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L’école pour personne

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ecole najat vallaud fleur pellerin

Je suis vernie. Je suis entrée au collège en 1973, alors que la réforme Haby était encore dans les tuyaux, et je l’ai quitté avant qu’elle produise ses effets les plus désastreux. J’ai donc bénéficié de l’école à l’ancienne. Au collège Georges Martin à Épinay sur Seine, il n’y avait ni blouse grise ni coups de règle, mais des profs vaguement gauchistes qui faisaient cours la clope au bec. On n’avait pas inventé la transdisciplinarité ni les itinéraires découvertes, mais au club théâtre, on avait monté Don Juan – Molière, pas Mozart. Les enfants des classes moyennes côtoyaient les fils de prolos, les enfants d’immigrés se fichaient de ce qu’ils mangeaient à la cantine, on se mélangeait gentiment sans savoir qu’on faisait de la mixité. C’était le chant du cygne de l’école de la République, mais on ne le savait pas.

Dans chaque classe, il y avait quelques cancres qu’on n’appelait pas « décrocheurs ». Jusqu’à 14 ans, on les obligeait à redoubler. On aurait trouvé inconcevable de faire passer dans la classe supérieure des élèves incapables de suivre. Mais une fois atteint l’âge qui marque la fin de la scolarité obligatoire, les traînards étaient priés d’aller traîner ailleurs. L’école publique, qui ne s’était pas encore découvert une vocation compassionnelle, se débarrassait des poids morts sans états d’âme. Les mauvais élèves, en tout cas les plus chanceux d’entre eux, devaient se trouver une boîte à bac pas trop regardante sur le dossier scolaire. Le privé, c’était pour les nuls. C’était la honte.

Quarante ans et d’innombrables réformes plus tard, la hiérarchie s’est complètement inversée. Les « décrocheurs » sont le boulet de l’Éducation nationale, qui, faute de pouvoir les remettre sur les rails, ce dont elle est bien incapable, les babysitte au moins jusqu’à la fin de la troisième, souvent jusqu’en terminale. Et, comme il n’est plus question de redoublement, jugé traumatisant, voire humiliant, ils passent de classe en classe sans jamais avoir fait le moindre progrès. Ces élèves dont on refuse d’admettre qu’ils sont irrécupérables, car cela contreviendrait à notre conception abstraite du progrès, tirent tous les autres vers le bas. Et ce sont les meilleurs (qui sont aussi souvent les plus nantis) qui fuient vers l’enseignement privé où les établissements les plus cotés pratiquent souvent une sélection féroce.

Cette inversion des rôles résume à la perfection la catastrophe engendrée par quarante ans de bons sentiments. On a beau tenter de la camoufler à grands coups de rhétorique creuse et de jargon moderniste, l’Éducation nationale peut, au mieux, offrir à tous une instruction moyenne. La réforme du collège adoptée par décret le 20 mai n’y changera rien. Et tout le monde le sait. Cela n’a pas empêché ses partisans de répéter sur tous les tons qu’elle créerait plus d’égalité, plus de justice… et plus d’excellence. On voit mal comment les mêmes causes produiraient des effets radicalement différents. En effet, de René Haby à Najat Vallaud-Belkacem, toutes les réformes procèdent de la même inspiration pseudo-égalitaire, reposent sur les mêmes conceptions pédagogistes et introduisent les mêmes « innovations », comme les travaux de groupe et les enseignements pluri-disciplinaires. L’élève doit être au centre du système et l’école ouverte sur le monde. Les pères fondateurs de l’école républicaine pensaient exactement le contraire : pour eux, l’école devait être un sanctuaire, où le bruit de la société ne parvient pas. Aujourd’hui, le monde est sans cesse invité à l’école, c’est-à-dire qu’au lieu d’offrir aux élèves ce qu’ils ne trouveront pas à l’extérieur (la littérature ou les maths), on veut les doper au numérique et leur faire étudier Djamel Debbouze. L’école n’est plus ce lieu singulier situé « entre les murs » : il n’y a plus de murs.

Or, les réformateurs eux-mêmes sont bien obligés d’admettre que l’école est aujourd’hui moins égalitaire qu’il y a quarante ans et qu’elle offre une instruction de moins bonne qualité. Même les sociologues les plus audacieux n’oseraient plus prétendre que « le niveau monte », ainsi que le proclamait un livre publié en 1989 qui déclencha une polémique mémorable. Dans un discours prononcé à Carcassonne, François Hollande a observé que, « depuis la décennie 2000, la proportion d’élèves qui ne maîtrisent pas la lecture était passée de 15 à 20 % ». Et il faut noter que cette baisse du niveau concerne aussi les profs. Au final, plus on réforme, moins l’école est en mesure de remplir sa mission. Tant pis, il faut tenir le cap. En somme, on prétend remédier aux difficultés en menant les politiques qui les ont créées. Drôle de logique.

Le plus grave, c’est que, depuis quarante ans, le désastre se déploie sous la protection du mensonge public. Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, entonnent régulièrement la ritournelle de l’égalité. « L’excellence n’est pas un privilège, c’est un droit ! » : la catastrophe de l’école est tout entière contenue dans cette formule oxymorique employée par le président de la République. Prix Nobel pour tous ! Seulement voilà, personne ne sait comment transformer tous les élèves en premiers de la classe – tout simplement parce que c’est impossible. On fera donc en sorte que les bons soient un peu moins bons, par exemple en supprimant les options qui permettaient de recréer discrètement des classes plus homogènes en termes de niveau.

L’égalité, c’est l’obsession de nos gouvernants et le fil rouge de leur politique. « Cette réforme du collège se fera car c’est une réforme pour l’égalité », écrivait récemment Manuel Valls dans une tribune publiée par Libération. Fermez le ban. C’est l’égalité qui a présidé à la création du collège unique au moment où le « public scolaire », comme on dit dans le jargon de l’Éducation nationale, devenait de plus en plus diversifié, sous l’effet notamment des flux migratoires, qui n’ont pas peu contribué à compliquer le casse-tête de l’enseignement de masse. Curieuse logique, encore une fois, que celle qui prétend répondre à l’hétérogénéité des élèves par l’uniformité du système. Pour résoudre cette équation impossible, certains préconisent aujourd’hui la création d’un « collège unique diversifié ».

Le problème, c’est que l’égalité et l’excellence, ça ne va pas ensemble. Certes, l’élitisme républicain consiste à donner à tous les mêmes chances de départ, c’est-à-dire à faire en sorte que nul ne voie sa réussite entravée à cause de sa naissance ou de ses moyens. Reste qu’en matière de talent, l’égalité n’existe pas. Tout le monde ne peut pas devenir prix Nobel, ni même  faire des études supérieures. Si on veut former de futurs prix Nobel, il faut donner plus à ceux qui ont déjà. C’est injuste, sans doute, mais moins injuste que de pénaliser les bons élèves pour ne pas froisser les mauvais. Il ne s’agit évidemment pas d’abandonner les mauvais à leur sort comme le font parfois les profs découragés, mais d’admettre que, dans la vraie vie, tous les hommes ne sont pas égaux.

Logiquement, c’est donc sur la question de l’égalité que se sont empaillés adversaires et partisans de la réforme, les premiers étant accusés par les seconds de défendre une éducation élitiste favorable aux « héritiers ». Comme elle l’avait fait dans le débat sur le mariage gay, Najat Vallaud-Belkacem s’est employée à disqualifier ses adversaires, « pseudo-intellectuels » et autres grincheux accusés de vouloir pérenniser les vieilles hiérarchies et les privilèges des nantis. Face à elle, la droite, qui a repris la main à l’occasion de cette polémique, entend désormais apparaître comme la protectrice de l’école républicaine. Quand on est dans l’opposition, ça ne mange pas de pain. Mais on ne se rappelle pas qu’elle ait mené une politique très différente de celle de la gauche.

Le gouvernement espérait sans doute que la réforme passerait sans faire de remous. Encore une fois, il n’a pas vu venir la contestation, signe que le pays lui est de plus en plus étranger. Au-delà de la mobilisation des syndicats enseignants le 19 mai, la protestation est venue de la société, comme si elle avait voulu signifier qu’elle ne se laisserait pas déposséder du plus précieux des biens communs. Bonne nouvelle : les Français croient encore suffisamment à l’école de la République pour la défendre. Depuis des années, les parents des classes moyennes rusent pour déjouer les pièges de l’égalitarisme. Dans ces stratégies de contournement, les matières optionnelles comme l’allemand, le latin et le grec jouent un rôle décisif. Du reste, c’est précisément pour cette raison que Najat Vallaud-Belkacem a choisi de s’attaquer à ces disciplines porteuses de condamnables distinctions. Dans le fond, la seule véritable nouveauté de cette énième réforme du collège, c’est la révolte qu’elle a suscitée.

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°25. Pour acheter ce numéro, cliquez ici.

Causeur n°25 : Déconstruire l’école, qui a eu cette idée folle?

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ecole polony brighelli todd

Zéro de conduite! Nos responsables politiques ont la mémoire courte, au point d’oublier que la réforme du collège s’inscrit dans la longue chaîne d’involution de l’école depuis une quarantaine d’années. C’est ce que nous rappelle Elisabeth Lévy dans son introduction au dossier central de ce nouveau numéro réconciliant France Gall et Derrida : « Déconstruire l’école : qui a eu cette idée folle ? »

Notre directrice de la rédaction se souvient du temps béni de ses neuf ans, dans ce collège d’Épinay-sur-Seine où: « les enfants des classes moyennes côtoyaient les fils de prolos, les enfants d’immigrés se fichaient de ce qu’ils mangeaient à la cantine, on se mélangeait gentiment sans savoir qu’on faisait de la mixité ». En cette époque pas si antédiluvienne, les cancres redoublaient jusqu’à 14 ans, avant qu’on ne les envoie vers d’autres cieux, sans que les parents, les profs ni l’administration ne jugent le procédé traumatisant. Mais voilà, « quarante ans et d’innombrables réformes plus tard, la hiérarchie s’est complètement inversée » : au nom du Dieu égalité, on s’acharne à faire entrer tous les élèves dans le moule du collège unique et on veut diluer les humanités dans des modules de civilisation qui font la part belle à la sacrosainte «interdisciplinarité». Cerise sur le gâteau, tous nos ministres de l’Éducation nous promettent le beurre, l’argent du beurre, et les bonnes grâces de la crémière : « L’excellence n’est pas un privilège, c’est un droit » claironne notre Président. Or, « le problème, c’est que l’égalité et l’excellence, ça ne va pas ensemble » dixit notre chère Elisabeth.

Natacha Polony partage ce triste constat. Dans l’entretien-fleuve qu’elle nous a accordé, la journaliste spécialiste des questions d’éducation nous conte par le menu comment droite et gauche ont conjointement attaqué le « mammouth » scolaire, qui par égalitarisme, qui par esprit managérial. Résultat des courses : « près de 80% des enfants qui sortent du CP sans maîtriser la lecture ne rattraperont jamais leur retard »… Sur le terrain, les enseignants n’en finissent pas de subir les dégâts du collège unique et de l’hétérogénéité des niveaux au seins d’une même classe, tirant tous les élèves vers le bas, ainsi que nous le confirme le professeur de maths Jean-Luc Neulat, confronté à des élèves de Terminale S qui ignorent tout des racines carrées. La faute au pédagogisme effréné d’une caste de mandarins déconnectés du réel, nous explique Jean-Paul Brighelli. Ces intellectuels qui ont l’oreille de la rue de Grenelle ne se contentent pas de maltraiter la langue française en concevant des néologismes imbitables, ils se repaissent d’une idéologie pseudo-rousseauiste faisant de tous les élèves des Einstein potentiels. Avec les brillantes performances que l’on sait.

Au total, quatre décennies de réformite n’auront fait qu’aggraver les maux de l’Education nationale. C’est pourquoi le philosophe et mathématicien Olivier Rey, en bon disciple d’Illich, préconise une révision totale du rôle de l’école, qui devrait s’occuper d’instruction et non d’éducation car plus on en demande à l’institution scolaire, moins elle se révèle performante… Preuve en est, son incapacité croissante à répondre aux demandes des familles en matière d’orientation : à la fin de la classe de troisième, dans les grandes villes comme Paris, le choix du lycée a tout du casse-tête, sinon du supplice chinois, encourageant les entreprises d’orientation privée à prendre le relais d’une école à bout de souffle… Heureusement, lorsque les vieilles lunes de l’interdisciplinarité obligatoire et autres billevesées néo-progressistes restent au vestiaire, des hussards noirs comme Augustin d’Humières accomplissent des miracles en inculquant le grec ancien dans des zones aussi difficiles que Meaux.

Ils en ont parlé. De l’affaire Todd, bien sûr. Elisabeth Lévy et Hervé Algalarrondo reviennent tous deux sur la polémique consécutive à la publication de Qui est Charlie ?, brûlot dans lequel l’historien-démographe soutient que la marche antiterroriste du 11 janvier était en fait xénophobe, islamophobe et furieusement anti-égalitaire. Les cathos zombies sont de retour et ils ne rendent pas Todd content… Cependant que notre cheftaine fulmine contre la sociologie intempestive d’E.T, Algalarrondo soutient qu’il faudrait mettre un peu d’eau dans la laïcité tricolore, histoire de ménager la spécificité musulmane. Une disputatio aussi paritaire que virile !

Mais je manquerais à tous mes devoirs en omettant de signaler le grand retour de notre ami québécois Mathieu Bock-Côté, auteur d’une dissection en règle du prêt-à-penser antiraciste, sorte de multiculturalisme en kit produit en série dans les bétaillères progressistes. Sans oublier la relecture des émeutes de Baltimore par Cchristopher Caldwell qui repense la question ethnique à nouveaux frais, à des années-lumière de la doxa victimaire. Faut-il le préciser, ce détour par l’Amérique ne doit pas vous faire oublier les chroniques habituelles de Basile de Koch, Alain Finkielkraut, Roland Jaccard, Jean-Paul Lilienfeld et L’ouvreuse. Vous passerez enfin par la case culture en faisant l’école buissonnière au volant d’une Aston Martin aux côtés des hussards Laurent, Nimier, ou Blondin puis baguenauderez dans les allées de l’exposition Jean-Paul Gaultier au Grand Palais. Par leurs papiers sur-mesure, Patrick Mandon et Janie Samet retracent la genèse du grand couturier.

Allez zou, je vous ai assez fait l’article, la récré est finie, courez acheter Causeur!

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Famille et pouvoir : Deleuze 1-Bourdieu 0

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bush deleuze bourdieu clinton

Le duel annoncé pour l’élection de 2016 à la Maison Blanche entre Hillary Clinton, pour les démocrates, et Jeb Bush, pour les républicains, fait déjà l’objet de commentaires planétaires, même si le second n’a pas encore fait officiellement acte de candidature. Admettons donc, ce qui est loin d’être certain, que ce duo sorte vainqueur des primaires. Que signifie, pour le devenir de nos démocraties, ce phénomène qui voit le pouvoir suprême de la plus puissante d’entre elles accaparé par deux clans familiaux pendant vingt ans, voire vingt-huit, si Hillary ou Jeb parvient à effectuer deux mandats ?

