’est trop souvent le cas actuellement », souligne le rapport.

Ces trottoirs roulants seraient expérimentés sur le boulevard des Batignolles, de la place de Clichy jusqu’à Ternes. Leur alimentation électrique serait assurée par du voltaïque et de l’éolien installé en hauteur sur l’allée centrale, formant de la sorte un toit qui protégerait les passants de la pluie et du soleil.

  1. Premier Think Tank qui propose des modes de gouvernance éthiques et des usages durables de l’IA urbaine. ↩︎
  2. Smombies : la ville à l’épreuve des écrans, Hubert Beroche, Editions de l’Aube, 267 p. ↩︎

Smombies: La ville à l'épreuve des écrans

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Bordeaux : des rues « exclusives » pour vélo à l’étude ?

De son côté, la ville de Bordeaux a engagé depuis quelques mois une étude, considérée par bien des experts en aménagement urbain comme audacieuse, dont l’objet est d’établir les prémices de ce que sera le transport dans la ville du futur où prédomineront « les mobilités douces et non polluantes ».
D’après une source municipale très proche du dossier qui s’est confiée à l’hebdomadaire local d’enquête, L’Avenir girondin, le projet qui n’en est encore qu’à son ébauche porterait sur la création « d’un réseau structurant de rues exclusivement réservées à l’usage de la bicyclette. » L’idée est née à la suite d’un voyage, dans la plus totale discrétion, en janvier 2024, à Copenhague, considérée comme le modèle mondial en matière de déplacement à vélo, bien plus qu’Amsterdam, du maire Pierre Hurmic, dit « l’écolo décalé » à cause de ses initiatives souvent en marge de l’orthodoxie verte, ou encore le « catho basque », en raison de sa religion et de ses origines.
A son retour, il avait convoqué ses plus proches collaborateurs et leur avait dit : « Il faut faire de notre chère Bordeaux, le pendant de la capitale danoise en France. Le vélo, c’est le futur, comme j’ai pu le constater là-bas. »
Il convient de préciser que Pierre Hurmic est un passionné de cyclisme. Le Tour de France que ses prédécesseurs boudaient, c’est lui qui l’a fait revenir à Bordeaux en 2022. Prenant à rebrousse-poil son parti et surtout son homologue lyonnais, Gregory Doucet pour qui le Tour n’est que « machiste et polluant » et ne veut plus l’inviter à faire étape dans la capitale des Gaules tant qu’il ne se sera pas décarboné et inscrit dans une logique durable (et tant qu’on y est pourquoi pas couru par des équipes mixtes et sans pub sur les maillots).
Dans la foulée une mission, conseillée par trois experts danois en ingénierie mobilité urbaine (1), détachés par Copenhague auprès de Bordeaux, s’est mise au travail dans la plus grande discrétion. Selon L’Avenir girondin, ses premières propositions viseraient à créer quatre grands axes de rues « dédiées », un nord-sud, un est-ouest et deux diagonales, strictement réservés à la circulation des vélos qui convergeraient sur la place névralgique de la Victoire transformée en un grand rond-point avec sens giratoire à gauche.
Aux carrefours de ces rues qui seraient baptisées « exclusive-vélo » seraient aménagées de passerelles à escaliers mécaniques pour pouvoir traverser sans interrompre le flux des cyclistes. L’énergie de ces escaliers serait fournie par des panneaux voltaïques faisant office d’ombrelles et de parapluie en fonction du temps; quant aux croisements avec les rares rues où circuleront encore des voitures, il serait envisagé des sortes de passages à niveau automatiques permettant le franchissement de ces derniers en alternance, cinq minutes pour les voitures, dix minutes pour les cyclistes.
Deux questions font débat. Est-ce que les trottoirs de ces rues « exclusive vélo » doivent être rehaussés et être protégés par des rambardes en bois ou par une végétalisation (à définir, arbustes ou fleurs et plantes vertes) pour empêcher les cyclistes de les emprunter ? La seconde est plus cruciale et semble difficile à trancher tant les avis sont partagés au sein de la commission : est-ce que les vélos électriques y seraient autorisés ?
Les opposants estiment qu’il s’agit de deux-roues motorisés, un peu à l’instar de ce que furent autrefois les Vélo-Solex ou les Mobylettes, vu qu’ils peuvent atteindre les 25 km/h, constituant ainsi un danger potentiel pour les autres cyclistes ; pour les partisans, les interdire serait discriminatoire, notamment envers leurs usagers souvent d’un certain âge déjà et qui sans cette assistance motrice ne se seraient pas remis au vélo. Dès lors, ils proposent un « gentleman-agreement » : que la vitesse y soit limitée à 15 km/h, vitesse moyenne de tout cycliste urbain, et tout dépassement sanctionné d’une forte amende.
Le maire souhaiterait inaugurer les deux premiers axes, les nord-sud et est-ouest soit au tout début de 2026, soit moins de trois mois avant les municipales, selon certaines indiscrétions qui n’ont pas pu être confirmées. On lui prête l’intention de se représenter… ce qui serait un atout indéniable pour sa réélection, selon les connaisseurs de la politique locale. Il se murmure aussi que s’il était reconduit, il envisagerait de créer une régie municipale d’une trentaine de taxis tricycles ne desservant que le centre-ville alentour de la Gare Saint-Jean • RU

1 – La municipalité de Copenhague a demandé que la prestation de ces trois ingénieurs soit rétribuée seulement en Grands Crus, selon une note dont a eu connaissance L’Avenir girondin.  

Marine Le Pen, victime du «coup d’Etat» des juges

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Mme Le Pen a quitté le tribunal avant la fin du prononcé des peines, le 31 mars 2025 © Cyril PECQUENARD/SIPA

Parlementaires européens. Si la majorité des observateurs pensaient bien que la présidente du RN serait condamnée par la justice, ils ne pensaient pas que les juges iraient jusqu’à l’empêcher de concourir à la prochaine élection présidentielle. « Ce n’est pas aux juges de décider pour qui doit voter le peuple » a déclaré Eric Zemmour. « C’est la démocratie française qui est exécutée » se désole Jordan Bardella. Marine Le Pen parlera à 20 heures sur TF1. Analyse.


Cela s’appelle un scandale démocratique : en choisissant d’appliquer, sans retenue ni discernement, l’ « exécution provisoire » de la peine d’inéligibilité prononcée ce lundi contre Marine Le Pen, le tribunal correctionnel de Paris force la candidate à la présidentielle à abandonner la course.

