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En Belgique, des cours d’Histoire adaptés aux origines des élèves?

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catherine moureaux belgique islam
Wikipedia.

Depuis  les attentats islamistes qui ont ensanglanté la France et la figure de style « zemmourienne » proposant de la « bombarder », plus personne n’ignore l’existence de la commune de Molenbeek. Elle fut décrite dans la presse comme « chamarrée » et « multiculturelle », ce qui est assez surprenant puisqu’elle est au contraire une des plus homogènes de la région bruxelloise. Et si homogénéité il y a, elle s’est faite sous l’étendard d’Allah qui y est grand, grâce au pseudo laïque mais anticlérical rabique que le monde entier ne nous envie pas : Philippe Moureaux. Adulé par les fondamentalistes musulmans, grand mufti du PS, ancien ministre et professeur d’Histoire, Philippe Moureaux a deux filles de sa première épouse, elle aussi ponte du PS,  dont l’une, Catherine, marche sur les traces de papa.

Députée PS, Catherine Moureaux a rejoint ce même parti à Molenbeek, bien qu’elle soit originaire de la très huppée commune d’Uccle.  Alignant le plus souvent des niaiseries que même le plus attardé des soixante-huitards jugerait pénibles à force d’idéologie baveuse, la jeune héritière s’est illustrée il y a peu. Catherine Moureaux, a suçoté son Bic, consulté le plafond, froncé les sourcils et trouvé la bonne idée :  des cours d’Histoire personnalisés !

Ça fait « peuple » et même « nation », donc exclusif

Il n’y a rien de vraiment neuf : depuis la Révolution française, et même avant, ceux-ci sont trafiqués, instrumentalisés afin d’ensemencer les jeunes cerveaux dans le sens de la doxa du moment. Mais, reconnaissons-le, même falsifié, le cours d’Histoire constituait un « roman national », fait d’heures glorieuses et de défaites, outrageantes mais provisoires. Cela avait l’avantage de souder une nation autours de mythes ou de réalités factuelles et de donner aux enfants immigrés l’envie et la fierté de rejoindre ce superbe troupeau. Depuis peu, la tendance allait plutôt à la repentance et à la honte, nous étions les descendants piteux d’horribles colonialistes ou d’immondes esclavagistes. Soit ! Mais enfin, c’était « nous ». Nous tous qui portions le fardeau de la culpabilité, nous tous qui allions à Canossa, nous tous qui, depuis nos ancêtres les Gaulois jusqu’à la guerre d’Algérie, partagions la croix du genre humain, nous tous qui nous vautrions dans le narcissisme du conquérant haïssable.
Mais ce « nous tous », ça fait « peuple », et même « nation », donc exclusif, a pensé Mlle Moureaux. En un mot, discriminatoire. Mais si ! Adieu donc ces cours d’Histoire !

Frétillant à la pensée de tenir l’idée du siècle comme Archimède sortant de son bain, elle se rua vers l’hémicycle pour annoncer son intention d’instaurer des cours d’Histoire adaptés, c’est-à-dire des cours d’Histoire construits en fonction de l’origine des « apprenants ».  A l’instar des tribunaux médiévaux qui, jusqu’à ce que Saint-Louis harmonise tout cela sous son chêne, demandaient au prévenu « Quelle est ta loi ? » et jugeaient en fonction,  les profs d’Histoire demanderaient à chacun « Quelle est ton origine ? » et dispenseraient leur savoir à la carte. Voilà un projet fascinant. Comme ces tribunaux « sharia » pour les différends conjugaux entre musulmans qui s’implantent tout doucement à Londres.

Elle rétropédale, mais le ver est dans le fruit

Malheureusement, les nations, si honnies depuis la dernière guerre mondiale, le peuple, devenu nauséabond depuis qu’il s’exprime, n’ont pas loupé l’occasion de la ridiculiser, elle et son projet. Non contents d’avoir tressé les lauriers de la victoire de Trump ou de Fillon, les réseaux sociaux ont dénoncé cette nouvelle ineptie.

Elle aura beau crier à la démagogie, la pleutrerie , la bêtise, le principe est toujours le même: on lance un ballon d’essai, fut-il outrancier, on rétro-pédale, mais le ver est dans le fruit.

Face au tollé, Mademoiselle Moureaux a en effet décrété qu’on l’avait mal comprise, qu’elle parlait simplement d’étudier l’Histoire des colonisations sous un autre angle d’attaque. Pardon Mademoiselle, scripta manent ! « Il serait intéressant de ne pas perdre cet élément [le devoir de mémoire de diverses autres personnes ou communautés] de vue, d’autant que certains publics scolaires pourraient trouver pertinent de remonter la trace d’autres faits […] ». Sans compter que vous prônez sur votre site la recherche identitaire et la prise de conscience des racines. Le simple fait que vous parliez sans cesse de l’enseignement du colonialisme en lieu et place de l’enseignement des colonisations est déjà très révélateur…

La digne héritière de son père

Cas typique de rétropédalage. Mais le mal est fait ! Digne héritière de votre père, fossoyeur en chef de tout ce qui peut paraître un poil conservateur, vous avez fissuré un des derniers piliers d’une nation dont l’unité a déjà beaucoup morflé. La lézarde s’agrandira, soyez-en convaincue. Comme pour le port du voile, les cantines hallal ou l’interdiction de fumer dans les troquets, on pense toujours que c’est tellement énorme et tellement idiot que ça ne passera jamais. Et pourtant !

Je vois comme un léger obstacle à votre inventif projet… Dans la foulée de la loi éponyme de votre papa – qui condamne le « racisme », « l’antisémitisme » et « la xénophobie » – les statistiques ethniques ont été interdites en Belgique. Comment vous y prendriez-vous donc pour déterminer quelle histoire enseigner à l’un ou à l’autre ? Quel sera votre critère ? Le nom de famille ? La couleur de la peau ? Un test ADN ? Raciste, va !

Votre esprit formaté n’a pas compris que les idées qui sous-tendent vos conneries sont une forme particulièrement perverse d’oppression : l’assignation à résidence identitaire. Combien de générations faudra-t-il pour qu’une personne puisse s’émanciper de ses origines et adhérer, librement, à une communauté nationale dont elle ferait siennes les racines parce qu’elle ferait sien le destin ?

L’Alt-Right, les petits blancs du président Trump

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Donald Trump et Steve Bannon à Gettysburg, octobre 2016. SIPA. AP21966313_000037

Dans une salle de conférences à l’ambiance survoltée, un orateur frisant la quarantaine fustige violemment ce qu’il appelle la « Lügenpress », une vieille expression allemande signifiant « presse mensongère », devant un parterre majoritairement masculin d’à peu près 200 jeunes gens au poil ras et à la nuque bien dégagée. Il n’en faut pas plus pour que des bras se lèvent dans la foule pour acclamer celui qui, à la tribune, s’exclame en hurlant : « Hail our people ! Hail victory ! ». Malgré les apparences, nous ne sommes pas à un meeting du NSDAP dans les années 20 et l’orateur n’est pas Adolf Hitler. Nous ne sommes pas non plus dans une scène de la série uchronique américaine Le Maître du Haut Château inspiré du roman éponyme de Philip K. Dick, lequel décrit une Amérique nazifiée après la victoire de l’Allemagne en 1945.

La scène se passe le 19 novembre dernier à Washington aux Etats Unis. A quelques centaines de mètres de la Maison-Blanche, lors d’un colloque du National Policy Institute, think tank ultra-conservateur. L’orateur en question est Richard B. Spencer, 38 ans, soutien inconditionnel de Trump et figure centrale du mouvement politique Alt-Right  (pour « Alternative Right »). C’est d’ailleurs lui qui a baptisé ce mouvement. Née en 2008 sous la présidence de George W. Bush, dans le sillage de forums internet comme 4chan, l’Alt-Right est un courant protéiforme qui a su prospérer sur la défiance du public américain vis-à-vis des médias traditionnels et le développement du conspirationnisme. Même si elle a été récemment désavouée par Trump, eu égard à la présence de suprématistes blancs dans ses rangs, l’Alt-Right a néanmoins le vent en poupe depuis son élection.

Au nom de la défense de la « race blanche »

Preuve en est la très parlante nomination de Steve Bannon, 62 ans, au poste de chef de la stratégie et haut-conseiller à la Maison-Blanche. Même s’il s’en défend aujourd’hui, ce dernier est un éminent représentant du mouvement puisqu’il a dirigé le très conservateur site d’information Breitbart News, principal organe de presse de l’Alt-Right, de 2012 à 2016. Ancien officier, Steve Bannon n’a pourtant pas toujours été un « outsider » : il est diplômé d’Harvard et a notamment travaillé pour la banque Goldman Sachs. Après avoir revendu son entreprise Bannon & Co à la Société Générale, il s’est lancé dans la réalisation ou la production de documentaires, des films politiques notamment, comme In the face of Evil (film sur Ronald Reagan sorti en 2004), Battle for America (consacré au mouvement Tea Party) ou The Undefeated (document hagiographique à la gloire de Sarah Palin).

L’autre figure majeure de l’Alt-Right, c’est Jared Taylor, 65 ans. L’idéologue identitaire est un ancien journaliste et dirige encore le magazine qu’il a créé, American Renaissance. Né à Kobe au Japon, ce fils de missionnaires chrétiens est un vétéran de l’extrême-droite américaine et soutient officiellement Donald Trump. Au nom de la défense de la « race blanche ». Il a récemment été interviewé par l’Obs qui a profité de sa venue à Paris pour la sortie en France de son essai L’Amérique de la diversité : Du mythe à la réalité.

Donald Trump, figure providentielle

Une autre plume compose les rangs de l’Alt-Right: l’entrepreneur britannique d’origine grecque Milo Yiannopoulos, 33 ans. Connu pour ses tribunes provocatrices sur le site Breibart News, il a aussi orchestré une campagne de dénigrement de l’actrice noire américaine Leslie Jones sur Twitter au moment de la sortie du film Ghostbusters 3.

L’Alt-Right est un ensemble hétéroclite, un composé de personnalités contrastées dont le seul point commun semble être la haine de l’establishment du parti républicain et de ceux qu’ils appellent les « cuckservatives » (conservateurs cocus). En dépit de son nom, l’Alt-Right n’est pas une nouvelle droite, comme celle incarnée en France par Alain De Benoist. Elle s’apparente plutôt à un fourre-tout idéologique fait d’ultra-libéraux, de populistes, de suprématistes blancs et même de libertariens, rassemblés sous la bannière de la défense des classes moyennes blanches.

L’Alt-Right n’est d’ailleurs peut-être pas si « alternative » qu’elle le prétend: les idées qu’elle véhicule sont très proches de celles des paléo-conservateurs, cette vieille droite américaine traditionnellement opposée aux « neocons ». L’Alt-Right fait figure de paléo-conservatisme de l’ère numérique. Elle intéresse les jeunes âgés de 25 à 30 ans, la génération Facebook, plus adepte du « trollisme » sur Internet que d’un militantisme sérieux. En témoigne notamment leur affection pour les « mèmes », ces images humoristiques très présentes sur les forums. Celle de la grenouille « Pepe the frog » est devenue la mascotte des pro-Trump. Nationalistes blancs en culottes courtes, les partisans de l’Alt Right sont des geeks. Ils idolâtrent la virilité du milliardaire Trump dans lequel ils voient une figure providentielle et se pâment pour la beauté de leurs icônes féminines, comme la chanteuse blonde Taylor Swift ou notre Marion Maréchal Le Pen nationale.

Volontiers provocatrice, insuffisamment structurée mais assez moderne pour avoir compris l’utilité des réseaux sociaux dans la guerre de l’information, l’Alt-Right a su créer un climat favorable à l’élection de Donald Trump.

France Inter: les auditeurs ont la parole, personne n’écoute

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Les trois singes de la sagesse, au Japon. MichaelMaggs, Wikimedia.

On a rarement l’occasion d’assister à un moment de révélation, un instant où tout devient clair. Je n’ai pas eu cette chance mais, hier, la matinale de France Inter m’a offert l’occasion de comprendre quelque chose de très profond.

Hier matin, les invités de Patrick Cohen étaient les deux « jeunes » maires Républicains, Gérald Darmanin de Tourcoing et Edouard Philippe du Havre. Vae victis ! Le premier, soutien de Nicolas Sarkozy rallié à François Fillon et le second, proche d’Alain Juppé, n’ont pas eu droit, contrairement à leurs camarades Fillonistes de souche, à la grasse mat. Et même s’ils n’ont pas fait la vente, c’est eux qui ont fait le SAV. Comme d’habitude, le créneau 08h30 – 09h00, entre la revue de presse et le comique du jour, est réservé aux coups de fil des auditeurs. Vers 08h45, Patrick Cohen a annoncé : « Annie nous appelle du Puy de Dôme ». L’auditrice, une retraitée polie et sympathique, déroule sa question. « Ce qui m’inquiète par-dessus-tout, bien qu’il y ait plusieurs motifs d’inquiétude, c’est la santé : comment peut-on la mettre entre les mains d’assurances privées ? » Jusque-là, tout va bien. La santé est devenue, vers la fin de la campagne, l’un des sujets majeurs des primaires et les idées de Fillon, aussi radicales que floues, ont suscité quelques inquiétudes. Le principal concerné s’en est rendu compte et s’emploie, depuis dimanche, à désamorcer la polémique.

