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Dette grecque, l’éternel retour

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Un économiste très introduit auprès du gouvernement grec[1. Jacques Sapir.] a vu en Alexis Tsipras un homme doué du courage d’Achille et de la ruse d’Ulysse qui avait réussi à prendre l’ascendant moral et politique sur les créanciers d’Athènes. C’était à la veille du round de négociations entamé le 22 juin pour trouver une issue à l’insolvabilité du pays que cinq années de plans de sauvetage successifs n’ont pas permis de surmonter. C’était sans compter avec la lassitude des interlocuteurs d’Athènes. La partie de poker menteur entre Athènes et ses créanciers a connu son instant de vérité les 27 et 28 juin, lorsque les deux parties ont dévoilé leurs ultimes cartes, Tsipras sous la forme d’un appel au peuple, convoqué pour un référendum le 5 juillet, afin d’approuver ou de rejeter les demandes des créanciers, ses interlocuteurs européens en excluant le ministre Varoufakis de l’eurogroupe convoqué à Bruxelles. Parallèlement, c’est assurément l’événement le plus lourd, la BCE a interrompu ses injections de monnaie dans les banques grecques rendues exsangues par les retraits sauvages de dépôts de leurs clients. Et puis, le 30 juin, la Grèce n’a pas respecté l’échéance d’un remboursement de son prêt auprès du FMI. L’invraisemblable, la sortie d’un membre de la zone euro, pourrait s’accomplir.[access capability= »lire_inedits »]

Avant d’envisager la suite des événements, il faut rappeler à partir de quelle décision cruciale, déjà oubliée, la Grèce et l’Europe ont abouti à cette impasse.

Le « coup de bonneteau » du 10 mai 2010

Trois mois après l’officialisation, en février 2010, du trucage des comptes publics grecs, la Commission européenne, la BCE et les États partenaires d’Athènes examinent les décisions à prendre sous le coup de l’urgence. Ils le font avec le concours technique et financier du FMI, appelé à l’aide entre-temps.

Il faut lever un préalable : la Grèce doit-elle sortir de l’euro pour recouvrer la compétitivité qui lui manque de façon criante ? Les économistes du FMI préconisent, de façon classique, de conjuguer dévaluation, impliquant une sortie de la Grèce de l’euro, et cure dosée d’austérité. Mais leur point de vue sera écarté sans débat. Il existe une face cachée de la catastrophe, tout du moins cachée au grand public. Les banques étrangères sont lourdement engagées sur les emprunts publics et privés du pays. Spécialement les banques françaises et allemandes, dont on découvrira qu’elles étaient surexposées sur la Grèce, l’Espagne et le Portugal, avec un total de 229 milliards d’euros pour les premières et 226 milliards d’euros pour les secondes. La dévaluation occasionnerait des pertes massives dans leurs comptes. Un nouveau Lehman Brothers pourrait s’ensuivre. C’est ce que disent sans ambages les banquiers concernés à leurs interlocuteurs publics dans les conciliabules secrets préalables au sommet du 10 mai 2010.

Ce sommet est dominé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, dont le dévouement à la cause des banques ne saurait faire de doute. Il décide donc de sauver la Grèce au prix de prêts massifs qui viennent compenser les sommes qu’Athènes ne peut plus emprunter sur le marché. L’opération est claire : avec les sommes prêtées par les nouveaux créanciers publics, l’État grec va se libérer progressivement de ses dettes contractées auprès des créanciers privés. Elle est aujourd’hui menée à bien. L’essentiel des 317 milliards de dettes de l’État grec est logé dans les comptes des États partenaires, de la BCE et du FMI. Mission accomplie[2. Les créanciers étrangers se sont simultanément désengagés du marché de la dette privée.].

L’échec de la médecine appliquée depuis lors est avéré. En dépit d’un abandon d’un quart de la dette publique grecque, d’une baisse sensible des salaires des fonctionnaires (– 15 %) et des employés privés (– 30%), la Grèce n’est pas parvenue à se redresser. La chute vertigineuse de la production (– 26%) a démenti l’hypothèse d’un Greekovery, néologisme combinant « Greece » et « recovery ». Retenons l’essentiel : la dette de l’État grec est aujourd’hui supérieure, en proportion, à ce qu’elle était à la veille du sommet de 2010. Après cinq années d’odyssée économique et sociale, la Grèce était, en janvier dernier, au moment des législatives, plus loin que jamais de rentrer au port.

Les négociations ont capoté sur les retraites

Enfin Syriza vint. On pourrait résumer ainsi le sketch divertissant que les médias de gauche hexagonaux nous ont offert au lendemain du scrutin. L’Obs, Le Monde et Libé, tels les rois mages, se sont penchés alors sur le divin enfant incarné par Alexis Tsipras. Mais c’est là l’illustration de la schizophrénie de notre gauche qui cultive, toute honte bue, l’austérité néolibérale et la dépense keynésienne, qui est son contraire.

Les illusions se sont dissipées au fil des âpres négociations qui se sont poursuivies cinq mois durant jusqu’au clash de fin juin. Celles-ci ont achoppé sur différents points, dont celui de la réforme des retraites. La réforme des retraites résume l’inextricable situation dans laquelle Athènes s’est enfermé. Pendant la période bénie de croissance à crédit, les politiques ont accordé un régime dit de « pénibilité » à 600 professions permettant aux intéressés – taxis ou libraires par exemple – de partir à la retraite à 55 ans pour les hommes et 50 ans pour les femmes[3. Voir Michael Lewis, Boomerang, Éditions Sonatine, 2011.]. Ils ont accepté que les salariés du bas de l’échelle ne cotisent que quinze années durant. Pire encore : la réduction du nombre des fonctionnaires consentie par la Grèce à partir de 2012 a consisté pour l’essentiel à faire basculer nombre d’agents publics vers un régime de retraite anticipée, très favorable quand on sait que les salaires du public sont deux fois et demie égaux à ceux du privé ! Les régimes de retraite privés  pèsent ainsi de manière écrasante sur l’économie et les finances collectives. Comme il n’est pas question de remettre sur le marché du travail les centaines de milliers de retraités concernés, il ne restait plus qu’à prélever des taxes et des cotisations supplémentaires comme le gouvernement Tsipras le proposait, pour protéger sa base électorale composée de fonctionnaires et de retraités[4. Renouant ainsi avec la tradition clientéliste du pays.], ou à tailler dans le montant des pensions de retraite comme le demandait le FMI, alarmé par les effets négatifs des prélèvements envisagés par le gouvernement d’Athènes. Les ultimes négociations ont échoué sur ce point.

Que pourrait-il se passer maintenant que les acteurs ont dévoilé leur jeu[5. Observons au passage que la France a disparu du concert européen, la baudruche présidentielle qui siège à l’Élysée ayant abandonné les commandes à Angela Merkel.]?

Tsipras veut faire porter aux Européens la responsabilité du défaut de paiement et de la sortie la zone euro qui devrait s’ensuivre. Il adopte par voie de conséquence la posture morale du dirigeant démocratiquement élu qui refuse « l’humiliation de son peuple ». Avec l’appui d’un certain Vladimir Poutine qui tente de renvoyer aux Européens le boomerang qu’ils lui ont lancé en déclenchant des sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Appliquant la théorie de « la discorde chez l’ennemi » chère au général de Gaulle, il a encouragé Tsipras à « résister », savourant à l’avance le désordre économique et financier qui pourrait résulter d’un défaut d’Athènes. C’est à Saint-Pétersbourg, dans le fief du président russe, que Tsipras a lancé son avant-dernière bravade : « Nous sommes un pays de marins accoutumés à affronter les tempêtes et n’avons pas peur de sillonner de lointains océans. »

Mais il veut aussi placer le système européen dans une situation de déni démocratique avoué. Le Premier ministre grec mène ainsi une bataille idéologique en plein cœur d’un imbroglio qui a atteint son paroxysme. Bataille idéologique dont il espère sans doute qu’elle aura des répercussions au-delà de la Grèce : au Portugal, en Espagne, en Italie.

Face à lui, Angela Merkel apparaît comme la seule qui pouvait concéder un compromis favorable à Athènes. Car la chancelière est déchirée entre deux impératifs politiques. Le premier est de ne pas ruiner son aura de grande dirigeante du Vieux Continent, en entérinant une faillite grecque synonyme d’échec de l’euro, voire du projet européen : elle cesserait d’incarner ce projet dont elle porte presque seule le poids depuis l’effacement de la France. Le second est de protéger son autre aura de défenseur intransigeant des intérêts de l’Allemagne auprès de son opinion publique. Or, c’est un point omis par les commentaires médiatiques, le Parlement allemand a demandé que la chancelière se range derrière le FMI ! Il lui aurait fallu outrepasser la volonté parlementaire, avec de grands risques politiques. Et Merkel a rejeté une ultime conciliation.

Une nouvelle odyssée pour la Grèce, une nouvelle ère d’incertitudes pour l’Europe

En attendant le référendum, le gouvernement d’Athènes et la Banque centrale de Grèce ont conjointement décidé une fermeture des banques jusqu’après le vote et un contrôle des capitaux. Arrêt du financement de la BCE d’un côté, contrôle des capitaux de l’autre, signifient pour les techniciens de la monnaie que la Grèce est sortie de facto de l’union monétaire et que le résultat du référendum n’importe plus.

S’il est vrai, il reste à savoir si le défaut grec, une fois acquis, exercera un effet de contagion sur les autres dettes sensibles de la zone euro, la portugaise, l’italienne ou l’espagnole. Les économistes qui ont voix au chapitre médiatique pensent que le risque systémique de 2010 est écarté. Mais ils n’en savent rien. Nous sommes entrés dans un territoire inexploré. Wait and see.[/access]

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Chiens abandonnés: quand Rocco défendait ses frères

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Cet été, la mairie de Paris nous le serine à longueur de panneaux d’affichage : n’oublions pas nos jeunes enfants dans la voiture! La température de combustion du nourrisson chutant dangereusement en juillet-août, même les fans de Didier Super apprécieront le rappel à l’ordre. Par la même occasion, les organisateurs de Paris Plage pourraient rappeler à leurs administrés qu’un vieux ne s’abandonne pas comme une plante verte, et aux garçons de café que client ne rime pas forcément avec ennemi de classe…

Question moraline, ne  faisons pas la fine bouche: même dans les couloirs du métro[1. Bientôt allégés de toutes les publicités « sexistes », comme nous le promet un projet de loi examiné ces jours-ci à l’Assemblée. Il paraît que les pubs suggestives favoriseraient le harcèlement, un traumatisme qu’aurait subi « 100% des femmes » (sic) d’après la com’ gouvernementale. M’est avis qu’il faudrait éradiquer toute réclame dans les transports publics pour préserver notre santé mentale, mais c’est une autre histoire…], les bons sentiments abondent. Ainsi, la Fondation 30 millions d’amis a-t-elle décidé de titiller nos glandes lacrymales pour nous dissuader d’abandonner nos animaux comme des chiens galeux. C’est entendu, laisser crever son setter a tout du lâche assassinat. Mais, avec des images de ce genre-là, la campagne « Non à l’abandon » donne des envies de suicide assisté :

campagne chien

Les esprits taquins dans mon genre préfèrent le burlesque de la SPA italienne. Il y a quatre ans, l’association avait sollicité Rocco Siffredi himself afin de défendre les pauvres toutous laissés sur le bord du chemin. Avec un message aussi limpide qu’efficace : « J’ai séduit et abandonné, mais jamais mon chien ». Vu le pedigree et l’humour de l’ancien acteur X, ça avait aussitôt jasé sur la Toile italienne, quelques petits malins ayant concocté des parodies valant leur pesant de salami:

rocco

Certes, pour la finesse, on repassera. Reste que la promesse d’un cinq à sept viril avec Mister 30 centimètres en cas de forfaiture incitera à la réflexion plus d’un hétéro lâcheur de canidé. Eh oui, la patrie de Dino Risi et Roberto Malone n’a pas seulement le secret des hardeurs montés comme des poneys : le second degré, ça la connaît aussi!

