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France-Algérie : Diversité, j’écris ton nom…

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algerie football france

« On a perdu », apprenait-on sur le site du Nouvel Obs hier, au lendemain du huitième de finale de la Coupe du Monde qui opposait l’équipe de France à celle du Nigéria. Ah bon ? Pourtant, bien que le match ait été peu flamboyant pour les Bleus, il me semblait que le score affichait 2-0 en leur faveur à la fin de la partie. Et j’avais même vu défiler quelques voitures ornées de drapeaux bleu-blanc-rouge, klaxonnant joyeusement du côté de la Bastille.
C’est que l’article s’intitulait : « Défaite de l’Algérie : « Maintenant, on compte sur la France pour nous défendre ». » Qui ça, « nous » ? A la lecture, on apprenait que cette phrase était celle d’un supporter de l’équipe d’Algérie. Pourquoi pas, après tout, chacun est libre de s’enflammer pour une équipe étrangère. Et il était assez flatteur de penser que nos amis algériens, désormais éliminés, supportent naturellement la France, ce pays si proche, vers lequel nombre d’entre eux avaient émigré.

Ce qu’il y avait d’étrange, c’était cette histoire de « défendre » l’Algérie. Contre qui ? Contre quoi ? A priori, les « Fennecs » était désormais hors de danger, puisqu’ils avaient perdu… A-t-il voulu dire par là qu’il comptait maintenant sur la France pour « défendre les couleurs » de l’Algérie ? Ce fameux drapeau blanc, rouge et vert devenu omniprésent dans nos villes depuis la victoire sans précédent des Algériens contre la Corée du Sud ? Plus difficile à imaginer. On avait rarement vu qui que ce soit soutenir une équipe après son élimination…

Non, lecture faite de l’article, on découvrait que le supporter interrogé était en réalité un Français : Sami, 25 ans, habitant à Marseille. Et là, tout devenait encore plus confus. Défendre nos couleurs à « nous », c’est bien ce que « nous » avions fait ce soir, en mettant laborieusement deux buts aux Nigérians à la dernière minute, non ? Quant à soutenir l’Algérie, c’est ce que nous avions fait aussi, majoritairement, dans la foulée. Justement parce que beaucoup de nos concitoyens sont d’origine algérienne. Alors de deux choses l’une : soit Sami n’a pas de papiers, soit il mérite un carton.

Parce que sa phrase exacte est rapportée en dernière ligne de l’article : « On a perdu en huitième de finale mais il nous reste la France. On compte sur eux pour nous défendre. » Non seulement ce sympathique jeune homme semble dire que son pays, c’est l’Algérie.

Mais en plus il considère qu’il lui « reste » la France pour « défendre » ses couleurs. Sami, qui ne doute de rien, compte sur « eux ». Et eux, c’est nous. Moins lui, donc. Cette auto-exclusion de la communauté nationale constitue sans doute l’échec le plus triste de l’intégration. Diversité, j’écris ton nom… avec les pieds.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00687305_000016.

Plutôt Juppé que Guaino : Je rêve ou quoi là ?

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guaino primaires UMP

J’ai lu. J’ai regardé quel était l’auteur. J’ai même appelé la rédaction pour savoir s’il n’y avait pas erreur sur ce dernier. Et puis non… C’était bien le camarade Leroy qui avait signé ce papier. Mais j’imagine que ce doit être sous la torture ; ce n’est pas possible autrement. En fait, c’est surtout le premier paragraphe qui m’a mis sur le séant. Voilà que l’auteur nous explique qu’en cas de primaire UMP, il ira voter – et je ne lui en voudrai pas parce que j’ai fait exactement la même chose pour le PS en 2011- mais qu’en sus, il donnera sa voix au candidat du triumvirat (Juppé ou Fillon) qui serait « moins à droite » qu’un représentant de la ligne aujourd’hui représentée par Henri Guaino, Rachida Dati, Laurent Wauquiez et Guillaume Peltier. Il ajoute – et c’est à ce moment là que j’ai cru à l’écriture sous la torture – qu’il voterait donc pour le représentant d’une ligne « centriste, européenne et raisonnablement libérale ».

Alors que Henri Guaino, le plus charismatique des mousquetaires de Valeurs Actuelles, a défié cette ligne pendant les élections européennes, refusant de voter pour Alain Lamassoure en expliquant que c’est au nom de la détestation de l’Europe telle qu’elle se construit depuis trente ans, pourfendue par Jérôme dans une bonne centaine de papiers sur Causeur. Que Jérôme se sente plus proche de Juppé que de Guaino, c’est déjà un peu fort de café. Après tout, Juppé, c’est la même politique que Valls, la calvitie en plus. Mais alors Fillon… Il a lu, Jérôme, les propositions de l’ex-Premier ministre dans L’Express ? L’ancien chef de gouvernement de Sarkozy ne propose pas moins qu’un choc thatchérien, sans l’euroscepticisme de la Dame de Fer, seul côté qui aurait normalement pu nous le rendre, Jérôme et moi, un peu sympathique. Le plus à droite, le plus libéral économiquement –et je passe sur ses propositions remettant en cause le droit du sol, que Guaino ne cautionnerait jamais – c’est incontestablement François Fillon.

Mais Jérôme, ou celui qui se fait passer pour lui, pourrait me rétorquer : « Il n’y a pas que Guaino ». Passons sur Rachida Dati, qui semble totalement coller à la ligne du député des Yvelines, et ça ne date pas d’aujourd’hui puisqu’elle avait déjà manifesté un véritable élan de sympathie pour les idées de Dupont-Aignan. Terminons par Laurent Wauquiez qui traîne aujourd’hui dans les milieux de gauche une très mauvaise réputation pour avoir un peu fricoté avec Patrick Buisson. Il s’agit d’un exemple très intéressant. J’évoquais son cas avec un chercheur spécialiste de la droite pas plus tard que samedi et il me faisait remarquer que le député de Haute-Loire, bien qu’ayant souvent rencontré Buisson, n’évoque jamais les thèmes identitaires. En revanche, il parle de « décadence ». En fait, il regrette un peu le « monde d’avant ». Un Leroy de droite, en somme. Reste Guillaume Peltier et là, effectivement, je comprends que Jérôme puisse être rebuté par son parcours et son style, mais reconnaissons que ce dernier joue les utilités. D’ailleurs, son nom est cité dans des histoires de formations vendues à prix d’or à des mairies UMP du sud de la France et il pourrait bien disparaître du paysage politique.

Franchement, un communiste maintenu qui voudrait voter à une primaire UMP ne peut que préférer un duo Guaino-Wauquiez à Fillon ou Juppé. Dans le cas contraire, il jouerait vraiment à la politique du pire. Il est pour tout dire étonnant voire incompréhensible que Jérôme se soumette à la grille de lecture droite-gauche des médias mainstream, ce qui le conduit aussi à tomber dans le piège que lui tend Laurence Parisot, dont récent le volte-face autour de la question du SMIC est à mettre sur le compte de sa volonté d’exister dans les médias, alors même qu’elle incarne encore plus que Gattaz la politique contre laquelle Jérôme lutte avec talent depuis que je le lis dans ces colonnes.

*Photo : Hannah

Hors concours

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kouchner euthanasie bac

Au grand concours de la Bêtise de la semaine, il y a bien sûr Benoît Hamon qui a l’air de penser qu’une faute grammaticale et une faute syntaxique sont intrinsèquement différentes. Mais je voudrais ici saluer un sommet, atteint ces derniers jours, en commentaire sur l’affaire Bonnemaison, par un multi-récidiviste, Bernard Kouchner.

Interrogé sur ce qu’il pensait du délicat problème de l’euthanasie, le french doctor ex-PS ex-Sarko-boy s’est exclamé : « « N’employons plus jamais le mot « euthanasie ». D’abord, il y a le mot nazi dedans, ce qui n’est pas très gentil. Et puis on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens ». Si ! C’est . Profitez bien de la vidéo. Hmm… Que je sache, le bon docteur Bonnemaison ne les achevait pas au gaz, mais au curare.

Mais Kouchner tenait à remporter à la fois la palme de la khonnerie hebdomadaire (ou mensuelle, ou peut-être annuelle : avant d’en retrouver une de ce format…) tout en pulvérisant le Point Godwin. Euthanazie ! Sachant que les parents de Kouchner ont été malheureusement déportés à Auschwitz en 1944, qu’aurait pensé Lacan d’un tel mot-valise ?

À noter qu’il donne des idées. Les lycéens du Bac S dont je parlais dans ma dernière chronique, ceux qui se plaignaient de la trop grande rigueur de l’épreuve de maths, ont sans douté été trop mathisés.

Mon chat, Whisky, a des puces. Lorsque je le passe au peigne fin, irai-je jusqu’à appeler cela un dépucepelage ? Et dysorthographier, est-ce caresser à rebrousse-poils le chat des aiguilles ?
Et pour en rester aux chats, on sait qu’ils abhorrent les enfants. C’est normal, les chats sont des gastronomes à heures fixes, qui répugnent au mou tard. Enfin, Whisky a quelques puces : c’est mieux que la France, qui ne manque pas de polytiques.
Quant à mon ordinateur, il a commencé par des puces, et maintenant il a des bugs : c’est parce que je m’en sers comme d’un pense-petites-bêtes.

Je parlais il y a peu du Petit Fictionnaire illustré d’Alain Finkielkraut, où l’on trouve le « sapotage » — « soupe servie froide intentionnellement ». Bernard Kouchner nous expliquera un jour que cette soupe froide se mitonne sur du gaz pas chaud. Sans rire.

Ou que les sales gosses qui pissent sur les colonnes de fourmis pratiquent la formication — une forme fréquente de sexualité enfantine…

Pour en revenir au curare du docteur Bonnemaison, je m’étonne que ce détail n’ait pas excité  la verve  de l’ex-ministre. Franchement, qu’un médecin de cette génération (on y faisait encore des études sérieuses, le latin et le grec étaient les langues de référence des carabins d’autrefois) semble ignorer que l’euthanasie, c’est la « bonne mort » (eh oui, il en est des moins goûteuses…), c’est à se taper la tête contre les murs (je précise, dans ce contexte, qu’un fondu enchaîné n’est pas forcément un fou sous camisole). Peut-être est-ce l’âge — « le pourrissement de certaines cellules peu connues », comme disait Boris Vian. Faut-il déjà lui rappeler qu’un ectoplasme n’est pas une plaquette sanguine de 100 grammes ?

La vérité, c’est qu’on ne l’avait pas filmé depuis un certain temps, et que les caméras lui manquaient. On se souvient de son affectation à attendre le soleil d’après-midi pour débarquer du riz en Somalie : c’est à 1mn40, à se passer en boucle.

À l’époque il représentait Mitterrand. Plus tard, il a représenté Sarko. Maintenant qu’il ne représente plus que lui-même, il en est à faire des calembours débiles. Ah, c’est pas bô de vieillir !

PS : Assez décodé. Signez et faites signer la pétition sur la laïcité lancée à l’initiative de Marianne. C’est rédigé en termes mesurés, mais l’essentiel y est dit. Et il y a dans les signataires plein de beau monde fréquentable — le bon docteur Kouchner n’y est pas, dis!

*Photo : Frederic Sierakowski/ISOP/SIPA. 00680249_000007.

Délit de culture en Thaïlande

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La Thaïlande est depuis le début du mois de mai gouvernée par une  junte militaire. Si le pays est habitué aux coups d’Etat, l’absence de solutions démocratiques envisagées par le pouvoir en place inquiète sur la scène internationale, comme en témoignent les « sanctions » de l’UE. La puissante police locale, totalement dévouée à l’armée, avait probablement pour idée de faire un « coup » médiatique en procédant à l’interpellation d’un manifestant pas comme les autres.

« L’homme au sandwich » tel qu’il est désormais d’usage de le nommer, a eu maille à partir avec la force publique locale pour s’être rendu coupable de lire 1984 de George Orwell sur la place publique, à quelques encablures d’un immense centre commercial de Bangkok.

Quel manque de pudeur en effet, que de s’afficher ainsi fièrement lecteur dans un pays où la culture étrangère a mauvaise presse et le simple fait de lire un bouquin, comme en Occident, est désormais un truc un peu louche. Ce brave bonhomme (dont l’embonpoint est sans doute pour quelque chose dans son aspect débonnaire) a provoqué un début d’attroupement autour de lui. Lorsque les policiers s’approchèrent pour s’enquérir de son état, il justifia sa lecture par un bref slogan, dans la langue de Molière s’il vous plait « Liberté, égalité, fraternité ». Notre homme au sandwich ne s’arrêta pas en si bon chemin et se saisit de son téléphone devant les nombreux photographes trop heureux de saisir l’instant pour faire retentir la Marseillaise.

C’en était décidément trop. Le malheureux est en plus un crypto-nationaliste français, un potentiel électeur de Marine qui s’ignore sans doute. C’est donc tout naturellement qu’il se fit embarquer manu militari.

« Une société hiérarchisée n’est possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. » disait 1984. Les autorités thaïlandaises ont bien lu Orwell, elles aussi.

Ecoles de journalisme : usines à bien-pensants ?

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journalisme police de la pensée

Tous des gauchos ! entend-on régulièrement râler dans tous les PMU de France, au sujet de nos amis les journalistes. Propos de comptoir ? Pas sûr. En juin 2012, le magazine Médias publie un sondage indiquant que pour la présidentielle, chez la très sainte congrégation des journalistes,  74% ont voté François Hollande au second tour. Au premier tour, Mélenchon fait mieux que Sarkozy, et Marine Le Pen ne fait que 3%. La « religion des temps modernes », comme l’appelait Balzac, est monothéiste, et on connaît sa chapelle ! Mais d’où vient cette uniformité idéologique ?

Tout le monde ne peut pas être, comme Nicolas Demorand, agrégé de lettres, et beaucoup de nos apôtres du politiquement correct viennent du même portique : on trouve souvent sur leur CV, la mention « école de journalisme ». Si l’autoroute de la pensée unique a un péage, c’est bien celui-là, précieux sésame qui permet d’accéder aux plus hautes sphères. C’est peut être là, au bercail de nos ouailles médiatiques, qu’il faut chercher la raison de leur conformisme.