Mais rien, ni cette voix de mamie d’Annie, sympathique et bienveillante, ni le sujet, ne nous ont préparés à la suite. Avec sa voix douce, Annie a lâché une bombe. « Je comprends bien les vraies raisons », a poursuivi, sans changer de ton, la retraitée du Puy-de-Dôme, « notamment en pensant à la proximité qu’il y a entre Monsieur Fillon et le PDG d’Axa. » Et nous avons entendu la même petite musique que sous Sarkozy : « Ça avait déjà été évoqué, et on avait fait le même parallèle avec un de ses frères qui était à la tête d’une assurance privée. » Caramba ! Derrière la petite question de la retraitée, c’est tout un abîme politique qui se dévoile. Mais pour Annie, rien de plus normal : affirmer une telle énormité, c’est comme si elle parlait du temps qu’il fait en Auvergne. Elle continue, comme si de rien n’était, à poser tranquillement sa question : « Vers quel régime allons-nous ? Personnellement à la retraite, je laisse déjà une somme très importante sur ma mutuelle et sur une complémentaire. Alors, je m’inquiète pour les générations à venir ; c’est très préoccupant ;  j’ai l’impression que nous nous dirigeons vers un système, disons à l’américaine. »

J’ai retenu mon souffle. Comment allaient-ils répondre ? La petite dame venait à peu près de dire « vous êtes tous pourris ». Elle a carrément déclaré que Fillon ne s’intéressait pas à la France parce qu’il touchait de l’argent et que, bien évidemment, tout le monde le savait. Ah oui, bien sûr, avec l’autre, Sarkozy, c’était pareil : il faisait des réformes pour que son frère gagne du fric. Énorme !

Les jeunes élus, « aussi sourds que leurs aînés »

Dans le studio personne ne relève. Gérald Darmanin donne le ton : il ignore totalement la radicalité de la question d’Annie. « Je comprends votre position, d’autant plus qu’elle implique tous les français », répond-il comme si on ne venait pas d’affirmer que François Fillon roulait pour Axa. « Il faut faire attention à ne pas caricaturer les choses » continue le maire de Tourcoing en enfilant les lieux communs dans le plus pur style de l’« homme politique à l’écoute des Françaises et des Français ». Il a même casé la référence au Général de Gaulle dans le premier paragraphe de sa réponse («Il faudrait dire à Annie que la droite a fondé notre système social, avec le général de Gaulle »). Chapeau l’artiste !

Avec Edouard Philippe, ça a l’air de bien commencer : « C’est un des points les plus sensibles de cette élection ; et ce qui me frappe, ce n’est pas seulement la question que vous avez posée, mais c’est aussi le ton avec lequel vous l’avez posée. » A-t-il décidé de mettre les pieds dans le plat et de répondre à la dérangeante question d’Annie ? Le suspense n’a pas duré longtemps… « Clairement, j’entends de l’inquiétude ; une vraie inquiétude de quelqu’un qui se demande : comment je vais faire pour financer mes soins ? La peur du déclassement individuel, et aussi collectif. Et sur ces points, François Fillon va devoir rassurer ; et convaincre que la solution qu’il propose est la bonne. Et ça, c’est le grand sujet de la campagne. »  Blablabla…

Un pour tous ? « Tout pourris » !

Les deux jeunes élus promis à un grand avenir national sont donc aussi sourds que leurs aînés. Si Annie est inquiète, ce n’est pas vraiment de devoir débourser plus pour se soigner. Elle est inquiète parce qu’elle a l’intime conviction que ceux qui dirigent le pays n’en ont rien à cirer ni d’elle ni des autres Français car ils sont « là-haut » pour une seule raison : s’en mettre plein les poches. Elle l’a pourtant dit clairement : selon elle, François Fillon va réformer la Sécu pour enrichir son ami PDG d’Axa et ensuite s’enrichir lui aussi.  On peut parier que quand Annie fait ses courses ou discute avec ses amies autour d’un thé, on ne parle pas longtemps de la réforme de la santé, ni des deux points de TVA ou du soutien à la croissance par le levier de l’offre. Dans ces échanges, très vite, et peu importe par quelle porte on entre (santé, retraites, logements, chômage..), un consensus s‘installe : « nous sommes entre les mains de vendus ».

Voilà ce qui travaille le pays, la source d’une défiance profonde à l’égard du Politique et non pas envers telle ou telle politique. La méfiance est telle qu’elle mine toute légitimité. Pour utiliser une métaphore médicale, la question des honoraires importe peu si beaucoup des patients pensent que les médecins achètent leurs diplômes et roulent pour les sociétés pharmaceutiques. Et si c’est le cas, pas la peine de disserter sur le niveau et le délai des remboursements.

Effectivement, si l’enjeu des élections est de départager des candidats qui tous souhaitent s’enrichir en roulant pour les multinationales et la finance, la régularité de la procédure, la qualité du débat ou l’efficacité des mesures proposées n’ont aucune incidence sur la confiance des citoyens dans leurs élus nationaux. Voilà une piste pour ceux qui souhaitent comprendre ce qu’est « le système » : simplement le nom qu’ont donné les « outsiders » à tous ceux que la loi autorise à les piller.

Le libéralisme contre la connivence des élites

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Alain Juppé et Hillary Clinton à Washington, juin 2016. SIPA. AP21055672_000001

Le monde est choqué, a la nausée. Celui des médias, le mondialisé, celui pour qui les fins de mois se tiennent encore. Ce monde-là n’a rien vu venir. Et vous étonner de leur étonnement ou condamner ceux qui contestent le résultat de l’élection vous rendrait presque complice de celui que certains ont présenté comme le successeur d’Hitler…

Il y a trois semaines, aux Etats-Unis, la majorité silencieuse a gagné. Elle a trouvé en la personne de Trump le moyen d’exprimer avec force, colère et frustration. Elle n’a pas tout cassé, elle a utilisé le vote pour élire un candidat anti système, dans le respect des règles établies. C’est un cri : elle veut que ça change.

Vous êtes bien lotis et vous redoutez un retour aux heures les plus sombres ? Ne vous payez pas de mots : le vivre-ensemble ne va pas de soi et se contenter de manifester son effroi ou son dégoût sur Facebook n’a aucun sens puisqu’ainsi vous le menacez. Oui c’est curieux mais l’empathie fonctionne mieux que le mépris pour vivre ensemble. En exprimant votre consternation, vous niez une fois encore leur souffrance et creusez un peu plus le fossé entre eux et vous.

Trump est la conséquence d’un système en faillite, pas sa cause

Faites l’effort de comprendre la souffrance des votants. Éprouvez leur détresse, mettez-vous à leur place, écoutez-les. La mondialisation crée de la richesse mais tellement de laissés pour compte. Leurs rangs grossissent, leurs inquiétudes aussi quand ils réalisent que la société pourrait très bien tourner sans eux.

Cette fois, un homme a compris leur désarroi s’est adressé à eux avec fracas, promettant un bon coup de balais et faisant fi du politiquement correct. Comment être un candidat anti système quand on en est issu ? En se faisant rejeter à son tour. Il a orchestré ses sorties scandaleuses, encaissé les coups, bravé les condamnations outrées de l’establishment et renforcé sa proximité avec les exclus.

Trump est la conséquence d’un système en faillite et non sa cause. Bien sûr, ses outrances sont choquantes mais la vraie menace pour nos démocraties n’est-elle pas la connivence des élites ? La faiblesse des contre-pouvoirs actuels, les affaires à demi étouffées, le soutien quasi unanime de la presse et de l’establishment à l’égard de sa rivale sont une réalité.

Qui mieux qu’Hillary Clinton incarne cette faillite du système ? En un chiffre, son bilan parle elle: 46,5 millions d’Américains dépendent de tickets de rationnement pour se nourrir.

La connivence des élites, c’est ce que combat le libéralisme

Sur le plan intérieur, les banques ont fait preuve d’un cynisme absolu à l’égard du peuple lors de la crise des « subprimes » mais sont parvenues à un accord financier plutôt que d’avoir à rendre des comptes. En Islande, les banquiers et les dirigeants qui ont failli ont fini en prison. Aux Etats-Unis, ça s’est soldé par un chèque. Résultat : les états s’endettent, les banques sont sauvées… Et c’est reparti pour un tour !

Depuis 2008, on a gagné du temps mais l’économie mondiale reste dans une impasse: Trump ou pas, les années à venir risquent d’être agitées.

Les démocraties occidentales sont malades. La légitimité des élus est inversement proportionnelle à l’abstentionnisme qui ne fait que monter. Le clientélisme électoral, ce cancer démocratique, permet aux élites de se maintenir. Si l’addition d’intérêts particuliers fait parfois l’élection, elle ne fait pas l’intérêt général.

Trump a mobilisé les laissés pour compte de la mondialisation et les classes moyennes qui financent un système qui ne leur profite plus. Ces gens-là chérissent leur liberté. Ils veulent un boulot, plutôt qu’un revenu universel, et un Etat fort qui les protège sans pour autant se mêler de tout. Trump est revenu à l’esprit du libéralisme pour disqualifier le système actuel: pourquoi donner plus de pouvoirs à un Etat qui déciderait seul de ceux qui profitent de ses largesses ?

La connivence des élites est un problème. C’est précisément ce que combat le libéralisme et ce que dénonce le peuple en votant contre les Démocrates américains ou les bureaucrates de Bruxelles.

On additionne les dénis de démocratie

Un individu dont la subsistance dépend d’un revenu universel versé par l’Etat n’est pas libre. Il vit au dépend de celui qui le nourrit et serait donc asservi. L’Etat aimerait aider le peuple mais cet « imbécile » ne comprend rien et préfère rester libre.

En Europe, la majorité des électeurs veut retrouver la maîtrise de son destin et considère qu’une mondialisation excessive génère plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ce souhait est exprimé dans les urnes depuis 10 ans (référendum de 2005, Grèce, Brexit…) mais il est ignoré par les dirigeants. Comment s’étonner du retour des populismes alors qu’on additionne les dénis de démocratie ?

En France, les grands partis sont pro-Union Européenne. Seule Marine Le Pen veut quitter la zone Euro et se réclamerait bien de Donald Trump. Ils ont, certes, des points communs. L’ennui c’est qu’elle semble seulement partager ses inconvénients.

Donald Trump a joué à un jeu dangereux, son pays en sort coupé en deux. Il a suscité des attentes fortes chez ses supporters et une haine féroce chez ses adversaires. Il doit obtenir quelques succès rapides pour remettre le pays sur le droit chemin. Et comme le commentaire est toujours plus aisé que l’action, le danger est bien réel. Pour cliver le pays, Marine Le Pen ferait aussi bien que Trump. Peut-être même mieux…

Comme lui, elle veut plus de protectionnisme et n’a jamais exercé le pouvoir. Mais, sur ce point, la comparaison s’arrête là. Pour relancer l’économie et remettre l’Etat à sa juste place, elle veut faire le contraire de lui.

Trump/Le Pen, comme Reagan/Mitterrand

Trump envisage de faire revenir au pays des usines et des emplois. Il veut donc diminuer la part de l’Etat dans l’économie pour pouvoir baisser les charges et les impôts qui pèsent sur les entreprises. Marine Le Pen, à l’inverse, est interventionniste et pense que l’Etat peut tout. Cette différence est fondamentale: elle propose un peu plus d’Etat et devra augmenter les impôts pour le financer. Trump en promet moins et en appelle à la responsabilité individuelle de chaque citoyen.

D’un point de vue économique, un parallèle peut être fait entre ces deux personnalités politiques et leurs homologues des années 80: Reagan et Mitterrand. Le premier avançait un programme libéral pour attirer les investisseurs, le second proposait un programme pour se faire élire, accumulant les solutions magiques et les promesses démagogiques. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Marine Le Pen a hérité d’un parti libéral en économie et traditionnel sur le plan sociétal. L’opportunisme électoral l’a convaincu d’épouser une doctrine économique opposée pour se faire accepter.

Einstein a dit: « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». Mais là personne n’est dupe.

Alain Juppé, l’homme qui n’a rien compris

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Alain Juppé entouré de ses partisans à son QG de campagne au soir de la primaire de la droite et du centre le 27 novembre 2016 à Paris © AFP PATRICK KOVARIK

Il n’est pas de très bon ton de tirer sur les corbillards, ou de frapper un homme à terre. La défaite d’Alain Juppé mérite quand même quelques commentaires, ne serait-ce que pour souligner l’aveuglement du système médiatique qui a cru dur comme fer pouvoir, encore une fois, nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Je n’ai jamais cru à la possibilité de victoire à la primaire de la droite du « meilleur d’entre nous », vieux cheval politique fourbu rhabillé en « rassembleur » et présenté contre toute logique comme le sauveur de la nation capable de la protéger du retour de Sarkozy.
Alain Juppé, quant à lui et comme d’habitude a commis toutes les erreurs, les unes après les autres, la dernière étant d’avoir déclenché entre les deux tours la diabolisation de son nouvel adversaire. Espérant ainsi mobiliser les électeurs de gauche pour empêcher la victoire du nouveau Pétain des heures-les-plus-sombres. Et de nouveau, mauvaise pioche, puisque cela a provoqué l’inverse et lui a fourni une nouvelle défaite humiliante pour sa collection.

