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Syrie: contre Daech, les Etats-Unis forment… 90 combattants

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On nous avait promis des bataillons de rebelles syriens laïques ou «islamistes modérés» combattant à la fois l’Etat islamique et Bachar Al-Assad. Certes, le moindre petit stratège de guerre nourri au lait de Clausewitz et Jomini sait combien il est difficile de se battre sur deux fronts, mais les diplomates occidentaux font peu de cas des réalités militaires. Ainsi, dans l’esprit de John Kerry comme de Laurent Fabius, le régime de Damas n’ayant plus droit de cité sur cette terre, il convient de financer et d’armer ce qui reste d’Armée syrienne libre et ne fraie pas encore avec la succursale locale d’Al-Qaïda (Front Al-Nosra).

L’été dernier, la Maison Blanche avait débloqué la bagatelle de 500 millions de dollars pour former et salarier des jeunes modérés. Une porte-parole du Pentagone explique que ces volontaires intrépides toucheront entre 250 et 400 dollars suivant leur rang et leurs compétences. Une véritable ruée vers le billet vert mise à la portée de ces jeunes syriens.

Le but de ce programme est de former 5 400 combattants par an. Mais, d’après le site US News, les Etats-Unis n’ont réuni que… 90 apprentis-guerriers en Jordanie. Officiellement, l’armée américaine a revu ses objectifs à la baisse mais continue affirmer que 3 000 militaires peuvent être formés d’ici la fin de l’année. En privé, ses responsables reconnaissent qu’il est difficile d’inverser la courbe de recrutements…

Non seulement ce réjouissant programme d’entraînement ne séduit pas grand-monde, mais les rares  bras cassés qui se proposent sortent souvent de la course dès le premier examen. Quand bien même ils passent cette épreuve avec succès, la plupart de ces aspirants rentrent à la maison pour cause de passé peu glorieux ou d’autres problèmes personnels aussi rédhibitoires que des affinités salafistes.

Quant aux quelques combattants sérieux, ils voient cette histoire d’un assez mauvais œil. Eux ne se concentrent pas sur Daech, leur ennemi principal reste le régime de Bachar Al-Assad contre lequel ils combattent depuis plusieurs années. Malgré les crimes de l’Etat islamique, ces recrues préfèrent s’attaquer au pouvoir en place. Certains poussent même le vice jusqu’à refuser d’informer leurs alliés yankees. Abdul-Jabbar Abu Thabet, chef d’un groupe modéré, le Bataillon d’Alep, auquel les Américains font les yeux doux, a refusé de leur donner les noms de ses combattants.

Comme la vieille entreprise de papa qui se fait doubler par les start-ups, les Etats se font doubler par les sabreurs d’Alep et les douze salopards de Daech. On aura une petite pensée pour la centaine de combattants qu’on enverra au front comme chair à canon.

Pour les choses sérieuses, il faudra attendre. Hormis une poignée de mercenaires chrétiens ou kurdes, n’est pas près de voir se constituer des brigades internationales anti-djihadistes, sinon dans les rangs des milices chiites irakiennes ou libanaises pro-iraniennes, dont Myriam Benraad a décrit quelques-unes des exactions ici.

On aura beau se récrier devant les crimes de l’Etat islamique, l’impuissance occidentale reste patente. Eh oui, avant de ricaner, souvenons-nous que des vies sont en jeu.

*Photo : Julian Fong.

Réforme du collège: la leçon allemande

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Dans la mêlée confuse engendrée par la réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem, ses partisans comme ses détracteurs n’ont guère éclairé le débat en invoquant des expériences étrangères, bien au contraire. Alors que l’on ne cesse de brandir le modèle allemand à tout propos, et hors de propos, pour dénoncer notre incapacité à maintenir nos industries, à faire prospérer nos exportations, voire à extirper notre gauche de ses oripeaux marxistes (ah ! Bad Godesberg !), on évite de regarder outre-Rhin lorsqu’il existe, là bas, quelques idées bonnes à prendre. Les modèles finlandais, coréen (du Sud !) ou canadien ont été convoqués par les amis de Mme Vallaud-Belkacem pour prouver que le collège unique de la 6e à la 3e n’était pas un obstacle à l’obtention d’excellentes places dans l’étude PISA de l’OCDE. Ils oublient de mentionner que d’autres pays performants, comme Hongkong, Singapour ou Taïwan caracolent en tête de ce classement avec un système dual dans le premier cycle du secondaire, à dominante soit générale, soit professionnelle. On passe également sous silence que, même dans les pays rassemblant tous les élèves entre 11 et 16 ans dans le même type d’établissement, les meilleurs d’entre eux se voient offrir des enseignements plus poussés dans des matières comme les langues vivantes, langues anciennes ou matières artistiques, pendant que leurs camarades en difficulté tentent de combler leurs lacunes dans les matières fondamentales.

L’idéologie égalitariste qui conduit à éliminer ce qui marche, comme les classes bilingues et européennes, est justifiée par une analyse biaisée de la situation actuelle : si le collège français marche mal, nous dit-on, et accroît les inégalités sociales au lieu de les corriger, c’est que son fonctionnement est perverti par l’introduction, en son sein, de filières cachées, rétablissant en douce la ségrégation sociale.[access capability= »lire_inedits »] Il faut vraiment avoir l’esprit tordu pour prétendre que priver les bons élèves – quel que soit leur milieu d’origine – des apprentissages dont ils pourraient bénéficier aurait pour conséquence l’élévation du niveau de ceux qui sont actuellement en échec ! On remarquera que l’argumentaire développé par la même Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre du Droit des femmes, au moment de la querelle du mariage gay – « Cette loi n’enlève rien à personne !» – ne saurait être appliqué à la réforme du collège. La réforme enlève bel et bien des services éducatifs à ceux qui pourraient en tirer profit, pour les transférer vers d’autres dont on peut douter du bénéfice qu’ils vont en obtenir : qui peut affirmer sérieusement que l’étude de l’allemand, dès la 5e, par des jeunes en délicatesse avec la pratique du français basique, contribuera à les tirer d’affaire ? Les sceptiques sont aussitôt accusés de vouloir réserver les langues anciennes et la langue de Goethe à des happy fews et à en priver les enfants des classes populaires (entendez les immigrés). Ces matières deviendraient alors des « marques », à l’image des fringues hors de prix dont sont censés se vêtir les rejetons des beaux quartiers… Sauf qu’il ne suffit pas de sortir la monnaie pour les acquérir, mais que cela nécessite un certain effort, non seulement des « apprenants », mais également de leurs ascendants pour les inciter à se colleter avec les déclinaisons, conjugaisons et autres coups de vice grammaticaux de ces disciplines…

Le seul à avoir mis les pieds dans le plat et révélé la nudité de l’empereur éducatif rhabillé par Mme Vallaud-Belkacem et ses petites mains sociologistes et pédagogistes, c’est Bruno Le Maire. Il n’est pas indifférent que ce dernier soit à peu près le seul homme politique de premier plan, en France, à connaître de première main, en version originale, la langue et la civilisation de nos voisins d’outre-Rhin. Sa critique du collège unique, vache sacrée à gauche comme à droite, se fonde sur deux décennies de débats, parfois très vifs, en Allemagne. La querelle mettait aux prises les partisans du collège unique (Gesamtschule) et ceux du système dual, où coexistent le Gymnasium, lycée classique conduisant au baccalauréat (Abitur), puis à l’Université, et la Realschule, conduisant à un diplôme de fin d’études secondaire spécifique, à dominante technologique (Fachhochschulereife), permettant d’accéder aux écoles supérieures techniques ou à l’apprentissage en alternance. À la différence du débat français, qui reste purement théorique, puisque le système est, en principe, uniforme à l’échelle nationale, la discussion allemande pouvait être tranchée par la méthode expérimentale chère aux physiciens. L’organisation de l’enseignement étant de la compétence des Länder, chacun d’entre eux dispose d’une autonomie très large pour mettre en œuvre les systèmes lui paraissant les plus aptes à répondre aux besoins des élèves, des parents et de l’économie locale. Les théories en concurrence étant fortement connotées idéologiquement et politiquement, les Länder dominés par la gauche (sociaux-démocrates et Verts) tentent (sans y parvenir totalement) de remplacer le système dual par la généralisation des Gesamtschule, alors que ceux où la droite est majoritaire maintiennent le système dual traditionnel. Le choc causé, au début des années 2000, par les piètres performances de l’Allemagne dans les classements internationaux évaluant les acquis des élèves conduit à une remise à plat de l’ensemble du système. Il apparaît alors que les performances en mathématiques et en expression écrite et orale de l’ensemble des élèves, toutes origines sociales confondues, sont meilleures dans les endroits pratiquant le système dual, y compris pour ceux issus des milieux défavorisés, que pour ceux fréquentant les Gesamtschule. Ce constat donne un coup d’arrêt à la démolition du système dual, et même dans les endroits où la situation démographique impose le regroupement des élèves dans un seul établissement, des filières différenciées sont instaurées. Une attention particulière est donnée aux établissements accueillant une forte proportion d’élèves issus de l’immigration – les statistiques ethniques, qui ne sont pas taboues en Allemagne, permettent de mettre en œuvre des dispositifs spécifiques pour améliorer leur intégration : création d’écoles maternelles dans les quartiers où ils sont concentrés (l’enseignement préscolaire est le parent pauvre du système allemand), pédagogies adaptées, relations intenses avec les familles, implication des entreprises, invitées à attirer ces jeunes vers des métiers d’avenir. Des pratiques éducatives adaptées sont expérimentées, puis généralisées pour un public de jeunes « avec arrière plan migratoire », comme on désigne, en Allemagne, les élèves issus de milieux étrangers à la Leitkultur, la culture majoritaire de la population. On est coulant sur le port du voile islamique – la laïcité n’est pas la tasse de thé de ce pays concordataire – mais intransigeant sur l’inculcation des bases communes de la culture allemande, en termes de savoirs comme de morale courante. L’objectif n’est pas d’amener 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, mais 100 % de cette même classe d’âge à l’employabilité. Le système dual est tempéré par l’existence, à tous les niveaux, de passerelles permettant à des jeunes révélant tardivement leurs dons et leurs aptitudes de rejoindre des filières plus pointues, en rattrapant l’Abitur par des voix parallèles, y compris lorsque l’on est déjà engagé dans le monde du travail (zweiter Bildungsweg). Quelques exemples de hauts dirigeants de grandes entreprises allemandes parvenus au sommet sans avoir suivi la voie royale du Gymnasium et des grandes universités constituent une motivation supplémentaire pour ceux qui veulent entreprendre l’escalade ardue de l’échelle sociale.

C’est dans cet esprit que Bruno Le Maire a formulé sa proposition de « collège différencié », au sein duquel les enseignements techniques seraient revalorisés, et proposés à ceux qui « s’ennuient » en classe. Mais cette fine mouche politique a soigneusement évité de citer la source de son inspiration, pour ne pas se faire traiter de caniche de Merkel par des génies du style Mélenchon. Il ne fait, en réalité, que suivre l’exemple d’Ernest Lavisse, qui alla étudier, sur le terrain, les secrets de la victoire prussienne lors de la guerre de 1870-1871, et découvrit que le système d’éducation bismarckien était un facteur majeur de la montée en puissance du Reich. Ce qui valait hier dans l’affrontement militaire est aisément transposable à la guerre économique.[/access]

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*Photo : Michael Probst/AP/SIPA. AP21630993_000003.

Grèce: un referendum, et après?

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Heureusement qu’Alexis Tsipras n’est pas une femme ! Son sexe, supposé fort, permet de poser sans craindre les foudres des Chiennes de garde une question pourtant simple : quand Alexis Tsipras dit non, que veut-il dire vraiment ?  Son « non » est-il une sorte de « oui mais » ? Car, si on ne sait pas encore comment les citoyens grecs vont répondre à la question que leur pose leur gouvernement, et bien qu’il s’agisse d’un simple « oui » ou « non », on peut déjà deviner les termes du débat de lundi matin : que voulaient vraiment dire les Grecs ? S’ils votent oui, Tsipras va-t-il prendre le premier avion pour Bruxelles pour accepter ce qu’il a refusé samedi dernier ? Il faudrait être naïf pour le croire. Et si, au contraire, les Grecs répondent « non » au referendum, jusqu’où le Premier ministre grec pense-t-il pouvoir faire monter les enchères ? On risque d’y voir encore moins clair le lendemain du referendum. Et ce, pour une raison simple : le vrai problème, c’est-à-dire la sortie de la Grèce de l’euro, est toujours esquivé. En Grèce, à en croire les médias, pour beaucoup de citoyens, voter « non » ne veut pas dire « sortir de l’euro ». Or, aujourd’hui cela semble être la seule solution valable, à condition que… les autres pays de la zone euro l’acceptent.

Une sortie « sèche » de l’Euro serait très périlleuse, socialement et politiquement tout autant qu’économiquement. D’un point de vue économique, les bénéfices de la dévaluation de la monnaie grecque arriveraient très lentement et de manière extrêmement inégale. Une pénurie terrible en devises « dures » rendrait la vie d’une grande majorité de Grecs encore plus difficile qu’aujourd’hui et pour longtemps. Pas besoin de faire un dessin, on peut facilement imaginer les problèmes d’approvisionnement en pétrole, en blé ou en médicaments, pour ne mentionner que les besoins les plus évidents. Avant que la Grèce ne devienne « l’atelier de l’Europe » et que sa croissance redémarre, le pays subira une régression extrêmement brutale. Quand bien même les choses commenceraient à s’améliorer, l’économie grecque restera longtemps pénalisée par son défaut de paiement et son accès au crédit sera très limité. Quant à la dimension socio-politique d’une telle traversée du désert, il suffit de connaître l’histoire grecque contemporaine pour prendre la mesure des multiples risques auxquels s’exposerait cet Etat faible qui a connu la guerre civile, la dictature militaire et la guerre tout court. Ces dangers ne se limiteront pas à la Grèce. Comme nous l’avons vu avec l’écroulement des Etats arabes, en cas d’incendie dans la  maison du voisin, le feu ne respecte pas le cadastre : ses flammes se propagent en faisant fi du droit et des accords internationaux.