À moins de ne vouloir «sensibiliser» que les mangeurs de steaks de soja, nos gentilles assoces animalistes feraient bien de s’en inspirer …

Daech implanté en Ukraine?

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ukraine daech russie secteur droit

Au printemps 2014, quatorze miliciens tchétchènes pro-russes dépêchés par le président Kadyrov avaient été démasqués par Dimitri Iaroch, chef de Secteur Droit, une milice d’extrême droite qui se bat au côté de l’armée ukrainienne contre les séparatistes pro-russes. Cette information avait fait les gorges chaudes de la presse française, trop heureuse de révéler l’envoi de renforts russes aux séparatistes du Donbass. Depuis, Dimitri Iaroch, ancien mercenaire de la guerre en Tchétchénie contre l’armée russe, a vu sa tête mise à prix par le tyran de Grozny.

La rivalité est ancienne. Dans les années 90, des volontaires ukrainiens s’étaient joints aux combattants tchétchènes pour combattre la Russie. Ce groupe d’environ deux cents ukrainiens, appelé Viking, s’était battu sous les ordres de l’émir tchétchène Chamil Bassaïev.

L’année dernière, le magazine Newsweek s’était d’ailleurs étonné des similitudes entre la barbarie de Daech et les exactions des milices ukrainiennes. Aujourd’hui, c’est au tour du International New York Times de révéler que les séparatistes islamistes renforcent, en retour, Secteur droit sur le front de Marioupol. Quasi méconnaissable dans leurs uniformes, Kiev confirme discrètement que le bataillon cheikh Mansour, le nom d’une figure de la résistance tchétchène du XVIIIème siècle, ne combat pas au sein de l’armée ukrainienne car il est directement subordonné aux miliciens de Secteur Droit. Cette précision est importante car l’opinion américaine pourrait ne pas comprendre que le Pentagone forme des miliciens dont certains ont aussi combattu en Syrie face aux kurdes syriens, eux-mêmes appuyés par… le Pentagone.

Les islamistes tchétchènes ne sont pas les seuls à se battre contre les milices pro-russe du Donbass. Le bataillon Djokhar Doudaïev, qui porte le nom de l’ancien « président » séparatiste de Tchétchénie, est renforcé par des volontaires ouzbeks et balkares. La troisième unité, le bataillon Crimée regroupe des miliciens tatars. Fortement aguerris, ces unités sont placées aux avant-postes, où leurs assauts au cri de « Allahou akbar » sèmeraient la panique dans les rangs pro-russes. Le journal américain révèle également que la France détiendrait deux militants tchétchènes qui se prétendent du bataillon Mansour, soupçonnés de vouloir en réalité se battre au profit du groupe Etat islamique. Les échanges entre les mouvances syrienne et tchétchène se seraient faits par l’intermédiaire d’un certain Isa Musaïev, un séparatiste tchéchène, réfugié politique au Danemark, mort sur le front ukrainien en février dernier.

Ces éléments confirmeraient les menaces des responsables de l’Etat islamique envers la Russie. La haine anti-russe des islamistes tchétchènes est un bon moyen pour Daech de faire payer à Moscou son soutien au régime syrien et de le prendre à revers sur son flanc sud-ouest. Alors que les tensions au Donbass se réveillent ces derniers jours, et que l’armement lourd proscrit par le cessez-le-feu de Minsk II est de retour, le soutien occidental à la résistance ukrainienne mériterait sans doute un inventaire. Tout comme l’aide de l’Occident aux rebelles syriens.

*Photo : Mstyslav Chernov/AP/SIPA. AP21710818_000005.

L’insoutenable dette des Grecs

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grece dette bce ue

Il faut reconnaître une chose : en matière de communication sur le mode victimaire, les petits gars de Syriza sont quand même très forts. Voilà maintenant des mois que les Tsipras, les Varoufakis et leurs innombrables relais médiatiquement exposés relaient à l’envi l’idée selon laquelle les « criminels » de la Troïka cherchent à « humilier le peuple grec » en le noyant sous le poids d’une dette forcément illégitime[1. Élément de langage : une dette est dite « légitime » lorsqu’on la contracte et « illégitime » dès lors qu’il faut la rembourser.], mais surtout inremboursable. L’histoire est belle et a ce petit je-ne-sais-quoi d’épique — le peuple qui se lève comme un seul homme pour abattre le tyran qui l’oppresse — qui fait rêver les jeunes aventuriers et pleurer les vieilles dames. L’ennui, c’est que c’est une vaste blague. Démonstration.

Officiellement, en 2014, la charge de la dette — c’est-à-dire les intérêts réclamés par les créanciers d’Athènes — représentaient environ 7.7 milliards d’euros soit 4.3% du PIB grec. C’est beaucoup, bien sûr, mais c’est nettement moins que l’Italie (4.7%) ou le Portugal (5%). Comment est-ce possible ? Eh bien c’est très simple : il se trouve que les conditions auxquelles l’infâme Troïka, et particulièrement les autres États membres de la zone euro, prêtent à la Grèce sont particulièrement généreuses. Pour vous donner une idée, les 52.9 milliards prêtés via la Greek Loan Facility (GLF) en 2010 coûtent aujourd’hui[2. C’est un taux variable égal à l’Euribor 3 mois plus 0.5%.] moins de 0.5% par an à la Grèce et les 130.9 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) sont prêtés à prix coutant : le fonds finance Athènes au taux auquel il s’endette lui-même augmenté de moins de 0.01% à 0.1% afin de couvrir ses coûts de fonctionnement.

Et encore, ce sont des chiffres officiels qui ne tiennent pas compte de deux autres gracieusetés réservées par ces terroristes qui veulent humilier le peuple grec. La première est due à la Banque centrale européenne[3. Ou, pour être plus précis, l’Eurosystème c’est-à-dire la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro.] qui, pour éviter une contagion du risque grec, a racheté pour 27 milliards d’obligations hellènes : figurez-vous que la Banque centrale reverse à Athènes les intérêts qu’elle reçoit au titre de ce portefeuille ; c’est-à-dire que ces 27 milliards ne coûtent en réalité absolument rien. Deuxième gâterie non prise en compte par les chiffres officiels : le FESF a offert à la Grèce une période grâce de 10 ans ; c’est-à-dire qu’il ne lui réclame pas un centime d’intérêt avant 2022. En cumulant ces deux effets, l’air de rien, la charge réelle de la dette grecque serait actuellement de l’ordre de 1,7% du PIB[4. Selon les calculs de Yannis Stournaras, gouverneur de la Banque de Grèce (2 juin 2015).] — c’est-à-dire qu’elle est comparable à celle de l’Allemagne, inférieure à la nôtre et très nettement inférieure au montant des transferts fiscaux dont bénéficie la Grèce depuis qu’elle a rejoint l’Union européenne.

Oui, vous avez bien lu. Attendez, ce n’est pas fini. Quand on s’endette, il faut payer des intérêts, certes, mais aussi rembourser le principal. Là encore, on peut difficilement dire que la Grèce n’a pas bénéficié d’un régime de faveur. Je rappelle à ceux — et ils sont nombreux — qui l’ont déjà oublié que la dette grecque a déjà fait l’objet de la plus gigantesque restructuration jamais menée. C’était en 2012 : les fameux marchés financiers — apatrides et mondialisés, comme dirait l’autre — on purement et simplement effacé une ardoise de l’ordre de 107 milliards d’euros ce qui, au passage, c’est traduit par une perte moyenne de plus 50% des montants prêtés. Une paille.

Mais ce n’est pas tout : non content de prêter aux Grecs à prix coutant et de leur laisser dix ans avant de réclamer des intérêts, les États-membres de la zone euro ont aussi rééchelonné les remboursements afin d’alléger au maximum les sommes que devra débourser la Grèce chaque année. Précisément, les remboursements dû au titre de la GLF s’échelonnent entre le 15 juin 2020 et le 15 mars 2041 et ceux du FESF commencent le 24 février 2023 et s’étalent jusqu’au 24 avril 2054. Au total, la vie moyenne de la dette grecque est aujourd’hui d’à peu près 16 ans ; juste pour vous donner un point de comparaison, celle de la dette publique française est légèrement inférieure à 7 ans.

En fin de compte, dire que la dette publique grecque pèse 170 ou 180% de son PIB n’a juste plus aucun sens. Mesurée à l’aune des coûts financiers réels à la charge des contribuables grec, la dette d’Athènes est désormais moins lourde que la nôtre même s’il est vrai qu’il leur faudra plus de temps pour l’éponger entièrement. Le coup de génie de Tsipras et de ses petits camarades aura finalement consisté à convaincre ceux qui ne demandaient qu’à l’être que les Grecs sont victimes de la Troïka, des marchés financiers, des Allemands… Bref, de tout le monde sauf de leurs propres choix.

*Photo : http://underclassrising.net/

Fumeurs, vos papiers!

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cigarette voiture touraine

Depuis des décennies, nos gouvernants profitent du 1er juillet pour glisser en douce quelques vilenies genre hausse du prix du gaz ou baisse du remboursement du Xanax. En haut lieu, on considère que le Français devient encore un peu plus crétin dès qu’arrivent les congés payés. Exit de Gaulle, adieu Jaurès : le vrai maître à penser de l’élite politique, c’est l’impayable groupe de variétoche Elégance et son tube de 1982 : Vacances, j’oublie tout.

Cette année, on innove : ni hausses ni baisses, ce sera sans doute pour le 1er août. Mais ne croyez pas qu’on vous a oublié pour autant. À preuve la circulaire en vigueur dès le début du mois, qui bannit la cigarette électronique sur les lieux de travail. Elle est bien sûr signée par Marisol Touraine, dont on dit qu’elle déteste tellement la clope qu’aucun membre de son cabinet n’ose fumer au bureau, ce qui fait de son ministère une exception française.

