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Espionnage: nous sommes tous des agents américains

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Libération et Mediapart viennent de révéler que les trois derniers présidents français ont été mis sur écoute par le gouvernement américain. On sait depuis plusieurs années déjà que la NSA est engagée dans un programme d’espionnage intensif. Ce qu’on découvre, c’est qu’il est sans limites, même celles qu’imposent une certaine décence entre alliés.

Il apparaît que les États-Unis sont à la tête d’une entreprise généralisée d’espionnage qui n’épargne personne ni aucun Etat. Ils en sont le pivot parce que le système d’alliance qui se concrétise dans l’Otan a pour but de contraindre chaque membre de l’organisation à être dépendant des normes, de la technologie et des standards américains. Il est désormais quasiment impossible d’envisager une sortie d’un avion français au Mali sans une reconnaissance satellitaire américaine préalable. De planifier un bombardement de Daesh sans s’intégrer dans un dispositif complexe qui dépend de la technologie américaine.

Le renseignement est une drogue et les USA sont les dealers de la planète. Ils disposent de moyens absolument hors de portée d’aucun autre Etat et cette supériorité technologique exerce un double effet. Une fascination tout d’abord : les technocrates militaires et civils de tous les Etats européens sont fascinés par le dispositif américain. Même s’il est vicieux et s’il abolit nos libertés. On voit en France, le gouvernement de François Hollande instaurer une loi sur le renseignement qui n’a rien à envier dans ses principes au Patriot Act américain. Les moyens en moins. Une dépendance politique ensuite : François Hollande est incapable de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des USA suite aux révélations des écoutes car il sait qu’il dépend du bon vouloir des Américains sur un certain nombre de théâtres d’opérations.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard ou de la nécessité. Elle résulte d’une politique commencée sous Balladur, poursuivie par Chirac et Sarkozy, amplifiée par Hollande. C’est la politique de réintégration puis d’intégration complète dans l’Otan. Le général de Gaulle avait souhaité quitter l’organisation intégrée pour se soustraire à cette logique d’intégration justement. En retournant pleinement dans toutes les instances politiques, opérationnelles, techniques, de l’Otan, la France a choisi de se soumettre au principes de l’intégration. Ces principes ne sont pas ceux d’une coopération multi-latérale avec les alliés, mais ceux d’une série d’accords bilatéraux au seul profit des USA : les Anglais aident les Américains à espionner les Allemands, les Allemands passent un contrat avec la NSA pour espionner la France. On découvrira sans doute dans les prochains mois que la DGSE a passé un contrat avec la NSA pour espionner à son tour l’Allemagne…

En lisant les commentaires sur les réseaux sociaux après les révélations de Wikileaks, la phrase qui revient le plus souvent est « de toute façon, tout le monde espionne tout le monde ». Outre que cette appréciation est fausse (il est fort douteux que la France ait mis sur écoute le téléphone d’Obama), elle est très révélatrice d’une soumission généralisée à l’atlantisme. Cet état d’esprit n’est pas non plus né du hasard, il résulte de deux facteurs. D’abord, la perte de repères et l’abaissement des valeurs morales sous l’influence du cinéma hollywoodien (des séries en particulier) qui glorifie l’espionnage technologique et montre la torture sous un jour bienveillant. Ensuite la construction d’un ennemi imaginaire par la politique russophobe complaisamment relayée dans les médias atlantistes (Le Monde d’Arnaud le Parmentier, en particulier). En réintégrant l’Otan, nos politiques ont fait de nous tous des agents américains. Il n’est plus temps de nous en plaindre.

Le retour de la France dans l’organisation atlantique est bien la faute originelle qui met la France dans cette situation de dépendance. La révélation des actes de pirates commis par les Américains à l’égard de nos institutions n’en est qu’un épiphénomène. Les Indignations ne sont que de façade car aucun homme politique ne propose aujourd’hui de sortir de l’Otan. Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Hollande, ni encore moins Valls ne veulent rompre avec la sujétion aux USA. Ils avaleront toutes les couleuvres, toléreront toutes les avanies, subiront toutes les pressions.

*Photo : wikicommons.

Etats-Unis: Un pas de plus vers l’immortalité?

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Il y a deux choses sur Terre qu’on ne peut arrêter : la mort et le progrès. Mais il semblerait que le second soit en mesure d’arrêter la première. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on discute le fait de guérir la vieillesse. Finie la fatalité !

La vieillesse étant une maladie chronique comme une autre, on a trouvé un médicament qui traite celle-ci comme on traiterait le SIDA.  Des chercheurs avaient rendez-vous hier à la FDA (US Food and Drug Administration), un organisme public décidant de la commercialisation ou non des médicaments et produits alimentaires, non seulement pour défendre ce médicament mais aussi la prise en charge de son coût par les assurances santé ! Dans une grande démocratie, l’immortalité ne devrait pas être un produit de luxe mais plutôt de première nécessité…

De quoi s’agit-il ? Une molécule, la metformine, utilisée depuis soixante ans pour soigner le diabète, s’est avérée capable de retarder le vieillissement du corps. Des tests ont eu lieu, on a découvert que les diabétiques soignés avec ce médicament vivaient plus longtemps que les autres, qu’ils soient malades ou sains. D’autres expériences, effectuées sur nos amies les souris, ont confirmé la chose : ce médicament ralentit le vieillissement du corps. Pour le moment, on ne sait pas précisément pourquoi mais on suppose que ça agirait sur les cellules.

Nir Barzilai, physicien de l’Albert Einstein College à New-York, est le chef du groupe qui va se présenter aujourd’hui à la FDA. Ses camarades et lui veulent mettre un place un test sur 3 000 personnes âgées pendant 5 à 7 ans. Ce test, qui devrait coûter 50 millions de dollars, n’est pas encore financé et la décision de la FDA dépendrait en grande partie l’issue de leur collecte de fonds.

Plus généralement, la décision que rendra la FDA risque de bouleverser encore plus profondément l’idée même que nous avons de la médecine. En considérant la vieillesse non plus comme un devenir biologique mais comme une maladie, on ouvre la voie à une nouvelle conception de l’homme. Sommes-nous des êtres soumis à la nature ou sommes-nous capables de nous en affranchir ?

Barzilai et ses collègues se gardent bien de dire qu’ils veulent faire disparaître la mort. Ils savent trop bien que soulever ce débat revient à s’attirer les foudres de tous ceux qui craignent un avenir, chaque jour moins utopique, habité par des post-humains ayant échappé à la finitude. On ne parle donc que de faire reculer la vieillesse, sans dire que c’est une étape obligée sur la longue route vers l’immortalité. En tout cas, aux Etats-Unis, où on peut écoper d’une peine de prison de plusieurs siècles, l’immortalité trouvera son utilité.

France inter : Timeo Danaos…

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Les eurolâtres de la rédaction matinale de France Inter, Patrick Cohen et Bernard Guetta ont monté ce matin une opération de prestige : anticipant  la conclusion d’un accord avec la Grèce lors du Conseil européen, ils s’étaient transportés à Bruxelles pour célébrer l’événement.  Jean-Claude Juncker en personne était prévu pour  saluer cette sortie de crise à laquelle il avait consacré toute sa finesse diplomatique luxembourgeoise. Bernard Guetta, resté pendant ces dernières semaines bien silencieux sur le sujet, aurait entonné, à sa manière «  L’hymne à la joie » et répété une fois de plus que «  L’Europe avance de crise en crise vers son avenir fédéral radieux » et aurait stigmatisé les esprits chagrins eurosceptiques.

Las ! Les douloureuses concessions d’Alexis Tsipras, saluées prématurément par François Hollande, se sont révélées une nouvelle ruse pour gagner du temps… Retour, donc, à la case départ et à l’affrontement direct des Grecs avec les 27. L’expédition bruxelloise de France Inter a donc tourné au Waterloo médiatique : faute de Juncker, retourné au charbon, on eut droit à un débat insipide entre un député européen vert belge (double peine !) et un démocrate chrétien luxembourgeois nommé Engel (ça ne s’invente pas !). Bernard Guetta, jadis bon latiniste de l’hypokhâgne de Henri IV, aurait dû relire Virgile : «  Timeo Danaos et dona ferentes » ‘(Je crains les Grecs, même lorsqu’ils apportent des présents).

L’euro et la Grèce: la politique d’abord!

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La crise grecque est une affaire politique. C’est une affaire politique, tout d’abord, parce que l’Union européenne est une structure politique et sa monnaie unique, l’euro, tout autant. Ceux qui ont fait l’euro savaient pertinemment qu’arrimer à une seule devise plusieurs Etats, plusieurs économies très hétérogènes, plusieurs marchés – et codes – du travail et plusieurs systèmes fiscaux n’était pas tenable. Il aurait logiquement fallu commencer par l’Europe politique, c’est-à-dire un projet qui consiste à gommer toutes les différences entre États – fiscalités, droit du travail et j’en passe – pour créer un super-Etat européen avant d’envisager une monnaie supranationale unique. Mais ce n’était pas possible, politiquement. L’euro a donc été créé par des gens qui savaient que cette monnaie sans Etat causerait tôt ou tard une crise, et qu’à ce moment-là le seul remède – pensaient-ils – serait, vous l’avez deviné, une Europe politique!

