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Reconnaitre aujourd’hui «l’État palestinien» est au moins une grave erreur, au pire une ignominie

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Paix au Proche-Orient : la France fait diplomatiquement fausse route. Sur les 193 pays membres de l’ONU, 146 reconnaissent déjà officiellement l’État palestinien.


Dans une interview diffusée le 9 avril, le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de faire reconnaitre par la France « l’État palestinien ». À la suite de plusieurs États européens, la France en ferait l’annonce en juin prochain, parce que, a-t-il dit, « je pense qu’à un moment donné ce sera juste et parce que je veux aussi participer à une dynamique collective, qui doit permettre aussi à tous ceux qui défendent la Palestine de reconnaître à leur tour Israël, ce que plusieurs d’entre eux ne font pas ». Autrement dit, la reconnaissance dudit « État de Palestine », un État non existant dont la création effective est refusée avec constance depuis 1948 par ses représentants auto-proclamés, permettrait la reconnaissance par tous, d’un État légitime et existant depuis cette même date, à savoir l’État d’Israël. On peine à suivre ce raisonnement triplement erroné.

Une posture

Tout d’abord, parce que la reconnaissance d’un État non existant, aux frontières non définies et sans institutions établies, est objectivement une absurdité. Une telle pétition de principe ne peut donc que relever de la posture politique. Les différents États qui ont déjà adopté cette prise de position sont en effet d’une part des pays qui ne reconnaissent pas la légitimé de l’État d’Israël comme la Corée du nord ou Cuba, et des pays musulmans (à l’exception de la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc), d’autre part des pays comme certains en Europe ou en Amérique latine, qui l’ont fait au nom du soutien à « la solution à deux États ». Dans les deux cas, la reconnaissance de l’État palestinien virtuel procède d’une critique à l’égard d’Israël : critique radicale, visant à la disparition de l’État juif sur sa terre et à l’édification d’un État arabe palestinien, d’une « Palestine du Jourdain à la Méditerranée », ou critique conjoncturelle soupçonnant Israël de refuser la création d’un État palestinien, voire l’accusant de visée génocidaire à l’égard du « peuple palestinien ».

A lire aussi, Guillaume Erner: «Je n’ai pas vu venir ce qui nous arrive »

Or, l’Histoire récente du Moyen-Orient a montré que la reconnaissance d’Israël par les pays arabes n’était pas conditionnée par la reconnaissance abstraite de la part d’Israël d’un État palestinien virtuel. C’est au contraire la mise à l’écart de la question palestinienne, en privilégiant les dimensions sécuritaires et économiques, qui a permis la normalisation progressive des relations entre Israël et certains pays arabes. Un des motifs évoqués (sinon invoqués) du lancement des attaques génocidaires du 7-Octobre lancées par le Hamas en territoire israélien, est d’ailleurs précisément la relégation de la question palestinienne dans l’agenda géopolitique de la région.

Le Hamas n’attend que ça

Plus que jamais après le 7-Octobre 2023, et alors que le Hamas détient toujours des otages, reconnaitre un État palestinien, est donc non pas seulement une erreur stratégique mais également une faute morale confinant à l’ignominieux. Cette reconnaissance symbolique d’un État non existant serait aujourd’hui accorder une légitimité et pire une absolution, au Hamas, à ses soutiens et à ses admirateurs. Aussi, l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, a-t-il déclaré à la suite des propos du président français : « Parler de la création d’un État palestinien, aujourd’hui, quand la guerre continue et avant d’avoir créé les conditions qui pourraient mener à la paix, cela fait exactement l’inverse ».

Les Israéliens croient de moins en moins à un État palestinien à leurs frontières

Il s’agirait en effet d’analyser pourquoi ladite « solution à deux États » portée par le passé notamment par le Mouvement La Paix Maintenant et les partis de gauche israélienne, est aujourd’hui largement discréditée en Israël. Un sondage réalisé trois semaines après les attaques a ainsi révélé que 28,6 % des Israéliens juifs étaient en faveur d’une solution à deux États, contre 37,5 % un mois plus tôt, selon le sondage Peace Index de l’université de Tel Aviv.[1] D’ailleurs, le 17 janvier 2024, le chef du Hamas à l’étranger, Khaled Meshaal, n’a-t-il pas déclaré : « Nous rejetons l’idée d’une solution à deux États. Notre objectif est clair : un État palestinien du fleuve à la mer, du nord au sud. Le 7 octobre a renouvelé le rêve et l’espoir[2]» [de cette Palestine] ?

A lire ensuite, Gil Mihaely: Nétanyahou : ni juges ni Hamas

Mais le reflux de la crédibilité de l’hypothèse d’un État palestinien vivant en bonne entente aux côtés d’Israël, vient de plus loin encore. Comme le signalent à juste titre Georges Bensoussan[3] ou Shmuel Trigano[4], le rejet d’un État juif sur sa terre ancestrale s’inscrit dans une histoire longue, et la création de l’État arabe de Palestine a été refusée à plusieurs reprises depuis 1947. La partie arabe ou palestinienne a-t-elle d’ailleurs jamais avancé une proposition de partage territorial à discuter ? Le seul projet formulé à ce jour réside dans le slogan génocidaire « From the River to the Sea ! ». Alors, que les Israéliens explorent d’autres voies d’établissement et d’apaisement des relations avec leurs voisins, c’est compréhensible. Pour n’avoir pas pris en compte cette réalité, les partis de gauche israélienne ont perdu une large part de leur soutien au sein de la population.

Plutôt que de renoncer à exprimer un « soutien inconditionnel » à Israël (comme l’a fait ce 10 avril, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet en forme d’un mea culpa) au motif d’une opposition à la politique du premier ministre Benjamin Netanyahu, la France devrait adopter enfin une attitude claire à l’égard des ennemis d’Israël. Si notre pays et son président veulent peser sur la destinée du monde et en l’occurrence œuvrer en faveur d’une paix juste au Proche Orient, la réaffirmation du danger islamiste s’impose, de même que la nécessité de soutenir Israël, en première ligne contre cette menace.

https://www.youtube.com/watch?v=Jh-nnhxCjeo

[1] « Dans un Israël traumatisé, les pacifistes gardent l’espoir d’une solution à deux États », Times of Israel, 8 décembre 2023.

[2] Voir https://www.youtube.com/watch?v=V8yug98BqNc

Ou Saba Net (Agence de presse yéménite) 18 janvier 2024 : « Meshaal : Nous rejetons le terme de solution à deux États et la solution est de se débarrasser de l’occupation ».

[3] Georges Bensoussan, Juifs en pays arabes. Le grand déracinement 1870-1975, Éditions Taillandier 2021 et Les origines du conflit israélo-arabe 1870-1950, Éditions des PUF 2023

[4] Shmuel Trigano, « Le refus palestinien d’un État juif », Controverses, n° 7, 2008, pp. 38-43

Le PSG n’est plus insupportable !

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Après avoir battu Liverpool, le PSG s’est imposé contre Aston Villa mercredi en Ligue des champions. Peut-être que cette année, c’est vraiment la bonne ? Tout le monde en Europe (sauf les Marseillais!) reconnaît que le niveau de jeu monstrueux de Paris peut bien les hisser jusqu’en finale. Dans son canapé, Philippe Bilger partage ce constat !


Le dernier match du Paris Saint-Germain (PSG) contre Aston Villa a été mon chemin de Damas. Il fallait bien la Ligue des champions pour me convertir parce que dans le championnat de France l’équipe parisienne domine tellement outrageusement que dans chaque match, après une résistance plus ou moins longue de l’adversaire, sa victoire est acquise. Cela devient lassant comme tous les succès inévitables auxquels, à tort, on ne reconnaît plus le moindre mérite.

L’effet Luis Enrique

Mais en Coupe d’Europe, c’est autre chose ! Le coup de tonnerre de l’élimination de Liverpool, mon équipe étrangère préférée, avait déjà montré que le PSG s’était métamorphosé et que la faiblesse de caractère singulière et collective s’était totalement dissipé.

Pour les sportifs en chambre comme moi, on n’a pas vu tout de suite l’apport inestimable de l’entraîneur Luis Enrique car les premiers matchs sous son égide n’avaient pas révélé tout de suite ce qu’il attendait de son équipe et les progrès fulgurants qu’il allait lui faire accomplir grâce notamment à des joueurs métamorphosés sous sa baguette à la fois chaleureuse et ferme.

À lire aussi : Paris-Roubaix: le panache insensé de Pogačar

Je continue à ne pas aimer du tout que le PSG soit adossé au Qatar en ayant conscience cependant que, sans sa manne inépuisable, les passionnés de football auraient pu attendre longtemps ce que nous découvrons, parfois enthousiastes, au fil des compétitions européennes. Je persiste à être mal à l’aise avec le président qatari du PSG dont j’ai l’impression, à voir ses comportements extrasportifs, qu’il n’est pas d’une totale limpidité et intégrité. Mais ce qui m’importe au premier chef est ce que cette équipe est devenue, titulaires et remplaçants jamais négligés ni abandonnés, en ayant perdu, pour schématiser, son caractère disparate animé par un joueur d’exception, star narcissique et médiatiquement trop honorée Kylian Mbappé, au profit d’un collectif extraordinaire qui, s’il n’est pas composé de onze vedettes, fait apparaître, pratiquement chez tous, une excellence multipliée par le talent altruiste de chacun.

La naissance d’une équipe

Avec l’éblouissement devant des pépites comme, par exemple, Désiré Doué. On éprouve dorénavant le sentiment d’une implacable et délicate machine qui, même un temps menée, ne suscite aucune inquiétude chez ses supporteurs parce que, tôt ou tard, elle comblera son retard pour finir par l’emporter. On perçoit, même pour le profane comme moi, un dessein, une stratégie, un plan qui inspirent enfin le jeu de cette équipe, chacun au service de tous, tous défendant puis tous à l’avant, avec des buts pouvant être marqués par n’importe qui. À aucun moment le rouleau compresseur ne cesse. La preuve récente étant le but in extrémis de Nuno Mendes qui va permettre au PSG de se rendre assez tranquille chez Aston Villa. Et ce n’est pas un feu de paille. J’ai attendu quelque temps avant d’exprimer mon plaisir et mon revirement parce que dans beaucoup de sports j’ai subi trop de déceptions où, porté aux nues aujourd’hui, le vainqueur allait décevoir demain. C’est une spécialité française.

Apparemment le PSG est sur une lancée qui dure. L’embellie persiste. Le projet collectif de l’entraîneur ne connaît pas de ratés sur le terrain.

Lors des matchs, il me semble aussi que le PSG se comporte mieux. Que ses joueurs ne sont pas sans cesse par terre comme s’ils étaient à l’article de la mort, qu’ils ne discutent plus de manière éhontée, à plusieurs autour de l’arbitre, les décisions de celui-ci et, en résumé, qu’ils ont plus de tenue.

Ce qui est la moindre des choses quand l’argent surabonde pour le club comme pour chacun individuellement et l’entraîneur couvert d’or mensuellement. On espère donc de lui pas seulement une influence sportive et technique mais un enseignement éthique. Une superbe équipe a plus de devoirs que de droits : la classe n’est pas seulement de vaincre n’importe comment !

La hasard du football international fait aussi que de magnifiques équipes nous ayant émerveillés paraissent, pour certaines, être un peu en déclin, ce qui ouvre une voie royale pour le PSG même si sur sa route possible, Arsenal sera à craindre.

Le PSG n’est plus insupportable. Ce n’est que du foot mais c’est si doux, dans ce monde tellement erratique, d’une gravité folle, d’un délire angoissant, de retenir dans sa main quelques gouttes de bonheur, aussi dérisoires qu’elles soient.

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Échec et mat

Samuel West accuse son ancien associé de l’avoir spolié. Leur conflit juridique retarde l’ouverture du Musée de l’Échec en Californie


« Imaginez que quelqu’un vous vole votre voiture… puis participe à une course avec. Est-ce que vous aimeriez qu’il gagne ? Nooooon ! » Samuel West explique ainsi au Wall Street Journal1 le litige qui l’oppose à l’entrepreneur Martin Biallas, avec qui il regrette d’avoir collaboré.

Depuis des années, M. West traque et collectionne avec passion les produits ayant subi des échecs commerciaux retentissants. Il y a dix ans, il transforme sa collection en un petit musée en Suède, et son exposition rencontre un grand succès. Parmi les objets de sa collection, on trouve des flops commerciaux comme le jeu de société Donald Trump, le Pepsi transparent ou le Zune de Microsoft (un concurrent raté de l’iPod lancé cinq ans après Apple).

S’y ajoutent des trouvailles étonnantes : du gratin de lasagnes Colgate (une tentative surprenante du fabricant de dentifrice pour se lancer dans les plats surgelés), du Coca-Cola goût café, un club de golf doté d’un urinoir pour se soulager sans quitter le green, ou encore un préservatif en spray, qui a échoué faute d’un temps de séchage rapide (or le sens du timing est évidemment capital, en pareilles occasions…).

Plus récemment, M. West s’associe avec M. Biallas, connu pour ses expositions itinérantes sur les Schtroumpfs ou des reproductions en taille réelle de la chapelle Sixtine à visiter sans crainte de cohue. Ce dernier lui propose de faire voyager la collection de produits foireux en dehors de la Suède, et de tout organiser contre une commission. Tout bascule lorsque M. West s’aperçoit qu’il n’a jamais reçu les 20 % de commission qu’on lui avait promis.

Ruiné, il découvre par ailleurs que M. Biallas prépare en secret une grande exposition près de la Silicon Valley en mars. Il décide alors de porter plainte contre son ancien associé, lequel affirme posséder toutes les autorisations et tous les droits. L’ouverture près de San Francisco est reportée jusqu’à avril à cause de ces broutilles juridiques. « Comme je garde un peu d’estime pour cet entrepreneur raté, j’aurais la bonté de ne pas exposer M. West lui-même dans mon musée », persifle M. Biallas devant les journalistes. Quant au fondateur historique du musée, il ne cache plus son amertume : il espère désormais que le musée de l’Échec connaîtra lui aussi… un échec retentissant.

  1. https://www.wsj.com/arts-culture/museum-of-failure-samuel-west-martin-biallas-7c1dfdcf ↩︎

« Le problème, c’est l’excuse de minorité »

L’excuse de minorité permet à un mineur d’encourir la moitié des peines prévues par le code pénal. Mais, même si la loi permet de sanctionner, encore faut-il que les juges le veuillent. Entre principes éducatifs, peines rarement prononcées et incarcérations quasi inexistantes, pour la justice des mineurs, l’exception est devenue la règle.


Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.

De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

épisode 1 épisode 2 épisode 3 épisode 5


À chaque affaire médiatique impliquant un mineur, les commentateurs et décideurs s’égosillent et s’écharpent sur un sujet devenu subitement passionnant : l’excuse de minorité, érigée en principe fondamental des droits humains à gauche et en épouvantail de la répression à droite.