Cette décision, nous dit toute la presse, a été prise dans le cadre du plan antitabac. Il aura donc échappé à la plupart de mes confrères que la spécificité d’une e-cigarette, c’est qu’elle contient environ 0,0 % de tabac. Et qu’elle est notamment utilisée par des gens qui veulent se désaccoutumer du tabac, ou encore par des fumeurs soucieux de protéger du tabagisme passif leurs conjoints, collègues ou passagers BlaBlaCar. Raison pour laquelle le professeur Bertrand Dautzenberg, pionnier du combat antitabac, est un infatigable défenseur de la cigarette électronique : « Un an de vapotage, dit-il, est moins dangereux qu’un seul jour de tabac. » J’aurais tendance à croire que ce pneumologue sait de quoi il parle. Certains semblent penser qu’il est incompétent.

Prohiber un produit antitabac dans le cadre d’un plan antitabac, voilà qui peut paraître étrange ? Eh bien ça, Marisol Touraine l’a expliqué cash sur France Inter : « La priorité pour moi, c’est d’éviter que le geste de fumer soit banalisé, considéré comme un geste de séduction, d’appartenance à un groupe»

Je pourrais m’amuser de cette prétention pseudo-psychanalytique à vouloir légiférer sur le symbolique, oui, oui, je pourrais le faire, et avec brio, si seulement j’étais Philippe Muray. Je pourrais, plus prosaïquement, remarquer que le geste du vapoteur en action est abominablement pataud, et qu’il évoque plus le nourrisson en pleine tétée que Bogart dans Le Faucon maltais. Mais bon, qui suis-je pour juger des critères de séduction d’un ministre en exercice ?

En revanche je peux vous dire à quoi nous renvoie cette vision du monde : à l’époque de l’huile de foie de morue et des préceptes de grands-mères qui étaient convaincues que plus c’est mauvais, meilleur c’est pour la santé. Marisol s’est contentée d’extrémiser cet adage archaïque mais modernocompatible, car dénué de bon sens. Pour notre ministre, si c’est bon pour le moral, c’est forcément mauvais pour la santé. Voilà pourquoi vous ne vapoterez plus au bureau.

Voilà pourquoi, à partir du 1er juillet, vous aurez droit à une amende salée si un gendarme vous surprend en pleine commission d’un acte sexuel en voiture. La prohibition des gâteries automobiles n’a rien à voir avec le plan antitabac, quoi que puisse suggérer un jeu de mots trop facile. Non, cette interdiction a été décidée au titre des mesures pour la sécurité routière, et l’infraction vous coûtera 75 euros, même si votre auto était à l’arrêt. Streng verboten aussi l’acte inqualifiable qui consiste à se remaquiller lors de l’arrêt à un feu rouge, ou de profiter d’un bouchon sur l’autoroute pour croquer dans son sandwich.

Le 1er juillet, c’est comme le 1er avril, mais en vrai.

Cet article disponible en accès libre est extrait de Causeur n°26.

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Grèce: le moment Merkel?

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Angela Merkel Grèce euro

Mardi 7 juillet, Angela Merkel s’est écriée à Bruxelles, face au nouveau ministre des Finances grec, arrivé au sommet européen les mains dans les poches : « Il n’y a pas de base pour la négociation. Je dis que ce n’est pas une question de semaines mais de jours. »

La chancelière n’a nul besoin d’un référendum pour savoir que l’Allemagne fait bloc derrière elle face aux joueurs du gouvernement grec et à leur clientèle électorale. Les Allemands veulent mettre fin au vaudeville dans lequel ils sont obligés de jouer, à leur corps défendant, pour sauver la Grèce et l’euro, depuis plus de cinq ans. Dès lors, le champ des options se réduit pour Angela Merkel.

La première option était celle d’une capitulation non avouée consistant à accepter les propositions d’Athènes. Le gouvernement Tsipras a choisi de protéger les retraites, en surchargeant les classes moyennes et les entreprises[1. Au risque d’accélérer l’exode de ces classes moyennes et des petites entreprises dont plus d’un millier se sont déjà délocalisées en Bulgarie.]. Au grand dam du FMI qui y voit le plus sûr moyen de couler ce qui reste d’économie grecque. Mais la façon dont les Allemands ont réagi à « la victoire de la démocratie » lui interdit cette option. Sigmar Gabriel, ministre SPD de l’Economie, a illustré leur réaction en ces termes : « Les Grecs viennent de rompre les derniers ponts avec l’Europe ».

La deuxième option est celle consistant à imposer à la Grèce une sortie de l’euro, déjà à moitié acquise depuis que les banques grecques n’ont plus accès au financement de la banque centrale de Francfort. Avec un risque financier. Personne ne peut prétendre que le défaut grec, assorti d’un Grexit, n’entraînerait pas une déflagration sur les marchés du crédit. Ce risque financier est d’autant plus tangible que les taux d’intérêt pratiqués sur ces marchés sont extraordinairement bas, comme s’il existait une bulle du crédit[2. Bulle dont les banques centrales ont été les instigatrices par leur politique d’argent gratuit.]. Mais aussi un risque politique sous la forme d’un premier échec avoué de l’euro. Or, qui a dit « Un échec de l’euro serait un échec de l’Europe » sinon Angela Merkel ?

On peut alors spéculer sur une troisième option. La chancelière, consciente que la double expérience de l’euro et de l’Europe tourne à l’aventure, pourrait prendre les devants de nouvelles crises et de nouveaux conflits, en ouvrant la voie à une déconstruction méthodique de l’euro et de l’Europe. Elle incarnerait alors ce qu’a incarné en son temps Mikhaïl Gorbatchev, quand il a mis fin à l’Union soviétique et à l’expérience du socialisme réel. Angela Merkel entrerait dans l’Histoire par la grande porte.

La troisième option ne correspond guère à la personnalité de la chancelière. Chacun reconnaît en elle une politicienne avisée, volontaire et opiniâtre, qui suit deux principes : la défense des intérêts allemands et sa propre sauvegarde. On ne pariera pas pour cette troisième option qui remettrait en marche les peuples et les Etats en Europe. Et c’est bien dommage.

*Photo : Wikipedia.org

Paris: pas de rupture du jeûne pour les journalistes

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Nuit du Ramadan Hôtel de Ville Paris

La mairie de Paris communique sur tout ce qu’elle fait, même sur les sujets les plus insignifiants. Il y a quelques semaines, l’inauguration du poulailler de l’Hôtel de Ville avait donné lieu à une avalanche de tweets. Alors lundi matin, on pouvait s’étonner que l’organisation de la 14e nuit du Ramadan n’ait donné lieu à aucune communication officielle. Pas un mot sur le site de la mairie, pas un tweet d’Anne Hidalgo – pourtant très prolifique en général sur le réseau social –, pas un article plus long que celui du Parisien. Pour s’assurer que cette nuit aurait bien lieu, il fallait aller sur les sites de « défense de la laïcité » qui, eux, s’en donnaient à cœur joie. Sans Valeurs Actuelles, le Figaro et le Front National, lanceurs d’alertes d’un nouveau genre, on aurait pu passer à côté de l’événement.

Histoire de me faire une idée plus précise de cette fête de l’islam, que j’imaginais a priori sympathique et dont je souhaitais rendre compte à mes lecteurs, j’ai décidé de m’y rendre. Respectant le protocole habituel, j’ai appelé le service presse de la mairie de Paris qui m’a prié de faire une demande par mail. Quelques heures plus tard, sans réponse à ce courrier, j’ai décroché à nouveau mon téléphone. On m’a alors confirmé que ma demande était acceptée et que les organisateurs en étaient informés. Bien que le site de la mairie de Paris ne propose pas d’accréditation (alors qu’elle en propose aujourd’hui pour l’inauguration du « Cargo », nouveau fleuron des incubateurs, ou encore le lancement de l’appli Soundcity), on m’a fait comprendre que les journalistes étaient les bienvenus, et même autorisés à prendre des photos.

Le soir venu, arrivé devant l’Hôtel de Ville, je me suis donc présenté comme journaliste. L’attachée de presse, une jeune femme sympathique, est venue à ma rencontre et m’a demandé pour qui je travaillais. En entendant le nom Causeur, elle a fait une imperceptible grimace et m’a assuré qu’elle était « navrée » mais qu’aucune accréditation n’était disponible. Tentant d’obtenir des explications, je n’ai eu droit qu’à des réponses évasives avant d’être renvoyé sans méchanceté, mais sans la moindre justification non plus.

Hier matin, j’ai rappelé le service de presse pour avoir plus d’informations. On m’a expliqué que l’attachée détenait le dernier mot. On n’était pas en mesure de m’expliquer ce qu’était devenue ma demande, de me dire s’il y avait eu des accréditations, ni ce que faisait une attachée de presse devant l’Hôtel de Ville si les journalistes avaient interdiction d’y entrer. Le secrétariat n’était visiblement au courant de rien.

Quelques heures plus tard, mon chef a tenté à son tour d’obtenir des informations de la part du service de presse. L’homme qui lui a répondu a alors bafouillé qu’il n’était « qu’un simple secrétaire », qui ne faisait « que répondre au téléphone » et ne pouvait nous renseigner. Il nous a alors proposé de parler à l’attachée de presse mais, après deux minutes de musique d’attente, on nous a informés qu’elle n’était pas disponible. Le secrétaire a pris notre numéro de téléphone et promis de le transmettre à sa patronne qui rappellerait « d’ici ce soir ». Nous n’avons toujours pas eu de réponse.

Première explication à cette opacité : mon mail s’est perdu entre deux ordinateurs, comme ça arrive fréquemment. Deuxième explication (très saugrenue je vous l’accorde) : l’attachée de presse aurait été chargée d’organiser le silence autour de la Nuit du Ramadan.

Dans cette dernière hypothèse, on pourrait mettre au crédit de la mairie de Paris le fait que ce genre d’évènement devient immanquablement le défouloir de toute une frange de l’opinion. Des laïcards de circonstance à laquelle elle préfère prudemment fermer les portes, plutôt que de suivre la règle de la transparence qui est pourtant « au cœur du pacte républicain » selon Mme Anne Hidalgo.

L’ennui c’est que quelque chose dans ce plan a dû foirer. En voulant couper tout accès à un évènement qui devrait être public (quoi de plus convivial et fédérateur qu’une fête ?), on ne fait qu’encourager les fantasmagories de ses pires détracteurs. Et décourager, chez ses rares défenseurs, toute velléité de dédramatiser une soirée qui se résumait à un concert et un petit dîner. Les plus fermés ne sont pas toujours ceux que l’on s’imagine.

Quant à moi, qui espérais me régaler de pâtisseries orientales, je m’en suis retourné ce soir-là à la Chapelle où quelques restaurants vendent des baklavas pour un euro cinquante. A tous, même aux journalistes.

*Photo : Wikimedia Commons

Boutih sur le djihadisme: au Monde, ça décode à plein tube!

