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Le Bac Najat

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Il y avait eu le Bac 1968, que l’on avait, paraît-il, un peu distribué, pour cause de contestation permanente et d’émeute rampante. Les lycées étaient tous fermés ou occupés depuis le début mai, la mansuétude pouvait se comprendre. L’année d’après, on reprenait les bonnes habitudes et des exigences réelles…
Il y eut, malgré lui, le Bac Chevènement — 80% de réussite, alors que le « Che » avait suggéré « 80% au niveau Bac », ce qui n’était pas du tout la même chose. Mais les pédagos qui avaient déjà mis la main sur la rue de Grenelle étaient plus savants — et lui extorquèrent, en sus, la reconnaissance d’un Bac Professionnel doué des mêmes avantages que le Bac général, c’est-à-dire ouvrant automatiquement sur le Supérieur. Ce qui permit dès lors à 97% de bacheliers professionnels d’aller se fracasser en fac (et plus de 50% du Bac général, répétons sans cesse cette preuve du génie grenellien).

Et il y aura le Bac Najat : « Cache-misère du système éducatif », dit dans le Figaro du 2 juillet Jean-Rémy Girard, qui est vice-président du SNALC. Un Bac où l’on « trafique les résultats pour qu’ils correspondent aux objectifs affichés en amont ». On se souvient que l’année dernière (2014), l’épreuve de mathématiques avait été notée 24/20 — un concept que bien des matheux seraient en peine de nous expliquer. Cette année, on a modifié le barème de l’épreuve de physique-chimie en cours de correction, au grand dam des spécialistes de la matière, qui ne furent jamais des foudres de guerre ni de contestation, mais qui cette fois sont montés sur leurs grands chevaux. On nous prend pour des crétins ! Ben oui.
En physique comme en Français, où l’on a vite appelé Laurent Gaudé à la rescousse pour expliquer que le Tigre bleu pouvait bien, après tout, être un animal mythique et pas un fleuve voisin de l’Euphrate, on a supprimé des dizaines d’heures (combien de fois devrons-nous répéter que la réforme du collège de Vallaud-Belkacem n’a pas d’autre objectif que de supprimer des postes en supprimant des heures, exactement comme la réforme Chatel du lycée avait eu pour objectif de supprimer des heures en supprimant des postes). De sorte que jamais l’écart n’a été aussi grand entre les attentes des programmes (et pourtant, pauvres programmes !) et le niveau effectif des bacheliers. N’empêche : pour cacher ce que tout le monde sait, les notes sont surgonflées, les moyennes artificielles, les résultats truqués. Et à l’arrivée (c’est-à-dire dès septembre), les néo-bacheliers échoueront en fac ou en prépas comme les baleines échouent sur la plage, ou ne s’en sortiront qu’avec des cours particuliers : depuis quinze ans, ces cours parallèles ont prospéré grâce aux manœuvres libertaro-libérales des pédagos. Peu après la loi Jospin s’est créé Acadomia. Aujourd’hui, cette pompe à fric roule sur l’or et a été brillamment introduite en Bourse. Merci, Meirieu !

Contre cette dégradation du Bac, une seule solution, que je préconise depuis longtemps et à laquelle Jacques Julliard s’est rallié dans le dernier numéro de Marianne : supprimer le Bac. En faire un Diplôme de fin d’études, et autoriser la totalité du Supérieur à recruter sur dossier, en tenant compte des deux dernières années de lycée. On économisera ainsi plus d’un milliard d’euros (le prix du Bac, près de 70 millions d’euros, augmenté du prix du redoublement des 12% qui échouent contre toute attente), on reconquerra définitivement le mois de juin, et on forcera les élèves à travailler vraiment. Après tout, près de 50% des formations supérieures recrutent déjà ainsi — des prépas aux BTS en passant par les IUT et les cursus dérogatoires des universités — il s’en crée chaque année, pour juguler la misère.

Oui, supprimons le Bac, donnons à chaque élève un certificat de bonne vie et mœurs scolaires, et passons à autre chose. Ils ont tué le Bac à force de tricheries, de combines, de statistiques foireuses, d’ambitions ministérielles répugnantes, et de mensonges accumulés. Supprimons le Bac : les Inspecteurs qui s’y échinent pour rien s’en réjouiront, et les chefs d’établissement, qui en suent d’angoisse, y gagneront en sérénité — sans parler des profs, dégagés d’obligations stupides (surveiller) ou esclavagistes (corriger en s’asseyant sur leurs convictions), ni des élèves, enfin déstressés pour de bon — et obligés de se mettre un peu au travail.

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*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00714253_000007.

Non M. Tsipras, n’est pas Zeus qui veut!

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On connaît l’adage : Zeus rend fou ceux qu’il veut perdre. Et c’est ce qui est arrivé à de nombreux Grecs qui avaient déplu au Dieu des dieux. Or le premier d’entre eux, un certain Alexis Tsipras, soucieux de marquer sa différence avec le bas peuple qui l’avait élu, devint un peu plus fou que les autres. N’écoutant que son orgueil, qui était grand, il décida d’être Zeus à la place de Zeus.

Conscient de la difficulté de la tâche, il avait tout d’abord hésité. Dans un premier temps, il avait pensé se couler dans la belle personnalité de Prométhée. Celui qui avait gravi l’Olympe pour y dérober le feu sacré. Mais ses conseillers lui rappelèrent l’atroce châtiment que Zeus avait infligé à Prométhée pour son forfait. Attaché à un rocher du Caucase où un aigle venait lui dévorer le foie. Tsipras se ravisa.

Antée lui plaisait bien aussi. Invincible, immortel tant qu’il touchait la terre grecque. Pourquoi pas ? Mais la fin d’Antée n’était guère plus clémente que celle de Prométhée. Etouffé dans les bras d’Hercule qui l’avait arraché du sol. Et Tsipras envisagea avec effroi la perspective de connaître le même sort et de mourir étouffé à Bruxelles dans les bras d’un Hercule local, une méchante brute nommé Juncker.

Restait donc Zeus. « Eurêka » s’écria Tsipras. Et il se lança à la conquête de la déesse Europe. Il la voulait nue et soumise. Mais quand même pas très confiant dans ses capacités de séduction, il se transforma en taureau blanc pour avoir la belle. Guilleret, une fleur dans son mufle, il s’approcha d’elle, sûr de son coup. Et là il s’aperçut que la déesse Europe n’était pas aussi séduisante qu’il l’avait imaginée.

Elle se présentait sous l’aspect d’une très robuste personne. Harnachée de cuir et portant casque à pointe. Assez terrifiante dans le genre barbare germanique. Elle le toisa d’un air méprisant : « Allez dégage, et va conter fleurette à tes copines les vaches ». Humilié, vaincu, le taureau baissa la tête.

Sa fin fut tragique. Hercule s’étant aperçu qu’un imposteur se faisait passer pour Zeus rejoignit dare-dare l’Olympe. « Papa, y’a un type qui se fait passer pour toi ! ». La colère de Zeus fut terrible. Il tonna, gronda. Et décida d’infliger au blasphémateur le plus cruel des châtiments qui soit. Tsipras fut attaché à un des piliers du Parthénon et condamné à bouffer perpétuellement des drachmes…

Grèce : devenir Alexis Tsipras

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C’est comme le paludisme, une drôle de maladie. On peut l’attraper jeune, la soigner et penser que l’on est guéri. Plus tard constater qu’il y a des rechutes. George Bernard Shaw nous a expliqué que si on ne l’avait pas à vingt ans c’est qu’on n’avait pas de cœur, mais toujours à quarante c’est qu’on n’avait pas de tête. Il est gentil Shaw mais le virus, lorsque la tête a pris le dessus, que la fièvre est tombée, il peut sommeiller longtemps dans les tripes. Et se réveiller quand on ne s’y attend pas.

On peut avoir partagé en son temps ce qui fut la grande passion du vingtième siècle. Assisté au dévoilement du mensonge, à l’obscurcissement de l’horizon, et à la disparition de l’espérance. Voir passer l’ennemi d’hier avec une tête de vainqueur. Se résigner au verdict de l’Histoire. En bon juriste, respecter l’autorité de la chose jugée. En devenant raisonnable, en renonçant à la fraternité de l’action et en s’attendrissant sur les grandes émotions qu’on a connues. Parce qu’il faut accepter « la fin de l’Homme Rouge ». En se disant pour se consoler, parfois sans trop y croire, que le panache a permis de réussir ses échecs.

Et c’est comme cela que la vie se déroule. Qu’on assiste en spectateur à la crise financière, à celle de l’euro, constatant l’inanité des promesses et des prévisions de tous ceux qui nous avaient juré « le bonheur dans vingt ans ». En évitant les emportements inutiles lorsque l’on entend le mainstream nier l’évidence de cette Europe en crise. Voir en 2012, désabusé, dans son propre pays, un ectoplasme politique succéder à un parvenu excité pour dire la même chose et surtout faire la même chose, peut-être en pire. Il n’y aurait pas d’alternative ?

Petit coup de tonnerre dans le ciel grec de février, avec l’arrivée, surprenante, de Syriza au pouvoir.  Tsipras, Varoufakis, tiens, qui sont ces gens? Un salut amusé et retournons à notre routine.

Et un beau jour, la petite bestiole dans les tripes qui se réveille. Il y a la Grèce d’abord. » La Grèce que l’UE martyrise pour que les Italiens entendent ses cris. »[1. Formule d’un grand patron allemand rapportée par Charles Gave.] Or la Grèce, c’est ma mère. Mon père c’est Rome. Cet empire gréco-romain où la Grèce inventait la culture et Rome le politique et dont nous sommes tous issus. On dit des gens qui comme moi ont étudié le latin et le grec ancien, qu’ils ont fait « leurs humanités ». Ce n’est pas par hasard.

Le déferlement de la haine ensuite. Celle de tous ces gens qu’on déteste. Les imposteurs, et les petits valets. De BHL à Apathie, de Colombani aux Gracques en passant par les économistes appointés, ceux qui expliquent tout et ne prévoient rien. Affichant cette haine de caste avec sa gueule de raie.

Et puis enfin il y a aussi le surgissement du peuple grec sur la scène. Et voilà qui change tout. Brusquement, on n’a plus envie d’être raisonnable. On veut chanter avec lui dans la nuit tiède de Pláka, s’arsouiller au Retsina pour fêter le retour de la fraternité. En levant la tête pour contempler le Parthénon illuminé qui veille sur nous. Parce qu’il semble bien que l’on assiste aux prémices d’un tremblement de l’Histoire. Lorsque que des événements que l’on pouvait penser secondaires expriment soudain la totalité de la contradiction. Celle qui travaille et mine notre Europe. Cela s’appelle une situation révolutionnaire. Avec désormais un débat simple entre deux camps. Et avec cette nouveauté : les raisonnables honnêtes ont rejoint le camp de ceux qui veulent aider le peuple grec et refusent de le jeter dans le précipice.

Comprenons-nous bien, je ne sais absolument pas ce qui va en sortir. Du bon ou du mauvais. Peut-être la crise va-t-elle se poursuivre encore longtemps. L’histoire est un système imprévisible et on peut penser avec Hegel que c’est un procès sans finalité. Mais avec des sujets comme l’esprit, le peuple, les grands hommes.

Et sur ce dernier point il est peut-être en train de se passer quelque chose. Et si Alexis Tsipras était l’homme du Dieu Kairos, l’homme de la circonstance?

Voilà un jeune bellâtre au poil noir. Né cinq jours après l’effondrement du régime des colonels dans son pays qui surgit à 30 ans dans un champ politique aussi usé médiocre et corrompu que celui de la France. Dont on ne sait pas grand-chose, mais qui présente déjà une qualité. Être la cible d’un déferlement d’injures des petits Marquis, dont la vulgarité fébrile témoigne de la crainte qu’il inspire. Il vient ensuite de mener pendant cinq mois une négociation très difficile montrant une capacité politique étonnante. Pour maintenant demander à son peuple de revalider son mandat, en indiquant que s’il est désavoué, il quittera le pouvoir. Cela me rappelle de vieux souvenirs. Certains ont parlé de « moment gaullien ». Bien évidemment pas pour comparer, mais comme exemple.

Et justement, je voudrais me permettre de m’adresser à lui à partir de ce précédent. Charles de Gaulle disait « qu’un destin c’est la rencontre des circonstances et d’un grand caractère ». Il en savait quelque chose. « À quarante-neuf ans, j’entrais dans l’aventure, comme un homme que le destin jetait hors de toutes les séries » écrivit-il plus tard à propos du 18 juin, avant d’ajouter « j’étais comme un homme seul devant un océan qu’il prétendait traverser à la nage ».