Fiascos en série

Le maire de Bordeaux a multiplié les échecs. Tout bardé de diplômes qu’il est, dauphin cajolé de Jacques Chirac, bénéficiant de toutes les facilités et de toutes les opportunités, il affiche pourtant un passif impressionnant. Il n’est pas nécessaire d’en dresser la liste, mais simplement de s’interroger sur ce mécanisme intellectuel qui l’a amené à être tant de fois à côté de la plaque. Pénétré d’une supériorité intellectuelle qu’il s’auto-attribue, il considère que places et honneurs lui sont dus, alors que dans la vraie vie, cela ne fonctionne pas comme ça. Dernier exemple, avoir cru que cette incontestable supériorité lui promettait la succession de François Hollande, et lui valait la flagornerie du système médiatique. Le retour de la droite étant inévitable, Juppé a dû cet engouement des médias à la nécessité de trouver une alternative à Sarkozy pour sauver les meubles de la caste. Faute de monde sur les catalogues, un vieux cheval de retour au casier chargé a fait l’affaire, jusqu’au moment où la bourgeoisie de droite s’en est trouvé un autre plus présentable.

Le « meilleur d’entre nous » a affiché son incompréhension affligée au soir du premier tour de la primaire, refusant l’évidence par sa décision de se maintenir alors même que son score l’aurait mis à la troisième place sans l’apport frauduleux des voix de gauche. De surcroît, la rouste était assurée au second tour. Qu’à cela ne tienne, on y va tête baissée, campagne quasi-gauchiste entre les deux tours, mobilisation à son profit de la presse de gauche, et évidemment mobilisation concomitante des gens de droite furieux pour une nouvelle gifle au chantre de l’identité heureuse. Et toujours cette surprise douloureuse, comment peut-on infliger cela au « meilleur » ? C’est en fait très simple, toute la carrière d’Alain Juppé le démontre : l’actuel maire de Bordeaux ne comprend rien.

Un chiraquien très modéré

En 1993 par exemple, où après les années 80 de folie, la corruption étant le financeur de la vie politique, et où Alain Juppé adjoint aux finances de la Ville de Paris, était à la manœuvre, la loi de 1990 était venue mettre le holà. Et tout le monde avait compris qu’il fallait donc changer les habitudes, et être désormais prudent à la fois dans les rapports avec les entreprises et dans les dépenses électorales. Mais pas Alain Juppé. Les législatives prévoyaient une considérable vague bleue et dans une circonscription parisienne confortable, il était tranquille. Cela ne l’a pas empêché de passer un accord à un prix plus qu’amical avec le groupe Decaux gros fournisseur de la ville pour une campagne d’affichage promotionnel « à prix d’ami » de son livre La tentation de Venise. La vraie dépense aurait dû être calculée, réintégrée dans son compte de campagne, l’élection annulée et Juppé déclaré inéligible pour un an, sans compter la dimension pénale assez évidente. Il bénéficia cependant de la part du conseil constitutionnel présidé par Roland Dumas d’une mansuétude assez surprenante. Qu’il considéra comme tout à fait normale…

Par la suite, début 1995, au moment où les courbes des sondages commençaient à s’inverser, il pensa abandonner Jacques Chirac et rallier Édouard Balladur en négociant son poste ministériel. Rattrapé à temps, il se retrouva du bon côté au moment de l’élection et bénéficia une fois de plus de l’affection peu rancunière de Jacques Chirac qui le nomma Premier ministre en lieu et place du vrai vainqueur Philippe Séguin. Parce qu’il était le meilleur, bien sûr. Résultat : Juppé abandonna immédiatement la ligne de la fracture sociale sur laquelle Chirac avait été élu et concocta sans aucune concertation une réforme technocratique des retraites qu’il vint présenter sous les ovations devant l’Assemblée nationale introuvable de 1993. Et Juppé de s’étonner d’être confronté à un des mouvements sociaux de masse les plus importants de l’après-guerre.

Il avait aussi trouvé entre-temps le moyen de se mettre dans une situation impossible avec l’histoire des attributions des logements du domaine privé de la Ville de Paris. En position incontestable de prise illégale d’intérêts, il signait en tant que bailleur des baux de location pour lui-même et sa famille à des prix avantageux. Mélange des genres, interdit depuis toujours et sévèrement réprimé par le code pénal, cela lui apparaissait pourtant comme parfaitement normal. Face aux froncements de sourcils appuyés du parquet de Paris, qui préféra cependant avec mansuétude encore, un déménagement précipité du premier ministre qui venait d’arriver, plutôt qu’un passage devant le juge, il opposa urbi et orbi avec une inconscience désarmante, son fameux « droit dans ses bottes ». Comme on peut s’en douter cela fit grand plaisir aux magistrats de l’entendre, s’affirmer convaincu d’avoir subi une injustice lui qui avait commis plusieurs infractions et bénéficié d’une incontestable bienveillance. Ils sauraient s’en souvenir.

Ses méthodes de gestion à base d’autoritarisme hautain commencèrent à lui poser quelques problèmes politiques dans sa majorité pourtant pléthorique. La goujaterie du licenciement collectif des jupettes et la brutalité de celui d’Alain Madelin entre autres, commençaient à faire grincer. Qu’à cela ne tienne, le « meilleur » ne pouvant qu’être populaire n’est-ce pas, se laissa facilement convaincre par les mêmes sondeurs qui avaient annoncé le triomphe de Balladur, et pensa par la dissolution de 1997 récupérer une Assemblée nationale au garde-à-vous. On connaît la suite, le premier tour catastrophique, l’éjection en urgence au profit de l’ennemi juré Philippe Séguin entre les deux tours, et le cadeau fait à Chirac d’une cohabitation de cinq ans.

Mépris de la justice

On ne reviendra pas en détail sur ses ennuis judiciaires postérieurs proprement dits si ce n’est pour rappeler l’inanité de la légende du fusible, Alain Juppé ayant été condamné pour ses propres errements. Et l’attitude arrogante et méprisante qu’il eut l’inconscience d’adopter tant vis-à-vis des magistrats que de ses collaborateurs embarqués à cause de lui sur ce mauvais navire. Une fois de plus, Alain Juppé ne s’était pas intéressé aux règles applicables en matière judiciaire, persuadé que sa supériorité intellectuelle le mettait à l’abri. Je me rappelle cette conversation avec un de ses proches me faisant part de son incompréhension après la condamnation prononcée à Nanterre par une présidente pourtant catholique et dame catéchiste ! Comment pouvait-on être catholique et condamner Alain Juppé !

Il y aura ensuite après son retour dans le fauteuil bordelais imperdable de Jacques Chaban-Delmas, la piteuse défaite législative en pleine vague bleue de 2007, et celle non moins piteuse sur Bordeaux de sa protégée Virginie Calmels aux régionales de 2015. Il est probable que son intronisation médiatique pour être le président de la République en 2017 lui est apparue comme légitime et normale. Il était le meilleur, et l’on a vite vu revenir l’arrogance cassante à base de : « je les emmerde » « si les Français ne veulent pas de moi ils se démerderont avec les retraites » et autres gracieusetés. Le voilà reparti désormais dans sa bonne ville de Bordeaux. Son speech de sortie montre que cette fois encore, il est probable qu’il n’ait pas compris ce qui lui était arrivé.

Pour une politique étrangère réaliste et souveraine avec Fillon

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fillon paris berlin moscou
Angela Merkel, Vladimir Poutine, Francois Fillon. Gdansk, 2009.

Loin de conduire à un retournement d’alliances, le renouveau du dialogue franco-russe constitue l’un des éléments significatifs du projet diplomatique ambitieux de François Fillon, qui entend, d’une part, remédier à l’isolement d’une Europe de plus en plus affaiblie sur la scène internationale et, d’autre part, rendre à la France, par une politique étrangère refondée sur le paradigme réaliste, des marges de manœuvre et un dynamisme.

Renoncer à l’illusion dévastatrice du néoconservatisme

Pour renouveler notre politique étrangère, il convient d’abord de renoncer aux illusions du néoconservatisme, qu’une Europe idéaliste et affaiblie a tacitement épousées.

A cause de leur idéalisme et des bons sentiments à quoi ils résument souvent leurs prises de position, les Européens ne parviennent pas à saisir la nécessité d’envisager les relations internationales autrement qu’à l’aune d’un moralisme aussi inconsistant que paralysant. Ils ont donc fait leur, insensiblement, par défaut et par facilité, un avatar du credo néoconservateur, plaçant au cœur de leur discours le soutien à l’ingérence, au mépris des catégories du droit international classique, qu’ils ont pourtant créé. A ce jeu, les Européens se privent de penser et de définir sérieusement leurs intérêts.

La priorité absolue et souvent réductrice donnée à la solidarité occidentale, qui leur tient lieu de politique, les ont de fait cantonnés dans un rôle d’auxiliaires. Par la perpétuation irréfléchie, quasi pavlovienne, d’un tel tropisme atlantique, les Européens donnent l’impression de ne pas avoir compris que la guerre froide était terminée, qu’ils n’avaient plus d’ennemis réels à l’est et que l’isthme européen, par conséquent, n’était plus l’enjeu central de la compétition internationale. Les Etats européens signent ainsi leur propre faiblesse, qu’ils croient vainement dissimuler en affichant, dans toutes les crises, un dogmatisme moralisateur inefficace et un normativisme en soi insuffisant.

Comme ses propos l’ont laissé entendre, tant au cours de la récente campagne qu’au long de sa carrière politique, Alain Juppé a toujours semblé favorable à cette doctrine idéaliste, ainsi qu’à l’observation prioritaire d’un certain conformisme occidental. C’est aussi la position du gouvernement actuel, qui fait montre d’une grande rigidité de principe à l’égard des puissances incontournables que sont la Russie en Europe et l’Iran au Moyen-Orient, et se condamne ainsi à ne pouvoir faire entendre sa voix.

Les initiatives américaines ont révélé l’inadéquation de l’idéalisme européen

Or l’évolution récente des positions américaines au Proche-Orient a laissé apparaître, s’il en était besoin, l’inadéquation de ces vues.

Après avoir pris la mesure des conséquences néfastes de l’intervention américaine de 2003 en Irak, qui a contribué dialectiquement à une poussée de l’influence iranienne dans la région, l’administration Obama a dû prendre acte de la situation nouvelle, en engageant des négociations avec la puissance perse, dont le retour officiel dans le concert des Etats devait être consacré par la finalisation à Vienne, le 14 juillet 2015, de l’accord de Genève sur le nucléaire iranien.

L’Amérique faisait ainsi, résolument, le choix de la diplomatie.

Aujourd’hui, Donald Trump souhaite renouer un dialogue direct avec les Russes. En rapprochant l’Amérique d’une Russie à la recherche d’alliés, le président américain élu cherche maintenant à contrebalancer la progression iranienne et à empêcher la constitution en Eurasie d’un heartland russo-irano-chinois, qui représente un danger pour les Etats-Unis dans la compétition pour le leadership mondial.

Ces métamorphoses dans notre environnement stratégique, où tout semble se jouer sans nous, risquent de précipiter l’isolement de la France et de l’Europe sur la scène mondiale.

Le retour de l’axe Paris-Berlin-Moscou?

Pour la France et pour les Européens, l’enjeu politique des années à venir sera concrètement la constitution négociée de nouveaux partenariats, leur permettant de faire valoir leurs intérêts et de défendre leurs positions parmi les puissances du monde. Dans cette perspective, un vaste aggiornamento diplomatique, inspiré par une vision réaliste du monde, paraît nécessaire.

Dans ce contexte nouveau, la France devra proposer aux Etats européens qui le souhaitent, et notamment à l’Allemagne, la consolidation, dans l’autonomie et autour des seuls intérêts européens, d’un pilier  intergouvernemental de défense et de sécurité, articulée avec la définition, pour équiper nos forces, d’une clause préférentielle favorisant l’activité des groupes industriels européens, tels EADS, Safran, MBDA ou DCNs.

Bien plus, la constitution dans la profondeur d’un axe Paris-Berlin-Moscou, qu’avaient promue ensemble, il n’y a pas si longtemps, le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder, permettra d’apaiser les tensions sensibles dans les marches orientales de l’Europe, de confronter directement, par la négociation, les intérêts et les besoins respectifs des Etats de l’Union européenne et de la Russie, pour ensuite définir concrètement, si nécessaire par des accords, les coopérations sérieusement envisageables. Cette initiative pacificatrice devra être précédée d’une levée totale et nécessairement réciproque des sanctions économiques décidées par l’Union européenne contre la Russie et par la Russie contre l’Union européenne.

On le voit : le renouveau rationnel du dialogue franco-russe est une clef dans la redéfinition de nos objectifs diplomatiques.

François Fillon est le seul leader en mesure de conduire le virage nécessaire

Toujours alliée aux Etats-Unis mais européenne avant tout, la France de demain pourra ainsi, avec l’Allemagne et la Russie, prendre toute sa part de la résolution des crises qui ébranlent le Levant et le monde arabe. Dans le même temps, la France demeurera attentive aux besoins de ses partenaires d’Afrique et du Maghreb, dans le souci de lutter avec eux contre les réseaux terroristes et d’ouvrir la voie à un développement concerté, devant permettre la réduction des flux migratoires incontrôlés.

