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Intolérance zéro

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valls racisme liberte expression

« Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. » En annonçant son plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Manuel Valls a utilisé cette formule devenue un lieu commun à force d’être ressassée. L’ennui, c’est que derrière son air d’évidence, elle est fausse. Le crimepensée, heureusement, ne figure pas dans le code pénal français. En conséquence, aussi condamnable que cela soit moralement, on a parfaitement le droit d’être raciste. Ce qui est interdit, c’est de le dire sur la place publique.

On pensera que je fais bien des chichis puisque, de toute façon, le racisme c’est mal. Ces chichis n’en protègent pas moins la plus précieuse de nos libertés et la seule qui ne connaisse aucune restriction, celle de penser – donc de mal penser.[access capability= »lire_inedits »] Certes, le Premier ministre n’a pas annoncé la création d’une police des reins et des cœurs – ça, les médias s’en chargent très bien. En revanche, il est décidé à renforcer la police de la parole. Le plan qu’il a présenté à Créteil comporte en effet trente-neuf gadgets et une révolution de notre droit des libertés. Parmi les premiers, on citera seulement les impayables « ambassadeurs du sport (…) formés à la citoyenneté, la laïcité et la lutte contre les préjugés ». La seconde consiste à changer radicalement le régime de la liberté d’expression dont les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme ont tenu à préciser qu’elle était « l’un des droits les plus précieux de l’homme ».

Depuis plus d’un siècle, les délits d’opinion, également appelés délits de presse, bénéficient d’un régime de faveur inscrit dans la grande loi libérale de 1881 sur la presse. Logique, puisque le délit n’est pas constitué par un propos diffamatoire ou injurieux, mais par sa publication. Dans l’esprit du législateur de l’époque, il s’agissait plus de défendre les journalistes contre les procès que de protéger leurs victimes. En plus d’un siècle, et bien que le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie soient devenus des circonstances aggravantes, les peines de prison ferme prononcées sur la base de cette loi doivent se compter sur les doigts d’une main – le dernier cas en date étant celui d’Anne-Sophie Leclère, condamnée à huit mois fermes par le tribunal de Cayenne pour avoir diffusé une image raciste sur Mme Taubira. En de tels domaines, on considère en effet que la véritable sanction, c’est l’opprobre public attaché à une condamnation. Cependant, les abus étaient sanctionnés, tandis que les censeurs et autres empêcheurs de caricaturer en rond étaient le plus souvent déboutés.

Seulement, dans l’effervescence de l’après-Charlie, le gouvernement devait montrer qu’il faisait quelque chose – en l’occurrence n’importe quoi. « L’impunité sur internet, c’est fini ! », a grondé le Premier ministre. Toutefois, il n’a pas précisé ce qui empêchait de faire respecter la vieille loi sur internet ni expliqué comment on ferait respecter la nouvelle, dont on sait seulement qu’elle fera revenir ces délits dans le droit commun, autrement dit qu’elle rapprochera le régime de la parole de celui des actes. De même que l’apologie du terrorisme relève des chambres et de la loi antiterroristes, l’auteur d’un propos jugé attentatoire à l’honneur de telle ou telle communauté sera jugé sur la base des mêmes textes et par les mêmes tribunaux que l’agresseur d’un membre de cette communauté. Ce qui revient à postuler qu’il est aussi grave de dire des conneries que d’en faire.

Éminemment contestable sur le plan des principes, cette réforme est d’autant plus inquiétante que la définition du racisme semble s’étendre chaque jour. Par exemple, lorsque l’enquête annuelle de la Commission nationale consultative des droits de l’homme révèle que 70 % des Français trouvent qu’il y a trop d’immigrés en France et que 45 % affirment avoir une opinion négative sur l’islam, les gazettes concluent unanimement à la progression du racisme. Dans ce contexte, on peut tout imaginer, y compris un tribunal condamnant un prévenu pour « opinion négative sur l’islam ».

On n’en est pas là. Reste que vous feriez mieux de commencer à surveiller vos propos, car l’État les surveille pour vous et les surveillera de plus en plus. Le plus révoltant, quand on y pense, c’est que ce mauvais coup contre la liberté d’expression réponde à un attentat qui visait précisément, à travers les dessinateurs, la liberté d’expression. Heureusement que les frères Kouachi n’ont aucune chance d’être au paradis, parce que cette victoire posthume les enchanterait. Quant à Charb, j’espère que, là où il se trouve, il y a des jolies filles et du bon vin, mais pas de télé.[/access]

Affaire Ménard: Surtout, ne rien voir!

Robert Ménard statistiques ethniques fichage

La France est en émoi. L’infréquentable Robert Ménard a levé le voile sur une des plus belles hypocrisies de la république. Il aurait comptabilisé le pourcentage d’élèves immigrés de sa commune… Comment ? En consultant les inscriptions à l’école qui, comme dans toutes les mairies, relèvent de ses prérogatives. L’omniprésente Najat s’est immédiatement saisie du problème. Formant pour l’occasion un émouvant chœur des vierges avec Cécile Duflot, elles ont fustigé à deux voix l’attitude offensante, excluante – un mot inventé pour l’occasion –, antirépublicaine, discriminante. Elles ont déploré les valeurs foulées au pied, le bras de fer avec l’état de droit, les dérives, la milice, alors que le ténor Christophe Borgel entonnait la partition de la stigmatisation, du nauséabond. Une exceptionnelle richesse de vocabulaire…

Tous étaient d’accord, Valls compris, sur une formulation de « honte au mandat de maire », de « menace pour le vivre ensemble » et d’atteinte au « principe de laïcité ». Le procureur de la république a été saisi. Il fut un temps où Manuel Valls n’était pas opposé au principe de réalité, voire de réalisme, qui conduirait à s’informer de l’identité des personnes qui vivent sur notre sol. Avant d’endosser la posture de l’indignation permanente, n’avait-il pas demandé –hors caméra croyait-il – à ce que plus de blancos, de white, de blancs soient présents lors d’une visite officielle à Evry. Blancos, c’est plutôt discriminant ou nauséabond professeur Vallaud-Belkacem ?

Par ailleurs, un maire qui prend des libertés avec la loi, c’est problématique… mais n’est-ce pas déjà arrivé ? Neuf ans avant la loi Taubira, le maire de Bègles avait décidé de son propre chef d’unir deux hommes. Il avait certes été suspendu un mois et les tourtereaux avaient vu leur union annulée, mais se souvient-on de propos d’une telle violence à son égard, d’une telle « stigmatisation » ?

L’actualité bégaie… chaque semaine un esclandre plus gros que le précédent vient alimenter l’insatiable tintamarre public et c’est une fois encore par l’extrême droite que le scandale arrive… Dans une chorégraphie millimétrée, les maîtres à penser socialistes organisent l’indignation nationale. Et ça marche, chaque citoyen finit par adopter ce vocabulaire connoté. Ce matin, sur RTL au sujet de l’uniforme à l’école, une jeune femme témoigne : « Quelle ne fut pas ma surprise de voir que chaque école était stigmatisée par une couleur »… La couleur de blouse, c’est plutôt stigmatisant ou excluant professeur Vallaud-Belkacem ?

L’inquiétude des Français à l’égard de l’immigration va grandissant. L’absence d’informations fiables sur la question en est un des carburants. Comment imaginer qu’un sujet soit pris en compte s’il n’est même pas évaluable ? Comment apporter des réponses satisfaisante à des questions dont on ne connaît ni les détails ni l’ampleur ? Où, à part en France, est-il admis que pour mieux traiter les problèmes, il faut les ignorer ?

Pourquoi est-il impossible en France d’appliquer ce qui se pratique dans les pays anglo-saxons sans émotion ? En quoi connaître l’origine des personnes conduirait automatiquement à en brimer certaines ? Ce débat est d’une hypocrisie révoltante : d’une part parce que le comptage existe dans le cadre de certaines enquêtes, d’autre part parce que même dans les rangs de la gauche prisonnière de ses doctrines, l’opportunité d’une telle démarche est reconnue par certains. L’interdiction de statistiques, supposée garantir le « vivre ensemble » conduit à cristalliser les peurs, y compris irrationnelles.

En France, pays du tabou, nommer les choses est un délit. Il est interdit d’appeler un chat un chat. Tout juste est-il permis de fermer les yeux et d’attendre des jours meilleurs… Une méthode qui a d’ailleurs fait ses preuves : on a attendu la reprise et « la reprise, elle est là ». Peut-être qu’à force de se cacher un problème, « le problème, il disparaît » ?

*Photo : © AFP Pascal Guyot

Nous, hommes journalistes harcelés…

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harcèlement manifeste femmes journalistes politiques Libération

Ah, le « harcèlement »… Ce drame contemporain, bien que dénoncé quotidiennement dans tous les médias consciencieux, continue encore et toujours de faire des ravages et n’épargne personne. La preuve : même des femmes diplômées, qui côtoient les puissant-e-s de ce monde et vivent de leur plume en crapahutant sous les ors de la République, subissent parfois l’inqualifiable. Les mots de « machisme » et de « sexisme » paraissent en effet bien faibles, pour nommer les souffrances intolérables qu’infligent tant d’hommes politiques aux femmes journalistes. C’est ce que nous apprend le dernier « manifeste » de chez Libération, signé par 40 d’entre elles « avec le soutien de Ruth Elkrief » et intitulé : « Nous, femmes journalistes politiques et victimes de sexisme… »

Dans la gazette du Marais, nos malheureuses consœurs égrènent les exemples les plus insoutenables du « paternalisme lubrique » qui les afflige. Attention les yeux : « C’est un membre du gouvernement qui fixe intensément le carnet posé sur nos genoux en pleine conférence de presse présidentielle. Jusqu’à ce que l’on réalise que, ce jour-là, nous portions une robe (il était temps, Ndlr). » Oh my God ! Ou encore plus trash : « A la question « s’il ne fallait retenir qu’un moment de votre première année parlementaire, ce serait lequel ? » c’est un député qui répond dans la minute « quand vous m’avez proposé un déjeuner » » Odieux ! Et ce n’est pas tout, il y a aussi les abjectes propositions faites par texto, telles que l’ignoble : « Une info, un apéro. » Bref, rien que du très, très lourd.

Les copines ont raison, le harcèlement touche violemment les journalistes. Mais elles en oublient la moitié, qui ne songeraient pas une seconde à se plaindre des « habitudes machistes, symboles de la ringardise citoyenne et politique » d’hommes « hétérosexuels plutôt sexagénaires ». Le harcèlement, c’est aussi cette étudiante, avec qui on accepte un déjeuner, et qui nous envoie un texto dans la foulée : « Tu n’es pas très joueur… » Puis qui nous fait un strip-tease torride par webcam interposée pour s’assurer d’être prise en stage. Une fois embauchée, pour être certaine que son travail soit apprécié, elle attendra qu’on soit seuls dans les bureaux, le soir, pour nous proposer une gâterie sur mesure.

C’est cette collaboratrice qui nous informe par messagerie instantanée, depuis son poste de travail situé à deux mètres à peine, d’une soudaine envie de se faire « prendre par derrière ». Quand ce n’est pas cet écrivain à forte poitrine qui nous glisse une main sous la chemise, dans un prix littéraire où nous sommes membre du jury, et nous promet une fellation inégalable dans l’escalier de service. Ou cette actrice qui nous confie, en pleine interview, qu’elle ne porte jamais de sous-vêtements. Sans compter les généreux « contacts professionnels » de sexe féminin qui nous bombardent de selfies irrésistibles, toute poitrine offerte face à leur miroir, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Ah, le harcèlement sexuel au travail… Ce jeu sans fin que nous offrent tant de femmes hétérosexuelles aguicheuses de moins de soixante ans, pour peu que l’on ait le moindre petit pouvoir dans n’importe quel domaine, ne nous lassera jamais. Quelques bigotes attardées pleurnichent sans oser dénoncer personnellement – ou gifler – les vieux lourdauds qui les importunent ? Pour notre part, ce n’est pas demain que nous réunirons un collectif des « victimes » d’allumeuses de journalistes mâles. Au contraire, pourvu que ça dure : comme le dit si bien ma consœur à l’accent et aux talons follement sexy, Paulina Dalmayer, dans Causeur ce mois-ci : « Oh oui, harcelez-moi ! »

*Photo : VINCENT WARTNER / 20 Minu/SIPA/1308281758

Le Pen, une famille en toc

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marine lepen jean marie corneille

J’ai bien failli me faire avoir. Je trouvais même un vague air cornélien à ce déchirement familial devenu une affaire publique. Quand j’ai vu Marine Le Pen évoquer son « trouble » tout en condamnant Jean-Marie, je suis allée jusqu’à m’interroger sur ce qu’éprouvait une fille obligée de renier publiquement son père, c’est dire si j’étais naïve. Mes estimés confrères experts en lepénologie m’ont déniaisée. Tout ça, c’était du chiqué. Un jeu de rôles. « Une rupture qui tombe à point nommé », c’était écrit dans Le Monde. Ils sont malins, ces gens du Monde.

