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Burning Man : Woodstock pour tous?

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burningman festival feu

La programmation ne met en tête d’affiche ni Stromae ni le retour des Rolling Stones. Sur place, seul un confort ultra-minimaliste est de rigueur pour les « burners » qui devront se débrouiller pour vivre. Côté commerce, il faudra se contenter des quelques stands de glaces et de boissons chaudes. Aucune opulence pour ce festival. Vos douces nuits dépendront donc de la qualité de votre tente. Exit le shampooing : la douche est à prendre soigneusement avant son départ. Pourtant, les 70 000  places disponibles sont parties en 44 minutes. Encore plus impressionnant quand on sait qu’il y a vingt-huit ans, ils n’étaient que 20 participants.

Perdu au beau milieu du désert, on comprend rapidement que ce n’est ni le luxe ni le confort qui attire les participants des quatre coins de la planète (y compris de la France) mais ce qu’on peut appeler « une expérience ». Pendant une semaine, le désert du Nevada voit naître en son antre une cité dénommée la Black Rock City. Elle devient alors le spectacle d’œuvres d’arts monstrueusement grandes, de véhicules « mutants » et de personnes parfois à moitié nus (et à bicyclette). Le fondateur, Larry Harvey aime à rappeler que l’idée est née sur une plage de San Francisco autour d’un bûcher. Derrière ce décor très Woodstock, le Burning Man représente le moment idéal pour se détacher de tous les diktats des sociétés consuméristes.

Comme pour rappeler que rien ne dure, tout sera joyeusement détruit, c’est le moment ou le Burning Man prend littéralement son sens. Cette année, « l’homme qui brûle » mesurait près de 22 mètres de haut et fut construit par Matt Shultz, le chanteur du groupe de rock Cage the Elephant. Selon plusieurs témoignages, cette cérémonie se fait dans un silence d’église et représente le grand moment spirituel de la semaine. Donner sans rien attendre en retour. S’entraider. Partager. On pourrait presque croire que l’on fait référence à des enseignements bibliques.

Des Européens et des Américains, avides d’événements nouveaux et à la recherche d’émotions fortes, y ont trouvé quelque chose alliant l’art de vie « roots » avec celui de la liberté. En fait, il n’existe pas de règlement à respecter, ce sont seulement dix commandements qui régissent le quotidien des participants parmi lesquels apparaissent la décommercialisation, l’expression de soi ou le don. Loin de tout et au milieu de rien, on vit dans une sorte de monde à l’envers. Ce qui est vraisemblablement l’un des secrets du succès  de cet évènement improbable.  Ces « Burners » comme ils sont appelés, sont avant tout venus pour vivre le temps d’une semaine une vie de Robinson Crusoé des temps modernes. Avec l’art en plus. Devenir « Burner » pour empêcher un « burn out » ?

Une échappatoire structurée. Certes, on est sur « la terre de la liberté », comme le proclame l’hymne national des Etats-Unis mais cette liberté a besoin de ses espaces propres – au même titre que l’ordre a besoin de désordre – à condition qu’il soit bien rangé ! Voilà qui n’est pas sans rappeler l’idée du film American Nightmare. Si le scénario laisse à revoir, son réalisateur James DeMonaco propose une idée assez puissante: pendant une nuit, l’humanité est en droit d’assouvir toutes ses pulsions lors de la « Purge Annuelle ». Crimes et meurtres sont autorisés. Un moyen de rétablir le calme le restant de l’année. Une critique de la société contemporaine américaine. Avec un peu d’imagination, on n’est pas si loin des préceptes du Burning Man. Vider son énergie, s’éloigner de tout ce qui façonne notre quotidien pour revenir rassasié de liberté.

Au regard de l’histoire, le Burning Man n’a pas grand chose d’original sinon sa forme. De tout temps l’homme fut possédé par ce besoin irrésistible de s’affranchir des règles de la société sans toutefois les remettre en cause. C’est justement à cela que sert le Carnaval ! Un événement qui remonte à l’Antiquité et qui représente le moment où l’on peut chambouler les rôles d’une société aux ordres bien établis. Être quelqu’un d’autre pendant un temps bien défini. Une négation ouverte et partagée de la société où l’on peut être qui l’on veut : homme, femme, maître, esclave, ivre, ridicule. A l’époque de l’ancienne Babylone, on choisissait par exemple un condamné à mort afin qu’il devienne roi pendant 5 jours avant de se faire soigneusement exécuter. Être ce que la société ne nous permet pas. Les masques de Venise, la Samba de Rio et désormais le Burning Man remontent en fin de compte à un désir inhérent à l’être humain : celui d’oublier le poids des conventions en vivant l’expérience de s’émanciper de qui l’on est, sans pour autant oublier qu’il s’agit d’une sorte de « recrée ». Le Burning Man propose aujourd’hui de « sortir » d’une société consumériste, compétitive et individualiste pour devenir un hippie (mais sans prendre trop de risque). En somme c’est la différence entre prendre des vacances et démissionner de son travail pour faire le tour du monde.

Or, le marché est aussi rusé que la raison. Ainsi, en moins de trente ans d’existence, cette échappatoire à la société de consommation est en train de devenir un produit de consommation. Certains « Burners » ne se sont donc pas contentés de boîtes de conserves et d’un briquet. Autrement dit, une rébellion s’est si bien transformée en « rebellitude » que même les milliardaires de Facebook et Google peuvent y participer sans que cela pose problème. C’est le cas de Mark Zuckerberg, présent cette année et n’ayant pas pour ambition de dormir dans une tente et de manger du boulghour. Il est donc arrivé (en avion privé) avec une caravane de luxe et un cuisinier prêt à lui concocter un tartare de viande. On est bien loin du précepte de non-consommation et d’anticapitalisme qui fonde ce festival hippie. Vivre une expérience nouvelle fera bientôt partie d’un programme que les tours opérateurs s’empresseront de vendre. Le Burning Man reprendrait-il le chemin du Carnaval du Brésil ? Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est parti pour ! Dès lors que cela fonctionne, le profit n’est jamais loin. Vivre la démarchandisation a un prix.

* photo : Andy Barron/AP/SIPA.AP21616903_000001

L’Europe complètement à l’Ouest…

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C’est dans l’indifférence la plus totale que les citoyens européens ont découvert, au bout d’un couloir bruxellois, leur nouveau “président”, accompagné de son nouveau chef de la diplomatie. Déjà, à l’occasion de la nomination d’Herman van Rompuy et de Catherine Ashton, l’apparition de ces inconnus avait suscité une moue dubitative du public. Les quolibets sur leur charisme et leur cursus avaient tristement alimenté la haine de Bruxelles et de ses technocrates.  Il faut croire que des leçons du passé ont été tirées, le casting a été un peu plus soigné cette fois-ci. Le polonais Donald Tusk ne manque pas de caractère et la belle italienne Federica Mogherini fera oublier la peu ragoûtante Lady Ashton.

Mais l’essentiel n’est pas là. Une fois de plus, les susceptibilités nationales et politiciennes ont pris le pas sur la compétence supposée des candidats. Un libéral de droite contre une progressiste de gauche, un homme du nord pour une femme du sud. Résultat, on se retrouve avec un président du conseil européen qui ne parle ni l’anglais ni le français, les deux principales langues de travail à Bruxelles (signe des temps, il parle l’allemand et le russe). Et Donald Tusk va présider le conseil de la zone euro sans que la Pologne n’en fasse partie. Un comble pour la souveraineté monétaire de pays qui souffrent de la rigueur déflationniste décidée à Francfort. La nouvelle haute représentante de l’UE, sans préjuger de son expérience à 41 ans, était depuis quelques semaines à la tête de la diplomatie italienne. Il reste à espérer que Matteo Renzi n’ait pas souhaité exfiltrer Mogherini comme Hollande l’a fait avec Moscovici…

Sans doute faut-il relativiser le poids de ces nominations. Mais les profils euro-atlantistes choisis ne feront pas beaucoup avancer la cause de l’Europe-puissance souhaitée par la France. Qui a pu croire une seconde que Federica Mogherini était pro-Poutine? Elle a été vice présidente de la fondation Italie-Etats-Unis. Elle va succéder à Catherine Ashton qui depuis 5 ans est à l’unisson des préoccupations anglo-saxonnes. Envoyé avec succès comme sherpa à Téhéran et à Belgrade, elle a en revanche traîné la patte pour engager l’Europe en soutien de la France en Afrique. Pas question de concurrencer l’OTAN sur les questions de défense. Quant à Van Rompuy, il n’a pas fait d’ombre à Barroso, une gageure, et il s’est contenté du rôle dévolu autrefois au secrétaire général du conseil européen, Pierre de Boissieu.

Le plus grave, c’est que les chefs d’Etat, en cherchant des profils politiques qui ne leur fassent pas d’ombre, risquent de reporter la lumière, non pas sur eux, mais sur le président de la commission, le redoutable et expérimenté Jean-Claude Juncker, l’homme fort d’Angela Merkel. Donald Tusk a, depuis de nombreuses années, donné des gages de fidélité à Berlin, et d’après Jean Quatremer, la chancelière a obtenu que Federica Mogherini soit bordée par un secrétaire général du SEAE allemand, en remplacement d’un autre français, Pierre Vimont, l’actuel numéro deux de la diplomatie européenne. Autant dire que tout est verrouillé.

Jean-Claude Juncker, Martin Schulz et Angela Merkel peuvent souffler, ils continueront d’ incarner l’Europe, l’Europe allemande bien sûr. Hollande lui n’a pas à rougir; réussir à recaser Moscovici à  un poste économique n’était pas gagné d’avance…  tant pis pour la croissance et la défense européennes.

*Photo : U.S. Department of State.

Hollande/ Trierweiler : les risques du métier

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François Hollande ne reçoit aujourd’hui que ce qu’il mérite, avec le brûlot publié à grand fracas par son ex-compagne Valérie Trierweiler : lorsqu’on se conduit comme un butor, il ne faut pas s’étonner de subir de plein fouet les effets de la plus terrible des haines, celle qui anime les amantes publiquement bafouées. De son maître François Mitterrand, il a appris quelques ficelles permettant la navigation dans les eaux périlleuses de la politique sommitale, mais il a négligé de respecter, comme son mentor savait si bien le faire, les règles de la  bienséance en matière de libertinage. Séduire, coucher, quitter, l’ordinaire affectif et sexuel des hommes de pouvoir, cela peut valoir de pénibles désagréments à ceux qui transgressent  les bonnes manières de la bagatelle. Rompre élégamment est un art tout d’exécution, qui exclut la fuite honteuse comme la brutalité, pour parvenir, dans les meilleurs des cas, à transformer vos « ex » en un groupe soudé d’admiratrices inconditionnelles.

Ceux qui ne se sentent pas capable de mener ces jeux subtils préfèrent souvent s’abstenir de chercher l’aventure dans le monde des femmes qui virevoltent autour des lieux de pouvoir : journalistes, actrices, intellectuelles, dont la perversité potentielle est décuplée par la surface sociale et éditoriale dont elles bénéficient. Après tout, le bunga-bunga de Silvio Berlusconi, comme jadis la fréquentation assidue des demi-mondaines par Clemenceau et Edouard Herriot, relevaient d’une saine prudence : les professionnelles ne se risquent pas à des coups tordus pouvant mettre en péril leur réputation commerciale…

Aujourd’hui, l’opprobre qui frappe les usagers de la prostitution de luxe contraint les hommes politiques à rechercher dans leur entourage immédiat les « femmes honnêtes » disposées à leur dispenser les trésors de sensualité et de tendresse nécessaires à leur survie dans le monde brutal de la politique : collaboratrices et surtout journalistes politiques, une profession où la présence de femmes, souvent jeunes et bien faites,  s’est considérablement accrue au cours du dernier demi-siècle.