L’abus de pouvoir est d’autant plus révoltant qu’un sondage Ifop-JDD la créditait hier de 37% des suffrages au premier tour, loin devant ses concurrents. Le 13 novembre, le parquet avait requis cinq ans de prison dont deux ferme, 300.000 euros d’amende et l’application de l’exécution provisoire, en sanction d’un détournement de fonds publics liée à l’emploi d’assistants parlementaires européens du RN. Or ce pouvoir exorbitant des magistrats, qui brisent un processus électoral, est une violence.

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La France est semblable à la Roumanie dont la justice a empêché le favori de poursuivre sa course. En 2017, la traque du Parquet national financier contre le présidentiable François Fillon n’avait néanmoins pas empêché le candidat de se présenter. Mais ce sont les parlementaires qui ont accepté, avec la loi Sapin II du 9 décembre 2016 instituant cette exécution provisoire dérogeant à l’appel suspensif, de placer la politique à la merci des gens de robe. Cette légèreté rappelle celle de Louis XVI qui dès 1774 avait rétabli les parlements (qui avaient fonction de cour de justice) dans leurs droits, supprimés par Louis XV en 1771. La suite est connue : se heurtant au judiciaire, Louis XVI en appela aux Etats généraux, qui allaient conduire à la Révolution. Le coup d’Etat des juges, perpétré ce lundi, procède de ce même angélisme du législateur. Jeudi, le réquisitoire infâmant du Parquet financier contre Nicolas Sarkozy dans la nébuleuse affaire libyenne co-instruite par Médiapart (192 articles à charge) – sept ans de prison en dépit d’une absence de preuves – avait dévoilé le ressentiment des magistrats reprochant à l’ancien président, faute de mieux, « une quête effrénée à la recherche de financements nécessaires à la satisfaction de ses ambitions politiques dévorantes » et un « pacte de corruption faustien ».

La Justice, quand elle s’éloigne de l’esprit des lois pour imposer sa vertu vengeresse, devient inquisitoriale et donc dangereuse. Dès lors, elle défigure la démocratie en entravant l’expression de la souveraineté nationale au nom d’un Etat de droit dévoyé. C’est ce qui se passe lorsque des juges, perméables pour certains au militantisme du Syndicat de la magistrature, traquent des mauvaises pensées à défaut de statuer sur des actes. Ces justiciers sont pareils aux théologiens de jadis qui punissaient les péchés des hérétiques. Ils laissent voir « cette sombre superstition qui porte les âmes faibles à imputer des crimes à quiconque ne pense pas comme elles » (Voltaire). La condamnation d’Eric Zemmour, mercredi dernier, à 9000 euros d’amende (qui faute de versement donnerait lieu à son incarcération!) illustre cette dérive doctrinaire. Le tribunal correctionnel de Paris a reproché au président de Reconquête, commentant le meurtre au couteau de Thomas lors d’un bal populaire à Crépol en novembre 2023, d’avoir notamment déclaré : « Nous avons, aujourd’hui, une situation où nous avons deux peuples, deux France, deux jeunesses, celle de Thomas, celle de Chahid ».

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Or ce que décrit Zemmour n’est que le reflet d’une fracture identitaire, décrite par votre serviteur dès 2007[1], qui ne cesse de se radicaliser. S’il y a un « pacte » qui corrompt la démocratie, c’est chez ces juges non élus qui veulent reléguer les politiques à des rangs subalternes. Avec leur aval…

La fracture identitaire

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[1] La fracture identitaire, Fayard

Belgiquistan: Hadja Lahbib, une commissaire européenne problématique?

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© Virginia Mayo/AP/SIPA

La commissaire européenne belge fait le bonheur d’une organisation musulmane séparatiste qui appelle à la démission de Bruno Retailleau.


Recrutée par le Mouvement Réformateur (MR, un parti de centre-droit, mais le plus « à droite » sur l’échiquier politique francophone belge), la journaliste belge Hadja Lahbib a surpris dès sa nomination en 2022 comme ministre des Affaires étrangères en déclarant qu’elle n’était « ni de gauche, ni de droite ». Journaliste, présentatrice du JT de la RTBF, la chaîne publique belge très marquée à gauche, on a ainsi découvert qu’elle avait été la marraine d’un programme international de la mutuelle socialiste belge Solidaris, confirmant le soupçon qu’elle n’était pas vraiment de droite. Son passage aux Affaires étrangères a surtout été marqué par le scandale lié aux visas accordés à des représentants du régime iranien des mollahs, dont Alireza Zakani, maire de Téhéran, impliqué dans la répression brutale des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini, une jeune femme tuée par le régime en 2022. Par ailleurs, en mai 2023, Mme Lahbib a contribué à la libération d’Olivier Vandecasteele, retenu en otage par Téhéran mais au prix d’un échange avec un terroriste, Assadollah Assadi, un diplomate iranien condamné à 20 ans de prison pour un projet d’attentat en France.

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Parachutée à la Commission européenne sans raison évidente, sauf sa qualité de femme, elle vient de commettre deux erreurs majeures. La première concerne une vidéo où elle se ridiculise en présentant un « kit de survie européen pour les 72 premières heures », qui a suscité l’indignation, notamment de Pascal Praud sur CNews. Vue trois millions de fois, elle a été rapidement fermée aux commentaires qui étaient tous négatifs.

La seconde est bien plus grave : dans une autre vidéo elle reprend l’argumentaire du Comité contre l’islamophobie en Europe (CCIE), successeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Dissous en 2020 par Gérald Darmanin au nom du gouvernement français, le CCIF a, selon Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste de l’islam en France, « joué un rôle dans l’assassinat de Samuel Paty ». Dans la vidéo, Hadja Lahbib dénonce le « racisme anti-musulman », la « haine anti-musulmane » et les « stéréotypes ». Elle rappelle l’attentat de Christchurch en Nouvelle Zélande, il y six ans (sic) et « rend hommage à ses victimes », mais n’a pas un mot pour toutes celles, bien plus nombreuses, des attentats commis par des terroristes islamistes. Elle réfute également le fait qu’il pourrait y avoir un lien entre islam et terrorisme. Les musulmans sont présentés comme des victimes et seraient « déshumanisés » par certains médias. La situation des femmes portant le foulard serait particulièrement grave car présentées « comme soumises ou cherchant à islamiser la société ». Bref, on retrouve dans cette vidéo le parfait brévaire du militant islamo-gauchiste.

