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L’UE, un projet sous férule allemande?

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coralie delaume europe cayla
Coralie Delaume et David Cayla. Crédit : Margot l'Hermite.

David Desgouilles. Dans le prologue de votre livre La fin de l’Union européenne (Michalon, 2017), vous dévoilez un secret de fabrication. Le titre de l’essai a été décidé à l’achèvement de vos travaux. Ces derniers vous ont donc convaincus que l’agonie de l’Union européenne est proche ?

Coralie Delaume. Non, mais ils nous ont très argement confirmés dans notre hypothèse initiale. Et si cela n’avait pas suffi, ce qui s’est passé en Belgique alors que nous mettions la touche finale, à savoir la révolte du social-démocrate wallon Paul Magnette contre la signature du traité de libre-échange euro-canadien CETA, aurait achevé de nous convaincre que l’Europe était définitivement entrée en phase d’agonie.

Évidemment – et pour tout dire on n’en doutait guère – les Belges ont fini par rentrer dans le rang. Pour autant, on sent que désormais, les départs de flamme peuvent se produire n’importe quand et provenir de n’importe où. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux, moins maîtrisable que les autres, fera s’embraser l’ensemble. Sera-ce une sortie inopinée de l’Italie de la zone euro, ainsi que l’ont prévue tout à la fois Joseph Stiglitz et le patron du célèbre institut économique allemand Ifo ? Ou une victoire du PVV ( Parti pour la liberté) aux législatives néerlandaises de mars 2017 ? Difficile à anticiper. Mais l’épisode « Wallonie contre CETA » n’était pas prévisible non plus.

David Cayla. Quoi qu’il en soit, le « combo » crise grecque de 2015 / vote sur le Brexit de 2016, signe vraiment – ça on le savait déjà avant de prendre la plume – la mise en route d’un processus de désagrégation. Celui-ci commence, pour des raisons qu’on développe dans l’ouvrage, par les périphéries. Périphérie Sud pour la Grèce, car même si elle n’a pas quitté la zone euro, le simple fait que cela ait été envisagé – pas par elle-même d’ailleurs mais surtout par les Allemands – a enfoncé un coin dans le mythe de l’irréversibilité de l’euro. Périphérie Ouest pour la Grande-Bretagne, avec une décision de sortir qui change considérablement les perspectives d’avenir. L’Europe n’avait fait jusque là que s’élargir. Pour la première fois, elle se rétracte. C’est un événement décisif, quoique certains aient pu dire pour en minimiser la portée.

Coralie Delaume. Et puis, la Grande-Bretagne reste la plus vieille démocratie du monde. Le fait qu’elle décide d’assumer pleinement sa souveraineté nationale a valeur d’exemple.

 Lisez la suite de cet entretien sur le blog de David Desgouilles.

La fin de l'Union européenne

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Michel Onfray, le pamphlétaire errant

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Michel Onfray sur le plateau de "La Grande Librairie" sur France 5, mars 2016. SIPA. 00747716_000005

Décadence, que vient de faire paraître Michel Onfray chez Flammarion, est une éruption incontrôlée de paroles qui charrient le pire et parfois le meilleur, comme le Vésuve qui anéantit Pompéi et Herculanum et sauva des chefs-d’œuvre de la peinture romaine. On attend du pamphlétaire qu’il soit scandaleux, le plus scandaleux bien sûr étant Céline dans ses pamphlets antisémites. Avec Onfray, on est servi : Jésus-Christ est une fiction, l’empereur Constantin est un impérialiste sanglant et Saint Paul un misogyne dangereux. Il se trouve que j’ai sur ma table de chevet trois œuvres majeures qui m’affirment que le Michel raconte vraiment n’importe quoi.

La magistrale synthèse de toutes les recherches universitaires sur le Christ (et Dieu sait si elles sont nombreuses et écrites par des spécialistes de toutes convictions) se nomme simplement Jésus, de l’historien Jean-Christian Petitfils. Tout le monde sait, sauf Michel Onfray, que la vie du Christ est signalée par des historiens romains, dont Flavius Josèphe dans ses Antiquités Juives. Ce qui est moins connu et très émouvant, c’est qu’il est désormais prouvé que l’évangéliste Jean fut un témoin oculaire direct de la Passion. Il a par exemple entendu de ses propres oreilles et reproduit dans son Evangile la faute de grec commise par le latin Ponce-Pilate lors du procès du Christ. Le gouverneur romain a dit « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit » avec deux parfaits grecs, au lieu d’un parfait et d’un aoriste qui auraient été nécessaires. Élève Ponce, vous aurez zéro en conjugaison grecque !

Le grand historien de l’Antiquité Paul Veyne a écrit un beau livre qui s’appelle Quand notre monde est devenu chrétien. Je recommande particulièrement à votre gourmandise intellectuelle le chapitre Un chef-d’oeuvre : le christianisme, le plus bel éloge du christianisme que j’aie jamais lu, pourtant rédigé par un incroyant ! Paul Veyne parle beaucoup de Constantin et affirme à plusieurs reprises qu’il n’y a jamais eu, sous son règne et celui de ses successeurs du IVème siècle, la moindre persécution des païens par les chrétiens, ni la moindre discrimination dans les emplois publics. Ses lettres trahissent certes beaucoup de mépris pour ceux qui n’ont pas vu la grandeur morale de la nouvelle religion, la passion amoureuse fulgurante et réciproque qu’elle propose entre Dieu et sa créature. Les nombreuses guerres que dut mener Constantin furent consacrées à la défense des frontières et à la lutte contre ses rivaux, la routine des empereurs romains. Quant à Eusèbe de Césarée, il fut un simple flagorneur et sûrement pas le mentor d’un esprit d’aussi haute volée que Constantin.

Les pamphlétaires disent n’importe quoi

La philosophe chrétienne Chantal Delsol, que j’admire beaucoup pour son courage sur les questions de société actuelles (oublions un petit ratage sur le burkini, personne n’est parfait) explique clairement, dans Le Nouvel Age des Pères qu’elle a fait paraître avec Martin Steffens, que le respect chrétien de la femme remonte à la phrase de Saint Paul affirmant que toutes les créatures humaines sont égales devant Dieu : « devant Dieu, il n’y a ni Juif ni Grec, ni homme ni femme, ni maître ni esclave… ». Le Coran affirme, lui, selon Chantal Delsol, que « Dieu préfère les hommes », citation sur laquelle je m’abstiendrai d’ironiser même sous la torture. Il serait absurde de nier qu’il y a chez Saint Paul d’autres phrases qui nous paraissent aujourd’hui bien misogynes. Mais la Bible, ni dans sa partie juive ni dans sa partie proprement chrétienne, n’a jamais été présentée comme parfaite et incréée. C’est une œuvre humaine éclairée par la révélation divine, et une discussion avec ma fille me fait supposer que les jeunes générations, qui entendent plus souvent parler d’islam que de christianisme, finissent par s’imaginer que la Bible est tombée directement du ciel comme le Coran.

La cause est entendue, les pamphlétaires disent n’importe quoi. Céline affirmait que le Révolution Française était l’œuvre du Premier ministre anglais Pitt qui avait soudoyé les émeutiers de la Bastille. Mais il leur arrive, à travers la grossièreté de leur discours, ou peut-être grâce à elle, de beaucoup donner à penser. « Entre le pénis et les mathématiques, il n’y a rien » lit-on dans Le Voyage au bout de la Nuit, une phrase qui mériterait d’être proposée au bac si les organisateurs étaient moins bégueules. On pourrait, en ce sens, dire que Donald Trump, par ses énormités libératrices et cathartiques, a davantage l’étoffe d’un grand pamphlétaire que d’un président des Etats-Unis. Michel Onfray porte, lui, des jugements cruellement justes sur le catholicisme d’aujourd’hui : « en faisant de Dieu un copain à tutoyer, du prêtre un camarade à inviter en vacances, du symbolique une vieille lune à abolir, de la transcendance une plate immanence […] l’Eglise a précipité le mouvement en avant qui annonçait sa chute ». Comment sait-il cela ? Je me demande si ce diable d’homme ne se dissimule pas sous un grand manteau et une grande voilette pour aller écouter la messe tous les dimanches dans sa paroisse de Caen.