N’empêche, ces Le Pen sont de sacrés acteurs. Surtout la fille. Chez elle, c’est simple, tout ce qui se voit est faux – les sentiments qu’elle exprime, les paroles qu’elle prononce. Il suffit de comprendre le système : si elle parle de République, c’est la preuve qu’elle nourrit de noirs desseins à son encontre ; si elle déclare que la Shoah est le crime le plus monstrueux du xxe siècle, cela révèle son antisémitisme ; et si elle défend les ouvriers, c’est parce qu’elle est soumise au grand capital. En somme, sa seule vérité, c’est ce qu’elle s’efforce désespérément de cacher, les idées pourries qu’elle a héritées de son père. À supposer que ce soit son vrai père. Parce que si ça se trouve, ces Le Pen, c’est une famille en toc. Ou alors, un genre d’envahisseurs, d’apparence humaine – et encore –, mais dépourvus de la principale caractéristique de l’espèce : la conscience et tout ce qui va avec. Sachez-le, ces gens n’ont ni émotions, ni convictions. Les veinards ! Elisabeth Lévy

La mort du père Le Pen

La mort du père

Une tragédie de Pierre Corneille (librement inspirée de La Mort de Pompée)

Adaptation : Daoud Boughezala

« Il y a quelque chose d’extraordinaire dans le titre de ce poème, qui porte le nom d’un héros qui n’y parle point ; mais il ne laisse pas d’en être, en quelque sorte, le principal acteur, puisque sa mort est la cause de tout ce qui s’y passe… », Corneille.

Tableau : le Carré, siège du Front national, Nanterre. Après une énième provocation de son père, Marine Le Pen réunit le Bureau national du parti.

 

Marine Le Pen, salue les présents, exhibe plusieurs coupures de presse.

Ce déplorable Chef du parti le meilleur,

Que sa Fortune lasse abandonne au malheur,

Devient un grand exemple et laisse à la mémoire

Des changements du Sort une éclatante histoire.

C’est de quoi, mes amis, nous avons à résoudre,

Il apporte en ces lieux les palmes, ou la foudre.

Il faut le recevoir ou hâter son supplice,

Le suivre ou le pousser dedans le précipice :

L’un me semble peu sûr, l’autre peu généreuse

Et je crains d’être injuste, et d’être malheureuse ;[access capability= »lire_inedits »]

Quoi que je fasse enfin, la Fortune ennemie

M’offre bien des périls, ou beaucoup d’infamie,

C’est à moi de choisir, c’est à vous d’aviser.

 

Florian Philippot, interrompt la présidente, se lève puis se rassied.

Le défendrez-vous seul contre tant d’ennemis ?

L’espoir de son salut en lui seul était mis.

Seigneur, n’attirez point le tonnerre en ces lieux,

Rangez-vous du parti des Destins et des Dieux,

Et sans les accuser d’injustice ou d’outrage,

Puisqu’ils font les heureux, adorez leur ouvrage,

Quels que soient leurs décrets, déclarez-vous pour eux,

Et pour leur obéir, perdez le malheureux.

Pressé de toutes parts des colères célestes,

Il en vient dessus vous faire fondre les restes,

Et sa tête qu’à peine il a pu dérober,

Toute prête de choir, cherche avec qui tomber,

Sa retraite chez vous en effet n’est qu’un crime,

Elle marque sa haine, et non pas son estime,

Il ne vient que vous perdre en venant prendre port,

Et vous pouvez douter s’il est digne de mort !

Vous ne pouvez enfin qu’aux dépens de sa tête

Mettre à l’abri la vôtre et parer la tempête.

 

Louis Aliot, d’un air hésitant.

Ne pas le secourir suffit sans l’opprimer.

En usant de la sorte on ne peut vous blâmer.

Comme il parla pour vous, vous parlerez pour lui.

Ainsi vous le pouvez et devez reconnaître,

Le recevoir chez vous c’est recevoir un maître

Qui tout vaincu qu’il est bravant le nom de Roi

Dans vos propres États vous donnerait la loi.

Fermez-lui donc vos Ports mais épargnez sa tête,

S’il le faut toutefois ma main est toute prête,

J’obéis avec joie, et je serais jaloux

Qu’autre bras que le mien portât les premiers coups.

 

Marion Le Pen, agacée.

Vous pouvez, comme maître absolu de son sort,

Le servir, le chasser, le livrer vif, ou mort,

Des quatre le premier vous serait trop funeste,

Souffrez donc qu’en deux mots j’examine le reste.

Le chasser, c’est vous faire un puissant ennemi,

Sans obliger par là le vainqueur qu’à demi,

Puisque c’est lui laisser et sur Mer et sur Terre

La suite d’une longue et difficile guerre.

Il faut le délivrer du péril et du crime,

Assurer sa puissance, et sauver son estime.

 

Marine Le Pen, avec gravité

J’ai fait ce que les Dieux m’ont inspiré de faire,

Et que pour mon État j’ai jugé nécessaire.

 

Marion Le Pen, assassine Florian Philippot du regard puis fixe sa tante des yeux.

Ah, s’il est encor temps de vous en repentir,

Affranchissez-vous d’eux, et de leur tyrannie,

Rappelez la vertu par leurs conseils bannie,

Cette haute vertu, dont le Ciel et le sang

Enflent toujours les cœurs de ceux de notre rang.

 

Marine Le Pen, étrangle un sanglot.

Je l’aime, mais l’éclat d’une si belle flamme,

Quelque brillant qu’il soit, n’éblouit point mon âme.[/access]

*Photo : Lionel Cironneau/AP/SIPA. AP21580669_000003.

Statistiques ethniques: un débat «hypocrite»

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Robert Ménard statistiques ethniques

Paris (AFP) – Les propos de Robert Ménard sur le décompte des élèves musulmans ont relancé un débat récurrent et parfois considéré comme « confus » voire « hypocrite » : le recours à des statistiques ethniques, utile contre les discriminations pour les uns, porteur d’un danger communautariste pour d’autres.

La France, à l’inverse de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis notamment, refuse les politiques ciblées, les quotas ou les statistiques ethniques, au motif de traiter tous les citoyens à égalité.

Mais « il y a beaucoup de confusion dans ce débat », a remarqué sur BFMTV le démographe François Héran, qui milite de longue date pour une « statistique ethnique républicaine ».

« Ce qui est interdit » par la loi informatique et libertés de 1978, « c’est le traitement des données individuelles, qu’il y ait informatique ou pas », relève l’ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques (Ined). Mais « toute une série de dérogations sont permises quand il s’agit de recherches à des fins de connaissance scientifique, anonymes, qui ont le libre consentement des personnes et sont exécutées par des institutions fiables », note-t-il. En résumé, la loi oppose un non absolu au fichage mais un « non sauf si » aux statistiques ethniques.

Faut-il aller plus loin, avec des études plus nombreuses basées sur l’origine des personnes ? Certains le pensent, comme la sénatrice écologiste Esther Benbassa, rédactrice en novembre dernier d’un rapport avec son collègue UMP Jean-René Lecerf.

Pour apaiser les tensions à droite comme à gauche sur un sujet sensible, les deux coauteurs avaient renoncé à préconiser l’autorisation explicite des statistiques ethniques et suggéré plus modestement de poser « une fois tous les cinq ans, dans le recensement, une question sur le pays de naissance des ascendants et la nationalité antérieure ». Un moyen selon eux d’obtenir « des résultats mesurables sur l’ampleur des discriminations et leur déploiement ».

« Quoi qu’on en dise, nous sommes dans un pays multiculturel. Qu’est-ce que c’est que cette hypocrisie ? Ce n’est pas pour ça que je vais soutenir le fichier sauvage de M. Ménard, qui est stigmatisant », explique à l’AFP Esther Benbassa.

– « Politique de l’autruche » –

Pour le Conseil représentatif des associations noires (Cran), la France refuse la mise en place d’« indicateurs ethniques » pour « des raisons culturelles qui n’ont rien à voir avec le droit ».

« On pratique dans ce pays la politique de l’autruche. C’est un peu comme si on demandait à un médecin de guérir le patient tout en lui refusant l’usage du thermomètre, du stéthoscope, des analyses de sang ou d’urine », écrit le Cran dans un communiqué.

« La CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) est toujours hostile aux statistiques ethniques », rappelle pour sa part sa présidente, Christine Lazerges. Ses critiques portent sur une statistique « elle-même porteuse de discriminations en ce qu’elle essentialise les catégories, donc n’aide absolument pas à l’intégration ».

Mais la commission « considère que c’est un sujet à retravailler », précise à l’AFP cette ancienne députée socialiste qui considère, en tant qu’universitaire, qu’« on ne doit pas se priver d’outils de recherche pour comprendre comment évolue la société ».

« La société a besoin de bouger, il faut prendre des mesures », estime Esther Benbassa. Christine Lazerges, elle, pense qu’« il faut avancer à pas de loups » sur ce sujet, alors que le débat est déjà « hystérisé sur les questions de laïcité ».

Et l’opportunité de le faire dans la foulée des déclarations polémiques du maire de Béziers se discute. « Robert Ménard ne fait pas de la recherche sociologique, il compte ses voix », tranche la présidente de la CNCDH.

*Photo : © AFP/Archives Sylvain Thomas

Assad, otage consentant du Hezbollah

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(Avec AFP) Le président syrien Bachar Al-Assad a reconnu mercredi pour la première fois que son armée avait subi des revers mais assuré que la guerre contre les rebelles n’était pas perdue. L’armée syrienne a perdu en un peu plus d’un mois Idleb et Jisr al-Choughour, deux villes importantes dans le nord, sur la route de la région côtière de Lattaquié, et dans le sud le dernier poste frontière qu’elle contrôlait avec la Jordanie. En outre, ses tentatives pour avancer dans la région de Damas se sont soldées par un échec face une rébellion unifiée. Sans reconnaître officiellement la perte de Jisr al-Choughour, il a rendu hommage aux 150 soldats qui sont assiégés par les rebelles fidèles à Al-Qaïda dans un hôpital du sud de la ville.

La série de défaites que la rébellion islamiste a infligé aux forces loyalistes syriennes s’explique en partie par l’alliance entre la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar, parrains de l’opposition armée, y compris du Front Al-Nosra, qui est l’émanation locale d’Al-Qaïda, tantôt alliée tantôt adversaire de l’Etat islamique. En face, la coalition entre l’armée syrienne, le Hezbollah, des milices chiites irakiennes et des Gardiens de la Révolution iraniens redouble d’efforts pour expulser les rebelles de la région de Damas et du massif montagneux du Qalamoun, aux abords de la frontière libanaise.

Le discours d’Assad intervient le lendemain d’une allocution du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, reprenant mot pour mot sa rhétorique gaullienne : « nous n’avons perdu une bataille mais nous n’avons pas perdu la guerre ». Symbole de la subordination du régime syrien à la milice libanaise, sans laquelle Damas serait tombé depuis longtemps, ce mimétisme rappelle la fragilité d’un régime aux abois qui ne compte plus que sur le repoussoir de l’État islamique pour se racheter une légitimité. Militairement, la messe n’est cependant pas dite et dépendra de l’issue des grandes batailles du printemps (Qalamoun, Lattaquié, etc.). Ce paysage de guerre brumeux s’avère si confus que la diplomatie américaine souffle le chaud et le froid, John Kerry faisant de Bachar Al-Assad une partie de la solution syrienne, avant d’expliquer que seule sa chute permettrait d’abattre l’Etat islamique.

Le grand échiquier proche-oriental ignore le manichéisme. Car si Assad a en effet besoin de l’épouvantail islamiste pour se maintenir au pouvoir, rien ne dit que son éviction faciliterait les choses. Il est même permis d’imaginer le pire, c’est-à-dire un scénario catastrophe à la libyenne si la dictature baasiste venait à tomber. Que disait De Gaulle ? Ah oui, « les grands problèmes n’ont pas de solution ».

 

Les catholiques et la Grande muette

armee catholiques laicite

Juin 2013, le vice-amiral Jean Casabianca, adjoint au Major général des Armées, vient de rendre une note au sujet du Ramadan et de la fête de l’Aïd-el-Fitr. Il est demandé aux commandants de formation et directeurs d’établissement de s’assurer que le personnel de confession musulmane qui le désire puisse respecter les prescriptions alimentaires inhérentes à ce temps, en ayant la possibilité de prendre des repas complets sans viande en dehors des heures habituelles. La note précise que le personnel de confession musulmane qui en ferait la demande pourra bénéficier de permissions non-décomptées à l’occasion de de la fête de l’Aïd el Fitr. Islamisée la troupe de l’armée, gangrenée par des officiers catholiques intégristes ?