Sans la connaître, il avait probablement fait sienne la phrase de l’aveugle de Buenos Aires, Jorge Luis Borges : « le destin d’un homme aussi long et compliqué soit-il, se résume en fait au jour où il apprend définitivement qui il est ». Le 18 juin 1940, le général de brigade sut définitivement qu’il devait devenir de Gaulle. Le chemin jusqu’à la descente des Champs-Élysées du 24 août 1944 fut difficile. Il le qualifia lui-même « d’épouvantable ».

Le tien sera lui aussi très ardu, le combat exténuant, et les adversaires sans merci. La situation qui vient de se créer peut déboucher sur tant de choses. Combien serait compréhensible l’envie de reculer, de céder, voire de se retirer. Ce n’est probablement plus possible. À défaut du bonheur, l’espoir peut redevenir une idée neuve d’abord en Grèce, ensuite en Europe. Et parce que cela marche comme ça, cela repose désormais sur tes épaules.

Charles Péguy ne te laisse pas trop le choix : «Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C’est la loi, c’est la règle, c’est le niveau des vies héroïques, c’est le niveau des vies de sainteté. »

Je crois que c’est ton tour mon garçon. Va fils, on te regarde. Il te faut maintenant devenir Alexis Tsipras. Et rappelle-toi que la cause que l’on défend vaut moins que l’honneur qu’on met à le faire.

Et ne t’inquiète pas pour moi. Si je perds encore cette fois, ce n’est pas grave, j’ai l’habitude.

 *Photo : wikicommons.

Terrorisme islamiste: Hervé Cornara, le soldat inconnu

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D’Hervé Cornara, il ne restera peut-être que la symbolique de décapitation. La première en France. Pour l’âme, le meurtre, la victime, repassez demain. Pour les douleurs, l’émotion, le choc, prière d’aller vers sa famille et les quelque 200 âmes de sa bourgade qui l’ont pleuré. Dans la logistique du deuil cette fois, l’Etat a fait dans le minimalisme : marches, cierges, bougies, trop coûteux en retombées, mémoire du 11 janvier oblige. Le peuple a suivi. Peu d’affiches. De spontanéité. Sidération à peine audible. Le flux médiatique tendu, ses scénarios changeants, ont ruiné l’espoir d’une communion et d’un hommage. De plus, Charlie, vous savez, ça fatigue. Et puis les flots de sang, les amas de têtes fraîchement tranchées qui peuplent les recoins, ça connaît le monde : c’est son décor. Alors à quoi bon s’émouvoir pour un mort, un seul,  quand le terrorisme pêche lui des tonnes dans les grandes eaux ? Hervé Cornara inaugure un nouveau genre, un nouveau martyre à vocation potentiellement paradigmatique : l’indifférence sur fond de déchirures. Après le relativisme, voire l’atténuation de la responsabilité des bourreaux, un pas de plus vers la culpabilisation des victimes peut-être pour vérifier qu’ils sont bien morts ?

L’histoire est une garce. Elle aime hoqueter, ré-arpenter les mêmes sillons. Hervé Cornara meurt donc dans le sillage de Charb et des autres. Souvenir : à peine le duo Kouachi s’évanouissait dans la nature, ivre de sang et repu de vengeance, que l’Islamophobie prenait, avec un aplomb irréel, la place de Cabu à la morgue. Elle devenait ainsi la victime, le problème. Le vrai. Celui de la France. De livres en débats, en passant par des campagnes rigoureusement menées, le postulat a aggloméré une insoupçonnable France dont les ressources contestataires et les relais en termes d’influence, ont été d’une redoutable efficacité. Des cendres de la marche du 11 janvier, il ne devait rester que l’islamophobie de Charlie et des fantômes catholiques, l’épouvantable laïcisme, l’amalgame, tout compte fait, raciste. Le salafisme, l’Etat islamique, le terrorisme dans le monde, la montée de l’intégrisme qui rogne la laïcité sur l’autel du differentialisme identitaire ? Une vue de l’esprit, un fantasme réactionnaire. Aucun lien avec l’islam. L’habile anesthésie des responsabilités a œuvré ! Des bourreaux donc, il ne faut retenir que des profils du ratage social français. Aussi la frustration d’une jeunesse oubliée par un Etat providence « ghettoïseur » aux relents colonialistes malodorants. A renfort de scientificité sociologique – infaillible – la leçon est sue, digérée. A la prochaine victime, au suivant…

Ce devait donc être ce pauvre patron. Inconnu et victime au début de l’enquête, il a cessé de l’être une fois son identité de patron du bourreau révélée. Les journalistes experts du djihad, vizirs de Twitter, ont dès lors, forts de leurs sources solides, sommé de changer la lecture de l’affaire en dégageant l’EI du périmètre des possibles commanditaires. Exit terrorisme, entre ici différend avec patron. Les inscriptions, la profession de foi au cœur des drapeaux qui ornait la mise en scène de la tête coupée : des caprices d’une démence potentielle. Le scénario prémâché sera régurgité par le suspect lui-même quand il daignera ouvrir la bouche. « Je voulais maquiller mon acte » lâchera-t-il. Fragile émotionnellement, en conflit avec femme et patron, il a ciblé un site sous protection (Seveso), précipité sa voiture sur des bouteilles de gaz, préalablement tué son patron ; remontons encore : un passé salafiste, des fréquentations douteuses dans la mouvance intégriste. Que dit l’adage, « les fous ça ose tout et c’est… » Sauf qu’il n’était pas fou Goebbels, qui disait «  plus le mensonge est gros, plus ça passe ! » Mais que Nenni, l’acte déséquilibré refait surface, il a ses propagateurs ; mouture nouvelle dans la bouche de Claude Askolovitch : mariage entre folie et radicalisme islamiste. Pour info, L’EI ce sont donc 50 000 dégénérés mais qui tiennent un Etat, infligent des pertes, gouvernent et séduisent, mais ce sont des dégénérés… Allons ! L’enjeu de toutes ces démonstrations est évident : Il faut éloigner l’islam, le laver comme un enfant, de tout soupçons. La devise est connue. En quinze jour, on a milité pour la nature terroriste de la tuerie de Dylan Roof et pointé les mystères de Yassin Salhi. Il faut pouvoir suivre…

Quand bien même le procureur de Paris a remis un peu d’ordre dans cette abjecte foire aux hypothèses en retenant le caractère terroriste, solidement enraciné dans les preuves irréfutables qui commencent à être ébruitées, Hervé Cornara n’en retrouve pas pourtant son statut d’entière victime. Il aura été, un temps, le patron qui a crié sur son employé causant son courroux. Ça suffit à sa peine. Disparu des radars, trop peu nombreux pour être pleuré, mort à l’ombre et décapité, un temps confondu avec le supposé compagnon d’équipée du tueur, il ne jouit que de ce macabre privilège d’être le premier décapité hexagonal. Inconnu vivant, inconnu mort. Une tête. Pas d’âme. Pas l’histoire d’un père de famille sordidement assassiné. De Yassin Salhi, on saura tout, d’Hervé Cornara rien : la tête mais pas le symbole de la victime d’un terrorisme qui élit domicile en France. Une gerbe sans doute plus tard sur la flamme du soldat inconnu…

Le terrorisme ne se combat pas militairement mais idéologiquement, politiquement et socialement. Il faut sans doute d’autres morts, décapités, pour hâter la prise de conscience.

*Photo : William Abenhaim/SIPA. 00716931_000004.

De la sexualité en Amérique

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Etats-Unis viol

La sexualité est devenue étrange. On se vante un peu partout de l’avoir décomplexée, libérée, révolutionnée. Sur le site des Inrocks, on trouve des articles titrés « Ode à la branlette » ou d’inénarrables discussions sur ce qui détermine la beauté d’un vagin. Mais cette liberté, acquise de haute lutte, contraste avec certains élans puritains qui prétendent régir notre vie quotidienne. Ainsi, aux Etats-Unis, pays libre s’il en est, a été mis en place – au nom de la lutte contre le viol – un nouvel arsenal juridique qui pourrait bien mettre fin à tout désir non-contrôlé.

Mme Judith Shulevitz, journaliste au New-York Times, nous décrit l’étrange tour que prend la justice de son pays. Un quart des Etats américains ont déclaré que le sexe n’était pas légal sans consentement. Autrement dit, vous devez demander la permission à votre partenaire avant de commencer à le toucher. S’assurer du consentement de son partenaire avant de le déshabiller peut sembler logique. Les rapports entre un homme et une femme sont ambigus, teintés de séduction et une clarification peut être la bienvenue.  Le problème, c’est que les bonnes intentions des législateurs finissent trop souvent par se transformer en bouffées délirantes. Et la protection par virer à la répression.

L’American Law Institute, un organe composé de quatre mille juristes dont les discussions donnent parfois lieu à l’adoption de lois par le Congrès, s’est récemment réuni pour discuter de la législation sur le viol. Dans leurs documents de travail, on peut lire que les deux éléments constitutifs d’une agression sont l’absence de consentement et l’entrée en contact avec une partie du corps de l’autre, qu’elle soit vêtue ou non. Ça peut paraître flou mais, pour illustrer, on nous fournit une petite étude de cas : « Une personne A et une personne B, à l’occasion d’un rendez-vous galant, marchent dans la rue. A, se sentant d’humeur romantique et excité sexuellement, tend timidement sa main pour serrer celle de B. Il ressent un frisson au moment où leurs mains se touchent. B ne fait rien mais, six mois plus tard, porte plainte. A est coupable de « contact sexuel criminel ». »

Plus généralement, tout rapport qui n’aura pas été clairement consenti pourra être considéré comme un viol. Cette idée n’est d’ailleurs pas nouvelle. Avec le développement des études de genre, une nouvelle conception des rapports hommes-femmes est apparue. Selon celle-ci, le viol n’est pas une situation criminelle clairement différente du rapport sexuel ni un rapport amoureux qui aurait dérapé. C’est le rapport amoureux qui est un viol plus ou moins bien maquillé. Catharine Mackinnon, professeure américaine de droit à l’université du Michigan, déclare dans un de ses textes : « Le viol et le rapport sexuel ne peuvent pas être arbitrairement distingués sur la base du contenu de l’acte physique, ou du degré de contrainte en jeu, mais seulement sur le plan légal, par une norme qui est fonction de l’interprétation masculine de la relation ». Madame Mackinnon nous explique que tout rapport sexuel est entaché d’un rapport de domination.

Dans ces conditions, seule la contractualisation du rapport peut permettre de dépasser ce rapport de domination. C’est ainsi qu’apparaissent aux Etats-Unis des contrats d’un nouveau type. En Californie, une loi adoptée l’année dernière crée des contrats de consentement. Chacun des signataires y écrit qu’il a sciemment consenti à avoir un rapport sexuel. Pour plus de commodité, on peut signer le contrat avant ou après l’acte. La loi dispose entre autres que « l’existence de relations amoureuses entre les personnes concernées, où le fait qu’elles aient déjà eu des rapports sexuels ne peut pas être en soi un indicateur de consentement ». Pourquoi pas. Mais pourquoi imposer la transparence en toutes circonstances ?

Au fond, nous dit-on, l’erreur de notre ami A c’est qu’il aurait dû faire signer un papier à son amie B avant de lui toucher la main. Et tous les hommes devraient se comporter de cette manière sous peine d’être accusé de viol. Avec ce type de comportement, on aura peut-être la chance de voir disparaître la violence sexuelle. Mais il se pourrait aussi que disparaissent bêtement, au passage, les relations hommes-femmes non entièrement quadrillées par la loi. L’ambigüité, tant dénoncée par les défenseurs de la nouvelle sexualité, n’aurait-elle plus rien à faire dans les relations hommes-femmes ? Dans ce cas, on perdrait en plaisir ce qu’on gagne en sécurité. Si aujourd’hui la liberté est reine et le plaisir sexuel un droit, le frottement, l’électricité sont quant à eux proscrits. Chic, on n’est plus en danger. Mais qu’est-ce qu’on s’ennuie…

*Photo : Flickr.com

Europe: reprise ou méprise?

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investissement Europe

Raymond Barre avait l’habitude d’infliger à ses auditoires cette sentence répétitive : « Les faits sont têtus. » Vu la réaction des dirigeants et des médias européens à l’échec de l’euro, il serait plus juste de dire que « l’idéologie est plus têtue que les faits ». Face à cette logique suicidaire qu’Éric Zemmour a diagnostiquée pour la France et qui semble aussi à l’œuvre dans l’espace européen, nous nous conterons de dire : « Les chiffres sont têtus. » Les dernières données des économies européennes, publiées le 13 mai, indiquent en effet deux tendances : une amélioration marginale de la situation d’ensemble en premier lieu et, en second lieu, une panne de l’investissement à peu près générale.[access capability= »lire_inedits »]

Pour une fois, les médias mainstream n’ont pas cherché à dissimuler la médiocrité de la situation française masquée par le chiffre favorable de 0,6 % de croissance trimestrielle. Ils avaient raison : la décomposition du résultat est éclairante. Décomposons donc la croissance française du trimestre écoulé :

–        0,5 % de stocks supplémentaires dans l’industrie et la distribution ;

–        0,8 % de contribution de la consommation ;

–        moins 0,2 % pour l’ensemble des investissements (sous la rubrique « Formation brute de capital fixe ») ;

–        moins 0,4 % pour l’impact du commerce extérieur : baisse des exportations, hausse des importations.