Nicolas, 23 ans, (ex-)étudiant à l’ISCPA Blagnac, école de journalisme privée, voulait, le malheureux, faire un stage dans votre magazine préféré. Las, quant il quémanda sa convention de stage à sa directrice, celle-ci refusa tout net, sous le fallacieux prétexte que « c’est trop politisé ». Un professeur de « critique des médias » eu même cette phrase lapidaire « Je ne savais pas que tu étais fasciste » [1. Précisons que le fasciste en question a depuis courageusement démissionné de cette école et rejoint le camp des ténèbres qu’est la rédaction de Causeur, où il se trouve très heureux.]   [access capability= »lire_inedits »]

Un sectarisme inouï, qui, loin d’être une lubie d’un ancien de Libé atrabilaire, se retrouve de manière plus ou moins diffuse, dans beaucoup de ces écoles qui forment le banc et l’arrière des journalistes tenant le haut du pavé. 14 écoles seulement sont reconnues par la Commission paritaire nationale pour l’emploi des journalistes (CPNEJ), composée de représentants de patrons de presse et de syndicats (le SNJ tenant les rênes). Des écoles souvent accusées d’être de véritables usines à « bien-pensants » agents interchangeables d’un pouvoir médiatique immense qui produirait des fantassins du politiquement correct. Alors, complot ou réalité ?

Pour Christophe Deloire, ex-patron du CFJ et directeur de RSF, c’est « un procès injuste ». Il assure qu’il est arrivé au CFJ conscient de la mauvaise réputation de l’école. Soucieux de pluralisme, il veut former l’esprit critique de ses étudiants. Il invite Mélenchon, Tariq Ramadan et même le grand méchant loup, Jean-Marie Le Pen. A cette occasion, le Syndicat des journalistes avait organisé une manifestation avec des banderoles explicites « Le Pen au CFJ – Non au racisme dans les médias » et s’était fendu d’un communiqué rageur s’inquiétant «  que ce soit justement dans une école de formation de journalistes, issue de cette même résistance, que ces funestes retours à un passé qui a causé des millions de morts en Europe puissent être réhabilités. » (sic).  Mais « aucun étudiant ne s’en est indigné », assure l’ancien directeur, ce que plusieurs anciens élèves confirment. Un conflit de générations, entre une vieille garde militante et syndiqué et une nouvelle génération dépolitisée et technicienne ? Pas sûr. Car, derrière la façade pluraliste, facile à mettre en place en invitant un Jean-Marie Le Pen devenu malgré lui la « caution diversité » du système, il reste un fond d’uniformisation idéologique plus réel que jamais.

En effet malgré la bonne volonté de la direction, il semble qu’un climat de bien-pensance se soit installé dans l’école, et ce autant à cause du zèle des étudiants que des reflexes idéologiques de certains formateurs.

Ainsi Vincent, ancien étudiant au CFJ, raconte l’hostilité latente et lancinante rencontrée chez les professeurs. Ainsi, parce qu’il effectue un stage au Figaro magazine, il a le droit régulièrement à un « ça va, pas trop dur ? » qui en dit long. Quand il propose comme parrain de promotion le journaliste Adrien Jaulmes, prix Albert Londres, sa proposition declenche l’indignation, au motif que celui ci travaille pour le Figaro. Les élèves choisissent finalement Laurent Mauduit, cofondateur de Médiapart, autrement plus consensuel…

Autre affaire qui en dit beaucoup sur « l’état d’esprit » régnant dans l’école. Une ancienne élève du CFJ-pro (formation professionnalisante de l’école), qui avait validé tous ses cours, n’a pas été diplômé, parce qu’elle travaillait pour Valeurs Actuelles et Spectacle du monde, et avait fait un long reportage sur la GPA « ils considéraient que ça n’était pas du journalisme », affirme Vincent.

Un cas qui n’est pas isolé. Une étudiante raconte que cette année, quand une des élèves a affirmé son intention d’établir un contrat avec le magazine Valeurs Actuelles, des élèves sont allés voir la direction pour leur demander « si il était normal que l’école accepte des gens qui travaillent avec un journal contraire aux Valeurs de la République ». Bouh les rapporteurs !

Un sectarisme diffus qui prend parfois les allures d’une inquiétante uniformité idéologique à la mode soviétique. Pour les présidentielles en 2012, l’école décide d’organiser une simulation de vote interne. Résultats : 0 voix pour Nicolas Sarkozy, un second tour Hollande/Mélenchon, avec victoire par K.O de la gauche conformiste.  Alexandre, étudiant au CFJ cette année là, avait voté Dupont-Aignan … son vote est parti à la poubelle ! « Les élèves ont cru que c’était un canular, car certains avaient voté Cheminade, « pour rigoler » », explique-t’il. Un cocktail orwellien de nonchalance, de dépolitisation et d’automatismes idéologiques qui fait froid dans le dos.

Pour Deloire, qui relativise ce scrutin interne, la faute n’en est pas à la formation, ouvertement pluraliste, mais aux élèves, qui, il le déplore, affichent souvent une convergence idéologique inexplicable.

Pas si inexplicable que ça en réalité. Pour Philippe Lansade, directeur d’une petite école l’HEJ (Lyon-Montpellier), la faute en est à la vieille garde encartée au SNJ, qui constitue la majorité des formateurs. Une génération militante, qui tient depuis 30 ans l’ensemble de la profession et de ses codes : « Mitterand a karchérisé la presse française en 1981, mettant partout ses affidés », avance-t-il. Depuis, ils ne cessent de se reproduire, attirant dans leur giron ceux-là même qui se sentent à l’aise avec une certaine culture journalistique. Des formateurs formatés, qui font le tri à l’entrée, verrouillent le système et assurent leur reproduction sociale, un sentiment d’appartenance à une caste, un club, avec ses codes, ses automatismes, et en filigrane, la peur d’être exclu.

Plus que des usines à formatage, ces écoles seraient ainsi des aimants à formatés. D’après Laurent Obertone, issu de l’ESJ Lille, qui dû subir les foudres de l’ensemble de la profession à la sortie de La France, orange mécanique, « les écoles de journalisme offrent un panel technique et méthodique de connaissances à des individus pour la plupart déjà formatés. En tout cas idéologiquement compatibles avec ce milieu. » Et d’ajouter : « Soit on adhère avec zèle à cette compétition morale, soit on divise par mille ses chances d’exister dans ce milieu ».

Mais pourquoi les jeunes veulent-ils donc faire du journalisme ? Le rêve du jeune apprenti dans un monde idéal ? D’après les directeurs interrogés, pour les filles c’est plutôt photo reporter, pour les garçons, journaliste sportif. (Visiblement la théorie du genre n’a pas encore pénétré ces écoles). Mais c’est la crise, et le journaliste, comme les autres n’a plus de rêves, mais seulement des peurs, avec pour la première d’entre elles, le chômage. Désormais, c’est un « polyvalent » qui veut aller « là où y a du boulot ».

François Ruffin, dans un livre qui fit scandale Les petits soldats du journalisme, accusait le CFJ en particulier et les écoles en général de développer ce « journalisme insipide, aéfepéisé, routinisé, markétisé, sans risque et sans révolte, dépourvu de toute espérance  », fabriquant des fantassins soumis aux grands méchants patrons de presse.

« Chiens de garde » « valets du capital », cette rengaine propre à une certaine extrême gauche bourdieusienne qui a pour credo « dis moi qui te possède, je te dirai qui tu es » semble pourtant aujourd’hui dépassée. Car le pire censeur pour le journaliste, ce n’est plus le patron de presse, c’est lui-même. Une autocensure inconsciente, diffuse et mécanique, autrement plus efficace qu’un coup de fil de Serge Dassault pour limer les plumes et noyer l’esprit critique.

Chez ces gens-là le problème est bien qu’on ne pense pas, comme chantait Brel. C’est peut être là tout le charme vénéneux du politiquement correct, qui loin de toujours s’imposer sous la forme inquisitoriale d’une tirade d’Aymeric Caron, ressemble bien souvent à la simple reproduction d’automatismes creux et de réflexes systématiques, qui crèvent comme une bulle de savon à la moindre objection, tant il manquent de structure et de culture politique. Ainsi, pour Alexandre, on est loin d’avoir affaire dans ces écoles à des trotskystes embusqués : « On est moins là dans le militantisme que dans une forme de prêt-à-penser, des automatismes ». Il ironise sur le soi-disant gauchisme des étudiants du CFJ : «  C’était plus la promo Bertrand Delanoë que la promo Edwy Plenel, pas des ayatollahs, mais des élèves désidéologisés, consuméristes, hédonistes et liberaux-libertaires ».

Sans doute est-ce le symptôme, d’un journalisme, qui, de métier intellectuel, est passé, à mesure que s’étend le domaine de la lutte, sous la domination du marché, c’est-à-dire de l’immédiateté et de l’empire communicationnel. Une mission d’intellectuels, chargés de comprendre et décrypter le monde, quitte parfois à penser contre soi-même, qui a d’abord été dévoyée par une génération militante qui s’est donné pour mission d’accompagner le changement, puis est devenu le métier fastidieux et technicien de « bots-journalistes » (Obertone), dépossédés de leurs esprits critiques, chargés de relayer les signaux de la société de communication.

« L’évènement sera notre maitre intérieur » : la célèbre phrase d’Emmanuel Mounier pourrait être la devise d’un journalisme éloigné à la fois des ardeurs militantes et de la fausse objectivité technicienne. Ce n’est pas au journaliste de forcer l’évènement à rentrer dans le moule de ses idées préconçues. Il n’est pas là non plus pour s’en faire le simple relais imbécile. Mais pour aider par sa subjectivité et son regard critique à la compréhension des faits. [/access]

Illustration : Soleil

Un été de droite?

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ump fn immigration algerie

Je ne sais pas, au-delà de l’affaire Bygmalion et du retour éventuel de Nicolas Sarkozy, si ce si qui se déroule du côté de l’UMP est une bataille idéologique. J’aimerais bien. Après tout, c’est respectable une bataille idéologique et c’est même ce que l’on demande à un parti politique quand il est dans l’opposition. Réfléchir à sa ligne pour la prochaine fois. Moi, par exemple, en tant qu’électeur de l’autre bord, ça m’intéresse de savoir où va l’UMP politiquement. Sur une ligne centriste, européenne, raisonnablement libérale (oui, on peut être raisonnablement libéral, enfin, il paraît), ce qui semble être l’option du triumvirat provisoire Juppé-Raffarin-Fillon ou si au contraire elle fait le choix d’un ancrage clairement à droite comme le proposent Dati, Wauquiez, Guaino et Peltier dans un appel publié par Valeurs Actuelles.

D’ailleurs, s’il devait y avoir des primaires ouvertes à droite, comme l’avait fait le PS avant 2012, j’y participerais quitte à payer quelques euros symboliques et à signer une déclaration indiquant que je souscris aux valeurs fondamentales de la droite. Il m’étonnerait, en effet, qu’une telle déclaration puisse être autre chose, comme l’avait été celle des primaires PS, qu’une pétition de principe autour de quelques grandes valeurs républicaines déclinant notre chère vieille devise nationale :« Liberté, égalité, fraternité ». Je voterai évidemment pour le moins à droite, ce qui est de bonne guerre, comme j’avais voté pour le plus à gauche pour les primaires du PS. La politique du pire, ce n’est pas mon genre de beauté.

Seulement voilà, le climat est très bizarre. Pour tout dire, le climat est très à droite, vraiment très à droite, voire réactionnaire. L’offensive a lieu sur tous les fronts, même le Front national. Résumons l’état des opérations : face un gouvernement de gauche qui n’a jamais été aussi peu à gauche, ça tire de partout, et ça donne une légère impression d’encerclement.

Par exemple, il y a ce recul sur l’ABCD de l’égalité de la part de Hamon et de l’inénarrable Najat Vallaud-Belkacem. Je n’étais pas un fan de l’ABCD de l’égalité, c’est le moins qu’on puisse dire. Fruit de l’aile la plus radicale d’un petit noyau féministe qui avait fait sa place dans les cabinets ministériels comme un coucou vient squatter un nid qui n’est pas le sien, ce dispositif alliait la niaiserie pédagogique au cynisme politique, en focalisant la communauté scolaire sur un problème franchement annexe si l’on voit à quoi en est réduit l’Education nationale toujours en proie à une grande misère du recrutement. Il n’empêche, nos deux excellences ont capitulé face à une fraction extrémiste allant de Christine Boutin à la soralienne Farida Belghoul qui a joué sur les pires fantasmes, les pires pulsions et a même initié, avec la journée de retrait de l’école, une opération de type factieux. Ce recul ne peut que leur donner des ailes et on attend d’ores et déjà la prochaine offensive contre l’école de la république. Hamon et Vallaud-Belkacem, pour reprendre les mots de Churchill ont voulu éviter la guerre au prix du déshonneur et ils auront le déshonneur et la guerre. Ils ont oublié, en la matière, que persévérer n’est pas diabolique : au contraire, persévérer est politique et rien ne les aurait empêchés de faire le gros dos et de vider progressivement ces ABCD de leurs contenus.

Dans un autre genre de beauté, la lettre des patrons au JDD exigeant du gouvernement une accélération des réformes et l’entrée dans la loi du pacte de responsabilité, allant jusqu’à demander que le Parlement, cet emmerdeur, ne vienne pas les contrarier par des amendements liberticides, indique bien que lorsqu’on n’établit pas de rapports de force, ou qu’on ne tente même pas de le faire, on donne des ailes à un adversaire qui n’en espérait pas tant. Un tel comportement maximaliste avait d’ailleurs naguère affolé jusqu’à Laurence Parisot elle-même qui reprenait sans la célèbre phrase de Warren Buffet qu’on ne cite hélas pas souvent en indiquant que le milliardaire déplorait cet état de chose : « C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner” Cette révolte des patrons succède d’ailleurs à un conflit social, celui des cheminots, qui s’est déroulé dans une atmosphère de lynchage rarement atteinte dans laquelle les grévistes n’ont jamais pu, à un seul moment, faire état du fond de leurs revendications qui n’avaient rien de corporatiste mais voulaient sauver ce qui restait du service public.

Le comble du délétère est maintenant atteint avec le parcours de l’Algérie en coupe du monde. Entre un sondage pour les internautes du Point, reprenant telles quelles les propositions de Marine Le Pen sur la fin de la double nationalité (sondage retiré car il est trouvé consternant par la rédaction elle-même et l’arrêté d’Estrosi interdisant les drapeaux étrangers ostentatoires, ce qui a tout de la mesure vexatoire, on a vraiment l’impression que l’on joue à la prophétie autoréalisatrice et qu’on attend les émeutes entre effroi et extase. Distinguer le voyou du supporter ne vient plus à l’idée de personne, savoir que l’on peut vibrer pour les deux équipes non plus. Et encore moins le fait que certains porteurs de drapeaux ostentatoires paient des impôts et cotisent pour les retraités niçois non plus.
On pourra toujours me dire, après, que c’est la gauche qui est au pouvoir, moi, je sais que l’été 2014 penche à droite. Très à droite.

