Accueil Site Page 2340

Le fils indigne de Louise Brooks et de Cioran

0

louise brooks cioran

1. Un salaud sympathique

L’affaire est entendue : je suis le fils – illégitime, bien sûr – de Louise Brooks et de Cioran. L’actrice américaine et le volcanique Roumain partageaient la conviction que la création est une aberration, la procréation un crime et la concision un devoir. Il va de soi qu’ils ne pouvaient rêver pire héritier : j’ai trahi mon père quelques mois avant sa mort en révélant dans un quotidien parisien son peu glorieux passé sous le nazisme, ce qui est une forme particulièrement perfide de parricide. Pour ma défense, je citerai ce mot qu’il m’avait écrit en avril 1991, le 10 précisément : « Il est grand temps que vous écriviez vos Mémoires et que vous nous exécutiez tous. »

Avec Louise Brooks, je me suis montré plus indigne encore. Alors qu’elle me suppliait de lui apporter une arme à feu pour mettre fin à ses jours, j’ai décliné son invitation de me rendre à Rochester où elle végétait dans un modeste studio. J’avais là encore une excuse : ma mère, ma vraie mère, sentant venir sa mort, m’avait fait prêter serment de lui enfoncer dans le cœur une aiguille à tricoter le jour de son décès tant elle redoutait d’être enterrée vivante. Mon acquiescement avait été de pure forme, mais l’avait apaisée. Je n’avais nulle envie de récidiver avec Louise Brooks. Après tout, que les gens s’arrangent avec leur propre mort sans compter sur autrui, fût-ce leur famille. D’ailleurs compter sur autrui mériterait déjà une peine pire que la mort.[access capability= »lire_inedits »]

J’écris ces quelques lignes sous l’œil goguenard de Cioran. Il savait mieux que quiconque qu’il importait jusqu’à la fin de tromper son monde. Et, finalement, de tout oublier. Miss Alzheimer l’a secouru. Aussi n’a-t-il jamais su que je l’avais vitriolé dans son agonie. Ce que font d’ailleurs tous les bons fils de manière immémoriale avec la complicité de leur père. Sans doute est-ce la seule façon de leur être fidèle. Cioran m’avait d’ailleurs appris que rien de grand ne s’accomplit sans quelque enfantillage criminel.

De Louise Brooks, j’ai conservé des photos où brillent encore dans ses yeux les flammes de l’enfer. Celles aussi qu’elle m’avait envoyées de Rochester où je la découvrais adolescente. Elle avait compris que je ne supportais pas que les femmes vieillissent. Elle pensait de même, souffrant comme un chiot abandonné dans son minuscule studio de Goodman Street. Je n’ai pas été cet homme bon qu’elle appelait la nuit. Je lui ai refusé l’arme qui lui aurait permis d’en finir.

La conclusion de ces quelques lignes : j’ai été pire qu’un fils indigne. Un salaud. Un salaud sympathique, ajoutent les quelques femmes qui ont partagé mon intimité, mais un salaud quand même. Cioran avait précisé : « Un salaud d’une incurable élégance. » Avec une forme de bonté : celle du bourreau, qui consiste à frapper d’un coup sûr. Cela me sauvait à ses yeux. Mais je ne tiens plus à être sauvé. Simplement à leur demander : pardon.

 

2. Corina, l’anagramme de Cioran

Rien ne m’enchante plus que les opuscules passés totalement inaperçus et dont quelques exemplaires pourrissent encore au fond d’une cave. Grégoire Prat avait publié en 2005 Corina, l’anagramme de Cioran, que j’ai reçu par courrier dix ans plus tard. L’aphorisme qui ouvre ce petit livre en donne le ton : « N’ayez pas peur de la fin des temps. L’humanité est increvable. Seules les belles choses disparaissent. »

Grégoire Prat est amoureux d’une Roumaine, Corina. Elle est venue en France pour apprendre le chinois. Une manière de se perdre un peu plus pour se retrouver. Elle est surprise qu’en France les hommes ne frappent pas leur femme. C’est pourtant un signe de virilité. Un homme doux, un Français, est-ce encore un homme ?, se demande Corina. Quand elle le quitte, Grégoire boit dans son verre et lèche sa fourchette. « Misérable fétichiste ! », s’exclame-t-il, jusqu’à ce qu’il réalise, effrayé, que Corina est l’anagramme de Cioran, que la Roumanie est un sale pays, le pays de Cioran qui refuse de vivre, le pays de Dracula qui refuse de mourir, le pays de Corina qui refuse d’aimer. Pire encore : dès que Grégoire voit quelque chose qui évoque la Roumanie – un mendiant, une pute, un chien errant, un violon, un vampire, un livre de Cioran, un nuage – il pense à Corina. Il ne cristallise pas, il roumanise le monde. Je ne suis pas loin de penser qu’il a enfermé Corina dans sa cave. Ou dans ce livre, avant de prendre la fuite pour la Russie où il vit désormais comme un moine. Les enfants de Cioran connaissent de curieux destins. Moi aussi, j’ai beaucoup aimé Corina quand j’étais adolescent. Il me reste, en chanson, la version de Ricky Nelson.

3. Les vies parallèles de Cioran et de Leopardi.

À ceux qui ne connaissent pas le beau livre de Mario Andrea Rigoni Cioran dans mes souvenirs (PUF), je conseille d’attendre le prochain numéro de Causeur pour comprendre pourquoi il est indispensable de l’avoir lu pour saisir ce qu’est le nihilisme cioranesque. Et, bien sûr, ce qu’il a de commun avec celui de Leopardi. Tous deux partageaient l’expérience capitale de l’ennui, c’est-à-dire le sens de la vacuité universelle des choses, qu’ils percevaient – cela va de soi, précise Rigoni – non seulement en ce qui concerne la pensée, mais dans leur chair même.[/access]

Également en version numérique avec notre application :

Cioran dans mes souvenirs

Prix: ---

0 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : James Gardiner.

Je suis victime: médias et politiques en accusation

25

cyrulnik romano victime

Collectifs ou individuels, le trauma et ses victimes sont particulièrement prisés par les médias et les responsables politiques ne se privent pas de les exploiter pour leur plus grand profit personnel. Telles sont les deux principales accusations d’un ouvrage au ton incisif « Je suis victime : l’incroyable exploitation du trauma » qui vient de paraître aux Editions Philippe Duval : Hélène Romano et Boris Cyrulnik y dénoncent la surenchère médiatique dans la « fabrication de victimes » et son ignoble commerce par « les logiques politiques et institutionnelles ». Après dix années passées comme psychologue référente de la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique (Cump) du Val de Marne et avec plus de cinq cents dispositifs à son actif, Hélène Romano sait de quoi elle parle. Le séisme d’Haïti, l’attentat de la cathédrale de Bagdad, la bombe dans un café de Marrakech, l’incendie de l’Haÿ-les-Roses : autant de témoignages in vivo à partir desquels l’auteure souhaite nourrir une prise de conscience sur « le traitement réel des blessés psychiques lors des catastrophes » où se télescopent, voire s’opposent des impératifs contradictoires. Elle fustige la « priorité du moment qui est la venue du ministre et son discours essentiel du soir » selon les membres d’un cabinet ministériel lorsque ces derniers retardent ou écartent, en fonction de la présence des caméras de télévision, l’urgence de la prise en charge. Tout comme elle s’inquiète des tendances à « protocoliser des psys » sur ces lieux de drame au risque de « psychiatriser des réactions ». Ces déviances de la « victimologie » et de la « traumatophilie » rejoignent une autre étude sur ce thème, un peu plus étoffée et publiée en 2007 par Didier Fassin et Richard Rechtman (L’empire du traumatisme : enquête sur la condition de victime, Flammarion).

La gestion de crise privilégie désormais, selon Hélène Romano, l’image au contenu et la norme traumatologique collective à la souffrance individuelle. Conséquences : pour le sujet « dépossédé de son histoire et de sa singularité » et « condamné à être victime pour que la cohérence collective puisse se dégager de ses insuffisances à penser la subjectivité », la médiatisation est devenue « le passage obligé pour toute victime qui se respecte ». Et l’image « le support qui donne force au vécu et à l’événement ». Pour avoir été en charge du « suivi et soutien psychologiques » des personnels de la Lufthansa de Nice après la catastrophe aérienne de Germanwings, nous nous devons nous aussi d’insister sur cette nécessaire prise en compte de la psyché individuelle tout en rappelant que les processus traumatiques interviennent en deux temps, celui de « l’après coup » réactivant des problématiques personnelles inconscientes[1. Sigmund Freud, « Psychopathologie de l’hystérie », Esquisse d’une psychologie, Erès.]. Nous avions déjà mentionné dans un article précédent combien peuvent se confondre voire fusionner dans la psyché humaine et pour s’en nourrir mutuellement, les difficultés professionnelles et celles d’ordre privé : « le lâchage par la compagnie-mère », signifiant entendu dans nos entretiens à la Lufthansa, consacre cette dimension.

Dans sa contribution intitulée le « syndrome de la cellule d’urgence », Xavier Emmanuelli, à l’origine des CUMP après les attentats du 25 juillet 1995 à la station du RER B de Saint-Michel, regrette la « mauvaise utilisation » de cet outil. En cause, selon lui, le « clivage » entre le médical et le social qui fait de ces CUMP un « business hollywoodien instrumentalisé » et « géré comme une entreprise » par le monde politico-médiatique et le « lobby de la bien-pensance ». Il signale par surcroît les méfaits d’une prise en charge qui favorise les blessures d’un corps considéré comme une « mécanique quasi-cybernétique » au détriment de la psyché et s’en prend aux psychiatres dont « certains interviennent afin de soulager davantage leur propre traumatisme et impuissance ». L’ancien Secrétaire d’Etat chargé de l’action humanitaire d’urgence auprès d’Alain Juppé pointe en outre les dangers du « debriefing », intervention « à la mode » pratiquée par des personnels « peu ou mal formés » et à même « d’aggraver l’état des blessés psychiques » : un exercice dont la psychanalyste Caroline Eliacheff et l’avocat Daniel Soulez Larivière racontent la genèse dans Le temps des victimes (Albin Michel, 2007). Et le fondateur du Samu social de la Ville de Paris de marteler : les CUMP doivent être un « outil pour les blessés, non pour les politiques ».

Les autres contributions, plus faibles ou superficielles, prennent parfois le contrepied des thèses d’Hélène Romano et de Boris Cyrulnik : Bernard Rimé évoque la notion d’autant plus galvaudée de « stress » que le concept d’Hans Selye, son inventeur, ne parvient pas à distinguer l’agent qui provoque la pression, des conséquences de cette dernière sur l’être humain. Les références sans précaution au DSM, le Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux si décrié par les psychanalystes européens, les assertions discutables sur « la modernité qui a éloigné la souffrance et la mort de [notre] contact » alors que cet éloignement se manifeste par un retour foudroyant du refoulé dans l’accomplissement de certains actes criminels, l’affirmation bien étrange « l’eau coule du robinet » pour illustrer l’heureux confort de la modernité alors que 4 millions de personnes meurent chaque année de son absence dans le monde, le renvoi contestable à « l’unité du moi » qui nie le dualisme pulsionnel, le discours clinique alambiqué entre victimes et non-victimes sans indiquer plus simplement la culpabilité généralement inconsciente du survivant et celle du bien-portant, laissent le lecteur dubitatif sur la démonstration du professeur émérite de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de Louvain. L’expérience de Sam Tyano, telle qu’il nous la livre dans De la parole forcée à la parole biaisée, nous laisse également sur notre faim : outre son idée, innovante mais hélas à peine esquissée, de « pacte avec les médias » et le « besoin de repenser leur fonction », le psychiatre israélien aurait pu expliciter davantage, notamment à propos de son travail sur les adolescents suicidaires et les risques de suicide au sein de Tsahal, son concept de « résilience communautaire » destinée à « réorganiser » les états traumatiques en termes de « masse et non d’individu » et ce, en lien étroit avec la presse. Nous aurions beaucoup apprécié un débat entre ce professeur de l’Université de Tel-Aviv et Boris Cyrulnik qui conclut à l’exact opposé : « le récit collectif porte nos récits individuels mais il les limite aussi, voire les étouffe ».

Je suis victime: L'incroyable exploitation du trauma.

Prix: 14,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 10,01 €

Guillaume le paysan

2

francois guillaume paysan chirac

Le livre de François Guillaume, Un paysan au cœur du pouvoir, n’est pas une biographie commune centrée sur son auteur. C’est le long métrage d’un engagement syndical et politique qui s’inscrit dans la trame des bouleversements sociaux et économiques du demi-siècle écoulé dont la guerre a été le ferment sans lequel le monde n’aurait pas connu une accélération aussi rapide de la modernité. Et si la France profonde, paysanne et rurale, encore figée dans ses traditions ancestrales a brûlé les étapes de son développement technique et politique elle le doit à une poignée de jeunes paysans décidés à prendre leur part dans l’aventure des grands changements qu’appelait le pays. François Guillaume est de ceux-là. Né avant-guerre dans un petit village de Lorraine il se voyait promis dès son plus jeune âge à un destin de paysan soumis à la tutelle de la famille et à celle, aussi prégnante, des édiles locaux : le curé, l’instituteur ; et fermement invité à s’inspirer du savoir-faire des générations précédentes. Spectateur des événements tragiques de l’effondrement militaire de la France en 1940, des exigences de l’occupant et du courage des résistants, il confie au lecteur ses souvenirs d’enfant et de collégien dans un internat aux conditions de vie plutôt spartiates. Son retour sur la ferme familiale, bac en poche, tient alors à la conviction que la mécanisation de l’agriculture ferait de l’agriculteur un entrepreneur libéré des tâches ingrates du paysan. Mais pour lui la transition fut plus longue que prévue. Bousculer le conservatisme de la génération en place devint un objectif partagé avec d’autres jeunes, candidats à la succession des aînés, autant sur les exploitations agricoles pour les gérer autrement que dans les organisations professionnelles, syndicales et coopératives. Le Centre National des Jeunes Agriculteurs fondé par quelques-uns  répondait à cette intention. François Guillaume y milita. Il en devint rapidement le leader, saisissant l’opportunité de l’avènement de la Vème République et de sa volonté de réformes pour adapter la Politique agricole à la nouvelle donne européenne.