En même temps, le secteur privé aurait encore détruit 13 400 emplois durant le trimestre écoulé. Ce dernier chiffre, le plus éloquent, confirme la stagnation de l’économie, avec, une fois déduits les stocks supplémentaires, une croissance de 0,1 %…

Donnons encore deux précisions nécessaires à mes lecteurs qui ne se baignent pas chaque jour dans le fleuve de l’analyse économique. Premièrement : l’acte de vendre ou de transporter est pris en compte par la comptabilité nationale. Ainsi, lorsque la France importe plus pour sa consommation, la vente et le transport des produits concernés entrent dans le décompte de la consommation. Paradoxalement, ces importations supplémentaires contribuent à la croissance comptable. Deuxièmement, la consommation du premier trimestre n’a pas été gagée par la distribution de revenus issus de nouveaux emplois productifs. Or, tant que les entreprises ne créeront pas de nouveaux postes de travail, la croissance, aussi faible soit-elle, sera vouée à s’éteindre.

Le plus surprenant est que la baisse de l’euro et celle des carburants n’aient pas dynamisé les exportations et l’investissement. Sur les neuf derniers trimestres écoulés (c’est-à-dire depuis la chute du prix de l’énergie et l’affaiblissement de l’euro), la France a affiché huit baisses et une seule hausse des variables concernées. Quel est alors le mot juste ? Asthénie, langueur, ou plutôt nécrose ? Le choix est difficile…

Il n’y pas là de quoi arrêter l’exercice d’autosatisfaction du président normal et de son équipe. Nul doute qu’ils « maintiendront le cap » vers un futur de plus en plus improbable. Mais les données publiées par nos voisins laissent perplexe.

La zone euro s’inscrit à 0,4 % contre 0,3 % le trimestre précédent, grâce au chiffre français, dont on a vu la fragilité, au chiffre italien, positif (0,3 %) pour la première fois depuis trois ans, et au chiffre espagnol[1. Ces trois pays représentent plus de la moitié du PIB de la zone euro.] (0,9 %), qui témoigne d’une reprise forte mais à partir d’une situation de dépression tout aussi forte. Cependant, l’Angleterre a ralenti[2. David Cameron, largement réélu, a peut-être bénéficié des derniers feux de la reprise anglaise.] (0,3 % seulement) et la surpuissante Allemagne a déçu (un malheureux 0,3 %).

La déception allemande vient de la faiblesse de ses exportations industrielles vers les États-Unis et l’Asie[3. Qui préfigure peut-être des ralentissements en cours dans ces grandes régions du monde.], mais aussi de la médiocrité de l’investissement. Dans ce domaine, l’Angleterre est aussi à la traîne, avec un taux d’investissement de ses entreprises parmi les plus bas des grands pays d’Europe. Enfin, l’Italie, qui affiche une baisse de 30 % de l’investissement par rapport au niveau d’avant la grande récession, s’attend à une nouvelle baisse en 2015, annoncée par les enquêtes effectuées auprès des chefs d’entreprise de la péninsule.

Pour finir, n’oublions pas la Grèce. Sans doute, avec une production à peine supérieure au quarantième de la zone euro, on aurait pu oublier le cas hellène. Mais la magie diabolique de l’euro fait que ce confetti économique compte bien autant qu’une économie majeure. Alors que les négociations pour le refinancement grec piétinent et que le FMI prend des dispositions préalables pour agir dans l’hypothèse d’un défaut de paiement d’ici à juillet prochain, on apprend que l’économie locale a rechuté (deux trimestres négatifs consécutifs). Nos amis grecs sont promis à un été chaud, au propre comme au figuré.[/access]

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*Photo : Wikipédia.org

Big is beautiful?

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C’est une histoire à la fois surprenante et dérangeante qui est arrivé à Lindsay Averill. Cette jeune documentariste américaine a découvert l’élégance des internautes qui ne partagent pas certaines de vos idées : une sorte de rage gratuite et débridée.

A l’origine de cette histoire, une campagne de collecte de fonds sur un site américain de financement participatif : Kickstarter. Lindsay Averill voulait monter un long-métrage documentaire politique et engagé. Mais son projet ne faisait visiblement pas l’unanimité et, au lieu de billets verts, son auteur a reçu une pluie de message haineux.

D’abord sur son site, où les « commentateurs » en goguette l’ont aimablement informée de leurs légers désaccords : « Quand toute cette histoire sera finie, vous serez à genoux et demanderez pardon… »

Puis elle a eu la joie de recevoir un peu de courrier : en guise de « fan mail », des lettres de menaces de mort. On a même poussé l’attention jusqu’à appeler son mari au travail ainsi que toutes les personnes participant à son film.

Un artiste en herbe s’est alors emparé de la bande-annonce de son documentaire et l’a bidouillée pour la retourner contre elle. Cet internaute créatif, subtilement nommé « GodBlessAdolfHitler » y a intercalé des images racistes, antisémites, quelques clichés des tours jumelles et une diapositive légendée : « Les Noirs sont dangereux ».

Mais qu’avait donc fait cette jeune fille pour mériter ça ? Défendait-t-elle l’avortement, le mariage gay, le Ku Klux Klan ? Même pas. Son crime, impardonnable : avoir voulu défendre le droit à la différence des personnes en surpoids, dans un documentaire intitulé « Fatittude ». Son objectif, explique-t-elle, était tout simplement de montrer « comment la culture populaire favorise les préjugés et comment offrir des moyen alternatif de penser ».

Au-delà du lynchage numérique – malheureusement banal – qu’a subi notre jeune réalisatrice, il serait intéressant de s’interroger sur les raisons d’un tel déchaînement de haine à l’égard des gros. Alors que 60% des Américains sont ou se considèrent en surpoids, il semble qu’on ne puisse pas prendre leur défense comme on ne manque jamais une occasion de le faire pour les « minorités » noire, homosexuelles ou juive, entre autres…

Ce «féminisme» qui pisse à côté de la cuvette

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féminisme congélation ovocytes PMA

Ce samedi 27 juin, LePlus de l’Obs publiait un article de la journaliste et féministe Peggy Sastre. « La congélation du sperme et des ovocytes est le futur de la reproduction, et c’est tant mieux », nous avertit le titre. Ça commence bien…

Dans ce billet, l’auteur évoque et défend la congélation des gamètes féminins et masculins dès le plus jeune âge (18 ans !). Un procédé conseillé par certains scientifiques et qui permettrait de concevoir des enfants à un âge honorable, sans avoir à subir les difficultés traditionnellement liées aux procréations tardives. Ces avancées scientifiques dont Mme Sastre se réjouit permettraient par exemple à des femmes de tomber enceintes tardivement avec les ovocytes de leur jeunesse…

Encore une merveille du progrès ! Offrir à des femmes accaparées par leurs études, leur vie professionnelle et leur combat pour la survie dans le monde civilisé, la possibilité de retarder indéfiniment leur grossesse sans avoir à tirer un trait sur la maternité, n’est-ce pas une superbe avancée de la science ?

Eh bien non, ça ne l’est pas. L’intention est peut-être louable mais le résultat est dangereux.

Nous vivons dans un contexte sinistré pour les aspirantes à la maternité. Une femme sur cinq avoue cacher sa grossesse au travail et près de la moitié vit cette période avec difficulté sur le plan professionnel. De nombreux patrons – qu’ils l’admettent publiquement ou non – n’embauchent pas de femmes susceptibles d’avoir des enfants. On ne compte plus celles qui se privent d’en faire un deuxième ou un troisième pour des raisons pragmatiques, connaissent les joies du surmenage ou décrochent in extremis un marmot à la quarantaine.

Face à ces difficultés, certaines font d’ailleurs un choix radical : de plus en plus de femmes renoncent à toute idée de descendance, échaudées par la perspective de la double journée et redoutant d’avance le chemin de croix qui se profile à l’horizon.

A l’inverse, de nombreuses femmes décident de rentrer au bercail : des Américaines brillantes et surqualifiées abandonnent leur carrière florissante pour devenir mères au foyer (phénomène que l’on nomme le « brain drain ») tandis qu’une Autrichienne sur deux souhaiterait rester à la maison pour s’occuper de ses enfants.

Chacune se choisit un chemin tant bien que mal : dans la société actuelle, bien souvent, il faut brader sa liberté ou sa maternité. Etre une mère présente mais dépendre d’un homme ou être une femme indépendante mais une mère absente, tel est le dilemme en vigueur de nos jours. A moins d’appartenir à la caste des bienheureuses qui exercent une profession indépendante ou peu contraignante sur le plan des horaires, il n’y a pas d’autre alternative : il faut sacrifier une part de soi. Et les cadavres qui jonchent la route du « Progrès » sont nombreux. Combien de femmes au foyer divorcées tardivement se sont trouvées condamnées à faire des ménages jusqu’à la fin de leur vie, car elles ont consacré cette dernière à leurs enfants et n’ont jamais pu cotiser pour leur retraite ? Combien de femmes ayant préféré subvenir elles-mêmes à leurs besoins que dépendre d’un homme ont dû sacrifier leur vie de mère ?

La condition maternelle est de plus en plus pénible dans un monde où les impératifs de productivité rentrent naturellement en conflit avec le dévouement, l’abnégation et la disponibilité qu’implique une maternité épanouie.

Alors pardonnez-moi, mais en tant que membre du beau sexe, je l’ai mauvaise quand je lis que la congélation des ovocytes ou du sperme est un progrès. C’est une porte en pleine figure, une claque magistrale, un crachat à notre visage que de présenter comme une mutation salutaire ce qui n’est qu’un nouveau moyen de nous éloigner, encore davantage, de ce que nous sommes depuis la nuit des temps et que nous entendons pour la plupart rester : des femmes.

Le fonctionnement de notre société rentre clairement en conflit avec nos besoins élémentaires. On nous impose alors des sacrifices qui relèvent de l’amputation. Et au lieu de réaliser combien cet ordre est injuste, de se révolter face à un système qui bride notre nature véritable et de lutter pour obtenir un modèle de société compatible avec nos aspirations spontanées, des femmes se battent pour… congeler leurs ovocytes ! Pire encore, elles le font sous couvert de liberté, persuadées de travailler activement à l’extension de nos droits, alors même qu’elles sont en train de collaborer à notre asservissement.

La difficulté que nous avons à identifier nos véritables ennemis est une chose fascinante. Nous sommes atteints d’un syndrome de Stockholm tenace et contagieux. Au lieu de crever un abcès, nous choisissons de bâtir une esthétique nouvelle fondée sur l’exaltation de nos verrues.

La « lutte contre les stéréotypes » (souvent tout à fait noble, au demeurant, tant il est vrai que la femme n’est pas toujours conforme à l’image qu’on veut bien en donner), engagée par certaines féministes dans un but de libération, procède souvent de la même aberration : pour affranchir les femmes, on leur demande de renier leur sexe, alors qu’il faudrait plutôt batailler pour que la société apprenne à devenir enfin plus juste avec celles qui représentent tout de même – au bas mot – la moitié de l’humanité.

L’acharnement de Najat Vallaud-Belkacem à instaurer un congé parental est le parfait exemple de ce féminisme qui pisse à côté de la cuvette : on autorise les parents d’un enfant à prendre six mois de repos supplémentaire à condition que le bénéficiaire soit le père, le but de cette réforme étant d’inciter les hommes à pouponner. Et ce alors que les psychologues et les scientifiques s’accordent à dire qu’un enfant, dans les premières années de sa vie, n’a besoin d’aucun référent masculin mais uniquement de sa mère, et que ce besoin est d’ailleurs réciproque. Voilà encore un exemple de cette bêtise enrobée de bons sentiments. Au lieu de réformer notre société pour permettre aux femmes d’être aussi des mères, on bricole un système où l’on demande aux hommes de faire un peu comme les femmes et aux femmes de faire un peu comme les hommes.

Le biberon est le symbole de cet égalitarisme ridicule : que le lait de vache soit inadapté à l’organisme humain et qu’un enfant ait besoin de celui de sa mère, spécialement conçu pour lui, cela n’émeut franchement pas Elisabeth Badinter et ses copines. Il fallait avoir la peau de l’allaitement, car c’était bien le seul moyen de permettre aux hommes de jouer les mères de substitution pour que les femmes puissent retourner au travail comme de bons petits soldats.