La vidéo plait tellement au CCIE qu’il la reprend en y ajoutant son logo (avec ou sans l’accord de la commissaire, on ne sait ?) et ajoute à la fin un appel aux dons! Le CCIE, simple reformulation du CCIF, entretient un discours proche des Frères musulmans et défend un agenda communautariste, critiquant ouvertement les lois françaises sur la laïcité, le voile et la lutte contre le séparatisme. Cette organisation tente d’institutionnaliser la notion d’islamophobie, la présentant comme un racisme systémique visant spécifiquement les musulmans. Le 28 mars, le CCIE a publié un communiqué virulent : « Bruno Retailleau attise la haine contre les femmes musulmanes portant le foulard. Nous considérons qu’il n’est plus digne d’exercer ses fonctions de ministre de l’Intérieur. Nous exigeons sa destitution immédiate. Il est temps de dire STOP à la haine d’État. » Sur la page Facebook et le compte X, du CCIE, la vidéo de la commissaire et le communiqué visant le ministre de l’Intérieur se succèdent. Hadja Lahbib n’a été élue par personne, mais simplement désignée par le gouvernement belge. En s’exprimant ainsi, elle engage la Commission européenne toute entière qui adhère depuis longtemps à cette notion fausse d’une racisme anti-musulman visant à criminaliser toute forme de critique de l’islam. 

Notons qu’elle ne prend aucun risque professionnel : à tout moment, elle peut retrouver son poste de fonctionnaire à la RTBF où elle est simplement en congé. 

Le violon virtuose de Liya Petrova

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La violoniste bulgare Liya Petrova © Simon Fowler

Musique classique: Erich Wolfgang Korngold et Richard Strauss réunis sur un CD. Un très beau diptyque concocté par la violoniste Liya Petrova  


A l’instar de Mozart dont il hérite le prénom, Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) fut salué comme un prodige dès sa prime jeunesse par la société cultivée de Vienne. Elève surdoué d’Alexander von Zemlinsky (le beau-frère de Schönberg), génie précoce natif de Brünn, ville alors intégrée à l’empire Austro-Hongrois (l’actuelle Brno, en République tchèque), justement célébré en son temps par Mahler, le compositeur demeure essentiellement connu, de nos jours, pour son œuvre lyrique – hélas trop rarement donnée sur les grandes scènes européennes : Violanta (1914), Die tote Stadt (1920), d’après Bruge-la-Morte, de Rodenbach, sommet de la littérature symboliste, et enfin son opus magnum tragique, Das Wunter der Heliane [le Miracle d’Héliane] (1927)…

A Korngold, cornaqué de bonne heure, tout comme l’avait été Mozart, par un père autoritaire et quelque peu envahissant, s’ouvrait une carrière glorieuse sur le Vieux continent. Il n’avait qu’un défaut : être juif. En 1934, à l’instigation de l’immense metteur en scène et coreligionnaire Max Reinhardt (avec qui il avait déjà collaboré et qui, dès l’Anschluss proclamé, vient lui-même de fuir outre atlantique les persécutions nazies), Korngold s’exile avec femme et enfants aux Etats-Unis (il prendra la nationalité américaine en 1943), et entame une nouvelle carrière à Hollywood : aucun cinéphile n’ignore que Korngold y signe les bandes-son de films fameux, tels les deux Adventures of Robin Hood, celui, muet, de William Dieterle puis celui, parlant, de Michael Curtiz ; sans compter Capitaine Blood, L’Aigle des mers, Le Vaisseau fantôme, du même Curtiz, etc. Le Septième art doit à Korngold près d’une vingtaine de partitions ! Mais outre ballets, lieder, sonates pour piano, le compositeur incroyablement fécond a produit quantité de musique symphonique, de concertos, de musique de chambre, œuvres décidément trop méconnues, elles aussi.

Écrit entre 1937 et 1945 et dédié à Alma Mahler, la veuve de Gustav, le Concerto pour violon en ré majeur op. 35, en trois mouvements, reste pourtant assez célèbre. De fait, c’est un sommet de ce lyrisme opulent où se débondent les torrents d’arrière-saison du post-romantisme tardif, dans ce qu’il a de plus suave, diapré et flamboyant à la fois. Ce chef-d’œuvre est à redécouvrir, dans l’interprétation de toute beauté qui, gravée en CD sous le label Mirare, vient de paraître.      

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Directrice artistique, en outre, de la Musikfest parisienne, salle Cortot, festival chambriste dont l’édition 2025 avait lieu début mars, la violoniste bulgare Liya Petrova avait eu l’idée d’une confrontation entre le concerto pour violon de William Walton (1902-1983) et la sonate pour violon de Respighi (1879-1936). Résultat, baptisé « Momentum 1 » et déjà sous les auspices de Mirare, un premier disque en tous points remarquable.  « Momentum 2 », édition très attendue donc, promettait d’associer, au diamant de Korngold mentionné plus haut, la Sonate pour violon et piano op.18 de Richard Strauss, œuvre de jeunesse certes moins surprenante que le premier Concerto pour cor écrit à 19 ans, avant que ne s’affirme la patte inimitable du compositeur avec, entre autres, l’inoubliable Tod und Verklrung [Mort et transfiguration]… 

L’articulation du morceau virtuose, infiniment raffiné d’un Korngold dans la maturité de son art, avec le jaillissement juvénile d’un Richard Strauss encore alors très nettement sous influence de Brahms ou de Mendelssohn n’a rien d’arbitraire, si l’on se souvient qu’après avoir été l’un de ses premiers soutiens, Strauss, nommé à la tête du Staatoper de Vienne en 1918 et devenu un ami très fidèle, y engagera Korngold comme chef d’orchestre en 1922. De fait, entre la moirure propre au futur créateur d’Elektra ou d’Ariane à Naxos et la luxuriance mélodique polytonale, dissonante et cuivrée du cadet, la parenté est saisissante. Reste que si Richard Strauss est, à raison, un compositeur définitivement adoubé par la postérité, on mesure mal aujourd’hui l’extrême fortune critique dont a joui la musique de Korngold en Europe, dans les débuts du XXème siècle…

L’onctueux nappage orchestral commun aux deux compositeurs est ici restitué par une prise de son exemplaire : sous la baguette du très jeune chef britannique Duncan Ward, le Royal Philharmonic Orchestra pare la texture si finement ouvragée de Korngold d’une rutilance et d’un phrasé éblouissants. Nettes, véhémentes, les attaques de Liya Petrova comme le vibrato si expressif de son archet se marie au jeu perlé, subtil et ardent du jeune pianiste Alexandre Kantorov, prince du clavier à qui, rappelons-le, on doit un enregistrement magistral des sonates de Brahms, et qui accompagne maintenant les effluves maniéristes du jeune Richard Strauss avec une clarté d’exécution sommitale.           


A écouter : 1CD Momentum 2. Sonate pour violon et piano op.18, de Richard Strauss/ Concerto pour violon op.35, de Erich Wolfgang Korngold. Royal Philharmonic Orchestra.  Direction : Duncan Ward. Violon : Liya Petrova. Piano : Alexandre Kantorow. Label Mirare.

