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Emmanuel Todd : Qui est zombie?

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Emmanuel Todd n’a pas de chance : il est de gauche, donc il vit dans un milieu de gauche – « de centre gauche », précise-t-il sur France Inter. La plupart du temps, c’est très agréable : appartenir au camp des gentils, ça donne le droit d’insulter en boucle et de calomnier en bande un tas de méchants – Sarkozy, Zemmour, Finkielkraut, Merkel, La Manif pour tous, la roue tourne. Je ne me rappelle pas l’avoir entendu s’offusquer de l’unanimisme satisfait qui, à intervalles réguliers, se déchaîne contre l’une ou l’autre de ses têtes de Turc. Et il ne me cause plus, rapport à mes mauvaises idées islamophobes – il faut croire que l’exogamie intellectuelle, ce n’est pas son truc. Il faut dire qu’en plus de ne pas penser comme lui, je ne suis même pas un savant. Todd, c’est du sérieux, il lit l’avenir dans les courbes de la France, on ne peut pas lutter.

Jusqu’au 7 janvier, Todd s’entendait à merveille avec ses copains « de centre gauche », des gens sympas qui sont pour le mariage gay, adorent le rap et sont abonnés à Mediapart. D’accord, ils se disputaient souvent sur l’Europe, mais, en 2012, ils étaient tous hollandistes, et même, dans le cas de Todd qui rêvait de New Deal, hollandiste révolutionnaire. Alors, il n’a pas l’habitude de se faire engueuler dans les dîners, ni de se faire chahuter à France Inter.

Et puis il y a eu ces attentats, à Charlie et à l’Hyper Cacher et, surtout, il y a eu le 11 janvier, quand 4 millions de gogos ont défilé en croyant défendre la République, ou la liberté, ou quelque chose d’approchant, alors qu’en vrai, ils ne se mettaient ensemble que pour réclamer le droit de « blasphémer sur Mahomet, personnage central de la religion d’un groupe faible et discriminé ». Et n’allez pas lui faire le coup de Voltaire qu’on assassine : le blasphème, affirme notre savant, « devrait être qualifié d’incitation à la haine religieuse, ethnique ou raciale ». Des caricatures de Mahomet ! Que fait la Justice ? Il est vrai qu’à la fin de son livre, il précise, dans un grand accès d’œcuménisme réconciliateur, que, dans l’heureuse perspective d’un accommodement de la République avec l’islam, « le droit au blasphème est absolu ». Délit ou droit, il faudrait savoir. Passons.

Le 11 janvier, donc, Todd a eu un « flash totalitaire ». Rappelez-vous, il flottait dans l’air une odeur d’Inquisition, un relent de Vichy. Dopées aux bons sentiments, les foules marchaient au pas et ses copains de centre-gauche tenaient à l’œil ceux qui osaient braver l’ordre nouveau et dire qu’ils n’étaient pas Charlie. Todd raconte son expérience initiatique du désaccord en milieu progressiste. « Quand j’ai annoncé que je n’irais pas manifester, j’ai entendu des horreurs dans mon environnement proche, on m’a accusé d’être un mauvais Français. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur de m’exprimer. » Ça a dû lui faire tout drôle, d’habitude c’est lui qui dénonce la mauvaise France.[access capability= »lire_inedits »]

De son calvaire, notre savant a fait un livre, un livre savant, avec des cartes et des courbes, dont il est très satisfait. N’empêche, s’il n’était pas de gauche, il n’aurait pas eu à se donner tout ce mal. En effet, il lui aurait suffi de sortir un peu de son « environnement proche » pour observer qu’ailleurs, dans le mien par exemple, on n’était pas obligé de communier. On avait le droit de se moquer de l’air compassé des animateurs de Canal+, avec leurs T-shirts « Je suis Charlie » enfilés par-dessus leurs vêtements. On avait le droit de ne pas vouloir manifester. On avait le droit de ne pas en être. Le 10 janvier, j’ai publié un texte disant que je n’étais plus très sûre d’aller marcher. L’ambiance fusionnelle, avec la ritournelle des grands mots, les promesses que plus jamais ça et la prolifération planétaire des « Je suis Charlie » commençaient à me taper sur les nerfs. Moi et mes copains pas-de-gauche (enfin, pas tous), on était partagés, on avait envie d’y croire mais on n’était pas dupes. Le 11 janvier, il y avait déjà pas mal de goguenards dans les rues. Après, le président nous a demandé, avec des accents churchilliens, de garder pieusement l’esprit du 11 janvier. Et puis il nous a conseillé d’aller faire les soldes, parce qu’on n’allait quand même pas y passer l’année. Cela dit, si Todd était sorti de chez lui, ça lui aurait plu, d’entendre le Premier ministre déclarer que tout ça, c’était la faute à l’apartheid, donc notre faute à nous.

En réalité, dès le jour de l’attentat, quelques-uns de mes avisés confrères faisaient du Todd sans le savoir. Les vrais responsables, proclamaient-ils, n’étaient pas les islamistes mais les islamophobes. Rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam, répétait Plenel, la moustache tremblante. Dommage, vraiment, que Todd ait raté tout ça, il se serait senti moins seul.

Sauf que justement, il voulait se sentir seul. Seul contre tous. Pour pouvoir jouer les prophètes maudits, il lui fallait une France lobotomisée. Il lui a fallu quatre mois pour l’inventer. Début mai, il est ressorti de sa boîte très remonté, avec un livre annoncé comme un brûlot. Depuis, toute la France l’a entendu vitupérer, de plateau en studio, les vieux, les riches et les Bas-Bretons (façon de parler). Les journalistes qui osaient le contredire se faisaient rembarrer sans ménagement : « Vous n’avez pas lu mon livre ! » – sinon, tu saurais où est la vérité. Le Premier ministre, lui, l’a fait lire par ses conseillers, qui lui ont rédigé une tribune pour répondre – c’est son nouveau hobby, à Valls, il aime bien nous dire ce qu’il faut lire. Moi, si le Premier ministre me répondait, je serais un peu flattée, mais Todd, ça l’a mis en rage, alors il l’a traité de pétainiste, et toc. Il est comme ça, il adore épater le bourgeois. Pas gêné pour Un jour, je l’ai entendu insinuer que les meurtres de Merah étaient peut-être le résultat d’une basse manœuvre des services sarkozystes. Un garnement narcissique qui conjugue la suffisance du premier de la classe et l’insolence du cancre.

Dans ces conditions, pourquoi participer à la curée ? D’abord, il n’y a pas de curée. Dans les médias, on l’interroge avec déférence même quand il part en vrille et se répand en imprécations – j’appelle ça son genre entonnoir sur la tête. On le contredit poliment. On le prend au sérieux, peut-être pas toujours à raison d’ailleurs. N’empêche, avec « l’affaire Charlie », il a énervé pas mal de monde, y compris votre servante. Moi aussi il m’a énervée, mais pas pour les mêmes raisons. Ses copains de centre-gauche, socialistes tièdes et petits bourgeois frileux qu’il accable de son mépris, sont blessés ou furieux parce qu’ils n’aiment pas qu’on blasphème sur leur « 11 janvier ». Il a décrété que c’était une « imposture », ça les a vexés. Pas moi. Sur ce coup, je suis comme Todd, je ne crois pas au « 11 janvier ». Notez que j’aimerais bien. Seulement, il y a quelques raisons de craindre que l’esprit de résistance n’ait été que le masque festif du désir de soumission. Le livre de Todd est l’une de ces raisons. Par une petite farce de la généalogie, ce juif athée et assimilationniste est, avec Edwy Plenel, Claude Askolovitch et d’autres, l’une des têtes de file du « parti de l’Autre » (trouvaille que j’envie à Alain Finkielkraut). On pourrait aussi bien parler de « parti des Musulmans », puisque Todd, comme Plenel et Askolovitch, se pose explicitement en défenseur de la minorité musulmane victime de l’islamophobie hargneuse des classes moyenne. Bref, sa grille de lecture de l’après-Charlie ressemble beaucoup à celle qui a cours dans une certaine gauche pénitentielle, anti-laïque et fanatiquement intolérante. Dans les milieux islamistes et crypto-islamistes, chez les Indigènes de la République, le Todd 2015 doit faire un tabac.

Faute de temps et plus encore d’énergie pour entrer dans le maquis des assertions non démontrées, des contre-vérités et des propos délirants, entrelardés, soyons honnêtes, de quelques considérations stimulantes, on se contentera de résumer le propos à grands traits. Le décor que Todd a planté depuis longtemps, ce sont les deux France, inscrites dans l’histoire des structures familiales. La France centrale et méditerranéenne, de tradition athée et révolutionnaire, est égalitaire, aimable, tolérante ; la France périphérique, qui resta longtemps catholique et antirépublicaine, n’aime pas l’égalité, elle aime l’autorité. Or, je vous le donne en mille, le 11 janvier, c’est la mauvaise France qui s’est le plus mobilisée. Et comme elle ne peut pas avoir de bonnes raisons, elle devait en avoir d’autres, cachées et inavouables, qui étaient de s’en prendre aux musulmans, boucs émissaires de ses aigreurs.

Résumons : la France qui était Charlie et qui a défilé le 11 janvier à Paris et dans les grandes villes, c’est la France périphérique des régions anciennement catholiques, berceau de ceux que Todd appelle les « catholiques-zombies ». Les cathos-zombies ne savent plus qu’ils ont été catholiques, mais, de ce passé oublié, ils ont conservé les références inégalitaires et les structures autoritaires. En somme, catho un jour, salaud toujours. Certains se sont sentis insultés par le mot « zombie », ils ont eu tort : pour Todd, c’est « catho » qui est insultant. Mais puisque nous avons tous des origines dont notre inconscient a conservé les traces, nous sommes tous des zombies – Cro-Magnon-zombies, juifs-zombies….Du reste, c’est peut-être cette conversion des appartenances manifestes en héritages latents qui nous a permis de fonder des nations qui les transcendent : les cathos-zombies ne sont pas des Français-zombies.  La blague, avec Todd, c’est que ces lointaines origines deviennent des déterminismes implacables. Au passage, il pose une question fondamentale que les Français ont perdue de vue, habitués qu’ils sont à vivre dans un monde sans Dieu. Une société peut-elle fonctionner sans croyance commune ? En effet, aucun pays n’a chassé aussi radicalement Dieu de la Cité que la France, aucun n’est gouverné par des élites aussi activement athées. Mais la France, nous dit Todd, a mal à sa religion disparue, comme on souffre d’un membre amputé, ce qui explique que les questions religieuses soient si explosives dans un pays si fier de sa laïcité.

On a l’idéologie de son anthropologie : le catho-zombie est donc volontiers néo-républicain, système « plus proche de Vichy dans son concept que de la IIIe République » qui définit, nous explique Todd, une République d’exclusion et fait de la laïcité une arme punitive contre qui vous savez. Sociologiquement, enfin, le catho-zombie appartient à ces classes moyennes égoïstes, encore relativement épargnées par la crise, qui ont mis en place l’Europe de Maastricht. Bref, pour Todd, il coche toutes les cases. Face à cet odieux personnage, l’immigré musulman, qui a importé ses structures familiales égalitaires (égalitaires pour les garçons mais on ne va pas s’arrêter à ce détail), est naturellement outillé pour s’assimiler en douceur à la France centrale. Si on pousse cette logique à son terme, ce ne sont pas les musulmans, porteurs de valeurs virilo-égalitaires, qui posent des problèmes au pacte républicain, mais les Bretons et autres Français périphériques. On commence par étudier des cartes et on a soudain l’impression de se retrouver dans un asile de fous sans savoir à quel moment a eu lieu la sortie de route. Le monde que décrit Todd possède une sorte de logique interne, mais il n’a rigoureusement aucun rapport avec le réel. « Pour un savant, l’expérience sensible n’existe pas », m’a-t-il dit un jour alors que je l’interrogeais sur les discordances entre ses courbes et la vraie vie. Todd observe à la loupe, mais il ne voit rien, ni le séparatisme croissant d’une partie des musulmans, ni les revendications identitaires, ni la haine de la France. Certes, il consent désormais à reconnaître l’antisémitisme des banlieues, mais pour conclure qu’il est l’expression d’aspirations égalitaires frustrées. Il faut les comprendre. Quoi qu’il en soit, comme dit le Président, ça n’a rien à voir avec l’islam. En attendant, on finit par se demander si Emmanuel Todd n’est pas devenu un intello-zombie.[/access]

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 *Photo : Hannah.

Tarnac, la diversion qui revient

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Confidence pour confidence, je donne rarement dans la pétitionnite ou l’indignation télécommandée. Mais chaque règle ayant ses exceptions, je viens d’apposer ma signature au bas d’une mobilisation virtuelle en faveur des inculpés de Tarnac, lancée à l’initiative du romancier Serge Quadruppani. Ce texte est moins un appel de soutien qu’une philippique contre l’acharnement judiciaire qui frappe ce groupuscule d’ultragauche depuis 2009, au nom d’une obscure lutte antiterroriste. Dernier épisode en date, le renvoi en correctionnelle de huit accusés, dont trois pour actes de terrorisme, malgré un dossier aussi vide que les caisses de l’Etat grec. Pour une chronique détaillée des faits, on lira l‘excellent résumé qu’avait rédigé Bruno Maillé il y a déjà plusieurs années.

Depuis, on n’a rien vu de nouveau sous le soleil corrézien. De Hollande à Sarkozy, de MAM à Cazeneuve, la même stratégie de diversion spectaculaire se déploie sur tout le territoire : selon la légende policière, L’insurrection qui vient, ce brûlot anonyme prônant le retrait de la société par tous les moyens, même légaux, aurait précédé le sabotage de voies ferroviaires, sous le commandement du gourou Julien Coupat. Il serait absurde de détailler ici toutes les objections théoriques que m’inspire ce petit manifeste post-situ, à la phraséologie hégélienne parfois absconse, ni de mégoter sa solidarité au prétexte des calembredaines que Coupat a sorties contre Charlie.

Même un gentil réformiste désespérément raisonnable devrait comprendre qu’on ne rétablit pas impunément le délit d’opinion. De toute manière, l’urgence n’est pas aux ergotages mais à la décence commune, cette notion orwellienne que les lecteurs ultradroitards de 1984 subvertissent en mot d’ordre sécuritaire. Or, la bonne vieille common decency commande de ne pas mégoter lorsque la liberté d’expression, de critique radicale et de remise en cause des cadres institués se heurtent à la paranoïa de l’État profond. Des lecteurs de Debord et Sanguinetti dénonçant la stratégie de la tension que la place Beauvau et le parquet appliquent contre Tarnac, ou de nos gouvernants qui prennent une poignée de militants radicaux pour des terroristes, on se demande qui sont les complotistes…

Pour toutes ces raisons et bien d’autres que je n’ai pas le temps d’énoncer, j’invite tous nos amis démocrates à signer la pétition qui commence par ces mots : ‘Je suis l’auteur de L’insurrection qui vient ». J’ai hâte de voir tous les contempteurs de la « bien-pensance », « pensée unique » et autre « politiquement correct » épauler ces révoltés de l’autre bord…

Israël : Stéphane Richard répudie Partner

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Israël Orange Partner

Hier, lors d’une conférence de presse organisée à l’issue d’une entrevue avec le Premier ministre égyptien Ibrahim Mahlab, le PDG d’Orange Stéphane Richard a mis sur les points sur les i lorsqu’un journaliste l’a interrogé sur les liens de son entreprise avec la société israélienne Partner, notamment implantée dans les colonies de Cisjordanie. «Je suis prêt à (les) abandonner demain matin » mais « sans exposer Orange à des risques (juridiques) énormes», a lâché Richard.