Ces derniers voient pourtant d’un mauvais œil l’arrivée du hallal dans les rations. Personne ne l’avait demandé et l’armée se moquait bien de ce débat sur la laïcité agité par des freluquets qu’on aimerait voir un Famas au coude en face de talibans. Si les militaires musulmans acceptent ces rations, c’est parce qu’elles sont bien meilleures que les autres. Cela ne les empêche nullement d’aller écumer les bars avec le régiment par ailleurs. Mais tout de même, l’arrivée de ce régime alimentaire spécifique a contribué à installer le débat. Certains athées montent au créneau. Par provocation, quelques catholiques se prennent à demander du poisson le vendredi. Désormais, se désole un capitaine, « on doit prévoir deux barbecues différents lors des moments de cohésion ou se priver de saucisses et de côtes de porc ». Un autre renchérit : « En voulant imposer la question de la laïcité dans l’armée, les politiques ont en réalité réveillé le sentiment religieux de certains alors même qu’il était inexistant auparavant ». S’ils déplorent l’incursion de ce débat dans la grande famille militaire et y voient un risque de fracture, ils ne veulent pas dramatiser pour autant. Au niveau des corps de troupe, une réflexion est menée pour maintenir la confiance avec les soldats de confession musulmane. D’autant que beaucoup ont souffert des attentats de janvier et se sont sentis blessés dans leur identité. Mais ils sont unanimes : c’est avant tout l’esprit de solidarité qui prime et la réalité du terrain en opération constitue un lien social indéfectible.

Ces  hommes sont en effet entrés dans la carrière comme on entre en sacerdoce. Ils ont traduit leur rêve de gosse en goûtant à la terre, au froid, à l’endurance, aux coups et au maniement des armes en même temps qu’ils planchaient sur des questions de géopolitique, de stratégie et de management des hommes et des organisations. Lorsqu’ils convoquent l’Histoire ils aiment citer Jeanne d’Arc, Saint Louis, Jacques Cathelineau, le Général d’Elbée ou Charette de La Contrie. Ils ont le physique imposant mais le visage de premier communiant des dessins de Pierre Joubert. Ils sont militaires. Ils sont catholiques. Et l’un ne semble pas aller sans l’autre.

Le chef d’État-major particulier du Président de la République, le chef d’Etat-major des armées ou encore l’ancien gouverneur militaire de Paris n’ont jamais caché leur foi. Il faut guetter le parvis des églises qui entourent la gare Montparnasse pour voir les jeunes hussards s’éclipser de l’office du dimanche soir et courir après le train qui les ramènera à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr ou dans leur régiment. Il fallait les observer s’époumoner dans la foule, à l’occasion des Manif pour tous, où ils se sont rendus en masse – des jeunes lieutenants aux généraux les plus gradés.

Lorsque l’on s’étonne de leur présence massive dans les armées, ils temporisent et ils expliquent. Il y a trois armées (terre, air mer) et la gendarmerie qui dispose d’un statut mixte. Toutes recrutent exclusivement dans la société civile et, à ce titre, l’armée offre une véritable diversité à tout point de vue. Car ce qui fonde le métier militaire, ce n’est pas la religion mais la notion de service et le don de soi. Ils reconnaissent néanmoins que dans l’armée de Terre et dans la Marine, les officiers catholiques sont nombreux ; tout comme les hommes du rang sont, pour beaucoup, musulmans. Il y a là un déterminisme social évident, un héritage certain, une tradition historique incontestable ; mais il y a plus encore. Comme ce colonel de légion qui vous confie que côtoyer la mort au quotidien et de façon programmée exige de pouvoir poser un nom et une image sur l’au-delà. Comme ce jeune lieutenant du 21ème régiment d’infanterie de marine qui compare volontiers la vie d’une caserne à celle d’une communauté religieuse où la dimension de la relation aux autres est exacerbée. Et ces physiques d’acier de continuer d’argumenter : commander c’est aimer d’une manière incroyable. Sacrifice, vie communautaire et spirituelle, amour. La messe est dite. Rompez.

Jeunes aspirants, ils ont tous eu à répondre à la question de la décision à prendre en cas d’ordre injuste. On voudrait reformuler la colle. Dans certains cas, catholiques ou militaires ? Ils ne bottent pas en touche. L’esquive, c’est sur le terrain ; en face des balles qui sifflent. On est d’abord militaire avant quoi que ce soit. Le catholique est militaire dès qu’il porte un treillis. Il est catholique lorsqu’il remet sa tenue civile. Et s’il faut parler de transcendance, la seule qui vaille c’est l’honneur de porter l’image et l’histoire de la France, de se battre pour la liberté des peuples. Le politique peut bien se tromper d’ennemi, les zones d’intervention ne sont, de toute façon, jamais noires ou blanches ; et c’est là que la mission d’un soldat prend tout son sens : intervenir à seule fin de créer un espace sécurisé où le dialogue peut avoir lieu. Est-ce là où militaires et catholiques se rejoignent : vivre en paix, faire en sorte de créer un climat où la réflexion, le dialogue et l’entraide priment sur la violence et la loi du plus fort ?

Beaucoup évoquent l’irresponsabilité politique, de droite comme de gauche, de vouloir évincer l’idéal de la France au profit du concept de la République. Et ils vous l’assurent sans ciller : aucun soldat ne meurt pour la République, un soldat meurt pour la France.

On les interroge sur la Manif pour tous, sur les deux enquêtes diligentées par l’exécutif qui visaient les militaires hostiles au « mariage pour tous ». Ils s’offusquent. Eux aussi ont le droit d’avoir des convictions dès lors qu’ils sont civils. Leur devoir de réserve ne les empêche pas d’exercer leur liberté de citoyens. Sous couvert d’anonymat, un général l’affirme : il y a eu une chasse aux sorcières et des avancements mis en sommeil. Mais sur ce point encore, l’armée a fait bloc et a imposé la faute professionnelle comme seul critère de sanction. A l’instar de la société qui s’est fracturée sur le sujet, on se demande ce qu’il en a été dans les rangs. Ils en ont parlé bien sûr. Tous n’étaient pas d’accord. Mais ils se sont refusé à jouer cette partition violente qui a bercé, de longs mois durant, la société française. On insiste, on voudrait en savoir plus. Ils concluent : « Nous ne défendons pas la société et ses évolutions. Nous défendons la nation ». Ainsi s’exprime la grande muette. Capable d’un discernement que la société civile ne connaît plus. Animée par une grandeur d’esprit, par le sens de la fraternité et de l’honneur. Armée pour le sacrifice, parce qu’ils croient en la France. Et pour certains d’entre, eux, à l’éternité.

*Photo : BERNARD BISSON/JDD/SIPA. 00622853_000017.

La dernière tentation des chrétiens

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catholiques islam manif laicite

Pour nous, il n’y a pas d’Israël. En apprenant, le 22 avril, qu’un massacre aurait pu avoir lieu dans une église de Villejuif, nombre de catholiques français ont peut-être songé au constat amer du héros de Soumission, lorsque sa compagne juive quitte la France en voie d’islamisation pour émigrer au pays du sionisme. Même s’il arrivait, par malheur, qu’un assassin moins empoté que Sid Ahmed Ghlam réussisse son coup et que des chrétiens, en France, meurent parce qu’ils sont chrétiens, la seule alyah dont ils pourraient rêver serait un exil plus ou moins doré à Londres, Miami, Melbourne voire Varsovie. On leur déconseillera le Québec où le quotidien La Presse a cru bon d’évoquer un attentat contre « les chrétiens » – entre guillemets, comme s’il s’agissait d’une tribu mythique ou d’une peuplade disparue dont on ne saurait pas si elle a vraiment existé. À choisir, beaucoup préfèreraient peut-être se faire traiter de sales chrétiens, sans guillemets. Les cathos se sentent méprisés, mal-aimés, maltraités. Ils en ont marre d’être les seuls dont on puisse se payer la tête sans risques quand il faut prendre des pincettes avec tous les autres – même les francs-macs, faut y aller mollo. Comme l’observe Fabrice Hadjadj, au moins les bouffeurs de curés reconnaissent-ils l’existence des curés.

Ce qui enrage plus encore les cathos cuvée 2015, c’est une certaine façon de nier ce qu’ils sont et de dénigrer ce qu’ils ont été, un refus de concéder à leur droit d’aînesse le moindre privilège symbolique. Chez François Hollande, c’est presque physique, on dirait que ses lèvres répugnent à prononcer le mot « chrétien ». Attention, c’est son droit le plus sacré, au Président, de ne pas aimer les bondieuseries. Et puis le chef d’un Etat laïque ne saurait accorder la moindre préséance à une minorité religieuse, ce que sont, stricto sensu, les catholiques. Seulement, ils ne sont pas que cela : la même appellation désigne aussi une majorité culturelle aux concours indécis, héritière de ce qu’on n’oserait plus qualifier de culture dominante. Du reste, le destin collectif des cathos sera largement déterminé par le choix qu’ils feront entre les deux conceptions – on y reviendra.

Qu’on n’aie crainte, nul ordre moral ne se profile à l’horizon. En revanche, la « rue catho » fait savoir avec constance qu’elle ne se laissera pas expulser du roman national. Elle veut qu’on reconnaisse que « le catholicisme, c’est la France », pas toute la France évidemment, mais peut-être son âme profonde, son « essence ». C’est le Premier ministre qui le dit : lui qui, il y a peu, dénonçait « l’ultra-droite catholique » opposée à l’avortement et au mariage pour tous, a déclaré après l’affaire de Villejuif : « S’en prendre à une église, c’est s’en prendre à l’essence de la France. » Certes, conformément à la tactique éprouvée « une cuillère pour papa, une cuillère pour maman, il a ensuite mentionné « les synagogues, les mosquées, les cimetières » comme étant également constitutifs de l’essence nationale. Reste que son hommage à la catholicité française a dû valoir à Manuel Valls quelques bénédictions en même temps que les commentaires furibonds d’une partie de la gauche. « L’essence de la France, éructe La Libre pensée, c’est d’abord  le mouvement des Lumières, la Révolution française, la République, la démocratie, la laïcité et la Séparation des Eglises et de l’Etat. » L’histoire de France a commencé en 1789 et ceux qui pensent autre chose sont de fieffés réacs.

On l’aura compris, pour un esprit postmoderne, « les cathos », comme « les Français de souche », ça n’existe pas, sinon comme épouvantails ou, à la rigueur, comme vestiges folklorique d’un passé honni et révolu. Seulement, les cathos veulent exister et pas dans l’ombre comme ils l’ont fait ou croient l’avoir fait tout au long du XXème. Avec les Manifs pour tous, ils ont goûté aux joies de la pride, pas question de rentrer dans le placard. Dans la foulée, ils ont progressivement adopté les codes et les armes idéologiques de toute minorité qui se constitue en communauté agressée, statut générateur d’importants bénéfices symboliques et parfois de sérieux désagréments réels. Dans cette panoplie, la visibilité n’est que le prête-nom du sentiment victimaire qui constitue le véritable ciment de toute identité minoritaire. En fait de pride, le minoritaire exhibe ses plaies, raconte ses souffrances, recense les discriminations qu’il a subies et les offenses faites à son groupe ou à son Dieu. Le plus souvent, ça marche très bien, du moins pour les « minorités officielles » – juifs, noirs, homos, musulmans – que l’on câline à grands jets de compassion publique, fort appréciée du minoritaire. Un peu moins, toutefois, que la repentance, la légion d’honneur du minoritaire, qu’on ne sort que pour les grandes occasions.

On dira que les sentiments ont généralement quelque chose à voir avec la réalité. En tout cas, ce n’est pas parce qu’on se sent victime qu’on ne l’est pas. Et sur ce terrain, les cathos ont de quoi l’avoir mauvaise. Entre les cimetières profanés et les attentats déjoués, ils peuvent légitimement prétendre à la dignité victimaire et à la protection qui va avec. Pour la protection, il faudra repasser, on ne va pas protéger toutes les églises de France – ils n’ont qu’à être une vraie minorité. Et pour la reconnaissance, voyez plutôt à droite où on considère les catholiques comme une clientèle captive – ce qui, au demeurant est de plus en plus vrai : aucun des ténors de l’UMP ne manque une occasion de flatter le catho dans le sens du poil, qui en rappelant son rôle éminent dans notre histoire, qui en insistant avec gourmandise sur les innombrables avanies que lui fait subir l’autre camp. À gauche, on a décidément du mal à  admettre que le catho puisse être une victime comme les autres : trop blanc, trop franchouillard sans doute.