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Malek Boutih détonne au Parti socialiste et cela ne date pas d’hier. Jadis auteur d’un libelle au titre provocateur – Fier d’être français – qui disputait le monopole du patriotisme au Front national, l’ancien président de SOS Racisme n’en finit pas d’exaspérer ses petits camarades.

« Jean-Marie Boutih », tel que le surnomment les sites islamistes depuis des années, est aujourd’hui à la pointe de la guerre culturelle contre les prédicateurs salafistes, les maires de banlieue corrompus et tous les complices de ce qu’il appelle les « islamo-nazis ». Au lendemain des attentats de janvier, le député de l’Essonne avait poussé quelques sérieuses gueulantes dans les travées de l’Assemblée, se mettant dans la roue du Docteur Valls – le tribun qui fustige l’antisémitisme et la barbarie islamiste – sans adhérer aux imprécations victimaires de Mister Manuel – le travailleur social qui pourfend « l’apartheid territorial, social et ethnique » (sic) français.

Pour faire bonne mesure, le Premier ministre lui avait alors confié un rapport sur la radicalisation de la jeunesse censé faire la lumière sur les chemins qui mènent de la sécession culturelle au djihad sur les bords de l’Euphrate. La semaine dernière, son entreprise achevée, Boutih publiait sa précieuse étude et sonnait le tocsin : la génération Y n’est pas tout à fait perdue pour la France, mais il s’en faut de peu. Comble du mauvais goût, le roi Malek ose même blasphémer la déesse « padam, padam, padamalgam», dont Jean-Christophe Cambadélis fleurit l’autel chaque jour, en ne niant pas que la décapitation en territoire syro-irakien découle d’une certaine conception de l’islam. Comme Houellebecq, ainsi que s’en réjouit mon collègue Pascal Bories, Boutih décrit la pousse irréversible du chardon djihadiste sur le désert moral français, une façon d’expliquer que l’incantation républicaine ne résoudra rien, sinon les états d’âme de Solférino. Shocking !

Faute de pouvoir démentir le fond de son constat, les amis du «vivre-ensemble» contestent ses méthodes et le choix de certains interlocuteurs parmi les dizaines de personnalités qu’il a auditionnées. Les habituels fact-tchékistes du Monde ont ainsi commis un petit article où les accusations fusent. Premier grief : le conflit d’intérêt, Boutih ayant convoqué « une personne qu’il connaît bien : Pierre Bellanger, le directeur de Skyrock et auteur de plusieurs livres sur les évolutions du numérique. Longuement cité dans une sous-partie du rapport qui décrit le Web comme un nouveau « Far West », M. Bellanger est présenté dans le rapport comme un « spécialiste incontesté des enjeux du réseau, qui a théorisé le concept de souveraineté numérique » en omettant de « préciser que Pierre Bellanger est aussi… son patron » puisque « Malek Boutih est directeur des relations institutionnelles pour Skyrock. » Le salopiaud ! Débroussailler la jungle virtuelle qu’est le net, soit, mais en plus de citer ses sources, faut pas oublier de publier ses appointements, voire de raconter par le menu avec qui et dans quelles positions on plonge dans le stupre et la fornication. À croire que la jurisprudence Quatremer a essaimé loin de son bunker bruxellois… Passons sur quelques approximations virtuelles inaccessibles au sous-doué numérique qui écrit ces lignes. Nos décodeurs à plein tube reprochent à Boutih d’avoir cité un réseau social affilié à Skyrock… au beau milieu d’un rapport qui dénonce le rôle néfaste des Facebook et autres Instagram dans la propagation du djihadisme viral. Bon sang mais c’est bien sûr : pensant que ce dossier de 70 pages allait connaître la destinée du Petit Livre rouge, le député socialiste l’a agrémenté de pubs subliminales pour complaire à son patron radiophonique !

Mais les chefs d’accusation ne s’arrêtent pas là. Péché véniel, Boutih a auditionné le fanfaron Jean-Paul Ney, qui est à la géopolitique sérieuse ce que Stéphane Guillon est à l’humour, à la demande de l’intéressé, sans d’ailleurs que cela ne rejaillisse sur le sérieux de son rapport. Ouf ! Il y a plus grave : « Autre hic, le rapport commence par une citation du Petit prince qui n’en est en fait pas une. L’origine des lignes citées en préambule par M. Boutih, attribuées à tort à Antoine de Saint-Exupéry, est inconnue. » Ça, c’est du harcèlement textuel!

Venons-en au péché mortel qui devrait valoir l’excommunication, sinon le bûcher, à son auteur : « le rapport de Malek Boutih a attiré la ferveur des élus de droite ». Et les journalistes du Monde d’égrainer les noms des conjurés : « Bruno Le Maire, Christine Boutin ou encore Frédéric Lefebvre » auraient exprimé leur intérêt pour le travail de l’ancien cadre antiraciste. Me sentant pousser une vocation de procureur antifa, j’ajoute une circonstance aggravante : Marion Le Pen a récemment cité le rapport Boutih au cours de sa campagne régionale. Vite, du goudron et des plumes!

*Photo : ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00644029_000029.

Alain Finkielkraut réagit à la mobilisation en faveur des Guignols

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« Certes, autrefois, les rois avaient leur fou mais le fou restait en dehors de la cathédrale. Maintenant, le fou est dans la cathédrale et il revient aux hommes politiques même de le demander aujourd’hui » : c’est par ces mots qu’Alain Finkielkraut réagit à la sanctification des Guignols de l’Info, émission brièvement menacée par Vincent Bolloré et finalement… sauvée par le même fait du Prince.

Humiliés, salis et injuriés quotidiennement, les hommes politiques ne se sont pas moins mobilisés massivement en faveur des Guignols, ce qui fait dire à l’académicien qu’ils « prennent acte de ce que Baudrillard appelait la précession des simulacres : la marionnette précède aujourd’hui la personne ». Chaque soir, avant même le début du vrai journal de 20 heures, commence l’émission satirique de Canal + qui instaure le ricanement et la dérision comme maîtres de l’époque. Effrayant!

Causeur face à la terreur féministe!

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On y pensait depuis un bon bout de temps. C’est fait, et c’est parfait pour l’été. Causeur consacre enfin un dossier complet au néo-féminisme débridé qui, de manifestes vengeurs en pénalisation des dragueurs, semble avoir pour projet d’abolir toute différence et de punir les hommes coupables de pulsions sexuelles. Une perspective qui m’ennuie un peu, parce que comme le seul rockeur français digne de ce nom, Patrick Coutin, j’aime regarder les filles qui marchent sur la plage. Et notamment leur poitrine gonflée par le désir de vivre. Vous avez remarqué ? Quand elles se déshabillent, elles font semblant d’être sages…

Désormais, comme l’écrit en introduction du dossier notre chef aux ongles vernis, Elisabeth Lévy : « des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire ! » Dans l’esprit de ces nouvelles portées de chiennes de garde, « il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas », car « aucun homme n’est innocent ». Pour la patronne au contraire, « le féminisme a accompli sa mission historique » mais « il est si doux de mener un combat déjà gagné » que les rentières de la cause des femmes ne lâchent rien : « Il faut maintenant faire régner la parité en tous lieux – sauf dans les couples évidemment. »

Dans l’interview qu’elle nous a accordée, l’animatrice vedette de RMC, Brigitte Lahaie, accuse quant à elle ces néo-féministes de tenir « exactement le même discours que les machos du début du XXe siècle ». En considérant que la femme ne saurait être autre chose qu’une victime, puisqu’on nous dit que « 100% des femmes ont été harcelées », elles lui contesteraient tout libre arbitre. Pour cette ancienne actrice X qui échange depuis des années avec ses milliers d’auditeurs sur les questions d’amour et de sexualité, « les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça ». Et la presse féminine est le bras armé de la terreur qu’elles font régner… Un constat confirmé par le journaliste Olivier Malnuit, qui témoigne de son expérience traumatisante dans la rédaction du magazine pas si fictif Ragazza. Quadra hétérosexuel cerné de femmes-bulldozer, il raconte comment il a survécu à la dictature matriarcale qui règne au sein d’un média pour filles à gros tirage, où faire la bise à une collaboratrice est sexiste, à moins d’être gay.

A l’inverse, un entretien instructif avec la militante historique Caroline Fourest m’a permis d’apprendre qu’elle se définissait désormais comme « moins libertaire ». Pour elle, les mesures coercitives qui se multiplient depuis plusieurs mois sont nécessaires, y compris celle qui vise à abolir la prostitution contre la volonté des premières intéressées. Motif : « C’est le rôle de la loi de protéger les gens contre les processus de domination, même s’ils y sont entrés de façon volontaire ». Fichtre ! Il faudra que j’en parle aux filles qui m’envoient des sextos, tiens.

Aucune femme n’a été maltraitée durant la réalisation de ce numéro. Ni aucun arbre arraché à la clôture de notre dossier sur la forêt, dont le parrain, Sylvain Tesson invoque Tolstoï pour décrire son amour de la taïga russe. « La forêt offre silence, paix et refuge. Elle peut être un lieu de repli et de « mort au monde », mais aussi celui d’expériences vitalistes comme celle de saint François d’Assise, qui avait avec la nature et les animaux une relation charnelle, organique, païenne ! », confie l’écrivain-voyageur résolument œcuménique.

C’est sur l’autre rive du fleuve Amour que nous emmène René Viénet. Cet ancien situ, antitotalitaire intégral, a réalisé les premiers films détournés anti-Mao et édité les essais de Simon Leys contre les crimes de la Révolution culturelle. Dans un entretien-fleuve, il part fleur au fusil contre les admirateurs de Robespierre, Lénine, Staline ou Pol Pot, revenant  au passage sur son expérience aux côtés de Guy Debord,  qu’il dépeint comme un grand « misogyne » (à la différence des journalistes de Causeur, on ne le répètera jamais assez…). Autre croisé d’une bonne cause, le Père Ponchaud nous rappelle l’aveuglement des élites parisiennes face au génocide khmer au Cambodge, durant ces années 1970 décidément riches en illusions lyriques…

Retour au pays natal. Notre guide suprême Elisabeth Lévy joue les filles de l’air à Béziers, histoire de démêler le vrai du faux dans tout ce qui se raconte sur la gestion municipale de Robert Ménard : comme le suggèrent les médias parisiens, est-il le Ceaușescu du Midi, ou le Mengele biterrois ? Et s’il s’agissait tout bonnement d’un maire pragmatique qui tâche de saisir la crise économique, sociale et identitaire à bras le corps ? Vous rayerez la mention inutile après avoir lu le carnet de voyage de dame Elisabeth, jamais avare d’une bonne barre de rire.

