Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

 

En tant que prêtre, quelle est votre mission sur terre?

Rappeler aux hommes que la vie éternelle existe. Tout homme, au moment de sa mort, qu’il soit chrétien, musulman, juif, ou même athée rencontre Jésus et découvre qu’il a été sauvé par Lui. Je le crois. Aujourd’hui, la majorité des gens se retrouve sans espérance, convaincue que la vie s’arrête à quatre-vingts ans ou quatre-vingt-dix ans. Ce qui génère un désespoir ambiant. L’Eglise doit rappeler inlassablement que la mort n’est pas un mur mais une porte qui ouvre sur un bonheur infini.

Vous considérez-vous comme un prêtre moderne ?

Quelle horreur ! Je ne suis pas moderne, je suis actuel parce que j’entends servir un être éternel que l’on appelle Dieu, et s’il est éternel, il est actuel ! Je suis donc un prêtre au service de mon temps et qui a besoin de la pure lumière de l’Evangile. J’espère en donner un éclat.

Comment par la musique et après avoir fréquenté le monde de la nuit, êtes-vous arrivé à devenir prêtre ?

Ma vocation est née à l’âge de 8 ans et il m’a fallu beaucoup de temps – grâce à Dieu ! – pour la réaliser. Mes dix années passées dans les cabarets parisiens ont constitué une étape essentielle dans la marche vers le sacerdoce. Comment servir l’âme humaine si on ne la connaît pas dans sa beauté et ses combats? J’ai croisé en des lieux d’enfer des êtres lumineux, j’ai vu les amours se faire et se défaire, j’ai senti la foi palpiter dans des cœurs d’enfants prodigues ou de brebis égarées. Grâce à toutes ces rencontres, j’ai cessé de porter des jugements péremptoires, de partager l’humanité entre les purs et  les impurs, et même entre les bons et les méchants. La pensée du Christ est plus subtile. Elle repose sur une connaissance approfondie de l’âme humaine qui ne cesse d’offrir mille complexités.

Si vous deviez résumer conceptuellement la raison de votre engagement, que diriez-vous ?

Les concepts ne sont pas ma tasse de thé. Je préfère le café fort des images ! Alors, je choisis le beau visage du Christ, avec ses longs cheveux, sa barbe taillée, ses yeux clairs souriant au monde et serrant contre lui pour les féliciter deux êtres qui s’aiment.

À quoi attribuez-vous l’accroissement du nombre d’athées en France ?

D’une manière générale, il me semble que les opposants à la foi le sont parce qu’ils ont l’impression que la religion, et donc que l’Eglise, va leur imposer une manière de vivre. Les athées ne veulent pas mettre en péril leur liberté, et permettez-moi de penser qu’ils ont raison. Faisons découvrir la beauté de la foi à tous ces êtres apeurés par des systèmes de pensée qui peuvent sembler clos, et ces derniers découvriront alors que Dieu notre Père leur accorde une liberté totale pour conduire leur vie dès l’instant où ils adhèrent au commandement de l’amour révélé par son Fils.

Dans votre livre intitulé L’ Amour, une affaire sacrée, une sacrée affaire, vous mettez en garde les jeunes contre les rapports sexuels précoces. Ne craignez-vous pas qu’ils vous rient au nez ?

Tant pis pour leur réaction.  S’ils acceptent de m’écouter, c’est déjà bien. Et je suis sûr qu’ils reconnaîtront dans mes propos mon désir de travailler à leur bonheur. Aujourd’hui, l’évidence est là : peu de personnes réussissent leur amour. Que de ruptures, que de divorces, que de pleurs versés en raison d’amours meurtries. Sans compter, mais en comptant, les 280 000 avortements par an. Quel massacre ! Cela serait évitable, dès l’instant où l’on voudrait bien lier le don des corps, la beauté de l’étreinte, à un véritable attachement entre deux personnes. L’amour  n’est pas un jeu, et ce n’est pas être moralisateur que de l’affirmer. Quand on a quinze ans, si l’on se jette dans les bras du premier ou de la première venue, on risque de vite déchanter. Et moi, je suis pour l’enchantement de la vie ! Je le répète : l’étreinte des corps sans attachement réciproque n’apporte pas grand-chose, si ce n’est un peu de plaisir immédiat, et souvent de la peine au cœur. On a tout donné à un être : son corps, ses baisers, on a atteint  jusqu’à la nudité de l’autre et au petit matin, on se dit « bye-bye » pour ne jamais se revoir. C’est nul ! Je souhaite à tous les jeunes de vivre des amours plus denses qui font danser le cœur et pas que le corps !

Pensez-vous qu’un personnage comme Dominique Strauss-Kahn cristallise ces dérives mieux que quiconque ?