Momentum [2]: Korngold, Strauss

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Juges partout, justice nulle part

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Les juges seraient-ils paradoxalement plus sévères avec les puissants ? En tout cas, qu’ils puissent décider qui peut gouverner ou pas est problématique, observe Elisabeth Lévy.


À la lumière de notre actualité judiciaire, on peut se demander s’il faut avoir peur de la Justice. Pas de suspense : la réponse est oui. Surtout si vous êtes un élu ou un people. Si vous êtes un mineur multirécidiviste, vous avez en revanche plus de chances de passer au travers.

Des juges et des ambitieux

Revenons sur le réquisitoire Sarkozy. Il n’est pas seulement problématique à cause des peines très lourdes demandées (sept ans ferme, privation des droits civiques et parentaux qui traduisent une volonté d’humilier), mais parce que quels que soient les indices dont on nous parle concernant un financement libyen présumé, il n’y a pas de preuves. Si de l’argent a circulé, on n’en retrouve pas trace dans la campagne. Le rôle de l’ancien président Sarkozy comme grand orchestrateur n’est pas non plus démontré.
L’un des procureurs a parlé de la « soif de pouvoir », de la «cupidité», de « l’ambition dévorante » de l’ex-président. Et alors, c’est illégal ? Les juges se prononcent-ils désormais sur notre moralité ? On ne voit pas bien le rapport. Il est difficile de ne pas voir quelque chose d’un peu personnel, de ne pas penser que c’est alors la haine de Nicolas Sarkozy qui parle.

Proportions

Ce matin, le Tribunal de Paris décidera si Marine Le Pen peut se présenter à la prochaine élection présidentielle. Le Conseil constitutionnel vient de fournir au tribunal l’argumentaire opposé à l’exécution provisoire : il revient au juge « d’apprécier le caractère proportionné de l’atteinte que cette mesure est susceptible de porter à l’exercice d’un mandat en cours et à la liberté de l’électeur ». Il est donc très peu probable que le tribunal prenne cette responsabilité.

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Premièrement, on pourra toujours se demander si cette décision n’est pas un renvoi d’ascenseur (après la nomination de Richard Ferrand, qui ne serait pas à sa place sans le RN). Deuxièmement, que des juges puissent ainsi décider qui peut se présenter, et donc qui peut gouverner, est évidement problématique.

Est-ce à dire que les politiques devraient être au-dessus des lois ?

Non, mais ils doivent demeurer des justiciables comme les autres, pas être jugés plus sévèrement que les autres !
Problème : dans l’équilibre des pouvoirs, les juges sont-ils au-dessus du suffrage universel ? Peuvent-ils décerner des brevets de fréquentabilité ou de moralité politique, alors qu’eux-mêmes sont souvent très politisés ? (Rappelons qu’un tiers des magistrats sont au Syndicat de la Magistrature, connu pour son fameux « Mur des cons »). Plus que des options politiques, certains magistrats se prennent pour des justiciers qui se pensent en mission de purification de la démocratie avec l’aide de Mediapart. (Rappelons-nous que lors du réquisitoire de l’affaire des attachés parlementaires européens du RN, un des procureurs avait osé dire « j’aurais du mal à demander la relaxe, cela me ferait mal »). En clair, ils savent ce qui est bon pour les électeurs. Mais après le malaise des ZFE, la France périphérique n’a peut-être pas envie qu’on lui dise qu’elle n’a pas le droit de voter pour Marine Le Pen…

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Reste que, même s’ils l’interprètent, les juges appliquent la loi. C’est le Parlement qui a voté ces scandaleuses peines d’inéligibilité automatique. C’est le Parlement qui a voté toutes ces âneries pour démontrer à quel point notre vie politique était super et transparente. Plus généralement, ce sont les élus qui ont abdiqué de leurs prérogatives en acceptant l’extension du contrôle de constitutionnalité et le pouvoir croissant des juridictions internationales.
Bref, les politiques ont donné le pouvoir aux juges. Et il est maintenant trop tard pour s’indigner parce qu’ils s’en servent.


Cette chronique a été d’abord diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

Brésil: la misère n’est pas moins terrible au soleil

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Des immeubles blancs de bon standing jouxtent la favela de Paraisópolis, à São Paulo. 2022 © Matias Delacroix/AP/SIPA

Quand nous avons demandé à notre ami Driss Ghali, fin connaisseur de l’Amérique latine, comment les mafias ont pu prendre le contrôle de dizaines de quartiers au Brésil et pourquoi une guerre leur est désormais menée avec des moyens militaires, il nous a répondu avec ce texte, initialement paru sur le site lusophone DefesaNet et traduit par ses soins, dont l’auteur est l’un des plus hauts gradés des forces de sécurité du pays. Docteur en sciences policières et sous-commandant du 21e Bataillon de l’Intérieur, Erich Nelson Cardoso Hoffmann y fait le point sur les opérations qui se déroulent actuellement dans les favelas de São Paulo pour y restaurer le droit et l’autorité.


Dans les ruelles étroites, les maisons sur pilotis et les escaliers à flanc de montagne qui font le décor des favelas brésiliennes, règne une oppression silencieuse et brutale. Des criminels y ont tissé, au moyen de la peur et de l’intimidation, une toile d’araignée qui piège tout le monde dans un cycle de violence et d’insécurité.

Depuis le début du mois de février 2024, la police militaire de l’Etat de São Paulo mène la troisième phase de l’« Opération Eté », dans les villes de la Baixada Santista, une frange littorale de 150 km de long, peuplée de 2 millions d’habitants environ et dont le pôle principal est la ville portuaire de Santos. Cette opération a apporté un soulagement à la population oubliée des favelas qui vit sous la coupe d’une organisation criminelle qui contrôle non seulement le crime mais aussi la vie quotidienne des hommes et des femmes relégués dans ces endroits.

Dans un territoire où règne une cruelle loi du silence, la présence policière apporte un répit aux habitants en même temps qu’elle maintient l’ordre et la paix civile. Cette opération atteste de l’engagement indéfectible de la police en faveur de la protection et de la libération des riverains soumis au joug du crime organisé.

La peur comme compagnon

Après une intervention qui a abouti à l’arrestation de criminels dans une favela, un habitant soulagé a pris à part un policier : « Ils ont été très effrontés avec nous, se promenant armés en plein jour, devant nos enfants. » Telle est la réaction de la majorité de la population quelle que soit la favela où la police intervient – une majorité silencieuse cependant, qui ne peut pas exprimer publiquement sa satisfaction par peur des représailles.