Et pour compléter la distribution – point de casting en ces lieux francophones – Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jérôme Leroy et Roland Jaccard vous comblent de leurs bienfaits. Faut dire qu’on sait recevoir, même par 40 degrés à l’ombre du transat…

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Dette grecque, l’éternel retour

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grece euro allemagne tsipras

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Un économiste très introduit auprès du gouvernement grec[1. Jacques Sapir.] a vu en Alexis Tsipras un homme doué du courage d’Achille et de la ruse d’Ulysse qui avait réussi à prendre l’ascendant moral et politique sur les créanciers d’Athènes. C’était à la veille du round de négociations entamé le 22 juin pour trouver une issue à l’insolvabilité du pays que cinq années de plans de sauvetage successifs n’ont pas permis de surmonter. C’était sans compter avec la lassitude des interlocuteurs d’Athènes. La partie de poker menteur entre Athènes et ses créanciers a connu son instant de vérité les 27 et 28 juin, lorsque les deux parties ont dévoilé leurs ultimes cartes, Tsipras sous la forme d’un appel au peuple, convoqué pour un référendum le 5 juillet, afin d’approuver ou de rejeter les demandes des créanciers, ses interlocuteurs européens en excluant le ministre Varoufakis de l’eurogroupe convoqué à Bruxelles. Parallèlement, c’est assurément l’événement le plus lourd, la BCE a interrompu ses injections de monnaie dans les banques grecques rendues exsangues par les retraits sauvages de dépôts de leurs clients. Et puis, le 30 juin, la Grèce n’a pas respecté l’échéance d’un remboursement de son prêt auprès du FMI. L’invraisemblable, la sortie d’un membre de la zone euro, pourrait s’accomplir.[access capability= »lire_inedits »]

Avant d’envisager la suite des événements, il faut rappeler à partir de quelle décision cruciale, déjà oubliée, la Grèce et l’Europe ont abouti à cette impasse.

Le « coup de bonneteau » du 10 mai 2010

Trois mois après l’officialisation, en février 2010, du trucage des comptes publics grecs, la Commission européenne, la BCE et les États partenaires d’Athènes examinent les décisions à prendre sous le coup de l’urgence. Ils le font avec le concours technique et financier du FMI, appelé à l’aide entre-temps.

Il faut lever un préalable : la Grèce doit-elle sortir de l’euro pour recouvrer la compétitivité qui lui manque de façon criante ? Les économistes du FMI préconisent, de façon classique, de conjuguer dévaluation, impliquant une sortie de la Grèce de l’euro, et cure dosée d’austérité. Mais leur point de vue sera écarté sans débat. Il existe une face cachée de la catastrophe, tout du moins cachée au grand public. Les banques étrangères sont lourdement engagées sur les emprunts publics et privés du pays. Spécialement les banques françaises et allemandes, dont on découvrira qu’elles étaient surexposées sur la Grèce, l’Espagne et le Portugal, avec un total de 229 milliards d’euros pour les premières et 226 milliards d’euros pour les secondes. La dévaluation occasionnerait des pertes massives dans leurs comptes. Un nouveau Lehman Brothers pourrait s’ensuivre. C’est ce que disent sans ambages les banquiers concernés à leurs interlocuteurs publics dans les conciliabules secrets préalables au sommet du 10 mai 2010.

Ce sommet est dominé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, dont le dévouement à la cause des banques ne saurait faire de doute. Il décide donc de sauver la Grèce au prix de prêts massifs qui viennent compenser les sommes qu’Athènes ne peut plus emprunter sur le marché. L’opération est claire : avec les sommes prêtées par les nouveaux créanciers publics, l’État grec va se libérer progressivement de ses dettes contractées auprès des créanciers privés. Elle est aujourd’hui menée à bien. L’essentiel des 317 milliards de dettes de l’État grec est logé dans les comptes des États partenaires, de la BCE et du FMI. Mission accomplie[2. Les créanciers étrangers se sont simultanément désengagés du marché de la dette privée.].

L’échec de la médecine appliquée depuis lors est avéré. En dépit d’un abandon d’un quart de la dette publique grecque, d’une baisse sensible des salaires des fonctionnaires (– 15 %) et des employés privés (– 30%), la Grèce n’est pas parvenue à se redresser. La chute vertigineuse de la production (– 26%) a démenti l’hypothèse d’un Greekovery, néologisme combinant « Greece » et « recovery ». Retenons l’essentiel : la dette de l’État grec est aujourd’hui supérieure, en proportion, à ce qu’elle était à la veille du sommet de 2010. Après cinq années d’odyssée économique et sociale, la Grèce était, en janvier dernier, au moment des législatives, plus loin que jamais de rentrer au port.

Les négociations ont capoté sur les retraites

Enfin Syriza vint. On pourrait résumer ainsi le sketch divertissant que les médias de gauche hexagonaux nous ont offert au lendemain du scrutin. L’Obs, Le Monde et Libé, tels les rois mages, se sont penchés alors sur le divin enfant incarné par Alexis Tsipras. Mais c’est là l’illustration de la schizophrénie de notre gauche qui cultive, toute honte bue, l’austérité néolibérale et la dépense keynésienne, qui est son contraire.

Les illusions se sont dissipées au fil des âpres négociations qui se sont poursuivies cinq mois durant jusqu’au clash de fin juin. Celles-ci ont achoppé sur différents points, dont celui de la réforme des retraites. La réforme des retraites résume l’inextricable situation dans laquelle Athènes s’est enfermé. Pendant la période bénie de croissance à crédit, les politiques ont accordé un régime dit de « pénibilité » à 600 professions permettant aux intéressés – taxis ou libraires par exemple – de partir à la retraite à 55 ans pour les hommes et 50 ans pour les femmes[3. Voir Michael Lewis, Boomerang, Éditions Sonatine, 2011.]. Ils ont accepté que les salariés du bas de l’échelle ne cotisent que quinze années durant. Pire encore : la réduction du nombre des fonctionnaires consentie par la Grèce à partir de 2012 a consisté pour l’essentiel à faire basculer nombre d’agents publics vers un régime de retraite anticipée, très favorable quand on sait que les salaires du public sont deux fois et demie égaux à ceux du privé ! Les régimes de retraite privés  pèsent ainsi de manière écrasante sur l’économie et les finances collectives. Comme il n’est pas question de remettre sur le marché du travail les centaines de milliers de retraités concernés, il ne restait plus qu’à prélever des taxes et des cotisations supplémentaires comme le gouvernement Tsipras le proposait, pour protéger sa base électorale composée de fonctionnaires et de retraités[4. Renouant ainsi avec la tradition clientéliste du pays.], ou à tailler dans le montant des pensions de retraite comme le demandait le FMI, alarmé par les effets négatifs des prélèvements envisagés par le gouvernement d’Athènes. Les ultimes négociations ont échoué sur ce point.

Que pourrait-il se passer maintenant que les acteurs ont dévoilé leur jeu[5. Observons au passage que la France a disparu du concert européen, la baudruche présidentielle qui siège à l’Élysée ayant abandonné les commandes à Angela Merkel.]?

Tsipras veut faire porter aux Européens la responsabilité du défaut de paiement et de la sortie la zone euro qui devrait s’ensuivre. Il adopte par voie de conséquence la posture morale du dirigeant démocratiquement élu qui refuse « l’humiliation de son peuple ». Avec l’appui d’un certain Vladimir Poutine qui tente de renvoyer aux Européens le boomerang qu’ils lui ont lancé en déclenchant des sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Appliquant la théorie de « la discorde chez l’ennemi » chère au général de Gaulle, il a encouragé Tsipras à « résister », savourant à l’avance le désordre économique et financier qui pourrait résulter d’un défaut d’Athènes. C’est à Saint-Pétersbourg, dans le fief du président russe, que Tsipras a lancé son avant-dernière bravade : « Nous sommes un pays de marins accoutumés à affronter les tempêtes et n’avons pas peur de sillonner de lointains océans. »

Mais il veut aussi placer le système européen dans une situation de déni démocratique avoué. Le Premier ministre grec mène ainsi une bataille idéologique en plein cœur d’un imbroglio qui a atteint son paroxysme. Bataille idéologique dont il espère sans doute qu’elle aura des répercussions au-delà de la Grèce : au Portugal, en Espagne, en Italie.

Face à lui, Angela Merkel apparaît comme la seule qui pouvait concéder un compromis favorable à Athènes. Car la chancelière est déchirée entre deux impératifs politiques. Le premier est de ne pas ruiner son aura de grande dirigeante du Vieux Continent, en entérinant une faillite grecque synonyme d’échec de l’euro, voire du projet européen : elle cesserait d’incarner ce projet dont elle porte presque seule le poids depuis l’effacement de la France. Le second est de protéger son autre aura de défenseur intransigeant des intérêts de l’Allemagne auprès de son opinion publique. Or, c’est un point omis par les commentaires médiatiques, le Parlement allemand a demandé que la chancelière se range derrière le FMI ! Il lui aurait fallu outrepasser la volonté parlementaire, avec de grands risques politiques. Et Merkel a rejeté une ultime conciliation.

Une nouvelle odyssée pour la Grèce, une nouvelle ère d’incertitudes pour l’Europe

En attendant le référendum, le gouvernement d’Athènes et la Banque centrale de Grèce ont conjointement décidé une fermeture des banques jusqu’après le vote et un contrôle des capitaux. Arrêt du financement de la BCE d’un côté, contrôle des capitaux de l’autre, signifient pour les techniciens de la monnaie que la Grèce est sortie de facto de l’union monétaire et que le résultat du référendum n’importe plus.

S’il est vrai, il reste à savoir si le défaut grec, une fois acquis, exercera un effet de contagion sur les autres dettes sensibles de la zone euro, la portugaise, l’italienne ou l’espagnole. Les économistes qui ont voix au chapitre médiatique pensent que le risque systémique de 2010 est écarté. Mais ils n’en savent rien. Nous sommes entrés dans un territoire inexploré. Wait and see.[/access]

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Chiens abandonnés: quand Rocco défendait ses frères

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Cet été, la mairie de Paris nous le serine à longueur de panneaux d’affichage : n’oublions pas nos jeunes enfants dans la voiture! La température de combustion du nourrisson chutant dangereusement en juillet-août, même les fans de Didier Super apprécieront le rappel à l’ordre. Par la même occasion, les organisateurs de Paris Plage pourraient rappeler à leurs administrés qu’un vieux ne s’abandonne pas comme une plante verte, et aux garçons de café que client ne rime pas forcément avec ennemi de classe…

Question moraline, ne  faisons pas la fine bouche: même dans les couloirs du métro[1. Bientôt allégés de toutes les publicités « sexistes », comme nous le promet un projet de loi examiné ces jours-ci à l’Assemblée. Il paraît que les pubs suggestives favoriseraient le harcèlement, un traumatisme qu’aurait subi « 100% des femmes » (sic) d’après la com’ gouvernementale. M’est avis qu’il faudrait éradiquer toute réclame dans les transports publics pour préserver notre santé mentale, mais c’est une autre histoire…], les bons sentiments abondent. Ainsi, la Fondation 30 millions d’amis a-t-elle décidé de titiller nos glandes lacrymales pour nous dissuader d’abandonner nos animaux comme des chiens galeux. C’est entendu, laisser crever son setter a tout du lâche assassinat. Mais, avec des images de ce genre-là, la campagne « Non à l’abandon » donne des envies de suicide assisté :

campagne chien

Les esprits taquins dans mon genre préfèrent le burlesque de la SPA italienne. Il y a quatre ans, l’association avait sollicité Rocco Siffredi himself afin de défendre les pauvres toutous laissés sur le bord du chemin. Avec un message aussi limpide qu’efficace : « J’ai séduit et abandonné, mais jamais mon chien ». Vu le pedigree et l’humour de l’ancien acteur X, ça avait aussitôt jasé sur la Toile italienne, quelques petits malins ayant concocté des parodies valant leur pesant de salami:

rocco

Certes, pour la finesse, on repassera. Reste que la promesse d’un cinq à sept viril avec Mister 30 centimètres en cas de forfaiture incitera à la réflexion plus d’un hétéro lâcheur de canidé. Eh oui, la patrie de Dino Risi et Roberto Malone n’a pas seulement le secret des hardeurs montés comme des poneys : le second degré, ça la connaît aussi!