Exposons le fond de l’affaire. Depuis 1998, après la signature d’un accord avec Hutchison – propriétaire à l’époque de la marque Orange – Partner (2,77 millions d’abonnés en Israël, soit 28% du marché) distribue ses offres de téléphonie mobile sous l’estampille Orange. Quand France Telecom achète Orange à la société hongkongaise, elle hérite aussi de ce contrat, renouvelé d’ailleurs récemment pour dix ans. Pour la société israélienne la marque est un atout important – ou au moins elle l’était jusqu’à hier… – dans lequel elle a beaucoup investie depuis 17 ans. Pour FT, ça représente quelques millions d’euros de recettes – donc presque rien.

Mais la sortie de Richard, incarnation du grand patron français alternant le service dans la haute fonction publique et les pantouflages dans le monde des affaires, ne doit rien au hasard. Au Caire, les affaires sont les affaires. Et si à Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa, ou même Hébron, Orange ne dispose que d’un partenariat commercial avec une boîte locale, il en va tout autrement à l’ombre des pyramides.  Mobinil, l’une des principales sociétés de GSM égyptiennes, est détenue à 94% par le groupe français, ce qui en fait de facto une de ses filiales, dans un pays de plus de 80 millions de consommateurs. Soit un marché à peu près huit fois plus important que la clientèle israélienne. Vu les chiffres, pas besoin d’un MBA – ni même d’être dircab à Bercy – pour comprendre de quoi il en retourne…

La petite phrase de Richard survient dans des circonstances particulières. Il a probablement longuement été question du partenariat franco-israélien lors de ses discussions avec le chef du gouvernement égyptien. Un sacré caillou dans la chaussure que ce contrat pourtant ancien (et relativement anecdotique) que l’opposition égyptienne a remis sur le devant de l’affiche. Car dans la République du maréchal Sissi, s’il ne fait pas bon soutenir les Frères musulmans – exécutés les uns après les autres avec l’aval tacite du mufti de la République – ni contester les bases autoritaires du régime, l’antisionisme est l’un des derniers ressorts exploitables par la société civile. Malgré la lutte qu’il a engagée contre le Hamas, ses tunnels d’armes, sa propagande et ses trafics, Sissi ne peut décemment dénier à ses derniers détracteurs le droit d’incendier l’Etat juif, forcément spoliateur, colonisateur, oppresseur, et j’en passe…

On touche là au ventre mou du régime militaire égyptien. Comme sous Nasser, Sadate et Moubarak, l’État profond militaro-sécuritaire contrôle les principaux leviers du pouvoir mais doit composer avec une société bien plus conservatrice, rigoriste et musulmane que ses représentants politiques. La signature d’une paix froide avec Israël n’y a rien changé. Bien au contraire, plus l’exécutif réprime férocement les milieux politiques islamistes, plus il doit encourager l’islamisation par le bas et consentir à des concessions sociales.

En l’occurrence, Orange pourrait faire plaisir aux autorités égyptiennes pour pas cher. Si l’entreprise, largement contrôlée par l’Etat français, venait à se désengager définitivement du marché israélien, ses interlocuteurs égyptiens respireraient un grand coup.

Mais, dans les faits, Stéphane Richard a mécontenté tout le monde. Son retrait de l’Etat hébreu n’est encore qu’un vœu pieux, au grand courroux des animateurs du mouvement de boycott BDS, mais a suffi à aliéner une grande partie de l’opinion israélienne. C’est ce qu’on appelle la maladresse des habiles.

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*Photo : Dan Balilty/AP/SIPA/AP21745205_000002

L’Evangile selon Plenel

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plenel mediapart cahuzac

Edwy Plenel n’a guère apprécié le discours de François Hollande au Panthéon. Non pas qu’il l’ait trouvé médiocre et convenu, ce qu’il était d’ailleurs. Ce n’est pas ça. Plenel estime que dans ce discours il y a un absent de taille : le peuple. Déjà au fronton du Panthéon figure une phrase assurément détestable pour lui : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Patrie? Plus réac, plus fasciste que ça, il n’y a pas.

Le peuple donc manquait et tout était dépeuplé. Mais quel peuple ? Celui que le directeur de Médiapart chérit et affectionne est métissé. Pas le peuple français, beaucoup trop blanc à son goût. De toute façon, avec le mot « peuple », il y a dans notre langue un problème d’interprétation.

Un seul et même mot pour exprimer deux notions totalement différentes. Le peuple au sens populaire. Le peuple au sens d’une appartenance commune. Dans de nombreuses langues et notamment les langues slaves, il y a deux mots qui permettent de distinguer ce qui est national de ce qui est populaire. Ca évite bien des confusions.

Quiconque irait sur Mediapart s’apercevrait très vite qu’en général (sauf une exception chaleureuse pour le peuple palestinien) le mot « peuple » se décline toujours au pluriel. On s’apitoie sur la souffrance des peuples indigènes ou autochtones victimes de l’exploitation occidentale. On s’indigne du sort fait aux peuples opprimés : Amérindiens, Inuits, tribus amazoniennes, Papous, etc. Mais quand même pas sur les Kurdes qui ont eu l’affreuse idée de lutter contre les djihadistes.

Pour revenir au Panthéon, Edwy Plenel a recours à une sémantique proche de celle de Todd, qui n’a pas vu non plus le peuple – celui des banlieues – lors de la manifestation du 11 janvier. À Médiapart, les « quartiers sensibles » ont été remplacés par les « quartiers populaires ». On en déduira donc que c’est le peuple qui habite au Mirail, à Bobigny, aux Minguettes et à Trappes. Ainsi, ce sont des fils du peuple qui partent égorger en Syrie et en Irak. Chacun son peuple…

Saint Plenel, priez pour la banlieue souffrante! Rendez aussi à Saint Badiou, quand même plus grand dans la hiérarchie que vous, ce qui revient à Saint Badiou. Ce dernier, orfèvre en vitupérations philosophiques, a en effet rédigé un nouveau Manifeste communiste saluant la messianique mission du « prolétariat d’origine étrangère » en France ! Ça promet une bien sale gueule aux lendemains radieux annoncés par Plenel et Badiou. Le lumpenprolétariat, concept forgé par Karl Marx, n’est pas le peuple. Tout au mieux, la populace.

Quant au peuple, soyons sérieux. Il n’existe pas sauf pour du lyrisme de circonstance. Une bête de foire exhibée par des charlatans et des illusionnistes. Chacun l’accommode à sa façon, sauce hollandais, sauce pleneliène, sauce mélenchonienne. Le peuple n’est qu’un exercice de vocalise pour Castafiore d’extrême gauche. Tu es le peuple, et sur ce peuple je bâtirai mon imposture…

En juillet 1968, une délégation soviétique, Brejnev en tête, arriva à Prague pour tenter de ramener Dubcek à la raison. Le malheureux crut bien faire en amenant ses hôtes visiter les usines Škoda, fleuron de l’industrie tchèque. Sur place, des milliers d’ouvriers l’acclamèrent : « Vive Dubcek, vive la liberté ! » Il se tourna vers Brejnev : « Tu vois camarade, le peuple est avec moi ». Le chef du PC soviétique le toisa d’un regard hautain. Et il lui dit en se montrant du doigt : « Le peuple, c’est moi ! ». Cette scène me fait, va donc savoir pourquoi, irrésistiblement penser à Plenel.

Nom d’un Républicain!

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« Comment les nommer ? » C’est la question, cruciale, qui agite le landerneau médiatique depuis quelques jours. Tels les Reptiliens, les Républicains sont parmi nous. Mais contrairement aux lézards humanoïdes qui contrôleraient déjà 50% de la planète, les adhérents de feu l’UMP ne se cachent pas. Impossible, donc, de passer sous silence leur existence. Cependant, rien n’oblige à les appeler par leur nom sous prétexte que tout parti politique a le droit – comme l’a rappelé la Justice – de choisir librement le nom qu’il souhaite se donner.

C’est vrai quoi, s’il fallait appeler les choses par leur nom, cet abruti de peuple n’y comprendrait rien et risquerait encore de faire n’importe quoi. Par exemple, voter pour Les Républicains en s’imaginant qu’il s’agit d’un parti républicain. Ou pire, voter Marine Le Pen sans se douter qu’elle est fasciste puisque tous ses discours se terminent par un tonitruant « Vive la République ! » Et à la fin, il finirait par gober la légende – abusivement appelée « Histoire de France » – selon laquelle des députés tout ce qu’il y a de plus républicains ont voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940…

Du coup, Le JDD nous apprend que Le Monde « réfléchit en ce moment à une ligne officielle et commune à tous ses journalistes ». En attendant, il hésite : dans certains de ses titres, le nom du parti de Nicolas Sarkozy est mentionné entre guillemets, mais pas dans d’autres. Le Dauphiné libéré, Le Progrès ou L’Alsace ont eux aussi craqué pour les guillemets. Libération et France Inter, par la voix de Thomas Legrand, ont quant à eux opté pour les initiales : LR. Et comme il s’agit d’un « mouvement », des experts en linguistique festive 2.0 ont proposé sur Twitter de parler du « MDR » (l’abréviation de « mort de rire », en patois djeunz).

C’est que l’affaire est grave! Encore aujourd’hui, des médias français n’hésitent pas à qualifier Emmanuel Macron, Manuel Valls ou même Dominique Strauss-Kahn de socialistes, sans l’écrire entre guillemets. Si cette hérésie persiste, les frondeurs de « la gauche de la gauche » ne tarderont pas à créer leur propre parti dissident. Ils pourraient alors le baptiser Parti socialiste de gauche. Et Le Monde ou Libé se feraient certainement une joie de titrer, par exemple : « Victoire surprise du PSG à Lens ».

IUT de Saint-Denis, on touche le fond

iut saint denis antisemitisme

Je m’appelle Mayol. Je suis une star de l’apnée, et je suis en train de battre mon propre record : dix-huit mois en apnée. Personne ne l’a jamais fait. Dix-huit mois et ma 30e menace de mort. Guiness Book, me voilà ! Youpi !

Au début, je n’espérais pas faire aussi bien. Ça a démarré mollement. Le CROUS me saisit officiellement parce qu’une association d’étudiants, L’Ouverture, vend des sandwiches sans autorisation. Quasiment une affaire d’État, donc… Mais je suis directeur de l’IUT, je dois faire respecter la loi. Je décide de récupérer les clés de leur local, le seul de l’établissement, afin qu’il soit partagé avec d’autres associations et syndicats étudiants.

– 3 février 2014. Rendez-vous avec les représentants de L’Ouverture, qui doivent me rendre les clés. Sont en retard… Ah, non ! Ma porte s’ouvre brusquement. Pourraient frapper, quand même !

« Police ! Alerte à la bombe ! »

Évacuation de l’IUT, fouille : pas de bombe, mais une trentaine de tapis de prière dans le local de l’association.

« Ce n’est pas parce qu’il y a un tapis de prière dans les locaux d’une association qu’il y a une mosquée clandestine derrière…, qu’il y a une montée du communautarisme », a déclaré Jean-Loup Salzmann, président de Paris-XIII, dont dépend mon IUT. Et celui qui va rouler Jean-Loup avec des petites ruses stigmatisantes, il est pas né !

– 5 février 2014. Pneus crevés sur le parking de l’IUT.

En prenant mes fonctions, j’ai plongé dans la paperasserie. On est apnéiste ou on ne l’est pas. Et j’ai mis au jour un système étrange dans le département de Rachid . Des contrats signés avec des vacataires qui n’ont jamais donné de cours. D’autres qui ont été embauchés pour des matières qui n’étaient tout simplement pas au programme… Bref, j’ai assaini tout ça. Dans ma spécialité, il est important que l’air soit pur.

« Arrête tout, tu vas mourir. » Quinze lettres d’amour à l’IUT ! Chaque fois, j’ai déposé une plainte. M’ont bien aidé, au commissariat : «  Changez régulièrement d’itinéraire, dans la mesure du possible. » C’est quoi, l’unité de mesure du possible ?

– Quand je suis stressé, il me faut du grand bleu. Immersion. Trois ans plus bas. Juin 2012, Rachid Zouhhad me remplace à la tête du département TC. Moi, je deviens directeur de l’IUT. Sympa, Rachid. Il est venu dîner chez moi, je suis allé dîner chez lui.

– 15 mai 2014, première lettre de menace à mon domicile.

« C’est bientôt la fin. Tu vas mourir, toi, ta femme et tes enfants. C’est une fatwa. On appelle tous les musulmans à la respecter. »[access capability= »lire_inedits »]

« Un malade qui s’amuse à faire le corbeau et qui se dit islamiste parce que c’est à la mode ! Ce n’est pas parce qu’il se dit islamiste qu’il l’est. » On ne la lui fait pas, à Jean-Loup !

Après un an, Rachid a fait un gros ménage : plus aucune femme n’exerce la fonction de directeur des études. Toutes remplacées par des hommes, dont certains travaillaient avec lui depuis dix ans. Idem pour la gestion des personnels. Vingt-trois vacataires recrutés, « dont plusieurs n’avaient ni les titres ni les compétences pour assurer des enseignements à ce niveau », des « enseignants permanents en sous-service », des « heures non faites et non rattrapées »… « La somme des heures litigieuses représente 196 000 euros. »

Face à ces dysfonctionnements, je place le département sous tutelle en mars 2014, et le conseil de l’institut vote la destitution de Rachid Zouhhad.

Ma boîte aux lettres : facture EDF, pub, et… ma photo avec « Mort » écrit  sur le front. T’en dis quoi Jean-Loup ?

« Je suis le premier à appeler un chat un chat. Mais peut-on parler d’une montée du communautarisme à Saint-Denis ? Ni plus ni moins qu’ailleurs. »

Vous voulez m’enfoncer ? Je me laisse couler jusqu’à 2005…

L’IUP, dirigé par le même Rachid, avait alors connu des dérapages… étrangement semblables : « insuffisances chroniques d’organisation », « recrutement des vacataires non rigoureux ». Alain Neuman, le président de Paris-XIII de l’époque, avait démantelé cet IUP dans un contexte de menaces… étrangement semblables.