L’intégration de la Grèce à la zone euro était politique. L’histoire est aujourd’hui connue. À la fin des années 1990, nos dirigeants savaient que, du point de vue économique, la Grèce n’avait rien à y faire, mais ils faisaient de la politique. Jeu de dupes entre Français et Allemands, Paris essayant d’arrimer les wagons de l’Europe du sud à la locomotive de Berlin pour mieux brimer et contrôler ce dernier. À Berlin, on avait tout compris, mais on se disait qu’« ils allaient voir ce qu’ils allaient voir ». Pour Athènes, c’était aussi de la politique. Sans effort réel, pensaient les dirigeants grecs, la Grèce continuerait de bénéficier, directement et indirectement, de la manne européenne. Cela devait coordonner le projet stratégique de la stabilisation définitive de la Grèce entamé avec son intégration à l’Europe quelques années après la chute des Colonels. Et surtout à l’époque tout le monde ou presque partageait alors la vision stratégique de Chirac : si ça pète, on se débrouillera ! Et puis, ça a pété.

Certains des bénéficiaires de ces politiques, c’est-à-dire les citoyens grecs, se sont trouvés acculés. Du coup, pour la première fois ils ont commencé à parler économie. Austérité ou keynésianisme, taux d’échange et sauvetage du système bancaire. Alors que c’est politique ! La dette est une arme politique pointée contre la tempe de la Grèce. C’est sous la menace mortelle d’une banqueroute que la démocratie grecque a commencé à faire de la politique : revoir ses priorités, s’attaquer au cadastre, à la fiscalité, à la corruption, au clientélisme… Parfois, on aurait juré que les gouvernements grecs demandaient eux-mêmes aux « institutions » de tenir bon la barre des réformes pour mieux se tourner ensuite vers leurs citoyens et clamer que « Non ! Ce n’est plus possible ! » Si l’ardoise est effacée avant que la Grèce ne se remette sur les rails – suivant les modalités qu’elle aura choisies – elle ne sortira pas de l’ornière. Chacun demandera sa part du gâteau et tout recommencera.    

Et la souffrance du peuple grec ? C’est une excellente question, même quand elle vient de ceux qui ont un petit faible pour Robespierre ou Staline. Il faut reconnaître cette souffrance et faire ce qui est possible pour l’atténuer. L’état des services de santés grecs est une honte pour l’Europe et une tache indélébile sur son histoire. Mais il faut aussi comprendre que, puisqu’il s’agit de politique, les choses sont souvent présentées de façon légèrement biaisée. Ainsi, la fermeture de la télé grecque, il y a deux ans, a été présentée comme une question de liberté d’expression et de lutte pour un service public de qualité. En réalité, il s’agissait d’un mammouth de 2700 salariés que beaucoup souhaitaient depuis longtemps reformer et rationaliser, chose impossible avant que la crise et la dette ne donnent au gouvernement la force de dire stop. Quant à la question des retraites, nous avons évidemment vu ce que l’actuel gouvernement grec souhaitait nous montrer. Il fallait s’y pencher plus en détail pour découvrir que la retraite anticipée à 55 ans est devenue une magouille permettant de diminuer le nombre de fonctionnaires : on les fait passer du statut de salariés de l’Etat à celui de retraités de l’Etat. Quand les « institutions » posent des questions parce que cela fait exploser la facture, nos médias ne trouvent que des mamies de 90 ans dont la pension de retraite fait vivre toute une famille. Personne n’a le droit de s’interroger sur les choix politiques faits en amont par les grecs, en revanche tout le monde est prié de passer à la caisse.

La crise grecque est une histoire malheureuse et les responsabilités sont tellement nombreuses qu’il y en a pour tout le monde, nous compris. Mais puisqu’il s’agit d’une affaire éminemment politique, il faut comprendre que les Grecs ont aujourd’hui besoin de cette dette pour se mettre en mouvement – dans la direction qu’ils choisiront démocratiquement. La démocratie grecque a été tellement affaiblie par des intérêts particuliers que seule la dette lui permet de rétablir un rapport de force avec ces derniers et mettre en avant l’intérêt général. C’est aussi ça, la politique.

Euthanasie : Les derniers mots de Laura

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Laura a vingt-quatre ans. Elle est en excellente santé, entourée d’amis, passionnée par l’art et spécialement par le théâtre qu’elle a pratiqué. Mais elle estime que « vivre n’est pas son truc », selon le quotidien belge De Morgen  qui l’a rencontrée. Enfant déjà, elle se demandait ce qu’elle faisait sur terre et rêvait de se tuer.

Certes, on peut attribuer ce désir de mort à une famille disloquée, à la violence d’un père alcoolique, à une scolarité difficile. Elle assure qu’il n’en est rien. Elle n’a tout simplement jamais voulu vivre. Quelques tentatives de suicide la conduiront, selon un parcours désormais classique, à l’hôpital psychiatrique. De quoi vous dégoûter encore plus de l’existence.

Avec une opiniâtreté qui force l’admiration, elle demande à être euthanasiée. Sa requête est acceptée. Soulagée, elle prépare dans son studio ses funérailles. « Je trouve très réconfortant d’y penser », confie-t-elle à un journaliste.

Certains, en Belgique, s’offusquent, critiquant un système absurde devenu fou. D’autres se félicitent de vivre dans un pays où l’autonomie du sujet et sa volonté de mourir sont respectés. Laura, elle, a enfin trouvé la paix. Quant à ce qui se passera après l’été, nul n’est en mesure de le dire. Mais on peut en être certain : ce sera le plus bel été de Laura. « Il faut chérir sa mort comme une ultime délivrance », seront sans doute ses derniers mots.

Faut-il sacraliser la mixité?

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Lundi, le journal Sud-Ouest a révélé qu’une épicerie musulmane du quartier Saint Michel, à Bordeaux, pratiquait la non-mixité, ouvrant ses portes exclusivement aux hommes en semaine et aux femmes le week-end. Depuis, la terre ne cesse de trembler dans tout l’Hexagone.

Et pour cause, cette affaire – qui n’est pas la première du genre – s’attaque à l’un des fondements idéologiques de notre époque moderne : la mixité.

Probablement hantés par les fantômes du passé et soucieux de ne pas donner de grain à moudre aux intégrismes religieux qui nous ont fait tant de mal, nous rejetons avec un automatisme forcené tout débat sur le sujet. A l’école, il faut mélanger garçons et filles. Et ce, malgré les études qui tendent à démontrer que les uns et les autres ne grandissent pas au même rythme, obéissent à des mécanismes différents et alors que le système scolaire actuel conduit le « sexe fort » à l’échec. Au travail, gare au sectarisme : il faut embaucher hommes et femmes en quantité égale et faire cohabiter tout ce beau monde dans le même espace. A la salle de sport, il faut suer de concert ; à la plage, se baigner entre mâles et femelles ; dans le métro, se frotter au sexe opposé. Et sous aucun prétexte remettre en cause la loi sacrée.

Pourtant, toutes les mixités ne se valent pas. Et il se pourrait même que le combat contre l’indifférenciation aveugle des sexes exige parfois le recours à la séparation hommes/femmes…

Hommes et femmes sont des animaux bien différents et toute fréquentation implique un rapport de séduction. Il ne s’agit pas là d’une légende urbaine mais bien d’un fait entériné par des études scientifiques. Or, dans la vie il y a un temps pour tout. La séduction ne peut être un état permanent que chez des individus qui souffrent d’un sévère dysfonctionnement, dont on peut tout de même leur souhaiter de guérir. Côtoyer le sexe opposé tout le temps, c’est subir une cohabitation sans repos avec une personne venue d’une autre planète. C’est s’adapter à un climat lointain et imposer à son cœur un rythme qui lui est étranger. C’est ne pas pouvoir travailler, soigner sa posture quand il faut accomplir la besogne, avoir à choisir entre son efficacité intellectuelle, son confort émotionnel ou un certain mystère nécessaire à la magie des rapports entre les sexes, quand nous avons besoin des deux. C’est marcher dans des chaussures chinoises et avoir sans cesse à pervertir sa nature comme on corrompt la pousse d’une plante.

Hommes et femmes ont parfois besoin de prendre congé l’un de l’autre et de se retrancher dans leurs pénates pour mieux se retrouver. Chez les tribus primitives, le cloisonnement est un réflexe. Dans certaines d’entre elles, les adolescents ont par exemple leur propre « maison » dès la puberté ; ils y grandissent et se découvrent à l’abri de leurs parents. De même, hommes et femmes ne vivent pas toujours ensemble en huis-clos. Et ce compartimentage offre un heureux paradoxe : le groupe n’en est que plus uni. Qui pourrait dire alors que ce cloisonnement altère la cohésion sociale et le sens du collectif quand ces tribus – pour lesquelles la notion d’individu est inconnue et le partage une valeur souveraine – la pratiquent quotidiennement et ne s’en portent pas plus mal ?

La séparation est un préalable nécessaire à la rencontre. Quand la présence de l’autre devient source d’agacement, la querelle guette et le plaisir de l’échange s’éteint. Les hommes et les femmes souffrent d’être tout le temps ensemble. Ils vont finir par se haïr et perdre l’attrait qu’ils exercent l’un sur l’autre à force de s’entendre respirer en toutes circonstances.