Malgré la multiplication des profanations de tombes chrétiennes, le Président n’a pas jugé utile de se déplacer, ni de faire un geste, comme s’il lui était plus facile de s’émouvoir devant les tombes profanées musulmanes ou juives parce que c’est plus facile à prononcer. On notera qu’après la vandalisation de 216 tombes à Castres, le 15, le procureur s’est empressé d’affirmer que rien ne suggérait une connotation « à caractère religieux ou racial ». Rien sinon le fait que le coupable était, semble-t-il, un homme en djellabah, qui répétait en boucle des prières musulmanes. On ne va pas s’énerver pour « des dizaines de croix jetées à terre », alors que les tombes n’ont même pas été ouvertes.

Dans ce climat passablement tendu entre le monde catholique et les représentants de la République, le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme annoncé par Manuel Valls le 16 avril a mis la cathosphère en ébullition. Sur quarante mesures destinées à combattre les discriminations et les propos haineux, il y en a pour tout le monde – les musulmans, les étrangers, les homosexuels,  les juifs – tout le monde sauf les catholiques ou les chrétiens. Si ce n’est pas du deux poids-deux mesures…

On conviendra que les cathos ont quelques bonnes raisons de récriminer. L’ennui, c’est que dans la foire d’empoigne victimaire où chacun défend sa paroisse et tente de prouver qu’elle est la plus persécutée, ils ont, comme tous les autres ont tendance à en faire des tonnes : une « une » un peu leste et c’est la Vendée qui recommence, un propos maladroit et les Jacobins reviennent pour détruire les églises. Et à en juger par la vogue récente du concept hasardeux de cathophobie, clairement calqué sur celui d’islamophobie, la rivalité mimétique a de beaux jours devant elle. Responsable d’une association issue de la Manif pour tous Julie Graziani est le nouveau visage médiatique du « catho décomplexé » : « On ressent comme une condescendance, qui va jusqu’à l’agressivité, sous prétexte que l’on contredit les discours dominants des élites. On en a marre de la petite cathophobie ordinaire, du catho bashing, de ce sentiment d’un deux poids deux mesures qui donne l’impression qu’avec les cathos tout est permis. » Certains pourraient être tentés de surfer sur la susceptibilité musulmane pour exiger que l’on ait pour leurs croyances des attentions et des égards jusque-là étrangers à la tradition française. Or, l’anticléricalisme, c’est aussi l’essence de la France. Or, quand il faudrait demander à l’islam de prendre exemple sur le christianisme et d’adopter la laïcité qui, pendant un siècle, a permis aux croyants et aux incroyants de vivre sous le même toit national, certains semblent plutôt rêver d’aligner les chrétiens sur le régime des musulmans.

On peut donc trouver  inquiétant que des catholiques français se soient tournés vers le Vatican  pour être entendus de François Hollande. En janvier une pétition demandant au Pape François de relayer auprès du chef de l’Etat « le malaise profond »  des catholiques français a recueilli 100.000 signatures. Faut-il en conclure que, dans la République, on n’est même plus capable de se causer ?

Il y a plus grave : affairés qu’ils sont à améliorer leur score au palmarès de la persécution, les cathos ne voient pas le piège qu’ils se sont tendus à eux-mêmes ? En gagnant leurs galons de minorité religieuse, ils risquent de perdre définitivement leur statut de majorité culturelle. On ne peut pas éternellement jouer sur deux tableaux : entre les délices de la posture minoritaire et les privilèges

ingrats de l’ancienneté, il faut choisir. Ou on admet que le catholicisme, c’est la France et il devra alors avoir le cuir suffisamment épais pour supporter la liberté des autres et se placer au-dessus de la mêlée victimaire, ou il devient le catholicisme de France, c’est-à-dire une religion comme les autres.
Cette dernière option, qui peut être payante à court terme, serait doublement catastrophique : pour notre pays, qui se verrait amputé de son passé et condamné à adopter un multiculturalisme qui lui va mal au teint, et tout autant pour les cathos, à qui la République a appris – parfois à la dure – à conjuguer foi et raison. En réalité, il y a bien un Israël pour les catholiques : cette Terre promise, c’est la France.

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°24. Pour lire l’intégralité du magazine, cliquez ici.

*Photo : ALFRED/SIPA. 00596781_000029.

Causeur n°24 : Et les chrétiens d’Occident?

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catholiques manif pour tous iran

Qu’il est grand le mystère de la France ! Notre République laïque fille aînée de l’Eglise ne sait plus où elle habite ni quelle est son histoire. Du baptême de Clovis à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le roman national fait mauvais genre dans une France qui se voudrait hors-sol, sans passé ni identité, selon les nouveaux canons du « vivre-ensemble ». Cible des djihadistes, méprisés par le gouvernement durant le vote de la loi instaurant le mariage pour tous, aujourd’hui vilipendés par Emmanuel Todd, les catholiques français ne rasent plus les murs . S’ils sont sortis dans l’arène politique en 2013, ce n’est pas pour servir d’entremets aux lions laïcards. Ainsi, la « trahison des laïcs » que dénonce Fabrice Hadjadj est-elle une distorsion de la lettre et de l’esprit de la laïcité, puisque décatholiciser la société civile à la chlague bafoue la liberté de culte.

Mais, au-delà des querelles de chapelle entre libres-penseurs, héritiers malgré du sécularisme chrétiens, et cathos pratiquants, la bataille se mène sur le front identitaire. Comme le pressent Elisabeth Lévy, « ce qui enrage les cathos cuvée 2015, c’est une certaine façon de nier ce qu’ils sont et de dénigrer ce qu’ils ont été, un refus de concéder à leur droit d’aînesse le moindre privilège symbolique ». Mais du réveil des consciences à la tentation de devenir une minorité opprimée parmi d’autres, il y a un abîme car « on ne peut pas éternellement jouer sur deux tableaux : entre les délices de la posture minoritaire et les privilèges ingrats de l’ancienneté, il faut choisir », fait valoir notre cheftaine. De l’avis même des jeunes pousses politiques issues de la Manif pour tous que j’ai interrogées, des pans entiers du catholicisme français rêvent de nouvelles thébaïdes, vivant à l’écart du reste de la société, ce qui est un choix du reste parfaitement respectable mais peu compatible avec l’engagement dans la cité. De Frigide Barjot aux amoureux transis de Marion Le Pen, en passant par ce qu’il reste de chrétiens de gauche et le courant catho de l’UMP, explorons les cinquante nuances du militant catholique.

Le Père Chocholski, recteur du sanctuaire d’Ars, interrogé par Elisabeth Lévy, se félicite d’ailleurs de la diversité électorale des catholiques français, ravi qu’il y ait plusieurs bulletins de vote dans la maison de Père. Ce prêtre républicain et patriote, volontiers ouvert au dialogue avec les autres cultes, réagit aux débats post-Charlie et avoue avoir « bien plus peur des chrétiens tristes que des caricatures du Christ ». Tout aussi fervent catholique, l’acteur Michael Lonsdale, qui assure le doublage d’une série italienne sur saint Padre Pio, nous raconte son itinéraire d’évangélique, décrivant notre paysage multiculturel sans langue de bois.

Les brebis égarées allergiques à l’odeur du vin de messe et de l’hostie feront également ripaille dans ce numéro. En plein dans l’actualité, nous revenons sur la tragédie familiale des Le Pen, versifiée par Corneille, cependant que Paulina Dalmayer se gausse des campagnes néoféministes contre la drague de rue. « Harcelez-moi », supplie-t-elle la gent masculine, à la fureur des nouvelles ligues de vertu. Du côté de la Perse, après la signature de l’accord sur le nucléaire, la journaliste du Figaro Delphine Minoui nous dévoile une société iranienne méconnue, où les femmes s’émancipent malgré la chape de plomb religieuse et le guide Khamenei pose ses pions sur l’échiquier chiite régional. Bref, cela hérissera certains mais la République islamique est bel et la bien la pire ennemie de l’Etat islamique !

Dans notre hotte culturelle, instruits par la parution de deux biographies, nous avons glissé quelques archives compromettantes au sujet de l’architecte français contemporain vénéré dans le monde entier : Le Corbusier. Alors, fasciste ou utopiste ? Les deux, Maréchal, répondent Frédéric Rouvillois et Patrick Mandon ! Au chapitre des heures-les-plus-sombres, avec l’aimable concours de Jean Lopez, nous publions les photos spectaculaires des cent derniers jours du IIIe Reich lorsque la bête nazie agonisante frappait son propre peuple avec la cruauté d’un animal blessé. Et comme l’Histoire connaît parfois d’heureux dénouements, la panthéonisation de Geneviève De Gaulle et Germaine Tillion nous offre l’occasion d’honorer les résistants méconnus, fussent-ils communistes dissidents ou royalistes intrépides.

Pour finir, je manquerai à tous mes devoirs en oubliant de mentionner les chroniques de Basile de Koch, Alain Finkielkraut, Roland Jaccard, et L’ouvreuse qui ensoleillent ce printemps pluvieux. À vos marques, prêts, achetez Causeur !

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Kamel Daoud: un «homme révolté» reçoit le Goncourt du premier roman

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Paris (AFP) – L’écrivain algérien Kamel Daoud, visé par les intégristes musulmans dans son pays, a reçu mardi le Goncourt du Premier roman, six mois après avoir raté de peu le Prix Goncourt et provoqué un début de polémique.

Il a été récompensé pour son roman Meursault, contre-enquête (Actes Sud), a annoncé mardi le jury qui a également distingué Patrice Franceschi pour son recueil de nouvelles Première personne du singulier (Points) et le poète belge William Cliff pour l’ensemble de son œuvre.

Réflexion sur l’identité algérienne contemporaine, le livre de Kamel Daoud est écrit en miroir du célèbre roman d’Albert Camus L’Etranger (1942). Finaliste du Goncourt à l’automne dernier et battu de deux voix, il a aussi reçu le Prix des cinq continents de la francophonie et le prix François Mauriac.

« Je ne suis pas l’homme d’un seul livre contrairement à ce qu’on croit parce que je pense que cela mène à deux maladies : soit la vanité, soit une guerre de religion », a déclaré Kamel Daoud en recevant son prix mardi à Paris.

Connu pour ses positions libérales et laïques, le romancier de 44 ans, père de deux enfants, qui vit à Oran, avait exprimé publiquement à l’automne dernier sa déception de ne pas avoir été couronné par le plus prestigieux des prix littéraires français.

« Le jury a raté une occasion historique de s’ouvrir vers le reste du monde car dans le Maghreb, ce prix était très attendu et déjà perçu comme un message très lourd de sens » avait-t-il lancé. Une déclaration qui n’avait pas toujours été bien accueillie.

– La corne du taureau –

Journaliste au Quotidien d’Oran où ses chroniques, très lues en Algérie, font souvent débat, Kamel Daoud tend dans ce premier livre virtuose un miroir à « l’Arabe » tué par un certain « Meursault » dans le célèbre roman d’Albert Camus L’Etranger (1942), avec en contrepoint l’histoire et les soubresauts, souvent violents, de l’Algérie contemporaine.

Mais le livre n’est pas le roman d’un Algérien sur Camus, selon l’écrivain. « Je ne suis pas camusien. Je ne voulais pas rester dans le périmètre camusien. Je suis Kamel Daoud, je suis un Algérien, je parle du présent », a dit à l’AFP l’auteur de Meursault, contre-enquête, qui a été en rupture de stock en Algérie et a dû être réimprimé.

Mais l’écrivain est devenu une des bêtes noires des milieux intégristes qui le considèrent comme un apostat. L’activiste Abdelfatah Hamadache Ziraoui a appelé en décembre dernier sur sa page Facebook les autorités algériennes à condamner Kamed Daoud à la peine capitale et à l’exécuter en public. Le parquet, en revanche, n’a pas déposé plainte ni pris depuis aucune mesure.

« Vous vous exposez à la corne acérée du taureau, le taureau au front bas, pieux, bête et méchant et vous êtes sur sa liste noire. C’est tout à votre honneur et c’est à l’honneur de la littérature », a dit Régis Debray en annonçant le choix du jury.

« Je crois que vous n’êtes pas un homme de bonne composition, je crois que vous êtes plutôt un type de mauvaise humeur, un bon spécimen de ce que Camus aurait appelé l’homme révolté », a-t-il ajouté.

« Vous avez rapatrié L’Etranger dans votre culture, vous avez fait de Camus un indigène à part entière (…). Votre contre-enquête algérienne, nous allons la rapatrier à notre tour dans le trésor de la littérature », a encore dit Régis Debray.