Mais c’est à la tête de la FNSEA qu’il a donné sa pleine mesure en usant de sa forte personnalité  pour faire reconnaître l’autorité syndicale, y compris à l’arrivée au pouvoir de la gauche qui prétendait « briser ce monopole de représentation du monde agricole ». En réponse, 120 000 paysans défilèrent dans Paris. Du jamais vu, complété par une autre démonstration de force, lors des élections aux Chambres d’Agriculture en écrasant toute opposition au  leadership « de la toute puissante FNSEA » . Au passage l’auteur en profite pour décrire ses rencontres avec des hommes d’exception ; De Gaulle, Jean-Paul II, Houphouët-Boigny, Bourguiba, Pompidou et avec d’autres en charge des affaires de l’Etat : Chirac, Giscard d’Estaing, Mitterrand comme s’il voulait ajouter à son témoignage cette autre preuve de notoriété de la FNSEA.

Sa popularité incita Jacques Chirac vainqueur des élections législatives en 1986 à lui proposer le ministère de L’Agriculture ; il l’accepta sous le double challenge d’appliquer la Politique agricole qu’il revendiquait à la tête du grand syndicat paysan et de défendre bec et ongles les intérêts agricoles français menacés à Bruxelles et face aux Etats-Unis. Pari réussi mais   remis en cause par la défaite de Jacques Chirac à la présidentielle de 1988. Poursuivre son combat autrement l’oblige alors à engager une carrière politique au Parlement européen puis à l’Assemblée Nationale. Il y découvre le dessous des cartes ignoré du grand public ; les intrigues, les coteries, les dérives coupables de certains élus insuffisamment sanctionnées, les promotions trop rapides qui faute d’être éclairées  par des expériences professionnelles et civiques confirmées portent préjudice à la saine gestion des affaires et aux intérêts de l’Etat. Rigoureux et direct, il n’a plus la cote auprès de Chirac qui se radical-socialise pour entrer à l’Elysée  et s’y installer pour deux mandats peu convaincants. François Guillaume tient sa place au Palais Bourbon et s’irrite des tergiversations et de l’abdication de la Droite frileuse alors que le péril est à la porte. Dans sa circonscription de Lunéville en paysan pragmatique qu’il est resté, il réalise, suggère, soutient les équipements routiers, culturels, universitaires, sportifs et s’attache au développement des entreprises.

Mais le fil rouge qui relie tous ses engagements  reste son combat contre la faim dans le monde parce que, paysan, il reste fidèle à sa mission de nourrir les hommes, tous les hommes.

Un Paysan au coeur du pouvoir

Prix: 2,53 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

Terrorisme islamiste: On vous tranchera la tête

591

attentat daech isere tunisie

On sait peu de choses à propos de la nouvelle agression islamiste qui vient de frapper la France mais on sait déjà l’essentiel : elle rappelle aux Français comme aux autres Occidentaux que de tels événements se reproduiront dans les années à venir. Il ne s’agit pas que d’une attaque contre une usine. Elle s’accompagne de la marque distinctive de l’État islamique : la décapitation est là comme une signature. Qu’importe, en un sens, si nous sommes devant un djihadiste en mission commandée ou, ce qui semble plus probable, devant un individu qui s’est « radicalisé » en s’inspirant du combat et des méthodes de l’État islamique. Dans les deux cas, on aura compris ce qu’il faut comprendre : le djihad est parmi nous. On le savait déjà depuis les attentats de janvier 2015. Mais la menace se précise encore plus : les attentats à venir ne seront plus nécessairement spectaculaires et seulement dirigés contre des cibles « symboliques », comme c’était le cas avec Charlie Hebdo. Ils peuvent surgir de nulle part, frapper n’importe quelle ville et n’importe qui.

On apprend au même moment que vient d’avoir lieu un attentat en Tunisie, contre une station balnéaire. Actuellement, on dénombre 27 morts. On dirait une scène tirée de Plateforme, le roman de Michel Houellebecq, où dans les dernières pages, des islamistes attaquent une plage touristique en Thaïlande. Le message est clair : partout, les Occidentaux sont en danger, et plus encore s’ils s’aventurent dans des pays où l’islamisme le plus violent parvient à faire sentir sa présence. Faut-il préciser que des Tunisiens y ont aussi perdu la vie et que c’est tout un peuple qui est intimement blessé ? Pour l’instant, on ne sait pas si l’État islamique revendique l’attentat. Mais on sait qu’il a revendiqué celui au Koweït où une mosquée chiite a été visée par un attentat à la bombe. Comme nous l’apprend Le Monde, c’était, encore une fois, un attentat suicide. Nous comprenons chaque fois la signification de la chose : nous sommes devant des hommes qui sont prêts à mourir pour leur Dieu, pour peu qu’ils puissent tuer pour lui en même temps.

On entend déjà la protestation des esprits bêlants : nous voulons la paix ! Oui ! La paix ! Ne suffirait-il pas que les hommes se tendent la main, se comprennent et fassent enfin le choix de l’harmonie ? C’est très beau. Sauf qu’on ne décrète pas la paix, et si nous avons devant nous un ennemi décidé à nous faire la guerre, nous n’aurons pas de répit. Ce n’est pas sans raison qu’on redécouvre aujourd’hui la philosophie politique de Julien Freund, car telle était sa principale leçon. La guerre s’est naturellement métamorphosée. C’est pourtant bien d’elle dont on parle. Devant l’ennemi, on a deux possibilités : soit on se couche, soit on se bat. Soit on s’affaisse, soit on trouve en soi la force de se battre et on redécouvre que la politique, à certains moments, est une question de vie ou de mort. Il faut d’ailleurs avoir la mémoire bien courte pour s’en surprendre. Et il faut avoir le courage de nommer l’ennemi : ici, ce n’est pas le « terrorisme » en soi, c’est l’islamisme radical.

Évidemment, il y a plusieurs manières de se battre et il faut éviter d’en arriver à une crispation sécuritaire extrême qui dénaturerait en profondeur la société libérale. Au moment de la Deuxième Guerre mondiale comme au moment de la guerre froide, c’est en demeurant fidèles à leur génie spécifique que les démocraties occidentales ont gagné. Mais il faut néanmoins accepter psychologiquement de sortir de notre quiétude (à moins qu’il ne s’agisse d’une torpeur) en nous disant que la vie ne sera plus jamais comme avant. Nos pays ont eu la chance immense de goûter à plusieurs décennies de paix mais cette période est probablement terminée. Nous sommes témoins du retour du tragique. Cela ne veut pas dire que nous serons sur le pied de guerre chaque jour. Mais nous ne pourrons faire autrement que de sortir de notre insouciance, qui chaque fois, reprend ses droits, comme si nous ne voulions pas croire au fond de nous-mêmes à la dure réalité du monde dans lequel nous entrons.

Cet article extrait du blog de Mathieu Bock-Côté est republié avec l’aimable autorisation du Journal de Montréal.

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES.

Plateforme

Prix: 9,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,19 €

Djihad à crédit

12

On dit que les jeunes djihadistes sont des adolescents en perdition qui ne réfléchissent pas beaucoup. Il est même beaucoup d’endroits où on les qualifie sans ménagements d’«abrutis». Pourtant, en Suède, on nous apprend que certains ne manquent pas de ressources. Que ce soit pour commettre des attentats en France, en Tunisie ou au Koweït, ou pour rejoindre le califat, les apprentis moudjahidines doivent faire preuve d’imagination.

Quand on aspire à faire la guerre sainte, on ne peut pas se pointer à Daech les poches vides. Après avoir payé son billet d’avion pour Istanbul, détour obligé vers la frontière syrienne, on doit encore s’assurer d’avoir suffisamment d’argent pour s’acheter une voiture. Il faut pouvoir crâner devant les copains.

Martin Frimansson, expert en financement terroriste au service de la sûreté en Suède (la Sapö), nous éclaire sur la dure condition de djihadiste : « Si vous avez de l’argent ou une voiture, vous devenez automatiquement un chef d’équipe. Si vous n’avez pas d’argent quand vous arrivez, ou pas de voiture ou quoi que ce soit d’autre, vous vous retrouverez peut-être à conduire une ambulance ». Ce serait quand même dommage de parcourir des milliers de kilomètres pour devenir ambulancier.

Alors, pour éviter ce type de désagréments, les candidats au djihad ont trouvé la parade : ils empruntent de l’argent à crédit. Ils le font auprès des banques suédoises. Elles doivent voir d’un très bon œil la hausse de la demande de crédits de la part d’une jeunesse qu’on pourrait croire rétive à l’endettement. Mais ces jeunes profitent aussi d’un nouveau système permis par l’existence des smartphones. Le crédit par SMS. Il faut avouer que c’est une idée brillante. On envoie un SMS à un organisme de crédit, on emprunte 10 000 euros en deux minutes, on a son compte crédité dans la semaine et on peut s’acheter une voiture. Ce qu’on aime bien à Daech, ce sont les Toyota. À deux ou trois, on peut se cotiser et s’acheter un petit 4×4. Comme ça, plus tard on pourra se pavaner dans les rues de Raqqa. Les femmes en burqa sont très sensibles à ces choses-là.

Frimansson, qui déplore bien évidemment le laxisme des organismes de prêt, nous apprend qu’il faudrait renforcer le suivi des emprunteurs. Ça pourrait être une bonne idée. Ce qu’il ne nous dit pas, et c’est bien dommage, c’est si les débiteurs, une fois débarqués dans le désert, pensent à rembourser leurs traites.

En tous cas, alors qu’en mai la demande de crédit à la consommation est annoncée à la baisse en France, le secteur du crédit pour le djihad, lui, ne connaît pas la crise. Enfin une bonne nouvelle pour l’économie mondiale.

*Photo : Eduardo Soriano-Castillo.

Attaque meurtrière contre deux hôtels en Tunisie

(Avec AFP) – Des milliers de touristes étrangers s’empressaient de quitter samedi la Tunisie au lendemain d’un carnage dans un hôtel revendiqué par le groupe djihadiste Etat islamique.

Condamné comme « barbare » par la communauté internationale, l’attentat, commis vendredi par un étudiant tunisien contre les clients de l’hôtel Riu Imperial Marhaba à Port El Kantaoui près de Sousse (140 km au sud de Tunis), est le pire de l’histoire récente de la Tunisie.

Il a porté un nouveau coup au secteur vital du tourisme, trois mois après l’attaque contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts, dont 21 touristes), également revendiquée par l’EI, groupe ultraradical qui sème la terreur surtout en Syrie et en Irak.

Selon un dernier bilan provisoire du ministère de la Santé, l’attaque a fait, outre les 38 morts, 39 blessés dont 25 Britanniques, sept Tunisiens et trois Belges.

Se faisant passer pour un vacancier selon les autorités, un étudiant qui avait caché son arme dans un parasol a ouvert le feu sur les clients sur la plage puis au bord des piscines de l’hôtel. Il a été ensuite abattu.

L’attentat a eu lieu le même jour qu’un autre revendiqué aussi par l’EI contre une mosquée chiite au Koweït (26 morts) et qu’une attaque avec décapitation d’un homme en France, à trois jours du 1er anniversaire du « califat » proclamé le 28 juin 2014 par l’EI sur les territoires qu’il a conquis en Syrie et en Irak.

Dans sa revendication, l’EI a affirmé qu’un « soldat du califat » a « pu parvenir au but » en tuant « des sujets des Etats de l’alliance croisée », en référence à la coalition internationale antidjihadistes qui bombarde ses fiefs en Syrie et en Irak.

Le Premier ministre tunisien Habib Essid, dont le pays voit monter la menace djihadiste depuis sa révolution en 2011, a lui annoncé des mesures visant à renforcer la sécurité, dont la fermeture d’environ 80 mosquées accusées d’« inciter au terrorisme » et le recours à l’armée de réserve.

La fermeture de telles mosquées « illégales » avait déjà été annoncée par le gouvernement précédent.

L’auteur présumé de l’attentat a été identifié comme Seifeddine Rezgui, un Tunisien né en 1992 et étudiant à Kairouan (centre). Inconnu des services de police, il a agi seul « a priori », selon le secrétaire d’Etat aux affaires sécuritaires Rafik Chelly.

« Il est entré habillé comme quelqu’un qui allait se baigner », puis a « utilisé son arme qui était cachée dans un parasol », a-t-il ajouté.