Saisissons cette occasion unique de réconcilier Éric Ciotti et Sandrine Rousseau, Eric Zemmour et Manon Aubry, Marion Maréchal et Jean-Michel Apathie ! Prenez un Doliprane, gardez votre énergie pour des sujets réellement fascinants (le barbecue, le Tour de France et la Justice parallèle du parti écologiste par exemple) : ce débat est un faux débat.

Revenons aux fondamentaux. Les grands principes de la justice pénale des mineurs présents dans l’ordonnance de 1945 ont été repris dans le code de justice pénale des mineurs :

Primauté de l’éducatif sur le répressif : la sanction pénale est le dernier recours

Spécialisation des acteurs et des procédures

Excuse de minorité : un mineur encourt la moitié des peines prévues par le code pénal

L’excuse de minorité ne signifie pas le recours à l’ensemble de la procédure dérogatoire concernant les mineurs mais uniquement la réduction du quantum de peine encouru. Il est donc vain de solliciter la levée de l’excuse de minorité quand les difficultés soulevées sont davantage en lien avec les mesures de sûreté (détention provisoire, contrôle judiciaire) ou avec le laxisme général.

Exemple : un mineur qui commet un vol aggravé encourt de 2,5 à 5 ans ferme. Le problème n’est pas de passer à une peine de 5 à 10 ans mais d’obtenir une peine d’emprisonnement et non pas un avertissement judiciaire ou un travail d’intérêt général. Lever l’excuse de minorité n’empêchera pas les juges de prononcer des sanctions bien inférieures aux peines encourues. 

L’audience présente les mêmes difficultés chez les mineurs que chez les majeurs, à savoir des peines faibles, très éloignées du quantum encouru.

Une étude récente de l’Institut pour la Justice, rédigée par un magistrat1, a démontré qu’en 2022 l’emprisonnement ferme n’était que très peu prononcé en répression des délits.

Par ailleurs, la durée de la peine est largement inférieure à celle encourue si on suit le code pénal.

Pour exemple, l’emprisonnement ferme a été prononcé en répression de 56,6% des vols avec violence, d’une durée moyenne de 15 mois alors que la peine encourue est comprise entre 5 et 10 ans. Pour les violences volontaires, l’emprisonnement a été prononcé dans 38,8% des affaires, avec une durée moyenne de 10 mois, alors que les peines encourues vont de 3 à 10 ans. En matière d’agression sexuelle, l’emprisonnement ferme a été prononcé dans 26,7% des cas avec une moyenne de 17 mois d’emprisonnement, représentant une réduction de 2/3 de la peine prévue. En matière de trafic de stupéfiants, la peine moyenne prononcée est de 8 mois d’emprisonnement… Pour 10 ans encourus.

L’étude conclut à « la forte disproportion entre la peine prévue par le code pénal et la peine prononcée par le juge. Pas un délit parmi les 27 analysés ne voit sa peine moyenne prononcée supérieure à la moitié de la peine encourue. Pire, en moyenne pour ces 27 délits, la peine effectivement prononcée ne représente que 18,97% de la peine encourue. (…) l’écart entre peine encourue et peine effectivement prononcée est considérable. »

On constate donc que même lorsque la loi donne la possibilité aux magistrats de sanctionner sévèrement les infractions, ce n’est pas le choix qui est fait par les juges, loin s’en faut.

Mais qu’en est-il de la Justice des mineurs ? Les statistiques 20232 montrent qu’au cours de cette année 285448 délits ont été jugés par les tribunaux pour enfants et les juges des enfants. Parmi ces délits, 50,88% ont été sanctionnés par des mesures éducatives et non par des peines. 5,75% ont fait l’objet d’une peine d’emprisonnement ferme tandis que 4,5% ont carrément donné lieu à une dispense de toute mesure, alors même que le mineur a été reconnu coupable des faits…

En comparaison, 22,21% des délits commis par les majeurs jugés en 2023 ont donné lieu à une peine d’emprisonnement en tout ou partie ferme, soit quatre fois plus.

Conclusion : l’ensemble des juridictions pénales prononcent des peines largement inférieures à celles prévues par le code pénal qui est, rappelons-le, l’émanation de la volonté du peuple souverain traduite par ses représentants qui votent la loi. Mais les juridictions pour mineurs sont de loin les plus clémentes (version humaniste) ou laxistes (version polémique).

Ajoutons enfin que dans les 5,75% de cas quasi-miraculeux où l’emprisonnement est prononcé, les peines sont massivement aménagées3 et l’on comprendra aisément que l’incarcération d’un mineur c’est un peu comme une panthère des neiges ou un bon restaurant pas cher à Paris : une espèce rare et menacée d’extinction.

La réforme en cours, qui prétend élargir les cas d’exclusion de l’excuse de minorité, ne résoudra évidemment pas le problème : quand bien même la peine encourue serait doublée par deux pour les mineurs de plus de 16 ans comparaissant devant le tribunal pour enfants, les juges ne prononceraient jamais le maximum légal, loin de là.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LE JUGE DES ENFANTS

NOS PROPOSITIONS POUR EN SORTIR :

  • Prévoir qu’un mineur déjà condamné à une mesure éducative ne pourra pas faire l’objet d’une seconde mesure mais sera obligatoirement condamné à une peine
  • Rendre obligatoire la révocation intégrale du sursis en cas de nouvelle condamnation
  • Prévoir des peines d’emprisonnement minimales et obligatoires pour les récidivistes, notamment en matière de violences et de trafic de stupéfiants
  • Imposer que toute peine d’emprisonnement soit exécutée d’abord depuis la détention avant un éventuel aménagement de peine
  • Supprimer l’interdiction des peines de prison de moins d’un mois

  1. https://www.institutpourlajustice.org/etudes/lemprisonnement-ferme-peine-centrale-mais-sanction-marginale/ ↩︎
  2. https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-et-statistiques/condamnations-france-2023 ↩︎
  3. Voir « Emprisonnement : l’exécution à la peine » ↩︎

Paris-Roubaix: le panache insensé de Pogačar

Ce dimanche 13 avril se tiendra la célèbre course cycliste du Paris-Roubaix. Notre chroniqueur revient sur cet évènement incontournable des amoureux du vélo, et dévoile les enjeux de la compétition cette année.


Flonflons d’accordéon, demis de bière, frites, casse-croutes jambon-beurre ou saucisse… Comme tous les ans, ce dimanche, immuablement le second d’avril, une France populaire va se retrouver, dans une ambiance de kermesse, sur les points névralgiques, du parcours de la reine des classiques cyclistes, Paris-Roubaix, dite « l’enfer du nord », « la dure des dures » à cause de ses 55,7 km de pernicieux pavés disjoints, répartis en 30 secteurs, sur une distance totale de 259,7 km.

Une course mythique et populaire

Dès tôt le matin, une foule bon enfant converge vers ces lieux mythiques de la légende vélocipédique, tels que la tranchée d’Aremberg ou le Carrefour de l’Arbre, où souvent se joue la compétition. Et puis, après le passage des ultimes attardés dont certains arriveront au vélodrome de Roubaix hors délais – ils étaient 18 l’an dernier -, elle regagne ses pénates avec le sentiment d’avoir passé une belle journée. Le spectacle du défilé entre les premiers et les derniers ne dure qu’environ une heure. Les coureurs sont méconnaissables sous leurs masques de poussière s’il fait beau, ou crottés de boue de la tête aux pieds s’il pleut, certains maillots et cuissard sont déchirés victimes d’une violente chute, car on tombe beaucoup sur les pavés.

Disputée pour la première fois le 19 avril 1896, sans conteste, Paris-Roubaix est la course à nulle autre pareille. Elle fait partie de celles qu’on appelle dans le cyclisme les « cinq monuments » avec Milan-San Remo, le Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège, dite « la Doyenne », et Tour de Romandie. Mais à la différence de ces quatre dernières, elle s’est érigée en mythe grâce à une politique de conservation de ces pavés qui, dans les années 50, ont bien failli disparaître sous une couche d’asphalte. C’est la course dont tout champion, s’il veut entrer dans « la légende des cycles », se doit de prendre le départ et surtout de vaincre.

À lire aussi : Tour: des jours avec et des « jours sans »

Très certainement, c’est la raison qui a dû pousser le prodige du vélo, le flamboyant Tadej Pogačar, « le nouveau cannibale »1 à participer à cette 122ᵉ édition, à la surprise générale, et contre l’avis des dirigeants de son épique, l’UAE (en français : Union des Émirats Arabes, la mieux dotée financièrement de tout le peloton), faisant en la circonstance preuve, conformément à son intrépide tempérament qui le pousse à tenter ce que d’aucuns n’osent, d’un panache insensé. En effet, s’il gagne, il sera le seul avec Louison Bobet (en 1956) à condition de remporter le prochain Tour de France, ce qui est dans l’ordre du probable, à s’être imposé dans ces deux épreuves depuis 1945. Mais, en même temps, il prend un grand risque, celui d’une très mauvaise chute qui compromettait la suite de sa saison et le priverait d’une quatrième victoire sur le Tour alors qu’il en a fait son objectif principal (avec la conservation de son maillot arc-en-ciel de champion du monde). Et le risque est sérieux… la météo prévoit pour ce dimanche des averses qui rendront les pavés très glissants et boueux, et un vent arrière de 40 km/h qui fera que ça roulera très vite. L’approche des secteurs pavés donne lieu à de véritables sprints où ça frotte dur pour y entrer le mieux placé possible afin de pouvoir choisir sa trajectoire, d’éviter d’être pris dans une éventuelle chute ou de se faire piéger par tout autre incident. À l’approche de ces secteurs, les coureurs font des pointes souvent aux alentours des 60km/h, voire plus, et freinent le plus tard possible… Et quand on se ramasse à cette allure, ça fait très mal.

Une course à enjeux

Cette année, ce Paris-Roubaix prend en outre une tournure de « belle » entre les deux grands rivaux sur les classiques, bien que très amis dans la vie hors courses, Tadej Pogačar et Mathieu Van der Poel, le petit-fils de Raymond Poulidor. Le premier compte huit « Monuments » à son palmarès (deux Tours des Flandres, deux Liège-Bastogne-Liège, quatre Tours de Romandie), le second sept (trois Tours des Flandres, deux Paris-Roubaix, deux Milan-San Remo). Si ce dernier s’impose à Roubaix, ils seront à égalité, comme ils le sont en ce début de saison, une victoire chacun. Van der Poel s’est imposé à San Remo où Pogačar s’est classé troisième. Sur les Flandres, dimanche dernier, résultat inversement symétrique : Pogačar a pris sa revanche après un magistral cavalier seul de près de 20 km, et Van der Poel, lui, relégué dans le groupe de chasse, a terminé à son tour troisième.

Sur le papier, l’avantage est indubitablement au petit-fils de Poulidor. Sept fois champion du monde de cyclo-cross, il est très à l’aise sur les pavés, connait le parcours au centimètre près. Il s’y est imposé avec une grande maestria ces deux dernières années. Qui plus est, avec son 1,84m et 75km, il a la morphologie, dirait-on, qui convient pour endurer les pavés. En revanche, pour Pogačar, son physique, 1,76 m et 66 kg, est un handicap, car plus on est léger plus on tressaute et plus on est instable sur sa monture. Conséquence, le rendement en pâtit. En outre, c’est sa première participation. Or gagner à Roubaix implique de l’expérience. S’ajoute aussi le profil plat du parcours qui ne lui convient pas, à la différence du Tour des Flandres et sa succession de monts où la fulgurance de ses démarrages a fini par faire la décision.

À lire aussi : Tour: et si le vrai gagnant n’était pas le vainqueur?

Dès lors, la question qui se pose : vont-ils se livrer à une bataille effrénée dès le premier secteur pavé situé à 95,8 km du départ de Compiègne et à 163,9 km de la ligne d’arrivée, ou, si aucun fâcheux incident ne met l’un ou l’autre hors course, se marquer à la culotte faisant à leur insu le jeu d’un troisième larron à l’affût ? Dans l’un ou l’autre des cas, ce troisième larron susceptible de tirer les marrons du feu de cette rivalité qui renoue les grands épiques duels d’antan ayant écrit les plus pages de l’épopée cycliste, a pour nom Vout Van Aert, le revenant, Mads Petersen, l’opportuniste, ou Filippo Ganna, l’obstiné, parmi quelques autres. Dans le cyclisme, il arrive souvent que c’est le plus malin qui gagne, pas le meilleur. Là est la grandeur de ce sport qui est plus qu’un sport… N’est-ce pas, feu Antoine Blondin2?


  1. Le cannibale était le sobriquet d’Eddy Merckx tellement il était vorace de victoires, ne laissant aux autres que les secondes places. ↩︎
  2. Écrivain français, auteur notamment d’Un singe en hiver, 27 Tours de France à son actif en tant que chroniqueur pour l’Équipe, et à son palmarès 584 chroniques sur la Grande Boucle, et franc buveur. Quand il entrait dans la salle de rédaction du Tour, il saluait ses confrères par un retentissant : « Allez, les gars, au goulot, vite fait. » ↩︎

Haute autorité et bas instincts

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Dictature de la transparence. Selon Libération, Rachida Dati posséderait une impressionnante collection de bijoux de luxe – dont certains offerts par l’ex-patron d’EDF. Ses avocats assurent qu’elle est en règle et dénoncent une intrusion dans sa vie privée. Ils l’assurent : leur très chic cliente ne collectionne pas les casseroles, mais des montres, colliers, bagues…


Le journalisme de délation a encore frappé. D’après Libération, Rachida Dati aurait caché 420000€ de bijoux à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP)[1]. Le fin limier de Libé a dû passer des semaines à traquer le trésor caché de Rachida Dati. Opération réussie. Les ferrets de Queen Dati enflamment les réseaux sociaux depuis hier.

Une femme d’affaires avisée

18 000 responsables publics doivent déclarer leur patrimoine et leurs intérêts à la HATVP, qui les publie après vérification. Nos inquisiteurs ont visiblement une taupe. Ils ont eu accès à la déclaration, encore à l’étude, de Rachida Dati, puisqu’ils savent ce qui manque…

A lire aussi, Pierre Meurin: « Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

Premier scandale : elle est riche. Plus de 5 millions d’euros de patrimoine figurent dans sa précédente déclaration. C’est louche, ça, chef. « Seul un sacré chiffre d’affaires gagné en tant qu’avocate permet d’accumuler une telle fortune», écrit le journaliste Laurent Léger, laissant entendre qu’elle l’a acquis par d’autres moyens. Oui. Ça s’appelle l’entregent et ça vaut de l’or dans les affaires. Certes, 900 000€ perçus de Renault lui valent une mise en examen pour corruption passive. Reste qu’elle a gagné et placé de l’argent.