Par sa vision, il a anticipé les évolutions en cours et a compris la nécessité d’une politique étrangère réaliste et souveraine, soucieuse avant tout de l’indépendance de la France et de la défense de ses intérêts.

Pragmatique et résolu, François Fillon est enfin le seul homme en mesure de rassembler les Français autour de ce dessein et de cette espérance.

Son père, sa mère, Allah et elle

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Malaise. En refermant  le livre de Farah Kay Mon père, ma mère, Allah… et moi, j’ai senti mon énergie s’échapper, mon esprit s’embrouiller. Les violences faites aux femmes, aussi vieilles que le monde, continuent encore et toujours d’être choquantes, insoutenables. Certes, elles traversent toutes les classes et toutes les cultures, mais elles deviennent légitimes, voire « traditionnelles », quand elles sont commises au nom de l’honneur ou de Dieu, et prônées, en l’occurrence, par  l’archaïsme islamique.  Là où rien  n’arrête l’asservissement du corps et de l’esprit des femmes, par l’habit, les coups, l’excision ou l’humiliation. Rien. Ni personne, pas même les mères. Ces mères qui ont peur des hommes qui ont peur des femmes…

Une double peine pour Farah, qui a enfin pu raconter son histoire, et s’en alléger.

Longtemps j’ai cru que, dans les pays arabes, la révolution viendrait des femmes, leur propre libération pouvant entraîner celle de leurs peuples. Mais non, l’actualité le prouve tous les jours, je me suis trompée et j’en ai honte. Honte pour cette famille belgo-marocaine, vivant dans une cité populaire de Belgique, pas loin de Molenbeek. Honte pour cette petite fille qui porte le prénom de la fille préférée du prophète, Fatima.

Des parents prédateurs

Le mélange « couscous-frites » est explosif pour cette gamine qui s’endort paisiblement dans son lit à barreaux le jour où son père lui tend son sexe pour qu’elle le touche, comme on tripote un jouet. Elle n’a que quatre ans et toute une vie saccagée devant elle.

Si elle ne le sait pas encore, lui, le père sait, la mère aussi… Fille et musulmane, c’en est trop pour ce couple de prédateurs, pour toutes les femmes de la famille, soumises à la volonté de toute-puissance de l’homme.

La petite Fatima-Farah se débat seule, furieusement, désespérément, dans ce trou noir creusé par les violences de son père, l’assentiment de sa mère, l’indifférence de toute sa famille. Et le soleil du Maroc, quand elle s’y rend pour les vacances, n’adoucit pas son calvaire. Ce pays, écrit-elle, où « L’Islam fait office de loi ». Ce jour où elle ose dire au père « Tu n’as pas le droit de me frapper, nous sommes en démocratie ». Démocratie ? Un gros mot et une torgnole, une… Et dire qu’en 1989, à l’ONU la Convention Internationale des Droits de l’Enfant a été ratifiée, ou du moins signée, par 193 états sur 195…Une nécessité qui ne fait toujours pas loi dans certaines « démocraties ».

Pourquoi tant de haine ? Parce que Fatima-Farah la mérite. Elle n’est qu’une femme en devenir. Un objet sexuel, un non-être, une gosse que l’on frappe dès qu’elle exprime la moindre contradiction, une fillette dont on casse la moindre résistance. Une adolescente qui cherche refuge dans son carnet intime, que le père découvre et qu’il lit, sans pudeur aucune. Sans doute pour mieux lui voler son âme, et lui infliger la correction qu’elle mérite, quand elle veut exister au moins pour elle-même.

Un frère choyé

Une enfant qui aurait dû inspirer l’amour mais que sa mère n’aime pas. Trop aveuglée par son criminel de mari.

Fatima-Farah affectionne les lapins ? Elle joue avec, caresse leur pelage, et les retrouve le lendemain, cuits et recuits sur la table du déjeuner. Elle se protège et s’amuse derrière un mouton dodu ? On l’oblige à assister à son égorgement le lendemain, avant de le griller pour un méchoui. En prime, elle reçoit une raclée quand elle hurle qu’elle n’est pas « une cannibale ».

Le père, c’est ainsi qu’elle le nomme tout au long du récit, la terrorise à tout bout de champ, la force à manger ce qu’elle n’aime pas, à le masturber quand il veut, à se taire quand elle prend le risque de se livrer à une amie. La mère, elle, laisse faire, elle n’a d’yeux que pour le petit frère… Un garçon, un prince, une aubaine dans cette famille musulmane, celui à qui on passera le relais de l’honneur. Et le droit de maltraiter les femmes. La mère qui « viole » sa fille le premier jour de ses règles, en lui enfonçant un tampon dans le vagin, alors que la jeune fille pubère réclame une serviette hygiénique. Nul besoin de creuser la symbolique, elle est flagrante, à fille impure, remède phallique.

Fatima-Farah grandit dans une sidération sans cesse renouvelée, absente de son corps, l’esprit tourneboulé par les traumatismes qui s’accumulent, jusqu’à la pousser à des tentatives de suicide. Elle apprend le maniement des armes, fantasme le meurtre de son père. La jeune fille devient une bombe prête à exploser pour tuer l’islam qui est en elle, ou celui qui dicte la cruauté à sa famille.

Elle fugue, revient, repart, se fait tatouer un pistolet au creux des reins, pratique interdite dans la religion du père.

Elle quitte enfin ses parents. Elle jure de ne plus fouler la terre d’un pays musulman, parce qu’elle ne comprend pas cet islam qui annihile les femmes, qui arme la main et le cœur des hommes. Elle est d’origine berbère, elle est belge, elle reste écartelée entre la laïcité de la mère et la religion musulmane du père. Mais elle rêve encore, et heureusement, de trouver la paix en elle.

Jour après jour, elle se cherche, alors elle devient comédienne. Juste pour être une autre et s’approcher au plus près d’elle-même. C’est tout le bien que je lui souhaite, parce que Farah est une belle personne, et qu’on ne le lui a jamais dit.

Fillon, le triomphe du libéral-conservatisme

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Des soutiens de François Fillon réagissent aux premiers résultats en sa faveur lors du 2e tour des primaires de la droite et du centre, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

La primaire de la droite et du centre a accouché de l’éclatante victoire de la droite de convictions. Il ne devait en rester qu’un et ce fût finalement lui. Longtemps distancé dans les sondages, jamais réellement considéré malgré un programme plus complet, François Fillon a, ce dimanche, transformé  l’essai après être passé tout près d’un hold-up parfait au premier tour.

Une victoire méritée pour celui qui, mieux que quiconque, a su capter les aspirations du peuple de droite, fatigué de près d’une décennie de « sarkozie » et peu enclin à se livrer au maire de Bordeaux, partisan d’un libéralisme-progressiste beaucoup trop tiède à son goût.

Un programme plébiscité

Car à n’en pas douter, la victoire et le score de François Fillon témoignent moins de l’adhésion à un homme qu’à un programme. Certes, sa retenue, son impassibilité – pour ne pas dire son austérité – tranchant avec l’éruptif Nicolas Sarkozy a séduit. Tout comme sa discrétion, sa sérénité et surtout sa volonté de ne pas se soumettre à l’injonction médiatique de l’immédiateté dont a fait preuve ces derniers mois Alain Juppé, assuré d’être le futur Président de la République par une caste médiatique de gauche qui voyait en lui « le moins pire d’entre eux » à défaut du meilleur.

Le succès de François Fillon réside avant toute chose dans cette capacité qu’il a eu à parler à un peuple de droite déboussolé, parfois humilié, et auquel il a su plaire en reprenant des « éléments de langage » qui font écho auprès d’un électorat qui se refuse à voter Front national, notamment pour des raisons économiques évidentes.

Rassurer d’abord en évoquant la famille, la filiation, la transmission. Des valeurs que d’aucuns trouvent mise à mal sinon bafouées depuis le « mariage pour tous » et ce, en dépit d’une mobilisation sans précédent pour une frange de la population qui ne descend que très rarement dans la rue. En ce sens, l’ancien Premier ministre a parfaitement su prendre en compte cette « Révolution conservatrice » chère à Patrick Buisson qui secoue l’ensemble des sociétés occidentales. Il le fit d’autant plus facilement que contrairement à son adversaire du soir, il ne changea jamais son discours d’un iota pour essayer de complaire à une partie de la gauche amenée à se déplacer malgré son antipathie pour les « valeurs républicaines de la droite et du centre ».

Parler à la France éternelle

Il est enfin celui qui, parmi l’ensemble des candidats à cette primaire – exceptés peut-être Jean-Frédéric Poisson voire Nicolas Sarkozy –, sut le mieux parler de cette « France éternelle » comme d’une nation, d’une culture, qui ne doit pas être diluée dans un multiculturalisme « béni oui-oui » et une mondialisation parfois violente, réaffirmant sans cesse les valeurs judéo-chrétiennes de notre pays, sans nier pour autant la richesse apportée au fil des siècles par les vagues d’immigration successives.

Prôner un discours de vérité ensuite en annonçant vouloir réduire les dépenses publiques à travers une cure drastique dans la fonction publique. Du sang et des larmes en somme ? Pas vraiment. Car les 110 milliards d’économie que promet François Fillon s’accompagneront de plusieurs mesures en faveur de l’entrepreneuriat: faciliter le financement des PME à travers une réduction de l’impôt sur le revenu de 30 à 50% du montant investi, multiplication des fonds d’amorçage, exemption des droits de succession sur les actions d’entreprises jusqu’à leur cession éventuelle… Bref, un bel attirail libéral qui fleure bon l’ère du temps et que l’ancien « collaborateur » a su prendre en compte, séduisant ainsi des grands patrons à l’instar d’Henri de Castries, mais aussi des entrepreneurs comme Alain Afflelou voire Charles Beigbeder, ce dernier n’étant pas insensible aux réformes économiques et sociales audacieuses du Sarthois, ni même à sa vision d’une « France uniculturelle qui transcende, sans les nier, la diversité des origines de chacun ».

Héritière de la pensée d’Edmund Burke, le père du conservatisme britannique, Laetitia Strauch-Bonart écrivait récemment que le « libéralisme originel, celui des Lumières et de ses successeurs, est une forme de conservatisme, car ce libéralisme était situé dans un temps et un lieu, fait de coutumes et de traditions ». Homme de synthèse et surtout de convictions, François Fillon incarne plus que jamais ce libéral-conservatisme d’une droite de nouveau fière de ses valeurs et de son histoire. Son éclatante victoire d’hier soir en est la preuve matérielle et quantifiable. Avant celle de mai prochain ?

Fillon: le grand malentendu

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François Fillon, très net vainqueur dimanche de la primaire de la droite face à Alain Juppé, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

Avec près des deux-tiers des suffrages, François Fillon a remporté une victoire, impensable il y a un mois. Il avait véritablement construit son succès lors des dix derniers jours précèdent le premier tour, où il avait écrasé la concurrence, en éliminant Nicolas Sarkozy et en mettant seize points dans la vue d’Alain Juppé. Lors de l’entre-deux-tours, il a essuyé le réveil de son adversaire, qui lui a lancé quelques boules puantes, lesquelles ont mobilisé autant sinon davantage d’électeurs droitiers choqués de ces manœuvres que d’électeurs de gauche à qui étaient adressés les appels du pied. François Fillon a donc réussi à envoyer à la retraite Nicolas Sarkozy et Alain Juppé en sept jours. Chapeau l’artiste ! L’ancien président de la République a complètement mésestimé la défiance qu’il inspirait au peuple de droite.

Comment pouvait-il en être autrement, cajolé qu’il était par ses fans se pressant pour obtenir une dédicace dans les Espaces culturels Leclerc transformés en autant de villages Potemkine, lui faisant croire qu’il était encore en phase avec ceux qui viendraient voter à la primaire ? Quant à Juppé, il n’a pas su profiter de l’appui de François Bayrou qui, en indiquant qu’il ne serait pas candidat contre lui, donnait une prime substantielle dans les sondages présidentiels du premier tour, et faisaient de lui  le candidat qui donnait les meilleures chances de victoire à la droite. Mais si le nouveau champion de la droite a gagné la primaire, il est encore loin d’avoir gagné la présidentielle, ouverte comme elle ne l’a jamais été depuis 1974. On a beau présenter cette compétition comme un succès démocratique, elle n’a concerné que 4 millions et demi d’électeurs sur les 36 qui devraient participer à la présidentielle, soustraction faite des 20% traditionnels d’abstentionnistes. Le programme économique de François Fillon était sans doute en phase avec l’électorat âgé et CSP+ de la primaire;  il faudra en convaincre au moins 14 millions d’autres de son bien-fondé.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.

En Belgique, des cours d’Histoire adaptés aux origines des élèves?

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catherine moureaux belgique islam
Wikipedia.
catherine moureaux belgique islam
Wikipedia.