L’air est trop vicié, je remonte… 2006… Des sanctions disciplinaires sévères sont prononcées contre Rachid et son orchestre…

Je nage trois ans plus haut… 2009. Les sanctions sont annulées. Jean-Loup Salzmann, le nouveau président de Paris-XIII, a préféré affecter Rachid et son orchestre à l’IUT de Saint-Denis. Il sait très bien à qui il a affaire, mon Jean-Loup…

– 21 mai 2014. Nuit.

Sortie d’une réunion. Deux balèzes. Distribution de coups de poings « On t’avait prévenu… » Ils partent en courant. Lunettes cassées, œil au beurre noir, ITT. Jean-Loup ? T’es là ? Jeaaaan-Louuuuup ?…

Besoin de respirer. Je remonte vite. Janvier 2013. J’avais oublié avoir reçu ce mail de Rachid qui flotte entre deux eaux : il me demandait une faveur pour Omar Jellouli, le président de l’association L’Ouverture, en me promettant qu’il demanderait un retour d’ascenseur à Jellouli. Il fallait en plus que je fasse croire que c’était un service demandé par la fac…

Encore un truc bien clean. Droit comme la première lettre de son nom de famille, Rachid…

Euh, nan ? Il n’y aurait quand même pas une petite connivence de rien du tout entre lui et Omar, le président de l’association L’Ouverture ?!  Naaaan !… Jean-Loup ?…

Au niveau d’août 2013, je me stabilise devant l’épave du Haut Conseil à l’intégration. Une plaque : « Ci-gît le rapport de la Mission laïcité sur l’enseignement supérieur, coulée par l’État. » Je palme autour du vestige. Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, m’apparaît, bullant en boucle qu’« aucune université n’a saisi le ministère au sujet de la laïcité : c’est donc que ça ne pose pas de problème. Qu’on n’invente pas des problèmes là où il n’y en a pas ! »

Derrière elle, Jean-Loup nage dans le sens de sa ministre. « On ne traite pas un non-problème par une loi,  le rapport du HCI est déconnecté des réalités. »

Et, soudain, Jean-Louis Bianco surgit : « La Mission laïcité a été remplacée par l’Observatoire de la laïcité. Que je préside. La France n’a pas de problème avec sa laïcité. C’est donc pour traiter de l’inexistence de ces problèmes que j’ai été nommé par François Hollande. »

–        – Décembre  2014, les menaces reprennent… Chez moi. Un livre de Harun Yahya, Le Mensonge de l’évolution. En Arabe. Pas grave, la seule chose que je dois comprendre, c’est la couverture : une tête de mort.

–        Janvier 2015, la une de Charlie Hebdo « Tout est pardonné », avec écrit en travers : « Pas partout, pas à l’IUT.» Trois fois, je l’ai reçue.

–        Ma voiture vandalisée à mon domicile, vitre cassée et feuilles A4 jetées sur les sièges avec le mot « MORT ».

–        Mon courrier: « C’est bientôt la fin. » Trois fois aussi. Doivent aimer les trilogies ces gens-la. « Le Parrain », par exemple…

–        Capture d’écran de mon interview sur iTélé. Avec les yeux crevés…

–        Ce soir, ils ont sonné à mon interphone. Personne n’a parlé. C’était juste pour dire qu’ils savent où me trouver…

Je palme jusqu’à l’air libre. Je suis fatigué par mon apnée. Fatigué de ce quotidien sous tension. De la peur qui a gagné ma famille. Des précautions à prendre pour les sorties scolaires, des cauchemars de mes enfants.

Je m’écroule sur le sable. Je suis très seul sur cette plage.

Cling. J’ai reçu un SMS. Encore des menaces de mort. Carrément sur mon téléphone ! Et puis six autres SMS de six de mes enseignants. Eux aussi ont reçu des menaces de mort. À caractère antisémite. Sauf mon collègue musulman. Lui, on lui reproche de renier sa communauté. Et enfin, une de mes collaboratrices a trouvé l’étoile de David taguée sur la porte de son bureau.

J’en ai marre. On est le 24 mai 2015. Je m’appelle Mayol. Samuel Mayol. Vous pouvez faire tout ce que vous voudrez, je ne démissionnerai pas. Si j’étais décourageable, il y a longtemps que j’aurais été découragé. Mais un apnéiste sait qu’on ne peut jamais toucher le fond…

« Un chat ! Un chat ! » Des cris me font me retourner. « Un chaaaaat !!!! » La voix s’approche. Mon Jean-Loup émerge en haut de la dune, poursuivant un matou affolé.

Il n’avait pas menti, mon Jean-Loup. On peut lui faire confiance. Il appelle bien un chat un chat…[/access]

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*Image : Soleil.

Agnès Saal, victime expiatoire de la haute fonction publique

agnes saal ina juppe

Avis de grand frais sur la carrière et la vie d’Agnès Saal. Cette haut fonctionnaire, militante socialiste au cursus classique, vient de rentrer dans la zone des tempêtes. Du type de celle dont Eric Woerth est en train de sortir, la coque un peu abîmée. Avec certes cette différence que dans le cas de Madame Saal, les faits objet du scandale ont été reconnus. Les quarantièmes rugissants, elle va devoir les affronter en solitaire dans sa coquille de noix. Sa vieille copine Fleur Pellerin vient sèchement de couper le câble de remorquage qui lui permettait d’éviter de trop dériver. La solitude, Éric Woerth pourra la lui décrire. Avec l’anecdote du silence d’Alain Juppé pendant les semaines d’audience du procès Bettencourt qui se déroulait pourtant dans sa ville, à quelques mètres de la mairie. Pas un signe, alors que le « meilleur d’entre nous » avait bénéficié du soutien et de l’amitié active de Woerth quand il traversait lui-même quelques turbulences judiciaires. Pas chien, celui-ci dit conserver « toute son admiration » au candidat de la gauche pour 2017.

Cursus classique que celui d’Agnès Saal. Sciences Po, ENA, PS, puis carrière aux affaires culturelles où elle verra se succéder les postes en fonction des alternances politiques. Quand c’est la droite, un poste confortable, avec la gauche un poste de pouvoir. Trajectoire impeccable, avec une boutonnière bien garnie. Une petite déception cependant, ne pas avoir été directrice de cabinet d’Aurélie Fillipetti après mai 2012. Le lot de consolation sera la présidence assez prestigieuse de l’INA. Où, succédant au flamboyant Mathieu Gallet, elle entendra marquer son territoire en affirmant à ses collaborateurs qu’elle était « janséniste » et par conséquent austère : «En arrivant, j’ai prévenu les équipes que je suis janséniste, et que les séminaires dans les châteaux, les grands restaurants… ne sont pas mon truc

Grosse imprudence, que certains de ses collaborateurs couverts par l’anonymat ne manqueront pas de relever plus tard en saisissant le conseil d’administration d’un petit rapport circonstancié faisant apparaître un jansénisme à géométrie variable. Les compteurs des taxis utilisés par la présidente totalisaient une somme globale de plus de 40 000 euros sur dix mois, dont une partie significative pour son fils et une utilisation intensive les week-ends. Cerise sur le gâteau, la présidente disposait pourtant d’une voiture et d’un chauffeur de fonction. Articles dans la presse, incendie sur les réseaux, il fallut réagir vite. Première mesure, diligenter une enquête interne pour savoir qui étaient les corbeaux, normal. Ensuite, formuler quelques excuses devant le conseil d’administration en parlant de « maladresses », et d’un souci de ne pas demander d’heures supplémentaires à son chauffeur. On pouvait difficilement faire pire.

Eh si, on pouvait. Le tintamarre médiatique prenant des proportions inquiétantes, la ministre de tutelle Fleur Pellerin finit par réclamer ce qui était quand même la moindre des choses, une démission. Espérant qu’on s’en tiendrait là et que l’on allait pouvoir régler ça comme on fait d’habitude, c’est-à-dire dans un entre-soi confortable. Exfiltration et réintégration dans l’administration d’origine, le ministère de la Culture avec un poste créé sur mesure à l’intitulé savoureux : «chargée de mission sur les questions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ». Nouvelle explosion, nouvel incendie, début de débandade, jusqu’au Président de la République qui fait rapidement savoir qu’il a piqué une grosse colère. Interpellée à l’Assemblée nationale, la ministre toujours aussi bien inspirée demande aux parlementaires de prendre des leçons « d’État de droit ».

Justement, que dit le droit ? Plusieurs choses. Tout d’abord, Madame Saal ayant commis une faute, il appartient au chef de son administration, à savoir Madame Pellerin de diligenter une procédure disciplinaire. Dans la mesure où celle-ci peut aboutir à une sanction, et sur ce point la ministre a raison, un débat contradictoire doit se dérouler et les droits de la défense s’exercer. Cela prend un peu de temps, et compte tenu de l’ampleur du scandale il aurait été peut-être plus sage de la suspendre en attendant plutôt que de la réintégrer de cette façon. Dire qu’il y avait obligation de le faire est faux. Les fautes commises (et reconnues) ont-elles un caractère pénal ? C’est plus que probable. L’INA étant un établissement public administratif, ce sont les règles dont relèvent les agents publics qui s’appliquent. Ce sera donc détournements de biens publics ou concussion, suivant ce que la procédure permettra d’établir. Mais de cette évidence initiale, la ministre aurait dû tirer les conséquences et appliquer immédiatement l’article 40 du Code de Procédure Pénale qui lui faisait obligation de porter les faits à la connaissance du parquet. « L’État de droit », c’est aussi ça. Attendre un mois et demi, et l’intervention bruyante avec dépôt d’une plainte d’une association pour le faire, a provoqué les quolibets qu’on imagine[2. On notera l’inertie initiale du parquet, que l’on a connu plus diligent. Comme par exemple lorsqu’il a ouvert dans la journée sur la base d’une écoute probablement illégale contre Nicolas Sarkozy.]

Sans trop charger la barque, on évoquera aussi la possible intervention de la Cour des comptes. « Gestion de fait, mandats fictifs, Cour de Discipline Budgétaire », tous ces gros mots que l’on n’a pas encore entendus, mais cela pourrait venir. Et face à tout cela, il va falloir à Madame Saal du caractère, parce qu’aux deux séquences : protection et lâchage, va succéder celle du lynchage. On va la sacrifier, en coupable expiatoire ce qui permettra de ne pas poser la seule question qui vaille dans cette affaire : « comment en 2015 une haut fonctionnaire chevronnée a pu s’adonner à ce genre de pratiques sans en mesurer le caractère intolérable et les risques encourus ? »

La réponse est simple : c’est parce que dans la haute fonction publique d’État, tout le monde fait pareil et que l’exemple vient d’en haut. Rémunérations opaques, avantages parfois vertigineux (voir par exemple le statut et les revenus du trésorier payeur des Hauts-de-Seine), nominations de complaisance, tours extérieurs, placards dorés, préfet hors cadre à 34 ans, inspecteur général de l’agriculture, des affaires sociales, de l’équipement à tout âge, etc.). N’oublions pas le pantouflage qui permet d’aller monnayer un carnet d’adresses à défaut de ses compétences. Emmanuel Todd, qui ne dit pas que des bêtises, avait relevé que les serviteurs les plus zélés de l’oligarchie financière se recrutaient beaucoup plus chez les hauts fonctionnaires du Trésor que dans la sphère politique. Et qu’en matière de transparence sur les patrimoines, ce serait peut-être une bonne idée d’aller regarder de ce côté-là.

Alors, on notifie à Agnès Saal qu’elle est sortie du cercle et que la préservation de celui-ci impose son sacrifice. J’espère vraiment qu’elle et son fils n’auront pas droit au grand jeu : écoutes téléphoniques, perquisitions et gardes à vue. Cette affaire ne le justifie pas. Elle a remboursé, et elle doit être encore sous le souffle de l’explosion en vol de sa carrière. Surtout, passer ses nerfs sur elle ne servira qu’à exciter la clameur en évitant de traiter le véritable problème. Celui de cette haute fonction publique qui se sert avant de servir l’État.

*Photo : HARSIN ISABELLE/SIPA. 00694771_000028.

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Régionales italiennes: Renzi libéré, mais Renzi bousculé

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élections régionales Italie Mateo Renzi

Au 16, rue Sant’Andrea delle Fratte, siège romain du Parti démocrate (PD), on ne cesse de le répéter : « Cinq victoires à deux, c’est un excellent résultat ». Et pourtant, selon les pronostics du président du Conseil italien, Matteo Renzi, et de ses proches, les élections régionales de dimanche auraient dû rapporter sept régions à la gauche et zéro à la droite. Ça n’a pas été le cas. L’inguérissable optimisme du jeune leader démocrate a dû se confronter à la réalité d’un parti, le sien, secoué de toutes parts. D’abord, la montée en puissance d’une aile gauche toujours plus hargneuse et performante. Ensuite, une Ligue du Nord qui – grâce au talent de rassembleur de Matteo Salvini – est devenue en deux ans le premier parti de droite en Italie. Mais aussi un Berlusconi ressuscité par le visage rassurant de son porte-parole, Giovanni Toti. Et enfin un Mouvement 5 étoiles qui se professionnalise et poursuit son enracinement, bien que son fondateur et leader charismatique, Beppe Grillo, s’en distancie de plus en plus.

Les 41% de suffrages récoltés aux dernières élections européennes ne sont plus aujourd’hui qu’un lointain souvenir pour Renzi. Pendant la campagne électorale, il avait beau de marteler que le vote de dimanche « n’était pas un test sur lui ». N’empêche, son parti, « la gauche qui gagne », comme il l’avait présenté audacieusement et un brin arrogant à l’issue du triomphe électoral de l’année dernière, a perdu presque 2 millions de voix en douze mois. Son dynamisme fébrile et son exubérance réformatrice ont subi, ce weekend, un coup d’arrêt significatif. Bien sûr, Renzi fait comme si rien ne s’était passé, garde le sourire, et pour fuir les éditoriaux vénéneux comme les questions gênantes des journalistes italiens, a pris hier en toute discrétion une avion pour l’Afghanistan, afin de fêter aujourd’hui à Harat, aux côtés de son contingent, la fête de la République italienne.

À l’échelon national, le score du Parti démocrate aux élections régionales plafonne à 23,7%, devant le M5S, 18%, la Ligue du Nord, 12,5%, et Forza Italia, 10,7%. Nonobstant sa troisième place, le parti de Salvini a été le seul à gagner des voix, selon le rapport de l’institut Cattaneo : 786 000 électeurs de plus, ce qui lui a permis de dépasser Forza Italia. Mais il faut se pencher sur le détail de ces résultats électoraux, en commençant par les Pouilles. Pour le candidat démocrate Michele Emiliano, dans la région du sud-est de l’Italie, c’est la chronique d’une victoire annoncée. L’ex maire de Bari, qui est tout sauf un renziste (et pourrait même devenir l’anti-Renzi dans les semaines qui viennent), a pu facilement profiter du règlement de compte au sein de Forza Italia, avec la liste dissidente de Raffaele Fitto, député européen frondeur, qui a entravé le chemin du candidat berlusconiste Francesco Schitulli, arrivé en troisième position derrière la « grillina » Antonella Laricchia. Dans les Marches comme en Toscane, bastion électoral de Renzi, les candidats du PD, respectivement Luca Ceriscioli et Enrico Rossi, se sont débarrassés sans trop d’angoisse de leurs adversaires. Au contraire, en Ombrie, fief historique de la gauche, la renziste Catiuscia Marini a devancé de très peu (3% de plus) l’opposant berlusconiste Claudo Ricci. Et en Campanie, Vincenzo De Luca, malgré sa victoire de justesse contre le candidat de droite Stefano Caldoro, risque de voir son élection « suspendue » à cause d’une condamnation pour « abus de pouvoir ».