Si les ovocytes congelés nous sont maintenant servis comme le nec plus ultra du progrès, il est à craindre qu’on nous présente bientôt le recours aux mères porteuses comme une libération permettant aux femmes de déléguer leur grossesse à une autre, afin de ne pas en subir les conséquences sur le plan professionnel, et de corriger l’injustice sexiste de la nature en s’alignant sur la constitution des hommes qui, eux, ont la chance de ne pas être encombrés par un utérus. Comme nous avons transmis par le passé l’éducation des enfants aux nounous et aux crèches, nous parachevons l’entreprise de morcellement de la maternité. Sous couvert de liberté, encore une fois, et grâce au soutien d’intellectuel-le-s comme Peggy Sastre.

Que ces procédés de reproduction artificielle qui se normalisent depuis des années soient fortement plébiscités par de grandes entreprises comme Facebook et Apple, qui proposent de financer la congélation d’ovocytes de leurs employées, cela devrait suffire à nous éclairer sur ce qui se joue derrière ce « progrès ».

Ces gens-là se piquent d’aimer les femmes et de vouloir leur rendre la vie meilleure.

Non, vous n’aimez pas les femmes : vous leur demandez de se plier à des impératifs de production, de renier leur vraie nature pour correspondre aux caprices du marché du travail. Ce n’est pas cela, aimer les femmes. Aimer les femmes, c’est les aimer sans conditions. C’est les prendre telles qu’elles sont.

Face à un monde qui nous entrave et nous réprime, il nous faut revendiquer une féminité intégrale et mettre la société au pied du mur. Acceptez-nous, aimez-nous, défendez-nous ! Avec nos hormones, nos émotions et nos utérus. Autrement, inutile de vous fatiguer ! Nous nous passerons bien de la « libération » que vous avez à nous offrir.

*Photo : Wikipedia.org

Maintenir à tout prix la Grèce dans la zone euro?

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Grèce euro dette

« J’ai toujours considéré qu’une monnaie unique devrait être et ne pouvait être que le parachèvement de la réalisation d’une Union Economique et que de ce point de vue la création de l’Euro a été prématurée » expliquait le défunt prix Nobel d’économie Maurice Allais en 2005. En effet, il est absurde de vouloir doter d’une même monnaie des pays qui disposent d’une économie structurellement différente en termes de productivité du travail et du capital. Ce qui arrive aujourd’hui était donc inscrit dans les fondations de la zone euro et il est illusoire de croire que l’on pourra, sans grave dysfonctionnement, faire coexister durablement des pays comme la Grèce aux côtés de l’Europe du Nord, garante d’une plus grande orthodoxie budgétaire. Le problème dépasse ici les seules considérations économiques ; il renvoie avant tout à des cultures radicalement différentes, des modes de vie et de travail qui diffèrent selon qu’on côtoie les rives de la mer baltique ou que l’on habite aux confins de la Méditerranée. C’est pourquoi, on est en droit de s’interroger sur le degré de légèreté qui a présidé à l’admission de la Grèce au sein de la zone euro en 2001.

Il est de bon ton, aujourd’hui, de critiquer la Grèce pour avoir largement profité du système européen, trafiqué ses comptes publics, menti à la commission européenne, pratiqué la fraude fiscale généralisée, le clientélisme politique, la fraude aux subventions européennes, l’embauche déraisonnable de fonctionnaires ou encore l’achat public de matériel militaire en grande quantité à ses créanciers (hélicoptères et frégates multi-missions à la France, sous-marins U-214 à l’Allemagne). Tout cela est vrai. Mais rien de cela n’aurait pu arriver sans le laxisme des hauts fonctionnaires européens qui ont laissé s’installer sans réagir une telle situation. Comme le soulignait Renaud Girard au Figaro, « de 2001 à 2009, la Grèce s’est littéralement goinfrée de prêts internationaux, car elle n’avait jamais, de son histoire, connu des taux d’intérêts aussi bas. La Commission et le Conseil européen ont agi comme une municipalité qui aurait confié un débit de boissons à un alcoolique ».

La sortie de la Grèce de la zone euro comporterait « un risque de chaos absolu » pour l’économiste Philippe Dessertine, dont les propos reflètent ici la panique générale de la classe politique et médiatique devant l’abandon du dogme de l’euro obligatoire. On retrouve ici le vocabulaire catastrophiste utilisé par tous les eurobéats à l’endroit d’une réalité qui contrarie le sens de l’histoire qu’ils avaient eux-mêmes assigné aux peuples européens. Car, pour eux, l’euro est beaucoup plus qu’une monnaie unique : elle est dotée d’une charge affective irrationnelle qui renvoie aux utopies progressistes de paix entre les peuples et d’effacement des frontières, en nous introduisant définitivement dans une mondialisation heureuse. D’où la crispation actuelle de la classe politique, droite et gauche confondues, autour d’un fétichisme de l’euro brocardé comme le veau d’or des temps modernes. Or, l’euro n’est qu’une monnaie au service du développement des échanges. Quand il n’est plus bénéfique pour un pays, il faut s’avoir s’en détacher.

Dans le cas actuel, on ne peut nier qu’une sortie de la Grèce de la zone l’euro entraînerait une nette dévaluation de la drachme ainsi qu’une perte du pouvoir d’achat des Grecs de 30% à 50% selon Gilles Carrez, mais elle obligerait, en contrepartie, la Grèce à effectuer un certain nombre de réformes sans qu’elles lui soient dictées de l’extérieur. Car si la Grèce reprend pleinement en main son destin, elle ne vivra plus sous perfusion européenne et devra trouver en elle seule les ressources morales, politiques, économiques et financières qui assureront son plein développement. À cet égard, la Grèce dispose de nombreux atouts : berceau de l’Europe, elle conserve de prestigieux vestiges de son antique civilisation, orgueil d’une identité nationale toujours bien présente, bénéficie d’une situation géographique privilégiée, aux confins de la Méditerranée et au carrefour de l’Europe et de l’Asie, d’une agriculture florissante qui explique l’importance du secteur agro-alimentaire, et est dotée d’une myriade d’îles dont le climat, la végétation et le relief suscitent l’admiration du monde entier et garantissent une très forte fréquentation touristique. Enfin, après une période de restructuration, la Grèce pourrait profiter d’une monnaie faible pour gagner des parts de marché à l’export.

Du côté européen, aucun scenario de chaos en perspective : la dette grecque, qui était principalement détenue par des établissements bancaires privés, a été transférée à partir de 2010 vers le Fonds européen de stabilité financière (FESF), devenu aujourd’hui le Mécanisme européen de stabilité (MES), si bien qu’elle est aujourd’hui à plus de 70% entre les mains de créanciers publics (le FMI à hauteur de 10%, mais surtout les États européens, directement ou par le biais du MES, ou bien encore la BCE) et qu’il n’y a donc aucun risque de contagion vers les banques privées européennes, comme cela pouvait être le cas en 2010. Le seul impact pour l’Europe concerne la dette publique de chaque pays européen qui augmentera au prorata de cette créance désormais insolvable et inscrite en perte au budget de chaque pays créancier, qui devra donc recapitaliser sur ses propres deniers une somme du même montant. Au final, c’est le contribuable qui paiera l’ardoise : d’abord celui d’outre-Rhin, puisque l’Allemagne détient une créance de 60 milliards d’euros, mais aussi le contribuable français, pour qui l’effort supplémentaire représente 40 milliards d’euros, soit 600 euros par Français, qui s’ajoute à la dette publique actuelle de 31 515 euros par habitant.

On a beau jeu de pleurer sur le sort des Grecs. Le peuple grec, bien sûr, mérite toute notre compassion, surtout qu’il n’est pas responsable de l’incurie de ses dirigeants. Mais qu’on n’aille pas donner des leçons d’égoïsme aux Européens qui ont déjà effacé 50% de la dette privée grecque en 2012, soit 100 milliards d’euros, et qui ne seront probablement jamais remboursés de leur créance actuelle ! Affirmer, comme le font certains en France, qu’il faudrait à nouveau restructurer voire annuler la dette grecque sans exiger de réformes significatives en contrepartie, relève d’un comportement totalement irresponsable. D’abord, c’est profondément injuste à l’égard des pays qui ont engagé des réformes courageuses – et parfois douloureuses –, sans jamais obtenir une restructuration de leur dette. Ensuite, c’est envoyer un très mauvais signal à l’endroit de pays, qui, comme la France, rechignent à assainir leurs finances publiques. Finalement, c’est donner une prime au laxisme au détriment des bons élèves. Il est vrai que la dette publique grecque, qui s’élève aujourd’hui à 320 milliards d’euros, soit 175% du PIB, est insoutenable et que l’on voit mal comment l’on pourrait continuer à maintenir les Grecs sous perfusion européenne. Il n’y a donc pas d’autre solution honorable que d’accompagner la Grèce vers une sortie de l’euro.

Le risque de contagion aux autres pays européens est, somme toute, assez limité, puisqu’au sein des « PIGS » (Portugal, Italie, Grèce et Espagne), particulièrement exposés, seule la Grèce n’a pas engagé de réformes significatives. En Italie, en Espagne comme au Portugal, les efforts consentis commencent à porter du fruit. De plus, ces pays ne voudront, en aucun cas, connaître le sort humiliant et douloureux de la Grèce.

Le dernier plan de réformes qu’a rejeté le gouvernement grec comportait des réformes que tout pays européen devrait adopter, s’agissant notamment du relèvement de l’âge de départ à la retraite. François Hollande ferait bien de mettre en œuvre, au sein de son propre gouvernement, des réformes qu’il tente mollement de proposer sur la scène internationale, laissant le leadership des négociations à Angela Merkel. Ainsi, la France, dont la dette s’élève aujourd’hui à 97,5% du PIB, éviterait de se retrouver un jour dans la même situation que la Grèce…

Grèce euro dette

*Infographie : © AFP G. Handyside/J. Storey, jfs/pld/tsq

*Photo : Pixabay.com

Bac: le niveau (des notes) monte

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Cette année encore, on va exhorter les correcteurs du baccalauréat à gonfler les notes des élèves. Les IPR, qui refusent de voir leur académie se retrouver avec un nombre de reçus inférieur à la moyenne nationale, imposeront des barèmes aberrants. Par exemple, toutes les questions faciles seront sur notées et les difficiles sous notées. On accordera des points non mérités en invoquant des prétextes contraires au bon sens, qui frisent souvent le ridicule.

Dans son dernier article, Jean-Paul Brighelli a invité les professeurs à ne pas se soumettre. Je crains, me basant sur ma propre expérience, qu’il ne soit pas entendu. Certes, beaucoup d’enseignants ne manquent pas en maintes occasions de se plaindre des pressions qu’ils subissent pendant les corrections. Mais, curieusement, quasiment aucun n’ose le moment opportun exprimer son désaccord. J’en ai fait  la douloureuse expérience, me retrouvant seul contre tous à m’insurger.

Quelles sont les différentes attitudes qu’adoptent les correcteurs lors des commissions de barème ? Il y a d’abord les peureux qui craignent de se heurter à leur supérieur hiérarchique direct. Ils n’ont pas envie de voir l’inspecteur débarquer dans leurs classes. Suivent les compassionnels qui estiment qu’il est bon pour l’élève, qu’il le mérite ou pas, d’obtenir son diplôme. Ils ne rechignent à aucune compromission. Nombreux sont aussi les bobos qui, fidèles aux doctrines égalitaristes, n’ont rien à redire à une politique qu’ils estiment compatible avec leurs opinions. Viennent ensuite les paresseux qui ont peur qu’on leur demande, lors de la réunion d’entente, de reprendre toutes leurs copies. Ils sont rejoints par les résignés qui ajoutent que de toute façon, rien ne sert de râler puisqu’en dernier ressort l’inspecteur tranchera, arrivant à ses fins.

Tous ces comportements me semblent profondément coupables. Un professeur est un fonctionnaire au service de l’état. Il a pour devoir d’enseigner du mieux qu’il le peut et d’évaluer honnêtement ce que les élèves ont appris avec lui. Il est regrettable que de petits chefs utilisent leur pouvoir pour les entraîner dans des manœuvres indignes. On masque ainsi à la nation entière la réalité du niveau atteint par les candidats, et le bilan catastrophique d’une politique éducative qui, depuis quarante ans, forme de moins en moins bien les jeunes du pays.

Ce mensonge organisé a des conséquences désastreuses. D’abord pour l’élève à qui on fait croire qu’il a les aptitudes suffisantes pour suivre des études supérieures et que l’on dirige vers un échec cuisant. Ensuite pour les finances publiques qui doivent supporter le coût de formation d’étudiants inaptes. Ce gâchis ne mène à rien d’autre qu’à l’accroissement du nombre de déçus et de chômeurs.