Un cancer tue chaque jour les jeunes, volant leurs rêves et transformant la favela en zone de guerre. Cette métastase est causée par la faction criminelle qui cherche à prendre le contrôle du territoire et dont les adolescents pauvres sont les plus grandes victimes. Et ce mal ne touche pas seulement ceux qui décident de devenir délinquants car mêmes ceux qui choisissent la voie du Bien subissent l’imposition de « lois d’exception ». Ils sont rackettés, menacés, persécutés et soumis à une sorte de pouvoir parallèle à l’État. Comme c’est la coutume de toute mafia, le résident est d’abord « invité » à recevoir une « protection » ainsi que des « bénéfices et des avantages » afin qu’il accepte de « se laisser » diriger par les criminels. Mais, à chaque fois qu’il ose leur désobéir, le masque du partenariat tombe et la cruauté et la terreur entrent en scène. Et malheureusement, un groupe est encore plus vulnérable à ce terrorisme : les femmes et les enfants, cibles faciles de la brutalité, exposés en permanence au risque d’abus et d’agression. La violence sexuelle fait partie de la routine des filles à peine sorties de l’enfance – la sexualisation des noivinhas, les préadolescentes, promue par un genre musical brésilien nommé funk, en vogue dans ces endroits, est responsable de centaines, voire de milliers de viols de personnes vulnérables. Dans une favela, un père et une mère qui ont une fille de 9 à 11 ans vivent dans un désespoir silencieux, car ils savent qu’ils ne peuvent rien faire si leur fille tombe entre les mains d’un trafiquant de drogue. Dans de nombreuses occasions, il est déjà trop tard, des très jeunes filles sont abusées de la manière la plus dégradante et se retrouvent tout simplement abandonnées avec un enfant sans père à élever.

Ce ne sont pas seulement des trafiquants de drogue, ce ne sont pas seulement des mafieux, ce sont des voleurs qui volent les rêves, l’avenir et la liberté des habitants des favelas.

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Des conséquences dévastatrices

Santé mentale chancelante, traumatismes, dépression et anxiété sont les stigmates laissés par la violence. Le développement social est également compromis : les habitants des favelas stagnent dans la vie, sans aucune chance de prospérer, sans liberté, sans perspectives d’avenir. Et ceux qui parviennent tant bien que mal à améliorer leurs conditions de vie se hâtent de fuir cet environnement, ce qui rend la favela encore plus fragile. Et ce n’est pas étonnant car personne ne veut vivre au milieu de criminels à moins d’y être obligé. Qui a intérêt à maintenir ces populations incapables de progresser dans la vie ?

La liberté s’habille en gris

Aujourd’hui, nous vivons un moment historique, où des hommes et des femmes courageux revêtent l’uniforme gris de la police de l’Etat de São Paulo pour venir en défense de ces populations oubliées et leur apporter ne serait-ce que quelques heures de paix. Ils laissent derrière eux des familles angoissées qui attendent leur retour. Ils brisent les fers du silence et de l’oppression qui enchaînent les habitants des favelas. Ils maintiennent vive la flamme de l’espoir en luttant avec force contre le crime organisé. Il est vrai que les interventions policières à elles seules n’apporteront pas de solutions définitives, mais elles permettent au moins à la communauté de respirer librement le temps qu’elles durent.

Ce texte cherche à souligner non seulement la bravoure et le sacrifice des policiers qui travaillent dans cette zone de conflit, mais aussi la nécessité impérative de leur présence continue. Il vise également à susciter une réflexion profonde sur la nécessité de stratégies de sécurité publique à la fois fermes et humaines, comme celles déployées actuellement sur le littoral de São Paulo, capables d’affronter les organisations criminelles et en même temps de libérer une population prise en otage et réduite au silence. Chaque patrouille, chaque opération, chaque geste de solidarité envers les riverains n’est pas seulement un pas vers le démantèlement de la criminalité, mais un symbole puissant d’une police militaire présente, garantissant les droits les plus fondamentaux des citoyens. Le rôle des policiers militaires va donc bien au-delà du maintien de l’ordre ; il contribue à fabriquer un tissu social plus juste et plus sûr et constitue une base solide pour la transformation sociale.

Ces jours-ci alors que les renforts venus d’autres régions rendent la présence policière maximale dans les territoires occupés par la mafia, il est très fréquent d’entendre les policiers déclarer à la fin de leur vacation que des habitants les ont remercié pour leur service, parfois discrètement ou même en cachette. Les enfants, en masse, saluent les voitures de police. Certains d’entre eux sont presque immédiatement réprimandés par leurs parents pour avoir fait un tel geste. Est évidente la peur d’une mère qui aimerait cela dit se réjouir en public de la présence de la police près de son lieu de vie mais ne le peut pas.

Le sentiment de ceux qui participent à cette opération est celui d’appartenir à une troupe de sauvetage qui reprend un territoire dominé par la terreur.  Ils y installent un moment de répit le temps que dure l’intervention de la police. C’est à travers le regard des habitants, témoins silencieux de ce conflit quotidien, que l’on perçoit la valeur incalculable de la présence policière dans ces territoires. L’importance de la police transcende la notion de sécurité ; elle ravive l’espoir d’une vie digne. Les opérations policières apportent une lumière, celle de la résistance.  Non seulement elles démantèlent les réseaux criminels, mais reconstruisent aussi, brique par brique, ou plutôt, ruelle par ruelle, pas à pas, la confiance de la population envers la justice et envers la possibilité d’un avenir plus sûr pour les générations à venir.

Le sourire de chaque enfant vivant dans les favelas du littoral de São Paulo est le carburant des policiers militaires impliqués dans troisième phase de l’« Opération Eté ».

Major Erich Nelson Cardoso Hoffmann

Il faut aussi lire « Lolita » aux islamo-gauchistes…

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Marie Barsacq, ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques de France depuis 2024, Paris, 26 mars 2025 © Jacques Witt/SIPA

Séparatisme. Accepter le port du foulard dans les compétitions sportives serait une première étape dans la mise en place d’un apartheid vestimentaire. Marie Barsacq (notre photo) a été priée de cesser de faire l’autruche face au problème.


La sortie du film « Lire Lolita à Téhéran », qui met en scène l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani, doit être vue comme une piqûre de rappel indispensable face aux atermoiements récents de notre gouvernement sur la question du voile. Vibrant témoignage de la place qu’ont les femmes, ou plutôt qu’elles n’ont pas, dans les sociétés contrôlées par la mouvance islamiste, l’histoire contée par la romancière Azar Nafisi est aussi touchante qu’alarmante.


Davantage que l’avis de sportifs et célébrités béats, la parole de ceux qui ont vécu sous l’emprise de cette idéologie mérite toute notre attention. Symptôme annonciateur de l’entrisme islamiste, l’imposition du port du voile s’accompagne toujours de l’effacement progressif, mais inéluctable des femmes qu’il recouvre. Nous devons entendre ces avertissements, par respect pour celles et ceux qui les émettent.

