Allez, on s’en va. La saison est finie. En échange du vieux Pleyel on nous a offert deux salles neuves, à La Villette et à Radio France. L’Opéra de Paris était moche exprès pour embellir l’aube du nouveau boss, à la rentrée. Ite missa est. Faites la clôture si vous voulez, moi je fais la malle.

Direction le Sud, « terre de festivals ». Des festivals, on en a plein à Paris : rien qui vaille. De l’Ircam (« ManiFeste », jusqu’au 2 juillet) à La Traviata selon Arielle (Dombasle, à partir du 12 juin), le Nord n’est pas propice.

Donc tout le monde descend. À Avignon. En Avignon, comme disent les Parigots, où règne un nouveau pape, Py XIII. (Le Pie d’avant, Pie XII, était un pape romain. Le dernier pape provençal remonte à 1400 mais n’était pas Pie puisqu’il n’y eut jamais de Pie en Avignon).

Py XIII, Olivier de son prénom, est auteur, réalisateur, metteur en scène, acteur, orateur, chanteur, prédicateur, fornicateur, traducteur, triomphateur, administrateur, directeur. Viré de l’Odéon qu’il gouvernait très bien par le ministre Mitterrand sur ordre de Carla Ire, il fut sacré à Avignon par le même ministre qui, du coup, devint le héros de la pièce hilarothérapeuthique Orlando dudit Py l’année dernière. Suivez-vous ?

Ses collègues, à ce que j’ai compris, se demandent c’est quoi. Un missionnaire catholique anti-manif-pour-tous, prétend ma consœur Thérèse. Un gauchiste de droite, soutient le limonadier de l’Odéon. Un prince du théâtre, moi je trouve. Et un paradoxe.

Il y a quoi, vingt ans ? Olivier Py, pas pape encore, avait monté un spectacle intitulé Apologétique. Le texte, il ne l’avait pas écrit mais trouvé dans les plaquettes de nos théâtres. La plaquette, je rappelle aux zombies qui sortent pas, c’est le programme. En tête de la plaquette, vous avez un édito qui vous explique pourquoi les hommes, les femmes, les morts, Dieu et le Système solaire ont besoin de théâtre. Style : « Le rideau se lève, et dans son envol, il efface le passé. Tout est encore possible, tout peut advenir. » (Vitez ? Mesguich ? Savary ? Devinez.) Qu’on a ri !

Là, je feuillette la plaquette d’Avignon 2015, et que lis-je ? Un édito signé Olivier Py. « Il aura fallu la tragédie du mois de janvier pour que la classe politique convienne que la culture et l’éducation sont l’espoir de la France. Qu’en reste-t-il ? La culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l’adulte qui changerait réellement le lien social ? » Fichtremazette, quelle prémisse ! Plus loin : « Nous devons pousser ce subit élargissement du terme culture jusqu’aux conditions de l’organisation générale d’une société meilleure. » Tout comme ça. Remarquez, c’est peut-être voulu. Une metteuse en scène va nous faire Apologétique 2 avec l’édito du patron, et qu’est-ce qu’on va se fendre !

Mon Py adoré, lui, ne donnera pas dans le bouffe. Entre un Richard III allemand par Thomas Ostermeier et les fausses jumelles Justine & Juliette de Sade lues par Isabelle Huppert, le pape Py met en scène lui-même Le Roi Lear. Si vous lisez les journaux, vous savez maintenant : Le Roi Lear n’est pas une fiction. C’est de l’actu. Trahi par ses filles Marie-Caroline Goneril et Marine Régane, chassé du trône par le vil Aliot de Cornouailles et le factieux Edmond Philippot, le roi Jean-Marie Lear perd la raison et bat la campagne en racontant des trucs. Mais la bonne héritière Marion Cordélia apaise le roi fou en lui disant qu’elle ne voudrait pas avoir l’air de lui piquer la Côte d’Azur. Que fera Py de cette inusable saga ? Réponse saignante dans la cour d’honneur du Palais des papes le 4 juillet.

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