C’est sur ce terreau désespéré que fleurit l’intégrisme musulman qui propose, lui, une stricte séparation entre hommes et femmes, mais également des solutions aussi factices que séduisantes à bien d’autres ennuis de notre époque.

Aux inacceptables problèmes d’insécurité qui menacent les femmes et violent leurs libertés fondamentales, on répond par le voile. Ses partisanes se hâtent alors de le présenter comme un gage de leur libération du regard masculin, quand il n’est en réalité qu’un pansement posé sur une plaie qui ne devrait même pas avoir le droit d’exister.

Aux défaillances d’un marché du travail qui ne s’est pas adapté aux spécificités des femmes et qui les prie de bien vouloir ranger leur utérus, leurs hormones et leurs émotions au fond d’un tiroir, on oppose un simple retour au patriarcat, au couple traditionnel et au foyer.

A l’individualisme galopant qui charrie sur nos rivages contemporains la solitude et la misère affective –anciens qui finissent à la rue et jeunesse livrée à elle-même – on réplique par des structures strictes mais solidaires, et ô combien rassurantes.

Bien sûr, ces solutions sont de beaux mirages que les enfants de demain se hâteront de rejeter avec violence, dans un éternel détricotage que l’on nommera bêtement « conflit de générations ». Dans un va-et-vient semblable à nos alternances politiques, on tangue de gauche à droite, on déshabille Pierre pour habiller Paul, avant de déshabiller Paul pour rhabiller Pierre. On passe d’un ordre « progressiste » à un ordre « traditionnel », faute de trouver un ordre naturel capable de réconcilier tous les élans nécessaires à l’épanouissement humain.

Ainsi s’installe le dogme religieux, figé dans sa liqueur, mais diablement efficace quand il s’agit de panser les blessures d’une époque sans docteurs – pour en creuser d’autres que nous ne verrons que trop tard.C’est bien chez nous et dans les fondations de notre société que se trouve le germe de notre propre faillite.

Alors soyons audacieux : réapproprions-nous la non-mixité. Absurde dans une épicerie, elle peut se révéler utile et bienvenue dans d’autres contextes. Allons braconner sur le terrain de l’ennemi, qui ne peut pas avoir le monopole des valeurs éternelles. Concurrençons sans crainte ces intégrismes religieux, non dans leur violence, leur médiocrité, leur dogmatisme insensé ou leurs structures répressives, mais bien dans leur proposition idéologique, qui n’est souvent qu’un édifice fragile. Un coup de pied suffirait à le faire valdinguer et disparaître dans les oubliettes de l’Histoire. En somme, osons guérir de nos démons et proposer une société nouvelle… ou ces gens s’en chargeront à notre place.

*Image : Pixabay.

Le camouflet de la justice à Christiane Taubira

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C’est peut-être un détail pour vous, mais pour la démocratie ça veut dire beaucoup. Lundi 22 juin, la justice française a envoyé un camouflet historique à Mme Taubira, son ministre de tutelle. Celle-ci s’était crue autorisée à charger discrètement son propre mouvement politique, le parti guyanais Walwari, de poursuivre une ex future candidate FN qui l’avait comparée à un singe sur Facebook et devant une caméra d’Envoyé Spécial. Et ce, à 7000 kilomètres de chez elle. Dans le numéro de janvier de Causeur, nous évoquions une « Justice sur mesure pour Christiane Taubira ».

L’affaire s’était en effet soldée en juillet dernier par une condamnation ébouriffante d’Anne-Sophie Leclère à neuf mois de prison ferme et 50 000 euros d’amende. Un verdict proprement délirant, surtout à l’heure où la ministre s’apprêtait à légiférer contre l’application des peines de prison aux primo-délinquants. Mais Mme Taubira avait alors poussé le bouchon encore plus loin, en osant déclarer dans la foulée : « Les juges ne jugent pas selon leur fantaisie mais selon le code pénal. »

Bien entendu, la défense avait immédiatement fait appel de cette décision, dont le verdict exorbitant reposait sur une argumentation aussi carrée que la Terre est plate. Il y était question d’atteinte à « toutes les races », et du fait que le FN s’était rendu solidairement coupable de ce délit contre l’humanité « en ne s’assurant pas des opinions républicaines » de la dame, ou encore en adoptant un « programme visant à limiter l’immigration de façon drastique »… Bref, du droit pénal version Coluche, ou Cali.

Car il se trouve que la plainte, déposée à Cayenne avec l’accord signé de Mme Taubira, était tout simplement irrecevable. Ce que s’est contentée d’expliquer la Cour d’Appel, pourtant présidée par un membre éminent du très peu pluraliste Syndicat de la Magistrature. Comme quoi, on peut avoir des idées politiques proches de celles de son gouvernement, sans pour autant refuser de faire son travail lorsqu’un ministre se croit tout permis, même et surtout quand il s’agit du Garde des Sceaux.

La Cour relève d’abord, « à titre liminaire », que « Walwari n’a pas, comme elle l’indique, été déclarée à la Préfecture de Guyane le 30 novembre 1992 » mais le 10 janvier 1993. Mais il y a mieux : les statuts de l’association indiquent qu’elle a pour objet de « mettre en œuvre toutes opérations relevant de l’organisation de campagnes électorales de candidats désignés en assemblée générale ». Et certainement pas, comme le droit l’exige pour agir en justice dans une telle affaire, « de défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants, de combattre le racisme ou d’assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ».

Même ses « projets de statuts révisés » en 2009 ne parlent que de « défendre la démocratie, la paix… de contribuer à développer la responsabilité et la dignité de l’homme ». Et dans le cas assez improbable où ce condensé de charabia bisounours aurait été susceptible d’autoriser un « mouvement politique » à poursuivre l’auteur d’odieux propos racistes, il aurait fallu qu’il soit adopté plus de 5 ans avant les faits, soit en octobre 2008. Caramba, encore raté !

Ainsi les magistrats ont-ils exécuté la décision de première instance, « sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres multiples exceptions de nullité ». Autrement dit, bien qu’un certain nombre d’autres aberrations juridiques entachent la condamnation abracadabrante d’Anne-Sophie Leclère, la Cour d’Appel a préféré considérer comme nulle la procédure dans son entier. Affaire classée. Du moins, si Walwari ne tente pas un pourvoi en Cassation, que le parti trouve un peu coûteux : 3500 euros.

En attendant, le mouvement fondé par Mme Taubira est condamné à régler les frais de procédure – 169 euros – et peut au moins se réjouir d’une chose : la Cour d’Appel a également jugé irrecevables les demandes d’Anne-Sophie Leclère et du FN, qui lui réclamaient respectivement 60 000 et 30 000 euros. Motif ? Une telle indemnité ne peut être imputée à la partie civile, à l’origine des poursuites, que sur réquisition du Ministère Public… Or le chef du Parquet est toujours et encore, envers et contre tout, une certaine Christiane Taubira.

Souverainisme, l’autre nom de la démocratie

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Je tiens à rassurer Benoît Rayski sur sa mémoire. C’est bien dans les colonnes de Causeur qu’il a lu que les Grecs Indépendants étaient souverainistes. C’était sous ma plume et je l’assume volontiers. J’ai croisé le chef de ce parti dans les travées du congrès de Debout la France, il y a quelques mois. Je tiens tout de même à rassurer tout le monde et à confirmer que ces gens sont effectivement « beaucoup moins nazis qu’Aube dorée ». A vrai dire, ils ne sont même pas nazis du tout. Mais peut-être est-ce moi qui perds le sens de la mesure ?

Ainsi donc le souverainisme serait « dans le vent ».  Tiens, donc ! On m’aurait menti ? Quand, dans un pays, 95% des journalistes votent oui à un référendum, au point que le directeur d’un journal agonit d’injures ses lecteurs coupables d’avoir mal voté, on a du mal à ressentir un véritable engouement pour le souverainisme. On me rétorquera que c’était il y a dix ans. C’est vrai. Depuis, on a fait une toute petite place à des journalistes pour qui la souveraineté n’est pas un gros mot : Eric Zemmour, notre patronne Elisabeth Levy ou encore Natacha Polony. Même si ces trois-là ont évidemment plus de talent que peuvent en avoir leurs contradicteurs, il faut reconnaître que cette escouade ne fait pas vraiment le poids face à l’armada d’en face.

Heureusement, « tout n’est pas à jeter ». On est rassuré. On n’aura pas à répondre que le souverainisme c’est comme le cochon, tout y est bon, pour rester dans le même registre. Ouf ! Je vais faire une confidence à Benoît Rayski. Avant 1992, je n’avais jamais eu l’idée d’être souverainiste. J’étais simplement gaulliste. Mais des élus ont souhaité confier à d’autres instances les missions qui étaient les leurs, battre monnaie notamment, ou contrôler les frontières, avec le succès que l’on connaît aujourd’hui dans les deux domaines. Pourquoi donc me suis-je opposé à ces décisions ? Par nostalgie des marches au pas de l’oie ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est par goût de la démocratie. Je souhaitais simplement que les personnes pour qui je vote exercent effectivement le mandat que je leur ai confié. Tout cela, je l’ai appris d’un homme dont le père est tombé pour la souveraineté de la France, dans un village franc-comtois en 1944. Il s’appelait Philippe Séguin et j’ai beaucoup appris de lui. Son Discours pour la France, dont je conseille d’urgence le visionnage, m’a imprégné. Je n’ai pas attendu Marine Le Pen pour défendre la souveraineté de mon pays. Et je ne vois pas au nom de quelle escroquerie intellectuelle je devrais arrêter de le faire parce qu’elle s’y est mis plus tardivement. Ce qui est gênant, ce n’est pas de défendre la souveraineté comme le fait Madame Le Pen sur les plateaux de télé. Ce qui est gênant, c’est qu’on ne voie pratiquement plus qu’elle pour le faire.