Il visait seulement les touristes, a raconté un témoin tunisien. « Le terroriste nous a dit : « Eloignez-vous, je ne suis pas venu pour vous ». Il ne nous a pas tiré dessus, il a commencé à tirer sur les touristes ».

attentat Sousse plage Tunisie

*Photo : © AFP Archives Str

Maghreb: Hollande a pris le parti de l’Algérie

23

hollande bouteflika algerie maroc sarkozy

«J’avais indiqué au roi que, pour moi, (…) il ne pouvait être question de commencer ma visite du Maghreb pour Les Républicains sans débuter par le Maroc» La carte postale qu’a envoyée Nicolas Sarkozy du Maroc, il y a quelques jours, est presque passée inaperçue. Pourtant, son hommage appuyé au roi Mohammed VI et le programme présidentiel qui lui a été concocté par les autorités marocaines en disent long sur les rapports entre la France et le Maghreb depuis l’élection de François Hollande.

Depuis que les socialistes sont aux commandes, les relations franco-marocaines se sont considérablement dégradées. Une enquête judiciaire sur le chef des services marocains, Abdellatif Hammouchi, a suffi à raviver la mauvaise humeur qui sépare Paris et Rabat. La monarchie chérifienne avait pourtant été célébrée pour son ouverture à la suite des printemps arabes: droit des femmes, mise en scène de la démocratie parlementaire, sécurité des touristes… À bien des égards, le Maroc apparaît plus moderne que l’Algérie, y compris lorsqu’on compare leurs chefs d’Etat respectifs.

Cause ou conséquence de la brouille marocaine, les relations entre Paris et Alger se sont considérablement réchauffées en trois ans. À Alger, la proximité et le ton particulièrement amical entre François Hollande et Abdelaziz Bouteflika ont contrasté avec les maladresses qui ont accompagné les visites en coup de vent de Mohammed VI à l’Élysée. L’armée algérienne a défilé sur les champs-Élysée, un ministre français s’est recueilli à Sétif pour commémorer les massacres du 8 mai 1945, la France n’a pas eu peur de se flageller pour amadouer Alger. Malgré l’image déplorable de la démocratie FLN, François Hollande s’est rendu à deux reprises en Algérie où il a eu le rare privilège d’être reçu dans la résidence présidentielle médicalisée de Zeralda. Avec Bouteflika, la diplomatie médicale bat son plein.

La sympathie personnelle de François Hollande pour l’indépendance algérienne contraste avec les difficultés de la droite à dialoguer avec l’Algérie. Reste que les fruits du réchauffement franco-algérien se font attendre. Les contrats d’armements moisissent dans les cartons, domaine où la Russie reste le partenaire privilégié de l’armée algérienne. La coopération militaire au Sahel reste a minima. Le dossier des moines de Tibérine est gelé. En 2014, Pékin est devenu le premier partenaire commercial de l’Algérie, devant la France. Bref, chaleureuse dans les discours, la relation stratégique franco-algérienne est à l’image du président algérien et de Laurent Fabius: en semi-léthargie.

Ce malentendu explique la préférence constante pour le Maroc des présidences françaises successives. Depuis que le maréchal Lyautey a personnellement protégé la dynastie marocaine, l’alliance avec la France n’a pas cessé. Les échanges économiques, militaires et touristiques dominent largement et Paris apporte un soutien appuyé au Maroc dans la question du Sahara occidental. Ce qui irrite l’Algérie. Les frères ennemis du Maghreb se livrent une compétition pour le leadership au Maghreb et au Sahara. Mais l’Algérie, marqué par son passé colonial et les stigmates de la guerre d’indépendance, n’a jamais vraiment voulu compter sur la France pour rivaliser.

François Hollande a sans doute cru qu’en s’éloignant du Maroc, il pourrait se rapprocher de l’Algérie en échange de quelques actes de contritions et de marques d’amitié envers Bouteflika. C’était sans compter l’inertie de l’appareil d’État algérien. En trois ans, la  nouvelle relation franco-algérienne n’a jamais atteint les niveaux de coopération entre la France et le Maroc.

*Photo : AP/SIPA. AP21750897_000008.

Attentat islamiste dans une usine en Isère

157

(Avec AFP) – 16:16 – Le chef d’entreprise du Rhône décapité était l’employeur de l’auteur présumé de l’attaque qui a été interpellé, selon une source proche du dossier. C’est la première personne décapitée en France lors d’une attaque terroriste, une pratique fréquemment utilisée en Syrie et en Irak par le groupe Etat islamique (EI).

16:13 – Une équipe de pompiers, appelée en secours, a été accueillie par Salhi au cri de « Allahou Akbar » (Dieu est le plus grand), a poursuivi la source proche du dossier. Les pompiers sont parvenus à le ceinturer et à le maîtriser en attendant l’arrivée des gendarmes. Selon une autre source, l’attaque n’a pas fait d’autre victime que le chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, contrairement à ce qui avait été auparavant annoncé par d’autres sources qui avaient fait état de deux blessés légers.

16:08 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme retrouvé décapité serait âgé d’environ 45 ans. Son entreprise de transports disposait d’une habilitation pour entrer sur le site d’Air Products. Selon l’analyse des images de vidéosurveillance, sa tête a été mise sur un grillage par son assassin présumé, a indiqué une source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat, Yassin Salhi, 35 ans, a ensuite repris le volant de la camionnette et percuté des bouteilles de gaz, provoquant une explosion. Il est ensuite sorti du véhicule pour se rendre dans un bâtiment proche et manipuler d’autres bouteilles.

15:57 – Manuel Valls, qui a écourté son voyage en Amérique du Sud, assiste actuellement à l’ambassade de France à Bogota au Conseil de défense à l’Elysée, via une conférence téléphonique, rapporte le journaliste de l’AFP, Marc Préel. Il doit décoller vers 17H00 heure française pour Paris, à bord de l’A330 du président Hollande. Atterrissage prévu vers 03H00 du matin à Orly. Le Premier ministre avait appris l’attentat dans la nuit, décalage horaire oblige avec la Colombie (7 heures de différence). Enfermé dans une salle avec ses conseillers, il en est sorti vers 06H45 du matin pour faire une déclaration devant quelques journalistes, fustigeant une attaque « abjecte » du « terrorisme islamiste », dans le hall de la résidence. Contraste avec la veille au soir, où il présidait une réception avec la communauté française de Bogota dans cette même jolie résidence aux murs blancs.

15:50 – La grande mosquée de Paris « condamne avec la plus grande fermeté la barbarie terroriste qui a encore frappé notre pays », déclare son recteur Dalil Boubaker, dans un communiqué.

15:13 – La dépouille de la personne retrouvée décapitée est celle d’un chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, a-t-on appris de sources proches du dossier.

14:50 – Le tweet du Premier ministre, actuellement à Bogota : « Le menace et l’horreur aveugles des terroristes n’épargnent aucune nation. Mes pensées aux victimes en Isère et aux victimes en Tunisie. MV »

14:49 – Le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, condamne un « attentat diabolique perpétré en plein mois de Ramadan ». « La France vient de vivre son second choc en moins de six mois », déplore-t-il.

14:46 – Le président François Hollande est arrivé vendredi à 14H30 à l’Élysée, où il doit présider à 15H30 un Conseil restreint. Le chef de l’État, qui est revenu précipitamment de Bruxelles après l’attentat, a convié à ce Conseil le Premier ministre Manuel Valls (en visio-conférence depuis la Colombie) et les ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères), Christiane Taubira (Justice) et Jean-Yves Le Drian (Défense).

14:45 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’auteur de l’attentat est arrivé dans une voiture bénéficiant d’un agrément pour accéder au site, classé Seveso.

14:44 – Après l’attentat commis en France par un islamiste, Manuel Valls condamne aussi sur Twitter l’attaque sanglante perpétrée en Tunisie qui a fait 27 morts dont de nombreux touristes.

14:10 – Une source proche de l’enquête indique qu’au moins une autre interpellation que celle de Yassine Salhi a eu lieu. « Un véhicule a été repéré en train de faire des allers-retours suspects en périphérie de l’enceinte, son numéro d’immatriculation a été relevé et son propriétaire a été identifié. Il a été arrêté ». Toutefois, aucun lien formel n’a été établi à ce stade entre l’attaque et cet homme.

13:58 – « Des personnes ayant pu participer à ce crime abject ont été mises en garde à vue après avoir été arrêtées », dit le ministre de l’Intérieur, sans plus de précisions.

13:56 – Bernard Cazeneuve rend hommage au pompier qui a neutralisé le jihadiste présumé. « L’auteur supposé de ce crime a été neutralisé (…) par une personne du SDIS (service départemental d’incendie et de secours) de l’Isère qui s’est rendue sur place et qui, avec beaucoup de courage et de sang-froid, a procédé à la mise hors d’état de nuire ».

13:53 – Le Premier ministre Manuel Valls écourte son voyage en Amérique du Sud pour rentrer à Paris.

13:38 – L’auteur présumé de l’attentat en Isère avait été fiché entre 2006 et 2008 par les services de renseignements pour « radicalisation ». Il « a fait l’objet d’une fiche S en 2006 qui n’a pas été renouvelée en 2008 », selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve

13:34 – L’auteur présumé de l’attentat s’appellerait Yassine Salhi (orthographe non confirmée), âgé de 35 ans, selon Bernard Cazeneuve.

13:33 – Les pompiers ont masqué la zone où a été retrouvée la tête d’une bâche de plastique noir. Un journaliste de l’AFP a également vu deux drapeaux islamistes sur le grillage, ce qui semble indiquer une volonté de mise en scène.

13:29 – Un retraité vivant à 600 mètres des lieux de l’attentat raconte à l’AFP: « je bricolais sur le pas de la porte et j’ai entendu une énorme explosion. J’ai pensé à un avion qui passait le mur du son tout en devinant aussitôt que c’était grave. Il y a beaucoup d’entreprises classées Seveso dans le coin. Jamais je n’aurais pensé à un attentat ».

13:26 – « Les démocrates feront toujours front contre la barbarie », déclare le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

13:26 – Selon Bernard Cazeneuve, le suspect « résiderait à Saint Priest », dans la banlieue lyonnaise.

13:22 – Cazeneuve appelle à « la retenue et à la dignité ». Il rappelle l' »effort exceptionnel » engagé par le président et le Premier ministre pour assurer un haut niveau de protection des Français face aux risques terroristes, depuis le mois de janvier.

13:19 – Le risque d’attentat demeure « à un niveau très élevé », selon M. Cazeneuve

13:16 – L’homme interpellé « n’avait aucun casier judiciaire », selon Bernard Cazeneuve. Il a toutefois été fiché en 2006 pour radicalisation.

13:16 – Bernard Cazeneuve sur place : « l’identité du criminel est en cours de précisions »

13:13 – Pour François Hollande, il faut « éradiquer les groupes et individus responsables de tels actes ».

13:11 – Nicolas Sarkozy réclame « toute la lumière » et un « niveau de vigilance rehaussé » après l’attentat.

13:10 – Le président du Conseil européen, Donald Tusk exprime dans un tweet ses « sincères condoléances et sa solidarité » à François Hollande et à la France.

13:09 – « Unité de la Nation face au nouvel attentat commis ce matin dans l’#Isère. Combattre la barbarie et défendre notre République », réagit le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone sur son compte Twitter.

13:08 – « Grande émotion devant cet attentat et son mode opératoire. Restons unis. Pas d’amalgames. Ne jouons pas sur les peurs », écrit sur Twitter le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

13:02 – François Hollande raconte l’attentat depuis Bruxelles: « Cet attentat, c’est un véhicule conduit par une personne, peut-être accompagnée d’une autre, et qui à vive allure se projette sur cet établissement classé Seveso contenant des bouteilles de gaz. L’intention ne fait pas de doute, c’est de provoquer une explosion. L’attaque est de nature terroriste dès lors qu’il a été retrouvé un cadavre décapité avec des inscriptions ».

13:00 – François Hollande annonce la tenue d' »un conseil restreint » à l’Elysée à 15H30.

12:57 – François Hollande parle d’un auteur, « peut-être deux ». Il souligne la « nécessité de ne pas céder à la peur », de ne pas créer « de suspicions intolérables » ou « de divisions inutiles ». Il confirme qu’un auteur a été « arrêté » et « identifié ».

12:47 – « Toutes les dispositions sont prises pour éviter tout drame supplémentaire », a ajouté M. Hollande qui s’exprime à Bruxelles où il participe à un sommet européen.

12:46 – Le président François Hollande : « l’attaque est de nature terroriste ».

12:16 – Un Conseil de défense se réunira à 15h à l’Elysée.

11:59 – « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », selon la source. Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products, classée Seveso (site sensible), un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:58 – L’homme soupçonné d’avoir participé à cette attaque, arrêté par les gendarmes, est connu de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Des recherches sont en cours pour vérifier s’il était ou non accompagné d’un complice. « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produite », a dit une autre source proche du dossier.

11:48 – Selon le site du Dauphiné Libéré, qui a révélé l’information, des techniciens en identifications criminelles de la gendarmerie de Grenoble sont arrivés sur place vers 11H00. Les différents lieux de l’attaque ont été « gelés ». Selon une source proche de l’enquête, qui s’est confiée au journal, d’autres attentats ne seraient pas exclus. Un très important dispositif de gendarmerie est déployé sur le site. Les employés de la société Air Products, très choqués car certains ont été témoins de l’attaque, vont être accueillis dans une salle polyvalente de la commune voisine de la Verpillière.