Les historiens de la presse considèrent que Françoise Giroud, directrice de la rédaction de L’Express au début des année soixante du siècle dernier, est à l’origine de l’introduction de ce bataillon des amazones de la plume et du micro dans les sphères du pouvoir. Catherine Nay, ancienne de chez Giroud, toujours active à un âge que la courtoisie m’interdit de mentionner, le raconte sans détour au journaliste du Monde Xavier Ternisien : « Le journalisme politique français hérite aussi d’une tradition de séduction, lancée à la fin des années 1960 par Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud à L’Express. Le tandem à la tête de l’hebdomadaire avait recruté à dessein de jeunes et jolies femmes pour couvrir la politique. La consigne était de montrer le dessous des choses, la pâte humaine », explique celle qui fut, avec Michèle Cotta[1. Catherine Nay, comme Michèle Cotta une fois leur folle jeunesse passée se sont « rangées » dans un mariage avec un baron du gaullisme pour la première, et une longue liaison publique avec un hiérarque socialiste pour la seconde.], le symbole de ce journalisme féminin glamour.

«  Montrer les dessous»… L’expression est savoureuse par son double sens qui révèle la technique permettant de fournir aux lecteurs des magazines un récit de la politique (on dit aujourd’hui un « storytelling ») susceptible de captiver un lecteur rebuté par le morne et aride compte rendu du quotidien de l’exercice du pouvoir, tel qu’il se pratiquait jusqu’alors dans les journaux réputés sérieux.

Oui, j’ose l’affirmer, au risque de subir les foudres des furies féministes : la plupart des journalistes politiques de sexe féminin couchent à droite et à gauche, au propre comme au figuré.  Celles, très peu nombreuses qui pratiquent la vertu, par choix, et non par la nécessité liée au peu d’attrait de leur physique, n’hésitent pas à en tirer publiquement gloire, en insistant sur les situations scabreuses dont elles ont réussi à se tirer sans dommages…Les autres se taisent, et poursuivent leur quête inlassable du « pillow talk » qui fait saliver des rédacteurs en chef, les mêmes qui vous traineraient devant les tribunaux si vous compariez leur activité à une forme sophistiquée de proxénétisme.

Ces femmes, néanmoins ont leur fierté, allié à un narcissisme qui n’a rien à envier à celui de leurs amants passagers. Un cocktail explosif…

*Photo : REAU ALEXIS/SIPA. 00626342_000021. 

Puteaux : la guerre du genre ne fait que commencer

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En pleine guerre des tranchées de la théorie du genre, alors que la pasionaria des causes féminines a investi l’Education nationale, les fournitures offertes par Puteaux à ses petits écoliers semblent une grenade envoyée contre la forteresse de l’ABCD.

La mairie de la ville avait coutume d’offrir un cartable aux écoliers. Mais cette année, la distribution n’a pas été appréciée par tous. Car, selon les gardes-culottes médiatiques, les autorités de Puteaux ont fait preuve de sexisme volontaire. Il faut avouer que la faute est grave, comme le souligne le propos outré du blog Ladies and Gentlemen, hébergé par France tv : « La distribution de cartables à Puteaux, c’est rose pour les filles et bleu pour les garçons».

Pour ajouter un outrage au scandale, un petit livret girly initiant à la création de bijoux a été glissé dans les poches du sac rose tandis qu’un manuel de fabrication de robot a été joint à la sacoche bleue. L’auteur-e du post, qui défend « l’égalité des sexes au cœur de l’actualité », ne pardonne pas ce pas de travers des autorités locales. « Il y a quelques années, avant que la question des stéréotypes sexistes à l’école ne soit publiquement exprimée et savamment débattue, ça aurait pu être attribué à un défaut de conscience et du maturité de la réflexion sur le sujet des inégalités filles/garçons. En 2014, ça ressemble à une provocation ».

Et c’est reparti pour un tour. Les chiens de garde féministes s’animent et entameront bientôt leur manège habituel, de plateau télé en plateau télé.

Nous ne trancherons certainement pas ici la question passionnante de la fabrication d’identités et des rôles sexués, ni celle du poids relatif dans ce processus de la biologie et de la culture. Mais tendons seulement l’oreille à cette voix qui tente de se faire entendre, celle d’un habitant concerné qui se dit parent d’enfants au cadeau genré. Une internaute a réagi à l’article cité ci-dessus, sous le nom de Romaine : « De la provocation ?? J’habite Puteaux, et non, ce n’est pas de la  provocation, c’est juste conforme aux habitudes. Ce n’est parce qu’une  poignée d’hurluberlus gueulent à propos des « genres » sur internet que les gens normaux vont changer leur manière de vivre et peindre toutes  les chambres d’enfant en gris, histoire de ne pas les différencier. La  provocatrice c’est vous en l’occurrence. Après, si une petite fille décide de construire un robot, et qu’un petit garçon s’amuse à enfiler des perles sur un collier, je ne m’en offusquerai pas le moins du monde, mais arrêtez de vouloir imposer des normes à des gens qui ne vous ont  rien demandé. »

Le mot de cette mère de famille dessine une vérité que l’on a tendance à oublier dans le brouhaha médiatique : le décalage entre les porte-parole d’une politique égalitaire et les premiers intéressés par sa mise en pratique. Par ce billet spontané, cette femme susurre une idée saugrenue : et si les défenseurs des grandes causes commençaient par écouter ceux au nom de qui ils parlent ? Mais ne nous berçons pas d’illusions, cette prière restera très certainement un vœu pieux pour une ministre concentrée sur sa tâche première : dénoncer les réactionnaires !

À droite, rien de nouveau

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On se croirait revenu en 1985. Voilà la droite française prise dans un débat sur la cohabitation. Les pronostics d’une dissolution de l’Assemblée nationale se faisant plus nombreux, voilà que les ténors de l’UMP dissertent sur leur intention d’aller oui ou non gouverner la France en cas de victoire de leur parti à des élections législatives anticipées. Il y a trente ans, c’est l’ancien Premier ministre Raymond Barre qui refusait cette hypothèse, alors que les dirigeants du RPR, Edouard Balladur dans une tribune au Monde, et Jacques Chirac, qui suivait tous les conseils de son ami de vingt ans, la jugeaient inéluctable. Aujourd’hui, c’est François Fillon qui nous explique qu’il ne faudrait pas cohabiter avec François Hollande. Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et d’autres partagent son avis. Fillon fait du Barre en droit constitutionnel comme il en fait en économie. On ne peut pas dire que cela soit davantage judicieux. Qu’on se rappelle de sa célèbre phrase à propos de Nicolas Sarkozy : « [Il] n’est pas mon mentor ». C’était juste. Son mentor, c’était Philippe Séguin, dont il était très proche dans les années quatre-vingts. En 1985 justement, le député-maire d’Epinal publiait un ouvrage[1. Réussir l’alternance, Contre l’esprit de revanche – Robert Laffont.] qui n’a pas perdu de son actualité, au moins sur ce sujet. Qu’écrit-il à propos du débat sur la cohabitation ? C’est limpide, comme du Séguin : « On ne le répétera jamais assez, les choses sont claires : le président de la République a été élu pour sept ans[2. Cinq ans, maintenant, pour les plus distraits.] et nul ne peut contester, avant son terme la légitimité de son mandat. Ajouterais-je qu’on discerne mal comment les élections de 1986 pourraient être gagnées avec un autre discours que celui-là. Imagine-t-on les candidats de l’opposition dire à leurs électeurs potentiels : « votez pour nous et nous croiserons les bras aussi longtemps que le président de la République n’aura pas compris que son devoir est de partir ? » « Votez pour nous et vous pouvez être certains que nous n’assumerons pas nos responsabilités ? » « Votez pour nous et ce sera la crise ! »

Après avoir vécu trois cas de cohabitation, l’une en tant que député de la majorité (86-88), l’une en tant que ministre (93-95) et la dernière comme député de l’opposition (97-2002), François Fillon devrait savoir que le jugement de son mentor ne souffre pas d’exception, les institutions de la Ve République étant ainsi faites[3. Séguin jugeait en revanche, après l’expérience de la première cohabitation, que le gouvernement Chirac aurait dû présenter sa démission lorsque François Mitterrand refusa de signer les ordonnances sur les privatisations.]. Certes, le quinquennat a été voté, réduisant les cas possibles de cohabitation, mais la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale et son corollaire droit de dissolution n’ont pas été supprimés. Pour la supprimer complètement, il aurait fallu éliminer ces deux possibilités, et ainsi transformer notre constitution en régime présidentiel à l’américaine. Tel n’a pas été le cas, même si François Fillon a déjà manifesté son inclination pour cette évolution.

Comme l’expliquait Séguin, les candidats de l’UMP auraient bien du mal à convaincre les électeurs de voter pour eux avec un tel discours si le Président provoquait des élections anticipées.  Cela dit, avec un tel projet, pas besoin de programme, pas besoin de profession de foi. Pratique ! Les concurrents de l’opposition ont d’ailleurs sauté sur l’occasion. Du côté de l’UDI, on explique qu’on irait gouverner en cas de victoire. Et Marine Le Pen a bien entendu embrayé en déclarant que son parti assumerait ses responsabilités en cas de victoire à d’éventuelles élections législatives. Les commentateurs qui se sont moqués d’elle sur le mode « elle prend ses désirs pour des réalités » sont passés à côté de l’essentiel. La présidente du FN sait très bien que son parti n’a aucune chance de remporter la majorité des sièges au Palais-Bourbon.  Elle s’adapte au discours du concurrent. Face à des candidats UMP qui disent ne pas vouloir cohabiter, il est habile de claironner qu’on assumerait de gouverner. « Votez pour nous, puisque l’UMP ne veut pas redresser la France en cas de cohabitation », tel est le message que Marine Le Pen vient d’envoyer aux électeurs. Si l’UMP disait accepter la cohabitation, on pourrait presque parier que la présidente du FN fustigerait l’UMPS et le « gouvernement du pareil au même ». A tous les coups elle gagne, c’est ainsi. Mais ce contexte, c’est l’UMP et le PS qui le lui offrent sur un plateau.

De toute évidence, puisque les analyses de Philippe Séguin restent valables et que la pression du FN sera forte, les candidats de l’UMP devront adopter un autre discours que celui que tiennent François Fillon et Xavier Bertrand aujourd’hui. Et ils feront campagne dans l’objectif de gouverner. C’est le calendrier qui décidera. Si les frondeurs du PS vont au bout de leur logique et que la dissolution intervient dans quelques semaines, l’UMP n’a pas de chef incontesté. On imagine assez bien que Juppé serait en pole position pour Matignon. Si elle intervenait plutôt début 2015, c’est le président de l’UMP nouvellement élu qui serait appelé. Cohabitation Hollande-Sarkozy ? Ça promet…

Immigration : les enfants du désespoir?

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sans papiers espagne usa

On sait depuis longtemps que l’Espagne, véritable « porte » vers l’Europe, est une terre d’immigration pour les pays d’Afrique, notamment à travers ses deux enclaves au milieu au nord du Maroc : Melilla et Ceuta. Afin de mieux contrôler les flux migratoires, au début des années 2000, les autorités espagnoles ont doté ces deux territoires de murs pouvant aller jusqu’à six mètres de haut, adoptant également une panoplie de mesures de contrôle et de sécurité. Ces précautions n’empêchent pas un nombre croissant de mineurs de tenter la traversée vers l’Espagne, souvent au péril de leur vie. Avec un zeste de cynisme, les adultes estiment qu’envoyer un adolescent, un enfant ou même un nouveau-né maximise leur chance de gagner l’Europe. C’est le cas de Fatima. Cette petite fille de onze mois née d’une mère sénégalaise et d’un père gambien a ému les médias espagnols. Confiée à des étrangers pour traverser la Méditerranée à bord d’une embarcation de fortune vers l’Espagne, Fatima a été récupérée vivante mais grelottante. Devant une histoire aussi attendrissante, qui aurait pu virer à la tragédie, les médias ibériques n’ont pas résisté à la tentation d’évoquer une « Moïse des temps modernes ».

