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Pourquoi Alain Finkielkraut a aimé le livre de Houellebecq

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houellebecq finkielkraut piketty

Le nouveau roman de Michel Houellebecq, Soumission (Flammarion, 2014), divise la critique, jusque-là quasi-unanimement acquise au Goncourt 2010. Tandis que le directeur de la rédaction de Libération voit dans ce livre d’anticipation un symptôme de la « zemmourisation » des esprits et une validation des idées du Front national, Alain Finkielkraut salue le « grand romancier du possible » qu’est Houellebecq. Pour l’académicien, l’arrivée au pouvoir d’un parti musulman est un scénario possible à l’avenir, au même titre que la généralisation du clonage que prophétise cet « Alceste à cigarette ».  Bref, « Houellebecq appuie là où ça fait très mal et les progressistes crient aïe ! »

Revenant sur l’affaire Piketty, Alain Finkielkraut s’agace de voir ce jeune économiste refuser la Légion d’honneur à grands renforts de médias. « Les rebelles d’aujourd’hui sont des enfants gâtés » estime-t-il, arguant qu’il est « tout à fait légitime que la République mette à l’honneur un certain nombre de gens dont les travaux sont jugés estimables ». Le débat est ouvert !

*Photo : GINIES/SIPA. 00697589_000022.

Mon réveillon sans Philippot

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Des jeunes UMP ont réveillonné avec leurs amis frontistes du même âge, tels que Florian Philippot : c’est le scoop que nous a vendu Marianne au lendemain de la fête. Il n’en fallait pas plus pour que le ban et l’arrière-ban de la classe politique s’indignent de cette « collusion » UMP-FN. Suivant la mode du grand déballage, David Desgouilles nous raconte son réveillon on ne peut plus convenable, avec des gens qui pensent bien et sans rien qui tâche…

La rédaction

 

31 décembre, Paris

C’est la première fois que j’organise un réveillon à Paris. Dans la France périphérique où je survis, je n’ai pas l’occasion de rencontrer des personnes dont la culture et le sens de l’éthique rivalisent avec leur engagement républicain et le goût du vivre-ensemble.

18h59

Louis-Georges Tin, ancien candidat au Prix Nobel de la Paix, arrive en compagnie d’Aymeric Caron. J’ai engagé ces deux-là comme videurs. Avec eux, aucun risque de pollution de la soirée par des éléments rappelant les heures les plus sombres de notre histoire.

19h17

Catastrophe. Le traiteur me téléphone pour m’expliquer qu’un type chevelu et barbu lui a refusé l’entrée de tous les plats à base de chair animale. Je me débrouille pour tromper la vigilance de Caron et faire passer les denrées par la fenêtre de la salle de bain. Le traiteur m’applique une surfacturation pour l’échafaudage loué et le temps perdu.

20h03

Les invités commencent à arriver. Jean-Luc Romero, Sylvain Bourmeau et Audrey Pulvar sont les premiers. Le second a déjà repéré la bibliothèque de l’ami qui m’a gracieusement prêté l’appartement. Il débute un contrôle exhaustif des auteurs.

20h17

Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon arrivent. Ils regardent sous les lits afin de vérifier si Marcel Gauchet n’y serait pas caché.

21h11

Tous les invités ou presque sont arrivés. Philippe Corcuff met les rieurs de son côté en improvisant une imitation d’Henri Guaino quittant le plateau de France 5 parce qu’il a été vaincu par les arguments républicains de Jean-Luc.

21h34

Sylvain Bourmeau, qui n’a pas quitté le contrôle de la bibliothèque depuis une heure et demie, déboule dans le séjour l’air mi-indigné, mi-satisfait. Il vient de trouver L’année zéro de la gauche, de Laurent Bouvet et Laurent Baumel. Certains invités commencent à me regarder en chien de faïence.

22h08

Edwy Plenel passe une tête à mon réveillon. C’est la consécration. Il fait plusieurs selfies avec des invités, vend huit abonnements de Mediapart et gratifie l’assemblée du même sermon qu’il avait effectué à France Cul deux jours avant.

22h46

Laurent Joffrin tombe sur le catalogue d’Havas voyages. Il feuillette les pages « Croisières » avec nostalgie.

23h12

Bourmeau arrive en hurlant ! Il vient de trouver Balladur, immobile à grands pas, d’Eric Zemmour. Le bouquin avait été caché sous la bibliothèque mais cela n’a pas échappé à sa grande sagacité. La tension est réelle. J’ai beau expliquer que le lecteur a ostensiblement affublé Zemmour de petites moustaches sur la quatrième de couverture afin de manifester sa désapprobation, le réveillon risque de tourner court, trois quarts d’heure avant minuit, ce qui est un peu ballot. Je décide donc de confier à Laurent Mauduit la mission d’organiser un autodafé dans la cheminée, ce qui calme les esprits, à l’exception de celui (sic) de Cécile Duflot, qui hurle dans les oreilles de toute l’assemblée que les feux de cheminée, c’est mal. Elle tweete le feu de cheminée, de rage.

23h59

Je tiens le bon bout. Certes, Bourmeau s’est maintenant attaqué à la vidéothèque et il a fait un peu la gueule en découvrant la collection complète des Don Camillo, mais tout risque majeur d’incident a été contourné avec brio. C’est à ce moment-là que l’un des convives évoque le conflit israélo-palestinien. Le feu part avec une vitesse telle qu’on se croit très vite au cœur d’une dispute entre Gilbert Collard et Jean-Marie Le Pen dans un bureau politique du Front national. Les assiettes volent, les insultes fusent. Seul Bourmeau garde son calme. Il découpe avec application un CD de Michel Sardou qu’il a découvert dans la salle de bain.

4h02

Les invités sont partis. Les pompiers aussi. Autour de moi, tout n’est que cendres, vaisselle en miettes et désolation. Mais pourquoi ai-je demandé aux femmes de débarrasser la table ?

*Photo : melaloulse.

Cold in July, vrai film noir de Jim Mickle

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Que peut-on demander à un bon film noir en 2015 ? Que peut-on demander à un genre qui a trop tendance, pour se renouveler, à aller chercher du côté de la pyrotechnie flingueuse ou du maniérisme dépouillé crasseux janséniste ou encore de la banalité surjouée dans des décors d’une médiocrité hyperbolique à visée de critique sociale ? Pour répondre à cette question, on pourra aller voir Cold in July de Jim Mickle. Cold in July joue avec les codes du genre, y compris avec les travers dénoncés plus haut. Mais comme cela est fait de manière parfaitement consciente, voire assez roublarde, l’amateur ressort comblé.

Cold in July, c’est d’abord un bon scénario. Ce n’est pas évident par les temps qui courent où les arguments des films de genre ont de plus en plus tendance à tenir sur un ticket de métro. Mais ici, en l’occurrence, il s’agit de l’adaptation d’un polar de Joe R. Lansdale, un des très bons américains du roman noir d’aujourd’hui qui promène ses personnages dans un Texas à la fois violent, plouc et attachant. Dans Cold in July, au début mais au début seulement, il est question d’autodéfense. On est en 1989, dans une de ces petites villes où même ma chaleur n’arrive pas à effacer la banalité des vies quotidiennes made in America. Un couple est réveillé la nuit par un cambrioleur. Le mari un bon gars qui exerce le métier d’encadreur dans sa boutique va chercher un flingue en tremblotant. Il est joué par un Michaël C.Hall (Dexter) doté d’une coupe de cheveux de footballeur allemand des années 80 et d’une normalité presque encombrante. Il tire un peu par maladresse sur le voleur qui va éclabousser le canapé familial et une horrible croûte au mur avec sa cervelle. On est à la limite de l’esthétique volontairement cheap du gore qui fait toujours ressortir par contraste l’horreur de la violence.

A partir de là, tout va mal se passer. Notre gentil encadreur est traité comme un héros qu’il n’a pas envie d’être, la police locale arrange le coup y compris quand le père de la victime décide de se venger. Il est ici joué par le mythique Sam Shepard qui n’hésite pas à assumer son corps vieillissant comme seuls savent le faire les grands acteurs.

Evidemment, ce n’est là que la première partie du film. Dans la seconde, il va virer à l’équipée sanglante de trois hommes, l’encadreur banal, le père de la victime qui est en fait un ancien truand mutique et, ô plaisir mélancolique, Dan Johnson (vous savez le blond de Deux Flics à Miami ?) en détective privé à stetson,  éleveur de cochon qui sont partis se venger d’une manipulation dont on ne vous dira rien.

Jim Mickle, le metteur en scène, nous donne avec Cold in July un film qui est une synthèse plutôt très réussie entre l’ironie des frères Coen et le minimalisme angoissant d’un John Carpenter dont on se souvient quand on voit certaines scènes de Cold in July comme l’assaut contre le repaire des amateurs de snuff movies ou même dans la musique avec ce synthétiseur obsédant qui était aussi la marque de fabrique de l’auteur d’Invasion Los Angeles. Ce parti pris esthétique rend par exemple les fusillades particulièrement sanglantes avec des impacts approximatifs qui ne tuent jamais du premier coup et va de pair avec une forme d’humour très rentré comme dans cette scène où le couple, après le cambriolage, nettoie son salon et décide, quand même, de changer de canapé pour continuer à regarder la télé.

Il est difficile, dans le film de Mickle, de chercher autre chose que ce qu’il nous donne. Il n’est pas comme dans History of violence de Cronenberg auquel on songe aussi parfois, une réflexion sur la sauvagerie qui sommeillerait en  nous tous. Il n’est pas non plus une parodie malgré quelques plans au ralenti  où le réalisateur se fait plaisir, et à nous aussi par la même occasion. C’est sans doute pour cela, d’ailleurs, que Cold in July est un des films les plus intéressants de moment puisque chose devenue rare aujourd’hui, il coïncide parfaitement, malgré son caractère hybride, avec son intention de départ : donner un bon film noir, ni plus, ni moins.

 

En salle depuis le 31 décembre

La cocaïne, business moderne sur toute la ligne

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cocaine roberto saviano

Dans Sweetness and Power (Penguin, 1986), Sidney W. Mintz mettait au jour un fondement rarement étudié de la civilisation occidentale moderne : l’invasion du sucre depuis deux siècles et demi. Pour lui, la culture du sucre fut, dans les plantations antillaises et américaines, l’une des premières tentatives de mettre en place des structures de production capitalistique performantes ; mais aussi et en même temps l’occasion d’une modification en profondeur des habitudes alimentaires occidentales (fors la France, note-t-il). L’extraordinaire apport calorique du fruit de la canne, joint à son coût relativement modeste, le fit rapidement passer du statut de nectar aristocratique à celui d’aliment de base pour les masses. Lesquelles travaillaient mieux et plus longtemps en retour.

Le sucre fut le carburant de la première révolution industrielle : une autre poudre, blanche elle aussi, meut aujourd’hui le turbocapitalisme.