Lettre d’un remplaceur à Renaud Camus

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camus contre remplaceur

On espérait le Grand Chambardement, Renaud Camus nous menace du « Grand Remplacement ». Pour le conjurer, il a battu le rappel autour d’une « liste antiremplaciste». Est-ce limpide ? Pas assez ? Il explicite : « Non à l’immigration de masse. Non à l’islamisation. Non au changement de peuple et de civilisation. Non au Grand Remplacement. » Et il enchaîne : « Le phénomène le plus important de notre époque, celui que retiendra l’histoire comme le plus marquant, c’est… »c’est le déménagement en France de Guy Sitbon et de son ami Béchir el-Rahni. Guy Sitbon, ici présent, Béchir, mon pote de toujours. Camus (pas Albert, Renaud) ne nous cite pas nommément, mais il lui apparaît que moi, Béchir et les x millions de nos pareils maghrébins, africains, turcs et compagnie avons « radicalement bouleversé le paysage culturel et physique ». Nous avons « remplacé » le peuple de France par un autre, le nôtre, les nôtres. Nous nous apprêtons à y instaurer nos arts, nos armes et nos lois. Nous poignardons, nous égorgeons la civilisation européenne et entendons bien la remplacer par la (les ?) nôtre. Nous triompherons face à ce peuple français « déculturé, hébété par l’imbécillisation de masse ». (Je n’invente rien, vous le trouverez noir sur blanc dans Info-Bordeaux, 20 mai). Pour conjurer ce cataclysme, R. Camus a imaginé un nouveau concept : la remigration. En bon français, un tendre coup de pied au cul. Pas de violence, juste nous renvoyer dans le pays de nos pères, nous « rendre à notre vraie patrie ». Contre le Grand Remplacement, la remigration. Là au moins, c’est clair pour tout le monde : virer les métèques. La grande expulsion. Un remake d’Isabelle et Ferdinand, rois catholiques d’Espagne se débarrassant des juifs et des Maures. En 2014, ça aurait de la gueule, quand même… Vous imaginez un peu : les gares, les aéroports, les adieux, mouchoirs au vent. Nos amis nous accompagnent jusqu’à Roissy. Vous allez nous manquer, on ne vous oubliera jamais. Je paierais cher pour figurer un instant dans ce grandiose péplum. Hélas, Monsieur Camus, vous n’y assisterez pas, je n’y jouerai pas. Hélas, trois fois hélas, Monsieur Camus, vous extravaguez.

Reprenons depuis le commencement. Vous nous accusez de coloniser votre pays. Vous savez mieux que moi − c’est vous, le bon Français − que le vocable coloniser renvoie au moins deux échos : un groupe colonise un territoire en s’y implantant ou en l’annexant. Le mot colonisation évoque aujourd’hui les guerres de souveraineté que vous savez. Nous, nous colonisons dans le premier sens : on déménage avec nos bagages, pas avec nos armées. Vous voyez la distinction, Monsieur Camus ? Vous jouez de la polysémie (on est fort en français, hein ?) pour nous stigmatiser, pour nous tatouer sur le front la marque du malvenu, pour attiser les tensions. Vous trouvez que c’est joli, ce que vous faites ? Qu’il est civilisé d’inciter les mortels à se taper sur la gueule ? Moi, je pencherais plutôt vers un langage d’apaisement que votre talent pêchera aisément si vous vous y mettiez. Essayez, vous verrez, ça calme. [access capability= »lire_inedits »]

Pourquoi on est venu, Béchir, moi et les nôtres ? Pour une seule raison : la France est sans le moindre doute le pays où il fait le mieux vivre. On aime notre pays, la Tunisie, plus que toute terre sur terre, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Mais, dites-moi, vous avez déjà survolé la désolation maghrébine, ses étendues poussiéreuses à l’infini ? À l’approche de vos rivages, la nature se reverdit, l’hirondelle est de retour. Vous avez déjà visité nos villes ? Moi, Béchir, nous nous y sentons mieux que partout ailleurs, nous respirons un air que nos poumons reconnaissent, nous écoutons notre dialecte chanter à nos oreilles comme une ballade du temps jadis. À Paris, chaque jour que D. fait, nous manque le chant du muezzin, nous, ni musulmans ni croyants. Mais nos cités, vous avez vu à quoi elles ressemblent ? Je n’oserai pas les décrire, je blasphème- rais. Et Paris, vous avez visité Paris ? Vous est-il arrivé d’y passer une journée sans tomber de ravissement, d’émerveillement ? Vous voyez le Pont-Neuf ? Accoudez-vous à la balustrade d’un côté, puis de l’autre, et admirez. Après, vous ne viendrez plus me demander pourquoi j’ai pris pied chez vous. Et puis quoi, trêve de lyrisme : vous me voyez travailler dans un journal tunisien ? Vous les avez lus ? Et comment voulez-vous que je vive avec 800 dinars (350 euros) par mois ? Mes cousins maçons, là-bas 150 euros, ici 1400. Et je vous jure, pour vous peut-être, y’a pas de boulot, pour nous, au noir, pas un jour de chômage ! Le noir, il est proposé à vos cousins comme aux miens. Les vôtres, ils exigent plus, mieux, bravo ! Nous, on prend ce qu’on trouve et on est bigrement content. On vit en se serrant et on envoie des centimes au pays où ça fait un paquet de dinars. Voilà pourquoi nous sommes chez vous, Monsieur Renaud. Ça ne vous plaît pas ? Trop c’est trop ? Ne vous fâchez pas, parlons-en.

Votre angoisse ne tient pas tant à notre quantité qu’à notre mentalité. Nous sommes des Arabo-musulmans. Désolé de vous le valider : c’est vrai. Musulmans, juifs, chrétiens d’Orient, nous avons tous appartenu, treize siècles durant, à l’aire conquise par le jihad du Prophète. À sa langue, à son art, à ses us et coutumes. Mes ancêtres finançaient les pirates barbaresques, ma famille a, j’espère bien, empoché une cassette de douros à la revente d’un de vos aïeux. Les vôtres n’y allaient pas non plus avec le dos de la cuillère. Les empires chrétiens refoulés, disons au viiie siècle, l’islam s’étant étalé de tout son long sur le Sud, nous sommes restés, vous et moi, front contre front, plus d’un millénaire.

On a beau dire, mille ans, c’est long. Un beau jour, vous avez tranché d’un coup de yatagan et vos bataillons ont débarqué dans ma ville, Monastir. Ma grand-mère s’en souvenait comme d’hier. J’étais jeune fille, me racontait- elle en arabe (elle ne parlait pas un mot de français, portait fouta, saroual et haïk), les soldats français violaient et pillaient (inexact, ils furent corrects), on s’est enfermé à double verrou toute une semaine. Ce fut la colonisation, la vraie, la vôtre. La mienne, c’est une autre chanson.

Après les soldats débarquèrent les instituteurs. Ils nous ont enseigné le français. J’étais un cancre, Béchir m’écrasait en thèmes latin et grec. Et puis vint l’histoire, vous voyez ce que je veux dire ? J’ai remué ciel et terre pour vous chasser. Vos policiers m’ont boxé pour me faire parler (j’ai tout avoué), vos gendarmes m’ont bastonné la plante des pieds (ça ne s’oublie pas). Résultat : sans trop vous faire prier, vous êtes partis comme vous étiez venus, une fleur au fusil, à la bouche une chanson.

Aux premiers pas de votre conquête, on ne devait pas trouver plus d’une dizaine de livres imprimés à Monastir. L’invention de l’imprimerie mit un an à passer de Mayence à la Sorbonne. Il lui fallut trois cent cinquante ans pour arriver à Tunis. Nos ancêtres se préservaient de tout ce qui venait de vous comme de la peste (nous avions la peste et pas les livres). Nous somnolions. Vous nous avez réveillés. Merci la France, merci R. Camus ! À coups de baguette, vous nous avez fait rentrer votre langue dans la tête. Croyez en notre reconnaissance éternelle.

Tout cela aurait pu s’arrêter là, chacun chez soi et D. pour tous. L’histoire, vous savez… Vous possédez tout le savoir, nous zéro ! Vous êtes infatigables à innover, nous macache ! Nous vous avons pillé comme dans un bois. Dans mon enfance, à Monastir, tous les objets d’usage courant étaient fabriqués sur place, ils dataient du xiiie siècle (Braudel les décrit). Aujourd’hui, tout, absolument tout, a été créé chez vous. Nos grands-pères s’habillaient à l’arabe, nos pères à l’européenne. Notre architecture, nos meubles… nous avons même répudié nos hammams pour vos salles de bains (quel dommage !) Nous sommes devenus vous. Béchir, tous les Béchir et tous les moi nous sommes métamorphosés en autant de Renaud Camus. Et attention, n’allez pas vous égarer, nous n’y sommes pour rien ! C’est vous qui l’avez voulu. Vous vous êtes battus comme des chiens, vous êtes morts comme des mouches pour obtenir de nous ce que nous sommes. Tout ça, ça fait de très bons Français. Et maintenant, vous venez nous le reprocher. Ben merde, alors ! Ils sont gonflés ces Français !

Chez vous il y a tout, chez nous rien. Fallait bien s’y attendre, mon petit Renaud, on n’est pas plus bête qu’un autre, on est venu chez vous. On ne nous a pas accueillis à bras ouverts. Je ne compte pas les heures de queue aux préfectures à renouveler la carte di sijour, la carte di trivail. Pour ma naturalisation, en 2001, j’ai subi une épreuve de connaissance de la langue. Mon inspecteur était un ex-Portugais bègue.

Aujourd’hui, faire le grand saut, c’est un peu plus dur. Pour 1500 euros, tu as droit à une place dans une embarcation avec une chance sur cinq de chavirer. Il reste quatre chances, pas mal. J’ai entendu, à Alger, des chanteurs de rue : « Je voudrais m’appeler Michel / Voir tous les jours la tour Eiffel. » Un autre : « Plutôt mourir à Paris que vivre à Alger. » Les sans-papiers, il m’arrive d’en héberger. Qu’est-ce que tu ferais à ma place ? J’ai vécu dix ans sans papiers.

Je te casse les pieds avec toutes ces histoires (laisse- moi te tutoyer, on ne vouvoie pas en arabe) pour que tu comprennes une bonne fois pour toutes, toi et les tiens, qu’en brandissant la civilisation chrétienne en péril, tu délires. Oui, nous avons connu un choc des civilisations, non, il ne perdure pas. Il a pris fin le 3 juillet 1962, à l’in- dépendance de l’Algérie. Nous avons perdu, vous avez gagné. Que dis-je, vous avez triomphé dans les grandes largeurs. La civilisation chrétienne, européenne, occidentale, appelle-la comme tu voudras, a effacé toutes les autres. Plus personne ne construit de pagodes ou de villes arabes, tout le monde s’habille à la londonienne ; le maire de Pékin s’est engagé à enseigner l’anglais à toute sa population. Tu peux bien haïr la globalisation, comme moi, la tour Montparnasse, je ne peux pas la voir, mais si on m’y offre 300 mètres carrés, crois-moi, je ne cracherai pas dessus. Tu as peur que débarque chez toi la civilisation arabo-islamique ? Mais elle est morte et enterrée, c’est son fantôme qui te hante. Autant des civilisations chinoise, indienne : c’est payé, balayé, oublié, je me fous du passé.

Tu vas me dire, ouais, ils continuent à parler l’arabe dans l’autobus, je ne me sens plus chez moi. C’est un peu vrai. Pour les derniers arrivés. Mais comprends-nous. Ça nous fait chaud au cœur. Il ne t’aura pas échappé, quand même, que nous n’envoyons pas nos enfants à l’école arabe, qu’il n’existe pas un seul journal en arabe en France. On en trouve en chinois, en thaï, en patagon, pas en arabe. Je contribue à un magazine en français pour les Maghrébins de France, on souffre mille morts à trouver notre public. Dans le lycée en bas de chez moi, on peut choisir entre huit langues étrangères dont le hongrois mais pas l’arabe, alors que plein d’élèves le sont. Pourquoi pas l’arabe ? Pas de demande. Les parents s’en foutent. Moi et Béchir, ça nous fait du chagrin, mais eux veulent être français comme français. Pour que Renaud Camus se tranquillise.

Tu dis : non à l’islamisation. Là, faut pas rêver. Tu as 6 millions de musulmans en France et il va falloir que tu t’habitues à vivre avec eux et ceux qui suivront. L’islam, comme le judaïsme et le protestantisme, déguste une vague montante. Elle n’est pas près de retomber. Des courants fanatiques hyperviolents la traversent. En France, ce n’est pas un drame. Un attentat chaque dix, quinze ans. Ça se gère. Nos RG sont parmi les plus futés. Ils repèrent un à un les fous de Dieu. Les minarets, ça te gêne ? Moi, j’aime bien, mais je suis carrément contre pour ne pas te déranger. On n’est pas chez nous, il faut respecter les indigènes. Le foulard ? Une victoire des islamistes. La mode n’aura qu’un temps. On patiente un peu, une pincée de décennies, pas plus. Quelques Français vont se convertir ? Chez nous, bien davantage embrassent le christianisme au risque de se faire trancher la gorge. Une pensée pour eux, s’il te plaît. Et puis quoi, on n’est pas tous nuls, pas tous polluants. Dans les hôpitaux, quand je suis arrivé en France, tous les malades étaient arabes. Aujourd’hui, tous les docteurs sont maghrébins. Mon propre médecin de famille, le docteur Bou…, sa salle d’attente pullule de têtes blondes, c’est l’ange gardien du quartier. Tu vois, on fait des efforts ! Six millions aujourd’hui, dans trente ans, 9 millions, ton peuple change, tu ne le supportes pas. Un souci bien sûr, mais à ta place, je serais flatté. Tu es attirant à crever, on se meurt de te rencontrer, de t’épouser. À Alger, au Caire, assis à une terrasse de café, des foules défilent sous nos yeux : pas l’ombre d’un visage étranger. Des Arabes, tous arabes, rien que des Arabes. À Paris, à Londres, à New York, c’est la tour de Babel, les couloirs du palais de verre onusien de Manhattan. Dis-moi, Renaud, tu voudrais un Paris semblable au Caire ? C’est ça que tu veux ? Une seule bouille, la tienne ? Au passage, rappelons-nous que Le Caire et Abidjan ont acquis, depuis qu’elles sont mono-ethniques, le titre de capitales de la panade alors que Paris et New York, hein…

Je caricature. Tu es bien disposé à nous recevoir, mais dans l’ordre. L’immigration contrôlée, pas de portes ouvertes. Quand on sait le calvaire des Maghrébins pour obtenir un visa, on ne s’autorise plus à parler de « portes ouvertes ». Tu veux mettre fin au regroupement familial ? Stopper l’immigration clandestine ? Nous rapatrier tous dans nos douars d’origine ? Facile comme tout. Y’a qu’à… Un barrage électrifié tout au long des 4082 kilomètres de frontières, un peloton d’une vingtaine de gendarmes chaque cent toises, une rafle du Vél’ d’Hiv’ par semaine dans nos cantons et l’affaire est réglée ! Un jeu d’enfant ! Sans violence, dans le respect des droits de l’homme. Si, par accident, une petite guerre civile éclatait, ne t’inquiète pas, tu la gagnerais. Enfin, faudra voir. On a des copains, tu sais… Suffit de cauchemarder. Mais il n’est pas superflu de te figurer ce que serait ta remigration. Compris ! En un mot : la présence de 60 millions de musulmans en Europe est pareil à un mouvement de plaques tectoniques. Avec tous les séismes à la clé si on s’engage dans des impasses. Comme un bouleversement géologique, une histoire à mettre en dehors du champ politique, à prendre avec des pincettes. Pas en Pataugas.