Mais Décadence finit comme un pétard mouillé. Le volcan accouche finalement d’une souris, miraculeusement sauvée de la lave. L’islam triomphera de l’Occident, et qu’importe ? « Nous avons le nihilisme, ils ont la ferveur ; nous sommes épuisés, ils expérimentent la grande santé, nous vivons englués dans l’instant pur […], ils tutoient l’éternité… » Voilà qui n’est plus du tout pamphlétaire. Agrippa d’Aubigné  réclame la vengeance contre les catholiques dans les Tragiques, Paul-Louis Courier abomine Napoléon le Grand, Victor Hugo traîne dans la boue Napoléon le Petit, Bernanos tempête contre Franco, Soljenitsyne contre le Goulag. Et Onfray nous prêche benoîtement la résignation ! Mais où est passée la grande leçon sartrienne, la seule de cet homme qui a mes yeux garde toute sa valeur : « Engagez-vous ! » Je trouverais plus honnête et intéressant un essayiste qui se poserait la seule question essentielle pour nous en ce début 2017 : pour la suite de la France, pour échapper à l’islamisation de notre pays, vaut-il mieux voter François Fillon ou Marine Le Pen ?

Décadence: Vie et mort du judéo-christianisme

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Le nouvel âge des pères

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Quand notre monde est devenu chrétien

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Voyage au bout de la nuit - Prix Renaudot 1932

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Au musée Grévin du socialisme

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ps hamon valls montebourg
Débat de la primaire de la gauche. Sipa. Numéro de reportage : 00788398_000002.

J’ai eu l’immense privilège lors d’une nuit tempétueuse de me rendre au musée Grévin. Grâce à un dispositif ingénieux, quelques statues de cire représentant le haut du panier de la gauche old school discouraient sur l’avenir de la France, avenir auquel il leur importait visiblement d’être associés. Certains bonimenteurs du socialisme, sans doute parce qu’ils faisaient trop mauvaise impression dans cet aréopage, n’avaient pas eu droit à leur statue, tels Jean-Luc Bennahmias malicieux, mais un peu bourré, ou Sylvia Pinel et François de Rugy dont l’insignifiance aurait pu rebuter les visiteurs.

L’avantage de ces statues de cire, c’est qu’on peut pincer leur nez sans prendre aucun risque : on ne sait trop si elles sont vivantes ou mortes, ce qui engendre un sentiment d’inquiétante étrangeté. On peut également les interroger : leurs réponses combinent un curieux mélange d’éléments de langage et de statistiques, ce qui les rend vite inaudibles. D’ailleurs, le responsable de la partie audio ne s’est pas foulé : reviennent en boucle les valeurs républicaines, la laïcité, le rejet des extrêmes – avec François Fillon et Marine Le Pen comme boucs émissaires. Rien sur l’Europe, en revanche, qui même au Musée Grévin n’est plus source d’espoir. Bien sûr, compte tenu de la diversité des visiteurs, on a évité les sujets qui fâchent : l’islam, l’immigration et l’insécurité.

J’avais donc en face de moi Manuel Valls assez fidèle à l’original, légèrement rajeuni et parfois souriant. Le mannequin de cire est incontestablement flatteur, tout comme celui d’Arnaud Montebourg d’une élégance travaillée. Visiblement, au Musée Grévin, on en pince pour lui. En revanche, ce pauvre Benoît Hamon qui surfe sur un revenu universel, n’a pas été gâté par le costumier, ni par la nature d’ailleurs. Il donne l’impression de sortir tout droit d’un roman de Michel Houellebecq. Cet homme, tel qu’il figure au Musée Grévin, n’a aucun avenir devant lui, sauf peut-être comme directeur d’une chaîne de Formule 1. Mais il y a pire que Benoît Hamon : Vincent Peillon. On lui a fait une tête d’idiot du village, ce qui n’est pas très courtois pour un professeur de philosophie à l’Université de Neuchâtel, certes dépourvue de toute réputation, mais quand même…

J’oubliais : Manuel Valls a défendu François Hollande. Il était bien le seul. Quand j’ai quitté le Musée Grévin, j’entendais en écho un seul mot : « Rassembler ». Je me suis demandé s’ils y croyaient. Question stupide pour une statue de cire. Et plus encore pour un homme politique.

Pauvres communards…

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Thiers Emile Zola la Commune Alain Minc Gauche
Adolphe Thiers

À l’initiative du groupe socialiste, l’Assemblée nationale a voté le 29 novembre une proposition de loi proclamant la réhabilitation de toutes les victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871. Après cinq années passées à « nous débarrasser définitivement du socialisme » selon le mot enjoué d’Alain Minc, le parti socialiste a jugé opportun de sortir de ses tiroirs l’héritage de la Commune, avec l’espoir de convaincre ses électeurs dépités. Pour rappel, le principal ennemi de la Commune n’était autre qu’Adolphe Thiers, le « chef avoué du centre gauche » et « l’un des enfants de 1789 », comme l’encensait Zola dans les colonnes de La Cloche, l’un des quotidiens de la gauche républicaine.

Yves Montand – Le temps des cerises par farflungbaton

Dans Le Messager de l’Europe (octobre 1877), l’auteur des Rougon-Macquart écrivait encore à propos de l’« adorable » Monsieur Thiers, que « personne ne l’aurait suivi s’il s’était dirigé vers la droite, alors que l’instinct de la foule l’entraînait vers la gauche ». Le « génie français incarné » fut pourtant à l’origine de la répression terrible des communards qui fit 10 000 à 20 000 morts. Certes, Thiers ne mena pas lui-même ces basses œuvres meurtrières. Celles-ci furent confiées à un certain Gaston de Galliffet, le « bourreau de la Commune », qui sera par la suite ministre de la Guerre dans le gouvernement de « Défense républicaine » de Waldeck-Rousseau, constitué à la suite de l’affaire Dreyfus, le 22 juin 1899. Mais rien de tout cela n’empêche le parti socialiste de se réapproprier l’histoire de la Commune, en la gauchisant allègrement.

Née de l’alliance entre le socialisme ouvrier et la gauche républicaine, la gauche moderne s’est constituée sur le dos des communards.[access capability= »lire_inedits »] Près de cent cinquante ans plus tard, il semble néanmoins de bon ton pour la gauche de se retourner vers ceux qu’elle avait jetés aux oubliettes.[/access]

Farid Benyettou, VRP de la déradicalisation

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farid benyettou ardisson kouachi

On aurait pu traiter cet épisode avec enthousiasme : quel symbole magnifique, quel formidable hommage aux victimes que cette image du guide spirituel des Kouachi arborant le badge « Je suis Charlie » ! La preuve ultime et absolue que la « déradicalisation » des plus enragés est possible, un signe d’espoir, une petite lumière au bout du tunnel. Si lui a été déradicalisé, alors tous peuvent l’être. On a trouvé la recette, deux ans tout juste après Charlie. C’est la fin du cauchemar, c’est beau. Et merci Ardisson.

On aurait pu traiter cet épisode avec enthousiasme : quel symbole magnifique, quel formidable hommage aux victimes que cette image du guide spirituel des Kouachi arborant le badge « Je suis Charlie » ! La preuve ultime et absolue que la « déradicalisation » des plus enragés est possible, un signe d’espoir, une petite lumière au bout du tunnel. Si lui a été déradicalisé, alors tous peuvent l’être. On a trouvé la recette, deux ans tout juste après Charlie. C’est la fin du cauchemar, c’est beau. Et merci Ardisson.

Sauf que non.

L’indignation suscitée par la brève réapparition de Farid Benyettou en « ex-djihadiste » / «déradicalisé » / « repenti » aura révélé une chose : à tort peut-être, personne ne croit à la possibilité d’un retour dans le droit chemin. Et les médias doivent composer avec ce scepticisme généralisé… qui les éclabousse un peu.

Repenti ou « repenti » ?

Sans les guillemets, c’est qu’on y croit.

 

Ici aussi :

Et ici :

 

Avec les guillemets, on est plus prudent.

 

Voir aussi là :

Dans le titre qui suit, la tournure « se présente comme » opère une mise à distance du discours de Benyettou, que le rédacteur a soin de ne pas reprendre à son compte :

En outre, il faut noter que l’idée de « repentir » appartient au domaine de la morale. Or, il était entendu que les djihadistes devaient être soumis à un protocole de « déradicalisation » impliquant psychologues, éducateurs, hamsters à caresser, groupes de parole, batteries de tests comportementaux, pour tout dire une approche scientifique, systématisée et médicalisée de leur cas. On parle bien d’« éradiquer » le terrorisme, comme on dit éradiquer un virus.

