Accueil Site Page 2190

A Rome, des chiffres sans les lettres…

19

Il Messagero, principal quotidien de la Ville éternelle, s’en étrangle d’indignation : une commission du conseil municipal de Rome vient de prendre la décision de supprimer les chiffres romains dans les  documents officiels et sur les plaques indiquant les noms des voies et places de la ville. Ainsi, l’avenue Pio IX sera désormais « l’avenue Pio nono » la piazza Sixto IV « Piazza Sixto quarto », et le reste à l’avenant. Rois et papes se voient d’un trait de plume dépouillés de leur chiffre distinctif de majesté, utilisant la numération latine, jugée archaïque, semeuse de trouble dans les systèmes informatiques, et indéchiffrable par les générations d’analphabètes privés de latin par les pédagogues « modernes » au pouvoir.

Rome n’est plus dans Rome ! Pour Il Messagero, ce coup de force estival de la municipalité (de gauche) de la capitale de l’Italie ouvre la porte à l’expulsion planétaire des chiffres romains des rares lieux où ils étaient encore visibles par le peuple : le nom des rues, des siècles, des arrondissements… Si le centre lâche, il est à craindre que la périphérie parte en débandade ! Il se trouvera bien chez Mme Hidalgo un esprit fort, avide de notoriété et de combats glorieux au nom de l’égalité, pour dénoncer le caractère discriminatoire du mode de numération hérité de Jules César ! Les bourgeois du Ve (non du Cinquième !) fréquenteront bientôt le lycée Henri quatre ou pourquoi pas H4, SMS compatible et tenant compte de la sensibilité de l’islam de France, très attaché aux chiffres arabes. A Rome, il se murmure que  les ennemis des chiffres latins ont profité du pontificat du pape François, non concerné par la réforme, pour fomenter leur mauvais coup.

Fait à Rome le XXIV juillet MMXV.

Ligne claire et gros nez

5

exposition BD belge Paris

Le Centre Wallonie-Bruxelles est un « Etat dans l’Etat », un morceau de Belgique perdu dans le quartier des Halles à Paris, un peu de plat pays face à l’esplanade du Centre Beaubourg. Voilà un endroit profondément étrange dédié entièrement à la célébration de la culture belge. On se doutera que ce lieu réserve une large place à la bande-dessinée, « Etat » dans l’état d’âme d’outre-Quiévrain. Dans un espace réduit, mis en valeur par une mise en scène sobre, le Centre Wallonie-Bruxelles présente jusqu’au mois d’octobre une centaine de planches des plus grands noms de la BD Belge issues des réserves du Musée des Beaux-Arts de Liège. L’histoire de ces œuvres – présentées pour la première fois hors de Belgique – est déjà assez rocambolesque : la collection a été réunie dans les années 70 avec pour objectif l’ouverture d’un musée de la BD dans la capitale internationale des gaufres, un projet qui tomba à l’eau malgré l’amicale contribution de nombreux dessinateurs (Franquin céda une planche pour l’équivalent de 400 euros… L’original d’un gag de Gaston s’arrache aujourd’hui à plus de 100 000). La collection, un temps oubliée, fut ballotée de réserves en réserves avant d’être confiée au Musée des Beaux-Arts de Liège, qui ne l’a exposée qu’à deux reprises. L’occasion de revoir ces planches – en hexagone derechef – ne se présentera certainement plus de sitôt : ces trésors retrouveront après octobre le silence effrayant des espaces infinis des réserves, afin que les générations futures puissent les redécouvrir avec bonheur. Il faut donc courir aller les voir !

Couvrant une période allant de l’après-guerre aux années 70, cette collection met en lumière deux grandes tendances traversant la BD Belge : la « ligne claire » représentée par des dessinateurs tels que Hergé (Tintin) ou Edgar P. Jacobs (Blake & Mortimer), que les petits lecteurs pouvaient retrouver dans les pages du Journal de Tintin ; et « l’école de Marcinelle » associée au Journal de Spirou, dans lequel étaient publiés les plus grands spécialistes des personnages à gros nez tels que Franquin (Gaston), Will (Tif & Tondu), Peyo (Les Schtroumpfs) ou encore Roba (Boule & Bill). La succession des planches encrées, avant toute colorisation, permet d’approcher au plus près le travail des artistes, d’apprécier la virtuosité graphique autant que la clarté des compositions, le foisonnement des détails autant que l’art de rendre immédiatement lisible une narration par l’image. Cette exposition est l’occasion de voir quelques chefs d’œuvres : une planche spectaculaire d’On a marché sur la lune pour laquelle Hergé fait le choix inhabituel de rompre avec le découpage régulier de la page en strips de tailles égales pour laisser une large place à une vue de la lune approchée par la célèbre fusée à damiers (rappelons que les Belges ont marché sur le satellite naturel de la Terre plus de 16 ans avant les yankees !) ; on découvre avec bonheur la planche schtroumpfement historique des aventures de Johan et Pirlouit de Peyo sur laquelle de petits lutins bleus – promis à un bel avenir – font leur première apparition assez timide ; on peut admirer aussi quelques planches admirables de Jacobs tirées de La marque jaune, dont celle où le personnage d’Olrik fait son entrée en scène ! Brrr… On n’oubliera évidemment pas de se pâmer au passage devant les œuvres de Macherot, Tilleux, Hausman, Comès ou encore Greg, l’attachant père d’Achille Talon.

Cette collection est finalement l’occasion d’explorer tout un imaginaire d’après-guerre très influencé par la culture populaire américaine, entre détectives ombrageux, grosses cylindrées (Ah le Michel Vaillant de Jean Graton…), et fascination pour l’ouest américain (depuis Comanche d’Herman jusqu’à la réjouissante parodie de western que fut Lucky Luke) Un univers devenu étrangement belgo-américain par l’alchimie du 9e art. Un imaginaire touchant et un peu évanescent – amenez vos enfants, ils vous demanderont certainement pourquoi les personnages n’ont pas de smartphones… Le parcours est complété par la projection d’un film dans lequel certains grands noms de la BD (Schuiten, Goossens, etc.) saluent la gloire de leurs illustres pionniers.

Un pèlerinage en terre belge vivement conseillé.

« L’âge d’or de la bande dessinée Belge » – Jusqu’au 4 octobre. Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris (Face au Centre Beaubourg).

Vincent Lambert: Qu’il repose en paix!

309

Vincent Lambert évêques

Dans son édition du 23 juillet, paru quelques heures avant que ne soit connue la décision des médecins du CHU de Reims, le quotidien catholique La Croix écrivait, sous la signature de sa rédactrice en chef Florence Courret : « Dans ce fracas de souffrances et de non-dits, il conviendrait désormais de ne pas ajouter de voix aux voix. D’un bord ou d’un autre. Ne rien exprimer publiquement qui soit de nature à désunir davantage une famille éprouvée, s’interdire de proclamer des convictions, aussi fortes et respectables soient-elles, qui seraient susceptibles de heurter celles des parties prenantes au conflit, à commencer par celles qui animaient Vincent Lambert lui-même. » Même si le commentaire visait « l’après » décision du corps médical attendue pour ce jeudi, on pouvait l’interpréter comme une forme de prise de distance, vis-à-vis du communiqué publié deux jours plus tôt par les évêques de Rhône-Alpes.

En demandant solennellement le maintien en vie de Vincent Lambert, ils entendaient, d’évidence, peser de tout leur poids sur le choix de l’équipe médicale. Ils écrivaient en ce sens : « Dans quelques jours, une décision médicale risque de provoquer délibérément la mort de Vincent Lambert. Il n’est pourtant pas en fin de vie et il ne fait l’objet d’aucun soin disproportionné. » Une manière de se positionner, sans la moindre hésitation et sans excès de nuance, face à une situation pourtant caractérisée par son extrême complexité.

Des positions épiscopales contradictoires. 

Le 12 juin dernier, une semaine après qu’ait été rendue publique la décision de la Cour européenne des Droits de l’homme, validant celle du Conseil d’Etat, Mgr D’Ornellas, responsable des question éthiques au sein de la Conférence des évêques de France, déclarait à La Croix : « Si Vincent Lambert, en prévision d’un éventuel état végétatif, avait clairement exprimé sa volonté de ne pas subir de traitements, en connaissant la distinction entre ceux qui luttent contre la maladie et ceux qui, comme l’hydratation et l’alimentation, correspondent à un besoin naturel, il aurait été juste de respecter cette liberté fondamentale. » Ce texte, dont chaque mot a été pesé, disait tout à la fois que, dans le cas de Vincent Lambert, l’alimentation et l’hydratation constituaient bien « un traitement », ce que contestent aujourd’hui ses frères dans l’épiscopat, et que si la volonté de Vincent Lambert était bien de ne pas subir de traitement, cette volonté s’imposait à tous. Argument que le communiqué préfère ignorer.

La déclaration des évêques de Rhône-Alpes soulève deux questions. La première relative au statut – et à la raison d’être – des commissions rattachées à la Conférence épiscopale. D’évidence, la position des évêques signataires est ici que les conclusions de ces commissions ou les prises de position de ceux qui, en leur nom, les président, sont sans doute utiles pour nourrir la réflexion, mais ne sauraient les engager. Chacun d’eux reste seul « maître à bord »  dans son diocèse, pour promouvoir la sainte doctrine. Ceci est parfaitement conforme à l’état actuel du Code de droit canonique[1. Une situation qui pourrait évoluer à l’avenir, le pape François ayant fait connaître à diverses reprises son intention d’expliciter «un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». (La Joie de l’Evangile & 32)]. Mais cela provoque forcément un certain trouble lorsque des évêques, prétendant avec assurance fonder leur position « en vérité » et « en fidélité » à la parole de Dieu, en arrivent à des options aussi dissemblables voire contradictoires avec celles de leurs « experts », porteurs des mêmes exigences[2. Tout aussi troublant le titre, volontairement dramatisé, retenu pour ce communiqué : « Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se prénomme Vincent ». Ce qui, pour le moins, mérite examen. L’affirmation rappelle celle, tout aussi contestable, longtemps à l’honneur dans les milieux d’Eglise, selon laquelle aucun homme au monde n’aurait jamais autant souffert que Jésus sur la croix.].

La mise en cause de l’autonomie médicale

La seconde question concerne l’autonomie du corps médical. Dans la même interview du 12 juin, Mgr D’Ornellas déclarait : « Ne connaissant pas le dossier médical, je fais confiance au chef de service et aux trois médecins qui, après un minutieux examen de Vincent Lambert, ont remis leur rapport au Conseil d’État. » Par contraste, les signataires se positionnent en défiance face au même corps médical, sans qu’on perçoive bien en quoi ils seraient mieux informés du contenu du dossier médical de Vincent Lambert, et aptes à se prononcer sur le fond.