Nul plus que moi ne se chagrine au spectacle du remplacement. Moi, je voulais déménager dans la France du béret et de la baguette. Celle d’Alphonse Allais, de Courteline, d’Audiard. Comme de Gaulle, m’habite la nostalgie de la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi, enchaînait le Général, il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités.

La réalité, mon cher Renaud, c’est moi, là, à tes côtés. C’est les miens, c’est cette nuée de bobines déconcertantes et souvent un peu louches. Tu sais, fils, la France n’a pas toujours été l’image d’Épinal que tu t’en fais. À San Francisco, en 1976, j’ai cueilli, chez Barnes & Noble, un pavé d’Eugen Weber : Peasants into Frenchmen : The Modernization of Rural France 1870-1914. Je le garde précieusement dans ma bibliothèque. J’y ai appris qu’en 1863, en Haute-Garonne, 547 communes sur 578 ne parlaient pas français. Dans la France entière (37 millions de citoyens), 7,5 millions en étaient exclusivement au patois (source : Archives nationales, F17*3160). L’Aveyron, le cœur de notre pays, c’était un pays étranger. Le livre a été traduit six ans plus tard sous le titre La Fin des terroirs. Il aura fallu Eugen Weber, un Roumain chercheur en Californie, pour nous l’apprendre. Tu vois, comme disait ma grand-mère (en arabe bien sûr), chai mè y doum, tout change. Tu changeras aussi, tu verras. Mais en attendant, je te fais une offre pour de rire : faisons l’amour, pas la guerre. [/access]

 

Photo : KHANH RENAUD/SIPA/00646939_000012

Ces élites qui ne veulent plus compter…

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Pauvre Jean-Marie Le Guen. Ce n’est pas de sa faute s’il pensait qu’une exposition médiocre pouvait décoter un appartement de 30 à 40 % de sa valeur… Si on ne peut même plus se tromper à l’insu de son plein gré… D’accord, il manquait 700 000 euros dans sa déclaration de patrimoine, mais qu’est ce que 700 000 euros à côté du déraillement des comptes de campagne de l’UMP. Et d’ailleurs, pour prouver sa bonne foi, il s’est empressé de faire un avenant qui « annule et remplace » une fois que l’erreur lui a été signalée.

Des ministres qui trichent avec la transparence qu’ils ont appelé de leur vœux pour moraliser une vie publique jusqu’ici trop dévoyée, des dépenses de campagnes qui flambent, embrasant du même coup l’avenir d’une des formations politiques les plus importantes du pays, une entreprise nationale qui ne sait plus calculer la taille de ses locomotives et doit y adapter les quais au prix de plusieurs dizaines de millions d’euros, un ministre de l’éducation qui ne veut plus compter les points et envisage d’en finir avec les notes…  Un projet de réforme territoriale d’une grande précision « XXX régions » jusqu’à sa présentation au public, où le nombre 14 semble finalement  avoir été tiré au dés, des prévisions de croissance régulièrement surévaluées par rapport aux données internationales et des déficits arrangés à la baisse qui ne trompent que ceux qui les trafiquent… Des cotes d’impopularité à vous écœurer des mathématiques…

La France d’en haut boude les chiffres. Après tout, c’est tellement mesquin de compter !

Quand les Français souffrent, il faut redonner espoir, il faut « faire sens », et en matière de projet de société, de « vivre ensemble », ce ne sont pas quelques chiffres qui changeront les choses.

C’est François Rebsamen, notre ministre de l’emploi aidé, qui résume le mieux cette tendance lourde chez nos experts : « Je me suis donné comme consigne en arrivant à ce poste de ne jamais commenter les chiffres mensuels du chômage… Ces chiffres mensuels, quand on les prend mois par mois, ils ne veulent pas dire grand-chose1».  Ca tombe sous le sens, non ?

On ne comptera donc pas : le nombre de personnes qui ont été empêchées de mener une vie normale pendant deux semaines, alors que, comme l’illustrait un canular diffusé sur facebook : « En juin : la SNCF vous Coupe du Monde ». On ne calculera pas non plus le temps, l’énergie et l’argent public volatilisé dans le montage Alstom/General Electric élaboré à grand renfort de mensonges pour sauver le soldat Montebourg. On ne dénombrera pas les portiques construits en pure perte pour une écotaxe reléguées aux oubliettes des grands projets. On ne comptera pas combien de futurs bacheliers ont bénéficié d’un petit arrangement arithmétique pour faire partie de la cohorte prévue pour ce cru 2014. Inutile d’ailleurs de dénombrer combien d’entre eux ont participé à la pétition… ils ont exprimé leur colère, ils ont été entendus… c’est la seule chose à retenir.

À force de ne plus savoir compter ni les chômeurs, ni les mécontents, ni l’argent public, ni les fonctionnaires, ni les grévistes, ni les indemnités des intermittents de la contestation, ni l’évaluation des élèves, et de ne plus conter que de belles légendes aux français … ces derniers, qui sont bien obligés de calculer leurs heures, leur budget, leurs mètres carrés et ce qui leur reste après impôt, n’auront bientôt plus rien à compter. Quant à la France, elle ne sera plus riche que de ses souvenirs.

Nicolas Sarkozy disait vouloir en finir avec la suprématie de la filière scientifique…  Plus qu’un vœu, n’était-ce pas une prémonition ?

*Photo : Michael Huang.

GPA : le stade suprême du libéralisme

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gpa lgbt eglise marx

Mathieu Nocent est militant à l’Inter-LGBT. Ancien porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), il fut reçu avec Nicolas Gougain par François Hollande, le 21 novembre 2012, lors du rétropédalage présidentiel sur la liberté de conscience accordée aux maires refusant le mariage gay. Il fut élu porte-parole de l’Inter-LGBT en septembre 2013, avant de démissionner en octobre, à cause de dissensions internes.

Notre homme juge avec une lucidité bienvenue la stratégie gouvernementale qui a mené au mariage gay l’an dernier : François Hollande, écrivait-il en février, ne s’est jamais intéressé aux revendications LGBT que pour faire diversion, piéger la droite, et donner à sa politique une façade progressiste. Mais son courroux n’est pas guidé par une défiance par rapport à l’instrumentalisation des « questions de société ». Non, Mathieu Nocent reproche en réalité au gouvernement de ne pas être allé assez loin, d’avoir reculé sur l’extension de la PMA pour les couples de femmes, et d’être timoré sur la GPA.

L’ancien porte-parole d’un mois de l’Inter-LGBT poursuit donc son combat sur le blog Sautez dans les flaques. La récente condamnation de la France par la CEDH sur la GPA lui permet de publier un entretien avec la directrice d’une agence de mères porteuses basée au Texas, Gayle East, décrite comme « chrétienne pratiquante », qui demande : « comment peut-on être pro-vie et contre la GPA » ?

Mathieu Nocent cherche à combattre les critiques sur leur propre terrain. Il s’imagine que les Français estampillés Manif Pour Tous, fatalement chrétiens, sont empêtrés dans une contradiction, qui les pousse à défendre la vie humaine, mais à rejeter les mères porteuses. Son sophisme tente d’expliquer qu’ils devraient au contraire être favorables à la GPA. Il cite Gayle East : « mener une gestation pour autrui est fondé aussi sur une conviction religieuse. La Bible nous enseigne à aider les autres. (…) Alors, si une femme ne peut pas porter d’enfant et que je peux le faire pour elle, c’est pour moi mon devoir de chrétienne de le faire. » Cette sympathique femme d’affaires, qui parle dans son entretien de la perte de l’enfant né de GPA comme d’une simple affaire « hormonale », affirme même avoir l’approbation du pasteur de sa paroisse, puisque « Marie était une mère porteuse ».

Mathieu Nocent s’imaginait sans doute lancer un pavé dans la mare, mais il ne fera guère de remous de ce côté-ci de l’Atlantique. Outre le fait que les informations qu’il livre confirment les craintes de marchandisation (ainsi, une GPA texane coûte entre 80 et 100 000 dollars, dont 20 000 reviennent à la mère porteuse), les arguments qu’il partage sont inopérants. Le mouvement LGBT, bercé par la légende américaine des émeutes de Stonewall et de Harvey Milk, ignore largement les fossés culturels entre nations. Aux Etats-Unis, la GPA est légale partout, au nom du libéralisme économique. Il s’agit d’un commerce comme un autre. Les conservateurs eux-mêmes y ont recours : le fils aîné du dernier candidat républicain à la présidentielle de 2012, Tagg Romney, a payé les services d’une mère porteuse pour acquérir des jumeaux.

De plus, l’argumentation religieuse en faveur de la GPA n’est guère surprenante, connaissant le contexte local. Tocqueville avait noté qu’en Amérique, peu importe ce que l’on croit, pourvu que l’on croit en quelque chose. « Parmi les Anglo-Américains, les uns professent les dogmes chrétiens parce qu’ils y croient, les autres parce qu’ils redoutent de n’avoir pas l’air d’y croire. » Paraître croyant est un enjeu de crédibilité sociale, et toutes les sauces sont possibles dans le supermarché religieux américain.

La directrice de Surrogate solutions interrogée par Mathieu Nocent ne craint donc pas de justifier son commerce au nom de la Bible. Elle et son pasteur appartiennent certainement à une de ses Eglises protestantes libérales, presbytérienne ou anglicane, qui ont embrassé le relativisme théologique, et dont le déclin numérique coïncide étrangement avec leurs décisions de bénir l’avortement, le mariage gay et les mères porteuses.

Un tel décor est impossible à transplanter au milieu des racines marxo-catholiques françaises, qui s’opposent naturellement à la GPA. La contradiction ne se trouve pas parmi nos opposants au mariage gay, qui avaient prévenu l’an dernier des conséquences fâcheuses de la loi Taubira en la matière, mais plutôt chez leurs collègues américains. En effet, les conservateurs outre-Atlantique mobilisent encore contre le mariage gay, mais aucun ne s’attaque à la pratique des mères porteuses. Or, si la filiation et l’intérêt de l’enfant sont évacués de la problématique du mariage, celui-ci n’est plus qu’un vain mot à défendre.

Quelques rares consciences commencent à s’éveiller. Un ponte du Family Research Council, principal lobby anti-mariage gay à Washington, proche de la « droite religieuse », a fait publier une note interne le mois dernier, en suggérant au Parti républicain de s’opposer à la GPA. Celle-ci, expliquait-il, n’est rien d’autre que le retour moderne de l’esclavage, touchant des femmes pauvres, noires ou portoricaines. « Le Parti républicain a été fondé contre la propagation de l’esclavage », rappelait-il. Cette note suscita un vif émoi, et plus d’un élu républicain fut sidéré de lire qu’un député français « communiste » de Martinique, Bruno Nestor-Azérot, s’était opposé au mariage gay l’an dernier, par rejet du libéralisme. N’en déplaise à Mathieu Nocent, les clivages ne se fissurent pas là où il le souhaiterait.

 

*Photo : Sam Leivers.

ABCD de l’égalité : Najat Vallaud-Belkacem préserve son avenir

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Najat Vallaud-Belkacem, ministre de la ville, du droit des femmes et autres contrées du pouvoir n’a pas manifesté de regrets excessifs après l’abandon, par son collègue Benoît Hamon des «ABCD de l’égalité», qu’elle avait pourtant lancés en fanfare en novembre 2013. Elle a sobrement pris acte de leur mise à la trappe lors d’un entretien sur FR3, dimanche 29 juin.

Personne n’est dupe de la com’ développée sur ce thème par le ministère de l’Education, qui prétend qu’un programme « ambitieux » de promotion de l’égalité filles-garçons à l’école sera substitué à une expérimentation radicale imposée dans 275 écoles par les idéologues d’ « Oser le féminisme ». Si Najat Vallaud Belkacem fait profil bas sur cette question, c’est qu’elle prépare activement la suite de sa vie politique.