Quand « Libé » s’en va fouiner place Vendôme

Ensuite, «la longue enquête de Libération a permis de retrouver les traces d’un petit trésor», se félicite le quotidien de gauche. Ils ont enquêté chez les joailliers parisiens où quelques employés anonymes racontent avec gourmandise les visites de la dame avec son galant. Et les journalistes ont semble-t-il aussi fouillé dans les poubelles de la politique pour en extirper les ragots (parfois vrais) propagés par les adversaires ou amis… Le trésor ? Une vingtaine de pièces de grand luxe signées des grands noms du secteur: Chopard, Cartier et autres. Un peu de romance ne nuit pas aux ventes : on apprend que ces merveilles ont été offertes par Henri Proglio, ex-patron d’EDF et ex-compagnon de Mme Dati. Des bijoux offerts par son amant, quelle horreur ! En réalité, une femme partie de rien, qui s’est élevée au sommet en faisant tourner des têtes — j’adore ça. Quel roman !

Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus propre !

Oui, mais la loi ce n’est pas de la littérature ! me rétorquera-t-on. La loi qui oblige les dirigeants à se mettre à poil financièrement est plus totalitaire que littéraire, selon moi. Certes, cette loi a été votée par les parlementaires. Ce sont les élus qui ont abdiqué. Vincent Trémolet de Villers écrit dans Le Figaro que tous ces élus passent leur temps à se contempler dans le miroir du politiquement correct. Regardez comme nous sommes propres…

A lire aussi, l’éditorial d’Elisabeth Lévy: Une femme d’honneur

Leur création, la HATVP, est une autorité administrative qui ne rend de comptes à personne, mais tient en joue les pouvoirs issus de l’élection. Vérifier le détail du patrimoine des élus ? Pourquoi pas. Mais sa publication, c’est autre chose : elle transforme cette autorité en tribunal révolutionnaire, qui transforme à son tour tous les citoyens en tricoteuses… Cela excite les passions tristes et la haine de l’argent (enfin… de l’argent des autres), cette passion si française. Ces salauds s’en mettent plein les poches, et moi, je trime pour le Smic. Voyez comme on flatte nos instincts.

Les bijoux de Rachida Dati ou les montres de Dupond-Moretti ne disent rien de leurs capacités de ministres. On peut tout à fait décider qu’on s’en fiche. Et j’ai le droit de ne pas savoir. Par souci d’économie, supprimons la HATVP et remercions Rachida Dati qui honore le chic français.

Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud radio dans la matinale de J-J. Bourdin


[1] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/les-bijoux-caches-de-rachida-dati-revelations-sur-le-patrimoine-de-la-ministre-de-la-culture-20250409_CSZOOEG3AVFCJBERYAWHKY6F7M/

Le seul vrai mec de l’Europe serait donc une femme…

C’est l’Italienne Giorgia Meloni qui se rendra à Washington le 17 avril prochain pour discuter avec le président Trump des droits de douane imposés par les États-Unis à l’Union européenne. La présidente du Conseil italien dirige un gouvernement toujours populaire, plus de deux ans après son arrivée au pouvoir – un record. Mais nos féministes, bien entendu, rechignent à faire de cette femme politique talentueuse une icône.


Giorgia, le prénom, Meloni le nom. Journaliste pour la profession antérieure, droite assumée pour l’engagement, catholicisme pour les convictions, et, du moins pour ce qu’on en sait, assez « mec » aussi dans sa manière de conduire sa vie privée.

Lorsque, en octobre 2022, elle accède à la présidence du Conseil italien, ailleurs en Europe on rigole. On se gausse. On s’inquiète aussi. Mais on ricane surtout de ses prétentions à juguler le flux catastrophique de l’immigration clandestine venant jour après jour, nuit après nuit, s’échouer sur les rivages de son pays. Désormais, les dirigeants des pays circonvoisins confrontés au même défi rigolent un peu moins.

Combine albanaise

Faisant preuve à la fois de pragmatisme, de non conformisme et d’audace, elle a indéniablement marqué des points dans ce domaine, négociant avec l’Albanie une combine d’exfiltration du trop-plein et, parallèlement, avec la Tunisie, une autre combine, de filtrage à l’entrée, celle-ci. Deux agencements, deux accommodements réputés chez nous impossibles, relevant de la douce utopie que seule une « bonne femme » peut véhiculer. Une « blonde » qui plus est. Je me souviens avoir entendu de très fines plaisanteries de ce tonneau à ce moment-là…

A lire aussi: Affaire Le Pen: le Système? Quel Système?

Et voilà bien, que, en quasi capitaine à la tête du navire Europe – et d’une certaine manière en lieu et place de qui vous savez – elle va s’asseoir dans le bureau ovale pour une rencontre – une confrontation ? – avec le président Trump. Là, plus grand monde ne songe à se tenir les côtes d’hilarité. On guette l’issue, on attend le résultat, on espère que de la joute entre ces deux crinières oxygénées sortira quelque chose comme une embellie, un souffle d’apaisement dans la jungle tumultueuse des derniers jours.

Une chose paraît acquise : « La Meloni » – ainsi la désigne-t-on chez elle, comme il se doit pour une diva – La Meloni sait faire. Je veux dire tenir tête et rester ferme dans une négociation. Sourire aux lèvres et dent dure. Le président Macron en sait quelque chose, qui après l’entretien qu’il avait eu, lui le premier qu’elle recevait au lendemain de son investiture, n’avait pas hésité à qualifier la rencontre de « franche et exigeante ». Nul doute qu’il en ira de même face au bouillant Donald. Du franc et de l’exigeant.

Ma théorie du genre

Au fond, ce qui surtout suscite mon intérêt en la circonstance, c’est le sexe de la personne. Pardon, le genre. Ces dernières décennies, nous avons eu, en Europe, en politique, d’assez belles figures de proue féminines, Margaret Thatcher, Angela Merkel. Mais c’était en Allemagne, au Royaume-Uni, contrées où, par exemple, des femmes sont depuis longtemps déjà ministres du culte, voire évêques, et donc terres d’un machisme tout de même moins de tradition qu’en Italie.  

En ce sens, avec La Meloni, il me semble qu’un palier est franchi. Au royaume du patriarcat, là où la « mamma » règne en maître absolue mais plutôt dans sa cuisine, exerce une autorité magistrale, mais de préférence sur les gosses, la performance est de taille.

A ne pas manquer: Poutine, Trump, Tebboune, islamistes… Qui est notre ennemi?

Alors je m’étonne beaucoup que les féministes de chez nous n’en fassent pas davantage une icône. Je m’étonne aussi que les wokistes ne leur emboîtent pas le pas, tenant avec ce chef de gouvernement, au moins au plan symbolique, la parfaite incarnation transgenre du mec au féminin. Les unes et les autres devraient lui ériger une statue, la glorifier en toute occasion, en faire un exemple pour les générations actuelles et futures.

Hop là ! Sachons donc rester lucides. Cela n’arrivera pas. La Meloni pâtit d’une tare rédhibitoire : elle ne se situe pas dans le bon camp. Elle n’officie pas dans la bonne faction, là où la canonisation laïque est de droit et va quasiment de soi. La Meloni est de droite – d’extrême droite, comme disent ceux d’en face dont le sens de la nuance en ces matières ne cesse de faire notre admiration. Regardez, à sa place une Mathilde Panot (juste pour jouer blonde contre blonde) aurait toutes ces chances, elle. On en ferait des tonnes. Certes, elle pâtirait d’autres tares, l’absence de réel talent, le manque de vraie compétence, l’intransigeance dogmatique. Mais on ne s’arrêterait pas à ce genre de détails, on canoniserait direct, vous dis-je. Et nous de rire alors. À en pleurer…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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« Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

Liberté de circulation. Le député Pierre Meurin veut frapper un grand coup cette semaine en obtenant la suppression des ZFE, via un amendement malicieusement glissé dans le projet de loi sur la simplification de la vie économique. Reprenant sa proposition de loi initiale, déjà validée en commission, il pousse pour une victoire dans l’hémicycle, dénonçant sans détours une mesure qu’il qualifie d’« écologie punitive » et d’« insulte à l’intelligence ». Entretien.


Causeur. Dimanche, deux rassemblements ont eu lieu à Paris : l’un place Vauban en soutien à Marine Le Pen face à son inéligibilité, l’autre devant la mairie contre les ZFE, mené par ceux qui se revendiquent comme les « gueux ». Où étiez-vous ?

Pierre Meurin. Je n’étais à aucun des deux. J’étais en effet en manifestation contre les ZFE… mais à Montpellier ! J’y ai pris la parole à l’invitation de Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès, une commune à l’est de la préfecture de l’Hérault. Mon cœur était évidemment à Paris, aux côtés de Marine Le Pen, mais physiquement, j’étais sur le terrain, fidèle à ce combat que je mène de longue date. Et sur ce sujet, je n’ai pas varié d’un iota.

Dans votre circonscription du Gard, ou dans l’Hérault voisin, quelles sont les villes concernées par les ZFE ?

Nîmes et Montpellier ! Mais, les Français doivent comprendre que toutes les métropoles de plus de 150 000 habitants sont concernées depuis la loi « Climat et résilience » de 2021. Les ZFE sont entrées en vigueur au 1er janvier 2025, en catimini. Les verbalisations, elles, débuteront en 2026. Le jour où les radars LAPI (lecture automatique des plaques) seront activés – probablement après les municipales, pour des raisons politiques évidentes – ce sont 13 millions de Français qui risqueront une amende de 68 euros. Pour avoir simplement circulé librement. C’est une folie sociale !

Mais les ZFE ont été mises en place pour des raisons de santé publique. Pas uniquement pour embêter la France périphérique ! Selon Santé publique France, les particules fines seraient même responsables de 40 000 décès prématurés chaque année. N’y voyez-vous aucun bénéfice ?

Non, je suis catégorique : les ZFE n’ont aucun effet positif. On agite ces 40 000 morts, mais c’est une présentation abusive. Ce chiffre correspond à une perte d’espérance de vie, en moyenne dix mois. Ce n’est pas la même chose.

A relire, notre grand dossier: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Je ne nie pas les problèmes de santé publique – asthme, maladies respiratoires ou cardiaques – mais il faut raison garder. Améliorer la qualité de l’air est un objectif louable, certes. Mais nous ne respirons plus l’air des temps de la Révolution industrielle ! Depuis vingt ans, la pollution a baissé : -40 % pour les particules fines, -25 % pour les oxydes d’azote.

Et cela, grâce au renouvellement naturel du parc automobile. On nous a poussé au diesel, aujourd’hui on nous le diabolise ! Les moteurs sont désormais bien plus propres, notamment grâce aux filtres à particules. Bref, la qualité de l’air s’améliore déjà, sans les ZFE.

Pourquoi avoir fait de ce sujet un de vos combats phares, en lançant notamment la vignette « Crit’air libre1 » ?

Parce que j’aime ma vieille bagnole. Et surtout parce que la crise des gilets jaunes a été un tournant pour moi. En 2019, j’étais simple militant. Et j’ai vu à quel point la fracture entre les élites et le peuple pouvait exploser. Les ZFE, c’est exactement la même mécanique : une politique décidée d’en haut, sans tenir compte du réel. Aujourd’hui, je suis député. Et ma responsabilité, c’est d’alerter avant qu’on ne revive un scénario à la gilets jaunes. Il faut prendre le pouls du pays avant qu’il ne soit trop tard.

Craignez-vous que les ZFE deviennent un nouveau catalyseur de colère sociale, comme les 80 km/h sous Édouard Philippe ?

Très clairement. Imaginez : des milliers de conducteurs qui vont recevoir une amende de 68 euros simplement pour aller travailler, se soigner, faire leurs courses ou accéder à des services publics désormais concentrés en ville. C’est une bombe sociale à désamorcer. Le bon sens impose de tout reprendre à zéro. On peut travailler sur la qualité de l’air, mais pas en punissant les plus modestes.

Vous parlez de « ségrégation sociale » voire de « séparatisme » au sujet des ZFE. N’est-ce pas exagéré ?

Je parle de séparatisme, oui. Celui qui consiste à dire que les pauvres polluent les riches. Les centres-villes sont devenus inaccessibles aux classes populaires, reléguées en périphérie ou en zone rurale. Et pendant qu’on les poussait hors des villes, tous les services essentiels – soins, éducation, administrations – s’y concentraient. Aujourd’hui, on leur dit : « Tu ne peux même plus venir en ville, tu nous pollues ». Où sont la liberté, l’égalité, la fraternité ? La liberté de circuler est entravée. L’égalité d’accès aux services n’existe plus. Et la fraternité ? Quand un riche peut dire à un pauvre « reste chez toi », c’est qu’on a un vrai problème de société.

Le gouvernement envisagerait de limiter les ZFE à Paris et Lyon. Une victoire pour vous ?

Pas du tout. Ce que je refuse pour les villes moyennes, je le refuse aussi pour Paris et Lyon. Ce serait injuste et contraire à mes principes.

Et en réalité, on ne les limite pas : on les rend obligatoires à Paris et Lyon, tout en laissant la possibilité aux autres métropoles d’en instaurer. Ce n’est donc pas une reculade, c’est une ruse. Et on connaît déjà les élus qui vont s’y engouffrer : tous ces écolos anti-voiture vont poursuivre leur croisade contre les automobilistes.

Comment avez-vous réussi à faire inscrire ce sujet à l’ordre du jour de l’Assemblée cette semaine ?

Trois mois après mon élection en 2022, ma collègue Anne-Sophie Frigout dépose une proposition de loi pour supprimer les ZFE. Je la reprends en janvier 2023 lors d’une niche parlementaire du RN. En janvier 2025, les ZFE « Climat et résilience » sont élargies à 32 métropoles. Je redépose alors une proposition plus argumentée. Entretemps, d’autres groupes déposent aussi des textes : Sylvain Carrière (LFI) demande un moratoire si les transports publics sont insuffisants, LR propose un moratoire de cinq ans. Finalement, Ian Boucard (LR) intègre dans le projet de loi de simplification un amendement copié-collé de mon texte. Grâce à une abstention de la gauche radicale et à des soutiens centristes, la proposition est adoptée : 26 voix contre neuf. Son examen débute ce mercredi 9 avril. Je suis confiant…

Nous sommes ravis d’entendre que vous espérez obtenir gain de cause, mais que propose le RN pour lutter contre la pollution ?

D’abord, rappelons que les transports routiers ne représentent que 16 % des émissions de particules fines. Je propose une généralisation du décalaminage à l’hydrogène : un nettoyage du moteur qui réduit les émissions et la consommation. C’est peu coûteux (60 €) et efficace. Mais personne n’est vraiment au courant.  Ensuite, développons les transports en commun, pour désenclaver nos territoires. Et installons pourquoi pas des parkings relais à l’entrée des villes. On ne peut pas sanctionner avant d’avoir offert des alternatives.