Le Bac Najat

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bac najat vallaud belkacem

bac najat vallaud belkacem

Il y avait eu le Bac 1968, que l’on avait, paraît-il, un peu distribué, pour cause de contestation permanente et d’émeute rampante. Les lycées étaient tous fermés ou occupés depuis le début mai, la mansuétude pouvait se comprendre. L’année d’après, on reprenait les bonnes habitudes et des exigences réelles…
Il y eut, malgré lui, le Bac Chevènement — 80% de réussite, alors que le « Che » avait suggéré « 80% au niveau Bac », ce qui n’était pas du tout la même chose. Mais les pédagos qui avaient déjà mis la main sur la rue de Grenelle étaient plus savants — et lui extorquèrent, en sus, la reconnaissance d’un Bac Professionnel doué des mêmes avantages que le Bac général, c’est-à-dire ouvrant automatiquement sur le Supérieur. Ce qui permit dès lors à 97% de bacheliers professionnels d’aller se fracasser en fac (et plus de 50% du Bac général, répétons sans cesse cette preuve du génie grenellien).

Et il y aura le Bac Najat : « Cache-misère du système éducatif », dit dans le Figaro du 2 juillet Jean-Rémy Girard, qui est vice-président du SNALC. Un Bac où l’on « trafique les résultats pour qu’ils correspondent aux objectifs affichés en amont ». On se souvient que l’année dernière (2014), l’épreuve de mathématiques avait été notée 24/20 — un concept que bien des matheux seraient en peine de nous expliquer. Cette année, on a modifié le barème de l’épreuve de physique-chimie en cours de correction, au grand dam des spécialistes de la matière, qui ne furent jamais des foudres de guerre ni de contestation, mais qui cette fois sont montés sur leurs grands chevaux. On nous prend pour des crétins ! Ben oui.
En physique comme en Français, où l’on a vite appelé Laurent Gaudé à la rescousse pour expliquer que le Tigre bleu pouvait bien, après tout, être un animal mythique et pas un fleuve voisin de l’Euphrate, on a supprimé des dizaines d’heures (combien de fois devrons-nous répéter que la réforme du collège de Vallaud-Belkacem n’a pas d’autre objectif que de supprimer des postes en supprimant des heures, exactement comme la réforme Chatel du lycée avait eu pour objectif de supprimer des heures en supprimant des postes). De sorte que jamais l’écart n’a été aussi grand entre les attentes des programmes (et pourtant, pauvres programmes !) et le niveau effectif des bacheliers. N’empêche : pour cacher ce que tout le monde sait, les notes sont surgonflées, les moyennes artificielles, les résultats truqués. Et à l’arrivée (c’est-à-dire dès septembre), les néo-bacheliers échoueront en fac ou en prépas comme les baleines échouent sur la plage, ou ne s’en sortiront qu’avec des cours particuliers : depuis quinze ans, ces cours parallèles ont prospéré grâce aux manœuvres libertaro-libérales des pédagos. Peu après la loi Jospin s’est créé Acadomia. Aujourd’hui, cette pompe à fric roule sur l’or et a été brillamment introduite en Bourse. Merci, Meirieu !

Contre cette dégradation du Bac, une seule solution, que je préconise depuis longtemps et à laquelle Jacques Julliard s’est rallié dans le dernier numéro de Marianne : supprimer le Bac. En faire un Diplôme de fin d’études, et autoriser la totalité du Supérieur à recruter sur dossier, en tenant compte des deux dernières années de lycée. On économisera ainsi plus d’un milliard d’euros (le prix du Bac, près de 70 millions d’euros, augmenté du prix du redoublement des 12% qui échouent contre toute attente), on reconquerra définitivement le mois de juin, et on forcera les élèves à travailler vraiment. Après tout, près de 50% des formations supérieures recrutent déjà ainsi — des prépas aux BTS en passant par les IUT et les cursus dérogatoires des universités — il s’en crée chaque année, pour juguler la misère.

Oui, supprimons le Bac, donnons à chaque élève un certificat de bonne vie et mœurs scolaires, et passons à autre chose. Ils ont tué le Bac à force de tricheries, de combines, de statistiques foireuses, d’ambitions ministérielles répugnantes, et de mensonges accumulés. Supprimons le Bac : les Inspecteurs qui s’y échinent pour rien s’en réjouiront, et les chefs d’établissement, qui en suent d’angoisse, y gagneront en sérénité — sans parler des profs, dégagés d’obligations stupides (surveiller) ou esclavagistes (corriger en s’asseyant sur leurs convictions), ni des élèves, enfin déstressés pour de bon — et obligés de se mettre un peu au travail.

Également en version numérique avec notre application :

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00714253_000007.

Non M. Tsipras, n’est pas Zeus qui veut!

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On connaît l’adage : Zeus rend fou ceux qu’il veut perdre. Et c’est ce qui est arrivé à de nombreux Grecs qui avaient déplu au Dieu des dieux. Or le premier d’entre eux, un certain Alexis Tsipras, soucieux de marquer sa différence avec le bas peuple qui l’avait élu, devint un peu plus fou que les autres. N’écoutant que son orgueil, qui était grand, il décida d’être Zeus à la place de Zeus.

Conscient de la difficulté de la tâche, il avait tout d’abord hésité. Dans un premier temps, il avait pensé se couler dans la belle personnalité de Prométhée. Celui qui avait gravi l’Olympe pour y dérober le feu sacré. Mais ses conseillers lui rappelèrent l’atroce châtiment que Zeus avait infligé à Prométhée pour son forfait. Attaché à un rocher du Caucase où un aigle venait lui dévorer le foie. Tsipras se ravisa.

Antée lui plaisait bien aussi. Invincible, immortel tant qu’il touchait la terre grecque. Pourquoi pas ? Mais la fin d’Antée n’était guère plus clémente que celle de Prométhée. Etouffé dans les bras d’Hercule qui l’avait arraché du sol. Et Tsipras envisagea avec effroi la perspective de connaître le même sort et de mourir étouffé à Bruxelles dans les bras d’un Hercule local, une méchante brute nommé Juncker.

Restait donc Zeus. « Eurêka » s’écria Tsipras. Et il se lança à la conquête de la déesse Europe. Il la voulait nue et soumise. Mais quand même pas très confiant dans ses capacités de séduction, il se transforma en taureau blanc pour avoir la belle. Guilleret, une fleur dans son mufle, il s’approcha d’elle, sûr de son coup. Et là il s’aperçut que la déesse Europe n’était pas aussi séduisante qu’il l’avait imaginée.

Elle se présentait sous l’aspect d’une très robuste personne. Harnachée de cuir et portant casque à pointe. Assez terrifiante dans le genre barbare germanique. Elle le toisa d’un air méprisant : « Allez dégage, et va conter fleurette à tes copines les vaches ». Humilié, vaincu, le taureau baissa la tête.

Sa fin fut tragique. Hercule s’étant aperçu qu’un imposteur se faisait passer pour Zeus rejoignit dare-dare l’Olympe. « Papa, y’a un type qui se fait passer pour toi ! ». La colère de Zeus fut terrible. Il tonna, gronda. Et décida d’infliger au blasphémateur le plus cruel des châtiments qui soit. Tsipras fut attaché à un des piliers du Parthénon et condamné à bouffer perpétuellement des drachmes…

Grèce : devenir Alexis Tsipras

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tsipras grece degaulle

tsipras grece degaulle

C’est comme le paludisme, une drôle de maladie. On peut l’attraper jeune, la soigner et penser que l’on est guéri. Plus tard constater qu’il y a des rechutes. George Bernard Shaw nous a expliqué que si on ne l’avait pas à vingt ans c’est qu’on n’avait pas de cœur, mais toujours à quarante c’est qu’on n’avait pas de tête. Il est gentil Shaw mais le virus, lorsque la tête a pris le dessus, que la fièvre est tombée, il peut sommeiller longtemps dans les tripes. Et se réveiller quand on ne s’y attend pas.

On peut avoir partagé en son temps ce qui fut la grande passion du vingtième siècle. Assisté au dévoilement du mensonge, à l’obscurcissement de l’horizon, et à la disparition de l’espérance. Voir passer l’ennemi d’hier avec une tête de vainqueur. Se résigner au verdict de l’Histoire. En bon juriste, respecter l’autorité de la chose jugée. En devenant raisonnable, en renonçant à la fraternité de l’action et en s’attendrissant sur les grandes émotions qu’on a connues. Parce qu’il faut accepter « la fin de l’Homme Rouge ». En se disant pour se consoler, parfois sans trop y croire, que le panache a permis de réussir ses échecs.

Et c’est comme cela que la vie se déroule. Qu’on assiste en spectateur à la crise financière, à celle de l’euro, constatant l’inanité des promesses et des prévisions de tous ceux qui nous avaient juré « le bonheur dans vingt ans ». En évitant les emportements inutiles lorsque l’on entend le mainstream nier l’évidence de cette Europe en crise. Voir en 2012, désabusé, dans son propre pays, un ectoplasme politique succéder à un parvenu excité pour dire la même chose et surtout faire la même chose, peut-être en pire. Il n’y aurait pas d’alternative ?

Petit coup de tonnerre dans le ciel grec de février, avec l’arrivée, surprenante, de Syriza au pouvoir.  Tsipras, Varoufakis, tiens, qui sont ces gens? Un salut amusé et retournons à notre routine.

Et un beau jour, la petite bestiole dans les tripes qui se réveille. Il y a la Grèce d’abord. » La Grèce que l’UE martyrise pour que les Italiens entendent ses cris. »[1. Formule d’un grand patron allemand rapportée par Charles Gave.] Or la Grèce, c’est ma mère. Mon père c’est Rome. Cet empire gréco-romain où la Grèce inventait la culture et Rome le politique et dont nous sommes tous issus. On dit des gens qui comme moi ont étudié le latin et le grec ancien, qu’ils ont fait « leurs humanités ». Ce n’est pas par hasard.

Le déferlement de la haine ensuite. Celle de tous ces gens qu’on déteste. Les imposteurs, et les petits valets. De BHL à Apathie, de Colombani aux Gracques en passant par les économistes appointés, ceux qui expliquent tout et ne prévoient rien. Affichant cette haine de caste avec sa gueule de raie.

Et puis enfin il y a aussi le surgissement du peuple grec sur la scène. Et voilà qui change tout. Brusquement, on n’a plus envie d’être raisonnable. On veut chanter avec lui dans la nuit tiède de Pláka, s’arsouiller au Retsina pour fêter le retour de la fraternité. En levant la tête pour contempler le Parthénon illuminé qui veille sur nous. Parce qu’il semble bien que l’on assiste aux prémices d’un tremblement de l’Histoire. Lorsque que des événements que l’on pouvait penser secondaires expriment soudain la totalité de la contradiction. Celle qui travaille et mine notre Europe. Cela s’appelle une situation révolutionnaire. Avec désormais un débat simple entre deux camps. Et avec cette nouveauté : les raisonnables honnêtes ont rejoint le camp de ceux qui veulent aider le peuple grec et refusent de le jeter dans le précipice.

Comprenons-nous bien, je ne sais absolument pas ce qui va en sortir. Du bon ou du mauvais. Peut-être la crise va-t-elle se poursuivre encore longtemps. L’histoire est un système imprévisible et on peut penser avec Hegel que c’est un procès sans finalité. Mais avec des sujets comme l’esprit, le peuple, les grands hommes.

Et sur ce dernier point il est peut-être en train de se passer quelque chose. Et si Alexis Tsipras était l’homme du Dieu Kairos, l’homme de la circonstance?

Voilà un jeune bellâtre au poil noir. Né cinq jours après l’effondrement du régime des colonels dans son pays qui surgit à 30 ans dans un champ politique aussi usé médiocre et corrompu que celui de la France. Dont on ne sait pas grand-chose, mais qui présente déjà une qualité. Être la cible d’un déferlement d’injures des petits Marquis, dont la vulgarité fébrile témoigne de la crainte qu’il inspire. Il vient ensuite de mener pendant cinq mois une négociation très difficile montrant une capacité politique étonnante. Pour maintenant demander à son peuple de revalider son mandat, en indiquant que s’il est désavoué, il quittera le pouvoir. Cela me rappelle de vieux souvenirs. Certains ont parlé de « moment gaullien ». Bien évidemment pas pour comparer, mais comme exemple.

Et justement, je voudrais me permettre de m’adresser à lui à partir de ce précédent. Charles de Gaulle disait « qu’un destin c’est la rencontre des circonstances et d’un grand caractère ». Il en savait quelque chose. « À quarante-neuf ans, j’entrais dans l’aventure, comme un homme que le destin jetait hors de toutes les séries » écrivit-il plus tard à propos du 18 juin, avant d’ajouter « j’étais comme un homme seul devant un océan qu’il prétendait traverser à la nage ».