Une première interprétation, dans nos contrées, ne manquera pas – elle le fait déjà – d’utiliser les vieux ressorts de l’antiaméricanisme primaire pour railler les faux-semblants d’un système politique dévoyant l’idée démocratique dans la mise en scène hollywoodienne d’un affrontement factice. La joute électorale quadriennale serait alors le « circenses » que les vrais maîtres du pouvoir états-unien, donc mondial, offriraient au peuple, en plus du pain chichement octroyé pendant que les maîtres se goinfrent (cf. Thomas Piketty). Le spectacle serait alors d’autant plus divertissant, dans tous les sens du terme, qu’il ferait jouer les ressorts éternels du drame familial, animant aussi bien la tragédie classique que le soap opéra de la télévision. Dans la même veine, on regrettera que la politique, aux États-Unis, soit devenue une affaire de marque, de « branding », comme on jargonne aujourd’hui. Le coût faramineux des campagnes électorales inciterait alors les états-majors politiques à présenter des candidats capables de chanter, comme Agamemnon de La Belle Hélène d’Offenbach : «  J’en ai assez dit, je pense/En disant mon nom/Le roi barbu qui s’avance/-bu qui s’avance, -bu qui s’avance/C’est Agamemnon/Aga-, Aga-, Agamemnon ! » La marque Clinton et la marque Bush sont suffisamment connues du public pour que le trésor de guerre électoral ne soit pas entamé par la nécessité vitale d’accroître la notoriété du candidat.[access capability= »lire_inedits »]

Enfin, nos brillants intellectuels sociologisants verront dans cette transmission familiale du pouvoir étatique suprême l’aboutissement ultime de la théorie bourdieusienne de la reproduction, assurant la perpétuation, par héritage, des « dominants » dans tous les lieux du pouvoir politique, économique et culturel, tout en cultivant l’illusion démocratique et égalitaire. Cette explication du monde a pour elle l’avantage de la simplicité, puisqu’elle présuppose l’existence d’invariants (conflits liés aux rapports de classe, de sexe, de race, etc.,), faisant ainsi de l’Histoire une machine répétitive où la structure permanente ne saurait être subvertie par la modernité de l’apparence : les formes de la domination peuvent évoluer avec le progrès technologique, mais son essence demeure. Nous sommes donc condamnés à perpétuer la lutte des mêmes contre les mêmes…

Cette analyse paresseuse du monde qui advient ne débouche que sur le ricanement imbécile devant des phénomènes tels que le retour du duel Clinton-Bush, ou la stupide « obamania » provoquée par l’accession d’un Noir à la Maison Blanche. Lorsque le temps aura fait son œuvre, on s’apercevra que la valeur performative de la parole de Barack Obama a été proche de zéro : son plus brillant discours de la campagne électorale de 2004, celui de Philadelphie, qui esquissait la perspective d’une société postraciale aux États-Unis, s’est fracassé sur Ferguson, et sa main tendue aux musulmans dans le discours du Caire a été suivie par la séquence la plus sanglante au Proche et Moyen-Orient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le « nouveau », chez Obama, s’est limité à sa complexion physique.

C’est donc vers d’autres penseurs que les Bourdieu, Badiou et épigones qu’il convient de se tourner pour tenter de comprendre ce qui nous arrive. Gilles Deleuze, par exemple, dont l’ouvrage majeur, Différence et répétition[1. Différence et répétition, PUF, 2011.], mérite d’être extrait du magma de la french theory en vogue dans les universités d’outre-Atlantique. Gilles Deleuze (1925-1995) est abusivement rangé dans la catégorie des « penseurs critiques » ou « déconstructivistes » style Foucault ou Derrida en raison de ses prises de positions conjoncturelles d’extrême gauche à partir de mai 1968. Mais, si on le lit bien, on découvre que sa pensée est aux antipodes de celle des philosophes cités plus haut. Que nous dit l’ontologie deleuzienne ? Tout d’abord, que rien ne se répète jamais vraiment à l’identique. Gilles Deleuze prolonge ainsi la vieille doctrine du philosophe grec Héraclite qui veut que l’« on ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve » pour la simple raison que l’eau, ne cessant jamais de s’écouler, est à chaque fois différente, bien que le nom du fleuve ne varie pas – de sorte qu’il est en réalité impossible de se baigner ne serait-ce qu’une seule fois dans le même fleuve ! Cette sentence d’Héraclite donne à penser que c’est finalement la nature entière qui s’écoule de la sorte en se cristallisant provisoirement dans tel ou tel phénomène individué de manière contingente. Pareillement, pour Gilles Deleuze, toute impression de stabilité est illusion. Ce que, de façon superficielle, nous croyons voir se répéter « fourmille » en fait d’infimes différences qui font de chaque « retour » un événement toujours nouveau et irréductible à ce qui l’a précédé.

Pour en revenir à notre exemple de départ, le duel programmé Clinton-Bush en 2016, cette approche deleuzienne nous permet de pointer le vrai dilemme des démocraties modernes. Aujourd’hui, le demos, le peuple conçu comme sujet politique, est spontanément parménidien, comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir : ayant renoncé à faire usage de son pouvoir souverain pour subvertir le système en place et le remplacer par un autre – les révolutions tragiques du xxe siècle l’en ont, pour longtemps encore, dissuadé –, il cherche, par son vote, le retour d’un « même » idéalisé par le souvenir. Voter Hillary Clinton, c’est rêver qu’on va revenir aux années fastes de la croissance économique conjuguée à l’ascension des classes moyennes. Voter Jeb Bush, c’est croire au retour de l’Amérique triomphant de l’empire du mal soviétique, lorsque George Herbert Bush (le père) recueillait les fruits du génie géopolitique de son prédécesseur Ronald Reagan. Le combat politique pour la conquête du pouvoir s’articule donc sur deux nostalgies concurrentes, et non sur deux projets antagonistes. Il en va tout autrement de l’exercice du pouvoir, qui doit s’accommoder du flux héraclitéen, donc forcément décevoir ceux qui avaient espéré de la répétition. Cela s’applique, bien entendu, hors des États-Unis.[/access]

*Photo : wikicommons.

Théâtre: Très fausses confidences

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Les Fausses confidences

Le public parisien serait-il le plus bête de France ? Un metteur en scène « arrivé » (Luc Bondy dirige l’Odéon depuis 2012) croit-il intelligent de faire des contresens majeurs un texte ? Une immense comédienne – Isabelle Huppert en l’occurrence – se croit-elle à l’abri d’une performance médiocre ? Un jeune freluquet – Louis Garrel – pense-t-il qu’un nom de famille peut tenir lieu de talent ?

Questions insondables – surtout la première. J’ai dû subir deux heures durant (et du Marivaux en trois actes étirés sur deux heures, ça finit par être long) les hurlements de rire des bobos parisiens, décidément bon public, c’est-à-dire exécrable. Ils croyaient manifestement assister à du vaudeville revisité, parce que Luc Bondy a cru monter du Feydeau, faute d’avoir su lire Marivaux. Les Fausses confidences est, comme l’essentiel du théâtre de Marivaux, une pièce d’une cruauté achevée – qui d’ailleurs n’a pas bien marché à la création –, le public ordinaire des comédiens italiens de 1737 – un public qui savait lire, lui – ayant trouvé trop de noirceur à cette comédie de l’accaparement des richesses d’une riche quadragénaire par un blanc-bec fauché, aidé d’un valet entreprenant. C’est d’ailleurs surtout sous la Révolution, et après, qu’on a véritablement apprécié cette comédie de l’argent convoité et de l’utilisation de l’amour pour remplir sa bourse – évitons les jeux de mots complaisants…

Sauf que Feydeau, c’est toujours une installation de génie, quelque peu hystérique, d’une précision horlogère, et qui fonctionne comme une machine célibataire. Ici, c’est du Feydeau forcé – moins le rythme. Avec un peu de romantisme décalé (ah, l’amour…), alors que la pièce est un complot de libertins aux abois. Un Louis XV maigre et sec en pleine débâcle financière tiré vers un Louis-Philippe sentimental bouffi. Boursouflure garantie.

Dorante, donc, n’a pas le sou. Son ancien valet, Dubois – inspiré du Brighella de la commedia dell’arte, qui a enfanté tant d’intrigants de comédie, de Scapin à Figaro –, passé au service de notre riche héritière, Araminte, est un manipulateur-né, qui tend ses filets pour que son ancien maître arrive au cœur, au corps et au magot de la riche bourgeoise. Marton, la suivante d’Araminte, sera le dommage collatéral de cette entreprise de captation. Un comte, qui pensait sans doute étayer son titre avec les écus de la dame, en sera pour ses frais. La mère de l’héroïne (excellemment interprétée par Bulle Ogier, désormais septuagénaire) rêvait, elle, d’une couronne comtale sur le carrosse de sa fille – elle finira déçue. In fine, Dorante remporte le gros lot en avouant – feinte sublime – le stratagème entier à Araminte, déjà résignée à faire une fin dans les bras du séducteur désargenté. Dubois triomphe (« Ma gloire m’accable »). Araminte aura quelques satisfactions solides en échange de son sac d’or. Le gigolo est casé. La vieille mourra bientôt de dépit. Le Comte, beau joueur, s’en va chercher une autre bourgeoise pour redorer son blason.

C’est la troisième fois que je vois les Fausses confidences – et évidemment, ça pèse un peu sur mon jugement. Mais si Luc Bondy était incapable de rivaliser avec les mises en scène de Jacques Lassalle (en 1979, avec l’immense Maurice Garrel, le grand-père du p’tit Louis justement, dans le rôle de Dubois) ou de Didier Bezace (vu à la Criée en 2010, avec Anouk Grinberg, parfaite, et Pierre Arditti, sublime – et ça existe en DVD), il n’avait qu’à choisir une autre pièce. Ou à rentrer à Zurich, où il est né, ou à Berlin, qu’il a beaucoup pratiqué. Même qu’il y a appris la lourdeur. Appliquée à ce que l’esprit français a tissé de plus léger et de plus sublime, c’est un pur désastre.

Donc, sur un immense plateau dont la vastitude ne servira jamais à rien, des paires de chaussures féminines sont disposées en cercle – serions-nous chez Imelda Marcos, qui les collectionnait ? –, et avant même que les lumières s’éteignent, Huppert suit un cours de Tai-chi. Si. Comme si elle arpentait les allées d’un square parisien où, le dimanche, les électeurs d’EELV s’entraînent à se décontracter, les pôvres, ils sont si stressés pendant la semaine, eux qui habitent dans l’espace préservé d’une ville imaginaire, loin de la foule déchaînée de la France périphérique. Pourquoi les chaussures, on ne le saura jamais : c’est décoratif, ça vous a un petit côté Louboutin. D’ailleurs, Huppert est habillée chez Dior, comme tout un chacun. Ça ne suffit pas à éclipser le fantôme de Madeleine Renaud, qui jouait Araminte à l’Odéon en 1959 en costumes d’époque. Mais bon, n’est pas Jean-Louis Barrault qui veut.

On est au XXIe siècle (il y a une imprimante posée sur une table), et on ne sait pas pourquoi. Je comprends pourquoi Mnouchkine situait son Tartuffe, en 1995, dans un Moyen-Orient islamisé – à la même époque le GIA et le FIS mettaient l’Algérie à feu et à sang, les islamistes donnaient déjà de la voix. Je saisis l’intention de Bluwal décalant Dom Juan, en 1965, au XVIIIe siècle, avec un Piccoli quadragénaire – l’ombre de Don Giovanni planait sur ce sombre noir et blanc. Mais là, on s’épuise en conjectures. Dior ne doit pas savoir faire les robes Pompadour. Bondy ne dit rien sur le XVIIIe, et rien sur le XXIe. Carton plein. Le vide préside à cette mise en scène, et Huppert, que j’ai vue sublime dans Orlando (d’après Virginia Woolf, en 1995 dans ce même Odéon, mise en scène Bob Wilson) ou dans 4.48 Psychose (aux Bouffes du Nord, Sarah Kane parfaitement lue par Claude Régy), erre sans trop savoir quoi faire dans ce plateau trop grand pour elle. Elle répète son Tai-chi, à un moment donné, faute de trouver quoi faire de ses mains ; elle boit du champagne – forcément, le spectacle est sponsorisé par LVMH. Elle s’occupe, elle ne joue pas.

Le sommet, ce sont les deux principaux rôles masculins. Louis Garrel, c’est l’au-delà du Paradoxe du comédien : il est tellement vide qu’un rôle, aussi fort soit-il, ne suffit pas à emplir ce trou noir. Quant à Dubois (Yves Jacques), il a une mèche quasi-hitlérienne du côté gauche, on ne sait pas pourquoi, d’ailleurs, il est en transparence ce que Garrel est en vacuité. Tous deux passent leur temps les mains dans les poches. On dirait des collégiens en train d’ânonner au tableau la récitation du jour, sans savoir quoi faire de leurs grandes paluches de masturbateurs.

Les gens, comme la presse, dithyrambique, avaient l’air contents – ce qui me ramène à ma question initiale. L’ère du vide frappe aussi au théâtre. On leur a dit qu’Huppert est exceptionnelle (elle l’est, mais pas cette fois), on leur serine que Louis Garrel est splendide, le spectacle d’ailleurs a été interrompu pour lui permettre d’aller faire le bellâtre à Cannes, c’est un petit jeune homme sans conséquence, le digne fils de son père Philippe qui se croit metteur en scène et qui devrait de temps en temps réviser Ford ou Renoir.
Pas tout à fait une soirée perdue : cela m’a permis de constater, une fois de plus, que Paris est une ville déconnectée, définitivement accablée de déconstruction culturelle, et dont les élites auto-proclamées ne sont plus capables de huer un mauvais spectacle quand ils en voient un. Mais je ne crois pas que la province qui va au théâtre soit plus intelligente. Entre la réalité (la nullité de cette mise en scène) et la représentation circulent des simulacres – l’image de la « grande actrice », la réputation du « grand metteur en scène », et ce sont ces simulacres que l’on applaudit désormais.
Et pendant ce temps, les barbares…

PS : Tout n’est pas noir à Paris. J’ai profité de mes 24 heures de débauche culturelle pour aller voir l’expo Bonnard à Orsay, et c’est magnifique.

Mon curé chez les artistes

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soeur sourire pretres

L’affaire de la publicité dans le métro du concert du groupe Les Prêtres, prévu pour le 14 juin prochain à l’Olympia au profit des chrétiens d’Orient persécutés, s’est terminée, fort heureusement, par une  reculade en rase campagne de la RATP et de sa régie publicitaire Metrobus. La mention des bénéficiaires du spectacle figurera bien sur les affiches, et les adeptes de la soumission houellebecquienne œuvrant à l’étage des chefs du métro parisien devront raser les murs pendant quelque temps.

Cet épilogue, empreint de moralité, nous met à l’aise pour procéder sans états d’âme à une analyse sans concessions de ce phénomène qu’on ose appeler artistique : l’irruption du clergé dans le monde du showbizz. Pour ce qui concerne le groupe des curés haut-alpins, compose, en fait, de deux prêtres, Jean- Michel Bardet et Charles Troesch, et d’un ex-séminariste, Joseph Dinh Nguyen Nguyen, il ne faut pas prendre au pied de la lettre le récit apologétique que leur mentor, Mgr Jean-Michel Di Falco, évêque de Gap et d’Embrun, fait de leur accession à la gloire lyrique et médiatique. Ce prélat mondain et branché, ancien porte-parole de l’épiscopat français, raconte que c’est sur la suggestion de son ami le compositeur Didier Barbelivien qu’il aurait sorti ces curés de campagne de leur anonymat pastoral, seule leur modestie empêchant l’expression de leur talent… Disons plutôt qu’expédié en 2003 dans le diocèse hexagonal le plus éloigné possible de la capitale, Jean-Michel Di Falco a trouvé un bon moyen de se mettre à nouveau sous les feux de la rampe en adaptant, en France, la recette du boys band de curés chantants irlandais The Priests, qui cartonnent dans les pays anglo-saxons avec leurs concerts live et leurs DVD vendus à des centaines de milliers d’exemplaires. À la différence de leurs imitateurs français, The Priests ont un niveau vocal et un métier scénique de professionnels et sont capables de se produire en public sans l’artifice du play-back.

Ce n’est pas faire injure à nos braves curés gapençais de dire que leurs clips vidéo et leurs DVD bidouilles en studio par les fabricants de tubes bas de gamme ne révèlent pas au grand public des talents lyriques injustement ignorés[access capability= »lire_inedits »], à l’exception peut-être de Joseph Dinh Nguyen Nguyen. Ce dernier aurait pu faire une honnête carrière de crooner asiatique dans les boîtes pour touristes d’Ho Chi Minh-Ville, ex-Saïgon.