C’est donc l’autonomie même de la communauté soignante qui semble ici contestée, dès lors qu’elle dérogerait à une certaine morale catholique auréolée d’universalité par le biais de la Loi naturelle. A-t-on mesuré les conséquences d’une telle attitude vis-à-vis du monde de la santé qui reste pourtant, à ce jour, le plus proche de l’éthique prônée par l’Eglise catholique et donc son alliée la plus sûre face à la menace de certaines dérives ? Comment les aumôneries d’hôpitaux pourront-elles, demain, accomplir leur mission, en toute confiance et sérénité, dans un univers médical publiquement suspecté et délégitimé ?

Qui peut parler au nom de Vincent Lambert ?

Le choix finalement retenu par les médecins du CHU de transférer Vincent Lambert dans un autre établissement, prêt à l’accueillir, soulève une ultime question : celle du respect de sa « volonté » et donc de sa liberté. L’hospitaliser ailleurs ne résout en rien le problème. Or il appartient aussi à la société – et pas seulement à sa famille – de veiller à ce que cette volonté soit respectée. En l’absence de certitude absolue[3. Pour Rachel Lambert, son mari Vincent n’aurait jamais voulu vivre ainsi. C’est aussi l’avis de son neveu et de plusieurs frères et sœurs. Mais aucun document écrit ne vient étayer cette affirmation.], cette décision – comme toute autre d’ailleurs ayant pu survenir – sera forcément interprétée comme le résultat d’un rapport de force, devenu enjeu idéologique, dont Vincent Lambert n’aura été, finalement, que l’otage impuissant[4. Au moment où cet article a été mis en ligne j’ignorais les « attendus » de la décision des médecins du CHU de Reims et notamment les menaces dont ils sont l’objet, depuis des mois, de la part de certains milieux catholiques intégristes. Ils renforcent la conviction exprimée dans mon article que ce « dépaysement » ne règle aucun problème de fond, sauf à laisser à une autre équipe médicale le soin d’une xième expertise.]. Rapport de force auquel les évêques de Rhône-Alpes ont choisi d’apporter leur concours.

Dans son éditorial du jour, déjà cité, Florence Courret suggère une attitude : « Opter pour la modestie ; accepter de ne pas avoir un avis tranché et finalement autoriser, dans cette posture de retrait, le retour à un calme relatif, à la paix qui n’aurait jamais dû quitter le lit de Vincent Lambert.» Il est à craindre qu’elle ne soit pas entendue.

*Photo : Wikimedia Commons.

Poutine, la drachme et les lendemains qui chantent

42

Poutine a sauvé l’unité de la zone euro, c’est à Poutine que l’Eurogroupe doit le maintien de la Grèce dans ses rangs – et dans les clous.

Ce ne sont pas là les allégations avinées de quelques piliers de bar eurosceptiques égarés au Cap d’Agde en cette folle saison caniculaire mais « l’information la plus sous-estimée de l’année » selon le quotidien suisse Le Temps.

Avec des yeux que l’on imagine ébahis, le lecteur y apprenait, ce jeudi 23 juillet, ce que le journal hellène To Vima (marqué à droite) considère comme la clé du revirement inattendu d’Alexis Tsipras après le référendum du 5 juillet. Reprenons. Au soir de la victoire du oxi, on a cru assister à un printemps des peuples qui remettrait à sa place Merkel et la Troïka. Un enthousiasme très (trop) rapidement douché par la démission de Yanis Varoufakis, le flamboyant ministre des finances, et l’empressement de Tsipras à accepter les conditions posées par les créanciers pour obtenir un énième plan d’urgence et éviter la faillite, comme le réclamaient depuis le début, précisément, Merkel et la Troïka…

Vladimir Poutine Alexis Tsipras Grèce euro

L’explication, qui ne semble pas être une rumeur infondée puisqu’une vingtaine de parlementaires issus de la droite conservatrice grecque ont exigé des éclaircissements, est la suivante. Depuis son accession au pouvoir, en janvier dernier, Alexis Tsipras aurait eu pour projet de rompre progressivement avec Bruxelles et de se rapprocher de la Russie. Pour ce faire, révèle le média grec, Athènes avait sollicité un prêt de 10 milliards de dollars à la Russie afin de financer un Grexit. En effet, pour pouvoir de nouveau battre monnaie, l’État avait besoin d’importantes réserves dans une monnaie forte et stable. La mise en circulation d’une nouvelle drachme avait été examinée de près par des technocrates et l’idée semble avoir été un secret de polichinelle dans les couloirs du Parlement grec.

Le rêve des artisans du Grexit sauce russe s’est arrêté au moment où celui des europhobes de tous les pays commençait. Le 5 juillet au soir, Poutine a définitivement notifié à Tsipras qu’il refusait de lui accorder le prêt escompté. C’est donc la queue entre les jambes que ce dernier s’est employé dès le lendemain à exécuter son timide plan B: obtempérer.

Que celles et ceux qui ont intérêt à remercier Poutine lèvent la main bien haut.

*Photo : Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA/XAZ132/704021526869/1506191650

Turquie: du double jeu au double front

17

Turquie Etat islamique

(Avec AFP) – La Turquie s’est enfin engagée dans la lutte contre l’Etat islamique en menant vendredi son premier raid aérien contre des positions djihadistes en Syrie, quatre jours après un attentat suicide meurtrier attribué à Daech.

Peu avant 4h, trois chasseurs F16 de l’armée de l’air turque ont bombardé en territoire syrien trois objectifs tenus par les djihadistes, mais les autorités turques affirment que les avions n’ont pas passé la frontière. L’opération s’est déroulée dans la zone frontalière qui fait face à la ville turque de Kilis (sud).

Jeudi, des combattants djihadistes avaient ouvert le feu depuis la Syrie sur un poste frontalier de l’armée turque de cette région, tuant un sous-officier et blessant deux soldats, selon l’état-major turc. Des chars turcs ont immédiatement riposté en ouvrant le feu sur une position djihadiste, tuant un de ses combattants et endommageant trois véhicules.

Cette confrontation directe intervient dans la foulée de l’attentat suicide commis lundi à Suruç (sud), qui a fait 32 morts et une centaine de blessés parmi un groupe de jeunes militants de gauche partisans de la cause kurde qui souhaitaient participer à la reconstruction de la ville syrienne de Kobané.

Les autorités ont identifié un jeune Turc de 20 ans, Seyh Abdurrahman Alagöz, comme le « kamikaze ». Selon la presse, il avait effectué un séjour en Syrie dans les rangs de l’EI.

Depuis l’attentat de Suruç, le gouvernement islamo-conservateur d’Ankara, longtemps accusé de complaisance envers l’EI, a clairement renforcé sa lutte contre les djihadistes. Et selon un responsable militaire américain, Ankara a ainsi autorisé les Etats-Unis à utiliser plusieurs de ses bases aériennes, dont celle d’Incirlik (sud), pour mener des raids aériens contre des cibles du groupe Etat islamique en Syrie ou en Irak.

Le feu vert des Turcs, sollicité de longue date par Washington, a été officialisé au lendemain d’un long entretien téléphonique entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et américain Barack Obama.

La Turquie était jusque-là restée l’arme au pied face à l’EI. Elle avait refusé d’intervenir militairement en soutien aux milices kurdes de Syrie, par crainte de voir se constituer une région autonome hostile dans le nord de ce pays.

« La République de Turquie est déterminée à prendre toutes les précautions pour défendre la sécurité nationale », a répété vendredi le bureau du Premier ministre Ahmet Davutoglu, au lendemain d’une nouvelle réunion du gouvernement avec les chefs militaires et des services de sécurité ou de renseignement.

Selon le quotidien Hürriyet citant des responsables turcs, le gouvernement envisage aussi de déployer des dirigeables au-dessus des 900 km de sa frontière syrienne et de doubler celle-ci par un mur afin d’empêcher les mouvements des djihadistes. La Turquie constitue le principal point de passage des recrues djihadistes vers la Syrie.

Turquie guerre Etat islamique

Les autorités turques ont par ailleurs lancé ce matin dans tout le pays un coup de filet sans précédent contre des membres présumés de l’EI. Ce raid a également visé des cibles des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont revendiqué le meurtre de deux policiers mercredi à Ceylanpinar, à la frontière syrienne, en riposte à l’attentat de Suruç.

Selon les services de M. Davutoglu, un total de 251 personnes, toutes soupçonnées d’être « membres d’un groupe terroriste », ont été interpellées et placées en garde à vue dans treize provinces différentes du pays.

Une militante d’extrême gauche a été tuée lors d’une fusillade avec la police dans un quartier d’Istanbul, a rapporté l’agence progouvernementale Anatolie. Elle faisait partie du Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), un groupuscule marxiste auteur de nombreux attentats en Turquie.

L’attentat suicide de Suruç a provoqué la colère de la communauté kurde de Turquie qui reproche au gouvernement islamo-conservateur d’Ankara d’avoir fermé les yeux sur les activités de l’EI sur son sol. Mais Ankara a toujours catégoriquement réfuté les allégations de complaisance avec les groupes extrémistes qui combattent le régime de Damas, sa bête noire.

Jeudi encore, un policier turc a été tué et un autre grièvement blessé par deux hommes masqués dans la grande ville à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est). Les funérailles de la victime de cette attaque, qui n’a pas été revendiquée, ont eu lieu vendredi.

L’attaque du PKK a ravivé les risques de débordement en Turquie de la guerre qui oppose les milices kurdes aux djihadistes sur le sol syrien. Une organisation proche des rebelles kurdes de Turquie a ainsi affirmé sur son site internet avoir tué mardi soir à Istanbul un commerçant présenté comme un membre du groupe EI. « Les meurtriers de Suruç rendront des comptes », a écrit le Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H).

De nombreux manifestants, notamment kurdes, défilent chaque jour dans les villes du pays pour dénoncer la politique syrienne de M. Erdogan. Et le principal parti kurde de Turquie a appelé à un grand rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

*Photo : © Turkey’s Prime Minister Office-AFP Hakan Goktepe
*Infographie : © AFP S.Ramis/T.Saint-Cricq

Un 25 juillet à la station de RER Saint-Michel…

1

(Avec AFP) – Arlette Royer a continué de prendre le train. Mais elle n’a jamais oublié le « grand claquement » de la bombe qui, le 25 juillet 1995 à la station RER Saint-Michel, a fait 8 morts et plus de 150 blessés, premier d’une longue vague d’attentats islamistes en France. C’était il y a 20 ans exactement.