Fatima n’est pas seule. Elle incarne un phénomène en plein essor, notamment aux Etats-Unis où certains États comme le Texas ou la Floride accueillent un nombre croissant  de clandestins mineurs. Depuis octobre 2013, ils sont en effet 47 000, la plupart originaire du Honduras et du Mexique, à risquer leur vie pour passer aux USA en traitant avec des réseaux mafieux qui contrôlent les passages illégaux à la frontière. Et, selon la presse américaine, ce chiffre devrait doubler d’ici à la fin de l’année.

À l’origine de ce phénomène, on trouve une disposition légale : le programme Daca (Deferred Action for Childhood Arrival) qui permet aux clandestins de moins de 16 ans de bénéficier d’un permis de séjour temporaire et d’un permis de travail pouvant aller jusqu’à deux ans. L’idée n’est pas forcement mauvaise : considérer les enfants et les adolescents comme une catégorie spécifique paraît logique. Mais les détracteurs de cette loi – et puisqu’elle a été votée par les Démocrates à l’initiative d’Obama, il s’agit bien souvent de Républicains –  soulignent son effet pervers : l’incitation des jeunes les plus vaillants à fuir leur pays d’origine.

Pour un adulte, tenter de traverser la frontière sud des Etats-Unis représente un risque aussi coûteux que dangereux. Au lieu de prendre un risque inconsidéré, il est plus raisonnable d’envoyer un mineur (plus difficilement expulsable) pour préparer le terrain à sa propre émigration. Une fois installé dans son pays d’adoption, l’enfant multipliera les manœuvres pour rassembler sa famille en s’appuyant sur les procédures de regroupement familial. Et puisque l’immigration est souvent un projet bâti à plusieurs plutôt qu’une aventure individuelle, ce type de raisonnement fait florès.

Dans un pays dont la population latino ne cesse de croître, ces questions sont hautement sensibles et  éminemment politiques. Ainsi, les adversaires d’Obama dénoncent une mesure démagogique destinée à séduire les communautés hispaniques largement acquises à la cause du candidat démocrate (à hauteur de 70%) lors de l’élection présidentielle.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : en matière d’immigration, les Etats-Unis paraissant annoncer l’avenir de l’Europe. Malgré tous les efforts déployés par les Américains pour cadenasser la frontière mexicaine, l’immigration illégale semble impossible à enrayer. A des milliers de kilomètres du Texas, l’arrivée de Fatima en Espagne confirme l’exportation sur le vieux continent de la stratégie d’immigration des mineurs.  L’histoire de la petite Fatima a fait basculer du côté de l’émotion le débat sur l’immigration. Rien que de très naturel : quel homme de cœur pourrait reconduire à la frontière un bébé de onze mois ? Malheureusement, il est fort probable que le débat en reste là…

On ne chôme pas chez François Rebsamen!

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francois rebsamen chomage

« Puisque nous commençons à sortir de la crise, il va falloir faire des contrôles – je suis désolé de le dire mais je le pense – plus précis et plus exigeants pour les chômeurs qui bénéficient d’allocations et qui refuseraient des offres d’emploi disponibles ». Ça, vous voyez, c’est Nicolas Sarkozy en avril 2011. C’était un siècle obscur où un président de la République avait pris comme conseiller un maurrassien à magnétophone qui lui expliquait la différence entre pays légal et pays réel et où désigner une fraction de la population à la majorité des Français (rom, jeune des banlieues, immigré clandestin, fonctionnaire ou chômeur, justement) était devenu une méthode de gouvernement.

Heureusement, le 6 mai 2012, nous sommes passés de l’ombre à la lumière comme avait dit Jack Lang trente ans avant. François Hollande, c’était le retour de la gauche, autant dire du bonheur et la promesse de jours avec du pain et des fleurs. Et puis, le 2 septembre 2014, on lit ça : « Je demande à @pole_emploi de renforcer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi » C’est un tweet de François Rebsamen.  François Rebsamen est ministre du Travail de Manuel Valls. François Rebsamen a, paraît-il, une carte du Parti socialiste. Si ça se trouve, mais comme je n’ai pas envie de le connaître et encore moins aujourd’hui, François Rebsamen a un portrait de Jaurès dans son bureau. Si ça se trouve, François Rebsamen lui-même est persuadé qu’il y a une différence fondamentale entre sa démagogie et celle de Nicolas Sarkozy, trois ans plus tôt. J’en vois effectivement une. En 2011, on twittait moins systématiquement.

Quand Hollande est arrivé au pouvoir, et qu’il a fait le plein des voix de gauche, une bonne partie de ses électeurs a voté pour lui, et c’est le moins qu’on puisse dire, sans le moindre enthousiasme. Il s’agissait surtout de tourner la page Sarkozy. Il ferait bien d’y réfléchir, d’ailleurs,  Sarkozy qui veut si fortement revenir : les électeurs n’ont pas tant voté pour François Hollande que contre lui. Ils auraient élu à peu près n’importe qui, les gens, en 2012, pour ne plus le voir. Mais les électeurs sont tellement habitués à la bipolarisation induite par la Cinquième République qu’ils votent à gauche quand ils trouvent que la droite n’est pas assez à droite et à droite quand ils trouvent que la gauche n’est pas assez à gauche. C’est la mécanique de l’absurdité qui verrouille absolument toute espoir de voir non pas une alternance –qui n’existe plus- mais une alternative.

Bref, dans les faits, le vote Hollande, c’était sans illusions. Pour se forcer à aller au second tour en 2012, l’électeur de gauche pensa à Sarkozy en se disant « Au moins, je n’aurai plus à entendre des déclarations de ce genre sur les chômeurs. Au moins, il y aura un style différent et dans un pays comme la France, on sait depuis Buffon que le style, c’est l’homme. » Hollande n’allait rien révolutionner du tout, il allait continuer la politique d’adaptation de la France aux exigences du marché mondialisé mais au moins, ce serait un peu plus doux aux pauvres, aux sans-grades, aux humiliés et aux offensés.

Eh bien même sur ce plan-là, il se trompait, l’électeur de gauche. On l’a bien enfumé avec quelques amusettes sociétales comme le mariage pour tous mais l’avènement du gouvernement Valls II lui a enfin dessillé les yeux et ce n’est pas la nomination de Najat Valaud-Belkacem à l’Education Nationale, mise là comme un chiffon rouge pour énerver la droite dure, qui va ressouder la gauche devant le social-libéralisme assumé. On peut même, avec la sortie de Rebsamen sur les chômeurs, se dire que l’on a franchi une étape. Faire une déclaration d’amour à l’entreprise comme Valls au Medef en oubliant qu’une entreprise c’est aussi les salariés, est une chose. Déclarer la guerre au monde du travail comme l’a fait Rebsamen en est une autre. Qu’est-ce qu’il veut nous faire croire Rebsamen ? Que la fraude sociale est d’un montant supérieur aux aides accordées sans contrepartie au patronat ? Vraiment ? Que le chômage n’est pas pour l’immense majorité des chômeurs un drame dévastateur, la fin d’une existence normale ? Que nous ne sommes pas dans un monde, un pays, une époque où des chômeurs s’immolent par le feu devant des bureaux de Pôle Emploi

Imaginons un instant un tweet d’un ministre socialiste qui demanderait « une contrepartie » aux patrons en échange des aides généreusement accordées, qui demande même un « renforcement des contrôles », voire « des sanctions ».  Oui, ce sont les mots de Rebsamen. Ce ministre-là, au rythme où vont les purges dans les palais gouvernementaux,  ne le resterait plus très longtemps.

On dit que François Rebsamen se rêvait à l’Intérieur. C’est sans doute pour cela qu’il a lancé cet appel au flicage. Mais ce qui est intéressant, c’est ce qu’il révèle de sa psychologie qui est aussi celle de tout ce gouvernement. Il ne se vit pas, de fait, comme ministre du Travail mais comme ministre du Chômage.

Et accessoirement, il fait émerger au sein du noyau dur  et riquiqui des petits soldats du vallsisme une nouvelle tendance encore plus dure et espérons-le encore plus riquiqui. Après le social-libéralisme, voici le social-poujadisme. Il faut juste rappeler à Rebsamen, que le Poujade en question, qui en voulait tellement aux parasites, n’est pas son illustre prédécesseur à la mairie de Dijon  qui se prénommait Robert, mais Pierre, le papetier de Saint-Céré.

*Photo :  WITT/SIPA. 00687491_000027. 

Valérie Trierweiler : En ce moment, Hollande ne lui dit pas merci

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Amateurs de croustillant, j’espère que vous vous êtes levés dès potron-minet ce matin. Pas pour les croissants, ou disons-pas seulement, mais pour vous procurer l’exemplaire du jour de Paris-Match avant dévalisage de votre maison de la presse.

Eh oui, c’est en effet à son employeur historique Paris-Match que Valérie Trierweiler a réservé les bonnes feuilles de son ouvrage Merci pour ce moment à paraître demain jeudi aux Editions les Arènes.

Au cas où vous feriez chou blanc chez votre marchand de journaux, ou –comme chez moi- s’il n’y en n’a plus depuis belle lurette dans un rayon de 150 kilomètres, sachez que Match relate notamment les circonstances de la longue et douloureuse séparation entre le préz’ et la First Girlfriend . Mais aussi de la réaction de Hollande lors de l’inculpation de DSK, ou encore de la fameuse affaire du tweet soutenant la candidature dissidente de Falorni contre l’infâme Ségolène. Le numérique revient d’ailleurs souvent dans les affaires supposées du couple, puisque selon Valérie, après leur rupture, François a tout fait pour la reconquérir, allant jusqu’à lui envoyer « 29 SMS par jour ».

Pourvu que le président ait souscrit un forfait textos illimités et que ce n’est pas nous qu’on paye. Sinon, j’espère que Médiapart veille !

PS : Libération nous apprend que les plus proches collaborateurs du chef de l’Etat, interrogé sur les éventuelles révélations de Val,  affirment tomber de l’armoire : «Nous n’étions pas au courant et donc, par définition, nous n’avons pas lu ce livre». Au cas – fort peu probable – où ce mensonge n’en serait pas un, je suggère à François Rebsamen et à Emmanuel Macron de sanctionner, plutôt que les faux chômeurs du privé, les faux travailleurs incrustés dans l’appareil d’Etat.

Rentrée : l’adieu aux activités périscolaires

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Il est 8h35, la directrice, une brune entre 40 et 50 ans, s’adresse aux écoliers, debout sur un petit perron : « Les enfants, vous retournez dans la classe où vous étiez l’année dernière. » Ce mardi de rentrée, dans l’étroite rue Paul Bert, à Aubervilliers, parents et élèves se disent au revoir, sur le trottoir. Les Cours préparatoires (CP), pour qui tout cela est nouveau, iront, eux, en classe accompagnés de leur papa, de leur maman, ou des deux réunis. Les écoles élémentaires Jean Jaurès et Jules Guesde, séparées par un mur, telles des figures symétriques, forment un seul et unique groupe scolaire, que complète l’école maternelle Paul Bert. L’ensemble accueille quelque 600 élèves. Paul Bert, contemporain de Jules Ferry, donna son nom à l’ouvrage, qui, à l’origine, avait sa partie « filles » et sa partie « garçons ». Ouvert en 1889, ajouré en son carré intérieur de grandes fenêtres aux croisillons peints en bleu, le bâtiment construit en pierres est partout de plain-pied et renferme des cours plantées de platanes. C’est dans ce décor de vieux scénarios, qui n’est pas sans évoquer Diabolo Menthe de Diane Kurys, que se joue une histoire très actuelle, a priori bien peu cinématographique : la réforme des rythmes scolaires.