Pour en comprendre le fonctionnement, il faut marcher dans les pas de Roberto Saviano, journaliste napolitain connu pour son Gomorra, enquête précise au cœur des nouvelles mafias italiennes, qui lui vaut de vivre encore aujourd’hui, sept ans après, sous une protection policière permanente. S’aventurer avec lui dans le sillage de la cocaïne, c’est faire trois fois le tour du monde, des pires jungles colombiennes aux tours high-tech de la City londonienne en passant par l’enfer terrestre créé avec application par les cartels mexicains.[access capability= »lire_inedits »]

L’histoire moderne de la cocaïne commence en 1989 dans un hôtel d’Acapulco : Felix Gallardo, El Padrino, un ancien flic mexicain devenu le parrain de la drogue, a pris l’ascendant sur les Colombiens. C’est lui, le distributeur, celui qui fait passer par les 3 000 kilomètres de frontière du pays avec les États-Unis les tonnes de poudre, qui est maintenant le maître. Ce jour-là, il convoque les différents chefs de clan du Mexique et fait son Yalta à lui : il répartit le territoire. Il structure en fait les cartels que nous connaissons encore aujourd’hui, ceux de Ciudad Juarez, de Tijuana, du Golfe…

En Colombie, l’étoile de Pablo Escobar, le seigneur de Medellin, a pâli, et les guerres intestines avec les cartels des autres villes comme Cali, avec les FARC ou encore avec les paramilitaires, qui tous touchent à l’argent de la drogue, ont achevé d’affaiblir les producteurs. Rien n’a changé en apparence, la coca est toujours cultivée en Colombie. Mais de nouveaux parrains sont apparus, ces Mexicains donc, auprès de qui Al Capone ou Escobar font figure d’enfants de chœur. Les États du nord du Mexique sont devenus des narco-États : pas un politique, pas un flic, qui ne touche au trafic. Seules de violentes descentes de la DEA, l’administration américaine chargée de la drogue, désorganisent parfois une industrie florissante. Une industrie qui vaut 50 000 morts par an, seulement pour le Mexique. Et il ne s’agit pas simplement de narcos, mais aussi de femmes, d’enfants, d’innocents de toute sorte que l’on exécute pour terroriser la population. Palme toutes catégories de l’horreur : les Kaibiles, ces anciennes forces spéciales guatémaltèques, constituées pour lutter contre le communisme puis contre la drogue, et qui sont précisément passées au service des cartels mexicains. En huit semaines, on les forme à ne plus jamais rien ressentir : semaines passées dans la jungle à manger des animaux vivants, humiliations, épreuves en tout genre. À ce régime-là, raconte Saviano, vous faites de saint François d’Assise un monstre. Cette armée de zombies terrorise, viole, brûle, assassine, jette des nourrissons contre les murs si on le lui demande.

Pourquoi ? Parce que la cocaïne, c’est le capitalisme à l’état extra pur : la seule industrie du monde où vous gagnez mille fois votre mise à coup sûr. Tout bénef, surtout quand, comme toutes ces mafias, vous interdisez à vos membres et même aux populations que vous contrôlez de consommer le moindre gramme du poison que vous vendez. Dans les campagnes mexicaines, les banderoles abondent qui annoncent : « Les Zetas – une autre armée de l’apocalypse – luttent contre la drogue et protègent vos enfants. » De l’autre côté de la frontière, chez les gringos, l’économie elle aussi fonctionne à la coke : cadres sup défoncés qui s’en remettent un coup dans le nez pour pouvoir performer, et paradis fiscaux qui blanchissent au vu et su de tout le monde. Saviano va même jusqu’à affirmer que la City londonienne s’est sauvée de la faillite complète en 2008 en intégrant 300 milliards de dollars nés du trafic de drogue dans ses banques par des mécanismes complexes de sociétés-écrans.

Les Mexicains et leurs petits camarades de jeu colombiens ont plus d’un tour dans leur sac : cargos, mules, avions posés dans le désert africain, sous-marins de poche, ils inondent le monde de leur dope par tous les moyens, même légaux.

Vue d’ici, l’histoire racontée par Saviano a au moins le mérite de nous apprendre que la barbarie s’est éloignée de l’autre côté de l’Atlantique : apparemment, les petits caïds de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, tremblent de peur devant les Mexicains et les Colombiens. On ne joue plus dans la même cour en matière de cruauté. C’est loin, la French Connection. Cosa nostra, elle, semble totalement à l’ouest. Seuls les Russes tirent leur épingle du jeu, notamment Semen Mogilevic, considéré comme le parrain le plus puissant de toute l’histoire, devant Capone, Lucky Luciano et Escobar, et doué à la fois d’une complexion obèse et d’un QI noosphérique.

La neige semble tomber doucement sur toute la surface du globe, et il y a un risque, Saviano l’avoue, à trop l’étudier, de sombrer dans la paranoïa. Pourtant, son étude extrêmement précise et documentée, nourrie de personnages qui frôlent le romanesque, ordures intégrales ou bétail humain de la nouvelle économie de l’exploitation, dessine une seconde carte du monde, trop juste pour qu’on la néglige.[/access]

Extra pure. Voyage dans l’économie de la cocaïne, de Roberto Saviano, Gallimard.

 

*Photo : pixabay.

Couture et Murat : l’art pour l’art

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murat charlelie couture

Charlélie Couture et Jean-Louis Murat ont en commun – entre autres – la pratique de la peinture, de l’écriture et de la chanson sourcée dans les ruisseaux de l’amour et les caniveaux de la vie. Les deux artistes empaquettent les plis de l’âme et les recoins des ressentiments comme montait Christo son emballage autour du Pont-Neuf : avec grandeur et hauteur. Et aussi avec, en guise de toile polyamide, la fée électricité et l’âme bluesy-poétique à double tranchant.

Couture a sorti à l’automne dernier son nouvel album, réalisé par Benjamin Biolay. Le single « L’Amour au fond » a tourné un peu en radio, pas assez. Feu Jean-Louis Foulquier, fondateur des Francofolies de La Rochelle, décrivait l’univers Couture ainsi : « Mots couleurs trait de plume, portrait au couteau et chansons aquarelles qui rendent la vie plus belle quand elles tournent à la radio. » Il n’avait pas tort mais, pour rendre la vie plus belle en France, il y a déjà iTélé. Et Plus belle la vie à 20h20. À défaut de passer à la radio, Charlélie passera près de chez vous en 2015 (à l’Olympia notamment le 28 mai). En outre, la ville de Nancy – d’où il est originaire – consacre une grande exposition rétrospective de ses œuvres de plasticien méconnu dans l’hexagone (alors que le Lorrain tient une galerie à New York…). Courrez-y si vous êtes dans le coin, l’événement – où installations, peinture, photo et sculpture se fondent dans un joyeux maelström artytectural – se tient jusqu’au 1er mars à la Galerie Poirel.

De son côté, comme s’il n’était jamais satisfait d’une chose créée, Jean-Louis Murat passe à une autre compulsivement. L’argumentaire de son nouveau double album, Babel, repose sur son implantation locale intégrale : un disque du cru, enregistré et emballé avec des figures du coin, sans délocalisations dénaturantes. Le résultat donne à entendre un soft rock topographique, aux allures de carte de Tendre franchissant le Rubicon de la Mer dangereuse vers les Terres inconnues de l’identité d’une Auvergne jordanienne : « La ville de Murat contient un château, jadis, tenu par des Arabes. Murat vient de  »Maures ». L’idée que des Arabes aient pu être présents en Auvergne dès le Haut Moyen-âge me séduit. Cela questionne les origines […] L’Auvergnat est un mélange de Vikings et d’Arabes. » soulignait Jean-Louis à la sortie de Babel. Avec un tel pedigree, on comprend mieux la phrase d’un spécialiste des Auvergnats qui déclara jadis à leur sujet : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. » (en même temps, un seul Murat suffit pour qu’il y ait des problèmes, demandez à ses confrères de la chanson française ce qu’ils en pensent).

Hormis une mécanique des chœurs poussive qui vient gâcher le plaisir sur « Chacun vendrait des grives » et un « Chant Soviet » un peu léger, l’objet commence véritablement à partir du troisième titre, « J’ai fréquenté la beauté ». Dans cette ballade gracile comme un vol d’hirondelles, l’auteur nous conte – au passé – un pan de sa vie de dauphin dans les eaux d’un quotidien au grand air, dans le coin de La Bourboule. Dommage que seule la flûte ne prenne pas son envol… Puis l’album déroule son charme caravanier avec une facilité déconcertante. « Dans la direction du Crest » sonne même comme du Charlélie Couture, c’est dire si le taux d’apesanteur est élevé.  Des parfums de désert où souffle une tension toute morriconienne concluent le CD1 admirablement (« Mujade Ribe »), avant la Lewis Carrollerie « Vallée des merveilles ». Et bis repetita avec le second CD, onctueux comme du Saint-Nectaire humecté d’une goutte de Jurançon doux, avec un zeste de bluegrass. Côté paroles : les chansons résonnent comme des Chroniques champêtres – Volume 1 – Dylaniennes de par leur dimension autobiographique de père de famille, mais aussi par l’évocation des souvenirs de tout ordre dans une prose environnementale limpide. Murat nous convie dans une géographie toute personnelle, arpentant les paysages de son passé qui surplombent son quotidien d’autochtone de la vallée du Vendeix.

Babel scelle – trente-cinq ans après les débuts déjà chaotiques du chanteur – la victoire à la Pyrrhus de Jean-Louis Murat sur le champ de bataille dévasté de la chanson française. Alors, après Babel, l’Olympe (auvergnat, bien sûr) ?

 

ImMortel, de Charlélie Couture (Mercury)

Exposition Charlélie, NCY – NYC jusqu’au 1er mars 2015 à Nancy.

Babel, de Jean-Louis Murat (Pias)

 

*Photo : URMAN LIONEL/SIPA. 00695154_000011. 

En manque d’espace

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conquete spatiale rosetta

Rosetta, Philae, Tchouri : dans une actualité mortifère, ces trois noms ont apporté un peu de joie prométhéenne dans les gazettes. Une sonde spatiale avait réussi à déposer un petit robot sur une comète, pour la première fois. L’exploit fut célébré universellement et le chef de l’État, tout heureux d’un projet franco-européen qui, pour une fois, avait parfaitement fonctionné, s’est exclamé : « Vous avez gagné, c’est une avancée considérable de la conquête spatiale. » Alors, d’où est venue la manière de mélancolie qui s’est emparée de votre serviteur ? La vision des premières photos qui renvoyaient, dans leur nudité glacée, au célèbre fragment de Pascal, « le silence de ces espaces infinis m’effraie » ? Non, répétons-le, nous ne ressentions pas de la frayeur, mais de la mélancolie.[access capability= »lire_inedits »] Sans doute est-elle celle de ma génération, qui a tellement rêvé à l’espace, à sa conquête, aux voyages qu’elle nous annonçait pour un futur proche qu’elle est secrètement déçue que cette épopée se réduise à un bout de ferraille téléguidé sur un caillou en perdition, sans un être humain à bord.

C’est que nous avions vu, vers l’âge de 5 ans, par la grâce de l’unique télé du quartier qui se trouvait au bistrot du coin, juché sur des épaules paternelles, les premiers pas de l’homme sur la Lune, une nuit de juillet 1969. C’est qu’ensuite nous avions lu Jules Verne dans De la Terre à la Lune et Ray Bradbury dans les Chroniques martiennes, le premier annonçant à propos de ses cosmonautes : « D’ailleurs, je les connais, ce sont des hommes ingénieux. À eux trois ils emportent dans l’espace toutes les ressources de l’art, de la science et de l’industrie », et le second : « Les hommes de la Terre vinrent sur Mars, ils venaient parce qu’ils avaient peur ou ignoraient la peur, parce qu’ils étaient heureux ou malheureux, parce qu’ils se sentaient ou ne se sentaient pas des âmes de pèlerins ». Et cela a continué, plus tard, en lisant notre cher Cyrano dans les États et Empires de la Lune, qui indiquait bien que ce désir avait toujours été une rêverie éminemment poétique : « Je m’étais attaché autour de moi quantité de fioles pleines de rosée, et la chaleur du soleil qui les attirait m’éleva si haut, qu’à la fin je me trouvais au-dessus des plus hautes nuées. »

On comprendra donc que Philae, nous invitant à résumer tout cela à un mauvais jeu vidéo qui nous force à rester sur le plancher des vaches, ne pouvait que nous rendre, au bout du compte, d’une tristesse infinie. Comme cet espace où nous n’irons jamais.[/access]

*Photo : wikicommons.