Cette pétillante employée de banque, aujourd’hui âgée de 59 ans, a vécu l’explosion « au ralenti ». Le train de la ligne B du RER entre dans la gare de Saint-Michel lorsque la bonbonne de gaz de camping remplie de poudre noire, d’écrous, de vis et de clous saute. Le Groupe islamique armé (GIA) a frappé.

Le tympan gauche perforé, Arlette parvient à s’extraire du train et monte l’escalier pour fuir cet enfer, avec une seule idée en tête : « Retrouver mes enfants », dit-elle.

Martine Boutros-Lescoat, agent de la RATP, plonge au contraire dans les entrailles de la station. « Ce qui m’a frappée, se souvient cette autoritaire septuagénaire, c’est le silence ». Une épaisse fumée s’échappe du wagon. Asthmatique, Martine préfère battre en retraite pour demander de l’aide. « Je m’en voudrai toute ma vie », confie-t-elle, se disant « hantée ».

Claude Cancès, qui dirige alors la police judiciaire parisienne, arrive en même temps que les secours. De son bureau du 36, quai des Orfèvres, à un jet de pierre de là, il a entendu l’explosion et a « aussitôt pensé à un attentat ».

« Abasourdi », il découvre des passagers gisant sur le quai, certains encore prisonniers du wagon rougeoyant. « Ça m’a rappelé l’accident de train de la gare de Lyon, en 1988 (56 morts), avec les mêmes scènes de corps déchiquetés. L’horreur. »

attentat RER Saint-Michel 1995

A 500 km de là, en vacances à Royan (Charente-Maritime), Annick et Jean-Claude Brocheriou apprennent l’attentat par la radio. « J’ai senti qu’elle était dans ce train », confie Annick. Véronique, leur fille, emprunte quotidiennement cette ligne et a l’habitude de monter en milieu de rame. Le paquet mortel se trouvait sous son siège.

Sortie plus tôt du travail « parce qu’il faisait beau », « elle a été tuée sur le coup », murmure Annick.

L’attentat, commandité par le GIA qui veut punir la France pour son soutien à Alger, est le premier d’une série qui fera au total 12 morts et près de 200 blessés jusqu’en décembre 1996. Claude Cancès se souvient de ces nuits « quand on vous appelle et vous avez peur que ce soit pour un nouvel attentat ».

Les principaux responsables sont aujourd’hui morts ou en prison. L’un d’eux, Smaïn Aït Ali Belkacem, condamné en 2002 à la réclusion à perpétuité, a refait parler de lui à l’occasion des attentats parisiens de janvier : Amédy Coulibaly et l’un des frères Kouachi avaient été arrêtés en 2010, soupçonnés de préparer son évasion.

Les récents attentats « me rappellent cette époque, confie M. Cancès. Avec la différence que les auteurs venaient de l’étranger et repartaient. Aujourd’hui, ce sont des gens implantés en France ».

Le 11 janvier 2015, Arlette, Martine et M. Cancès ont défilé, anonymes parmi les millions de Français, après la mort de 17 personnes dans les attentats des jours précédents. « J’y suis allée par devoir, pour ceux qui n’étaient plus là. Je n’aurais raté ça pour rien au monde », assure Arlette, qui a manifesté à Paris.

Après l’attentat de Saint-Michel, pour « tenter de comprendre », elle s’est lancée dans des études de criminologie. Elle commencera son doctorat l’année prochaine. Son sujet de recherche : la radicalisation des jeunes et des femmes. On suppose qu’il s’agira notamment d’un certain type de radicalisation…

*Photo : © AFP Pierre Boussel

Education: une rentrée à l’œil?

243

Education nationale rentrée 2015

Les majorités ont beau changer, les idées restent fixes. La preuve, l’Education Nationale poursuit sa croisade contre les planqués de l’été et les adeptes de la bronzette tardive en fixant cette année la rentrée des classes au 31 août. Souvenez-vous, c’était déjà sous Sarkozy le cheval de bataille de Luc Chatel – ex ministre de l’Education et ex VRP de l’Oréal, dit aussi « Le Parfumeur » – dont  le mot d’ordre était, il y a cinq ans, « la reconquête du mois de juin ». Cela plaisait tout autant qu’aujourd’hui à l’opinion publique, chez qui l’idée est décidément bien ancrée que les profs ne travaillent jamais, n’ont jamais à préparer de cours et peuvent ainsi profiter – les odieux ! – des vacances gracieusement offertes par le service public aux infâmes démissionnaires estivaux.

Conséquence du changement de majorité, la nouvelle équipe ministérielle, de gauche, a décidé de se démarquer de ses prédécesseurs, de droite, en attaquant par la face nord l’Everest de la fainéantise que sont les vacances d’été. Il ne s’agit donc plus de reconquête du mois de juin mais cette fois d’annexion du mois d’août. A force de harceler l’ennemi sur deux fronts, l’EducNat espère sans doute que, d’ici une dizaine d’années, les derniers rebelles seront encerclés, enfermés dans le réduit du 15 juillet-15 août, sans plus d’espoir de fuir que les derniers Communards fusillés dos au mur des Fédérés dans le Père Lachaise en 1871. Précisons tout de même que les deux mois d’été de nos chers profs ne sont pas octroyés aux frais de la princesse EducNat. Si le serpent de mer du « salaire de dix mois ré-étalé sur douze » reste un mythe juridique, en ce sens qu’on ne trouve pas trace de cette mesure dans les textes, le fameux « temps libre » des profs se paie au prix fort en France où le salaire moyen du prof moyen est de 15% inférieur à la moyenne des pays de de l’OCDE. Si on tient compte du fait que le temps de travail moyen d’un agrégé est de 41h/semaine et celui d’un certifié de 39h/semaine pour un salaire de 1428 € net /mois pour un certifié et de 1857 € /mois pour un agrégé en début de carrière, on comprend que les jeunes actifs aient tendance à fuir le métier d’enseignant ces temps-ci. Au point d’ailleurs qu’en Lettres et Mathématiques, on cherche toujours des profs : il y avait cette année plus d’admissibles que de postes ouverts au CAPES externe de Lettres Classiques (156 admissibles pour 300 postes en Lettres Classiques, 1708 admissibles pour 1160 postes en Lettres Modernes), l’hémorragie ne fait également que se confirmer en Allemand (493 admissibles pour 340 postes ouverts) et la situation n’est pas bien brillante en mathématiques (1903 admissibles pour 1592 postes). Beaucoup de jeunes diplômés doivent penser qu’ils ont mieux à faire de leurs études que de finir par être payé au lance-pierre et constamment désigné comme le mouton noir de la population active. On les comprend, d’autant qu’à la prochaine rentrée, le ministère envisage de commencer par les faire bosser gratos le premier jour de leur carrière, histoire sans doute de les remercier comme il se doit d’avoir préféré devenir prof que comptable, commercial ou ingénieur.

Comme le rapporte le syndicat enseignant SNALC-FGAF, une circulaire parue le 30 juin dernier précise que les lauréats des concours « seront amenés à être présents dans les écoles et les établissements d’enseignement du second degré le jour de la pré-rentrée, le 31 août 2015, et seront nommés stagiaires le 1er septembre ». Ce qui signifie très clairement que les jeunes enseignants-stagiaires pourront commencer par s’asseoir sur leur premier jour de salaire en entrant dans la carrière. On a déjà vu plus chaleureux comme cadeau de bienvenue. Mais les jeunes stagiaires peuvent se rassurer : ils auront exceptionnellement le droit de faire grève ce jour-là pour rattraper la bévue sans que soit effectuée une retenue sur salaire. Et comme la plupart d’entre eux ne prendront peut-être pas le risque de commencer par faire grève le jour où ils reçoivent leur emploi du temps et rencontrent le reste de l’équipe de leur établissement, ils pourront toujours se consoler en apprenant qu’en cas d’accident le ou la professeur-stagiaire sera protégé « au motif qu’il peut être regardé comme un collaborateur occasionnel du service public ». Votre Excellence est trop bonne, Sa bonté La perdra…

*Photo : Pixabay.

Epilation, piège à cons!

132

Madona #longhairdontcare épilation

« La fille qui tient 12 minutes et 28 secondes sur le pourquoi du comment elle a les aisselles teintes en bleu, rien que ça, ça vaut qu’on en parle ». Libération qui commence un article par cette phrase, rien que ça, ça vaut qu’on en parle. Le sujet de l’article ? Une nouvelle mode apparue sur Internet, qui veut que les jeunes femmes teignent les poils qu’elles ont laissé pousser sous leurs bras. Si l’on se promène sur Tumblr, Twitter ou autres sites un peu branchés, on découvre ainsi des aisselles bleues, roses, vertes ou violettes : « C’est joli, c’est tendance et ce serait même militant selon certaines », nous dit Libération.

Alors que la plupart des femmes qui ne vivent pas dans une grotte s’épilent les aisselles, des jeunes filles ont donc choisi de laisser pousser leurs poils, de les teindre, de se prendre en photo avec (un « aisselle-fie », hihi) et de s’afficher ainsi sur les réseaux sociaux. Dans les commentaires, ces demoiselles expriment la grande fierté qu’elles éprouvent à défier l’ordre établi : « Va te faire foutre la société. Va. Te. Faire. Foutre. » Ou encore : « Je défie les autres pour qu’ils repensent les standards de beauté ridicules et se libèrent des attentes de la société. »

C’est bien connu, la méchante société ne saurait en effet accepter que des jeunes filles disposent librement de leur pilosité, sous peine de lapidation ou au moins de tonte publique. Le mouvement de résistance est donc soutenu par de grandes rebelles devant l’éternel. Après Cameron Diaz, ce sont Madonna et Miley Cyrus – des militantes de l’ombre risquant chaque jour leur peau de pêche dans une lutte acharnée contre le patriarcat – qui ont lancé héroïquement le hashtag : #longhairdontcare (#poilslongsjmenfous).

L’élégante Miley Cyrus s’est d’ailleurs elle-même mise à la teinture sur poils. « Génie créatif, engagement féministe, art de la provocation ou simple folie ? » se demande Purebreak magazine, qui a dû en fumer de la bien pure. Heureusement qu’au XXIe siècle, le ridicule ne tue pas plus que l’épilation au laser.

Il faudra aussi qu’on m’explique en quoi imiter des stars du show-business est un acte militant. Comme toujours, on obéit à de nouvelles imprécations qui ne font que remplacer les anciennes. Foin de rébellion, c’est l’occasion de se gargariser à peu de frais et de s’offrir son quart d’heure de gloire sur smartphone.

Mais le paradoxe ultime de cette histoire, c’est qu’aujourd’hui les hommes, eux, sont encouragés… à s’épiler. Une publicité de Narta récente « illustre de façon amusante et décalée le sujet délicat de la repousse des poils », nous explique-t-on. Résumé : une danseuse est avec deux hommes et, au moment où elle s’apprête à se lancer dans les bras de l’un, elle aperçoit ses aisselles couvertes de poils figurés par deux petits singes. La fille, écœurée, se tourne alors vers l’autre, qui a les bras bien lisses.