Mais pour Renzi, les vrais problèmes viennent du Nord. Si en Vénétie, terre de prédilection de la Ligue du Nord, la raclée électorale subie par Alessandra Moretti était prévisible (le « leghista » Luca Zaia a obtenu 50,08% des voix, Moretti à peine 22,74%), c’est de la Ligurie, région « rouge » depuis toujours, que le président du Conseil ferait bien de se commencer à se soucier. Renzi a attribué la responsabilité de la défaite de la candidate Raffaella Paita à la « gauche masochiste » (l’aile gauche du PD, défavorable au tournant libéral opéré par Renzi depuis son arrivée au Palazzo Chigi) qui, avec une liste dissidente menée par Luca Pastorino, a fait gagner le berlusconiste Giovanni Toti. Mais malheureusement pour lui, cette fronde n’est pas seulement une réalité locale, ligurienne. Elle est en train de prendre toujours plus d’ampleur au niveau national. Selon le Corriere della Sera, Pippo Civati, guide des frondeurs et principal sponsor du dissident Pastorino en Ligurie, est en passe d’officialiser la naissance de « Possibile », variation italienne du Podemos espagnol.

Stefano Fassina, l’un des tenors de l’aile gauche du PD, a menacé d’une scission immédiate, s’il n’y a pas une correction de la politique économique du parti et un retour sur la très critiquée réforme de l’école. « Les femmes ont trahi Renzi », a commenté le quotidien libéral-conservateur Libero, se référant à la cuisante défaite subie par l’« amazzone » Alessandra Moretti, et à la deuxième place de Raffaella Paita, qui a permis au candidat berlusconiste Toti de s’emparer de la présidence de la Ligurie. Le « giglio magico » (lys magique) du président du Conseil, comme on appelle le cercle de ses principaux acolytes, s’est transformé soudainement en « giglio tragico » (lys tragique), mais il est peu probable que Renzi concrétise un remaniement des équipes dirigeantes du Parti démocrate. Le jeune président du Conseil italien ferait bien, cependant, de surveiller avec plus d’attention son aile gauche, afin d’éviter de très délicates élections politiques anticipées.

*Photo : Francesco Bellini/AP/SIPA/AP21742863_000005

Alerte rouge: Les Républicains débattent de l’islam

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« Je porte un regard extrêmement inquiet (parce que) l’ancienne UMP organise une première convention sur l’islam à huis clos », a déclaré le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll ce matin.  La référence au 6 février 1934 n’est pas clairement assumée, mais on la sent poindre. Car une poignée de factieux de droite – pléonasme – s’apprête à débattre de la place de l’islam en France sous l’autorité d’Henri Guaino, dont on connaît l’islamophobie maladive (rires enregistrés). Pour ne pas gâcher la fête sans doucher les attentes de sa base, Nicolas Sarkozy avait décidé de réduire cette grande conférence à une demi-journée de dialogue à l’abri des journalistes, histoire que rien ne dépasse ni ne dérape. Ces précautions ne suffisent manifestement pas à rasséréner les plus fébriles. Parmi ces derniers, des ministres inquiets et désœuvrés malgré tous les chantiers qui les attendent – au hasard : la crise du capitalisme, la catastrophe écologique, les menaces terroristes, etc.

On savait qu’il existait des livres et des auteurs proscrits – Zemmour, Houellebecq, Onfray et même Todd – que les collaborateurs du Premier ministre brûlent à coups de gousse d’ail et de tribunes dans la presse, sans que la température monte à 451 degrés Fahrenheit. Six ans après le fiasco du débat sur l’identité nationale, fascisé avant même d’avoir commencé, notre classe politique nous apprend qu’il est des mots, des thèmes et des pensées interdites, sous peine de tomber dans l’enfer glacé des blasphémateurs.

Dans un article qui vaut son pesant d’interdisciplinarité, Pascal Bories avait noté que Valls était bien Charlie, puisqu’il caricature à merveille les idées des opposants à la réforme du collège. De son bureau au ministère de l’Agriculture, Stéphane Le Foll préfère la déculottée en rase campagne au débat sur la deuxième religion de France. Afin d’étudier la question à fond, il aurait pu faire une petite retraite, en emportant des exemplaires du Coran, des innombrables Hadiths, et des différentes interprétations de ces milliers de pages. On gagne toujours à se mettre au vert…

Michel-Marie Zanotti-Sorkine : ne rejetons pas les homosexuels

Michel-Marie Zanotti-Sorkine curé Réformés Marseille

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

 

En tant que prêtre, quelle est votre mission sur terre?

Rappeler aux hommes que la vie éternelle existe. Tout homme, au moment de sa mort, qu’il soit chrétien, musulman, juif, ou même athée rencontre Jésus et découvre qu’il a été sauvé par Lui. Je le crois. Aujourd’hui, la majorité des gens se retrouve sans espérance, convaincue que la vie s’arrête à quatre-vingts ans ou quatre-vingt-dix ans. Ce qui génère un désespoir ambiant. L’Eglise doit rappeler inlassablement que la mort n’est pas un mur mais une porte qui ouvre sur un bonheur infini.

Vous considérez-vous comme un prêtre moderne ?

Quelle horreur ! Je ne suis pas moderne, je suis actuel parce que j’entends servir un être éternel que l’on appelle Dieu, et s’il est éternel, il est actuel ! Je suis donc un prêtre au service de mon temps et qui a besoin de la pure lumière de l’Evangile. J’espère en donner un éclat.

Comment par la musique et après avoir fréquenté le monde de la nuit, êtes-vous arrivé à devenir prêtre ?

Ma vocation est née à l’âge de 8 ans et il m’a fallu beaucoup de temps – grâce à Dieu ! – pour la réaliser. Mes dix années passées dans les cabarets parisiens ont constitué une étape essentielle dans la marche vers le sacerdoce. Comment servir l’âme humaine si on ne la connaît pas dans sa beauté et ses combats? J’ai croisé en des lieux d’enfer des êtres lumineux, j’ai vu les amours se faire et se défaire, j’ai senti la foi palpiter dans des cœurs d’enfants prodigues ou de brebis égarées. Grâce à toutes ces rencontres, j’ai cessé de porter des jugements péremptoires, de partager l’humanité entre les purs et  les impurs, et même entre les bons et les méchants. La pensée du Christ est plus subtile. Elle repose sur une connaissance approfondie de l’âme humaine qui ne cesse d’offrir mille complexités.

Si vous deviez résumer conceptuellement la raison de votre engagement, que diriez-vous ?

Les concepts ne sont pas ma tasse de thé. Je préfère le café fort des images ! Alors, je choisis le beau visage du Christ, avec ses longs cheveux, sa barbe taillée, ses yeux clairs souriant au monde et serrant contre lui pour les féliciter deux êtres qui s’aiment.

À quoi attribuez-vous l’accroissement du nombre d’athées en France ?

D’une manière générale, il me semble que les opposants à la foi le sont parce qu’ils ont l’impression que la religion, et donc que l’Eglise, va leur imposer une manière de vivre. Les athées ne veulent pas mettre en péril leur liberté, et permettez-moi de penser qu’ils ont raison. Faisons découvrir la beauté de la foi à tous ces êtres apeurés par des systèmes de pensée qui peuvent sembler clos, et ces derniers découvriront alors que Dieu notre Père leur accorde une liberté totale pour conduire leur vie dès l’instant où ils adhèrent au commandement de l’amour révélé par son Fils.

Dans votre livre intitulé L’ Amour, une affaire sacrée, une sacrée affaire, vous mettez en garde les jeunes contre les rapports sexuels précoces. Ne craignez-vous pas qu’ils vous rient au nez ?

Tant pis pour leur réaction.  S’ils acceptent de m’écouter, c’est déjà bien. Et je suis sûr qu’ils reconnaîtront dans mes propos mon désir de travailler à leur bonheur. Aujourd’hui, l’évidence est là : peu de personnes réussissent leur amour. Que de ruptures, que de divorces, que de pleurs versés en raison d’amours meurtries. Sans compter, mais en comptant, les 280 000 avortements par an. Quel massacre ! Cela serait évitable, dès l’instant où l’on voudrait bien lier le don des corps, la beauté de l’étreinte, à un véritable attachement entre deux personnes. L’amour  n’est pas un jeu, et ce n’est pas être moralisateur que de l’affirmer. Quand on a quinze ans, si l’on se jette dans les bras du premier ou de la première venue, on risque de vite déchanter. Et moi, je suis pour l’enchantement de la vie ! Je le répète : l’étreinte des corps sans attachement réciproque n’apporte pas grand-chose, si ce n’est un peu de plaisir immédiat, et souvent de la peine au cœur. On a tout donné à un être : son corps, ses baisers, on a atteint  jusqu’à la nudité de l’autre et au petit matin, on se dit « bye-bye » pour ne jamais se revoir. C’est nul ! Je souhaite à tous les jeunes de vivre des amours plus denses qui font danser le cœur et pas que le corps !

Pensez-vous qu’un personnage comme Dominique Strauss-Kahn cristallise ces dérives mieux que quiconque ?

Pas du tout. On a stigmatisé Monsieur Strauss-Kahn, mais en vérité, il n’a exprimé que les faiblesses propres à l’être humain. Si Jésus était sur la terre, et que Monsieur Strauss-Kahn le rencontrait, ce dernier sentirait son amour, sa compréhension et son pardon. Et puisque j’y suis, permettez-moi de penser que si par impossible, Monsieur Strauss Khan venait me voir, je lui ouvrirais grand mes bras, et je lui dirais : « Enfant de la terre, tu as cru comme la majorité des hommes que la sexualité pouvait se vivre détachée de l’amour. Ce n’est pas la fin du monde. Mais tu vois où cela t’a conduit … » Et sur l’instant, j’en suis sûr, d’autant plus qu’il est juif et qu’il est donc dans son être orienté à savourer l’éternel, il retrouverait toute sa dignité et sa place au milieu d’une humanité qui n’est pas meilleure que lui.

Et les homosexuels qui veulent se marier, comment les recevez-vous ?

Comme des personnes qui ne méritent pas d’être rejetées en raison de leur choix. La légalisation des chemins particuliers me semble inutile. C’est encore faire preuve de conformisme que de vouloir marier tout le monde ! Que la société défende les droits de chacun, voilà son rôle, mais qu’elle fiche la paix à chacun en laissant chacun vivre sa vie dans sa lumière. Je suis convaincu que si Jean Cocteau et Jean Marais étaient là, ils tireraient à boulets rouges sur le mariage gay, qui est le summum du conventionnel.

En revanche l’amour entre deux êtres doit être enveloppé de respect. Il y a ce verset de l’épître de saint Jean qui indique la route à suivre : « Celui qui demeure en l’amour demeure en Dieu  et Dieu demeure en lui. Laissons les êtres vivre comme ils peuvent vivre !

Quel est le contenu du disque que vous enregistrez aujourd’hui ?

Ce sont des chansons dont j’ai écrit les paroles et la musique. Elles ne sont pas à proprement parler religieuses, si ce n’est qu’elles exaltent la vie, qu’elles invitent à l’élan, à l’enthousiasme qu’elle exige en plaçant l’amour très haut, à la source du bonheur. J’espère que ce disque sortira l’automne prochain et qu’il donnera lieu à un spectacle d’abord parisien.

Un autre évènement qui me tient très à cœur et dont je vous dis deux mots, c’est la sortie, le 13 Mai, d’un coffret édité par les Editions Artège contenant 130 homélies que j’ai prononcées ; 33 heures d’écoute qui, je l’espère, feront le plus grand bien aux âmes dans leurs maisons mais aussi dans leurs voitures !

C’est vous donc qui allez chanter ces chansons, et chanter sur scène en soutane ?

Eh oui, qu’est-ce que vous croyez ! Si je mettais mon sacerdoce dans ma poche, je ne serais plus digne ni du Christ, ni d’un public qui, j’en suis sûr, aime le vrai, l’authentique, et non le faussement racoleur. S’adapter, c’est se nier. Etre dans le vent, disait Gustave Thibon, c’est l’ambition d’une feuille morte, et ce n’est pas la mienne !

Puisque l’on parle « musique », je suis triste de constater l’engouement d’une certaine jeunesse pour le métal, la techno où la mélodie est absente. le goût est abîmé. Et pourtant, la mélodie correspond très profondément à la sensibilité humaine. La preuve, c’est que dans une boîte de nuit, quand, à la fin de la soirée le DJ passe une chanson de Claude François ou de Dalida, eh bien tout le monde est content et se met à danser ! C’est la preuve que le monde n’est pas fini. Aujourd’hui, bien des clips sont agressifs ou présentent les impacts d’amours échouées. C’est ainsi, c’est notre temps dépressif et sinistre qui se décrit. J’espère, de mon côté, (mais je ne suis pas le seul !) apporter un peu de clarté à notre monde assombri.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de passer trop de temps avec les médias plus qu’avec les fidèles ?

Je leur réponds qu’ils ne connaissent pas ma vie. Je rentre de Bruxelles où je viens de prêcher et de donner une conférence à de nombreux fidèles, et je m’apprête dans huit jours à donner trois enseignements sur la Vierge Marie à six-cents fidèles qui se sont inscrits à ces trois rendez-vous.

Et puis, je dis à chacun de s’occuper de sa pomme et de ne pas outrager le parcours d’un homme qui avec ses limites et ses grâces essaie de rejoindre le plus grand nombre.

Que faites-vous de l’argent que vous gagnez avec vos livres et vos disques?

Je mange du maïs, de la salade et de la Vache qui rit. Je fais le plein de ma voiture. Je donne trop d’euros à la SNCF pour mes voyages apostoliques. Et avec l’argent que je n’ai pas encore, je rêve de projets non pas démentiels mais paradisiaques!

Dernière question : quelle est votre ambition aujourd’hui ? Devenir évêque, voire Pape ?

Ceux qui me connaissent savent que dans l’Eglise, je fais une anti-carrière. Mon unique ambition, c’est de servir Jésus et Marie tant bien que mal. Et puis permettez-moi de vous faire une petite confidence : mes couleurs préférées ne sont ni le violet, ni le blanc, mais le rouge, couleur de l’amour et du sang, et le bleu, couleur de Marie et des océans aux rivages infinis…

*Photo : Gilles Bassignac.

Emmanuel Todd : Qui est zombie?