A lire aussi: Marcel Gauchet : « L’Europe est l’idiot du village global » 

Et concernant l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 ?

Est-ce qu’une voiture électrique, souvent fabriquée à l’autre bout du monde, est vraiment plus écologique que ma vieille Clio ? J’en doute. Entre les terres rares chinoises, le cobalt congolais, et le transport maritime, l’impact carbone est énorme.

En plus, les particules fines proviennent surtout de l’usure des pneus, des freins, des suspensions – pas de l’échappement. Or, le système Crit’Air ne prend en compte que l’âge et la motorisation. Une Tesla ou une voiture électrique chinoise, très lourdes, usent davantage la chaussée et ses pneus émettent plus de particules. Tout cela est absurde. Classer les véhicules uniquement selon leur âge, c’est de la paresse intellectuelle. Un raisonnement démontable en cinq minutes par un gamin de cinq ans.

Mais la France ne risque-t-elle pas des sanctions de l’Union européenne?

Les directives européennes de 2008 et 2024 imposent d’améliorer la qualité de l’air, pas de créer des ZFE. Et comme l’air s’améliore déjà, nous pourrions respecter nos objectifs. Juridiquement, le Conseil constitutionnel ne pourrait pas s’y opposer. Si la Commission européenne réagit, on avisera. Mais qu’on arrête de faire peur avec les condamnations pour « inaction climatique » : c’est toujours le contribuable qui paie, alors qu’il préférerait utiliser cet argent pour se soigner ou vivre dignement.

Êtes-vous optimiste pour le vote ?

Pour la première fois, une norme environnementale pourrait être abrogée. Cela ouvre une brèche, et j’y vois un immense espoir. On dit souvent qu’avec les normes écologiques, on ne peut jamais revenir en arrière. Cette fois, peut-être que si. Et ça, je vous l’assure, ça en effraie plus d’un dans la haute administration.

Métropolia et Périphéria: Un voyage extraordinaire

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  1. Voir le site dédié du mouvement ici : https://stopzfe.fr/ ↩︎

«La police ne peut plus rien pour vous…»

L’ancien policier, qui publie aujourd’hui un essai percutant et bien renseigné sur l’état actuel de notre police nationale, a répondu à nos questions. Il déplore notamment les effets de la réforme de la police judiciaire entrée en vigueur début 2024.


Causeur. Votre livre s’intitule La police ne peut plus rien pour vous, un titre fort. Qu’est-ce qui vous permet d’avancer cela ? Et pourquoi avoir écrit ce déprimant brûlot ?

Maurice Signolet. Je suis un ancien commissaire divisionnaire, aujourd’hui à la retraite, après quarante ans passés dans la police. J’ai commencé comme inspecteur de police, puis j’ai gravi les échelons : inspecteur principal, inspecteur divisionnaire, commissaire, commissaire principal… J’ai exercé principalement en police judiciaire, mais aussi en sécurité publique. Aujourd’hui, je suis un homme retraité, marié – depuis longtemps ! –, père de trois enfants et grand-père de six petits-enfants. Et j’ai voulu écrire ce livre pour raconter ces quarante années de service. Ce n’est pas juste un métier, c’est une vie. C’est un engagement quotidien. Mon objectif était de montrer, de l’intérieur, le quotidien d’un policier : ce qui se passe derrière la porte d’un commissariat, d’une brigade de PJ… Je pense que c’est un univers qui reste encore méconnu du grand public.

Selon moi, l’institution policière s’est profondément dégradée en quarante ans. Ce n’est pas seulement la faute des policiers, bien sûr. Il y a eu une accumulation de réformes – du Code pénal, du Code de procédure pénale, des structures administratives… – qui ont profondément modifié la sociologie policière. Le métier que j’ai connu en entrant dans la police n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Et vous affirmez que les forces de l’ordre sont désormais désarmées face à la réalité du terrain. Qu’est-ce qui vous permet de poser un constat si sévère ?

On parle beaucoup aujourd’hui d’un « ensauvagement » de la société. Ce n’est pas un mot vain. Il y a eu une véritable transformation sociologique : la violence s’est banalisée, la délinquance d’appropriation a explosé, et l’autorité n’est plus respectée comme elle l’était autrefois.

Quand je suis entré dans la police, la délinquance était marginale. On entrait dans ce métier un peu par romantisme, pour faire des enquêtes, jouer au commissaire Maigret… On vivait à la frontière entre deux mondes : la normalité et la marginalité. Mais aujourd’hui, la violence est omniprésente dans la société française. Les policiers peuvent être régulièrement pris à partie, agressés. Et ce qui était exceptionnel est devenu la norme.

Vous évoquez aussi un profond changement dans la manière même d’exercer le métier de policier…

Oui. Quand j’ai commencé, il n’était pas question de compter ses heures. Travailler le jour, la nuit, les week-ends ? Ce n’était pas un problème. On le faisait sans broncher, parce que c’était le métier qui voulait ça. D’ailleurs mon épouse ne travaillait même pas à l’époque, parce que j’étais convaincu qu’on ne pourrait pas avoir une vie familiale équilibrée, autrement.

Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les agents réclament des horaires aménagés – ne pas travailler le mercredi, par exemple – et, en réponse, l’institution transforme la mission pour l’adapter aux contraintes personnelles ! Ce renversement est catastrophique. On a non seulement détruit la procédure pénale, mais on a aussi bousculé l’organisation même de la police.

Vous évoquez la disparition de la police judiciaire comme une conséquence de cette logique.

Oui. Cette réforme a été dictée par les syndicats. Elle permet, par exemple, à un gardien de la paix de faire toute sa carrière dans une seule région, sans changer de direction. C’est plus confortable pour lui, certes… mais est-ce que ça bénéficie à la population ? Absolument pas.

La police judiciaire, c’est un métier à part. Le maintien de l’ordre, c’en est un autre. Ces fonctions nécessitent des compétences spécifiques que cette réforme a effacées.

Aujourd’hui, un gardien de la paix peut faire carrière en passant d’un service à un autre, au gré des opportunités : sécurité publique, police aux frontières, puis PJ. Il suffit de changer d’étage. C’est absurde. Autrefois, chaque spécialité était respectée, structurée. Aujourd’hui, on fait tout pour satisfaire les agents… au détriment de l’efficacité.

Vous affirmez que la police est dirigée autant par ses syndicats que par la hiérarchie. Quel sont les effets de cet état de fait ?

Ils sont dramatiques. Et pour être honnête, je tiens effectivement autant la hiérarchie que les syndicats pour responsables. Avant, on avait une hiérarchie de compétence. Aujourd’hui, c’est une hiérarchie d’obéissance. On privilégie les carrières, les réseaux, les affinités, parfois ésotériques ou politiques, plutôt que le service public. Et le terrain le sait. Tout le monde est conscient de ça. Résultat : chacun se tient par la barbichette. L’autorité n’est plus légitime. Les syndicats sont aujourd’hui trop puissants. Ils influencent les décisions jusqu’au sommet. On assiste à une cogestion entre l’administration et les syndicats. Ce n’est pas sain.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Hors l’élitisme républicain, pas de salut pour l’École

Ce que vous décrivez, c’est aussi un système déconnecté du terrain.

La fracture hiérarchique nuit immensément à l’efficacité de la police. Il faut une réforme en profondeur des modes de recrutement. Dans la gendarmerie, 70 % des officiers sont issus du rang. Dans la police nationale, ce n’est malheureusement pas le cas. Aujourd’hui, les officiers ou commissaires sont trop souvent parachutés. Ils n’ont pas fait leurs preuves sur le terrain. Et comme on a drastiquement réduit leur nombre, il est devenu très difficile pour un officier d’évoluer vers un poste de commissaire. Résultat : la hiérarchie est souvent perçue comme illégitime par les agents. Et cela nuit à l’autorité, au respect, à l’efficacité du commandement.

Vous critiquez également l’introduction du « management » dans la police. Pourquoi est-ce problématique ?

Parce que la police, ce n’est pas une entreprise. Ce n’est pas une société de services. On travaille avec l’humain, dans la douleur, l’urgence, parfois la violence. Le management « moderne » repose sur des logiques de rendement, de neutralité émotionnelle. Or, un commissariat, c’est tout sauf neutre. Moi, j’étais un chef « directif affectif ». J’étais impliqué émotionnellement, humainement. Et je pense que c’est indispensable dans ce métier. Le commandement doit reposer sur le charisme, sur la compétence, sur la légitimité affective. Ça, aucun diplôme, aucune école ne peut vous l’apprendre.

Dans votre livre, vous déplorez enfin que la police ne soit pas préparée aux nouvelles menaces, notamment le terrorisme. Pourquoi ?

Parce qu’on a démantelé ce qui fonctionnait. La disparition des Renseignements généraux a été une erreur majeure. On avait un maillage territorial fin, une connaissance intime du terrain. Aujourd’hui, on a centralisé, rationalisé… mais on a perdu en finesse, en réactivité. Il y a bien la direction générale de l’antiterrorisme, qui fonctionne, mais on ne peut pas tout concentrer à Paris. Et surtout, la masse de travail est devenue écrasante. On fait face à des comportements radicalisés de plus en plus visibles, partout sur le territoire. Et on n’a plus les moyens de les traiter à temps.

Enfin, une question de gauche (!) : comment rebâtir la confiance entre la police et la population ?

Cela va être très difficile. Et je ne pense pas qu’aux banlieues. L’épisode des gilets jaunes a laissé des traces profondes. On a vu une police d’obéissance, brutale, en décalage complet avec les citoyens. Aujourd’hui, la technopolice se développe partout – radars, caméras, surveillance automatisée – et la défiance grandit. Il faudrait tout reconstruire. Redonner du sens à l’autorité. Réhabiliter la notion d’interdit, de respect de la loi. Mais c’est un chantier sociétal colossal.

Le bistrot: dernier refuge du réalisme poétique

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Mi-mars, les députés ont adopté une loi visant à faciliter l’obtention de la « précieuse » licence IV dans les communes rurales de moins de 3 500 habitants pour que les bistrots ne meurent pas. En attendant que ce texte soit approuvé par le Sénat, Thomas Morales se félicite de cette action en faveur du dynamisme, de l’attractivité et de la solidarité dans nos campagnes


Quand un bistrot disparaît dans un village, c’est une forme d’humanité silencieuse que l’on abat. On supprime un lieu de rendez-vous, une échappatoire à la solitude, une aire d’apaisement dans le fracas du monde, un lieu de vie qui serait à la fois une borne temporelle et une République en miniature. Ces derniers temps, on médit beaucoup sur le travail parlementaire, sur l’impossibilité de trouver un compromis politique ; il semble pourtant que lorsque notre Nation est en danger, nos députés savent encore se mobiliser en votant une proposition de loi pour enrayer le déclin du zinc et assouplir le cadre législatif pour l’octroi de la célèbre licence IV dans les communes rurales. Le réseau 1000 cafés a largement œuvré à cette prise de conscience en remettant le café au centre du village, c’est-à-dire en lui attribuant des vertus économiques et solidaires, touristiques et civilisationnelles. Il fallait oser dans un pays neurasthénique sur les addictions affirmer que le bistrot était le vecteur de l’intérêt général. Que le débit de boisson était intimement lié à la santé mentale de nos concitoyens les plus éloignés des centres urbains.  « Quand le bistrot va, tout va » me disait ma grand-mère, négociante en vins des terres reculées. Elle se souvenait de l’époque bénie où chaque petite municipalité disposait d’une dizaine, voire plus, de cafés ; certains peuplés du matin au soir, brassant des ouvriers et des notables, d’autres tenus par une seule patronne sans âge, modeste troquet ressemblant à une salle à manger en formica avec napperons accordés qui ne voyait qu’un client par jour, lui arrondissant ainsi sa pension de veuve de guerre. Sans le bistrot, sans cet épicentre, la province perdrait son socle unificateur et son forum nécessaire à toute cohabitation heureuse. Sans cette halte au milieu d’autres humains, dans leur différence et leur complexité, leur joie et leur peine, la vie de chacun serait seulement orchestrée, régie, cadenassée par la virtualité des réseaux. Voulons-nous que les campagnes soient des citadelles à l’abandon ? Car les chiffres font froid dans le dos, la désertification s’est même accélérée ces dernières années. On comptait 500 000 bistrots au début du XXème siècle, 200 000 il y a 50 ans et moins de 35 000 en 2020. Le Covid et son long cortège de restrictions auront achevé ce processus de délitement. On pourrait s’en amuser, figer le bistrot dans un folklore dépassé, une bigoterie populaire charmante mais complètement anachronique, le discréditer en raison des ravages de l’alcool et oublier sa participation active à la cohésion d’un « territoire ». Au bistrot, on retrouve les copains, ceux de toujours, de l’école communale et même ses ennemis héréditaires, on y parle, on y joue, on y philosophe, on y marchande, on y dit beaucoup de conneries, c’est la grandeur d’une vieille nation, on y boit aussi de la limonade, parfois on y mange, on y lit la Presse Quotidienne Régionale, on y commente le match du dimanche et les interventions télévisées d’un candidat putatif, on y blague, on se moque et on pleure quand nous apprenons le décès d’une connaissance. Il est notre frise chronologique, notre Lavisse couleur café. Le bistrot est le contraire d’un vase clos, d’un entre-soi délétère, les générations s’y rencontrent, peut-être est-ce l’unique endroit où des retraités et des jeunes travailleurs causent encore ensemble ? Ce lien fragile, qui paraît dérisoire dans l’Océan des interconnexions planétaires, est une source d’espoir. Tant qu’il y aura des bistrots, nous aurons quelque chose à nous raconter, à partager, à batailler. Il suffit de se promener partout en France, du Berry au Pays du Léon pour constater qu’une pléiade de gens n’appartenant pas aux mêmes classes d’âge s’y croise. Dans quel autre lieu, un tel miracle se produit-il ? Plus à l’école et bientôt plus à l’hôpital. Je repense à cette phrase de Jacques Perret dans son roman, Les biffins de Gonesse : « La rue ne bougeait pas, les bruits de la ville s’étouffaient dans la chaleur ». Cette chaleur-là nous est vitale. C’est pourquoi je suis bistrot comme Guy Marchand affirmait : je suis tango !

Les biffins de Gonesse

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Tendre est la province

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Reconnaitre aujourd’hui «l’État palestinien» est au moins une grave erreur, au pire une ignominie

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Sur cette photo fournie par le bureau des médias de la présidence égyptienne, le président français Emmanuel Macron salue un garçon palestinien, qui reçoit des soins médicaux dans une salle dédiée aux patients palestiniens à l’hôpital d’El-Arich, au nord de la péninsule du Sinaï, à environ 50 km à l’ouest de la frontière avec la bande de Gaza, en Égypte, le mardi 8 avril 2025 © AP/SIPA

Paix au Proche-Orient : la France fait diplomatiquement fausse route. Sur les 193 pays membres de l’ONU, 146 reconnaissent déjà officiellement l’État palestinien.