11:48 – Le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête sur l’attentat.

11:48 – François Bernard Huyghe, spécialiste des questions terroristes à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), affirme sur BFM TV : « doctrinalement », cet attentat pourrait être lié aux jihadistes : « Si vous ne pouvez pas vous battre en Syrie, faites des attentats chez vous » est une recommandation de l’EI, comme « s’attaquer à des installations énergétiques ». « La décapitation est dans la logique djihadiste », rappelle-t-il aussi.

11:44 – L’auteur présumé de cet attentat a été interpellé par les gendarmes et était connu des services de renseignements. Des recherches sont en cours pour vérifier s’il n’était pas accompagné d’un complice.

11:43 – La tête de l’homme, retrouvée décapitée, était accrochée à un grillage extérieur et recouverte d’inscriptions en arabe, a-t-on appris de source proche du dossier.

attentat islamiste Isère

11:38 – Le Premier ministre Manuel Valls ordonne une « vigilance renforcée » sur tous les sites sensibles de Rhône-Alpes, annonce Matignon.

11:34 – LA TETE DECAPITEE ET RECOUVERTE D’INSCRIPTIONS EN ARABE ETAIT ACCROCHEE A UN GRILLAGE

11:30 – Un premier bilan fait état d’un mort, retrouvé décapité sur place, et de deux blessés légers, selon une source proche de l’enquête.

11:27 – Patrice, témoin employé d’une entreprise voisine, déclare sur BFM TV, qu’une forte explosion a été entendue et que des barrages de gendarmerie ont été dressés dans le secteur.

11:22 – « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produit », selon une source proche du dossier. « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », a ajouté cette source, évoquant aussi « un drapeau avec des inscriptions en arabe retrouvé sur place ». Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné Libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:21 – ARRESTATION D’UN HOMME SOUPCONNE D’ETRE l’AUTEUR DE L’ATTENTAT

11:15 – La député PS de l’Isère Joëlle Huillier affirme sur BFM TV qu’un homme a déjà été interpellé peu après l’attaque.

11:15 – Selon des premiers témoignages cités par des chaînes d’information françaises, un homme a forcé un barrage à l’entrée de l’usine de produits chimiques dans la localité.

11:12 – Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, se rend immédiatement sur place, indique son entourage.

11:08 – EN DIRECT – Une personne est morte et plusieurs autress ont été blessées dans un attentat commis ce matin dans une usine de gaz industriels à Saint-Quentin-Fallavier, dans le nord de l’Isère, a-t-on appris de source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat est entré dans l’usine un drapeau islamiste à la main et il a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz, a ajouté cette source. Un corps décapité a été retrouvé à proximité de l’usine.

attentat islamiste Isère

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES

DSK et Le bruit de la douche

34

dsk desgouilles dupont aignan

« « Fuck », jura-t-elle, en tirant sur les fils des écouteurs. Pendant qu’elle enroulait ces derniers autour du maudit appareil, elle entendit quelque chose. Elle ne bougea pas et tendit l’oreille, concentrée. C’était bien le bruit de l’eau qui coulait dans une douche. L’occupant de la suite avait omis de prévenir qu’il était présent en accrochant le fameux « Do not disturb ». »

Ça débute comme ça. Nafissatou Diallo faisait le ménage au Sofitel en écoutant Amy Whinehouse sur son MP3 (« He left no time to regret Kept his dick wet… » — les paroles, prémonitoires pour l’occasion, de Back to Black), elle a oublié de le recharger, l’appareil est tombé en panne, elle a entendu le bruit de la douche, et conséquemment, « claquant la porte, elle se dirigea vers la suite voisine. » Pas de faux-pas de DSK, pas de provocation, ni de pipe matinale, rien n’est arrivé, DSK est donc élu président de la République et s’engage dans une politique que ne renierait pas Nicolas Dupont-Aignan, par la grâce d’une conseillère en communication issue du PS mais qui est visiblement un sous-marin chevènementiste.

C’est peut-être là que notre ami David Desgouilles, dont Causeur héberge depuis belle lurette le blog plein d’alacrité, est le moins crédible : il resterait donc au PS des gens intelligents ? Guillaume Bachelay, dont le petit doigt est plus intelligent que toute l’imposante personne de Cambadélis, a beau être secrétaire national de la rue de Solférino, il n’a ni ministère, ni pouvoir d’infléchir la politique de ce parti de crapules menchéviks. On se méfie comme la peste des gens capables dans ce milieu de haute médiocrité.
C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus visiblement de ce roman de politique-fiction : la nullité exceptionnelle de tous ces gens, DSK compris.
C’est là aussi que le bât blesse, romanesquement parlant. Quand le personnage le plus intelligent est Eric Zemmour (auquel Desgouilles offre plus qu’un strapontin dans son ouvrage), quand il faut inventer de toutes pièces une fille qui réfléchit (à ceci près qu’elle couche avec un gros incapable, dominé de la tête et des épaules, au lieu de se taper tranquillement DSK, ce qu’aurait fait toute femme raisonnable avec des hormones en état de marche), quand les dialogues mettent aux prises des pseudo-sommités qui sont des zéros qui ne multiplient que parce qu’ils ont été élus ou désignés par d’autres incapables, on atteint rapidement les limites de l’uchronie : ce monde imaginaire ne me tente pas plus que le monde réel, et il faut beaucoup de talent à l’auteur pour nous intéresser aux manœuvres d’appareils des socialistes et des sarkozystes. Imaginez l’un quelconque de ces ectoplasmes aux prises avec Retz, Mazarin — ou Clémenceau, dont Desgouilles, avec beaucoup d’humour, met le visage sur les nouveaux billets d’une France régénérée.

Marianne a beaucoup aimé le livre. Jacques Sapir (qui a dans le roman un petit rôle déterminant) aussi : rien d’étonnant à ce que Desgouilles convoque l’économiste préféré de Dupont-Aignan (et lui-même auteur d’une uchronie sur les années 1940, Et si la France avait continué la guerre — voir ici) pour étayer ses digressions économiques — notre ami doit être marxiste sans le savoir, l’économie est pour lui le facteur déterminant en dernière instance, alors qu’en authentique mao gramscien que je suis, je persiste à croire que c’est le facteur politique. Mais ce sont des divergences de surface.

L’uchronie est un mode exigeant. Il suppose une hypothèse audacieuse, un renversement complet des perspectives. Je ne saurais trop recommander, sur le sujet, la jolie étude qu’Emmanuel Carrère consacra jadis au genre (Le détroit de Behring, dont le titre vient d’une anecdote, que je vous laisse découvrir, sur la façon dont l’Encyclopedia Sovietica géra l’élimination de Beria), où l’on apprend que le mot fut inventé par Charles Renouvier en 1876 (l’Uchronie – l’Utopie dans l’Histoire — apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être), mais que le prototype est un roman de Louis-Napoléon Geoffroy-Château, avec son Napoléon ou la conquête du monde (1836), qui raconte la victoire de Napoléon à Waterloo, et ce qui en résulta du point de vue de l’organisation du monde. Giscard d’Estaing a dû s’en imprégner en écrivant sa propre uchronie, la Victoire de la Grande armée (Plon, 2010), où l’Empereur balaie Koutouzof sous les murs de Moscou, puis choisit bizarrement de laisser son trône au Prince Eugène — si, je l’ai lu ! —, parenté jadis soulignée par Laurent Joffrin dans sa critique de cet ouvrage dispensable. Parmi les grandes réussites du genre, il y a bien sûr Le Maître du haut château, de Philip K. Dick — sur lequel ce même Carrère a écrit un brillant essai : tout se recoupe.

Il y a donc l’uchronie, genre auquel Desgouilles emprunte son « mentir vrai », comme aurait dit Aragon. Et le roman historique, qui suppose des personnages inventés forts (D’Artagnan et ses acolytes) face à des personnages historiques puissants (Richelieu ou Mazarin). Et comme l’a jadis souligné Lukács, un roman historique en dit autant sur la période à laquelle il a été écrit que sur celle où il situe l’action. Il y a dans les Trois mousquetaires un vent de romantisme propre à Dumas, et dans Vingt ans après, rédigé pourtant dans la foulée deux ans plus tard, une nostalgie du romantisme propre à cette génération qui voyait inéluctablement ses rêves s’enfoncer dans le règne sans ressort de Louis-Philippe.
Pour faible que soit l’écart entre les faits rapportés par Desgouilles (2012) et l’actualité de 2015, ce qui ressort le plus c’est l’effarante nullité de la classe politique. C’est peut-être la limite de l’ouvrage : comment intéresser le lecteur à de si petits hommes. Quand Benoît Duteurtre avait écrit le Retour du général (2010 — voir ici), il avait ressuscité De Gaulle pour avoir un caractère fort à opposer aux ectoplasmes modernes. Desgouilles a bien tenté, avec son héroïne, de créer un vrai cerveau au milieu de cette bande de minables, ce qui surnage est justement le sentiment qu’il ne nous faut pas DSK, qui ne fut jamais, hélas, que ce qu’il est, mais un vrai lider maximo, dont je ne vois pas bien l’émergence dans la France contemporaine. Anne-Sophie Myotte (ainsi s’appelle la grande ordonnatrice de ce retour à la souveraineté nationale) n’est pas Marie-France Garaud, qui insuffla à Chirac la capacité à gagner Paris d’abord, la France ensuite.

Au total, c’est un roman fort divertissant par cela même qu’il met en scène, parfois avec une ironie bien venue, une bande de faux-poids et de demi-portions que l’Histoire engloutira prochainement — dès que les circonstances nous donneront un individu capable de répondre aux défis contemporains, au lieu de politicards soucieux de leur survie en milieu médiatique. Nous en sommes loin pour le moment : toute cette fiction souverainiste n’était qu’un cauchemar de Pierre Moscovici, nullard d’entre les nullards, donc à ce titre nommé à la direction d’une instance européenne, et qui symboliquement a le dernier mot de cette histoire tragique sous le rire.

Le bruit de la douche

Prix: 3,47 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : Abode of chaos.

Taxis contre Uber: le monde à l’envers

185

Uber taxis Cazeneuve

(Avec AFP) Hier, c’était le monde à l’envers : d’un côté le ministre de l’Intérieur jouait les chefs de gouvernement en prenant des mesures contre l’activité d’une entreprise étrangère en France, de l’autre le Premier ministre revenait à son ancien rôle de superflic en condamnant seulement des violences « inadmissibles ».

Depuis plusieurs mois, le groupe américain Uber s’est engagé dans un bras de fer avec l’État, autour de son application mobile UberPop, service mettant en relation des passagers et des particuliers au volant de leur véhicule personnel.

Après des incidents répétés ces derniers mois, 2800 taxis se sont donc mobilisés hier en France sur une « trentaine de points de blocage », selon une source policière. Et comme prévu, les choses ont rapidement dégénéré dans plusieurs villes.

Bernard Cazeneuve, théoriquement chargé du maintien de l’ordre, a choisi son camp : celui des chauffeurs de taxis, qui ont pourtant passé la journée a caillasser, retourner ou simplement vider de leurs occupants des véhicules de transport de personnes (VTC). Parfois, on a beau être progressiste, il faut bien arrêter le progrès.

Manuel Valls était quant à lui en voyage officiel en Colombie, d’où il a promis des sanctions aux auteurs des exactions « qui se trouvent dans les deux camps » selon lui. Au moins huit chauffeurs de taxis, de véhicules UberPop ou d’autres VTC ont en effet été placés en garde à vue. Mais on se doute un peu de qui s’en est pris à qui…

Le même jour, pour la première fois, un député socialiste « frondeur » démissionnait du PS, jugeant que dans le parti, « la ligne sociale-libérale a gagné avec Manuel Valls et Emmanuel Macron ». Drôle de timing, puisque du FN à l’extrême-gauche en passant par Les Républicains, l’ensemble de la classe politique prenait pendant ce temps-là le parti des taxis contre la « concurrence déloyale » d’Uber.

En revanche, il suffisait d’avoir un compte Facebook ou Twitter pour percevoir hier le sentiment radicalement inverse qui dominait parmi les simples citoyens. Photos, vidéos, blagues plus ou moins fines et témoignages accablants n’ont pas cessé de s’échanger, dressant un portrait peu flatteur des chauffeurs de taxis et de leurs prestations. Un événement créé sur Facebook, intitulé « Grève des utilisateurs de taxis », a même réuni en quelques heures plus de 50 000 personnes.

Exceptionnellement, le quotidien français de référence lui-même aurait pu se rebaptiser Le Monde à l’Envers, puisqu’il admettait dans un éditorial, à propos des taxis : « Ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. »

Alors que nos élites communient dans la défense d’un vieux monopole qui exaspère les usagers, le journal de Pigasse et Bergé aurait-il basculé du côté obscur, celui du populisme le plus trash ? « Chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante (…). Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. »

Le monde à l’envers on vous dit, comme une voiture Uber un jour de manif des taxis.