La mairie Front de gauche n’a pas reconduit en cette rentrée 2014-2015 les activités périscolaires, introduites il y a un an par l’ancienne majorité socialiste et qui, faute de moyens, pour ainsi dire faute de tout, s’étaient achevées en fiasco dès leur lancement. En l’espèce, cette expérience éducative exacerba une précarité sociale qu’elle était censée combattre. « C’était une réforme qui devait permettre un égal accès à la culture et aux sports, aux enfants de s’épanouir, or, dans la réalité, ce ne fut pas le cas », regrette Grégory, journaliste à L’Huma, père de trois enfants, dont l’un fait ses premiers pas à « Jean Jaurès ». Si les murs ici sont solides, la matière humaine, elle, est fragile. Pour l’essentiel, issue de l’immigration, ancienne et récente, mais, surtout, modeste, pauvre, en partie sans travail, parlant un français parfois hésitant quand il ne fait pas totalement défaut.

Exit les activités périscolaires, mais application des nouveaux rythmes, soit quatre jours et demi d’enseignement, le mercredi après-midi étant congé. Grégory en prend son parti mais il préférait l’époque, qu’il a connue, où tout le mercredi était congé et marquait une coupure dans la semaine, les écoliers ayant cours le samedi matin. « Les centres de loisirs programmaient des activités sur un mercredi entier, des sorties en forêt par exemple, et davantage de temps pouvait être consacré à la préparation du spectacle de fin d’année », se souvient le jeune père. « C’est beaucoup plus difficile de faire tout cela sur des demi-journées », estime-t-il.

Dans le nouveau dispositif, le centre de loisirs Anne Sylvestre, véritable bouée de sauvetage située en face du groupe scolaire Paul Bert, garde tout son attrait. Beaucoup d’enfants, et parmi eux ceux qu’on appelle les « orphelins de 16 heures », y passeront leurs mercredis après-midi et la période « creuse » comprise entre la fin des cours, à 15h45, et 18h30. L’an dernier, se rappelle une salariée du centre, « ils étaient une soixantaine », qui bénéficiaient là, notamment, d’un soutien scolaire.

La gardienne de « Jean Jaurès » et « Jules Guesde » trouve que les nouveaux horaires, « c’est mieux ». « Avant, avec les activités périscolaires, il y avait beaucoup de mouvements, il fallait surveiller entrées, sorties, entrées, sorties », dit-elle, s’accordant une pause cigarette, contrariée par d’incessantes sollicitations, y répondant volontiers. « C’était stressant, pour les enfants, j’entends. Après la fin des cours de la matinée, à 11h30, ils mangeaient puis patientaient dans la cour de 13 heures jusqu’au moment où débutaient les activités périscolaires, à 14h30, qui duraient jusqu’à 16 heures. Après c’était le centre (de loisirs, NDLR) qui prenait le relais. Les animateurs chargés des activités périscolaires venaient chercher les enfants dans la cour. Des fois, des intervenants culturels ne venaient pas. Moi, j’avais ma petite-fille à l’école. Au lieu de la laisser dans la cour à attendre, je la prenais avec moi dans la loge. »

L. est une jeune mère d’un pays actuellement en guerre contre un autre Etat. Elle est arrivée en France grâce à un visa Schengen. Mais son séjour est illégal et elle se demande si elle va pouvoir rester sur le sol français. Son mari travaille dans le bâtiment, au noir. Elle espère pouvoir faire venir en France son frère, qui aura bientôt 18 ans et qui éviterait ainsi d’être envoyé au combat, une perspective qu’elle redoute. Mardi, elle accompagnait sa fille qui rentre en CP. « Dans mon pays, les écoliers sont tous bien habillés pour la rentrée des classes, les filles portent des jupes, c’est pas comme ici », observe-t-elle, pensive.

« L’heure indiquée n’a pas été respectée », fulmine Suzana, qui pensait que la rentrée de sa petite-fille Nina en CP avait lieu à 8h35, l’heure fixée pour les plus grands. « Je n’ai pas été prévenue que c’était à 9h30, aucun courrier, rien. Je vais devoir retarder mon départ pour Bruxelles. J’ai une société dans le bâtiment. Mon fils, que vous voyez, est associé. En tout, ça fait huit salariés. 9h30 le début des cours des CP : comment on fait ? Nous, on va se débrouiller, mais ceux qui ne peuvent pas ? Et qu’est-ce que j’apprends encore ? Pas de cantine pour les CP jusqu’à jeudi ?  Je suis d’origine serbe, même chez nous, c’est mieux organisé. En France c’est la cour des miracles. »

La grand-mère encore jeune, née en 1967 en France de parents arrivés de Serbie en 1965, en a contre l’Etat, qui ponctionne trop avec « une TVA à 20% pour des travaux neufs, à 10% pour des rénovations » ; contre la concurrence de travailleurs au noir égyptiens, roumains, pakistanais et bulgares qui font payer les travaux de peinture « 3 euros le mètre carré au lieu de 25 » ; contre les « infirmières roumaines » en milieu hospitalier qui sont payées « 900 euros le mois » et cassent les salaires ; contre cette maîtresse d’école « musulmane » qui avait pris une semaine de congé pour la circoncision de son fils, « comme si elle n’avait pas pu prévoir ça pendant ses vacances » ; contre, enfin, les étrangers qui « ne parlent pas la langue (française, ndlr) ». Deux petites filles, une Noire et une métisse, sautent au cou de Nina et l’embrassent, toutes trois heureuses des retrouvailles après les années passées ensemble en maternelle. Suzana, si remontée jusqu’alors, entame une conversation des plus amicales avec la mère d’une des camarades de Nina. Et voilà maintenant qu’elle parle en serbo-croate à sa petite-fille, « pour qu’elle n’oublie pas les origines ». Suzana a-t-elle un faible pour le Front national ? Même pas, à l’entendre, ou alors elle n’en dit rien. « On ne sait plus pour qui voter », se désole-t-elle.

Smail, qui a des enfants inscrits à « Jean Jaurès », dont l’un, un garçon, entrait mardi en CP, et l’autre, une fille, en CE2, résume d’une formule la situation de l’école et de la France en général : « On s’emmerde pour changer, et quand ça change, on s’emmerde pour ne pas changer. » Puis, sur la réforme de activités périscolaires : « À Aubervilliers, l’ancien maire a voulu faire plaisir au gouvernement, il ne pensait pas aux élèves, déplore-t-il. La seule chose qui m’intéresse, c’est un programme, un plan d’éducation, or il n’y rien de cela. Je ne me fais pas de souci pour ma fille, elle travaille très bien à l’école, je pense aux autres enfants. » Un brin dépité, Smail shoote dans deux mouchoirs en papier, qui apparaissent jonchant le sol après que la foule des parents et des élèves s’est dispersée : « C’est dégueulasse », soupire-t-il. L’homme, gérant-restaurateur, sourire revenu, demande au moment de quitter les lieux qu’on lui souhaite bonne chance pour l’ouverture prochaine d’un restaurant dans le 12e arrondissement de Paris, « cuisine traditionnelle française, gratins et tout ça ».

David, Clément, Hélène-Emilie… Autant de prénoms si parfaitement français et qui, sur les listes des élèves placardées aux entrées de « Jules Guesde » et « Jean Jaurès », complètent des noms de famille manifestement chinois. Illustration de la fameuse intégration à la chinoise… Gaël, un professeur, a une petite Chinoise dans sa classe. « Elle ne parle pas le français, dit-il. Il y a plusieurs cas comme elle dans l’école, et pour eux, il y a un encadrement spécial, une classe CLIN (Classe d’initiation pour non-francophones, NDLR). » Le groupe scolaire de la rue Paul Bert compte un afflux de Chinois depuis quelques années. Cela est lié à l’ouverture, à Aubervilliers, par des immigrés chinois, d’une sorte de zone économique qui paraît-il marche fort bien, ce qui ne va pas sans créer des tensions.

Dans la cour de récréation, sous les platanes, point (encore) de tensions, mais les rires des enfants qui jouent à chat.

 *Photo : DR.

Ukraine : une guerre «humanitaire»?

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Les groupies du Kremlin savent depuis longtemps que leur tsar est ceinture noir de judo. Elles ne seront donc pas surprises devant le dernier ippon du maître de toutes les Russies. Mais en Europe et en Amérique, la stupéfaction est totale. Jusque-là c’était simple: Poutine est un ogre nationaliste, une brute sanguinaire au visage blême et terrifiant. Assez facile de mobiliser contre lui.

Expert en intox et en désinformation, Poutine a donc pris les armes de Bernard Kouchner, un sac de riz sur les épaules, pour prendre à contre-pied BHL et ses acolytes: il a demandé à la Croix-Rouge de l’aider à faire face à l’urgence humanitaire. Quel spectacle de voir tous ces camions immaculés, bloqués à la frontière ukrainienne! Une fois que les télévisions furent prises à témoin de l’insupportable blocage humanitaire, quel double scandale que cette frontière et ces camions arrêtés à la douane! Au passage, Poutine envoyait un tout autre signal à sa propre opinion publique : un Russe ne recule devant rien pour sauver les siens.

Ancien officier du KGB, Vladimir Poutine a en effet bien analysé le point faible de son adversaire. Il n’est pas dans l’incurie de ses divisions blindées ni dans sa disette budgétaire. Non, c’est bien au cœur de son opinion publique qu’il faut frapper. Lui poser la question fatale: payer pour Donetsk?

La “guerre humanitaire” si bien conceptualisée par l’ancien ministre des indignations étrangères de Nicolas Sarkozy, a été littéralement retournée par les Russes. Après avoir appelé au sacro-saint “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes” en Crimée, Poutine peut dans le Donbass invoquer un moyen tout aussi efficace de faire douter les masses démocratiques: “la responsabilité de protéger”. Devant le siège de Donetsk, on se serait cru, à front renversé, quelques années plus tôt à Sarajevo, lorsque les chars de Milosevic ceinturaient la capitale bosniaque. N’est-il donc pas du devoir moral de Poutine d’aller sauver ces victimes de la barbarie?

Maître de la communication, à l’égal de ses rivaux occidentaux, Poutine, à la suite de Staline ( lui aussi génial manipulateur) appelle à la grande guerre patriotique antifasciste! De quoi clouer le bec à nos petits reporters parisiens. Il fallait les voir filmer des grands-mères en pleurs, sous les bombes de Kiev, à crier leur haine comme des antifas. Il ne manquait qu’André Glucksmann sur le plateau pour réclamer l’arrêt du massacre ukrainien et le secours des réfugiés russes. Les commentateurs avaient beau hurler à la supercherie, les téléspectateurs regardent les camions blancs et des civils en pleurs. Les paroles s’envolent, les images restent…

Angela Merkel a annoncé en représailles 500 millions pour reconstruire Donetsk et montrer qu’elle aussi vient à la rescousse des russophones bombardés. Mais sa riposte humanitaire entérine le fait que l’agresseur est ukrainien et les victimes russes. Et c’est ainsi que Poutine gagne la bataille de l’opinion. Plus personne ne bougera face à l’incursion de ses chars venus désencercler le Donbass.

Faire la guerre à la guerre humanitaire? Pour les opinions d’Obama, Cameron et Hollande, la situation en Irak est beaucoup plus intelligible, alors on ne va pas en rajouter avec l’Ukraine. Quant à Merkel, elle n’a que ses euromarks pour rassurer les Baltes et les Slaves…pas de quoi arrêter un T90 de l’armée russe,  ni d’ailleurs le chômage des Polonais.

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP20946970_000002. 

Burning Man : Woodstock pour tous?