Alors quoi ? La forêt bien propre et colorée des aisselles féministes cacherait-elle le rasoir masculin ? La société veut-elle la peau du poil mâle ? S’agirait-il d’un complot matriarcal ? Les hommes doivent-ils résister et afficher eux aussi leurs jolis poils bien taillés et colorés pour se défendre contre cette odieuse injustice ?

Ce n’est peut-être pas la peine… Car il existe une explication beaucoup plus simple : La mode de la barbe a mis les producteurs de rasoirs en faillite, et si les femmes se mettent elles aussi à se laisser pousser les poils sous les bras, il faudra bien que Gillette vende des rasoirs à quelqu’un. Le phénomène est bien connu en économie : un marché en remplace un autre. Du coup, en l’espèce, on aboutit à une redistribution arithmétique des poils.

Pour appuyer sa stratégie de vente, Gillette (« La perfection au masculin ») a même commandé une étude prouvant que l’épilation diminue les odeurs corporelles de 57% (intéressant, ça, le calcul des odeurs corporelles en pourcentage…). Résultat : Pendant que les femmes luttent pour leur liberté d’expression pileuse, ce sont les hommes qui sont sommés de couper ce qu’elles laissent pousser. Le capital est parfois subtil.

*Photo : Instagram.com

Les Guignols en crypté: la stratégie comique de Canal+

54

Les Guignols Canal+

(Avec AFP) – On apprend aujourd’hui que « Les Guignols de l’info », l’une des émissions phares de Canal+ avec « Le Journal du Hard » et « Canal Football Club », ne sera plus diffusée en clair mais vers 20h50 seulement. En crypté, donc.

S’exprimant dans une interview au quotidien Le Figaro, le directeur général du groupe Maxime Saada a expliqué que ce changement avait pour objectif de « donner plus de valeur aux abonnements ».

Il est vrai que le porno et le cinéma, à l’heure de l’Internet mondial d’un simple clic, ça eût payé. Problème : pour continuer à voir les Guignols « en clair », il suffira désormais de se connecter à Dailymotion.

« Nous considérons que c’est une pépite et nous voulons donc développer son exposition. Il n’a jamais été question de les faire disparaître », a expliqué à ce sujet Maxime Saada au Figaro, visiblement pas à une contradiction près.

En attendant de savoir si certains gogos seraient prêts à s’abonner pour regarder une émission visible gratuitement sur n’importe quel écran, rassurons les fans : l’émission phare de la chaîne conservera son budget de 17 millions d’euros.

Le sort des célèbres marionnettes avait suscité une forte mobilisation sur les réseaux sociaux et dans la classe politique. Jusqu’au président François Hollande qui avait rappelé que « la caricature, ça fait partie du patrimoine ».

M. Saada a également annoncé qu’Antoine de Caunes qui quitte « Le Grand Journal » – la plus célèbre émission en clair de Canal+ – passerait lui aussi du côté crypté de la force. A partir du mois d’octobre, il présentera un show en deuxième partie de soirée.

« Nous allons construire une émission autour de lui, un pur produit de divertissement qui sera produit en interne », a précisé le responsable de la chaîne. Encore un truc pour valoriser les abonnements, sans doute…

Les audiences du « Grand Journal » sont en chute libre depuis deux ans : le talk-show qui comptait 1,5 million d’auditeurs en 2013-2014 est tombé à 1,2 million de téléspectateurs au début de cette saison, puis sous la barre du million de téléspectateurs.

« Pour faire la différence, Canal+ doit renforcer ses piliers éditoriaux qui sont le cinéma, le sport, la création originale, et en ajouter un nouveau : les émissions de divertissement », a-t-il encore déclaré.

C’est vrai que de Clara Morgane à Yann Barthès, en passant par Pierre Ménès, la chaîne avait sans doute fini par prendre un ton un peu trop intello. Ravis de tirer un trait sur cette époque austère, les téléspectateurs apprécieront que Canal+ fassent désormais dans la légèreté !

*Photo : Flickr.com

Nucléaire iranien: un accord à haut risque

72

accord nucléaire Iran Israël

Le 21 octobre 1994, les Etats-Unis signaient un accord cadre avec la Corée du Nord devant permettre l’arrêt immédiat de la recherche nucléaire nord-coréenne à des fins militaires. Cet accord était, selon Bill Clinton, « bon pour les Etats-Unis, bon pour nos alliés et bon pour la sécurité du monde entier ». Il ne s’agissait pas d’un accord reposant « sur la confiance » car sa « conformité serait certifiée par l’Agence internationale de l’énergie atomique ».

Moins de dix ans plus tard, la Corée du Nord dénonçait l’accord cadre. En 2006, elle procédait à l’explosion de sa première bombe atomique. A ce jour, la Corée du Nord compterait une trentaine d’ogives nucléaires.

Comparaison n’est pas raison. D’accord. Mais tout de même.

Le 14 juillet 2015, Barak Obama déclarait prétentieusement « nous avons mis fin à la prolifération de l’arme nucléaire dans la région » assurant que « cet accord n’est pas basé sur la confiance mais sur la vérification ». Et comme si cela ne suffisait pas à rassurer les sceptiques échaudés par les – déjà nombreuses – tricheries et manipulations du régime des Mollahs, le Président iranien déclarait, quant à lui, que « l’Iran ne cherchera jamais à avoir l’arme nucléaire ». Si la situation n’était pas aussi grave, on en rirait presque.

Et il y a de quoi. La semaine dernière, l’Ayatollah Khamenei précisait qu’il faudrait continuer à lutter contre les Etats-Unis même en cas d’accord sur le nucléaire. Quant au sémillant Président Rohani – dont le monde entier loue la modération – ce dernier a conduit la manifestation annuelle de la « Journée de Al Qods », une véritable marche de la haine au cours de laquelle les manifestants criaient « mort aux Etats-Unis », « mort à Israël » et brulaient des drapeaux américains et israéliens. Rien de bien original en somme, mais quelle modération et quel signe de bonne volonté de la part des dirigeants iraniens au beau milieu des négociations… Le 12 juillet dernier, en prévision de l’accord alors acquis à 90%, le même Président Rohani signait un décret interdisant toute visite et tout accès à un site militaire. Ça promet.

Ne rêvons pas, la signature de cet accord ne changera pas la nature du régime iranien, mais permettra en revanche à ce dernier de récupérer environ 150 milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger (la prime à la signature) et de continuer, avec plus de facilité encore, à financer les mouvements terroristes, type Hezbollah, Hamas et autres mouvements rebelles chiites Houthis au Yémen. Autant dire que cet accord va aider à stabiliser la région…

Les sanctions internationales seront levées progressivement dès le premier semestre 2016. Mais en contrepartie de quoi exactement ?

Les obligations imposées à l’Iran seront les suivantes : diminuer ses capacités d’enrichissement d’uranium des deux tiers, réduire le stock d’uranium enrichi détenu sur son territoire de 6000 kg à 300 kg ainsi que le nombre de centrifugeuses, et modifier le réacteur de la centrale d’Arak pour limiter sa capacité de production de plutonium. C’est bien.

Problème : le mécanisme de vérification des sites nucléaires, notamment et surtout militaires, ne permet pas de s’assurer que l’Iran respecte ses engagements. Les visites inopinées ne sont pas autorisées mais les inspecteurs auront la possibilité de se rendre sur les sites de production s’ils disposent d’éléments leur permettant de penser que des activités nucléaires non déclarées seraient en cours. Et encore, l’Iran pourra alors s’y opposer, et il faudra un vote à l’unanimité d’une commission internationale pour forcer la visite, ce qui laissera d’autant plus de temps aux Iraniens pour faire disparaître ce qu’il y a de gênant. D’autant que la Russie et la Chine – alliés assumés de l’Iran – feront partie de cette commission. Les Mollahs peuvent dormir tranquilles.

Enfin, et si tant est que ces visites de vérification aient lieu, gardons à l’esprit l’efficacité toute relative des contrôles des organisations internationales. Pour mémoire, le démantèlement du programme syrien d’armes chimiques placé sous la responsabilité de l’OIAC avait débuté en septembre 2013 pour prendre fin le 30 juin 2014. En mai 2015 pourtant, le régime de Bachar el-Assad était responsable d’une nouvelle attaque au chlore sans que cela n’émeuve trop les progressistes de tout poil. On comprend mieux le sourire béat de Mohammad Zarif, le ministre des affaires étrangères iranien, à la terrasse du Palais Cobourg.

Les optimistes, les naïfs et les idiots auront tôt fait de rappeler que la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient à ce jour est Israël, et qu’il n’y a pas de raison qu’elle soit la seule. On objectera qu’Israël est aussi la seule démocratie du Moyen-Orient, et que si elle existe encore aujourd’hui c’est peut-être bien parce qu’elle est la seule puissance régionale à être dotée de l’arme nucléaire. On ajoutera qu’Israël ne finance ni ne promeut le terrorisme, ne répète pas à qui veut l’entendre qu’elle souhaite rayer ses voisins de la surface du globe et propose même – quel culot ! – son aide à l’Iran quand des séismes y font plusieurs milliers de morts (notamment en 2003, 2012 et 2013).

Alors oui, les Israéliens ont des raisons légitimes de s’inquiéter. Et le reste du monde ferait bien de s’inquiéter aussi un petit peu. Car en dépit des commentaires les plus nombreux, cet accord repose bien sur la confiance que l’on peut accorder à l’Iran, c’est-à-dire à un régime qui soutient financièrement et militairement Bachar el-Assad, le Hezbollah et le Hamas, commandite des attentats un peu partout dans le monde – Buenos Aires en 1994, Liban en 2005 (l’assassinat de Rafic Hariri), Europe en 2012 (Bourgas) et 2015 (Chypre) pour n’en citer que quelques-uns –, réprime les manifestations dans le sang, emprisonne les journalistes et exécute les opposants politiques.

La perspective que ce régime-là obtienne la bombe atomique peut à juste titre chagriner les Israéliens et le reste de la région. Il faudra redoubler de vigilance et espérer que l’Iran saisisse cette chance pour en faire profiter son peuple plutôt que pour nourrir ses visées expansionnistes. Car c’est un pari bien risqué qu’ont fait les 5 +1. Mais c’est toujours plus facile quand on n’est pas le premier visé.