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emmanuel todd charlie islam

emmanuel todd charlie islam

Emmanuel Todd n’a pas de chance : il est de gauche, donc il vit dans un milieu de gauche – « de centre gauche », précise-t-il sur France Inter. La plupart du temps, c’est très agréable : appartenir au camp des gentils, ça donne le droit d’insulter en boucle et de calomnier en bande un tas de méchants – Sarkozy, Zemmour, Finkielkraut, Merkel, La Manif pour tous, la roue tourne. Je ne me rappelle pas l’avoir entendu s’offusquer de l’unanimisme satisfait qui, à intervalles réguliers, se déchaîne contre l’une ou l’autre de ses têtes de Turc. Et il ne me cause plus, rapport à mes mauvaises idées islamophobes – il faut croire que l’exogamie intellectuelle, ce n’est pas son truc. Il faut dire qu’en plus de ne pas penser comme lui, je ne suis même pas un savant. Todd, c’est du sérieux, il lit l’avenir dans les courbes de la France, on ne peut pas lutter.

Jusqu’au 7 janvier, Todd s’entendait à merveille avec ses copains « de centre gauche », des gens sympas qui sont pour le mariage gay, adorent le rap et sont abonnés à Mediapart. D’accord, ils se disputaient souvent sur l’Europe, mais, en 2012, ils étaient tous hollandistes, et même, dans le cas de Todd qui rêvait de New Deal, hollandiste révolutionnaire. Alors, il n’a pas l’habitude de se faire engueuler dans les dîners, ni de se faire chahuter à France Inter.

Et puis il y a eu ces attentats, à Charlie et à l’Hyper Cacher et, surtout, il y a eu le 11 janvier, quand 4 millions de gogos ont défilé en croyant défendre la République, ou la liberté, ou quelque chose d’approchant, alors qu’en vrai, ils ne se mettaient ensemble que pour réclamer le droit de « blasphémer sur Mahomet, personnage central de la religion d’un groupe faible et discriminé ». Et n’allez pas lui faire le coup de Voltaire qu’on assassine : le blasphème, affirme notre savant, « devrait être qualifié d’incitation à la haine religieuse, ethnique ou raciale ». Des caricatures de Mahomet ! Que fait la Justice ? Il est vrai qu’à la fin de son livre, il précise, dans un grand accès d’œcuménisme réconciliateur, que, dans l’heureuse perspective d’un accommodement de la République avec l’islam, « le droit au blasphème est absolu ». Délit ou droit, il faudrait savoir. Passons.

Le 11 janvier, donc, Todd a eu un « flash totalitaire ». Rappelez-vous, il flottait dans l’air une odeur d’Inquisition, un relent de Vichy. Dopées aux bons sentiments, les foules marchaient au pas et ses copains de centre-gauche tenaient à l’œil ceux qui osaient braver l’ordre nouveau et dire qu’ils n’étaient pas Charlie. Todd raconte son expérience initiatique du désaccord en milieu progressiste. « Quand j’ai annoncé que je n’irais pas manifester, j’ai entendu des horreurs dans mon environnement proche, on m’a accusé d’être un mauvais Français. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur de m’exprimer. » Ça a dû lui faire tout drôle, d’habitude c’est lui qui dénonce la mauvaise France.[access capability= »lire_inedits »]

De son calvaire, notre savant a fait un livre, un livre savant, avec des cartes et des courbes, dont il est très satisfait. N’empêche, s’il n’était pas de gauche, il n’aurait pas eu à se donner tout ce mal. En effet, il lui aurait suffi de sortir un peu de son « environnement proche » pour observer qu’ailleurs, dans le mien par exemple, on n’était pas obligé de communier. On avait le droit de se moquer de l’air compassé des animateurs de Canal+, avec leurs T-shirts « Je suis Charlie » enfilés par-dessus leurs vêtements. On avait le droit de ne pas vouloir manifester. On avait le droit de ne pas en être. Le 10 janvier, j’ai publié un texte disant que je n’étais plus très sûre d’aller marcher. L’ambiance fusionnelle, avec la ritournelle des grands mots, les promesses que plus jamais ça et la prolifération planétaire des « Je suis Charlie » commençaient à me taper sur les nerfs. Moi et mes copains pas-de-gauche (enfin, pas tous), on était partagés, on avait envie d’y croire mais on n’était pas dupes. Le 11 janvier, il y avait déjà pas mal de goguenards dans les rues. Après, le président nous a demandé, avec des accents churchilliens, de garder pieusement l’esprit du 11 janvier. Et puis il nous a conseillé d’aller faire les soldes, parce qu’on n’allait quand même pas y passer l’année. Cela dit, si Todd était sorti de chez lui, ça lui aurait plu, d’entendre le Premier ministre déclarer que tout ça, c’était la faute à l’apartheid, donc notre faute à nous.

En réalité, dès le jour de l’attentat, quelques-uns de mes avisés confrères faisaient du Todd sans le savoir. Les vrais responsables, proclamaient-ils, n’étaient pas les islamistes mais les islamophobes. Rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam, répétait Plenel, la moustache tremblante. Dommage, vraiment, que Todd ait raté tout ça, il se serait senti moins seul.

Sauf que justement, il voulait se sentir seul. Seul contre tous. Pour pouvoir jouer les prophètes maudits, il lui fallait une France lobotomisée. Il lui a fallu quatre mois pour l’inventer. Début mai, il est ressorti de sa boîte très remonté, avec un livre annoncé comme un brûlot. Depuis, toute la France l’a entendu vitupérer, de plateau en studio, les vieux, les riches et les Bas-Bretons (façon de parler). Les journalistes qui osaient le contredire se faisaient rembarrer sans ménagement : « Vous n’avez pas lu mon livre ! » – sinon, tu saurais où est la vérité. Le Premier ministre, lui, l’a fait lire par ses conseillers, qui lui ont rédigé une tribune pour répondre – c’est son nouveau hobby, à Valls, il aime bien nous dire ce qu’il faut lire. Moi, si le Premier ministre me répondait, je serais un peu flattée, mais Todd, ça l’a mis en rage, alors il l’a traité de pétainiste, et toc. Il est comme ça, il adore épater le bourgeois. Pas gêné pour Un jour, je l’ai entendu insinuer que les meurtres de Merah étaient peut-être le résultat d’une basse manœuvre des services sarkozystes. Un garnement narcissique qui conjugue la suffisance du premier de la classe et l’insolence du cancre.

Dans ces conditions, pourquoi participer à la curée ? D’abord, il n’y a pas de curée. Dans les médias, on l’interroge avec déférence même quand il part en vrille et se répand en imprécations – j’appelle ça son genre entonnoir sur la tête. On le contredit poliment. On le prend au sérieux, peut-être pas toujours à raison d’ailleurs. N’empêche, avec « l’affaire Charlie », il a énervé pas mal de monde, y compris votre servante. Moi aussi il m’a énervée, mais pas pour les mêmes raisons. Ses copains de centre-gauche, socialistes tièdes et petits bourgeois frileux qu’il accable de son mépris, sont blessés ou furieux parce qu’ils n’aiment pas qu’on blasphème sur leur « 11 janvier ». Il a décrété que c’était une « imposture », ça les a vexés. Pas moi. Sur ce coup, je suis comme Todd, je ne crois pas au « 11 janvier ». Notez que j’aimerais bien. Seulement, il y a quelques raisons de craindre que l’esprit de résistance n’ait été que le masque festif du désir de soumission. Le livre de Todd est l’une de ces raisons. Par une petite farce de la généalogie, ce juif athée et assimilationniste est, avec Edwy Plenel, Claude Askolovitch et d’autres, l’une des têtes de file du « parti de l’Autre » (trouvaille que j’envie à Alain Finkielkraut). On pourrait aussi bien parler de « parti des Musulmans », puisque Todd, comme Plenel et Askolovitch, se pose explicitement en défenseur de la minorité musulmane victime de l’islamophobie hargneuse des classes moyenne. Bref, sa grille de lecture de l’après-Charlie ressemble beaucoup à celle qui a cours dans une certaine gauche pénitentielle, anti-laïque et fanatiquement intolérante. Dans les milieux islamistes et crypto-islamistes, chez les Indigènes de la République, le Todd 2015 doit faire un tabac.

Faute de temps et plus encore d’énergie pour entrer dans le maquis des assertions non démontrées, des contre-vérités et des propos délirants, entrelardés, soyons honnêtes, de quelques considérations stimulantes, on se contentera de résumer le propos à grands traits. Le décor que Todd a planté depuis longtemps, ce sont les deux France, inscrites dans l’histoire des structures familiales. La France centrale et méditerranéenne, de tradition athée et révolutionnaire, est égalitaire, aimable, tolérante ; la France périphérique, qui resta longtemps catholique et antirépublicaine, n’aime pas l’égalité, elle aime l’autorité. Or, je vous le donne en mille, le 11 janvier, c’est la mauvaise France qui s’est le plus mobilisée. Et comme elle ne peut pas avoir de bonnes raisons, elle devait en avoir d’autres, cachées et inavouables, qui étaient de s’en prendre aux musulmans, boucs émissaires de ses aigreurs.

Résumons : la France qui était Charlie et qui a défilé le 11 janvier à Paris et dans les grandes villes, c’est la France périphérique des régions anciennement catholiques, berceau de ceux que Todd appelle les « catholiques-zombies ». Les cathos-zombies ne savent plus qu’ils ont été catholiques, mais, de ce passé oublié, ils ont conservé les références inégalitaires et les structures autoritaires. En somme, catho un jour, salaud toujours. Certains se sont sentis insultés par le mot « zombie », ils ont eu tort : pour Todd, c’est « catho » qui est insultant. Mais puisque nous avons tous des origines dont notre inconscient a conservé les traces, nous sommes tous des zombies – Cro-Magnon-zombies, juifs-zombies….Du reste, c’est peut-être cette conversion des appartenances manifestes en héritages latents qui nous a permis de fonder des nations qui les transcendent : les cathos-zombies ne sont pas des Français-zombies.  La blague, avec Todd, c’est que ces lointaines origines deviennent des déterminismes implacables. Au passage, il pose une question fondamentale que les Français ont perdue de vue, habitués qu’ils sont à vivre dans un monde sans Dieu. Une société peut-elle fonctionner sans croyance commune ? En effet, aucun pays n’a chassé aussi radicalement Dieu de la Cité que la France, aucun n’est gouverné par des élites aussi activement athées. Mais la France, nous dit Todd, a mal à sa religion disparue, comme on souffre d’un membre amputé, ce qui explique que les questions religieuses soient si explosives dans un pays si fier de sa laïcité.

On a l’idéologie de son anthropologie : le catho-zombie est donc volontiers néo-républicain, système « plus proche de Vichy dans son concept que de la IIIe République » qui définit, nous explique Todd, une République d’exclusion et fait de la laïcité une arme punitive contre qui vous savez. Sociologiquement, enfin, le catho-zombie appartient à ces classes moyennes égoïstes, encore relativement épargnées par la crise, qui ont mis en place l’Europe de Maastricht. Bref, pour Todd, il coche toutes les cases. Face à cet odieux personnage, l’immigré musulman, qui a importé ses structures familiales égalitaires (égalitaires pour les garçons mais on ne va pas s’arrêter à ce détail), est naturellement outillé pour s’assimiler en douceur à la France centrale. Si on pousse cette logique à son terme, ce ne sont pas les musulmans, porteurs de valeurs virilo-égalitaires, qui posent des problèmes au pacte républicain, mais les Bretons et autres Français périphériques. On commence par étudier des cartes et on a soudain l’impression de se retrouver dans un asile de fous sans savoir à quel moment a eu lieu la sortie de route. Le monde que décrit Todd possède une sorte de logique interne, mais il n’a rigoureusement aucun rapport avec le réel. « Pour un savant, l’expérience sensible n’existe pas », m’a-t-il dit un jour alors que je l’interrogeais sur les discordances entre ses courbes et la vraie vie. Todd observe à la loupe, mais il ne voit rien, ni le séparatisme croissant d’une partie des musulmans, ni les revendications identitaires, ni la haine de la France. Certes, il consent désormais à reconnaître l’antisémitisme des banlieues, mais pour conclure qu’il est l’expression d’aspirations égalitaires frustrées. Il faut les comprendre. Quoi qu’il en soit, comme dit le Président, ça n’a rien à voir avec l’islam. En attendant, on finit par se demander si Emmanuel Todd n’est pas devenu un intello-zombie.[/access]

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 *Photo : Hannah.

Tarnac, la diversion qui revient

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Confidence pour confidence, je donne rarement dans la pétitionnite ou l’indignation télécommandée. Mais chaque règle ayant ses exceptions, je viens d’apposer ma signature au bas d’une mobilisation virtuelle en faveur des inculpés de Tarnac, lancée à l’initiative du romancier Serge Quadruppani. Ce texte est moins un appel de soutien qu’une philippique contre l’acharnement judiciaire qui frappe ce groupuscule d’ultragauche depuis 2009, au nom d’une obscure lutte antiterroriste. Dernier épisode en date, le renvoi en correctionnelle de huit accusés, dont trois pour actes de terrorisme, malgré un dossier aussi vide que les caisses de l’Etat grec. Pour une chronique détaillée des faits, on lira l‘excellent résumé qu’avait rédigé Bruno Maillé il y a déjà plusieurs années.

Depuis, on n’a rien vu de nouveau sous le soleil corrézien. De Hollande à Sarkozy, de MAM à Cazeneuve, la même stratégie de diversion spectaculaire se déploie sur tout le territoire : selon la légende policière, L’insurrection qui vient, ce brûlot anonyme prônant le retrait de la société par tous les moyens, même légaux, aurait précédé le sabotage de voies ferroviaires, sous le commandement du gourou Julien Coupat. Il serait absurde de détailler ici toutes les objections théoriques que m’inspire ce petit manifeste post-situ, à la phraséologie hégélienne parfois absconse, ni de mégoter sa solidarité au prétexte des calembredaines que Coupat a sorties contre Charlie.

Même un gentil réformiste désespérément raisonnable devrait comprendre qu’on ne rétablit pas impunément le délit d’opinion. De toute manière, l’urgence n’est pas aux ergotages mais à la décence commune, cette notion orwellienne que les lecteurs ultradroitards de 1984 subvertissent en mot d’ordre sécuritaire. Or, la bonne vieille common decency commande de ne pas mégoter lorsque la liberté d’expression, de critique radicale et de remise en cause des cadres institués se heurtent à la paranoïa de l’État profond. Des lecteurs de Debord et Sanguinetti dénonçant la stratégie de la tension que la place Beauvau et le parquet appliquent contre Tarnac, ou de nos gouvernants qui prennent une poignée de militants radicaux pour des terroristes, on se demande qui sont les complotistes…

Pour toutes ces raisons et bien d’autres que je n’ai pas le temps d’énoncer, j’invite tous nos amis démocrates à signer la pétition qui commence par ces mots : ‘Je suis l’auteur de L’insurrection qui vient ». J’ai hâte de voir tous les contempteurs de la « bien-pensance », « pensée unique » et autre « politiquement correct » épauler ces révoltés de l’autre bord…

Israël : Stéphane Richard répudie Partner

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Israël Orange Partner

 

Israël Orange Partner

Hier, lors d’une conférence de presse organisée à l’issue d’une entrevue avec le Premier ministre égyptien Ibrahim Mahlab, le PDG d’Orange Stéphane Richard a mis sur les points sur les i lorsqu’un journaliste l’a interrogé sur les liens de son entreprise avec la société israélienne Partner, notamment implantée dans les colonies de Cisjordanie. «Je suis prêt à (les) abandonner demain matin » mais « sans exposer Orange à des risques (juridiques) énormes», a lâché Richard.