Pas du tout. On a stigmatisé Monsieur Strauss-Kahn, mais en vérité, il n’a exprimé que les faiblesses propres à l’être humain. Si Jésus était sur la terre, et que Monsieur Strauss-Kahn le rencontrait, ce dernier sentirait son amour, sa compréhension et son pardon. Et puisque j’y suis, permettez-moi de penser que si par impossible, Monsieur Strauss Khan venait me voir, je lui ouvrirais grand mes bras, et je lui dirais : « Enfant de la terre, tu as cru comme la majorité des hommes que la sexualité pouvait se vivre détachée de l’amour. Ce n’est pas la fin du monde. Mais tu vois où cela t’a conduit … » Et sur l’instant, j’en suis sûr, d’autant plus qu’il est juif et qu’il est donc dans son être orienté à savourer l’éternel, il retrouverait toute sa dignité et sa place au milieu d’une humanité qui n’est pas meilleure que lui.

Et les homosexuels qui veulent se marier, comment les recevez-vous ?

Comme des personnes qui ne méritent pas d’être rejetées en raison de leur choix. La légalisation des chemins particuliers me semble inutile. C’est encore faire preuve de conformisme que de vouloir marier tout le monde ! Que la société défende les droits de chacun, voilà son rôle, mais qu’elle fiche la paix à chacun en laissant chacun vivre sa vie dans sa lumière. Je suis convaincu que si Jean Cocteau et Jean Marais étaient là, ils tireraient à boulets rouges sur le mariage gay, qui est le summum du conventionnel.

En revanche l’amour entre deux êtres doit être enveloppé de respect. Il y a ce verset de l’épître de saint Jean qui indique la route à suivre : « Celui qui demeure en l’amour demeure en Dieu  et Dieu demeure en lui. Laissons les êtres vivre comme ils peuvent vivre !

Quel est le contenu du disque que vous enregistrez aujourd’hui ?

Ce sont des chansons dont j’ai écrit les paroles et la musique. Elles ne sont pas à proprement parler religieuses, si ce n’est qu’elles exaltent la vie, qu’elles invitent à l’élan, à l’enthousiasme qu’elle exige en plaçant l’amour très haut, à la source du bonheur. J’espère que ce disque sortira l’automne prochain et qu’il donnera lieu à un spectacle d’abord parisien.

Un autre évènement qui me tient très à cœur et dont je vous dis deux mots, c’est la sortie, le 13 Mai, d’un coffret édité par les Editions Artège contenant 130 homélies que j’ai prononcées ; 33 heures d’écoute qui, je l’espère, feront le plus grand bien aux âmes dans leurs maisons mais aussi dans leurs voitures !

C’est vous donc qui allez chanter ces chansons, et chanter sur scène en soutane ?

Eh oui, qu’est-ce que vous croyez ! Si je mettais mon sacerdoce dans ma poche, je ne serais plus digne ni du Christ, ni d’un public qui, j’en suis sûr, aime le vrai, l’authentique, et non le faussement racoleur. S’adapter, c’est se nier. Etre dans le vent, disait Gustave Thibon, c’est l’ambition d’une feuille morte, et ce n’est pas la mienne !

Puisque l’on parle « musique », je suis triste de constater l’engouement d’une certaine jeunesse pour le métal, la techno où la mélodie est absente. le goût est abîmé. Et pourtant, la mélodie correspond très profondément à la sensibilité humaine. La preuve, c’est que dans une boîte de nuit, quand, à la fin de la soirée le DJ passe une chanson de Claude François ou de Dalida, eh bien tout le monde est content et se met à danser ! C’est la preuve que le monde n’est pas fini. Aujourd’hui, bien des clips sont agressifs ou présentent les impacts d’amours échouées. C’est ainsi, c’est notre temps dépressif et sinistre qui se décrit. J’espère, de mon côté, (mais je ne suis pas le seul !) apporter un peu de clarté à notre monde assombri.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de passer trop de temps avec les médias plus qu’avec les fidèles ?

Je leur réponds qu’ils ne connaissent pas ma vie. Je rentre de Bruxelles où je viens de prêcher et de donner une conférence à de nombreux fidèles, et je m’apprête dans huit jours à donner trois enseignements sur la Vierge Marie à six-cents fidèles qui se sont inscrits à ces trois rendez-vous.

Et puis, je dis à chacun de s’occuper de sa pomme et de ne pas outrager le parcours d’un homme qui avec ses limites et ses grâces essaie de rejoindre le plus grand nombre.

Que faites-vous de l’argent que vous gagnez avec vos livres et vos disques?

Je mange du maïs, de la salade et de la Vache qui rit. Je fais le plein de ma voiture. Je donne trop d’euros à la SNCF pour mes voyages apostoliques. Et avec l’argent que je n’ai pas encore, je rêve de projets non pas démentiels mais paradisiaques!

Dernière question : quelle est votre ambition aujourd’hui ? Devenir évêque, voire Pape ?

Ceux qui me connaissent savent que dans l’Eglise, je fais une anti-carrière. Mon unique ambition, c’est de servir Jésus et Marie tant bien que mal. Et puis permettez-moi de vous faire une petite confidence : mes couleurs préférées ne sont ni le violet, ni le blanc, mais le rouge, couleur de l’amour et du sang, et le bleu, couleur de Marie et des océans aux rivages infinis…

*Photo : Gilles Bassignac.

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