Kamel Daoud Prix Goncourt du premier roman

*Photo : © AFP THOMAS SAMSON

Intolérance zéro

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valls racisme liberte expression

valls racisme liberte expression

« Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. » En annonçant son plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Manuel Valls a utilisé cette formule devenue un lieu commun à force d’être ressassée. L’ennui, c’est que derrière son air d’évidence, elle est fausse. Le crimepensée, heureusement, ne figure pas dans le code pénal français. En conséquence, aussi condamnable que cela soit moralement, on a parfaitement le droit d’être raciste. Ce qui est interdit, c’est de le dire sur la place publique.

On pensera que je fais bien des chichis puisque, de toute façon, le racisme c’est mal. Ces chichis n’en protègent pas moins la plus précieuse de nos libertés et la seule qui ne connaisse aucune restriction, celle de penser – donc de mal penser.[access capability= »lire_inedits »] Certes, le Premier ministre n’a pas annoncé la création d’une police des reins et des cœurs – ça, les médias s’en chargent très bien. En revanche, il est décidé à renforcer la police de la parole. Le plan qu’il a présenté à Créteil comporte en effet trente-neuf gadgets et une révolution de notre droit des libertés. Parmi les premiers, on citera seulement les impayables « ambassadeurs du sport (…) formés à la citoyenneté, la laïcité et la lutte contre les préjugés ». La seconde consiste à changer radicalement le régime de la liberté d’expression dont les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme ont tenu à préciser qu’elle était « l’un des droits les plus précieux de l’homme ».

Depuis plus d’un siècle, les délits d’opinion, également appelés délits de presse, bénéficient d’un régime de faveur inscrit dans la grande loi libérale de 1881 sur la presse. Logique, puisque le délit n’est pas constitué par un propos diffamatoire ou injurieux, mais par sa publication. Dans l’esprit du législateur de l’époque, il s’agissait plus de défendre les journalistes contre les procès que de protéger leurs victimes. En plus d’un siècle, et bien que le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie soient devenus des circonstances aggravantes, les peines de prison ferme prononcées sur la base de cette loi doivent se compter sur les doigts d’une main – le dernier cas en date étant celui d’Anne-Sophie Leclère, condamnée à huit mois fermes par le tribunal de Cayenne pour avoir diffusé une image raciste sur Mme Taubira. En de tels domaines, on considère en effet que la véritable sanction, c’est l’opprobre public attaché à une condamnation. Cependant, les abus étaient sanctionnés, tandis que les censeurs et autres empêcheurs de caricaturer en rond étaient le plus souvent déboutés.

Seulement, dans l’effervescence de l’après-Charlie, le gouvernement devait montrer qu’il faisait quelque chose – en l’occurrence n’importe quoi. « L’impunité sur internet, c’est fini ! », a grondé le Premier ministre. Toutefois, il n’a pas précisé ce qui empêchait de faire respecter la vieille loi sur internet ni expliqué comment on ferait respecter la nouvelle, dont on sait seulement qu’elle fera revenir ces délits dans le droit commun, autrement dit qu’elle rapprochera le régime de la parole de celui des actes. De même que l’apologie du terrorisme relève des chambres et de la loi antiterroristes, l’auteur d’un propos jugé attentatoire à l’honneur de telle ou telle communauté sera jugé sur la base des mêmes textes et par les mêmes tribunaux que l’agresseur d’un membre de cette communauté. Ce qui revient à postuler qu’il est aussi grave de dire des conneries que d’en faire.

Éminemment contestable sur le plan des principes, cette réforme est d’autant plus inquiétante que la définition du racisme semble s’étendre chaque jour. Par exemple, lorsque l’enquête annuelle de la Commission nationale consultative des droits de l’homme révèle que 70 % des Français trouvent qu’il y a trop d’immigrés en France et que 45 % affirment avoir une opinion négative sur l’islam, les gazettes concluent unanimement à la progression du racisme. Dans ce contexte, on peut tout imaginer, y compris un tribunal condamnant un prévenu pour « opinion négative sur l’islam ».

On n’en est pas là. Reste que vous feriez mieux de commencer à surveiller vos propos, car l’État les surveille pour vous et les surveillera de plus en plus. Le plus révoltant, quand on y pense, c’est que ce mauvais coup contre la liberté d’expression réponde à un attentat qui visait précisément, à travers les dessinateurs, la liberté d’expression. Heureusement que les frères Kouachi n’ont aucune chance d’être au paradis, parce que cette victoire posthume les enchanterait. Quant à Charb, j’espère que, là où il se trouve, il y a des jolies filles et du bon vin, mais pas de télé.[/access]

Affaire Ménard: Surtout, ne rien voir!

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Robert Ménard statistiques ethniques fichage

Robert Ménard statistiques ethniques fichage

La France est en émoi. L’infréquentable Robert Ménard a levé le voile sur une des plus belles hypocrisies de la république. Il aurait comptabilisé le pourcentage d’élèves immigrés de sa commune… Comment ? En consultant les inscriptions à l’école qui, comme dans toutes les mairies, relèvent de ses prérogatives. L’omniprésente Najat s’est immédiatement saisie du problème. Formant pour l’occasion un émouvant chœur des vierges avec Cécile Duflot, elles ont fustigé à deux voix l’attitude offensante, excluante – un mot inventé pour l’occasion –, antirépublicaine, discriminante. Elles ont déploré les valeurs foulées au pied, le bras de fer avec l’état de droit, les dérives, la milice, alors que le ténor Christophe Borgel entonnait la partition de la stigmatisation, du nauséabond. Une exceptionnelle richesse de vocabulaire…

Tous étaient d’accord, Valls compris, sur une formulation de « honte au mandat de maire », de « menace pour le vivre ensemble » et d’atteinte au « principe de laïcité ». Le procureur de la république a été saisi. Il fut un temps où Manuel Valls n’était pas opposé au principe de réalité, voire de réalisme, qui conduirait à s’informer de l’identité des personnes qui vivent sur notre sol. Avant d’endosser la posture de l’indignation permanente, n’avait-il pas demandé –hors caméra croyait-il – à ce que plus de blancos, de white, de blancs soient présents lors d’une visite officielle à Evry. Blancos, c’est plutôt discriminant ou nauséabond professeur Vallaud-Belkacem ?

Par ailleurs, un maire qui prend des libertés avec la loi, c’est problématique… mais n’est-ce pas déjà arrivé ? Neuf ans avant la loi Taubira, le maire de Bègles avait décidé de son propre chef d’unir deux hommes. Il avait certes été suspendu un mois et les tourtereaux avaient vu leur union annulée, mais se souvient-on de propos d’une telle violence à son égard, d’une telle « stigmatisation » ?

L’actualité bégaie… chaque semaine un esclandre plus gros que le précédent vient alimenter l’insatiable tintamarre public et c’est une fois encore par l’extrême droite que le scandale arrive… Dans une chorégraphie millimétrée, les maîtres à penser socialistes organisent l’indignation nationale. Et ça marche, chaque citoyen finit par adopter ce vocabulaire connoté. Ce matin, sur RTL au sujet de l’uniforme à l’école, une jeune femme témoigne : « Quelle ne fut pas ma surprise de voir que chaque école était stigmatisée par une couleur »… La couleur de blouse, c’est plutôt stigmatisant ou excluant professeur Vallaud-Belkacem ?

L’inquiétude des Français à l’égard de l’immigration va grandissant. L’absence d’informations fiables sur la question en est un des carburants. Comment imaginer qu’un sujet soit pris en compte s’il n’est même pas évaluable ? Comment apporter des réponses satisfaisante à des questions dont on ne connaît ni les détails ni l’ampleur ? Où, à part en France, est-il admis que pour mieux traiter les problèmes, il faut les ignorer ?

Pourquoi est-il impossible en France d’appliquer ce qui se pratique dans les pays anglo-saxons sans émotion ? En quoi connaître l’origine des personnes conduirait automatiquement à en brimer certaines ? Ce débat est d’une hypocrisie révoltante : d’une part parce que le comptage existe dans le cadre de certaines enquêtes, d’autre part parce que même dans les rangs de la gauche prisonnière de ses doctrines, l’opportunité d’une telle démarche est reconnue par certains. L’interdiction de statistiques, supposée garantir le « vivre ensemble » conduit à cristalliser les peurs, y compris irrationnelles.

En France, pays du tabou, nommer les choses est un délit. Il est interdit d’appeler un chat un chat. Tout juste est-il permis de fermer les yeux et d’attendre des jours meilleurs… Une méthode qui a d’ailleurs fait ses preuves : on a attendu la reprise et « la reprise, elle est là ». Peut-être qu’à force de se cacher un problème, « le problème, il disparaît » ?

*Photo : © AFP Pascal Guyot

Nous, hommes journalistes harcelés…

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harcèlement manifeste femmes journalistes politiques Libération

harcèlement manifeste femmes journalistes politiques Libération

Ah, le « harcèlement »… Ce drame contemporain, bien que dénoncé quotidiennement dans tous les médias consciencieux, continue encore et toujours de faire des ravages et n’épargne personne. La preuve : même des femmes diplômées, qui côtoient les puissant-e-s de ce monde et vivent de leur plume en crapahutant sous les ors de la République, subissent parfois l’inqualifiable. Les mots de « machisme » et de « sexisme » paraissent en effet bien faibles, pour nommer les souffrances intolérables qu’infligent tant d’hommes politiques aux femmes journalistes. C’est ce que nous apprend le dernier « manifeste » de chez Libération, signé par 40 d’entre elles « avec le soutien de Ruth Elkrief » et intitulé : « Nous, femmes journalistes politiques et victimes de sexisme… »

Dans la gazette du Marais, nos malheureuses consœurs égrènent les exemples les plus insoutenables du « paternalisme lubrique » qui les afflige. Attention les yeux : « C’est un membre du gouvernement qui fixe intensément le carnet posé sur nos genoux en pleine conférence de presse présidentielle. Jusqu’à ce que l’on réalise que, ce jour-là, nous portions une robe (il était temps, Ndlr). » Oh my God ! Ou encore plus trash : « A la question « s’il ne fallait retenir qu’un moment de votre première année parlementaire, ce serait lequel ? » c’est un député qui répond dans la minute « quand vous m’avez proposé un déjeuner » » Odieux ! Et ce n’est pas tout, il y a aussi les abjectes propositions faites par texto, telles que l’ignoble : « Une info, un apéro. » Bref, rien que du très, très lourd.

Les copines ont raison, le harcèlement touche violemment les journalistes. Mais elles en oublient la moitié, qui ne songeraient pas une seconde à se plaindre des « habitudes machistes, symboles de la ringardise citoyenne et politique » d’hommes « hétérosexuels plutôt sexagénaires ». Le harcèlement, c’est aussi cette étudiante, avec qui on accepte un déjeuner, et qui nous envoie un texto dans la foulée : « Tu n’es pas très joueur… » Puis qui nous fait un strip-tease torride par webcam interposée pour s’assurer d’être prise en stage. Une fois embauchée, pour être certaine que son travail soit apprécié, elle attendra qu’on soit seuls dans les bureaux, le soir, pour nous proposer une gâterie sur mesure.

C’est cette collaboratrice qui nous informe par messagerie instantanée, depuis son poste de travail situé à deux mètres à peine, d’une soudaine envie de se faire « prendre par derrière ». Quand ce n’est pas cet écrivain à forte poitrine qui nous glisse une main sous la chemise, dans un prix littéraire où nous sommes membre du jury, et nous promet une fellation inégalable dans l’escalier de service. Ou cette actrice qui nous confie, en pleine interview, qu’elle ne porte jamais de sous-vêtements. Sans compter les généreux « contacts professionnels » de sexe féminin qui nous bombardent de selfies irrésistibles, toute poitrine offerte face à leur miroir, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Ah, le harcèlement sexuel au travail… Ce jeu sans fin que nous offrent tant de femmes hétérosexuelles aguicheuses de moins de soixante ans, pour peu que l’on ait le moindre petit pouvoir dans n’importe quel domaine, ne nous lassera jamais. Quelques bigotes attardées pleurnichent sans oser dénoncer personnellement – ou gifler – les vieux lourdauds qui les importunent ? Pour notre part, ce n’est pas demain que nous réunirons un collectif des « victimes » d’allumeuses de journalistes mâles. Au contraire, pourvu que ça dure : comme le dit si bien ma consœur à l’accent et aux talons follement sexy, Paulina Dalmayer, dans Causeur ce mois-ci : « Oh oui, harcelez-moi ! »

*Photo : VINCENT WARTNER / 20 Minu/SIPA/1308281758

Le Pen, une famille en toc

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marine lepen jean marie corneille

marine lepen jean marie corneille

J’ai bien failli me faire avoir. Je trouvais même un vague air cornélien à ce déchirement familial devenu une affaire publique. Quand j’ai vu Marine Le Pen évoquer son « trouble » tout en condamnant Jean-Marie, je suis allée jusqu’à m’interroger sur ce qu’éprouvait une fille obligée de renier publiquement son père, c’est dire si j’étais naïve. Mes estimés confrères experts en lepénologie m’ont déniaisée. Tout ça, c’était du chiqué. Un jeu de rôles. « Une rupture qui tombe à point nommé », c’était écrit dans Le Monde. Ils sont malins, ces gens du Monde.