Depuis  les attentats islamistes qui ont ensanglanté la France et la figure de style « zemmourienne » proposant de la « bombarder », plus personne n’ignore l’existence de la commune de Molenbeek. Elle fut décrite dans la presse comme « chamarrée » et « multiculturelle », ce qui est assez surprenant puisqu’elle est au contraire une des plus homogènes de la région bruxelloise. Et si homogénéité il y a, elle s’est faite sous l’étendard d’Allah qui y est grand, grâce au pseudo laïque mais anticlérical rabique que le monde entier ne nous envie pas : Philippe Moureaux. Adulé par les fondamentalistes musulmans, grand mufti du PS, ancien ministre et professeur d’Histoire, Philippe Moureaux a deux filles de sa première épouse, elle aussi ponte du PS,  dont l’une, Catherine, marche sur les traces de papa.

Députée PS, Catherine Moureaux a rejoint ce même parti à Molenbeek, bien qu’elle soit originaire de la très huppée commune d’Uccle.  Alignant le plus souvent des niaiseries que même le plus attardé des soixante-huitards jugerait pénibles à force d’idéologie baveuse, la jeune héritière s’est illustrée il y a peu. Catherine Moureaux, a suçoté son Bic, consulté le plafond, froncé les sourcils et trouvé la bonne idée :  des cours d’Histoire personnalisés !

Ça fait « peuple » et même « nation », donc exclusif

Il n’y a rien de vraiment neuf : depuis la Révolution française, et même avant, ceux-ci sont trafiqués, instrumentalisés afin d’ensemencer les jeunes cerveaux dans le sens de la doxa du moment. Mais, reconnaissons-le, même falsifié, le cours d’Histoire constituait un « roman national », fait d’heures glorieuses et de défaites, outrageantes mais provisoires. Cela avait l’avantage de souder une nation autours de mythes ou de réalités factuelles et de donner aux enfants immigrés l’envie et la fierté de rejoindre ce superbe troupeau. Depuis peu, la tendance allait plutôt à la repentance et à la honte, nous étions les descendants piteux d’horribles colonialistes ou d’immondes esclavagistes. Soit ! Mais enfin, c’était « nous ». Nous tous qui portions le fardeau de la culpabilité, nous tous qui allions à Canossa, nous tous qui, depuis nos ancêtres les Gaulois jusqu’à la guerre d’Algérie, partagions la croix du genre humain, nous tous qui nous vautrions dans le narcissisme du conquérant haïssable.
Mais ce « nous tous », ça fait « peuple », et même « nation », donc exclusif, a pensé Mlle Moureaux. En un mot, discriminatoire. Mais si ! Adieu donc ces cours d’Histoire !

Frétillant à la pensée de tenir l’idée du siècle comme Archimède sortant de son bain, elle se rua vers l’hémicycle pour annoncer son intention d’instaurer des cours d’Histoire adaptés, c’est-à-dire des cours d’Histoire construits en fonction de l’origine des « apprenants ».  A l’instar des tribunaux médiévaux qui, jusqu’à ce que Saint-Louis harmonise tout cela sous son chêne, demandaient au prévenu « Quelle est ta loi ? » et jugeaient en fonction,  les profs d’Histoire demanderaient à chacun « Quelle est ton origine ? » et dispenseraient leur savoir à la carte. Voilà un projet fascinant. Comme ces tribunaux « sharia » pour les différends conjugaux entre musulmans qui s’implantent tout doucement à Londres.

Elle rétropédale, mais le ver est dans le fruit

Malheureusement, les nations, si honnies depuis la dernière guerre mondiale, le peuple, devenu nauséabond depuis qu’il s’exprime, n’ont pas loupé l’occasion de la ridiculiser, elle et son projet. Non contents d’avoir tressé les lauriers de la victoire de Trump ou de Fillon, les réseaux sociaux ont dénoncé cette nouvelle ineptie.

Elle aura beau crier à la démagogie, la pleutrerie , la bêtise, le principe est toujours le même: on lance un ballon d’essai, fut-il outrancier, on rétro-pédale, mais le ver est dans le fruit.

Face au tollé, Mademoiselle Moureaux a en effet décrété qu’on l’avait mal comprise, qu’elle parlait simplement d’étudier l’Histoire des colonisations sous un autre angle d’attaque. Pardon Mademoiselle, scripta manent ! « Il serait intéressant de ne pas perdre cet élément [le devoir de mémoire de diverses autres personnes ou communautés] de vue, d’autant que certains publics scolaires pourraient trouver pertinent de remonter la trace d’autres faits […] ». Sans compter que vous prônez sur votre site la recherche identitaire et la prise de conscience des racines. Le simple fait que vous parliez sans cesse de l’enseignement du colonialisme en lieu et place de l’enseignement des colonisations est déjà très révélateur…

La digne héritière de son père

Cas typique de rétropédalage. Mais le mal est fait ! Digne héritière de votre père, fossoyeur en chef de tout ce qui peut paraître un poil conservateur, vous avez fissuré un des derniers piliers d’une nation dont l’unité a déjà beaucoup morflé. La lézarde s’agrandira, soyez-en convaincue. Comme pour le port du voile, les cantines hallal ou l’interdiction de fumer dans les troquets, on pense toujours que c’est tellement énorme et tellement idiot que ça ne passera jamais. Et pourtant !

Je vois comme un léger obstacle à votre inventif projet… Dans la foulée de la loi éponyme de votre papa – qui condamne le « racisme », « l’antisémitisme » et « la xénophobie » – les statistiques ethniques ont été interdites en Belgique. Comment vous y prendriez-vous donc pour déterminer quelle histoire enseigner à l’un ou à l’autre ? Quel sera votre critère ? Le nom de famille ? La couleur de la peau ? Un test ADN ? Raciste, va !

Votre esprit formaté n’a pas compris que les idées qui sous-tendent vos conneries sont une forme particulièrement perverse d’oppression : l’assignation à résidence identitaire. Combien de générations faudra-t-il pour qu’une personne puisse s’émanciper de ses origines et adhérer, librement, à une communauté nationale dont elle ferait siennes les racines parce qu’elle ferait sien le destin ?

L’Alt-Right, les petits blancs du président Trump

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Donald Trump et Steve Bannon à Gettysburg, octobre 2016. SIPA. AP21966313_000037
Donald Trump et Steve Bannon à Gettysburg, octobre 2016. SIPA. AP21966313_000037

Dans une salle de conférences à l’ambiance survoltée, un orateur frisant la quarantaine fustige violemment ce qu’il appelle la « Lügenpress », une vieille expression allemande signifiant « presse mensongère », devant un parterre majoritairement masculin d’à peu près 200 jeunes gens au poil ras et à la nuque bien dégagée. Il n’en faut pas plus pour que des bras se lèvent dans la foule pour acclamer celui qui, à la tribune, s’exclame en hurlant : « Hail our people ! Hail victory ! ». Malgré les apparences, nous ne sommes pas à un meeting du NSDAP dans les années 20 et l’orateur n’est pas Adolf Hitler. Nous ne sommes pas non plus dans une scène de la série uchronique américaine Le Maître du Haut Château inspiré du roman éponyme de Philip K. Dick, lequel décrit une Amérique nazifiée après la victoire de l’Allemagne en 1945.

La scène se passe le 19 novembre dernier à Washington aux Etats Unis. A quelques centaines de mètres de la Maison-Blanche, lors d’un colloque du National Policy Institute, think tank ultra-conservateur. L’orateur en question est Richard B. Spencer, 38 ans, soutien inconditionnel de Trump et figure centrale du mouvement politique Alt-Right  (pour « Alternative Right »). C’est d’ailleurs lui qui a baptisé ce mouvement. Née en 2008 sous la présidence de George W. Bush, dans le sillage de forums internet comme 4chan, l’Alt-Right est un courant protéiforme qui a su prospérer sur la défiance du public américain vis-à-vis des médias traditionnels et le développement du conspirationnisme. Même si elle a été récemment désavouée par Trump, eu égard à la présence de suprématistes blancs dans ses rangs, l’Alt-Right a néanmoins le vent en poupe depuis son élection.

Au nom de la défense de la « race blanche »

Preuve en est la très parlante nomination de Steve Bannon, 62 ans, au poste de chef de la stratégie et haut-conseiller à la Maison-Blanche. Même s’il s’en défend aujourd’hui, ce dernier est un éminent représentant du mouvement puisqu’il a dirigé le très conservateur site d’information Breitbart News, principal organe de presse de l’Alt-Right, de 2012 à 2016. Ancien officier, Steve Bannon n’a pourtant pas toujours été un « outsider » : il est diplômé d’Harvard et a notamment travaillé pour la banque Goldman Sachs. Après avoir revendu son entreprise Bannon & Co à la Société Générale, il s’est lancé dans la réalisation ou la production de documentaires, des films politiques notamment, comme In the face of Evil (film sur Ronald Reagan sorti en 2004), Battle for America (consacré au mouvement Tea Party) ou The Undefeated (document hagiographique à la gloire de Sarah Palin).

L’autre figure majeure de l’Alt-Right, c’est Jared Taylor, 65 ans. L’idéologue identitaire est un ancien journaliste et dirige encore le magazine qu’il a créé, American Renaissance. Né à Kobe au Japon, ce fils de missionnaires chrétiens est un vétéran de l’extrême-droite américaine et soutient officiellement Donald Trump. Au nom de la défense de la « race blanche ». Il a récemment été interviewé par l’Obs qui a profité de sa venue à Paris pour la sortie en France de son essai L’Amérique de la diversité : Du mythe à la réalité.

Donald Trump, figure providentielle

Une autre plume compose les rangs de l’Alt-Right: l’entrepreneur britannique d’origine grecque Milo Yiannopoulos, 33 ans. Connu pour ses tribunes provocatrices sur le site Breibart News, il a aussi orchestré une campagne de dénigrement de l’actrice noire américaine Leslie Jones sur Twitter au moment de la sortie du film Ghostbusters 3.

L’Alt-Right est un ensemble hétéroclite, un composé de personnalités contrastées dont le seul point commun semble être la haine de l’establishment du parti républicain et de ceux qu’ils appellent les « cuckservatives » (conservateurs cocus). En dépit de son nom, l’Alt-Right n’est pas une nouvelle droite, comme celle incarnée en France par Alain De Benoist. Elle s’apparente plutôt à un fourre-tout idéologique fait d’ultra-libéraux, de populistes, de suprématistes blancs et même de libertariens, rassemblés sous la bannière de la défense des classes moyennes blanches.

L’Alt-Right n’est d’ailleurs peut-être pas si « alternative » qu’elle le prétend: les idées qu’elle véhicule sont très proches de celles des paléo-conservateurs, cette vieille droite américaine traditionnellement opposée aux « neocons ». L’Alt-Right fait figure de paléo-conservatisme de l’ère numérique. Elle intéresse les jeunes âgés de 25 à 30 ans, la génération Facebook, plus adepte du « trollisme » sur Internet que d’un militantisme sérieux. En témoigne notamment leur affection pour les « mèmes », ces images humoristiques très présentes sur les forums. Celle de la grenouille « Pepe the frog » est devenue la mascotte des pro-Trump. Nationalistes blancs en culottes courtes, les partisans de l’Alt Right sont des geeks. Ils idolâtrent la virilité du milliardaire Trump dans lequel ils voient une figure providentielle et se pâment pour la beauté de leurs icônes féminines, comme la chanteuse blonde Taylor Swift ou notre Marion Maréchal Le Pen nationale.

Volontiers provocatrice, insuffisamment structurée mais assez moderne pour avoir compris l’utilité des réseaux sociaux dans la guerre de l’information, l’Alt-Right a su créer un climat favorable à l’élection de Donald Trump.

France Inter: les auditeurs ont la parole, personne n’écoute

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Les trois singes de la sagesse, au Japon. MichaelMaggs, Wikimedia.
Les trois singes de la sagesse, au Japon. MichaelMaggs, Wikimedia.

On a rarement l’occasion d’assister à un moment de révélation, un instant où tout devient clair. Je n’ai pas eu cette chance mais, hier, la matinale de France Inter m’a offert l’occasion de comprendre quelque chose de très profond.

Hier matin, les invités de Patrick Cohen étaient les deux « jeunes » maires Républicains, Gérald Darmanin de Tourcoing et Edouard Philippe du Havre. Vae victis ! Le premier, soutien de Nicolas Sarkozy rallié à François Fillon et le second, proche d’Alain Juppé, n’ont pas eu droit, contrairement à leurs camarades Fillonistes de souche, à la grasse mat. Et même s’ils n’ont pas fait la vente, c’est eux qui ont fait le SAV. Comme d’habitude, le créneau 08h30 – 09h00, entre la revue de presse et le comique du jour, est réservé aux coups de fil des auditeurs. Vers 08h45, Patrick Cohen a annoncé : « Annie nous appelle du Puy de Dôme ». L’auditrice, une retraitée polie et sympathique, déroule sa question. « Ce qui m’inquiète par-dessus-tout, bien qu’il y ait plusieurs motifs d’inquiétude, c’est la santé : comment peut-on la mettre entre les mains d’assurances privées ? » Jusque-là, tout va bien. La santé est devenue, vers la fin de la campagne, l’un des sujets majeurs des primaires et les idées de Fillon, aussi radicales que floues, ont suscité quelques inquiétudes. Le principal concerné s’en est rendu compte et s’emploie, depuis dimanche, à désamorcer la polémique.