Exposons le fond de l’affaire. Depuis 1998, après la signature d’un accord avec Hutchison – propriétaire à l’époque de la marque Orange – Partner (2,77 millions d’abonnés en Israël, soit 28% du marché) distribue ses offres de téléphonie mobile sous l’estampille Orange. Quand France Telecom achète Orange à la société hongkongaise, elle hérite aussi de ce contrat, renouvelé d’ailleurs récemment pour dix ans. Pour la société israélienne la marque est un atout important – ou au moins elle l’était jusqu’à hier… – dans lequel elle a beaucoup investie depuis 17 ans. Pour FT, ça représente quelques millions d’euros de recettes – donc presque rien.

Mais la sortie de Richard, incarnation du grand patron français alternant le service dans la haute fonction publique et les pantouflages dans le monde des affaires, ne doit rien au hasard. Au Caire, les affaires sont les affaires. Et si à Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa, ou même Hébron, Orange ne dispose que d’un partenariat commercial avec une boîte locale, il en va tout autrement à l’ombre des pyramides.  Mobinil, l’une des principales sociétés de GSM égyptiennes, est détenue à 94% par le groupe français, ce qui en fait de facto une de ses filiales, dans un pays de plus de 80 millions de consommateurs. Soit un marché à peu près huit fois plus important que la clientèle israélienne. Vu les chiffres, pas besoin d’un MBA – ni même d’être dircab à Bercy – pour comprendre de quoi il en retourne…

La petite phrase de Richard survient dans des circonstances particulières. Il a probablement longuement été question du partenariat franco-israélien lors de ses discussions avec le chef du gouvernement égyptien. Un sacré caillou dans la chaussure que ce contrat pourtant ancien (et relativement anecdotique) que l’opposition égyptienne a remis sur le devant de l’affiche. Car dans la République du maréchal Sissi, s’il ne fait pas bon soutenir les Frères musulmans – exécutés les uns après les autres avec l’aval tacite du mufti de la République – ni contester les bases autoritaires du régime, l’antisionisme est l’un des derniers ressorts exploitables par la société civile. Malgré la lutte qu’il a engagée contre le Hamas, ses tunnels d’armes, sa propagande et ses trafics, Sissi ne peut décemment dénier à ses derniers détracteurs le droit d’incendier l’Etat juif, forcément spoliateur, colonisateur, oppresseur, et j’en passe…

On touche là au ventre mou du régime militaire égyptien. Comme sous Nasser, Sadate et Moubarak, l’État profond militaro-sécuritaire contrôle les principaux leviers du pouvoir mais doit composer avec une société bien plus conservatrice, rigoriste et musulmane que ses représentants politiques. La signature d’une paix froide avec Israël n’y a rien changé. Bien au contraire, plus l’exécutif réprime férocement les milieux politiques islamistes, plus il doit encourager l’islamisation par le bas et consentir à des concessions sociales.

En l’occurrence, Orange pourrait faire plaisir aux autorités égyptiennes pour pas cher. Si l’entreprise, largement contrôlée par l’Etat français, venait à se désengager définitivement du marché israélien, ses interlocuteurs égyptiens respireraient un grand coup.

Mais, dans les faits, Stéphane Richard a mécontenté tout le monde. Son retrait de l’Etat hébreu n’est encore qu’un vœu pieux, au grand courroux des animateurs du mouvement de boycott BDS, mais a suffi à aliéner une grande partie de l’opinion israélienne. C’est ce qu’on appelle la maladresse des habiles.

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*Photo : Dan Balilty/AP/SIPA/AP21745205_000002

L’Evangile selon Plenel

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plenel mediapart cahuzac

plenel mediapart cahuzac

Edwy Plenel n’a guère apprécié le discours de François Hollande au Panthéon. Non pas qu’il l’ait trouvé médiocre et convenu, ce qu’il était d’ailleurs. Ce n’est pas ça. Plenel estime que dans ce discours il y a un absent de taille : le peuple. Déjà au fronton du Panthéon figure une phrase assurément détestable pour lui : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Patrie? Plus réac, plus fasciste que ça, il n’y a pas.

Le peuple donc manquait et tout était dépeuplé. Mais quel peuple ? Celui que le directeur de Médiapart chérit et affectionne est métissé. Pas le peuple français, beaucoup trop blanc à son goût. De toute façon, avec le mot « peuple », il y a dans notre langue un problème d’interprétation.

Un seul et même mot pour exprimer deux notions totalement différentes. Le peuple au sens populaire. Le peuple au sens d’une appartenance commune. Dans de nombreuses langues et notamment les langues slaves, il y a deux mots qui permettent de distinguer ce qui est national de ce qui est populaire. Ca évite bien des confusions.

Quiconque irait sur Mediapart s’apercevrait très vite qu’en général (sauf une exception chaleureuse pour le peuple palestinien) le mot « peuple » se décline toujours au pluriel. On s’apitoie sur la souffrance des peuples indigènes ou autochtones victimes de l’exploitation occidentale. On s’indigne du sort fait aux peuples opprimés : Amérindiens, Inuits, tribus amazoniennes, Papous, etc. Mais quand même pas sur les Kurdes qui ont eu l’affreuse idée de lutter contre les djihadistes.

Pour revenir au Panthéon, Edwy Plenel a recours à une sémantique proche de celle de Todd, qui n’a pas vu non plus le peuple – celui des banlieues – lors de la manifestation du 11 janvier. À Médiapart, les « quartiers sensibles » ont été remplacés par les « quartiers populaires ». On en déduira donc que c’est le peuple qui habite au Mirail, à Bobigny, aux Minguettes et à Trappes. Ainsi, ce sont des fils du peuple qui partent égorger en Syrie et en Irak. Chacun son peuple…

Saint Plenel, priez pour la banlieue souffrante! Rendez aussi à Saint Badiou, quand même plus grand dans la hiérarchie que vous, ce qui revient à Saint Badiou. Ce dernier, orfèvre en vitupérations philosophiques, a en effet rédigé un nouveau Manifeste communiste saluant la messianique mission du « prolétariat d’origine étrangère » en France ! Ça promet une bien sale gueule aux lendemains radieux annoncés par Plenel et Badiou. Le lumpenprolétariat, concept forgé par Karl Marx, n’est pas le peuple. Tout au mieux, la populace.

Quant au peuple, soyons sérieux. Il n’existe pas sauf pour du lyrisme de circonstance. Une bête de foire exhibée par des charlatans et des illusionnistes. Chacun l’accommode à sa façon, sauce hollandais, sauce pleneliène, sauce mélenchonienne. Le peuple n’est qu’un exercice de vocalise pour Castafiore d’extrême gauche. Tu es le peuple, et sur ce peuple je bâtirai mon imposture…

En juillet 1968, une délégation soviétique, Brejnev en tête, arriva à Prague pour tenter de ramener Dubcek à la raison. Le malheureux crut bien faire en amenant ses hôtes visiter les usines Škoda, fleuron de l’industrie tchèque. Sur place, des milliers d’ouvriers l’acclamèrent : « Vive Dubcek, vive la liberté ! » Il se tourna vers Brejnev : « Tu vois camarade, le peuple est avec moi ». Le chef du PC soviétique le toisa d’un regard hautain. Et il lui dit en se montrant du doigt : « Le peuple, c’est moi ! ». Cette scène me fait, va donc savoir pourquoi, irrésistiblement penser à Plenel.

Nom d’un Républicain!

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« Comment les nommer ? » C’est la question, cruciale, qui agite le landerneau médiatique depuis quelques jours. Tels les Reptiliens, les Républicains sont parmi nous. Mais contrairement aux lézards humanoïdes qui contrôleraient déjà 50% de la planète, les adhérents de feu l’UMP ne se cachent pas. Impossible, donc, de passer sous silence leur existence. Cependant, rien n’oblige à les appeler par leur nom sous prétexte que tout parti politique a le droit – comme l’a rappelé la Justice – de choisir librement le nom qu’il souhaite se donner.

C’est vrai quoi, s’il fallait appeler les choses par leur nom, cet abruti de peuple n’y comprendrait rien et risquerait encore de faire n’importe quoi. Par exemple, voter pour Les Républicains en s’imaginant qu’il s’agit d’un parti républicain. Ou pire, voter Marine Le Pen sans se douter qu’elle est fasciste puisque tous ses discours se terminent par un tonitruant « Vive la République ! » Et à la fin, il finirait par gober la légende – abusivement appelée « Histoire de France » – selon laquelle des députés tout ce qu’il y a de plus républicains ont voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940…

Du coup, Le JDD nous apprend que Le Monde « réfléchit en ce moment à une ligne officielle et commune à tous ses journalistes ». En attendant, il hésite : dans certains de ses titres, le nom du parti de Nicolas Sarkozy est mentionné entre guillemets, mais pas dans d’autres. Le Dauphiné libéré, Le Progrès ou L’Alsace ont eux aussi craqué pour les guillemets. Libération et France Inter, par la voix de Thomas Legrand, ont quant à eux opté pour les initiales : LR. Et comme il s’agit d’un « mouvement », des experts en linguistique festive 2.0 ont proposé sur Twitter de parler du « MDR » (l’abréviation de « mort de rire », en patois djeunz).

C’est que l’affaire est grave! Encore aujourd’hui, des médias français n’hésitent pas à qualifier Emmanuel Macron, Manuel Valls ou même Dominique Strauss-Kahn de socialistes, sans l’écrire entre guillemets. Si cette hérésie persiste, les frondeurs de « la gauche de la gauche » ne tarderont pas à créer leur propre parti dissident. Ils pourraient alors le baptiser Parti socialiste de gauche. Et Le Monde ou Libé se feraient certainement une joie de titrer, par exemple : « Victoire surprise du PSG à Lens ».

IUT de Saint-Denis, on touche le fond

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iut saint denis antisemitisme

iut saint denis antisemitisme

Je m’appelle Mayol. Je suis une star de l’apnée, et je suis en train de battre mon propre record : dix-huit mois en apnée. Personne ne l’a jamais fait. Dix-huit mois et ma 30e menace de mort. Guiness Book, me voilà ! Youpi !

Au début, je n’espérais pas faire aussi bien. Ça a démarré mollement. Le CROUS me saisit officiellement parce qu’une association d’étudiants, L’Ouverture, vend des sandwiches sans autorisation. Quasiment une affaire d’État, donc… Mais je suis directeur de l’IUT, je dois faire respecter la loi. Je décide de récupérer les clés de leur local, le seul de l’établissement, afin qu’il soit partagé avec d’autres associations et syndicats étudiants.

– 3 février 2014. Rendez-vous avec les représentants de L’Ouverture, qui doivent me rendre les clés. Sont en retard… Ah, non ! Ma porte s’ouvre brusquement. Pourraient frapper, quand même !

« Police ! Alerte à la bombe ! »

Évacuation de l’IUT, fouille : pas de bombe, mais une trentaine de tapis de prière dans le local de l’association.

« Ce n’est pas parce qu’il y a un tapis de prière dans les locaux d’une association qu’il y a une mosquée clandestine derrière…, qu’il y a une montée du communautarisme », a déclaré Jean-Loup Salzmann, président de Paris-XIII, dont dépend mon IUT. Et celui qui va rouler Jean-Loup avec des petites ruses stigmatisantes, il est pas né !

– 5 février 2014. Pneus crevés sur le parking de l’IUT.

En prenant mes fonctions, j’ai plongé dans la paperasserie. On est apnéiste ou on ne l’est pas. Et j’ai mis au jour un système étrange dans le département de Rachid . Des contrats signés avec des vacataires qui n’ont jamais donné de cours. D’autres qui ont été embauchés pour des matières qui n’étaient tout simplement pas au programme… Bref, j’ai assaini tout ça. Dans ma spécialité, il est important que l’air soit pur.

« Arrête tout, tu vas mourir. » Quinze lettres d’amour à l’IUT ! Chaque fois, j’ai déposé une plainte. M’ont bien aidé, au commissariat : «  Changez régulièrement d’itinéraire, dans la mesure du possible. » C’est quoi, l’unité de mesure du possible ?

– Quand je suis stressé, il me faut du grand bleu. Immersion. Trois ans plus bas. Juin 2012, Rachid Zouhhad me remplace à la tête du département TC. Moi, je deviens directeur de l’IUT. Sympa, Rachid. Il est venu dîner chez moi, je suis allé dîner chez lui.

– 15 mai 2014, première lettre de menace à mon domicile.

« C’est bientôt la fin. Tu vas mourir, toi, ta femme et tes enfants. C’est une fatwa. On appelle tous les musulmans à la respecter. »[access capability= »lire_inedits »]

« Un malade qui s’amuse à faire le corbeau et qui se dit islamiste parce que c’est à la mode ! Ce n’est pas parce qu’il se dit islamiste qu’il l’est. » On ne la lui fait pas, à Jean-Loup !

Après un an, Rachid a fait un gros ménage : plus aucune femme n’exerce la fonction de directeur des études. Toutes remplacées par des hommes, dont certains travaillaient avec lui depuis dix ans. Idem pour la gestion des personnels. Vingt-trois vacataires recrutés, « dont plusieurs n’avaient ni les titres ni les compétences pour assurer des enseignements à ce niveau », des « enseignants permanents en sous-service », des « heures non faites et non rattrapées »… « La somme des heures litigieuses représente 196 000 euros. »

Face à ces dysfonctionnements, je place le département sous tutelle en mars 2014, et le conseil de l’institut vote la destitution de Rachid Zouhhad.

Ma boîte aux lettres : facture EDF, pub, et… ma photo avec « Mort » écrit  sur le front. T’en dis quoi Jean-Loup ?

« Je suis le premier à appeler un chat un chat. Mais peut-on parler d’une montée du communautarisme à Saint-Denis ? Ni plus ni moins qu’ailleurs. »

Vous voulez m’enfoncer ? Je me laisse couler jusqu’à 2005…

L’IUP, dirigé par le même Rachid, avait alors connu des dérapages… étrangement semblables : « insuffisances chroniques d’organisation », « recrutement des vacataires non rigoureux ». Alain Neuman, le président de Paris-XIII de l’époque, avait démantelé cet IUP dans un contexte de menaces… étrangement semblables.

