Dans Sweetness and Power (Penguin, 1986), Sidney W. Mintz mettait au jour un fondement rarement étudié de la civilisation occidentale moderne : l’invasion du sucre depuis deux siècles et demi. Pour lui, la culture du sucre fut, dans les plantations antillaises et américaines, l’une des premières tentatives de mettre en place des structures de production capitalistique performantes ; mais aussi et en même temps l’occasion d’une modification en profondeur des habitudes alimentaires occidentales (fors la France, note-t-il). L’extraordinaire apport calorique du fruit de la canne, joint à son coût relativement modeste, le fit rapidement passer du statut de nectar aristocratique à celui d’aliment de base pour les masses. Lesquelles travaillaient mieux et plus longtemps en retour.

Le sucre fut le carburant de la première révolution industrielle : une autre poudre, blanche elle aussi, meut aujourd’hui le turbocapitalisme.

Pour en comprendre le fonctionnement, il faut marcher dans les pas de Roberto Saviano, journaliste napolitain connu pour son Gomorra, enquête précise au cœur des nouvelles mafias italiennes, qui lui vaut de vivre encore aujourd’hui, sept ans après, sous une protection policière permanente. S’aventurer avec lui dans le sillage de la cocaïne, c’est faire trois fois le tour du monde, des pires jungles colombiennes aux tours high-tech de la City londonienne en passant par l’enfer terrestre créé avec application par les cartels mexicains.

Extra pure. Voyage dans l’économie de la cocaïne, de Roberto Saviano, Gallimard.

 

*Photo : pixabay.

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Jacques de Guillebon
est journaliste et essayiste.
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