Si les gens achètent de la variétoche sirupeuse et insipide, autant alors que ce soit au bénéfice d’une bonne cause, la construction d’une église dans les Hautes-Alpes, ou le soutien matériel aux chrétiens d’Irak, de Syrie, du Pakistan, martyrisés par les djihadistes barbares… Sol lucet omnibus, disait-on quand la messe était encore en latin, et, aujourd’hui, le soleil brille tout autant pour André Rieu que pour Itzhak Perlman, pour Les Prêtres que pour The Priests. Que le ciel, Jean-Michel Di Falco, et les techniques hyper-pointues des studios d’enregistrement, en soient donc loués !

Mais je ne saurais trop mettre en garde nos ecclésiastiques, parvenus au sommet de la notoriété et du hit-parade, contre le destin funeste qui a frappé leurs collègues ayant, naguère,

franchi le Rubicon séparant la musique paroissiale de la scène profane. Le premier d’entre eux, le père Aime Duval, jésuite de base, était devenu une star internationale dans les années 1950 et 1960, en grattant sa guitare et en chantant des bluettes de sa composition racontant les misères de la vie, ou de pauvres hères trouvaient, à la fin, consolation dans le Christ.

Il serait aujourd’hui bien oublie si son ami Georges Brassens ne l’avait immortalise dans Les Trompettes de la renommée : »Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente/Avec le père Duval, la calotte chantante/ Lui le catéchumène, et moi l’énergumène/ Il me laisse dire“merde”, je lui laisse dire “amen” » !

Emporté dans le tourbillon des tournées, des nuits folles et des matins blêmes, Aimé Duval sombra dans la dépression et l’alcoolisme, avant de se récupérer in extremis en fuyant le showbizz.

L’histoire de la «nonne chantante», dite «soeur Sourire», alias Jeanine Deckers, religieuse dominicaine belge, est encore plus tragique. Entrée dans les ordres en 1959, elle charmait ses consœurs du couvent en composant de petits airs entrainants, sur lesquels elle plaçait des paroles édifiantes. En 1963, les bonnes soeurs estimèrent qu’il n’était pas charitable de garder ces trésors pour elles seules, et décidèrent de proposer au peuple ce mode de prédication récréative que saint Dominique eut certainement approuve… Bingo ! Sa chanson Dominique« Dominique, nique, nique… » – devient un tube mondial.

J’ajoute (souvenir personnel) que ses paroles connurent un succès fulgurant dans les cours de récré grâce à l’arrivée massive des jeunes Pieds-Noirs en métropole, et à l’introduction concomitante du verbe «niquer» dans le vocabulaire courant. Dominique fut éditée et diffusée par le label Philips, qui roula dans la farine les braves sœurs belges : la multinationale néerlandaise se goinfrait 95 % des droits et en laissait royalement 5 % à la congrégation. Jeanine Deckers ne vit pas la couleur d’un centime de franc belge, ayant fait vœu de pauvreté et d’obéissance. Or, quelques années plus tard, sa vocation vacille, et elle découvre que ses pulsions homosexuelles ne sont pas compatibles avec la vie cloitrée. Cohabitant avec une amie thérapeute d’enfants autistes, elle subsiste tant bien que mal en donnant des cours de guitare et en travaillant auprès de jeunes handicapés. Mais le fisc belge, ne croyant pas une seconde que l’ex-nonne ait abandonné ses mirifiques droits d’auteur à la collectivité, soupçonne la fraude, et lui réclame avec insistance l’impôt du sur les sommes considérables produites par la vente de ses disques. La congrégation, bonne fille, lui reverse une partie des miettes laissées par Philips, mais c’est bien insuffisant pour satisfaire le moloch fiscal. Quant à Philips, sa réponse aux suppliques de celle qui fit les choux gras de la firme fut, en substance, un bras d’honneur aussi batave que grossier. Désespérées, ayant sombre dans l’alcool, Jeanine Deckers et sa compagne Annie Pecher (cela ne s’invente pas) se suicidèrent ensemble le 29 mars 1985.

Alors, MM. Les Prêtres, croyez-en un vieux mécréant qui ne vous veut que du bien : n’écoutez pas les sirènes de la gloire, et surtout demandez à Di Falco de vous montrer les comptes, tous les comptes ![/access]

Sarkozy Imperator

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sarkozy president republicains

Françaises, Français,

En ce soir du 13 mai 2042, je vous remercie de m’avoir élu pour la sixième fois consécutive à la tête de notre beau pays. Sept, si j’oublie la d’ailleurs très oubliable parenthèse du hollandisme qui eut au moins le mérite de préparer de manière négative mon triomphe et le renouveau durable de ce pays qui est le nôtre et que nous chérissons tous tellement ! Je me souviens encore du temps de ma folle jeunesse, -après tout je n’avais que soixante ans- où il me fallut reprendre en main notre parti pas encore unique mais qui était appelé à le devenir puisque nous somme tous républicains, n’est-ce pas ? Il m’avait fallu certes éliminer des gens au sein même de nos rangs qui ne comprenaient pas les enjeux, des gens dont les noms sont aujourd’hui oubliés sinon de villes comme Bordeaux qui ont donné leur nom à des impasses.

Sept mandats, sept mandats ensemble… Une telle marque de confiance m’honore au plus haut point et je ne doute pas que vous donnerez dans quelques semaines, lors des élections législatives, une large majorité aux Républicains, mon cher et vieux parti ainsi qu’à nos alliés du Rassemblement Bleu Marine/Alliance Identitaire afin que je puisse prendre la toujours jeune sénatrice Marion Maréchal-Le Pen comme Premier ministre ainsi que je vous l’avais annoncé durant la campagne.

Certains pourront dire qu’étant le seul candidat autorisé par le Conseil constitutionnel à me présenter puisque tous les prétendants étaient corrompus et incarcérés, ma victoire a été facilitée.  D’autres critiqueront le faible taux de participation, 13, 7%, que je déplore car il ne faut pas que la vitalité démocratique de notre beau pays s’étiole.

Mais, vous le savez, nous sommes le dernier îlot de démocratie en Europe et le monde entier a les yeux tournés vers nous. Partout ailleurs, dans l’ancienne UE, c’est le chaos et la chienlit. Rappelez vous, tout a commencé en 2015 avec la victoire en Grèce des marxistes sans Dieu de Syriza qui n’ont aucun respect, en plus, pour l’argent. Voudriez-vous vraiment, vous aussi, suivre ce destin qui a conduit ce pays à une véritable dictature ? Croyez-vous vraiment à ces Conseils Populaires qui prennent les décisions à la base, à ces écoles gratuites, à ces semaines de travail de 12 heures, à cette retraite à trente ans, à ces élus révocables à tout moment ? Et s’il n’y avait que la Grèce ! Mais vous le savez, chers concitoyens, nous sommes cernés. J’ai été obligé, lors de mon troisième mandat, de prendre de sévères mesures pour éviter la contagion et d’installer une surveillance électronique renforcée et des frontières rigoureusement imperméables autour de nos frontières comme m’y autorisait déjà, après quelques modifications, la loi sur le Renseignement, votée à l’unanimité sous mon prédécesseur dont j’ai toujours du mal à me souvenir du nom.

Mais il est faux de dire, comme le fait la presse étrangère, que la France est devenue  « la Corée du Nord  du capitalisme ». Il fallait bien, outre la Grèce,  nous protéger de l’Italie mise en coupe réglée par Refondation Communiste, de l’Espagne sous le talon de fer des démagogues de Podemos, de l’Angleterre et de sa révolution sanglante de 2031 qui a amené au pouvoir une lie de sales gauchistes qui ont appliqué à la lettre le programme des mouvements néoluddites, de l’Allemagne qui fut la dernière à craquer mais a elle aussi sombré avec ce gouvernement rouge et vert au pouvoir depuis bientôt dix ans.

Nous avons notre fierté, nous Français, notre identité nationale. Nous ne cèderons pas. Nos amis chinois nous assurent le plein emploi dans leurs usines relocalisées chez nous car, comme le préconisait le Medef, nous avons su baisser radicalement le coût du travail dans un dialogue social constructif avec la CFDT, un syndicat vraiment responsable et représentatif  dont les six cents militants sont des gens de confiance.

Vous me direz que nous ne sommes plus que dix-huit millions d’après le dernier recensement, que tous les jeunes sont partis poursuivre le mirage égalitaire chez nos voisins pour pouvoir se marier entre personne du même sexe, fumer de la drogue et perdre leur temps libre à pécher, lire, construire des habitats soi-disant respectueux de la nature en n’en foutant pas une rame ! Mais notre population n’est pas vieillissante, c’est faux, et elle est surtout travailleuse et expérimentée. Quel bonheur, à 76 ans, de se sentir encore utile à la société, en travaillant 65 heures par semaine et en attendant une retraite bien méritée à 82 ans qui sera, conformément à ma promesse de campagne, repoussée à 85 dans les mois qui viennent car seul le travail maintient jeune.

D’ailleurs, vous, mes chers concitoyens vous avez encore des salaires sur lesquels aucun impôt n’est prélevé, des salaires avec lesquels vous pouvez faire ce que vous voulez. Partout ailleurs, n’oubliez pas,  ils ont aboli l’économie, le salariat et ils vivent du troc. Vous, au moins, avec vos 560 euroyuans, vous pouvez vous dire que la nourriture et les vêtements que vous avez achetés, vous les avez mérités, qu’ils sont à vous et vous faites ce que vous voulez ce que qu’il vous reste comme louer à plusieurs une voiture ou vous offrir, soyons fou, une mutuelle santé.

En plus, vous n’êtes plus embêtés par les immigrés, les Roms, les musulmans et les voyous : vous vivez dans un pays en paix ou vous êtes chez vous, entre vous, pour toujours. Et, à l’écart du monde,  peuvent grandir enfin en paix les trois cents enfants qui naissent encore chaque année dans notre pays, démentant ce que de mauvais esprits disent sur notre natalité.

Alors courage, chers concitoyens. Je sais que vous en avez. N’oubliez pas de prendre vos médicaments ce soir et ouvrez une bouteille de Champomy pour fêter ma victoire. Moi, je vous laisse, j’ai une conférence à donner au Qatar sur « La France, dernier pays libéral d’Europe dans un océan de décroissants plus ou moins communistes ».

On se revoit dans cinq ans, enfin pour ceux qui seront encore vivants.

Vive la République, vive la France!

*Photo : WITT/SIPA. 00714424_000080.

Républicains: rien ne change pour que tout change?

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(Avec AFP) – Annoncée sur le départ, Nathalie Kosciusko-Morizet reste numéro deux des Républicains mais ne s’occupera plus du projet du parti, dont hérite l’ancien ministre Eric Woerth, ont aujourd’hui indiqué les Républicains. Également donné partant, le meilleur ennemi de NKM Laurent Wauquiez reste secrétaire général du mouvement, malgré son incompatibilité idéologique avec l’ancienne ministre, plus libérale-centriste que le maire du Puy-en-Velay, aux orientations conservatrices, catholiques et (assez récemment) eurosceptiques. Jusqu’ici, dans l’ancien organigramme de l’ex-UMP, NKM était notamment chargée de « définir la ligne politique du parti avec les secrétaires nationaux thématiques ». Si la tâche en incombe désormais à Woerth, Kosciusko-Morizet devrait elle davantage être impliquée « dans les régionales » de décembre, selon le PolitBuro des Républicains. Peu importe les convictions de l’heure, il paraît que ça va sérieusement brainstormer dans les couloirs de la rue de Vaugirard…

Première leçon de ce jeu de chaises musicales : l’art de la synthèse déborde largement le champ de la gauche, et Sarkozy ne se révèle pas moins pusillanime que Hollande dans sa gestion du parti. Deuxième enseignement : la cohérence idéologique n’est pas pour demain chez les Républicains, où l’on croise toujours de stricts souverainistes (Guaino), des eurobéats (Lamassoure), quelques reliquats gaullistes (Myard) et d’authentiques centristes libéraux orphelins de l’UDF (Raffarin). Cette subtile alchimie avait fonctionné en 2007, lorsque le candidat Sarkozy avait le vent en poupe, avant d’exploser cinq ans plus tard, à l’issue d’une campagne menée sous l’égide de Patrick Buisson, sauveur d’un quinquennat brouillon qui avait déboussolé le peuple de droite.

Mais il est trop tard pour refaire le film. À deux ans de la présidentielle, la distribution du prochain carnaval électoral se précise : on prend les mêmes (Sarkozy, Juppé, Fillon ? pour batailler avec François Hollande et Marine Le Pen), et on recommence. Ça donne envie, n’est-ce pas?

Le père Michel Marie, pour une Église plus près des gens

Michel-Marie Zanotti-Sorkine curé Réformés Marseille

Après avoir été chanteur et pianiste dans de nombreux piano-bars et cabarets pendant dix ans, Michel-Marie Zanotti-Sorkine est devenu le curé de la paroisse catholique Saint-Vincent-de-Paul, dite « Les Réformés », à Marseille sur la célèbre artère de La Canebière. Son ministère dans la cité phocéenne a été marqué par le retour en masse des fidèles, grâce en partie à son charisme, mais aussi à ses talents de prédicateur, de chanteur et d’écrivain. Le père Michel-Marie a baptisé plus de mille personnes en dix ans à Marseille, dont un grand nombre de musulmans. Aujourd’hui, il partage son temps entre le sanctuaire de Notre-Dame du Laus (Hautes-Alpes) où la Vierge serait apparue au XVIIe siècle, et Paris où il enregistre en ce moment un album de chansons qu’il a composées lui-même. Il a écrit pas moins de dix livres, et considère avec bienveillance le monde des médias, car il les estime indispensable pour annoncer l’Evangile.

Cependant, sa popularité lui a déjà joué des tours : le père Michel-Marie s’est vu refuser le poste de confesseur à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, à Paris, pour engouement populaire. Serait-ce là le signe que l’Église catholique ne vise pas son développement ? Le père Michel-Marie livre sa vision d’une Église aux portes grandes-ouvertes, en harmonie avec notre époque, sans pour autant dénaturer la force de la doctrine chrétienne.

En prenant vos fonctions à l’église Saint-Vincent-de-Paul, «  les Réformés », aviez-vous en tête un plan pour provoquer cet afflux de fréquentation sans précédent ?

Aucun plan. J’ai probablement agi par inspiration divine… Je veux le croire puisque rien de grand ne se fait sans que Dieu ne mette sa main. Cependant, j’étais convaincu qu’il fallait tout réorganiser en ce lieu qui ne réunissait plus qu’une petite communauté d’une cinquantaine de fidèles.

Avant de prendre mes fonctions, j’avais pris pour seule décision de me consacrer entièrement à ma mission sans m’accorder un seul jour de repos, car sans investissement passionné, sans concentration sur la mission confiée, il eût été impossible de redonner un nouvel élan à ce lieu agonisant. Les trois premières années, assisté de nombreux bénévoles aux cœurs généreux, j’ai travaillé, avec l’aide de Jésus et de Marie, bien sûr, à la renaissance du lieu : présence continue du prêtre, ouverture de cœur maximale pour comprendre les situations et les êtres, liturgies magnifiques, Messes du Dimanche somptueuses, pleines de foi et de beauté, prédications de feu, confessions tous les jours et prières inlassables adressées à la Vierge Marie. Cet agencement a suffi pour que la foule se presse et que les conversions abondent. J’allais oublier un point essentiel : très rapidement, j’ai consacré l’église à Marie, c’est dire je la lui ai donnée pour qu’elle en soit l’âme. Quand Marie est là, Jésus débarque ! Au Ciel, ils sont ensemble et depuis 2000 ans sur la terre et ils aiment à travailler l’un avec l’autre, cœur contre cœur.