*Photo : SIPANY/SIPA/sipausa.sipausa_15638785/1507230311

A Rome, des chiffres sans les lettres…

19

Il Messagero, principal quotidien de la Ville éternelle, s’en étrangle d’indignation : une commission du conseil municipal de Rome vient de prendre la décision de supprimer les chiffres romains dans les  documents officiels et sur les plaques indiquant les noms des voies et places de la ville. Ainsi, l’avenue Pio IX sera désormais « l’avenue Pio nono » la piazza Sixto IV « Piazza Sixto quarto », et le reste à l’avenant. Rois et papes se voient d’un trait de plume dépouillés de leur chiffre distinctif de majesté, utilisant la numération latine, jugée archaïque, semeuse de trouble dans les systèmes informatiques, et indéchiffrable par les générations d’analphabètes privés de latin par les pédagogues « modernes » au pouvoir.

Rome n’est plus dans Rome ! Pour Il Messagero, ce coup de force estival de la municipalité (de gauche) de la capitale de l’Italie ouvre la porte à l’expulsion planétaire des chiffres romains des rares lieux où ils étaient encore visibles par le peuple : le nom des rues, des siècles, des arrondissements… Si le centre lâche, il est à craindre que la périphérie parte en débandade ! Il se trouvera bien chez Mme Hidalgo un esprit fort, avide de notoriété et de combats glorieux au nom de l’égalité, pour dénoncer le caractère discriminatoire du mode de numération hérité de Jules César ! Les bourgeois du Ve (non du Cinquième !) fréquenteront bientôt le lycée Henri quatre ou pourquoi pas H4, SMS compatible et tenant compte de la sensibilité de l’islam de France, très attaché aux chiffres arabes. A Rome, il se murmure que  les ennemis des chiffres latins ont profité du pontificat du pape François, non concerné par la réforme, pour fomenter leur mauvais coup.

Fait à Rome le XXIV juillet MMXV.

Ligne claire et gros nez

5
exposition BD belge Paris

exposition BD belge Paris

Le Centre Wallonie-Bruxelles est un « Etat dans l’Etat », un morceau de Belgique perdu dans le quartier des Halles à Paris, un peu de plat pays face à l’esplanade du Centre Beaubourg. Voilà un endroit profondément étrange dédié entièrement à la célébration de la culture belge. On se doutera que ce lieu réserve une large place à la bande-dessinée, « Etat » dans l’état d’âme d’outre-Quiévrain. Dans un espace réduit, mis en valeur par une mise en scène sobre, le Centre Wallonie-Bruxelles présente jusqu’au mois d’octobre une centaine de planches des plus grands noms de la BD Belge issues des réserves du Musée des Beaux-Arts de Liège. L’histoire de ces œuvres – présentées pour la première fois hors de Belgique – est déjà assez rocambolesque : la collection a été réunie dans les années 70 avec pour objectif l’ouverture d’un musée de la BD dans la capitale internationale des gaufres, un projet qui tomba à l’eau malgré l’amicale contribution de nombreux dessinateurs (Franquin céda une planche pour l’équivalent de 400 euros… L’original d’un gag de Gaston s’arrache aujourd’hui à plus de 100 000). La collection, un temps oubliée, fut ballotée de réserves en réserves avant d’être confiée au Musée des Beaux-Arts de Liège, qui ne l’a exposée qu’à deux reprises. L’occasion de revoir ces planches – en hexagone derechef – ne se présentera certainement plus de sitôt : ces trésors retrouveront après octobre le silence effrayant des espaces infinis des réserves, afin que les générations futures puissent les redécouvrir avec bonheur. Il faut donc courir aller les voir !

Couvrant une période allant de l’après-guerre aux années 70, cette collection met en lumière deux grandes tendances traversant la BD Belge : la « ligne claire » représentée par des dessinateurs tels que Hergé (Tintin) ou Edgar P. Jacobs (Blake & Mortimer), que les petits lecteurs pouvaient retrouver dans les pages du Journal de Tintin ; et « l’école de Marcinelle » associée au Journal de Spirou, dans lequel étaient publiés les plus grands spécialistes des personnages à gros nez tels que Franquin (Gaston), Will (Tif & Tondu), Peyo (Les Schtroumpfs) ou encore Roba (Boule & Bill). La succession des planches encrées, avant toute colorisation, permet d’approcher au plus près le travail des artistes, d’apprécier la virtuosité graphique autant que la clarté des compositions, le foisonnement des détails autant que l’art de rendre immédiatement lisible une narration par l’image. Cette exposition est l’occasion de voir quelques chefs d’œuvres : une planche spectaculaire d’On a marché sur la lune pour laquelle Hergé fait le choix inhabituel de rompre avec le découpage régulier de la page en strips de tailles égales pour laisser une large place à une vue de la lune approchée par la célèbre fusée à damiers (rappelons que les Belges ont marché sur le satellite naturel de la Terre plus de 16 ans avant les yankees !) ; on découvre avec bonheur la planche schtroumpfement historique des aventures de Johan et Pirlouit de Peyo sur laquelle de petits lutins bleus – promis à un bel avenir – font leur première apparition assez timide ; on peut admirer aussi quelques planches admirables de Jacobs tirées de La marque jaune, dont celle où le personnage d’Olrik fait son entrée en scène ! Brrr… On n’oubliera évidemment pas de se pâmer au passage devant les œuvres de Macherot, Tilleux, Hausman, Comès ou encore Greg, l’attachant père d’Achille Talon.

Cette collection est finalement l’occasion d’explorer tout un imaginaire d’après-guerre très influencé par la culture populaire américaine, entre détectives ombrageux, grosses cylindrées (Ah le Michel Vaillant de Jean Graton…), et fascination pour l’ouest américain (depuis Comanche d’Herman jusqu’à la réjouissante parodie de western que fut Lucky Luke) Un univers devenu étrangement belgo-américain par l’alchimie du 9e art. Un imaginaire touchant et un peu évanescent – amenez vos enfants, ils vous demanderont certainement pourquoi les personnages n’ont pas de smartphones… Le parcours est complété par la projection d’un film dans lequel certains grands noms de la BD (Schuiten, Goossens, etc.) saluent la gloire de leurs illustres pionniers.

Un pèlerinage en terre belge vivement conseillé.

« L’âge d’or de la bande dessinée Belge » – Jusqu’au 4 octobre. Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris (Face au Centre Beaubourg).

Vincent Lambert: Qu’il repose en paix!

309
Vincent Lambert évêques

Vincent Lambert évêques

Dans son édition du 23 juillet, paru quelques heures avant que ne soit connue la décision des médecins du CHU de Reims, le quotidien catholique La Croix écrivait, sous la signature de sa rédactrice en chef Florence Courret : « Dans ce fracas de souffrances et de non-dits, il conviendrait désormais de ne pas ajouter de voix aux voix. D’un bord ou d’un autre. Ne rien exprimer publiquement qui soit de nature à désunir davantage une famille éprouvée, s’interdire de proclamer des convictions, aussi fortes et respectables soient-elles, qui seraient susceptibles de heurter celles des parties prenantes au conflit, à commencer par celles qui animaient Vincent Lambert lui-même. » Même si le commentaire visait « l’après » décision du corps médical attendue pour ce jeudi, on pouvait l’interpréter comme une forme de prise de distance, vis-à-vis du communiqué publié deux jours plus tôt par les évêques de Rhône-Alpes.

En demandant solennellement le maintien en vie de Vincent Lambert, ils entendaient, d’évidence, peser de tout leur poids sur le choix de l’équipe médicale. Ils écrivaient en ce sens : « Dans quelques jours, une décision médicale risque de provoquer délibérément la mort de Vincent Lambert. Il n’est pourtant pas en fin de vie et il ne fait l’objet d’aucun soin disproportionné. » Une manière de se positionner, sans la moindre hésitation et sans excès de nuance, face à une situation pourtant caractérisée par son extrême complexité.

Des positions épiscopales contradictoires. 

Le 12 juin dernier, une semaine après qu’ait été rendue publique la décision de la Cour européenne des Droits de l’homme, validant celle du Conseil d’Etat, Mgr D’Ornellas, responsable des question éthiques au sein de la Conférence des évêques de France, déclarait à La Croix : « Si Vincent Lambert, en prévision d’un éventuel état végétatif, avait clairement exprimé sa volonté de ne pas subir de traitements, en connaissant la distinction entre ceux qui luttent contre la maladie et ceux qui, comme l’hydratation et l’alimentation, correspondent à un besoin naturel, il aurait été juste de respecter cette liberté fondamentale. » Ce texte, dont chaque mot a été pesé, disait tout à la fois que, dans le cas de Vincent Lambert, l’alimentation et l’hydratation constituaient bien « un traitement », ce que contestent aujourd’hui ses frères dans l’épiscopat, et que si la volonté de Vincent Lambert était bien de ne pas subir de traitement, cette volonté s’imposait à tous. Argument que le communiqué préfère ignorer.

La déclaration des évêques de Rhône-Alpes soulève deux questions. La première relative au statut – et à la raison d’être – des commissions rattachées à la Conférence épiscopale. D’évidence, la position des évêques signataires est ici que les conclusions de ces commissions ou les prises de position de ceux qui, en leur nom, les président, sont sans doute utiles pour nourrir la réflexion, mais ne sauraient les engager. Chacun d’eux reste seul « maître à bord »  dans son diocèse, pour promouvoir la sainte doctrine. Ceci est parfaitement conforme à l’état actuel du Code de droit canonique[1. Une situation qui pourrait évoluer à l’avenir, le pape François ayant fait connaître à diverses reprises son intention d’expliciter «un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». (La Joie de l’Evangile & 32)]. Mais cela provoque forcément un certain trouble lorsque des évêques, prétendant avec assurance fonder leur position « en vérité » et « en fidélité » à la parole de Dieu, en arrivent à des options aussi dissemblables voire contradictoires avec celles de leurs « experts », porteurs des mêmes exigences[2. Tout aussi troublant le titre, volontairement dramatisé, retenu pour ce communiqué : « Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se prénomme Vincent ». Ce qui, pour le moins, mérite examen. L’affirmation rappelle celle, tout aussi contestable, longtemps à l’honneur dans les milieux d’Eglise, selon laquelle aucun homme au monde n’aurait jamais autant souffert que Jésus sur la croix.].

La mise en cause de l’autonomie médicale

La seconde question concerne l’autonomie du corps médical. Dans la même interview du 12 juin, Mgr D’Ornellas déclarait : « Ne connaissant pas le dossier médical, je fais confiance au chef de service et aux trois médecins qui, après un minutieux examen de Vincent Lambert, ont remis leur rapport au Conseil d’État. » Par contraste, les signataires se positionnent en défiance face au même corps médical, sans qu’on perçoive bien en quoi ils seraient mieux informés du contenu du dossier médical de Vincent Lambert, et aptes à se prononcer sur le fond.