N’empêche, ces Le Pen sont de sacrés acteurs. Surtout la fille. Chez elle, c’est simple, tout ce qui se voit est faux – les sentiments qu’elle exprime, les paroles qu’elle prononce. Il suffit de comprendre le système : si elle parle de République, c’est la preuve qu’elle nourrit de noirs desseins à son encontre ; si elle déclare que la Shoah est le crime le plus monstrueux du xxe siècle, cela révèle son antisémitisme ; et si elle défend les ouvriers, c’est parce qu’elle est soumise au grand capital. En somme, sa seule vérité, c’est ce qu’elle s’efforce désespérément de cacher, les idées pourries qu’elle a héritées de son père. À supposer que ce soit son vrai père. Parce que si ça se trouve, ces Le Pen, c’est une famille en toc. Ou alors, un genre d’envahisseurs, d’apparence humaine – et encore –, mais dépourvus de la principale caractéristique de l’espèce : la conscience et tout ce qui va avec. Sachez-le, ces gens n’ont ni émotions, ni convictions. Les veinards ! Elisabeth Lévy

La mort du père Le Pen

La mort du père

Une tragédie de Pierre Corneille (librement inspirée de La Mort de Pompée)

Adaptation : Daoud Boughezala

« Il y a quelque chose d’extraordinaire dans le titre de ce poème, qui porte le nom d’un héros qui n’y parle point ; mais il ne laisse pas d’en être, en quelque sorte, le principal acteur, puisque sa mort est la cause de tout ce qui s’y passe… », Corneille.

Tableau : le Carré, siège du Front national, Nanterre. Après une énième provocation de son père, Marine Le Pen réunit le Bureau national du parti.

 

Marine Le Pen, salue les présents, exhibe plusieurs coupures de presse.

Ce déplorable Chef du parti le meilleur,

Que sa Fortune lasse abandonne au malheur,

Devient un grand exemple et laisse à la mémoire

Des changements du Sort une éclatante histoire.

C’est de quoi, mes amis, nous avons à résoudre,

Il apporte en ces lieux les palmes, ou la foudre.

Il faut le recevoir ou hâter son supplice,

Le suivre ou le pousser dedans le précipice :

L’un me semble peu sûr, l’autre peu généreuse

Et je crains d’être injuste, et d’être malheureuse ;[access capability= »lire_inedits »]

Quoi que je fasse enfin, la Fortune ennemie

M’offre bien des périls, ou beaucoup d’infamie,

C’est à moi de choisir, c’est à vous d’aviser.

 

Florian Philippot, interrompt la présidente, se lève puis se rassied.

Le défendrez-vous seul contre tant d’ennemis ?

L’espoir de son salut en lui seul était mis.

Seigneur, n’attirez point le tonnerre en ces lieux,

Rangez-vous du parti des Destins et des Dieux,

Et sans les accuser d’injustice ou d’outrage,

Puisqu’ils font les heureux, adorez leur ouvrage,

Quels que soient leurs décrets, déclarez-vous pour eux,

Et pour leur obéir, perdez le malheureux.

Pressé de toutes parts des colères célestes,

Il en vient dessus vous faire fondre les restes,

Et sa tête qu’à peine il a pu dérober,

Toute prête de choir, cherche avec qui tomber,

Sa retraite chez vous en effet n’est qu’un crime,

Elle marque sa haine, et non pas son estime,

Il ne vient que vous perdre en venant prendre port,

Et vous pouvez douter s’il est digne de mort !

Vous ne pouvez enfin qu’aux dépens de sa tête

Mettre à l’abri la vôtre et parer la tempête.

 

Louis Aliot, d’un air hésitant.

Ne pas le secourir suffit sans l’opprimer.

En usant de la sorte on ne peut vous blâmer.

Comme il parla pour vous, vous parlerez pour lui.

Ainsi vous le pouvez et devez reconnaître,

Le recevoir chez vous c’est recevoir un maître

Qui tout vaincu qu’il est bravant le nom de Roi

Dans vos propres États vous donnerait la loi.

Fermez-lui donc vos Ports mais épargnez sa tête,

S’il le faut toutefois ma main est toute prête,

J’obéis avec joie, et je serais jaloux

Qu’autre bras que le mien portât les premiers coups.

 

Marion Le Pen, agacée.

Vous pouvez, comme maître absolu de son sort,

Le servir, le chasser, le livrer vif, ou mort,

Des quatre le premier vous serait trop funeste,

Souffrez donc qu’en deux mots j’examine le reste.

Le chasser, c’est vous faire un puissant ennemi,

Sans obliger par là le vainqueur qu’à demi,

Puisque c’est lui laisser et sur Mer et sur Terre

La suite d’une longue et difficile guerre.

Il faut le délivrer du péril et du crime,

Assurer sa puissance, et sauver son estime.

 

Marine Le Pen, avec gravité

J’ai fait ce que les Dieux m’ont inspiré de faire,

Et que pour mon État j’ai jugé nécessaire.

 

Marion Le Pen, assassine Florian Philippot du regard puis fixe sa tante des yeux.

Ah, s’il est encor temps de vous en repentir,

Affranchissez-vous d’eux, et de leur tyrannie,

Rappelez la vertu par leurs conseils bannie,

Cette haute vertu, dont le Ciel et le sang

Enflent toujours les cœurs de ceux de notre rang.

 

Marine Le Pen, étrangle un sanglot.

Je l’aime, mais l’éclat d’une si belle flamme,

Quelque brillant qu’il soit, n’éblouit point mon âme.[/access]

*Photo : Lionel Cironneau/AP/SIPA. AP21580669_000003.

Statistiques ethniques: un débat «hypocrite»

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Robert Ménard statistiques ethniques

Robert Ménard statistiques ethniques

Paris (AFP) – Les propos de Robert Ménard sur le décompte des élèves musulmans ont relancé un débat récurrent et parfois considéré comme « confus » voire « hypocrite » : le recours à des statistiques ethniques, utile contre les discriminations pour les uns, porteur d’un danger communautariste pour d’autres.

La France, à l’inverse de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis notamment, refuse les politiques ciblées, les quotas ou les statistiques ethniques, au motif de traiter tous les citoyens à égalité.

Mais « il y a beaucoup de confusion dans ce débat », a remarqué sur BFMTV le démographe François Héran, qui milite de longue date pour une « statistique ethnique républicaine ».

« Ce qui est interdit » par la loi informatique et libertés de 1978, « c’est le traitement des données individuelles, qu’il y ait informatique ou pas », relève l’ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques (Ined). Mais « toute une série de dérogations sont permises quand il s’agit de recherches à des fins de connaissance scientifique, anonymes, qui ont le libre consentement des personnes et sont exécutées par des institutions fiables », note-t-il. En résumé, la loi oppose un non absolu au fichage mais un « non sauf si » aux statistiques ethniques.

Faut-il aller plus loin, avec des études plus nombreuses basées sur l’origine des personnes ? Certains le pensent, comme la sénatrice écologiste Esther Benbassa, rédactrice en novembre dernier d’un rapport avec son collègue UMP Jean-René Lecerf.

Pour apaiser les tensions à droite comme à gauche sur un sujet sensible, les deux coauteurs avaient renoncé à préconiser l’autorisation explicite des statistiques ethniques et suggéré plus modestement de poser « une fois tous les cinq ans, dans le recensement, une question sur le pays de naissance des ascendants et la nationalité antérieure ». Un moyen selon eux d’obtenir « des résultats mesurables sur l’ampleur des discriminations et leur déploiement ».

« Quoi qu’on en dise, nous sommes dans un pays multiculturel. Qu’est-ce que c’est que cette hypocrisie ? Ce n’est pas pour ça que je vais soutenir le fichier sauvage de M. Ménard, qui est stigmatisant », explique à l’AFP Esther Benbassa.

– « Politique de l’autruche » –

Pour le Conseil représentatif des associations noires (Cran), la France refuse la mise en place d’« indicateurs ethniques » pour « des raisons culturelles qui n’ont rien à voir avec le droit ».

« On pratique dans ce pays la politique de l’autruche. C’est un peu comme si on demandait à un médecin de guérir le patient tout en lui refusant l’usage du thermomètre, du stéthoscope, des analyses de sang ou d’urine », écrit le Cran dans un communiqué.

« La CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) est toujours hostile aux statistiques ethniques », rappelle pour sa part sa présidente, Christine Lazerges. Ses critiques portent sur une statistique « elle-même porteuse de discriminations en ce qu’elle essentialise les catégories, donc n’aide absolument pas à l’intégration ».

Mais la commission « considère que c’est un sujet à retravailler », précise à l’AFP cette ancienne députée socialiste qui considère, en tant qu’universitaire, qu’« on ne doit pas se priver d’outils de recherche pour comprendre comment évolue la société ».

« La société a besoin de bouger, il faut prendre des mesures », estime Esther Benbassa. Christine Lazerges, elle, pense qu’« il faut avancer à pas de loups » sur ce sujet, alors que le débat est déjà « hystérisé sur les questions de laïcité ».

Et l’opportunité de le faire dans la foulée des déclarations polémiques du maire de Béziers se discute. « Robert Ménard ne fait pas de la recherche sociologique, il compte ses voix », tranche la présidente de la CNCDH.

*Photo : © AFP/Archives Sylvain Thomas

Assad, otage consentant du Hezbollah

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(Avec AFP) Le président syrien Bachar Al-Assad a reconnu mercredi pour la première fois que son armée avait subi des revers mais assuré que la guerre contre les rebelles n’était pas perdue. L’armée syrienne a perdu en un peu plus d’un mois Idleb et Jisr al-Choughour, deux villes importantes dans le nord, sur la route de la région côtière de Lattaquié, et dans le sud le dernier poste frontière qu’elle contrôlait avec la Jordanie. En outre, ses tentatives pour avancer dans la région de Damas se sont soldées par un échec face une rébellion unifiée. Sans reconnaître officiellement la perte de Jisr al-Choughour, il a rendu hommage aux 150 soldats qui sont assiégés par les rebelles fidèles à Al-Qaïda dans un hôpital du sud de la ville.

La série de défaites que la rébellion islamiste a infligé aux forces loyalistes syriennes s’explique en partie par l’alliance entre la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar, parrains de l’opposition armée, y compris du Front Al-Nosra, qui est l’émanation locale d’Al-Qaïda, tantôt alliée tantôt adversaire de l’Etat islamique. En face, la coalition entre l’armée syrienne, le Hezbollah, des milices chiites irakiennes et des Gardiens de la Révolution iraniens redouble d’efforts pour expulser les rebelles de la région de Damas et du massif montagneux du Qalamoun, aux abords de la frontière libanaise.

Le discours d’Assad intervient le lendemain d’une allocution du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, reprenant mot pour mot sa rhétorique gaullienne : « nous n’avons perdu une bataille mais nous n’avons pas perdu la guerre ». Symbole de la subordination du régime syrien à la milice libanaise, sans laquelle Damas serait tombé depuis longtemps, ce mimétisme rappelle la fragilité d’un régime aux abois qui ne compte plus que sur le repoussoir de l’État islamique pour se racheter une légitimité. Militairement, la messe n’est cependant pas dite et dépendra de l’issue des grandes batailles du printemps (Qalamoun, Lattaquié, etc.). Ce paysage de guerre brumeux s’avère si confus que la diplomatie américaine souffle le chaud et le froid, John Kerry faisant de Bachar Al-Assad une partie de la solution syrienne, avant d’expliquer que seule sa chute permettrait d’abattre l’Etat islamique.

Le grand échiquier proche-oriental ignore le manichéisme. Car si Assad a en effet besoin de l’épouvantail islamiste pour se maintenir au pouvoir, rien ne dit que son éviction faciliterait les choses. Il est même permis d’imaginer le pire, c’est-à-dire un scénario catastrophe à la libyenne si la dictature baasiste venait à tomber. Que disait De Gaulle ? Ah oui, « les grands problèmes n’ont pas de solution ».

 

Les catholiques et la Grande muette

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armee catholiques laicite

armee catholiques laicite

Juin 2013, le vice-amiral Jean Casabianca, adjoint au Major général des Armées, vient de rendre une note au sujet du Ramadan et de la fête de l’Aïd-el-Fitr. Il est demandé aux commandants de formation et directeurs d’établissement de s’assurer que le personnel de confession musulmane qui le désire puisse respecter les prescriptions alimentaires inhérentes à ce temps, en ayant la possibilité de prendre des repas complets sans viande en dehors des heures habituelles. La note précise que le personnel de confession musulmane qui en ferait la demande pourra bénéficier de permissions non-décomptées à l’occasion de de la fête de l’Aïd el Fitr. Islamisée la troupe de l’armée, gangrenée par des officiers catholiques intégristes ?