Vous avez baptisé plus de mille personnes, parmi lesquels deux cent quatre-vingts adultes. Comment avez-vous fait ?

La méthode est simple, elle repose essentiellement sur l’amour offert à ceux qui se présentent, autrement dit en réservant un accueil inconditionnel à ceux qui se présentent… en éprouvant un profond respect pour chaque personne et en proposant une préparation soignée mais réduite dans le temps, car aujourd’hui, il me semble que l’on ne peut plus demander à notre monde en perpétuel mouvement de consacrer des années à la réception d’un sacrement. D’autant plus que la majorité des personnes vit dans un rythme effrayant et conduit une vie professionnelle et familiale stressante et donc éprouvante. Il est vraiment dommage que des exigences démesurées dans ce domaine (deux à trois ans selon les diocèses) découragent de nombreuses personnes jusqu’à renoncer à leur baptême. L’église n’est pas une administration, elle doit s’adapter à chaque personne, comme le Christ s’est adapté à chacun. Espérons que demain, les prêtres seront de plus en plus libres intérieurement et baptiseront à tour de cœurs ceux qui ont rencontré Jésus et qui désirent recevoir sa grâce.

Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous dans l’Église ?

Moi, qui ne suis pas complètement asservi à l’Evangile ! En vérité, il est difficile de répondre à votre question car toute généralisation conduit à des erreurs de jugement. Il me semble qu’il serait bon que l’église qui est en France s’affranchisse de tout esprit de système, se concentre sur la communication de la foi, manifeste l’amour de Jésus et de Marie pour chaque homme. Tout est là !

Comment réagissent les gens lorsqu’ils vous voient avec votre soutane ?

Extrêmement bien dans l’ensemble. Ma tenue ne génère jamais de haine. Ce qui est frappant, c’est que les plus marginaux de nos frères, en me voyant, ouvrent grand leur cœur. La soutane permet au prêtre d’être visible dans les rues, et ainsi tout homme, quelle que soit sa foi ou sa non foi, peut entrer en contact avec lui. Cette soutane offre aussi comme avantage d’être un signe anachronique au milieu du monde. Pourquoi se priver de cette originalité dans un monde saturé de conformisme ? En outre, c’est tout de même regrettable qu’il faille aller à un enterrement pour avoir un contact avec l’Église!

D’autres chrétiens attendent l’aide de leurs frères européens. La France en fait-elle assez pour venir en aide aux chrétiens d’Orient persécutés?

En matière d’amour, personne n’est au point, on n’en fait jamais assez. En ce qui concerne les chrétiens d’Orient, leur persécution passe sous silence. Le gouvernement reconnaît sans nul doute le carnage, mais ne veut pas le révéler par politique politicienne. Lorsque vingt-et-un coptes ont été décapités, le communiqué du gouvernement faisait état de vingt-et-un « égyptiens ». C’était inadmissible, car ces hommes sont morts au nom de leur foi chrétienne et non de leur nationalité.

Dernièrement, le président de la République a accepté d’accueillir un certain nombre de familles syriennes. Je m’en réjouis, c’est un premier pas, mais il faudrait aller plus loin. Il faudrait que chaque famille française catholique, qui en a les possibilités matérielles, accueille une famille syrienne. Ce serait l’idéal.

Actuellement, il y a 200 millions de chrétiens persécutés dans le monde. Je crains fort que ce chiffre ne fasse qu’augmenter. Que voulez-vous, quand la foi est profondément ancrée dans un cœur, et que la volonté de vivre selon les principes de l’Evangile irriguent un esprit, la persécution se lève immanquablement, c’est l’éternelle lutte entre la lumière et les ténèbres.

Craignez-vous les menaces proférées l’Etat islamique contre le Vatican ?

Pas du tout. L’Église ne craint rien, le Christ est avec elle. Mais si par impossible, ce péril approchait, on observerait alors une résurgence spirituelle, une croissance dans l’amour et la prière aux cœurs des chrétiens, et ce ne serait pas l’intérêt de Daesh ! La persécution des chrétiens fait  naître la foi, et le sang des martyrs irrigue la société. Et puis, j’ai la certitude que la pensée de Jésus, « qui utilise l’épée, périt par l’épée », reste un principe indétrônable. Alors, avis aux amateurs !

De son côté, l’Occident doit cesser d’offrir des signes d’irrespect voire de mépris à l’égard des religions. Vous n’êtes pas sans savoir que la parution de Charlie Hebdo au lendemain des attentats a provoqué des massacres au Niger.  Je remarque que souvent le monde musulman s’imagine que ce sont les chrétiens qui au nom de la liberté d’expression les offensent. Non, les disciples de Jésus, malgré leurs limites,  font tout leur possible pour respecter les êtres. Quant à la liberté d’expression, elle ne peut pas être absolue, puisqu’en démocratie, il n’y a pas de pouvoir absolu !

Et l’islamisme tel qu’il a sévi contre les chrétiens au Kenya vous inquiète-t-il ?

Le massacre de Garissa m’a laissé sans voix, mais je l’ai vite reprise surtout dans ma prière pour demander à Dieu notre Père d’éclairer les barbares qui ont tué ces 150 pauvres étudiants avec une cruauté digne des nazis. Dieu doit pleurer dans le ciel en voyant ce que des hommes font en se réclamant de lui !

Que vous inspirent les projets d’attentats contre des églises qui ont été évités en France ? 

Nous ne sommes qu’au début de nos malheurs. J’attends simplement que les autorités religieuses musulmanes condamnent sévèrement à la une des journaux et sur les plateaux de télévision les actes et les tentatives terroristes perpétrés par les prétendus défenseurs de l’islam, et qu’elles s’expriment avec force, et que cette déclaration soit affichée dans les quelques 2500 mosquées qui accueillent les 7 millions de musulmans présents en France.

Lire la deuxième partie de l’entretien.

*Photo : Gilles Bassignac.

Alain Finkielkraut et le discours du Panthéon

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Alain Finkielkraut Netanyahou Obama Israël Etats-Unis fessée

Commentant la panthéonisation de quatre figures de la Résistance (Germaine Tillion, Geneviève De Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette), Alain Finkielkraut cite l’historienne Mona Ozouf : « l’une des grandes obsessions de ce siècle a été la célébration de la mémoire collective ». L’hommage de la nation rendu à ces grands hommes signe la revanche de l’héroïsme et du courage à notre époque de pacifisme intégral.

Mais la force du discours présidentiel a été gâché par la langue relâchée, « approximative et même délirante » de François Hollande, coutumier du redoublement du sujet (« La France, elle a… ») et des aphorismes vides de sens (« l’Histoire est un avenir »). En somme, il semblerait qu' »on célèbre les héros, on célèbre les saints » mais qu' »on ne célèbre plus les grandeurs de l’esprit, c’en est fini pour elles ».

Belgique : ces députés turcs négationnistes…

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belgique turquie genociide armenien

Il y a déjà plusieurs décennies que le cinéma hollywoodien nous a si bien habitués aux castings ethniques que lorsqu’on regarde un film ou une série de l’Oncle Sam, il semble  acquis que le Président du tribunal et le chef de la police sont noirs. Les producteurs de cinéma avaient reçu l’injonction de modifier la perception que le Blanc de base pouvait avoir du Noir de base. Cette louable intention essaima outre-Atlantique et le présentateur ou animateur télé mâle, blanc et hétéro fait figure d’exception.

Le monde politique a suivi, s’essayant lui aussi au casting chamarré afin de rencontrer les desiderata de chaque communauté, reconnaissant au passage que le suffrage n’était plus motivé par l’intérêt général mais par les avantages particuliers que pourraient recueillir tel ou tel groupe. C’est le fameux « électorat de niche », cher à Terra Nova. L’octroi du droit de vote aux immigrés, la double nationalité et l’immigration massive ont rendu l’élaboration des listes électorales particulièrement complexe et le dosage des ingrédients ethnico-religio-féministo-linguistique plus subtil que celui qui préside à la confection des vols-au-vent aux morilles et crêtes de coqs façon Périco !

Le problème, c’est que ces candidats exotiques, s’ils sont des poids-lourds en terme de voix, ne sont pas toujours des adhérents francs et massifs aux valeurs de la démocratie et plus encore aux droits de l’homme. Deux partis belges viennent d’en faire la cuisante expérience à l’occasion de la commémoration du centenaire du génocide arménien. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, la Belgique se distingue par sa position ambiguë que l’on qualifie rapidement de surréaliste parce que c’est plus pimpant.

Petit topo : alors que l’Europe le fit en 1987, la Belgique, elle, n’a toujours pas reconnu le génocide arménien, on se demande d’ailleurs pourquoi. Cependant, il existe à Bruxelles un monument dédié à cet épouvantable génocide, et les commémorations et minutes de silence se tiennent chaque années dans chacune des nombreuses assemblées qui égayent la vie des Belges entre deux averses. C’est encore plus vrai cette année qui célèbre le triste centenaire de ce génocide que certains réduisent à un massacre quand ce n’est pas tout simplement à des affrontements ethniques liés à une période troublée.

Mais le PS a accueilli en son sein, il y a déjà plusieurs années le sémillant Emir Kir, député turc bruxellois et bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode, petite commune principalement turcophone. Non content de mentir sur ses diplômes et d’attaquer la presse quand elle n’a pas pour lui les yeux de Chimène,  Emir Kir cristallise à lui seul et sans perdre son sourire ravageur les problèmes et contradictions de la double allégeance. Ainsi, alors qu’il était secrétaire d’Etat bruxellois aux Monuments et Sites, la Turquie le rappela afin qu’il preste son service militaire. C’est déjà assez croquignolet et il fallut toute l’onctuosité des diplomates pour qu’il en soit exempté. Mais ce n’est pas tout. En tant que garant du patrimoine urbanistique, il lui fallait protéger le monument au génocide arménien alors que ses électeurs, Turcs, en souhaitaient la disparition. Parce que l’immigration turque ne s’est pas dissoute dans les brumes démocratiques d’outre-Quiévrain, loin de là. Fortement endogame, faisant venir de jeunes cousines de leur village ancestral en vue d’épousailles, peu convaincue des bienfaits de la démocratie, conservant après moult générations son coeur, son cerveau et ses économies au delà du Bosphore, la communauté turque est aux ordres d’Erdogan et considère toute allusion à un quelconque génocide arménien comme un affront. Elle a elle-même rebaptisé Saint-Josse-ten-Noode, où les campagnes électorales se font en turc,  « Petite Anatolie ».  Et en Anatolie, il n’y a pas eu et il n’y aura jamais de génocide arménien. Il fallut donc toute la souplesse, alliée à un talent remarquable dans le maniement du double langage, pour qu’Emir Kir conserve tout à la fois mandat ET électorat.

Mais les choses se corsent en 2015 puisque c’est l’année du centenaire de cette tragédie génocidaire. L’assemblée bruxelloise avait prévu une minute de silence. Elle fut refusée par les élus turcs de tout bord et Emir Kir lui, se fit tout bonnement porter pâle aux commémorations, ce qui ne passa pas inaperçu.

Arrimé au PS, on trouve un petit parti, qui fut grand du temps de la Belgique de papa : le CDH. CDH, cela signifie Centre Démocrate Humaniste, comme vous voyez, ça ratisse large. Certains se souviennent que ce parti, qui s’appelait alors le PSC (Parti Social Chrétien) faisait la pluie et le beau temps en Belgique avant que celle-ci ne se scinde sous la poussée des conflits linguistiques. Ceux-ci privèrent le PSC de l’appui du grand frère flamand et il devint un parti croupion n’ayant plus d’autre alternative que de se scotcher au PS pour continuer à exister et d’oublier son terreau chrétien pour séduire le nouvel électorat. C’est à la primesautière Présidente Joëlle Milquet que l’on doit ce virage, et c’est elle aussi qui organisa le casting des nouveaux candidats, censés drainer les voix venues du sud. Il fallait se monter au moins aussi créatif en la matière que le grand frère PS et Joëlle Milquet frappa un grand coup en faisant entrer en 2009 la première femme voilée de chez voilée dans une assemblée parlementaire belge, en l’occurrence celle de Bruxelles. C’est ainsi que les caméras se braquèrent sur  Mahinur Ozdemir, plongeant les spectateurs dans la perplexité et les musulmans dans l’allégresse. Un pas était franchi mais l’actualité eut très vite d’autres chats à fouetter et Mahinur Ozdemir brillant principalement par son mutisme et son obéissance ne fit plus de vague.

On entendit cependant encore parler d’elle dans la rubrique mondaine lors de son mariage, en Turquie bien entendu, avec un attaché parlementaire de l’AKP, en présence d’Erdogan et de nombreux députés de l’AKP et de son acolyte le MHP (extrême droite turque). C’était le 30 juillet dernier, et depuis, la jeune mariée ne fait plus parler d’elle.

Sauf, il y a quelques jours, et grâce aux journalistes de RTL. Comme chaque élu du CDH doit signer un code de déontologie par lequel il s’engage à reconnaître tous les génocides reconnus par les instances internationales, nos confrères de RTL ont voulu lui demander, alors qu’elle siégeait au Parlement bruxellois, si elle reconnaissait bien le génocide arménien. Ayant repéré les caméras, elle s’est prestement enfuie, et à l’instar des collégiennes peu désireuses de participer à un cours mixte de déplacement en milieu aquatique standardisé, elle fit parvenir à la rédaction de RTL un certificat médical. Miraculeusement guérie le soir même elle s’apprêtait à rejoindre le conseil municipal de Schaerbeek, mais rebelote ! les journalistes de RTL l’y attendaient et elle fit un rapide demi-tour, dégringolant les escaliers avec une vélocité bien à même de rassurer tous ceux qui s’inquiétaient encore de son état de santé. Mais il y a peu, les choses ont un peu bougé au CDH et Mâme Milquet n’en est plus la Présidente. Elle a été remplacée par Benoît Lutgen qui ne s’embarrasse pas de préciosités oratoires et a affirmé que les négationnistes de tout poil (ou voile) seront dehors dans la seconde et  a donc très logiquement viré Mahinur Ozdemir des tablettes du parti, ce qui en fait une sorte de Jeanne d’Arc dans la communauté turque, éblouie par sa fermeté et son recours assumé au mensonge. Nulle autre condamnation ne suivra, il n’est pas interdit en Belgique de nier le génocide arménien, ni même d’affirmer qu’il s’agissait de randonnées pique-nique organisées par l’Empire Ottoman.

Cependant, Erdogan a jugé bon de donner à la Belgique et au CDH un cours de démocratie et s’est fendu d’une très officielle bafouille où il regrette que le CDH ne respecte pas la liberté de conscience dans ses rangs, contrairement à la Turquie où toutes les opinions sont libres. Sic.

Cette affaire plonge évidement l’ancien Premier ministre et rex imperator du PS, l’empapillonné Elio Di Rupo, dans un embarras croissant. Doit-il, lui aussi, virer son négationniste, Emir Kir ? Impossible, le vote musulman étant la substantifique moelle qui irrigue le parti et sans lequel il serait condamné à jouer les utilités. Mais peut il faire moins que le CDH sans se compromettre  aux yeux de la part de son électorat qui ne plaisante pas avec les droits de l’homme et les lois mémorielles ? Périlleux ! Surtout que les médias ne semblent pas vouloir lâcher le morceau !

On se demande dès lors qui il maudit le plus des Ottomans qui auraient pu s’abstenir de dézinguer un million cinq cent mille Arméniens qui ne leur avaient rien fait ou de son colistier Philippe Moureaux, récemment converti, et qui fut l’artisan têtu du droit de vote des immigrés.

*Photo : wikicommons.