On la voit beaucoup, ces derniers temps, à Villeurbanne, ville de l’agglomération lyonnaise dont l’actuelle députée PS, Pascale Crozon, 70 ans, ne cache pas qu’elle ne souhaite pas rempiler. C’est d’ailleurs dans une école primaire de cette localité  qu’elle avait animé une séance de sensibilisation aux «ABCD» en compagnie de Vincent Peillon en janvier 2014. Aujourd’hui, elle se contente de distribuer des légions d’honneur aux notables locaux, et de soutenir les clubs sportifs locaux de ses applaudissements et de son charmant sourire. Or, dans cette circonscription, le vote musulman pèse lourd, et il ne semble pas que ce secteur de l’électorat manifeste un enthousiasme délirant pour les idées de Caroline de Haas…

 

France-Algérie : Diversité, j’écris ton nom…

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algerie football france

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« On a perdu », apprenait-on sur le site du Nouvel Obs hier, au lendemain du huitième de finale de la Coupe du Monde qui opposait l’équipe de France à celle du Nigéria. Ah bon ? Pourtant, bien que le match ait été peu flamboyant pour les Bleus, il me semblait que le score affichait 2-0 en leur faveur à la fin de la partie. Et j’avais même vu défiler quelques voitures ornées de drapeaux bleu-blanc-rouge, klaxonnant joyeusement du côté de la Bastille.
C’est que l’article s’intitulait : « Défaite de l’Algérie : « Maintenant, on compte sur la France pour nous défendre ». » Qui ça, « nous » ? A la lecture, on apprenait que cette phrase était celle d’un supporter de l’équipe d’Algérie. Pourquoi pas, après tout, chacun est libre de s’enflammer pour une équipe étrangère. Et il était assez flatteur de penser que nos amis algériens, désormais éliminés, supportent naturellement la France, ce pays si proche, vers lequel nombre d’entre eux avaient émigré.

Ce qu’il y avait d’étrange, c’était cette histoire de « défendre » l’Algérie. Contre qui ? Contre quoi ? A priori, les « Fennecs » était désormais hors de danger, puisqu’ils avaient perdu… A-t-il voulu dire par là qu’il comptait maintenant sur la France pour « défendre les couleurs » de l’Algérie ? Ce fameux drapeau blanc, rouge et vert devenu omniprésent dans nos villes depuis la victoire sans précédent des Algériens contre la Corée du Sud ? Plus difficile à imaginer. On avait rarement vu qui que ce soit soutenir une équipe après son élimination…

Non, lecture faite de l’article, on découvrait que le supporter interrogé était en réalité un Français : Sami, 25 ans, habitant à Marseille. Et là, tout devenait encore plus confus. Défendre nos couleurs à « nous », c’est bien ce que « nous » avions fait ce soir, en mettant laborieusement deux buts aux Nigérians à la dernière minute, non ? Quant à soutenir l’Algérie, c’est ce que nous avions fait aussi, majoritairement, dans la foulée. Justement parce que beaucoup de nos concitoyens sont d’origine algérienne. Alors de deux choses l’une : soit Sami n’a pas de papiers, soit il mérite un carton.

Parce que sa phrase exacte est rapportée en dernière ligne de l’article : « On a perdu en huitième de finale mais il nous reste la France. On compte sur eux pour nous défendre. » Non seulement ce sympathique jeune homme semble dire que son pays, c’est l’Algérie.

Mais en plus il considère qu’il lui « reste » la France pour « défendre » ses couleurs. Sami, qui ne doute de rien, compte sur « eux ». Et eux, c’est nous. Moins lui, donc. Cette auto-exclusion de la communauté nationale constitue sans doute l’échec le plus triste de l’intégration. Diversité, j’écris ton nom… avec les pieds.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00687305_000016.

Plutôt Juppé que Guaino : Je rêve ou quoi là ?

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guaino primaires UMP

guaino primaires UMP

J’ai lu. J’ai regardé quel était l’auteur. J’ai même appelé la rédaction pour savoir s’il n’y avait pas erreur sur ce dernier. Et puis non… C’était bien le camarade Leroy qui avait signé ce papier. Mais j’imagine que ce doit être sous la torture ; ce n’est pas possible autrement. En fait, c’est surtout le premier paragraphe qui m’a mis sur le séant. Voilà que l’auteur nous explique qu’en cas de primaire UMP, il ira voter – et je ne lui en voudrai pas parce que j’ai fait exactement la même chose pour le PS en 2011- mais qu’en sus, il donnera sa voix au candidat du triumvirat (Juppé ou Fillon) qui serait « moins à droite » qu’un représentant de la ligne aujourd’hui représentée par Henri Guaino, Rachida Dati, Laurent Wauquiez et Guillaume Peltier. Il ajoute – et c’est à ce moment là que j’ai cru à l’écriture sous la torture – qu’il voterait donc pour le représentant d’une ligne « centriste, européenne et raisonnablement libérale ».

Alors que Henri Guaino, le plus charismatique des mousquetaires de Valeurs Actuelles, a défié cette ligne pendant les élections européennes, refusant de voter pour Alain Lamassoure en expliquant que c’est au nom de la détestation de l’Europe telle qu’elle se construit depuis trente ans, pourfendue par Jérôme dans une bonne centaine de papiers sur Causeur. Que Jérôme se sente plus proche de Juppé que de Guaino, c’est déjà un peu fort de café. Après tout, Juppé, c’est la même politique que Valls, la calvitie en plus. Mais alors Fillon… Il a lu, Jérôme, les propositions de l’ex-Premier ministre dans L’Express ? L’ancien chef de gouvernement de Sarkozy ne propose pas moins qu’un choc thatchérien, sans l’euroscepticisme de la Dame de Fer, seul côté qui aurait normalement pu nous le rendre, Jérôme et moi, un peu sympathique. Le plus à droite, le plus libéral économiquement –et je passe sur ses propositions remettant en cause le droit du sol, que Guaino ne cautionnerait jamais – c’est incontestablement François Fillon.

Mais Jérôme, ou celui qui se fait passer pour lui, pourrait me rétorquer : « Il n’y a pas que Guaino ». Passons sur Rachida Dati, qui semble totalement coller à la ligne du député des Yvelines, et ça ne date pas d’aujourd’hui puisqu’elle avait déjà manifesté un véritable élan de sympathie pour les idées de Dupont-Aignan. Terminons par Laurent Wauquiez qui traîne aujourd’hui dans les milieux de gauche une très mauvaise réputation pour avoir un peu fricoté avec Patrick Buisson. Il s’agit d’un exemple très intéressant. J’évoquais son cas avec un chercheur spécialiste de la droite pas plus tard que samedi et il me faisait remarquer que le député de Haute-Loire, bien qu’ayant souvent rencontré Buisson, n’évoque jamais les thèmes identitaires. En revanche, il parle de « décadence ». En fait, il regrette un peu le « monde d’avant ». Un Leroy de droite, en somme. Reste Guillaume Peltier et là, effectivement, je comprends que Jérôme puisse être rebuté par son parcours et son style, mais reconnaissons que ce dernier joue les utilités. D’ailleurs, son nom est cité dans des histoires de formations vendues à prix d’or à des mairies UMP du sud de la France et il pourrait bien disparaître du paysage politique.

Franchement, un communiste maintenu qui voudrait voter à une primaire UMP ne peut que préférer un duo Guaino-Wauquiez à Fillon ou Juppé. Dans le cas contraire, il jouerait vraiment à la politique du pire. Il est pour tout dire étonnant voire incompréhensible que Jérôme se soumette à la grille de lecture droite-gauche des médias mainstream, ce qui le conduit aussi à tomber dans le piège que lui tend Laurence Parisot, dont récent le volte-face autour de la question du SMIC est à mettre sur le compte de sa volonté d’exister dans les médias, alors même qu’elle incarne encore plus que Gattaz la politique contre laquelle Jérôme lutte avec talent depuis que je le lis dans ces colonnes.

*Photo : Hannah

Hors concours

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kouchner euthanasie bac

kouchner euthanasie bac

Au grand concours de la Bêtise de la semaine, il y a bien sûr Benoît Hamon qui a l’air de penser qu’une faute grammaticale et une faute syntaxique sont intrinsèquement différentes. Mais je voudrais ici saluer un sommet, atteint ces derniers jours, en commentaire sur l’affaire Bonnemaison, par un multi-récidiviste, Bernard Kouchner.

Interrogé sur ce qu’il pensait du délicat problème de l’euthanasie, le french doctor ex-PS ex-Sarko-boy s’est exclamé : « « N’employons plus jamais le mot « euthanasie ». D’abord, il y a le mot nazi dedans, ce qui n’est pas très gentil. Et puis on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens ». Si ! C’est . Profitez bien de la vidéo. Hmm… Que je sache, le bon docteur Bonnemaison ne les achevait pas au gaz, mais au curare.

Mais Kouchner tenait à remporter à la fois la palme de la khonnerie hebdomadaire (ou mensuelle, ou peut-être annuelle : avant d’en retrouver une de ce format…) tout en pulvérisant le Point Godwin. Euthanazie ! Sachant que les parents de Kouchner ont été malheureusement déportés à Auschwitz en 1944, qu’aurait pensé Lacan d’un tel mot-valise ?

À noter qu’il donne des idées. Les lycéens du Bac S dont je parlais dans ma dernière chronique, ceux qui se plaignaient de la trop grande rigueur de l’épreuve de maths, ont sans douté été trop mathisés.

Mon chat, Whisky, a des puces. Lorsque je le passe au peigne fin, irai-je jusqu’à appeler cela un dépucepelage ? Et dysorthographier, est-ce caresser à rebrousse-poils le chat des aiguilles ?
Et pour en rester aux chats, on sait qu’ils abhorrent les enfants. C’est normal, les chats sont des gastronomes à heures fixes, qui répugnent au mou tard. Enfin, Whisky a quelques puces : c’est mieux que la France, qui ne manque pas de polytiques.
Quant à mon ordinateur, il a commencé par des puces, et maintenant il a des bugs : c’est parce que je m’en sers comme d’un pense-petites-bêtes.

Je parlais il y a peu du Petit Fictionnaire illustré d’Alain Finkielkraut, où l’on trouve le « sapotage » — « soupe servie froide intentionnellement ». Bernard Kouchner nous expliquera un jour que cette soupe froide se mitonne sur du gaz pas chaud. Sans rire.

Ou que les sales gosses qui pissent sur les colonnes de fourmis pratiquent la formication — une forme fréquente de sexualité enfantine…

Pour en revenir au curare du docteur Bonnemaison, je m’étonne que ce détail n’ait pas excité  la verve  de l’ex-ministre. Franchement, qu’un médecin de cette génération (on y faisait encore des études sérieuses, le latin et le grec étaient les langues de référence des carabins d’autrefois) semble ignorer que l’euthanasie, c’est la « bonne mort » (eh oui, il en est des moins goûteuses…), c’est à se taper la tête contre les murs (je précise, dans ce contexte, qu’un fondu enchaîné n’est pas forcément un fou sous camisole). Peut-être est-ce l’âge — « le pourrissement de certaines cellules peu connues », comme disait Boris Vian. Faut-il déjà lui rappeler qu’un ectoplasme n’est pas une plaquette sanguine de 100 grammes ?

La vérité, c’est qu’on ne l’avait pas filmé depuis un certain temps, et que les caméras lui manquaient. On se souvient de son affectation à attendre le soleil d’après-midi pour débarquer du riz en Somalie : c’est à 1mn40, à se passer en boucle.

À l’époque il représentait Mitterrand. Plus tard, il a représenté Sarko. Maintenant qu’il ne représente plus que lui-même, il en est à faire des calembours débiles. Ah, c’est pas bô de vieillir !

PS : Assez décodé. Signez et faites signer la pétition sur la laïcité lancée à l’initiative de Marianne. C’est rédigé en termes mesurés, mais l’essentiel y est dit. Et il y a dans les signataires plein de beau monde fréquentable — le bon docteur Kouchner n’y est pas, dis!

*Photo : Frederic Sierakowski/ISOP/SIPA. 00680249_000007.

Délit de culture en Thaïlande

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La Thaïlande est depuis le début du mois de mai gouvernée par une  junte militaire. Si le pays est habitué aux coups d’Etat, l’absence de solutions démocratiques envisagées par le pouvoir en place inquiète sur la scène internationale, comme en témoignent les « sanctions » de l’UE. La puissante police locale, totalement dévouée à l’armée, avait probablement pour idée de faire un « coup » médiatique en procédant à l’interpellation d’un manifestant pas comme les autres.

« L’homme au sandwich » tel qu’il est désormais d’usage de le nommer, a eu maille à partir avec la force publique locale pour s’être rendu coupable de lire 1984 de George Orwell sur la place publique, à quelques encablures d’un immense centre commercial de Bangkok.

Quel manque de pudeur en effet, que de s’afficher ainsi fièrement lecteur dans un pays où la culture étrangère a mauvaise presse et le simple fait de lire un bouquin, comme en Occident, est désormais un truc un peu louche. Ce brave bonhomme (dont l’embonpoint est sans doute pour quelque chose dans son aspect débonnaire) a provoqué un début d’attroupement autour de lui. Lorsque les policiers s’approchèrent pour s’enquérir de son état, il justifia sa lecture par un bref slogan, dans la langue de Molière s’il vous plait « Liberté, égalité, fraternité ». Notre homme au sandwich ne s’arrêta pas en si bon chemin et se saisit de son téléphone devant les nombreux photographes trop heureux de saisir l’instant pour faire retentir la Marseillaise.

C’en était décidément trop. Le malheureux est en plus un crypto-nationaliste français, un potentiel électeur de Marine qui s’ignore sans doute. C’est donc tout naturellement qu’il se fit embarquer manu militari.

« Une société hiérarchisée n’est possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. » disait 1984. Les autorités thaïlandaises ont bien lu Orwell, elles aussi.

Ecoles de journalisme : usines à bien-pensants ?

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journalisme police de la pensée

journalisme police de la pensée

Tous des gauchos ! entend-on régulièrement râler dans tous les PMU de France, au sujet de nos amis les journalistes. Propos de comptoir ? Pas sûr. En juin 2012, le magazine Médias publie un sondage indiquant que pour la présidentielle, chez la très sainte congrégation des journalistes,  74% ont voté François Hollande au second tour. Au premier tour, Mélenchon fait mieux que Sarkozy, et Marine Le Pen ne fait que 3%. La « religion des temps modernes », comme l’appelait Balzac, est monothéiste, et on connaît sa chapelle ! Mais d’où vient cette uniformité idéologique ?

Tout le monde ne peut pas être, comme Nicolas Demorand, agrégé de lettres, et beaucoup de nos apôtres du politiquement correct viennent du même portique : on trouve souvent sur leur CV, la mention « école de journalisme ». Si l’autoroute de la pensée unique a un péage, c’est bien celui-là, précieux sésame qui permet d’accéder aux plus hautes sphères. C’est peut être là, au bercail de nos ouailles médiatiques, qu’il faut chercher la raison de leur conformisme.