La seule façon de limiter les dégâts est d’assurer à la Grèce un accès au crédit selon des critères politiques – et non économiques. Autrement dit, suspendre la Grèce de la zone euro mais continuer à lui prêter de l’argent dans des conditions favorables. Ce scénario (développé par Stéphane Montabert ici) éviterait un retour à une monnaie nationale, opération coûteuse et compliquée, mais exigerait l’instauration de l’état d’urgence économique : limitation des retraits en espèces, émission par l’Etat des reconnaissances de dettes pour régler certaines dépenses intérieures (l’Etat les accepterait dans ses guichets pour le paiement des impôts par exemple). Les Grecs vivraient sous un régime de semi-liberté économique, comme ce fut le cas pour beaucoup d’Européens après la guerre. Mais la décision de réintégrer l’euro ou de larguer définitivement les amarres serait déconnectée de la crise actuelle, ce qui atténuerait considérablement les difficultés à venir. Seul problème : cette solution devrait être négociée avec les dix-huit autres membres de la zone Euro, ce qui rappelle un vieux proverbe : pour bien divorcer, il faut bien se marier… mais dans ce cas, pourquoi divorcer ?

Photo : Petros Karadjias/AP/SIPA. AP21758346_000086.

Le gouvernement français a peur des taxis

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Richard Darbéra est historien, chercheur au CNRS et auteur d’Où vont les taxis ?.

Ludovic Fillols. Les récents incidents impliquant chauffeurs de taxi ne sont pas le premier conflit entre cette corporation et l’Etat. Pourtant, la loi française étouffant presque toute concurrence semble particulièrement favorable aux intérêts des taxis. Comment expliquer ces rapports particuliers entre les taxis et le pouvoir en France ?

Richard Darbéra. Le gouvernement français, contrairement à ceux des autres pays, redoute les taxis. En conséquence, il a été amené à maintenir des conditions légales non adaptées aux conditions réelles. Or, plus on retarde l’ajustement, plus les bouleversements risquent d’être grands. Faute d’avoir procédé par touches tous les dix ans, on  risque de voir toutes les digues s’effondrer pour la première fois depuis cinquante ans.

Que s’est t-il passé il y a cinquante ans ?

En 1955, un décret avait réactivé une distinction ancienne entre voitures de petite remise et voitures de grande remise, ces dernières étant des « voitures de tourisme de luxe » conduites par le propriétaire ou son préposé, suivant des conditions fixées à l’avance entre les parties. Or, contrairement aux voitures de petite remise qui, comme les taxis, relèvent du ministre de l’Intérieur, les voitures de grande remise relèvent du « ministre des travaux publics, des transports et du tourisme ». Jusqu’aux années 1970 et la démocratisation du téléphone, cette cohabitation n’a pas posé de problème.

Avec un téléphone dans chaque foyer, il n’était plus besoin d’aller chercher ces voitures dans leur remise. Les taxis ont vu le danger de cette nouvelle concurrence, et ont protesté contre le développement rapide des petites remises, mais c’est en France qu’ils ont été particulièrement bien écoutés. A l’époque, il était possible de garder la différence qui existe entre la voiture de remise et le taxi. Le taxi gardait le monopole de la rue par le biais du maraudage. Cela n’a pas été le cas. En effet, depuis plus de 30 ans, les ministres de  l’Intérieur successifs se sont appliqués à faire quasiment disparaître les voitures de petite remise.

Plusieurs économistes ont depuis recommandé de libérer la petite remise avec par exemple l’introduction d’une sorte de « radio-taxi » comme c’est le cas à Londres. La « décision n°210 » du rapport Attali en est l’exemple le plus récent. Mais début février 2008, après trois jours de manifestations des taxis dans plusieurs villes de France, le gouvernement a rapidement enterré cette proposition. Le gouvernement, dans l’intérêt des Français, aurait dû imposer la réforme. Mais du point de vue des taxis, ils ont bien fait de refuser les réformes Attali. Le vrai problème, c’est qu’ils n’ont pas anticipé le risque d’effondrement d’un système figé depuis trop longtemps. Ils auraient dû considérer la reculade du gouvernement comme un répit pour se moderniser, améliorer la qualité du service, et accepter une augmentation progressive de leur nombre pour rattraper le retard accumulé.

Toutefois, l’histoire ne s’arrête pas là. En effet, le décret du 18 mai 2007 relatif à la composition du premier gouvernement Fillon, déplace la direction du tourisme du ministère des transports vers le ministère des finances. Deux ans plus tard, par la modification de quelques paragraphes dans le Code du Tourisme, la législation des voitures de grande remise a été « modernisée » en prenant le nom de « voiture de tourisme avec chauffeur ou VTC ». Cette réforme est entrée en vigueur le 1er janvier 2010. Ces textes ont largement modifié le secteur du transport de tourisme en simplifiant l’accès à la profession. Bien que très discrète, cette réforme n’est pas passée inaperçue, et l’activité a connu une expansion rapide. Ainsi, par un habile tour de passe-passe, le législateur venait de ressusciter une forme de petite remise, mais une petite remise hors d’atteinte du ministre de l’Intérieur.

Concrètement, comment ce monopole a-t-il été maintenu ?

Deux raisons assuraient le monopole des taxis : l’existence de tarifs administrés et celle d’un numerus clausus. Avec les applications pour smartphones, les raisons de réguler le marché ont disparu car grâce à la géolocalisation des véhicules, il n’y a plus besoin de héler le taxi. De plus, on connaît le tarif à l’avance avec les VTC. Ces technologies permettent la création de ce que les économistes appellent « un marché parfait » où toute l’information est disponible rapidement pour tout le monde et où la concurrence peut fonctionner. Le contrôle est automatique grâce au mécanisme des notes. Si un taxi se comporte de façon scandaleuse, théoriquement la police lui retire sa licence. Un chauffeur de VTC qui n’est pas correct se retrouve sans clients.

Justement, dans le cadre du débat des critiques, notamment populaires, ont été émises à l’encontre des taxis. Quelle est aujourd’hui la principale lacune des taxis français ?

Le problème des taxis est un problème de qualité du service. C’est ce que ce que montre le fait que lettre ouverte de Maxime Coulon sur Facebook soit devenue virale. Un artisan boulanger qui fait du mauvais pain n’aura plus de clients. Un artisan taxi qui rend mauvais service, même très mauvais service, aura toujours des clients. Cela vient du fait qu’avec 20 000 taxis parisiens, la probabilité de retomber sur le même client est quasiment nulle. Le taxi n’a aucune incitation à être correct sauf par goût du métier. Et l’expérience montre que tous n’ont pas cette vocation.

Cette piètre qualité s’explique, de plus, par la quasi-inexistence du contrôle qualité. En théorie, la qualité du service est contrôlée par la préfecture de police. Mais c’est un contrôle en grande partie impossible à mener. Un taxi qui se soustrait à l’obligation légale de prendre un client ne risque quasiment rien. La préfecture fournit un formulaire, reçoit les plaintes qu’il traite en six mois… Le contrôle de qualité est donc peu efficace et sans comparaison avec les systèmes de notation en temps réel des VTC.

Pourquoi n’y a-t-il pas UberPop à Londres alors que c’est son introduction sur le marché parisien qui bouleverse la situation française?

Il n’y a pas d’UberPop à Londres parce qu’il n’y a pas de pénurie de chauffeurs de VTC organisée par le gouvernement ! La loi Thévenoud a mis une barrière à l’entrée de la profession en exigeant une formation bidon de 250 heures. Bidon parce qu’il n’y pas d’examen à la fin mais cette formation est vendue entre cinq et six mille euros aux candidats. Pour des gens au chômage, c’est un investissement difficile.

À Londres, le « Transport for  London », organisme public local responsable des transports en commun de la capitale, ne fait payer que des frais de dossier, mais en revanche s’assure d’un casier judiciaire vierge et de l’absence de contravention pour infraction grave (excès de vitesse, alcoolémie, etc.). Rien de tel en France. C’est même Uber qui a choisi de se préoccuper du casier judiciaire de ses chauffeurs tout en admettant que ceux-ci pouvaient produire des faux car Uber ne dispose pas de moyen de vérification.

L’erreur stratégique était de n’avoir pas mis à profit les perches tendues par les propositions du rapport Thévenoud. Dans une première mouture, la loi Thévenoud, faisait obligation pour les taxis d’être géolocalisés, comme le sont les taxis de New York, afin qu’ils puissent bénéficier d’applications concurrentes de celles des VTC. Ils n’ont pas accepté. Mais par là même, ils se sont privés d’un outil qui leur aurait permis de les concurrencer. Ils l’auraient fait avec un avantage certain du seul fait de leur nombre, pour l’instant, bien supérieur à celui des VTC.

Dans le conflit qui oppose aujourd’hui Uber et les autres services semblables aux syndicats des taxis artisans, au-delà de la question juridique et technique, où, selon vous, se trouve l’intérêt général ?

L’intérêt général, dans ce cas-précis, c’est la recherche d’un équilibre entre l’offre et la demande. Les consommateurs veulent des voitures propres, des gens sympathiques, qui viennent quand on en a besoin. Les taxis ne sont pas toujours propres, pas toujours sympathiques et ne sont pas là quand on a besoin d’eux.

Pour assurer le contrôle qualité des taxis, les centraux téléphoniques sont le seul outil existant. La centrale téléphonique de G7 enregistre les plaintes et a plutôt intérêt à assurer la satisfaction des clients. Mais très peu de clients se donnent le mal de se plaindre pour un manque de courtoisie ou un refus de prise en charge. Alors qu’Uber exerce un contrôle permanent grâce au système de notation des courses par le client. Avec une note en dessous de 4, on sort de leur registre. L’intérêt de la population est d’avoir un service de qualité qui n’est possible qu’avec les applications, d’avoir de l’emploi et d’avoir une demande satisfaite (5 à 16 fois moins de chauffeurs à Paris qu’à New York ou Amsterdam). Il y a une pénurie et il y a donc des emplois en jeu. L’intérêt général c’est de développer cette activité.

Que faire avec ceux qui se sont lourdement endetté pour acheter une licence ?

L’idéal serait que l’Etat rachète. Mais c’est très compliqué et l’Etat est impécunieux. En Irlande, où c’est le juge qui a mis fin au numerus clausus (jugé inconstitutionnel), du jour au lendemain, la valeur de la licence à Dublin est tombée de 140 000 euros à zéro… pire encore, le jugement de la Haute Cour et la loi qui a supprimé le contingentement avaient bien précisé que la perte de valeur des licences ne pouvait légalement – ni ne devait – donner droit à compensation.

En fait, certains propriétaires de licences ont pu recevoir une compensation partielle sous la forme d’un remboursement de trop-perçu d’impôt. La loi de finance de février 2001 a en effet autorisé les chauffeurs de taxi propriétaires d’une licence, et d’une seule, à déduire rétroactivement de leurs revenus déclarés sur cinq années consécutives l’amortissement de leur achat à raison de 20% par an. Pour un taux d’imposition de 26% en vigueur à l’époque, cela revenait à rembourser en tout 26 000 euros au chauffeur de taxi qui aurait payé́ sa licence 100 000 euros; à condition, bien sûr, qu’il ait déclaré des revenus d’activité suffisamment élevés pour avoir payé́ chaque année plus de 5 200 euros/an d’impôts sur le revenu. On ne connaît pas le montant de la dépense fiscale que cette mesure a couté au Trésor, mais on peut penser qu’elle ne représentait que quelques pour-cent de la valeur totale des licences que la dérégulation avait fait évaporer.

En février 2002, la situation de détresse de certaines personnes qui avaient placé leurs économies dans l’achat de licences a cependant conduit le gouvernement à nommer le Taxi Hardship Panel, un comité́ de sages pour étudier la nature et l’étendue des difficultés financières rencontrées par ces personnes, et pour recommander des critères d’attribution d’aide.

Le comité́ a reçu et étudié́ plus de 2 000 requêtes. Au terme de cette étude, le rapport du comité́ a recommandé́ la création d’un régime de paiements au bénéfice des titulaires de licences de taxi qui entraient dans l’une des six catégories dont le comité́ estimait qu’elles avaient subi des «difficultés financières personnelles extrêmes» découlant de la libéralisation des taxis. Les paiements allaient de 3000 à 15000 euros selon la catégorie de difficultés en cause.

Au terme du programme, en septembre 2004, un peu plus de 1500 personnes avaient reçu une aide moyenne de 11500 euros, dix fois moins que le prix atteint par les licences à Dublin juste avant le décontingentement. On notera que contrairement à une légende entretenue par certains économistes français, l’Etat n’a pas racheté́ les licences, il a seulement accordé un dédommagement, au reste très partiel, à un peu plus d’un tiers des anciens propriétaires de licences. Le coût total de l’opération (17,5 millions d’euros) était largement inférieur au produit de la vente des 10000 nouvelles licences au prix de 6000 euros chacune.

Ou vont les taxis

Prix: 4,01 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : Michel Euler/AP/SIPA. AP21755607_000010.

Pologne : Être une mère féministe, c’est pas si facile…

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Imaginons l’inimaginable. Par exemple, des féministes admettant que la plupart des Françaises se préoccupent d’autres sujets que l’abolition de la prostitution et l’extension de la PMA aux couples homosexuels. Ou faisant leur autocritique publique dans les médias. Ou encore expliquant dans une tribune qu’il ne sert à rien que les femmes accèdent au pouvoir si, une fois au sommet, elles s’emploient à mener une « politique machiste », c’est-à-dire insensible aux problèmes réels de la majorité des femmes. Cette remise en cause inconcevable en France à l’heure actuelle s’est pourtant produite en Pologne. Incroyable mais vrai : les féministes locales – du moins une de leurs factions – ont procédé à un examen de conscience et avoué s’être trompées sur quelques questions essentielles. Et l’on se prend à rêver que cette rafraîchissante agitation d’idées traverse les frontières pour venir un jour contaminer les militantes d’Osez le féminisme !