*Photo : © AFP ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Le fils indigne de Louise Brooks et de Cioran

0
louise brooks cioran

louise brooks cioran

1. Un salaud sympathique

L’affaire est entendue : je suis le fils – illégitime, bien sûr – de Louise Brooks et de Cioran. L’actrice américaine et le volcanique Roumain partageaient la conviction que la création est une aberration, la procréation un crime et la concision un devoir. Il va de soi qu’ils ne pouvaient rêver pire héritier : j’ai trahi mon père quelques mois avant sa mort en révélant dans un quotidien parisien son peu glorieux passé sous le nazisme, ce qui est une forme particulièrement perfide de parricide. Pour ma défense, je citerai ce mot qu’il m’avait écrit en avril 1991, le 10 précisément : « Il est grand temps que vous écriviez vos Mémoires et que vous nous exécutiez tous. »

Avec Louise Brooks, je me suis montré plus indigne encore. Alors qu’elle me suppliait de lui apporter une arme à feu pour mettre fin à ses jours, j’ai décliné son invitation de me rendre à Rochester où elle végétait dans un modeste studio. J’avais là encore une excuse : ma mère, ma vraie mère, sentant venir sa mort, m’avait fait prêter serment de lui enfoncer dans le cœur une aiguille à tricoter le jour de son décès tant elle redoutait d’être enterrée vivante. Mon acquiescement avait été de pure forme, mais l’avait apaisée. Je n’avais nulle envie de récidiver avec Louise Brooks. Après tout, que les gens s’arrangent avec leur propre mort sans compter sur autrui, fût-ce leur famille. D’ailleurs compter sur autrui mériterait déjà une peine pire que la mort.[access capability= »lire_inedits »]

J’écris ces quelques lignes sous l’œil goguenard de Cioran. Il savait mieux que quiconque qu’il importait jusqu’à la fin de tromper son monde. Et, finalement, de tout oublier. Miss Alzheimer l’a secouru. Aussi n’a-t-il jamais su que je l’avais vitriolé dans son agonie. Ce que font d’ailleurs tous les bons fils de manière immémoriale avec la complicité de leur père. Sans doute est-ce la seule façon de leur être fidèle. Cioran m’avait d’ailleurs appris que rien de grand ne s’accomplit sans quelque enfantillage criminel.

De Louise Brooks, j’ai conservé des photos où brillent encore dans ses yeux les flammes de l’enfer. Celles aussi qu’elle m’avait envoyées de Rochester où je la découvrais adolescente. Elle avait compris que je ne supportais pas que les femmes vieillissent. Elle pensait de même, souffrant comme un chiot abandonné dans son minuscule studio de Goodman Street. Je n’ai pas été cet homme bon qu’elle appelait la nuit. Je lui ai refusé l’arme qui lui aurait permis d’en finir.

La conclusion de ces quelques lignes : j’ai été pire qu’un fils indigne. Un salaud. Un salaud sympathique, ajoutent les quelques femmes qui ont partagé mon intimité, mais un salaud quand même. Cioran avait précisé : « Un salaud d’une incurable élégance. » Avec une forme de bonté : celle du bourreau, qui consiste à frapper d’un coup sûr. Cela me sauvait à ses yeux. Mais je ne tiens plus à être sauvé. Simplement à leur demander : pardon.

 

2. Corina, l’anagramme de Cioran

Rien ne m’enchante plus que les opuscules passés totalement inaperçus et dont quelques exemplaires pourrissent encore au fond d’une cave. Grégoire Prat avait publié en 2005 Corina, l’anagramme de Cioran, que j’ai reçu par courrier dix ans plus tard. L’aphorisme qui ouvre ce petit livre en donne le ton : « N’ayez pas peur de la fin des temps. L’humanité est increvable. Seules les belles choses disparaissent. »

Grégoire Prat est amoureux d’une Roumaine, Corina. Elle est venue en France pour apprendre le chinois. Une manière de se perdre un peu plus pour se retrouver. Elle est surprise qu’en France les hommes ne frappent pas leur femme. C’est pourtant un signe de virilité. Un homme doux, un Français, est-ce encore un homme ?, se demande Corina. Quand elle le quitte, Grégoire boit dans son verre et lèche sa fourchette. « Misérable fétichiste ! », s’exclame-t-il, jusqu’à ce qu’il réalise, effrayé, que Corina est l’anagramme de Cioran, que la Roumanie est un sale pays, le pays de Cioran qui refuse de vivre, le pays de Dracula qui refuse de mourir, le pays de Corina qui refuse d’aimer. Pire encore : dès que Grégoire voit quelque chose qui évoque la Roumanie – un mendiant, une pute, un chien errant, un violon, un vampire, un livre de Cioran, un nuage – il pense à Corina. Il ne cristallise pas, il roumanise le monde. Je ne suis pas loin de penser qu’il a enfermé Corina dans sa cave. Ou dans ce livre, avant de prendre la fuite pour la Russie où il vit désormais comme un moine. Les enfants de Cioran connaissent de curieux destins. Moi aussi, j’ai beaucoup aimé Corina quand j’étais adolescent. Il me reste, en chanson, la version de Ricky Nelson.

3. Les vies parallèles de Cioran et de Leopardi.

À ceux qui ne connaissent pas le beau livre de Mario Andrea Rigoni Cioran dans mes souvenirs (PUF), je conseille d’attendre le prochain numéro de Causeur pour comprendre pourquoi il est indispensable de l’avoir lu pour saisir ce qu’est le nihilisme cioranesque. Et, bien sûr, ce qu’il a de commun avec celui de Leopardi. Tous deux partageaient l’expérience capitale de l’ennui, c’est-à-dire le sens de la vacuité universelle des choses, qu’ils percevaient – cela va de soi, précise Rigoni – non seulement en ce qui concerne la pensée, mais dans leur chair même.[/access]

Également en version numérique avec notre application :

Cioran dans mes souvenirs

Prix: ---

0 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : James Gardiner.

Je suis victime: médias et politiques en accusation

25
cyrulnik romano victime

cyrulnik romano victime

Collectifs ou individuels, le trauma et ses victimes sont particulièrement prisés par les médias et les responsables politiques ne se privent pas de les exploiter pour leur plus grand profit personnel. Telles sont les deux principales accusations d’un ouvrage au ton incisif « Je suis victime : l’incroyable exploitation du trauma » qui vient de paraître aux Editions Philippe Duval : Hélène Romano et Boris Cyrulnik y dénoncent la surenchère médiatique dans la « fabrication de victimes » et son ignoble commerce par « les logiques politiques et institutionnelles ». Après dix années passées comme psychologue référente de la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique (Cump) du Val de Marne et avec plus de cinq cents dispositifs à son actif, Hélène Romano sait de quoi elle parle. Le séisme d’Haïti, l’attentat de la cathédrale de Bagdad, la bombe dans un café de Marrakech, l’incendie de l’Haÿ-les-Roses : autant de témoignages in vivo à partir desquels l’auteure souhaite nourrir une prise de conscience sur « le traitement réel des blessés psychiques lors des catastrophes » où se télescopent, voire s’opposent des impératifs contradictoires. Elle fustige la « priorité du moment qui est la venue du ministre et son discours essentiel du soir » selon les membres d’un cabinet ministériel lorsque ces derniers retardent ou écartent, en fonction de la présence des caméras de télévision, l’urgence de la prise en charge. Tout comme elle s’inquiète des tendances à « protocoliser des psys » sur ces lieux de drame au risque de « psychiatriser des réactions ». Ces déviances de la « victimologie » et de la « traumatophilie » rejoignent une autre étude sur ce thème, un peu plus étoffée et publiée en 2007 par Didier Fassin et Richard Rechtman (L’empire du traumatisme : enquête sur la condition de victime, Flammarion).

La gestion de crise privilégie désormais, selon Hélène Romano, l’image au contenu et la norme traumatologique collective à la souffrance individuelle. Conséquences : pour le sujet « dépossédé de son histoire et de sa singularité » et « condamné à être victime pour que la cohérence collective puisse se dégager de ses insuffisances à penser la subjectivité », la médiatisation est devenue « le passage obligé pour toute victime qui se respecte ». Et l’image « le support qui donne force au vécu et à l’événement ». Pour avoir été en charge du « suivi et soutien psychologiques » des personnels de la Lufthansa de Nice après la catastrophe aérienne de Germanwings, nous nous devons nous aussi d’insister sur cette nécessaire prise en compte de la psyché individuelle tout en rappelant que les processus traumatiques interviennent en deux temps, celui de « l’après coup » réactivant des problématiques personnelles inconscientes[1. Sigmund Freud, « Psychopathologie de l’hystérie », Esquisse d’une psychologie, Erès.]. Nous avions déjà mentionné dans un article précédent combien peuvent se confondre voire fusionner dans la psyché humaine et pour s’en nourrir mutuellement, les difficultés professionnelles et celles d’ordre privé : « le lâchage par la compagnie-mère », signifiant entendu dans nos entretiens à la Lufthansa, consacre cette dimension.

Dans sa contribution intitulée le « syndrome de la cellule d’urgence », Xavier Emmanuelli, à l’origine des CUMP après les attentats du 25 juillet 1995 à la station du RER B de Saint-Michel, regrette la « mauvaise utilisation » de cet outil. En cause, selon lui, le « clivage » entre le médical et le social qui fait de ces CUMP un « business hollywoodien instrumentalisé » et « géré comme une entreprise » par le monde politico-médiatique et le « lobby de la bien-pensance ». Il signale par surcroît les méfaits d’une prise en charge qui favorise les blessures d’un corps considéré comme une « mécanique quasi-cybernétique » au détriment de la psyché et s’en prend aux psychiatres dont « certains interviennent afin de soulager davantage leur propre traumatisme et impuissance ». L’ancien Secrétaire d’Etat chargé de l’action humanitaire d’urgence auprès d’Alain Juppé pointe en outre les dangers du « debriefing », intervention « à la mode » pratiquée par des personnels « peu ou mal formés » et à même « d’aggraver l’état des blessés psychiques » : un exercice dont la psychanalyste Caroline Eliacheff et l’avocat Daniel Soulez Larivière racontent la genèse dans Le temps des victimes (Albin Michel, 2007). Et le fondateur du Samu social de la Ville de Paris de marteler : les CUMP doivent être un « outil pour les blessés, non pour les politiques ».

Les autres contributions, plus faibles ou superficielles, prennent parfois le contrepied des thèses d’Hélène Romano et de Boris Cyrulnik : Bernard Rimé évoque la notion d’autant plus galvaudée de « stress » que le concept d’Hans Selye, son inventeur, ne parvient pas à distinguer l’agent qui provoque la pression, des conséquences de cette dernière sur l’être humain. Les références sans précaution au DSM, le Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux si décrié par les psychanalystes européens, les assertions discutables sur « la modernité qui a éloigné la souffrance et la mort de [notre] contact » alors que cet éloignement se manifeste par un retour foudroyant du refoulé dans l’accomplissement de certains actes criminels, l’affirmation bien étrange « l’eau coule du robinet » pour illustrer l’heureux confort de la modernité alors que 4 millions de personnes meurent chaque année de son absence dans le monde, le renvoi contestable à « l’unité du moi » qui nie le dualisme pulsionnel, le discours clinique alambiqué entre victimes et non-victimes sans indiquer plus simplement la culpabilité généralement inconsciente du survivant et celle du bien-portant, laissent le lecteur dubitatif sur la démonstration du professeur émérite de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de Louvain. L’expérience de Sam Tyano, telle qu’il nous la livre dans De la parole forcée à la parole biaisée, nous laisse également sur notre faim : outre son idée, innovante mais hélas à peine esquissée, de « pacte avec les médias » et le « besoin de repenser leur fonction », le psychiatre israélien aurait pu expliciter davantage, notamment à propos de son travail sur les adolescents suicidaires et les risques de suicide au sein de Tsahal, son concept de « résilience communautaire » destinée à « réorganiser » les états traumatiques en termes de « masse et non d’individu » et ce, en lien étroit avec la presse. Nous aurions beaucoup apprécié un débat entre ce professeur de l’Université de Tel-Aviv et Boris Cyrulnik qui conclut à l’exact opposé : « le récit collectif porte nos récits individuels mais il les limite aussi, voire les étouffe ».

Je suis victime: L'incroyable exploitation du trauma.

Prix: 14,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 10,01 €

Guillaume le paysan

2
francois guillaume paysan chirac

francois guillaume paysan chirac

Le livre de François Guillaume, Un paysan au cœur du pouvoir, n’est pas une biographie commune centrée sur son auteur. C’est le long métrage d’un engagement syndical et politique qui s’inscrit dans la trame des bouleversements sociaux et économiques du demi-siècle écoulé dont la guerre a été le ferment sans lequel le monde n’aurait pas connu une accélération aussi rapide de la modernité. Et si la France profonde, paysanne et rurale, encore figée dans ses traditions ancestrales a brûlé les étapes de son développement technique et politique elle le doit à une poignée de jeunes paysans décidés à prendre leur part dans l’aventure des grands changements qu’appelait le pays. François Guillaume est de ceux-là. Né avant-guerre dans un petit village de Lorraine il se voyait promis dès son plus jeune âge à un destin de paysan soumis à la tutelle de la famille et à celle, aussi prégnante, des édiles locaux : le curé, l’instituteur ; et fermement invité à s’inspirer du savoir-faire des générations précédentes. Spectateur des événements tragiques de l’effondrement militaire de la France en 1940, des exigences de l’occupant et du courage des résistants, il confie au lecteur ses souvenirs d’enfant et de collégien dans un internat aux conditions de vie plutôt spartiates. Son retour sur la ferme familiale, bac en poche, tient alors à la conviction que la mécanisation de l’agriculture ferait de l’agriculteur un entrepreneur libéré des tâches ingrates du paysan. Mais pour lui la transition fut plus longue que prévue. Bousculer le conservatisme de la génération en place devint un objectif partagé avec d’autres jeunes, candidats à la succession des aînés, autant sur les exploitations agricoles pour les gérer autrement que dans les organisations professionnelles, syndicales et coopératives. Le Centre National des Jeunes Agriculteurs fondé par quelques-uns  répondait à cette intention. François Guillaume y milita. Il en devint rapidement le leader, saisissant l’opportunité de l’avènement de la Vème République et de sa volonté de réformes pour adapter la Politique agricole à la nouvelle donne européenne.