« Réveillons-nous ! »

Ce cri d’alerte lancé par Mahyar Monshipour fait écho au film en question. En 1979, la révolution menée par l’ayatollah Khomeini aboutit au renversement du régime du Chah. Azar Nafisi, tout comme de nombreux expatriés, décide alors de retourner en Iran afin de participer à la reconstruction du pays. Les espoirs de liberté seront vite étouffés par le régime fondamentaliste des mollahs dont l’emprise grandissante s’exprimera en premier lieu sur les femmes. Celles-ci se verront rapidement imposer le port du voile, symbole d’une privation de liberté qui ne fera qu’empirer.

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Lorsque Mahyar Monshipour s’élève contre le port du voile, il pointe avec justesse cette mécanique progressive d’effacement de la femme qui vise à « extraire les femmes du monde du sport ». Les exemples qu’il cite ensuite sont éloquents (« des jeunes filles se voyaient interdire de mettre des shorts pour pratiquer la boxe ») et témoignent de manière suffisamment claire que le voile est pour les islamistes « le signe d’une inégalité entre l’homme et la femme ».

Le monde du sport n’est donc qu’un prélude. Comment, en effet, ne pas évoquer aussi les Afghanes dont le sort n’a cessé de se dégrader depuis le retour au pouvoir des Talibans en 2021 ? Ces derniers ont entrepris, décret après décret, de démolir les droits des femmes pour les enfermer dans une prison normative, une « prison à ciel ouvert »1. Les derniers décrets interdisent désormais aux femmes de s’exprimer en public ou encore de chanter. Et il leur faut maintenant obstruer les fenêtres de chez elles pour ne pas être visibles depuis l’extérieur.

Le voile, symbole de l’islamisme politique

Comme l’affirme Kahina Bahloul2, première imame de France, le voile n’est pourtant pas une obligation religieuse. Il s’agit d’un symbole politique permettant aux islamistes de poser la première pierre de leur entrisme. Fawzia Koofi, opposante afghane qui lutte pour le droit des femmes, ne dit pas autre chose lorsqu’elle relève que les Talibans « ne connaissent rien à l’islam et l’instrumentalisent », révélant ainsi une peur panique des femmes et une volonté primitive d’en faire un butin, une possession matérielle.

Des propos comme ceux tenus par Marie Barsacq, notre ministre des Sports, pour qui « le port du voile, ce n’est pas de l’entrisme » sont à la fois naïfs et dangereux. Si le voile n’est pas interdit dans le sport, cela ouvrira une brèche que les islamistes ne manqueront pas d’exploiter pour en imposer le port à toutes les femmes musulmanes souhaitant pratiquer un sport.

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Même si l’on part du postulat que certaines souhaiteront le porter volontairement, ce qui sera de toute façon impossible à vérifier compte tenu de l’oppression inhérente à l’idéologie islamiste et de l’omerta qu’elle implique, il apparaît clairement qu’autoriser le port du voile dans le sport conduira de nombreuses femmes à devoir le porter sous la contrainte. Ceci, en plus de menacer la laïcité, instaurerait une jurisprudence dangereuse pour les droits des femmes de confession musulmane.

Le collectif communautariste « Les Hijabeuses » se dresse contre la Fédération française de football, et demande à jouer avec un voile islamique, Paris, 24 février 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

En effet, les exemples cités plus haut indiquent de façon suffisamment éloquente que la logique de l’entrisme poussera les islamistes à réclamer ensuite l’autorisation, et donc l’imposition, du port du voile à l’école ainsi que dans l’intégralité de l’espace public. Cela reviendrait à autoriser la mise en place d’un apartheid vestimentaire et idéologique aux conséquences incontrôlables.

À ce titre, il est extrêmement dommageable de ne pas entendre les féministes de gauche se dresser contre la menace qui pèse sur les Françaises de confession musulmane. Un silence assourdissant qui fait écho à celui qui fut le leur à propos du terrible sort des femmes afghanes ou de celui de la jeune étudiante iranienne arrêtée après s’être dévêtue à Téhéran. Cela relève d’un clientélisme électoral contraire à nos valeurs les plus fondamentales.


  1. https://www.lefigaro.fr/culture/l-afghanistan-est-devenu-une-prison-a-ciel-ouvert-fawzia-koofi-la-colere-froide-d-une-combattante-20250314 ↩︎
  2. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/kahina-bahloul-imame-le-voile-n-est-pas-une-obligation-religieuse-2205087 ↩︎

Trump: le résultat d’un abêtissement?

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Premier jour d'école à New York le 7 septembre 2023 © Levine-Roberts/Sipa USA/SIPA

Selon Alain Bentolila, depuis l’élection de Donald Trump, chaque jour sonne le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée. L’abandon de l’École par l’État fédéral ouvre la voie à l’asservissement des esprits voire à une dérive totalitaire


La question que je veux poser ici est la suivante : Comment un peuple, qui a le rare privilège de posséder les universités aussi exceptionnelles que MIT, Harvard, Stanford, Yale et quelques autres, a bien pu élire à plus de 58% un président inculte et affabulateur et qui ne s’en cache pas ? 

L’effondrement de l’école primaire américaine

Aux États-Unis, alors que quelques universités de renom se disputent les premières places du palmarès mondial des meilleurs établissements, l’École primaire américaine a été abandonnée à une lente déliquescence jusqu’à atteindre un degré de médiocrité qui, dans certains États, est proprement effarant. En 2018, PISA classe globalement les États-Unis au 38e rang mondial et note une chute brutale des performances entre 2019 et 2022. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est que les écarts entre les États – et à l’intérieur des États, entre les villes et les zones rurales – sont considérables : dans certaines zones rurales, les élèves de quinze ans ne possèdent pas les savoirs fondamentaux que l’on attend d’un élève de début de CE1 en France. La Constitution des États-Unis laisse en effet aux États une indépendance totale dans l’organisation scolaire, le choix des manuels, la formation des enseignants. Ce qui pourrait apparaître positif en termes d’autonomie et de liberté pédagogique a conduit parfois à négliger totalement la formation des maîtres, à accepter des contre-vérités scientifiques et à refuser aux élèves toute démarche de questionnement exigeant. Trump vient d’ailleurs de supprimer le ministère fédéral de l’Éducation qui, grâce à des programmes comme « Head start », avait tenté de corriger les contenus les plus absurdes et les méthodes les plus incohérentes. Une telle décision va évidemment accentuer la dérive de certains établissements scolaires vers un obscurantisme qui finira par mettre en cause leur légitimité.