Ces derniers voient pourtant d’un mauvais œil l’arrivée du hallal dans les rations. Personne ne l’avait demandé et l’armée se moquait bien de ce débat sur la laïcité agité par des freluquets qu’on aimerait voir un Famas au coude en face de talibans. Si les militaires musulmans acceptent ces rations, c’est parce qu’elles sont bien meilleures que les autres. Cela ne les empêche nullement d’aller écumer les bars avec le régiment par ailleurs. Mais tout de même, l’arrivée de ce régime alimentaire spécifique a contribué à installer le débat. Certains athées montent au créneau. Par provocation, quelques catholiques se prennent à demander du poisson le vendredi. Désormais, se désole un capitaine, « on doit prévoir deux barbecues différents lors des moments de cohésion ou se priver de saucisses et de côtes de porc ». Un autre renchérit : « En voulant imposer la question de la laïcité dans l’armée, les politiques ont en réalité réveillé le sentiment religieux de certains alors même qu’il était inexistant auparavant ». S’ils déplorent l’incursion de ce débat dans la grande famille militaire et y voient un risque de fracture, ils ne veulent pas dramatiser pour autant. Au niveau des corps de troupe, une réflexion est menée pour maintenir la confiance avec les soldats de confession musulmane. D’autant que beaucoup ont souffert des attentats de janvier et se sont sentis blessés dans leur identité. Mais ils sont unanimes : c’est avant tout l’esprit de solidarité qui prime et la réalité du terrain en opération constitue un lien social indéfectible.

Ces  hommes sont en effet entrés dans la carrière comme on entre en sacerdoce. Ils ont traduit leur rêve de gosse en goûtant à la terre, au froid, à l’endurance, aux coups et au maniement des armes en même temps qu’ils planchaient sur des questions de géopolitique, de stratégie et de management des hommes et des organisations. Lorsqu’ils convoquent l’Histoire ils aiment citer Jeanne d’Arc, Saint Louis, Jacques Cathelineau, le Général d’Elbée ou Charette de La Contrie. Ils ont le physique imposant mais le visage de premier communiant des dessins de Pierre Joubert. Ils sont militaires. Ils sont catholiques. Et l’un ne semble pas aller sans l’autre.

Le chef d’État-major particulier du Président de la République, le chef d’Etat-major des armées ou encore l’ancien gouverneur militaire de Paris n’ont jamais caché leur foi. Il faut guetter le parvis des églises qui entourent la gare Montparnasse pour voir les jeunes hussards s’éclipser de l’office du dimanche soir et courir après le train qui les ramènera à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr ou dans leur régiment. Il fallait les observer s’époumoner dans la foule, à l’occasion des Manif pour tous, où ils se sont rendus en masse – des jeunes lieutenants aux généraux les plus gradés.

Lorsque l’on s’étonne de leur présence massive dans les armées, ils temporisent et ils expliquent. Il y a trois armées (terre, air mer) et la gendarmerie qui dispose d’un statut mixte. Toutes recrutent exclusivement dans la société civile et, à ce titre, l’armée offre une véritable diversité à tout point de vue. Car ce qui fonde le métier militaire, ce n’est pas la religion mais la notion de service et le don de soi. Ils reconnaissent néanmoins que dans l’armée de Terre et dans la Marine, les officiers catholiques sont nombreux ; tout comme les hommes du rang sont, pour beaucoup, musulmans. Il y a là un déterminisme social évident, un héritage certain, une tradition historique incontestable ; mais il y a plus encore. Comme ce colonel de légion qui vous confie que côtoyer la mort au quotidien et de façon programmée exige de pouvoir poser un nom et une image sur l’au-delà. Comme ce jeune lieutenant du 21ème régiment d’infanterie de marine qui compare volontiers la vie d’une caserne à celle d’une communauté religieuse où la dimension de la relation aux autres est exacerbée. Et ces physiques d’acier de continuer d’argumenter : commander c’est aimer d’une manière incroyable. Sacrifice, vie communautaire et spirituelle, amour. La messe est dite. Rompez.

Jeunes aspirants, ils ont tous eu à répondre à la question de la décision à prendre en cas d’ordre injuste. On voudrait reformuler la colle. Dans certains cas, catholiques ou militaires ? Ils ne bottent pas en touche. L’esquive, c’est sur le terrain ; en face des balles qui sifflent. On est d’abord militaire avant quoi que ce soit. Le catholique est militaire dès qu’il porte un treillis. Il est catholique lorsqu’il remet sa tenue civile. Et s’il faut parler de transcendance, la seule qui vaille c’est l’honneur de porter l’image et l’histoire de la France, de se battre pour la liberté des peuples. Le politique peut bien se tromper d’ennemi, les zones d’intervention ne sont, de toute façon, jamais noires ou blanches ; et c’est là que la mission d’un soldat prend tout son sens : intervenir à seule fin de créer un espace sécurisé où le dialogue peut avoir lieu. Est-ce là où militaires et catholiques se rejoignent : vivre en paix, faire en sorte de créer un climat où la réflexion, le dialogue et l’entraide priment sur la violence et la loi du plus fort ?

Beaucoup évoquent l’irresponsabilité politique, de droite comme de gauche, de vouloir évincer l’idéal de la France au profit du concept de la République. Et ils vous l’assurent sans ciller : aucun soldat ne meurt pour la République, un soldat meurt pour la France.

On les interroge sur la Manif pour tous, sur les deux enquêtes diligentées par l’exécutif qui visaient les militaires hostiles au « mariage pour tous ». Ils s’offusquent. Eux aussi ont le droit d’avoir des convictions dès lors qu’ils sont civils. Leur devoir de réserve ne les empêche pas d’exercer leur liberté de citoyens. Sous couvert d’anonymat, un général l’affirme : il y a eu une chasse aux sorcières et des avancements mis en sommeil. Mais sur ce point encore, l’armée a fait bloc et a imposé la faute professionnelle comme seul critère de sanction. A l’instar de la société qui s’est fracturée sur le sujet, on se demande ce qu’il en a été dans les rangs. Ils en ont parlé bien sûr. Tous n’étaient pas d’accord. Mais ils se sont refusé à jouer cette partition violente qui a bercé, de longs mois durant, la société française. On insiste, on voudrait en savoir plus. Ils concluent : « Nous ne défendons pas la société et ses évolutions. Nous défendons la nation ». Ainsi s’exprime la grande muette. Capable d’un discernement que la société civile ne connaît plus. Animée par une grandeur d’esprit, par le sens de la fraternité et de l’honneur. Armée pour le sacrifice, parce qu’ils croient en la France. Et pour certains d’entre, eux, à l’éternité.

*Photo : BERNARD BISSON/JDD/SIPA. 00622853_000017.

La dernière tentation des chrétiens

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catholiques islam manif laicite

catholiques islam manif laicite

Pour nous, il n’y a pas d’Israël. En apprenant, le 22 avril, qu’un massacre aurait pu avoir lieu dans une église de Villejuif, nombre de catholiques français ont peut-être songé au constat amer du héros de Soumission, lorsque sa compagne juive quitte la France en voie d’islamisation pour émigrer au pays du sionisme. Même s’il arrivait, par malheur, qu’un assassin moins empoté que Sid Ahmed Ghlam réussisse son coup et que des chrétiens, en France, meurent parce qu’ils sont chrétiens, la seule alyah dont ils pourraient rêver serait un exil plus ou moins doré à Londres, Miami, Melbourne voire Varsovie. On leur déconseillera le Québec où le quotidien La Presse a cru bon d’évoquer un attentat contre « les chrétiens » – entre guillemets, comme s’il s’agissait d’une tribu mythique ou d’une peuplade disparue dont on ne saurait pas si elle a vraiment existé. À choisir, beaucoup préfèreraient peut-être se faire traiter de sales chrétiens, sans guillemets. Les cathos se sentent méprisés, mal-aimés, maltraités. Ils en ont marre d’être les seuls dont on puisse se payer la tête sans risques quand il faut prendre des pincettes avec tous les autres – même les francs-macs, faut y aller mollo. Comme l’observe Fabrice Hadjadj, au moins les bouffeurs de curés reconnaissent-ils l’existence des curés.

Ce qui enrage plus encore les cathos cuvée 2015, c’est une certaine façon de nier ce qu’ils sont et de dénigrer ce qu’ils ont été, un refus de concéder à leur droit d’aînesse le moindre privilège symbolique. Chez François Hollande, c’est presque physique, on dirait que ses lèvres répugnent à prononcer le mot « chrétien ». Attention, c’est son droit le plus sacré, au Président, de ne pas aimer les bondieuseries. Et puis le chef d’un Etat laïque ne saurait accorder la moindre préséance à une minorité religieuse, ce que sont, stricto sensu, les catholiques. Seulement, ils ne sont pas que cela : la même appellation désigne aussi une majorité culturelle aux concours indécis, héritière de ce qu’on n’oserait plus qualifier de culture dominante. Du reste, le destin collectif des cathos sera largement déterminé par le choix qu’ils feront entre les deux conceptions – on y reviendra.

Qu’on n’aie crainte, nul ordre moral ne se profile à l’horizon. En revanche, la « rue catho » fait savoir avec constance qu’elle ne se laissera pas expulser du roman national. Elle veut qu’on reconnaisse que « le catholicisme, c’est la France », pas toute la France évidemment, mais peut-être son âme profonde, son « essence ». C’est le Premier ministre qui le dit : lui qui, il y a peu, dénonçait « l’ultra-droite catholique » opposée à l’avortement et au mariage pour tous, a déclaré après l’affaire de Villejuif : « S’en prendre à une église, c’est s’en prendre à l’essence de la France. » Certes, conformément à la tactique éprouvée « une cuillère pour papa, une cuillère pour maman, il a ensuite mentionné « les synagogues, les mosquées, les cimetières » comme étant également constitutifs de l’essence nationale. Reste que son hommage à la catholicité française a dû valoir à Manuel Valls quelques bénédictions en même temps que les commentaires furibonds d’une partie de la gauche. « L’essence de la France, éructe La Libre pensée, c’est d’abord  le mouvement des Lumières, la Révolution française, la République, la démocratie, la laïcité et la Séparation des Eglises et de l’Etat. » L’histoire de France a commencé en 1789 et ceux qui pensent autre chose sont de fieffés réacs.

On l’aura compris, pour un esprit postmoderne, « les cathos », comme « les Français de souche », ça n’existe pas, sinon comme épouvantails ou, à la rigueur, comme vestiges folklorique d’un passé honni et révolu. Seulement, les cathos veulent exister et pas dans l’ombre comme ils l’ont fait ou croient l’avoir fait tout au long du XXème. Avec les Manifs pour tous, ils ont goûté aux joies de la pride, pas question de rentrer dans le placard. Dans la foulée, ils ont progressivement adopté les codes et les armes idéologiques de toute minorité qui se constitue en communauté agressée, statut générateur d’importants bénéfices symboliques et parfois de sérieux désagréments réels. Dans cette panoplie, la visibilité n’est que le prête-nom du sentiment victimaire qui constitue le véritable ciment de toute identité minoritaire. En fait de pride, le minoritaire exhibe ses plaies, raconte ses souffrances, recense les discriminations qu’il a subies et les offenses faites à son groupe ou à son Dieu. Le plus souvent, ça marche très bien, du moins pour les « minorités officielles » – juifs, noirs, homos, musulmans – que l’on câline à grands jets de compassion publique, fort appréciée du minoritaire. Un peu moins, toutefois, que la repentance, la légion d’honneur du minoritaire, qu’on ne sort que pour les grandes occasions.

On dira que les sentiments ont généralement quelque chose à voir avec la réalité. En tout cas, ce n’est pas parce qu’on se sent victime qu’on ne l’est pas. Et sur ce terrain, les cathos ont de quoi l’avoir mauvaise. Entre les cimetières profanés et les attentats déjoués, ils peuvent légitimement prétendre à la dignité victimaire et à la protection qui va avec. Pour la protection, il faudra repasser, on ne va pas protéger toutes les églises de France – ils n’ont qu’à être une vraie minorité. Et pour la reconnaissance, voyez plutôt à droite où on considère les catholiques comme une clientèle captive – ce qui, au demeurant est de plus en plus vrai : aucun des ténors de l’UMP ne manque une occasion de flatter le catho dans le sens du poil, qui en rappelant son rôle éminent dans notre histoire, qui en insistant avec gourmandise sur les innombrables avanies que lui fait subir l’autre camp. À gauche, on a décidément du mal à  admettre que le catho puisse être une victime comme les autres : trop blanc, trop franchouillard sans doute.

