On y pensait depuis un bon bout de temps. C’est fait, et c’est parfait pour l’été. Causeur consacre enfin un dossier complet au néo-féminisme débridé qui, de manifestes vengeurs en pénalisation des dragueurs, semble avoir pour projet d’abolir toute différence et de punir les hommes coupables de pulsions sexuelles. Une perspective qui m’ennuie un peu, parce que comme le seul rockeur français digne de ce nom, Patrick Coutin, j’aime regarder les filles qui marchent sur la plage. Et notamment leur poitrine gonflée par le désir de vivre. Vous avez remarqué ? Quand elles se déshabillent, elles font semblant d’être sages…

Désormais, comme l’écrit en introduction du dossier notre chef aux ongles vernis, Elisabeth Lévy : « des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire ! » Dans l’esprit de ces nouvelles portées de chiennes de garde, « il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas », car « aucun homme n’est innocent ». Pour la patronne au contraire, « le féminisme a accompli sa mission historique » mais « il est si doux de mener un combat déjà gagné » que les rentières de la cause des femmes ne lâchent rien : « Il faut maintenant faire régner la parité en tous lieux – sauf dans les couples évidemment. »

Dans l’interview qu’elle nous a accordée, l’animatrice vedette de RMC, Brigitte Lahaie, accuse quant à elle ces néo-féministes de tenir « exactement le même discours que les machos du début du XXe siècle ». En considérant que la femme ne saurait être autre chose qu’une victime, puisqu’on nous dit que « 100% des femmes ont été harcelées », elles lui contesteraient tout libre arbitre. Pour cette ancienne actrice X qui échange depuis des années avec ses milliers d’auditeurs sur les questions d’amour et de sexualité, « les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça ». Et la presse féminine est le bras armé de la terreur qu’elles font régner… Un constat confirmé par le journaliste Olivier Malnuit, qui témoigne de son expérience traumatisante dans la rédaction du magazine pas si fictif Ragazza. Quadra hétérosexuel cerné de femmes-bulldozer, il raconte comment il a survécu à la dictature matriarcale qui règne au sein d’un média pour filles à gros tirage, où faire la bise à une collaboratrice est sexiste, à moins d’être gay.

A l’inverse, un entretien instructif avec la militante historique Caroline Fourest m’a permis d’apprendre qu’elle se définissait désormais comme « moins libertaire ». Pour elle, les mesures coercitives qui se multiplient depuis plusieurs mois sont nécessaires, y compris celle qui vise à abolir la prostitution contre la volonté des premières intéressées. Motif : « C’est le rôle de la loi de protéger les gens contre les processus de domination, même s’ils y sont entrés de façon volontaire ». Fichtre ! Il faudra que j’en parle aux filles qui m’envoient des sextos, tiens.

Aucune femme n’a été maltraitée durant la réalisation de ce numéro. Ni aucun arbre arraché à la clôture de notre dossier sur la forêt, dont le parrain, Sylvain Tesson invoque Tolstoï pour décrire son amour de la taïga russe. « La forêt offre silence, paix et refuge. Elle peut être un lieu de repli et de « mort au monde », mais aussi celui d’expériences vitalistes comme celle de saint François d’Assise, qui avait avec la nature et les animaux une relation charnelle, organique, païenne ! », confie l’écrivain-voyageur résolument œcuménique.

C’est sur l’autre rive du fleuve Amour que nous emmène René Viénet. Cet ancien situ, antitotalitaire intégral, a réalisé les premiers films détournés anti-Mao et édité les essais de Simon Leys contre les crimes de la Révolution culturelle. Dans un entretien-fleuve, il part fleur au fusil contre les admirateurs de Robespierre, Lénine, Staline ou Pol Pot, revenant  au passage sur son expérience aux côtés de Guy Debord,  qu’il dépeint comme un grand « misogyne » (à la différence des journalistes de Causeur, on ne le répètera jamais assez…). Autre croisé d’une bonne cause, le Père Ponchaud nous rappelle l’aveuglement des élites parisiennes face au génocide khmer au Cambodge, durant ces années 1970 décidément riches en illusions lyriques…

Retour au pays natal. Notre guide suprême Elisabeth Lévy joue les filles de l’air à Béziers, histoire de démêler le vrai du faux dans tout ce qui se raconte sur la gestion municipale de Robert Ménard : comme le suggèrent les médias parisiens, est-il le Ceaușescu du Midi, ou le Mengele biterrois ? Et s’il s’agissait tout bonnement d’un maire pragmatique qui tâche de saisir la crise économique, sociale et identitaire à bras le corps ? Vous rayerez la mention inutile après avoir lu le carnet de voyage de dame Elisabeth, jamais avare d’une bonne barre de rire.

Et pour compléter la distribution – point de casting en ces lieux francophones – Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jérôme Leroy et Roland Jaccard vous comblent de leurs bienfaits. Faut dire qu’on sait recevoir, même par 40 degrés à l’ombre du transat…

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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