La fragilité intellectuelle d’une partie de la population

C’est dans les petites villes et les friches rurales que « l’impuissance linguistique » et « l’aridité intellectuelle » sont le plus préoccupantes. L’école, depuis trop longtemps en friche, et la famille, souvent sans repères universels, y ont perdu la bataille contre l’abêtissement. Ce que l’une et l’autre ont offert en sacrifice au « grand manipulateur », sur l’autel du web, ce sont les mots imprécis, les mémoires vides et la crédulité d’une partie de la population américaine dont elles ont renoncé à cultiver l’intelligence collective. C’est donc en état de faiblesse d’esprit et de langue qu’une partie importante des citoyens des États-Unis ont dû affronter une propagande brutale face à laquelle leur impuissance linguistique et leur vulnérabilité intellectuelle ne pouvaient être que fatales. Une propagande contre laquelle ils ne pouvaient opposer aucune résistance aux discours et aux slogans de nature totalitaire et sectaire, portés par des réseaux sociaux frelatés. Ils ont donc avalé avec délectation ce qui relevait de l’amalgame, de l’illogisme et de la haine imbécile. Ils se sont laissé berner par des démonstrations marquées au coin du contre sens et ont été convaincus par des arguments de pacotille. Ils se sont laissé avoir par les discours sectaires et radicaux de Trump qui prétendaient leur apporter des réponses simples, immédiates et définitives. Ils se sont laissé séduire par tous ses stéréotypes qui offraient du monde une vision dichotomique et manichéenne et se sont soumis docilement aux règles les plus rigides et les plus arbitraires parce qu’elles leur donnaient l’illusion de transcender le vide culturel et la pauvreté spirituelle auxquels une École abimée les avait conduits. Des années d’abandon éducatif et culturel ont ainsi privé une partie de la population américaine de tout sens critique, de toute volonté d’analyse et de toute profondeur culturelle.

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La faillite de l’éducation, terreau de la manipulation

Une partie importante des écoles américaines a ainsi renoncé à cultiver auprès de leurs élèves la résistance cognitive qui aurait pu leur permettre de ne pas se laisser aller à leur première impulsion et de ne pas céder aux fausses évidences. Ce mécanisme cérébral a pourtant une véritable utilité sociale puisqu’il permet aux peuples de s’élever contre les décisions absurdes qui leurs sont imposées. Il leur permet de résister aux croyances erronées portées par des réseaux sociaux pervertis : les mythes du complot par exemple, ou des stéréotypes trop bien ancrés. Aux États-Unis, pendant que de magnifiques universités donnaient le change, l’intelligence collective a ainsi été volontairement abîmée par la faillite de l’école élémentaire; les citoyens sont ainsi devenus, en partie du moins, une proie facile face à une propagande sans vergogne. Depuis des dizaines d’années, on s’est gardé de transmettre aux élèves les valeurs universelles qui leur auraient donné le sens de leur humanité. On les a privés du désir et des moyens d’analyser et de questionner ce qui leur aurait permis de ne pas s’en laissent conter. On les a ainsi détournés du goût de l’inattendu, de l’incongru et du singulier pour mieux les soumettre à la pensée dominante. Et ils sont devenus, année après année, des citoyens enlisés dans la connivence, la proximité et le prévisible. Dans ce pays, après l’élection triomphale de Trump, sonne chaque jour le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée et célébrant l’asservissement des esprits ; dans ce pays, on a enterré profondément l’idée même de résistance. Pour une bonne moitié de sa population « confisquée », le questionnement fertile a été remplacé par la docilité servile, les « mots d’esprit » ont fait place aux « mots d’ordre », le spirituel a cédé devant le rituel et finalement la soumission à l’imbécilité brutale est devenue pour certains une forme de vie « acceptable ».

N’oublions pas la leçon ! lorsqu’on laisse se détériorer l’École, on ouvre la porte à toutes les dérives et aux pires oligarchies. Les dictateurs ont le champ libre dès lors qu’ils ont acquis l’assurance qu’une partie suffisamment importante de leur population n’aura plus les moyens ni le goût de la résistance intellectuelle. La parole du chef devient alors « parole d’évangile » ; elle tombe sur les épaules courbées de citoyens devenus des créatures et non plus des créateurs. Une spiritualité pervertie peut alors devenir le meilleur allié de l’asservissement social et politique. 

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Le CRIF n’est pas le parti des juifs

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Le leader du RN Jordan Bardella serre la main du ministre israélien des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, lors d'une visite au mémorial en hommage aux victimes et otages des attaques du Hamas en 2023, près du kibboutz Re'im, dans le sud d'Israël, le mercredi 26 mars 2025 © Jack Guez/AP/SIPA

Sur France 5, Yonathan Arfi a accusé le Rassemblement national d’instrumentaliser la lutte contre l’antisémitisme.


Les juifs ont de la chance. Ils sont si peu nombreux qu’ils ne peuvent soupçonner leurs défenseurs de visées électoralistes. Pascal Boniface qui sait compter l’a vu le premier : au jeu du « combien de divisions ? », ils sont en fond de classement. À l’exception de quelques places fortes où beaucoup se sont regroupés pour des raisons de sécurité (Levallois ou Paris XVIIè pour les plus fortunés, Epinay-sur-Seine ou Sarcelles pour les autres), le vote juif ne pèse pas lourd. À supposer qu’il existe. Raison de plus pour ne pas le brandir comme un moyen de pression qu’il n’est pas.

Communauté organisée

J’ai du respect, et même de l’amitié, pour Yonathan Arfi, le président du CRIF. Qu’il me permette donc de lui dire, en toute amitié, que le CRIF devrait se mêler de ses affaires et que le bulletin de vote des juifs de France n’en fait pas partie. Le CRIF n’a pas à décider que tel ou tel parti est infréquentable pour les juifs, comme il l’a fait en 2022, en proclamant « pas une voix juive pour Zemmour », appel d’ailleurs peu suivi d’effet à en juger par le succès du Z auprès des Français d’Israël. Tout comme les lamentations de l’alors inusable Gérard Miller, qui expliquait en substance dans Le Monde que les juifs ne pouvaient être que de gauche. 

Certains regretteront que le CRIF apporte de l’eau au moulin de tous les ânes convaincus que les juifs dirigent le monde en général et le gouvernement en particulier, mais ceux-là se fichent bien des déclarations d’Arfi. Ils n’ont nullement besoin du CRIF pour croire au complot juif.