L’école pour personne

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ecole najat vallaud fleur pellerin

ecole najat vallaud fleur pellerin

Je suis vernie. Je suis entrée au collège en 1973, alors que la réforme Haby était encore dans les tuyaux, et je l’ai quitté avant qu’elle produise ses effets les plus désastreux. J’ai donc bénéficié de l’école à l’ancienne. Au collège Georges Martin à Épinay sur Seine, il n’y avait ni blouse grise ni coups de règle, mais des profs vaguement gauchistes qui faisaient cours la clope au bec. On n’avait pas inventé la transdisciplinarité ni les itinéraires découvertes, mais au club théâtre, on avait monté Don Juan – Molière, pas Mozart. Les enfants des classes moyennes côtoyaient les fils de prolos, les enfants d’immigrés se fichaient de ce qu’ils mangeaient à la cantine, on se mélangeait gentiment sans savoir qu’on faisait de la mixité. C’était le chant du cygne de l’école de la République, mais on ne le savait pas.

Dans chaque classe, il y avait quelques cancres qu’on n’appelait pas « décrocheurs ». Jusqu’à 14 ans, on les obligeait à redoubler. On aurait trouvé inconcevable de faire passer dans la classe supérieure des élèves incapables de suivre. Mais une fois atteint l’âge qui marque la fin de la scolarité obligatoire, les traînards étaient priés d’aller traîner ailleurs. L’école publique, qui ne s’était pas encore découvert une vocation compassionnelle, se débarrassait des poids morts sans états d’âme. Les mauvais élèves, en tout cas les plus chanceux d’entre eux, devaient se trouver une boîte à bac pas trop regardante sur le dossier scolaire. Le privé, c’était pour les nuls. C’était la honte.

Quarante ans et d’innombrables réformes plus tard, la hiérarchie s’est complètement inversée. Les « décrocheurs » sont le boulet de l’Éducation nationale, qui, faute de pouvoir les remettre sur les rails, ce dont elle est bien incapable, les babysitte au moins jusqu’à la fin de la troisième, souvent jusqu’en terminale. Et, comme il n’est plus question de redoublement, jugé traumatisant, voire humiliant, ils passent de classe en classe sans jamais avoir fait le moindre progrès. Ces élèves dont on refuse d’admettre qu’ils sont irrécupérables, car cela contreviendrait à notre conception abstraite du progrès, tirent tous les autres vers le bas. Et ce sont les meilleurs (qui sont aussi souvent les plus nantis) qui fuient vers l’enseignement privé où les établissements les plus cotés pratiquent souvent une sélection féroce.

Cette inversion des rôles résume à la perfection la catastrophe engendrée par quarante ans de bons sentiments. On a beau tenter de la camoufler à grands coups de rhétorique creuse et de jargon moderniste, l’Éducation nationale peut, au mieux, offrir à tous une instruction moyenne. La réforme du collège adoptée par décret le 20 mai n’y changera rien. Et tout le monde le sait. Cela n’a pas empêché ses partisans de répéter sur tous les tons qu’elle créerait plus d’égalité, plus de justice… et plus d’excellence. On voit mal comment les mêmes causes produiraient des effets radicalement différents. En effet, de René Haby à Najat Vallaud-Belkacem, toutes les réformes procèdent de la même inspiration pseudo-égalitaire, reposent sur les mêmes conceptions pédagogistes et introduisent les mêmes « innovations », comme les travaux de groupe et les enseignements pluri-disciplinaires. L’élève doit être au centre du système et l’école ouverte sur le monde. Les pères fondateurs de l’école républicaine pensaient exactement le contraire : pour eux, l’école devait être un sanctuaire, où le bruit de la société ne parvient pas. Aujourd’hui, le monde est sans cesse invité à l’école, c’est-à-dire qu’au lieu d’offrir aux élèves ce qu’ils ne trouveront pas à l’extérieur (la littérature ou les maths), on veut les doper au numérique et leur faire étudier Djamel Debbouze. L’école n’est plus ce lieu singulier situé « entre les murs » : il n’y a plus de murs.

Or, les réformateurs eux-mêmes sont bien obligés d’admettre que l’école est aujourd’hui moins égalitaire qu’il y a quarante ans et qu’elle offre une instruction de moins bonne qualité. Même les sociologues les plus audacieux n’oseraient plus prétendre que « le niveau monte », ainsi que le proclamait un livre publié en 1989 qui déclencha une polémique mémorable. Dans un discours prononcé à Carcassonne, François Hollande a observé que, « depuis la décennie 2000, la proportion d’élèves qui ne maîtrisent pas la lecture était passée de 15 à 20 % ». Et il faut noter que cette baisse du niveau concerne aussi les profs. Au final, plus on réforme, moins l’école est en mesure de remplir sa mission. Tant pis, il faut tenir le cap. En somme, on prétend remédier aux difficultés en menant les politiques qui les ont créées. Drôle de logique.

Le plus grave, c’est que, depuis quarante ans, le désastre se déploie sous la protection du mensonge public. Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, entonnent régulièrement la ritournelle de l’égalité. « L’excellence n’est pas un privilège, c’est un droit ! » : la catastrophe de l’école est tout entière contenue dans cette formule oxymorique employée par le président de la République. Prix Nobel pour tous ! Seulement voilà, personne ne sait comment transformer tous les élèves en premiers de la classe – tout simplement parce que c’est impossible. On fera donc en sorte que les bons soient un peu moins bons, par exemple en supprimant les options qui permettaient de recréer discrètement des classes plus homogènes en termes de niveau.

L’égalité, c’est l’obsession de nos gouvernants et le fil rouge de leur politique. « Cette réforme du collège se fera car c’est une réforme pour l’égalité », écrivait récemment Manuel Valls dans une tribune publiée par Libération. Fermez le ban. C’est l’égalité qui a présidé à la création du collège unique au moment où le « public scolaire », comme on dit dans le jargon de l’Éducation nationale, devenait de plus en plus diversifié, sous l’effet notamment des flux migratoires, qui n’ont pas peu contribué à compliquer le casse-tête de l’enseignement de masse. Curieuse logique, encore une fois, que celle qui prétend répondre à l’hétérogénéité des élèves par l’uniformité du système. Pour résoudre cette équation impossible, certains préconisent aujourd’hui la création d’un « collège unique diversifié ».

Le problème, c’est que l’égalité et l’excellence, ça ne va pas ensemble. Certes, l’élitisme républicain consiste à donner à tous les mêmes chances de départ, c’est-à-dire à faire en sorte que nul ne voie sa réussite entravée à cause de sa naissance ou de ses moyens. Reste qu’en matière de talent, l’égalité n’existe pas. Tout le monde ne peut pas devenir prix Nobel, ni même  faire des études supérieures. Si on veut former de futurs prix Nobel, il faut donner plus à ceux qui ont déjà. C’est injuste, sans doute, mais moins injuste que de pénaliser les bons élèves pour ne pas froisser les mauvais. Il ne s’agit évidemment pas d’abandonner les mauvais à leur sort comme le font parfois les profs découragés, mais d’admettre que, dans la vraie vie, tous les hommes ne sont pas égaux.

Logiquement, c’est donc sur la question de l’égalité que se sont empaillés adversaires et partisans de la réforme, les premiers étant accusés par les seconds de défendre une éducation élitiste favorable aux « héritiers ». Comme elle l’avait fait dans le débat sur le mariage gay, Najat Vallaud-Belkacem s’est employée à disqualifier ses adversaires, « pseudo-intellectuels » et autres grincheux accusés de vouloir pérenniser les vieilles hiérarchies et les privilèges des nantis. Face à elle, la droite, qui a repris la main à l’occasion de cette polémique, entend désormais apparaître comme la protectrice de l’école républicaine. Quand on est dans l’opposition, ça ne mange pas de pain. Mais on ne se rappelle pas qu’elle ait mené une politique très différente de celle de la gauche.

Le gouvernement espérait sans doute que la réforme passerait sans faire de remous. Encore une fois, il n’a pas vu venir la contestation, signe que le pays lui est de plus en plus étranger. Au-delà de la mobilisation des syndicats enseignants le 19 mai, la protestation est venue de la société, comme si elle avait voulu signifier qu’elle ne se laisserait pas déposséder du plus précieux des biens communs. Bonne nouvelle : les Français croient encore suffisamment à l’école de la République pour la défendre. Depuis des années, les parents des classes moyennes rusent pour déjouer les pièges de l’égalitarisme. Dans ces stratégies de contournement, les matières optionnelles comme l’allemand, le latin et le grec jouent un rôle décisif. Du reste, c’est précisément pour cette raison que Najat Vallaud-Belkacem a choisi de s’attaquer à ces disciplines porteuses de condamnables distinctions. Dans le fond, la seule véritable nouveauté de cette énième réforme du collège, c’est la révolte qu’elle a suscitée.

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°25. Pour acheter ce numéro, cliquez ici.

Causeur n°25 : Déconstruire l’école, qui a eu cette idée folle?

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ecole polony brighelli todd

ecole polony brighelli todd

Zéro de conduite! Nos responsables politiques ont la mémoire courte, au point d’oublier que la réforme du collège s’inscrit dans la longue chaîne d’involution de l’école depuis une quarantaine d’années. C’est ce que nous rappelle Elisabeth Lévy dans son introduction au dossier central de ce nouveau numéro réconciliant France Gall et Derrida : « Déconstruire l’école : qui a eu cette idée folle ? »

Notre directrice de la rédaction se souvient du temps béni de ses neuf ans, dans ce collège d’Épinay-sur-Seine où: « les enfants des classes moyennes côtoyaient les fils de prolos, les enfants d’immigrés se fichaient de ce qu’ils mangeaient à la cantine, on se mélangeait gentiment sans savoir qu’on faisait de la mixité ». En cette époque pas si antédiluvienne, les cancres redoublaient jusqu’à 14 ans, avant qu’on ne les envoie vers d’autres cieux, sans que les parents, les profs ni l’administration ne jugent le procédé traumatisant. Mais voilà, « quarante ans et d’innombrables réformes plus tard, la hiérarchie s’est complètement inversée » : au nom du Dieu égalité, on s’acharne à faire entrer tous les élèves dans le moule du collège unique et on veut diluer les humanités dans des modules de civilisation qui font la part belle à la sacrosainte «interdisciplinarité». Cerise sur le gâteau, tous nos ministres de l’Éducation nous promettent le beurre, l’argent du beurre, et les bonnes grâces de la crémière : « L’excellence n’est pas un privilège, c’est un droit » claironne notre Président. Or, « le problème, c’est que l’égalité et l’excellence, ça ne va pas ensemble » dixit notre chère Elisabeth.

Natacha Polony partage ce triste constat. Dans l’entretien-fleuve qu’elle nous a accordé, la journaliste spécialiste des questions d’éducation nous conte par le menu comment droite et gauche ont conjointement attaqué le « mammouth » scolaire, qui par égalitarisme, qui par esprit managérial. Résultat des courses : « près de 80% des enfants qui sortent du CP sans maîtriser la lecture ne rattraperont jamais leur retard »… Sur le terrain, les enseignants n’en finissent pas de subir les dégâts du collège unique et de l’hétérogénéité des niveaux au seins d’une même classe, tirant tous les élèves vers le bas, ainsi que nous le confirme le professeur de maths Jean-Luc Neulat, confronté à des élèves de Terminale S qui ignorent tout des racines carrées. La faute au pédagogisme effréné d’une caste de mandarins déconnectés du réel, nous explique Jean-Paul Brighelli. Ces intellectuels qui ont l’oreille de la rue de Grenelle ne se contentent pas de maltraiter la langue française en concevant des néologismes imbitables, ils se repaissent d’une idéologie pseudo-rousseauiste faisant de tous les élèves des Einstein potentiels. Avec les brillantes performances que l’on sait.

Au total, quatre décennies de réformite n’auront fait qu’aggraver les maux de l’Education nationale. C’est pourquoi le philosophe et mathématicien Olivier Rey, en bon disciple d’Illich, préconise une révision totale du rôle de l’école, qui devrait s’occuper d’instruction et non d’éducation car plus on en demande à l’institution scolaire, moins elle se révèle performante… Preuve en est, son incapacité croissante à répondre aux demandes des familles en matière d’orientation : à la fin de la classe de troisième, dans les grandes villes comme Paris, le choix du lycée a tout du casse-tête, sinon du supplice chinois, encourageant les entreprises d’orientation privée à prendre le relais d’une école à bout de souffle… Heureusement, lorsque les vieilles lunes de l’interdisciplinarité obligatoire et autres billevesées néo-progressistes restent au vestiaire, des hussards noirs comme Augustin d’Humières accomplissent des miracles en inculquant le grec ancien dans des zones aussi difficiles que Meaux.

Ils en ont parlé. De l’affaire Todd, bien sûr. Elisabeth Lévy et Hervé Algalarrondo reviennent tous deux sur la polémique consécutive à la publication de Qui est Charlie ?, brûlot dans lequel l’historien-démographe soutient que la marche antiterroriste du 11 janvier était en fait xénophobe, islamophobe et furieusement anti-égalitaire. Les cathos zombies sont de retour et ils ne rendent pas Todd content… Cependant que notre cheftaine fulmine contre la sociologie intempestive d’E.T, Algalarrondo soutient qu’il faudrait mettre un peu d’eau dans la laïcité tricolore, histoire de ménager la spécificité musulmane. Une disputatio aussi paritaire que virile !

Mais je manquerais à tous mes devoirs en omettant de signaler le grand retour de notre ami québécois Mathieu Bock-Côté, auteur d’une dissection en règle du prêt-à-penser antiraciste, sorte de multiculturalisme en kit produit en série dans les bétaillères progressistes. Sans oublier la relecture des émeutes de Baltimore par Cchristopher Caldwell qui repense la question ethnique à nouveaux frais, à des années-lumière de la doxa victimaire. Faut-il le préciser, ce détour par l’Amérique ne doit pas vous faire oublier les chroniques habituelles de Basile de Koch, Alain Finkielkraut, Roland Jaccard, Jean-Paul Lilienfeld et L’ouvreuse. Vous passerez enfin par la case culture en faisant l’école buissonnière au volant d’une Aston Martin aux côtés des hussards Laurent, Nimier, ou Blondin puis baguenauderez dans les allées de l’exposition Jean-Paul Gaultier au Grand Palais. Par leurs papiers sur-mesure, Patrick Mandon et Janie Samet retracent la genèse du grand couturier.

Allez zou, je vous ai assez fait l’article, la récré est finie, courez acheter Causeur!

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Famille et pouvoir : Deleuze 1-Bourdieu 0

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bush deleuze bourdieu clinton

bush deleuze bourdieu clinton

Le duel annoncé pour l’élection de 2016 à la Maison Blanche entre Hillary Clinton, pour les démocrates, et Jeb Bush, pour les républicains, fait déjà l’objet de commentaires planétaires, même si le second n’a pas encore fait officiellement acte de candidature. Admettons donc, ce qui est loin d’être certain, que ce duo sorte vainqueur des primaires. Que signifie, pour le devenir de nos démocraties, ce phénomène qui voit le pouvoir suprême de la plus puissante d’entre elles accaparé par deux clans familiaux pendant vingt ans, voire vingt-huit, si Hillary ou Jeb parvient à effectuer deux mandats ?