En revanche, si ce qu’il faut atteindre est une forme de repentir, alors il va falloir embaucher des prêtres, des confesseurs aguerris formés à reconnaître la vraie contrition, et on peut laisser tomber les hamsters. J’ai déjà eu l’occasion ici de souligner la confusion fréquente entre l’approche pathologique et l’approche morale du dhijadisme. Ce Benyettou est-il un malade que l’on a guéri (ou qui s’est guéri tout seul, apparemment) ou bien un méchant devenu gentil ?

Ce n’est même pas si simple. La « maladie » dont il a souffert est-elle comme la varicelle ou comme la grippe ? Dans le premier cas, aucune rechute possible. Dans le second, il suffit que le virus mute un peu et c’est la récidive (au sens à la fois médical et pénal du terme).

Quant à l’hypothèse du méchant désormais « repenti », elle est bien moins rassurante que celle du virus contagieux.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Valls en Sarkozy, Hamon en Juppé, Montebourg en Fillon…

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hamon peillon valls pinel montebourg

Le plateau était moins prestigieux que ceux des débats de la primaire de droite. Aucun ancien président. Un seul ancien Premier ministre. Evidemment, on est tenté de comparer. A ce jeu-là, on est évidemment tenté de faire une revue d’effectifs, et d’oser quelques comparaisons avec les protagonistes de cet automne.

Manuel Valls ne peut échapper à la comparaison avec Nicolas Sarkozy. Non seulement parce qu’il a toujours partagé le même style, notamment dans les débats télévisés, mais aussi parce qu’il mise avant tout sur son expérience, employant les mêmes mots que l’ex-président sur le mode : « face à Trump, Poutine, Erdogan, il faut un homme, un vrai ». Mais il partage aussi avec Nicolas Sarkozy le fait d’avoir été souvent la cible d’autres débatteurs, et avoir été souvent sur la défensive, en particulier dans la première moitié du débat, consacrée à l’économie où il a été contraint de porter le bilan de François Hollande. Mais cette comparaison comportait néanmoins une limite : contrairement à Sarkozy, Valls a pu compter sur des alliés objectifs, François de Rugy, Sylvia Pinel et le fantasque Jean-Luc Bennahmias, qui ont peu ou prou défendu les mêmes positions que lui.

Vincent Peillon n’est pas passé à côté de son débat et il n’a -cette fois- pas commis de gaffe d’importance, si on excepte une erreur de langage lorsqu’il a évoqué les militaires français « d’origine musulmane » assassinés par Merah.


Primaire de la gauche: La gaffe de Vincent… par morandini

Lisez la suite de cet article sur le blog de David Desgouilles.

Harcèlement scolaire: l’école moderne est responsable

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La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, en compagnie de son homologue danoise, Christine Antorini. Paris, mars 2015. SIPA. 00708139_000015

La deuxième journée nationale contre le harcèlement à l’école a eu lieu début novembre. Parents, professionnels et enfants étaient visés par cette nouvelle campagne. Mais, si l’initiative était louable et que certaines vidéo présentées à l’occasion n’ont pas manqué d’émouvoir et de susciter l’indignation, on est en droit de se demander si le ministère ne s’est pas, tout simplement, trompé de cible…

Les parents, déjà largement sensibilisés à cette pratique, sont ceux qui, en dépit de tout bon sens, accusent régulièrement les enseignants de harceler leurs enfants. Les enseignants font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose, délestés qu’ils sont depuis des années de toute autorité. Quant aux enfants, beaucoup y sont sensibles, beaucoup sauf les principaux intéressés… Comme j’ai moi-même pu le constater lors d’une séance vidéo organisée par mon collège pour tous les élèves de quatrième. Les sourires entendus et ricanements de certains caïds ne tournaient pas à la franche rigolade, mais seulement en raison de ma présence dans la salle.

Quand les bourreaux passent pour des victimes…

Comment s’en étonner quand un ministère se persuade que les dangers principaux qui guettent l’enfant à l’école sont l’humiliation (par les professeurs !) et l’ennui, auxquels il faut remédier grâce à la « pédagogie de la bienveillance ». On ne peut prôner sans cesse l’indulgence envers les bourreaux, les faire passer pour des victimes et espérer que disparaissent miraculeusement ces brimades.

« Comment se fait-il que l’équipe éducative n’ait rien vu ? », entend-on régulièrement après un drame. Soit les adultes, qui n’ont plus aucun pouvoir depuis que l’école a décrété que la parole de l’élève valait autant que celle du professeur, ont tant d’autres choses à gérer qu’ils passent à côté. Soit, plus grave, la direction ferme les yeux ou minimise les actes de harcèlement et ne punit pas leurs auteurs à la mesure de leur comportement. Les exemples, hélas, sont légion. Un suffit à incarner le malaise : à Saint-Michel-sur-Orge dans l’Essonne, un établissement choisi pour lancer la précédente campagne contre le harcèlement n’a même pas respecté le protocole établi dans le cas de sa victime.

Certains se demandent aussi pourquoi les jeunes harcelés ne préviennent pas un adulte. Tout est fait pour les en dissuader. Dès leur plus jeune âge, on explique aux élèves qu’il ne faut pas « rapporter » – tout en leur interdisant de se faire justice eux-mêmes – certains allant même jusqu’à l’assimiler à de la « délation », mot que j’ai entendu de nombreuses fois dans les bouches des principaux/ proviseurs, de certains CPE, voire de certains collègues.

Les harceleurs ne sont quasiment jamais exclus

C’est oublier également que l’élève, qui ose raconter ce qu’il subit, prend le risque de voir ses brimades redoubler. De la part de ses autres camarades, prêts à toutes les compromissions pour ne pas passer pour des « balances » (des « poucaves ») et être du côté du plus fort – surtout dans une école qui a érigé le cancre en modèle (à Béziers, le harcelé s’est fait taper pendant l’intercours parce qu’il a répondu à une question posée par la prof et ce malgré tous les efforts qu’il faisait pour rester un élève moyen). Mais aussi de la part de la direction. Dans cette école qui a inversé toutes les valeurs, les harceleurs ne sont quasiment jamais exclus, on leur trouve toutes les circonstances atténuantes possibles et imaginables. C’est donc le plus souvent au harcelé de quitter l’école. Et tout le monde n’a pas nécessairement les moyens ou l’opportunité de déménager.

Sensibiliser au harcèlement, certes, cela ne peut pas faire de mal. Mais cette campagne risque fort de ne toucher que les adultes. Peu de chances pour que des enfants de 11 à 14 ans (c’est au collège que le harcèlement est, statistiquement, le plus fréquent) changent tout à coup de comportement. Une poignée de victimes osera peut-être en parler. Mais rien ne permettra de régler le problème en amont : une société qui attend tout de ses enfants et ne responsabilise pas ses adultes est une société malade.

En voulant éradiquer l’humiliation des élèves par le professeur, l’école moderne a construit l’humiliation des élèves par leurs semblables. En invitant les « apprenants » à échafauder eux-mêmes leur propre savoir, elle a confisqué l’autorité du professeur. En cherchant par tous les moyens à faire de ce dernier un égal de l’élève, elle a fait de lui un être pas davantage capable de le protéger que ses camarades.

« Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard » disait Nietzsche. On ne saurait mieux résumer l’idéologie de l’Education nationale.

Israël: profession protecteur de migrants

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israel migrants soudan afrique
Migrants érythréens à Tel Aviv. Sipa. Numéro de reportage : AP21810809_000001.

Il y a deux genres d’immigration en Israël : l’alya (« la montée ») ouverte à tous les juifs de la diaspora et qui représente l’immigration inhérente à l’État d’ Israël ; et l’immigration non-juive.

L’immigration non-juive en Israël

En plus des 200 000 Palestiniens des territoires conquis en 1967 et qui ont bénéficié de la carte d’identité israélienne, ou des conjoints non-juifs des israéliens originaires de l’ex-Union soviétique, les immigrés se comptent par milliers. D’Asie, de Roumanie, d’Amérique latine ou d’Afrique. Une partie d’entre eux arrive légalement avec des permis de travail de 5 ans et repart, mais la plupart restent à l’intérieur du pays, devenant des clandestins sur la Terre promise. Et il y a les demandeurs d’asile ou réfugiés. Ils viennent d’Afrique (90 % d’Erythrée et du Soudan). Depuis 2007, 60 000 demandeurs d’asile seraient rentrés en Israël. Il en resterait 40 000 aujourd’hui.