À moins de ne vouloir «sensibiliser» que les mangeurs de steaks de soja, nos gentilles assoces animalistes feraient bien de s’en inspirer …

Daech implanté en Ukraine?

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ukraine daech russie secteur droit

ukraine daech russie secteur droit

Au printemps 2014, quatorze miliciens tchétchènes pro-russes dépêchés par le président Kadyrov avaient été démasqués par Dimitri Iaroch, chef de Secteur Droit, une milice d’extrême droite qui se bat au côté de l’armée ukrainienne contre les séparatistes pro-russes. Cette information avait fait les gorges chaudes de la presse française, trop heureuse de révéler l’envoi de renforts russes aux séparatistes du Donbass. Depuis, Dimitri Iaroch, ancien mercenaire de la guerre en Tchétchénie contre l’armée russe, a vu sa tête mise à prix par le tyran de Grozny.

La rivalité est ancienne. Dans les années 90, des volontaires ukrainiens s’étaient joints aux combattants tchétchènes pour combattre la Russie. Ce groupe d’environ deux cents ukrainiens, appelé Viking, s’était battu sous les ordres de l’émir tchétchène Chamil Bassaïev.

L’année dernière, le magazine Newsweek s’était d’ailleurs étonné des similitudes entre la barbarie de Daech et les exactions des milices ukrainiennes. Aujourd’hui, c’est au tour du International New York Times de révéler que les séparatistes islamistes renforcent, en retour, Secteur droit sur le front de Marioupol. Quasi méconnaissable dans leurs uniformes, Kiev confirme discrètement que le bataillon cheikh Mansour, le nom d’une figure de la résistance tchétchène du XVIIIème siècle, ne combat pas au sein de l’armée ukrainienne car il est directement subordonné aux miliciens de Secteur Droit. Cette précision est importante car l’opinion américaine pourrait ne pas comprendre que le Pentagone forme des miliciens dont certains ont aussi combattu en Syrie face aux kurdes syriens, eux-mêmes appuyés par… le Pentagone.

Les islamistes tchétchènes ne sont pas les seuls à se battre contre les milices pro-russe du Donbass. Le bataillon Djokhar Doudaïev, qui porte le nom de l’ancien « président » séparatiste de Tchétchénie, est renforcé par des volontaires ouzbeks et balkares. La troisième unité, le bataillon Crimée regroupe des miliciens tatars. Fortement aguerris, ces unités sont placées aux avant-postes, où leurs assauts au cri de « Allahou akbar » sèmeraient la panique dans les rangs pro-russes. Le journal américain révèle également que la France détiendrait deux militants tchétchènes qui se prétendent du bataillon Mansour, soupçonnés de vouloir en réalité se battre au profit du groupe Etat islamique. Les échanges entre les mouvances syrienne et tchétchène se seraient faits par l’intermédiaire d’un certain Isa Musaïev, un séparatiste tchéchène, réfugié politique au Danemark, mort sur le front ukrainien en février dernier.

Ces éléments confirmeraient les menaces des responsables de l’Etat islamique envers la Russie. La haine anti-russe des islamistes tchétchènes est un bon moyen pour Daech de faire payer à Moscou son soutien au régime syrien et de le prendre à revers sur son flanc sud-ouest. Alors que les tensions au Donbass se réveillent ces derniers jours, et que l’armement lourd proscrit par le cessez-le-feu de Minsk II est de retour, le soutien occidental à la résistance ukrainienne mériterait sans doute un inventaire. Tout comme l’aide de l’Occident aux rebelles syriens.

*Photo : Mstyslav Chernov/AP/SIPA. AP21710818_000005.

L’insoutenable dette des Grecs

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grece dette bce ue

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Il faut reconnaître une chose : en matière de communication sur le mode victimaire, les petits gars de Syriza sont quand même très forts. Voilà maintenant des mois que les Tsipras, les Varoufakis et leurs innombrables relais médiatiquement exposés relaient à l’envi l’idée selon laquelle les « criminels » de la Troïka cherchent à « humilier le peuple grec » en le noyant sous le poids d’une dette forcément illégitime[1. Élément de langage : une dette est dite « légitime » lorsqu’on la contracte et « illégitime » dès lors qu’il faut la rembourser.], mais surtout inremboursable. L’histoire est belle et a ce petit je-ne-sais-quoi d’épique — le peuple qui se lève comme un seul homme pour abattre le tyran qui l’oppresse — qui fait rêver les jeunes aventuriers et pleurer les vieilles dames. L’ennui, c’est que c’est une vaste blague. Démonstration.

Officiellement, en 2014, la charge de la dette — c’est-à-dire les intérêts réclamés par les créanciers d’Athènes — représentaient environ 7.7 milliards d’euros soit 4.3% du PIB grec. C’est beaucoup, bien sûr, mais c’est nettement moins que l’Italie (4.7%) ou le Portugal (5%). Comment est-ce possible ? Eh bien c’est très simple : il se trouve que les conditions auxquelles l’infâme Troïka, et particulièrement les autres États membres de la zone euro, prêtent à la Grèce sont particulièrement généreuses. Pour vous donner une idée, les 52.9 milliards prêtés via la Greek Loan Facility (GLF) en 2010 coûtent aujourd’hui[2. C’est un taux variable égal à l’Euribor 3 mois plus 0.5%.] moins de 0.5% par an à la Grèce et les 130.9 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) sont prêtés à prix coutant : le fonds finance Athènes au taux auquel il s’endette lui-même augmenté de moins de 0.01% à 0.1% afin de couvrir ses coûts de fonctionnement.

Et encore, ce sont des chiffres officiels qui ne tiennent pas compte de deux autres gracieusetés réservées par ces terroristes qui veulent humilier le peuple grec. La première est due à la Banque centrale européenne[3. Ou, pour être plus précis, l’Eurosystème c’est-à-dire la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro.] qui, pour éviter une contagion du risque grec, a racheté pour 27 milliards d’obligations hellènes : figurez-vous que la Banque centrale reverse à Athènes les intérêts qu’elle reçoit au titre de ce portefeuille ; c’est-à-dire que ces 27 milliards ne coûtent en réalité absolument rien. Deuxième gâterie non prise en compte par les chiffres officiels : le FESF a offert à la Grèce une période grâce de 10 ans ; c’est-à-dire qu’il ne lui réclame pas un centime d’intérêt avant 2022. En cumulant ces deux effets, l’air de rien, la charge réelle de la dette grecque serait actuellement de l’ordre de 1,7% du PIB[4. Selon les calculs de Yannis Stournaras, gouverneur de la Banque de Grèce (2 juin 2015).] — c’est-à-dire qu’elle est comparable à celle de l’Allemagne, inférieure à la nôtre et très nettement inférieure au montant des transferts fiscaux dont bénéficie la Grèce depuis qu’elle a rejoint l’Union européenne.

Oui, vous avez bien lu. Attendez, ce n’est pas fini. Quand on s’endette, il faut payer des intérêts, certes, mais aussi rembourser le principal. Là encore, on peut difficilement dire que la Grèce n’a pas bénéficié d’un régime de faveur. Je rappelle à ceux — et ils sont nombreux — qui l’ont déjà oublié que la dette grecque a déjà fait l’objet de la plus gigantesque restructuration jamais menée. C’était en 2012 : les fameux marchés financiers — apatrides et mondialisés, comme dirait l’autre — on purement et simplement effacé une ardoise de l’ordre de 107 milliards d’euros ce qui, au passage, c’est traduit par une perte moyenne de plus 50% des montants prêtés. Une paille.

Mais ce n’est pas tout : non content de prêter aux Grecs à prix coutant et de leur laisser dix ans avant de réclamer des intérêts, les États-membres de la zone euro ont aussi rééchelonné les remboursements afin d’alléger au maximum les sommes que devra débourser la Grèce chaque année. Précisément, les remboursements dû au titre de la GLF s’échelonnent entre le 15 juin 2020 et le 15 mars 2041 et ceux du FESF commencent le 24 février 2023 et s’étalent jusqu’au 24 avril 2054. Au total, la vie moyenne de la dette grecque est aujourd’hui d’à peu près 16 ans ; juste pour vous donner un point de comparaison, celle de la dette publique française est légèrement inférieure à 7 ans.

En fin de compte, dire que la dette publique grecque pèse 170 ou 180% de son PIB n’a juste plus aucun sens. Mesurée à l’aune des coûts financiers réels à la charge des contribuables grec, la dette d’Athènes est désormais moins lourde que la nôtre même s’il est vrai qu’il leur faudra plus de temps pour l’éponger entièrement. Le coup de génie de Tsipras et de ses petits camarades aura finalement consisté à convaincre ceux qui ne demandaient qu’à l’être que les Grecs sont victimes de la Troïka, des marchés financiers, des Allemands… Bref, de tout le monde sauf de leurs propres choix.

*Photo : http://underclassrising.net/

Fumeurs, vos papiers!

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cigarette voiture touraine

cigarette voiture touraine

Depuis des décennies, nos gouvernants profitent du 1er juillet pour glisser en douce quelques vilenies genre hausse du prix du gaz ou baisse du remboursement du Xanax. En haut lieu, on considère que le Français devient encore un peu plus crétin dès qu’arrivent les congés payés. Exit de Gaulle, adieu Jaurès : le vrai maître à penser de l’élite politique, c’est l’impayable groupe de variétoche Elégance et son tube de 1982 : Vacances, j’oublie tout.

Cette année, on innove : ni hausses ni baisses, ce sera sans doute pour le 1er août. Mais ne croyez pas qu’on vous a oublié pour autant. À preuve la circulaire en vigueur dès le début du mois, qui bannit la cigarette électronique sur les lieux de travail. Elle est bien sûr signée par Marisol Touraine, dont on dit qu’elle déteste tellement la clope qu’aucun membre de son cabinet n’ose fumer au bureau, ce qui fait de son ministère une exception française.