Mais c’est à la tête de la FNSEA qu’il a donné sa pleine mesure en usant de sa forte personnalité  pour faire reconnaître l’autorité syndicale, y compris à l’arrivée au pouvoir de la gauche qui prétendait « briser ce monopole de représentation du monde agricole ». En réponse, 120 000 paysans défilèrent dans Paris. Du jamais vu, complété par une autre démonstration de force, lors des élections aux Chambres d’Agriculture en écrasant toute opposition au  leadership « de la toute puissante FNSEA » . Au passage l’auteur en profite pour décrire ses rencontres avec des hommes d’exception ; De Gaulle, Jean-Paul II, Houphouët-Boigny, Bourguiba, Pompidou et avec d’autres en charge des affaires de l’Etat : Chirac, Giscard d’Estaing, Mitterrand comme s’il voulait ajouter à son témoignage cette autre preuve de notoriété de la FNSEA.

Sa popularité incita Jacques Chirac vainqueur des élections législatives en 1986 à lui proposer le ministère de L’Agriculture ; il l’accepta sous le double challenge d’appliquer la Politique agricole qu’il revendiquait à la tête du grand syndicat paysan et de défendre bec et ongles les intérêts agricoles français menacés à Bruxelles et face aux Etats-Unis. Pari réussi mais   remis en cause par la défaite de Jacques Chirac à la présidentielle de 1988. Poursuivre son combat autrement l’oblige alors à engager une carrière politique au Parlement européen puis à l’Assemblée Nationale. Il y découvre le dessous des cartes ignoré du grand public ; les intrigues, les coteries, les dérives coupables de certains élus insuffisamment sanctionnées, les promotions trop rapides qui faute d’être éclairées  par des expériences professionnelles et civiques confirmées portent préjudice à la saine gestion des affaires et aux intérêts de l’Etat. Rigoureux et direct, il n’a plus la cote auprès de Chirac qui se radical-socialise pour entrer à l’Elysée  et s’y installer pour deux mandats peu convaincants. François Guillaume tient sa place au Palais Bourbon et s’irrite des tergiversations et de l’abdication de la Droite frileuse alors que le péril est à la porte. Dans sa circonscription de Lunéville en paysan pragmatique qu’il est resté, il réalise, suggère, soutient les équipements routiers, culturels, universitaires, sportifs et s’attache au développement des entreprises.

Mais le fil rouge qui relie tous ses engagements  reste son combat contre la faim dans le monde parce que, paysan, il reste fidèle à sa mission de nourrir les hommes, tous les hommes.

Un Paysan au coeur du pouvoir

Prix: 2,53 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

Terrorisme islamiste: On vous tranchera la tête

591
attentat daech isere tunisie

attentat daech isere tunisie

On sait peu de choses à propos de la nouvelle agression islamiste qui vient de frapper la France mais on sait déjà l’essentiel : elle rappelle aux Français comme aux autres Occidentaux que de tels événements se reproduiront dans les années à venir. Il ne s’agit pas que d’une attaque contre une usine. Elle s’accompagne de la marque distinctive de l’État islamique : la décapitation est là comme une signature. Qu’importe, en un sens, si nous sommes devant un djihadiste en mission commandée ou, ce qui semble plus probable, devant un individu qui s’est « radicalisé » en s’inspirant du combat et des méthodes de l’État islamique. Dans les deux cas, on aura compris ce qu’il faut comprendre : le djihad est parmi nous. On le savait déjà depuis les attentats de janvier 2015. Mais la menace se précise encore plus : les attentats à venir ne seront plus nécessairement spectaculaires et seulement dirigés contre des cibles « symboliques », comme c’était le cas avec Charlie Hebdo. Ils peuvent surgir de nulle part, frapper n’importe quelle ville et n’importe qui.

On apprend au même moment que vient d’avoir lieu un attentat en Tunisie, contre une station balnéaire. Actuellement, on dénombre 27 morts. On dirait une scène tirée de Plateforme, le roman de Michel Houellebecq, où dans les dernières pages, des islamistes attaquent une plage touristique en Thaïlande. Le message est clair : partout, les Occidentaux sont en danger, et plus encore s’ils s’aventurent dans des pays où l’islamisme le plus violent parvient à faire sentir sa présence. Faut-il préciser que des Tunisiens y ont aussi perdu la vie et que c’est tout un peuple qui est intimement blessé ? Pour l’instant, on ne sait pas si l’État islamique revendique l’attentat. Mais on sait qu’il a revendiqué celui au Koweït où une mosquée chiite a été visée par un attentat à la bombe. Comme nous l’apprend Le Monde, c’était, encore une fois, un attentat suicide. Nous comprenons chaque fois la signification de la chose : nous sommes devant des hommes qui sont prêts à mourir pour leur Dieu, pour peu qu’ils puissent tuer pour lui en même temps.

On entend déjà la protestation des esprits bêlants : nous voulons la paix ! Oui ! La paix ! Ne suffirait-il pas que les hommes se tendent la main, se comprennent et fassent enfin le choix de l’harmonie ? C’est très beau. Sauf qu’on ne décrète pas la paix, et si nous avons devant nous un ennemi décidé à nous faire la guerre, nous n’aurons pas de répit. Ce n’est pas sans raison qu’on redécouvre aujourd’hui la philosophie politique de Julien Freund, car telle était sa principale leçon. La guerre s’est naturellement métamorphosée. C’est pourtant bien d’elle dont on parle. Devant l’ennemi, on a deux possibilités : soit on se couche, soit on se bat. Soit on s’affaisse, soit on trouve en soi la force de se battre et on redécouvre que la politique, à certains moments, est une question de vie ou de mort. Il faut d’ailleurs avoir la mémoire bien courte pour s’en surprendre. Et il faut avoir le courage de nommer l’ennemi : ici, ce n’est pas le « terrorisme » en soi, c’est l’islamisme radical.

Évidemment, il y a plusieurs manières de se battre et il faut éviter d’en arriver à une crispation sécuritaire extrême qui dénaturerait en profondeur la société libérale. Au moment de la Deuxième Guerre mondiale comme au moment de la guerre froide, c’est en demeurant fidèles à leur génie spécifique que les démocraties occidentales ont gagné. Mais il faut néanmoins accepter psychologiquement de sortir de notre quiétude (à moins qu’il ne s’agisse d’une torpeur) en nous disant que la vie ne sera plus jamais comme avant. Nos pays ont eu la chance immense de goûter à plusieurs décennies de paix mais cette période est probablement terminée. Nous sommes témoins du retour du tragique. Cela ne veut pas dire que nous serons sur le pied de guerre chaque jour. Mais nous ne pourrons faire autrement que de sortir de notre insouciance, qui chaque fois, reprend ses droits, comme si nous ne voulions pas croire au fond de nous-mêmes à la dure réalité du monde dans lequel nous entrons.

Cet article extrait du blog de Mathieu Bock-Côté est republié avec l’aimable autorisation du Journal de Montréal.

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES.

Plateforme

Prix: 9,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,19 €

Djihad à crédit

12

On dit que les jeunes djihadistes sont des adolescents en perdition qui ne réfléchissent pas beaucoup. Il est même beaucoup d’endroits où on les qualifie sans ménagements d’«abrutis». Pourtant, en Suède, on nous apprend que certains ne manquent pas de ressources. Que ce soit pour commettre des attentats en France, en Tunisie ou au Koweït, ou pour rejoindre le califat, les apprentis moudjahidines doivent faire preuve d’imagination.

Quand on aspire à faire la guerre sainte, on ne peut pas se pointer à Daech les poches vides. Après avoir payé son billet d’avion pour Istanbul, détour obligé vers la frontière syrienne, on doit encore s’assurer d’avoir suffisamment d’argent pour s’acheter une voiture. Il faut pouvoir crâner devant les copains.

Martin Frimansson, expert en financement terroriste au service de la sûreté en Suède (la Sapö), nous éclaire sur la dure condition de djihadiste : « Si vous avez de l’argent ou une voiture, vous devenez automatiquement un chef d’équipe. Si vous n’avez pas d’argent quand vous arrivez, ou pas de voiture ou quoi que ce soit d’autre, vous vous retrouverez peut-être à conduire une ambulance ». Ce serait quand même dommage de parcourir des milliers de kilomètres pour devenir ambulancier.

Alors, pour éviter ce type de désagréments, les candidats au djihad ont trouvé la parade : ils empruntent de l’argent à crédit. Ils le font auprès des banques suédoises. Elles doivent voir d’un très bon œil la hausse de la demande de crédits de la part d’une jeunesse qu’on pourrait croire rétive à l’endettement. Mais ces jeunes profitent aussi d’un nouveau système permis par l’existence des smartphones. Le crédit par SMS. Il faut avouer que c’est une idée brillante. On envoie un SMS à un organisme de crédit, on emprunte 10 000 euros en deux minutes, on a son compte crédité dans la semaine et on peut s’acheter une voiture. Ce qu’on aime bien à Daech, ce sont les Toyota. À deux ou trois, on peut se cotiser et s’acheter un petit 4×4. Comme ça, plus tard on pourra se pavaner dans les rues de Raqqa. Les femmes en burqa sont très sensibles à ces choses-là.

Frimansson, qui déplore bien évidemment le laxisme des organismes de prêt, nous apprend qu’il faudrait renforcer le suivi des emprunteurs. Ça pourrait être une bonne idée. Ce qu’il ne nous dit pas, et c’est bien dommage, c’est si les débiteurs, une fois débarqués dans le désert, pensent à rembourser leurs traites.

En tous cas, alors qu’en mai la demande de crédit à la consommation est annoncée à la baisse en France, le secteur du crédit pour le djihad, lui, ne connaît pas la crise. Enfin une bonne nouvelle pour l’économie mondiale.

*Photo : Eduardo Soriano-Castillo.

Attaque meurtrière contre deux hôtels en Tunisie

28

(Avec AFP) – Des milliers de touristes étrangers s’empressaient de quitter samedi la Tunisie au lendemain d’un carnage dans un hôtel revendiqué par le groupe djihadiste Etat islamique.

Condamné comme « barbare » par la communauté internationale, l’attentat, commis vendredi par un étudiant tunisien contre les clients de l’hôtel Riu Imperial Marhaba à Port El Kantaoui près de Sousse (140 km au sud de Tunis), est le pire de l’histoire récente de la Tunisie.

Il a porté un nouveau coup au secteur vital du tourisme, trois mois après l’attaque contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts, dont 21 touristes), également revendiquée par l’EI, groupe ultraradical qui sème la terreur surtout en Syrie et en Irak.

Selon un dernier bilan provisoire du ministère de la Santé, l’attaque a fait, outre les 38 morts, 39 blessés dont 25 Britanniques, sept Tunisiens et trois Belges.

Se faisant passer pour un vacancier selon les autorités, un étudiant qui avait caché son arme dans un parasol a ouvert le feu sur les clients sur la plage puis au bord des piscines de l’hôtel. Il a été ensuite abattu.

L’attentat a eu lieu le même jour qu’un autre revendiqué aussi par l’EI contre une mosquée chiite au Koweït (26 morts) et qu’une attaque avec décapitation d’un homme en France, à trois jours du 1er anniversaire du « califat » proclamé le 28 juin 2014 par l’EI sur les territoires qu’il a conquis en Syrie et en Irak.

Dans sa revendication, l’EI a affirmé qu’un « soldat du califat » a « pu parvenir au but » en tuant « des sujets des Etats de l’alliance croisée », en référence à la coalition internationale antidjihadistes qui bombarde ses fiefs en Syrie et en Irak.

Le Premier ministre tunisien Habib Essid, dont le pays voit monter la menace djihadiste depuis sa révolution en 2011, a lui annoncé des mesures visant à renforcer la sécurité, dont la fermeture d’environ 80 mosquées accusées d’« inciter au terrorisme » et le recours à l’armée de réserve.

La fermeture de telles mosquées « illégales » avait déjà été annoncée par le gouvernement précédent.

L’auteur présumé de l’attentat a été identifié comme Seifeddine Rezgui, un Tunisien né en 1992 et étudiant à Kairouan (centre). Inconnu des services de police, il a agi seul « a priori », selon le secrétaire d’Etat aux affaires sécuritaires Rafik Chelly.

« Il est entré habillé comme quelqu’un qui allait se baigner », puis a « utilisé son arme qui était cachée dans un parasol », a-t-il ajouté.