L’air est trop vicié, je remonte… 2006… Des sanctions disciplinaires sévères sont prononcées contre Rachid et son orchestre…

Je nage trois ans plus haut… 2009. Les sanctions sont annulées. Jean-Loup Salzmann, le nouveau président de Paris-XIII, a préféré affecter Rachid et son orchestre à l’IUT de Saint-Denis. Il sait très bien à qui il a affaire, mon Jean-Loup…

– 21 mai 2014. Nuit.

Sortie d’une réunion. Deux balèzes. Distribution de coups de poings « On t’avait prévenu… » Ils partent en courant. Lunettes cassées, œil au beurre noir, ITT. Jean-Loup ? T’es là ? Jeaaaan-Louuuuup ?…

Besoin de respirer. Je remonte vite. Janvier 2013. J’avais oublié avoir reçu ce mail de Rachid qui flotte entre deux eaux : il me demandait une faveur pour Omar Jellouli, le président de l’association L’Ouverture, en me promettant qu’il demanderait un retour d’ascenseur à Jellouli. Il fallait en plus que je fasse croire que c’était un service demandé par la fac…

Encore un truc bien clean. Droit comme la première lettre de son nom de famille, Rachid…

Euh, nan ? Il n’y aurait quand même pas une petite connivence de rien du tout entre lui et Omar, le président de l’association L’Ouverture ?!  Naaaan !… Jean-Loup ?…

Au niveau d’août 2013, je me stabilise devant l’épave du Haut Conseil à l’intégration. Une plaque : « Ci-gît le rapport de la Mission laïcité sur l’enseignement supérieur, coulée par l’État. » Je palme autour du vestige. Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, m’apparaît, bullant en boucle qu’« aucune université n’a saisi le ministère au sujet de la laïcité : c’est donc que ça ne pose pas de problème. Qu’on n’invente pas des problèmes là où il n’y en a pas ! »

Derrière elle, Jean-Loup nage dans le sens de sa ministre. « On ne traite pas un non-problème par une loi,  le rapport du HCI est déconnecté des réalités. »

Et, soudain, Jean-Louis Bianco surgit : « La Mission laïcité a été remplacée par l’Observatoire de la laïcité. Que je préside. La France n’a pas de problème avec sa laïcité. C’est donc pour traiter de l’inexistence de ces problèmes que j’ai été nommé par François Hollande. »

–        – Décembre  2014, les menaces reprennent… Chez moi. Un livre de Harun Yahya, Le Mensonge de l’évolution. En Arabe. Pas grave, la seule chose que je dois comprendre, c’est la couverture : une tête de mort.

–        Janvier 2015, la une de Charlie Hebdo « Tout est pardonné », avec écrit en travers : « Pas partout, pas à l’IUT.» Trois fois, je l’ai reçue.

–        Ma voiture vandalisée à mon domicile, vitre cassée et feuilles A4 jetées sur les sièges avec le mot « MORT ».

–        Mon courrier: « C’est bientôt la fin. » Trois fois aussi. Doivent aimer les trilogies ces gens-la. « Le Parrain », par exemple…

–        Capture d’écran de mon interview sur iTélé. Avec les yeux crevés…

–        Ce soir, ils ont sonné à mon interphone. Personne n’a parlé. C’était juste pour dire qu’ils savent où me trouver…

Je palme jusqu’à l’air libre. Je suis fatigué par mon apnée. Fatigué de ce quotidien sous tension. De la peur qui a gagné ma famille. Des précautions à prendre pour les sorties scolaires, des cauchemars de mes enfants.

Je m’écroule sur le sable. Je suis très seul sur cette plage.

Cling. J’ai reçu un SMS. Encore des menaces de mort. Carrément sur mon téléphone ! Et puis six autres SMS de six de mes enseignants. Eux aussi ont reçu des menaces de mort. À caractère antisémite. Sauf mon collègue musulman. Lui, on lui reproche de renier sa communauté. Et enfin, une de mes collaboratrices a trouvé l’étoile de David taguée sur la porte de son bureau.

J’en ai marre. On est le 24 mai 2015. Je m’appelle Mayol. Samuel Mayol. Vous pouvez faire tout ce que vous voudrez, je ne démissionnerai pas. Si j’étais décourageable, il y a longtemps que j’aurais été découragé. Mais un apnéiste sait qu’on ne peut jamais toucher le fond…

« Un chat ! Un chat ! » Des cris me font me retourner. « Un chaaaaat !!!! » La voix s’approche. Mon Jean-Loup émerge en haut de la dune, poursuivant un matou affolé.

Il n’avait pas menti, mon Jean-Loup. On peut lui faire confiance. Il appelle bien un chat un chat…[/access]

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*Image : Soleil.

Agnès Saal, victime expiatoire de la haute fonction publique

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agnes saal ina juppe

agnes saal ina juppe

Avis de grand frais sur la carrière et la vie d’Agnès Saal. Cette haut fonctionnaire, militante socialiste au cursus classique, vient de rentrer dans la zone des tempêtes. Du type de celle dont Eric Woerth est en train de sortir, la coque un peu abîmée. Avec certes cette différence que dans le cas de Madame Saal, les faits objet du scandale ont été reconnus. Les quarantièmes rugissants, elle va devoir les affronter en solitaire dans sa coquille de noix. Sa vieille copine Fleur Pellerin vient sèchement de couper le câble de remorquage qui lui permettait d’éviter de trop dériver. La solitude, Éric Woerth pourra la lui décrire. Avec l’anecdote du silence d’Alain Juppé pendant les semaines d’audience du procès Bettencourt qui se déroulait pourtant dans sa ville, à quelques mètres de la mairie. Pas un signe, alors que le « meilleur d’entre nous » avait bénéficié du soutien et de l’amitié active de Woerth quand il traversait lui-même quelques turbulences judiciaires. Pas chien, celui-ci dit conserver « toute son admiration » au candidat de la gauche pour 2017.

Cursus classique que celui d’Agnès Saal. Sciences Po, ENA, PS, puis carrière aux affaires culturelles où elle verra se succéder les postes en fonction des alternances politiques. Quand c’est la droite, un poste confortable, avec la gauche un poste de pouvoir. Trajectoire impeccable, avec une boutonnière bien garnie. Une petite déception cependant, ne pas avoir été directrice de cabinet d’Aurélie Fillipetti après mai 2012. Le lot de consolation sera la présidence assez prestigieuse de l’INA. Où, succédant au flamboyant Mathieu Gallet, elle entendra marquer son territoire en affirmant à ses collaborateurs qu’elle était « janséniste » et par conséquent austère : «En arrivant, j’ai prévenu les équipes que je suis janséniste, et que les séminaires dans les châteaux, les grands restaurants… ne sont pas mon truc

Grosse imprudence, que certains de ses collaborateurs couverts par l’anonymat ne manqueront pas de relever plus tard en saisissant le conseil d’administration d’un petit rapport circonstancié faisant apparaître un jansénisme à géométrie variable. Les compteurs des taxis utilisés par la présidente totalisaient une somme globale de plus de 40 000 euros sur dix mois, dont une partie significative pour son fils et une utilisation intensive les week-ends. Cerise sur le gâteau, la présidente disposait pourtant d’une voiture et d’un chauffeur de fonction. Articles dans la presse, incendie sur les réseaux, il fallut réagir vite. Première mesure, diligenter une enquête interne pour savoir qui étaient les corbeaux, normal. Ensuite, formuler quelques excuses devant le conseil d’administration en parlant de « maladresses », et d’un souci de ne pas demander d’heures supplémentaires à son chauffeur. On pouvait difficilement faire pire.

Eh si, on pouvait. Le tintamarre médiatique prenant des proportions inquiétantes, la ministre de tutelle Fleur Pellerin finit par réclamer ce qui était quand même la moindre des choses, une démission. Espérant qu’on s’en tiendrait là et que l’on allait pouvoir régler ça comme on fait d’habitude, c’est-à-dire dans un entre-soi confortable. Exfiltration et réintégration dans l’administration d’origine, le ministère de la Culture avec un poste créé sur mesure à l’intitulé savoureux : «chargée de mission sur les questions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ». Nouvelle explosion, nouvel incendie, début de débandade, jusqu’au Président de la République qui fait rapidement savoir qu’il a piqué une grosse colère. Interpellée à l’Assemblée nationale, la ministre toujours aussi bien inspirée demande aux parlementaires de prendre des leçons « d’État de droit ».

Justement, que dit le droit ? Plusieurs choses. Tout d’abord, Madame Saal ayant commis une faute, il appartient au chef de son administration, à savoir Madame Pellerin de diligenter une procédure disciplinaire. Dans la mesure où celle-ci peut aboutir à une sanction, et sur ce point la ministre a raison, un débat contradictoire doit se dérouler et les droits de la défense s’exercer. Cela prend un peu de temps, et compte tenu de l’ampleur du scandale il aurait été peut-être plus sage de la suspendre en attendant plutôt que de la réintégrer de cette façon. Dire qu’il y avait obligation de le faire est faux. Les fautes commises (et reconnues) ont-elles un caractère pénal ? C’est plus que probable. L’INA étant un établissement public administratif, ce sont les règles dont relèvent les agents publics qui s’appliquent. Ce sera donc détournements de biens publics ou concussion, suivant ce que la procédure permettra d’établir. Mais de cette évidence initiale, la ministre aurait dû tirer les conséquences et appliquer immédiatement l’article 40 du Code de Procédure Pénale qui lui faisait obligation de porter les faits à la connaissance du parquet. « L’État de droit », c’est aussi ça. Attendre un mois et demi, et l’intervention bruyante avec dépôt d’une plainte d’une association pour le faire, a provoqué les quolibets qu’on imagine[2. On notera l’inertie initiale du parquet, que l’on a connu plus diligent. Comme par exemple lorsqu’il a ouvert dans la journée sur la base d’une écoute probablement illégale contre Nicolas Sarkozy.]

Sans trop charger la barque, on évoquera aussi la possible intervention de la Cour des comptes. « Gestion de fait, mandats fictifs, Cour de Discipline Budgétaire », tous ces gros mots que l’on n’a pas encore entendus, mais cela pourrait venir. Et face à tout cela, il va falloir à Madame Saal du caractère, parce qu’aux deux séquences : protection et lâchage, va succéder celle du lynchage. On va la sacrifier, en coupable expiatoire ce qui permettra de ne pas poser la seule question qui vaille dans cette affaire : « comment en 2015 une haut fonctionnaire chevronnée a pu s’adonner à ce genre de pratiques sans en mesurer le caractère intolérable et les risques encourus ? »

La réponse est simple : c’est parce que dans la haute fonction publique d’État, tout le monde fait pareil et que l’exemple vient d’en haut. Rémunérations opaques, avantages parfois vertigineux (voir par exemple le statut et les revenus du trésorier payeur des Hauts-de-Seine), nominations de complaisance, tours extérieurs, placards dorés, préfet hors cadre à 34 ans, inspecteur général de l’agriculture, des affaires sociales, de l’équipement à tout âge, etc.). N’oublions pas le pantouflage qui permet d’aller monnayer un carnet d’adresses à défaut de ses compétences. Emmanuel Todd, qui ne dit pas que des bêtises, avait relevé que les serviteurs les plus zélés de l’oligarchie financière se recrutaient beaucoup plus chez les hauts fonctionnaires du Trésor que dans la sphère politique. Et qu’en matière de transparence sur les patrimoines, ce serait peut-être une bonne idée d’aller regarder de ce côté-là.

Alors, on notifie à Agnès Saal qu’elle est sortie du cercle et que la préservation de celui-ci impose son sacrifice. J’espère vraiment qu’elle et son fils n’auront pas droit au grand jeu : écoutes téléphoniques, perquisitions et gardes à vue. Cette affaire ne le justifie pas. Elle a remboursé, et elle doit être encore sous le souffle de l’explosion en vol de sa carrière. Surtout, passer ses nerfs sur elle ne servira qu’à exciter la clameur en évitant de traiter le véritable problème. Celui de cette haute fonction publique qui se sert avant de servir l’État.

*Photo : HARSIN ISABELLE/SIPA. 00694771_000028.

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Régionales italiennes: Renzi libéré, mais Renzi bousculé

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élections régionales Italie Mateo Renzi

élections régionales Italie Mateo Renzi

Au 16, rue Sant’Andrea delle Fratte, siège romain du Parti démocrate (PD), on ne cesse de le répéter : « Cinq victoires à deux, c’est un excellent résultat ». Et pourtant, selon les pronostics du président du Conseil italien, Matteo Renzi, et de ses proches, les élections régionales de dimanche auraient dû rapporter sept régions à la gauche et zéro à la droite. Ça n’a pas été le cas. L’inguérissable optimisme du jeune leader démocrate a dû se confronter à la réalité d’un parti, le sien, secoué de toutes parts. D’abord, la montée en puissance d’une aile gauche toujours plus hargneuse et performante. Ensuite, une Ligue du Nord qui – grâce au talent de rassembleur de Matteo Salvini – est devenue en deux ans le premier parti de droite en Italie. Mais aussi un Berlusconi ressuscité par le visage rassurant de son porte-parole, Giovanni Toti. Et enfin un Mouvement 5 étoiles qui se professionnalise et poursuit son enracinement, bien que son fondateur et leader charismatique, Beppe Grillo, s’en distancie de plus en plus.

Les 41% de suffrages récoltés aux dernières élections européennes ne sont plus aujourd’hui qu’un lointain souvenir pour Renzi. Pendant la campagne électorale, il avait beau de marteler que le vote de dimanche « n’était pas un test sur lui ». N’empêche, son parti, « la gauche qui gagne », comme il l’avait présenté audacieusement et un brin arrogant à l’issue du triomphe électoral de l’année dernière, a perdu presque 2 millions de voix en douze mois. Son dynamisme fébrile et son exubérance réformatrice ont subi, ce weekend, un coup d’arrêt significatif. Bien sûr, Renzi fait comme si rien ne s’était passé, garde le sourire, et pour fuir les éditoriaux vénéneux comme les questions gênantes des journalistes italiens, a pris hier en toute discrétion une avion pour l’Afghanistan, afin de fêter aujourd’hui à Harat, aux côtés de son contingent, la fête de la République italienne.

À l’échelon national, le score du Parti démocrate aux élections régionales plafonne à 23,7%, devant le M5S, 18%, la Ligue du Nord, 12,5%, et Forza Italia, 10,7%. Nonobstant sa troisième place, le parti de Salvini a été le seul à gagner des voix, selon le rapport de l’institut Cattaneo : 786 000 électeurs de plus, ce qui lui a permis de dépasser Forza Italia. Mais il faut se pencher sur le détail de ces résultats électoraux, en commençant par les Pouilles. Pour le candidat démocrate Michele Emiliano, dans la région du sud-est de l’Italie, c’est la chronique d’une victoire annoncée. L’ex maire de Bari, qui est tout sauf un renziste (et pourrait même devenir l’anti-Renzi dans les semaines qui viennent), a pu facilement profiter du règlement de compte au sein de Forza Italia, avec la liste dissidente de Raffaele Fitto, député européen frondeur, qui a entravé le chemin du candidat berlusconiste Francesco Schitulli, arrivé en troisième position derrière la « grillina » Antonella Laricchia. Dans les Marches comme en Toscane, bastion électoral de Renzi, les candidats du PD, respectivement Luca Ceriscioli et Enrico Rossi, se sont débarrassés sans trop d’angoisse de leurs adversaires. Au contraire, en Ombrie, fief historique de la gauche, la renziste Catiuscia Marini a devancé de très peu (3% de plus) l’opposant berlusconiste Claudo Ricci. Et en Campanie, Vincenzo De Luca, malgré sa victoire de justesse contre le candidat de droite Stefano Caldoro, risque de voir son élection « suspendue » à cause d’une condamnation pour « abus de pouvoir ».