Conscient de l’histoire du peuple juif, Israël a joué un rôle important dans la rédaction de la Convention sur les réfugiés en 1951 et a été un des premiers pays  à l’avoir signée. Pourtant, le pays n’a toujours pas de politique d’immigration définie, explique Jean-Marc Liling, le nouveau directeur du Center for international migration and integration (CIMI). Cette ONG israélienne fondée en 1998 a pour vocation « d’ouvrir le large éventail des questions que pose au pays l’immigration non-juive, de forcer le gouvernement à respecter ses obligations en vertu du droit international et de faire appliquer les meilleurs pratiques concernant les migrants ». Au look jeune et branché, le nouveau patron du CIMI n’est ni un naïf ni un novice malgré sa petite quarantaine. Passionné par les questions d’identité, ce Juif pratiquant porte la kippa à Jérusalem où il vit et une casquette chic à Paris. Français, né à Genève, il habite en Israël depuis 20 ans, est diplômé de Sciences Po, a étudié dans une yeshiva, a fait son droit à Bar Ilan avant de voyager dans le monde entier. Il a été avocat au ministère de la Justice, notamment sur les réparations dues aux Juifs des pays arabes, puis au Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) en Israël. C’est là qu’il s’est intéressé aux migrations non-juives et aux mineurs non-accompagnés.

Un accueil sans consignes claires

Liling regrette que les autorités israéliennes ne donnent pas de consignes claires sur le traitement des migrants ou les demandeurs d’asile. Sans doute craignent-elles de créer un appel d’air qui amènerait des milliers d’autres arrivants. Moins d’1 % d’entre eux  obtiennent un permis de travail. Ceux-là sont bien traités et protégés par un cadre juridique clair. Les autres obtiennent un visa renouvelable auquel aucun droit n’est rattaché. Ils vivent pour la plupart en marge de la société israélienne et n’ont pas vocation à s’intégrer. Mais les autres ?

Le regard  de la société israélienne sur les migrants africains a peu à peu changé, souligne Jean-Marc Liling. Dans un premier temps, les Israéliens faisaient preuve d’ouverture et de compassion, surtout après les massacres au Darfour. Mais les arrivées massives ont fait peur. De plus, si les Érythréens sont chrétiens, les Darfouriens s’avèrent musulmans. Tous sont concentrés dans les mêmes quartiers défavorisés, dont le sud de Tel Aviv. 60 % des israéliens aujourd’hui pensent que ces migrants sont dangereux et représentent un manque à gagner pour l’économie du pays.

Est-ce la réalité ? Jean Marc Liling s’insurge : le taux de criminalité se révèle plus bas parmi ces étrangers que chez les Israéliens ! Certes, le sud de Tel Aviv est surpeuplé et manque d’infrastructures mais ce n’est pas pire que dans les autres régions du pays où sévissent chômage et pauvreté…

Israël a-t-il vraiment les moyens accueillir ces migrants ? Allons donc, s’écrie Liling, ils font les boulots que les Israéliens ne font pas ! Quant à l’argument de la taille du pays, si tous les juifs de la diaspora décidaient de faire leur alya, on leur trouverait bien de la place… Non, l’enjeu est  identitaire. Israël est-il un Etat juif ou l’État des Juifs ? Accorde-t-il oui ou non une place aux non-juifs ? Surtout quand ceux-ci n’ont aucun lien avec les ennemis d’Israël.

Liling regrette qu’Israël ne se considère pas comme un pays ouvert aux non-juifs. Pourtant les textes de la tradition parlent du « Ger », de l’importance de l’accueil de l’étranger, une obligation primordiale. Les valeurs juives doivent nous aider à envisager des rapports apaisés avec les non-juifs et à mener une politique d’immigration fidèle à notre histoire.

Entre autres missions, le CIMI accompagne les immigrés mineurs non-accompagnés par un programme spécifique depuis deux ans. Service national pilote, ateliers pour construire un projet d’emploi, accompagnement dans les études, rencontres à la Knesset et autres activités constituent son programme.

A ceux auxquels une politique d’accueil semble utopique dans un pays en guerre, le patron du CIMI cite l’exemple de l’école Bialik-Rogozin au sud de Tel Aviv. Une école publique sans juifs, scolarisant uniquement des enfants de migrants, un millier venus de 54 pays ! Une fabrique de citoyens israéliens. Survivants, traumatisés, ces mômes apprennent l’hébreu, l’art, la loi et tout le reste grâce à la société civile, les dons, les  professeurs, les bénévoles. Avec 96 % de réussite en fin de scolarité.

Jean Marc Liling raconte de belles histoires, comme celle de Benyamin, arrivé rescapé du Soudan à l’âge de 8 ans et qui est aujourd’hui un brillant étudiant à Tel Aviv. Ou Yonathan, venu d’Erythrée à l’age de 12 ans, devenu volontaire auprès des enfants en difficulté dans une école de Jérusalem. Et bien d’autres dont il est fier.

D’où lui vient cette empathie ? De l’étude de la Torah ? Sans doute, il ne se pose pas la question. Ou peut-être du fait que ses deux parents étaient des enfants cachés pendant la guerre…

Trump, le nouveau « Libertador »?

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Une d'un journal méxicain: "Trump, la tempête idéale", novembre 2016. SIPA. AP21974737_000001

« Trump ! », s’est exclamé, en juillet dernier, Rafael Correa, le président de gauche de l’Equateur, quand la jolie journaliste qui l’interrogeait lui a demandé quel était son candidat préféré pour la future présidentielle américaine. Pourquoi ? Parce qu’« il est tellement grossier qu’il va provoquer une réaction en Amérique latine, ce qui pourrait renforcer la position des gouvernements progressistes de la région ».

Comme l’Europe, l’Amérique latine est devenue – pour des raisons différentes – une terre de perdition pour la gauche: en 2009, le Honduras passait à droite après une destitution présidentielle ; en 2012, c’était le Paraguay ; fin 2015, l’Argentine passait sous la houlette du libéral-conservateur Mauricio Macri, après douze années de protectionnisme kirchnériste ; au Brésil, l’ancienne présidente déchue Dilma Roussef n’est plus en odeur de sainteté; au Venezuela, l’étrange successeur d’Hugo Chavez se précipite dans une fuite en avant dictatoriale devant la montée de son impopularité, et pourrait être bientôt contraint de léguer son trône à son nouveau vice-président. Quant à la Colombie, elle est globalement à droite depuis plus de soixante ans.

La gauche, ou plutôt les gauches latino-américaines, ont enduré épreuves sur épreuves lors des années Obama : qu’ont-elles à perdre de plus avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ? Si comme le suggère Rafael Correa, les Etats-Unis n’en finissent plus de se réjouir de la droitisation des gouvernements sud-américains, les désirs enfouis d’émancipation des peuples concernés pourraient même s’en trouver remués, et c’est a priori la gauche qui aurait à y gagner – à moins que des droites populistes puissent émerger et s’en charger à sa place…

Et la Chine conquit l’Amérique latine

Par le même effet repoussoir, l’arrivée  au pouvoir du grand blond pourrait profiter économiquement à l’ensemble du sous-continent. Après Hernán Cortés et la doctrine Monroe, c’est en effet la Chine qui pourrait y débarquer – encore plus – massivement.  Depuis quelques années, l’empire du Milieu place ses pions et contrarie l’hégémonie étasunienne sur son pendant naturel. Entre 2000 et 2014, les échanges commerciaux entre l’Amérique latine et l’Empire du Milieu ont été multipliés… par vingt. Lassée de son protecteur nord-américain, une bonne partie des gouvernements latino-américains a succombé aux charmes de l’Asie. C’est réciproque : la Chine ne peut plus se passer du soja brésilien. Et en novembre dernier, le président chinois Xi Jinping est allé signer de fructueux contrats – essentiellement dans le domaine de l’énergie – lors d’une excursion ensoleillée en Equateur, au Pérou puis au Chili – dont la Chine est devenu le premier partenaire commercial. En Equateur, Xi Jinping a déclaré avoir signé « des accords de coopération sur l’énergie, le commerce bilatéral, les finances », mais aussi « la justice et la culture ». Vastes chantiers. Au sommet annuel de la Coopération Asie-Pacifique (APEC) à Lima, il n’a d’ailleurs pas manqué de se réjouir de la dénonciation du partenariat transpacifique (TPP) – auquel sont rattachés le Pérou, le Chili et le Mexique – par Donald Trump et a proposé de le remplacer par un nouvel accord de libre-échange… excluant les Etats-Unis. Lors du même sommet, le président chinois a déclaré qu’il allait « renforcer la communication stratégique et le dialogue sur les dossiers internationaux ». Xi est même allé plus loin, en appelant à « une nouvelle ère de relations avec l’Amérique latine ». Il semble que la liaison soit faite pour durer.

Le réveil mexicain ?