Il visait seulement les touristes, a raconté un témoin tunisien. « Le terroriste nous a dit : « Eloignez-vous, je ne suis pas venu pour vous ». Il ne nous a pas tiré dessus, il a commencé à tirer sur les touristes ».

attentat Sousse plage Tunisie

*Photo : © AFP Archives Str

Maghreb: Hollande a pris le parti de l’Algérie

23
hollande bouteflika algerie maroc sarkozy

hollande bouteflika algerie maroc sarkozy

«J’avais indiqué au roi que, pour moi, (…) il ne pouvait être question de commencer ma visite du Maghreb pour Les Républicains sans débuter par le Maroc» La carte postale qu’a envoyée Nicolas Sarkozy du Maroc, il y a quelques jours, est presque passée inaperçue. Pourtant, son hommage appuyé au roi Mohammed VI et le programme présidentiel qui lui a été concocté par les autorités marocaines en disent long sur les rapports entre la France et le Maghreb depuis l’élection de François Hollande.

Depuis que les socialistes sont aux commandes, les relations franco-marocaines se sont considérablement dégradées. Une enquête judiciaire sur le chef des services marocains, Abdellatif Hammouchi, a suffi à raviver la mauvaise humeur qui sépare Paris et Rabat. La monarchie chérifienne avait pourtant été célébrée pour son ouverture à la suite des printemps arabes: droit des femmes, mise en scène de la démocratie parlementaire, sécurité des touristes… À bien des égards, le Maroc apparaît plus moderne que l’Algérie, y compris lorsqu’on compare leurs chefs d’Etat respectifs.

Cause ou conséquence de la brouille marocaine, les relations entre Paris et Alger se sont considérablement réchauffées en trois ans. À Alger, la proximité et le ton particulièrement amical entre François Hollande et Abdelaziz Bouteflika ont contrasté avec les maladresses qui ont accompagné les visites en coup de vent de Mohammed VI à l’Élysée. L’armée algérienne a défilé sur les champs-Élysée, un ministre français s’est recueilli à Sétif pour commémorer les massacres du 8 mai 1945, la France n’a pas eu peur de se flageller pour amadouer Alger. Malgré l’image déplorable de la démocratie FLN, François Hollande s’est rendu à deux reprises en Algérie où il a eu le rare privilège d’être reçu dans la résidence présidentielle médicalisée de Zeralda. Avec Bouteflika, la diplomatie médicale bat son plein.

La sympathie personnelle de François Hollande pour l’indépendance algérienne contraste avec les difficultés de la droite à dialoguer avec l’Algérie. Reste que les fruits du réchauffement franco-algérien se font attendre. Les contrats d’armements moisissent dans les cartons, domaine où la Russie reste le partenaire privilégié de l’armée algérienne. La coopération militaire au Sahel reste a minima. Le dossier des moines de Tibérine est gelé. En 2014, Pékin est devenu le premier partenaire commercial de l’Algérie, devant la France. Bref, chaleureuse dans les discours, la relation stratégique franco-algérienne est à l’image du président algérien et de Laurent Fabius: en semi-léthargie.

Ce malentendu explique la préférence constante pour le Maroc des présidences françaises successives. Depuis que le maréchal Lyautey a personnellement protégé la dynastie marocaine, l’alliance avec la France n’a pas cessé. Les échanges économiques, militaires et touristiques dominent largement et Paris apporte un soutien appuyé au Maroc dans la question du Sahara occidental. Ce qui irrite l’Algérie. Les frères ennemis du Maghreb se livrent une compétition pour le leadership au Maghreb et au Sahara. Mais l’Algérie, marqué par son passé colonial et les stigmates de la guerre d’indépendance, n’a jamais vraiment voulu compter sur la France pour rivaliser.

François Hollande a sans doute cru qu’en s’éloignant du Maroc, il pourrait se rapprocher de l’Algérie en échange de quelques actes de contritions et de marques d’amitié envers Bouteflika. C’était sans compter l’inertie de l’appareil d’État algérien. En trois ans, la  nouvelle relation franco-algérienne n’a jamais atteint les niveaux de coopération entre la France et le Maroc.

*Photo : AP/SIPA. AP21750897_000008.

Attentat islamiste dans une usine en Isère

157

(Avec AFP) – 16:16 – Le chef d’entreprise du Rhône décapité était l’employeur de l’auteur présumé de l’attaque qui a été interpellé, selon une source proche du dossier. C’est la première personne décapitée en France lors d’une attaque terroriste, une pratique fréquemment utilisée en Syrie et en Irak par le groupe Etat islamique (EI).

16:13 – Une équipe de pompiers, appelée en secours, a été accueillie par Salhi au cri de « Allahou Akbar » (Dieu est le plus grand), a poursuivi la source proche du dossier. Les pompiers sont parvenus à le ceinturer et à le maîtriser en attendant l’arrivée des gendarmes. Selon une autre source, l’attaque n’a pas fait d’autre victime que le chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, contrairement à ce qui avait été auparavant annoncé par d’autres sources qui avaient fait état de deux blessés légers.

16:08 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme retrouvé décapité serait âgé d’environ 45 ans. Son entreprise de transports disposait d’une habilitation pour entrer sur le site d’Air Products. Selon l’analyse des images de vidéosurveillance, sa tête a été mise sur un grillage par son assassin présumé, a indiqué une source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat, Yassin Salhi, 35 ans, a ensuite repris le volant de la camionnette et percuté des bouteilles de gaz, provoquant une explosion. Il est ensuite sorti du véhicule pour se rendre dans un bâtiment proche et manipuler d’autres bouteilles.

15:57 – Manuel Valls, qui a écourté son voyage en Amérique du Sud, assiste actuellement à l’ambassade de France à Bogota au Conseil de défense à l’Elysée, via une conférence téléphonique, rapporte le journaliste de l’AFP, Marc Préel. Il doit décoller vers 17H00 heure française pour Paris, à bord de l’A330 du président Hollande. Atterrissage prévu vers 03H00 du matin à Orly. Le Premier ministre avait appris l’attentat dans la nuit, décalage horaire oblige avec la Colombie (7 heures de différence). Enfermé dans une salle avec ses conseillers, il en est sorti vers 06H45 du matin pour faire une déclaration devant quelques journalistes, fustigeant une attaque « abjecte » du « terrorisme islamiste », dans le hall de la résidence. Contraste avec la veille au soir, où il présidait une réception avec la communauté française de Bogota dans cette même jolie résidence aux murs blancs.

15:50 – La grande mosquée de Paris « condamne avec la plus grande fermeté la barbarie terroriste qui a encore frappé notre pays », déclare son recteur Dalil Boubaker, dans un communiqué.

15:13 – La dépouille de la personne retrouvée décapitée est celle d’un chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, a-t-on appris de sources proches du dossier.

14:50 – Le tweet du Premier ministre, actuellement à Bogota : « Le menace et l’horreur aveugles des terroristes n’épargnent aucune nation. Mes pensées aux victimes en Isère et aux victimes en Tunisie. MV »

14:49 – Le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, condamne un « attentat diabolique perpétré en plein mois de Ramadan ». « La France vient de vivre son second choc en moins de six mois », déplore-t-il.

14:46 – Le président François Hollande est arrivé vendredi à 14H30 à l’Élysée, où il doit présider à 15H30 un Conseil restreint. Le chef de l’État, qui est revenu précipitamment de Bruxelles après l’attentat, a convié à ce Conseil le Premier ministre Manuel Valls (en visio-conférence depuis la Colombie) et les ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères), Christiane Taubira (Justice) et Jean-Yves Le Drian (Défense).

14:45 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’auteur de l’attentat est arrivé dans une voiture bénéficiant d’un agrément pour accéder au site, classé Seveso.

14:44 – Après l’attentat commis en France par un islamiste, Manuel Valls condamne aussi sur Twitter l’attaque sanglante perpétrée en Tunisie qui a fait 27 morts dont de nombreux touristes.

14:10 – Une source proche de l’enquête indique qu’au moins une autre interpellation que celle de Yassine Salhi a eu lieu. « Un véhicule a été repéré en train de faire des allers-retours suspects en périphérie de l’enceinte, son numéro d’immatriculation a été relevé et son propriétaire a été identifié. Il a été arrêté ». Toutefois, aucun lien formel n’a été établi à ce stade entre l’attaque et cet homme.

13:58 – « Des personnes ayant pu participer à ce crime abject ont été mises en garde à vue après avoir été arrêtées », dit le ministre de l’Intérieur, sans plus de précisions.

13:56 – Bernard Cazeneuve rend hommage au pompier qui a neutralisé le jihadiste présumé. « L’auteur supposé de ce crime a été neutralisé (…) par une personne du SDIS (service départemental d’incendie et de secours) de l’Isère qui s’est rendue sur place et qui, avec beaucoup de courage et de sang-froid, a procédé à la mise hors d’état de nuire ».

13:53 – Le Premier ministre Manuel Valls écourte son voyage en Amérique du Sud pour rentrer à Paris.

13:38 – L’auteur présumé de l’attentat en Isère avait été fiché entre 2006 et 2008 par les services de renseignements pour « radicalisation ». Il « a fait l’objet d’une fiche S en 2006 qui n’a pas été renouvelée en 2008 », selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve

13:34 – L’auteur présumé de l’attentat s’appellerait Yassine Salhi (orthographe non confirmée), âgé de 35 ans, selon Bernard Cazeneuve.

13:33 – Les pompiers ont masqué la zone où a été retrouvée la tête d’une bâche de plastique noir. Un journaliste de l’AFP a également vu deux drapeaux islamistes sur le grillage, ce qui semble indiquer une volonté de mise en scène.

13:29 – Un retraité vivant à 600 mètres des lieux de l’attentat raconte à l’AFP: « je bricolais sur le pas de la porte et j’ai entendu une énorme explosion. J’ai pensé à un avion qui passait le mur du son tout en devinant aussitôt que c’était grave. Il y a beaucoup d’entreprises classées Seveso dans le coin. Jamais je n’aurais pensé à un attentat ».

13:26 – « Les démocrates feront toujours front contre la barbarie », déclare le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

13:26 – Selon Bernard Cazeneuve, le suspect « résiderait à Saint Priest », dans la banlieue lyonnaise.

13:22 – Cazeneuve appelle à « la retenue et à la dignité ». Il rappelle l' »effort exceptionnel » engagé par le président et le Premier ministre pour assurer un haut niveau de protection des Français face aux risques terroristes, depuis le mois de janvier.

13:19 – Le risque d’attentat demeure « à un niveau très élevé », selon M. Cazeneuve

13:16 – L’homme interpellé « n’avait aucun casier judiciaire », selon Bernard Cazeneuve. Il a toutefois été fiché en 2006 pour radicalisation.

13:16 – Bernard Cazeneuve sur place : « l’identité du criminel est en cours de précisions »

13:13 – Pour François Hollande, il faut « éradiquer les groupes et individus responsables de tels actes ».

13:11 – Nicolas Sarkozy réclame « toute la lumière » et un « niveau de vigilance rehaussé » après l’attentat.

13:10 – Le président du Conseil européen, Donald Tusk exprime dans un tweet ses « sincères condoléances et sa solidarité » à François Hollande et à la France.

13:09 – « Unité de la Nation face au nouvel attentat commis ce matin dans l’#Isère. Combattre la barbarie et défendre notre République », réagit le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone sur son compte Twitter.

13:08 – « Grande émotion devant cet attentat et son mode opératoire. Restons unis. Pas d’amalgames. Ne jouons pas sur les peurs », écrit sur Twitter le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

13:02 – François Hollande raconte l’attentat depuis Bruxelles: « Cet attentat, c’est un véhicule conduit par une personne, peut-être accompagnée d’une autre, et qui à vive allure se projette sur cet établissement classé Seveso contenant des bouteilles de gaz. L’intention ne fait pas de doute, c’est de provoquer une explosion. L’attaque est de nature terroriste dès lors qu’il a été retrouvé un cadavre décapité avec des inscriptions ».

13:00 – François Hollande annonce la tenue d' »un conseil restreint » à l’Elysée à 15H30.

12:57 – François Hollande parle d’un auteur, « peut-être deux ». Il souligne la « nécessité de ne pas céder à la peur », de ne pas créer « de suspicions intolérables » ou « de divisions inutiles ». Il confirme qu’un auteur a été « arrêté » et « identifié ».

12:47 – « Toutes les dispositions sont prises pour éviter tout drame supplémentaire », a ajouté M. Hollande qui s’exprime à Bruxelles où il participe à un sommet européen.

12:46 – Le président François Hollande : « l’attaque est de nature terroriste ».

12:16 – Un Conseil de défense se réunira à 15h à l’Elysée.

11:59 – « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », selon la source. Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products, classée Seveso (site sensible), un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:58 – L’homme soupçonné d’avoir participé à cette attaque, arrêté par les gendarmes, est connu de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Des recherches sont en cours pour vérifier s’il était ou non accompagné d’un complice. « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produite », a dit une autre source proche du dossier.

11:48 – Selon le site du Dauphiné Libéré, qui a révélé l’information, des techniciens en identifications criminelles de la gendarmerie de Grenoble sont arrivés sur place vers 11H00. Les différents lieux de l’attaque ont été « gelés ». Selon une source proche de l’enquête, qui s’est confiée au journal, d’autres attentats ne seraient pas exclus. Un très important dispositif de gendarmerie est déployé sur le site. Les employés de la société Air Products, très choqués car certains ont été témoins de l’attaque, vont être accueillis dans une salle polyvalente de la commune voisine de la Verpillière.