En Pologne, tout est parti d’une question très simple, que les féministes françaises n’ont pas (encore ?) osé formuler : pourquoi les femmes, profondément attachées aux acquis du féminisme, rechignent-elles à se déclarer elles-mêmes féministes ? Pour ceux qui l’ignorent, précisons qu’il s’agit là d’une atteinte à un tabou puissant. Car, jusqu’à présent, les féministes – et pas seulement polonaises – considéraient que toutes les femmes souscrivent naturellement à l’idéologie féministe, de préférence radicale, bien que certaines d’entre elles ne le manifestent pas. La veille de la Journée internationale de la femme est alors paru, dans un supplément mensuel du quotidien Gazeta Wyborcza, un texte signé par deux femmes influentes et émancipées : Aneta Borowiec et Natalia Waloch-Matlakiewicz. Armées d’humour et d’esprit critique, elles y dénonçaient – tenez-vous bien – les dérives du féminisme polonais dans sa mouture d’après 1989. Un séisme ![access capability= »lire_inedits »]

Bien sûr, des différends existaient déjà entre les courants néolibéral et néomarxiste, mais ces dames veillaient jusqu’alors à laver leur linge sale en famille, discrètement. La première entorse à la règle date de 2014, lorsqu’une des figures de proue du mouvement féministe, Agnieszka Graff, a sauté à pieds joints dans l’extravagance en devenant mère. Aussitôt, Mme Graff a réalisé que traverser Varsovie avec une poussette exigeait plus de courage et d’intelligence qu’écrire un article sur le sexisme à la télé. Délaissant ses thèmes de prédilection – l’exclusion des femmes de la sphère publique après la chute du communisme, les liens entre le nationalisme polonais et la construction de l’identité de genre, la légalisation de l’IVG –, elle a alors publié un livre courageusement intitulé Mère féministe. Comme de juste, l’ouvrage a provoqué l’ire de ses copines, qui l’accusaient de conservatisme, autant dire de la tare suprême, n’hésitant pas pour l’occasion à collaborer avec la presse mainstream.

S’interroger, comme Agnieszka Graff, sur les paradoxes d’un pays qui glorifie le modèle familial sans se donner les moyens d’une politique familiale ambitieuse contreviendrait-il aux intérêts des femmes ? Le doute a émergé. Magdalena Sroda, ancienne haut(e)-commissaire pour l’égalité entre les femmes et les hommes au cabinet social-démocrate de Marek Belka et initiatrice du mouvement populaire Le Congrès des femmes, juge la question sans intérêt : les femmes ne disposent-elles pas de machines à laver et de services à domicile ? Graff s’insurge, remarquant avec beaucoup de bon sens que lesdits « services à domicile », outre qu’ils sont réservés à une poignée de privilégiées, sont quasi exclusivement assurés par des femmes qui – justement – peinent à concilier leur travail et leurs obligations de mères. Qui aurait pensé que cet échange venimeux alimenterait, une année plus tard, un débat de fond cathartique ? À moins que l’affaire ne se transforme en crêpage de chignons…

La violence et la radicalité sont en effet les deux péchés capitaux des féministes polonaises, qui font fuir nombre de sympathisantes potentielles. Approuver la légalisation de l’IVG est une chose, dont plus de la moitié des Polonaises reste convaincue de la justesse, y compris des catholiques pratiquantes. De là à applaudir la provocation d’une Katarzyna Bratkowska qui, en 2013, avait publiquement annoncé sa décision de recourir à un avortement clandestin pendant le réveillon de Noël ? Certainement pas ! Si les Polonaises revendiquent le droit de pouvoir interrompre en toute sécurité les grossesses non voulues ou dangereuses pour leur santé, elles tiennent tout autant à celui de passer sereinement les fêtes de Noël aux côtés des enfants qu’elles ont souhaité mettre au monde. Quand cet anticléricalisme outrancier en fait rire certaines, d’autres se demandent de quelle manière elles pourraient concilier leur foi avec un engagement féministe. Et elles ne comprennent pas non plus en quoi manifester sous une pancarte « J’ai une chatte ! » les aiderait à trouver un travail ou une place dans une crèche.

Mais rien n’y fait. « Combien avez-vous de copines qui ont avorté ? Et combien en avez-vous qui galèrent pour récupérer une pension alimentaire ? », interrogent deux journalistes de Gazeta Wyborcza dans un texte intitulé « Nomen Omen », « La banque de la colère ». Les féministes polonaises ont donc, comme chez nous, tendance à être bêtement à côté de la plaque. Quand, en 2005, le gouvernement social-démocrate a supprimé le Fonds alimentaire destiné aux femmes les plus démunies et aux mères célibataires, elles ne se sont pas précipitées pour en faire une cause nationale. Zbigniew Mikolejko, philosophe à l’Académie des sciences de Varsovie et connu d’un large public grâce à ses feuilletons publiés dans l’édition polonaise de Newsweek, va plus loin. Reconnaissant aux féministes le mérite d’avoir souvent posé un diagnostic juste des rapports sociaux en Pologne, il les invite à s’intéresser désormais à l’exploitation des femmes par les femmes. Et pointe du doigt la zone grise dans laquelle subsistent les innombrables jeunes filles au pair et autres aides à domicile.

« Comment expliquer que personne ne se souvienne d’une grande action féministe jetant la lumière sur le fait que trois quarts des Polonaises mènent à bien leurs grossesses dans des cabinets privés, en raison du manque de structures adaptées dans les établissements publics ? Simplement parce qu’une telle action n’a pas eu lieu ! », renchérit l’écrivain Marcin Sieniewicz. Il n’y a pas à s’en étonner. Crème de la crème de l’élite polonaise, les féministes placent leurs priorités ailleurs – la parité sur les listes électorales, l’introduction des gender studies dans l’enseignement supérieur, l’orientation de davantage de femmes vers les filières scientifiques. C’est sans doute utile. Reste à savoir ce qui pourrait pousser à devenir féministe une vendeuse de Tesco payée au lance-pierre.

En attendant que le scandale déclenché par la tribune publiée dans Gazeta Wyborcza provoque un changement d’attitude des premières concernées, les Polonaises continueront à s’intéresser davantage au bouddhisme qu’au féminisme. Dommage, puisque malgré leurs travers et leurs ratages, les féministes polonaises peuvent se vanter de quelques belles conquêtes, comme la récente ratification par le Sénat de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’encontre des femmes. On commence néanmoins à s’ennuyer de voir les féministes se mobiliser toujours en opposition à un groupe social ou à un phénomène. Une mobilisation « en faveur de », la solidarité féminine par exemple – à supposer qu’elle existe – tomberait à point.[/access]

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*Photo : Alik Keplicz/AP/SIPA. AP21373024_000005.

Les habits neufs du Président Juncker

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juncker tsipras grece referendum

J’ai appris qu’on surnommait « Juncker the drunker » le Président de la Commission Européenne. Surnom que sa jovialité active à base, d’embrassades, de claques affectueuses, et de mimiques intempestives semblent justifier. Il paraît que Tsipras avait prévenu François Hollande et Angela Merkel avant l’annonce du référendum. Mais pas Jean-Claude Juncker, « qui plongé dans un profond sommeil n’avait pas décroché ». En pleine montée de la tension dans la crise grecque, le président de la commission, probablement autour de 3 g, ronflait comme un sonneur. Finalement réveillé, il est arrivé tard pour exprimer chagrin et déception. Son vin gai est devenu triste.

Il est vrai que l’Union Européenne semble assez dévêtue, et le Président de la Commission avec. Jérôme Leroy a exprimé la surprise que l’on pouvait ressentir devant la violence des réactions du mainstream face à une démarche de simple bon sens démocratique. Celle d’un Premier ministre grec ayant reçu un mandat et souhaitant le faire revalider par son peuple. Et pour aussi sortir de l’ambiguïté et de la contradiction qui consiste, ce qui n’est pas nouveau concernant la Grèce, à vouloir le beurre et l’argent du beurre. Rester dans l’Europe et dans l’euro, et ne pas rembourser tout ou partie de la dette.

Mais les profiteurs s’inquiètent et jappent. Le retour de la politique et du fonctionnement démocratique par la fenêtre, ça provoque des courants d’air. Et ils ont peur de prendre froid. Cette brave Madame Lagarde, dont on apprend qu’elle a corrigé et raturé au stylo rouge les propositions grecques, ce qui en dit long sur son sens des convenances, n’a rien trouvé de mieux que de proférer cette énormité : « le référendum est illégal ». Pardon Madame? Contraire au droit européen? Ce dernier n’a rien à voir là-dedans, il s’agit d’une négociation entre un groupe informel (l’Eurogroupe) et le gouvernement d’un État pour tenter de trouver des solutions à une crise d’endettement. Cette négociation n’obéit à aucune règle juridique particulière que la Grèce aurait violée. Voulez-vous dire alors que le référendum serait illégal en droit interne grec ? Cette consultation ne concerne que les Grecs. De quoi vous mêlez-vous? Vous pouvez considérer qu’elle est inopportune, déloyale ou immorale, mais pourquoi proférer cette insanité?

Parlons justement un peu de droit. Économistes,  financiers, politologues monopolisent le débat, ce qui est bien normal. Les juristes sont très discrets. C’est dommage, car en se référant au droit, on peut peut-être un peu approcher la réponse à la vraie question: « Quelle partie est-elle en train de se jouer? »

La Grèce est en état « de cessation des paiements ». Son niveau d’endettement est tel qu’elle ne peut plus faire face. Lorsque quelqu’un se trouve dans cette situation, il est soumis à des procédures fondées sur des règles et des principes stricts. Dont l’objectif prioritaire est de le sauver. L’ensemble des dettes sont gelées jusqu’à la mise en place « d’un plan de redressement », permettant l’apurement d’une partie du passif et la poursuite de l’activité. Ce qui veut dire que les créanciers vont se manger des pertes. Et pour eux ce sera ça ou rien. Pour la période d’observation jusqu’à l’adoption du plan de redressement, les dirigeants sont flanqués de mandataires qui les surveillent et assument une partie de leurs responsabilités.

La notion de « période suspecte », permet de fixer la date de l’état de cessation de paiement. En remontant assez loin dans le temps. En conséquence, tout ce qui a été payé par la structure en difficulté pendant cette période doit lui être remboursé et « rapporté à la masse des créanciers ». Si ces règles étaient appliquées à la Grèce, cela pourrait créer quelques situations amusantes. Et en particulier jeter un éclairage sur la magouille Trichet/DSK de 2011. Alors que la Grèce était déjà manifestement insolvable, le FMI en violation de ses statuts lui a prêté  l’argent qui a servi à rembourser les banques françaises et allemandes lourdement exposées. Prêter de l’argent à une entreprise en difficulté porte un nom : « le soutien abusif ». En conséquence, la responsabilité des prêteurs est lourdement engagée. Usant d’un mauvais jeu de mots, on peut dire que DSK s’il n’a, bien sûr jamais été proxénète, est quand même « un souteneur… abusif ». Dont la responsabilité devrait être engagée.

Car, et c’est une autre des caractéristiques des procédures de faillite, on recherche les responsabilités. Celles des créanciers, celles des dirigeants dans la déconfiture. Banqueroute, faillite frauduleuse sont des délits dont la sanction permet d’appeler les auteurs en comblement du passif. En ce qui concerne la Grèce, non seulement il n’y a aucun moyen juridique de revenir sur le passé, mais il est quasiment interdit d’en parler. Qui a fait entrer la Grèce dans l’euro où elle n’avait rien à faire ? Qui a prêté, qui a dépensé ? No comment.

Ces principes juridiques et toutes ces procédures ne sont pas réservés aux seules entités privées. En France par exemple, les collectivités territoriales qui pourtant s’administrent librement en application de la Constitution ne peuvent pas fonctionner avec des budgets en déséquilibre. Si c’est le cas, le préfet, assisté par la Chambre Régionale des Comptes prend la main sur la compétence financière. Fixe les recettes (impôts et taxes) et engage les dépenses. Cette souveraineté limitée fonctionne jusqu’au retour à l’équilibre. Cela peut être ainsi parce que la France est un État unifié, ce que l’UE n’est en aucun cas. Ni de près ni de loin. Et c’est là que réside le nœud du problème.

J’avais dit dans ces colonnes ou se situait à mon sens la contradiction. Qui vient de se révéler brutalement dans toute sa nudité. Pas parce que le méchant Juncker et ses comparses eurocrates refusent le référendum. Mais parce que l’UE NE PEUT PAS l’accepter.  L’UE n’est pas un organisme démocratique. Elle n’est pas anti-démocratique, mais a-démocratique. Conçue comme telle par ses fondateurs et leurs continuateurs. Précisément, par méfiance vis-à-vis des peuples, pour faire échapper toute une série de questions à la délibération démocratique. La démocratie, c’est la moitié des voix plus une qui gouverne. Pour que la moitié moins une accepte, il faut qu’elle sache qu’elle pourra défaire ce que la majorité précédente a fait si elle même arrive au pouvoir. Dans l’UE, l’essentiel de ce qui devrait en relever est ossifié dans des traités à valeur constitutionnelle non modifiables. Circulez, il n’y a plus rien à débattre.

Sur le plan de la théorie constitutionnelle, c’est un drôle de monstre juridique quand même. Ni un État unifié, voire fédéral, ni une fédération ou un simple groupe d’États. Au-delà de la puissance de sa bureaucratie, l’Union n’est pas non plus une tyrannie, le prétendre au-delà de l’effet de tribune, ne serait pas très sérieux. On parle beaucoup du mandat démocratique dont disposerait Tsipras, beaucoup moins de celui, tout aussi démocratique dont dispose Merkel. Et on voit là, le retour du politique, où chacun défend fort normalement les intérêts de son pays. Sauf qu’il y a un rapport de force est que c’est l’Allemagne qui domine. Par sa puissance économique obtenue essentiellement par l’euro qui n’est qu’un Mark étendu.

Mais alors les rêveurs vont nous poser la question, comment faire pour que l’Europe puisse être démocratique. Et redevenir un idéal pour les peuples ? Malheureusement…

L’Europe des 28 constitue-t-elle l’espace pertinent de la délibération démocratique, une nation européenne avec un peuple européen ? Non. Une culture, une histoire, une civilisation, oui. Pas une nation. J’obéis aux normes que produit mon pays, parce que je n’ai pas le choix. Dans les rapports entre Etats, ce n’est pas la même chose. En dernière instance, les États-nations font ce qu’ils veulent, et les pouvoirs de Bruxelles n’existeront que tant que les nations qui composent l’Union le décideront.

