Confidence pour confidence, je donne rarement dans la pétitionnite ou l’indignation télécommandée. Mais chaque règle ayant ses exceptions, je viens d’apposer ma signature au bas d’une mobilisation virtuelle en faveur des inculpés de Tarnac, lancée à l’initiative du romancier Serge Quadruppani. Ce texte est moins un appel de soutien qu’une philippique contre l’acharnement judiciaire qui frappe ce groupuscule d’ultragauche depuis 2009, au nom d’une obscure lutte antiterroriste. Dernier épisode en date, le renvoi en correctionnelle de huit accusés, dont trois pour actes de terrorisme, malgré un dossier aussi vide que les caisses de l’Etat grec. Pour une chronique détaillée des faits, on lira l‘excellent résumé qu’avait rédigé Bruno Maillé il y a déjà plusieurs années.

Depuis, on n’a rien vu de nouveau sous le soleil corrézien. De Hollande à Sarkozy, de MAM à Cazeneuve, la même stratégie de diversion spectaculaire se déploie sur tout le territoire : selon la légende policière, L’insurrection qui vient, ce brûlot anonyme prônant le retrait de la société par tous les moyens, même légaux, aurait précédé le sabotage de voies ferroviaires, sous le commandement du gourou Julien Coupat. Il serait absurde de détailler ici toutes les objections théoriques que m’inspire ce petit manifeste post-situ, à la phraséologie hégélienne parfois absconse, ni de mégoter sa solidarité au prétexte des calembredaines que Coupat a sorties contre Charlie.

Même un gentil réformiste désespérément raisonnable devrait comprendre qu’on ne rétablit pas impunément le délit d’opinion. De toute manière, l’urgence n’est pas aux ergotages mais à la décence commune, cette notion orwellienne que les lecteurs ultradroitards de 1984 subvertissent en mot d’ordre sécuritaire. Or, la bonne vieille common decency commande de ne pas mégoter lorsque la liberté d’expression, de critique radicale et de remise en cause des cadres institués se heurtent à la paranoïa de l’État profond. Des lecteurs de Debord et Sanguinetti dénonçant la stratégie de la tension que la place Beauvau et le parquet appliquent contre Tarnac, ou de nos gouvernants qui prennent une poignée de militants radicaux pour des terroristes, on se demande qui sont les complotistes…

Pour toutes ces raisons et bien d’autres que je n’ai pas le temps d’énoncer, j’invite tous nos amis démocrates à signer la pétition qui commence par ces mots : ‘Je suis l’auteur de L’insurrection qui vient ». J’ai hâte de voir tous les contempteurs de la « bien-pensance », « pensée unique » et autre « politiquement correct » épauler ces révoltés de l’autre bord…

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Daoud Boughezala
est directeur adjoint de la rédaction et rédacteur en chef de Causeur.
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