Nicolas, 23 ans, (ex-)étudiant à l’ISCPA Blagnac, école de journalisme privée, voulait, le malheureux, faire un stage dans votre magazine préféré. Las, quant il quémanda sa convention de stage à sa directrice, celle-ci refusa tout net, sous le fallacieux prétexte que « c’est trop politisé ». Un professeur de « critique des médias » eu même cette phrase lapidaire « Je ne savais pas que tu étais fasciste » [1. Précisons que le fasciste en question a depuis courageusement démissionné de cette école et rejoint le camp des ténèbres qu’est la rédaction de Causeur, où il se trouve très heureux.]   [access capability= »lire_inedits »]

Un sectarisme inouï, qui, loin d’être une lubie d’un ancien de Libé atrabilaire, se retrouve de manière plus ou moins diffuse, dans beaucoup de ces écoles qui forment le banc et l’arrière des journalistes tenant le haut du pavé. 14 écoles seulement sont reconnues par la Commission paritaire nationale pour l’emploi des journalistes (CPNEJ), composée de représentants de patrons de presse et de syndicats (le SNJ tenant les rênes). Des écoles souvent accusées d’être de véritables usines à « bien-pensants » agents interchangeables d’un pouvoir médiatique immense qui produirait des fantassins du politiquement correct. Alors, complot ou réalité ?

Pour Christophe Deloire, ex-patron du CFJ et directeur de RSF, c’est « un procès injuste ». Il assure qu’il est arrivé au CFJ conscient de la mauvaise réputation de l’école. Soucieux de pluralisme, il veut former l’esprit critique de ses étudiants. Il invite Mélenchon, Tariq Ramadan et même le grand méchant loup, Jean-Marie Le Pen. A cette occasion, le Syndicat des journalistes avait organisé une manifestation avec des banderoles explicites « Le Pen au CFJ – Non au racisme dans les médias » et s’était fendu d’un communiqué rageur s’inquiétant «  que ce soit justement dans une école de formation de journalistes, issue de cette même résistance, que ces funestes retours à un passé qui a causé des millions de morts en Europe puissent être réhabilités. » (sic).  Mais « aucun étudiant ne s’en est indigné », assure l’ancien directeur, ce que plusieurs anciens élèves confirment. Un conflit de générations, entre une vieille garde militante et syndiqué et une nouvelle génération dépolitisée et technicienne ? Pas sûr. Car, derrière la façade pluraliste, facile à mettre en place en invitant un Jean-Marie Le Pen devenu malgré lui la « caution diversité » du système, il reste un fond d’uniformisation idéologique plus réel que jamais.

En effet malgré la bonne volonté de la direction, il semble qu’un climat de bien-pensance se soit installé dans l’école, et ce autant à cause du zèle des étudiants que des reflexes idéologiques de certains formateurs.

Ainsi Vincent, ancien étudiant au CFJ, raconte l’hostilité latente et lancinante rencontrée chez les professeurs. Ainsi, parce qu’il effectue un stage au Figaro magazine, il a le droit régulièrement à un « ça va, pas trop dur ? » qui en dit long. Quand il propose comme parrain de promotion le journaliste Adrien Jaulmes, prix Albert Londres, sa proposition declenche l’indignation, au motif que celui ci travaille pour le Figaro. Les élèves choisissent finalement Laurent Mauduit, cofondateur de Médiapart, autrement plus consensuel…

Autre affaire qui en dit beaucoup sur « l’état d’esprit » régnant dans l’école. Une ancienne élève du CFJ-pro (formation professionnalisante de l’école), qui avait validé tous ses cours, n’a pas été diplômé, parce qu’elle travaillait pour Valeurs Actuelles et Spectacle du monde, et avait fait un long reportage sur la GPA « ils considéraient que ça n’était pas du journalisme », affirme Vincent.

Un cas qui n’est pas isolé. Une étudiante raconte que cette année, quand une des élèves a affirmé son intention d’établir un contrat avec le magazine Valeurs Actuelles, des élèves sont allés voir la direction pour leur demander « si il était normal que l’école accepte des gens qui travaillent avec un journal contraire aux Valeurs de la République ». Bouh les rapporteurs !

Un sectarisme diffus qui prend parfois les allures d’une inquiétante uniformité idéologique à la mode soviétique. Pour les présidentielles en 2012, l’école décide d’organiser une simulation de vote interne. Résultats : 0 voix pour Nicolas Sarkozy, un second tour Hollande/Mélenchon, avec victoire par K.O de la gauche conformiste.  Alexandre, étudiant au CFJ cette année là, avait voté Dupont-Aignan … son vote est parti à la poubelle ! « Les élèves ont cru que c’était un canular, car certains avaient voté Cheminade, « pour rigoler » », explique-t’il. Un cocktail orwellien de nonchalance, de dépolitisation et d’automatismes idéologiques qui fait froid dans le dos.

Pour Deloire, qui relativise ce scrutin interne, la faute n’en est pas à la formation, ouvertement pluraliste, mais aux élèves, qui, il le déplore, affichent souvent une convergence idéologique inexplicable.

Pas si inexplicable que ça en réalité. Pour Philippe Lansade, directeur d’une petite école l’HEJ (Lyon-Montpellier), la faute en est à la vieille garde encartée au SNJ, qui constitue la majorité des formateurs. Une génération militante, qui tient depuis 30 ans l’ensemble de la profession et de ses codes : « Mitterand a karchérisé la presse française en 1981, mettant partout ses affidés », avance-t-il. Depuis, ils ne cessent de se reproduire, attirant dans leur giron ceux-là même qui se sentent à l’aise avec une certaine culture journalistique. Des formateurs formatés, qui font le tri à l’entrée, verrouillent le système et assurent leur reproduction sociale, un sentiment d’appartenance à une caste, un club, avec ses codes, ses automatismes, et en filigrane, la peur d’être exclu.

Plus que des usines à formatage, ces écoles seraient ainsi des aimants à formatés. D’après Laurent Obertone, issu de l’ESJ Lille, qui dû subir les foudres de l’ensemble de la profession à la sortie de La France, orange mécanique, « les écoles de journalisme offrent un panel technique et méthodique de connaissances à des individus pour la plupart déjà formatés. En tout cas idéologiquement compatibles avec ce milieu. » Et d’ajouter : « Soit on adhère avec zèle à cette compétition morale, soit on divise par mille ses chances d’exister dans ce milieu ».

Mais pourquoi les jeunes veulent-ils donc faire du journalisme ? Le rêve du jeune apprenti dans un monde idéal ? D’après les directeurs interrogés, pour les filles c’est plutôt photo reporter, pour les garçons, journaliste sportif. (Visiblement la théorie du genre n’a pas encore pénétré ces écoles). Mais c’est la crise, et le journaliste, comme les autres n’a plus de rêves, mais seulement des peurs, avec pour la première d’entre elles, le chômage. Désormais, c’est un « polyvalent » qui veut aller « là où y a du boulot ».

François Ruffin, dans un livre qui fit scandale Les petits soldats du journalisme, accusait le CFJ en particulier et les écoles en général de développer ce « journalisme insipide, aéfepéisé, routinisé, markétisé, sans risque et sans révolte, dépourvu de toute espérance  », fabriquant des fantassins soumis aux grands méchants patrons de presse.

« Chiens de garde » « valets du capital », cette rengaine propre à une certaine extrême gauche bourdieusienne qui a pour credo « dis moi qui te possède, je te dirai qui tu es » semble pourtant aujourd’hui dépassée. Car le pire censeur pour le journaliste, ce n’est plus le patron de presse, c’est lui-même. Une autocensure inconsciente, diffuse et mécanique, autrement plus efficace qu’un coup de fil de Serge Dassault pour limer les plumes et noyer l’esprit critique.

Chez ces gens-là le problème est bien qu’on ne pense pas, comme chantait Brel. C’est peut être là tout le charme vénéneux du politiquement correct, qui loin de toujours s’imposer sous la forme inquisitoriale d’une tirade d’Aymeric Caron, ressemble bien souvent à la simple reproduction d’automatismes creux et de réflexes systématiques, qui crèvent comme une bulle de savon à la moindre objection, tant il manquent de structure et de culture politique. Ainsi, pour Alexandre, on est loin d’avoir affaire dans ces écoles à des trotskystes embusqués : « On est moins là dans le militantisme que dans une forme de prêt-à-penser, des automatismes ». Il ironise sur le soi-disant gauchisme des étudiants du CFJ : «  C’était plus la promo Bertrand Delanoë que la promo Edwy Plenel, pas des ayatollahs, mais des élèves désidéologisés, consuméristes, hédonistes et liberaux-libertaires ».

Sans doute est-ce le symptôme, d’un journalisme, qui, de métier intellectuel, est passé, à mesure que s’étend le domaine de la lutte, sous la domination du marché, c’est-à-dire de l’immédiateté et de l’empire communicationnel. Une mission d’intellectuels, chargés de comprendre et décrypter le monde, quitte parfois à penser contre soi-même, qui a d’abord été dévoyée par une génération militante qui s’est donné pour mission d’accompagner le changement, puis est devenu le métier fastidieux et technicien de « bots-journalistes » (Obertone), dépossédés de leurs esprits critiques, chargés de relayer les signaux de la société de communication.

« L’évènement sera notre maitre intérieur » : la célèbre phrase d’Emmanuel Mounier pourrait être la devise d’un journalisme éloigné à la fois des ardeurs militantes et de la fausse objectivité technicienne. Ce n’est pas au journaliste de forcer l’évènement à rentrer dans le moule de ses idées préconçues. Il n’est pas là non plus pour s’en faire le simple relais imbécile. Mais pour aider par sa subjectivité et son regard critique à la compréhension des faits. [/access]

Illustration : Soleil

Un été de droite?

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ump fn immigration algerie

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Je ne sais pas, au-delà de l’affaire Bygmalion et du retour éventuel de Nicolas Sarkozy, si ce si qui se déroule du côté de l’UMP est une bataille idéologique. J’aimerais bien. Après tout, c’est respectable une bataille idéologique et c’est même ce que l’on demande à un parti politique quand il est dans l’opposition. Réfléchir à sa ligne pour la prochaine fois. Moi, par exemple, en tant qu’électeur de l’autre bord, ça m’intéresse de savoir où va l’UMP politiquement. Sur une ligne centriste, européenne, raisonnablement libérale (oui, on peut être raisonnablement libéral, enfin, il paraît), ce qui semble être l’option du triumvirat provisoire Juppé-Raffarin-Fillon ou si au contraire elle fait le choix d’un ancrage clairement à droite comme le proposent Dati, Wauquiez, Guaino et Peltier dans un appel publié par Valeurs Actuelles.

D’ailleurs, s’il devait y avoir des primaires ouvertes à droite, comme l’avait fait le PS avant 2012, j’y participerais quitte à payer quelques euros symboliques et à signer une déclaration indiquant que je souscris aux valeurs fondamentales de la droite. Il m’étonnerait, en effet, qu’une telle déclaration puisse être autre chose, comme l’avait été celle des primaires PS, qu’une pétition de principe autour de quelques grandes valeurs républicaines déclinant notre chère vieille devise nationale :« Liberté, égalité, fraternité ». Je voterai évidemment pour le moins à droite, ce qui est de bonne guerre, comme j’avais voté pour le plus à gauche pour les primaires du PS. La politique du pire, ce n’est pas mon genre de beauté.

Seulement voilà, le climat est très bizarre. Pour tout dire, le climat est très à droite, vraiment très à droite, voire réactionnaire. L’offensive a lieu sur tous les fronts, même le Front national. Résumons l’état des opérations : face un gouvernement de gauche qui n’a jamais été aussi peu à gauche, ça tire de partout, et ça donne une légère impression d’encerclement.

Par exemple, il y a ce recul sur l’ABCD de l’égalité de la part de Hamon et de l’inénarrable Najat Vallaud-Belkacem. Je n’étais pas un fan de l’ABCD de l’égalité, c’est le moins qu’on puisse dire. Fruit de l’aile la plus radicale d’un petit noyau féministe qui avait fait sa place dans les cabinets ministériels comme un coucou vient squatter un nid qui n’est pas le sien, ce dispositif alliait la niaiserie pédagogique au cynisme politique, en focalisant la communauté scolaire sur un problème franchement annexe si l’on voit à quoi en est réduit l’Education nationale toujours en proie à une grande misère du recrutement. Il n’empêche, nos deux excellences ont capitulé face à une fraction extrémiste allant de Christine Boutin à la soralienne Farida Belghoul qui a joué sur les pires fantasmes, les pires pulsions et a même initié, avec la journée de retrait de l’école, une opération de type factieux. Ce recul ne peut que leur donner des ailes et on attend d’ores et déjà la prochaine offensive contre l’école de la république. Hamon et Vallaud-Belkacem, pour reprendre les mots de Churchill ont voulu éviter la guerre au prix du déshonneur et ils auront le déshonneur et la guerre. Ils ont oublié, en la matière, que persévérer n’est pas diabolique : au contraire, persévérer est politique et rien ne les aurait empêchés de faire le gros dos et de vider progressivement ces ABCD de leurs contenus.

Dans un autre genre de beauté, la lettre des patrons au JDD exigeant du gouvernement une accélération des réformes et l’entrée dans la loi du pacte de responsabilité, allant jusqu’à demander que le Parlement, cet emmerdeur, ne vienne pas les contrarier par des amendements liberticides, indique bien que lorsqu’on n’établit pas de rapports de force, ou qu’on ne tente même pas de le faire, on donne des ailes à un adversaire qui n’en espérait pas tant. Un tel comportement maximaliste avait d’ailleurs naguère affolé jusqu’à Laurence Parisot elle-même qui reprenait sans la célèbre phrase de Warren Buffet qu’on ne cite hélas pas souvent en indiquant que le milliardaire déplorait cet état de chose : « C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner” Cette révolte des patrons succède d’ailleurs à un conflit social, celui des cheminots, qui s’est déroulé dans une atmosphère de lynchage rarement atteinte dans laquelle les grévistes n’ont jamais pu, à un seul moment, faire état du fond de leurs revendications qui n’avaient rien de corporatiste mais voulaient sauver ce qui restait du service public.

Le comble du délétère est maintenant atteint avec le parcours de l’Algérie en coupe du monde. Entre un sondage pour les internautes du Point, reprenant telles quelles les propositions de Marine Le Pen sur la fin de la double nationalité (sondage retiré car il est trouvé consternant par la rédaction elle-même et l’arrêté d’Estrosi interdisant les drapeaux étrangers ostentatoires, ce qui a tout de la mesure vexatoire, on a vraiment l’impression que l’on joue à la prophétie autoréalisatrice et qu’on attend les émeutes entre effroi et extase. Distinguer le voyou du supporter ne vient plus à l’idée de personne, savoir que l’on peut vibrer pour les deux équipes non plus. Et encore moins le fait que certains porteurs de drapeaux ostentatoires paient des impôts et cotisent pour les retraités niçois non plus.
On pourra toujours me dire, après, que c’est la gauche qui est au pouvoir, moi, je sais que l’été 2014 penche à droite. Très à droite.