Jacques & Cecil

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En qualifiant de « hussards » quelques écrivains turbulents des années 50, Bernard Frank a mis le feu à la Grande histoire de la littérature. D’un quarteron disparate de chevau-légers (Nimier, Blondin, Laurent et Déon), le journaliste a créé, de toutes pièces, une armée de réactionnaires, pis une école de pensée contre le sartrisme ambiant. Pour l’éternité, ce seront, au choix, selon son camp, des écrivains de Droite, frivoles, inconséquents, fin de race, dangereux agitateurs ou des stylistes inspirés, professeurs d’irrévérence, nostalgiques des combats perdus, romanesques à outrance. Frank imaginait-il qu’une estocade lancée dans Les Temps Modernes en 1952 continuerait à toujours définir, un demi-siècle plus tard, l’anti-intellectualisme d’après-guerre ? Les Hussards sont pourtant une vue de l’esprit. Ils n’ont jamais existé. La preuve, il suffit de les lire. Ces quatre garçons dans le vent glacial de la Guerre Froide arpentent leurs propres terres. Ils ne chassent pas en meute. Ce sont d’incorrigibles vagabonds qui ne répondent à aucun diktat et à aucun oukase. En les (dis)qualifiant, Frank les aura poussés dans les ornières de la littérature, à l’ombre des autoroutes de la postérité. Quelle chance (inestimable) de recueillir le silence de l’intelligentsia !

La garantie d’un talent intact aucunement entaché par l’obscurantisme des élites culturelles qui tranchent entre ce qui doit ou ne doit pas être lu par les masses forcément ignorantes. L’infantilisation des lecteurs est une vieille manœuvre politique. La Pléiade les a donc mis à distance, l’Université ne leur pardonne pas leur liberté de ton et le grand public n’a connaissance d’eux que par ricochet. Nimier, le général en chef de ce mouvement factice, doit sa légende à son tragique accident de voiture en 1962 au volant d’une Aston Martin. Blondin à ses virées alcoolisées au Bar-Bac et à l’air de la Grande Boucle. Déon, l’unique survivant, à ses Poneys sauvages et à son épée d’académicien. Quant à Jacques Laurent (1919-2000) ? Mystère, il a disparu des radars et…des librairies. Alain Cresciucci, expert en désenchantés, ausculte l’Itinéraire d’un enfant du siècle aux Editions Pierre Guillaume de Roux. Cette radiographie précise, argumentée, implacable, du moins connu des Hussards est un magistral travail d’érudition et de réhabilitation. « Jacques Laurent ne prenait pas du tout son œuvre à la légère » martèle Cresciucci qui contredit, en l’espèce, le dilettantisme de ce second couteau des lettres françaises, indéboulonnable figure de la Brasserie Lipp, cigarette pendante et paupières lourdes.

Le mérite de ce livre/cette somme tient justement à la complexité de Jacques Laurent et à sa bibliographie ahurissante, foisonnante, inimaginable (!). De Vichy à Alger, de la Croisette au Quai de Conti, de Martine Carol à Mitterrand, Laurent et son double Cecil Saint-Laurent auront été les témoins, les diaristes, les pourfendeurs de l’histoire officielle de notre pays. Cette œuvre maousse est inatteignable tant elle revêt de multiples couches : des romans populaires (Caroline Chérie ou Hortense 14-18), des essais (Paul & Jean-Paul, Mauriac sous de Gaulle, Le français en cage, etc..), des classiques (Les Corps tranquilles, Les Bêtises – Goncourt 1971, Le Petit Canard, etc…) et une riche filmographie en tant que scénariste et dialoguiste. Il faut près de 400 pages à Alain Cresciucci pour aborder cet intellectuel victime du succès commercial de la série Caroline Chérie. Laurent est déroutant à plus d’un titre, car sa plume a baigné dans toutes les encres : érotique, historique, journalistique, autobiographique, etc…Il est amusant de constater que ce virulent opposant au Nouveau Roman, défenseur acharné du roman qui n’endoctrine pas, a été le hussard le plus novateur sur la forme. Il a osé, au contraire d’un Blondin à l’écriture limpide, chimiquement pure, à marier les genres, bousculer la chronologie, fondre le narrateur et ses personnages dans une identité trouble à la manière d’un Dr. Jekyll & Mr. Hyde.

Jacques Laurent à l’œuvre – Itinéraire d’un enfant du siècle – Alain Cresciucci – Editions Pierre-Guillaume de Roux .

*Photo : DALMAS/SIPA. 00416198_000002

Sparks, Barjot, zoophilie…

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MON ROYAUME POUR UN EUROSTAR !

Rude saison pour les bûcherons, vous ne trouvez pas ? Ces dernières semaines encore, le sort s’est acharné sur moi. Non seulement j’ai passé mon temps à chercher des aiguilles dans ma botte de foin d’expulsé, mais il m’a fallu aussi batailler… contre des hommophobes en folie, et même pour défendre l’honneur zoophile de ma femme, injustement accusée cette fois-ci de non-assistance à lapins en danger.

Mais les mauvais jours finiront, et avant même le Paradis, j’aurai ma récompense ce mois-ci avec le concert de Sparks à Londres, en présence de la reine Élisabeth !

LECTURES SPIRITUELLES

Jeudi 30 octobre-Lundi 24 novembre/Comme l’explique Simon Leys en avant-propos à son recueil de citations Les Idées des autres[1. Magnifiquement commenté par Jean-Baptiste Baronian, ici-même, en septembre dernier], ce genre d’exercice nous en apprend plus sur le compilateur que sur les compilés. À titre d’exemple, ceux qui voudraient mieux me connaître liront avec profit les trois phrases qui suivent ; elles ont égayé, au hasard de mes lectures, ces quatre dernières semaines qui en avaient bien besoin.

– L’ennui selon Billy Wilder : « L’opéra, c’est un truc qui commence à 8 heures. Au bout de deux heures vous regardez votre montre, et il est 8 heures et demie ! »

– Le progrès selon Einstein : « Une hache entre les mains d’un psychopathe. »

– Les vertus théologales selon Chesterton (dans ma traduction) : « La foi, c’est croire en l’incroyable. L’espérance, c’est espérer quand il n’y a plus d’espoir. La charité, c’est aimer ceux qu’on n’aime pas. »

Vous me direz : « Va pour les deux premières citations, mais la troisième n’est pas super drôle ! » Relisez-la calmement, vous verrez : pour être profonde, la formule chestertonienne n’en est pas moins spirituelle.

HOMOPHOBE + CHATTOPHOBE + LAPINOPHOBE = FRIGIDE !

 Mercredi 5 novembre Après l’expulsion, l’acharnement continue ! Huit jours déjà qu’on a vidé les lieux, et voilà que Le Parisien titre : « Frigide Barjot avait laissé ses lapins dans son duplex. » Allons bon ! Mais les truffes du Huff Post ont reniflé encore mieux : « Dans son déménagement, Frigide Barjot oublie ses lapins et son chat ! » Ces gens-là n’ont vraiment rien à branler, pour inventer de pareilles fichaises.[access capability= »lire_inedits »]

« Au moment de la remise de clés, fantasme le Huff Puff, l’huissier a eu la surprise de découvrir deux lapins, Nicolas et François, et un chat, Connardeau »[1. À l’origine, je l’avais baptisé Vianney, du nom du saint du jour où Barjot l’a adopté. Et puis j’ai appris à le connaître…]. Les malheureux, peut-on lire, auraient passé toute la nuit seuls dans l’appartement désert, avec à peine de quoi se sustenter et pas la moindre distraction !

En vérité, cette nuit-là, toute la famille escroque dormait encore dans notre futur-ex-logement, et les pauvres bêtes n’auront été « livrées à elles-mêmes » que de 8 h 30 à 9 h 45 du matin – pendant que Madame était au commissariat.

Et voilà comment, le cas échéant, on monte de toutes (petites) pièces une lilliputienne « affaire », juste pour le plaisir d’en remettre une couche à la Barjot, cible décidément fastoche…

Je suis bien placé pourtant pour témoigner de la zoophilie active de ma femme. C’est elle qui m’impose, depuis dix ans déjà, ces bêtes à poils auxquelles elle semble ontologiquement attachée, pour des raisons qui m’échappent mais qu’une simple expulsion n’aura hélas pas suffi à ébranler. François, Nicolas et Connardeau sont toujours là ! Et même avant eux et moi, me suis-je laissé dire, Frigide a toujours eu une chatte[2. Ursule, Ursule II, Ursule III – toutes canonisées par la Grande Prêtresse. Vivement qu’on embaume Connardeau !]. 

ET LES RAGONDINS, DANS TOUT ÇA ?

Jeudi 6 novembre/Saisie de cette fausse nouvelle, la vraie Bardot va-t-elle donc porter plainte contre la fausse pour « maltraitance envers des animaux », comme le lui enjoignent déjà des dizaines de trolls zoophiles ? Non, finalement, elle préfère s’en prendre aux agriculteurs nantais qui ont « jeté sans ménagement » contre la Préfecture « des ragondins vivants ! » À coup sûr, s’ils les avaient tuées avant, les pauvres bêtes eussent moins souffert de ce mauvais traitement.

GROS CAMION ET PETIT VÉLO

Jeudi 13 novembre/Suite à une innocente blague sur Facebook, qui ne chahutait que la pauvre Barjot (voir copie d’écran ci-jointe), voilà-t-il pas que le groupe auto-intitulé Gouines Comme Un Camion se soulève contre moi comme un seul capot !

La semaine précédente, la presse noiseuse et le tout-à-l’égout Internet avaient fait des gorges chaudes à propos d’une nouvelle « gaffe » de Frigide, enrôlée contre son gré dans l’aile catho du parti sarko-fillo-juppéiste… D’un seul clavier, ils avaient recopié une dépêche AFP au titre imperceptiblement ironique : « Par inadvertance, Frigide Barjot adhère à l’UMP ». Bref, ça m’a inspiré sur Facebook un prolongement aberrant comme je les aime, et sans trace d’anticamionnisme primaire.

Gouines Comme Un Camion : si j’avais retenu le nom de ce mouvement, c’est justement pour ce qu’il laissait supposer d’humour, voire de distanciation brechtienne. Autant dire que j’étais à mille bornes d’imaginer que le glissement camion-déménagement pût leur paraître discriminant. J’avais oublié que l’humour militant est un oxymort. Un humour subordonné à la Cause, c’est-à-dire asservi, c’est-à-dire inexistant.

Ainsi ai-je découvert avec surprise, un matin vers 15 heures, l’invasion de ma « page » et de mon « profil » par des pelletées de commentaires fielleux, venimeux ou tout simplement orduriers.

Pourquoi tant de haine, surtout à propos de rien ? Au nom de leur intelligence et de ma charité chrétienne, je me refuse à croire que tous les GCC & Friends sans exception se soient senti-E-s agressé-E-s par cette innocente pique à Barjot. Je tiens plutôt que ces filles-là rongent leur frein en rond dans leur groupuscule – jalousant à mort le succès de ces salopes réformistes de Femen, démagos, sexy, et même pas gouines !

Il faut bien lâcher la vapeur de temps en temps, n’est-ce pas ? Alors, dès que leur nom apparaît sur la Toile, c’est la fête au dépôt central ! L’occasion, plutôt rare semble-t-il, de se faire une mini-flashmob 2.0…

Si ça se trouve, ces messieurs-dames auront peut-être même recruté au passage une ou deux routières sympas ! C’est tout le bonheur que je leur souhaite.

TOUCHE PAS À MA PUTE, LOLO !

Lundi 17 novembre/Invité de C à vous juste après Barjot, Baffie fait une entrée fracassante sur le plateau en s’exclamant : « Elle est partie, la pute ? » « Vous lui direz en face ! » rétorque Anne-Élisabeth Lemoine, l’animatrice du jour. De fait, Lolo et Frifri s’étaient croisés au (dé)maquillage, et n’avaient échangé qu’un aimable pia-pia. Notre « provocateur » gardait sa saillie pour l’antenne, en l’absence de l’insultée…

Au-delà du mépris qui s’impose, je reste un peu triste pour Baffie, parce que ce con aurait pu choisir de l’être moins. Mais là, ça va faire tard.

VIENS CHEZ MOI, J’HABITE DANS UN KIMONO

Jeudi 20 novembre/Dans un mois pile, si Dieu le veult, on sera à Londres en formation élargie pour applaudir une fois encore Sparks, parce qu’ils le valent bien. Même qu’Élisabeth sera de la party ! La saison passée déjà, elle avait adoré leur concert à l’Alhambra. Mais de là à traverser la Manche, c’est une autre paire de, euh.