Cette décision, nous dit toute la presse, a été prise dans le cadre du plan antitabac. Il aura donc échappé à la plupart de mes confrères que la spécificité d’une e-cigarette, c’est qu’elle contient environ 0,0 % de tabac. Et qu’elle est notamment utilisée par des gens qui veulent se désaccoutumer du tabac, ou encore par des fumeurs soucieux de protéger du tabagisme passif leurs conjoints, collègues ou passagers BlaBlaCar. Raison pour laquelle le professeur Bertrand Dautzenberg, pionnier du combat antitabac, est un infatigable défenseur de la cigarette électronique : « Un an de vapotage, dit-il, est moins dangereux qu’un seul jour de tabac. » J’aurais tendance à croire que ce pneumologue sait de quoi il parle. Certains semblent penser qu’il est incompétent.

Prohiber un produit antitabac dans le cadre d’un plan antitabac, voilà qui peut paraître étrange ? Eh bien ça, Marisol Touraine l’a expliqué cash sur France Inter : « La priorité pour moi, c’est d’éviter que le geste de fumer soit banalisé, considéré comme un geste de séduction, d’appartenance à un groupe»

Je pourrais m’amuser de cette prétention pseudo-psychanalytique à vouloir légiférer sur le symbolique, oui, oui, je pourrais le faire, et avec brio, si seulement j’étais Philippe Muray. Je pourrais, plus prosaïquement, remarquer que le geste du vapoteur en action est abominablement pataud, et qu’il évoque plus le nourrisson en pleine tétée que Bogart dans Le Faucon maltais. Mais bon, qui suis-je pour juger des critères de séduction d’un ministre en exercice ?

En revanche je peux vous dire à quoi nous renvoie cette vision du monde : à l’époque de l’huile de foie de morue et des préceptes de grands-mères qui étaient convaincues que plus c’est mauvais, meilleur c’est pour la santé. Marisol s’est contentée d’extrémiser cet adage archaïque mais modernocompatible, car dénué de bon sens. Pour notre ministre, si c’est bon pour le moral, c’est forcément mauvais pour la santé. Voilà pourquoi vous ne vapoterez plus au bureau.

Voilà pourquoi, à partir du 1er juillet, vous aurez droit à une amende salée si un gendarme vous surprend en pleine commission d’un acte sexuel en voiture. La prohibition des gâteries automobiles n’a rien à voir avec le plan antitabac, quoi que puisse suggérer un jeu de mots trop facile. Non, cette interdiction a été décidée au titre des mesures pour la sécurité routière, et l’infraction vous coûtera 75 euros, même si votre auto était à l’arrêt. Streng verboten aussi l’acte inqualifiable qui consiste à se remaquiller lors de l’arrêt à un feu rouge, ou de profiter d’un bouchon sur l’autoroute pour croquer dans son sandwich.

Le 1er juillet, c’est comme le 1er avril, mais en vrai.

Cet article disponible en accès libre est extrait de Causeur n°26.

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Grèce: le moment Merkel?

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Angela Merkel Grèce euro

Angela Merkel Grèce euro

Mardi 7 juillet, Angela Merkel s’est écriée à Bruxelles, face au nouveau ministre des Finances grec, arrivé au sommet européen les mains dans les poches : « Il n’y a pas de base pour la négociation. Je dis que ce n’est pas une question de semaines mais de jours. »

La chancelière n’a nul besoin d’un référendum pour savoir que l’Allemagne fait bloc derrière elle face aux joueurs du gouvernement grec et à leur clientèle électorale. Les Allemands veulent mettre fin au vaudeville dans lequel ils sont obligés de jouer, à leur corps défendant, pour sauver la Grèce et l’euro, depuis plus de cinq ans. Dès lors, le champ des options se réduit pour Angela Merkel.

La première option était celle d’une capitulation non avouée consistant à accepter les propositions d’Athènes. Le gouvernement Tsipras a choisi de protéger les retraites, en surchargeant les classes moyennes et les entreprises[1. Au risque d’accélérer l’exode de ces classes moyennes et des petites entreprises dont plus d’un millier se sont déjà délocalisées en Bulgarie.]. Au grand dam du FMI qui y voit le plus sûr moyen de couler ce qui reste d’économie grecque. Mais la façon dont les Allemands ont réagi à « la victoire de la démocratie » lui interdit cette option. Sigmar Gabriel, ministre SPD de l’Economie, a illustré leur réaction en ces termes : « Les Grecs viennent de rompre les derniers ponts avec l’Europe ».

La deuxième option est celle consistant à imposer à la Grèce une sortie de l’euro, déjà à moitié acquise depuis que les banques grecques n’ont plus accès au financement de la banque centrale de Francfort. Avec un risque financier. Personne ne peut prétendre que le défaut grec, assorti d’un Grexit, n’entraînerait pas une déflagration sur les marchés du crédit. Ce risque financier est d’autant plus tangible que les taux d’intérêt pratiqués sur ces marchés sont extraordinairement bas, comme s’il existait une bulle du crédit[2. Bulle dont les banques centrales ont été les instigatrices par leur politique d’argent gratuit.]. Mais aussi un risque politique sous la forme d’un premier échec avoué de l’euro. Or, qui a dit « Un échec de l’euro serait un échec de l’Europe » sinon Angela Merkel ?

On peut alors spéculer sur une troisième option. La chancelière, consciente que la double expérience de l’euro et de l’Europe tourne à l’aventure, pourrait prendre les devants de nouvelles crises et de nouveaux conflits, en ouvrant la voie à une déconstruction méthodique de l’euro et de l’Europe. Elle incarnerait alors ce qu’a incarné en son temps Mikhaïl Gorbatchev, quand il a mis fin à l’Union soviétique et à l’expérience du socialisme réel. Angela Merkel entrerait dans l’Histoire par la grande porte.

La troisième option ne correspond guère à la personnalité de la chancelière. Chacun reconnaît en elle une politicienne avisée, volontaire et opiniâtre, qui suit deux principes : la défense des intérêts allemands et sa propre sauvegarde. On ne pariera pas pour cette troisième option qui remettrait en marche les peuples et les Etats en Europe. Et c’est bien dommage.

*Photo : Wikipedia.org

Paris: pas de rupture du jeûne pour les journalistes

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Nuit du Ramadan Hôtel de Ville Paris

Nuit du Ramadan Hôtel de Ville Paris

La mairie de Paris communique sur tout ce qu’elle fait, même sur les sujets les plus insignifiants. Il y a quelques semaines, l’inauguration du poulailler de l’Hôtel de Ville avait donné lieu à une avalanche de tweets. Alors lundi matin, on pouvait s’étonner que l’organisation de la 14e nuit du Ramadan n’ait donné lieu à aucune communication officielle. Pas un mot sur le site de la mairie, pas un tweet d’Anne Hidalgo – pourtant très prolifique en général sur le réseau social –, pas un article plus long que celui du Parisien. Pour s’assurer que cette nuit aurait bien lieu, il fallait aller sur les sites de « défense de la laïcité » qui, eux, s’en donnaient à cœur joie. Sans Valeurs Actuelles, le Figaro et le Front National, lanceurs d’alertes d’un nouveau genre, on aurait pu passer à côté de l’événement.

Histoire de me faire une idée plus précise de cette fête de l’islam, que j’imaginais a priori sympathique et dont je souhaitais rendre compte à mes lecteurs, j’ai décidé de m’y rendre. Respectant le protocole habituel, j’ai appelé le service presse de la mairie de Paris qui m’a prié de faire une demande par mail. Quelques heures plus tard, sans réponse à ce courrier, j’ai décroché à nouveau mon téléphone. On m’a alors confirmé que ma demande était acceptée et que les organisateurs en étaient informés. Bien que le site de la mairie de Paris ne propose pas d’accréditation (alors qu’elle en propose aujourd’hui pour l’inauguration du « Cargo », nouveau fleuron des incubateurs, ou encore le lancement de l’appli Soundcity), on m’a fait comprendre que les journalistes étaient les bienvenus, et même autorisés à prendre des photos.

Le soir venu, arrivé devant l’Hôtel de Ville, je me suis donc présenté comme journaliste. L’attachée de presse, une jeune femme sympathique, est venue à ma rencontre et m’a demandé pour qui je travaillais. En entendant le nom Causeur, elle a fait une imperceptible grimace et m’a assuré qu’elle était « navrée » mais qu’aucune accréditation n’était disponible. Tentant d’obtenir des explications, je n’ai eu droit qu’à des réponses évasives avant d’être renvoyé sans méchanceté, mais sans la moindre justification non plus.

Hier matin, j’ai rappelé le service de presse pour avoir plus d’informations. On m’a expliqué que l’attachée détenait le dernier mot. On n’était pas en mesure de m’expliquer ce qu’était devenue ma demande, de me dire s’il y avait eu des accréditations, ni ce que faisait une attachée de presse devant l’Hôtel de Ville si les journalistes avaient interdiction d’y entrer. Le secrétariat n’était visiblement au courant de rien.

Quelques heures plus tard, mon chef a tenté à son tour d’obtenir des informations de la part du service de presse. L’homme qui lui a répondu a alors bafouillé qu’il n’était « qu’un simple secrétaire », qui ne faisait « que répondre au téléphone » et ne pouvait nous renseigner. Il nous a alors proposé de parler à l’attachée de presse mais, après deux minutes de musique d’attente, on nous a informés qu’elle n’était pas disponible. Le secrétaire a pris notre numéro de téléphone et promis de le transmettre à sa patronne qui rappellerait « d’ici ce soir ». Nous n’avons toujours pas eu de réponse.

Première explication à cette opacité : mon mail s’est perdu entre deux ordinateurs, comme ça arrive fréquemment. Deuxième explication (très saugrenue je vous l’accorde) : l’attachée de presse aurait été chargée d’organiser le silence autour de la Nuit du Ramadan.

Dans cette dernière hypothèse, on pourrait mettre au crédit de la mairie de Paris le fait que ce genre d’évènement devient immanquablement le défouloir de toute une frange de l’opinion. Des laïcards de circonstance à laquelle elle préfère prudemment fermer les portes, plutôt que de suivre la règle de la transparence qui est pourtant « au cœur du pacte républicain » selon Mme Anne Hidalgo.

L’ennui c’est que quelque chose dans ce plan a dû foirer. En voulant couper tout accès à un évènement qui devrait être public (quoi de plus convivial et fédérateur qu’une fête ?), on ne fait qu’encourager les fantasmagories de ses pires détracteurs. Et décourager, chez ses rares défenseurs, toute velléité de dédramatiser une soirée qui se résumait à un concert et un petit dîner. Les plus fermés ne sont pas toujours ceux que l’on s’imagine.

Quant à moi, qui espérais me régaler de pâtisseries orientales, je m’en suis retourné ce soir-là à la Chapelle où quelques restaurants vendent des baklavas pour un euro cinquante. A tous, même aux journalistes.

*Photo : Wikimedia Commons

Boutih sur le djihadisme: au Monde, ça décode à plein tube!