Terminons par ce qui est le moins agréable. Ma capitale, c’est Auschwitz, donc je ne peux être souverainiste, nous explique Benoît Rayski. Quel rapport ? Hitler n’était pas souverainiste, il était impérialiste. Le Général de Gaulle et nos maquisards (dont une bonne part venait de l’Action française et du PCF, il est vrai. Il fallait savoir « batifoler » avec des gens « infréquentables ») défendaient la souveraineté de la France. Dans ces conditions, comment ne pas être scandalisé par cette antienne selon laquelle le souverainisme mènerait à la déportation des juifs alors que c’est exactement l’inverse ? Les Juifs qui ont créé ensuite la nation la plus souverainiste du monde, Israël. Imagine-t-on Israël confier sa monnaie à une instance supranationale ou déléguer la surveillance de ses frontières ? Poser la question, cher Benoît, c’est y répondre.

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Etats-Unis : le Sud agonise

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Le bruit et la fureur se sont emparés des Etats-Unis à la suite des attentats perpétrés à Charleston par un jeune suprématiste blanc. De nombreuses questions se sont posées auxquelles on tente de répondre à la même vitesse que celle des balles du tueur. Le mythe d’un Sud raciste, rétif à la modernité, profondément coupé de la moitié nord des Etats-Unis, a repris place dans le discours médiatique. En brandissant le drapeau confédéré, Dylan Roof a introduit les représentations de la guerre de sécession dans cet imaginaire d’un Sud « Dixieland » désespérément raciste et arriéré. Déjà, des voix s’élèvent pour interdire le drapeau de la Confédération.

Sans nier l’existence des phénomènes extrémistes, on peut néanmoins se poser la question de l’existence d’un espace culturel « sudiste » correspondant aux Etats américains qui ont fait sécession en 1861. Ce monde, que Faulkner pensait né d’un traumatisme lié à la guerre de Sécession, et qui sous-tendait le cliché d’un Sud raciste et dangereux pour les personnes de couleur, existe-t-il toujours ? Une étude italienne parue il y a un mois tente d’y répondre en s’intéressant à l’évolution des prénoms des nouveaux-nés aux Etats-Unis.

Cette analyse originale, produite par des physiciens italiens de l’université Sapienza, s’ajoute à une longue série d’études culturelles portant sur des données sociologiques triviales. Létude des races des chiens adoptés, le succès des chansons populaires, ou même, pour l’antiquité, les décorations des poteries archéologiques s’est montrée très utiles pour saisir les contours d’une culture et plus efficace que l’analyse des phénomènes « sérieux » comme la politique. Pour déterminer les contours d’une civilisation, d’un espace culturel homogène, ces phénomènes apparemment dérisoires sont, paraît-il, d’une certaine efficacité. Armés de cette méthodologie, nos physiciens se sont concentrés sur le choix des prénoms. Ce choix étant très intime, ils l’ont jugé moins soumis aux effets de mode et plus stable dans le temps. Leur idée n’est pas de suivre des prénoms précis – compter les Scarlett d’un côté, les Meg et Jo de l’autres – mais de mesurer, état par état, quels sont les prénoms les plus fréquemment attribués aux filles et aux garçons. Même si les noms à la mode changent, ils ne changent pas partout de la même façon et au même rythme.

Jusqu’aux années 1960, la récurrence des prénoms dessinait un véritable clivage entre le Nord et le Sud, une véritable frontière statistique entre deux moitiés d’un pays qui s’étaient fait la guerre. À partir des années 1970, cette frontière invisible s’est effritée. Avec deux blocs côtiers, et au milieu un bloc « Midwest ». Quand on y regarde de plus près, on voit le Texas et la Floride « dériver » hors de l’ancienne « Dixie » pour rejoindre les blocs des deux côtes, la Géorgie et la Virginie suivant doucement le mouvement.

Si les chercheurs se refusent à interpréter leurs données, on ne peut s’empêcher de reconnaître les phénomènes décrits en 1970 par Alvin Toffler dans son Choc du futur, notamment un brassage de population et un effacement des passés. Le Texas, avec son pétrole et son économie florissante, et la Floride, avec ses immigrés hispaniques et ses retraités, illustrent la métamorphose profonde de certains territoires. Ainsi, le Sud, autrefois porteur d’une culture homogène, est en pleine implosion.

Ni la guerre de sécession, ni les deux guerres mondiales n’ont pu réaliser en un siècle ce que les révolutions consumériste, individualiste, sexuelle et médiatique conjuguées ont accompli en à peine deux décennies. Comment donc expliquer cette irruption de violence et surtout l’imaginaire qui lui sert d’arrière-plan ? L’invocation d’un imaginaire sudiste digne d’Autant en emporte le vent par l’auteur des attentats serait un appel vain à une culture en perdition. Quant à la violence elle-même, il faut rappeler que les tueries de masse sont récurrentes et probablement liées à d’autres pathologies profondes de la société américaine. Si Columbine n’est pas Charleston, ces deux tueries ont provoqué un nombre de morts très voisin…

*Photo : WikiCommons

Le choc du futur

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Contre le souverainisme

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Je lis je ne sais plus où, sur Causeur ou ailleurs, que les Grecs Indépendants, les alliés de Tsipras, sont « souverainistes ». Un mot cache-sexe qui recouvre tout et n’importe quoi, le meilleur et le pire. A y regarder de plus près, les Grecs Indépendants, c’est simplement un parti d’extrême droite, xénophobe et anti-immigrés. Mais concédons-leur qu’ils sont quand même beaucoup moins nazis qu’Aube Dorée. En tout cas en Grèce, c’est la dette qui est souveraine…

Le mot « souverainiste » est dans le vent tout comme le souverainisme. Il a les vertus d’un onguent miraculeux qui guérit les pires des maladies et, à coup sûr, les dissimule à merveille. Il est sexy. Souverainiste, cela fait fier et viril, comparé aux couilles molles de Bruxelles. Qui n’est pas souverainiste se voit aussitôt rangé dans la catégorie des dinosaures reconstitués au musée d’Histoire naturelle.

Un souverainiste ça peut être un Jean-Pierre Chevènement dont je n’oublie pas – car c’est à son honneur – qu’il fut l’un des fondateurs du CERES, un corps d’élite du PS vraiment ancré à gauche (les « frondeurs » à côté c’est pff…) que Mitterrand utilisa pour faire la peau à Rocard. Une souverainiste cela peut être aussi, hélas, Marine Le Pen qui aime Syriza et les Grecs Indépendants. Ça peut être, selon ses jours et ses humeurs, Emmanuel Todd. Et, comme lui par intermittence, un Michel Onfray. Tout n’est pas à jeter.

Mais le souverain des souverainistes s’appelle Vladimir Poutine. Il a prouvé son patriotisme et son rejet farouche de l’Europe de Bruxelles en rattachant la Crimée à la mère patrie et en mettant une partie de l’Ukraine sous tutelle russe.

Les souverainistes sont partout. À l’est, à l’ouest, au nord, au sud. Au Danemark, ils sont devenus le premier parti du pays. Ils ont en effet tout pour plaire : nationalistes d’extrême droite et xénophobes. Dans les autres pays scandinaves, leurs cousins progressent. Et en Flandre, le Vlaams Blok, identitaire et xénophobe, tient toujours la corde.

Du côté d’une certaine gauche et à l’extrême gauche, on s’arrange comme on peut avec ces compagnons de route plus bruns que rouges. Et dans ce but, on fait preuve d’une remarquable agilité langagière. Non, ils ne sont pas fascistes, xénophobes ou racistes : ils sont souverainistes ! Autant considérer – je sais, je force beaucoup le trait – Hitler, qui était socialiste (national) et qui voulait faire l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, comme un précurseur de Jacques Delors.

Tout cela me rend mélancolique. On va encore me traiter d' »européiste » alors que je n’ai qu’une capitale. Pas Bruxelles : Auschwitz. J’aimerais pourtant être souverainiste pour pouvoir batifoler avec les autres dans le bac à sable. Mais on ne se refait pas. Ma mère m’a toujours interdit de jouer avec n’importe qui. Pourtant je suis sûr que si elle vivait encore, elle cesserait d’être précautionneuse, me dirait de ne pas rester seul et d’aller faire mumuse avec les souverainistes tellement vivants et combattifs. J’en suis là. Boouuhh !

*Photo : wikicommons.