À noter quand même, pour les connoisseurs : hormis les deux frères, rien à voir entre ces deux prestations. L’an dernier, les Sparks Brothers étaient seuls en scène, comme l’indiquait le titre de leur tournée, Two Hands, One Mouth (en français : « un clavier, une voix »).

Le 20 décembre au contraire, et pour la première fois de sa carrière, le duo revisitera toute son œuvre depuis Kimono my House (1974) en compagnie d’un orchestre symphonique ! Lourde infrastructure pour un si « petit » groupe, qui exclut a priori toute perspective de tournée. Ce sera Londres ou rien – et pour nous les gens courageux, comme d’habitude ce sera Londres !

En tant que sparksiste néophyte, Élisabeth a sur moi un avantage que je lui envie : elle découvre d’un coup un répertoire de quarante ans, toujours renouvelé au fil de vingt-deux albums.

Par comparaison, nos amis les Stones, c’est à dire Mick et Keith, n’auront vraiment roulé leur bosse d’auteurs-compositeurs de génie que pendant dix ans, et surtout d’Out of Our Heads (1965) à Sticky Fingers (1971). Depuis lors ils se contentent d’amasser la mousse et, contrairement au dicton, ils n’ont jamais autant bougé, enchaînant les tournées mondiales de plus en plus géantes, lucratives et vaines…

Seule la musique live semble apte à raviver encore la flamme d’une inspiration depuis longtemps éteinte. « Tu dis ça parce que Satisfaction te rappelle ton premier slow ! » objecteront les glands. Mais le répertoire du groupe sur scène en 2014 reste essentiellement composé de morceaux d’avant 1980 – alors même qu’on voit dans les salles des gens toujours plus jeunes que moi !

Mettons les choses au point, pour éviter un courrier inutilement agressif : non seulement je ne leur jette pas la pierre mais, dans les mêmes circonstances, je ferais pareil. L’inspiration est un papillon posé sur l’épaule, n’est-ce pas ? Qui sait combien de temps avant qu’il ne reprenne son vol, et s’il reviendra jamais ? Alors autant faire le selfie tout de suite, quitte à le revendre ensuite en sérigraphie à des milliards d’exemplaires…

Ainsi font les Stones, qui engrangent encore le blé produit par des semailles cinquantenaires – et ils ont bien raison ! Après tout, comme disaient les Rouleaux Sacrés, il y a un temps pour tout, un temps pour semer et un temps pour moissonner… 

GOD SAVE THE SPARKS !

Lundi 24 novembre/Un mot à la hâte, en relisant le précédent. Les Stones, vous et moi, c’est une chose ; mais Sparks, c’est différent ! « There’s no such thing as aliens », comme ils disent. Bien sûr les frangins vieillissent, mais pas leur inspiration, toujours aussi imprévisible et rafraîchissante. À chaque nouvel album, on dirait un jeune groupe soucieux de « faire ses preuves » – à ceci près que Ron et Russell n’ont plus rien à prouver qu’à eux-mêmes, sans souci du « qu’en-vendra-t’on ».

Trois succès internationaux en quarante ans, ça fait peu. Si c’était ça l’objet, croyez-moi que Ron et Russell, pas plus cons que d’autres, auraient lâché l’affaire depuis belle lurette… Par exemple pour en revenir à leurs premières amours respectives, le graphisme et le cinéma. Mais c’est la musique qui les a réunis, alors va pour la musique – et advienne que pourra !

Que dire de deux frères qui bossent ainsi ensemble pendant si longtemps sans jamais se fâcher, sinon que j’admire ? Leur secret partagé, c’est une échelle de valeurs plutôt rare de nos jours. Tout en haut, l’inaccessible perfection de leur art ; et d’un barreau l’autre, autant que possible, la fidélité de leur public, aussi petit soit-il. (À ce propos, si vous saviez comme on se sent plus important en tant que membre du fan club de Sparks que de celui, au hasard, des Stones…)

En tant que « loyal fan », j’ai même eu à traverser les basses eaux de l’inspiration sparksienne (1983-1993). Dix ans quand même, quatre albums laborieux – et même pas de quoi faire un single digne de leur nom… Je me suis consolé en réécoutant en boucle leur magnifique trilogie britannique des années 1974-1975 : Kimono My House/Propaganda/Indiscreet. Pourquoi diable ces Californiens sont-ils retournés aux États-Unis ? Et à quoi bon revenir ensuite à la civilisation, si c’était pour s’égarer aussitôt dans l’impasse pailletée du disco à la Moroder ?

Enfin 2002 vint – et son miracle, auquel sur le moment, bien entendu, je n’ai pas cru. Finis soudain la pop aérienne et le rock Castafiore qui avaient été mon absinthe, et dont je sniffais la bouteille vide… Finis, ou plutôt sublimés dans l’extravagant Lil’Beethoven. Imaginez un album où chaque chanson serait un mini-opéra, et dont l’ambiance marierait minimalisme hypnotique et symphonie baroque, avec quelques accès bienvenus d’art rock. Eh bien, Lil’Beethoven, c’est ça – même s’il m’a fallu plus de temps pour le comprendre que pour vous l’expliquer.

À l’âge où les autres groupes des 70’s se reforment entre survivants, après trente ans de brouille, pour payer leurs impôts à coups de tubes rouillés, Ron et Russell résurrectent ! Ils font une entrée fraîche et joyeuse, remarquable et même remarquée, dans le XXIe siècle.

À première écoute, donc, je suis tombé de cheval. « C’est quoi cette bouse ? », grondai-je le nez dans la galette de polycarbonate. Il a bien dû s’écouler un mois avant que je ne tente à nouveau l’expérience…

Subtilement dilué dans mon répertoire iPodique de l’époque, j’ai fini par aimer ce « Petit Beethoven », et même par convenir qu’ils n’avaient jamais fait mieux. Simplement, ils auraient pu prévenir.[/access]

*Photo : wikicommons.

Zemmour, Houellebecq, Truffaut, etc.

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houellebecq zemmour zad truffaut

Comme en 2011, 2012 et 2013 revenons sur les temps forts de l’année écoulée, de A à Z…

Trains. La mission première de la SNCF n’est pas de faire rouler des trains (ça se saurait !), mais de nous faire rêver. Ainsi, les gares, les aiguillages, les wagons eux-mêmes sont les lieux de mille enchantements, et d’autant de retards liés à des accidents graves de voyageurs… En 2014 la France a fait la connaissance de Jean-Pierre, un jeune-homme de 26 ans, faux contrôleur, qui écumait les trains depuis des années en uniforme SNCF réglementaire gris et violet, sans être salarié de la société publique. « C’est plus qu’une passion. Il a le vocabulaire technique des contrôleurs, ce n’est pas pour ne pas payer son billet. Il raconte spontanément qu’il a effectué 1000 trajets en train déguisé de la sorte, n’hésitant pas à aider les voyageurs » explique l’avocate du fétichiste. Originaire de Tahiti, ancien militaire, Jean-Pierre a été démasqué par un vrai contrôleur, à bord d’un Narbonne-Bordeaux, et interpellé en gare de Toulouse-Matabiau. Il a été placé sous contrôle judiciaire. L’histoire ne manque pas de faire songer à celle que raconte Spielberg dans Catch Me If You Can… On pourrait très bien entendre parler de lui, en tant que faux pilote de ligne, faux médecin, voire faux député… encore qu’il serait peut-être difficile, en ce cas, de faire la différence…

Truffaut. En 2014, nous avons célébré les trente ans de la disparition du cinéaste François Truffaut, fauché cruellement dans la fleur de l’âge (52 ans !) alors qu’il n’avait rien demandé au cancer et qu’il avait en plus des projets de films. La Cinémathèque a consacré une exposition (fétichiste à souhait !) au réalisateur de L’homme qui aimait les femmes, dans laquelle on a pu  voir une reconstitution de son bureau, sa correspondance avec Hitchcock, des trésors issus des collections des Cahiers du cinéma, etc. On a découvert, à cette occasion, une lettre pleine d’ironie que Truffaut adressait à Jean-Luc Godard au début des années 80 (le réalisateur du Mépris – après des années d’invectives – proposait aux cinéastes de la « Nouvelle vague » de grandes retrouvailles) : « Ton invitation en Suisse est extraordinairement flatteuse quand on sait à quel point ton temps est précieux. Ainsi donc à présent tu as remis les Tchèques, les Vietnamiens, les Cubains, les Palestiniens, les Mozambicains sur les bons rails et tu vas désormais te pencher avec sollicitude sur la rééducation du dernier carré de la Nouvelle vague. J’espère que ce projet de bouquin hâtif à fourguer chez Gallimard ne signifie pas que tu te fiches du tiers monde comme du quart. (…) J’attends ta réponse sans impatience (…) et il n’est pas question de bâcler la préparation de ton prochain film autobiographique dont je crois  connaître le titre : Une merde est une merde« . On regrette que la vie ne lui ai pas laissé le temps d’écrire ses mémoires… outre la très belle galerie de femmes qu’il aurait pu brosser, on se serait bien amusé…François Hollande – habitué à les… prendre, les 400 coups, a visité l’exposition et l’a jugé « magnifique » (selon un indiscret du Figaro). Il a fait le choix de venir un jour après moi. Il est évident qu’il cherche à m’éviter…

ZAD© =  » Zones à défendre « ©. Grand succès marketing de l’année. Les  » ZAD « ©, essentiellement composées de punks à chiens, de gugusses à keffieh, de dreadeux blancs et de tentes Quechua©… Le terme a émergé dans les médias à l’occasion du fiasco retentissant du projet de barrage de Sivens (dans le Tarn)… La retenue d’eau, destinée aux agriculteurs, devait dynamiser tout un territoire. Un campement écolo-libertaire, occupant sauvagement le chantier, a mis le projet au point mort. Tout cela à grands coups tapageurs de décroissance, et d’appels à la désobéissance civique… Touché par une grenade offensive lancée par les forces de l’ordre, un militant écolo, nommé Remi Fraisse, a perdu la vie. En pareilles circonstances c’est Mourir pour des idées de Brassens qui retentit en nous… « Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » (bis).

Zaz/Zemmour. Année difficile pour les Historiens. Non seulement la chanteuse Zaz a créé le chaos total et la désolation en déclarant en pleine promo de son album de chansons rétro sur Paris, qu’il existait  » une forme de légèreté  » en France sous l’Occupation… Déchaînement furieux de commentaires acerbes sur Twitter, réactions courroucées d’Historiens professionnels dans les colonnes des journaux autorisés. Libé a « dénoncé » les propos de la chanteuse ! On a frôlé le « J’accuse ! ». Dans un registre légèrement différent le polémiste Eric Zemmour, connu pour ses énervements réacs et ses provocs incessantes, a créé l’émoi à cause d’un passage de son ouvrage « Le suicide français » qui a pu apparaître comme une tentative de « réhabilitation » du régime de Vichy. Tout le monde a donné son avis sur la question, sauf Zaz, curieusement… D’ailleurs, à ce propos, avez-vous remarqué qu’en lisant « Zemmour » à l’envers, et en changeant toutes les lettres cela donne : « Satanas ». Coïncidence ? Je ne crois pas…

2015. On apprend la publication début janvier du prochain roman de Michel Houellebecq chez Flammarion. L’opus, qui promet de faire couler beaucoup d’encre, proposera le portrait d’une France troublante aux prises avec l’islamisme. En 2022, au terme du second quinquennat de François Hollande (pitié, non…) un inquiétant parti « Fraternité musulmane » arrive au pouvoir, avec l’appui du PS et de l’UMP. François Bayrou est à Matignon. On instaure une « islamisation » de l’Education nationale, et la polygamie est autorisée. On connaît déjà le titre de ce sulfureux roman : Soumission.

Dans cette interview il dit quelques mots au sujet de son roman…

On va bien s’amuser…

*Photo : AGF/SIPA. 00691389_000009. 