A lire aussi, Céline Pina: Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

En attendant, on aimerait que le CRIF s’abstienne de décerner des brevets de cacherout politique. Il est d’une grande utilité, en particulier dans une période où la haine des juifs devient tendance dans les cours de récréation. Il représente (c’est le « R » de l’acronyme) les juifs affiliés d’une façon ou d’une autre à la Communauté organisée comme dit Soral, autrement dit tous ceux pour qui cette appartenance est un élément important de leur identité. Il doit être l’intercesseur de la rue juive auprès des pouvoirs publics et de tous les corps intermédiaires, partis, syndicats, Eglises qui tissent encore vaguement la société. Il n’est pas le Parti des juifs. Arfi a bien le droit, si ça lui chante, de désapprouver la décision du gouvernement israélien d’inviter Jordan Bardella à un colloque sur l’antisémitisme, à condition de rappeler qu’il ne parle qu’en son nom. Symétriquement, Marine Le Pen aurait dû s’abstenir d’appeler le CRIF à se dégauchiser, donnant ainsi le sentiment que les juifs sont une clientèle qu’elle dispute à la gauche.  

Fâcheuse déconnexion

Au-delà du CRIF l’obstination d’une grande partie des élites intellectuelles juives à voir dans le RN le continuateur du Front national de Jean-Marie Le Pen donc, à le considérer comme structurellement et éternellement antisémite, témoigne au minimum d’une fâcheuse déconnexion – de la réalité et d’une proportion croissante des juifs de France qui n’ont pas demandé la permission pour s’affranchir de l’interdit. Serge Klarsfeld l’a fait depuis longtemps, suscitant des grognements gênés – on ne peut tout de même pas l’accuser de complaisance avec l’antisémitisme. Il y a quelques jours, il enfonçait le clou dans Le Figaro : « Aujourd’hui, d’un côté, le Crif est réticent à respectabiliser le RN dont il condamne les origines et dont il suspecte la sincérité. De l’autre côté, une partie importante de la population juive se rend compte que l’extrême gauche est complice de l’islamisme et que le RN s’est transformé en un parti pro juif et pro-israélien. » Au risque de me répéter, je ne connais pas un juif qui songe à quitter la France par peur du RN. Mes bons amis, qui ne veulent pas répudier leur jeunesse antifasciste, me disent que, dans leur for intérieur, les dirigeants du RN n’ont pas changé. D’abord, qu’en savent-ils ? Et ensuite, pourquoi se soucier de mauvais sentiments qui ne s’expriment pas et ne cassent pas la gueule aux enfants juifs ou aux rabbins ? Tant qu’ils le gardent pour eux, les gens ont bien le droit de ne pas aimer les juifs. Je veux bien qu’on sonde les reins et les cœurs lepénistes pendant que la France insoumise hurle au « génocide » toute la journée, distillant l’idée que les « sionistes » sont les nouveaux nazis, mais parfois il faut hiérarchiser ses combats.

Nos grandes consciences, juives ou pas, ont mis beaucoup de temps et pris beaucoup de pincettes pour reconnaitre l’existence d’un antisémitisme islamique encouragé par la gauche insoumise. Ça ne les qualifie pas particulièrement pour arbitrer les élégances. Les juifs sont des citoyens adultes. Ils n’ont pas besoin des consignes de leur rabbin ou de leur représentant communautaire pour voter.

Mystérieux Murakami

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Haruki Murakami © Shutterstock/SIPA

Dans La Cité aux murs incertains, Haruki Murakami entraîne le lecteur dans un monde poétique et inquiétant. Pour entrer dans l’univers du romancier japonais, il faut abandonner toute rationalité.


Haruki Murakami est une star et chacun de ses romans un événement. Après le subtil et délicat Galette au miel, l’auteur japonais le plus lu au monde nous revient avec une somme de plus de 500 pages au titre murakamiesque en diable : La Cité aux murs incertains. Sorti au pays du Soleil-Levant il y a un an, le roman vient de prendre place dans nos librairies et attise les curiosités. De l’auteur traduit en plus de cinquante langues, on sait peu de choses. Que son nom signifie « l’arbre de printemps dans le haut du village », ce qui en soi est déjà une invitation au voyage. Qu’il a dirigé, un temps, une boîte de jazz. Qu’il a traduit des auteurs américains, dont Raymond Carver, Scott Fitzgerald, John Irving et J. D. Salinger, et qu’il a une passion pour la course à pied. Autant dire que le mystère reste entier, et que ses livres ne font que le renforcer. De La Ballade de l’impossible, son plus grand succès au Japon, à Kafka sur le rivage en passant par la trilogie 1Q84, ses romans se distinguent par un climat d’étrangeté cher à tout « harukiste » qui se respecte. À première vue, tout paraît simple dans l’univers de Murakami, à l’image de cette phrase inaugurale : « C’est toi la première qui m’a parlé de la Cité. » À première vue seulement. Son héros, un jeune homme de 17 ans qui mène une vie calme et paisible, rencontre par un matin d’été une jeune fille d’une année sa cadette. Les jeunes gens vont tomber amoureux. Ensemble, ils se plaisent alors à imaginer une cité aux murs incertains jusqu’au jour où la jeune fille, sans explication aucune, disparaît. Désespéré, le jeune homme, qui est aussi le narrateur, décide de rejoindre l’étrange cité dans l’espoir de la retrouver. À ce stade de l’histoire, le lecteur, s’il veut poursuivre sa lecture, n’a d’autre choix que de mettre son cartésianisme de côté et de s’en remettre au romancier. Ceux qui le pratiquent depuis longtemps savent que lui seul détient les clés des mondes oniriques et souvent inquiétants dont il a le secret. Dans cette mystérieuse cité, les horloges n’ont plus d’aiguilles et le temps semble s’être arrêté. Les personnages, quant à eux, n’ont plus d’ombres car ils ont été contraints de s’en séparer. Peu de constructions aussi, hormis une bibliothèque dans laquelle le jeune homme va trouver un emploi singulier : celui de liseur de rêves. Là, dans l’atmosphère feutrée de la salle de lecture, il s’essaie à les décrypter. Dehors, la neige tombe sans discontinuer et des licornes broutent des feuilles de genêt. Lorsqu’elles meurent, un étrange gardien ramasse leur dépouille pour les faire brûler hors les murs. Rêve ou réalité ? Telle est la question vertigineuse que pose La Cité aux murs incertains et qui, loin d’y répondre, en explore les arcanes avec une infinie poésie. Ode splendide aux pouvoirs de l’imagination, ce roman que l’écrivain a commencé il y a plus de quarante ans et qu’il a entièrement réécrit pourrait bien lui valoir le prix Nobel pour lequel il est depuis longtemps pressenti.

Haruki Murakami (trad. Hélène Morita et Tomoko Oono), La Cité aux murs incertains, Belfond, 2025. 560 pages.