Écoutons Charles de Gaulle que l’on interrogeait à propos du silence du traité de Rome sur la possibilité de sortie d’un pays : « C’est de la rigolade ! Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp !  » Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça. »[1. Extrait de C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte – Tome II.].

On a qualifié de « moment gaullien » le choix par le Premier ministre grec du référendum. Que dire du choix conscient d’une éventuelle sortie de la zone euro et même de l’Union. On comprend que Juncker puisse se sentir trahi par Tsipras qui, jouant le rôle du petit garçon dans le conte d’Andersen, vient de lui dire qu’il était tout nu.

*Photo : Virginia Mayo/AP/SIPA. AP21758038_000002.

 

 

Crise grecque: la faute à qui vous savez

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grece antisemitisme rothschild

Et voilà. Il fallait bien que ça finisse par fuiter. Devinez qui est responsable du bourbier gréco-européen qui n’en finit plus de diviser les observateurs et d’appauvrir les Grecs. Allez, lancez-vous, ne réfléchissez pas. Oubliez les intox dont tous les médias vous abreuvent et dites la première chose qui vous passe par la tête. Vous y êtes ! Les vrais coupables, les seuls, ce sont évidemment les « sionistes », et plus particulièrement les « Rothschild ». Avouez : c’est tellement évident que vous étiez passé à côté.

La réponse ne sort pas d’un blog de sociologue boxeur ou d’un média-à-part, mais de la bouche d’un citoyen lambda (grec, donc…), interrogé alors qu’il faisait la queue devant un distributeur d’Athènes par le journaliste britannique Mike Bird, de Business Insider. Et l’analyste anonyme d’ajouter : « Nous, les Grecs, sommes des Hellènes, le peuple de la lumière. Maintenant nous n’avons plus qu’une petite lueur, pas comme dans les temps anciens. Ils essaient de nous mettre à la porte. »

Peuple élu contre peuple de la lumière, voilà qui est tout à coup beaucoup plus crédible qu’un improbable bras de fer entre Eurogroupe et Syriza, non ? « Ce n’est pas la faute des Allemands, assure notre expert. Ce n’est pas la faute des Européens. Il faut remonter à la source… Ils veulent écraser la Grèce. » Ah, ces salopards de « Ils », ça faisait longtemps qu’« Ils » ne nous avaient pas dégommé une tour jumelle, ou lancé une épidémie de Sida, tiens.

Bon, il faut comprendre l’Athénien de la rue. Après tout, on trouve encore de fins limiers pour juger significatif que Mario Draghi ait travaillé chez Goldman Sachs… Avec ce genre d’argument digne des meilleurs documentaires complotistes, il ne faut pas s’étonner que certains « remontent à la source ». D’après notre Grec nostalgique, tout viendrait donc de la City de Londres, base des sionistes et des Rothschild, qui dirigeraient aussi la Réserve fédérale américaine.

Pour ce genre de zozo, qu’importe si la Grande-Bretagne n’appartient pas plus à la zone euro que les Etats-Unis. On sait bien qu’« Ils » sont partout chez les Anglo-saxons, qui ont inventé le capitalisme mondial, ce système ennemi de la démocratie, pour servir exclusivement les intérêts de qui vous savez : « Ils ». Or leur domination sans partage contraint l’Europe à exécuter servilement tous leurs plans. Israël veut que nous écrasions la Grèce alors nous l’écrasons, avec l’aide des juifs de la City. Et c’est tout.

La loi Macron, du nom d’un autre ancien banquier chez Rothschild ? Ne cherchez pas : encore un coup des sionistes ! TAFTA ? Prononcez-le à haute voix, vous entendrez le nom d’un tissu souvent utilisé dans le prêt-à-porter, notamment par l’enseigne « Taffetas et compagnie » installée… dans le quartier du Sentier, à Paris. On vous cache tout, on vous dit rien. Mais tout n’est pas perdu : une aube dorée pourrait bien finir par illuminer le pays des Hellènes, seule vraie démocratie d’Europe persécutée par dix-huit dictatures sionistes européennes.

Vallaud-Belkacem: première au gouvernement, cancre pour l’Académie

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Lorsque François Hollande déclarait le 6 mai dernier avoir entendu le «concert des immobiles», c’est-à-dire les opposants aux réformes du collège et des programmes, il ne devait pas imaginer que ce concert trouverait son apothéose avec l’interprétation magistrale qu’en donnerait l’orchestre des Immortels. Pour cette occasion, cet ensemble, jouant sous la baguette de son Secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse, a mis ses dissensions en sourdine et a décidé de jouer la partition à l’unisson, sans qu’il y ait une seule note discordante. Pas d’envolées lyriques mais un style presque glacial dans cette musique qui exprime les menaces planant sur les savoirs et la langue française.

Voici donc le Président de la République et son ministre de l’Education nationale pris de court par l’adoption, le 11 juin dernier par l’Académie française et à l’unanimité de ses membres, d’une déclaration intitulée «pour une vraie égalité des chances». Cette déclaration démarre fort en jugeant d’emblée que «l’ensemble de ces projets  n’est pas satisfaisant».  Dénonçant pêle-mêle la dispersion des savoirs, le mauvais coup porté à la littérature et à la langue française, le risque d’accroissement des inégalités et même le jargon utilisé dans les programmes, les Académiciens concluent qu’il est «nécessaire de reconsidérer les principes et les dispositions des réformes proposées».

Chargé de promouvoir cette déclaration dans les médias, l’Académicien Jean-Marie Rouart n’a pas mâché ses mots sur l’absurdité de cette réforme qui instaure « la culture de bazar ». Et Hélène Carrère d’Encausse d’enfoncer le clou : « Je mise toujours sur l’intelligence des gens. Najat Vallaud Belkacem est une femme intelligente, je suis convaincue qu’elle réfléchit. Il est évident qu’elle ne peut pas ignorer les réserves qu’elle entend de tous côtés ». Madame le Secrétaire perpétuel n’avait probablement pas encore lu la réponse du ministre aux Académiciens datée du 23 juin. Visiblement, Najat Vallaud-Belkacem n’a pas trouvé le temps de réfléchir une seule seconde. Pour clore rapidement la discussion et n’ayant à sa disposition qu’un disque rayé, enregistré il y a maintenant quelques mois, c’est encore et toujours ce même disque sur la réussite pour tous (que tout le monde connaît par cœur)  qu’elle a choisi de repasser. Nul doute que l’Académie française n’en restera pas là et ne lâchera pas ce qui est devenu une affaire d’Etat.

On apprend par ailleurs que François Hollande a demandé à  ce que ses ministres soient désormais notés en fonction de la rapidité avec laquelle ils mettent en œuvre les réformes. Najat Vallaud-Belkacem, qui s’est distinguée en cette matière avec l’adoption à la hâte du décret sur la réforme du collège, figure à la tête du classement. Plutôt que d’écouter l’Académie française, le Président a bien raison de consacrer ainsi les capacités de son ministre à agir vite et à …foncer dans le mur.

Islamisme: Sainte Padamalgame est une fieffée salope

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amalgame islam corbiere

Comme saint patron de notre malheureux pays, souffrant, divisé, déchiré, on aurait pu choisir saint Georges terrassant le dragon. On s’est abstenu de le faire : des fois que des gens méchants diraient que le dragon, c’est… Et sagement on a dédié la France à sainte Padamalgame. Elle est pacifique, bonne et donc seule susceptible d’unir les différentes couches de notre population.

On lui a consacré un temple prestigieux : l’Elysée. Là-bas, le président Hollande fait tous les jours brûler de très gros cierges devant sa statue. Et, après chaque attentat, troublé et ému, il s’agenouille et récite la même prière : « Unité, solidarité, fraternité, pas de suspicion. » Son grand chambellan, Jean-Christophe Cambadélis, fait ses dévotions avec les mêmes mots. Mais ses cierges sont plus petits que ceux de l’Elysée : le PS est pauvre.

Manuel Valls, à qui il arrive quand même de faire des infidélités à sainte Padamalgame (n’a-t-il pas dit que l’islam serait « au centre » de la prochaine campagne électorale ?), se comporte pour l’essentiel en bon croyant. Un peu moins bon toutefois que François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis… Il vient de faire savoir à la population que « la France n’était pas en guerre contre l’islam ». Sainte Padamalgame a en effet la guerre en horreur. De toute façon, si la France devait faire la guerre contre quelqu’un, ce serait contre les adorateurs du dieu Cargo (il en reste quelques-uns en Papouasie). Car, là au moins, elle aurait une chance de gagner.

Nous ne sommes pas en guerre donc. Mais on a quand même vaguement l’impression que la guerre, on nous la fait. Déjà une tête coupée… Mais qui ? Qui nous fait la guerre ? Toutes les équipes gouvernementales assistées par la DGSI cherchent. Les bouddhistes, les shintoïstes, les hindouistes, les évangélistes, les chamanistes ? On n’a pas encore trouvé. Et ce n’est certainement pas moi, citoyen de base dépourvu de tout moyen d’investigation, qui vais y arriver.

Mais peut-être que sainte Padamalgame est susceptible de nous aider dans cette quête. Eh bien non. On a beau la supplier, l’entourer de cierges et d’offrandes, elle répète toujours la même phrase : « Ce n’est pas l’islam. » Son vocabulaire est très limité car, victime de l’oppression capitaliste et du colonialisme, elle a dû quitter les bancs de l’école avant d’apprendre à lire et à écrire.

Sainte Padamalgame a en apparence une bonne tête. Mais si on l’approche au plus près, on peut s’apercevoir qu’elle bave. Un filet d’eau tiède s’écoule de sa bouche. Et, goutte après goutte, il inonde tout, le personnel politique, les médias, les intermittents de la pensée.

Ainsi, l’autre jour, les flots dégoulinants de sainte Padamalgame ont transformé un studio de France Info en piscine. Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, y était comme un poisson dans l’eau. Alors qu’on évoquait les attentats, l’islam, le monde arabe, il pointa comme premier responsable le « colonialisme occidental ». Mais il se rendit compte très vite que c’était un peu trop banal.

Et Corbière fit plus fort en s’indignant contre l’inculture des Français ignorant tout du monde et de la civilisation arabes. « Comment se fait-il que les Français ne connaissent que le nom de Bouteflika et même pas celui du Premier ministre algérien ? Pourquoi ne sont-ils pas capables de citer des noms de ministres tunisiens ? » s’emporta-t-il.

Et, toujours très inspiré par sainte Padamalgame, il réclama la présence de policiers « parlant arabe » dans nos banlieues ! Convaincu par ses élans oratoires, j’ai sous les yeux la liste complète des membres des gouvernements algérien et tunisien. J’y ai ajouté à toutes fins utiles la liste des membres du secrétariat national du Parti de Gauche. J’apprends tout par cœur. Et je remercie sainte Padamalgame de ne pas avoir soufflé à Alexis Corbière le nom du Maroc…

P.S. : À ceux qui jugeraient insuffisantes les leçons du professeur Corbière, je suggère cette phrase de Kateb Yacine, un des plus grands écrivains algériens : « À force de parler de Mohamed qui fut prophète, on oublie le Mohamed chômeur, le Mohamed sans logement, le Mohamed sans abri, le Mohamed sans travail et des milliers de Mohamed qui vivent comme des esclaves sous des régimes qui se réclament du prophète Mohamed. »

*Photo : Pixabay.

Charles Pasqua est mort

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Charles Pasqua nous a quittés. Il a rejoint son compagnon de route Philippe Séguin, parti il y a cinq ans. Quand vous dites que vous avez été un séguiniste, vous percevez chez votre interlocuteur une certaine admiration. Quand vous dites que vous avez aussi été un compagnon de Charlie, on vous balance le SAC, Malik Oussekine et d’autres amabilités. Et pourtant, je n’ai jamais eu à rougir de ce compagnonnage. Parce qu’à l’âge où j’avais encore de la passion pour mes petites voitures Majorette, lui entrait dans la résistance. Son oncle venait d’être tué. «Un Pasqua tombe, un autre se lève». Il s’en est fallu d’un cheveu pour que l’adolescent Pasqua ne subisse le même sort que son oncle. La chance l’a préservé. Au moment où j’écris ces lignes, le journaliste Jean-Michel Aphatie twitte, satisfait de lui : « Charles Pasqua a été le serviteur zélé de la part d’ombre de la République. ». Il ne croit pas si bien dire. Pasqua fut de l’Armée des ombres. Celle de Joseph Kessel. Mais Aphatie a-t-il seulement lu Kessel ? Certainement pas. Dans le cas contraire, il ne twitterait pas avec ses pieds ce soir.

Mes premiers combats avec Pasqua datent de 1990. Philippe Séguin, dont j’étais le militant dévoué, avait choisi de s’allier avec lui pour infléchir la ligne balladuro-juppéiste que Jacques Chirac infligeait au RPR. Il y eut ensuite Maastricht. Une défaite, sur le fil. Mais une victoire morale vingt–trois ans plus tard. Au moment où Charles Pasqua nous quitte, tout ce que les deux compagnons de route de la souveraineté nationale nous avaient ditsur cette monnaie unique se réalisent. Il y a seize ans, il m’avait choisi pour être l’un de ses colistiers pour la campagne des élections européennes qui le vit terrasser Nicolas Sarkozy. Une si belle campagne. Une victoire au bout, pour une fois. Nous étions les dissidents. Face à un parti organisé. Et nous l’avons dépassé. Parce que nous croyions à ce que nous disions à nos électeurs. Des années plus tard, je crois, comme Marie-France Garaud – qui doit être bien triste en ce lundi soir- que Charles Pasqua aurait dû se rendre rue de Lille et s’asseoir dans le fauteuil de président du RPR, au lieu de créer son parti en tête à tête avec Philippe de Villiers. Il avait acquis la légitimité des urnes. Ce putsch bonapartiste serait passé comme une lettre à la Poste d’Ajaccio.

Il avait donné sa vie au Général de Gaulle, même longtemps, très longtemps après novembre 1970. Charles Pasqua n’a pas seulement été un très grand ministre, dans des moments où les attentats touchaient déjà la France au coeur. Il était avant tout un militant. «Un militant», ce mot qu’il disait lui-même avec son accent irremplaçable. Et inoubliable.

*Photo : FACELLY/SIPA. 00234950_000002.