Sans la connaître, il avait probablement fait sienne la phrase de l’aveugle de Buenos Aires, Jorge Luis Borges : « le destin d’un homme aussi long et compliqué soit-il, se résume en fait au jour où il apprend définitivement qui il est ». Le 18 juin 1940, le général de brigade sut définitivement qu’il devait devenir de Gaulle. Le chemin jusqu’à la descente des Champs-Élysées du 24 août 1944 fut difficile. Il le qualifia lui-même « d’épouvantable ».

Le tien sera lui aussi très ardu, le combat exténuant, et les adversaires sans merci. La situation qui vient de se créer peut déboucher sur tant de choses. Combien serait compréhensible l’envie de reculer, de céder, voire de se retirer. Ce n’est probablement plus possible. À défaut du bonheur, l’espoir peut redevenir une idée neuve d’abord en Grèce, ensuite en Europe. Et parce que cela marche comme ça, cela repose désormais sur tes épaules.

Charles Péguy ne te laisse pas trop le choix : «Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C’est la loi, c’est la règle, c’est le niveau des vies héroïques, c’est le niveau des vies de sainteté. »

Je crois que c’est ton tour mon garçon. Va fils, on te regarde. Il te faut maintenant devenir Alexis Tsipras. Et rappelle-toi que la cause que l’on défend vaut moins que l’honneur qu’on met à le faire.

Et ne t’inquiète pas pour moi. Si je perds encore cette fois, ce n’est pas grave, j’ai l’habitude.

 *Photo : wikicommons.

Terrorisme islamiste: Hervé Cornara, le soldat inconnu

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terrorisme attentat isere

terrorisme attentat isere

D’Hervé Cornara, il ne restera peut-être que la symbolique de décapitation. La première en France. Pour l’âme, le meurtre, la victime, repassez demain. Pour les douleurs, l’émotion, le choc, prière d’aller vers sa famille et les quelque 200 âmes de sa bourgade qui l’ont pleuré. Dans la logistique du deuil cette fois, l’Etat a fait dans le minimalisme : marches, cierges, bougies, trop coûteux en retombées, mémoire du 11 janvier oblige. Le peuple a suivi. Peu d’affiches. De spontanéité. Sidération à peine audible. Le flux médiatique tendu, ses scénarios changeants, ont ruiné l’espoir d’une communion et d’un hommage. De plus, Charlie, vous savez, ça fatigue. Et puis les flots de sang, les amas de têtes fraîchement tranchées qui peuplent les recoins, ça connaît le monde : c’est son décor. Alors à quoi bon s’émouvoir pour un mort, un seul,  quand le terrorisme pêche lui des tonnes dans les grandes eaux ? Hervé Cornara inaugure un nouveau genre, un nouveau martyre à vocation potentiellement paradigmatique : l’indifférence sur fond de déchirures. Après le relativisme, voire l’atténuation de la responsabilité des bourreaux, un pas de plus vers la culpabilisation des victimes peut-être pour vérifier qu’ils sont bien morts ?

L’histoire est une garce. Elle aime hoqueter, ré-arpenter les mêmes sillons. Hervé Cornara meurt donc dans le sillage de Charb et des autres. Souvenir : à peine le duo Kouachi s’évanouissait dans la nature, ivre de sang et repu de vengeance, que l’Islamophobie prenait, avec un aplomb irréel, la place de Cabu à la morgue. Elle devenait ainsi la victime, le problème. Le vrai. Celui de la France. De livres en débats, en passant par des campagnes rigoureusement menées, le postulat a aggloméré une insoupçonnable France dont les ressources contestataires et les relais en termes d’influence, ont été d’une redoutable efficacité. Des cendres de la marche du 11 janvier, il ne devait rester que l’islamophobie de Charlie et des fantômes catholiques, l’épouvantable laïcisme, l’amalgame, tout compte fait, raciste. Le salafisme, l’Etat islamique, le terrorisme dans le monde, la montée de l’intégrisme qui rogne la laïcité sur l’autel du differentialisme identitaire ? Une vue de l’esprit, un fantasme réactionnaire. Aucun lien avec l’islam. L’habile anesthésie des responsabilités a œuvré ! Des bourreaux donc, il ne faut retenir que des profils du ratage social français. Aussi la frustration d’une jeunesse oubliée par un Etat providence « ghettoïseur » aux relents colonialistes malodorants. A renfort de scientificité sociologique – infaillible – la leçon est sue, digérée. A la prochaine victime, au suivant…

Ce devait donc être ce pauvre patron. Inconnu et victime au début de l’enquête, il a cessé de l’être une fois son identité de patron du bourreau révélée. Les journalistes experts du djihad, vizirs de Twitter, ont dès lors, forts de leurs sources solides, sommé de changer la lecture de l’affaire en dégageant l’EI du périmètre des possibles commanditaires. Exit terrorisme, entre ici différend avec patron. Les inscriptions, la profession de foi au cœur des drapeaux qui ornait la mise en scène de la tête coupée : des caprices d’une démence potentielle. Le scénario prémâché sera régurgité par le suspect lui-même quand il daignera ouvrir la bouche. « Je voulais maquiller mon acte » lâchera-t-il. Fragile émotionnellement, en conflit avec femme et patron, il a ciblé un site sous protection (Seveso), précipité sa voiture sur des bouteilles de gaz, préalablement tué son patron ; remontons encore : un passé salafiste, des fréquentations douteuses dans la mouvance intégriste. Que dit l’adage, « les fous ça ose tout et c’est… » Sauf qu’il n’était pas fou Goebbels, qui disait «  plus le mensonge est gros, plus ça passe ! » Mais que Nenni, l’acte déséquilibré refait surface, il a ses propagateurs ; mouture nouvelle dans la bouche de Claude Askolovitch : mariage entre folie et radicalisme islamiste. Pour info, L’EI ce sont donc 50 000 dégénérés mais qui tiennent un Etat, infligent des pertes, gouvernent et séduisent, mais ce sont des dégénérés… Allons ! L’enjeu de toutes ces démonstrations est évident : Il faut éloigner l’islam, le laver comme un enfant, de tout soupçons. La devise est connue. En quinze jour, on a milité pour la nature terroriste de la tuerie de Dylan Roof et pointé les mystères de Yassin Salhi. Il faut pouvoir suivre…

Quand bien même le procureur de Paris a remis un peu d’ordre dans cette abjecte foire aux hypothèses en retenant le caractère terroriste, solidement enraciné dans les preuves irréfutables qui commencent à être ébruitées, Hervé Cornara n’en retrouve pas pourtant son statut d’entière victime. Il aura été, un temps, le patron qui a crié sur son employé causant son courroux. Ça suffit à sa peine. Disparu des radars, trop peu nombreux pour être pleuré, mort à l’ombre et décapité, un temps confondu avec le supposé compagnon d’équipée du tueur, il ne jouit que de ce macabre privilège d’être le premier décapité hexagonal. Inconnu vivant, inconnu mort. Une tête. Pas d’âme. Pas l’histoire d’un père de famille sordidement assassiné. De Yassin Salhi, on saura tout, d’Hervé Cornara rien : la tête mais pas le symbole de la victime d’un terrorisme qui élit domicile en France. Une gerbe sans doute plus tard sur la flamme du soldat inconnu…

Le terrorisme ne se combat pas militairement mais idéologiquement, politiquement et socialement. Il faut sans doute d’autres morts, décapités, pour hâter la prise de conscience.

*Photo : William Abenhaim/SIPA. 00716931_000004.

De la sexualité en Amérique

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Etats-Unis viol

Etats-Unis viol

La sexualité est devenue étrange. On se vante un peu partout de l’avoir décomplexée, libérée, révolutionnée. Sur le site des Inrocks, on trouve des articles titrés « Ode à la branlette » ou d’inénarrables discussions sur ce qui détermine la beauté d’un vagin. Mais cette liberté, acquise de haute lutte, contraste avec certains élans puritains qui prétendent régir notre vie quotidienne. Ainsi, aux Etats-Unis, pays libre s’il en est, a été mis en place – au nom de la lutte contre le viol – un nouvel arsenal juridique qui pourrait bien mettre fin à tout désir non-contrôlé.

Mme Judith Shulevitz, journaliste au New-York Times, nous décrit l’étrange tour que prend la justice de son pays. Un quart des Etats américains ont déclaré que le sexe n’était pas légal sans consentement. Autrement dit, vous devez demander la permission à votre partenaire avant de commencer à le toucher. S’assurer du consentement de son partenaire avant de le déshabiller peut sembler logique. Les rapports entre un homme et une femme sont ambigus, teintés de séduction et une clarification peut être la bienvenue.  Le problème, c’est que les bonnes intentions des législateurs finissent trop souvent par se transformer en bouffées délirantes. Et la protection par virer à la répression.

L’American Law Institute, un organe composé de quatre mille juristes dont les discussions donnent parfois lieu à l’adoption de lois par le Congrès, s’est récemment réuni pour discuter de la législation sur le viol. Dans leurs documents de travail, on peut lire que les deux éléments constitutifs d’une agression sont l’absence de consentement et l’entrée en contact avec une partie du corps de l’autre, qu’elle soit vêtue ou non. Ça peut paraître flou mais, pour illustrer, on nous fournit une petite étude de cas : « Une personne A et une personne B, à l’occasion d’un rendez-vous galant, marchent dans la rue. A, se sentant d’humeur romantique et excité sexuellement, tend timidement sa main pour serrer celle de B. Il ressent un frisson au moment où leurs mains se touchent. B ne fait rien mais, six mois plus tard, porte plainte. A est coupable de « contact sexuel criminel ». »

Plus généralement, tout rapport qui n’aura pas été clairement consenti pourra être considéré comme un viol. Cette idée n’est d’ailleurs pas nouvelle. Avec le développement des études de genre, une nouvelle conception des rapports hommes-femmes est apparue. Selon celle-ci, le viol n’est pas une situation criminelle clairement différente du rapport sexuel ni un rapport amoureux qui aurait dérapé. C’est le rapport amoureux qui est un viol plus ou moins bien maquillé. Catharine Mackinnon, professeure américaine de droit à l’université du Michigan, déclare dans un de ses textes : « Le viol et le rapport sexuel ne peuvent pas être arbitrairement distingués sur la base du contenu de l’acte physique, ou du degré de contrainte en jeu, mais seulement sur le plan légal, par une norme qui est fonction de l’interprétation masculine de la relation ». Madame Mackinnon nous explique que tout rapport sexuel est entaché d’un rapport de domination.

Dans ces conditions, seule la contractualisation du rapport peut permettre de dépasser ce rapport de domination. C’est ainsi qu’apparaissent aux Etats-Unis des contrats d’un nouveau type. En Californie, une loi adoptée l’année dernière crée des contrats de consentement. Chacun des signataires y écrit qu’il a sciemment consenti à avoir un rapport sexuel. Pour plus de commodité, on peut signer le contrat avant ou après l’acte. La loi dispose entre autres que « l’existence de relations amoureuses entre les personnes concernées, où le fait qu’elles aient déjà eu des rapports sexuels ne peut pas être en soi un indicateur de consentement ». Pourquoi pas. Mais pourquoi imposer la transparence en toutes circonstances ?

Au fond, nous dit-on, l’erreur de notre ami A c’est qu’il aurait dû faire signer un papier à son amie B avant de lui toucher la main. Et tous les hommes devraient se comporter de cette manière sous peine d’être accusé de viol. Avec ce type de comportement, on aura peut-être la chance de voir disparaître la violence sexuelle. Mais il se pourrait aussi que disparaissent bêtement, au passage, les relations hommes-femmes non entièrement quadrillées par la loi. L’ambigüité, tant dénoncée par les défenseurs de la nouvelle sexualité, n’aurait-elle plus rien à faire dans les relations hommes-femmes ? Dans ce cas, on perdrait en plaisir ce qu’on gagne en sécurité. Si aujourd’hui la liberté est reine et le plaisir sexuel un droit, le frottement, l’électricité sont quant à eux proscrits. Chic, on n’est plus en danger. Mais qu’est-ce qu’on s’ennuie…

*Photo : Flickr.com

Europe: reprise ou méprise?

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investissement Europe

investissement Europe

Raymond Barre avait l’habitude d’infliger à ses auditoires cette sentence répétitive : « Les faits sont têtus. » Vu la réaction des dirigeants et des médias européens à l’échec de l’euro, il serait plus juste de dire que « l’idéologie est plus têtue que les faits ». Face à cette logique suicidaire qu’Éric Zemmour a diagnostiquée pour la France et qui semble aussi à l’œuvre dans l’espace européen, nous nous conterons de dire : « Les chiffres sont têtus. » Les dernières données des économies européennes, publiées le 13 mai, indiquent en effet deux tendances : une amélioration marginale de la situation d’ensemble en premier lieu et, en second lieu, une panne de l’investissement à peu près générale.[access capability= »lire_inedits »]

Pour une fois, les médias mainstream n’ont pas cherché à dissimuler la médiocrité de la situation française masquée par le chiffre favorable de 0,6 % de croissance trimestrielle. Ils avaient raison : la décomposition du résultat est éclairante. Décomposons donc la croissance française du trimestre écoulé :

–        0,5 % de stocks supplémentaires dans l’industrie et la distribution ;

–        0,8 % de contribution de la consommation ;

–        moins 0,2 % pour l’ensemble des investissements (sous la rubrique « Formation brute de capital fixe ») ;

–        moins 0,4 % pour l’impact du commerce extérieur : baisse des exportations, hausse des importations.