11:48 – Le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête sur l’attentat.

11:48 – François Bernard Huyghe, spécialiste des questions terroristes à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), affirme sur BFM TV : « doctrinalement », cet attentat pourrait être lié aux jihadistes : « Si vous ne pouvez pas vous battre en Syrie, faites des attentats chez vous » est une recommandation de l’EI, comme « s’attaquer à des installations énergétiques ». « La décapitation est dans la logique djihadiste », rappelle-t-il aussi.

11:44 – L’auteur présumé de cet attentat a été interpellé par les gendarmes et était connu des services de renseignements. Des recherches sont en cours pour vérifier s’il n’était pas accompagné d’un complice.

11:43 – La tête de l’homme, retrouvée décapitée, était accrochée à un grillage extérieur et recouverte d’inscriptions en arabe, a-t-on appris de source proche du dossier.

attentat islamiste Isère

11:38 – Le Premier ministre Manuel Valls ordonne une « vigilance renforcée » sur tous les sites sensibles de Rhône-Alpes, annonce Matignon.

11:34 – LA TETE DECAPITEE ET RECOUVERTE D’INSCRIPTIONS EN ARABE ETAIT ACCROCHEE A UN GRILLAGE

11:30 – Un premier bilan fait état d’un mort, retrouvé décapité sur place, et de deux blessés légers, selon une source proche de l’enquête.

11:27 – Patrice, témoin employé d’une entreprise voisine, déclare sur BFM TV, qu’une forte explosion a été entendue et que des barrages de gendarmerie ont été dressés dans le secteur.

11:22 – « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produit », selon une source proche du dossier. « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », a ajouté cette source, évoquant aussi « un drapeau avec des inscriptions en arabe retrouvé sur place ». Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné Libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:21 – ARRESTATION D’UN HOMME SOUPCONNE D’ETRE l’AUTEUR DE L’ATTENTAT

11:15 – La député PS de l’Isère Joëlle Huillier affirme sur BFM TV qu’un homme a déjà été interpellé peu après l’attaque.

11:15 – Selon des premiers témoignages cités par des chaînes d’information françaises, un homme a forcé un barrage à l’entrée de l’usine de produits chimiques dans la localité.

11:12 – Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, se rend immédiatement sur place, indique son entourage.

11:08 – EN DIRECT – Une personne est morte et plusieurs autress ont été blessées dans un attentat commis ce matin dans une usine de gaz industriels à Saint-Quentin-Fallavier, dans le nord de l’Isère, a-t-on appris de source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat est entré dans l’usine un drapeau islamiste à la main et il a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz, a ajouté cette source. Un corps décapité a été retrouvé à proximité de l’usine.

attentat islamiste Isère

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES

DSK et Le bruit de la douche

34
dsk desgouilles dupont aignan

dsk desgouilles dupont aignan

« « Fuck », jura-t-elle, en tirant sur les fils des écouteurs. Pendant qu’elle enroulait ces derniers autour du maudit appareil, elle entendit quelque chose. Elle ne bougea pas et tendit l’oreille, concentrée. C’était bien le bruit de l’eau qui coulait dans une douche. L’occupant de la suite avait omis de prévenir qu’il était présent en accrochant le fameux « Do not disturb ». »

Ça débute comme ça. Nafissatou Diallo faisait le ménage au Sofitel en écoutant Amy Whinehouse sur son MP3 (« He left no time to regret Kept his dick wet… » — les paroles, prémonitoires pour l’occasion, de Back to Black), elle a oublié de le recharger, l’appareil est tombé en panne, elle a entendu le bruit de la douche, et conséquemment, « claquant la porte, elle se dirigea vers la suite voisine. » Pas de faux-pas de DSK, pas de provocation, ni de pipe matinale, rien n’est arrivé, DSK est donc élu président de la République et s’engage dans une politique que ne renierait pas Nicolas Dupont-Aignan, par la grâce d’une conseillère en communication issue du PS mais qui est visiblement un sous-marin chevènementiste.

C’est peut-être là que notre ami David Desgouilles, dont Causeur héberge depuis belle lurette le blog plein d’alacrité, est le moins crédible : il resterait donc au PS des gens intelligents ? Guillaume Bachelay, dont le petit doigt est plus intelligent que toute l’imposante personne de Cambadélis, a beau être secrétaire national de la rue de Solférino, il n’a ni ministère, ni pouvoir d’infléchir la politique de ce parti de crapules menchéviks. On se méfie comme la peste des gens capables dans ce milieu de haute médiocrité.
C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus visiblement de ce roman de politique-fiction : la nullité exceptionnelle de tous ces gens, DSK compris.
C’est là aussi que le bât blesse, romanesquement parlant. Quand le personnage le plus intelligent est Eric Zemmour (auquel Desgouilles offre plus qu’un strapontin dans son ouvrage), quand il faut inventer de toutes pièces une fille qui réfléchit (à ceci près qu’elle couche avec un gros incapable, dominé de la tête et des épaules, au lieu de se taper tranquillement DSK, ce qu’aurait fait toute femme raisonnable avec des hormones en état de marche), quand les dialogues mettent aux prises des pseudo-sommités qui sont des zéros qui ne multiplient que parce qu’ils ont été élus ou désignés par d’autres incapables, on atteint rapidement les limites de l’uchronie : ce monde imaginaire ne me tente pas plus que le monde réel, et il faut beaucoup de talent à l’auteur pour nous intéresser aux manœuvres d’appareils des socialistes et des sarkozystes. Imaginez l’un quelconque de ces ectoplasmes aux prises avec Retz, Mazarin — ou Clémenceau, dont Desgouilles, avec beaucoup d’humour, met le visage sur les nouveaux billets d’une France régénérée.

Marianne a beaucoup aimé le livre. Jacques Sapir (qui a dans le roman un petit rôle déterminant) aussi : rien d’étonnant à ce que Desgouilles convoque l’économiste préféré de Dupont-Aignan (et lui-même auteur d’une uchronie sur les années 1940, Et si la France avait continué la guerre — voir ici) pour étayer ses digressions économiques — notre ami doit être marxiste sans le savoir, l’économie est pour lui le facteur déterminant en dernière instance, alors qu’en authentique mao gramscien que je suis, je persiste à croire que c’est le facteur politique. Mais ce sont des divergences de surface.

L’uchronie est un mode exigeant. Il suppose une hypothèse audacieuse, un renversement complet des perspectives. Je ne saurais trop recommander, sur le sujet, la jolie étude qu’Emmanuel Carrère consacra jadis au genre (Le détroit de Behring, dont le titre vient d’une anecdote, que je vous laisse découvrir, sur la façon dont l’Encyclopedia Sovietica géra l’élimination de Beria), où l’on apprend que le mot fut inventé par Charles Renouvier en 1876 (l’Uchronie – l’Utopie dans l’Histoire — apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être), mais que le prototype est un roman de Louis-Napoléon Geoffroy-Château, avec son Napoléon ou la conquête du monde (1836), qui raconte la victoire de Napoléon à Waterloo, et ce qui en résulta du point de vue de l’organisation du monde. Giscard d’Estaing a dû s’en imprégner en écrivant sa propre uchronie, la Victoire de la Grande armée (Plon, 2010), où l’Empereur balaie Koutouzof sous les murs de Moscou, puis choisit bizarrement de laisser son trône au Prince Eugène — si, je l’ai lu ! —, parenté jadis soulignée par Laurent Joffrin dans sa critique de cet ouvrage dispensable. Parmi les grandes réussites du genre, il y a bien sûr Le Maître du haut château, de Philip K. Dick — sur lequel ce même Carrère a écrit un brillant essai : tout se recoupe.

Il y a donc l’uchronie, genre auquel Desgouilles emprunte son « mentir vrai », comme aurait dit Aragon. Et le roman historique, qui suppose des personnages inventés forts (D’Artagnan et ses acolytes) face à des personnages historiques puissants (Richelieu ou Mazarin). Et comme l’a jadis souligné Lukács, un roman historique en dit autant sur la période à laquelle il a été écrit que sur celle où il situe l’action. Il y a dans les Trois mousquetaires un vent de romantisme propre à Dumas, et dans Vingt ans après, rédigé pourtant dans la foulée deux ans plus tard, une nostalgie du romantisme propre à cette génération qui voyait inéluctablement ses rêves s’enfoncer dans le règne sans ressort de Louis-Philippe.
Pour faible que soit l’écart entre les faits rapportés par Desgouilles (2012) et l’actualité de 2015, ce qui ressort le plus c’est l’effarante nullité de la classe politique. C’est peut-être la limite de l’ouvrage : comment intéresser le lecteur à de si petits hommes. Quand Benoît Duteurtre avait écrit le Retour du général (2010 — voir ici), il avait ressuscité De Gaulle pour avoir un caractère fort à opposer aux ectoplasmes modernes. Desgouilles a bien tenté, avec son héroïne, de créer un vrai cerveau au milieu de cette bande de minables, ce qui surnage est justement le sentiment qu’il ne nous faut pas DSK, qui ne fut jamais, hélas, que ce qu’il est, mais un vrai lider maximo, dont je ne vois pas bien l’émergence dans la France contemporaine. Anne-Sophie Myotte (ainsi s’appelle la grande ordonnatrice de ce retour à la souveraineté nationale) n’est pas Marie-France Garaud, qui insuffla à Chirac la capacité à gagner Paris d’abord, la France ensuite.

Au total, c’est un roman fort divertissant par cela même qu’il met en scène, parfois avec une ironie bien venue, une bande de faux-poids et de demi-portions que l’Histoire engloutira prochainement — dès que les circonstances nous donneront un individu capable de répondre aux défis contemporains, au lieu de politicards soucieux de leur survie en milieu médiatique. Nous en sommes loin pour le moment : toute cette fiction souverainiste n’était qu’un cauchemar de Pierre Moscovici, nullard d’entre les nullards, donc à ce titre nommé à la direction d’une instance européenne, et qui symboliquement a le dernier mot de cette histoire tragique sous le rire.

Le bruit de la douche

Prix: 3,47 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : Abode of chaos.

Taxis contre Uber: le monde à l’envers

185
Uber taxis Cazeneuve

Uber taxis Cazeneuve

(Avec AFP) Hier, c’était le monde à l’envers : d’un côté le ministre de l’Intérieur jouait les chefs de gouvernement en prenant des mesures contre l’activité d’une entreprise étrangère en France, de l’autre le Premier ministre revenait à son ancien rôle de superflic en condamnant seulement des violences « inadmissibles ».

Depuis plusieurs mois, le groupe américain Uber s’est engagé dans un bras de fer avec l’État, autour de son application mobile UberPop, service mettant en relation des passagers et des particuliers au volant de leur véhicule personnel.

Après des incidents répétés ces derniers mois, 2800 taxis se sont donc mobilisés hier en France sur une « trentaine de points de blocage », selon une source policière. Et comme prévu, les choses ont rapidement dégénéré dans plusieurs villes.

Bernard Cazeneuve, théoriquement chargé du maintien de l’ordre, a choisi son camp : celui des chauffeurs de taxis, qui ont pourtant passé la journée a caillasser, retourner ou simplement vider de leurs occupants des véhicules de transport de personnes (VTC). Parfois, on a beau être progressiste, il faut bien arrêter le progrès.

Manuel Valls était quant à lui en voyage officiel en Colombie, d’où il a promis des sanctions aux auteurs des exactions « qui se trouvent dans les deux camps » selon lui. Au moins huit chauffeurs de taxis, de véhicules UberPop ou d’autres VTC ont en effet été placés en garde à vue. Mais on se doute un peu de qui s’en est pris à qui…

Le même jour, pour la première fois, un député socialiste « frondeur » démissionnait du PS, jugeant que dans le parti, « la ligne sociale-libérale a gagné avec Manuel Valls et Emmanuel Macron ». Drôle de timing, puisque du FN à l’extrême-gauche en passant par Les Républicains, l’ensemble de la classe politique prenait pendant ce temps-là le parti des taxis contre la « concurrence déloyale » d’Uber.

En revanche, il suffisait d’avoir un compte Facebook ou Twitter pour percevoir hier le sentiment radicalement inverse qui dominait parmi les simples citoyens. Photos, vidéos, blagues plus ou moins fines et témoignages accablants n’ont pas cessé de s’échanger, dressant un portrait peu flatteur des chauffeurs de taxis et de leurs prestations. Un événement créé sur Facebook, intitulé « Grève des utilisateurs de taxis », a même réuni en quelques heures plus de 50 000 personnes.

Exceptionnellement, le quotidien français de référence lui-même aurait pu se rebaptiser Le Monde à l’Envers, puisqu’il admettait dans un éditorial, à propos des taxis : « Ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. »

Alors que nos élites communient dans la défense d’un vieux monopole qui exaspère les usagers, le journal de Pigasse et Bergé aurait-il basculé du côté obscur, celui du populisme le plus trash ? « Chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante (…). Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. »

Le monde à l’envers on vous dit, comme une voiture Uber un jour de manif des taxis.

*Photo : © AFP ANNE-CHRISTINE POUJOULAT