Une première interprétation, dans nos contrées, ne manquera pas – elle le fait déjà – d’utiliser les vieux ressorts de l’antiaméricanisme primaire pour railler les faux-semblants d’un système politique dévoyant l’idée démocratique dans la mise en scène hollywoodienne d’un affrontement factice. La joute électorale quadriennale serait alors le « circenses » que les vrais maîtres du pouvoir états-unien, donc mondial, offriraient au peuple, en plus du pain chichement octroyé pendant que les maîtres se goinfrent (cf. Thomas Piketty). Le spectacle serait alors d’autant plus divertissant, dans tous les sens du terme, qu’il ferait jouer les ressorts éternels du drame familial, animant aussi bien la tragédie classique que le soap opéra de la télévision. Dans la même veine, on regrettera que la politique, aux États-Unis, soit devenue une affaire de marque, de « branding », comme on jargonne aujourd’hui. Le coût faramineux des campagnes électorales inciterait alors les états-majors politiques à présenter des candidats capables de chanter, comme Agamemnon de La Belle Hélène d’Offenbach : «  J’en ai assez dit, je pense/En disant mon nom/Le roi barbu qui s’avance/-bu qui s’avance, -bu qui s’avance/C’est Agamemnon/Aga-, Aga-, Agamemnon ! » La marque Clinton et la marque Bush sont suffisamment connues du public pour que le trésor de guerre électoral ne soit pas entamé par la nécessité vitale d’accroître la notoriété du candidat.[access capability= »lire_inedits »]

Enfin, nos brillants intellectuels sociologisants verront dans cette transmission familiale du pouvoir étatique suprême l’aboutissement ultime de la théorie bourdieusienne de la reproduction, assurant la perpétuation, par héritage, des « dominants » dans tous les lieux du pouvoir politique, économique et culturel, tout en cultivant l’illusion démocratique et égalitaire. Cette explication du monde a pour elle l’avantage de la simplicité, puisqu’elle présuppose l’existence d’invariants (conflits liés aux rapports de classe, de sexe, de race, etc.,), faisant ainsi de l’Histoire une machine répétitive où la structure permanente ne saurait être subvertie par la modernité de l’apparence : les formes de la domination peuvent évoluer avec le progrès technologique, mais son essence demeure. Nous sommes donc condamnés à perpétuer la lutte des mêmes contre les mêmes…

Cette analyse paresseuse du monde qui advient ne débouche que sur le ricanement imbécile devant des phénomènes tels que le retour du duel Clinton-Bush, ou la stupide « obamania » provoquée par l’accession d’un Noir à la Maison Blanche. Lorsque le temps aura fait son œuvre, on s’apercevra que la valeur performative de la parole de Barack Obama a été proche de zéro : son plus brillant discours de la campagne électorale de 2004, celui de Philadelphie, qui esquissait la perspective d’une société postraciale aux États-Unis, s’est fracassé sur Ferguson, et sa main tendue aux musulmans dans le discours du Caire a été suivie par la séquence la plus sanglante au Proche et Moyen-Orient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le « nouveau », chez Obama, s’est limité à sa complexion physique.

C’est donc vers d’autres penseurs que les Bourdieu, Badiou et épigones qu’il convient de se tourner pour tenter de comprendre ce qui nous arrive. Gilles Deleuze, par exemple, dont l’ouvrage majeur, Différence et répétition[1. Différence et répétition, PUF, 2011.], mérite d’être extrait du magma de la french theory en vogue dans les universités d’outre-Atlantique. Gilles Deleuze (1925-1995) est abusivement rangé dans la catégorie des « penseurs critiques » ou « déconstructivistes » style Foucault ou Derrida en raison de ses prises de positions conjoncturelles d’extrême gauche à partir de mai 1968. Mais, si on le lit bien, on découvre que sa pensée est aux antipodes de celle des philosophes cités plus haut. Que nous dit l’ontologie deleuzienne ? Tout d’abord, que rien ne se répète jamais vraiment à l’identique. Gilles Deleuze prolonge ainsi la vieille doctrine du philosophe grec Héraclite qui veut que l’« on ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve » pour la simple raison que l’eau, ne cessant jamais de s’écouler, est à chaque fois différente, bien que le nom du fleuve ne varie pas – de sorte qu’il est en réalité impossible de se baigner ne serait-ce qu’une seule fois dans le même fleuve ! Cette sentence d’Héraclite donne à penser que c’est finalement la nature entière qui s’écoule de la sorte en se cristallisant provisoirement dans tel ou tel phénomène individué de manière contingente. Pareillement, pour Gilles Deleuze, toute impression de stabilité est illusion. Ce que, de façon superficielle, nous croyons voir se répéter « fourmille » en fait d’infimes différences qui font de chaque « retour » un événement toujours nouveau et irréductible à ce qui l’a précédé.

Pour en revenir à notre exemple de départ, le duel programmé Clinton-Bush en 2016, cette approche deleuzienne nous permet de pointer le vrai dilemme des démocraties modernes. Aujourd’hui, le demos, le peuple conçu comme sujet politique, est spontanément parménidien, comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir : ayant renoncé à faire usage de son pouvoir souverain pour subvertir le système en place et le remplacer par un autre – les révolutions tragiques du xxe siècle l’en ont, pour longtemps encore, dissuadé –, il cherche, par son vote, le retour d’un « même » idéalisé par le souvenir. Voter Hillary Clinton, c’est rêver qu’on va revenir aux années fastes de la croissance économique conjuguée à l’ascension des classes moyennes. Voter Jeb Bush, c’est croire au retour de l’Amérique triomphant de l’empire du mal soviétique, lorsque George Herbert Bush (le père) recueillait les fruits du génie géopolitique de son prédécesseur Ronald Reagan. Le combat politique pour la conquête du pouvoir s’articule donc sur deux nostalgies concurrentes, et non sur deux projets antagonistes. Il en va tout autrement de l’exercice du pouvoir, qui doit s’accommoder du flux héraclitéen, donc forcément décevoir ceux qui avaient espéré de la répétition. Cela s’applique, bien entendu, hors des États-Unis.[/access]

*Photo : wikicommons.

Théâtre: Très fausses confidences

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Les Fausses confidences

Les Fausses confidences

Le public parisien serait-il le plus bête de France ? Un metteur en scène « arrivé » (Luc Bondy dirige l’Odéon depuis 2012) croit-il intelligent de faire des contresens majeurs un texte ? Une immense comédienne – Isabelle Huppert en l’occurrence – se croit-elle à l’abri d’une performance médiocre ? Un jeune freluquet – Louis Garrel – pense-t-il qu’un nom de famille peut tenir lieu de talent ?

Questions insondables – surtout la première. J’ai dû subir deux heures durant (et du Marivaux en trois actes étirés sur deux heures, ça finit par être long) les hurlements de rire des bobos parisiens, décidément bon public, c’est-à-dire exécrable. Ils croyaient manifestement assister à du vaudeville revisité, parce que Luc Bondy a cru monter du Feydeau, faute d’avoir su lire Marivaux. Les Fausses confidences est, comme l’essentiel du théâtre de Marivaux, une pièce d’une cruauté achevée – qui d’ailleurs n’a pas bien marché à la création –, le public ordinaire des comédiens italiens de 1737 – un public qui savait lire, lui – ayant trouvé trop de noirceur à cette comédie de l’accaparement des richesses d’une riche quadragénaire par un blanc-bec fauché, aidé d’un valet entreprenant. C’est d’ailleurs surtout sous la Révolution, et après, qu’on a véritablement apprécié cette comédie de l’argent convoité et de l’utilisation de l’amour pour remplir sa bourse – évitons les jeux de mots complaisants…

Sauf que Feydeau, c’est toujours une installation de génie, quelque peu hystérique, d’une précision horlogère, et qui fonctionne comme une machine célibataire. Ici, c’est du Feydeau forcé – moins le rythme. Avec un peu de romantisme décalé (ah, l’amour…), alors que la pièce est un complot de libertins aux abois. Un Louis XV maigre et sec en pleine débâcle financière tiré vers un Louis-Philippe sentimental bouffi. Boursouflure garantie.

Dorante, donc, n’a pas le sou. Son ancien valet, Dubois – inspiré du Brighella de la commedia dell’arte, qui a enfanté tant d’intrigants de comédie, de Scapin à Figaro –, passé au service de notre riche héritière, Araminte, est un manipulateur-né, qui tend ses filets pour que son ancien maître arrive au cœur, au corps et au magot de la riche bourgeoise. Marton, la suivante d’Araminte, sera le dommage collatéral de cette entreprise de captation. Un comte, qui pensait sans doute étayer son titre avec les écus de la dame, en sera pour ses frais. La mère de l’héroïne (excellemment interprétée par Bulle Ogier, désormais septuagénaire) rêvait, elle, d’une couronne comtale sur le carrosse de sa fille – elle finira déçue. In fine, Dorante remporte le gros lot en avouant – feinte sublime – le stratagème entier à Araminte, déjà résignée à faire une fin dans les bras du séducteur désargenté. Dubois triomphe (« Ma gloire m’accable »). Araminte aura quelques satisfactions solides en échange de son sac d’or. Le gigolo est casé. La vieille mourra bientôt de dépit. Le Comte, beau joueur, s’en va chercher une autre bourgeoise pour redorer son blason.

C’est la troisième fois que je vois les Fausses confidences – et évidemment, ça pèse un peu sur mon jugement. Mais si Luc Bondy était incapable de rivaliser avec les mises en scène de Jacques Lassalle (en 1979, avec l’immense Maurice Garrel, le grand-père du p’tit Louis justement, dans le rôle de Dubois) ou de Didier Bezace (vu à la Criée en 2010, avec Anouk Grinberg, parfaite, et Pierre Arditti, sublime – et ça existe en DVD), il n’avait qu’à choisir une autre pièce. Ou à rentrer à Zurich, où il est né, ou à Berlin, qu’il a beaucoup pratiqué. Même qu’il y a appris la lourdeur. Appliquée à ce que l’esprit français a tissé de plus léger et de plus sublime, c’est un pur désastre.

Donc, sur un immense plateau dont la vastitude ne servira jamais à rien, des paires de chaussures féminines sont disposées en cercle – serions-nous chez Imelda Marcos, qui les collectionnait ? –, et avant même que les lumières s’éteignent, Huppert suit un cours de Tai-chi. Si. Comme si elle arpentait les allées d’un square parisien où, le dimanche, les électeurs d’EELV s’entraînent à se décontracter, les pôvres, ils sont si stressés pendant la semaine, eux qui habitent dans l’espace préservé d’une ville imaginaire, loin de la foule déchaînée de la France périphérique. Pourquoi les chaussures, on ne le saura jamais : c’est décoratif, ça vous a un petit côté Louboutin. D’ailleurs, Huppert est habillée chez Dior, comme tout un chacun. Ça ne suffit pas à éclipser le fantôme de Madeleine Renaud, qui jouait Araminte à l’Odéon en 1959 en costumes d’époque. Mais bon, n’est pas Jean-Louis Barrault qui veut.

On est au XXIe siècle (il y a une imprimante posée sur une table), et on ne sait pas pourquoi. Je comprends pourquoi Mnouchkine situait son Tartuffe, en 1995, dans un Moyen-Orient islamisé – à la même époque le GIA et le FIS mettaient l’Algérie à feu et à sang, les islamistes donnaient déjà de la voix. Je saisis l’intention de Bluwal décalant Dom Juan, en 1965, au XVIIIe siècle, avec un Piccoli quadragénaire – l’ombre de Don Giovanni planait sur ce sombre noir et blanc. Mais là, on s’épuise en conjectures. Dior ne doit pas savoir faire les robes Pompadour. Bondy ne dit rien sur le XVIIIe, et rien sur le XXIe. Carton plein. Le vide préside à cette mise en scène, et Huppert, que j’ai vue sublime dans Orlando (d’après Virginia Woolf, en 1995 dans ce même Odéon, mise en scène Bob Wilson) ou dans 4.48 Psychose (aux Bouffes du Nord, Sarah Kane parfaitement lue par Claude Régy), erre sans trop savoir quoi faire dans ce plateau trop grand pour elle. Elle répète son Tai-chi, à un moment donné, faute de trouver quoi faire de ses mains ; elle boit du champagne – forcément, le spectacle est sponsorisé par LVMH. Elle s’occupe, elle ne joue pas.

Le sommet, ce sont les deux principaux rôles masculins. Louis Garrel, c’est l’au-delà du Paradoxe du comédien : il est tellement vide qu’un rôle, aussi fort soit-il, ne suffit pas à emplir ce trou noir. Quant à Dubois (Yves Jacques), il a une mèche quasi-hitlérienne du côté gauche, on ne sait pas pourquoi, d’ailleurs, il est en transparence ce que Garrel est en vacuité. Tous deux passent leur temps les mains dans les poches. On dirait des collégiens en train d’ânonner au tableau la récitation du jour, sans savoir quoi faire de leurs grandes paluches de masturbateurs.

Les gens, comme la presse, dithyrambique, avaient l’air contents – ce qui me ramène à ma question initiale. L’ère du vide frappe aussi au théâtre. On leur a dit qu’Huppert est exceptionnelle (elle l’est, mais pas cette fois), on leur serine que Louis Garrel est splendide, le spectacle d’ailleurs a été interrompu pour lui permettre d’aller faire le bellâtre à Cannes, c’est un petit jeune homme sans conséquence, le digne fils de son père Philippe qui se croit metteur en scène et qui devrait de temps en temps réviser Ford ou Renoir.
Pas tout à fait une soirée perdue : cela m’a permis de constater, une fois de plus, que Paris est une ville déconnectée, définitivement accablée de déconstruction culturelle, et dont les élites auto-proclamées ne sont plus capables de huer un mauvais spectacle quand ils en voient un. Mais je ne crois pas que la province qui va au théâtre soit plus intelligente. Entre la réalité (la nullité de cette mise en scène) et la représentation circulent des simulacres – l’image de la « grande actrice », la réputation du « grand metteur en scène », et ce sont ces simulacres que l’on applaudit désormais.
Et pendant ce temps, les barbares…

PS : Tout n’est pas noir à Paris. J’ai profité de mes 24 heures de débauche culturelle pour aller voir l’expo Bonnard à Orsay, et c’est magnifique.

Mon curé chez les artistes

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soeur sourire pretres

soeur sourire pretres

L’affaire de la publicité dans le métro du concert du groupe Les Prêtres, prévu pour le 14 juin prochain à l’Olympia au profit des chrétiens d’Orient persécutés, s’est terminée, fort heureusement, par une  reculade en rase campagne de la RATP et de sa régie publicitaire Metrobus. La mention des bénéficiaires du spectacle figurera bien sur les affiches, et les adeptes de la soumission houellebecquienne œuvrant à l’étage des chefs du métro parisien devront raser les murs pendant quelque temps.

Cet épilogue, empreint de moralité, nous met à l’aise pour procéder sans états d’âme à une analyse sans concessions de ce phénomène qu’on ose appeler artistique : l’irruption du clergé dans le monde du showbizz. Pour ce qui concerne le groupe des curés haut-alpins, compose, en fait, de deux prêtres, Jean- Michel Bardet et Charles Troesch, et d’un ex-séminariste, Joseph Dinh Nguyen Nguyen, il ne faut pas prendre au pied de la lettre le récit apologétique que leur mentor, Mgr Jean-Michel Di Falco, évêque de Gap et d’Embrun, fait de leur accession à la gloire lyrique et médiatique. Ce prélat mondain et branché, ancien porte-parole de l’épiscopat français, raconte que c’est sur la suggestion de son ami le compositeur Didier Barbelivien qu’il aurait sorti ces curés de campagne de leur anonymat pastoral, seule leur modestie empêchant l’expression de leur talent… Disons plutôt qu’expédié en 2003 dans le diocèse hexagonal le plus éloigné possible de la capitale, Jean-Michel Di Falco a trouvé un bon moyen de se mettre à nouveau sous les feux de la rampe en adaptant, en France, la recette du boys band de curés chantants irlandais The Priests, qui cartonnent dans les pays anglo-saxons avec leurs concerts live et leurs DVD vendus à des centaines de milliers d’exemplaires. À la différence de leurs imitateurs français, The Priests ont un niveau vocal et un métier scénique de professionnels et sont capables de se produire en public sans l’artifice du play-back.

Ce n’est pas faire injure à nos braves curés gapençais de dire que leurs clips vidéo et leurs DVD bidouilles en studio par les fabricants de tubes bas de gamme ne révèlent pas au grand public des talents lyriques injustement ignorés[access capability= »lire_inedits »], à l’exception peut-être de Joseph Dinh Nguyen Nguyen. Ce dernier aurait pu faire une honnête carrière de crooner asiatique dans les boîtes pour touristes d’Ho Chi Minh-Ville, ex-Saïgon.