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burningman festival feu

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La programmation ne met en tête d’affiche ni Stromae ni le retour des Rolling Stones. Sur place, seul un confort ultra-minimaliste est de rigueur pour les « burners » qui devront se débrouiller pour vivre. Côté commerce, il faudra se contenter des quelques stands de glaces et de boissons chaudes. Aucune opulence pour ce festival. Vos douces nuits dépendront donc de la qualité de votre tente. Exit le shampooing : la douche est à prendre soigneusement avant son départ. Pourtant, les 70 000  places disponibles sont parties en 44 minutes. Encore plus impressionnant quand on sait qu’il y a vingt-huit ans, ils n’étaient que 20 participants.

Perdu au beau milieu du désert, on comprend rapidement que ce n’est ni le luxe ni le confort qui attire les participants des quatre coins de la planète (y compris de la France) mais ce qu’on peut appeler « une expérience ». Pendant une semaine, le désert du Nevada voit naître en son antre une cité dénommée la Black Rock City. Elle devient alors le spectacle d’œuvres d’arts monstrueusement grandes, de véhicules « mutants » et de personnes parfois à moitié nus (et à bicyclette). Le fondateur, Larry Harvey aime à rappeler que l’idée est née sur une plage de San Francisco autour d’un bûcher. Derrière ce décor très Woodstock, le Burning Man représente le moment idéal pour se détacher de tous les diktats des sociétés consuméristes.

Comme pour rappeler que rien ne dure, tout sera joyeusement détruit, c’est le moment ou le Burning Man prend littéralement son sens. Cette année, « l’homme qui brûle » mesurait près de 22 mètres de haut et fut construit par Matt Shultz, le chanteur du groupe de rock Cage the Elephant. Selon plusieurs témoignages, cette cérémonie se fait dans un silence d’église et représente le grand moment spirituel de la semaine. Donner sans rien attendre en retour. S’entraider. Partager. On pourrait presque croire que l’on fait référence à des enseignements bibliques.

Des Européens et des Américains, avides d’événements nouveaux et à la recherche d’émotions fortes, y ont trouvé quelque chose alliant l’art de vie « roots » avec celui de la liberté. En fait, il n’existe pas de règlement à respecter, ce sont seulement dix commandements qui régissent le quotidien des participants parmi lesquels apparaissent la décommercialisation, l’expression de soi ou le don. Loin de tout et au milieu de rien, on vit dans une sorte de monde à l’envers. Ce qui est vraisemblablement l’un des secrets du succès  de cet évènement improbable.  Ces « Burners » comme ils sont appelés, sont avant tout venus pour vivre le temps d’une semaine une vie de Robinson Crusoé des temps modernes. Avec l’art en plus. Devenir « Burner » pour empêcher un « burn out » ?

Une échappatoire structurée. Certes, on est sur « la terre de la liberté », comme le proclame l’hymne national des Etats-Unis mais cette liberté a besoin de ses espaces propres – au même titre que l’ordre a besoin de désordre – à condition qu’il soit bien rangé ! Voilà qui n’est pas sans rappeler l’idée du film American Nightmare. Si le scénario laisse à revoir, son réalisateur James DeMonaco propose une idée assez puissante: pendant une nuit, l’humanité est en droit d’assouvir toutes ses pulsions lors de la « Purge Annuelle ». Crimes et meurtres sont autorisés. Un moyen de rétablir le calme le restant de l’année. Une critique de la société contemporaine américaine. Avec un peu d’imagination, on n’est pas si loin des préceptes du Burning Man. Vider son énergie, s’éloigner de tout ce qui façonne notre quotidien pour revenir rassasié de liberté.

Au regard de l’histoire, le Burning Man n’a pas grand chose d’original sinon sa forme. De tout temps l’homme fut possédé par ce besoin irrésistible de s’affranchir des règles de la société sans toutefois les remettre en cause. C’est justement à cela que sert le Carnaval ! Un événement qui remonte à l’Antiquité et qui représente le moment où l’on peut chambouler les rôles d’une société aux ordres bien établis. Être quelqu’un d’autre pendant un temps bien défini. Une négation ouverte et partagée de la société où l’on peut être qui l’on veut : homme, femme, maître, esclave, ivre, ridicule. A l’époque de l’ancienne Babylone, on choisissait par exemple un condamné à mort afin qu’il devienne roi pendant 5 jours avant de se faire soigneusement exécuter. Être ce que la société ne nous permet pas. Les masques de Venise, la Samba de Rio et désormais le Burning Man remontent en fin de compte à un désir inhérent à l’être humain : celui d’oublier le poids des conventions en vivant l’expérience de s’émanciper de qui l’on est, sans pour autant oublier qu’il s’agit d’une sorte de « recrée ». Le Burning Man propose aujourd’hui de « sortir » d’une société consumériste, compétitive et individualiste pour devenir un hippie (mais sans prendre trop de risque). En somme c’est la différence entre prendre des vacances et démissionner de son travail pour faire le tour du monde.

Or, le marché est aussi rusé que la raison. Ainsi, en moins de trente ans d’existence, cette échappatoire à la société de consommation est en train de devenir un produit de consommation. Certains « Burners » ne se sont donc pas contentés de boîtes de conserves et d’un briquet. Autrement dit, une rébellion s’est si bien transformée en « rebellitude » que même les milliardaires de Facebook et Google peuvent y participer sans que cela pose problème. C’est le cas de Mark Zuckerberg, présent cette année et n’ayant pas pour ambition de dormir dans une tente et de manger du boulghour. Il est donc arrivé (en avion privé) avec une caravane de luxe et un cuisinier prêt à lui concocter un tartare de viande. On est bien loin du précepte de non-consommation et d’anticapitalisme qui fonde ce festival hippie. Vivre une expérience nouvelle fera bientôt partie d’un programme que les tours opérateurs s’empresseront de vendre. Le Burning Man reprendrait-il le chemin du Carnaval du Brésil ? Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est parti pour ! Dès lors que cela fonctionne, le profit n’est jamais loin. Vivre la démarchandisation a un prix.

* photo : Andy Barron/AP/SIPA.AP21616903_000001

L’Europe complètement à l’Ouest…

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otan tusk ue

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C’est dans l’indifférence la plus totale que les citoyens européens ont découvert, au bout d’un couloir bruxellois, leur nouveau “président”, accompagné de son nouveau chef de la diplomatie. Déjà, à l’occasion de la nomination d’Herman van Rompuy et de Catherine Ashton, l’apparition de ces inconnus avait suscité une moue dubitative du public. Les quolibets sur leur charisme et leur cursus avaient tristement alimenté la haine de Bruxelles et de ses technocrates.  Il faut croire que des leçons du passé ont été tirées, le casting a été un peu plus soigné cette fois-ci. Le polonais Donald Tusk ne manque pas de caractère et la belle italienne Federica Mogherini fera oublier la peu ragoûtante Lady Ashton.

Mais l’essentiel n’est pas là. Une fois de plus, les susceptibilités nationales et politiciennes ont pris le pas sur la compétence supposée des candidats. Un libéral de droite contre une progressiste de gauche, un homme du nord pour une femme du sud. Résultat, on se retrouve avec un président du conseil européen qui ne parle ni l’anglais ni le français, les deux principales langues de travail à Bruxelles (signe des temps, il parle l’allemand et le russe). Et Donald Tusk va présider le conseil de la zone euro sans que la Pologne n’en fasse partie. Un comble pour la souveraineté monétaire de pays qui souffrent de la rigueur déflationniste décidée à Francfort. La nouvelle haute représentante de l’UE, sans préjuger de son expérience à 41 ans, était depuis quelques semaines à la tête de la diplomatie italienne. Il reste à espérer que Matteo Renzi n’ait pas souhaité exfiltrer Mogherini comme Hollande l’a fait avec Moscovici…

Sans doute faut-il relativiser le poids de ces nominations. Mais les profils euro-atlantistes choisis ne feront pas beaucoup avancer la cause de l’Europe-puissance souhaitée par la France. Qui a pu croire une seconde que Federica Mogherini était pro-Poutine? Elle a été vice présidente de la fondation Italie-Etats-Unis. Elle va succéder à Catherine Ashton qui depuis 5 ans est à l’unisson des préoccupations anglo-saxonnes. Envoyé avec succès comme sherpa à Téhéran et à Belgrade, elle a en revanche traîné la patte pour engager l’Europe en soutien de la France en Afrique. Pas question de concurrencer l’OTAN sur les questions de défense. Quant à Van Rompuy, il n’a pas fait d’ombre à Barroso, une gageure, et il s’est contenté du rôle dévolu autrefois au secrétaire général du conseil européen, Pierre de Boissieu.

Le plus grave, c’est que les chefs d’Etat, en cherchant des profils politiques qui ne leur fassent pas d’ombre, risquent de reporter la lumière, non pas sur eux, mais sur le président de la commission, le redoutable et expérimenté Jean-Claude Juncker, l’homme fort d’Angela Merkel. Donald Tusk a, depuis de nombreuses années, donné des gages de fidélité à Berlin, et d’après Jean Quatremer, la chancelière a obtenu que Federica Mogherini soit bordée par un secrétaire général du SEAE allemand, en remplacement d’un autre français, Pierre Vimont, l’actuel numéro deux de la diplomatie européenne. Autant dire que tout est verrouillé.

Jean-Claude Juncker, Martin Schulz et Angela Merkel peuvent souffler, ils continueront d’ incarner l’Europe, l’Europe allemande bien sûr. Hollande lui n’a pas à rougir; réussir à recaser Moscovici à  un poste économique n’était pas gagné d’avance…  tant pis pour la croissance et la défense européennes.

*Photo : U.S. Department of State.

Hollande/ Trierweiler : les risques du métier

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hollande trierweiler giroud

hollande trierweiler giroud

François Hollande ne reçoit aujourd’hui que ce qu’il mérite, avec le brûlot publié à grand fracas par son ex-compagne Valérie Trierweiler : lorsqu’on se conduit comme un butor, il ne faut pas s’étonner de subir de plein fouet les effets de la plus terrible des haines, celle qui anime les amantes publiquement bafouées. De son maître François Mitterrand, il a appris quelques ficelles permettant la navigation dans les eaux périlleuses de la politique sommitale, mais il a négligé de respecter, comme son mentor savait si bien le faire, les règles de la  bienséance en matière de libertinage. Séduire, coucher, quitter, l’ordinaire affectif et sexuel des hommes de pouvoir, cela peut valoir de pénibles désagréments à ceux qui transgressent  les bonnes manières de la bagatelle. Rompre élégamment est un art tout d’exécution, qui exclut la fuite honteuse comme la brutalité, pour parvenir, dans les meilleurs des cas, à transformer vos « ex » en un groupe soudé d’admiratrices inconditionnelles.

Ceux qui ne se sentent pas capable de mener ces jeux subtils préfèrent souvent s’abstenir de chercher l’aventure dans le monde des femmes qui virevoltent autour des lieux de pouvoir : journalistes, actrices, intellectuelles, dont la perversité potentielle est décuplée par la surface sociale et éditoriale dont elles bénéficient. Après tout, le bunga-bunga de Silvio Berlusconi, comme jadis la fréquentation assidue des demi-mondaines par Clemenceau et Edouard Herriot, relevaient d’une saine prudence : les professionnelles ne se risquent pas à des coups tordus pouvant mettre en péril leur réputation commerciale…

Aujourd’hui, l’opprobre qui frappe les usagers de la prostitution de luxe contraint les hommes politiques à rechercher dans leur entourage immédiat les « femmes honnêtes » disposées à leur dispenser les trésors de sensualité et de tendresse nécessaires à leur survie dans le monde brutal de la politique : collaboratrices et surtout journalistes politiques, une profession où la présence de femmes, souvent jeunes et bien faites,  s’est considérablement accrue au cours du dernier demi-siècle.