C’est donc l’autonomie même de la communauté soignante qui semble ici contestée, dès lors qu’elle dérogerait à une certaine morale catholique auréolée d’universalité par le biais de la Loi naturelle. A-t-on mesuré les conséquences d’une telle attitude vis-à-vis du monde de la santé qui reste pourtant, à ce jour, le plus proche de l’éthique prônée par l’Eglise catholique et donc son alliée la plus sûre face à la menace de certaines dérives ? Comment les aumôneries d’hôpitaux pourront-elles, demain, accomplir leur mission, en toute confiance et sérénité, dans un univers médical publiquement suspecté et délégitimé ?

Qui peut parler au nom de Vincent Lambert ?

Le choix finalement retenu par les médecins du CHU de transférer Vincent Lambert dans un autre établissement, prêt à l’accueillir, soulève une ultime question : celle du respect de sa « volonté » et donc de sa liberté. L’hospitaliser ailleurs ne résout en rien le problème. Or il appartient aussi à la société – et pas seulement à sa famille – de veiller à ce que cette volonté soit respectée. En l’absence de certitude absolue[3. Pour Rachel Lambert, son mari Vincent n’aurait jamais voulu vivre ainsi. C’est aussi l’avis de son neveu et de plusieurs frères et sœurs. Mais aucun document écrit ne vient étayer cette affirmation.], cette décision – comme toute autre d’ailleurs ayant pu survenir – sera forcément interprétée comme le résultat d’un rapport de force, devenu enjeu idéologique, dont Vincent Lambert n’aura été, finalement, que l’otage impuissant[4. Au moment où cet article a été mis en ligne j’ignorais les « attendus » de la décision des médecins du CHU de Reims et notamment les menaces dont ils sont l’objet, depuis des mois, de la part de certains milieux catholiques intégristes. Ils renforcent la conviction exprimée dans mon article que ce « dépaysement » ne règle aucun problème de fond, sauf à laisser à une autre équipe médicale le soin d’une xième expertise.]. Rapport de force auquel les évêques de Rhône-Alpes ont choisi d’apporter leur concours.

Dans son éditorial du jour, déjà cité, Florence Courret suggère une attitude : « Opter pour la modestie ; accepter de ne pas avoir un avis tranché et finalement autoriser, dans cette posture de retrait, le retour à un calme relatif, à la paix qui n’aurait jamais dû quitter le lit de Vincent Lambert.» Il est à craindre qu’elle ne soit pas entendue.

*Photo : Wikimedia Commons.

Poutine, la drachme et les lendemains qui chantent

42

Poutine a sauvé l’unité de la zone euro, c’est à Poutine que l’Eurogroupe doit le maintien de la Grèce dans ses rangs – et dans les clous.

Ce ne sont pas là les allégations avinées de quelques piliers de bar eurosceptiques égarés au Cap d’Agde en cette folle saison caniculaire mais « l’information la plus sous-estimée de l’année » selon le quotidien suisse Le Temps.

Avec des yeux que l’on imagine ébahis, le lecteur y apprenait, ce jeudi 23 juillet, ce que le journal hellène To Vima (marqué à droite) considère comme la clé du revirement inattendu d’Alexis Tsipras après le référendum du 5 juillet. Reprenons. Au soir de la victoire du oxi, on a cru assister à un printemps des peuples qui remettrait à sa place Merkel et la Troïka. Un enthousiasme très (trop) rapidement douché par la démission de Yanis Varoufakis, le flamboyant ministre des finances, et l’empressement de Tsipras à accepter les conditions posées par les créanciers pour obtenir un énième plan d’urgence et éviter la faillite, comme le réclamaient depuis le début, précisément, Merkel et la Troïka…

Vladimir Poutine Alexis Tsipras Grèce euro

L’explication, qui ne semble pas être une rumeur infondée puisqu’une vingtaine de parlementaires issus de la droite conservatrice grecque ont exigé des éclaircissements, est la suivante. Depuis son accession au pouvoir, en janvier dernier, Alexis Tsipras aurait eu pour projet de rompre progressivement avec Bruxelles et de se rapprocher de la Russie. Pour ce faire, révèle le média grec, Athènes avait sollicité un prêt de 10 milliards de dollars à la Russie afin de financer un Grexit. En effet, pour pouvoir de nouveau battre monnaie, l’État avait besoin d’importantes réserves dans une monnaie forte et stable. La mise en circulation d’une nouvelle drachme avait été examinée de près par des technocrates et l’idée semble avoir été un secret de polichinelle dans les couloirs du Parlement grec.

Le rêve des artisans du Grexit sauce russe s’est arrêté au moment où celui des europhobes de tous les pays commençait. Le 5 juillet au soir, Poutine a définitivement notifié à Tsipras qu’il refusait de lui accorder le prêt escompté. C’est donc la queue entre les jambes que ce dernier s’est employé dès le lendemain à exécuter son timide plan B: obtempérer.

Que celles et ceux qui ont intérêt à remercier Poutine lèvent la main bien haut.

*Photo : Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA/XAZ132/704021526869/1506191650

Turquie: du double jeu au double front

17
Turquie Etat islamique

Turquie Etat islamique

(Avec AFP) – La Turquie s’est enfin engagée dans la lutte contre l’Etat islamique en menant vendredi son premier raid aérien contre des positions djihadistes en Syrie, quatre jours après un attentat suicide meurtrier attribué à Daech.

Peu avant 4h, trois chasseurs F16 de l’armée de l’air turque ont bombardé en territoire syrien trois objectifs tenus par les djihadistes, mais les autorités turques affirment que les avions n’ont pas passé la frontière. L’opération s’est déroulée dans la zone frontalière qui fait face à la ville turque de Kilis (sud).

Jeudi, des combattants djihadistes avaient ouvert le feu depuis la Syrie sur un poste frontalier de l’armée turque de cette région, tuant un sous-officier et blessant deux soldats, selon l’état-major turc. Des chars turcs ont immédiatement riposté en ouvrant le feu sur une position djihadiste, tuant un de ses combattants et endommageant trois véhicules.

Cette confrontation directe intervient dans la foulée de l’attentat suicide commis lundi à Suruç (sud), qui a fait 32 morts et une centaine de blessés parmi un groupe de jeunes militants de gauche partisans de la cause kurde qui souhaitaient participer à la reconstruction de la ville syrienne de Kobané.

Les autorités ont identifié un jeune Turc de 20 ans, Seyh Abdurrahman Alagöz, comme le « kamikaze ». Selon la presse, il avait effectué un séjour en Syrie dans les rangs de l’EI.

Depuis l’attentat de Suruç, le gouvernement islamo-conservateur d’Ankara, longtemps accusé de complaisance envers l’EI, a clairement renforcé sa lutte contre les djihadistes. Et selon un responsable militaire américain, Ankara a ainsi autorisé les Etats-Unis à utiliser plusieurs de ses bases aériennes, dont celle d’Incirlik (sud), pour mener des raids aériens contre des cibles du groupe Etat islamique en Syrie ou en Irak.

Le feu vert des Turcs, sollicité de longue date par Washington, a été officialisé au lendemain d’un long entretien téléphonique entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et américain Barack Obama.

La Turquie était jusque-là restée l’arme au pied face à l’EI. Elle avait refusé d’intervenir militairement en soutien aux milices kurdes de Syrie, par crainte de voir se constituer une région autonome hostile dans le nord de ce pays.

« La République de Turquie est déterminée à prendre toutes les précautions pour défendre la sécurité nationale », a répété vendredi le bureau du Premier ministre Ahmet Davutoglu, au lendemain d’une nouvelle réunion du gouvernement avec les chefs militaires et des services de sécurité ou de renseignement.

Selon le quotidien Hürriyet citant des responsables turcs, le gouvernement envisage aussi de déployer des dirigeables au-dessus des 900 km de sa frontière syrienne et de doubler celle-ci par un mur afin d’empêcher les mouvements des djihadistes. La Turquie constitue le principal point de passage des recrues djihadistes vers la Syrie.

Turquie guerre Etat islamique

Les autorités turques ont par ailleurs lancé ce matin dans tout le pays un coup de filet sans précédent contre des membres présumés de l’EI. Ce raid a également visé des cibles des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont revendiqué le meurtre de deux policiers mercredi à Ceylanpinar, à la frontière syrienne, en riposte à l’attentat de Suruç.

Selon les services de M. Davutoglu, un total de 251 personnes, toutes soupçonnées d’être « membres d’un groupe terroriste », ont été interpellées et placées en garde à vue dans treize provinces différentes du pays.

Une militante d’extrême gauche a été tuée lors d’une fusillade avec la police dans un quartier d’Istanbul, a rapporté l’agence progouvernementale Anatolie. Elle faisait partie du Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), un groupuscule marxiste auteur de nombreux attentats en Turquie.

L’attentat suicide de Suruç a provoqué la colère de la communauté kurde de Turquie qui reproche au gouvernement islamo-conservateur d’Ankara d’avoir fermé les yeux sur les activités de l’EI sur son sol. Mais Ankara a toujours catégoriquement réfuté les allégations de complaisance avec les groupes extrémistes qui combattent le régime de Damas, sa bête noire.

Jeudi encore, un policier turc a été tué et un autre grièvement blessé par deux hommes masqués dans la grande ville à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est). Les funérailles de la victime de cette attaque, qui n’a pas été revendiquée, ont eu lieu vendredi.

L’attaque du PKK a ravivé les risques de débordement en Turquie de la guerre qui oppose les milices kurdes aux djihadistes sur le sol syrien. Une organisation proche des rebelles kurdes de Turquie a ainsi affirmé sur son site internet avoir tué mardi soir à Istanbul un commerçant présenté comme un membre du groupe EI. « Les meurtriers de Suruç rendront des comptes », a écrit le Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H).

De nombreux manifestants, notamment kurdes, défilent chaque jour dans les villes du pays pour dénoncer la politique syrienne de M. Erdogan. Et le principal parti kurde de Turquie a appelé à un grand rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

*Photo : © Turkey’s Prime Minister Office-AFP Hakan Goktepe
*Infographie : © AFP S.Ramis/T.Saint-Cricq

Un 25 juillet à la station de RER Saint-Michel…

1

(Avec AFP) – Arlette Royer a continué de prendre le train. Mais elle n’a jamais oublié le « grand claquement » de la bombe qui, le 25 juillet 1995 à la station RER Saint-Michel, a fait 8 morts et plus de 150 blessés, premier d’une longue vague d’attentats islamistes en France. C’était il y a 20 ans exactement.

Cette pétillante employée de banque, aujourd’hui âgée de 59 ans, a vécu l’explosion « au ralenti ». Le train de la ligne B du RER entre dans la gare de Saint-Michel lorsque la bonbonne de gaz de camping remplie de poudre noire, d’écrous, de vis et de clous saute. Le Groupe islamique armé (GIA) a frappé.