Si les gens achètent de la variétoche sirupeuse et insipide, autant alors que ce soit au bénéfice d’une bonne cause, la construction d’une église dans les Hautes-Alpes, ou le soutien matériel aux chrétiens d’Irak, de Syrie, du Pakistan, martyrisés par les djihadistes barbares… Sol lucet omnibus, disait-on quand la messe était encore en latin, et, aujourd’hui, le soleil brille tout autant pour André Rieu que pour Itzhak Perlman, pour Les Prêtres que pour The Priests. Que le ciel, Jean-Michel Di Falco, et les techniques hyper-pointues des studios d’enregistrement, en soient donc loués !

Mais je ne saurais trop mettre en garde nos ecclésiastiques, parvenus au sommet de la notoriété et du hit-parade, contre le destin funeste qui a frappé leurs collègues ayant, naguère,

franchi le Rubicon séparant la musique paroissiale de la scène profane. Le premier d’entre eux, le père Aime Duval, jésuite de base, était devenu une star internationale dans les années 1950 et 1960, en grattant sa guitare et en chantant des bluettes de sa composition racontant les misères de la vie, ou de pauvres hères trouvaient, à la fin, consolation dans le Christ.

Il serait aujourd’hui bien oublie si son ami Georges Brassens ne l’avait immortalise dans Les Trompettes de la renommée : »Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente/Avec le père Duval, la calotte chantante/ Lui le catéchumène, et moi l’énergumène/ Il me laisse dire“merde”, je lui laisse dire “amen” » !

Emporté dans le tourbillon des tournées, des nuits folles et des matins blêmes, Aimé Duval sombra dans la dépression et l’alcoolisme, avant de se récupérer in extremis en fuyant le showbizz.

L’histoire de la «nonne chantante», dite «soeur Sourire», alias Jeanine Deckers, religieuse dominicaine belge, est encore plus tragique. Entrée dans les ordres en 1959, elle charmait ses consœurs du couvent en composant de petits airs entrainants, sur lesquels elle plaçait des paroles édifiantes. En 1963, les bonnes soeurs estimèrent qu’il n’était pas charitable de garder ces trésors pour elles seules, et décidèrent de proposer au peuple ce mode de prédication récréative que saint Dominique eut certainement approuve… Bingo ! Sa chanson Dominique« Dominique, nique, nique… » – devient un tube mondial.

J’ajoute (souvenir personnel) que ses paroles connurent un succès fulgurant dans les cours de récré grâce à l’arrivée massive des jeunes Pieds-Noirs en métropole, et à l’introduction concomitante du verbe «niquer» dans le vocabulaire courant. Dominique fut éditée et diffusée par le label Philips, qui roula dans la farine les braves sœurs belges : la multinationale néerlandaise se goinfrait 95 % des droits et en laissait royalement 5 % à la congrégation. Jeanine Deckers ne vit pas la couleur d’un centime de franc belge, ayant fait vœu de pauvreté et d’obéissance. Or, quelques années plus tard, sa vocation vacille, et elle découvre que ses pulsions homosexuelles ne sont pas compatibles avec la vie cloitrée. Cohabitant avec une amie thérapeute d’enfants autistes, elle subsiste tant bien que mal en donnant des cours de guitare et en travaillant auprès de jeunes handicapés. Mais le fisc belge, ne croyant pas une seconde que l’ex-nonne ait abandonné ses mirifiques droits d’auteur à la collectivité, soupçonne la fraude, et lui réclame avec insistance l’impôt du sur les sommes considérables produites par la vente de ses disques. La congrégation, bonne fille, lui reverse une partie des miettes laissées par Philips, mais c’est bien insuffisant pour satisfaire le moloch fiscal. Quant à Philips, sa réponse aux suppliques de celle qui fit les choux gras de la firme fut, en substance, un bras d’honneur aussi batave que grossier. Désespérées, ayant sombre dans l’alcool, Jeanine Deckers et sa compagne Annie Pecher (cela ne s’invente pas) se suicidèrent ensemble le 29 mars 1985.

Alors, MM. Les Prêtres, croyez-en un vieux mécréant qui ne vous veut que du bien : n’écoutez pas les sirènes de la gloire, et surtout demandez à Di Falco de vous montrer les comptes, tous les comptes ![/access]

Sarkozy Imperator

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sarkozy president republicains

sarkozy president republicains

Françaises, Français,

En ce soir du 13 mai 2042, je vous remercie de m’avoir élu pour la sixième fois consécutive à la tête de notre beau pays. Sept, si j’oublie la d’ailleurs très oubliable parenthèse du hollandisme qui eut au moins le mérite de préparer de manière négative mon triomphe et le renouveau durable de ce pays qui est le nôtre et que nous chérissons tous tellement ! Je me souviens encore du temps de ma folle jeunesse, -après tout je n’avais que soixante ans- où il me fallut reprendre en main notre parti pas encore unique mais qui était appelé à le devenir puisque nous somme tous républicains, n’est-ce pas ? Il m’avait fallu certes éliminer des gens au sein même de nos rangs qui ne comprenaient pas les enjeux, des gens dont les noms sont aujourd’hui oubliés sinon de villes comme Bordeaux qui ont donné leur nom à des impasses.

Sept mandats, sept mandats ensemble… Une telle marque de confiance m’honore au plus haut point et je ne doute pas que vous donnerez dans quelques semaines, lors des élections législatives, une large majorité aux Républicains, mon cher et vieux parti ainsi qu’à nos alliés du Rassemblement Bleu Marine/Alliance Identitaire afin que je puisse prendre la toujours jeune sénatrice Marion Maréchal-Le Pen comme Premier ministre ainsi que je vous l’avais annoncé durant la campagne.

Certains pourront dire qu’étant le seul candidat autorisé par le Conseil constitutionnel à me présenter puisque tous les prétendants étaient corrompus et incarcérés, ma victoire a été facilitée.  D’autres critiqueront le faible taux de participation, 13, 7%, que je déplore car il ne faut pas que la vitalité démocratique de notre beau pays s’étiole.

Mais, vous le savez, nous sommes le dernier îlot de démocratie en Europe et le monde entier a les yeux tournés vers nous. Partout ailleurs, dans l’ancienne UE, c’est le chaos et la chienlit. Rappelez vous, tout a commencé en 2015 avec la victoire en Grèce des marxistes sans Dieu de Syriza qui n’ont aucun respect, en plus, pour l’argent. Voudriez-vous vraiment, vous aussi, suivre ce destin qui a conduit ce pays à une véritable dictature ? Croyez-vous vraiment à ces Conseils Populaires qui prennent les décisions à la base, à ces écoles gratuites, à ces semaines de travail de 12 heures, à cette retraite à trente ans, à ces élus révocables à tout moment ? Et s’il n’y avait que la Grèce ! Mais vous le savez, chers concitoyens, nous sommes cernés. J’ai été obligé, lors de mon troisième mandat, de prendre de sévères mesures pour éviter la contagion et d’installer une surveillance électronique renforcée et des frontières rigoureusement imperméables autour de nos frontières comme m’y autorisait déjà, après quelques modifications, la loi sur le Renseignement, votée à l’unanimité sous mon prédécesseur dont j’ai toujours du mal à me souvenir du nom.

Mais il est faux de dire, comme le fait la presse étrangère, que la France est devenue  « la Corée du Nord  du capitalisme ». Il fallait bien, outre la Grèce,  nous protéger de l’Italie mise en coupe réglée par Refondation Communiste, de l’Espagne sous le talon de fer des démagogues de Podemos, de l’Angleterre et de sa révolution sanglante de 2031 qui a amené au pouvoir une lie de sales gauchistes qui ont appliqué à la lettre le programme des mouvements néoluddites, de l’Allemagne qui fut la dernière à craquer mais a elle aussi sombré avec ce gouvernement rouge et vert au pouvoir depuis bientôt dix ans.

Nous avons notre fierté, nous Français, notre identité nationale. Nous ne cèderons pas. Nos amis chinois nous assurent le plein emploi dans leurs usines relocalisées chez nous car, comme le préconisait le Medef, nous avons su baisser radicalement le coût du travail dans un dialogue social constructif avec la CFDT, un syndicat vraiment responsable et représentatif  dont les six cents militants sont des gens de confiance.

Vous me direz que nous ne sommes plus que dix-huit millions d’après le dernier recensement, que tous les jeunes sont partis poursuivre le mirage égalitaire chez nos voisins pour pouvoir se marier entre personne du même sexe, fumer de la drogue et perdre leur temps libre à pécher, lire, construire des habitats soi-disant respectueux de la nature en n’en foutant pas une rame ! Mais notre population n’est pas vieillissante, c’est faux, et elle est surtout travailleuse et expérimentée. Quel bonheur, à 76 ans, de se sentir encore utile à la société, en travaillant 65 heures par semaine et en attendant une retraite bien méritée à 82 ans qui sera, conformément à ma promesse de campagne, repoussée à 85 dans les mois qui viennent car seul le travail maintient jeune.

D’ailleurs, vous, mes chers concitoyens vous avez encore des salaires sur lesquels aucun impôt n’est prélevé, des salaires avec lesquels vous pouvez faire ce que vous voulez. Partout ailleurs, n’oubliez pas,  ils ont aboli l’économie, le salariat et ils vivent du troc. Vous, au moins, avec vos 560 euroyuans, vous pouvez vous dire que la nourriture et les vêtements que vous avez achetés, vous les avez mérités, qu’ils sont à vous et vous faites ce que vous voulez ce que qu’il vous reste comme louer à plusieurs une voiture ou vous offrir, soyons fou, une mutuelle santé.

En plus, vous n’êtes plus embêtés par les immigrés, les Roms, les musulmans et les voyous : vous vivez dans un pays en paix ou vous êtes chez vous, entre vous, pour toujours. Et, à l’écart du monde,  peuvent grandir enfin en paix les trois cents enfants qui naissent encore chaque année dans notre pays, démentant ce que de mauvais esprits disent sur notre natalité.

Alors courage, chers concitoyens. Je sais que vous en avez. N’oubliez pas de prendre vos médicaments ce soir et ouvrez une bouteille de Champomy pour fêter ma victoire. Moi, je vous laisse, j’ai une conférence à donner au Qatar sur « La France, dernier pays libéral d’Europe dans un océan de décroissants plus ou moins communistes ».

On se revoit dans cinq ans, enfin pour ceux qui seront encore vivants.

Vive la République, vive la France!

*Photo : WITT/SIPA. 00714424_000080.

Républicains: rien ne change pour que tout change?

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(Avec AFP) – Annoncée sur le départ, Nathalie Kosciusko-Morizet reste numéro deux des Républicains mais ne s’occupera plus du projet du parti, dont hérite l’ancien ministre Eric Woerth, ont aujourd’hui indiqué les Républicains. Également donné partant, le meilleur ennemi de NKM Laurent Wauquiez reste secrétaire général du mouvement, malgré son incompatibilité idéologique avec l’ancienne ministre, plus libérale-centriste que le maire du Puy-en-Velay, aux orientations conservatrices, catholiques et (assez récemment) eurosceptiques. Jusqu’ici, dans l’ancien organigramme de l’ex-UMP, NKM était notamment chargée de « définir la ligne politique du parti avec les secrétaires nationaux thématiques ». Si la tâche en incombe désormais à Woerth, Kosciusko-Morizet devrait elle davantage être impliquée « dans les régionales » de décembre, selon le PolitBuro des Républicains. Peu importe les convictions de l’heure, il paraît que ça va sérieusement brainstormer dans les couloirs de la rue de Vaugirard…

Première leçon de ce jeu de chaises musicales : l’art de la synthèse déborde largement le champ de la gauche, et Sarkozy ne se révèle pas moins pusillanime que Hollande dans sa gestion du parti. Deuxième enseignement : la cohérence idéologique n’est pas pour demain chez les Républicains, où l’on croise toujours de stricts souverainistes (Guaino), des eurobéats (Lamassoure), quelques reliquats gaullistes (Myard) et d’authentiques centristes libéraux orphelins de l’UDF (Raffarin). Cette subtile alchimie avait fonctionné en 2007, lorsque le candidat Sarkozy avait le vent en poupe, avant d’exploser cinq ans plus tard, à l’issue d’une campagne menée sous l’égide de Patrick Buisson, sauveur d’un quinquennat brouillon qui avait déboussolé le peuple de droite.

Mais il est trop tard pour refaire le film. À deux ans de la présidentielle, la distribution du prochain carnaval électoral se précise : on prend les mêmes (Sarkozy, Juppé, Fillon ? pour batailler avec François Hollande et Marine Le Pen), et on recommence. Ça donne envie, n’est-ce pas?

Le père Michel Marie, pour une Église plus près des gens

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Michel-Marie Zanotti-Sorkine curé Réformés Marseille

Michel-Marie Zanotti-Sorkine curé Réformés Marseille

Après avoir été chanteur et pianiste dans de nombreux piano-bars et cabarets pendant dix ans, Michel-Marie Zanotti-Sorkine est devenu le curé de la paroisse catholique Saint-Vincent-de-Paul, dite « Les Réformés », à Marseille sur la célèbre artère de La Canebière. Son ministère dans la cité phocéenne a été marqué par le retour en masse des fidèles, grâce en partie à son charisme, mais aussi à ses talents de prédicateur, de chanteur et d’écrivain. Le père Michel-Marie a baptisé plus de mille personnes en dix ans à Marseille, dont un grand nombre de musulmans. Aujourd’hui, il partage son temps entre le sanctuaire de Notre-Dame du Laus (Hautes-Alpes) où la Vierge serait apparue au XVIIe siècle, et Paris où il enregistre en ce moment un album de chansons qu’il a composées lui-même. Il a écrit pas moins de dix livres, et considère avec bienveillance le monde des médias, car il les estime indispensable pour annoncer l’Evangile.

Cependant, sa popularité lui a déjà joué des tours : le père Michel-Marie s’est vu refuser le poste de confesseur à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, à Paris, pour engouement populaire. Serait-ce là le signe que l’Église catholique ne vise pas son développement ? Le père Michel-Marie livre sa vision d’une Église aux portes grandes-ouvertes, en harmonie avec notre époque, sans pour autant dénaturer la force de la doctrine chrétienne.

En prenant vos fonctions à l’église Saint-Vincent-de-Paul, «  les Réformés », aviez-vous en tête un plan pour provoquer cet afflux de fréquentation sans précédent ?

Aucun plan. J’ai probablement agi par inspiration divine… Je veux le croire puisque rien de grand ne se fait sans que Dieu ne mette sa main. Cependant, j’étais convaincu qu’il fallait tout réorganiser en ce lieu qui ne réunissait plus qu’une petite communauté d’une cinquantaine de fidèles.

Avant de prendre mes fonctions, j’avais pris pour seule décision de me consacrer entièrement à ma mission sans m’accorder un seul jour de repos, car sans investissement passionné, sans concentration sur la mission confiée, il eût été impossible de redonner un nouvel élan à ce lieu agonisant. Les trois premières années, assisté de nombreux bénévoles aux cœurs généreux, j’ai travaillé, avec l’aide de Jésus et de Marie, bien sûr, à la renaissance du lieu : présence continue du prêtre, ouverture de cœur maximale pour comprendre les situations et les êtres, liturgies magnifiques, Messes du Dimanche somptueuses, pleines de foi et de beauté, prédications de feu, confessions tous les jours et prières inlassables adressées à la Vierge Marie. Cet agencement a suffi pour que la foule se presse et que les conversions abondent. J’allais oublier un point essentiel : très rapidement, j’ai consacré l’église à Marie, c’est dire je la lui ai donnée pour qu’elle en soit l’âme. Quand Marie est là, Jésus débarque ! Au Ciel, ils sont ensemble et depuis 2000 ans sur la terre et ils aiment à travailler l’un avec l’autre, cœur contre cœur.