Dans une interview diffusée le 9 avril, le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de faire reconnaitre par la France « l’État palestinien ». À la suite de plusieurs États européens, la France en ferait l’annonce en juin prochain, parce que, a-t-il dit, « je pense qu’à un moment donné ce sera juste et parce que je veux aussi participer à une dynamique collective, qui doit permettre aussi à tous ceux qui défendent la Palestine de reconnaître à leur tour Israël, ce que plusieurs d’entre eux ne font pas ». Autrement dit, la reconnaissance dudit « État de Palestine », un État non existant dont la création effective est refusée avec constance depuis 1948 par ses représentants auto-proclamés, permettrait la reconnaissance par tous, d’un État légitime et existant depuis cette même date, à savoir l’État d’Israël. On peine à suivre ce raisonnement triplement erroné.

Une posture

Tout d’abord, parce que la reconnaissance d’un État non existant, aux frontières non définies et sans institutions établies, est objectivement une absurdité. Une telle pétition de principe ne peut donc que relever de la posture politique. Les différents États qui ont déjà adopté cette prise de position sont en effet d’une part des pays qui ne reconnaissent pas la légitimé de l’État d’Israël comme la Corée du nord ou Cuba, et des pays musulmans (à l’exception de la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc), d’autre part des pays comme certains en Europe ou en Amérique latine, qui l’ont fait au nom du soutien à « la solution à deux États ». Dans les deux cas, la reconnaissance de l’État palestinien virtuel procède d’une critique à l’égard d’Israël : critique radicale, visant à la disparition de l’État juif sur sa terre et à l’édification d’un État arabe palestinien, d’une « Palestine du Jourdain à la Méditerranée », ou critique conjoncturelle soupçonnant Israël de refuser la création d’un État palestinien, voire l’accusant de visée génocidaire à l’égard du « peuple palestinien ».

A lire aussi, Guillaume Erner: «Je n’ai pas vu venir ce qui nous arrive »

Or, l’Histoire récente du Moyen-Orient a montré que la reconnaissance d’Israël par les pays arabes n’était pas conditionnée par la reconnaissance abstraite de la part d’Israël d’un État palestinien virtuel. C’est au contraire la mise à l’écart de la question palestinienne, en privilégiant les dimensions sécuritaires et économiques, qui a permis la normalisation progressive des relations entre Israël et certains pays arabes. Un des motifs évoqués (sinon invoqués) du lancement des attaques génocidaires du 7-Octobre lancées par le Hamas en territoire israélien, est d’ailleurs précisément la relégation de la question palestinienne dans l’agenda géopolitique de la région.

Le Hamas n’attend que ça

Plus que jamais après le 7-Octobre 2023, et alors que le Hamas détient toujours des otages, reconnaitre un État palestinien, est donc non pas seulement une erreur stratégique mais également une faute morale confinant à l’ignominieux. Cette reconnaissance symbolique d’un État non existant serait aujourd’hui accorder une légitimité et pire une absolution, au Hamas, à ses soutiens et à ses admirateurs. Aussi, l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, a-t-il déclaré à la suite des propos du président français : « Parler de la création d’un État palestinien, aujourd’hui, quand la guerre continue et avant d’avoir créé les conditions qui pourraient mener à la paix, cela fait exactement l’inverse ».

Les Israéliens croient de moins en moins à un État palestinien à leurs frontières

Il s’agirait en effet d’analyser pourquoi ladite « solution à deux États » portée par le passé notamment par le Mouvement La Paix Maintenant et les partis de gauche israélienne, est aujourd’hui largement discréditée en Israël. Un sondage réalisé trois semaines après les attaques a ainsi révélé que 28,6 % des Israéliens juifs étaient en faveur d’une solution à deux États, contre 37,5 % un mois plus tôt, selon le sondage Peace Index de l’université de Tel Aviv.[1] D’ailleurs, le 17 janvier 2024, le chef du Hamas à l’étranger, Khaled Meshaal, n’a-t-il pas déclaré : « Nous rejetons l’idée d’une solution à deux États. Notre objectif est clair : un État palestinien du fleuve à la mer, du nord au sud. Le 7 octobre a renouvelé le rêve et l’espoir[2]» [de cette Palestine] ?

A lire ensuite, Gil Mihaely: Nétanyahou : ni juges ni Hamas

Mais le reflux de la crédibilité de l’hypothèse d’un État palestinien vivant en bonne entente aux côtés d’Israël, vient de plus loin encore. Comme le signalent à juste titre Georges Bensoussan[3] ou Shmuel Trigano[4], le rejet d’un État juif sur sa terre ancestrale s’inscrit dans une histoire longue, et la création de l’État arabe de Palestine a été refusée à plusieurs reprises depuis 1947. La partie arabe ou palestinienne a-t-elle d’ailleurs jamais avancé une proposition de partage territorial à discuter ? Le seul projet formulé à ce jour réside dans le slogan génocidaire « From the River to the Sea ! ». Alors, que les Israéliens explorent d’autres voies d’établissement et d’apaisement des relations avec leurs voisins, c’est compréhensible. Pour n’avoir pas pris en compte cette réalité, les partis de gauche israélienne ont perdu une large part de leur soutien au sein de la population.

Plutôt que de renoncer à exprimer un « soutien inconditionnel » à Israël (comme l’a fait ce 10 avril, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet en forme d’un mea culpa) au motif d’une opposition à la politique du premier ministre Benjamin Netanyahu, la France devrait adopter enfin une attitude claire à l’égard des ennemis d’Israël. Si notre pays et son président veulent peser sur la destinée du monde et en l’occurrence œuvrer en faveur d’une paix juste au Proche Orient, la réaffirmation du danger islamiste s’impose, de même que la nécessité de soutenir Israël, en première ligne contre cette menace.

https://www.youtube.com/watch?v=Jh-nnhxCjeo

[1] « Dans un Israël traumatisé, les pacifistes gardent l’espoir d’une solution à deux États », Times of Israel, 8 décembre 2023.

[2] Voir https://www.youtube.com/watch?v=V8yug98BqNc

Ou Saba Net (Agence de presse yéménite) 18 janvier 2024 : « Meshaal : Nous rejetons le terme de solution à deux États et la solution est de se débarrasser de l’occupation ».

[3] Georges Bensoussan, Juifs en pays arabes. Le grand déracinement 1870-1975, Éditions Taillandier 2021 et Les origines du conflit israélo-arabe 1870-1950, Éditions des PUF 2023

[4] Shmuel Trigano, « Le refus palestinien d’un État juif », Controverses, n° 7, 2008, pp. 38-43

Le PSG n’est plus insupportable !

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Ousmane Dembélé et Nuno Mendes célèbrent le 3ᵉ but du PSG contre Aston Villa, Paris, 9 avril 2025 © Loïc Baratoux/ZUMA/SIPA

Après avoir battu Liverpool, le PSG s’est imposé contre Aston Villa mercredi en Ligue des champions. Peut-être que cette année, c’est vraiment la bonne ? Tout le monde en Europe (sauf les Marseillais!) reconnaît que le niveau de jeu monstrueux de Paris peut bien les hisser jusqu’en finale. Dans son canapé, Philippe Bilger partage ce constat !


Le dernier match du Paris Saint-Germain (PSG) contre Aston Villa a été mon chemin de Damas. Il fallait bien la Ligue des champions pour me convertir parce que dans le championnat de France l’équipe parisienne domine tellement outrageusement que dans chaque match, après une résistance plus ou moins longue de l’adversaire, sa victoire est acquise. Cela devient lassant comme tous les succès inévitables auxquels, à tort, on ne reconnaît plus le moindre mérite.

L’effet Luis Enrique

Mais en Coupe d’Europe, c’est autre chose ! Le coup de tonnerre de l’élimination de Liverpool, mon équipe étrangère préférée, avait déjà montré que le PSG s’était métamorphosé et que la faiblesse de caractère singulière et collective s’était totalement dissipé.

Pour les sportifs en chambre comme moi, on n’a pas vu tout de suite l’apport inestimable de l’entraîneur Luis Enrique car les premiers matchs sous son égide n’avaient pas révélé tout de suite ce qu’il attendait de son équipe et les progrès fulgurants qu’il allait lui faire accomplir grâce notamment à des joueurs métamorphosés sous sa baguette à la fois chaleureuse et ferme.

À lire aussi : Paris-Roubaix: le panache insensé de Pogačar

Je continue à ne pas aimer du tout que le PSG soit adossé au Qatar en ayant conscience cependant que, sans sa manne inépuisable, les passionnés de football auraient pu attendre longtemps ce que nous découvrons, parfois enthousiastes, au fil des compétitions européennes. Je persiste à être mal à l’aise avec le président qatari du PSG dont j’ai l’impression, à voir ses comportements extrasportifs, qu’il n’est pas d’une totale limpidité et intégrité. Mais ce qui m’importe au premier chef est ce que cette équipe est devenue, titulaires et remplaçants jamais négligés ni abandonnés, en ayant perdu, pour schématiser, son caractère disparate animé par un joueur d’exception, star narcissique et médiatiquement trop honorée Kylian Mbappé, au profit d’un collectif extraordinaire qui, s’il n’est pas composé de onze vedettes, fait apparaître, pratiquement chez tous, une excellence multipliée par le talent altruiste de chacun.

La naissance d’une équipe

Avec l’éblouissement devant des pépites comme, par exemple, Désiré Doué. On éprouve dorénavant le sentiment d’une implacable et délicate machine qui, même un temps menée, ne suscite aucune inquiétude chez ses supporteurs parce que, tôt ou tard, elle comblera son retard pour finir par l’emporter. On perçoit, même pour le profane comme moi, un dessein, une stratégie, un plan qui inspirent enfin le jeu de cette équipe, chacun au service de tous, tous défendant puis tous à l’avant, avec des buts pouvant être marqués par n’importe qui. À aucun moment le rouleau compresseur ne cesse. La preuve récente étant le but in extrémis de Nuno Mendes qui va permettre au PSG de se rendre assez tranquille chez Aston Villa. Et ce n’est pas un feu de paille. J’ai attendu quelque temps avant d’exprimer mon plaisir et mon revirement parce que dans beaucoup de sports j’ai subi trop de déceptions où, porté aux nues aujourd’hui, le vainqueur allait décevoir demain. C’est une spécialité française.

Apparemment le PSG est sur une lancée qui dure. L’embellie persiste. Le projet collectif de l’entraîneur ne connaît pas de ratés sur le terrain.

Lors des matchs, il me semble aussi que le PSG se comporte mieux. Que ses joueurs ne sont pas sans cesse par terre comme s’ils étaient à l’article de la mort, qu’ils ne discutent plus de manière éhontée, à plusieurs autour de l’arbitre, les décisions de celui-ci et, en résumé, qu’ils ont plus de tenue.

Ce qui est la moindre des choses quand l’argent surabonde pour le club comme pour chacun individuellement et l’entraîneur couvert d’or mensuellement. On espère donc de lui pas seulement une influence sportive et technique mais un enseignement éthique. Une superbe équipe a plus de devoirs que de droits : la classe n’est pas seulement de vaincre n’importe comment !

La hasard du football international fait aussi que de magnifiques équipes nous ayant émerveillés paraissent, pour certaines, être un peu en déclin, ce qui ouvre une voie royale pour le PSG même si sur sa route possible, Arsenal sera à craindre.

Le PSG n’est plus insupportable. Ce n’est que du foot mais c’est si doux, dans ce monde tellement erratique, d’une gravité folle, d’un délire angoissant, de retenir dans sa main quelques gouttes de bonheur, aussi dérisoires qu’elles soient.

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Échec et mat

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© D.R.

Samuel West accuse son ancien associé de l’avoir spolié. Leur conflit juridique retarde l’ouverture du Musée de l’Échec en Californie


« Imaginez que quelqu’un vous vole votre voiture… puis participe à une course avec. Est-ce que vous aimeriez qu’il gagne ? Nooooon ! » Samuel West explique ainsi au Wall Street Journal1 le litige qui l’oppose à l’entrepreneur Martin Biallas, avec qui il regrette d’avoir collaboré.

Depuis des années, M. West traque et collectionne avec passion les produits ayant subi des échecs commerciaux retentissants. Il y a dix ans, il transforme sa collection en un petit musée en Suède, et son exposition rencontre un grand succès. Parmi les objets de sa collection, on trouve des flops commerciaux comme le jeu de société Donald Trump, le Pepsi transparent ou le Zune de Microsoft (un concurrent raté de l’iPod lancé cinq ans après Apple).

S’y ajoutent des trouvailles étonnantes : du gratin de lasagnes Colgate (une tentative surprenante du fabricant de dentifrice pour se lancer dans les plats surgelés), du Coca-Cola goût café, un club de golf doté d’un urinoir pour se soulager sans quitter le green, ou encore un préservatif en spray, qui a échoué faute d’un temps de séchage rapide (or le sens du timing est évidemment capital, en pareilles occasions…).

Plus récemment, M. West s’associe avec M. Biallas, connu pour ses expositions itinérantes sur les Schtroumpfs ou des reproductions en taille réelle de la chapelle Sixtine à visiter sans crainte de cohue. Ce dernier lui propose de faire voyager la collection de produits foireux en dehors de la Suède, et de tout organiser contre une commission. Tout bascule lorsque M. West s’aperçoit qu’il n’a jamais reçu les 20 % de commission qu’on lui avait promis.

Ruiné, il découvre par ailleurs que M. Biallas prépare en secret une grande exposition près de la Silicon Valley en mars. Il décide alors de porter plainte contre son ancien associé, lequel affirme posséder toutes les autorisations et tous les droits. L’ouverture près de San Francisco est reportée jusqu’à avril à cause de ces broutilles juridiques. « Comme je garde un peu d’estime pour cet entrepreneur raté, j’aurais la bonté de ne pas exposer M. West lui-même dans mon musée », persifle M. Biallas devant les journalistes. Quant au fondateur historique du musée, il ne cache plus son amertume : il espère désormais que le musée de l’Échec connaîtra lui aussi… un échec retentissant.

  1. https://www.wsj.com/arts-culture/museum-of-failure-samuel-west-martin-biallas-7c1dfdcf ↩︎

« Le problème, c’est l’excuse de minorité »

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Nuits de heurts à Bordeaux, 29 juin 2023 © Stéphane Duprat/Sipa

L’excuse de minorité permet à un mineur d’encourir la moitié des peines prévues par le code pénal. Mais, même si la loi permet de sanctionner, encore faut-il que les juges le veuillent. Entre principes éducatifs, peines rarement prononcées et incarcérations quasi inexistantes, pour la justice des mineurs, l’exception est devenue la règle.


Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.