Malgré la multiplication des profanations de tombes chrétiennes, le Président n’a pas jugé utile de se déplacer, ni de faire un geste, comme s’il lui était plus facile de s’émouvoir devant les tombes profanées musulmanes ou juives parce que c’est plus facile à prononcer. On notera qu’après la vandalisation de 216 tombes à Castres, le 15, le procureur s’est empressé d’affirmer que rien ne suggérait une connotation « à caractère religieux ou racial ». Rien sinon le fait que le coupable était, semble-t-il, un homme en djellabah, qui répétait en boucle des prières musulmanes. On ne va pas s’énerver pour « des dizaines de croix jetées à terre », alors que les tombes n’ont même pas été ouvertes.

Dans ce climat passablement tendu entre le monde catholique et les représentants de la République, le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme annoncé par Manuel Valls le 16 avril a mis la cathosphère en ébullition. Sur quarante mesures destinées à combattre les discriminations et les propos haineux, il y en a pour tout le monde – les musulmans, les étrangers, les homosexuels,  les juifs – tout le monde sauf les catholiques ou les chrétiens. Si ce n’est pas du deux poids-deux mesures…

On conviendra que les cathos ont quelques bonnes raisons de récriminer. L’ennui, c’est que dans la foire d’empoigne victimaire où chacun défend sa paroisse et tente de prouver qu’elle est la plus persécutée, ils ont, comme tous les autres ont tendance à en faire des tonnes : une « une » un peu leste et c’est la Vendée qui recommence, un propos maladroit et les Jacobins reviennent pour détruire les églises. Et à en juger par la vogue récente du concept hasardeux de cathophobie, clairement calqué sur celui d’islamophobie, la rivalité mimétique a de beaux jours devant elle. Responsable d’une association issue de la Manif pour tous Julie Graziani est le nouveau visage médiatique du « catho décomplexé » : « On ressent comme une condescendance, qui va jusqu’à l’agressivité, sous prétexte que l’on contredit les discours dominants des élites. On en a marre de la petite cathophobie ordinaire, du catho bashing, de ce sentiment d’un deux poids deux mesures qui donne l’impression qu’avec les cathos tout est permis. » Certains pourraient être tentés de surfer sur la susceptibilité musulmane pour exiger que l’on ait pour leurs croyances des attentions et des égards jusque-là étrangers à la tradition française. Or, l’anticléricalisme, c’est aussi l’essence de la France. Or, quand il faudrait demander à l’islam de prendre exemple sur le christianisme et d’adopter la laïcité qui, pendant un siècle, a permis aux croyants et aux incroyants de vivre sous le même toit national, certains semblent plutôt rêver d’aligner les chrétiens sur le régime des musulmans.

On peut donc trouver  inquiétant que des catholiques français se soient tournés vers le Vatican  pour être entendus de François Hollande. En janvier une pétition demandant au Pape François de relayer auprès du chef de l’Etat « le malaise profond »  des catholiques français a recueilli 100.000 signatures. Faut-il en conclure que, dans la République, on n’est même plus capable de se causer ?

Il y a plus grave : affairés qu’ils sont à améliorer leur score au palmarès de la persécution, les cathos ne voient pas le piège qu’ils se sont tendus à eux-mêmes ? En gagnant leurs galons de minorité religieuse, ils risquent de perdre définitivement leur statut de majorité culturelle. On ne peut pas éternellement jouer sur deux tableaux : entre les délices de la posture minoritaire et les privilèges

ingrats de l’ancienneté, il faut choisir. Ou on admet que le catholicisme, c’est la France et il devra alors avoir le cuir suffisamment épais pour supporter la liberté des autres et se placer au-dessus de la mêlée victimaire, ou il devient le catholicisme de France, c’est-à-dire une religion comme les autres.
Cette dernière option, qui peut être payante à court terme, serait doublement catastrophique : pour notre pays, qui se verrait amputé de son passé et condamné à adopter un multiculturalisme qui lui va mal au teint, et tout autant pour les cathos, à qui la République a appris – parfois à la dure – à conjuguer foi et raison. En réalité, il y a bien un Israël pour les catholiques : cette Terre promise, c’est la France.

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°24. Pour lire l’intégralité du magazine, cliquez ici.

*Photo : ALFRED/SIPA. 00596781_000029.

Causeur n°24 : Et les chrétiens d’Occident?

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catholiques manif pour tous iran

catholiques manif pour tous iran

Qu’il est grand le mystère de la France ! Notre République laïque fille aînée de l’Eglise ne sait plus où elle habite ni quelle est son histoire. Du baptême de Clovis à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le roman national fait mauvais genre dans une France qui se voudrait hors-sol, sans passé ni identité, selon les nouveaux canons du « vivre-ensemble ». Cible des djihadistes, méprisés par le gouvernement durant le vote de la loi instaurant le mariage pour tous, aujourd’hui vilipendés par Emmanuel Todd, les catholiques français ne rasent plus les murs . S’ils sont sortis dans l’arène politique en 2013, ce n’est pas pour servir d’entremets aux lions laïcards. Ainsi, la « trahison des laïcs » que dénonce Fabrice Hadjadj est-elle une distorsion de la lettre et de l’esprit de la laïcité, puisque décatholiciser la société civile à la chlague bafoue la liberté de culte.

Mais, au-delà des querelles de chapelle entre libres-penseurs, héritiers malgré du sécularisme chrétiens, et cathos pratiquants, la bataille se mène sur le front identitaire. Comme le pressent Elisabeth Lévy, « ce qui enrage les cathos cuvée 2015, c’est une certaine façon de nier ce qu’ils sont et de dénigrer ce qu’ils ont été, un refus de concéder à leur droit d’aînesse le moindre privilège symbolique ». Mais du réveil des consciences à la tentation de devenir une minorité opprimée parmi d’autres, il y a un abîme car « on ne peut pas éternellement jouer sur deux tableaux : entre les délices de la posture minoritaire et les privilèges ingrats de l’ancienneté, il faut choisir », fait valoir notre cheftaine. De l’avis même des jeunes pousses politiques issues de la Manif pour tous que j’ai interrogées, des pans entiers du catholicisme français rêvent de nouvelles thébaïdes, vivant à l’écart du reste de la société, ce qui est un choix du reste parfaitement respectable mais peu compatible avec l’engagement dans la cité. De Frigide Barjot aux amoureux transis de Marion Le Pen, en passant par ce qu’il reste de chrétiens de gauche et le courant catho de l’UMP, explorons les cinquante nuances du militant catholique.

Le Père Chocholski, recteur du sanctuaire d’Ars, interrogé par Elisabeth Lévy, se félicite d’ailleurs de la diversité électorale des catholiques français, ravi qu’il y ait plusieurs bulletins de vote dans la maison de Père. Ce prêtre républicain et patriote, volontiers ouvert au dialogue avec les autres cultes, réagit aux débats post-Charlie et avoue avoir « bien plus peur des chrétiens tristes que des caricatures du Christ ». Tout aussi fervent catholique, l’acteur Michael Lonsdale, qui assure le doublage d’une série italienne sur saint Padre Pio, nous raconte son itinéraire d’évangélique, décrivant notre paysage multiculturel sans langue de bois.

Les brebis égarées allergiques à l’odeur du vin de messe et de l’hostie feront également ripaille dans ce numéro. En plein dans l’actualité, nous revenons sur la tragédie familiale des Le Pen, versifiée par Corneille, cependant que Paulina Dalmayer se gausse des campagnes néoféministes contre la drague de rue. « Harcelez-moi », supplie-t-elle la gent masculine, à la fureur des nouvelles ligues de vertu. Du côté de la Perse, après la signature de l’accord sur le nucléaire, la journaliste du Figaro Delphine Minoui nous dévoile une société iranienne méconnue, où les femmes s’émancipent malgré la chape de plomb religieuse et le guide Khamenei pose ses pions sur l’échiquier chiite régional. Bref, cela hérissera certains mais la République islamique est bel et la bien la pire ennemie de l’Etat islamique !

Dans notre hotte culturelle, instruits par la parution de deux biographies, nous avons glissé quelques archives compromettantes au sujet de l’architecte français contemporain vénéré dans le monde entier : Le Corbusier. Alors, fasciste ou utopiste ? Les deux, Maréchal, répondent Frédéric Rouvillois et Patrick Mandon ! Au chapitre des heures-les-plus-sombres, avec l’aimable concours de Jean Lopez, nous publions les photos spectaculaires des cent derniers jours du IIIe Reich lorsque la bête nazie agonisante frappait son propre peuple avec la cruauté d’un animal blessé. Et comme l’Histoire connaît parfois d’heureux dénouements, la panthéonisation de Geneviève De Gaulle et Germaine Tillion nous offre l’occasion d’honorer les résistants méconnus, fussent-ils communistes dissidents ou royalistes intrépides.

Pour finir, je manquerai à tous mes devoirs en oubliant de mentionner les chroniques de Basile de Koch, Alain Finkielkraut, Roland Jaccard, et L’ouvreuse qui ensoleillent ce printemps pluvieux. À vos marques, prêts, achetez Causeur !

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Kamel Daoud: un «homme révolté» reçoit le Goncourt du premier roman

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Paris (AFP) – L’écrivain algérien Kamel Daoud, visé par les intégristes musulmans dans son pays, a reçu mardi le Goncourt du Premier roman, six mois après avoir raté de peu le Prix Goncourt et provoqué un début de polémique.

Il a été récompensé pour son roman Meursault, contre-enquête (Actes Sud), a annoncé mardi le jury qui a également distingué Patrice Franceschi pour son recueil de nouvelles Première personne du singulier (Points) et le poète belge William Cliff pour l’ensemble de son œuvre.

Réflexion sur l’identité algérienne contemporaine, le livre de Kamel Daoud est écrit en miroir du célèbre roman d’Albert Camus L’Etranger (1942). Finaliste du Goncourt à l’automne dernier et battu de deux voix, il a aussi reçu le Prix des cinq continents de la francophonie et le prix François Mauriac.

« Je ne suis pas l’homme d’un seul livre contrairement à ce qu’on croit parce que je pense que cela mène à deux maladies : soit la vanité, soit une guerre de religion », a déclaré Kamel Daoud en recevant son prix mardi à Paris.

Connu pour ses positions libérales et laïques, le romancier de 44 ans, père de deux enfants, qui vit à Oran, avait exprimé publiquement à l’automne dernier sa déception de ne pas avoir été couronné par le plus prestigieux des prix littéraires français.

« Le jury a raté une occasion historique de s’ouvrir vers le reste du monde car dans le Maghreb, ce prix était très attendu et déjà perçu comme un message très lourd de sens » avait-t-il lancé. Une déclaration qui n’avait pas toujours été bien accueillie.

– La corne du taureau –

Journaliste au Quotidien d’Oran où ses chroniques, très lues en Algérie, font souvent débat, Kamel Daoud tend dans ce premier livre virtuose un miroir à « l’Arabe » tué par un certain « Meursault » dans le célèbre roman d’Albert Camus L’Etranger (1942), avec en contrepoint l’histoire et les soubresauts, souvent violents, de l’Algérie contemporaine.

Mais le livre n’est pas le roman d’un Algérien sur Camus, selon l’écrivain. « Je ne suis pas camusien. Je ne voulais pas rester dans le périmètre camusien. Je suis Kamel Daoud, je suis un Algérien, je parle du présent », a dit à l’AFP l’auteur de Meursault, contre-enquête, qui a été en rupture de stock en Algérie et a dû être réimprimé.

Mais l’écrivain est devenu une des bêtes noires des milieux intégristes qui le considèrent comme un apostat. L’activiste Abdelfatah Hamadache Ziraoui a appelé en décembre dernier sur sa page Facebook les autorités algériennes à condamner Kamed Daoud à la peine capitale et à l’exécuter en public. Le parquet, en revanche, n’a pas déposé plainte ni pris depuis aucune mesure.

« Vous vous exposez à la corne acérée du taureau, le taureau au front bas, pieux, bête et méchant et vous êtes sur sa liste noire. C’est tout à votre honneur et c’est à l’honneur de la littérature », a dit Régis Debray en annonçant le choix du jury.

« Je crois que vous n’êtes pas un homme de bonne composition, je crois que vous êtes plutôt un type de mauvaise humeur, un bon spécimen de ce que Camus aurait appelé l’homme révolté », a-t-il ajouté.

« Vous avez rapatrié L’Etranger dans votre culture, vous avez fait de Camus un indigène à part entière (…). Votre contre-enquête algérienne, nous allons la rapatrier à notre tour dans le trésor de la littérature », a encore dit Régis Debray.

Kamel Daoud Prix Goncourt du premier roman

*Photo : © AFP THOMAS SAMSON