Pourquoi Alain Finkielkraut a aimé le livre de Houellebecq

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houellebecq finkielkraut piketty

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Le nouveau roman de Michel Houellebecq, Soumission (Flammarion, 2014), divise la critique, jusque-là quasi-unanimement acquise au Goncourt 2010. Tandis que le directeur de la rédaction de Libération voit dans ce livre d’anticipation un symptôme de la « zemmourisation » des esprits et une validation des idées du Front national, Alain Finkielkraut salue le « grand romancier du possible » qu’est Houellebecq. Pour l’académicien, l’arrivée au pouvoir d’un parti musulman est un scénario possible à l’avenir, au même titre que la généralisation du clonage que prophétise cet « Alceste à cigarette ».  Bref, « Houellebecq appuie là où ça fait très mal et les progressistes crient aïe ! »

Revenant sur l’affaire Piketty, Alain Finkielkraut s’agace de voir ce jeune économiste refuser la Légion d’honneur à grands renforts de médias. « Les rebelles d’aujourd’hui sont des enfants gâtés » estime-t-il, arguant qu’il est « tout à fait légitime que la République mette à l’honneur un certain nombre de gens dont les travaux sont jugés estimables ». Le débat est ouvert !

*Photo : GINIES/SIPA. 00697589_000022.

Mon réveillon sans Philippot

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fn ump reveillon

fn ump reveillon

Des jeunes UMP ont réveillonné avec leurs amis frontistes du même âge, tels que Florian Philippot : c’est le scoop que nous a vendu Marianne au lendemain de la fête. Il n’en fallait pas plus pour que le ban et l’arrière-ban de la classe politique s’indignent de cette « collusion » UMP-FN. Suivant la mode du grand déballage, David Desgouilles nous raconte son réveillon on ne peut plus convenable, avec des gens qui pensent bien et sans rien qui tâche…

La rédaction

 

31 décembre, Paris

C’est la première fois que j’organise un réveillon à Paris. Dans la France périphérique où je survis, je n’ai pas l’occasion de rencontrer des personnes dont la culture et le sens de l’éthique rivalisent avec leur engagement républicain et le goût du vivre-ensemble.

18h59

Louis-Georges Tin, ancien candidat au Prix Nobel de la Paix, arrive en compagnie d’Aymeric Caron. J’ai engagé ces deux-là comme videurs. Avec eux, aucun risque de pollution de la soirée par des éléments rappelant les heures les plus sombres de notre histoire.

19h17

Catastrophe. Le traiteur me téléphone pour m’expliquer qu’un type chevelu et barbu lui a refusé l’entrée de tous les plats à base de chair animale. Je me débrouille pour tromper la vigilance de Caron et faire passer les denrées par la fenêtre de la salle de bain. Le traiteur m’applique une surfacturation pour l’échafaudage loué et le temps perdu.

20h03

Les invités commencent à arriver. Jean-Luc Romero, Sylvain Bourmeau et Audrey Pulvar sont les premiers. Le second a déjà repéré la bibliothèque de l’ami qui m’a gracieusement prêté l’appartement. Il débute un contrôle exhaustif des auteurs.

20h17

Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon arrivent. Ils regardent sous les lits afin de vérifier si Marcel Gauchet n’y serait pas caché.

21h11

Tous les invités ou presque sont arrivés. Philippe Corcuff met les rieurs de son côté en improvisant une imitation d’Henri Guaino quittant le plateau de France 5 parce qu’il a été vaincu par les arguments républicains de Jean-Luc.

21h34

Sylvain Bourmeau, qui n’a pas quitté le contrôle de la bibliothèque depuis une heure et demie, déboule dans le séjour l’air mi-indigné, mi-satisfait. Il vient de trouver L’année zéro de la gauche, de Laurent Bouvet et Laurent Baumel. Certains invités commencent à me regarder en chien de faïence.

22h08

Edwy Plenel passe une tête à mon réveillon. C’est la consécration. Il fait plusieurs selfies avec des invités, vend huit abonnements de Mediapart et gratifie l’assemblée du même sermon qu’il avait effectué à France Cul deux jours avant.

22h46

Laurent Joffrin tombe sur le catalogue d’Havas voyages. Il feuillette les pages « Croisières » avec nostalgie.

23h12

Bourmeau arrive en hurlant ! Il vient de trouver Balladur, immobile à grands pas, d’Eric Zemmour. Le bouquin avait été caché sous la bibliothèque mais cela n’a pas échappé à sa grande sagacité. La tension est réelle. J’ai beau expliquer que le lecteur a ostensiblement affublé Zemmour de petites moustaches sur la quatrième de couverture afin de manifester sa désapprobation, le réveillon risque de tourner court, trois quarts d’heure avant minuit, ce qui est un peu ballot. Je décide donc de confier à Laurent Mauduit la mission d’organiser un autodafé dans la cheminée, ce qui calme les esprits, à l’exception de celui (sic) de Cécile Duflot, qui hurle dans les oreilles de toute l’assemblée que les feux de cheminée, c’est mal. Elle tweete le feu de cheminée, de rage.

23h59

Je tiens le bon bout. Certes, Bourmeau s’est maintenant attaqué à la vidéothèque et il a fait un peu la gueule en découvrant la collection complète des Don Camillo, mais tout risque majeur d’incident a été contourné avec brio. C’est à ce moment-là que l’un des convives évoque le conflit israélo-palestinien. Le feu part avec une vitesse telle qu’on se croit très vite au cœur d’une dispute entre Gilbert Collard et Jean-Marie Le Pen dans un bureau politique du Front national. Les assiettes volent, les insultes fusent. Seul Bourmeau garde son calme. Il découpe avec application un CD de Michel Sardou qu’il a découvert dans la salle de bain.

4h02

Les invités sont partis. Les pompiers aussi. Autour de moi, tout n’est que cendres, vaisselle en miettes et désolation. Mais pourquoi ai-je demandé aux femmes de débarrasser la table ?

*Photo : melaloulse.

Cold in July, vrai film noir de Jim Mickle

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cold july mickle

cold july mickle

Que peut-on demander à un bon film noir en 2015 ? Que peut-on demander à un genre qui a trop tendance, pour se renouveler, à aller chercher du côté de la pyrotechnie flingueuse ou du maniérisme dépouillé crasseux janséniste ou encore de la banalité surjouée dans des décors d’une médiocrité hyperbolique à visée de critique sociale ? Pour répondre à cette question, on pourra aller voir Cold in July de Jim Mickle. Cold in July joue avec les codes du genre, y compris avec les travers dénoncés plus haut. Mais comme cela est fait de manière parfaitement consciente, voire assez roublarde, l’amateur ressort comblé.

Cold in July, c’est d’abord un bon scénario. Ce n’est pas évident par les temps qui courent où les arguments des films de genre ont de plus en plus tendance à tenir sur un ticket de métro. Mais ici, en l’occurrence, il s’agit de l’adaptation d’un polar de Joe R. Lansdale, un des très bons américains du roman noir d’aujourd’hui qui promène ses personnages dans un Texas à la fois violent, plouc et attachant. Dans Cold in July, au début mais au début seulement, il est question d’autodéfense. On est en 1989, dans une de ces petites villes où même ma chaleur n’arrive pas à effacer la banalité des vies quotidiennes made in America. Un couple est réveillé la nuit par un cambrioleur. Le mari un bon gars qui exerce le métier d’encadreur dans sa boutique va chercher un flingue en tremblotant. Il est joué par un Michaël C.Hall (Dexter) doté d’une coupe de cheveux de footballeur allemand des années 80 et d’une normalité presque encombrante. Il tire un peu par maladresse sur le voleur qui va éclabousser le canapé familial et une horrible croûte au mur avec sa cervelle. On est à la limite de l’esthétique volontairement cheap du gore qui fait toujours ressortir par contraste l’horreur de la violence.

A partir de là, tout va mal se passer. Notre gentil encadreur est traité comme un héros qu’il n’a pas envie d’être, la police locale arrange le coup y compris quand le père de la victime décide de se venger. Il est ici joué par le mythique Sam Shepard qui n’hésite pas à assumer son corps vieillissant comme seuls savent le faire les grands acteurs.

Evidemment, ce n’est là que la première partie du film. Dans la seconde, il va virer à l’équipée sanglante de trois hommes, l’encadreur banal, le père de la victime qui est en fait un ancien truand mutique et, ô plaisir mélancolique, Dan Johnson (vous savez le blond de Deux Flics à Miami ?) en détective privé à stetson,  éleveur de cochon qui sont partis se venger d’une manipulation dont on ne vous dira rien.

Jim Mickle, le metteur en scène, nous donne avec Cold in July un film qui est une synthèse plutôt très réussie entre l’ironie des frères Coen et le minimalisme angoissant d’un John Carpenter dont on se souvient quand on voit certaines scènes de Cold in July comme l’assaut contre le repaire des amateurs de snuff movies ou même dans la musique avec ce synthétiseur obsédant qui était aussi la marque de fabrique de l’auteur d’Invasion Los Angeles. Ce parti pris esthétique rend par exemple les fusillades particulièrement sanglantes avec des impacts approximatifs qui ne tuent jamais du premier coup et va de pair avec une forme d’humour très rentré comme dans cette scène où le couple, après le cambriolage, nettoie son salon et décide, quand même, de changer de canapé pour continuer à regarder la télé.

Il est difficile, dans le film de Mickle, de chercher autre chose que ce qu’il nous donne. Il n’est pas comme dans History of violence de Cronenberg auquel on songe aussi parfois, une réflexion sur la sauvagerie qui sommeillerait en  nous tous. Il n’est pas non plus une parodie malgré quelques plans au ralenti  où le réalisateur se fait plaisir, et à nous aussi par la même occasion. C’est sans doute pour cela, d’ailleurs, que Cold in July est un des films les plus intéressants de moment puisque chose devenue rare aujourd’hui, il coïncide parfaitement, malgré son caractère hybride, avec son intention de départ : donner un bon film noir, ni plus, ni moins.

 

En salle depuis le 31 décembre

La cocaïne, business moderne sur toute la ligne

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cocaine roberto saviano

cocaine roberto saviano

Dans Sweetness and Power (Penguin, 1986), Sidney W. Mintz mettait au jour un fondement rarement étudié de la civilisation occidentale moderne : l’invasion du sucre depuis deux siècles et demi. Pour lui, la culture du sucre fut, dans les plantations antillaises et américaines, l’une des premières tentatives de mettre en place des structures de production capitalistique performantes ; mais aussi et en même temps l’occasion d’une modification en profondeur des habitudes alimentaires occidentales (fors la France, note-t-il). L’extraordinaire apport calorique du fruit de la canne, joint à son coût relativement modeste, le fit rapidement passer du statut de nectar aristocratique à celui d’aliment de base pour les masses. Lesquelles travaillaient mieux et plus longtemps en retour.

Le sucre fut le carburant de la première révolution industrielle : une autre poudre, blanche elle aussi, meut aujourd’hui le turbocapitalisme.