De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

épisode 1 épisode 2 épisode 3 épisode 5


À chaque affaire médiatique impliquant un mineur, les commentateurs et décideurs s’égosillent et s’écharpent sur un sujet devenu subitement passionnant : l’excuse de minorité, érigée en principe fondamental des droits humains à gauche et en épouvantail de la répression à droite.

Saisissons cette occasion unique de réconcilier Éric Ciotti et Sandrine Rousseau, Eric Zemmour et Manon Aubry, Marion Maréchal et Jean-Michel Apathie ! Prenez un Doliprane, gardez votre énergie pour des sujets réellement fascinants (le barbecue, le Tour de France et la Justice parallèle du parti écologiste par exemple) : ce débat est un faux débat.

Revenons aux fondamentaux. Les grands principes de la justice pénale des mineurs présents dans l’ordonnance de 1945 ont été repris dans le code de justice pénale des mineurs :

Primauté de l’éducatif sur le répressif : la sanction pénale est le dernier recours

Spécialisation des acteurs et des procédures

Excuse de minorité : un mineur encourt la moitié des peines prévues par le code pénal

L’excuse de minorité ne signifie pas le recours à l’ensemble de la procédure dérogatoire concernant les mineurs mais uniquement la réduction du quantum de peine encouru. Il est donc vain de solliciter la levée de l’excuse de minorité quand les difficultés soulevées sont davantage en lien avec les mesures de sûreté (détention provisoire, contrôle judiciaire) ou avec le laxisme général.

Exemple : un mineur qui commet un vol aggravé encourt de 2,5 à 5 ans ferme. Le problème n’est pas de passer à une peine de 5 à 10 ans mais d’obtenir une peine d’emprisonnement et non pas un avertissement judiciaire ou un travail d’intérêt général. Lever l’excuse de minorité n’empêchera pas les juges de prononcer des sanctions bien inférieures aux peines encourues. 

L’audience présente les mêmes difficultés chez les mineurs que chez les majeurs, à savoir des peines faibles, très éloignées du quantum encouru.

Une étude récente de l’Institut pour la Justice, rédigée par un magistrat1, a démontré qu’en 2022 l’emprisonnement ferme n’était que très peu prononcé en répression des délits.

Par ailleurs, la durée de la peine est largement inférieure à celle encourue si on suit le code pénal.

Pour exemple, l’emprisonnement ferme a été prononcé en répression de 56,6% des vols avec violence, d’une durée moyenne de 15 mois alors que la peine encourue est comprise entre 5 et 10 ans. Pour les violences volontaires, l’emprisonnement a été prononcé dans 38,8% des affaires, avec une durée moyenne de 10 mois, alors que les peines encourues vont de 3 à 10 ans. En matière d’agression sexuelle, l’emprisonnement ferme a été prononcé dans 26,7% des cas avec une moyenne de 17 mois d’emprisonnement, représentant une réduction de 2/3 de la peine prévue. En matière de trafic de stupéfiants, la peine moyenne prononcée est de 8 mois d’emprisonnement… Pour 10 ans encourus.

L’étude conclut à « la forte disproportion entre la peine prévue par le code pénal et la peine prononcée par le juge. Pas un délit parmi les 27 analysés ne voit sa peine moyenne prononcée supérieure à la moitié de la peine encourue. Pire, en moyenne pour ces 27 délits, la peine effectivement prononcée ne représente que 18,97% de la peine encourue. (…) l’écart entre peine encourue et peine effectivement prononcée est considérable. »

On constate donc que même lorsque la loi donne la possibilité aux magistrats de sanctionner sévèrement les infractions, ce n’est pas le choix qui est fait par les juges, loin s’en faut.

Mais qu’en est-il de la Justice des mineurs ? Les statistiques 20232 montrent qu’au cours de cette année 285448 délits ont été jugés par les tribunaux pour enfants et les juges des enfants. Parmi ces délits, 50,88% ont été sanctionnés par des mesures éducatives et non par des peines. 5,75% ont fait l’objet d’une peine d’emprisonnement ferme tandis que 4,5% ont carrément donné lieu à une dispense de toute mesure, alors même que le mineur a été reconnu coupable des faits…

En comparaison, 22,21% des délits commis par les majeurs jugés en 2023 ont donné lieu à une peine d’emprisonnement en tout ou partie ferme, soit quatre fois plus.

Conclusion : l’ensemble des juridictions pénales prononcent des peines largement inférieures à celles prévues par le code pénal qui est, rappelons-le, l’émanation de la volonté du peuple souverain traduite par ses représentants qui votent la loi. Mais les juridictions pour mineurs sont de loin les plus clémentes (version humaniste) ou laxistes (version polémique).

Ajoutons enfin que dans les 5,75% de cas quasi-miraculeux où l’emprisonnement est prononcé, les peines sont massivement aménagées3 et l’on comprendra aisément que l’incarcération d’un mineur c’est un peu comme une panthère des neiges ou un bon restaurant pas cher à Paris : une espèce rare et menacée d’extinction.

La réforme en cours, qui prétend élargir les cas d’exclusion de l’excuse de minorité, ne résoudra évidemment pas le problème : quand bien même la peine encourue serait doublée par deux pour les mineurs de plus de 16 ans comparaissant devant le tribunal pour enfants, les juges ne prononceraient jamais le maximum légal, loin de là.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LE JUGE DES ENFANTS

NOS PROPOSITIONS POUR EN SORTIR :

  • Prévoir qu’un mineur déjà condamné à une mesure éducative ne pourra pas faire l’objet d’une seconde mesure mais sera obligatoirement condamné à une peine
  • Rendre obligatoire la révocation intégrale du sursis en cas de nouvelle condamnation
  • Prévoir des peines d’emprisonnement minimales et obligatoires pour les récidivistes, notamment en matière de violences et de trafic de stupéfiants
  • Imposer que toute peine d’emprisonnement soit exécutée d’abord depuis la détention avant un éventuel aménagement de peine
  • Supprimer l’interdiction des peines de prison de moins d’un mois

  1. https://www.institutpourlajustice.org/etudes/lemprisonnement-ferme-peine-centrale-mais-sanction-marginale/ ↩︎
  2. https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-et-statistiques/condamnations-france-2023 ↩︎
  3. Voir « Emprisonnement : l’exécution à la peine » ↩︎

Paris-Roubaix: le panache insensé de Pogačar

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La course Paris-Roubaix le 7 avril 2024 © Zac Williams/SWpix.com/Shutterst/SIPA

Ce dimanche 13 avril se tiendra la célèbre course cycliste du Paris-Roubaix. Notre chroniqueur revient sur cet évènement incontournable des amoureux du vélo, et dévoile les enjeux de la compétition cette année.


Flonflons d’accordéon, demis de bière, frites, casse-croutes jambon-beurre ou saucisse… Comme tous les ans, ce dimanche, immuablement le second d’avril, une France populaire va se retrouver, dans une ambiance de kermesse, sur les points névralgiques, du parcours de la reine des classiques cyclistes, Paris-Roubaix, dite « l’enfer du nord », « la dure des dures » à cause de ses 55,7 km de pernicieux pavés disjoints, répartis en 30 secteurs, sur une distance totale de 259,7 km.

Une course mythique et populaire

Dès tôt le matin, une foule bon enfant converge vers ces lieux mythiques de la légende vélocipédique, tels que la tranchée d’Aremberg ou le Carrefour de l’Arbre, où souvent se joue la compétition. Et puis, après le passage des ultimes attardés dont certains arriveront au vélodrome de Roubaix hors délais – ils étaient 18 l’an dernier -, elle regagne ses pénates avec le sentiment d’avoir passé une belle journée. Le spectacle du défilé entre les premiers et les derniers ne dure qu’environ une heure. Les coureurs sont méconnaissables sous leurs masques de poussière s’il fait beau, ou crottés de boue de la tête aux pieds s’il pleut, certains maillots et cuissard sont déchirés victimes d’une violente chute, car on tombe beaucoup sur les pavés.

Disputée pour la première fois le 19 avril 1896, sans conteste, Paris-Roubaix est la course à nulle autre pareille. Elle fait partie de celles qu’on appelle dans le cyclisme les « cinq monuments » avec Milan-San Remo, le Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège, dite « la Doyenne », et Tour de Romandie. Mais à la différence de ces quatre dernières, elle s’est érigée en mythe grâce à une politique de conservation de ces pavés qui, dans les années 50, ont bien failli disparaître sous une couche d’asphalte. C’est la course dont tout champion, s’il veut entrer dans « la légende des cycles », se doit de prendre le départ et surtout de vaincre.

À lire aussi : Tour: des jours avec et des « jours sans »

Très certainement, c’est la raison qui a dû pousser le prodige du vélo, le flamboyant Tadej Pogačar, « le nouveau cannibale »1 à participer à cette 122ᵉ édition, à la surprise générale, et contre l’avis des dirigeants de son épique, l’UAE (en français : Union des Émirats Arabes, la mieux dotée financièrement de tout le peloton), faisant en la circonstance preuve, conformément à son intrépide tempérament qui le pousse à tenter ce que d’aucuns n’osent, d’un panache insensé. En effet, s’il gagne, il sera le seul avec Louison Bobet (en 1956) à condition de remporter le prochain Tour de France, ce qui est dans l’ordre du probable, à s’être imposé dans ces deux épreuves depuis 1945. Mais, en même temps, il prend un grand risque, celui d’une très mauvaise chute qui compromettait la suite de sa saison et le priverait d’une quatrième victoire sur le Tour alors qu’il en a fait son objectif principal (avec la conservation de son maillot arc-en-ciel de champion du monde). Et le risque est sérieux… la météo prévoit pour ce dimanche des averses qui rendront les pavés très glissants et boueux, et un vent arrière de 40 km/h qui fera que ça roulera très vite. L’approche des secteurs pavés donne lieu à de véritables sprints où ça frotte dur pour y entrer le mieux placé possible afin de pouvoir choisir sa trajectoire, d’éviter d’être pris dans une éventuelle chute ou de se faire piéger par tout autre incident. À l’approche de ces secteurs, les coureurs font des pointes souvent aux alentours des 60km/h, voire plus, et freinent le plus tard possible… Et quand on se ramasse à cette allure, ça fait très mal.

Une course à enjeux

Cette année, ce Paris-Roubaix prend en outre une tournure de « belle » entre les deux grands rivaux sur les classiques, bien que très amis dans la vie hors courses, Tadej Pogačar et Mathieu Van der Poel, le petit-fils de Raymond Poulidor. Le premier compte huit « Monuments » à son palmarès (deux Tours des Flandres, deux Liège-Bastogne-Liège, quatre Tours de Romandie), le second sept (trois Tours des Flandres, deux Paris-Roubaix, deux Milan-San Remo). Si ce dernier s’impose à Roubaix, ils seront à égalité, comme ils le sont en ce début de saison, une victoire chacun. Van der Poel s’est imposé à San Remo où Pogačar s’est classé troisième. Sur les Flandres, dimanche dernier, résultat inversement symétrique : Pogačar a pris sa revanche après un magistral cavalier seul de près de 20 km, et Van der Poel, lui, relégué dans le groupe de chasse, a terminé à son tour troisième.

Sur le papier, l’avantage est indubitablement au petit-fils de Poulidor. Sept fois champion du monde de cyclo-cross, il est très à l’aise sur les pavés, connait le parcours au centimètre près. Il s’y est imposé avec une grande maestria ces deux dernières années. Qui plus est, avec son 1,84m et 75km, il a la morphologie, dirait-on, qui convient pour endurer les pavés. En revanche, pour Pogačar, son physique, 1,76 m et 66 kg, est un handicap, car plus on est léger plus on tressaute et plus on est instable sur sa monture. Conséquence, le rendement en pâtit. En outre, c’est sa première participation. Or gagner à Roubaix implique de l’expérience. S’ajoute aussi le profil plat du parcours qui ne lui convient pas, à la différence du Tour des Flandres et sa succession de monts où la fulgurance de ses démarrages a fini par faire la décision.

À lire aussi : Tour: et si le vrai gagnant n’était pas le vainqueur?

Dès lors, la question qui se pose : vont-ils se livrer à une bataille effrénée dès le premier secteur pavé situé à 95,8 km du départ de Compiègne et à 163,9 km de la ligne d’arrivée, ou, si aucun fâcheux incident ne met l’un ou l’autre hors course, se marquer à la culotte faisant à leur insu le jeu d’un troisième larron à l’affût ? Dans l’un ou l’autre des cas, ce troisième larron susceptible de tirer les marrons du feu de cette rivalité qui renoue les grands épiques duels d’antan ayant écrit les plus pages de l’épopée cycliste, a pour nom Vout Van Aert, le revenant, Mads Petersen, l’opportuniste, ou Filippo Ganna, l’obstiné, parmi quelques autres. Dans le cyclisme, il arrive souvent que c’est le plus malin qui gagne, pas le meilleur. Là est la grandeur de ce sport qui est plus qu’un sport… N’est-ce pas, feu Antoine Blondin2?


  1. Le cannibale était le sobriquet d’Eddy Merckx tellement il était vorace de victoires, ne laissant aux autres que les secondes places. ↩︎
  2. Écrivain français, auteur notamment d’Un singe en hiver, 27 Tours de France à son actif en tant que chroniqueur pour l’Équipe, et à son palmarès 584 chroniques sur la Grande Boucle, et franc buveur. Quand il entrait dans la salle de rédaction du Tour, il saluait ses confrères par un retentissant : « Allez, les gars, au goulot, vite fait. » ↩︎

Haute autorité et bas instincts

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La ministre de la Culture Rachida Dati, Paris, 4 avril 2025 © Chang Martin/SIPA

Dictature de la transparence. Selon Libération, Rachida Dati posséderait une impressionnante collection de bijoux de luxe – dont certains offerts par l’ex-patron d’EDF. Ses avocats assurent qu’elle est en règle et dénoncent une intrusion dans sa vie privée. Ils l’assurent : leur très chic cliente ne collectionne pas les casseroles, mais des montres, colliers, bagues…


Le journalisme de délation a encore frappé. D’après Libération, Rachida Dati aurait caché 420000€ de bijoux à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP)[1]. Le fin limier de Libé a dû passer des semaines à traquer le trésor caché de Rachida Dati. Opération réussie. Les ferrets de Queen Dati enflamment les réseaux sociaux depuis hier.

Une femme d’affaires avisée

18 000 responsables publics doivent déclarer leur patrimoine et leurs intérêts à la HATVP, qui les publie après vérification. Nos inquisiteurs ont visiblement une taupe. Ils ont eu accès à la déclaration, encore à l’étude, de Rachida Dati, puisqu’ils savent ce qui manque…

A lire aussi, Pierre Meurin: « Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

Premier scandale : elle est riche. Plus de 5 millions d’euros de patrimoine figurent dans sa précédente déclaration. C’est louche, ça, chef. « Seul un sacré chiffre d’affaires gagné en tant qu’avocate permet d’accumuler une telle fortune», écrit le journaliste Laurent Léger, laissant entendre qu’elle l’a acquis par d’autres moyens. Oui. Ça s’appelle l’entregent et ça vaut de l’or dans les affaires. Certes, 900 000€ perçus de Renault lui valent une mise en examen pour corruption passive. Reste qu’elle a gagné et placé de l’argent.