Reste le cas du Mexique.  Après la dévaluation du peso mexicain face à l’imposant billet vert, le président Peña Nieto a eu la malheureuse idée d’augmenter le prix de l’essence de 20%. C’est la goutte qui a fait déborder le baril : dans le pays où l’on travaille le plus au monde pour le salaire minimum le plus bas et où l’on est, malgré tout, ordinairement enclin à une certaine passivité sociale, de violentes manifestations ont vu le jour à Mexico, Monterrey, et en province. Au 5 janvier, six personnes avaient déjà trouvé la mort, et au moins 1500 autres avaient été arrêtées.

Pemex (Petroleos Mexicanos), la principale société d’or noir mexicain – privatisée il y a trois ans par le même Peña Nieto – ne dispose que de quelques raffineries qui ont toutes passé la quarantaine. Le pays ne transforme que peu de pétrole en essence et la vend de toute façon 50 % plus chère à ses citoyens qu’à leurs voisins du Nord. Pire, les réserves quotidiennes d’essence mexicaine ne dépassent pas deux jours – contre trois mois pour celles des Etats-Unis. Le Mexique s’en trouve fortement dépendant des importations d’essence, en provenance, principalement, des… Etats-Unis. Une situation absurde et d’autant plus délicate avec l’arrivée de l’amoureux du Mexique et des Mexicains Donald Trump, qui dispose d’un moyen de pression très efficace pour faire plier le voisin du Sud si l’envie lui en prend.

Pour s’extirper de ce traquenard, le Mexique devrait raffiner son pétrole lui-même. Et c’est ce que propose Andrés Manuel Obrador, le candidat de la gauche à la présidentielle de l’an prochain. Craint par certains Mexicains, mais attendu comme le Messie par d’autres,  il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille et propose un programme assez culotté qui promet notamment de « récupérer le pétrole en 2018 » et de nationaliser les réserves du pays. S’il est arrivé deuxième de la dernière échéance, la forte impopularité du président actuel, couplée à l’arrogance de Donald Trump envers ses compatriotes, pourrait, cette fois, faire tourner le vent en sa faveur.

Foot, banlieue, violence: le stade critique

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Entraînement dans un club amateur du département des Yvelines (78).

Des pelouses de villages jusqu’aux plus grands stades, le foot français est porteur de valeurs de respect et de tolérance, à l’image de son équipe black-blanc-beur, incarnation d’un pays métissé, réconcilié avec sa diversité culturelle. Voilà ce qu’il était de rigueur d’écrire, dans l’euphorie de la victoire de 1998 en Coupe du monde. Qui y croit encore ? Dans une enquête d’opinion de 2012 réalisée pour l’agence de marketing sportif Sportlab, 3 % des personnes interrogées considéraient que l’équipe de France véhiculait des valeurs positives. 3 %, soit la marge d’erreur d’un sondage. Et celui-là était réalisé avant la sordide affaire de chantage à la « sextape » qui a valu une mise en examen à l’international Karim Benzema… Entre-temps, la France est arrivée en finale de l’Euro 2016. L’image des tricolores s’améliore lentement (7 % de très bonnes opinions en septembre 2016, sondage Odoxa). Reste un défi moins spectaculaire mais plus complexe que la reprise en main d’une vingtaine de jeunes millionnaires : la montée des incivilités et de la violence sur les terrains de foot amateur, en particulier ceux où dominent les joueurs issus de l’immigration.

La violence en baisse, selon la Fédération

Les voix officielles du foot n’ont évidemment pas la franchise de l’admettre. Elles se contentent d’égrener un chapelet de périphrases tellement transparentes que le plus obtus des journalistes saisit immédiatement. Il s’agit des « jeunes des quartiers difficiles », issus de « familles monoparentales », à tendance « communautaires », qui « n’ont pas les mêmes référents culturels » et qu’on trouve « surtout en banlieue parisienne ou en périphérie de grandes villes ». Bref, le foot black-blanc-beur, mais sans les blancs.

Mais comment la Fédération française de football pourrait-elle regarder en face la violence du foot de banlieue ? Selon son observatoire des comportements, la violence tout court n’existe pas sur les terrains ! 98,4 % des 670 000 matches officiels joués en 2015/2016 se seraient déroulés sans incident, chiffre en amélioration par rapport à la saison précédente. La moitié des faits signalés concerne des agressions verbales. La violence dans le foot ? Résiduelle, comme en athlétisme ou en cyclisme. La discipline baigne dans un climat de correction et de courtoisie.

« Ce n’est pas sérieux », tranche Jean-Jacques Demarez, secrétaire général de l’Union nationale des arbitres de football (Unaf). « Depuis le début de la saison 2016/2017, l’observatoire a enregistré cinq agressions contre des arbitres. Nous en sommes à 68. Les districts ne font pas remonter les plaintes pour préserver leur image. Tout le monde le sait. Dans le football, on se voile la face. »

Le ballon rond reste le sport le plus populaire du pays. Avec 2,1 millions de licenciés, la FFF distance largement le tennis (1,1 million), l’équitation (700 000), le judo (600 000) et le basket (1475 000). Elle a néanmoins connu un énorme trou d’air entre 2006 (record historique à 2,3 millions de licenciés) et 2012, perdant 600 000 licenciés qu’elle n’a toujours pas retrouvés. Le nombre de pratiquants stagne ou régresse dans les bastions historiques des Pays de la Loire et de Bretagne. En Île-de-France, en revanche, il est en hausse. Les banlieues de Seine-Saint-Denis et[access capability= »lire_inedits »] du Val-de-Marne pesaient déjà singulièrement lourd dans le foot pro (pour des raisons surprenantes, voir encadré). Leur poids relatif s’accroît chez les amateurs. Sport de campagne, le foot devient un sport de quartier. L’ambiance s’en ressent, disent les arbitres. Ils ont intérêt à dramatiser la situation en ce moment, car ils demandent une revalorisation de leurs indemnités. Pour autant, ils n’inventent pas les agressions dont ils sont victimes. Elles sont fréquentes (voir encadré) et souvent graves.

Le foot dans la spirale

« La spirale qui nous menace est de perdre les licenciés paisibles pour devenir un sport de voyous », dénonce Jean-Jacques Demarez. « Des parents ne veulent plus inscrire leurs enfants au foot et je les comprends », renchérit Renaud Hocq, président de l’Unaf Val-de-Marne. « Une équipe de “gentils” est sûre de se faire bouffer. Voir ses enfants se faire caillasser pendant un match, ce n’est pas possible. » À Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), un terrain en stabilisé du Football Club Cheminot et Villeneuvois a été entouré d’un grillage de plus de cinq mètres, pour protéger les joueurs des projectiles. « Je suis allé à des matches en banlieue de Caen avec appréhension, confirme Emmanuel, arbitre au niveau départemental et régional pendant huit ans. À Hérouville-Saint-Clair, je me garais en marche arrière pour repartir plus vite, au besoin. Il fallait enfermer ses affaires dans un casier et garder la clé sur soi pendant le match, pour ne pas se faire dépouiller. »

Pourquoi le foot ?

Il suffit de se promener un soir de semaine ou un week-end sur un stade de la petite couronne parisienne pour constater un phénomène surprenant. Sur le terrain de foot, des gamins s’invectivent, s’insultent et en arrivent aux menaces très facilement. Sur la piste en synthétique qui entoure le terrain, d’autres gamins, identiques en apparence, font de l’athlétisme dans une ambiance nettement plus sereine. Coup de fil à la Fédération française d’athlétisme (1300 000 licenciés). Une seule question : les bagarres ou les agressions contre des officiels sont-elles fréquentes ? La FFA n’a pas de statistiques à ce sujet. Le service de presse a de vagues souvenirs d’incidents isolés. La violence en athlétisme, sport qui recrute dans tous les milieux, est un non-sujet. Le foot semble cristalliser une violence larvée, frôlant régulièrement le pire, l’accident mortel.

Pourquoi autant de banlieusards dans le foot pro ?

Selon Les Cahiers du football, 300 des quelque 1 000 joueurs professionnels français en activité viennent d’Île-de-France, dont 60 de la Seine-Saint-Denis. Les grandes métropoles fournissent 20 % des licenciés seulement, mais 50 % des professionnels. Rien ne permet de dire que le niveau y est meilleur qu’ailleurs. Depuis vingt-cinq ans, aucun club francilien n’a gagné la Coupe Gambardella, équivalent de la Coupe de France pour les moins de 18 ans. Monaco, Sochaux, Auxerre, les Girondins de Bordeaux, Nice, Metz : parmi les vainqueurs récents, il n’y a pas un seul club de banlieue. Ces derniers suralimentent l’élite par deux biais connus. D’abord, les recruteurs, supposés détecter les « pépites », vont là où les jeunes sont géographiquement concentrés, par commodité. Il y a davantage de 12-13 ans licenciés en Loire-Atlantique qu’en Seine-Saint-Denis (14 451 exactement contre 3 999 en 2014-2015), mais ils sont dispersés sur un vaste territoire.