Espionnage: nous sommes tous des agents américains

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wikileaks ecoutes hollande

wikileaks ecoutes hollande

Libération et Mediapart viennent de révéler que les trois derniers présidents français ont été mis sur écoute par le gouvernement américain. On sait depuis plusieurs années déjà que la NSA est engagée dans un programme d’espionnage intensif. Ce qu’on découvre, c’est qu’il est sans limites, même celles qu’imposent une certaine décence entre alliés.

Il apparaît que les États-Unis sont à la tête d’une entreprise généralisée d’espionnage qui n’épargne personne ni aucun Etat. Ils en sont le pivot parce que le système d’alliance qui se concrétise dans l’Otan a pour but de contraindre chaque membre de l’organisation à être dépendant des normes, de la technologie et des standards américains. Il est désormais quasiment impossible d’envisager une sortie d’un avion français au Mali sans une reconnaissance satellitaire américaine préalable. De planifier un bombardement de Daesh sans s’intégrer dans un dispositif complexe qui dépend de la technologie américaine.

Le renseignement est une drogue et les USA sont les dealers de la planète. Ils disposent de moyens absolument hors de portée d’aucun autre Etat et cette supériorité technologique exerce un double effet. Une fascination tout d’abord : les technocrates militaires et civils de tous les Etats européens sont fascinés par le dispositif américain. Même s’il est vicieux et s’il abolit nos libertés. On voit en France, le gouvernement de François Hollande instaurer une loi sur le renseignement qui n’a rien à envier dans ses principes au Patriot Act américain. Les moyens en moins. Une dépendance politique ensuite : François Hollande est incapable de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des USA suite aux révélations des écoutes car il sait qu’il dépend du bon vouloir des Américains sur un certain nombre de théâtres d’opérations.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard ou de la nécessité. Elle résulte d’une politique commencée sous Balladur, poursuivie par Chirac et Sarkozy, amplifiée par Hollande. C’est la politique de réintégration puis d’intégration complète dans l’Otan. Le général de Gaulle avait souhaité quitter l’organisation intégrée pour se soustraire à cette logique d’intégration justement. En retournant pleinement dans toutes les instances politiques, opérationnelles, techniques, de l’Otan, la France a choisi de se soumettre au principes de l’intégration. Ces principes ne sont pas ceux d’une coopération multi-latérale avec les alliés, mais ceux d’une série d’accords bilatéraux au seul profit des USA : les Anglais aident les Américains à espionner les Allemands, les Allemands passent un contrat avec la NSA pour espionner la France. On découvrira sans doute dans les prochains mois que la DGSE a passé un contrat avec la NSA pour espionner à son tour l’Allemagne…

En lisant les commentaires sur les réseaux sociaux après les révélations de Wikileaks, la phrase qui revient le plus souvent est « de toute façon, tout le monde espionne tout le monde ». Outre que cette appréciation est fausse (il est fort douteux que la France ait mis sur écoute le téléphone d’Obama), elle est très révélatrice d’une soumission généralisée à l’atlantisme. Cet état d’esprit n’est pas non plus né du hasard, il résulte de deux facteurs. D’abord, la perte de repères et l’abaissement des valeurs morales sous l’influence du cinéma hollywoodien (des séries en particulier) qui glorifie l’espionnage technologique et montre la torture sous un jour bienveillant. Ensuite la construction d’un ennemi imaginaire par la politique russophobe complaisamment relayée dans les médias atlantistes (Le Monde d’Arnaud le Parmentier, en particulier). En réintégrant l’Otan, nos politiques ont fait de nous tous des agents américains. Il n’est plus temps de nous en plaindre.

Le retour de la France dans l’organisation atlantique est bien la faute originelle qui met la France dans cette situation de dépendance. La révélation des actes de pirates commis par les Américains à l’égard de nos institutions n’en est qu’un épiphénomène. Les Indignations ne sont que de façade car aucun homme politique ne propose aujourd’hui de sortir de l’Otan. Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Hollande, ni encore moins Valls ne veulent rompre avec la sujétion aux USA. Ils avaleront toutes les couleuvres, toléreront toutes les avanies, subiront toutes les pressions.

*Photo : wikicommons.

Etats-Unis: Un pas de plus vers l’immortalité?

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Il y a deux choses sur Terre qu’on ne peut arrêter : la mort et le progrès. Mais il semblerait que le second soit en mesure d’arrêter la première. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on discute le fait de guérir la vieillesse. Finie la fatalité !

La vieillesse étant une maladie chronique comme une autre, on a trouvé un médicament qui traite celle-ci comme on traiterait le SIDA.  Des chercheurs avaient rendez-vous hier à la FDA (US Food and Drug Administration), un organisme public décidant de la commercialisation ou non des médicaments et produits alimentaires, non seulement pour défendre ce médicament mais aussi la prise en charge de son coût par les assurances santé ! Dans une grande démocratie, l’immortalité ne devrait pas être un produit de luxe mais plutôt de première nécessité…

De quoi s’agit-il ? Une molécule, la metformine, utilisée depuis soixante ans pour soigner le diabète, s’est avérée capable de retarder le vieillissement du corps. Des tests ont eu lieu, on a découvert que les diabétiques soignés avec ce médicament vivaient plus longtemps que les autres, qu’ils soient malades ou sains. D’autres expériences, effectuées sur nos amies les souris, ont confirmé la chose : ce médicament ralentit le vieillissement du corps. Pour le moment, on ne sait pas précisément pourquoi mais on suppose que ça agirait sur les cellules.

Nir Barzilai, physicien de l’Albert Einstein College à New-York, est le chef du groupe qui va se présenter aujourd’hui à la FDA. Ses camarades et lui veulent mettre un place un test sur 3 000 personnes âgées pendant 5 à 7 ans. Ce test, qui devrait coûter 50 millions de dollars, n’est pas encore financé et la décision de la FDA dépendrait en grande partie l’issue de leur collecte de fonds.

Plus généralement, la décision que rendra la FDA risque de bouleverser encore plus profondément l’idée même que nous avons de la médecine. En considérant la vieillesse non plus comme un devenir biologique mais comme une maladie, on ouvre la voie à une nouvelle conception de l’homme. Sommes-nous des êtres soumis à la nature ou sommes-nous capables de nous en affranchir ?

Barzilai et ses collègues se gardent bien de dire qu’ils veulent faire disparaître la mort. Ils savent trop bien que soulever ce débat revient à s’attirer les foudres de tous ceux qui craignent un avenir, chaque jour moins utopique, habité par des post-humains ayant échappé à la finitude. On ne parle donc que de faire reculer la vieillesse, sans dire que c’est une étape obligée sur la longue route vers l’immortalité. En tout cas, aux Etats-Unis, où on peut écoper d’une peine de prison de plusieurs siècles, l’immortalité trouvera son utilité.

France inter : Timeo Danaos…

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Les eurolâtres de la rédaction matinale de France Inter, Patrick Cohen et Bernard Guetta ont monté ce matin une opération de prestige : anticipant  la conclusion d’un accord avec la Grèce lors du Conseil européen, ils s’étaient transportés à Bruxelles pour célébrer l’événement.  Jean-Claude Juncker en personne était prévu pour  saluer cette sortie de crise à laquelle il avait consacré toute sa finesse diplomatique luxembourgeoise. Bernard Guetta, resté pendant ces dernières semaines bien silencieux sur le sujet, aurait entonné, à sa manière «  L’hymne à la joie » et répété une fois de plus que «  L’Europe avance de crise en crise vers son avenir fédéral radieux » et aurait stigmatisé les esprits chagrins eurosceptiques.

Las ! Les douloureuses concessions d’Alexis Tsipras, saluées prématurément par François Hollande, se sont révélées une nouvelle ruse pour gagner du temps… Retour, donc, à la case départ et à l’affrontement direct des Grecs avec les 27. L’expédition bruxelloise de France Inter a donc tourné au Waterloo médiatique : faute de Juncker, retourné au charbon, on eut droit à un débat insipide entre un député européen vert belge (double peine !) et un démocrate chrétien luxembourgeois nommé Engel (ça ne s’invente pas !). Bernard Guetta, jadis bon latiniste de l’hypokhâgne de Henri IV, aurait dû relire Virgile : «  Timeo Danaos et dona ferentes » ‘(Je crains les Grecs, même lorsqu’ils apportent des présents).

L’euro et la Grèce: la politique d’abord!

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grece euro allemagne tsipras

grece euro allemagne tsipras

La crise grecque est une affaire politique. C’est une affaire politique, tout d’abord, parce que l’Union européenne est une structure politique et sa monnaie unique, l’euro, tout autant. Ceux qui ont fait l’euro savaient pertinemment qu’arrimer à une seule devise plusieurs Etats, plusieurs économies très hétérogènes, plusieurs marchés – et codes – du travail et plusieurs systèmes fiscaux n’était pas tenable. Il aurait logiquement fallu commencer par l’Europe politique, c’est-à-dire un projet qui consiste à gommer toutes les différences entre États – fiscalités, droit du travail et j’en passe – pour créer un super-Etat européen avant d’envisager une monnaie supranationale unique. Mais ce n’était pas possible, politiquement. L’euro a donc été créé par des gens qui savaient que cette monnaie sans Etat causerait tôt ou tard une crise, et qu’à ce moment-là le seul remède – pensaient-ils – serait, vous l’avez deviné, une Europe politique!