En même temps, le secteur privé aurait encore détruit 13 400 emplois durant le trimestre écoulé. Ce dernier chiffre, le plus éloquent, confirme la stagnation de l’économie, avec, une fois déduits les stocks supplémentaires, une croissance de 0,1 %…

Donnons encore deux précisions nécessaires à mes lecteurs qui ne se baignent pas chaque jour dans le fleuve de l’analyse économique. Premièrement : l’acte de vendre ou de transporter est pris en compte par la comptabilité nationale. Ainsi, lorsque la France importe plus pour sa consommation, la vente et le transport des produits concernés entrent dans le décompte de la consommation. Paradoxalement, ces importations supplémentaires contribuent à la croissance comptable. Deuxièmement, la consommation du premier trimestre n’a pas été gagée par la distribution de revenus issus de nouveaux emplois productifs. Or, tant que les entreprises ne créeront pas de nouveaux postes de travail, la croissance, aussi faible soit-elle, sera vouée à s’éteindre.

Le plus surprenant est que la baisse de l’euro et celle des carburants n’aient pas dynamisé les exportations et l’investissement. Sur les neuf derniers trimestres écoulés (c’est-à-dire depuis la chute du prix de l’énergie et l’affaiblissement de l’euro), la France a affiché huit baisses et une seule hausse des variables concernées. Quel est alors le mot juste ? Asthénie, langueur, ou plutôt nécrose ? Le choix est difficile…

Il n’y pas là de quoi arrêter l’exercice d’autosatisfaction du président normal et de son équipe. Nul doute qu’ils « maintiendront le cap » vers un futur de plus en plus improbable. Mais les données publiées par nos voisins laissent perplexe.

La zone euro s’inscrit à 0,4 % contre 0,3 % le trimestre précédent, grâce au chiffre français, dont on a vu la fragilité, au chiffre italien, positif (0,3 %) pour la première fois depuis trois ans, et au chiffre espagnol[1. Ces trois pays représentent plus de la moitié du PIB de la zone euro.] (0,9 %), qui témoigne d’une reprise forte mais à partir d’une situation de dépression tout aussi forte. Cependant, l’Angleterre a ralenti[2. David Cameron, largement réélu, a peut-être bénéficié des derniers feux de la reprise anglaise.] (0,3 % seulement) et la surpuissante Allemagne a déçu (un malheureux 0,3 %).

La déception allemande vient de la faiblesse de ses exportations industrielles vers les États-Unis et l’Asie[3. Qui préfigure peut-être des ralentissements en cours dans ces grandes régions du monde.], mais aussi de la médiocrité de l’investissement. Dans ce domaine, l’Angleterre est aussi à la traîne, avec un taux d’investissement de ses entreprises parmi les plus bas des grands pays d’Europe. Enfin, l’Italie, qui affiche une baisse de 30 % de l’investissement par rapport au niveau d’avant la grande récession, s’attend à une nouvelle baisse en 2015, annoncée par les enquêtes effectuées auprès des chefs d’entreprise de la péninsule.

Pour finir, n’oublions pas la Grèce. Sans doute, avec une production à peine supérieure au quarantième de la zone euro, on aurait pu oublier le cas hellène. Mais la magie diabolique de l’euro fait que ce confetti économique compte bien autant qu’une économie majeure. Alors que les négociations pour le refinancement grec piétinent et que le FMI prend des dispositions préalables pour agir dans l’hypothèse d’un défaut de paiement d’ici à juillet prochain, on apprend que l’économie locale a rechuté (deux trimestres négatifs consécutifs). Nos amis grecs sont promis à un été chaud, au propre comme au figuré.[/access]

Également en version numérique avec notre application :

*Photo : Wikipédia.org

Big is beautiful?

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C’est une histoire à la fois surprenante et dérangeante qui est arrivé à Lindsay Averill. Cette jeune documentariste américaine a découvert l’élégance des internautes qui ne partagent pas certaines de vos idées : une sorte de rage gratuite et débridée.

A l’origine de cette histoire, une campagne de collecte de fonds sur un site américain de financement participatif : Kickstarter. Lindsay Averill voulait monter un long-métrage documentaire politique et engagé. Mais son projet ne faisait visiblement pas l’unanimité et, au lieu de billets verts, son auteur a reçu une pluie de message haineux.

D’abord sur son site, où les « commentateurs » en goguette l’ont aimablement informée de leurs légers désaccords : « Quand toute cette histoire sera finie, vous serez à genoux et demanderez pardon… »

Puis elle a eu la joie de recevoir un peu de courrier : en guise de « fan mail », des lettres de menaces de mort. On a même poussé l’attention jusqu’à appeler son mari au travail ainsi que toutes les personnes participant à son film.

Un artiste en herbe s’est alors emparé de la bande-annonce de son documentaire et l’a bidouillée pour la retourner contre elle. Cet internaute créatif, subtilement nommé « GodBlessAdolfHitler » y a intercalé des images racistes, antisémites, quelques clichés des tours jumelles et une diapositive légendée : « Les Noirs sont dangereux ».

Mais qu’avait donc fait cette jeune fille pour mériter ça ? Défendait-t-elle l’avortement, le mariage gay, le Ku Klux Klan ? Même pas. Son crime, impardonnable : avoir voulu défendre le droit à la différence des personnes en surpoids, dans un documentaire intitulé « Fatittude ». Son objectif, explique-t-elle, était tout simplement de montrer « comment la culture populaire favorise les préjugés et comment offrir des moyen alternatif de penser ».

Au-delà du lynchage numérique – malheureusement banal – qu’a subi notre jeune réalisatrice, il serait intéressant de s’interroger sur les raisons d’un tel déchaînement de haine à l’égard des gros. Alors que 60% des Américains sont ou se considèrent en surpoids, il semble qu’on ne puisse pas prendre leur défense comme on ne manque jamais une occasion de le faire pour les « minorités » noire, homosexuelles ou juive, entre autres…

Ce «féminisme» qui pisse à côté de la cuvette

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féminisme congélation ovocytes PMA

féminisme congélation ovocytes PMA

Ce samedi 27 juin, LePlus de l’Obs publiait un article de la journaliste et féministe Peggy Sastre. « La congélation du sperme et des ovocytes est le futur de la reproduction, et c’est tant mieux », nous avertit le titre. Ça commence bien…

Dans ce billet, l’auteur évoque et défend la congélation des gamètes féminins et masculins dès le plus jeune âge (18 ans !). Un procédé conseillé par certains scientifiques et qui permettrait de concevoir des enfants à un âge honorable, sans avoir à subir les difficultés traditionnellement liées aux procréations tardives. Ces avancées scientifiques dont Mme Sastre se réjouit permettraient par exemple à des femmes de tomber enceintes tardivement avec les ovocytes de leur jeunesse…

Encore une merveille du progrès ! Offrir à des femmes accaparées par leurs études, leur vie professionnelle et leur combat pour la survie dans le monde civilisé, la possibilité de retarder indéfiniment leur grossesse sans avoir à tirer un trait sur la maternité, n’est-ce pas une superbe avancée de la science ?

Eh bien non, ça ne l’est pas. L’intention est peut-être louable mais le résultat est dangereux.

Nous vivons dans un contexte sinistré pour les aspirantes à la maternité. Une femme sur cinq avoue cacher sa grossesse au travail et près de la moitié vit cette période avec difficulté sur le plan professionnel. De nombreux patrons – qu’ils l’admettent publiquement ou non – n’embauchent pas de femmes susceptibles d’avoir des enfants. On ne compte plus celles qui se privent d’en faire un deuxième ou un troisième pour des raisons pragmatiques, connaissent les joies du surmenage ou décrochent in extremis un marmot à la quarantaine.

Face à ces difficultés, certaines font d’ailleurs un choix radical : de plus en plus de femmes renoncent à toute idée de descendance, échaudées par la perspective de la double journée et redoutant d’avance le chemin de croix qui se profile à l’horizon.

A l’inverse, de nombreuses femmes décident de rentrer au bercail : des Américaines brillantes et surqualifiées abandonnent leur carrière florissante pour devenir mères au foyer (phénomène que l’on nomme le « brain drain ») tandis qu’une Autrichienne sur deux souhaiterait rester à la maison pour s’occuper de ses enfants.

Chacune se choisit un chemin tant bien que mal : dans la société actuelle, bien souvent, il faut brader sa liberté ou sa maternité. Etre une mère présente mais dépendre d’un homme ou être une femme indépendante mais une mère absente, tel est le dilemme en vigueur de nos jours. A moins d’appartenir à la caste des bienheureuses qui exercent une profession indépendante ou peu contraignante sur le plan des horaires, il n’y a pas d’autre alternative : il faut sacrifier une part de soi. Et les cadavres qui jonchent la route du « Progrès » sont nombreux. Combien de femmes au foyer divorcées tardivement se sont trouvées condamnées à faire des ménages jusqu’à la fin de leur vie, car elles ont consacré cette dernière à leurs enfants et n’ont jamais pu cotiser pour leur retraite ? Combien de femmes ayant préféré subvenir elles-mêmes à leurs besoins que dépendre d’un homme ont dû sacrifier leur vie de mère ?

La condition maternelle est de plus en plus pénible dans un monde où les impératifs de productivité rentrent naturellement en conflit avec le dévouement, l’abnégation et la disponibilité qu’implique une maternité épanouie.

Alors pardonnez-moi, mais en tant que membre du beau sexe, je l’ai mauvaise quand je lis que la congélation des ovocytes ou du sperme est un progrès. C’est une porte en pleine figure, une claque magistrale, un crachat à notre visage que de présenter comme une mutation salutaire ce qui n’est qu’un nouveau moyen de nous éloigner, encore davantage, de ce que nous sommes depuis la nuit des temps et que nous entendons pour la plupart rester : des femmes.

Le fonctionnement de notre société rentre clairement en conflit avec nos besoins élémentaires. On nous impose alors des sacrifices qui relèvent de l’amputation. Et au lieu de réaliser combien cet ordre est injuste, de se révolter face à un système qui bride notre nature véritable et de lutter pour obtenir un modèle de société compatible avec nos aspirations spontanées, des femmes se battent pour… congeler leurs ovocytes ! Pire encore, elles le font sous couvert de liberté, persuadées de travailler activement à l’extension de nos droits, alors même qu’elles sont en train de collaborer à notre asservissement.

La difficulté que nous avons à identifier nos véritables ennemis est une chose fascinante. Nous sommes atteints d’un syndrome de Stockholm tenace et contagieux. Au lieu de crever un abcès, nous choisissons de bâtir une esthétique nouvelle fondée sur l’exaltation de nos verrues.

La « lutte contre les stéréotypes » (souvent tout à fait noble, au demeurant, tant il est vrai que la femme n’est pas toujours conforme à l’image qu’on veut bien en donner), engagée par certaines féministes dans un but de libération, procède souvent de la même aberration : pour affranchir les femmes, on leur demande de renier leur sexe, alors qu’il faudrait plutôt batailler pour que la société apprenne à devenir enfin plus juste avec celles qui représentent tout de même – au bas mot – la moitié de l’humanité.

L’acharnement de Najat Vallaud-Belkacem à instaurer un congé parental est le parfait exemple de ce féminisme qui pisse à côté de la cuvette : on autorise les parents d’un enfant à prendre six mois de repos supplémentaire à condition que le bénéficiaire soit le père, le but de cette réforme étant d’inciter les hommes à pouponner. Et ce alors que les psychologues et les scientifiques s’accordent à dire qu’un enfant, dans les premières années de sa vie, n’a besoin d’aucun référent masculin mais uniquement de sa mère, et que ce besoin est d’ailleurs réciproque. Voilà encore un exemple de cette bêtise enrobée de bons sentiments. Au lieu de réformer notre société pour permettre aux femmes d’être aussi des mères, on bricole un système où l’on demande aux hommes de faire un peu comme les femmes et aux femmes de faire un peu comme les hommes.

Le biberon est le symbole de cet égalitarisme ridicule : que le lait de vache soit inadapté à l’organisme humain et qu’un enfant ait besoin de celui de sa mère, spécialement conçu pour lui, cela n’émeut franchement pas Elisabeth Badinter et ses copines. Il fallait avoir la peau de l’allaitement, car c’était bien le seul moyen de permettre aux hommes de jouer les mères de substitution pour que les femmes puissent retourner au travail comme de bons petits soldats.