Quand « Libé » s’en va fouiner place Vendôme

Ensuite, «la longue enquête de Libération a permis de retrouver les traces d’un petit trésor», se félicite le quotidien de gauche. Ils ont enquêté chez les joailliers parisiens où quelques employés anonymes racontent avec gourmandise les visites de la dame avec son galant. Et les journalistes ont semble-t-il aussi fouillé dans les poubelles de la politique pour en extirper les ragots (parfois vrais) propagés par les adversaires ou amis… Le trésor ? Une vingtaine de pièces de grand luxe signées des grands noms du secteur: Chopard, Cartier et autres. Un peu de romance ne nuit pas aux ventes : on apprend que ces merveilles ont été offertes par Henri Proglio, ex-patron d’EDF et ex-compagnon de Mme Dati. Des bijoux offerts par son amant, quelle horreur ! En réalité, une femme partie de rien, qui s’est élevée au sommet en faisant tourner des têtes — j’adore ça. Quel roman !

Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus propre !

Oui, mais la loi ce n’est pas de la littérature ! me rétorquera-t-on. La loi qui oblige les dirigeants à se mettre à poil financièrement est plus totalitaire que littéraire, selon moi. Certes, cette loi a été votée par les parlementaires. Ce sont les élus qui ont abdiqué. Vincent Trémolet de Villers écrit dans Le Figaro que tous ces élus passent leur temps à se contempler dans le miroir du politiquement correct. Regardez comme nous sommes propres…

A lire aussi, l’éditorial d’Elisabeth Lévy: Une femme d’honneur

Leur création, la HATVP, est une autorité administrative qui ne rend de comptes à personne, mais tient en joue les pouvoirs issus de l’élection. Vérifier le détail du patrimoine des élus ? Pourquoi pas. Mais sa publication, c’est autre chose : elle transforme cette autorité en tribunal révolutionnaire, qui transforme à son tour tous les citoyens en tricoteuses… Cela excite les passions tristes et la haine de l’argent (enfin… de l’argent des autres), cette passion si française. Ces salauds s’en mettent plein les poches, et moi, je trime pour le Smic. Voyez comme on flatte nos instincts.

Les bijoux de Rachida Dati ou les montres de Dupond-Moretti ne disent rien de leurs capacités de ministres. On peut tout à fait décider qu’on s’en fiche. Et j’ai le droit de ne pas savoir. Par souci d’économie, supprimons la HATVP et remercions Rachida Dati qui honore le chic français.

Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud radio dans la matinale de J-J. Bourdin


[1] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/les-bijoux-caches-de-rachida-dati-revelations-sur-le-patrimoine-de-la-ministre-de-la-culture-20250409_CSZOOEG3AVFCJBERYAWHKY6F7M/

Le seul vrai mec de l’Europe serait donc une femme…

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Giorgia Meloni, Rome, 18 mars 2025 © Francesco Fotia/AGF/SIPA

C’est l’Italienne Giorgia Meloni qui se rendra à Washington le 17 avril prochain pour discuter avec le président Trump des droits de douane imposés par les États-Unis à l’Union européenne. La présidente du Conseil italien dirige un gouvernement toujours populaire, plus de deux ans après son arrivée au pouvoir – un record. Mais nos féministes, bien entendu, rechignent à faire de cette femme politique talentueuse une icône.


Giorgia, le prénom, Meloni le nom. Journaliste pour la profession antérieure, droite assumée pour l’engagement, catholicisme pour les convictions, et, du moins pour ce qu’on en sait, assez « mec » aussi dans sa manière de conduire sa vie privée.

Lorsque, en octobre 2022, elle accède à la présidence du Conseil italien, ailleurs en Europe on rigole. On se gausse. On s’inquiète aussi. Mais on ricane surtout de ses prétentions à juguler le flux catastrophique de l’immigration clandestine venant jour après jour, nuit après nuit, s’échouer sur les rivages de son pays. Désormais, les dirigeants des pays circonvoisins confrontés au même défi rigolent un peu moins.

Combine albanaise

Faisant preuve à la fois de pragmatisme, de non conformisme et d’audace, elle a indéniablement marqué des points dans ce domaine, négociant avec l’Albanie une combine d’exfiltration du trop-plein et, parallèlement, avec la Tunisie, une autre combine, de filtrage à l’entrée, celle-ci. Deux agencements, deux accommodements réputés chez nous impossibles, relevant de la douce utopie que seule une « bonne femme » peut véhiculer. Une « blonde » qui plus est. Je me souviens avoir entendu de très fines plaisanteries de ce tonneau à ce moment-là…

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Et voilà bien, que, en quasi capitaine à la tête du navire Europe – et d’une certaine manière en lieu et place de qui vous savez – elle va s’asseoir dans le bureau ovale pour une rencontre – une confrontation ? – avec le président Trump. Là, plus grand monde ne songe à se tenir les côtes d’hilarité. On guette l’issue, on attend le résultat, on espère que de la joute entre ces deux crinières oxygénées sortira quelque chose comme une embellie, un souffle d’apaisement dans la jungle tumultueuse des derniers jours.

Une chose paraît acquise : « La Meloni » – ainsi la désigne-t-on chez elle, comme il se doit pour une diva – La Meloni sait faire. Je veux dire tenir tête et rester ferme dans une négociation. Sourire aux lèvres et dent dure. Le président Macron en sait quelque chose, qui après l’entretien qu’il avait eu, lui le premier qu’elle recevait au lendemain de son investiture, n’avait pas hésité à qualifier la rencontre de « franche et exigeante ». Nul doute qu’il en ira de même face au bouillant Donald. Du franc et de l’exigeant.

Ma théorie du genre

Au fond, ce qui surtout suscite mon intérêt en la circonstance, c’est le sexe de la personne. Pardon, le genre. Ces dernières décennies, nous avons eu, en Europe, en politique, d’assez belles figures de proue féminines, Margaret Thatcher, Angela Merkel. Mais c’était en Allemagne, au Royaume-Uni, contrées où, par exemple, des femmes sont depuis longtemps déjà ministres du culte, voire évêques, et donc terres d’un machisme tout de même moins de tradition qu’en Italie.  

En ce sens, avec La Meloni, il me semble qu’un palier est franchi. Au royaume du patriarcat, là où la « mamma » règne en maître absolue mais plutôt dans sa cuisine, exerce une autorité magistrale, mais de préférence sur les gosses, la performance est de taille.

A ne pas manquer: Poutine, Trump, Tebboune, islamistes… Qui est notre ennemi?

Alors je m’étonne beaucoup que les féministes de chez nous n’en fassent pas davantage une icône. Je m’étonne aussi que les wokistes ne leur emboîtent pas le pas, tenant avec ce chef de gouvernement, au moins au plan symbolique, la parfaite incarnation transgenre du mec au féminin. Les unes et les autres devraient lui ériger une statue, la glorifier en toute occasion, en faire un exemple pour les générations actuelles et futures.

Hop là ! Sachons donc rester lucides. Cela n’arrivera pas. La Meloni pâtit d’une tare rédhibitoire : elle ne se situe pas dans le bon camp. Elle n’officie pas dans la bonne faction, là où la canonisation laïque est de droit et va quasiment de soi. La Meloni est de droite – d’extrême droite, comme disent ceux d’en face dont le sens de la nuance en ces matières ne cesse de faire notre admiration. Regardez, à sa place une Mathilde Panot (juste pour jouer blonde contre blonde) aurait toutes ces chances, elle. On en ferait des tonnes. Certes, elle pâtirait d’autres tares, l’absence de réel talent, le manque de vraie compétence, l’intransigeance dogmatique. Mais on ne s’arrêterait pas à ce genre de détails, on canoniserait direct, vous dis-je. Et nous de rire alors. À en pleurer…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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« Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

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Le député Pierre Meurin colle une vignette "Crit'Air Libre, arrêtez de nous pomper l'air". DR.

Liberté de circulation. Le député Pierre Meurin veut frapper un grand coup cette semaine en obtenant la suppression des ZFE, via un amendement malicieusement glissé dans le projet de loi sur la simplification de la vie économique. Reprenant sa proposition de loi initiale, déjà validée en commission, il pousse pour une victoire dans l’hémicycle, dénonçant sans détours une mesure qu’il qualifie d’« écologie punitive » et d’« insulte à l’intelligence ». Entretien.


Causeur. Dimanche, deux rassemblements ont eu lieu à Paris : l’un place Vauban en soutien à Marine Le Pen face à son inéligibilité, l’autre devant la mairie contre les ZFE, mené par ceux qui se revendiquent comme les « gueux ». Où étiez-vous ?

Pierre Meurin. Je n’étais à aucun des deux. J’étais en effet en manifestation contre les ZFE… mais à Montpellier ! J’y ai pris la parole à l’invitation de Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès, une commune à l’est de la préfecture de l’Hérault. Mon cœur était évidemment à Paris, aux côtés de Marine Le Pen, mais physiquement, j’étais sur le terrain, fidèle à ce combat que je mène de longue date. Et sur ce sujet, je n’ai pas varié d’un iota.

Dans votre circonscription du Gard, ou dans l’Hérault voisin, quelles sont les villes concernées par les ZFE ?

Nîmes et Montpellier ! Mais, les Français doivent comprendre que toutes les métropoles de plus de 150 000 habitants sont concernées depuis la loi « Climat et résilience » de 2021. Les ZFE sont entrées en vigueur au 1er janvier 2025, en catimini. Les verbalisations, elles, débuteront en 2026. Le jour où les radars LAPI (lecture automatique des plaques) seront activés – probablement après les municipales, pour des raisons politiques évidentes – ce sont 13 millions de Français qui risqueront une amende de 68 euros. Pour avoir simplement circulé librement. C’est une folie sociale !

Mais les ZFE ont été mises en place pour des raisons de santé publique. Pas uniquement pour embêter la France périphérique ! Selon Santé publique France, les particules fines seraient même responsables de 40 000 décès prématurés chaque année. N’y voyez-vous aucun bénéfice ?

Non, je suis catégorique : les ZFE n’ont aucun effet positif. On agite ces 40 000 morts, mais c’est une présentation abusive. Ce chiffre correspond à une perte d’espérance de vie, en moyenne dix mois. Ce n’est pas la même chose.

A relire, notre grand dossier: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Je ne nie pas les problèmes de santé publique – asthme, maladies respiratoires ou cardiaques – mais il faut raison garder. Améliorer la qualité de l’air est un objectif louable, certes. Mais nous ne respirons plus l’air des temps de la Révolution industrielle ! Depuis vingt ans, la pollution a baissé : -40 % pour les particules fines, -25 % pour les oxydes d’azote.

Et cela, grâce au renouvellement naturel du parc automobile. On nous a poussé au diesel, aujourd’hui on nous le diabolise ! Les moteurs sont désormais bien plus propres, notamment grâce aux filtres à particules. Bref, la qualité de l’air s’améliore déjà, sans les ZFE.

Pourquoi avoir fait de ce sujet un de vos combats phares, en lançant notamment la vignette « Crit’air libre1 » ?

Parce que j’aime ma vieille bagnole. Et surtout parce que la crise des gilets jaunes a été un tournant pour moi. En 2019, j’étais simple militant. Et j’ai vu à quel point la fracture entre les élites et le peuple pouvait exploser. Les ZFE, c’est exactement la même mécanique : une politique décidée d’en haut, sans tenir compte du réel. Aujourd’hui, je suis député. Et ma responsabilité, c’est d’alerter avant qu’on ne revive un scénario à la gilets jaunes. Il faut prendre le pouls du pays avant qu’il ne soit trop tard.

Craignez-vous que les ZFE deviennent un nouveau catalyseur de colère sociale, comme les 80 km/h sous Édouard Philippe ?

Très clairement. Imaginez : des milliers de conducteurs qui vont recevoir une amende de 68 euros simplement pour aller travailler, se soigner, faire leurs courses ou accéder à des services publics désormais concentrés en ville. C’est une bombe sociale à désamorcer. Le bon sens impose de tout reprendre à zéro. On peut travailler sur la qualité de l’air, mais pas en punissant les plus modestes.

Vous parlez de « ségrégation sociale » voire de « séparatisme » au sujet des ZFE. N’est-ce pas exagéré ?

Je parle de séparatisme, oui. Celui qui consiste à dire que les pauvres polluent les riches. Les centres-villes sont devenus inaccessibles aux classes populaires, reléguées en périphérie ou en zone rurale. Et pendant qu’on les poussait hors des villes, tous les services essentiels – soins, éducation, administrations – s’y concentraient. Aujourd’hui, on leur dit : « Tu ne peux même plus venir en ville, tu nous pollues ». Où sont la liberté, l’égalité, la fraternité ? La liberté de circuler est entravée. L’égalité d’accès aux services n’existe plus. Et la fraternité ? Quand un riche peut dire à un pauvre « reste chez toi », c’est qu’on a un vrai problème de société.

Le gouvernement envisagerait de limiter les ZFE à Paris et Lyon. Une victoire pour vous ?

Pas du tout. Ce que je refuse pour les villes moyennes, je le refuse aussi pour Paris et Lyon. Ce serait injuste et contraire à mes principes.

Et en réalité, on ne les limite pas : on les rend obligatoires à Paris et Lyon, tout en laissant la possibilité aux autres métropoles d’en instaurer. Ce n’est donc pas une reculade, c’est une ruse. Et on connaît déjà les élus qui vont s’y engouffrer : tous ces écolos anti-voiture vont poursuivre leur croisade contre les automobilistes.

Comment avez-vous réussi à faire inscrire ce sujet à l’ordre du jour de l’Assemblée cette semaine ?

Trois mois après mon élection en 2022, ma collègue Anne-Sophie Frigout dépose une proposition de loi pour supprimer les ZFE. Je la reprends en janvier 2023 lors d’une niche parlementaire du RN. En janvier 2025, les ZFE « Climat et résilience » sont élargies à 32 métropoles. Je redépose alors une proposition plus argumentée. Entretemps, d’autres groupes déposent aussi des textes : Sylvain Carrière (LFI) demande un moratoire si les transports publics sont insuffisants, LR propose un moratoire de cinq ans. Finalement, Ian Boucard (LR) intègre dans le projet de loi de simplification un amendement copié-collé de mon texte. Grâce à une abstention de la gauche radicale et à des soutiens centristes, la proposition est adoptée : 26 voix contre neuf. Son examen débute ce mercredi 9 avril. Je suis confiant…

Nous sommes ravis d’entendre que vous espérez obtenir gain de cause, mais que propose le RN pour lutter contre la pollution ?