L’intégration de la Grèce à la zone euro était politique. L’histoire est aujourd’hui connue. À la fin des années 1990, nos dirigeants savaient que, du point de vue économique, la Grèce n’avait rien à y faire, mais ils faisaient de la politique. Jeu de dupes entre Français et Allemands, Paris essayant d’arrimer les wagons de l’Europe du sud à la locomotive de Berlin pour mieux brimer et contrôler ce dernier. À Berlin, on avait tout compris, mais on se disait qu’« ils allaient voir ce qu’ils allaient voir ». Pour Athènes, c’était aussi de la politique. Sans effort réel, pensaient les dirigeants grecs, la Grèce continuerait de bénéficier, directement et indirectement, de la manne européenne. Cela devait coordonner le projet stratégique de la stabilisation définitive de la Grèce entamé avec son intégration à l’Europe quelques années après la chute des Colonels. Et surtout à l’époque tout le monde ou presque partageait alors la vision stratégique de Chirac : si ça pète, on se débrouillera ! Et puis, ça a pété.

Certains des bénéficiaires de ces politiques, c’est-à-dire les citoyens grecs, se sont trouvés acculés. Du coup, pour la première fois ils ont commencé à parler économie. Austérité ou keynésianisme, taux d’échange et sauvetage du système bancaire. Alors que c’est politique ! La dette est une arme politique pointée contre la tempe de la Grèce. C’est sous la menace mortelle d’une banqueroute que la démocratie grecque a commencé à faire de la politique : revoir ses priorités, s’attaquer au cadastre, à la fiscalité, à la corruption, au clientélisme… Parfois, on aurait juré que les gouvernements grecs demandaient eux-mêmes aux « institutions » de tenir bon la barre des réformes pour mieux se tourner ensuite vers leurs citoyens et clamer que « Non ! Ce n’est plus possible ! » Si l’ardoise est effacée avant que la Grèce ne se remette sur les rails – suivant les modalités qu’elle aura choisies – elle ne sortira pas de l’ornière. Chacun demandera sa part du gâteau et tout recommencera.    

Et la souffrance du peuple grec ? C’est une excellente question, même quand elle vient de ceux qui ont un petit faible pour Robespierre ou Staline. Il faut reconnaître cette souffrance et faire ce qui est possible pour l’atténuer. L’état des services de santés grecs est une honte pour l’Europe et une tache indélébile sur son histoire. Mais il faut aussi comprendre que, puisqu’il s’agit de politique, les choses sont souvent présentées de façon légèrement biaisée. Ainsi, la fermeture de la télé grecque, il y a deux ans, a été présentée comme une question de liberté d’expression et de lutte pour un service public de qualité. En réalité, il s’agissait d’un mammouth de 2700 salariés que beaucoup souhaitaient depuis longtemps reformer et rationaliser, chose impossible avant que la crise et la dette ne donnent au gouvernement la force de dire stop. Quant à la question des retraites, nous avons évidemment vu ce que l’actuel gouvernement grec souhaitait nous montrer. Il fallait s’y pencher plus en détail pour découvrir que la retraite anticipée à 55 ans est devenue une magouille permettant de diminuer le nombre de fonctionnaires : on les fait passer du statut de salariés de l’Etat à celui de retraités de l’Etat. Quand les « institutions » posent des questions parce que cela fait exploser la facture, nos médias ne trouvent que des mamies de 90 ans dont la pension de retraite fait vivre toute une famille. Personne n’a le droit de s’interroger sur les choix politiques faits en amont par les grecs, en revanche tout le monde est prié de passer à la caisse.

La crise grecque est une histoire malheureuse et les responsabilités sont tellement nombreuses qu’il y en a pour tout le monde, nous compris. Mais puisqu’il s’agit d’une affaire éminemment politique, il faut comprendre que les Grecs ont aujourd’hui besoin de cette dette pour se mettre en mouvement – dans la direction qu’ils choisiront démocratiquement. La démocratie grecque a été tellement affaiblie par des intérêts particuliers que seule la dette lui permet de rétablir un rapport de force avec ces derniers et mettre en avant l’intérêt général. C’est aussi ça, la politique.

Euthanasie : Les derniers mots de Laura

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Laura a vingt-quatre ans. Elle est en excellente santé, entourée d’amis, passionnée par l’art et spécialement par le théâtre qu’elle a pratiqué. Mais elle estime que « vivre n’est pas son truc », selon le quotidien belge De Morgen  qui l’a rencontrée. Enfant déjà, elle se demandait ce qu’elle faisait sur terre et rêvait de se tuer.

Certes, on peut attribuer ce désir de mort à une famille disloquée, à la violence d’un père alcoolique, à une scolarité difficile. Elle assure qu’il n’en est rien. Elle n’a tout simplement jamais voulu vivre. Quelques tentatives de suicide la conduiront, selon un parcours désormais classique, à l’hôpital psychiatrique. De quoi vous dégoûter encore plus de l’existence.

Avec une opiniâtreté qui force l’admiration, elle demande à être euthanasiée. Sa requête est acceptée. Soulagée, elle prépare dans son studio ses funérailles. « Je trouve très réconfortant d’y penser », confie-t-elle à un journaliste.

Certains, en Belgique, s’offusquent, critiquant un système absurde devenu fou. D’autres se félicitent de vivre dans un pays où l’autonomie du sujet et sa volonté de mourir sont respectés. Laura, elle, a enfin trouvé la paix. Quant à ce qui se passera après l’été, nul n’est en mesure de le dire. Mais on peut en être certain : ce sera le plus bel été de Laura. « Il faut chérir sa mort comme une ultime délivrance », seront sans doute ses derniers mots.

Faut-il sacraliser la mixité?

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mixite homme femme islam

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Lundi, le journal Sud-Ouest a révélé qu’une épicerie musulmane du quartier Saint Michel, à Bordeaux, pratiquait la non-mixité, ouvrant ses portes exclusivement aux hommes en semaine et aux femmes le week-end. Depuis, la terre ne cesse de trembler dans tout l’Hexagone.

Et pour cause, cette affaire – qui n’est pas la première du genre – s’attaque à l’un des fondements idéologiques de notre époque moderne : la mixité.

Probablement hantés par les fantômes du passé et soucieux de ne pas donner de grain à moudre aux intégrismes religieux qui nous ont fait tant de mal, nous rejetons avec un automatisme forcené tout débat sur le sujet. A l’école, il faut mélanger garçons et filles. Et ce, malgré les études qui tendent à démontrer que les uns et les autres ne grandissent pas au même rythme, obéissent à des mécanismes différents et alors que le système scolaire actuel conduit le « sexe fort » à l’échec. Au travail, gare au sectarisme : il faut embaucher hommes et femmes en quantité égale et faire cohabiter tout ce beau monde dans le même espace. A la salle de sport, il faut suer de concert ; à la plage, se baigner entre mâles et femelles ; dans le métro, se frotter au sexe opposé. Et sous aucun prétexte remettre en cause la loi sacrée.

Pourtant, toutes les mixités ne se valent pas. Et il se pourrait même que le combat contre l’indifférenciation aveugle des sexes exige parfois le recours à la séparation hommes/femmes…

Hommes et femmes sont des animaux bien différents et toute fréquentation implique un rapport de séduction. Il ne s’agit pas là d’une légende urbaine mais bien d’un fait entériné par des études scientifiques. Or, dans la vie il y a un temps pour tout. La séduction ne peut être un état permanent que chez des individus qui souffrent d’un sévère dysfonctionnement, dont on peut tout de même leur souhaiter de guérir. Côtoyer le sexe opposé tout le temps, c’est subir une cohabitation sans repos avec une personne venue d’une autre planète. C’est s’adapter à un climat lointain et imposer à son cœur un rythme qui lui est étranger. C’est ne pas pouvoir travailler, soigner sa posture quand il faut accomplir la besogne, avoir à choisir entre son efficacité intellectuelle, son confort émotionnel ou un certain mystère nécessaire à la magie des rapports entre les sexes, quand nous avons besoin des deux. C’est marcher dans des chaussures chinoises et avoir sans cesse à pervertir sa nature comme on corrompt la pousse d’une plante.

Hommes et femmes ont parfois besoin de prendre congé l’un de l’autre et de se retrancher dans leurs pénates pour mieux se retrouver. Chez les tribus primitives, le cloisonnement est un réflexe. Dans certaines d’entre elles, les adolescents ont par exemple leur propre « maison » dès la puberté ; ils y grandissent et se découvrent à l’abri de leurs parents. De même, hommes et femmes ne vivent pas toujours ensemble en huis-clos. Et ce compartimentage offre un heureux paradoxe : le groupe n’en est que plus uni. Qui pourrait dire alors que ce cloisonnement altère la cohésion sociale et le sens du collectif quand ces tribus – pour lesquelles la notion d’individu est inconnue et le partage une valeur souveraine – la pratiquent quotidiennement et ne s’en portent pas plus mal ?

La séparation est un préalable nécessaire à la rencontre. Quand la présence de l’autre devient source d’agacement, la querelle guette et le plaisir de l’échange s’éteint. Les hommes et les femmes souffrent d’être tout le temps ensemble. Ils vont finir par se haïr et perdre l’attrait qu’ils exercent l’un sur l’autre à force de s’entendre respirer en toutes circonstances.