Les historiens de la presse considèrent que Françoise Giroud, directrice de la rédaction de L’Express au début des année soixante du siècle dernier, est à l’origine de l’introduction de ce bataillon des amazones de la plume et du micro dans les sphères du pouvoir. Catherine Nay, ancienne de chez Giroud, toujours active à un âge que la courtoisie m’interdit de mentionner, le raconte sans détour au journaliste du Monde Xavier Ternisien : « Le journalisme politique français hérite aussi d’une tradition de séduction, lancée à la fin des années 1960 par Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud à L’Express. Le tandem à la tête de l’hebdomadaire avait recruté à dessein de jeunes et jolies femmes pour couvrir la politique. La consigne était de montrer le dessous des choses, la pâte humaine », explique celle qui fut, avec Michèle Cotta[1. Catherine Nay, comme Michèle Cotta une fois leur folle jeunesse passée se sont « rangées » dans un mariage avec un baron du gaullisme pour la première, et une longue liaison publique avec un hiérarque socialiste pour la seconde.], le symbole de ce journalisme féminin glamour.

«  Montrer les dessous»… L’expression est savoureuse par son double sens qui révèle la technique permettant de fournir aux lecteurs des magazines un récit de la politique (on dit aujourd’hui un « storytelling ») susceptible de captiver un lecteur rebuté par le morne et aride compte rendu du quotidien de l’exercice du pouvoir, tel qu’il se pratiquait jusqu’alors dans les journaux réputés sérieux.

Oui, j’ose l’affirmer, au risque de subir les foudres des furies féministes : la plupart des journalistes politiques de sexe féminin couchent à droite et à gauche, au propre comme au figuré.  Celles, très peu nombreuses qui pratiquent la vertu, par choix, et non par la nécessité liée au peu d’attrait de leur physique, n’hésitent pas à en tirer publiquement gloire, en insistant sur les situations scabreuses dont elles ont réussi à se tirer sans dommages…Les autres se taisent, et poursuivent leur quête inlassable du « pillow talk » qui fait saliver des rédacteurs en chef, les mêmes qui vous traineraient devant les tribunaux si vous compariez leur activité à une forme sophistiquée de proxénétisme.

Ces femmes, néanmoins ont leur fierté, allié à un narcissisme qui n’a rien à envier à celui de leurs amants passagers. Un cocktail explosif…

*Photo : REAU ALEXIS/SIPA. 00626342_000021. 

Puteaux : la guerre du genre ne fait que commencer

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En pleine guerre des tranchées de la théorie du genre, alors que la pasionaria des causes féminines a investi l’Education nationale, les fournitures offertes par Puteaux à ses petits écoliers semblent une grenade envoyée contre la forteresse de l’ABCD.

La mairie de la ville avait coutume d’offrir un cartable aux écoliers. Mais cette année, la distribution n’a pas été appréciée par tous. Car, selon les gardes-culottes médiatiques, les autorités de Puteaux ont fait preuve de sexisme volontaire. Il faut avouer que la faute est grave, comme le souligne le propos outré du blog Ladies and Gentlemen, hébergé par France tv : « La distribution de cartables à Puteaux, c’est rose pour les filles et bleu pour les garçons».

Pour ajouter un outrage au scandale, un petit livret girly initiant à la création de bijoux a été glissé dans les poches du sac rose tandis qu’un manuel de fabrication de robot a été joint à la sacoche bleue. L’auteur-e du post, qui défend « l’égalité des sexes au cœur de l’actualité », ne pardonne pas ce pas de travers des autorités locales. « Il y a quelques années, avant que la question des stéréotypes sexistes à l’école ne soit publiquement exprimée et savamment débattue, ça aurait pu être attribué à un défaut de conscience et du maturité de la réflexion sur le sujet des inégalités filles/garçons. En 2014, ça ressemble à une provocation ».

Et c’est reparti pour un tour. Les chiens de garde féministes s’animent et entameront bientôt leur manège habituel, de plateau télé en plateau télé.

Nous ne trancherons certainement pas ici la question passionnante de la fabrication d’identités et des rôles sexués, ni celle du poids relatif dans ce processus de la biologie et de la culture. Mais tendons seulement l’oreille à cette voix qui tente de se faire entendre, celle d’un habitant concerné qui se dit parent d’enfants au cadeau genré. Une internaute a réagi à l’article cité ci-dessus, sous le nom de Romaine : « De la provocation ?? J’habite Puteaux, et non, ce n’est pas de la  provocation, c’est juste conforme aux habitudes. Ce n’est parce qu’une  poignée d’hurluberlus gueulent à propos des « genres » sur internet que les gens normaux vont changer leur manière de vivre et peindre toutes  les chambres d’enfant en gris, histoire de ne pas les différencier. La  provocatrice c’est vous en l’occurrence. Après, si une petite fille décide de construire un robot, et qu’un petit garçon s’amuse à enfiler des perles sur un collier, je ne m’en offusquerai pas le moins du monde, mais arrêtez de vouloir imposer des normes à des gens qui ne vous ont  rien demandé. »

Le mot de cette mère de famille dessine une vérité que l’on a tendance à oublier dans le brouhaha médiatique : le décalage entre les porte-parole d’une politique égalitaire et les premiers intéressés par sa mise en pratique. Par ce billet spontané, cette femme susurre une idée saugrenue : et si les défenseurs des grandes causes commençaient par écouter ceux au nom de qui ils parlent ? Mais ne nous berçons pas d’illusions, cette prière restera très certainement un vœu pieux pour une ministre concentrée sur sa tâche première : dénoncer les réactionnaires !

À droite, rien de nouveau

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hollande sarkozy ump ps

hollande sarkozy ump ps

On se croirait revenu en 1985. Voilà la droite française prise dans un débat sur la cohabitation. Les pronostics d’une dissolution de l’Assemblée nationale se faisant plus nombreux, voilà que les ténors de l’UMP dissertent sur leur intention d’aller oui ou non gouverner la France en cas de victoire de leur parti à des élections législatives anticipées. Il y a trente ans, c’est l’ancien Premier ministre Raymond Barre qui refusait cette hypothèse, alors que les dirigeants du RPR, Edouard Balladur dans une tribune au Monde, et Jacques Chirac, qui suivait tous les conseils de son ami de vingt ans, la jugeaient inéluctable. Aujourd’hui, c’est François Fillon qui nous explique qu’il ne faudrait pas cohabiter avec François Hollande. Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et d’autres partagent son avis. Fillon fait du Barre en droit constitutionnel comme il en fait en économie. On ne peut pas dire que cela soit davantage judicieux. Qu’on se rappelle de sa célèbre phrase à propos de Nicolas Sarkozy : « [Il] n’est pas mon mentor ». C’était juste. Son mentor, c’était Philippe Séguin, dont il était très proche dans les années quatre-vingts. En 1985 justement, le député-maire d’Epinal publiait un ouvrage[1. Réussir l’alternance, Contre l’esprit de revanche – Robert Laffont.] qui n’a pas perdu de son actualité, au moins sur ce sujet. Qu’écrit-il à propos du débat sur la cohabitation ? C’est limpide, comme du Séguin : « On ne le répétera jamais assez, les choses sont claires : le président de la République a été élu pour sept ans[2. Cinq ans, maintenant, pour les plus distraits.] et nul ne peut contester, avant son terme la légitimité de son mandat. Ajouterais-je qu’on discerne mal comment les élections de 1986 pourraient être gagnées avec un autre discours que celui-là. Imagine-t-on les candidats de l’opposition dire à leurs électeurs potentiels : « votez pour nous et nous croiserons les bras aussi longtemps que le président de la République n’aura pas compris que son devoir est de partir ? » « Votez pour nous et vous pouvez être certains que nous n’assumerons pas nos responsabilités ? » « Votez pour nous et ce sera la crise ! »

Après avoir vécu trois cas de cohabitation, l’une en tant que député de la majorité (86-88), l’une en tant que ministre (93-95) et la dernière comme député de l’opposition (97-2002), François Fillon devrait savoir que le jugement de son mentor ne souffre pas d’exception, les institutions de la Ve République étant ainsi faites[3. Séguin jugeait en revanche, après l’expérience de la première cohabitation, que le gouvernement Chirac aurait dû présenter sa démission lorsque François Mitterrand refusa de signer les ordonnances sur les privatisations.]. Certes, le quinquennat a été voté, réduisant les cas possibles de cohabitation, mais la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale et son corollaire droit de dissolution n’ont pas été supprimés. Pour la supprimer complètement, il aurait fallu éliminer ces deux possibilités, et ainsi transformer notre constitution en régime présidentiel à l’américaine. Tel n’a pas été le cas, même si François Fillon a déjà manifesté son inclination pour cette évolution.

Comme l’expliquait Séguin, les candidats de l’UMP auraient bien du mal à convaincre les électeurs de voter pour eux avec un tel discours si le Président provoquait des élections anticipées.  Cela dit, avec un tel projet, pas besoin de programme, pas besoin de profession de foi. Pratique ! Les concurrents de l’opposition ont d’ailleurs sauté sur l’occasion. Du côté de l’UDI, on explique qu’on irait gouverner en cas de victoire. Et Marine Le Pen a bien entendu embrayé en déclarant que son parti assumerait ses responsabilités en cas de victoire à d’éventuelles élections législatives. Les commentateurs qui se sont moqués d’elle sur le mode « elle prend ses désirs pour des réalités » sont passés à côté de l’essentiel. La présidente du FN sait très bien que son parti n’a aucune chance de remporter la majorité des sièges au Palais-Bourbon.  Elle s’adapte au discours du concurrent. Face à des candidats UMP qui disent ne pas vouloir cohabiter, il est habile de claironner qu’on assumerait de gouverner. « Votez pour nous, puisque l’UMP ne veut pas redresser la France en cas de cohabitation », tel est le message que Marine Le Pen vient d’envoyer aux électeurs. Si l’UMP disait accepter la cohabitation, on pourrait presque parier que la présidente du FN fustigerait l’UMPS et le « gouvernement du pareil au même ». A tous les coups elle gagne, c’est ainsi. Mais ce contexte, c’est l’UMP et le PS qui le lui offrent sur un plateau.

De toute évidence, puisque les analyses de Philippe Séguin restent valables et que la pression du FN sera forte, les candidats de l’UMP devront adopter un autre discours que celui que tiennent François Fillon et Xavier Bertrand aujourd’hui. Et ils feront campagne dans l’objectif de gouverner. C’est le calendrier qui décidera. Si les frondeurs du PS vont au bout de leur logique et que la dissolution intervient dans quelques semaines, l’UMP n’a pas de chef incontesté. On imagine assez bien que Juppé serait en pole position pour Matignon. Si elle intervenait plutôt début 2015, c’est le président de l’UMP nouvellement élu qui serait appelé. Cohabitation Hollande-Sarkozy ? Ça promet…

Immigration : les enfants du désespoir?

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sans papiers espagne usa

sans papiers espagne usa

On sait depuis longtemps que l’Espagne, véritable « porte » vers l’Europe, est une terre d’immigration pour les pays d’Afrique, notamment à travers ses deux enclaves au milieu au nord du Maroc : Melilla et Ceuta. Afin de mieux contrôler les flux migratoires, au début des années 2000, les autorités espagnoles ont doté ces deux territoires de murs pouvant aller jusqu’à six mètres de haut, adoptant également une panoplie de mesures de contrôle et de sécurité. Ces précautions n’empêchent pas un nombre croissant de mineurs de tenter la traversée vers l’Espagne, souvent au péril de leur vie. Avec un zeste de cynisme, les adultes estiment qu’envoyer un adolescent, un enfant ou même un nouveau-né maximise leur chance de gagner l’Europe. C’est le cas de Fatima. Cette petite fille de onze mois née d’une mère sénégalaise et d’un père gambien a ému les médias espagnols. Confiée à des étrangers pour traverser la Méditerranée à bord d’une embarcation de fortune vers l’Espagne, Fatima a été récupérée vivante mais grelottante. Devant une histoire aussi attendrissante, qui aurait pu virer à la tragédie, les médias ibériques n’ont pas résisté à la tentation d’évoquer une « Moïse des temps modernes ».