Syrie: contre Daech, les Etats-Unis forment… 90 combattants

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syrie daech etats unis jordanie

syrie daech etats unis jordanie

On nous avait promis des bataillons de rebelles syriens laïques ou «islamistes modérés» combattant à la fois l’Etat islamique et Bachar Al-Assad. Certes, le moindre petit stratège de guerre nourri au lait de Clausewitz et Jomini sait combien il est difficile de se battre sur deux fronts, mais les diplomates occidentaux font peu de cas des réalités militaires. Ainsi, dans l’esprit de John Kerry comme de Laurent Fabius, le régime de Damas n’ayant plus droit de cité sur cette terre, il convient de financer et d’armer ce qui reste d’Armée syrienne libre et ne fraie pas encore avec la succursale locale d’Al-Qaïda (Front Al-Nosra).

L’été dernier, la Maison Blanche avait débloqué la bagatelle de 500 millions de dollars pour former et salarier des jeunes modérés. Une porte-parole du Pentagone explique que ces volontaires intrépides toucheront entre 250 et 400 dollars suivant leur rang et leurs compétences. Une véritable ruée vers le billet vert mise à la portée de ces jeunes syriens.

Le but de ce programme est de former 5 400 combattants par an. Mais, d’après le site US News, les Etats-Unis n’ont réuni que… 90 apprentis-guerriers en Jordanie. Officiellement, l’armée américaine a revu ses objectifs à la baisse mais continue affirmer que 3 000 militaires peuvent être formés d’ici la fin de l’année. En privé, ses responsables reconnaissent qu’il est difficile d’inverser la courbe de recrutements…

Non seulement ce réjouissant programme d’entraînement ne séduit pas grand-monde, mais les rares  bras cassés qui se proposent sortent souvent de la course dès le premier examen. Quand bien même ils passent cette épreuve avec succès, la plupart de ces aspirants rentrent à la maison pour cause de passé peu glorieux ou d’autres problèmes personnels aussi rédhibitoires que des affinités salafistes.

Quant aux quelques combattants sérieux, ils voient cette histoire d’un assez mauvais œil. Eux ne se concentrent pas sur Daech, leur ennemi principal reste le régime de Bachar Al-Assad contre lequel ils combattent depuis plusieurs années. Malgré les crimes de l’Etat islamique, ces recrues préfèrent s’attaquer au pouvoir en place. Certains poussent même le vice jusqu’à refuser d’informer leurs alliés yankees. Abdul-Jabbar Abu Thabet, chef d’un groupe modéré, le Bataillon d’Alep, auquel les Américains font les yeux doux, a refusé de leur donner les noms de ses combattants.

Comme la vieille entreprise de papa qui se fait doubler par les start-ups, les Etats se font doubler par les sabreurs d’Alep et les douze salopards de Daech. On aura une petite pensée pour la centaine de combattants qu’on enverra au front comme chair à canon.

Pour les choses sérieuses, il faudra attendre. Hormis une poignée de mercenaires chrétiens ou kurdes, n’est pas près de voir se constituer des brigades internationales anti-djihadistes, sinon dans les rangs des milices chiites irakiennes ou libanaises pro-iraniennes, dont Myriam Benraad a décrit quelques-unes des exactions ici.

On aura beau se récrier devant les crimes de l’Etat islamique, l’impuissance occidentale reste patente. Eh oui, avant de ricaner, souvenons-nous que des vies sont en jeu.

*Photo : Julian Fong.

Réforme du collège: la leçon allemande

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allemagne ecole lander

allemagne ecole lander

Dans la mêlée confuse engendrée par la réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem, ses partisans comme ses détracteurs n’ont guère éclairé le débat en invoquant des expériences étrangères, bien au contraire. Alors que l’on ne cesse de brandir le modèle allemand à tout propos, et hors de propos, pour dénoncer notre incapacité à maintenir nos industries, à faire prospérer nos exportations, voire à extirper notre gauche de ses oripeaux marxistes (ah ! Bad Godesberg !), on évite de regarder outre-Rhin lorsqu’il existe, là bas, quelques idées bonnes à prendre. Les modèles finlandais, coréen (du Sud !) ou canadien ont été convoqués par les amis de Mme Vallaud-Belkacem pour prouver que le collège unique de la 6e à la 3e n’était pas un obstacle à l’obtention d’excellentes places dans l’étude PISA de l’OCDE. Ils oublient de mentionner que d’autres pays performants, comme Hongkong, Singapour ou Taïwan caracolent en tête de ce classement avec un système dual dans le premier cycle du secondaire, à dominante soit générale, soit professionnelle. On passe également sous silence que, même dans les pays rassemblant tous les élèves entre 11 et 16 ans dans le même type d’établissement, les meilleurs d’entre eux se voient offrir des enseignements plus poussés dans des matières comme les langues vivantes, langues anciennes ou matières artistiques, pendant que leurs camarades en difficulté tentent de combler leurs lacunes dans les matières fondamentales.

L’idéologie égalitariste qui conduit à éliminer ce qui marche, comme les classes bilingues et européennes, est justifiée par une analyse biaisée de la situation actuelle : si le collège français marche mal, nous dit-on, et accroît les inégalités sociales au lieu de les corriger, c’est que son fonctionnement est perverti par l’introduction, en son sein, de filières cachées, rétablissant en douce la ségrégation sociale.[access capability= »lire_inedits »] Il faut vraiment avoir l’esprit tordu pour prétendre que priver les bons élèves – quel que soit leur milieu d’origine – des apprentissages dont ils pourraient bénéficier aurait pour conséquence l’élévation du niveau de ceux qui sont actuellement en échec ! On remarquera que l’argumentaire développé par la même Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre du Droit des femmes, au moment de la querelle du mariage gay – « Cette loi n’enlève rien à personne !» – ne saurait être appliqué à la réforme du collège. La réforme enlève bel et bien des services éducatifs à ceux qui pourraient en tirer profit, pour les transférer vers d’autres dont on peut douter du bénéfice qu’ils vont en obtenir : qui peut affirmer sérieusement que l’étude de l’allemand, dès la 5e, par des jeunes en délicatesse avec la pratique du français basique, contribuera à les tirer d’affaire ? Les sceptiques sont aussitôt accusés de vouloir réserver les langues anciennes et la langue de Goethe à des happy fews et à en priver les enfants des classes populaires (entendez les immigrés). Ces matières deviendraient alors des « marques », à l’image des fringues hors de prix dont sont censés se vêtir les rejetons des beaux quartiers… Sauf qu’il ne suffit pas de sortir la monnaie pour les acquérir, mais que cela nécessite un certain effort, non seulement des « apprenants », mais également de leurs ascendants pour les inciter à se colleter avec les déclinaisons, conjugaisons et autres coups de vice grammaticaux de ces disciplines…

Le seul à avoir mis les pieds dans le plat et révélé la nudité de l’empereur éducatif rhabillé par Mme Vallaud-Belkacem et ses petites mains sociologistes et pédagogistes, c’est Bruno Le Maire. Il n’est pas indifférent que ce dernier soit à peu près le seul homme politique de premier plan, en France, à connaître de première main, en version originale, la langue et la civilisation de nos voisins d’outre-Rhin. Sa critique du collège unique, vache sacrée à gauche comme à droite, se fonde sur deux décennies de débats, parfois très vifs, en Allemagne. La querelle mettait aux prises les partisans du collège unique (Gesamtschule) et ceux du système dual, où coexistent le Gymnasium, lycée classique conduisant au baccalauréat (Abitur), puis à l’Université, et la Realschule, conduisant à un diplôme de fin d’études secondaire spécifique, à dominante technologique (Fachhochschulereife), permettant d’accéder aux écoles supérieures techniques ou à l’apprentissage en alternance. À la différence du débat français, qui reste purement théorique, puisque le système est, en principe, uniforme à l’échelle nationale, la discussion allemande pouvait être tranchée par la méthode expérimentale chère aux physiciens. L’organisation de l’enseignement étant de la compétence des Länder, chacun d’entre eux dispose d’une autonomie très large pour mettre en œuvre les systèmes lui paraissant les plus aptes à répondre aux besoins des élèves, des parents et de l’économie locale. Les théories en concurrence étant fortement connotées idéologiquement et politiquement, les Länder dominés par la gauche (sociaux-démocrates et Verts) tentent (sans y parvenir totalement) de remplacer le système dual par la généralisation des Gesamtschule, alors que ceux où la droite est majoritaire maintiennent le système dual traditionnel. Le choc causé, au début des années 2000, par les piètres performances de l’Allemagne dans les classements internationaux évaluant les acquis des élèves conduit à une remise à plat de l’ensemble du système. Il apparaît alors que les performances en mathématiques et en expression écrite et orale de l’ensemble des élèves, toutes origines sociales confondues, sont meilleures dans les endroits pratiquant le système dual, y compris pour ceux issus des milieux défavorisés, que pour ceux fréquentant les Gesamtschule. Ce constat donne un coup d’arrêt à la démolition du système dual, et même dans les endroits où la situation démographique impose le regroupement des élèves dans un seul établissement, des filières différenciées sont instaurées. Une attention particulière est donnée aux établissements accueillant une forte proportion d’élèves issus de l’immigration – les statistiques ethniques, qui ne sont pas taboues en Allemagne, permettent de mettre en œuvre des dispositifs spécifiques pour améliorer leur intégration : création d’écoles maternelles dans les quartiers où ils sont concentrés (l’enseignement préscolaire est le parent pauvre du système allemand), pédagogies adaptées, relations intenses avec les familles, implication des entreprises, invitées à attirer ces jeunes vers des métiers d’avenir. Des pratiques éducatives adaptées sont expérimentées, puis généralisées pour un public de jeunes « avec arrière plan migratoire », comme on désigne, en Allemagne, les élèves issus de milieux étrangers à la Leitkultur, la culture majoritaire de la population. On est coulant sur le port du voile islamique – la laïcité n’est pas la tasse de thé de ce pays concordataire – mais intransigeant sur l’inculcation des bases communes de la culture allemande, en termes de savoirs comme de morale courante. L’objectif n’est pas d’amener 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, mais 100 % de cette même classe d’âge à l’employabilité. Le système dual est tempéré par l’existence, à tous les niveaux, de passerelles permettant à des jeunes révélant tardivement leurs dons et leurs aptitudes de rejoindre des filières plus pointues, en rattrapant l’Abitur par des voix parallèles, y compris lorsque l’on est déjà engagé dans le monde du travail (zweiter Bildungsweg). Quelques exemples de hauts dirigeants de grandes entreprises allemandes parvenus au sommet sans avoir suivi la voie royale du Gymnasium et des grandes universités constituent une motivation supplémentaire pour ceux qui veulent entreprendre l’escalade ardue de l’échelle sociale.

C’est dans cet esprit que Bruno Le Maire a formulé sa proposition de « collège différencié », au sein duquel les enseignements techniques seraient revalorisés, et proposés à ceux qui « s’ennuient » en classe. Mais cette fine mouche politique a soigneusement évité de citer la source de son inspiration, pour ne pas se faire traiter de caniche de Merkel par des génies du style Mélenchon. Il ne fait, en réalité, que suivre l’exemple d’Ernest Lavisse, qui alla étudier, sur le terrain, les secrets de la victoire prussienne lors de la guerre de 1870-1871, et découvrit que le système d’éducation bismarckien était un facteur majeur de la montée en puissance du Reich. Ce qui valait hier dans l’affrontement militaire est aisément transposable à la guerre économique.[/access]

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Grèce: un referendum, et après?

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grece referendum crise tsipras euro

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Heureusement qu’Alexis Tsipras n’est pas une femme ! Son sexe, supposé fort, permet de poser sans craindre les foudres des Chiennes de garde une question pourtant simple : quand Alexis Tsipras dit non, que veut-il dire vraiment ?  Son « non » est-il une sorte de « oui mais » ? Car, si on ne sait pas encore comment les citoyens grecs vont répondre à la question que leur pose leur gouvernement, et bien qu’il s’agisse d’un simple « oui » ou « non », on peut déjà deviner les termes du débat de lundi matin : que voulaient vraiment dire les Grecs ? S’ils votent oui, Tsipras va-t-il prendre le premier avion pour Bruxelles pour accepter ce qu’il a refusé samedi dernier ? Il faudrait être naïf pour le croire. Et si, au contraire, les Grecs répondent « non » au referendum, jusqu’où le Premier ministre grec pense-t-il pouvoir faire monter les enchères ? On risque d’y voir encore moins clair le lendemain du referendum. Et ce, pour une raison simple : le vrai problème, c’est-à-dire la sortie de la Grèce de l’euro, est toujours esquivé. En Grèce, à en croire les médias, pour beaucoup de citoyens, voter « non » ne veut pas dire « sortir de l’euro ». Or, aujourd’hui cela semble être la seule solution valable, à condition que… les autres pays de la zone euro l’acceptent.

Une sortie « sèche » de l’Euro serait très périlleuse, socialement et politiquement tout autant qu’économiquement. D’un point de vue économique, les bénéfices de la dévaluation de la monnaie grecque arriveraient très lentement et de manière extrêmement inégale. Une pénurie terrible en devises « dures » rendrait la vie d’une grande majorité de Grecs encore plus difficile qu’aujourd’hui et pour longtemps. Pas besoin de faire un dessin, on peut facilement imaginer les problèmes d’approvisionnement en pétrole, en blé ou en médicaments, pour ne mentionner que les besoins les plus évidents. Avant que la Grèce ne devienne « l’atelier de l’Europe » et que sa croissance redémarre, le pays subira une régression extrêmement brutale. Quand bien même les choses commenceraient à s’améliorer, l’économie grecque restera longtemps pénalisée par son défaut de paiement et son accès au crédit sera très limité. Quant à la dimension socio-politique d’une telle traversée du désert, il suffit de connaître l’histoire grecque contemporaine pour prendre la mesure des multiples risques auxquels s’exposerait cet Etat faible qui a connu la guerre civile, la dictature militaire et la guerre tout court. Ces dangers ne se limiteront pas à la Grèce. Comme nous l’avons vu avec l’écroulement des Etats arabes, en cas d’incendie dans la  maison du voisin, le feu ne respecte pas le cadastre : ses flammes se propagent en faisant fi du droit et des accords internationaux.

