Voilà un  thème qui fait la une de nos journaux: les migrants. Mot qui, pour beaucoup d’Européens, rime avec  migraine. Y compris en Hongrie.

Alors que 43 000 migrants étaient enregistrés sur toute l’année 2014, les autorités hongroises en ont dénombré près de 100 000 fin juillet. Au rythme d’un millier par jour, le seuil des 200 000 immigrés illégaux sera très vraisemblablement dépassé fin 2015. Pour un pays d’à peine 10 millions d’habitants. Des migrants venus pour leur immense majorité de Syrie et d’Afghanistan, dont une forte proportion d’enfants, arrivés par la frontière serbe. Le problème donne d’autant plus de fil à retordre au gouvernement hongrois que, malgré les allégations du gouvernement, le pays et ses habitants sont loin de rouler sur l’or.

Alors que cette question épineuse mériterait d’être abordée en concertation avec, sinon l’ensemble des partenaires européens (jusqu’à présent divisés et peu efficaces), du moins avec les pays voisins, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a une fois de plus décidé de faire cavalier seul.

Tout d’abord en décidant d’ériger une double clôture le long de la frontière serbe, soit sur une longueur de 175 kilomètres : double rangée de grillages (1,50 mètre et 3 mètres) hérissés de barbelés et de lames de rasoir. Soit. Sauf que, dans le prolongement de cette ligne, les frontières roumaine et croate, ouvertes à tous vents, sont au moins deux à trois fois plus longues. Ces grillages aisés à contourner se révèlent également faciles à cisailler. À moins de placer un garde ou une caméra tous les 100 mètres, de faire des rondes incessantes ou d’édifier des miradors, comme au bon vieux temps du rideau de fer.  Passons. Malgré le coût astronomique de l’opération, on trouvera toujours des personnes de bonne foi pour applaudir.

Mais, pour enfoncer le clou, Viktor Orban a également lancé dans tout le pays une campagne d’affichage censée refroidir ces indésirables. Avec des messages tels que Si tu viens en Hongrie, sache que tu ne pourras pas nous prendre notre travail placardés en hongrois sur d’ immenses placards. Le hic, c’est que le pauvre Syrien ou Afghan qui tombera sur une telle affiche n’en comprendra pas un mot. De toute façon, il n’a nullement  l’intention de rester en Hongrie, mais compte surtout rejoindre l’Europe de l’Ouest. Bref, le seul intérêt de cette campagne coûteuse, davantage destinée à la population hongroise qu’aux étrangers, aura été d’inspirer des des contre-affiches parodiques aux humoristes magyars.

Un temps, le gouvernement a pensé distribuer sa propagande au coeur des pays d’émigration, c’est-à-dire dans les grands centres urbains de Syrie et d’Afghanistan, et ce dans la langue des autochtones. Mais, imaginez le pauvre Syrien qui, perdu avec femme et enfants au milieu des ruines d’Alep, tombera sur une telle affiche – pour peu qu’il reste un pan de mur pour la supporter…- lui tenant le langage suivant: Mon ami, sois donc gentil, reste sagement chez toi et ne viens pas nous embêter, car tu trouveras porte close! On a connu méthode de dissuasion plus efficace. Conscient des limites d’une telle démarche, au lieu d’y renoncer, le cabinet Orban a décidé de l’appliquer non plus en Syrie ou Afghanistan, mais dans les pays de transit: Grèce, Macédoine et Serbie. Il faut vraiment être naïf pour croire qu’un réfugié, fuyant son pays en guerre, qui aura parcouru des centaines, voire des milliers de kilomètres, rebroussera chemin au vu d’une telle affiche.

Et le projet consistant à considérer l’entrée illégale en Hongrie comme un délit passible de prison ne risque pas d’améliorer l’image d’une Hongrie hospitalière.

Si certaines couches de la population se félicitent de ce raidissement, tels ces extrémistes qui relancent l’idée d’un Hongrie rempart de la chrétienté contre l’infidèle, un récent sondage relativise le soutien de la population au camp des xénophobes. En témoignent également les nombreux élans de générosité et manifestations de soutien aux réfugiés exprimés ici ou là. Quant au fameux questionnaire que Viktor Orban a expédié aux 8 millions d’électeurs, il n’a été renvoyé que dans 15% des cas, signe que sa politique est loin de faire l’unanimité…

*Photo: Sipa. N° de reportage : 00719274_000024.

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Pierre Waline
Diplômé des Langues'O (russe, hongrois, polonais). Il vit a spécialiste de l'Europe centrale et orientale.
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