Si les ovocytes congelés nous sont maintenant servis comme le nec plus ultra du progrès, il est à craindre qu’on nous présente bientôt le recours aux mères porteuses comme une libération permettant aux femmes de déléguer leur grossesse à une autre, afin de ne pas en subir les conséquences sur le plan professionnel, et de corriger l’injustice sexiste de la nature en s’alignant sur la constitution des hommes qui, eux, ont la chance de ne pas être encombrés par un utérus. Comme nous avons transmis par le passé l’éducation des enfants aux nounous et aux crèches, nous parachevons l’entreprise de morcellement de la maternité. Sous couvert de liberté, encore une fois, et grâce au soutien d’intellectuel-le-s comme Peggy Sastre.

Que ces procédés de reproduction artificielle qui se normalisent depuis des années soient fortement plébiscités par de grandes entreprises comme Facebook et Apple, qui proposent de financer la congélation d’ovocytes de leurs employées, cela devrait suffire à nous éclairer sur ce qui se joue derrière ce « progrès ».

Ces gens-là se piquent d’aimer les femmes et de vouloir leur rendre la vie meilleure.

Non, vous n’aimez pas les femmes : vous leur demandez de se plier à des impératifs de production, de renier leur vraie nature pour correspondre aux caprices du marché du travail. Ce n’est pas cela, aimer les femmes. Aimer les femmes, c’est les aimer sans conditions. C’est les prendre telles qu’elles sont.

Face à un monde qui nous entrave et nous réprime, il nous faut revendiquer une féminité intégrale et mettre la société au pied du mur. Acceptez-nous, aimez-nous, défendez-nous ! Avec nos hormones, nos émotions et nos utérus. Autrement, inutile de vous fatiguer ! Nous nous passerons bien de la « libération » que vous avez à nous offrir.

*Photo : Wikipedia.org

Maintenir à tout prix la Grèce dans la zone euro?

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Grèce euro dette

Grèce euro dette

« J’ai toujours considéré qu’une monnaie unique devrait être et ne pouvait être que le parachèvement de la réalisation d’une Union Economique et que de ce point de vue la création de l’Euro a été prématurée » expliquait le défunt prix Nobel d’économie Maurice Allais en 2005. En effet, il est absurde de vouloir doter d’une même monnaie des pays qui disposent d’une économie structurellement différente en termes de productivité du travail et du capital. Ce qui arrive aujourd’hui était donc inscrit dans les fondations de la zone euro et il est illusoire de croire que l’on pourra, sans grave dysfonctionnement, faire coexister durablement des pays comme la Grèce aux côtés de l’Europe du Nord, garante d’une plus grande orthodoxie budgétaire. Le problème dépasse ici les seules considérations économiques ; il renvoie avant tout à des cultures radicalement différentes, des modes de vie et de travail qui diffèrent selon qu’on côtoie les rives de la mer baltique ou que l’on habite aux confins de la Méditerranée. C’est pourquoi, on est en droit de s’interroger sur le degré de légèreté qui a présidé à l’admission de la Grèce au sein de la zone euro en 2001.

Il est de bon ton, aujourd’hui, de critiquer la Grèce pour avoir largement profité du système européen, trafiqué ses comptes publics, menti à la commission européenne, pratiqué la fraude fiscale généralisée, le clientélisme politique, la fraude aux subventions européennes, l’embauche déraisonnable de fonctionnaires ou encore l’achat public de matériel militaire en grande quantité à ses créanciers (hélicoptères et frégates multi-missions à la France, sous-marins U-214 à l’Allemagne). Tout cela est vrai. Mais rien de cela n’aurait pu arriver sans le laxisme des hauts fonctionnaires européens qui ont laissé s’installer sans réagir une telle situation. Comme le soulignait Renaud Girard au Figaro, « de 2001 à 2009, la Grèce s’est littéralement goinfrée de prêts internationaux, car elle n’avait jamais, de son histoire, connu des taux d’intérêts aussi bas. La Commission et le Conseil européen ont agi comme une municipalité qui aurait confié un débit de boissons à un alcoolique ».

La sortie de la Grèce de la zone euro comporterait « un risque de chaos absolu » pour l’économiste Philippe Dessertine, dont les propos reflètent ici la panique générale de la classe politique et médiatique devant l’abandon du dogme de l’euro obligatoire. On retrouve ici le vocabulaire catastrophiste utilisé par tous les eurobéats à l’endroit d’une réalité qui contrarie le sens de l’histoire qu’ils avaient eux-mêmes assigné aux peuples européens. Car, pour eux, l’euro est beaucoup plus qu’une monnaie unique : elle est dotée d’une charge affective irrationnelle qui renvoie aux utopies progressistes de paix entre les peuples et d’effacement des frontières, en nous introduisant définitivement dans une mondialisation heureuse. D’où la crispation actuelle de la classe politique, droite et gauche confondues, autour d’un fétichisme de l’euro brocardé comme le veau d’or des temps modernes. Or, l’euro n’est qu’une monnaie au service du développement des échanges. Quand il n’est plus bénéfique pour un pays, il faut s’avoir s’en détacher.

Dans le cas actuel, on ne peut nier qu’une sortie de la Grèce de la zone l’euro entraînerait une nette dévaluation de la drachme ainsi qu’une perte du pouvoir d’achat des Grecs de 30% à 50% selon Gilles Carrez, mais elle obligerait, en contrepartie, la Grèce à effectuer un certain nombre de réformes sans qu’elles lui soient dictées de l’extérieur. Car si la Grèce reprend pleinement en main son destin, elle ne vivra plus sous perfusion européenne et devra trouver en elle seule les ressources morales, politiques, économiques et financières qui assureront son plein développement. À cet égard, la Grèce dispose de nombreux atouts : berceau de l’Europe, elle conserve de prestigieux vestiges de son antique civilisation, orgueil d’une identité nationale toujours bien présente, bénéficie d’une situation géographique privilégiée, aux confins de la Méditerranée et au carrefour de l’Europe et de l’Asie, d’une agriculture florissante qui explique l’importance du secteur agro-alimentaire, et est dotée d’une myriade d’îles dont le climat, la végétation et le relief suscitent l’admiration du monde entier et garantissent une très forte fréquentation touristique. Enfin, après une période de restructuration, la Grèce pourrait profiter d’une monnaie faible pour gagner des parts de marché à l’export.

Du côté européen, aucun scenario de chaos en perspective : la dette grecque, qui était principalement détenue par des établissements bancaires privés, a été transférée à partir de 2010 vers le Fonds européen de stabilité financière (FESF), devenu aujourd’hui le Mécanisme européen de stabilité (MES), si bien qu’elle est aujourd’hui à plus de 70% entre les mains de créanciers publics (le FMI à hauteur de 10%, mais surtout les États européens, directement ou par le biais du MES, ou bien encore la BCE) et qu’il n’y a donc aucun risque de contagion vers les banques privées européennes, comme cela pouvait être le cas en 2010. Le seul impact pour l’Europe concerne la dette publique de chaque pays européen qui augmentera au prorata de cette créance désormais insolvable et inscrite en perte au budget de chaque pays créancier, qui devra donc recapitaliser sur ses propres deniers une somme du même montant. Au final, c’est le contribuable qui paiera l’ardoise : d’abord celui d’outre-Rhin, puisque l’Allemagne détient une créance de 60 milliards d’euros, mais aussi le contribuable français, pour qui l’effort supplémentaire représente 40 milliards d’euros, soit 600 euros par Français, qui s’ajoute à la dette publique actuelle de 31 515 euros par habitant.

On a beau jeu de pleurer sur le sort des Grecs. Le peuple grec, bien sûr, mérite toute notre compassion, surtout qu’il n’est pas responsable de l’incurie de ses dirigeants. Mais qu’on n’aille pas donner des leçons d’égoïsme aux Européens qui ont déjà effacé 50% de la dette privée grecque en 2012, soit 100 milliards d’euros, et qui ne seront probablement jamais remboursés de leur créance actuelle ! Affirmer, comme le font certains en France, qu’il faudrait à nouveau restructurer voire annuler la dette grecque sans exiger de réformes significatives en contrepartie, relève d’un comportement totalement irresponsable. D’abord, c’est profondément injuste à l’égard des pays qui ont engagé des réformes courageuses – et parfois douloureuses –, sans jamais obtenir une restructuration de leur dette. Ensuite, c’est envoyer un très mauvais signal à l’endroit de pays, qui, comme la France, rechignent à assainir leurs finances publiques. Finalement, c’est donner une prime au laxisme au détriment des bons élèves. Il est vrai que la dette publique grecque, qui s’élève aujourd’hui à 320 milliards d’euros, soit 175% du PIB, est insoutenable et que l’on voit mal comment l’on pourrait continuer à maintenir les Grecs sous perfusion européenne. Il n’y a donc pas d’autre solution honorable que d’accompagner la Grèce vers une sortie de l’euro.

Le risque de contagion aux autres pays européens est, somme toute, assez limité, puisqu’au sein des « PIGS » (Portugal, Italie, Grèce et Espagne), particulièrement exposés, seule la Grèce n’a pas engagé de réformes significatives. En Italie, en Espagne comme au Portugal, les efforts consentis commencent à porter du fruit. De plus, ces pays ne voudront, en aucun cas, connaître le sort humiliant et douloureux de la Grèce.

Le dernier plan de réformes qu’a rejeté le gouvernement grec comportait des réformes que tout pays européen devrait adopter, s’agissant notamment du relèvement de l’âge de départ à la retraite. François Hollande ferait bien de mettre en œuvre, au sein de son propre gouvernement, des réformes qu’il tente mollement de proposer sur la scène internationale, laissant le leadership des négociations à Angela Merkel. Ainsi, la France, dont la dette s’élève aujourd’hui à 97,5% du PIB, éviterait de se retrouver un jour dans la même situation que la Grèce…

Grèce euro dette

*Infographie : © AFP G. Handyside/J. Storey, jfs/pld/tsq

*Photo : Pixabay.com

Bac: le niveau (des notes) monte

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Cette année encore, on va exhorter les correcteurs du baccalauréat à gonfler les notes des élèves. Les IPR, qui refusent de voir leur académie se retrouver avec un nombre de reçus inférieur à la moyenne nationale, imposeront des barèmes aberrants. Par exemple, toutes les questions faciles seront sur notées et les difficiles sous notées. On accordera des points non mérités en invoquant des prétextes contraires au bon sens, qui frisent souvent le ridicule.

Dans son dernier article, Jean-Paul Brighelli a invité les professeurs à ne pas se soumettre. Je crains, me basant sur ma propre expérience, qu’il ne soit pas entendu. Certes, beaucoup d’enseignants ne manquent pas en maintes occasions de se plaindre des pressions qu’ils subissent pendant les corrections. Mais, curieusement, quasiment aucun n’ose le moment opportun exprimer son désaccord. J’en ai fait  la douloureuse expérience, me retrouvant seul contre tous à m’insurger.

Quelles sont les différentes attitudes qu’adoptent les correcteurs lors des commissions de barème ? Il y a d’abord les peureux qui craignent de se heurter à leur supérieur hiérarchique direct. Ils n’ont pas envie de voir l’inspecteur débarquer dans leurs classes. Suivent les compassionnels qui estiment qu’il est bon pour l’élève, qu’il le mérite ou pas, d’obtenir son diplôme. Ils ne rechignent à aucune compromission. Nombreux sont aussi les bobos qui, fidèles aux doctrines égalitaristes, n’ont rien à redire à une politique qu’ils estiment compatible avec leurs opinions. Viennent ensuite les paresseux qui ont peur qu’on leur demande, lors de la réunion d’entente, de reprendre toutes leurs copies. Ils sont rejoints par les résignés qui ajoutent que de toute façon, rien ne sert de râler puisqu’en dernier ressort l’inspecteur tranchera, arrivant à ses fins.

Tous ces comportements me semblent profondément coupables. Un professeur est un fonctionnaire au service de l’état. Il a pour devoir d’enseigner du mieux qu’il le peut et d’évaluer honnêtement ce que les élèves ont appris avec lui. Il est regrettable que de petits chefs utilisent leur pouvoir pour les entraîner dans des manœuvres indignes. On masque ainsi à la nation entière la réalité du niveau atteint par les candidats, et le bilan catastrophique d’une politique éducative qui, depuis quarante ans, forme de moins en moins bien les jeunes du pays.

Ce mensonge organisé a des conséquences désastreuses. D’abord pour l’élève à qui on fait croire qu’il a les aptitudes suffisantes pour suivre des études supérieures et que l’on dirige vers un échec cuisant. Ensuite pour les finances publiques qui doivent supporter le coût de formation d’étudiants inaptes. Ce gâchis ne mène à rien d’autre qu’à l’accroissement du nombre de déçus et de chômeurs.