C’est sur ce terreau désespéré que fleurit l’intégrisme musulman qui propose, lui, une stricte séparation entre hommes et femmes, mais également des solutions aussi factices que séduisantes à bien d’autres ennuis de notre époque.

Aux inacceptables problèmes d’insécurité qui menacent les femmes et violent leurs libertés fondamentales, on répond par le voile. Ses partisanes se hâtent alors de le présenter comme un gage de leur libération du regard masculin, quand il n’est en réalité qu’un pansement posé sur une plaie qui ne devrait même pas avoir le droit d’exister.

Aux défaillances d’un marché du travail qui ne s’est pas adapté aux spécificités des femmes et qui les prie de bien vouloir ranger leur utérus, leurs hormones et leurs émotions au fond d’un tiroir, on oppose un simple retour au patriarcat, au couple traditionnel et au foyer.

A l’individualisme galopant qui charrie sur nos rivages contemporains la solitude et la misère affective –anciens qui finissent à la rue et jeunesse livrée à elle-même – on réplique par des structures strictes mais solidaires, et ô combien rassurantes.

Bien sûr, ces solutions sont de beaux mirages que les enfants de demain se hâteront de rejeter avec violence, dans un éternel détricotage que l’on nommera bêtement « conflit de générations ». Dans un va-et-vient semblable à nos alternances politiques, on tangue de gauche à droite, on déshabille Pierre pour habiller Paul, avant de déshabiller Paul pour rhabiller Pierre. On passe d’un ordre « progressiste » à un ordre « traditionnel », faute de trouver un ordre naturel capable de réconcilier tous les élans nécessaires à l’épanouissement humain.

Ainsi s’installe le dogme religieux, figé dans sa liqueur, mais diablement efficace quand il s’agit de panser les blessures d’une époque sans docteurs – pour en creuser d’autres que nous ne verrons que trop tard.C’est bien chez nous et dans les fondations de notre société que se trouve le germe de notre propre faillite.

Alors soyons audacieux : réapproprions-nous la non-mixité. Absurde dans une épicerie, elle peut se révéler utile et bienvenue dans d’autres contextes. Allons braconner sur le terrain de l’ennemi, qui ne peut pas avoir le monopole des valeurs éternelles. Concurrençons sans crainte ces intégrismes religieux, non dans leur violence, leur médiocrité, leur dogmatisme insensé ou leurs structures répressives, mais bien dans leur proposition idéologique, qui n’est souvent qu’un édifice fragile. Un coup de pied suffirait à le faire valdinguer et disparaître dans les oubliettes de l’Histoire. En somme, osons guérir de nos démons et proposer une société nouvelle… ou ces gens s’en chargeront à notre place.

*Image : Pixabay.

Le camouflet de la justice à Christiane Taubira

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taubira fn justice leclere

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C’est peut-être un détail pour vous, mais pour la démocratie ça veut dire beaucoup. Lundi 22 juin, la justice française a envoyé un camouflet historique à Mme Taubira, son ministre de tutelle. Celle-ci s’était crue autorisée à charger discrètement son propre mouvement politique, le parti guyanais Walwari, de poursuivre une ex future candidate FN qui l’avait comparée à un singe sur Facebook et devant une caméra d’Envoyé Spécial. Et ce, à 7000 kilomètres de chez elle. Dans le numéro de janvier de Causeur, nous évoquions une « Justice sur mesure pour Christiane Taubira ».

L’affaire s’était en effet soldée en juillet dernier par une condamnation ébouriffante d’Anne-Sophie Leclère à neuf mois de prison ferme et 50 000 euros d’amende. Un verdict proprement délirant, surtout à l’heure où la ministre s’apprêtait à légiférer contre l’application des peines de prison aux primo-délinquants. Mais Mme Taubira avait alors poussé le bouchon encore plus loin, en osant déclarer dans la foulée : « Les juges ne jugent pas selon leur fantaisie mais selon le code pénal. »

Bien entendu, la défense avait immédiatement fait appel de cette décision, dont le verdict exorbitant reposait sur une argumentation aussi carrée que la Terre est plate. Il y était question d’atteinte à « toutes les races », et du fait que le FN s’était rendu solidairement coupable de ce délit contre l’humanité « en ne s’assurant pas des opinions républicaines » de la dame, ou encore en adoptant un « programme visant à limiter l’immigration de façon drastique »… Bref, du droit pénal version Coluche, ou Cali.

Car il se trouve que la plainte, déposée à Cayenne avec l’accord signé de Mme Taubira, était tout simplement irrecevable. Ce que s’est contentée d’expliquer la Cour d’Appel, pourtant présidée par un membre éminent du très peu pluraliste Syndicat de la Magistrature. Comme quoi, on peut avoir des idées politiques proches de celles de son gouvernement, sans pour autant refuser de faire son travail lorsqu’un ministre se croit tout permis, même et surtout quand il s’agit du Garde des Sceaux.

La Cour relève d’abord, « à titre liminaire », que « Walwari n’a pas, comme elle l’indique, été déclarée à la Préfecture de Guyane le 30 novembre 1992 » mais le 10 janvier 1993. Mais il y a mieux : les statuts de l’association indiquent qu’elle a pour objet de « mettre en œuvre toutes opérations relevant de l’organisation de campagnes électorales de candidats désignés en assemblée générale ». Et certainement pas, comme le droit l’exige pour agir en justice dans une telle affaire, « de défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants, de combattre le racisme ou d’assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ».

Même ses « projets de statuts révisés » en 2009 ne parlent que de « défendre la démocratie, la paix… de contribuer à développer la responsabilité et la dignité de l’homme ». Et dans le cas assez improbable où ce condensé de charabia bisounours aurait été susceptible d’autoriser un « mouvement politique » à poursuivre l’auteur d’odieux propos racistes, il aurait fallu qu’il soit adopté plus de 5 ans avant les faits, soit en octobre 2008. Caramba, encore raté !

Ainsi les magistrats ont-ils exécuté la décision de première instance, « sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres multiples exceptions de nullité ». Autrement dit, bien qu’un certain nombre d’autres aberrations juridiques entachent la condamnation abracadabrante d’Anne-Sophie Leclère, la Cour d’Appel a préféré considérer comme nulle la procédure dans son entier. Affaire classée. Du moins, si Walwari ne tente pas un pourvoi en Cassation, que le parti trouve un peu coûteux : 3500 euros.

En attendant, le mouvement fondé par Mme Taubira est condamné à régler les frais de procédure – 169 euros – et peut au moins se réjouir d’une chose : la Cour d’Appel a également jugé irrecevables les demandes d’Anne-Sophie Leclère et du FN, qui lui réclamaient respectivement 60 000 et 30 000 euros. Motif ? Une telle indemnité ne peut être imputée à la partie civile, à l’origine des poursuites, que sur réquisition du Ministère Public… Or le chef du Parquet est toujours et encore, envers et contre tout, une certaine Christiane Taubira.

Souverainisme, l’autre nom de la démocratie

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seguin euro maastricht

seguin euro maastricht

Je tiens à rassurer Benoît Rayski sur sa mémoire. C’est bien dans les colonnes de Causeur qu’il a lu que les Grecs Indépendants étaient souverainistes. C’était sous ma plume et je l’assume volontiers. J’ai croisé le chef de ce parti dans les travées du congrès de Debout la France, il y a quelques mois. Je tiens tout de même à rassurer tout le monde et à confirmer que ces gens sont effectivement « beaucoup moins nazis qu’Aube dorée ». A vrai dire, ils ne sont même pas nazis du tout. Mais peut-être est-ce moi qui perds le sens de la mesure ?

Ainsi donc le souverainisme serait « dans le vent ».  Tiens, donc ! On m’aurait menti ? Quand, dans un pays, 95% des journalistes votent oui à un référendum, au point que le directeur d’un journal agonit d’injures ses lecteurs coupables d’avoir mal voté, on a du mal à ressentir un véritable engouement pour le souverainisme. On me rétorquera que c’était il y a dix ans. C’est vrai. Depuis, on a fait une toute petite place à des journalistes pour qui la souveraineté n’est pas un gros mot : Eric Zemmour, notre patronne Elisabeth Levy ou encore Natacha Polony. Même si ces trois-là ont évidemment plus de talent que peuvent en avoir leurs contradicteurs, il faut reconnaître que cette escouade ne fait pas vraiment le poids face à l’armada d’en face.

Heureusement, « tout n’est pas à jeter ». On est rassuré. On n’aura pas à répondre que le souverainisme c’est comme le cochon, tout y est bon, pour rester dans le même registre. Ouf ! Je vais faire une confidence à Benoît Rayski. Avant 1992, je n’avais jamais eu l’idée d’être souverainiste. J’étais simplement gaulliste. Mais des élus ont souhaité confier à d’autres instances les missions qui étaient les leurs, battre monnaie notamment, ou contrôler les frontières, avec le succès que l’on connaît aujourd’hui dans les deux domaines. Pourquoi donc me suis-je opposé à ces décisions ? Par nostalgie des marches au pas de l’oie ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est par goût de la démocratie. Je souhaitais simplement que les personnes pour qui je vote exercent effectivement le mandat que je leur ai confié. Tout cela, je l’ai appris d’un homme dont le père est tombé pour la souveraineté de la France, dans un village franc-comtois en 1944. Il s’appelait Philippe Séguin et j’ai beaucoup appris de lui. Son Discours pour la France, dont je conseille d’urgence le visionnage, m’a imprégné. Je n’ai pas attendu Marine Le Pen pour défendre la souveraineté de mon pays. Et je ne vois pas au nom de quelle escroquerie intellectuelle je devrais arrêter de le faire parce qu’elle s’y est mis plus tardivement. Ce qui est gênant, ce n’est pas de défendre la souveraineté comme le fait Madame Le Pen sur les plateaux de télé. Ce qui est gênant, c’est qu’on ne voie pratiquement plus qu’elle pour le faire.