Pour en comprendre le fonctionnement, il faut marcher dans les pas de Roberto Saviano, journaliste napolitain connu pour son Gomorra, enquête précise au cœur des nouvelles mafias italiennes, qui lui vaut de vivre encore aujourd’hui, sept ans après, sous une protection policière permanente. S’aventurer avec lui dans le sillage de la cocaïne, c’est faire trois fois le tour du monde, des pires jungles colombiennes aux tours high-tech de la City londonienne en passant par l’enfer terrestre créé avec application par les cartels mexicains.[access capability= »lire_inedits »]

L’histoire moderne de la cocaïne commence en 1989 dans un hôtel d’Acapulco : Felix Gallardo, El Padrino, un ancien flic mexicain devenu le parrain de la drogue, a pris l’ascendant sur les Colombiens. C’est lui, le distributeur, celui qui fait passer par les 3 000 kilomètres de frontière du pays avec les États-Unis les tonnes de poudre, qui est maintenant le maître. Ce jour-là, il convoque les différents chefs de clan du Mexique et fait son Yalta à lui : il répartit le territoire. Il structure en fait les cartels que nous connaissons encore aujourd’hui, ceux de Ciudad Juarez, de Tijuana, du Golfe…

En Colombie, l’étoile de Pablo Escobar, le seigneur de Medellin, a pâli, et les guerres intestines avec les cartels des autres villes comme Cali, avec les FARC ou encore avec les paramilitaires, qui tous touchent à l’argent de la drogue, ont achevé d’affaiblir les producteurs. Rien n’a changé en apparence, la coca est toujours cultivée en Colombie. Mais de nouveaux parrains sont apparus, ces Mexicains donc, auprès de qui Al Capone ou Escobar font figure d’enfants de chœur. Les États du nord du Mexique sont devenus des narco-États : pas un politique, pas un flic, qui ne touche au trafic. Seules de violentes descentes de la DEA, l’administration américaine chargée de la drogue, désorganisent parfois une industrie florissante. Une industrie qui vaut 50 000 morts par an, seulement pour le Mexique. Et il ne s’agit pas simplement de narcos, mais aussi de femmes, d’enfants, d’innocents de toute sorte que l’on exécute pour terroriser la population. Palme toutes catégories de l’horreur : les Kaibiles, ces anciennes forces spéciales guatémaltèques, constituées pour lutter contre le communisme puis contre la drogue, et qui sont précisément passées au service des cartels mexicains. En huit semaines, on les forme à ne plus jamais rien ressentir : semaines passées dans la jungle à manger des animaux vivants, humiliations, épreuves en tout genre. À ce régime-là, raconte Saviano, vous faites de saint François d’Assise un monstre. Cette armée de zombies terrorise, viole, brûle, assassine, jette des nourrissons contre les murs si on le lui demande.

Pourquoi ? Parce que la cocaïne, c’est le capitalisme à l’état extra pur : la seule industrie du monde où vous gagnez mille fois votre mise à coup sûr. Tout bénef, surtout quand, comme toutes ces mafias, vous interdisez à vos membres et même aux populations que vous contrôlez de consommer le moindre gramme du poison que vous vendez. Dans les campagnes mexicaines, les banderoles abondent qui annoncent : « Les Zetas – une autre armée de l’apocalypse – luttent contre la drogue et protègent vos enfants. » De l’autre côté de la frontière, chez les gringos, l’économie elle aussi fonctionne à la coke : cadres sup défoncés qui s’en remettent un coup dans le nez pour pouvoir performer, et paradis fiscaux qui blanchissent au vu et su de tout le monde. Saviano va même jusqu’à affirmer que la City londonienne s’est sauvée de la faillite complète en 2008 en intégrant 300 milliards de dollars nés du trafic de drogue dans ses banques par des mécanismes complexes de sociétés-écrans.

Les Mexicains et leurs petits camarades de jeu colombiens ont plus d’un tour dans leur sac : cargos, mules, avions posés dans le désert africain, sous-marins de poche, ils inondent le monde de leur dope par tous les moyens, même légaux.

Vue d’ici, l’histoire racontée par Saviano a au moins le mérite de nous apprendre que la barbarie s’est éloignée de l’autre côté de l’Atlantique : apparemment, les petits caïds de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, tremblent de peur devant les Mexicains et les Colombiens. On ne joue plus dans la même cour en matière de cruauté. C’est loin, la French Connection. Cosa nostra, elle, semble totalement à l’ouest. Seuls les Russes tirent leur épingle du jeu, notamment Semen Mogilevic, considéré comme le parrain le plus puissant de toute l’histoire, devant Capone, Lucky Luciano et Escobar, et doué à la fois d’une complexion obèse et d’un QI noosphérique.

La neige semble tomber doucement sur toute la surface du globe, et il y a un risque, Saviano l’avoue, à trop l’étudier, de sombrer dans la paranoïa. Pourtant, son étude extrêmement précise et documentée, nourrie de personnages qui frôlent le romanesque, ordures intégrales ou bétail humain de la nouvelle économie de l’exploitation, dessine une seconde carte du monde, trop juste pour qu’on la néglige.[/access]

Extra pure. Voyage dans l’économie de la cocaïne, de Roberto Saviano, Gallimard.

 

*Photo : pixabay.

Couture et Murat : l’art pour l’art

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murat charlelie couture

murat charlelie couture

Charlélie Couture et Jean-Louis Murat ont en commun – entre autres – la pratique de la peinture, de l’écriture et de la chanson sourcée dans les ruisseaux de l’amour et les caniveaux de la vie. Les deux artistes empaquettent les plis de l’âme et les recoins des ressentiments comme montait Christo son emballage autour du Pont-Neuf : avec grandeur et hauteur. Et aussi avec, en guise de toile polyamide, la fée électricité et l’âme bluesy-poétique à double tranchant.

Couture a sorti à l’automne dernier son nouvel album, réalisé par Benjamin Biolay. Le single « L’Amour au fond » a tourné un peu en radio, pas assez. Feu Jean-Louis Foulquier, fondateur des Francofolies de La Rochelle, décrivait l’univers Couture ainsi : « Mots couleurs trait de plume, portrait au couteau et chansons aquarelles qui rendent la vie plus belle quand elles tournent à la radio. » Il n’avait pas tort mais, pour rendre la vie plus belle en France, il y a déjà iTélé. Et Plus belle la vie à 20h20. À défaut de passer à la radio, Charlélie passera près de chez vous en 2015 (à l’Olympia notamment le 28 mai). En outre, la ville de Nancy – d’où il est originaire – consacre une grande exposition rétrospective de ses œuvres de plasticien méconnu dans l’hexagone (alors que le Lorrain tient une galerie à New York…). Courrez-y si vous êtes dans le coin, l’événement – où installations, peinture, photo et sculpture se fondent dans un joyeux maelström artytectural – se tient jusqu’au 1er mars à la Galerie Poirel.

De son côté, comme s’il n’était jamais satisfait d’une chose créée, Jean-Louis Murat passe à une autre compulsivement. L’argumentaire de son nouveau double album, Babel, repose sur son implantation locale intégrale : un disque du cru, enregistré et emballé avec des figures du coin, sans délocalisations dénaturantes. Le résultat donne à entendre un soft rock topographique, aux allures de carte de Tendre franchissant le Rubicon de la Mer dangereuse vers les Terres inconnues de l’identité d’une Auvergne jordanienne : « La ville de Murat contient un château, jadis, tenu par des Arabes. Murat vient de  »Maures ». L’idée que des Arabes aient pu être présents en Auvergne dès le Haut Moyen-âge me séduit. Cela questionne les origines […] L’Auvergnat est un mélange de Vikings et d’Arabes. » soulignait Jean-Louis à la sortie de Babel. Avec un tel pedigree, on comprend mieux la phrase d’un spécialiste des Auvergnats qui déclara jadis à leur sujet : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. » (en même temps, un seul Murat suffit pour qu’il y ait des problèmes, demandez à ses confrères de la chanson française ce qu’ils en pensent).

Hormis une mécanique des chœurs poussive qui vient gâcher le plaisir sur « Chacun vendrait des grives » et un « Chant Soviet » un peu léger, l’objet commence véritablement à partir du troisième titre, « J’ai fréquenté la beauté ». Dans cette ballade gracile comme un vol d’hirondelles, l’auteur nous conte – au passé – un pan de sa vie de dauphin dans les eaux d’un quotidien au grand air, dans le coin de La Bourboule. Dommage que seule la flûte ne prenne pas son envol… Puis l’album déroule son charme caravanier avec une facilité déconcertante. « Dans la direction du Crest » sonne même comme du Charlélie Couture, c’est dire si le taux d’apesanteur est élevé.  Des parfums de désert où souffle une tension toute morriconienne concluent le CD1 admirablement (« Mujade Ribe »), avant la Lewis Carrollerie « Vallée des merveilles ». Et bis repetita avec le second CD, onctueux comme du Saint-Nectaire humecté d’une goutte de Jurançon doux, avec un zeste de bluegrass. Côté paroles : les chansons résonnent comme des Chroniques champêtres – Volume 1 – Dylaniennes de par leur dimension autobiographique de père de famille, mais aussi par l’évocation des souvenirs de tout ordre dans une prose environnementale limpide. Murat nous convie dans une géographie toute personnelle, arpentant les paysages de son passé qui surplombent son quotidien d’autochtone de la vallée du Vendeix.

Babel scelle – trente-cinq ans après les débuts déjà chaotiques du chanteur – la victoire à la Pyrrhus de Jean-Louis Murat sur le champ de bataille dévasté de la chanson française. Alors, après Babel, l’Olympe (auvergnat, bien sûr) ?

 

ImMortel, de Charlélie Couture (Mercury)

Exposition Charlélie, NCY – NYC jusqu’au 1er mars 2015 à Nancy.

Babel, de Jean-Louis Murat (Pias)

 

*Photo : URMAN LIONEL/SIPA. 00695154_000011. 

En manque d’espace

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conquete spatiale rosetta

conquete spatiale rosetta

Rosetta, Philae, Tchouri : dans une actualité mortifère, ces trois noms ont apporté un peu de joie prométhéenne dans les gazettes. Une sonde spatiale avait réussi à déposer un petit robot sur une comète, pour la première fois. L’exploit fut célébré universellement et le chef de l’État, tout heureux d’un projet franco-européen qui, pour une fois, avait parfaitement fonctionné, s’est exclamé : « Vous avez gagné, c’est une avancée considérable de la conquête spatiale. » Alors, d’où est venue la manière de mélancolie qui s’est emparée de votre serviteur ? La vision des premières photos qui renvoyaient, dans leur nudité glacée, au célèbre fragment de Pascal, « le silence de ces espaces infinis m’effraie » ? Non, répétons-le, nous ne ressentions pas de la frayeur, mais de la mélancolie.[access capability= »lire_inedits »] Sans doute est-elle celle de ma génération, qui a tellement rêvé à l’espace, à sa conquête, aux voyages qu’elle nous annonçait pour un futur proche qu’elle est secrètement déçue que cette épopée se réduise à un bout de ferraille téléguidé sur un caillou en perdition, sans un être humain à bord.

C’est que nous avions vu, vers l’âge de 5 ans, par la grâce de l’unique télé du quartier qui se trouvait au bistrot du coin, juché sur des épaules paternelles, les premiers pas de l’homme sur la Lune, une nuit de juillet 1969. C’est qu’ensuite nous avions lu Jules Verne dans De la Terre à la Lune et Ray Bradbury dans les Chroniques martiennes, le premier annonçant à propos de ses cosmonautes : « D’ailleurs, je les connais, ce sont des hommes ingénieux. À eux trois ils emportent dans l’espace toutes les ressources de l’art, de la science et de l’industrie », et le second : « Les hommes de la Terre vinrent sur Mars, ils venaient parce qu’ils avaient peur ou ignoraient la peur, parce qu’ils étaient heureux ou malheureux, parce qu’ils se sentaient ou ne se sentaient pas des âmes de pèlerins ». Et cela a continué, plus tard, en lisant notre cher Cyrano dans les États et Empires de la Lune, qui indiquait bien que ce désir avait toujours été une rêverie éminemment poétique : « Je m’étais attaché autour de moi quantité de fioles pleines de rosée, et la chaleur du soleil qui les attirait m’éleva si haut, qu’à la fin je me trouvais au-dessus des plus hautes nuées. »

On comprendra donc que Philae, nous invitant à résumer tout cela à un mauvais jeu vidéo qui nous force à rester sur le plancher des vaches, ne pouvait que nous rendre, au bout du compte, d’une tristesse infinie. Comme cet espace où nous n’irons jamais.[/access]

*Photo : wikicommons.

