L’opération de jumelage des plages de Tel-Aviv aux berges de la Seine n’en finit plus de faire jaser. Le Parti de gauche dénonce « l’indécence » de la journée « Tel-Aviv sur Seine » prévue pour le 13 août prochain, un an après l’opération militaire de l’armée israélienne à Gaza. L’association CAPJPO-Europalestine est au bord de la syncope.

Inutile de leur rappeler que cette opération militaire n’était qu’une réponse aux centaines de roquettes tirées depuis le début 2014 sur les villes israéliennes, cibles civiles s’il en est, et à l’enlèvement et à l’assassinat de trois jeunes israéliens par des militants du Hamas en Israël.

Inutile de leur rappeler que la manifestation « Tel Aviv sur Seine » a été organisée après la visite de la maire de Paris (de gauche) en Israël et dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne en mai dernier, que Tel Aviv n’est pas Israël et vice-versa, et qu’il ne s’agit donc pas pour le gouvernement israélien de faire diversion, gouvernement qui n’a d’ailleurs rien à voir avec ce jumelage éphémère et superficiel (un stand de falafels et de la variété israélienne passée sur un Iphone, quelle « scandaleuse propagande de l’Etat terroriste » d’Israël ! s’indignait CAPJPO-Europalestine auprès de l’AFP).

Danielle Simonnet, conseillère de Paris du Parti de gauche et élue du XXe arrondissement, s’époumone depuis quelques jours contre cette manifestation. Pourquoi pas ? On n’est pas obligé d’aimer Israël ni son gouvernement. On n’est d’ailleurs même pas obligé d’aimer les juifs.

Mais lorsque l’on est conseillère municipale, élue pour représenter le peuple de Paris, fût-ce une partie seulement de celui-ci, on se doit quand-même d’avoir un minimum de culture. Danielle Simonnet, a déclaré lundi 10 août sur France Inter : « Tel Aviv, c’est pas Copacabana. Tel Aviv c’est la capitale de l’Etat d’Israël. » Stop. On arrête tout.

En droit international, la capitale d’un pays est la ville souverainement désignée comme telle par l’Etat concerné et non par une conseillère de Paris fâchée avec le programme d’histoire-géographie de 4e sur les capitales du monde. À ce jour et depuis sa création, la capitale de l’Etat d’Israël c’est Jérusalem. Le fait que certains Etats n’arrivent toujours pas à intégrer cette donnée élémentaire ne change rien à l’affaire. On observera que par un puissant palestino-tropisme, les mêmes Etats reconnaissent pourtant déjà Jérusalem-Est comme la capitale d’un Etat Palestinien qui, lui, n’existe pas encore.

Mais Danielle Simonnet ne s’arrête pas là et poursuit : « Si Bruno Julliard et la ville de Paris ont choisi Tel-Aviv parce que c’est une ville progressiste, qu’ils veulent marquer une différence et un désaccord avec la politique du gouvernement israélien, ils auraient mieux fait de faire une « Journée pour la Paix, Tel Aviv/Gaza« . »

Mais comment n’y avait-on pas pensé plus tôt ? Gaza sous l’emprise du Hamas, voilà un partenaire pour la paix ! Plus de 15 000 roquettes tirées sur Israël depuis 2006, soit plus de cinq par jour, des exécutions sommaires, l’emprisonnement et la torture pour les opposants politiques et les homosexuels, la population gazaouïe utilisée comme bouclier humain, le détournement de l’aide internationale (matérielle pour construire des tunnels offensifs, ou de contrebande et financière pour la corruption endémique des dirigeants du Hamas). Avec des démocrates pareils, on n’a plus de besoin de dictateurs.

Tel Aviv, dite « la Bulle » pour son ambiance paisible et tolérante, Tel Aviv dont le maire – de gauche – est réélu depuis dix-sept ans ans sans interruption, Tel Aviv dont la population musulmane est en plein essor depuis dix ans, Tel Aviv la progressiste, berceau de la Gay Pride israélienne, Tel Aviv dont l’Université s’enorgueillit d’accueillir sans discrimination Omar Barghouti, cofondateur du mouvement BDS, Tel Aviv, c’est sûr, mériterait bien d’être jumelée à Gaza ! Bonne idée Madame Simonnet !

Mais ces fulgurances s’expliquent lorsque l’on parcourt le site Internet de l’élue du XXe arrondissement qui est également « secrétaire nationale du Parti de gauche aux émancipations urbaines, à l’éduc’pop’ et l’agit’prop ». L’agit’prop, comprenez le Département pour l’agitation et la propagande, organe des comités centraux et régionaux du Parti communiste de la défunte Union soviétique destiné, notamment, à vanter les bienfaits du paradis communiste.

Avec de telles idées et références historiques, le Parti de gauche n’est pas près de remonter la pente après ses dernières élections municipales catastrophiques. Et si par impossible c’était le cas, la France n’y gagnerait pas.

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00679292_000030.

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