Le second biais est racial. Les noirs courraient plus vite, sauteraient plus haut, pratiqueraient un jeu plus athlétique, bref, seraient meilleurs au foot. Selon Daniel Riolo, auteur de Racaille Football Club,[1. Racaille Football Club, paru aux éditions Hugo & Cie en mai 2013.] avant les victoires de l’Espagne et de l’Allemagne en Coupe du Monde 2010 et 2014, ces préjugés se doublaient d’un psychologisme sommaire. « Le “petit blanc” ne jouissait pas d’une bonne image auprès d’un grand nombre de formateurs », qui le trouvaient trop gentil pour s’imposer sur les terrains. Les centres de formation auraient ainsi délibérément privilégié des jeunes inadaptés à la discipline du haut niveau. Les instances du foot en reviennent, mais restent enfermées dans une contradiction. Quand elle est censée apporter un surcroît d’esprit offensif, la culture « Ballon sur bitume » est portée aux nues.[2. « Ballon sur bitume » : documentaire sur le foot des cités, sorti en novembre 2016 et subventionné par Nike.] Mais quand surgit l’évidence, à savoir que la frontière est poreuse entre esprit offensif et agressivité, impossible d’évoquer la culture en question sans stigmatiser des clubs et des quartiers.

« Chez nous, explique un ancien dirigeant de club du Vaucluse, en septembre 2009, un joueur du MJC Bollène (club dissous depuis, ndlr) a tiré sur un joueur d’Entraigues-sur-la-Sorgue. Il a été suspendu à vie et il a fait de la prison ferme. On ne peut pas résumer en disant que c’est les blancs contre les arabes. C’est plus embrouillé, mais cette dimension existe. Les injures racistes et les bananes lancées aux joueurs africains font partie du folklore. Quand vous vous retrouvez avec une équipe à 80 % d’origine nord-africaine, comme celle du FC Nyons, face à une équipe plutôt typée européenne, le folklore devient explosif. » Bilan du match FC Nyons/Sporting Club mondragonnais en avril 2016 : trois joueurs hospitalisés suite à une bagarre générale. Le FC Nyons n’en est pas à ses premiers incidents mais, en l’occurrence, ce sont des propos racistes venus du côté mondragonnais qui auraient lancé les hostilités. Un supporter mondragonnais aurait sorti une bombe lacrymogène, transformant l’accrochage en cohue générale.

Dribble sémantique autour du foot communautaire

Spécialisé dans la sociologie du sport, le chercheur Olivier Chovaux, de l’université d’Artois, s’est penché sur le lien éventuel entre « l’ethnicité sportive » des clubs de foot amateur et « les violences et incivilités », à partir des incidents signalés à la ligue Nord-Pas-de-Calais de 2006 à 2010. Il en ressort que les clubs « à dimension ethnique et communautaire » représentent 6 % des formations, mais totalisent « un cinquième des violences commises envers les arbitres chaque saison » et le quart du total des incidents. « Les clubs ethniques ne peuvent être considérés comme plus “violents” que leurs rivaux sportifs », avance néanmoins le chercheur, même si « leurs acteurs (joueurs, entraîneurs et dirigeants dans une moindre mesure) concentrent les cas d’indisciplines les plus graves […] Ces “clubs à risque” sont en réalité des clubs “dans le risque”. » De l’art du dribble sémantique.

Le chercheur avait d’ailleurs partiellement noyé le poisson, en intégrant dans ses clubs communautaires des amicales portugaises ou espagnoles que rien ne désigne comme spécialement vindicatives !

Récapitulatif non exhaustif des incidents du début de saison 2016/2017

5 septembre : Moselle, les gendarmes sont appelés sur deux matches le premier jour de la saison pour mettre fin à des violences, à Téting-sur-Nied et Spicheren.

12 septembre : Croix Iris/Calais, l’arbitre reçoit un projectile à la tête. Traumatisme crânien.

5 octobre : Ille-sur-Têt/Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), l’arbitre est agressé par des supporters. Deux jours plus tard, sa voiture est vandalisée, avec ce mot : « En souvenir de samedi. »

12 octobre : FC Espaly/Brives-Lantriac (Haute-Loire), encore un arbitre frappé pour avoir expulsé un joueur.

17 octobre : Villiers-le-Bel/Le Plessis-Bouchard, match de vétérans, bagarre pour un penalty ; un joueur convulsionne sur le terrain, il est hospitalisé.

22 octobre : Nantes, bataille rangée entre plusieurs dizaines de personnes à l’occasion d’un match de futsal entre deux équipes locales de quartier, Bela-Bellevue et C’West Malakoff.

26 octobre 2016 : Alfortville, dix-huit jours d’arrêt de travail pour un arbitre de 19 ans agressé deux jours après un match Bobigny/FC Gobelins Paris. L’agresseur, un joueur du FC Gobelins, est venu le chercher sur son lieu de travail et l’a démoli à coups de gant coqué.

12 novembre : bagarre dans le foot féminin ! La rencontre entre l’Olympique Club de Roubaix (OCR) et l’US Tourcoing FC se termine très mal. Une joueuse tourquennoise est rouée de coups de pied alors qu’elle est à terre.

13 novembre : banlieue de Grenoble, AS Fontaine/Saint-Paul-de-Varces, catégorie 19 ans, l’arbitre est agressé par plusieurs joueurs et prend la fuite, blessé.

14 novembre : FC Antibes/Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes, catégorie 17 ans, l’arbitre est frappé puis gazé à la bombe lacrymogène.

28 novembre : Lilles Fives/Lille Sud, l’arbitre est pris à partie par une trentaine de supporters ; deux jours d’arrêt de travail.

5 décembre : bagarre générale à Roubaix pendant un entraînement. La femme de l’entraîneur, enceinte de cinq mois, est frappée par un gamin. L’entraîneur corrige le gamin. Cinq hommes le passent à tabac, il est hospitalisé.

10 décembre : Sporting Club de Toulon/La Garde (Var), dix jours d’arrêt de travail pour un joueur toulonnais attaqué par plusieurs personnes après le match.

Arbitre dans le Nord-Pas-de-Calais, Yacine[3. Le prénom a été changé.] est d’origine algérienne et ne s’embarrasse pas de précautions de langage. « Pour moi, les plus durs à arbitrer, c’est les clubs marocains et algériens. Si je les sanctionne, je suis un traître. Je me suis déjà fait traiter de harki ! Il y a un facteur aggravant propre aux jeunes d’origine algérienne, le mimétisme. Tapez “violence foot algérie” sur Youtube : il pleut des vidéos, et c’est beaucoup plus sérieux que chez nous ! Ça peut donner des idées. »

Argent, foot amateur et quartiers

« On en demande trop au foot, reprend Renaud Hocq, de l’Unaf Val-de-Marne. La vocation sociale, je suis d’accord. Acheter la paix sociale, non. » Aujourd’hui, dans les petites villes ou à la campagne, les clubs sont encadrés essentiellement par des bénévoles. Dans les banlieues, au contraire, ce sont souvent des éducateurs rémunérés. Formés à la va-vite, ils sont à peine plus âgés que les joueurs qu’ils encadrent. Parfois, ils sont eux-mêmes joueurs et touchent des primes de matches (cumul en principe interdit, mais les clubs ferment les yeux). Quelques dizaines d’euros, pas davantage. Pour certains, c’est déjà beaucoup. Dénoncer un joueur, c’est risquer des matches de suspension pour le club et compromettre un équilibre financier précaire. « À 90 %, les clubs ne balancent pas les fautifs, se désole un responsable de district. Et si la solidarité ethnique s’en mêle, on monte à 100 %. »

L’excuse corse

Quand ils ne peuvent plus nier les insultes et les tentatives d’intimidation qui pourrissent le jeu, les officiels du foot français brandissent souvent une étrange excuse : en Corse, c’est pire.