Mais rien, ni cette voix de mamie d’Annie, sympathique et bienveillante, ni le sujet, ne nous ont préparés à la suite. Avec sa voix douce, Annie a lâché une bombe. « Je comprends bien les vraies raisons », a poursuivi, sans changer de ton, la retraitée du Puy-de-Dôme, « notamment en pensant à la proximité qu’il y a entre Monsieur Fillon et le PDG d’Axa. » Et nous avons entendu la même petite musique que sous Sarkozy : « Ça avait déjà été évoqué, et on avait fait le même parallèle avec un de ses frères qui était à la tête d’une assurance privée. » Caramba ! Derrière la petite question de la retraitée, c’est tout un abîme politique qui se dévoile. Mais pour Annie, rien de plus normal : affirmer une telle énormité, c’est comme si elle parlait du temps qu’il fait en Auvergne. Elle continue, comme si de rien n’était, à poser tranquillement sa question : « Vers quel régime allons-nous ? Personnellement à la retraite, je laisse déjà une somme très importante sur ma mutuelle et sur une complémentaire. Alors, je m’inquiète pour les générations à venir ; c’est très préoccupant ;  j’ai l’impression que nous nous dirigeons vers un système, disons à l’américaine. »

J’ai retenu mon souffle. Comment allaient-ils répondre ? La petite dame venait à peu près de dire « vous êtes tous pourris ». Elle a carrément déclaré que Fillon ne s’intéressait pas à la France parce qu’il touchait de l’argent et que, bien évidemment, tout le monde le savait. Ah oui, bien sûr, avec l’autre, Sarkozy, c’était pareil : il faisait des réformes pour que son frère gagne du fric. Énorme !

Les jeunes élus, « aussi sourds que leurs aînés »

Dans le studio personne ne relève. Gérald Darmanin donne le ton : il ignore totalement la radicalité de la question d’Annie. « Je comprends votre position, d’autant plus qu’elle implique tous les français », répond-il comme si on ne venait pas d’affirmer que François Fillon roulait pour Axa. « Il faut faire attention à ne pas caricaturer les choses » continue le maire de Tourcoing en enfilant les lieux communs dans le plus pur style de l’« homme politique à l’écoute des Françaises et des Français ». Il a même casé la référence au Général de Gaulle dans le premier paragraphe de sa réponse («Il faudrait dire à Annie que la droite a fondé notre système social, avec le général de Gaulle »). Chapeau l’artiste !

Avec Edouard Philippe, ça a l’air de bien commencer : « C’est un des points les plus sensibles de cette élection ; et ce qui me frappe, ce n’est pas seulement la question que vous avez posée, mais c’est aussi le ton avec lequel vous l’avez posée. » A-t-il décidé de mettre les pieds dans le plat et de répondre à la dérangeante question d’Annie ? Le suspense n’a pas duré longtemps… « Clairement, j’entends de l’inquiétude ; une vraie inquiétude de quelqu’un qui se demande : comment je vais faire pour financer mes soins ? La peur du déclassement individuel, et aussi collectif. Et sur ces points, François Fillon va devoir rassurer ; et convaincre que la solution qu’il propose est la bonne. Et ça, c’est le grand sujet de la campagne. »  Blablabla…

Un pour tous ? « Tout pourris » !

Les deux jeunes élus promis à un grand avenir national sont donc aussi sourds que leurs aînés. Si Annie est inquiète, ce n’est pas vraiment de devoir débourser plus pour se soigner. Elle est inquiète parce qu’elle a l’intime conviction que ceux qui dirigent le pays n’en ont rien à cirer ni d’elle ni des autres Français car ils sont « là-haut » pour une seule raison : s’en mettre plein les poches. Elle l’a pourtant dit clairement : selon elle, François Fillon va réformer la Sécu pour enrichir son ami PDG d’Axa et ensuite s’enrichir lui aussi.  On peut parier que quand Annie fait ses courses ou discute avec ses amies autour d’un thé, on ne parle pas longtemps de la réforme de la santé, ni des deux points de TVA ou du soutien à la croissance par le levier de l’offre. Dans ces échanges, très vite, et peu importe par quelle porte on entre (santé, retraites, logements, chômage..), un consensus s‘installe : « nous sommes entre les mains de vendus ».

Voilà ce qui travaille le pays, la source d’une défiance profonde à l’égard du Politique et non pas envers telle ou telle politique. La méfiance est telle qu’elle mine toute légitimité. Pour utiliser une métaphore médicale, la question des honoraires importe peu si beaucoup des patients pensent que les médecins achètent leurs diplômes et roulent pour les sociétés pharmaceutiques. Et si c’est le cas, pas la peine de disserter sur le niveau et le délai des remboursements.

Effectivement, si l’enjeu des élections est de départager des candidats qui tous souhaitent s’enrichir en roulant pour les multinationales et la finance, la régularité de la procédure, la qualité du débat ou l’efficacité des mesures proposées n’ont aucune incidence sur la confiance des citoyens dans leurs élus nationaux. Voilà une piste pour ceux qui souhaitent comprendre ce qu’est « le système » : simplement le nom qu’ont donné les « outsiders » à tous ceux que la loi autorise à les piller.

Le libéralisme contre la connivence des élites

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Alain Juppé et Hillary Clinton à Washington, juin 2016. SIPA. AP21055672_000001
Alain Juppé et Hillary Clinton à Washington, juin 2016. SIPA. AP21055672_000001

Le monde est choqué, a la nausée. Celui des médias, le mondialisé, celui pour qui les fins de mois se tiennent encore. Ce monde-là n’a rien vu venir. Et vous étonner de leur étonnement ou condamner ceux qui contestent le résultat de l’élection vous rendrait presque complice de celui que certains ont présenté comme le successeur d’Hitler…

Il y a trois semaines, aux Etats-Unis, la majorité silencieuse a gagné. Elle a trouvé en la personne de Trump le moyen d’exprimer avec force, colère et frustration. Elle n’a pas tout cassé, elle a utilisé le vote pour élire un candidat anti système, dans le respect des règles établies. C’est un cri : elle veut que ça change.

Vous êtes bien lotis et vous redoutez un retour aux heures les plus sombres ? Ne vous payez pas de mots : le vivre-ensemble ne va pas de soi et se contenter de manifester son effroi ou son dégoût sur Facebook n’a aucun sens puisqu’ainsi vous le menacez. Oui c’est curieux mais l’empathie fonctionne mieux que le mépris pour vivre ensemble. En exprimant votre consternation, vous niez une fois encore leur souffrance et creusez un peu plus le fossé entre eux et vous.

Trump est la conséquence d’un système en faillite, pas sa cause

Faites l’effort de comprendre la souffrance des votants. Éprouvez leur détresse, mettez-vous à leur place, écoutez-les. La mondialisation crée de la richesse mais tellement de laissés pour compte. Leurs rangs grossissent, leurs inquiétudes aussi quand ils réalisent que la société pourrait très bien tourner sans eux.

Cette fois, un homme a compris leur désarroi s’est adressé à eux avec fracas, promettant un bon coup de balais et faisant fi du politiquement correct. Comment être un candidat anti système quand on en est issu ? En se faisant rejeter à son tour. Il a orchestré ses sorties scandaleuses, encaissé les coups, bravé les condamnations outrées de l’establishment et renforcé sa proximité avec les exclus.

Trump est la conséquence d’un système en faillite et non sa cause. Bien sûr, ses outrances sont choquantes mais la vraie menace pour nos démocraties n’est-elle pas la connivence des élites ? La faiblesse des contre-pouvoirs actuels, les affaires à demi étouffées, le soutien quasi unanime de la presse et de l’establishment à l’égard de sa rivale sont une réalité.

Qui mieux qu’Hillary Clinton incarne cette faillite du système ? En un chiffre, son bilan parle elle: 46,5 millions d’Américains dépendent de tickets de rationnement pour se nourrir.

La connivence des élites, c’est ce que combat le libéralisme

Sur le plan intérieur, les banques ont fait preuve d’un cynisme absolu à l’égard du peuple lors de la crise des « subprimes » mais sont parvenues à un accord financier plutôt que d’avoir à rendre des comptes. En Islande, les banquiers et les dirigeants qui ont failli ont fini en prison. Aux Etats-Unis, ça s’est soldé par un chèque. Résultat : les états s’endettent, les banques sont sauvées… Et c’est reparti pour un tour !

Depuis 2008, on a gagné du temps mais l’économie mondiale reste dans une impasse: Trump ou pas, les années à venir risquent d’être agitées.

Les démocraties occidentales sont malades. La légitimité des élus est inversement proportionnelle à l’abstentionnisme qui ne fait que monter. Le clientélisme électoral, ce cancer démocratique, permet aux élites de se maintenir. Si l’addition d’intérêts particuliers fait parfois l’élection, elle ne fait pas l’intérêt général.

Trump a mobilisé les laissés pour compte de la mondialisation et les classes moyennes qui financent un système qui ne leur profite plus. Ces gens-là chérissent leur liberté. Ils veulent un boulot, plutôt qu’un revenu universel, et un Etat fort qui les protège sans pour autant se mêler de tout. Trump est revenu à l’esprit du libéralisme pour disqualifier le système actuel: pourquoi donner plus de pouvoirs à un Etat qui déciderait seul de ceux qui profitent de ses largesses ?

La connivence des élites est un problème. C’est précisément ce que combat le libéralisme et ce que dénonce le peuple en votant contre les Démocrates américains ou les bureaucrates de Bruxelles.

On additionne les dénis de démocratie

Un individu dont la subsistance dépend d’un revenu universel versé par l’Etat n’est pas libre. Il vit au dépend de celui qui le nourrit et serait donc asservi. L’Etat aimerait aider le peuple mais cet « imbécile » ne comprend rien et préfère rester libre.

En Europe, la majorité des électeurs veut retrouver la maîtrise de son destin et considère qu’une mondialisation excessive génère plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ce souhait est exprimé dans les urnes depuis 10 ans (référendum de 2005, Grèce, Brexit…) mais il est ignoré par les dirigeants. Comment s’étonner du retour des populismes alors qu’on additionne les dénis de démocratie ?

En France, les grands partis sont pro-Union Européenne. Seule Marine Le Pen veut quitter la zone Euro et se réclamerait bien de Donald Trump. Ils ont, certes, des points communs. L’ennui c’est qu’elle semble seulement partager ses inconvénients.

Donald Trump a joué à un jeu dangereux, son pays en sort coupé en deux. Il a suscité des attentes fortes chez ses supporters et une haine féroce chez ses adversaires. Il doit obtenir quelques succès rapides pour remettre le pays sur le droit chemin. Et comme le commentaire est toujours plus aisé que l’action, le danger est bien réel. Pour cliver le pays, Marine Le Pen ferait aussi bien que Trump. Peut-être même mieux…

Comme lui, elle veut plus de protectionnisme et n’a jamais exercé le pouvoir. Mais, sur ce point, la comparaison s’arrête là. Pour relancer l’économie et remettre l’Etat à sa juste place, elle veut faire le contraire de lui.

Trump/Le Pen, comme Reagan/Mitterrand

Trump envisage de faire revenir au pays des usines et des emplois. Il veut donc diminuer la part de l’Etat dans l’économie pour pouvoir baisser les charges et les impôts qui pèsent sur les entreprises. Marine Le Pen, à l’inverse, est interventionniste et pense que l’Etat peut tout. Cette différence est fondamentale: elle propose un peu plus d’Etat et devra augmenter les impôts pour le financer. Trump en promet moins et en appelle à la responsabilité individuelle de chaque citoyen.

D’un point de vue économique, un parallèle peut être fait entre ces deux personnalités politiques et leurs homologues des années 80: Reagan et Mitterrand. Le premier avançait un programme libéral pour attirer les investisseurs, le second proposait un programme pour se faire élire, accumulant les solutions magiques et les promesses démagogiques. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Marine Le Pen a hérité d’un parti libéral en économie et traditionnel sur le plan sociétal. L’opportunisme électoral l’a convaincu d’épouser une doctrine économique opposée pour se faire accepter.

Einstein a dit: « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». Mais là personne n’est dupe.

Alain Juppé, l’homme qui n’a rien compris

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Alain Juppé entouré de ses partisans à son QG de campagne au soir de la primaire de la droite et du centre le 27 novembre 2016 à Paris © AFP PATRICK KOVARIK
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Alain Juppé entouré de ses partisans à son QG de campagne au soir de la primaire de la droite et du centre le 27 novembre 2016 à Paris © AFP PATRICK KOVARIK

Il n’est pas de très bon ton de tirer sur les corbillards, ou de frapper un homme à terre. La défaite d’Alain Juppé mérite quand même quelques commentaires, ne serait-ce que pour souligner l’aveuglement du système médiatique qui a cru dur comme fer pouvoir, encore une fois, nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Je n’ai jamais cru à la possibilité de victoire à la primaire de la droite du « meilleur d’entre nous », vieux cheval politique fourbu rhabillé en « rassembleur » et présenté contre toute logique comme le sauveur de la nation capable de la protéger du retour de Sarkozy.
Alain Juppé, quant à lui et comme d’habitude a commis toutes les erreurs, les unes après les autres, la dernière étant d’avoir déclenché entre les deux tours la diabolisation de son nouvel adversaire. Espérant ainsi mobiliser les électeurs de gauche pour empêcher la victoire du nouveau Pétain des heures-les-plus-sombres. Et de nouveau, mauvaise pioche, puisque cela a provoqué l’inverse et lui a fourni une nouvelle défaite humiliante pour sa collection.