Lettre d’un remplaceur à Renaud Camus

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camus contre remplaceur

camus contre remplaceur

On espérait le Grand Chambardement, Renaud Camus nous menace du « Grand Remplacement ». Pour le conjurer, il a battu le rappel autour d’une « liste antiremplaciste». Est-ce limpide ? Pas assez ? Il explicite : « Non à l’immigration de masse. Non à l’islamisation. Non au changement de peuple et de civilisation. Non au Grand Remplacement. » Et il enchaîne : « Le phénomène le plus important de notre époque, celui que retiendra l’histoire comme le plus marquant, c’est… »c’est le déménagement en France de Guy Sitbon et de son ami Béchir el-Rahni. Guy Sitbon, ici présent, Béchir, mon pote de toujours. Camus (pas Albert, Renaud) ne nous cite pas nommément, mais il lui apparaît que moi, Béchir et les x millions de nos pareils maghrébins, africains, turcs et compagnie avons « radicalement bouleversé le paysage culturel et physique ». Nous avons « remplacé » le peuple de France par un autre, le nôtre, les nôtres. Nous nous apprêtons à y instaurer nos arts, nos armes et nos lois. Nous poignardons, nous égorgeons la civilisation européenne et entendons bien la remplacer par la (les ?) nôtre. Nous triompherons face à ce peuple français « déculturé, hébété par l’imbécillisation de masse ». (Je n’invente rien, vous le trouverez noir sur blanc dans Info-Bordeaux, 20 mai). Pour conjurer ce cataclysme, R. Camus a imaginé un nouveau concept : la remigration. En bon français, un tendre coup de pied au cul. Pas de violence, juste nous renvoyer dans le pays de nos pères, nous « rendre à notre vraie patrie ». Contre le Grand Remplacement, la remigration. Là au moins, c’est clair pour tout le monde : virer les métèques. La grande expulsion. Un remake d’Isabelle et Ferdinand, rois catholiques d’Espagne se débarrassant des juifs et des Maures. En 2014, ça aurait de la gueule, quand même… Vous imaginez un peu : les gares, les aéroports, les adieux, mouchoirs au vent. Nos amis nous accompagnent jusqu’à Roissy. Vous allez nous manquer, on ne vous oubliera jamais. Je paierais cher pour figurer un instant dans ce grandiose péplum. Hélas, Monsieur Camus, vous n’y assisterez pas, je n’y jouerai pas. Hélas, trois fois hélas, Monsieur Camus, vous extravaguez.

Reprenons depuis le commencement. Vous nous accusez de coloniser votre pays. Vous savez mieux que moi − c’est vous, le bon Français − que le vocable coloniser renvoie au moins deux échos : un groupe colonise un territoire en s’y implantant ou en l’annexant. Le mot colonisation évoque aujourd’hui les guerres de souveraineté que vous savez. Nous, nous colonisons dans le premier sens : on déménage avec nos bagages, pas avec nos armées. Vous voyez la distinction, Monsieur Camus ? Vous jouez de la polysémie (on est fort en français, hein ?) pour nous stigmatiser, pour nous tatouer sur le front la marque du malvenu, pour attiser les tensions. Vous trouvez que c’est joli, ce que vous faites ? Qu’il est civilisé d’inciter les mortels à se taper sur la gueule ? Moi, je pencherais plutôt vers un langage d’apaisement que votre talent pêchera aisément si vous vous y mettiez. Essayez, vous verrez, ça calme. [access capability= »lire_inedits »]

Pourquoi on est venu, Béchir, moi et les nôtres ? Pour une seule raison : la France est sans le moindre doute le pays où il fait le mieux vivre. On aime notre pays, la Tunisie, plus que toute terre sur terre, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Mais, dites-moi, vous avez déjà survolé la désolation maghrébine, ses étendues poussiéreuses à l’infini ? À l’approche de vos rivages, la nature se reverdit, l’hirondelle est de retour. Vous avez déjà visité nos villes ? Moi, Béchir, nous nous y sentons mieux que partout ailleurs, nous respirons un air que nos poumons reconnaissent, nous écoutons notre dialecte chanter à nos oreilles comme une ballade du temps jadis. À Paris, chaque jour que D. fait, nous manque le chant du muezzin, nous, ni musulmans ni croyants. Mais nos cités, vous avez vu à quoi elles ressemblent ? Je n’oserai pas les décrire, je blasphème- rais. Et Paris, vous avez visité Paris ? Vous est-il arrivé d’y passer une journée sans tomber de ravissement, d’émerveillement ? Vous voyez le Pont-Neuf ? Accoudez-vous à la balustrade d’un côté, puis de l’autre, et admirez. Après, vous ne viendrez plus me demander pourquoi j’ai pris pied chez vous. Et puis quoi, trêve de lyrisme : vous me voyez travailler dans un journal tunisien ? Vous les avez lus ? Et comment voulez-vous que je vive avec 800 dinars (350 euros) par mois ? Mes cousins maçons, là-bas 150 euros, ici 1400. Et je vous jure, pour vous peut-être, y’a pas de boulot, pour nous, au noir, pas un jour de chômage ! Le noir, il est proposé à vos cousins comme aux miens. Les vôtres, ils exigent plus, mieux, bravo ! Nous, on prend ce qu’on trouve et on est bigrement content. On vit en se serrant et on envoie des centimes au pays où ça fait un paquet de dinars. Voilà pourquoi nous sommes chez vous, Monsieur Renaud. Ça ne vous plaît pas ? Trop c’est trop ? Ne vous fâchez pas, parlons-en.

Votre angoisse ne tient pas tant à notre quantité qu’à notre mentalité. Nous sommes des Arabo-musulmans. Désolé de vous le valider : c’est vrai. Musulmans, juifs, chrétiens d’Orient, nous avons tous appartenu, treize siècles durant, à l’aire conquise par le jihad du Prophète. À sa langue, à son art, à ses us et coutumes. Mes ancêtres finançaient les pirates barbaresques, ma famille a, j’espère bien, empoché une cassette de douros à la revente d’un de vos aïeux. Les vôtres n’y allaient pas non plus avec le dos de la cuillère. Les empires chrétiens refoulés, disons au viiie siècle, l’islam s’étant étalé de tout son long sur le Sud, nous sommes restés, vous et moi, front contre front, plus d’un millénaire.

On a beau dire, mille ans, c’est long. Un beau jour, vous avez tranché d’un coup de yatagan et vos bataillons ont débarqué dans ma ville, Monastir. Ma grand-mère s’en souvenait comme d’hier. J’étais jeune fille, me racontait- elle en arabe (elle ne parlait pas un mot de français, portait fouta, saroual et haïk), les soldats français violaient et pillaient (inexact, ils furent corrects), on s’est enfermé à double verrou toute une semaine. Ce fut la colonisation, la vraie, la vôtre. La mienne, c’est une autre chanson.

Après les soldats débarquèrent les instituteurs. Ils nous ont enseigné le français. J’étais un cancre, Béchir m’écrasait en thèmes latin et grec. Et puis vint l’histoire, vous voyez ce que je veux dire ? J’ai remué ciel et terre pour vous chasser. Vos policiers m’ont boxé pour me faire parler (j’ai tout avoué), vos gendarmes m’ont bastonné la plante des pieds (ça ne s’oublie pas). Résultat : sans trop vous faire prier, vous êtes partis comme vous étiez venus, une fleur au fusil, à la bouche une chanson.

Aux premiers pas de votre conquête, on ne devait pas trouver plus d’une dizaine de livres imprimés à Monastir. L’invention de l’imprimerie mit un an à passer de Mayence à la Sorbonne. Il lui fallut trois cent cinquante ans pour arriver à Tunis. Nos ancêtres se préservaient de tout ce qui venait de vous comme de la peste (nous avions la peste et pas les livres). Nous somnolions. Vous nous avez réveillés. Merci la France, merci R. Camus ! À coups de baguette, vous nous avez fait rentrer votre langue dans la tête. Croyez en notre reconnaissance éternelle.

Tout cela aurait pu s’arrêter là, chacun chez soi et D. pour tous. L’histoire, vous savez… Vous possédez tout le savoir, nous zéro ! Vous êtes infatigables à innover, nous macache ! Nous vous avons pillé comme dans un bois. Dans mon enfance, à Monastir, tous les objets d’usage courant étaient fabriqués sur place, ils dataient du xiiie siècle (Braudel les décrit). Aujourd’hui, tout, absolument tout, a été créé chez vous. Nos grands-pères s’habillaient à l’arabe, nos pères à l’européenne. Notre architecture, nos meubles… nous avons même répudié nos hammams pour vos salles de bains (quel dommage !) Nous sommes devenus vous. Béchir, tous les Béchir et tous les moi nous sommes métamorphosés en autant de Renaud Camus. Et attention, n’allez pas vous égarer, nous n’y sommes pour rien ! C’est vous qui l’avez voulu. Vous vous êtes battus comme des chiens, vous êtes morts comme des mouches pour obtenir de nous ce que nous sommes. Tout ça, ça fait de très bons Français. Et maintenant, vous venez nous le reprocher. Ben merde, alors ! Ils sont gonflés ces Français !

Chez vous il y a tout, chez nous rien. Fallait bien s’y attendre, mon petit Renaud, on n’est pas plus bête qu’un autre, on est venu chez vous. On ne nous a pas accueillis à bras ouverts. Je ne compte pas les heures de queue aux préfectures à renouveler la carte di sijour, la carte di trivail. Pour ma naturalisation, en 2001, j’ai subi une épreuve de connaissance de la langue. Mon inspecteur était un ex-Portugais bègue.

Aujourd’hui, faire le grand saut, c’est un peu plus dur. Pour 1500 euros, tu as droit à une place dans une embarcation avec une chance sur cinq de chavirer. Il reste quatre chances, pas mal. J’ai entendu, à Alger, des chanteurs de rue : « Je voudrais m’appeler Michel / Voir tous les jours la tour Eiffel. » Un autre : « Plutôt mourir à Paris que vivre à Alger. » Les sans-papiers, il m’arrive d’en héberger. Qu’est-ce que tu ferais à ma place ? J’ai vécu dix ans sans papiers.

Je te casse les pieds avec toutes ces histoires (laisse- moi te tutoyer, on ne vouvoie pas en arabe) pour que tu comprennes une bonne fois pour toutes, toi et les tiens, qu’en brandissant la civilisation chrétienne en péril, tu délires. Oui, nous avons connu un choc des civilisations, non, il ne perdure pas. Il a pris fin le 3 juillet 1962, à l’in- dépendance de l’Algérie. Nous avons perdu, vous avez gagné. Que dis-je, vous avez triomphé dans les grandes largeurs. La civilisation chrétienne, européenne, occidentale, appelle-la comme tu voudras, a effacé toutes les autres. Plus personne ne construit de pagodes ou de villes arabes, tout le monde s’habille à la londonienne ; le maire de Pékin s’est engagé à enseigner l’anglais à toute sa population. Tu peux bien haïr la globalisation, comme moi, la tour Montparnasse, je ne peux pas la voir, mais si on m’y offre 300 mètres carrés, crois-moi, je ne cracherai pas dessus. Tu as peur que débarque chez toi la civilisation arabo-islamique ? Mais elle est morte et enterrée, c’est son fantôme qui te hante. Autant des civilisations chinoise, indienne : c’est payé, balayé, oublié, je me fous du passé.

Tu vas me dire, ouais, ils continuent à parler l’arabe dans l’autobus, je ne me sens plus chez moi. C’est un peu vrai. Pour les derniers arrivés. Mais comprends-nous. Ça nous fait chaud au cœur. Il ne t’aura pas échappé, quand même, que nous n’envoyons pas nos enfants à l’école arabe, qu’il n’existe pas un seul journal en arabe en France. On en trouve en chinois, en thaï, en patagon, pas en arabe. Je contribue à un magazine en français pour les Maghrébins de France, on souffre mille morts à trouver notre public. Dans le lycée en bas de chez moi, on peut choisir entre huit langues étrangères dont le hongrois mais pas l’arabe, alors que plein d’élèves le sont. Pourquoi pas l’arabe ? Pas de demande. Les parents s’en foutent. Moi et Béchir, ça nous fait du chagrin, mais eux veulent être français comme français. Pour que Renaud Camus se tranquillise.