Fatima n’est pas seule. Elle incarne un phénomène en plein essor, notamment aux Etats-Unis où certains États comme le Texas ou la Floride accueillent un nombre croissant  de clandestins mineurs. Depuis octobre 2013, ils sont en effet 47 000, la plupart originaire du Honduras et du Mexique, à risquer leur vie pour passer aux USA en traitant avec des réseaux mafieux qui contrôlent les passages illégaux à la frontière. Et, selon la presse américaine, ce chiffre devrait doubler d’ici à la fin de l’année.

À l’origine de ce phénomène, on trouve une disposition légale : le programme Daca (Deferred Action for Childhood Arrival) qui permet aux clandestins de moins de 16 ans de bénéficier d’un permis de séjour temporaire et d’un permis de travail pouvant aller jusqu’à deux ans. L’idée n’est pas forcement mauvaise : considérer les enfants et les adolescents comme une catégorie spécifique paraît logique. Mais les détracteurs de cette loi – et puisqu’elle a été votée par les Démocrates à l’initiative d’Obama, il s’agit bien souvent de Républicains –  soulignent son effet pervers : l’incitation des jeunes les plus vaillants à fuir leur pays d’origine.

Pour un adulte, tenter de traverser la frontière sud des Etats-Unis représente un risque aussi coûteux que dangereux. Au lieu de prendre un risque inconsidéré, il est plus raisonnable d’envoyer un mineur (plus difficilement expulsable) pour préparer le terrain à sa propre émigration. Une fois installé dans son pays d’adoption, l’enfant multipliera les manœuvres pour rassembler sa famille en s’appuyant sur les procédures de regroupement familial. Et puisque l’immigration est souvent un projet bâti à plusieurs plutôt qu’une aventure individuelle, ce type de raisonnement fait florès.

Dans un pays dont la population latino ne cesse de croître, ces questions sont hautement sensibles et  éminemment politiques. Ainsi, les adversaires d’Obama dénoncent une mesure démagogique destinée à séduire les communautés hispaniques largement acquises à la cause du candidat démocrate (à hauteur de 70%) lors de l’élection présidentielle.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : en matière d’immigration, les Etats-Unis paraissant annoncer l’avenir de l’Europe. Malgré tous les efforts déployés par les Américains pour cadenasser la frontière mexicaine, l’immigration illégale semble impossible à enrayer. A des milliers de kilomètres du Texas, l’arrivée de Fatima en Espagne confirme l’exportation sur le vieux continent de la stratégie d’immigration des mineurs.  L’histoire de la petite Fatima a fait basculer du côté de l’émotion le débat sur l’immigration. Rien que de très naturel : quel homme de cœur pourrait reconduire à la frontière un bébé de onze mois ? Malheureusement, il est fort probable que le débat en reste là…

On ne chôme pas chez François Rebsamen!

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francois rebsamen chomage

francois rebsamen chomage

« Puisque nous commençons à sortir de la crise, il va falloir faire des contrôles – je suis désolé de le dire mais je le pense – plus précis et plus exigeants pour les chômeurs qui bénéficient d’allocations et qui refuseraient des offres d’emploi disponibles ». Ça, vous voyez, c’est Nicolas Sarkozy en avril 2011. C’était un siècle obscur où un président de la République avait pris comme conseiller un maurrassien à magnétophone qui lui expliquait la différence entre pays légal et pays réel et où désigner une fraction de la population à la majorité des Français (rom, jeune des banlieues, immigré clandestin, fonctionnaire ou chômeur, justement) était devenu une méthode de gouvernement.

Heureusement, le 6 mai 2012, nous sommes passés de l’ombre à la lumière comme avait dit Jack Lang trente ans avant. François Hollande, c’était le retour de la gauche, autant dire du bonheur et la promesse de jours avec du pain et des fleurs. Et puis, le 2 septembre 2014, on lit ça : « Je demande à @pole_emploi de renforcer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi » C’est un tweet de François Rebsamen.  François Rebsamen est ministre du Travail de Manuel Valls. François Rebsamen a, paraît-il, une carte du Parti socialiste. Si ça se trouve, mais comme je n’ai pas envie de le connaître et encore moins aujourd’hui, François Rebsamen a un portrait de Jaurès dans son bureau. Si ça se trouve, François Rebsamen lui-même est persuadé qu’il y a une différence fondamentale entre sa démagogie et celle de Nicolas Sarkozy, trois ans plus tôt. J’en vois effectivement une. En 2011, on twittait moins systématiquement.

Quand Hollande est arrivé au pouvoir, et qu’il a fait le plein des voix de gauche, une bonne partie de ses électeurs a voté pour lui, et c’est le moins qu’on puisse dire, sans le moindre enthousiasme. Il s’agissait surtout de tourner la page Sarkozy. Il ferait bien d’y réfléchir, d’ailleurs,  Sarkozy qui veut si fortement revenir : les électeurs n’ont pas tant voté pour François Hollande que contre lui. Ils auraient élu à peu près n’importe qui, les gens, en 2012, pour ne plus le voir. Mais les électeurs sont tellement habitués à la bipolarisation induite par la Cinquième République qu’ils votent à gauche quand ils trouvent que la droite n’est pas assez à droite et à droite quand ils trouvent que la gauche n’est pas assez à gauche. C’est la mécanique de l’absurdité qui verrouille absolument toute espoir de voir non pas une alternance –qui n’existe plus- mais une alternative.

Bref, dans les faits, le vote Hollande, c’était sans illusions. Pour se forcer à aller au second tour en 2012, l’électeur de gauche pensa à Sarkozy en se disant « Au moins, je n’aurai plus à entendre des déclarations de ce genre sur les chômeurs. Au moins, il y aura un style différent et dans un pays comme la France, on sait depuis Buffon que le style, c’est l’homme. » Hollande n’allait rien révolutionner du tout, il allait continuer la politique d’adaptation de la France aux exigences du marché mondialisé mais au moins, ce serait un peu plus doux aux pauvres, aux sans-grades, aux humiliés et aux offensés.

Eh bien même sur ce plan-là, il se trompait, l’électeur de gauche. On l’a bien enfumé avec quelques amusettes sociétales comme le mariage pour tous mais l’avènement du gouvernement Valls II lui a enfin dessillé les yeux et ce n’est pas la nomination de Najat Valaud-Belkacem à l’Education Nationale, mise là comme un chiffon rouge pour énerver la droite dure, qui va ressouder la gauche devant le social-libéralisme assumé. On peut même, avec la sortie de Rebsamen sur les chômeurs, se dire que l’on a franchi une étape. Faire une déclaration d’amour à l’entreprise comme Valls au Medef en oubliant qu’une entreprise c’est aussi les salariés, est une chose. Déclarer la guerre au monde du travail comme l’a fait Rebsamen en est une autre. Qu’est-ce qu’il veut nous faire croire Rebsamen ? Que la fraude sociale est d’un montant supérieur aux aides accordées sans contrepartie au patronat ? Vraiment ? Que le chômage n’est pas pour l’immense majorité des chômeurs un drame dévastateur, la fin d’une existence normale ? Que nous ne sommes pas dans un monde, un pays, une époque où des chômeurs s’immolent par le feu devant des bureaux de Pôle Emploi

Imaginons un instant un tweet d’un ministre socialiste qui demanderait « une contrepartie » aux patrons en échange des aides généreusement accordées, qui demande même un « renforcement des contrôles », voire « des sanctions ».  Oui, ce sont les mots de Rebsamen. Ce ministre-là, au rythme où vont les purges dans les palais gouvernementaux,  ne le resterait plus très longtemps.

On dit que François Rebsamen se rêvait à l’Intérieur. C’est sans doute pour cela qu’il a lancé cet appel au flicage. Mais ce qui est intéressant, c’est ce qu’il révèle de sa psychologie qui est aussi celle de tout ce gouvernement. Il ne se vit pas, de fait, comme ministre du Travail mais comme ministre du Chômage.

Et accessoirement, il fait émerger au sein du noyau dur  et riquiqui des petits soldats du vallsisme une nouvelle tendance encore plus dure et espérons-le encore plus riquiqui. Après le social-libéralisme, voici le social-poujadisme. Il faut juste rappeler à Rebsamen, que le Poujade en question, qui en voulait tellement aux parasites, n’est pas son illustre prédécesseur à la mairie de Dijon  qui se prénommait Robert, mais Pierre, le papetier de Saint-Céré.

*Photo :  WITT/SIPA. 00687491_000027. 

Valérie Trierweiler : En ce moment, Hollande ne lui dit pas merci

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Amateurs de croustillant, j’espère que vous vous êtes levés dès potron-minet ce matin. Pas pour les croissants, ou disons-pas seulement, mais pour vous procurer l’exemplaire du jour de Paris-Match avant dévalisage de votre maison de la presse.

Eh oui, c’est en effet à son employeur historique Paris-Match que Valérie Trierweiler a réservé les bonnes feuilles de son ouvrage Merci pour ce moment à paraître demain jeudi aux Editions les Arènes.

Au cas où vous feriez chou blanc chez votre marchand de journaux, ou –comme chez moi- s’il n’y en n’a plus depuis belle lurette dans un rayon de 150 kilomètres, sachez que Match relate notamment les circonstances de la longue et douloureuse séparation entre le préz’ et la First Girlfriend . Mais aussi de la réaction de Hollande lors de l’inculpation de DSK, ou encore de la fameuse affaire du tweet soutenant la candidature dissidente de Falorni contre l’infâme Ségolène. Le numérique revient d’ailleurs souvent dans les affaires supposées du couple, puisque selon Valérie, après leur rupture, François a tout fait pour la reconquérir, allant jusqu’à lui envoyer « 29 SMS par jour ».

Pourvu que le président ait souscrit un forfait textos illimités et que ce n’est pas nous qu’on paye. Sinon, j’espère que Médiapart veille !

PS : Libération nous apprend que les plus proches collaborateurs du chef de l’Etat, interrogé sur les éventuelles révélations de Val,  affirment tomber de l’armoire : «Nous n’étions pas au courant et donc, par définition, nous n’avons pas lu ce livre». Au cas – fort peu probable – où ce mensonge n’en serait pas un, je suggère à François Rebsamen et à Emmanuel Macron de sanctionner, plutôt que les faux chômeurs du privé, les faux travailleurs incrustés dans l’appareil d’Etat.

Rentrée : l’adieu aux activités périscolaires

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ecole auvervilliers najat

ecole auvervilliers najat

Il est 8h35, la directrice, une brune entre 40 et 50 ans, s’adresse aux écoliers, debout sur un petit perron : « Les enfants, vous retournez dans la classe où vous étiez l’année dernière. » Ce mardi de rentrée, dans l’étroite rue Paul Bert, à Aubervilliers, parents et élèves se disent au revoir, sur le trottoir. Les Cours préparatoires (CP), pour qui tout cela est nouveau, iront, eux, en classe accompagnés de leur papa, de leur maman, ou des deux réunis. Les écoles élémentaires Jean Jaurès et Jules Guesde, séparées par un mur, telles des figures symétriques, forment un seul et unique groupe scolaire, que complète l’école maternelle Paul Bert. L’ensemble accueille quelque 600 élèves. Paul Bert, contemporain de Jules Ferry, donna son nom à l’ouvrage, qui, à l’origine, avait sa partie « filles » et sa partie « garçons ». Ouvert en 1889, ajouré en son carré intérieur de grandes fenêtres aux croisillons peints en bleu, le bâtiment construit en pierres est partout de plain-pied et renferme des cours plantées de platanes. C’est dans ce décor de vieux scénarios, qui n’est pas sans évoquer Diabolo Menthe de Diane Kurys, que se joue une histoire très actuelle, a priori bien peu cinématographique : la réforme des rythmes scolaires.