La seule façon de limiter les dégâts est d’assurer à la Grèce un accès au crédit selon des critères politiques – et non économiques. Autrement dit, suspendre la Grèce de la zone euro mais continuer à lui prêter de l’argent dans des conditions favorables. Ce scénario (développé par Stéphane Montabert ici) éviterait un retour à une monnaie nationale, opération coûteuse et compliquée, mais exigerait l’instauration de l’état d’urgence économique : limitation des retraits en espèces, émission par l’Etat des reconnaissances de dettes pour régler certaines dépenses intérieures (l’Etat les accepterait dans ses guichets pour le paiement des impôts par exemple). Les Grecs vivraient sous un régime de semi-liberté économique, comme ce fut le cas pour beaucoup d’Européens après la guerre. Mais la décision de réintégrer l’euro ou de larguer définitivement les amarres serait déconnectée de la crise actuelle, ce qui atténuerait considérablement les difficultés à venir. Seul problème : cette solution devrait être négociée avec les dix-huit autres membres de la zone Euro, ce qui rappelle un vieux proverbe : pour bien divorcer, il faut bien se marier… mais dans ce cas, pourquoi divorcer ?

Photo : Petros Karadjias/AP/SIPA. AP21758346_000086.

Le gouvernement français a peur des taxis

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taix uberpop londres darbera

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Richard Darbéra est historien, chercheur au CNRS et auteur d’Où vont les taxis ?.

Ludovic Fillols. Les récents incidents impliquant chauffeurs de taxi ne sont pas le premier conflit entre cette corporation et l’Etat. Pourtant, la loi française étouffant presque toute concurrence semble particulièrement favorable aux intérêts des taxis. Comment expliquer ces rapports particuliers entre les taxis et le pouvoir en France ?

Richard Darbéra. Le gouvernement français, contrairement à ceux des autres pays, redoute les taxis. En conséquence, il a été amené à maintenir des conditions légales non adaptées aux conditions réelles. Or, plus on retarde l’ajustement, plus les bouleversements risquent d’être grands. Faute d’avoir procédé par touches tous les dix ans, on  risque de voir toutes les digues s’effondrer pour la première fois depuis cinquante ans.

Que s’est t-il passé il y a cinquante ans ?

En 1955, un décret avait réactivé une distinction ancienne entre voitures de petite remise et voitures de grande remise, ces dernières étant des « voitures de tourisme de luxe » conduites par le propriétaire ou son préposé, suivant des conditions fixées à l’avance entre les parties. Or, contrairement aux voitures de petite remise qui, comme les taxis, relèvent du ministre de l’Intérieur, les voitures de grande remise relèvent du « ministre des travaux publics, des transports et du tourisme ». Jusqu’aux années 1970 et la démocratisation du téléphone, cette cohabitation n’a pas posé de problème.

Avec un téléphone dans chaque foyer, il n’était plus besoin d’aller chercher ces voitures dans leur remise. Les taxis ont vu le danger de cette nouvelle concurrence, et ont protesté contre le développement rapide des petites remises, mais c’est en France qu’ils ont été particulièrement bien écoutés. A l’époque, il était possible de garder la différence qui existe entre la voiture de remise et le taxi. Le taxi gardait le monopole de la rue par le biais du maraudage. Cela n’a pas été le cas. En effet, depuis plus de 30 ans, les ministres de  l’Intérieur successifs se sont appliqués à faire quasiment disparaître les voitures de petite remise.

Plusieurs économistes ont depuis recommandé de libérer la petite remise avec par exemple l’introduction d’une sorte de « radio-taxi » comme c’est le cas à Londres. La « décision n°210 » du rapport Attali en est l’exemple le plus récent. Mais début février 2008, après trois jours de manifestations des taxis dans plusieurs villes de France, le gouvernement a rapidement enterré cette proposition. Le gouvernement, dans l’intérêt des Français, aurait dû imposer la réforme. Mais du point de vue des taxis, ils ont bien fait de refuser les réformes Attali. Le vrai problème, c’est qu’ils n’ont pas anticipé le risque d’effondrement d’un système figé depuis trop longtemps. Ils auraient dû considérer la reculade du gouvernement comme un répit pour se moderniser, améliorer la qualité du service, et accepter une augmentation progressive de leur nombre pour rattraper le retard accumulé.

Toutefois, l’histoire ne s’arrête pas là. En effet, le décret du 18 mai 2007 relatif à la composition du premier gouvernement Fillon, déplace la direction du tourisme du ministère des transports vers le ministère des finances. Deux ans plus tard, par la modification de quelques paragraphes dans le Code du Tourisme, la législation des voitures de grande remise a été « modernisée » en prenant le nom de « voiture de tourisme avec chauffeur ou VTC ». Cette réforme est entrée en vigueur le 1er janvier 2010. Ces textes ont largement modifié le secteur du transport de tourisme en simplifiant l’accès à la profession. Bien que très discrète, cette réforme n’est pas passée inaperçue, et l’activité a connu une expansion rapide. Ainsi, par un habile tour de passe-passe, le législateur venait de ressusciter une forme de petite remise, mais une petite remise hors d’atteinte du ministre de l’Intérieur.

Concrètement, comment ce monopole a-t-il été maintenu ?

Deux raisons assuraient le monopole des taxis : l’existence de tarifs administrés et celle d’un numerus clausus. Avec les applications pour smartphones, les raisons de réguler le marché ont disparu car grâce à la géolocalisation des véhicules, il n’y a plus besoin de héler le taxi. De plus, on connaît le tarif à l’avance avec les VTC. Ces technologies permettent la création de ce que les économistes appellent « un marché parfait » où toute l’information est disponible rapidement pour tout le monde et où la concurrence peut fonctionner. Le contrôle est automatique grâce au mécanisme des notes. Si un taxi se comporte de façon scandaleuse, théoriquement la police lui retire sa licence. Un chauffeur de VTC qui n’est pas correct se retrouve sans clients.

Justement, dans le cadre du débat des critiques, notamment populaires, ont été émises à l’encontre des taxis. Quelle est aujourd’hui la principale lacune des taxis français ?

Le problème des taxis est un problème de qualité du service. C’est ce que ce que montre le fait que lettre ouverte de Maxime Coulon sur Facebook soit devenue virale. Un artisan boulanger qui fait du mauvais pain n’aura plus de clients. Un artisan taxi qui rend mauvais service, même très mauvais service, aura toujours des clients. Cela vient du fait qu’avec 20 000 taxis parisiens, la probabilité de retomber sur le même client est quasiment nulle. Le taxi n’a aucune incitation à être correct sauf par goût du métier. Et l’expérience montre que tous n’ont pas cette vocation.

Cette piètre qualité s’explique, de plus, par la quasi-inexistence du contrôle qualité. En théorie, la qualité du service est contrôlée par la préfecture de police. Mais c’est un contrôle en grande partie impossible à mener. Un taxi qui se soustrait à l’obligation légale de prendre un client ne risque quasiment rien. La préfecture fournit un formulaire, reçoit les plaintes qu’il traite en six mois… Le contrôle de qualité est donc peu efficace et sans comparaison avec les systèmes de notation en temps réel des VTC.

Pourquoi n’y a-t-il pas UberPop à Londres alors que c’est son introduction sur le marché parisien qui bouleverse la situation française?

Il n’y a pas d’UberPop à Londres parce qu’il n’y a pas de pénurie de chauffeurs de VTC organisée par le gouvernement ! La loi Thévenoud a mis une barrière à l’entrée de la profession en exigeant une formation bidon de 250 heures. Bidon parce qu’il n’y pas d’examen à la fin mais cette formation est vendue entre cinq et six mille euros aux candidats. Pour des gens au chômage, c’est un investissement difficile.

À Londres, le « Transport for  London », organisme public local responsable des transports en commun de la capitale, ne fait payer que des frais de dossier, mais en revanche s’assure d’un casier judiciaire vierge et de l’absence de contravention pour infraction grave (excès de vitesse, alcoolémie, etc.). Rien de tel en France. C’est même Uber qui a choisi de se préoccuper du casier judiciaire de ses chauffeurs tout en admettant que ceux-ci pouvaient produire des faux car Uber ne dispose pas de moyen de vérification.

L’erreur stratégique était de n’avoir pas mis à profit les perches tendues par les propositions du rapport Thévenoud. Dans une première mouture, la loi Thévenoud, faisait obligation pour les taxis d’être géolocalisés, comme le sont les taxis de New York, afin qu’ils puissent bénéficier d’applications concurrentes de celles des VTC. Ils n’ont pas accepté. Mais par là même, ils se sont privés d’un outil qui leur aurait permis de les concurrencer. Ils l’auraient fait avec un avantage certain du seul fait de leur nombre, pour l’instant, bien supérieur à celui des VTC.

Dans le conflit qui oppose aujourd’hui Uber et les autres services semblables aux syndicats des taxis artisans, au-delà de la question juridique et technique, où, selon vous, se trouve l’intérêt général ?

L’intérêt général, dans ce cas-précis, c’est la recherche d’un équilibre entre l’offre et la demande. Les consommateurs veulent des voitures propres, des gens sympathiques, qui viennent quand on en a besoin. Les taxis ne sont pas toujours propres, pas toujours sympathiques et ne sont pas là quand on a besoin d’eux.

Pour assurer le contrôle qualité des taxis, les centraux téléphoniques sont le seul outil existant. La centrale téléphonique de G7 enregistre les plaintes et a plutôt intérêt à assurer la satisfaction des clients. Mais très peu de clients se donnent le mal de se plaindre pour un manque de courtoisie ou un refus de prise en charge. Alors qu’Uber exerce un contrôle permanent grâce au système de notation des courses par le client. Avec une note en dessous de 4, on sort de leur registre. L’intérêt de la population est d’avoir un service de qualité qui n’est possible qu’avec les applications, d’avoir de l’emploi et d’avoir une demande satisfaite (5 à 16 fois moins de chauffeurs à Paris qu’à New York ou Amsterdam). Il y a une pénurie et il y a donc des emplois en jeu. L’intérêt général c’est de développer cette activité.

Que faire avec ceux qui se sont lourdement endetté pour acheter une licence ?

L’idéal serait que l’Etat rachète. Mais c’est très compliqué et l’Etat est impécunieux. En Irlande, où c’est le juge qui a mis fin au numerus clausus (jugé inconstitutionnel), du jour au lendemain, la valeur de la licence à Dublin est tombée de 140 000 euros à zéro… pire encore, le jugement de la Haute Cour et la loi qui a supprimé le contingentement avaient bien précisé que la perte de valeur des licences ne pouvait légalement – ni ne devait – donner droit à compensation.

En fait, certains propriétaires de licences ont pu recevoir une compensation partielle sous la forme d’un remboursement de trop-perçu d’impôt. La loi de finance de février 2001 a en effet autorisé les chauffeurs de taxi propriétaires d’une licence, et d’une seule, à déduire rétroactivement de leurs revenus déclarés sur cinq années consécutives l’amortissement de leur achat à raison de 20% par an. Pour un taux d’imposition de 26% en vigueur à l’époque, cela revenait à rembourser en tout 26 000 euros au chauffeur de taxi qui aurait payé́ sa licence 100 000 euros; à condition, bien sûr, qu’il ait déclaré des revenus d’activité suffisamment élevés pour avoir payé́ chaque année plus de 5 200 euros/an d’impôts sur le revenu. On ne connaît pas le montant de la dépense fiscale que cette mesure a couté au Trésor, mais on peut penser qu’elle ne représentait que quelques pour-cent de la valeur totale des licences que la dérégulation avait fait évaporer.

En février 2002, la situation de détresse de certaines personnes qui avaient placé leurs économies dans l’achat de licences a cependant conduit le gouvernement à nommer le Taxi Hardship Panel, un comité́ de sages pour étudier la nature et l’étendue des difficultés financières rencontrées par ces personnes, et pour recommander des critères d’attribution d’aide.

Le comité́ a reçu et étudié́ plus de 2 000 requêtes. Au terme de cette étude, le rapport du comité́ a recommandé́ la création d’un régime de paiements au bénéfice des titulaires de licences de taxi qui entraient dans l’une des six catégories dont le comité́ estimait qu’elles avaient subi des «difficultés financières personnelles extrêmes» découlant de la libéralisation des taxis. Les paiements allaient de 3000 à 15000 euros selon la catégorie de difficultés en cause.

Au terme du programme, en septembre 2004, un peu plus de 1500 personnes avaient reçu une aide moyenne de 11500 euros, dix fois moins que le prix atteint par les licences à Dublin juste avant le décontingentement. On notera que contrairement à une légende entretenue par certains économistes français, l’Etat n’a pas racheté́ les licences, il a seulement accordé un dédommagement, au reste très partiel, à un peu plus d’un tiers des anciens propriétaires de licences. Le coût total de l’opération (17,5 millions d’euros) était largement inférieur au produit de la vente des 10000 nouvelles licences au prix de 6000 euros chacune.

Ou vont les taxis

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*Photo : Michel Euler/AP/SIPA. AP21755607_000010.

Pologne : Être une mère féministe, c’est pas si facile…

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pologne feminisme inegalites

pologne feminisme inegalites

Imaginons l’inimaginable. Par exemple, des féministes admettant que la plupart des Françaises se préoccupent d’autres sujets que l’abolition de la prostitution et l’extension de la PMA aux couples homosexuels. Ou faisant leur autocritique publique dans les médias. Ou encore expliquant dans une tribune qu’il ne sert à rien que les femmes accèdent au pouvoir si, une fois au sommet, elles s’emploient à mener une « politique machiste », c’est-à-dire insensible aux problèmes réels de la majorité des femmes. Cette remise en cause inconcevable en France à l’heure actuelle s’est pourtant produite en Pologne. Incroyable mais vrai : les féministes locales – du moins une de leurs factions – ont procédé à un examen de conscience et avoué s’être trompées sur quelques questions essentielles. Et l’on se prend à rêver que cette rafraîchissante agitation d’idées traverse les frontières pour venir un jour contaminer les militantes d’Osez le féminisme !