Vous avez baptisé plus de mille personnes, parmi lesquels deux cent quatre-vingts adultes. Comment avez-vous fait ?

La méthode est simple, elle repose essentiellement sur l’amour offert à ceux qui se présentent, autrement dit en réservant un accueil inconditionnel à ceux qui se présentent… en éprouvant un profond respect pour chaque personne et en proposant une préparation soignée mais réduite dans le temps, car aujourd’hui, il me semble que l’on ne peut plus demander à notre monde en perpétuel mouvement de consacrer des années à la réception d’un sacrement. D’autant plus que la majorité des personnes vit dans un rythme effrayant et conduit une vie professionnelle et familiale stressante et donc éprouvante. Il est vraiment dommage que des exigences démesurées dans ce domaine (deux à trois ans selon les diocèses) découragent de nombreuses personnes jusqu’à renoncer à leur baptême. L’église n’est pas une administration, elle doit s’adapter à chaque personne, comme le Christ s’est adapté à chacun. Espérons que demain, les prêtres seront de plus en plus libres intérieurement et baptiseront à tour de cœurs ceux qui ont rencontré Jésus et qui désirent recevoir sa grâce.

Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous dans l’Église ?

Moi, qui ne suis pas complètement asservi à l’Evangile ! En vérité, il est difficile de répondre à votre question car toute généralisation conduit à des erreurs de jugement. Il me semble qu’il serait bon que l’église qui est en France s’affranchisse de tout esprit de système, se concentre sur la communication de la foi, manifeste l’amour de Jésus et de Marie pour chaque homme. Tout est là !

Comment réagissent les gens lorsqu’ils vous voient avec votre soutane ?

Extrêmement bien dans l’ensemble. Ma tenue ne génère jamais de haine. Ce qui est frappant, c’est que les plus marginaux de nos frères, en me voyant, ouvrent grand leur cœur. La soutane permet au prêtre d’être visible dans les rues, et ainsi tout homme, quelle que soit sa foi ou sa non foi, peut entrer en contact avec lui. Cette soutane offre aussi comme avantage d’être un signe anachronique au milieu du monde. Pourquoi se priver de cette originalité dans un monde saturé de conformisme ? En outre, c’est tout de même regrettable qu’il faille aller à un enterrement pour avoir un contact avec l’Église!

D’autres chrétiens attendent l’aide de leurs frères européens. La France en fait-elle assez pour venir en aide aux chrétiens d’Orient persécutés?

En matière d’amour, personne n’est au point, on n’en fait jamais assez. En ce qui concerne les chrétiens d’Orient, leur persécution passe sous silence. Le gouvernement reconnaît sans nul doute le carnage, mais ne veut pas le révéler par politique politicienne. Lorsque vingt-et-un coptes ont été décapités, le communiqué du gouvernement faisait état de vingt-et-un « égyptiens ». C’était inadmissible, car ces hommes sont morts au nom de leur foi chrétienne et non de leur nationalité.

Dernièrement, le président de la République a accepté d’accueillir un certain nombre de familles syriennes. Je m’en réjouis, c’est un premier pas, mais il faudrait aller plus loin. Il faudrait que chaque famille française catholique, qui en a les possibilités matérielles, accueille une famille syrienne. Ce serait l’idéal.

Actuellement, il y a 200 millions de chrétiens persécutés dans le monde. Je crains fort que ce chiffre ne fasse qu’augmenter. Que voulez-vous, quand la foi est profondément ancrée dans un cœur, et que la volonté de vivre selon les principes de l’Evangile irriguent un esprit, la persécution se lève immanquablement, c’est l’éternelle lutte entre la lumière et les ténèbres.

Craignez-vous les menaces proférées l’Etat islamique contre le Vatican ?

Pas du tout. L’Église ne craint rien, le Christ est avec elle. Mais si par impossible, ce péril approchait, on observerait alors une résurgence spirituelle, une croissance dans l’amour et la prière aux cœurs des chrétiens, et ce ne serait pas l’intérêt de Daesh ! La persécution des chrétiens fait  naître la foi, et le sang des martyrs irrigue la société. Et puis, j’ai la certitude que la pensée de Jésus, « qui utilise l’épée, périt par l’épée », reste un principe indétrônable. Alors, avis aux amateurs !

De son côté, l’Occident doit cesser d’offrir des signes d’irrespect voire de mépris à l’égard des religions. Vous n’êtes pas sans savoir que la parution de Charlie Hebdo au lendemain des attentats a provoqué des massacres au Niger.  Je remarque que souvent le monde musulman s’imagine que ce sont les chrétiens qui au nom de la liberté d’expression les offensent. Non, les disciples de Jésus, malgré leurs limites,  font tout leur possible pour respecter les êtres. Quant à la liberté d’expression, elle ne peut pas être absolue, puisqu’en démocratie, il n’y a pas de pouvoir absolu !

Et l’islamisme tel qu’il a sévi contre les chrétiens au Kenya vous inquiète-t-il ?

Le massacre de Garissa m’a laissé sans voix, mais je l’ai vite reprise surtout dans ma prière pour demander à Dieu notre Père d’éclairer les barbares qui ont tué ces 150 pauvres étudiants avec une cruauté digne des nazis. Dieu doit pleurer dans le ciel en voyant ce que des hommes font en se réclamant de lui !

Que vous inspirent les projets d’attentats contre des églises qui ont été évités en France ? 

Nous ne sommes qu’au début de nos malheurs. J’attends simplement que les autorités religieuses musulmanes condamnent sévèrement à la une des journaux et sur les plateaux de télévision les actes et les tentatives terroristes perpétrés par les prétendus défenseurs de l’islam, et qu’elles s’expriment avec force, et que cette déclaration soit affichée dans les quelques 2500 mosquées qui accueillent les 7 millions de musulmans présents en France.

Lire la deuxième partie de l’entretien.

*Photo : Gilles Bassignac.

Alain Finkielkraut et le discours du Panthéon

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Alain Finkielkraut Manuel Valls Berlin DSK Carlton

Alain Finkielkraut Netanyahou Obama Israël Etats-Unis fessée

Commentant la panthéonisation de quatre figures de la Résistance (Germaine Tillion, Geneviève De Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette), Alain Finkielkraut cite l’historienne Mona Ozouf : « l’une des grandes obsessions de ce siècle a été la célébration de la mémoire collective ». L’hommage de la nation rendu à ces grands hommes signe la revanche de l’héroïsme et du courage à notre époque de pacifisme intégral.

Mais la force du discours présidentiel a été gâché par la langue relâchée, « approximative et même délirante » de François Hollande, coutumier du redoublement du sujet (« La France, elle a… ») et des aphorismes vides de sens (« l’Histoire est un avenir »). En somme, il semblerait qu' »on célèbre les héros, on célèbre les saints » mais qu' »on ne célèbre plus les grandeurs de l’esprit, c’en est fini pour elles ».

Belgique : ces députés turcs négationnistes…

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belgique turquie genociide armenien

belgique turquie genociide armenien

Il y a déjà plusieurs décennies que le cinéma hollywoodien nous a si bien habitués aux castings ethniques que lorsqu’on regarde un film ou une série de l’Oncle Sam, il semble  acquis que le Président du tribunal et le chef de la police sont noirs. Les producteurs de cinéma avaient reçu l’injonction de modifier la perception que le Blanc de base pouvait avoir du Noir de base. Cette louable intention essaima outre-Atlantique et le présentateur ou animateur télé mâle, blanc et hétéro fait figure d’exception.

Le monde politique a suivi, s’essayant lui aussi au casting chamarré afin de rencontrer les desiderata de chaque communauté, reconnaissant au passage que le suffrage n’était plus motivé par l’intérêt général mais par les avantages particuliers que pourraient recueillir tel ou tel groupe. C’est le fameux « électorat de niche », cher à Terra Nova. L’octroi du droit de vote aux immigrés, la double nationalité et l’immigration massive ont rendu l’élaboration des listes électorales particulièrement complexe et le dosage des ingrédients ethnico-religio-féministo-linguistique plus subtil que celui qui préside à la confection des vols-au-vent aux morilles et crêtes de coqs façon Périco !

Le problème, c’est que ces candidats exotiques, s’ils sont des poids-lourds en terme de voix, ne sont pas toujours des adhérents francs et massifs aux valeurs de la démocratie et plus encore aux droits de l’homme. Deux partis belges viennent d’en faire la cuisante expérience à l’occasion de la commémoration du centenaire du génocide arménien. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, la Belgique se distingue par sa position ambiguë que l’on qualifie rapidement de surréaliste parce que c’est plus pimpant.

Petit topo : alors que l’Europe le fit en 1987, la Belgique, elle, n’a toujours pas reconnu le génocide arménien, on se demande d’ailleurs pourquoi. Cependant, il existe à Bruxelles un monument dédié à cet épouvantable génocide, et les commémorations et minutes de silence se tiennent chaque années dans chacune des nombreuses assemblées qui égayent la vie des Belges entre deux averses. C’est encore plus vrai cette année qui célèbre le triste centenaire de ce génocide que certains réduisent à un massacre quand ce n’est pas tout simplement à des affrontements ethniques liés à une période troublée.

Mais le PS a accueilli en son sein, il y a déjà plusieurs années le sémillant Emir Kir, député turc bruxellois et bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode, petite commune principalement turcophone. Non content de mentir sur ses diplômes et d’attaquer la presse quand elle n’a pas pour lui les yeux de Chimène,  Emir Kir cristallise à lui seul et sans perdre son sourire ravageur les problèmes et contradictions de la double allégeance. Ainsi, alors qu’il était secrétaire d’Etat bruxellois aux Monuments et Sites, la Turquie le rappela afin qu’il preste son service militaire. C’est déjà assez croquignolet et il fallut toute l’onctuosité des diplomates pour qu’il en soit exempté. Mais ce n’est pas tout. En tant que garant du patrimoine urbanistique, il lui fallait protéger le monument au génocide arménien alors que ses électeurs, Turcs, en souhaitaient la disparition. Parce que l’immigration turque ne s’est pas dissoute dans les brumes démocratiques d’outre-Quiévrain, loin de là. Fortement endogame, faisant venir de jeunes cousines de leur village ancestral en vue d’épousailles, peu convaincue des bienfaits de la démocratie, conservant après moult générations son coeur, son cerveau et ses économies au delà du Bosphore, la communauté turque est aux ordres d’Erdogan et considère toute allusion à un quelconque génocide arménien comme un affront. Elle a elle-même rebaptisé Saint-Josse-ten-Noode, où les campagnes électorales se font en turc,  « Petite Anatolie ».  Et en Anatolie, il n’y a pas eu et il n’y aura jamais de génocide arménien. Il fallut donc toute la souplesse, alliée à un talent remarquable dans le maniement du double langage, pour qu’Emir Kir conserve tout à la fois mandat ET électorat.

Mais les choses se corsent en 2015 puisque c’est l’année du centenaire de cette tragédie génocidaire. L’assemblée bruxelloise avait prévu une minute de silence. Elle fut refusée par les élus turcs de tout bord et Emir Kir lui, se fit tout bonnement porter pâle aux commémorations, ce qui ne passa pas inaperçu.

Arrimé au PS, on trouve un petit parti, qui fut grand du temps de la Belgique de papa : le CDH. CDH, cela signifie Centre Démocrate Humaniste, comme vous voyez, ça ratisse large. Certains se souviennent que ce parti, qui s’appelait alors le PSC (Parti Social Chrétien) faisait la pluie et le beau temps en Belgique avant que celle-ci ne se scinde sous la poussée des conflits linguistiques. Ceux-ci privèrent le PSC de l’appui du grand frère flamand et il devint un parti croupion n’ayant plus d’autre alternative que de se scotcher au PS pour continuer à exister et d’oublier son terreau chrétien pour séduire le nouvel électorat. C’est à la primesautière Présidente Joëlle Milquet que l’on doit ce virage, et c’est elle aussi qui organisa le casting des nouveaux candidats, censés drainer les voix venues du sud. Il fallait se monter au moins aussi créatif en la matière que le grand frère PS et Joëlle Milquet frappa un grand coup en faisant entrer en 2009 la première femme voilée de chez voilée dans une assemblée parlementaire belge, en l’occurrence celle de Bruxelles. C’est ainsi que les caméras se braquèrent sur  Mahinur Ozdemir, plongeant les spectateurs dans la perplexité et les musulmans dans l’allégresse. Un pas était franchi mais l’actualité eut très vite d’autres chats à fouetter et Mahinur Ozdemir brillant principalement par son mutisme et son obéissance ne fit plus de vague.

On entendit cependant encore parler d’elle dans la rubrique mondaine lors de son mariage, en Turquie bien entendu, avec un attaché parlementaire de l’AKP, en présence d’Erdogan et de nombreux députés de l’AKP et de son acolyte le MHP (extrême droite turque). C’était le 30 juillet dernier, et depuis, la jeune mariée ne fait plus parler d’elle.

Sauf, il y a quelques jours, et grâce aux journalistes de RTL. Comme chaque élu du CDH doit signer un code de déontologie par lequel il s’engage à reconnaître tous les génocides reconnus par les instances internationales, nos confrères de RTL ont voulu lui demander, alors qu’elle siégeait au Parlement bruxellois, si elle reconnaissait bien le génocide arménien. Ayant repéré les caméras, elle s’est prestement enfuie, et à l’instar des collégiennes peu désireuses de participer à un cours mixte de déplacement en milieu aquatique standardisé, elle fit parvenir à la rédaction de RTL un certificat médical. Miraculeusement guérie le soir même elle s’apprêtait à rejoindre le conseil municipal de Schaerbeek, mais rebelote ! les journalistes de RTL l’y attendaient et elle fit un rapide demi-tour, dégringolant les escaliers avec une vélocité bien à même de rassurer tous ceux qui s’inquiétaient encore de son état de santé. Mais il y a peu, les choses ont un peu bougé au CDH et Mâme Milquet n’en est plus la Présidente. Elle a été remplacée par Benoît Lutgen qui ne s’embarrasse pas de préciosités oratoires et a affirmé que les négationnistes de tout poil (ou voile) seront dehors dans la seconde et  a donc très logiquement viré Mahinur Ozdemir des tablettes du parti, ce qui en fait une sorte de Jeanne d’Arc dans la communauté turque, éblouie par sa fermeté et son recours assumé au mensonge. Nulle autre condamnation ne suivra, il n’est pas interdit en Belgique de nier le génocide arménien, ni même d’affirmer qu’il s’agissait de randonnées pique-nique organisées par l’Empire Ottoman.

Cependant, Erdogan a jugé bon de donner à la Belgique et au CDH un cours de démocratie et s’est fendu d’une très officielle bafouille où il regrette que le CDH ne respecte pas la liberté de conscience dans ses rangs, contrairement à la Turquie où toutes les opinions sont libres. Sic.

Cette affaire plonge évidement l’ancien Premier ministre et rex imperator du PS, l’empapillonné Elio Di Rupo, dans un embarras croissant. Doit-il, lui aussi, virer son négationniste, Emir Kir ? Impossible, le vote musulman étant la substantifique moelle qui irrigue le parti et sans lequel il serait condamné à jouer les utilités. Mais peut il faire moins que le CDH sans se compromettre  aux yeux de la part de son électorat qui ne plaisante pas avec les droits de l’homme et les lois mémorielles ? Périlleux ! Surtout que les médias ne semblent pas vouloir lâcher le morceau !

On se demande dès lors qui il maudit le plus des Ottomans qui auraient pu s’abstenir de dézinguer un million cinq cent mille Arméniens qui ne leur avaient rien fait ou de son colistier Philippe Moureaux, récemment converti, et qui fut l’artisan têtu du droit de vote des immigrés.

*Photo : wikicommons.