Jacques & Cecil

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jacques cecil laurent

jacques cecil laurent

En qualifiant de « hussards » quelques écrivains turbulents des années 50, Bernard Frank a mis le feu à la Grande histoire de la littérature. D’un quarteron disparate de chevau-légers (Nimier, Blondin, Laurent et Déon), le journaliste a créé, de toutes pièces, une armée de réactionnaires, pis une école de pensée contre le sartrisme ambiant. Pour l’éternité, ce seront, au choix, selon son camp, des écrivains de Droite, frivoles, inconséquents, fin de race, dangereux agitateurs ou des stylistes inspirés, professeurs d’irrévérence, nostalgiques des combats perdus, romanesques à outrance. Frank imaginait-il qu’une estocade lancée dans Les Temps Modernes en 1952 continuerait à toujours définir, un demi-siècle plus tard, l’anti-intellectualisme d’après-guerre ? Les Hussards sont pourtant une vue de l’esprit. Ils n’ont jamais existé. La preuve, il suffit de les lire. Ces quatre garçons dans le vent glacial de la Guerre Froide arpentent leurs propres terres. Ils ne chassent pas en meute. Ce sont d’incorrigibles vagabonds qui ne répondent à aucun diktat et à aucun oukase. En les (dis)qualifiant, Frank les aura poussés dans les ornières de la littérature, à l’ombre des autoroutes de la postérité. Quelle chance (inestimable) de recueillir le silence de l’intelligentsia !

La garantie d’un talent intact aucunement entaché par l’obscurantisme des élites culturelles qui tranchent entre ce qui doit ou ne doit pas être lu par les masses forcément ignorantes. L’infantilisation des lecteurs est une vieille manœuvre politique. La Pléiade les a donc mis à distance, l’Université ne leur pardonne pas leur liberté de ton et le grand public n’a connaissance d’eux que par ricochet. Nimier, le général en chef de ce mouvement factice, doit sa légende à son tragique accident de voiture en 1962 au volant d’une Aston Martin. Blondin à ses virées alcoolisées au Bar-Bac et à l’air de la Grande Boucle. Déon, l’unique survivant, à ses Poneys sauvages et à son épée d’académicien. Quant à Jacques Laurent (1919-2000) ? Mystère, il a disparu des radars et…des librairies. Alain Cresciucci, expert en désenchantés, ausculte l’Itinéraire d’un enfant du siècle aux Editions Pierre Guillaume de Roux. Cette radiographie précise, argumentée, implacable, du moins connu des Hussards est un magistral travail d’érudition et de réhabilitation. « Jacques Laurent ne prenait pas du tout son œuvre à la légère » martèle Cresciucci qui contredit, en l’espèce, le dilettantisme de ce second couteau des lettres françaises, indéboulonnable figure de la Brasserie Lipp, cigarette pendante et paupières lourdes.

Le mérite de ce livre/cette somme tient justement à la complexité de Jacques Laurent et à sa bibliographie ahurissante, foisonnante, inimaginable (!). De Vichy à Alger, de la Croisette au Quai de Conti, de Martine Carol à Mitterrand, Laurent et son double Cecil Saint-Laurent auront été les témoins, les diaristes, les pourfendeurs de l’histoire officielle de notre pays. Cette œuvre maousse est inatteignable tant elle revêt de multiples couches : des romans populaires (Caroline Chérie ou Hortense 14-18), des essais (Paul & Jean-Paul, Mauriac sous de Gaulle, Le français en cage, etc..), des classiques (Les Corps tranquilles, Les Bêtises – Goncourt 1971, Le Petit Canard, etc…) et une riche filmographie en tant que scénariste et dialoguiste. Il faut près de 400 pages à Alain Cresciucci pour aborder cet intellectuel victime du succès commercial de la série Caroline Chérie. Laurent est déroutant à plus d’un titre, car sa plume a baigné dans toutes les encres : érotique, historique, journalistique, autobiographique, etc…Il est amusant de constater que ce virulent opposant au Nouveau Roman, défenseur acharné du roman qui n’endoctrine pas, a été le hussard le plus novateur sur la forme. Il a osé, au contraire d’un Blondin à l’écriture limpide, chimiquement pure, à marier les genres, bousculer la chronologie, fondre le narrateur et ses personnages dans une identité trouble à la manière d’un Dr. Jekyll & Mr. Hyde.

Jacques Laurent à l’œuvre – Itinéraire d’un enfant du siècle – Alain Cresciucci – Editions Pierre-Guillaume de Roux .

*Photo : DALMAS/SIPA. 00416198_000002

Sparks, Barjot, zoophilie…

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ragondin bardot sparks

ragondin bardot sparks

 

MON ROYAUME POUR UN EUROSTAR !

Rude saison pour les bûcherons, vous ne trouvez pas ? Ces dernières semaines encore, le sort s’est acharné sur moi. Non seulement j’ai passé mon temps à chercher des aiguilles dans ma botte de foin d’expulsé, mais il m’a fallu aussi batailler… contre des hommophobes en folie, et même pour défendre l’honneur zoophile de ma femme, injustement accusée cette fois-ci de non-assistance à lapins en danger.

Mais les mauvais jours finiront, et avant même le Paradis, j’aurai ma récompense ce mois-ci avec le concert de Sparks à Londres, en présence de la reine Élisabeth !

LECTURES SPIRITUELLES

Jeudi 30 octobre-Lundi 24 novembre/Comme l’explique Simon Leys en avant-propos à son recueil de citations Les Idées des autres[1. Magnifiquement commenté par Jean-Baptiste Baronian, ici-même, en septembre dernier], ce genre d’exercice nous en apprend plus sur le compilateur que sur les compilés. À titre d’exemple, ceux qui voudraient mieux me connaître liront avec profit les trois phrases qui suivent ; elles ont égayé, au hasard de mes lectures, ces quatre dernières semaines qui en avaient bien besoin.

– L’ennui selon Billy Wilder : « L’opéra, c’est un truc qui commence à 8 heures. Au bout de deux heures vous regardez votre montre, et il est 8 heures et demie ! »

– Le progrès selon Einstein : « Une hache entre les mains d’un psychopathe. »

– Les vertus théologales selon Chesterton (dans ma traduction) : « La foi, c’est croire en l’incroyable. L’espérance, c’est espérer quand il n’y a plus d’espoir. La charité, c’est aimer ceux qu’on n’aime pas. »

Vous me direz : « Va pour les deux premières citations, mais la troisième n’est pas super drôle ! » Relisez-la calmement, vous verrez : pour être profonde, la formule chestertonienne n’en est pas moins spirituelle.

HOMOPHOBE + CHATTOPHOBE + LAPINOPHOBE = FRIGIDE !

 Mercredi 5 novembre Après l’expulsion, l’acharnement continue ! Huit jours déjà qu’on a vidé les lieux, et voilà que Le Parisien titre : « Frigide Barjot avait laissé ses lapins dans son duplex. » Allons bon ! Mais les truffes du Huff Post ont reniflé encore mieux : « Dans son déménagement, Frigide Barjot oublie ses lapins et son chat ! » Ces gens-là n’ont vraiment rien à branler, pour inventer de pareilles fichaises.[access capability= »lire_inedits »]

« Au moment de la remise de clés, fantasme le Huff Puff, l’huissier a eu la surprise de découvrir deux lapins, Nicolas et François, et un chat, Connardeau »[1. À l’origine, je l’avais baptisé Vianney, du nom du saint du jour où Barjot l’a adopté. Et puis j’ai appris à le connaître…]. Les malheureux, peut-on lire, auraient passé toute la nuit seuls dans l’appartement désert, avec à peine de quoi se sustenter et pas la moindre distraction !

En vérité, cette nuit-là, toute la famille escroque dormait encore dans notre futur-ex-logement, et les pauvres bêtes n’auront été « livrées à elles-mêmes » que de 8 h 30 à 9 h 45 du matin – pendant que Madame était au commissariat.

Et voilà comment, le cas échéant, on monte de toutes (petites) pièces une lilliputienne « affaire », juste pour le plaisir d’en remettre une couche à la Barjot, cible décidément fastoche…

Je suis bien placé pourtant pour témoigner de la zoophilie active de ma femme. C’est elle qui m’impose, depuis dix ans déjà, ces bêtes à poils auxquelles elle semble ontologiquement attachée, pour des raisons qui m’échappent mais qu’une simple expulsion n’aura hélas pas suffi à ébranler. François, Nicolas et Connardeau sont toujours là ! Et même avant eux et moi, me suis-je laissé dire, Frigide a toujours eu une chatte[2. Ursule, Ursule II, Ursule III – toutes canonisées par la Grande Prêtresse. Vivement qu’on embaume Connardeau !]. 

ET LES RAGONDINS, DANS TOUT ÇA ?

Jeudi 6 novembre/Saisie de cette fausse nouvelle, la vraie Bardot va-t-elle donc porter plainte contre la fausse pour « maltraitance envers des animaux », comme le lui enjoignent déjà des dizaines de trolls zoophiles ? Non, finalement, elle préfère s’en prendre aux agriculteurs nantais qui ont « jeté sans ménagement » contre la Préfecture « des ragondins vivants ! » À coup sûr, s’ils les avaient tuées avant, les pauvres bêtes eussent moins souffert de ce mauvais traitement.

GROS CAMION ET PETIT VÉLO

Jeudi 13 novembre/Suite à une innocente blague sur Facebook, qui ne chahutait que la pauvre Barjot (voir copie d’écran ci-jointe), voilà-t-il pas que le groupe auto-intitulé Gouines Comme Un Camion se soulève contre moi comme un seul capot !

La semaine précédente, la presse noiseuse et le tout-à-l’égout Internet avaient fait des gorges chaudes à propos d’une nouvelle « gaffe » de Frigide, enrôlée contre son gré dans l’aile catho du parti sarko-fillo-juppéiste… D’un seul clavier, ils avaient recopié une dépêche AFP au titre imperceptiblement ironique : « Par inadvertance, Frigide Barjot adhère à l’UMP ». Bref, ça m’a inspiré sur Facebook un prolongement aberrant comme je les aime, et sans trace d’anticamionnisme primaire.

Gouines Comme Un Camion : si j’avais retenu le nom de ce mouvement, c’est justement pour ce qu’il laissait supposer d’humour, voire de distanciation brechtienne. Autant dire que j’étais à mille bornes d’imaginer que le glissement camion-déménagement pût leur paraître discriminant. J’avais oublié que l’humour militant est un oxymort. Un humour subordonné à la Cause, c’est-à-dire asservi, c’est-à-dire inexistant.

Ainsi ai-je découvert avec surprise, un matin vers 15 heures, l’invasion de ma « page » et de mon « profil » par des pelletées de commentaires fielleux, venimeux ou tout simplement orduriers.

Pourquoi tant de haine, surtout à propos de rien ? Au nom de leur intelligence et de ma charité chrétienne, je me refuse à croire que tous les GCC & Friends sans exception se soient senti-E-s agressé-E-s par cette innocente pique à Barjot. Je tiens plutôt que ces filles-là rongent leur frein en rond dans leur groupuscule – jalousant à mort le succès de ces salopes réformistes de Femen, démagos, sexy, et même pas gouines !

Il faut bien lâcher la vapeur de temps en temps, n’est-ce pas ? Alors, dès que leur nom apparaît sur la Toile, c’est la fête au dépôt central ! L’occasion, plutôt rare semble-t-il, de se faire une mini-flashmob 2.0…

Si ça se trouve, ces messieurs-dames auront peut-être même recruté au passage une ou deux routières sympas ! C’est tout le bonheur que je leur souhaite.

TOUCHE PAS À MA PUTE, LOLO !

Lundi 17 novembre/Invité de C à vous juste après Barjot, Baffie fait une entrée fracassante sur le plateau en s’exclamant : « Elle est partie, la pute ? » « Vous lui direz en face ! » rétorque Anne-Élisabeth Lemoine, l’animatrice du jour. De fait, Lolo et Frifri s’étaient croisés au (dé)maquillage, et n’avaient échangé qu’un aimable pia-pia. Notre « provocateur » gardait sa saillie pour l’antenne, en l’absence de l’insultée…

Au-delà du mépris qui s’impose, je reste un peu triste pour Baffie, parce que ce con aurait pu choisir de l’être moins. Mais là, ça va faire tard.

VIENS CHEZ MOI, J’HABITE DANS UN KIMONO

Jeudi 20 novembre/Dans un mois pile, si Dieu le veult, on sera à Londres en formation élargie pour applaudir une fois encore Sparks, parce qu’ils le valent bien. Même qu’Élisabeth sera de la party ! La saison passée déjà, elle avait adoré leur concert à l’Alhambra. Mais de là à traverser la Manche, c’est une autre paire de, euh.