Intimidation systématique de la part des supporters, pression sur les arbitres : les clubs de l’île présenteraient cette particularité de ne jamais gagner à l’extérieur et de ne jamais perdre à domicile. Idée reçue et démentie par les statistiques. Sur 68 matches de la saison 2016/2017 joués mi-décembre par le Sporting Club de Bastia (Ligue 1), l’AC Ajaccio (L2), le GFC Ajaccio (L2) et le CA Bastia (National), les Corses ont connu 16 victoires et 6 défaites à domicile, contre 18 défaites et 5 victoires à l’extérieur, plus 21 matches nuls. Ils jouent mieux chez eux, mais c’est valable pour tous les clubs français. Le record d’invincibilité à domicile (92 rencontres) appartient au FC Nantes depuis 1995.

Reste un climat pesant, entretenu par les supporters. En 2012, ceux du SC Bastia ont été interdits de déplacement à Nice par décret, pour prévenir les troubles. « Je me souviendrai longtemps d’une rencontre en Corse, explique un ancien joueur d’Andrézieux-Bouthéon (Loire, club de CFA). À la mi-temps, dans les vestiaires, alors que nous étions menés, l’entraîneur nous dit : “Allez, les gars, on relève la tête.” Et là, une voix lance : “Tu relèves rien du tout, à part mes c… Tu perds ton match et tu dégages.” C’était le vigile chargé de veiller à notre sécurité ! Dans les tribunes, il y avait des chasseurs, venus avec leurs fusils. L’arbitre était un continental. Il n’en menait pas large. Dès que nous entrions dans les 18 mètres corses, il sifflait une faute. On a laissé filer le match, et puis on les a battus 4-0 au match retour. »

Au foot, il faut s’imposer sur le terrain. Intimider l’adversaire, essayer de le faire sortir de ses gonds, lui écraser sournoisement les orteils, tout cela fait partie du jeu. L’essentiel est de ne pas se faire prendre. C’est un sport qui requiert des nerfs solides et où le rapport à la règle a toujours été ambivalent. Le malentendu initial est peut-être d’en avoir fait un vecteur d’intégration sociale, dans l’euphorie post-1998. La FFF n’en est pas encore à l’admettre, mais elle commence à prendre la mesure du problème. Le futsal (foot à cinq en gymnase) est sous surveillance. Un club sur deux a un affichage musulman explicite et les matches font écho à des rivalités entre bandes. Le 22 octobre à Nantes, c’était le quartier Bellevue contre celui de Malakoff. Le match s’est terminé en bataille rangée. Le 28 novembre, le sociologue William Gasparini (Unistra/Cnrs) l’a mentionné publiquement comme une discipline exposée au prosélytisme islamique. Il faisait un compte-rendu d’étape de travaux lancés après les attentats du 13 novembre 2015, dans le but de scruter des foyers potentiels de radicalisation. L’orientation des axes de recherche est éloquente. Il ne s’agit plus de comprendre comment le foot crée du lien, mais de mesurer à quel point il élargit les fractures.

Jour de foot ordinaire à Quimper

Décryptage d’un incident violent, survenu dans une ville particulièrement calme.

La FFF ne communique pas les statistiques de violence par district et insiste sur le fait que tous sont concernés, pas seulement ceux des zones sensibles. Effectivement, le 30 octobre 2016, Quimper, préfecture du Finistère, classée parmi les 25 villes les plus sûres du pays, a connu un incident. La rencontre opposait le Quimper Italia et l’International Kermoysan, club d’un quartier dit « sensible ». Les guillemets sont de rigueur. Avec son centre commercial flambant neuf et ses immeubles rénovés, Kermoysan serait quasiment un quartier huppé à Clichy-sous-Bois.

Pour une raison obscure, un tirage de maillot a dégénéré. Un joueur du Quimper Italia, Djibril Diabaté, s’est retrouvé à terre. Trois joueurs de l’International Kermoysan l’ont frappé. L’un d’entre eux, Nabil Z., lui a porté des coups de pied à la tête et au thorax. Au moment où la bagarre a démarré, il était sur le banc de touche, expulsé pour faute. Il est revenu sur le terrain pour frapper. Les assaillants n’y sont pas allés de main morte. Le jeune Djibril a perdu connaissance et a été hospitalisé quelques heures. La police est intervenue.

Un mois plus tard, le district a puni les deux clubs. L’International Kermoysan a été mis à l’épreuve pendant un an et privé de terrain. Le Quimper Italia a écopé de huit mois de sursis. Nabil Z. a été suspendu pour deux ans. Pilier de l’International Kermoysan, il était sous le coup d’un sursis pour une précédente altercation. Il est connu comme un joueur violent. Passé par la case prison, il agrémente sa page Facebook d’un montage photo où figurent Tony Montana/Scarface et Marlon Brando/Le Parrain, à côté de citations de Martin Luther King et de rappels des valeurs de l’islam. Créé en 2013, l’International Kermoysan affiche le croissant et l’étoile coraniques sur son blason. Le club est hébergé à la Maison pour tous, au titre de sa mission d’insertion. Qui insère-t-il exactement ? Mystère. Le club compte 50 membres, dont 35 actifs, en majorité des seniors. L’un d’entre eux a téléphoné à des témoins des incidents du 30 octobre, pour les menacer de représailles s’ils s’exprimaient devant le district. Le foot, remède au mal-être et à la mauvaise réputation des quartiers ? Et s’il en était parfois une des causes ?

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L’UE, un projet sous férule allemande?

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Coralie Delaume et David Cayla. Crédit : Margot l'Hermite.
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Coralie Delaume et David Cayla. Crédit : Margot l'Hermite.

David Desgouilles. Dans le prologue de votre livre La fin de l’Union européenne (Michalon, 2017), vous dévoilez un secret de fabrication. Le titre de l’essai a été décidé à l’achèvement de vos travaux. Ces derniers vous ont donc convaincus que l’agonie de l’Union européenne est proche ?

Coralie Delaume. Non, mais ils nous ont très argement confirmés dans notre hypothèse initiale. Et si cela n’avait pas suffi, ce qui s’est passé en Belgique alors que nous mettions la touche finale, à savoir la révolte du social-démocrate wallon Paul Magnette contre la signature du traité de libre-échange euro-canadien CETA, aurait achevé de nous convaincre que l’Europe était définitivement entrée en phase d’agonie.

Évidemment – et pour tout dire on n’en doutait guère – les Belges ont fini par rentrer dans le rang. Pour autant, on sent que désormais, les départs de flamme peuvent se produire n’importe quand et provenir de n’importe où. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux, moins maîtrisable que les autres, fera s’embraser l’ensemble. Sera-ce une sortie inopinée de l’Italie de la zone euro, ainsi que l’ont prévue tout à la fois Joseph Stiglitz et le patron du célèbre institut économique allemand Ifo ? Ou une victoire du PVV ( Parti pour la liberté) aux législatives néerlandaises de mars 2017 ? Difficile à anticiper. Mais l’épisode « Wallonie contre CETA » n’était pas prévisible non plus.

David Cayla. Quoi qu’il en soit, le « combo » crise grecque de 2015 / vote sur le Brexit de 2016, signe vraiment – ça on le savait déjà avant de prendre la plume – la mise en route d’un processus de désagrégation. Celui-ci commence, pour des raisons qu’on développe dans l’ouvrage, par les périphéries. Périphérie Sud pour la Grèce, car même si elle n’a pas quitté la zone euro, le simple fait que cela ait été envisagé – pas par elle-même d’ailleurs mais surtout par les Allemands – a enfoncé un coin dans le mythe de l’irréversibilité de l’euro. Périphérie Ouest pour la Grande-Bretagne, avec une décision de sortir qui change considérablement les perspectives d’avenir. L’Europe n’avait fait jusque là que s’élargir. Pour la première fois, elle se rétracte. C’est un événement décisif, quoique certains aient pu dire pour en minimiser la portée.

Coralie Delaume. Et puis, la Grande-Bretagne reste la plus vieille démocratie du monde. Le fait qu’elle décide d’assumer pleinement sa souveraineté nationale a valeur d’exemple.

 Lisez la suite de cet entretien sur le blog de David Desgouilles.

La fin de l'Union européenne

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Michel Onfray, le pamphlétaire errant

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Michel Onfray sur le plateau de "La Grande Librairie" sur France 5, mars 2016. SIPA. 00747716_000005
Michel Onfray sur le plateau de "La Grande Librairie" sur France 5, mars 2016. SIPA. 00747716_000005

Décadence, que vient de faire paraître Michel Onfray chez Flammarion, est une éruption incontrôlée de paroles qui charrient le pire et parfois le meilleur, comme le Vésuve qui anéantit Pompéi et Herculanum et sauva des chefs-d’œuvre de la peinture romaine. On attend du pamphlétaire qu’il soit scandaleux, le plus scandaleux bien sûr étant Céline dans ses pamphlets antisémites. Avec Onfray, on est servi : Jésus-Christ est une fiction, l’empereur Constantin est un impérialiste sanglant et Saint Paul un misogyne dangereux. Il se trouve que j’ai sur ma table de chevet trois œuvres majeures qui m’affirment que le Michel raconte vraiment n’importe quoi.