Terminons par ce qui est le moins agréable. Ma capitale, c’est Auschwitz, donc je ne peux être souverainiste, nous explique Benoît Rayski. Quel rapport ? Hitler n’était pas souverainiste, il était impérialiste. Le Général de Gaulle et nos maquisards (dont une bonne part venait de l’Action française et du PCF, il est vrai. Il fallait savoir « batifoler » avec des gens « infréquentables ») défendaient la souveraineté de la France. Dans ces conditions, comment ne pas être scandalisé par cette antienne selon laquelle le souverainisme mènerait à la déportation des juifs alors que c’est exactement l’inverse ? Les Juifs qui ont créé ensuite la nation la plus souverainiste du monde, Israël. Imagine-t-on Israël confier sa monnaie à une instance supranationale ou déléguer la surveillance de ses frontières ? Poser la question, cher Benoît, c’est y répondre.

Le bruit de la douche

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Etats-Unis : le Sud agonise

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Prénom Etats-Unis Racisme Confédéré

Prénom Etats-Unis Racisme Confédéré

Le bruit et la fureur se sont emparés des Etats-Unis à la suite des attentats perpétrés à Charleston par un jeune suprématiste blanc. De nombreuses questions se sont posées auxquelles on tente de répondre à la même vitesse que celle des balles du tueur. Le mythe d’un Sud raciste, rétif à la modernité, profondément coupé de la moitié nord des Etats-Unis, a repris place dans le discours médiatique. En brandissant le drapeau confédéré, Dylan Roof a introduit les représentations de la guerre de sécession dans cet imaginaire d’un Sud « Dixieland » désespérément raciste et arriéré. Déjà, des voix s’élèvent pour interdire le drapeau de la Confédération.

Sans nier l’existence des phénomènes extrémistes, on peut néanmoins se poser la question de l’existence d’un espace culturel « sudiste » correspondant aux Etats américains qui ont fait sécession en 1861. Ce monde, que Faulkner pensait né d’un traumatisme lié à la guerre de Sécession, et qui sous-tendait le cliché d’un Sud raciste et dangereux pour les personnes de couleur, existe-t-il toujours ? Une étude italienne parue il y a un mois tente d’y répondre en s’intéressant à l’évolution des prénoms des nouveaux-nés aux Etats-Unis.

Cette analyse originale, produite par des physiciens italiens de l’université Sapienza, s’ajoute à une longue série d’études culturelles portant sur des données sociologiques triviales. Létude des races des chiens adoptés, le succès des chansons populaires, ou même, pour l’antiquité, les décorations des poteries archéologiques s’est montrée très utiles pour saisir les contours d’une culture et plus efficace que l’analyse des phénomènes « sérieux » comme la politique. Pour déterminer les contours d’une civilisation, d’un espace culturel homogène, ces phénomènes apparemment dérisoires sont, paraît-il, d’une certaine efficacité. Armés de cette méthodologie, nos physiciens se sont concentrés sur le choix des prénoms. Ce choix étant très intime, ils l’ont jugé moins soumis aux effets de mode et plus stable dans le temps. Leur idée n’est pas de suivre des prénoms précis – compter les Scarlett d’un côté, les Meg et Jo de l’autres – mais de mesurer, état par état, quels sont les prénoms les plus fréquemment attribués aux filles et aux garçons. Même si les noms à la mode changent, ils ne changent pas partout de la même façon et au même rythme.

Jusqu’aux années 1960, la récurrence des prénoms dessinait un véritable clivage entre le Nord et le Sud, une véritable frontière statistique entre deux moitiés d’un pays qui s’étaient fait la guerre. À partir des années 1970, cette frontière invisible s’est effritée. Avec deux blocs côtiers, et au milieu un bloc « Midwest ». Quand on y regarde de plus près, on voit le Texas et la Floride « dériver » hors de l’ancienne « Dixie » pour rejoindre les blocs des deux côtes, la Géorgie et la Virginie suivant doucement le mouvement.

Si les chercheurs se refusent à interpréter leurs données, on ne peut s’empêcher de reconnaître les phénomènes décrits en 1970 par Alvin Toffler dans son Choc du futur, notamment un brassage de population et un effacement des passés. Le Texas, avec son pétrole et son économie florissante, et la Floride, avec ses immigrés hispaniques et ses retraités, illustrent la métamorphose profonde de certains territoires. Ainsi, le Sud, autrefois porteur d’une culture homogène, est en pleine implosion.

Ni la guerre de sécession, ni les deux guerres mondiales n’ont pu réaliser en un siècle ce que les révolutions consumériste, individualiste, sexuelle et médiatique conjuguées ont accompli en à peine deux décennies. Comment donc expliquer cette irruption de violence et surtout l’imaginaire qui lui sert d’arrière-plan ? L’invocation d’un imaginaire sudiste digne d’Autant en emporte le vent par l’auteur des attentats serait un appel vain à une culture en perdition. Quant à la violence elle-même, il faut rappeler que les tueries de masse sont récurrentes et probablement liées à d’autres pathologies profondes de la société américaine. Si Columbine n’est pas Charleston, ces deux tueries ont provoqué un nombre de morts très voisin…

*Photo : WikiCommons

Le choc du futur

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Contre le souverainisme

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souverainisme poutine chevenement grece

souverainisme poutine chevenement grece

Je lis je ne sais plus où, sur Causeur ou ailleurs, que les Grecs Indépendants, les alliés de Tsipras, sont « souverainistes ». Un mot cache-sexe qui recouvre tout et n’importe quoi, le meilleur et le pire. A y regarder de plus près, les Grecs Indépendants, c’est simplement un parti d’extrême droite, xénophobe et anti-immigrés. Mais concédons-leur qu’ils sont quand même beaucoup moins nazis qu’Aube Dorée. En tout cas en Grèce, c’est la dette qui est souveraine…

Le mot « souverainiste » est dans le vent tout comme le souverainisme. Il a les vertus d’un onguent miraculeux qui guérit les pires des maladies et, à coup sûr, les dissimule à merveille. Il est sexy. Souverainiste, cela fait fier et viril, comparé aux couilles molles de Bruxelles. Qui n’est pas souverainiste se voit aussitôt rangé dans la catégorie des dinosaures reconstitués au musée d’Histoire naturelle.

Un souverainiste ça peut être un Jean-Pierre Chevènement dont je n’oublie pas – car c’est à son honneur – qu’il fut l’un des fondateurs du CERES, un corps d’élite du PS vraiment ancré à gauche (les « frondeurs » à côté c’est pff…) que Mitterrand utilisa pour faire la peau à Rocard. Une souverainiste cela peut être aussi, hélas, Marine Le Pen qui aime Syriza et les Grecs Indépendants. Ça peut être, selon ses jours et ses humeurs, Emmanuel Todd. Et, comme lui par intermittence, un Michel Onfray. Tout n’est pas à jeter.

Mais le souverain des souverainistes s’appelle Vladimir Poutine. Il a prouvé son patriotisme et son rejet farouche de l’Europe de Bruxelles en rattachant la Crimée à la mère patrie et en mettant une partie de l’Ukraine sous tutelle russe.

Les souverainistes sont partout. À l’est, à l’ouest, au nord, au sud. Au Danemark, ils sont devenus le premier parti du pays. Ils ont en effet tout pour plaire : nationalistes d’extrême droite et xénophobes. Dans les autres pays scandinaves, leurs cousins progressent. Et en Flandre, le Vlaams Blok, identitaire et xénophobe, tient toujours la corde.

Du côté d’une certaine gauche et à l’extrême gauche, on s’arrange comme on peut avec ces compagnons de route plus bruns que rouges. Et dans ce but, on fait preuve d’une remarquable agilité langagière. Non, ils ne sont pas fascistes, xénophobes ou racistes : ils sont souverainistes ! Autant considérer – je sais, je force beaucoup le trait – Hitler, qui était socialiste (national) et qui voulait faire l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, comme un précurseur de Jacques Delors.

Tout cela me rend mélancolique. On va encore me traiter d' »européiste » alors que je n’ai qu’une capitale. Pas Bruxelles : Auschwitz. J’aimerais pourtant être souverainiste pour pouvoir batifoler avec les autres dans le bac à sable. Mais on ne se refait pas. Ma mère m’a toujours interdit de jouer avec n’importe qui. Pourtant je suis sûr que si elle vivait encore, elle cesserait d’être précautionneuse, me dirait de ne pas rester seul et d’aller faire mumuse avec les souverainistes tellement vivants et combattifs. J’en suis là. Boouuhh !

*Photo : wikicommons.