Fiascos en série

Le maire de Bordeaux a multiplié les échecs. Tout bardé de diplômes qu’il est, dauphin cajolé de Jacques Chirac, bénéficiant de toutes les facilités et de toutes les opportunités, il affiche pourtant un passif impressionnant. Il n’est pas nécessaire d’en dresser la liste, mais simplement de s’interroger sur ce mécanisme intellectuel qui l’a amené à être tant de fois à côté de la plaque. Pénétré d’une supériorité intellectuelle qu’il s’auto-attribue, il considère que places et honneurs lui sont dus, alors que dans la vraie vie, cela ne fonctionne pas comme ça. Dernier exemple, avoir cru que cette incontestable supériorité lui promettait la succession de François Hollande, et lui valait la flagornerie du système médiatique. Le retour de la droite étant inévitable, Juppé a dû cet engouement des médias à la nécessité de trouver une alternative à Sarkozy pour sauver les meubles de la caste. Faute de monde sur les catalogues, un vieux cheval de retour au casier chargé a fait l’affaire, jusqu’au moment où la bourgeoisie de droite s’en est trouvé un autre plus présentable.

Le « meilleur d’entre nous » a affiché son incompréhension affligée au soir du premier tour de la primaire, refusant l’évidence par sa décision de se maintenir alors même que son score l’aurait mis à la troisième place sans l’apport frauduleux des voix de gauche. De surcroît, la rouste était assurée au second tour. Qu’à cela ne tienne, on y va tête baissée, campagne quasi-gauchiste entre les deux tours, mobilisation à son profit de la presse de gauche, et évidemment mobilisation concomitante des gens de droite furieux pour une nouvelle gifle au chantre de l’identité heureuse. Et toujours cette surprise douloureuse, comment peut-on infliger cela au « meilleur » ? C’est en fait très simple, toute la carrière d’Alain Juppé le démontre : l’actuel maire de Bordeaux ne comprend rien.

Un chiraquien très modéré

En 1993 par exemple, où après les années 80 de folie, la corruption étant le financeur de la vie politique, et où Alain Juppé adjoint aux finances de la Ville de Paris, était à la manœuvre, la loi de 1990 était venue mettre le holà. Et tout le monde avait compris qu’il fallait donc changer les habitudes, et être désormais prudent à la fois dans les rapports avec les entreprises et dans les dépenses électorales. Mais pas Alain Juppé. Les législatives prévoyaient une considérable vague bleue et dans une circonscription parisienne confortable, il était tranquille. Cela ne l’a pas empêché de passer un accord à un prix plus qu’amical avec le groupe Decaux gros fournisseur de la ville pour une campagne d’affichage promotionnel « à prix d’ami » de son livre La tentation de Venise. La vraie dépense aurait dû être calculée, réintégrée dans son compte de campagne, l’élection annulée et Juppé déclaré inéligible pour un an, sans compter la dimension pénale assez évidente. Il bénéficia cependant de la part du conseil constitutionnel présidé par Roland Dumas d’une mansuétude assez surprenante. Qu’il considéra comme tout à fait normale…

Par la suite, début 1995, au moment où les courbes des sondages commençaient à s’inverser, il pensa abandonner Jacques Chirac et rallier Édouard Balladur en négociant son poste ministériel. Rattrapé à temps, il se retrouva du bon côté au moment de l’élection et bénéficia une fois de plus de l’affection peu rancunière de Jacques Chirac qui le nomma Premier ministre en lieu et place du vrai vainqueur Philippe Séguin. Parce qu’il était le meilleur, bien sûr. Résultat : Juppé abandonna immédiatement la ligne de la fracture sociale sur laquelle Chirac avait été élu et concocta sans aucune concertation une réforme technocratique des retraites qu’il vint présenter sous les ovations devant l’Assemblée nationale introuvable de 1993. Et Juppé de s’étonner d’être confronté à un des mouvements sociaux de masse les plus importants de l’après-guerre.

Il avait aussi trouvé entre-temps le moyen de se mettre dans une situation impossible avec l’histoire des attributions des logements du domaine privé de la Ville de Paris. En position incontestable de prise illégale d’intérêts, il signait en tant que bailleur des baux de location pour lui-même et sa famille à des prix avantageux. Mélange des genres, interdit depuis toujours et sévèrement réprimé par le code pénal, cela lui apparaissait pourtant comme parfaitement normal. Face aux froncements de sourcils appuyés du parquet de Paris, qui préféra cependant avec mansuétude encore, un déménagement précipité du premier ministre qui venait d’arriver, plutôt qu’un passage devant le juge, il opposa urbi et orbi avec une inconscience désarmante, son fameux « droit dans ses bottes ». Comme on peut s’en douter cela fit grand plaisir aux magistrats de l’entendre, s’affirmer convaincu d’avoir subi une injustice lui qui avait commis plusieurs infractions et bénéficié d’une incontestable bienveillance. Ils sauraient s’en souvenir.

Ses méthodes de gestion à base d’autoritarisme hautain commencèrent à lui poser quelques problèmes politiques dans sa majorité pourtant pléthorique. La goujaterie du licenciement collectif des jupettes et la brutalité de celui d’Alain Madelin entre autres, commençaient à faire grincer. Qu’à cela ne tienne, le « meilleur » ne pouvant qu’être populaire n’est-ce pas, se laissa facilement convaincre par les mêmes sondeurs qui avaient annoncé le triomphe de Balladur, et pensa par la dissolution de 1997 récupérer une Assemblée nationale au garde-à-vous. On connaît la suite, le premier tour catastrophique, l’éjection en urgence au profit de l’ennemi juré Philippe Séguin entre les deux tours, et le cadeau fait à Chirac d’une cohabitation de cinq ans.

Mépris de la justice

On ne reviendra pas en détail sur ses ennuis judiciaires postérieurs proprement dits si ce n’est pour rappeler l’inanité de la légende du fusible, Alain Juppé ayant été condamné pour ses propres errements. Et l’attitude arrogante et méprisante qu’il eut l’inconscience d’adopter tant vis-à-vis des magistrats que de ses collaborateurs embarqués à cause de lui sur ce mauvais navire. Une fois de plus, Alain Juppé ne s’était pas intéressé aux règles applicables en matière judiciaire, persuadé que sa supériorité intellectuelle le mettait à l’abri. Je me rappelle cette conversation avec un de ses proches me faisant part de son incompréhension après la condamnation prononcée à Nanterre par une présidente pourtant catholique et dame catéchiste ! Comment pouvait-on être catholique et condamner Alain Juppé !

Il y aura ensuite après son retour dans le fauteuil bordelais imperdable de Jacques Chaban-Delmas, la piteuse défaite législative en pleine vague bleue de 2007, et celle non moins piteuse sur Bordeaux de sa protégée Virginie Calmels aux régionales de 2015. Il est probable que son intronisation médiatique pour être le président de la République en 2017 lui est apparue comme légitime et normale. Il était le meilleur, et l’on a vite vu revenir l’arrogance cassante à base de : « je les emmerde » « si les Français ne veulent pas de moi ils se démerderont avec les retraites » et autres gracieusetés. Le voilà reparti désormais dans sa bonne ville de Bordeaux. Son speech de sortie montre que cette fois encore, il est probable qu’il n’ait pas compris ce qui lui était arrivé.

Pour une politique étrangère réaliste et souveraine avec Fillon

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fillon paris berlin moscou
Angela Merkel, Vladimir Poutine, Francois Fillon. Gdansk, 2009.
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Angela Merkel, Vladimir Poutine, Francois Fillon. Gdansk, 2009.

Loin de conduire à un retournement d’alliances, le renouveau du dialogue franco-russe constitue l’un des éléments significatifs du projet diplomatique ambitieux de François Fillon, qui entend, d’une part, remédier à l’isolement d’une Europe de plus en plus affaiblie sur la scène internationale et, d’autre part, rendre à la France, par une politique étrangère refondée sur le paradigme réaliste, des marges de manœuvre et un dynamisme.

Renoncer à l’illusion dévastatrice du néoconservatisme

Pour renouveler notre politique étrangère, il convient d’abord de renoncer aux illusions du néoconservatisme, qu’une Europe idéaliste et affaiblie a tacitement épousées.

A cause de leur idéalisme et des bons sentiments à quoi ils résument souvent leurs prises de position, les Européens ne parviennent pas à saisir la nécessité d’envisager les relations internationales autrement qu’à l’aune d’un moralisme aussi inconsistant que paralysant. Ils ont donc fait leur, insensiblement, par défaut et par facilité, un avatar du credo néoconservateur, plaçant au cœur de leur discours le soutien à l’ingérence, au mépris des catégories du droit international classique, qu’ils ont pourtant créé. A ce jeu, les Européens se privent de penser et de définir sérieusement leurs intérêts.

La priorité absolue et souvent réductrice donnée à la solidarité occidentale, qui leur tient lieu de politique, les ont de fait cantonnés dans un rôle d’auxiliaires. Par la perpétuation irréfléchie, quasi pavlovienne, d’un tel tropisme atlantique, les Européens donnent l’impression de ne pas avoir compris que la guerre froide était terminée, qu’ils n’avaient plus d’ennemis réels à l’est et que l’isthme européen, par conséquent, n’était plus l’enjeu central de la compétition internationale. Les Etats européens signent ainsi leur propre faiblesse, qu’ils croient vainement dissimuler en affichant, dans toutes les crises, un dogmatisme moralisateur inefficace et un normativisme en soi insuffisant.

Comme ses propos l’ont laissé entendre, tant au cours de la récente campagne qu’au long de sa carrière politique, Alain Juppé a toujours semblé favorable à cette doctrine idéaliste, ainsi qu’à l’observation prioritaire d’un certain conformisme occidental. C’est aussi la position du gouvernement actuel, qui fait montre d’une grande rigidité de principe à l’égard des puissances incontournables que sont la Russie en Europe et l’Iran au Moyen-Orient, et se condamne ainsi à ne pouvoir faire entendre sa voix.

Les initiatives américaines ont révélé l’inadéquation de l’idéalisme européen

Or l’évolution récente des positions américaines au Proche-Orient a laissé apparaître, s’il en était besoin, l’inadéquation de ces vues.

Après avoir pris la mesure des conséquences néfastes de l’intervention américaine de 2003 en Irak, qui a contribué dialectiquement à une poussée de l’influence iranienne dans la région, l’administration Obama a dû prendre acte de la situation nouvelle, en engageant des négociations avec la puissance perse, dont le retour officiel dans le concert des Etats devait être consacré par la finalisation à Vienne, le 14 juillet 2015, de l’accord de Genève sur le nucléaire iranien.

L’Amérique faisait ainsi, résolument, le choix de la diplomatie.

Aujourd’hui, Donald Trump souhaite renouer un dialogue direct avec les Russes. En rapprochant l’Amérique d’une Russie à la recherche d’alliés, le président américain élu cherche maintenant à contrebalancer la progression iranienne et à empêcher la constitution en Eurasie d’un heartland russo-irano-chinois, qui représente un danger pour les Etats-Unis dans la compétition pour le leadership mondial.

Ces métamorphoses dans notre environnement stratégique, où tout semble se jouer sans nous, risquent de précipiter l’isolement de la France et de l’Europe sur la scène mondiale.

Le retour de l’axe Paris-Berlin-Moscou?

Pour la France et pour les Européens, l’enjeu politique des années à venir sera concrètement la constitution négociée de nouveaux partenariats, leur permettant de faire valoir leurs intérêts et de défendre leurs positions parmi les puissances du monde. Dans cette perspective, un vaste aggiornamento diplomatique, inspiré par une vision réaliste du monde, paraît nécessaire.

Dans ce contexte nouveau, la France devra proposer aux Etats européens qui le souhaitent, et notamment à l’Allemagne, la consolidation, dans l’autonomie et autour des seuls intérêts européens, d’un pilier  intergouvernemental de défense et de sécurité, articulée avec la définition, pour équiper nos forces, d’une clause préférentielle favorisant l’activité des groupes industriels européens, tels EADS, Safran, MBDA ou DCNs.

Bien plus, la constitution dans la profondeur d’un axe Paris-Berlin-Moscou, qu’avaient promue ensemble, il n’y a pas si longtemps, le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder, permettra d’apaiser les tensions sensibles dans les marches orientales de l’Europe, de confronter directement, par la négociation, les intérêts et les besoins respectifs des Etats de l’Union européenne et de la Russie, pour ensuite définir concrètement, si nécessaire par des accords, les coopérations sérieusement envisageables. Cette initiative pacificatrice devra être précédée d’une levée totale et nécessairement réciproque des sanctions économiques décidées par l’Union européenne contre la Russie et par la Russie contre l’Union européenne.

On le voit : le renouveau rationnel du dialogue franco-russe est une clef dans la redéfinition de nos objectifs diplomatiques.