À noter quand même, pour les connoisseurs : hormis les deux frères, rien à voir entre ces deux prestations. L’an dernier, les Sparks Brothers étaient seuls en scène, comme l’indiquait le titre de leur tournée, Two Hands, One Mouth (en français : « un clavier, une voix »).

Le 20 décembre au contraire, et pour la première fois de sa carrière, le duo revisitera toute son œuvre depuis Kimono my House (1974) en compagnie d’un orchestre symphonique ! Lourde infrastructure pour un si « petit » groupe, qui exclut a priori toute perspective de tournée. Ce sera Londres ou rien – et pour nous les gens courageux, comme d’habitude ce sera Londres !

En tant que sparksiste néophyte, Élisabeth a sur moi un avantage que je lui envie : elle découvre d’un coup un répertoire de quarante ans, toujours renouvelé au fil de vingt-deux albums.

Par comparaison, nos amis les Stones, c’est à dire Mick et Keith, n’auront vraiment roulé leur bosse d’auteurs-compositeurs de génie que pendant dix ans, et surtout d’Out of Our Heads (1965) à Sticky Fingers (1971). Depuis lors ils se contentent d’amasser la mousse et, contrairement au dicton, ils n’ont jamais autant bougé, enchaînant les tournées mondiales de plus en plus géantes, lucratives et vaines…

Seule la musique live semble apte à raviver encore la flamme d’une inspiration depuis longtemps éteinte. « Tu dis ça parce que Satisfaction te rappelle ton premier slow ! » objecteront les glands. Mais le répertoire du groupe sur scène en 2014 reste essentiellement composé de morceaux d’avant 1980 – alors même qu’on voit dans les salles des gens toujours plus jeunes que moi !

Mettons les choses au point, pour éviter un courrier inutilement agressif : non seulement je ne leur jette pas la pierre mais, dans les mêmes circonstances, je ferais pareil. L’inspiration est un papillon posé sur l’épaule, n’est-ce pas ? Qui sait combien de temps avant qu’il ne reprenne son vol, et s’il reviendra jamais ? Alors autant faire le selfie tout de suite, quitte à le revendre ensuite en sérigraphie à des milliards d’exemplaires…

Ainsi font les Stones, qui engrangent encore le blé produit par des semailles cinquantenaires – et ils ont bien raison ! Après tout, comme disaient les Rouleaux Sacrés, il y a un temps pour tout, un temps pour semer et un temps pour moissonner… 

GOD SAVE THE SPARKS !

Lundi 24 novembre/Un mot à la hâte, en relisant le précédent. Les Stones, vous et moi, c’est une chose ; mais Sparks, c’est différent ! « There’s no such thing as aliens », comme ils disent. Bien sûr les frangins vieillissent, mais pas leur inspiration, toujours aussi imprévisible et rafraîchissante. À chaque nouvel album, on dirait un jeune groupe soucieux de « faire ses preuves » – à ceci près que Ron et Russell n’ont plus rien à prouver qu’à eux-mêmes, sans souci du « qu’en-vendra-t’on ».

Trois succès internationaux en quarante ans, ça fait peu. Si c’était ça l’objet, croyez-moi que Ron et Russell, pas plus cons que d’autres, auraient lâché l’affaire depuis belle lurette… Par exemple pour en revenir à leurs premières amours respectives, le graphisme et le cinéma. Mais c’est la musique qui les a réunis, alors va pour la musique – et advienne que pourra !

Que dire de deux frères qui bossent ainsi ensemble pendant si longtemps sans jamais se fâcher, sinon que j’admire ? Leur secret partagé, c’est une échelle de valeurs plutôt rare de nos jours. Tout en haut, l’inaccessible perfection de leur art ; et d’un barreau l’autre, autant que possible, la fidélité de leur public, aussi petit soit-il. (À ce propos, si vous saviez comme on se sent plus important en tant que membre du fan club de Sparks que de celui, au hasard, des Stones…)

En tant que « loyal fan », j’ai même eu à traverser les basses eaux de l’inspiration sparksienne (1983-1993). Dix ans quand même, quatre albums laborieux – et même pas de quoi faire un single digne de leur nom… Je me suis consolé en réécoutant en boucle leur magnifique trilogie britannique des années 1974-1975 : Kimono My House/Propaganda/Indiscreet. Pourquoi diable ces Californiens sont-ils retournés aux États-Unis ? Et à quoi bon revenir ensuite à la civilisation, si c’était pour s’égarer aussitôt dans l’impasse pailletée du disco à la Moroder ?

Enfin 2002 vint – et son miracle, auquel sur le moment, bien entendu, je n’ai pas cru. Finis soudain la pop aérienne et le rock Castafiore qui avaient été mon absinthe, et dont je sniffais la bouteille vide… Finis, ou plutôt sublimés dans l’extravagant Lil’Beethoven. Imaginez un album où chaque chanson serait un mini-opéra, et dont l’ambiance marierait minimalisme hypnotique et symphonie baroque, avec quelques accès bienvenus d’art rock. Eh bien, Lil’Beethoven, c’est ça – même s’il m’a fallu plus de temps pour le comprendre que pour vous l’expliquer.

À l’âge où les autres groupes des 70’s se reforment entre survivants, après trente ans de brouille, pour payer leurs impôts à coups de tubes rouillés, Ron et Russell résurrectent ! Ils font une entrée fraîche et joyeuse, remarquable et même remarquée, dans le XXIe siècle.

À première écoute, donc, je suis tombé de cheval. « C’est quoi cette bouse ? », grondai-je le nez dans la galette de polycarbonate. Il a bien dû s’écouler un mois avant que je ne tente à nouveau l’expérience…

Subtilement dilué dans mon répertoire iPodique de l’époque, j’ai fini par aimer ce « Petit Beethoven », et même par convenir qu’ils n’avaient jamais fait mieux. Simplement, ils auraient pu prévenir.[/access]

*Photo : wikicommons.

Zemmour, Houellebecq, Truffaut, etc.

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houellebecq zemmour zad truffaut

houellebecq zemmour zad truffaut

Comme en 2011, 2012 et 2013 revenons sur les temps forts de l’année écoulée, de A à Z…

Trains. La mission première de la SNCF n’est pas de faire rouler des trains (ça se saurait !), mais de nous faire rêver. Ainsi, les gares, les aiguillages, les wagons eux-mêmes sont les lieux de mille enchantements, et d’autant de retards liés à des accidents graves de voyageurs… En 2014 la France a fait la connaissance de Jean-Pierre, un jeune-homme de 26 ans, faux contrôleur, qui écumait les trains depuis des années en uniforme SNCF réglementaire gris et violet, sans être salarié de la société publique. « C’est plus qu’une passion. Il a le vocabulaire technique des contrôleurs, ce n’est pas pour ne pas payer son billet. Il raconte spontanément qu’il a effectué 1000 trajets en train déguisé de la sorte, n’hésitant pas à aider les voyageurs » explique l’avocate du fétichiste. Originaire de Tahiti, ancien militaire, Jean-Pierre a été démasqué par un vrai contrôleur, à bord d’un Narbonne-Bordeaux, et interpellé en gare de Toulouse-Matabiau. Il a été placé sous contrôle judiciaire. L’histoire ne manque pas de faire songer à celle que raconte Spielberg dans Catch Me If You Can… On pourrait très bien entendre parler de lui, en tant que faux pilote de ligne, faux médecin, voire faux député… encore qu’il serait peut-être difficile, en ce cas, de faire la différence…

Truffaut. En 2014, nous avons célébré les trente ans de la disparition du cinéaste François Truffaut, fauché cruellement dans la fleur de l’âge (52 ans !) alors qu’il n’avait rien demandé au cancer et qu’il avait en plus des projets de films. La Cinémathèque a consacré une exposition (fétichiste à souhait !) au réalisateur de L’homme qui aimait les femmes, dans laquelle on a pu  voir une reconstitution de son bureau, sa correspondance avec Hitchcock, des trésors issus des collections des Cahiers du cinéma, etc. On a découvert, à cette occasion, une lettre pleine d’ironie que Truffaut adressait à Jean-Luc Godard au début des années 80 (le réalisateur du Mépris – après des années d’invectives – proposait aux cinéastes de la « Nouvelle vague » de grandes retrouvailles) : « Ton invitation en Suisse est extraordinairement flatteuse quand on sait à quel point ton temps est précieux. Ainsi donc à présent tu as remis les Tchèques, les Vietnamiens, les Cubains, les Palestiniens, les Mozambicains sur les bons rails et tu vas désormais te pencher avec sollicitude sur la rééducation du dernier carré de la Nouvelle vague. J’espère que ce projet de bouquin hâtif à fourguer chez Gallimard ne signifie pas que tu te fiches du tiers monde comme du quart. (…) J’attends ta réponse sans impatience (…) et il n’est pas question de bâcler la préparation de ton prochain film autobiographique dont je crois  connaître le titre : Une merde est une merde« . On regrette que la vie ne lui ai pas laissé le temps d’écrire ses mémoires… outre la très belle galerie de femmes qu’il aurait pu brosser, on se serait bien amusé…François Hollande – habitué à les… prendre, les 400 coups, a visité l’exposition et l’a jugé « magnifique » (selon un indiscret du Figaro). Il a fait le choix de venir un jour après moi. Il est évident qu’il cherche à m’éviter…

ZAD© =  » Zones à défendre « ©. Grand succès marketing de l’année. Les  » ZAD « ©, essentiellement composées de punks à chiens, de gugusses à keffieh, de dreadeux blancs et de tentes Quechua©… Le terme a émergé dans les médias à l’occasion du fiasco retentissant du projet de barrage de Sivens (dans le Tarn)… La retenue d’eau, destinée aux agriculteurs, devait dynamiser tout un territoire. Un campement écolo-libertaire, occupant sauvagement le chantier, a mis le projet au point mort. Tout cela à grands coups tapageurs de décroissance, et d’appels à la désobéissance civique… Touché par une grenade offensive lancée par les forces de l’ordre, un militant écolo, nommé Remi Fraisse, a perdu la vie. En pareilles circonstances c’est Mourir pour des idées de Brassens qui retentit en nous… « Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » (bis).

Zaz/Zemmour. Année difficile pour les Historiens. Non seulement la chanteuse Zaz a créé le chaos total et la désolation en déclarant en pleine promo de son album de chansons rétro sur Paris, qu’il existait  » une forme de légèreté  » en France sous l’Occupation… Déchaînement furieux de commentaires acerbes sur Twitter, réactions courroucées d’Historiens professionnels dans les colonnes des journaux autorisés. Libé a « dénoncé » les propos de la chanteuse ! On a frôlé le « J’accuse ! ». Dans un registre légèrement différent le polémiste Eric Zemmour, connu pour ses énervements réacs et ses provocs incessantes, a créé l’émoi à cause d’un passage de son ouvrage « Le suicide français » qui a pu apparaître comme une tentative de « réhabilitation » du régime de Vichy. Tout le monde a donné son avis sur la question, sauf Zaz, curieusement… D’ailleurs, à ce propos, avez-vous remarqué qu’en lisant « Zemmour » à l’envers, et en changeant toutes les lettres cela donne : « Satanas ». Coïncidence ? Je ne crois pas…

2015. On apprend la publication début janvier du prochain roman de Michel Houellebecq chez Flammarion. L’opus, qui promet de faire couler beaucoup d’encre, proposera le portrait d’une France troublante aux prises avec l’islamisme. En 2022, au terme du second quinquennat de François Hollande (pitié, non…) un inquiétant parti « Fraternité musulmane » arrive au pouvoir, avec l’appui du PS et de l’UMP. François Bayrou est à Matignon. On instaure une « islamisation » de l’Education nationale, et la polygamie est autorisée. On connaît déjà le titre de ce sulfureux roman : Soumission.

Dans cette interview il dit quelques mots au sujet de son roman…

On va bien s’amuser…

*Photo : AGF/SIPA. 00691389_000009.