Mais pour Renzi, les vrais problèmes viennent du Nord. Si en Vénétie, terre de prédilection de la Ligue du Nord, la raclée électorale subie par Alessandra Moretti était prévisible (le « leghista » Luca Zaia a obtenu 50,08% des voix, Moretti à peine 22,74%), c’est de la Ligurie, région « rouge » depuis toujours, que le président du Conseil ferait bien de se commencer à se soucier. Renzi a attribué la responsabilité de la défaite de la candidate Raffaella Paita à la « gauche masochiste » (l’aile gauche du PD, défavorable au tournant libéral opéré par Renzi depuis son arrivée au Palazzo Chigi) qui, avec une liste dissidente menée par Luca Pastorino, a fait gagner le berlusconiste Giovanni Toti. Mais malheureusement pour lui, cette fronde n’est pas seulement une réalité locale, ligurienne. Elle est en train de prendre toujours plus d’ampleur au niveau national. Selon le Corriere della Sera, Pippo Civati, guide des frondeurs et principal sponsor du dissident Pastorino en Ligurie, est en passe d’officialiser la naissance de « Possibile », variation italienne du Podemos espagnol.

Stefano Fassina, l’un des tenors de l’aile gauche du PD, a menacé d’une scission immédiate, s’il n’y a pas une correction de la politique économique du parti et un retour sur la très critiquée réforme de l’école. « Les femmes ont trahi Renzi », a commenté le quotidien libéral-conservateur Libero, se référant à la cuisante défaite subie par l’« amazzone » Alessandra Moretti, et à la deuxième place de Raffaella Paita, qui a permis au candidat berlusconiste Toti de s’emparer de la présidence de la Ligurie. Le « giglio magico » (lys magique) du président du Conseil, comme on appelle le cercle de ses principaux acolytes, s’est transformé soudainement en « giglio tragico » (lys tragique), mais il est peu probable que Renzi concrétise un remaniement des équipes dirigeantes du Parti démocrate. Le jeune président du Conseil italien ferait bien, cependant, de surveiller avec plus d’attention son aile gauche, afin d’éviter de très délicates élections politiques anticipées.

*Photo : Francesco Bellini/AP/SIPA/AP21742863_000005

Alerte rouge: Les Républicains débattent de l’islam

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« Je porte un regard extrêmement inquiet (parce que) l’ancienne UMP organise une première convention sur l’islam à huis clos », a déclaré le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll ce matin.  La référence au 6 février 1934 n’est pas clairement assumée, mais on la sent poindre. Car une poignée de factieux de droite – pléonasme – s’apprête à débattre de la place de l’islam en France sous l’autorité d’Henri Guaino, dont on connaît l’islamophobie maladive (rires enregistrés). Pour ne pas gâcher la fête sans doucher les attentes de sa base, Nicolas Sarkozy avait décidé de réduire cette grande conférence à une demi-journée de dialogue à l’abri des journalistes, histoire que rien ne dépasse ni ne dérape. Ces précautions ne suffisent manifestement pas à rasséréner les plus fébriles. Parmi ces derniers, des ministres inquiets et désœuvrés malgré tous les chantiers qui les attendent – au hasard : la crise du capitalisme, la catastrophe écologique, les menaces terroristes, etc.

On savait qu’il existait des livres et des auteurs proscrits – Zemmour, Houellebecq, Onfray et même Todd – que les collaborateurs du Premier ministre brûlent à coups de gousse d’ail et de tribunes dans la presse, sans que la température monte à 451 degrés Fahrenheit. Six ans après le fiasco du débat sur l’identité nationale, fascisé avant même d’avoir commencé, notre classe politique nous apprend qu’il est des mots, des thèmes et des pensées interdites, sous peine de tomber dans l’enfer glacé des blasphémateurs.

Dans un article qui vaut son pesant d’interdisciplinarité, Pascal Bories avait noté que Valls était bien Charlie, puisqu’il caricature à merveille les idées des opposants à la réforme du collège. De son bureau au ministère de l’Agriculture, Stéphane Le Foll préfère la déculottée en rase campagne au débat sur la deuxième religion de France. Afin d’étudier la question à fond, il aurait pu faire une petite retraite, en emportant des exemplaires du Coran, des innombrables Hadiths, et des différentes interprétations de ces milliers de pages. On gagne toujours à se mettre au vert…

Michel-Marie Zanotti-Sorkine : ne rejetons pas les homosexuels

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Michel-Marie Zanotti-Sorkine curé Réformés Marseille

Michel-Marie Zanotti-Sorkine curé Réformés Marseille

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

 

En tant que prêtre, quelle est votre mission sur terre?

Rappeler aux hommes que la vie éternelle existe. Tout homme, au moment de sa mort, qu’il soit chrétien, musulman, juif, ou même athée rencontre Jésus et découvre qu’il a été sauvé par Lui. Je le crois. Aujourd’hui, la majorité des gens se retrouve sans espérance, convaincue que la vie s’arrête à quatre-vingts ans ou quatre-vingt-dix ans. Ce qui génère un désespoir ambiant. L’Eglise doit rappeler inlassablement que la mort n’est pas un mur mais une porte qui ouvre sur un bonheur infini.

Vous considérez-vous comme un prêtre moderne ?

Quelle horreur ! Je ne suis pas moderne, je suis actuel parce que j’entends servir un être éternel que l’on appelle Dieu, et s’il est éternel, il est actuel ! Je suis donc un prêtre au service de mon temps et qui a besoin de la pure lumière de l’Evangile. J’espère en donner un éclat.

Comment par la musique et après avoir fréquenté le monde de la nuit, êtes-vous arrivé à devenir prêtre ?

Ma vocation est née à l’âge de 8 ans et il m’a fallu beaucoup de temps – grâce à Dieu ! – pour la réaliser. Mes dix années passées dans les cabarets parisiens ont constitué une étape essentielle dans la marche vers le sacerdoce. Comment servir l’âme humaine si on ne la connaît pas dans sa beauté et ses combats? J’ai croisé en des lieux d’enfer des êtres lumineux, j’ai vu les amours se faire et se défaire, j’ai senti la foi palpiter dans des cœurs d’enfants prodigues ou de brebis égarées. Grâce à toutes ces rencontres, j’ai cessé de porter des jugements péremptoires, de partager l’humanité entre les purs et  les impurs, et même entre les bons et les méchants. La pensée du Christ est plus subtile. Elle repose sur une connaissance approfondie de l’âme humaine qui ne cesse d’offrir mille complexités.

Si vous deviez résumer conceptuellement la raison de votre engagement, que diriez-vous ?

Les concepts ne sont pas ma tasse de thé. Je préfère le café fort des images ! Alors, je choisis le beau visage du Christ, avec ses longs cheveux, sa barbe taillée, ses yeux clairs souriant au monde et serrant contre lui pour les féliciter deux êtres qui s’aiment.

À quoi attribuez-vous l’accroissement du nombre d’athées en France ?

D’une manière générale, il me semble que les opposants à la foi le sont parce qu’ils ont l’impression que la religion, et donc que l’Eglise, va leur imposer une manière de vivre. Les athées ne veulent pas mettre en péril leur liberté, et permettez-moi de penser qu’ils ont raison. Faisons découvrir la beauté de la foi à tous ces êtres apeurés par des systèmes de pensée qui peuvent sembler clos, et ces derniers découvriront alors que Dieu notre Père leur accorde une liberté totale pour conduire leur vie dès l’instant où ils adhèrent au commandement de l’amour révélé par son Fils.

Dans votre livre intitulé L’ Amour, une affaire sacrée, une sacrée affaire, vous mettez en garde les jeunes contre les rapports sexuels précoces. Ne craignez-vous pas qu’ils vous rient au nez ?

Tant pis pour leur réaction.  S’ils acceptent de m’écouter, c’est déjà bien. Et je suis sûr qu’ils reconnaîtront dans mes propos mon désir de travailler à leur bonheur. Aujourd’hui, l’évidence est là : peu de personnes réussissent leur amour. Que de ruptures, que de divorces, que de pleurs versés en raison d’amours meurtries. Sans compter, mais en comptant, les 280 000 avortements par an. Quel massacre ! Cela serait évitable, dès l’instant où l’on voudrait bien lier le don des corps, la beauté de l’étreinte, à un véritable attachement entre deux personnes. L’amour  n’est pas un jeu, et ce n’est pas être moralisateur que de l’affirmer. Quand on a quinze ans, si l’on se jette dans les bras du premier ou de la première venue, on risque de vite déchanter. Et moi, je suis pour l’enchantement de la vie ! Je le répète : l’étreinte des corps sans attachement réciproque n’apporte pas grand-chose, si ce n’est un peu de plaisir immédiat, et souvent de la peine au cœur. On a tout donné à un être : son corps, ses baisers, on a atteint  jusqu’à la nudité de l’autre et au petit matin, on se dit « bye-bye » pour ne jamais se revoir. C’est nul ! Je souhaite à tous les jeunes de vivre des amours plus denses qui font danser le cœur et pas que le corps !

Pensez-vous qu’un personnage comme Dominique Strauss-Kahn cristallise ces dérives mieux que quiconque ?

Pas du tout. On a stigmatisé Monsieur Strauss-Kahn, mais en vérité, il n’a exprimé que les faiblesses propres à l’être humain. Si Jésus était sur la terre, et que Monsieur Strauss-Kahn le rencontrait, ce dernier sentirait son amour, sa compréhension et son pardon. Et puisque j’y suis, permettez-moi de penser que si par impossible, Monsieur Strauss Khan venait me voir, je lui ouvrirais grand mes bras, et je lui dirais : « Enfant de la terre, tu as cru comme la majorité des hommes que la sexualité pouvait se vivre détachée de l’amour. Ce n’est pas la fin du monde. Mais tu vois où cela t’a conduit … » Et sur l’instant, j’en suis sûr, d’autant plus qu’il est juif et qu’il est donc dans son être orienté à savourer l’éternel, il retrouverait toute sa dignité et sa place au milieu d’une humanité qui n’est pas meilleure que lui.

Et les homosexuels qui veulent se marier, comment les recevez-vous ?

Comme des personnes qui ne méritent pas d’être rejetées en raison de leur choix. La légalisation des chemins particuliers me semble inutile. C’est encore faire preuve de conformisme que de vouloir marier tout le monde ! Que la société défende les droits de chacun, voilà son rôle, mais qu’elle fiche la paix à chacun en laissant chacun vivre sa vie dans sa lumière. Je suis convaincu que si Jean Cocteau et Jean Marais étaient là, ils tireraient à boulets rouges sur le mariage gay, qui est le summum du conventionnel.

En revanche l’amour entre deux êtres doit être enveloppé de respect. Il y a ce verset de l’épître de saint Jean qui indique la route à suivre : « Celui qui demeure en l’amour demeure en Dieu  et Dieu demeure en lui. Laissons les êtres vivre comme ils peuvent vivre !

Quel est le contenu du disque que vous enregistrez aujourd’hui ?

Ce sont des chansons dont j’ai écrit les paroles et la musique. Elles ne sont pas à proprement parler religieuses, si ce n’est qu’elles exaltent la vie, qu’elles invitent à l’élan, à l’enthousiasme qu’elle exige en plaçant l’amour très haut, à la source du bonheur. J’espère que ce disque sortira l’automne prochain et qu’il donnera lieu à un spectacle d’abord parisien.

Un autre évènement qui me tient très à cœur et dont je vous dis deux mots, c’est la sortie, le 13 Mai, d’un coffret édité par les Editions Artège contenant 130 homélies que j’ai prononcées ; 33 heures d’écoute qui, je l’espère, feront le plus grand bien aux âmes dans leurs maisons mais aussi dans leurs voitures !

C’est vous donc qui allez chanter ces chansons, et chanter sur scène en soutane ?

Eh oui, qu’est-ce que vous croyez ! Si je mettais mon sacerdoce dans ma poche, je ne serais plus digne ni du Christ, ni d’un public qui, j’en suis sûr, aime le vrai, l’authentique, et non le faussement racoleur. S’adapter, c’est se nier. Etre dans le vent, disait Gustave Thibon, c’est l’ambition d’une feuille morte, et ce n’est pas la mienne !

Puisque l’on parle « musique », je suis triste de constater l’engouement d’une certaine jeunesse pour le métal, la techno où la mélodie est absente. le goût est abîmé. Et pourtant, la mélodie correspond très profondément à la sensibilité humaine. La preuve, c’est que dans une boîte de nuit, quand, à la fin de la soirée le DJ passe une chanson de Claude François ou de Dalida, eh bien tout le monde est content et se met à danser ! C’est la preuve que le monde n’est pas fini. Aujourd’hui, bien des clips sont agressifs ou présentent les impacts d’amours échouées. C’est ainsi, c’est notre temps dépressif et sinistre qui se décrit. J’espère, de mon côté, (mais je ne suis pas le seul !) apporter un peu de clarté à notre monde assombri.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de passer trop de temps avec les médias plus qu’avec les fidèles ?

Je leur réponds qu’ils ne connaissent pas ma vie. Je rentre de Bruxelles où je viens de prêcher et de donner une conférence à de nombreux fidèles, et je m’apprête dans huit jours à donner trois enseignements sur la Vierge Marie à six-cents fidèles qui se sont inscrits à ces trois rendez-vous.

Et puis, je dis à chacun de s’occuper de sa pomme et de ne pas outrager le parcours d’un homme qui avec ses limites et ses grâces essaie de rejoindre le plus grand nombre.

Que faites-vous de l’argent que vous gagnez avec vos livres et vos disques?

Je mange du maïs, de la salade et de la Vache qui rit. Je fais le plein de ma voiture. Je donne trop d’euros à la SNCF pour mes voyages apostoliques. Et avec l’argent que je n’ai pas encore, je rêve de projets non pas démentiels mais paradisiaques!

Dernière question : quelle est votre ambition aujourd’hui ? Devenir évêque, voire Pape ?

Ceux qui me connaissent savent que dans l’Eglise, je fais une anti-carrière. Mon unique ambition, c’est de servir Jésus et Marie tant bien que mal. Et puis permettez-moi de vous faire une petite confidence : mes couleurs préférées ne sont ni le violet, ni le blanc, mais le rouge, couleur de l’amour et du sang, et le bleu, couleur de Marie et des océans aux rivages infinis…

*Photo : Gilles Bassignac.