François Fillon est le seul leader en mesure de conduire le virage nécessaire

Toujours alliée aux Etats-Unis mais européenne avant tout, la France de demain pourra ainsi, avec l’Allemagne et la Russie, prendre toute sa part de la résolution des crises qui ébranlent le Levant et le monde arabe. Dans le même temps, la France demeurera attentive aux besoins de ses partenaires d’Afrique et du Maghreb, dans le souci de lutter avec eux contre les réseaux terroristes et d’ouvrir la voie à un développement concerté, devant permettre la réduction des flux migratoires incontrôlés.

Par sa vision, il a anticipé les évolutions en cours et a compris la nécessité d’une politique étrangère réaliste et souveraine, soucieuse avant tout de l’indépendance de la France et de la défense de ses intérêts.

Pragmatique et résolu, François Fillon est enfin le seul homme en mesure de rassembler les Français autour de ce dessein et de cette espérance.

Son père, sa mère, Allah et elle

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farah kay belgique islam

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Malaise. En refermant  le livre de Farah Kay Mon père, ma mère, Allah… et moi, j’ai senti mon énergie s’échapper, mon esprit s’embrouiller. Les violences faites aux femmes, aussi vieilles que le monde, continuent encore et toujours d’être choquantes, insoutenables. Certes, elles traversent toutes les classes et toutes les cultures, mais elles deviennent légitimes, voire « traditionnelles », quand elles sont commises au nom de l’honneur ou de Dieu, et prônées, en l’occurrence, par  l’archaïsme islamique.  Là où rien  n’arrête l’asservissement du corps et de l’esprit des femmes, par l’habit, les coups, l’excision ou l’humiliation. Rien. Ni personne, pas même les mères. Ces mères qui ont peur des hommes qui ont peur des femmes…

Une double peine pour Farah, qui a enfin pu raconter son histoire, et s’en alléger.

Longtemps j’ai cru que, dans les pays arabes, la révolution viendrait des femmes, leur propre libération pouvant entraîner celle de leurs peuples. Mais non, l’actualité le prouve tous les jours, je me suis trompée et j’en ai honte. Honte pour cette famille belgo-marocaine, vivant dans une cité populaire de Belgique, pas loin de Molenbeek. Honte pour cette petite fille qui porte le prénom de la fille préférée du prophète, Fatima.

Des parents prédateurs

Le mélange « couscous-frites » est explosif pour cette gamine qui s’endort paisiblement dans son lit à barreaux le jour où son père lui tend son sexe pour qu’elle le touche, comme on tripote un jouet. Elle n’a que quatre ans et toute une vie saccagée devant elle.

Si elle ne le sait pas encore, lui, le père sait, la mère aussi… Fille et musulmane, c’en est trop pour ce couple de prédateurs, pour toutes les femmes de la famille, soumises à la volonté de toute-puissance de l’homme.

La petite Fatima-Farah se débat seule, furieusement, désespérément, dans ce trou noir creusé par les violences de son père, l’assentiment de sa mère, l’indifférence de toute sa famille. Et le soleil du Maroc, quand elle s’y rend pour les vacances, n’adoucit pas son calvaire. Ce pays, écrit-elle, où « L’Islam fait office de loi ». Ce jour où elle ose dire au père « Tu n’as pas le droit de me frapper, nous sommes en démocratie ». Démocratie ? Un gros mot et une torgnole, une… Et dire qu’en 1989, à l’ONU la Convention Internationale des Droits de l’Enfant a été ratifiée, ou du moins signée, par 193 états sur 195…Une nécessité qui ne fait toujours pas loi dans certaines « démocraties ».

Pourquoi tant de haine ? Parce que Fatima-Farah la mérite. Elle n’est qu’une femme en devenir. Un objet sexuel, un non-être, une gosse que l’on frappe dès qu’elle exprime la moindre contradiction, une fillette dont on casse la moindre résistance. Une adolescente qui cherche refuge dans son carnet intime, que le père découvre et qu’il lit, sans pudeur aucune. Sans doute pour mieux lui voler son âme, et lui infliger la correction qu’elle mérite, quand elle veut exister au moins pour elle-même.

Un frère choyé

Une enfant qui aurait dû inspirer l’amour mais que sa mère n’aime pas. Trop aveuglée par son criminel de mari.

Fatima-Farah affectionne les lapins ? Elle joue avec, caresse leur pelage, et les retrouve le lendemain, cuits et recuits sur la table du déjeuner. Elle se protège et s’amuse derrière un mouton dodu ? On l’oblige à assister à son égorgement le lendemain, avant de le griller pour un méchoui. En prime, elle reçoit une raclée quand elle hurle qu’elle n’est pas « une cannibale ».

Le père, c’est ainsi qu’elle le nomme tout au long du récit, la terrorise à tout bout de champ, la force à manger ce qu’elle n’aime pas, à le masturber quand il veut, à se taire quand elle prend le risque de se livrer à une amie. La mère, elle, laisse faire, elle n’a d’yeux que pour le petit frère… Un garçon, un prince, une aubaine dans cette famille musulmane, celui à qui on passera le relais de l’honneur. Et le droit de maltraiter les femmes. La mère qui « viole » sa fille le premier jour de ses règles, en lui enfonçant un tampon dans le vagin, alors que la jeune fille pubère réclame une serviette hygiénique. Nul besoin de creuser la symbolique, elle est flagrante, à fille impure, remède phallique.

Fatima-Farah grandit dans une sidération sans cesse renouvelée, absente de son corps, l’esprit tourneboulé par les traumatismes qui s’accumulent, jusqu’à la pousser à des tentatives de suicide. Elle apprend le maniement des armes, fantasme le meurtre de son père. La jeune fille devient une bombe prête à exploser pour tuer l’islam qui est en elle, ou celui qui dicte la cruauté à sa famille.

Elle fugue, revient, repart, se fait tatouer un pistolet au creux des reins, pratique interdite dans la religion du père.

Elle quitte enfin ses parents. Elle jure de ne plus fouler la terre d’un pays musulman, parce qu’elle ne comprend pas cet islam qui annihile les femmes, qui arme la main et le cœur des hommes. Elle est d’origine berbère, elle est belge, elle reste écartelée entre la laïcité de la mère et la religion musulmane du père. Mais elle rêve encore, et heureusement, de trouver la paix en elle.

Jour après jour, elle se cherche, alors elle devient comédienne. Juste pour être une autre et s’approcher au plus près d’elle-même. C’est tout le bien que je lui souhaite, parce que Farah est une belle personne, et qu’on ne le lui a jamais dit.

Fillon, le triomphe du libéral-conservatisme

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Des soutiens de François Fillon réagissent aux premiers résultats en sa faveur lors du 2e tour des primaires de la droite et du centre, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON
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Des soutiens de François Fillon réagissent aux premiers résultats en sa faveur lors du 2e tour des primaires de la droite et du centre, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

La primaire de la droite et du centre a accouché de l’éclatante victoire de la droite de convictions. Il ne devait en rester qu’un et ce fût finalement lui. Longtemps distancé dans les sondages, jamais réellement considéré malgré un programme plus complet, François Fillon a, ce dimanche, transformé  l’essai après être passé tout près d’un hold-up parfait au premier tour.

Une victoire méritée pour celui qui, mieux que quiconque, a su capter les aspirations du peuple de droite, fatigué de près d’une décennie de « sarkozie » et peu enclin à se livrer au maire de Bordeaux, partisan d’un libéralisme-progressiste beaucoup trop tiède à son goût.

Un programme plébiscité

Car à n’en pas douter, la victoire et le score de François Fillon témoignent moins de l’adhésion à un homme qu’à un programme. Certes, sa retenue, son impassibilité – pour ne pas dire son austérité – tranchant avec l’éruptif Nicolas Sarkozy a séduit. Tout comme sa discrétion, sa sérénité et surtout sa volonté de ne pas se soumettre à l’injonction médiatique de l’immédiateté dont a fait preuve ces derniers mois Alain Juppé, assuré d’être le futur Président de la République par une caste médiatique de gauche qui voyait en lui « le moins pire d’entre eux » à défaut du meilleur.

Le succès de François Fillon réside avant toute chose dans cette capacité qu’il a eu à parler à un peuple de droite déboussolé, parfois humilié, et auquel il a su plaire en reprenant des « éléments de langage » qui font écho auprès d’un électorat qui se refuse à voter Front national, notamment pour des raisons économiques évidentes.

Rassurer d’abord en évoquant la famille, la filiation, la transmission. Des valeurs que d’aucuns trouvent mise à mal sinon bafouées depuis le « mariage pour tous » et ce, en dépit d’une mobilisation sans précédent pour une frange de la population qui ne descend que très rarement dans la rue. En ce sens, l’ancien Premier ministre a parfaitement su prendre en compte cette « Révolution conservatrice » chère à Patrick Buisson qui secoue l’ensemble des sociétés occidentales. Il le fit d’autant plus facilement que contrairement à son adversaire du soir, il ne changea jamais son discours d’un iota pour essayer de complaire à une partie de la gauche amenée à se déplacer malgré son antipathie pour les « valeurs républicaines de la droite et du centre ».

Parler à la France éternelle

Il est enfin celui qui, parmi l’ensemble des candidats à cette primaire – exceptés peut-être Jean-Frédéric Poisson voire Nicolas Sarkozy –, sut le mieux parler de cette « France éternelle » comme d’une nation, d’une culture, qui ne doit pas être diluée dans un multiculturalisme « béni oui-oui » et une mondialisation parfois violente, réaffirmant sans cesse les valeurs judéo-chrétiennes de notre pays, sans nier pour autant la richesse apportée au fil des siècles par les vagues d’immigration successives.

Prôner un discours de vérité ensuite en annonçant vouloir réduire les dépenses publiques à travers une cure drastique dans la fonction publique. Du sang et des larmes en somme ? Pas vraiment. Car les 110 milliards d’économie que promet François Fillon s’accompagneront de plusieurs mesures en faveur de l’entrepreneuriat: faciliter le financement des PME à travers une réduction de l’impôt sur le revenu de 30 à 50% du montant investi, multiplication des fonds d’amorçage, exemption des droits de succession sur les actions d’entreprises jusqu’à leur cession éventuelle… Bref, un bel attirail libéral qui fleure bon l’ère du temps et que l’ancien « collaborateur » a su prendre en compte, séduisant ainsi des grands patrons à l’instar d’Henri de Castries, mais aussi des entrepreneurs comme Alain Afflelou voire Charles Beigbeder, ce dernier n’étant pas insensible aux réformes économiques et sociales audacieuses du Sarthois, ni même à sa vision d’une « France uniculturelle qui transcende, sans les nier, la diversité des origines de chacun ».

Héritière de la pensée d’Edmund Burke, le père du conservatisme britannique, Laetitia Strauch-Bonart écrivait récemment que le « libéralisme originel, celui des Lumières et de ses successeurs, est une forme de conservatisme, car ce libéralisme était situé dans un temps et un lieu, fait de coutumes et de traditions ». Homme de synthèse et surtout de convictions, François Fillon incarne plus que jamais ce libéral-conservatisme d’une droite de nouveau fière de ses valeurs et de son histoire. Son éclatante victoire d’hier soir en est la preuve matérielle et quantifiable. Avant celle de mai prochain ?

Fillon: le grand malentendu

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François Fillon, très net vainqueur dimanche de la primaire de la droite face à Alain Juppé, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON
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François Fillon, très net vainqueur dimanche de la primaire de la droite face à Alain Juppé, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

Avec près des deux-tiers des suffrages, François Fillon a remporté une victoire, impensable il y a un mois. Il avait véritablement construit son succès lors des dix derniers jours précèdent le premier tour, où il avait écrasé la concurrence, en éliminant Nicolas Sarkozy et en mettant seize points dans la vue d’Alain Juppé. Lors de l’entre-deux-tours, il a essuyé le réveil de son adversaire, qui lui a lancé quelques boules puantes, lesquelles ont mobilisé autant sinon davantage d’électeurs droitiers choqués de ces manœuvres que d’électeurs de gauche à qui étaient adressés les appels du pied. François Fillon a donc réussi à envoyer à la retraite Nicolas Sarkozy et Alain Juppé en sept jours. Chapeau l’artiste ! L’ancien président de la République a complètement mésestimé la défiance qu’il inspirait au peuple de droite.

Comment pouvait-il en être autrement, cajolé qu’il était par ses fans se pressant pour obtenir une dédicace dans les Espaces culturels Leclerc transformés en autant de villages Potemkine, lui faisant croire qu’il était encore en phase avec ceux qui viendraient voter à la primaire ? Quant à Juppé, il n’a pas su profiter de l’appui de François Bayrou qui, en indiquant qu’il ne serait pas candidat contre lui, donnait une prime substantielle dans les sondages présidentiels du premier tour, et faisaient de lui  le candidat qui donnait les meilleures chances de victoire à la droite. Mais si le nouveau champion de la droite a gagné la primaire, il est encore loin d’avoir gagné la présidentielle, ouverte comme elle ne l’a jamais été depuis 1974. On a beau présenter cette compétition comme un succès démocratique, elle n’a concerné que 4 millions et demi d’électeurs sur les 36 qui devraient participer à la présidentielle, soustraction faite des 20% traditionnels d’abstentionnistes. Le programme économique de François Fillon était sans doute en phase avec l’électorat âgé et CSP+ de la primaire;  il faudra en convaincre au moins 14 millions d’autres de son bien-fondé.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.