En Pologne, tout est parti d’une question très simple, que les féministes françaises n’ont pas (encore ?) osé formuler : pourquoi les femmes, profondément attachées aux acquis du féminisme, rechignent-elles à se déclarer elles-mêmes féministes ? Pour ceux qui l’ignorent, précisons qu’il s’agit là d’une atteinte à un tabou puissant. Car, jusqu’à présent, les féministes – et pas seulement polonaises – considéraient que toutes les femmes souscrivent naturellement à l’idéologie féministe, de préférence radicale, bien que certaines d’entre elles ne le manifestent pas. La veille de la Journée internationale de la femme est alors paru, dans un supplément mensuel du quotidien Gazeta Wyborcza, un texte signé par deux femmes influentes et émancipées : Aneta Borowiec et Natalia Waloch-Matlakiewicz. Armées d’humour et d’esprit critique, elles y dénonçaient – tenez-vous bien – les dérives du féminisme polonais dans sa mouture d’après 1989. Un séisme ![access capability= »lire_inedits »]

Bien sûr, des différends existaient déjà entre les courants néolibéral et néomarxiste, mais ces dames veillaient jusqu’alors à laver leur linge sale en famille, discrètement. La première entorse à la règle date de 2014, lorsqu’une des figures de proue du mouvement féministe, Agnieszka Graff, a sauté à pieds joints dans l’extravagance en devenant mère. Aussitôt, Mme Graff a réalisé que traverser Varsovie avec une poussette exigeait plus de courage et d’intelligence qu’écrire un article sur le sexisme à la télé. Délaissant ses thèmes de prédilection – l’exclusion des femmes de la sphère publique après la chute du communisme, les liens entre le nationalisme polonais et la construction de l’identité de genre, la légalisation de l’IVG –, elle a alors publié un livre courageusement intitulé Mère féministe. Comme de juste, l’ouvrage a provoqué l’ire de ses copines, qui l’accusaient de conservatisme, autant dire de la tare suprême, n’hésitant pas pour l’occasion à collaborer avec la presse mainstream.

S’interroger, comme Agnieszka Graff, sur les paradoxes d’un pays qui glorifie le modèle familial sans se donner les moyens d’une politique familiale ambitieuse contreviendrait-il aux intérêts des femmes ? Le doute a émergé. Magdalena Sroda, ancienne haut(e)-commissaire pour l’égalité entre les femmes et les hommes au cabinet social-démocrate de Marek Belka et initiatrice du mouvement populaire Le Congrès des femmes, juge la question sans intérêt : les femmes ne disposent-elles pas de machines à laver et de services à domicile ? Graff s’insurge, remarquant avec beaucoup de bon sens que lesdits « services à domicile », outre qu’ils sont réservés à une poignée de privilégiées, sont quasi exclusivement assurés par des femmes qui – justement – peinent à concilier leur travail et leurs obligations de mères. Qui aurait pensé que cet échange venimeux alimenterait, une année plus tard, un débat de fond cathartique ? À moins que l’affaire ne se transforme en crêpage de chignons…

La violence et la radicalité sont en effet les deux péchés capitaux des féministes polonaises, qui font fuir nombre de sympathisantes potentielles. Approuver la légalisation de l’IVG est une chose, dont plus de la moitié des Polonaises reste convaincue de la justesse, y compris des catholiques pratiquantes. De là à applaudir la provocation d’une Katarzyna Bratkowska qui, en 2013, avait publiquement annoncé sa décision de recourir à un avortement clandestin pendant le réveillon de Noël ? Certainement pas ! Si les Polonaises revendiquent le droit de pouvoir interrompre en toute sécurité les grossesses non voulues ou dangereuses pour leur santé, elles tiennent tout autant à celui de passer sereinement les fêtes de Noël aux côtés des enfants qu’elles ont souhaité mettre au monde. Quand cet anticléricalisme outrancier en fait rire certaines, d’autres se demandent de quelle manière elles pourraient concilier leur foi avec un engagement féministe. Et elles ne comprennent pas non plus en quoi manifester sous une pancarte « J’ai une chatte ! » les aiderait à trouver un travail ou une place dans une crèche.

Mais rien n’y fait. « Combien avez-vous de copines qui ont avorté ? Et combien en avez-vous qui galèrent pour récupérer une pension alimentaire ? », interrogent deux journalistes de Gazeta Wyborcza dans un texte intitulé « Nomen Omen », « La banque de la colère ». Les féministes polonaises ont donc, comme chez nous, tendance à être bêtement à côté de la plaque. Quand, en 2005, le gouvernement social-démocrate a supprimé le Fonds alimentaire destiné aux femmes les plus démunies et aux mères célibataires, elles ne se sont pas précipitées pour en faire une cause nationale. Zbigniew Mikolejko, philosophe à l’Académie des sciences de Varsovie et connu d’un large public grâce à ses feuilletons publiés dans l’édition polonaise de Newsweek, va plus loin. Reconnaissant aux féministes le mérite d’avoir souvent posé un diagnostic juste des rapports sociaux en Pologne, il les invite à s’intéresser désormais à l’exploitation des femmes par les femmes. Et pointe du doigt la zone grise dans laquelle subsistent les innombrables jeunes filles au pair et autres aides à domicile.

« Comment expliquer que personne ne se souvienne d’une grande action féministe jetant la lumière sur le fait que trois quarts des Polonaises mènent à bien leurs grossesses dans des cabinets privés, en raison du manque de structures adaptées dans les établissements publics ? Simplement parce qu’une telle action n’a pas eu lieu ! », renchérit l’écrivain Marcin Sieniewicz. Il n’y a pas à s’en étonner. Crème de la crème de l’élite polonaise, les féministes placent leurs priorités ailleurs – la parité sur les listes électorales, l’introduction des gender studies dans l’enseignement supérieur, l’orientation de davantage de femmes vers les filières scientifiques. C’est sans doute utile. Reste à savoir ce qui pourrait pousser à devenir féministe une vendeuse de Tesco payée au lance-pierre.

En attendant que le scandale déclenché par la tribune publiée dans Gazeta Wyborcza provoque un changement d’attitude des premières concernées, les Polonaises continueront à s’intéresser davantage au bouddhisme qu’au féminisme. Dommage, puisque malgré leurs travers et leurs ratages, les féministes polonaises peuvent se vanter de quelques belles conquêtes, comme la récente ratification par le Sénat de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’encontre des femmes. On commence néanmoins à s’ennuyer de voir les féministes se mobiliser toujours en opposition à un groupe social ou à un phénomène. Une mobilisation « en faveur de », la solidarité féminine par exemple – à supposer qu’elle existe – tomberait à point.[/access]

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Les habits neufs du Président Juncker

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juncker tsipras grece referendum

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J’ai appris qu’on surnommait « Juncker the drunker » le Président de la Commission Européenne. Surnom que sa jovialité active à base, d’embrassades, de claques affectueuses, et de mimiques intempestives semblent justifier. Il paraît que Tsipras avait prévenu François Hollande et Angela Merkel avant l’annonce du référendum. Mais pas Jean-Claude Juncker, « qui plongé dans un profond sommeil n’avait pas décroché ». En pleine montée de la tension dans la crise grecque, le président de la commission, probablement autour de 3 g, ronflait comme un sonneur. Finalement réveillé, il est arrivé tard pour exprimer chagrin et déception. Son vin gai est devenu triste.

Il est vrai que l’Union Européenne semble assez dévêtue, et le Président de la Commission avec. Jérôme Leroy a exprimé la surprise que l’on pouvait ressentir devant la violence des réactions du mainstream face à une démarche de simple bon sens démocratique. Celle d’un Premier ministre grec ayant reçu un mandat et souhaitant le faire revalider par son peuple. Et pour aussi sortir de l’ambiguïté et de la contradiction qui consiste, ce qui n’est pas nouveau concernant la Grèce, à vouloir le beurre et l’argent du beurre. Rester dans l’Europe et dans l’euro, et ne pas rembourser tout ou partie de la dette.

Mais les profiteurs s’inquiètent et jappent. Le retour de la politique et du fonctionnement démocratique par la fenêtre, ça provoque des courants d’air. Et ils ont peur de prendre froid. Cette brave Madame Lagarde, dont on apprend qu’elle a corrigé et raturé au stylo rouge les propositions grecques, ce qui en dit long sur son sens des convenances, n’a rien trouvé de mieux que de proférer cette énormité : « le référendum est illégal ». Pardon Madame? Contraire au droit européen? Ce dernier n’a rien à voir là-dedans, il s’agit d’une négociation entre un groupe informel (l’Eurogroupe) et le gouvernement d’un État pour tenter de trouver des solutions à une crise d’endettement. Cette négociation n’obéit à aucune règle juridique particulière que la Grèce aurait violée. Voulez-vous dire alors que le référendum serait illégal en droit interne grec ? Cette consultation ne concerne que les Grecs. De quoi vous mêlez-vous? Vous pouvez considérer qu’elle est inopportune, déloyale ou immorale, mais pourquoi proférer cette insanité?

Parlons justement un peu de droit. Économistes,  financiers, politologues monopolisent le débat, ce qui est bien normal. Les juristes sont très discrets. C’est dommage, car en se référant au droit, on peut peut-être un peu approcher la réponse à la vraie question: « Quelle partie est-elle en train de se jouer? »

La Grèce est en état « de cessation des paiements ». Son niveau d’endettement est tel qu’elle ne peut plus faire face. Lorsque quelqu’un se trouve dans cette situation, il est soumis à des procédures fondées sur des règles et des principes stricts. Dont l’objectif prioritaire est de le sauver. L’ensemble des dettes sont gelées jusqu’à la mise en place « d’un plan de redressement », permettant l’apurement d’une partie du passif et la poursuite de l’activité. Ce qui veut dire que les créanciers vont se manger des pertes. Et pour eux ce sera ça ou rien. Pour la période d’observation jusqu’à l’adoption du plan de redressement, les dirigeants sont flanqués de mandataires qui les surveillent et assument une partie de leurs responsabilités.

La notion de « période suspecte », permet de fixer la date de l’état de cessation de paiement. En remontant assez loin dans le temps. En conséquence, tout ce qui a été payé par la structure en difficulté pendant cette période doit lui être remboursé et « rapporté à la masse des créanciers ». Si ces règles étaient appliquées à la Grèce, cela pourrait créer quelques situations amusantes. Et en particulier jeter un éclairage sur la magouille Trichet/DSK de 2011. Alors que la Grèce était déjà manifestement insolvable, le FMI en violation de ses statuts lui a prêté  l’argent qui a servi à rembourser les banques françaises et allemandes lourdement exposées. Prêter de l’argent à une entreprise en difficulté porte un nom : « le soutien abusif ». En conséquence, la responsabilité des prêteurs est lourdement engagée. Usant d’un mauvais jeu de mots, on peut dire que DSK s’il n’a, bien sûr jamais été proxénète, est quand même « un souteneur… abusif ». Dont la responsabilité devrait être engagée.

Car, et c’est une autre des caractéristiques des procédures de faillite, on recherche les responsabilités. Celles des créanciers, celles des dirigeants dans la déconfiture. Banqueroute, faillite frauduleuse sont des délits dont la sanction permet d’appeler les auteurs en comblement du passif. En ce qui concerne la Grèce, non seulement il n’y a aucun moyen juridique de revenir sur le passé, mais il est quasiment interdit d’en parler. Qui a fait entrer la Grèce dans l’euro où elle n’avait rien à faire ? Qui a prêté, qui a dépensé ? No comment.

Ces principes juridiques et toutes ces procédures ne sont pas réservés aux seules entités privées. En France par exemple, les collectivités territoriales qui pourtant s’administrent librement en application de la Constitution ne peuvent pas fonctionner avec des budgets en déséquilibre. Si c’est le cas, le préfet, assisté par la Chambre Régionale des Comptes prend la main sur la compétence financière. Fixe les recettes (impôts et taxes) et engage les dépenses. Cette souveraineté limitée fonctionne jusqu’au retour à l’équilibre. Cela peut être ainsi parce que la France est un État unifié, ce que l’UE n’est en aucun cas. Ni de près ni de loin. Et c’est là que réside le nœud du problème.

J’avais dit dans ces colonnes ou se situait à mon sens la contradiction. Qui vient de se révéler brutalement dans toute sa nudité. Pas parce que le méchant Juncker et ses comparses eurocrates refusent le référendum. Mais parce que l’UE NE PEUT PAS l’accepter.  L’UE n’est pas un organisme démocratique. Elle n’est pas anti-démocratique, mais a-démocratique. Conçue comme telle par ses fondateurs et leurs continuateurs. Précisément, par méfiance vis-à-vis des peuples, pour faire échapper toute une série de questions à la délibération démocratique. La démocratie, c’est la moitié des voix plus une qui gouverne. Pour que la moitié moins une accepte, il faut qu’elle sache qu’elle pourra défaire ce que la majorité précédente a fait si elle même arrive au pouvoir. Dans l’UE, l’essentiel de ce qui devrait en relever est ossifié dans des traités à valeur constitutionnelle non modifiables. Circulez, il n’y a plus rien à débattre.

Sur le plan de la théorie constitutionnelle, c’est un drôle de monstre juridique quand même. Ni un État unifié, voire fédéral, ni une fédération ou un simple groupe d’États. Au-delà de la puissance de sa bureaucratie, l’Union n’est pas non plus une tyrannie, le prétendre au-delà de l’effet de tribune, ne serait pas très sérieux. On parle beaucoup du mandat démocratique dont disposerait Tsipras, beaucoup moins de celui, tout aussi démocratique dont dispose Merkel. Et on voit là, le retour du politique, où chacun défend fort normalement les intérêts de son pays. Sauf qu’il y a un rapport de force est que c’est l’Allemagne qui domine. Par sa puissance économique obtenue essentiellement par l’euro qui n’est qu’un Mark étendu.

Mais alors les rêveurs vont nous poser la question, comment faire pour que l’Europe puisse être démocratique. Et redevenir un idéal pour les peuples ? Malheureusement…

L’Europe des 28 constitue-t-elle l’espace pertinent de la délibération démocratique, une nation européenne avec un peuple européen ? Non. Une culture, une histoire, une civilisation, oui. Pas une nation. J’obéis aux normes que produit mon pays, parce que je n’ai pas le choix. Dans les rapports entre Etats, ce n’est pas la même chose. En dernière instance, les États-nations font ce qu’ils veulent, et les pouvoirs de Bruxelles n’existeront que tant que les nations qui composent l’Union le décideront.

Écoutons Charles de Gaulle que l’on interrogeait à propos du silence du traité de Rome sur la possibilité de sortie d’un pays : « C’est de la rigolade ! Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp !  » Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça. »[1. Extrait de C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte – Tome II.].