D’abord, rappelons que les transports routiers ne représentent que 16 % des émissions de particules fines. Je propose une généralisation du décalaminage à l’hydrogène : un nettoyage du moteur qui réduit les émissions et la consommation. C’est peu coûteux (60 €) et efficace. Mais personne n’est vraiment au courant.  Ensuite, développons les transports en commun, pour désenclaver nos territoires. Et installons pourquoi pas des parkings relais à l’entrée des villes. On ne peut pas sanctionner avant d’avoir offert des alternatives.

A lire aussi: Marcel Gauchet : « L’Europe est l’idiot du village global » 

Et concernant l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 ?

Est-ce qu’une voiture électrique, souvent fabriquée à l’autre bout du monde, est vraiment plus écologique que ma vieille Clio ? J’en doute. Entre les terres rares chinoises, le cobalt congolais, et le transport maritime, l’impact carbone est énorme.

En plus, les particules fines proviennent surtout de l’usure des pneus, des freins, des suspensions – pas de l’échappement. Or, le système Crit’Air ne prend en compte que l’âge et la motorisation. Une Tesla ou une voiture électrique chinoise, très lourdes, usent davantage la chaussée et ses pneus émettent plus de particules. Tout cela est absurde. Classer les véhicules uniquement selon leur âge, c’est de la paresse intellectuelle. Un raisonnement démontable en cinq minutes par un gamin de cinq ans.

Mais la France ne risque-t-elle pas des sanctions de l’Union européenne?

Les directives européennes de 2008 et 2024 imposent d’améliorer la qualité de l’air, pas de créer des ZFE. Et comme l’air s’améliore déjà, nous pourrions respecter nos objectifs. Juridiquement, le Conseil constitutionnel ne pourrait pas s’y opposer. Si la Commission européenne réagit, on avisera. Mais qu’on arrête de faire peur avec les condamnations pour « inaction climatique » : c’est toujours le contribuable qui paie, alors qu’il préférerait utiliser cet argent pour se soigner ou vivre dignement.

Êtes-vous optimiste pour le vote ?

Pour la première fois, une norme environnementale pourrait être abrogée. Cela ouvre une brèche, et j’y vois un immense espoir. On dit souvent qu’avec les normes écologiques, on ne peut jamais revenir en arrière. Cette fois, peut-être que si. Et ça, je vous l’assure, ça en effraie plus d’un dans la haute administration.

Métropolia et Périphéria: Un voyage extraordinaire

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  1. Voir le site dédié du mouvement ici : https://stopzfe.fr/ ↩︎

«La police ne peut plus rien pour vous…»

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Maurice Signolet publie "La Police ne peut plus rien pour vous" (L'Artilleur, 2025). Photo retouchée. DR.

L’ancien policier, qui publie aujourd’hui un essai percutant et bien renseigné sur l’état actuel de notre police nationale, a répondu à nos questions. Il déplore notamment les effets de la réforme de la police judiciaire entrée en vigueur début 2024.


Causeur. Votre livre s’intitule La police ne peut plus rien pour vous, un titre fort. Qu’est-ce qui vous permet d’avancer cela ? Et pourquoi avoir écrit ce déprimant brûlot ?

Maurice Signolet. Je suis un ancien commissaire divisionnaire, aujourd’hui à la retraite, après quarante ans passés dans la police. J’ai commencé comme inspecteur de police, puis j’ai gravi les échelons : inspecteur principal, inspecteur divisionnaire, commissaire, commissaire principal… J’ai exercé principalement en police judiciaire, mais aussi en sécurité publique. Aujourd’hui, je suis un homme retraité, marié – depuis longtemps ! –, père de trois enfants et grand-père de six petits-enfants. Et j’ai voulu écrire ce livre pour raconter ces quarante années de service. Ce n’est pas juste un métier, c’est une vie. C’est un engagement quotidien. Mon objectif était de montrer, de l’intérieur, le quotidien d’un policier : ce qui se passe derrière la porte d’un commissariat, d’une brigade de PJ… Je pense que c’est un univers qui reste encore méconnu du grand public.

Selon moi, l’institution policière s’est profondément dégradée en quarante ans. Ce n’est pas seulement la faute des policiers, bien sûr. Il y a eu une accumulation de réformes – du Code pénal, du Code de procédure pénale, des structures administratives… – qui ont profondément modifié la sociologie policière. Le métier que j’ai connu en entrant dans la police n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Et vous affirmez que les forces de l’ordre sont désormais désarmées face à la réalité du terrain. Qu’est-ce qui vous permet de poser un constat si sévère ?

On parle beaucoup aujourd’hui d’un « ensauvagement » de la société. Ce n’est pas un mot vain. Il y a eu une véritable transformation sociologique : la violence s’est banalisée, la délinquance d’appropriation a explosé, et l’autorité n’est plus respectée comme elle l’était autrefois.

Quand je suis entré dans la police, la délinquance était marginale. On entrait dans ce métier un peu par romantisme, pour faire des enquêtes, jouer au commissaire Maigret… On vivait à la frontière entre deux mondes : la normalité et la marginalité. Mais aujourd’hui, la violence est omniprésente dans la société française. Les policiers peuvent être régulièrement pris à partie, agressés. Et ce qui était exceptionnel est devenu la norme.

Vous évoquez aussi un profond changement dans la manière même d’exercer le métier de policier…

Oui. Quand j’ai commencé, il n’était pas question de compter ses heures. Travailler le jour, la nuit, les week-ends ? Ce n’était pas un problème. On le faisait sans broncher, parce que c’était le métier qui voulait ça. D’ailleurs mon épouse ne travaillait même pas à l’époque, parce que j’étais convaincu qu’on ne pourrait pas avoir une vie familiale équilibrée, autrement.

Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les agents réclament des horaires aménagés – ne pas travailler le mercredi, par exemple – et, en réponse, l’institution transforme la mission pour l’adapter aux contraintes personnelles ! Ce renversement est catastrophique. On a non seulement détruit la procédure pénale, mais on a aussi bousculé l’organisation même de la police.

Vous évoquez la disparition de la police judiciaire comme une conséquence de cette logique.

Oui. Cette réforme a été dictée par les syndicats. Elle permet, par exemple, à un gardien de la paix de faire toute sa carrière dans une seule région, sans changer de direction. C’est plus confortable pour lui, certes… mais est-ce que ça bénéficie à la population ? Absolument pas.

La police judiciaire, c’est un métier à part. Le maintien de l’ordre, c’en est un autre. Ces fonctions nécessitent des compétences spécifiques que cette réforme a effacées.

Aujourd’hui, un gardien de la paix peut faire carrière en passant d’un service à un autre, au gré des opportunités : sécurité publique, police aux frontières, puis PJ. Il suffit de changer d’étage. C’est absurde. Autrefois, chaque spécialité était respectée, structurée. Aujourd’hui, on fait tout pour satisfaire les agents… au détriment de l’efficacité.

Vous affirmez que la police est dirigée autant par ses syndicats que par la hiérarchie. Quel sont les effets de cet état de fait ?

Ils sont dramatiques. Et pour être honnête, je tiens effectivement autant la hiérarchie que les syndicats pour responsables. Avant, on avait une hiérarchie de compétence. Aujourd’hui, c’est une hiérarchie d’obéissance. On privilégie les carrières, les réseaux, les affinités, parfois ésotériques ou politiques, plutôt que le service public. Et le terrain le sait. Tout le monde est conscient de ça. Résultat : chacun se tient par la barbichette. L’autorité n’est plus légitime. Les syndicats sont aujourd’hui trop puissants. Ils influencent les décisions jusqu’au sommet. On assiste à une cogestion entre l’administration et les syndicats. Ce n’est pas sain.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Hors l’élitisme républicain, pas de salut pour l’École

Ce que vous décrivez, c’est aussi un système déconnecté du terrain.

La fracture hiérarchique nuit immensément à l’efficacité de la police. Il faut une réforme en profondeur des modes de recrutement. Dans la gendarmerie, 70 % des officiers sont issus du rang. Dans la police nationale, ce n’est malheureusement pas le cas. Aujourd’hui, les officiers ou commissaires sont trop souvent parachutés. Ils n’ont pas fait leurs preuves sur le terrain. Et comme on a drastiquement réduit leur nombre, il est devenu très difficile pour un officier d’évoluer vers un poste de commissaire. Résultat : la hiérarchie est souvent perçue comme illégitime par les agents. Et cela nuit à l’autorité, au respect, à l’efficacité du commandement.

Vous critiquez également l’introduction du « management » dans la police. Pourquoi est-ce problématique ?

Parce que la police, ce n’est pas une entreprise. Ce n’est pas une société de services. On travaille avec l’humain, dans la douleur, l’urgence, parfois la violence. Le management « moderne » repose sur des logiques de rendement, de neutralité émotionnelle. Or, un commissariat, c’est tout sauf neutre. Moi, j’étais un chef « directif affectif ». J’étais impliqué émotionnellement, humainement. Et je pense que c’est indispensable dans ce métier. Le commandement doit reposer sur le charisme, sur la compétence, sur la légitimité affective. Ça, aucun diplôme, aucune école ne peut vous l’apprendre.

Dans votre livre, vous déplorez enfin que la police ne soit pas préparée aux nouvelles menaces, notamment le terrorisme. Pourquoi ?

Parce qu’on a démantelé ce qui fonctionnait. La disparition des Renseignements généraux a été une erreur majeure. On avait un maillage territorial fin, une connaissance intime du terrain. Aujourd’hui, on a centralisé, rationalisé… mais on a perdu en finesse, en réactivité. Il y a bien la direction générale de l’antiterrorisme, qui fonctionne, mais on ne peut pas tout concentrer à Paris. Et surtout, la masse de travail est devenue écrasante. On fait face à des comportements radicalisés de plus en plus visibles, partout sur le territoire. Et on n’a plus les moyens de les traiter à temps.

Enfin, une question de gauche (!) : comment rebâtir la confiance entre la police et la population ?

Cela va être très difficile. Et je ne pense pas qu’aux banlieues. L’épisode des gilets jaunes a laissé des traces profondes. On a vu une police d’obéissance, brutale, en décalage complet avec les citoyens. Aujourd’hui, la technopolice se développe partout – radars, caméras, surveillance automatisée – et la défiance grandit. Il faudrait tout reconstruire. Redonner du sens à l’autorité. Réhabiliter la notion d’interdit, de respect de la loi. Mais c’est un chantier sociétal colossal.

Le bistrot: dernier refuge du réalisme poétique

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© GILE Michel/SIPA

Mi-mars, les députés ont adopté une loi visant à faciliter l’obtention de la « précieuse » licence IV dans les communes rurales de moins de 3 500 habitants pour que les bistrots ne meurent pas. En attendant que ce texte soit approuvé par le Sénat, Thomas Morales se félicite de cette action en faveur du dynamisme, de l’attractivité et de la solidarité dans nos campagnes


Quand un bistrot disparaît dans un village, c’est une forme d’humanité silencieuse que l’on abat. On supprime un lieu de rendez-vous, une échappatoire à la solitude, une aire d’apaisement dans le fracas du monde, un lieu de vie qui serait à la fois une borne temporelle et une République en miniature. Ces derniers temps, on médit beaucoup sur le travail parlementaire, sur l’impossibilité de trouver un compromis politique ; il semble pourtant que lorsque notre Nation est en danger, nos députés savent encore se mobiliser en votant une proposition de loi pour enrayer le déclin du zinc et assouplir le cadre législatif pour l’octroi de la célèbre licence IV dans les communes rurales. Le réseau 1000 cafés a largement œuvré à cette prise de conscience en remettant le café au centre du village, c’est-à-dire en lui attribuant des vertus économiques et solidaires, touristiques et civilisationnelles. Il fallait oser dans un pays neurasthénique sur les addictions affirmer que le bistrot était le vecteur de l’intérêt général. Que le débit de boisson était intimement lié à la santé mentale de nos concitoyens les plus éloignés des centres urbains.  « Quand le bistrot va, tout va » me disait ma grand-mère, négociante en vins des terres reculées. Elle se souvenait de l’époque bénie où chaque petite municipalité disposait d’une dizaine, voire plus, de cafés ; certains peuplés du matin au soir, brassant des ouvriers et des notables, d’autres tenus par une seule patronne sans âge, modeste troquet ressemblant à une salle à manger en formica avec napperons accordés qui ne voyait qu’un client par jour, lui arrondissant ainsi sa pension de veuve de guerre. Sans le bistrot, sans cet épicentre, la province perdrait son socle unificateur et son forum nécessaire à toute cohabitation heureuse. Sans cette halte au milieu d’autres humains, dans leur différence et leur complexité, leur joie et leur peine, la vie de chacun serait seulement orchestrée, régie, cadenassée par la virtualité des réseaux. Voulons-nous que les campagnes soient des citadelles à l’abandon ? Car les chiffres font froid dans le dos, la désertification s’est même accélérée ces dernières années. On comptait 500 000 bistrots au début du XXème siècle, 200 000 il y a 50 ans et moins de 35 000 en 2020. Le Covid et son long cortège de restrictions auront achevé ce processus de délitement. On pourrait s’en amuser, figer le bistrot dans un folklore dépassé, une bigoterie populaire charmante mais complètement anachronique, le discréditer en raison des ravages de l’alcool et oublier sa participation active à la cohésion d’un « territoire ». Au bistrot, on retrouve les copains, ceux de toujours, de l’école communale et même ses ennemis héréditaires, on y parle, on y joue, on y philosophe, on y marchande, on y dit beaucoup de conneries, c’est la grandeur d’une vieille nation, on y boit aussi de la limonade, parfois on y mange, on y lit la Presse Quotidienne Régionale, on y commente le match du dimanche et les interventions télévisées d’un candidat putatif, on y blague, on se moque et on pleure quand nous apprenons le décès d’une connaissance. Il est notre frise chronologique, notre Lavisse couleur café. Le bistrot est le contraire d’un vase clos, d’un entre-soi délétère, les générations s’y rencontrent, peut-être est-ce l’unique endroit où des retraités et des jeunes travailleurs causent encore ensemble ? Ce lien fragile, qui paraît dérisoire dans l’Océan des interconnexions planétaires, est une source d’espoir. Tant qu’il y aura des bistrots, nous aurons quelque chose à nous raconter, à partager, à batailler. Il suffit de se promener partout en France, du Berry au Pays du Léon pour constater qu’une pléiade de gens n’appartenant pas aux mêmes classes d’âge s’y croise. Dans quel autre lieu, un tel miracle se produit-il ? Plus à l’école et bientôt plus à l’hôpital. Je repense à cette phrase de Jacques Perret dans son roman, Les biffins de Gonesse : « La rue ne bougeait pas, les bruits de la ville s’étouffaient dans la chaleur ». Cette chaleur-là nous est vitale. C’est pourquoi je suis bistrot comme Guy Marchand affirmait : je suis tango !

Les biffins de Gonesse

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Tendre est la province

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