Le tympan gauche perforé, Arlette parvient à s’extraire du train et monte l’escalier pour fuir cet enfer, avec une seule idée en tête : « Retrouver mes enfants », dit-elle.

Martine Boutros-Lescoat, agent de la RATP, plonge au contraire dans les entrailles de la station. « Ce qui m’a frappée, se souvient cette autoritaire septuagénaire, c’est le silence ». Une épaisse fumée s’échappe du wagon. Asthmatique, Martine préfère battre en retraite pour demander de l’aide. « Je m’en voudrai toute ma vie », confie-t-elle, se disant « hantée ».

Claude Cancès, qui dirige alors la police judiciaire parisienne, arrive en même temps que les secours. De son bureau du 36, quai des Orfèvres, à un jet de pierre de là, il a entendu l’explosion et a « aussitôt pensé à un attentat ».

« Abasourdi », il découvre des passagers gisant sur le quai, certains encore prisonniers du wagon rougeoyant. « Ça m’a rappelé l’accident de train de la gare de Lyon, en 1988 (56 morts), avec les mêmes scènes de corps déchiquetés. L’horreur. »

attentat RER Saint-Michel 1995

A 500 km de là, en vacances à Royan (Charente-Maritime), Annick et Jean-Claude Brocheriou apprennent l’attentat par la radio. « J’ai senti qu’elle était dans ce train », confie Annick. Véronique, leur fille, emprunte quotidiennement cette ligne et a l’habitude de monter en milieu de rame. Le paquet mortel se trouvait sous son siège.

Sortie plus tôt du travail « parce qu’il faisait beau », « elle a été tuée sur le coup », murmure Annick.

L’attentat, commandité par le GIA qui veut punir la France pour son soutien à Alger, est le premier d’une série qui fera au total 12 morts et près de 200 blessés jusqu’en décembre 1996. Claude Cancès se souvient de ces nuits « quand on vous appelle et vous avez peur que ce soit pour un nouvel attentat ».

Les principaux responsables sont aujourd’hui morts ou en prison. L’un d’eux, Smaïn Aït Ali Belkacem, condamné en 2002 à la réclusion à perpétuité, a refait parler de lui à l’occasion des attentats parisiens de janvier : Amédy Coulibaly et l’un des frères Kouachi avaient été arrêtés en 2010, soupçonnés de préparer son évasion.

Les récents attentats « me rappellent cette époque, confie M. Cancès. Avec la différence que les auteurs venaient de l’étranger et repartaient. Aujourd’hui, ce sont des gens implantés en France ».

Le 11 janvier 2015, Arlette, Martine et M. Cancès ont défilé, anonymes parmi les millions de Français, après la mort de 17 personnes dans les attentats des jours précédents. « J’y suis allée par devoir, pour ceux qui n’étaient plus là. Je n’aurais raté ça pour rien au monde », assure Arlette, qui a manifesté à Paris.

Après l’attentat de Saint-Michel, pour « tenter de comprendre », elle s’est lancée dans des études de criminologie. Elle commencera son doctorat l’année prochaine. Son sujet de recherche : la radicalisation des jeunes et des femmes. On suppose qu’il s’agira notamment d’un certain type de radicalisation…

*Photo : © AFP Pierre Boussel

Education: une rentrée à l’œil?

243
Education nationale rentrée 2015

Education nationale rentrée 2015

Les majorités ont beau changer, les idées restent fixes. La preuve, l’Education Nationale poursuit sa croisade contre les planqués de l’été et les adeptes de la bronzette tardive en fixant cette année la rentrée des classes au 31 août. Souvenez-vous, c’était déjà sous Sarkozy le cheval de bataille de Luc Chatel – ex ministre de l’Education et ex VRP de l’Oréal, dit aussi « Le Parfumeur » – dont  le mot d’ordre était, il y a cinq ans, « la reconquête du mois de juin ». Cela plaisait tout autant qu’aujourd’hui à l’opinion publique, chez qui l’idée est décidément bien ancrée que les profs ne travaillent jamais, n’ont jamais à préparer de cours et peuvent ainsi profiter – les odieux ! – des vacances gracieusement offertes par le service public aux infâmes démissionnaires estivaux.

Conséquence du changement de majorité, la nouvelle équipe ministérielle, de gauche, a décidé de se démarquer de ses prédécesseurs, de droite, en attaquant par la face nord l’Everest de la fainéantise que sont les vacances d’été. Il ne s’agit donc plus de reconquête du mois de juin mais cette fois d’annexion du mois d’août. A force de harceler l’ennemi sur deux fronts, l’EducNat espère sans doute que, d’ici une dizaine d’années, les derniers rebelles seront encerclés, enfermés dans le réduit du 15 juillet-15 août, sans plus d’espoir de fuir que les derniers Communards fusillés dos au mur des Fédérés dans le Père Lachaise en 1871. Précisons tout de même que les deux mois d’été de nos chers profs ne sont pas octroyés aux frais de la princesse EducNat. Si le serpent de mer du « salaire de dix mois ré-étalé sur douze » reste un mythe juridique, en ce sens qu’on ne trouve pas trace de cette mesure dans les textes, le fameux « temps libre » des profs se paie au prix fort en France où le salaire moyen du prof moyen est de 15% inférieur à la moyenne des pays de de l’OCDE. Si on tient compte du fait que le temps de travail moyen d’un agrégé est de 41h/semaine et celui d’un certifié de 39h/semaine pour un salaire de 1428 € net /mois pour un certifié et de 1857 € /mois pour un agrégé en début de carrière, on comprend que les jeunes actifs aient tendance à fuir le métier d’enseignant ces temps-ci. Au point d’ailleurs qu’en Lettres et Mathématiques, on cherche toujours des profs : il y avait cette année plus d’admissibles que de postes ouverts au CAPES externe de Lettres Classiques (156 admissibles pour 300 postes en Lettres Classiques, 1708 admissibles pour 1160 postes en Lettres Modernes), l’hémorragie ne fait également que se confirmer en Allemand (493 admissibles pour 340 postes ouverts) et la situation n’est pas bien brillante en mathématiques (1903 admissibles pour 1592 postes). Beaucoup de jeunes diplômés doivent penser qu’ils ont mieux à faire de leurs études que de finir par être payé au lance-pierre et constamment désigné comme le mouton noir de la population active. On les comprend, d’autant qu’à la prochaine rentrée, le ministère envisage de commencer par les faire bosser gratos le premier jour de leur carrière, histoire sans doute de les remercier comme il se doit d’avoir préféré devenir prof que comptable, commercial ou ingénieur.

Comme le rapporte le syndicat enseignant SNALC-FGAF, une circulaire parue le 30 juin dernier précise que les lauréats des concours « seront amenés à être présents dans les écoles et les établissements d’enseignement du second degré le jour de la pré-rentrée, le 31 août 2015, et seront nommés stagiaires le 1er septembre ». Ce qui signifie très clairement que les jeunes enseignants-stagiaires pourront commencer par s’asseoir sur leur premier jour de salaire en entrant dans la carrière. On a déjà vu plus chaleureux comme cadeau de bienvenue. Mais les jeunes stagiaires peuvent se rassurer : ils auront exceptionnellement le droit de faire grève ce jour-là pour rattraper la bévue sans que soit effectuée une retenue sur salaire. Et comme la plupart d’entre eux ne prendront peut-être pas le risque de commencer par faire grève le jour où ils reçoivent leur emploi du temps et rencontrent le reste de l’équipe de leur établissement, ils pourront toujours se consoler en apprenant qu’en cas d’accident le ou la professeur-stagiaire sera protégé « au motif qu’il peut être regardé comme un collaborateur occasionnel du service public ». Votre Excellence est trop bonne, Sa bonté La perdra…

*Photo : Pixabay.

Epilation, piège à cons!

132
Madona #longhairdontcare épilation

Madona #longhairdontcare épilation

« La fille qui tient 12 minutes et 28 secondes sur le pourquoi du comment elle a les aisselles teintes en bleu, rien que ça, ça vaut qu’on en parle ». Libération qui commence un article par cette phrase, rien que ça, ça vaut qu’on en parle. Le sujet de l’article ? Une nouvelle mode apparue sur Internet, qui veut que les jeunes femmes teignent les poils qu’elles ont laissé pousser sous leurs bras. Si l’on se promène sur Tumblr, Twitter ou autres sites un peu branchés, on découvre ainsi des aisselles bleues, roses, vertes ou violettes : « C’est joli, c’est tendance et ce serait même militant selon certaines », nous dit Libération.

Alors que la plupart des femmes qui ne vivent pas dans une grotte s’épilent les aisselles, des jeunes filles ont donc choisi de laisser pousser leurs poils, de les teindre, de se prendre en photo avec (un « aisselle-fie », hihi) et de s’afficher ainsi sur les réseaux sociaux. Dans les commentaires, ces demoiselles expriment la grande fierté qu’elles éprouvent à défier l’ordre établi : « Va te faire foutre la société. Va. Te. Faire. Foutre. » Ou encore : « Je défie les autres pour qu’ils repensent les standards de beauté ridicules et se libèrent des attentes de la société. »

C’est bien connu, la méchante société ne saurait en effet accepter que des jeunes filles disposent librement de leur pilosité, sous peine de lapidation ou au moins de tonte publique. Le mouvement de résistance est donc soutenu par de grandes rebelles devant l’éternel. Après Cameron Diaz, ce sont Madonna et Miley Cyrus – des militantes de l’ombre risquant chaque jour leur peau de pêche dans une lutte acharnée contre le patriarcat – qui ont lancé héroïquement le hashtag : #longhairdontcare (#poilslongsjmenfous).

L’élégante Miley Cyrus s’est d’ailleurs elle-même mise à la teinture sur poils. « Génie créatif, engagement féministe, art de la provocation ou simple folie ? » se demande Purebreak magazine, qui a dû en fumer de la bien pure. Heureusement qu’au XXIe siècle, le ridicule ne tue pas plus que l’épilation au laser.

Il faudra aussi qu’on m’explique en quoi imiter des stars du show-business est un acte militant. Comme toujours, on obéit à de nouvelles imprécations qui ne font que remplacer les anciennes. Foin de rébellion, c’est l’occasion de se gargariser à peu de frais et de s’offrir son quart d’heure de gloire sur smartphone.