On a qualifié de « moment gaullien » le choix par le Premier ministre grec du référendum. Que dire du choix conscient d’une éventuelle sortie de la zone euro et même de l’Union. On comprend que Juncker puisse se sentir trahi par Tsipras qui, jouant le rôle du petit garçon dans le conte d’Andersen, vient de lui dire qu’il était tout nu.

*Photo : Virginia Mayo/AP/SIPA. AP21758038_000002.

 

 

Crise grecque: la faute à qui vous savez

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grece antisemitisme rothschild

grece antisemitisme rothschild

Et voilà. Il fallait bien que ça finisse par fuiter. Devinez qui est responsable du bourbier gréco-européen qui n’en finit plus de diviser les observateurs et d’appauvrir les Grecs. Allez, lancez-vous, ne réfléchissez pas. Oubliez les intox dont tous les médias vous abreuvent et dites la première chose qui vous passe par la tête. Vous y êtes ! Les vrais coupables, les seuls, ce sont évidemment les « sionistes », et plus particulièrement les « Rothschild ». Avouez : c’est tellement évident que vous étiez passé à côté.

La réponse ne sort pas d’un blog de sociologue boxeur ou d’un média-à-part, mais de la bouche d’un citoyen lambda (grec, donc…), interrogé alors qu’il faisait la queue devant un distributeur d’Athènes par le journaliste britannique Mike Bird, de Business Insider. Et l’analyste anonyme d’ajouter : « Nous, les Grecs, sommes des Hellènes, le peuple de la lumière. Maintenant nous n’avons plus qu’une petite lueur, pas comme dans les temps anciens. Ils essaient de nous mettre à la porte. »

Peuple élu contre peuple de la lumière, voilà qui est tout à coup beaucoup plus crédible qu’un improbable bras de fer entre Eurogroupe et Syriza, non ? « Ce n’est pas la faute des Allemands, assure notre expert. Ce n’est pas la faute des Européens. Il faut remonter à la source… Ils veulent écraser la Grèce. » Ah, ces salopards de « Ils », ça faisait longtemps qu’« Ils » ne nous avaient pas dégommé une tour jumelle, ou lancé une épidémie de Sida, tiens.

Bon, il faut comprendre l’Athénien de la rue. Après tout, on trouve encore de fins limiers pour juger significatif que Mario Draghi ait travaillé chez Goldman Sachs… Avec ce genre d’argument digne des meilleurs documentaires complotistes, il ne faut pas s’étonner que certains « remontent à la source ». D’après notre Grec nostalgique, tout viendrait donc de la City de Londres, base des sionistes et des Rothschild, qui dirigeraient aussi la Réserve fédérale américaine.

Pour ce genre de zozo, qu’importe si la Grande-Bretagne n’appartient pas plus à la zone euro que les Etats-Unis. On sait bien qu’« Ils » sont partout chez les Anglo-saxons, qui ont inventé le capitalisme mondial, ce système ennemi de la démocratie, pour servir exclusivement les intérêts de qui vous savez : « Ils ». Or leur domination sans partage contraint l’Europe à exécuter servilement tous leurs plans. Israël veut que nous écrasions la Grèce alors nous l’écrasons, avec l’aide des juifs de la City. Et c’est tout.

La loi Macron, du nom d’un autre ancien banquier chez Rothschild ? Ne cherchez pas : encore un coup des sionistes ! TAFTA ? Prononcez-le à haute voix, vous entendrez le nom d’un tissu souvent utilisé dans le prêt-à-porter, notamment par l’enseigne « Taffetas et compagnie » installée… dans le quartier du Sentier, à Paris. On vous cache tout, on vous dit rien. Mais tout n’est pas perdu : une aube dorée pourrait bien finir par illuminer le pays des Hellènes, seule vraie démocratie d’Europe persécutée par dix-huit dictatures sionistes européennes.

Vallaud-Belkacem: première au gouvernement, cancre pour l’Académie

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Lorsque François Hollande déclarait le 6 mai dernier avoir entendu le «concert des immobiles», c’est-à-dire les opposants aux réformes du collège et des programmes, il ne devait pas imaginer que ce concert trouverait son apothéose avec l’interprétation magistrale qu’en donnerait l’orchestre des Immortels. Pour cette occasion, cet ensemble, jouant sous la baguette de son Secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse, a mis ses dissensions en sourdine et a décidé de jouer la partition à l’unisson, sans qu’il y ait une seule note discordante. Pas d’envolées lyriques mais un style presque glacial dans cette musique qui exprime les menaces planant sur les savoirs et la langue française.

Voici donc le Président de la République et son ministre de l’Education nationale pris de court par l’adoption, le 11 juin dernier par l’Académie française et à l’unanimité de ses membres, d’une déclaration intitulée «pour une vraie égalité des chances». Cette déclaration démarre fort en jugeant d’emblée que «l’ensemble de ces projets  n’est pas satisfaisant».  Dénonçant pêle-mêle la dispersion des savoirs, le mauvais coup porté à la littérature et à la langue française, le risque d’accroissement des inégalités et même le jargon utilisé dans les programmes, les Académiciens concluent qu’il est «nécessaire de reconsidérer les principes et les dispositions des réformes proposées».

Chargé de promouvoir cette déclaration dans les médias, l’Académicien Jean-Marie Rouart n’a pas mâché ses mots sur l’absurdité de cette réforme qui instaure « la culture de bazar ». Et Hélène Carrère d’Encausse d’enfoncer le clou : « Je mise toujours sur l’intelligence des gens. Najat Vallaud Belkacem est une femme intelligente, je suis convaincue qu’elle réfléchit. Il est évident qu’elle ne peut pas ignorer les réserves qu’elle entend de tous côtés ». Madame le Secrétaire perpétuel n’avait probablement pas encore lu la réponse du ministre aux Académiciens datée du 23 juin. Visiblement, Najat Vallaud-Belkacem n’a pas trouvé le temps de réfléchir une seule seconde. Pour clore rapidement la discussion et n’ayant à sa disposition qu’un disque rayé, enregistré il y a maintenant quelques mois, c’est encore et toujours ce même disque sur la réussite pour tous (que tout le monde connaît par cœur)  qu’elle a choisi de repasser. Nul doute que l’Académie française n’en restera pas là et ne lâchera pas ce qui est devenu une affaire d’Etat.

On apprend par ailleurs que François Hollande a demandé à  ce que ses ministres soient désormais notés en fonction de la rapidité avec laquelle ils mettent en œuvre les réformes. Najat Vallaud-Belkacem, qui s’est distinguée en cette matière avec l’adoption à la hâte du décret sur la réforme du collège, figure à la tête du classement. Plutôt que d’écouter l’Académie française, le Président a bien raison de consacrer ainsi les capacités de son ministre à agir vite et à …foncer dans le mur.

Islamisme: Sainte Padamalgame est une fieffée salope

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amalgame islam corbiere

amalgame islam corbiere

Comme saint patron de notre malheureux pays, souffrant, divisé, déchiré, on aurait pu choisir saint Georges terrassant le dragon. On s’est abstenu de le faire : des fois que des gens méchants diraient que le dragon, c’est… Et sagement on a dédié la France à sainte Padamalgame. Elle est pacifique, bonne et donc seule susceptible d’unir les différentes couches de notre population.

On lui a consacré un temple prestigieux : l’Elysée. Là-bas, le président Hollande fait tous les jours brûler de très gros cierges devant sa statue. Et, après chaque attentat, troublé et ému, il s’agenouille et récite la même prière : « Unité, solidarité, fraternité, pas de suspicion. » Son grand chambellan, Jean-Christophe Cambadélis, fait ses dévotions avec les mêmes mots. Mais ses cierges sont plus petits que ceux de l’Elysée : le PS est pauvre.

Manuel Valls, à qui il arrive quand même de faire des infidélités à sainte Padamalgame (n’a-t-il pas dit que l’islam serait « au centre » de la prochaine campagne électorale ?), se comporte pour l’essentiel en bon croyant. Un peu moins bon toutefois que François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis… Il vient de faire savoir à la population que « la France n’était pas en guerre contre l’islam ». Sainte Padamalgame a en effet la guerre en horreur. De toute façon, si la France devait faire la guerre contre quelqu’un, ce serait contre les adorateurs du dieu Cargo (il en reste quelques-uns en Papouasie). Car, là au moins, elle aurait une chance de gagner.

Nous ne sommes pas en guerre donc. Mais on a quand même vaguement l’impression que la guerre, on nous la fait. Déjà une tête coupée… Mais qui ? Qui nous fait la guerre ? Toutes les équipes gouvernementales assistées par la DGSI cherchent. Les bouddhistes, les shintoïstes, les hindouistes, les évangélistes, les chamanistes ? On n’a pas encore trouvé. Et ce n’est certainement pas moi, citoyen de base dépourvu de tout moyen d’investigation, qui vais y arriver.

Mais peut-être que sainte Padamalgame est susceptible de nous aider dans cette quête. Eh bien non. On a beau la supplier, l’entourer de cierges et d’offrandes, elle répète toujours la même phrase : « Ce n’est pas l’islam. » Son vocabulaire est très limité car, victime de l’oppression capitaliste et du colonialisme, elle a dû quitter les bancs de l’école avant d’apprendre à lire et à écrire.

Sainte Padamalgame a en apparence une bonne tête. Mais si on l’approche au plus près, on peut s’apercevoir qu’elle bave. Un filet d’eau tiède s’écoule de sa bouche. Et, goutte après goutte, il inonde tout, le personnel politique, les médias, les intermittents de la pensée.

Ainsi, l’autre jour, les flots dégoulinants de sainte Padamalgame ont transformé un studio de France Info en piscine. Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, y était comme un poisson dans l’eau. Alors qu’on évoquait les attentats, l’islam, le monde arabe, il pointa comme premier responsable le « colonialisme occidental ». Mais il se rendit compte très vite que c’était un peu trop banal.

Et Corbière fit plus fort en s’indignant contre l’inculture des Français ignorant tout du monde et de la civilisation arabes. « Comment se fait-il que les Français ne connaissent que le nom de Bouteflika et même pas celui du Premier ministre algérien ? Pourquoi ne sont-ils pas capables de citer des noms de ministres tunisiens ? » s’emporta-t-il.

Et, toujours très inspiré par sainte Padamalgame, il réclama la présence de policiers « parlant arabe » dans nos banlieues ! Convaincu par ses élans oratoires, j’ai sous les yeux la liste complète des membres des gouvernements algérien et tunisien. J’y ai ajouté à toutes fins utiles la liste des membres du secrétariat national du Parti de Gauche. J’apprends tout par cœur. Et je remercie sainte Padamalgame de ne pas avoir soufflé à Alexis Corbière le nom du Maroc…

P.S. : À ceux qui jugeraient insuffisantes les leçons du professeur Corbière, je suggère cette phrase de Kateb Yacine, un des plus grands écrivains algériens : « À force de parler de Mohamed qui fut prophète, on oublie le Mohamed chômeur, le Mohamed sans logement, le Mohamed sans abri, le Mohamed sans travail et des milliers de Mohamed qui vivent comme des esclaves sous des régimes qui se réclament du prophète Mohamed. »

*Photo : Pixabay.

Charles Pasqua est mort

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pasqua rpr seguin chirac

pasqua rpr seguin chirac

Charles Pasqua nous a quittés. Il a rejoint son compagnon de route Philippe Séguin, parti il y a cinq ans. Quand vous dites que vous avez été un séguiniste, vous percevez chez votre interlocuteur une certaine admiration. Quand vous dites que vous avez aussi été un compagnon de Charlie, on vous balance le SAC, Malik Oussekine et d’autres amabilités. Et pourtant, je n’ai jamais eu à rougir de ce compagnonnage. Parce qu’à l’âge où j’avais encore de la passion pour mes petites voitures Majorette, lui entrait dans la résistance. Son oncle venait d’être tué. «Un Pasqua tombe, un autre se lève». Il s’en est fallu d’un cheveu pour que l’adolescent Pasqua ne subisse le même sort que son oncle. La chance l’a préservé. Au moment où j’écris ces lignes, le journaliste Jean-Michel Aphatie twitte, satisfait de lui : « Charles Pasqua a été le serviteur zélé de la part d’ombre de la République. ». Il ne croit pas si bien dire. Pasqua fut de l’Armée des ombres. Celle de Joseph Kessel. Mais Aphatie a-t-il seulement lu Kessel ? Certainement pas. Dans le cas contraire, il ne twitterait pas avec ses pieds ce soir.

Mes premiers combats avec Pasqua datent de 1990. Philippe Séguin, dont j’étais le militant dévoué, avait choisi de s’allier avec lui pour infléchir la ligne balladuro-juppéiste que Jacques Chirac infligeait au RPR. Il y eut ensuite Maastricht. Une défaite, sur le fil. Mais une victoire morale vingt–trois ans plus tard. Au moment où Charles Pasqua nous quitte, tout ce que les deux compagnons de route de la souveraineté nationale nous avaient ditsur cette monnaie unique se réalisent. Il y a seize ans, il m’avait choisi pour être l’un de ses colistiers pour la campagne des élections européennes qui le vit terrasser Nicolas Sarkozy. Une si belle campagne. Une victoire au bout, pour une fois. Nous étions les dissidents. Face à un parti organisé. Et nous l’avons dépassé. Parce que nous croyions à ce que nous disions à nos électeurs. Des années plus tard, je crois, comme Marie-France Garaud – qui doit être bien triste en ce lundi soir- que Charles Pasqua aurait dû se rendre rue de Lille et s’asseoir dans le fauteuil de président du RPR, au lieu de créer son parti en tête à tête avec Philippe de Villiers. Il avait acquis la légitimité des urnes. Ce putsch bonapartiste serait passé comme une lettre à la Poste d’Ajaccio.

Il avait donné sa vie au Général de Gaulle, même longtemps, très longtemps après novembre 1970. Charles Pasqua n’a pas seulement été un très grand ministre, dans des moments où les attentats touchaient déjà la France au coeur. Il était avant tout un militant. «Un militant», ce mot qu’il disait lui-même avec son accent irremplaçable. Et inoubliable.

*Photo : FACELLY/SIPA. 00234950_000002.