La mairie Front de gauche n’a pas reconduit en cette rentrée 2014-2015 les activités périscolaires, introduites il y a un an par l’ancienne majorité socialiste et qui, faute de moyens, pour ainsi dire faute de tout, s’étaient achevées en fiasco dès leur lancement. En l’espèce, cette expérience éducative exacerba une précarité sociale qu’elle était censée combattre. « C’était une réforme qui devait permettre un égal accès à la culture et aux sports, aux enfants de s’épanouir, or, dans la réalité, ce ne fut pas le cas », regrette Grégory, journaliste à L’Huma, père de trois enfants, dont l’un fait ses premiers pas à « Jean Jaurès ». Si les murs ici sont solides, la matière humaine, elle, est fragile. Pour l’essentiel, issue de l’immigration, ancienne et récente, mais, surtout, modeste, pauvre, en partie sans travail, parlant un français parfois hésitant quand il ne fait pas totalement défaut.

Exit les activités périscolaires, mais application des nouveaux rythmes, soit quatre jours et demi d’enseignement, le mercredi après-midi étant congé. Grégory en prend son parti mais il préférait l’époque, qu’il a connue, où tout le mercredi était congé et marquait une coupure dans la semaine, les écoliers ayant cours le samedi matin. « Les centres de loisirs programmaient des activités sur un mercredi entier, des sorties en forêt par exemple, et davantage de temps pouvait être consacré à la préparation du spectacle de fin d’année », se souvient le jeune père. « C’est beaucoup plus difficile de faire tout cela sur des demi-journées », estime-t-il.

Dans le nouveau dispositif, le centre de loisirs Anne Sylvestre, véritable bouée de sauvetage située en face du groupe scolaire Paul Bert, garde tout son attrait. Beaucoup d’enfants, et parmi eux ceux qu’on appelle les « orphelins de 16 heures », y passeront leurs mercredis après-midi et la période « creuse » comprise entre la fin des cours, à 15h45, et 18h30. L’an dernier, se rappelle une salariée du centre, « ils étaient une soixantaine », qui bénéficiaient là, notamment, d’un soutien scolaire.

La gardienne de « Jean Jaurès » et « Jules Guesde » trouve que les nouveaux horaires, « c’est mieux ». « Avant, avec les activités périscolaires, il y avait beaucoup de mouvements, il fallait surveiller entrées, sorties, entrées, sorties », dit-elle, s’accordant une pause cigarette, contrariée par d’incessantes sollicitations, y répondant volontiers. « C’était stressant, pour les enfants, j’entends. Après la fin des cours de la matinée, à 11h30, ils mangeaient puis patientaient dans la cour de 13 heures jusqu’au moment où débutaient les activités périscolaires, à 14h30, qui duraient jusqu’à 16 heures. Après c’était le centre (de loisirs, NDLR) qui prenait le relais. Les animateurs chargés des activités périscolaires venaient chercher les enfants dans la cour. Des fois, des intervenants culturels ne venaient pas. Moi, j’avais ma petite-fille à l’école. Au lieu de la laisser dans la cour à attendre, je la prenais avec moi dans la loge. »

L. est une jeune mère d’un pays actuellement en guerre contre un autre Etat. Elle est arrivée en France grâce à un visa Schengen. Mais son séjour est illégal et elle se demande si elle va pouvoir rester sur le sol français. Son mari travaille dans le bâtiment, au noir. Elle espère pouvoir faire venir en France son frère, qui aura bientôt 18 ans et qui éviterait ainsi d’être envoyé au combat, une perspective qu’elle redoute. Mardi, elle accompagnait sa fille qui rentre en CP. « Dans mon pays, les écoliers sont tous bien habillés pour la rentrée des classes, les filles portent des jupes, c’est pas comme ici », observe-t-elle, pensive.

« L’heure indiquée n’a pas été respectée », fulmine Suzana, qui pensait que la rentrée de sa petite-fille Nina en CP avait lieu à 8h35, l’heure fixée pour les plus grands. « Je n’ai pas été prévenue que c’était à 9h30, aucun courrier, rien. Je vais devoir retarder mon départ pour Bruxelles. J’ai une société dans le bâtiment. Mon fils, que vous voyez, est associé. En tout, ça fait huit salariés. 9h30 le début des cours des CP : comment on fait ? Nous, on va se débrouiller, mais ceux qui ne peuvent pas ? Et qu’est-ce que j’apprends encore ? Pas de cantine pour les CP jusqu’à jeudi ?  Je suis d’origine serbe, même chez nous, c’est mieux organisé. En France c’est la cour des miracles. »

La grand-mère encore jeune, née en 1967 en France de parents arrivés de Serbie en 1965, en a contre l’Etat, qui ponctionne trop avec « une TVA à 20% pour des travaux neufs, à 10% pour des rénovations » ; contre la concurrence de travailleurs au noir égyptiens, roumains, pakistanais et bulgares qui font payer les travaux de peinture « 3 euros le mètre carré au lieu de 25 » ; contre les « infirmières roumaines » en milieu hospitalier qui sont payées « 900 euros le mois » et cassent les salaires ; contre cette maîtresse d’école « musulmane » qui avait pris une semaine de congé pour la circoncision de son fils, « comme si elle n’avait pas pu prévoir ça pendant ses vacances » ; contre, enfin, les étrangers qui « ne parlent pas la langue (française, ndlr) ». Deux petites filles, une Noire et une métisse, sautent au cou de Nina et l’embrassent, toutes trois heureuses des retrouvailles après les années passées ensemble en maternelle. Suzana, si remontée jusqu’alors, entame une conversation des plus amicales avec la mère d’une des camarades de Nina. Et voilà maintenant qu’elle parle en serbo-croate à sa petite-fille, « pour qu’elle n’oublie pas les origines ». Suzana a-t-elle un faible pour le Front national ? Même pas, à l’entendre, ou alors elle n’en dit rien. « On ne sait plus pour qui voter », se désole-t-elle.

Smail, qui a des enfants inscrits à « Jean Jaurès », dont l’un, un garçon, entrait mardi en CP, et l’autre, une fille, en CE2, résume d’une formule la situation de l’école et de la France en général : « On s’emmerde pour changer, et quand ça change, on s’emmerde pour ne pas changer. » Puis, sur la réforme de activités périscolaires : « À Aubervilliers, l’ancien maire a voulu faire plaisir au gouvernement, il ne pensait pas aux élèves, déplore-t-il. La seule chose qui m’intéresse, c’est un programme, un plan d’éducation, or il n’y rien de cela. Je ne me fais pas de souci pour ma fille, elle travaille très bien à l’école, je pense aux autres enfants. » Un brin dépité, Smail shoote dans deux mouchoirs en papier, qui apparaissent jonchant le sol après que la foule des parents et des élèves s’est dispersée : « C’est dégueulasse », soupire-t-il. L’homme, gérant-restaurateur, sourire revenu, demande au moment de quitter les lieux qu’on lui souhaite bonne chance pour l’ouverture prochaine d’un restaurant dans le 12e arrondissement de Paris, « cuisine traditionnelle française, gratins et tout ça ».

David, Clément, Hélène-Emilie… Autant de prénoms si parfaitement français et qui, sur les listes des élèves placardées aux entrées de « Jules Guesde » et « Jean Jaurès », complètent des noms de famille manifestement chinois. Illustration de la fameuse intégration à la chinoise… Gaël, un professeur, a une petite Chinoise dans sa classe. « Elle ne parle pas le français, dit-il. Il y a plusieurs cas comme elle dans l’école, et pour eux, il y a un encadrement spécial, une classe CLIN (Classe d’initiation pour non-francophones, NDLR). » Le groupe scolaire de la rue Paul Bert compte un afflux de Chinois depuis quelques années. Cela est lié à l’ouverture, à Aubervilliers, par des immigrés chinois, d’une sorte de zone économique qui paraît-il marche fort bien, ce qui ne va pas sans créer des tensions.

Dans la cour de récréation, sous les platanes, point (encore) de tensions, mais les rires des enfants qui jouent à chat.

 *Photo : DR.

Ukraine : une guerre «humanitaire»?

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russie poutine ukraine sarkozy

russie poutine ukraine sarkozy

Les groupies du Kremlin savent depuis longtemps que leur tsar est ceinture noir de judo. Elles ne seront donc pas surprises devant le dernier ippon du maître de toutes les Russies. Mais en Europe et en Amérique, la stupéfaction est totale. Jusque-là c’était simple: Poutine est un ogre nationaliste, une brute sanguinaire au visage blême et terrifiant. Assez facile de mobiliser contre lui.

Expert en intox et en désinformation, Poutine a donc pris les armes de Bernard Kouchner, un sac de riz sur les épaules, pour prendre à contre-pied BHL et ses acolytes: il a demandé à la Croix-Rouge de l’aider à faire face à l’urgence humanitaire. Quel spectacle de voir tous ces camions immaculés, bloqués à la frontière ukrainienne! Une fois que les télévisions furent prises à témoin de l’insupportable blocage humanitaire, quel double scandale que cette frontière et ces camions arrêtés à la douane! Au passage, Poutine envoyait un tout autre signal à sa propre opinion publique : un Russe ne recule devant rien pour sauver les siens.

Ancien officier du KGB, Vladimir Poutine a en effet bien analysé le point faible de son adversaire. Il n’est pas dans l’incurie de ses divisions blindées ni dans sa disette budgétaire. Non, c’est bien au cœur de son opinion publique qu’il faut frapper. Lui poser la question fatale: payer pour Donetsk?

La “guerre humanitaire” si bien conceptualisée par l’ancien ministre des indignations étrangères de Nicolas Sarkozy, a été littéralement retournée par les Russes. Après avoir appelé au sacro-saint “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes” en Crimée, Poutine peut dans le Donbass invoquer un moyen tout aussi efficace de faire douter les masses démocratiques: “la responsabilité de protéger”. Devant le siège de Donetsk, on se serait cru, à front renversé, quelques années plus tôt à Sarajevo, lorsque les chars de Milosevic ceinturaient la capitale bosniaque. N’est-il donc pas du devoir moral de Poutine d’aller sauver ces victimes de la barbarie?

Maître de la communication, à l’égal de ses rivaux occidentaux, Poutine, à la suite de Staline ( lui aussi génial manipulateur) appelle à la grande guerre patriotique antifasciste! De quoi clouer le bec à nos petits reporters parisiens. Il fallait les voir filmer des grands-mères en pleurs, sous les bombes de Kiev, à crier leur haine comme des antifas. Il ne manquait qu’André Glucksmann sur le plateau pour réclamer l’arrêt du massacre ukrainien et le secours des réfugiés russes. Les commentateurs avaient beau hurler à la supercherie, les téléspectateurs regardent les camions blancs et des civils en pleurs. Les paroles s’envolent, les images restent…

Angela Merkel a annoncé en représailles 500 millions pour reconstruire Donetsk et montrer qu’elle aussi vient à la rescousse des russophones bombardés. Mais sa riposte humanitaire entérine le fait que l’agresseur est ukrainien et les victimes russes. Et c’est ainsi que Poutine gagne la bataille de l’opinion. Plus personne ne bougera face à l’incursion de ses chars venus désencercler le Donbass.

Faire la guerre à la guerre humanitaire? Pour les opinions d’Obama, Cameron et Hollande, la situation en Irak est beaucoup plus intelligible, alors on ne va pas en rajouter avec l’Ukraine. Quant à Merkel, elle n’a que ses euromarks pour rassurer les Baltes et les Slaves…pas de quoi arrêter un T90 de l’armée russe,  ni d’ailleurs le chômage des Polonais.

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP20946970_000002.