Tu dis : non à l’islamisation. Là, faut pas rêver. Tu as 6 millions de musulmans en France et il va falloir que tu t’habitues à vivre avec eux et ceux qui suivront. L’islam, comme le judaïsme et le protestantisme, déguste une vague montante. Elle n’est pas près de retomber. Des courants fanatiques hyperviolents la traversent. En France, ce n’est pas un drame. Un attentat chaque dix, quinze ans. Ça se gère. Nos RG sont parmi les plus futés. Ils repèrent un à un les fous de Dieu. Les minarets, ça te gêne ? Moi, j’aime bien, mais je suis carrément contre pour ne pas te déranger. On n’est pas chez nous, il faut respecter les indigènes. Le foulard ? Une victoire des islamistes. La mode n’aura qu’un temps. On patiente un peu, une pincée de décennies, pas plus. Quelques Français vont se convertir ? Chez nous, bien davantage embrassent le christianisme au risque de se faire trancher la gorge. Une pensée pour eux, s’il te plaît. Et puis quoi, on n’est pas tous nuls, pas tous polluants. Dans les hôpitaux, quand je suis arrivé en France, tous les malades étaient arabes. Aujourd’hui, tous les docteurs sont maghrébins. Mon propre médecin de famille, le docteur Bou…, sa salle d’attente pullule de têtes blondes, c’est l’ange gardien du quartier. Tu vois, on fait des efforts ! Six millions aujourd’hui, dans trente ans, 9 millions, ton peuple change, tu ne le supportes pas. Un souci bien sûr, mais à ta place, je serais flatté. Tu es attirant à crever, on se meurt de te rencontrer, de t’épouser. À Alger, au Caire, assis à une terrasse de café, des foules défilent sous nos yeux : pas l’ombre d’un visage étranger. Des Arabes, tous arabes, rien que des Arabes. À Paris, à Londres, à New York, c’est la tour de Babel, les couloirs du palais de verre onusien de Manhattan. Dis-moi, Renaud, tu voudrais un Paris semblable au Caire ? C’est ça que tu veux ? Une seule bouille, la tienne ? Au passage, rappelons-nous que Le Caire et Abidjan ont acquis, depuis qu’elles sont mono-ethniques, le titre de capitales de la panade alors que Paris et New York, hein…

Je caricature. Tu es bien disposé à nous recevoir, mais dans l’ordre. L’immigration contrôlée, pas de portes ouvertes. Quand on sait le calvaire des Maghrébins pour obtenir un visa, on ne s’autorise plus à parler de « portes ouvertes ». Tu veux mettre fin au regroupement familial ? Stopper l’immigration clandestine ? Nous rapatrier tous dans nos douars d’origine ? Facile comme tout. Y’a qu’à… Un barrage électrifié tout au long des 4082 kilomètres de frontières, un peloton d’une vingtaine de gendarmes chaque cent toises, une rafle du Vél’ d’Hiv’ par semaine dans nos cantons et l’affaire est réglée ! Un jeu d’enfant ! Sans violence, dans le respect des droits de l’homme. Si, par accident, une petite guerre civile éclatait, ne t’inquiète pas, tu la gagnerais. Enfin, faudra voir. On a des copains, tu sais… Suffit de cauchemarder. Mais il n’est pas superflu de te figurer ce que serait ta remigration. Compris ! En un mot : la présence de 60 millions de musulmans en Europe est pareil à un mouvement de plaques tectoniques. Avec tous les séismes à la clé si on s’engage dans des impasses. Comme un bouleversement géologique, une histoire à mettre en dehors du champ politique, à prendre avec des pincettes. Pas en Pataugas.

Nul plus que moi ne se chagrine au spectacle du remplacement. Moi, je voulais déménager dans la France du béret et de la baguette. Celle d’Alphonse Allais, de Courteline, d’Audiard. Comme de Gaulle, m’habite la nostalgie de la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi, enchaînait le Général, il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités.

La réalité, mon cher Renaud, c’est moi, là, à tes côtés. C’est les miens, c’est cette nuée de bobines déconcertantes et souvent un peu louches. Tu sais, fils, la France n’a pas toujours été l’image d’Épinal que tu t’en fais. À San Francisco, en 1976, j’ai cueilli, chez Barnes & Noble, un pavé d’Eugen Weber : Peasants into Frenchmen : The Modernization of Rural France 1870-1914. Je le garde précieusement dans ma bibliothèque. J’y ai appris qu’en 1863, en Haute-Garonne, 547 communes sur 578 ne parlaient pas français. Dans la France entière (37 millions de citoyens), 7,5 millions en étaient exclusivement au patois (source : Archives nationales, F17*3160). L’Aveyron, le cœur de notre pays, c’était un pays étranger. Le livre a été traduit six ans plus tard sous le titre La Fin des terroirs. Il aura fallu Eugen Weber, un Roumain chercheur en Californie, pour nous l’apprendre. Tu vois, comme disait ma grand-mère (en arabe bien sûr), chai mè y doum, tout change. Tu changeras aussi, tu verras. Mais en attendant, je te fais une offre pour de rire : faisons l’amour, pas la guerre. [/access]

 

Photo : KHANH RENAUD/SIPA/00646939_000012

Ces élites qui ne veulent plus compter…

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rebsamen leguen hollande

rebsamen leguen hollande

Pauvre Jean-Marie Le Guen. Ce n’est pas de sa faute s’il pensait qu’une exposition médiocre pouvait décoter un appartement de 30 à 40 % de sa valeur… Si on ne peut même plus se tromper à l’insu de son plein gré… D’accord, il manquait 700 000 euros dans sa déclaration de patrimoine, mais qu’est ce que 700 000 euros à côté du déraillement des comptes de campagne de l’UMP. Et d’ailleurs, pour prouver sa bonne foi, il s’est empressé de faire un avenant qui « annule et remplace » une fois que l’erreur lui a été signalée.

Des ministres qui trichent avec la transparence qu’ils ont appelé de leur vœux pour moraliser une vie publique jusqu’ici trop dévoyée, des dépenses de campagnes qui flambent, embrasant du même coup l’avenir d’une des formations politiques les plus importantes du pays, une entreprise nationale qui ne sait plus calculer la taille de ses locomotives et doit y adapter les quais au prix de plusieurs dizaines de millions d’euros, un ministre de l’éducation qui ne veut plus compter les points et envisage d’en finir avec les notes…  Un projet de réforme territoriale d’une grande précision « XXX régions » jusqu’à sa présentation au public, où le nombre 14 semble finalement  avoir été tiré au dés, des prévisions de croissance régulièrement surévaluées par rapport aux données internationales et des déficits arrangés à la baisse qui ne trompent que ceux qui les trafiquent… Des cotes d’impopularité à vous écœurer des mathématiques…

La France d’en haut boude les chiffres. Après tout, c’est tellement mesquin de compter !

Quand les Français souffrent, il faut redonner espoir, il faut « faire sens », et en matière de projet de société, de « vivre ensemble », ce ne sont pas quelques chiffres qui changeront les choses.

C’est François Rebsamen, notre ministre de l’emploi aidé, qui résume le mieux cette tendance lourde chez nos experts : « Je me suis donné comme consigne en arrivant à ce poste de ne jamais commenter les chiffres mensuels du chômage… Ces chiffres mensuels, quand on les prend mois par mois, ils ne veulent pas dire grand-chose1».  Ca tombe sous le sens, non ?

On ne comptera donc pas : le nombre de personnes qui ont été empêchées de mener une vie normale pendant deux semaines, alors que, comme l’illustrait un canular diffusé sur facebook : « En juin : la SNCF vous Coupe du Monde ». On ne calculera pas non plus le temps, l’énergie et l’argent public volatilisé dans le montage Alstom/General Electric élaboré à grand renfort de mensonges pour sauver le soldat Montebourg. On ne dénombrera pas les portiques construits en pure perte pour une écotaxe reléguées aux oubliettes des grands projets. On ne comptera pas combien de futurs bacheliers ont bénéficié d’un petit arrangement arithmétique pour faire partie de la cohorte prévue pour ce cru 2014. Inutile d’ailleurs de dénombrer combien d’entre eux ont participé à la pétition… ils ont exprimé leur colère, ils ont été entendus… c’est la seule chose à retenir.

À force de ne plus savoir compter ni les chômeurs, ni les mécontents, ni l’argent public, ni les fonctionnaires, ni les grévistes, ni les indemnités des intermittents de la contestation, ni l’évaluation des élèves, et de ne plus conter que de belles légendes aux français … ces derniers, qui sont bien obligés de calculer leurs heures, leur budget, leurs mètres carrés et ce qui leur reste après impôt, n’auront bientôt plus rien à compter. Quant à la France, elle ne sera plus riche que de ses souvenirs.

Nicolas Sarkozy disait vouloir en finir avec la suprématie de la filière scientifique…  Plus qu’un vœu, n’était-ce pas une prémonition ?

*Photo : Michael Huang.

GPA : le stade suprême du libéralisme

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gpa lgbt eglise marx

gpa lgbt eglise marx

Mathieu Nocent est militant à l’Inter-LGBT. Ancien porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), il fut reçu avec Nicolas Gougain par François Hollande, le 21 novembre 2012, lors du rétropédalage présidentiel sur la liberté de conscience accordée aux maires refusant le mariage gay. Il fut élu porte-parole de l’Inter-LGBT en septembre 2013, avant de démissionner en octobre, à cause de dissensions internes.

Notre homme juge avec une lucidité bienvenue la stratégie gouvernementale qui a mené au mariage gay l’an dernier : François Hollande, écrivait-il en février, ne s’est jamais intéressé aux revendications LGBT que pour faire diversion, piéger la droite, et donner à sa politique une façade progressiste. Mais son courroux n’est pas guidé par une défiance par rapport à l’instrumentalisation des « questions de société ». Non, Mathieu Nocent reproche en réalité au gouvernement de ne pas être allé assez loin, d’avoir reculé sur l’extension de la PMA pour les couples de femmes, et d’être timoré sur la GPA.

L’ancien porte-parole d’un mois de l’Inter-LGBT poursuit donc son combat sur le blog Sautez dans les flaques. La récente condamnation de la France par la CEDH sur la GPA lui permet de publier un entretien avec la directrice d’une agence de mères porteuses basée au Texas, Gayle East, décrite comme « chrétienne pratiquante », qui demande : « comment peut-on être pro-vie et contre la GPA » ?

Mathieu Nocent cherche à combattre les critiques sur leur propre terrain. Il s’imagine que les Français estampillés Manif Pour Tous, fatalement chrétiens, sont empêtrés dans une contradiction, qui les pousse à défendre la vie humaine, mais à rejeter les mères porteuses. Son sophisme tente d’expliquer qu’ils devraient au contraire être favorables à la GPA. Il cite Gayle East : « mener une gestation pour autrui est fondé aussi sur une conviction religieuse. La Bible nous enseigne à aider les autres. (…) Alors, si une femme ne peut pas porter d’enfant et que je peux le faire pour elle, c’est pour moi mon devoir de chrétienne de le faire. » Cette sympathique femme d’affaires, qui parle dans son entretien de la perte de l’enfant né de GPA comme d’une simple affaire « hormonale », affirme même avoir l’approbation du pasteur de sa paroisse, puisque « Marie était une mère porteuse ».

Mathieu Nocent s’imaginait sans doute lancer un pavé dans la mare, mais il ne fera guère de remous de ce côté-ci de l’Atlantique. Outre le fait que les informations qu’il livre confirment les craintes de marchandisation (ainsi, une GPA texane coûte entre 80 et 100 000 dollars, dont 20 000 reviennent à la mère porteuse), les arguments qu’il partage sont inopérants. Le mouvement LGBT, bercé par la légende américaine des émeutes de Stonewall et de Harvey Milk, ignore largement les fossés culturels entre nations. Aux Etats-Unis, la GPA est légale partout, au nom du libéralisme économique. Il s’agit d’un commerce comme un autre. Les conservateurs eux-mêmes y ont recours : le fils aîné du dernier candidat républicain à la présidentielle de 2012, Tagg Romney, a payé les services d’une mère porteuse pour acquérir des jumeaux.

De plus, l’argumentation religieuse en faveur de la GPA n’est guère surprenante, connaissant le contexte local. Tocqueville avait noté qu’en Amérique, peu importe ce que l’on croit, pourvu que l’on croit en quelque chose. « Parmi les Anglo-Américains, les uns professent les dogmes chrétiens parce qu’ils y croient, les autres parce qu’ils redoutent de n’avoir pas l’air d’y croire. » Paraître croyant est un enjeu de crédibilité sociale, et toutes les sauces sont possibles dans le supermarché religieux américain.

La directrice de Surrogate solutions interrogée par Mathieu Nocent ne craint donc pas de justifier son commerce au nom de la Bible. Elle et son pasteur appartiennent certainement à une de ses Eglises protestantes libérales, presbytérienne ou anglicane, qui ont embrassé le relativisme théologique, et dont le déclin numérique coïncide étrangement avec leurs décisions de bénir l’avortement, le mariage gay et les mères porteuses.

Un tel décor est impossible à transplanter au milieu des racines marxo-catholiques françaises, qui s’opposent naturellement à la GPA. La contradiction ne se trouve pas parmi nos opposants au mariage gay, qui avaient prévenu l’an dernier des conséquences fâcheuses de la loi Taubira en la matière, mais plutôt chez leurs collègues américains. En effet, les conservateurs outre-Atlantique mobilisent encore contre le mariage gay, mais aucun ne s’attaque à la pratique des mères porteuses. Or, si la filiation et l’intérêt de l’enfant sont évacués de la problématique du mariage, celui-ci n’est plus qu’un vain mot à défendre.

Quelques rares consciences commencent à s’éveiller. Un ponte du Family Research Council, principal lobby anti-mariage gay à Washington, proche de la « droite religieuse », a fait publier une note interne le mois dernier, en suggérant au Parti républicain de s’opposer à la GPA. Celle-ci, expliquait-il, n’est rien d’autre que le retour moderne de l’esclavage, touchant des femmes pauvres, noires ou portoricaines. « Le Parti républicain a été fondé contre la propagation de l’esclavage », rappelait-il. Cette note suscita un vif émoi, et plus d’un élu républicain fut sidéré de lire qu’un député français « communiste » de Martinique, Bruno Nestor-Azérot, s’était opposé au mariage gay l’an dernier, par rejet du libéralisme. N’en déplaise à Mathieu Nocent, les clivages ne se fissurent pas là où il le souhaiterait.

 

*Photo : Sam Leivers.

ABCD de l’égalité : Najat Vallaud-Belkacem préserve son avenir

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Najat Vallaud-Belkacem, ministre de la ville, du droit des femmes et autres contrées du pouvoir n’a pas manifesté de regrets excessifs après l’abandon, par son collègue Benoît Hamon des «ABCD de l’égalité», qu’elle avait pourtant lancés en fanfare en novembre 2013. Elle a sobrement pris acte de leur mise à la trappe lors d’un entretien sur FR3, dimanche 29 juin.

Personne n’est dupe de la com’ développée sur ce thème par le ministère de l’Education, qui prétend qu’un programme « ambitieux » de promotion de l’égalité filles-garçons à l’école sera substitué à une expérimentation radicale imposée dans 275 écoles par les idéologues d’ « Oser le féminisme ». Si Najat Vallaud Belkacem fait profil bas sur cette question, c’est qu’elle prépare activement la suite de sa vie politique.

On la voit beaucoup, ces derniers temps, à Villeurbanne, ville de l’agglomération lyonnaise dont l’actuelle députée PS, Pascale Crozon, 70 ans, ne cache pas qu’elle ne souhaite pas rempiler. C’est d’ailleurs dans une école primaire de cette localité  qu’elle avait animé une séance de sensibilisation aux «ABCD» en compagnie de Vincent Peillon en janvier 2014. Aujourd’hui, elle se contente de distribuer des légions d’honneur aux notables locaux, et de soutenir les clubs sportifs locaux de ses applaudissements et de son charmant sourire. Or, dans cette circonscription, le vote musulman pèse lourd, et il ne semble pas que ce secteur de l’électorat manifeste un enthousiasme délirant pour les idées de Caroline de Haas…