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malek boutih djihad bellanger

malek boutih djihad bellanger

Malek Boutih détonne au Parti socialiste et cela ne date pas d’hier. Jadis auteur d’un libelle au titre provocateur – Fier d’être français – qui disputait le monopole du patriotisme au Front national, l’ancien président de SOS Racisme n’en finit pas d’exaspérer ses petits camarades.

« Jean-Marie Boutih », tel que le surnomment les sites islamistes depuis des années, est aujourd’hui à la pointe de la guerre culturelle contre les prédicateurs salafistes, les maires de banlieue corrompus et tous les complices de ce qu’il appelle les « islamo-nazis ». Au lendemain des attentats de janvier, le député de l’Essonne avait poussé quelques sérieuses gueulantes dans les travées de l’Assemblée, se mettant dans la roue du Docteur Valls – le tribun qui fustige l’antisémitisme et la barbarie islamiste – sans adhérer aux imprécations victimaires de Mister Manuel – le travailleur social qui pourfend « l’apartheid territorial, social et ethnique » (sic) français.

Pour faire bonne mesure, le Premier ministre lui avait alors confié un rapport sur la radicalisation de la jeunesse censé faire la lumière sur les chemins qui mènent de la sécession culturelle au djihad sur les bords de l’Euphrate. La semaine dernière, son entreprise achevée, Boutih publiait sa précieuse étude et sonnait le tocsin : la génération Y n’est pas tout à fait perdue pour la France, mais il s’en faut de peu. Comble du mauvais goût, le roi Malek ose même blasphémer la déesse « padam, padam, padamalgam», dont Jean-Christophe Cambadélis fleurit l’autel chaque jour, en ne niant pas que la décapitation en territoire syro-irakien découle d’une certaine conception de l’islam. Comme Houellebecq, ainsi que s’en réjouit mon collègue Pascal Bories, Boutih décrit la pousse irréversible du chardon djihadiste sur le désert moral français, une façon d’expliquer que l’incantation républicaine ne résoudra rien, sinon les états d’âme de Solférino. Shocking !

Faute de pouvoir démentir le fond de son constat, les amis du «vivre-ensemble» contestent ses méthodes et le choix de certains interlocuteurs parmi les dizaines de personnalités qu’il a auditionnées. Les habituels fact-tchékistes du Monde ont ainsi commis un petit article où les accusations fusent. Premier grief : le conflit d’intérêt, Boutih ayant convoqué « une personne qu’il connaît bien : Pierre Bellanger, le directeur de Skyrock et auteur de plusieurs livres sur les évolutions du numérique. Longuement cité dans une sous-partie du rapport qui décrit le Web comme un nouveau « Far West », M. Bellanger est présenté dans le rapport comme un « spécialiste incontesté des enjeux du réseau, qui a théorisé le concept de souveraineté numérique » en omettant de « préciser que Pierre Bellanger est aussi… son patron » puisque « Malek Boutih est directeur des relations institutionnelles pour Skyrock. » Le salopiaud ! Débroussailler la jungle virtuelle qu’est le net, soit, mais en plus de citer ses sources, faut pas oublier de publier ses appointements, voire de raconter par le menu avec qui et dans quelles positions on plonge dans le stupre et la fornication. À croire que la jurisprudence Quatremer a essaimé loin de son bunker bruxellois… Passons sur quelques approximations virtuelles inaccessibles au sous-doué numérique qui écrit ces lignes. Nos décodeurs à plein tube reprochent à Boutih d’avoir cité un réseau social affilié à Skyrock… au beau milieu d’un rapport qui dénonce le rôle néfaste des Facebook et autres Instagram dans la propagation du djihadisme viral. Bon sang mais c’est bien sûr : pensant que ce dossier de 70 pages allait connaître la destinée du Petit Livre rouge, le député socialiste l’a agrémenté de pubs subliminales pour complaire à son patron radiophonique !

Mais les chefs d’accusation ne s’arrêtent pas là. Péché véniel, Boutih a auditionné le fanfaron Jean-Paul Ney, qui est à la géopolitique sérieuse ce que Stéphane Guillon est à l’humour, à la demande de l’intéressé, sans d’ailleurs que cela ne rejaillisse sur le sérieux de son rapport. Ouf ! Il y a plus grave : « Autre hic, le rapport commence par une citation du Petit prince qui n’en est en fait pas une. L’origine des lignes citées en préambule par M. Boutih, attribuées à tort à Antoine de Saint-Exupéry, est inconnue. » Ça, c’est du harcèlement textuel!

Venons-en au péché mortel qui devrait valoir l’excommunication, sinon le bûcher, à son auteur : « le rapport de Malek Boutih a attiré la ferveur des élus de droite ». Et les journalistes du Monde d’égrainer les noms des conjurés : « Bruno Le Maire, Christine Boutin ou encore Frédéric Lefebvre » auraient exprimé leur intérêt pour le travail de l’ancien cadre antiraciste. Me sentant pousser une vocation de procureur antifa, j’ajoute une circonstance aggravante : Marion Le Pen a récemment cité le rapport Boutih au cours de sa campagne régionale. Vite, du goudron et des plumes!

*Photo : ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00644029_000029.

Alain Finkielkraut réagit à la mobilisation en faveur des Guignols

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alain finkielkraut academie

alain finkielkraut academie

« Certes, autrefois, les rois avaient leur fou mais le fou restait en dehors de la cathédrale. Maintenant, le fou est dans la cathédrale et il revient aux hommes politiques même de le demander aujourd’hui » : c’est par ces mots qu’Alain Finkielkraut réagit à la sanctification des Guignols de l’Info, émission brièvement menacée par Vincent Bolloré et finalement… sauvée par le même fait du Prince.

Humiliés, salis et injuriés quotidiennement, les hommes politiques ne se sont pas moins mobilisés massivement en faveur des Guignols, ce qui fait dire à l’académicien qu’ils « prennent acte de ce que Baudrillard appelait la précession des simulacres : la marionnette précède aujourd’hui la personne ». Chaque soir, avant même le début du vrai journal de 20 heures, commence l’émission satirique de Canal + qui instaure le ricanement et la dérision comme maîtres de l’époque. Effrayant!

Causeur face à la terreur féministe!

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feminisme fourest lahaie tesson vienet

feminisme fourest lahaie tesson vienet

On y pensait depuis un bon bout de temps. C’est fait, et c’est parfait pour l’été. Causeur consacre enfin un dossier complet au néo-féminisme débridé qui, de manifestes vengeurs en pénalisation des dragueurs, semble avoir pour projet d’abolir toute différence et de punir les hommes coupables de pulsions sexuelles. Une perspective qui m’ennuie un peu, parce que comme le seul rockeur français digne de ce nom, Patrick Coutin, j’aime regarder les filles qui marchent sur la plage. Et notamment leur poitrine gonflée par le désir de vivre. Vous avez remarqué ? Quand elles se déshabillent, elles font semblant d’être sages…

Désormais, comme l’écrit en introduction du dossier notre chef aux ongles vernis, Elisabeth Lévy : « des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire ! » Dans l’esprit de ces nouvelles portées de chiennes de garde, « il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas », car « aucun homme n’est innocent ». Pour la patronne au contraire, « le féminisme a accompli sa mission historique » mais « il est si doux de mener un combat déjà gagné » que les rentières de la cause des femmes ne lâchent rien : « Il faut maintenant faire régner la parité en tous lieux – sauf dans les couples évidemment. »

Dans l’interview qu’elle nous a accordée, l’animatrice vedette de RMC, Brigitte Lahaie, accuse quant à elle ces néo-féministes de tenir « exactement le même discours que les machos du début du XXe siècle ». En considérant que la femme ne saurait être autre chose qu’une victime, puisqu’on nous dit que « 100% des femmes ont été harcelées », elles lui contesteraient tout libre arbitre. Pour cette ancienne actrice X qui échange depuis des années avec ses milliers d’auditeurs sur les questions d’amour et de sexualité, « les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça ». Et la presse féminine est le bras armé de la terreur qu’elles font régner… Un constat confirmé par le journaliste Olivier Malnuit, qui témoigne de son expérience traumatisante dans la rédaction du magazine pas si fictif Ragazza. Quadra hétérosexuel cerné de femmes-bulldozer, il raconte comment il a survécu à la dictature matriarcale qui règne au sein d’un média pour filles à gros tirage, où faire la bise à une collaboratrice est sexiste, à moins d’être gay.

A l’inverse, un entretien instructif avec la militante historique Caroline Fourest m’a permis d’apprendre qu’elle se définissait désormais comme « moins libertaire ». Pour elle, les mesures coercitives qui se multiplient depuis plusieurs mois sont nécessaires, y compris celle qui vise à abolir la prostitution contre la volonté des premières intéressées. Motif : « C’est le rôle de la loi de protéger les gens contre les processus de domination, même s’ils y sont entrés de façon volontaire ». Fichtre ! Il faudra que j’en parle aux filles qui m’envoient des sextos, tiens.

Aucune femme n’a été maltraitée durant la réalisation de ce numéro. Ni aucun arbre arraché à la clôture de notre dossier sur la forêt, dont le parrain, Sylvain Tesson invoque Tolstoï pour décrire son amour de la taïga russe. « La forêt offre silence, paix et refuge. Elle peut être un lieu de repli et de « mort au monde », mais aussi celui d’expériences vitalistes comme celle de saint François d’Assise, qui avait avec la nature et les animaux une relation charnelle, organique, païenne ! », confie l’écrivain-voyageur résolument œcuménique.

C’est sur l’autre rive du fleuve Amour que nous emmène René Viénet. Cet ancien situ, antitotalitaire intégral, a réalisé les premiers films détournés anti-Mao et édité les essais de Simon Leys contre les crimes de la Révolution culturelle. Dans un entretien-fleuve, il part fleur au fusil contre les admirateurs de Robespierre, Lénine, Staline ou Pol Pot, revenant  au passage sur son expérience aux côtés de Guy Debord,  qu’il dépeint comme un grand « misogyne » (à la différence des journalistes de Causeur, on ne le répètera jamais assez…). Autre croisé d’une bonne cause, le Père Ponchaud nous rappelle l’aveuglement des élites parisiennes face au génocide khmer au Cambodge, durant ces années 1970 décidément riches en illusions lyriques…

Retour au pays natal. Notre guide suprême Elisabeth Lévy joue les filles de l’air à Béziers, histoire de démêler le vrai du faux dans tout ce qui se raconte sur la gestion municipale de Robert Ménard : comme le suggèrent les médias parisiens, est-il le Ceaușescu du Midi, ou le Mengele biterrois ? Et s’il s’agissait tout bonnement d’un maire pragmatique qui tâche de saisir la crise économique, sociale et identitaire à bras le corps ? Vous rayerez la mention inutile après avoir lu le carnet de voyage de dame Elisabeth, jamais avare d’une bonne barre de rire.

Et pour compléter la distribution – point de casting en ces lieux francophones – Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jérôme Leroy et Roland Jaccard vous comblent de leurs bienfaits. Faut dire qu’on sait recevoir, même par 40 degrés à l’ombre du transat…

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