Mais le paradoxe ultime de cette histoire, c’est qu’aujourd’hui les hommes, eux, sont encouragés… à s’épiler. Une publicité de Narta récente « illustre de façon amusante et décalée le sujet délicat de la repousse des poils », nous explique-t-on. Résumé : une danseuse est avec deux hommes et, au moment où elle s’apprête à se lancer dans les bras de l’un, elle aperçoit ses aisselles couvertes de poils figurés par deux petits singes. La fille, écœurée, se tourne alors vers l’autre, qui a les bras bien lisses.

Alors quoi ? La forêt bien propre et colorée des aisselles féministes cacherait-elle le rasoir masculin ? La société veut-elle la peau du poil mâle ? S’agirait-il d’un complot matriarcal ? Les hommes doivent-ils résister et afficher eux aussi leurs jolis poils bien taillés et colorés pour se défendre contre cette odieuse injustice ?

Ce n’est peut-être pas la peine… Car il existe une explication beaucoup plus simple : La mode de la barbe a mis les producteurs de rasoirs en faillite, et si les femmes se mettent elles aussi à se laisser pousser les poils sous les bras, il faudra bien que Gillette vende des rasoirs à quelqu’un. Le phénomène est bien connu en économie : un marché en remplace un autre. Du coup, en l’espèce, on aboutit à une redistribution arithmétique des poils.

Pour appuyer sa stratégie de vente, Gillette (« La perfection au masculin ») a même commandé une étude prouvant que l’épilation diminue les odeurs corporelles de 57% (intéressant, ça, le calcul des odeurs corporelles en pourcentage…). Résultat : Pendant que les femmes luttent pour leur liberté d’expression pileuse, ce sont les hommes qui sont sommés de couper ce qu’elles laissent pousser. Le capital est parfois subtil.

*Photo : Instagram.com

Les Guignols en crypté: la stratégie comique de Canal+

54
Les Guignols Canal+

Les Guignols Canal+

(Avec AFP) – On apprend aujourd’hui que « Les Guignols de l’info », l’une des émissions phares de Canal+ avec « Le Journal du Hard » et « Canal Football Club », ne sera plus diffusée en clair mais vers 20h50 seulement. En crypté, donc.

S’exprimant dans une interview au quotidien Le Figaro, le directeur général du groupe Maxime Saada a expliqué que ce changement avait pour objectif de « donner plus de valeur aux abonnements ».

Il est vrai que le porno et le cinéma, à l’heure de l’Internet mondial d’un simple clic, ça eût payé. Problème : pour continuer à voir les Guignols « en clair », il suffira désormais de se connecter à Dailymotion.

« Nous considérons que c’est une pépite et nous voulons donc développer son exposition. Il n’a jamais été question de les faire disparaître », a expliqué à ce sujet Maxime Saada au Figaro, visiblement pas à une contradiction près.

En attendant de savoir si certains gogos seraient prêts à s’abonner pour regarder une émission visible gratuitement sur n’importe quel écran, rassurons les fans : l’émission phare de la chaîne conservera son budget de 17 millions d’euros.

Le sort des célèbres marionnettes avait suscité une forte mobilisation sur les réseaux sociaux et dans la classe politique. Jusqu’au président François Hollande qui avait rappelé que « la caricature, ça fait partie du patrimoine ».

M. Saada a également annoncé qu’Antoine de Caunes qui quitte « Le Grand Journal » – la plus célèbre émission en clair de Canal+ – passerait lui aussi du côté crypté de la force. A partir du mois d’octobre, il présentera un show en deuxième partie de soirée.

« Nous allons construire une émission autour de lui, un pur produit de divertissement qui sera produit en interne », a précisé le responsable de la chaîne. Encore un truc pour valoriser les abonnements, sans doute…

Les audiences du « Grand Journal » sont en chute libre depuis deux ans : le talk-show qui comptait 1,5 million d’auditeurs en 2013-2014 est tombé à 1,2 million de téléspectateurs au début de cette saison, puis sous la barre du million de téléspectateurs.

« Pour faire la différence, Canal+ doit renforcer ses piliers éditoriaux qui sont le cinéma, le sport, la création originale, et en ajouter un nouveau : les émissions de divertissement », a-t-il encore déclaré.

C’est vrai que de Clara Morgane à Yann Barthès, en passant par Pierre Ménès, la chaîne avait sans doute fini par prendre un ton un peu trop intello. Ravis de tirer un trait sur cette époque austère, les téléspectateurs apprécieront que Canal+ fassent désormais dans la légèreté !

*Photo : Flickr.com

Nucléaire iranien: un accord à haut risque

72
accord nucléaire Iran Israël

accord nucléaire Iran Israël

Le 21 octobre 1994, les Etats-Unis signaient un accord cadre avec la Corée du Nord devant permettre l’arrêt immédiat de la recherche nucléaire nord-coréenne à des fins militaires. Cet accord était, selon Bill Clinton, « bon pour les Etats-Unis, bon pour nos alliés et bon pour la sécurité du monde entier ». Il ne s’agissait pas d’un accord reposant « sur la confiance » car sa « conformité serait certifiée par l’Agence internationale de l’énergie atomique ».

Moins de dix ans plus tard, la Corée du Nord dénonçait l’accord cadre. En 2006, elle procédait à l’explosion de sa première bombe atomique. A ce jour, la Corée du Nord compterait une trentaine d’ogives nucléaires.

Comparaison n’est pas raison. D’accord. Mais tout de même.

Le 14 juillet 2015, Barak Obama déclarait prétentieusement « nous avons mis fin à la prolifération de l’arme nucléaire dans la région » assurant que « cet accord n’est pas basé sur la confiance mais sur la vérification ». Et comme si cela ne suffisait pas à rassurer les sceptiques échaudés par les – déjà nombreuses – tricheries et manipulations du régime des Mollahs, le Président iranien déclarait, quant à lui, que « l’Iran ne cherchera jamais à avoir l’arme nucléaire ». Si la situation n’était pas aussi grave, on en rirait presque.

Et il y a de quoi. La semaine dernière, l’Ayatollah Khamenei précisait qu’il faudrait continuer à lutter contre les Etats-Unis même en cas d’accord sur le nucléaire. Quant au sémillant Président Rohani – dont le monde entier loue la modération – ce dernier a conduit la manifestation annuelle de la « Journée de Al Qods », une véritable marche de la haine au cours de laquelle les manifestants criaient « mort aux Etats-Unis », « mort à Israël » et brulaient des drapeaux américains et israéliens. Rien de bien original en somme, mais quelle modération et quel signe de bonne volonté de la part des dirigeants iraniens au beau milieu des négociations… Le 12 juillet dernier, en prévision de l’accord alors acquis à 90%, le même Président Rohani signait un décret interdisant toute visite et tout accès à un site militaire. Ça promet.

Ne rêvons pas, la signature de cet accord ne changera pas la nature du régime iranien, mais permettra en revanche à ce dernier de récupérer environ 150 milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger (la prime à la signature) et de continuer, avec plus de facilité encore, à financer les mouvements terroristes, type Hezbollah, Hamas et autres mouvements rebelles chiites Houthis au Yémen. Autant dire que cet accord va aider à stabiliser la région…

Les sanctions internationales seront levées progressivement dès le premier semestre 2016. Mais en contrepartie de quoi exactement ?

Les obligations imposées à l’Iran seront les suivantes : diminuer ses capacités d’enrichissement d’uranium des deux tiers, réduire le stock d’uranium enrichi détenu sur son territoire de 6000 kg à 300 kg ainsi que le nombre de centrifugeuses, et modifier le réacteur de la centrale d’Arak pour limiter sa capacité de production de plutonium. C’est bien.

Problème : le mécanisme de vérification des sites nucléaires, notamment et surtout militaires, ne permet pas de s’assurer que l’Iran respecte ses engagements. Les visites inopinées ne sont pas autorisées mais les inspecteurs auront la possibilité de se rendre sur les sites de production s’ils disposent d’éléments leur permettant de penser que des activités nucléaires non déclarées seraient en cours. Et encore, l’Iran pourra alors s’y opposer, et il faudra un vote à l’unanimité d’une commission internationale pour forcer la visite, ce qui laissera d’autant plus de temps aux Iraniens pour faire disparaître ce qu’il y a de gênant. D’autant que la Russie et la Chine – alliés assumés de l’Iran – feront partie de cette commission. Les Mollahs peuvent dormir tranquilles.

Enfin, et si tant est que ces visites de vérification aient lieu, gardons à l’esprit l’efficacité toute relative des contrôles des organisations internationales. Pour mémoire, le démantèlement du programme syrien d’armes chimiques placé sous la responsabilité de l’OIAC avait débuté en septembre 2013 pour prendre fin le 30 juin 2014. En mai 2015 pourtant, le régime de Bachar el-Assad était responsable d’une nouvelle attaque au chlore sans que cela n’émeuve trop les progressistes de tout poil. On comprend mieux le sourire béat de Mohammad Zarif, le ministre des affaires étrangères iranien, à la terrasse du Palais Cobourg.

Les optimistes, les naïfs et les idiots auront tôt fait de rappeler que la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient à ce jour est Israël, et qu’il n’y a pas de raison qu’elle soit la seule. On objectera qu’Israël est aussi la seule démocratie du Moyen-Orient, et que si elle existe encore aujourd’hui c’est peut-être bien parce qu’elle est la seule puissance régionale à être dotée de l’arme nucléaire. On ajoutera qu’Israël ne finance ni ne promeut le terrorisme, ne répète pas à qui veut l’entendre qu’elle souhaite rayer ses voisins de la surface du globe et propose même – quel culot ! – son aide à l’Iran quand des séismes y font plusieurs milliers de morts (notamment en 2003, 2012 et 2013).

Alors oui, les Israéliens ont des raisons légitimes de s’inquiéter. Et le reste du monde ferait bien de s’inquiéter aussi un petit peu. Car en dépit des commentaires les plus nombreux, cet accord repose bien sur la confiance que l’on peut accorder à l’Iran, c’est-à-dire à un régime qui soutient financièrement et militairement Bachar el-Assad, le Hezbollah et le Hamas, commandite des attentats un peu partout dans le monde – Buenos Aires en 1994, Liban en 2005 (l’assassinat de Rafic Hariri), Europe en 2012 (Bourgas) et 2015 (Chypre) pour n’en citer que quelques-uns –, réprime les manifestations dans le sang, emprisonne les journalistes et exécute les opposants politiques.

La perspective que ce régime-là obtienne la bombe atomique peut à juste titre chagriner les Israéliens et le reste de la région. Il faudra redoubler de vigilance et espérer que l’Iran saisisse cette chance pour en faire profiter son peuple plutôt que pour nourrir ses visées expansionnistes. Car c’est un pari bien risqué qu’ont fait les 5 +1. Mais c’est toujours plus facile quand on n’est pas le premier visé.

*Photo : SIPANY/SIPA/sipausa.sipausa_15638785/1507230311