La magistrale synthèse de toutes les recherches universitaires sur le Christ (et Dieu sait si elles sont nombreuses et écrites par des spécialistes de toutes convictions) se nomme simplement Jésus, de l’historien Jean-Christian Petitfils. Tout le monde sait, sauf Michel Onfray, que la vie du Christ est signalée par des historiens romains, dont Flavius Josèphe dans ses Antiquités Juives. Ce qui est moins connu et très émouvant, c’est qu’il est désormais prouvé que l’évangéliste Jean fut un témoin oculaire direct de la Passion. Il a par exemple entendu de ses propres oreilles et reproduit dans son Evangile la faute de grec commise par le latin Ponce-Pilate lors du procès du Christ. Le gouverneur romain a dit « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit » avec deux parfaits grecs, au lieu d’un parfait et d’un aoriste qui auraient été nécessaires. Élève Ponce, vous aurez zéro en conjugaison grecque !

Le grand historien de l’Antiquité Paul Veyne a écrit un beau livre qui s’appelle Quand notre monde est devenu chrétien. Je recommande particulièrement à votre gourmandise intellectuelle le chapitre Un chef-d’oeuvre : le christianisme, le plus bel éloge du christianisme que j’aie jamais lu, pourtant rédigé par un incroyant ! Paul Veyne parle beaucoup de Constantin et affirme à plusieurs reprises qu’il n’y a jamais eu, sous son règne et celui de ses successeurs du IVème siècle, la moindre persécution des païens par les chrétiens, ni la moindre discrimination dans les emplois publics. Ses lettres trahissent certes beaucoup de mépris pour ceux qui n’ont pas vu la grandeur morale de la nouvelle religion, la passion amoureuse fulgurante et réciproque qu’elle propose entre Dieu et sa créature. Les nombreuses guerres que dut mener Constantin furent consacrées à la défense des frontières et à la lutte contre ses rivaux, la routine des empereurs romains. Quant à Eusèbe de Césarée, il fut un simple flagorneur et sûrement pas le mentor d’un esprit d’aussi haute volée que Constantin.

Les pamphlétaires disent n’importe quoi

La philosophe chrétienne Chantal Delsol, que j’admire beaucoup pour son courage sur les questions de société actuelles (oublions un petit ratage sur le burkini, personne n’est parfait) explique clairement, dans Le Nouvel Age des Pères qu’elle a fait paraître avec Martin Steffens, que le respect chrétien de la femme remonte à la phrase de Saint Paul affirmant que toutes les créatures humaines sont égales devant Dieu : « devant Dieu, il n’y a ni Juif ni Grec, ni homme ni femme, ni maître ni esclave… ». Le Coran affirme, lui, selon Chantal Delsol, que « Dieu préfère les hommes », citation sur laquelle je m’abstiendrai d’ironiser même sous la torture. Il serait absurde de nier qu’il y a chez Saint Paul d’autres phrases qui nous paraissent aujourd’hui bien misogynes. Mais la Bible, ni dans sa partie juive ni dans sa partie proprement chrétienne, n’a jamais été présentée comme parfaite et incréée. C’est une œuvre humaine éclairée par la révélation divine, et une discussion avec ma fille me fait supposer que les jeunes générations, qui entendent plus souvent parler d’islam que de christianisme, finissent par s’imaginer que la Bible est tombée directement du ciel comme le Coran.

La cause est entendue, les pamphlétaires disent n’importe quoi. Céline affirmait que le Révolution Française était l’œuvre du Premier ministre anglais Pitt qui avait soudoyé les émeutiers de la Bastille. Mais il leur arrive, à travers la grossièreté de leur discours, ou peut-être grâce à elle, de beaucoup donner à penser. « Entre le pénis et les mathématiques, il n’y a rien » lit-on dans Le Voyage au bout de la Nuit, une phrase qui mériterait d’être proposée au bac si les organisateurs étaient moins bégueules. On pourrait, en ce sens, dire que Donald Trump, par ses énormités libératrices et cathartiques, a davantage l’étoffe d’un grand pamphlétaire que d’un président des Etats-Unis. Michel Onfray porte, lui, des jugements cruellement justes sur le catholicisme d’aujourd’hui : « en faisant de Dieu un copain à tutoyer, du prêtre un camarade à inviter en vacances, du symbolique une vieille lune à abolir, de la transcendance une plate immanence […] l’Eglise a précipité le mouvement en avant qui annonçait sa chute ». Comment sait-il cela ? Je me demande si ce diable d’homme ne se dissimule pas sous un grand manteau et une grande voilette pour aller écouter la messe tous les dimanches dans sa paroisse de Caen.

Mais Décadence finit comme un pétard mouillé. Le volcan accouche finalement d’une souris, miraculeusement sauvée de la lave. L’islam triomphera de l’Occident, et qu’importe ? « Nous avons le nihilisme, ils ont la ferveur ; nous sommes épuisés, ils expérimentent la grande santé, nous vivons englués dans l’instant pur […], ils tutoient l’éternité… » Voilà qui n’est plus du tout pamphlétaire. Agrippa d’Aubigné  réclame la vengeance contre les catholiques dans les Tragiques, Paul-Louis Courier abomine Napoléon le Grand, Victor Hugo traîne dans la boue Napoléon le Petit, Bernanos tempête contre Franco, Soljenitsyne contre le Goulag. Et Onfray nous prêche benoîtement la résignation ! Mais où est passée la grande leçon sartrienne, la seule de cet homme qui a mes yeux garde toute sa valeur : « Engagez-vous ! » Je trouverais plus honnête et intéressant un essayiste qui se poserait la seule question essentielle pour nous en ce début 2017 : pour la suite de la France, pour échapper à l’islamisation de notre pays, vaut-il mieux voter François Fillon ou Marine Le Pen ?

Décadence: Vie et mort du judéo-christianisme

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Quand notre monde est devenu chrétien

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Voyage au bout de la nuit - Prix Renaudot 1932

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Au musée Grévin du socialisme

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ps hamon valls montebourg
Débat de la primaire de la gauche. Sipa. Numéro de reportage : 00788398_000002.
ps hamon valls montebourg
Débat de la primaire de la gauche. Sipa. Numéro de reportage : 00788398_000002.

J’ai eu l’immense privilège lors d’une nuit tempétueuse de me rendre au musée Grévin. Grâce à un dispositif ingénieux, quelques statues de cire représentant le haut du panier de la gauche old school discouraient sur l’avenir de la France, avenir auquel il leur importait visiblement d’être associés. Certains bonimenteurs du socialisme, sans doute parce qu’ils faisaient trop mauvaise impression dans cet aréopage, n’avaient pas eu droit à leur statue, tels Jean-Luc Bennahmias malicieux, mais un peu bourré, ou Sylvia Pinel et François de Rugy dont l’insignifiance aurait pu rebuter les visiteurs.

L’avantage de ces statues de cire, c’est qu’on peut pincer leur nez sans prendre aucun risque : on ne sait trop si elles sont vivantes ou mortes, ce qui engendre un sentiment d’inquiétante étrangeté. On peut également les interroger : leurs réponses combinent un curieux mélange d’éléments de langage et de statistiques, ce qui les rend vite inaudibles. D’ailleurs, le responsable de la partie audio ne s’est pas foulé : reviennent en boucle les valeurs républicaines, la laïcité, le rejet des extrêmes – avec François Fillon et Marine Le Pen comme boucs émissaires. Rien sur l’Europe, en revanche, qui même au Musée Grévin n’est plus source d’espoir. Bien sûr, compte tenu de la diversité des visiteurs, on a évité les sujets qui fâchent : l’islam, l’immigration et l’insécurité.

J’avais donc en face de moi Manuel Valls assez fidèle à l’original, légèrement rajeuni et parfois souriant. Le mannequin de cire est incontestablement flatteur, tout comme celui d’Arnaud Montebourg d’une élégance travaillée. Visiblement, au Musée Grévin, on en pince pour lui. En revanche, ce pauvre Benoît Hamon qui surfe sur un revenu universel, n’a pas été gâté par le costumier, ni par la nature d’ailleurs. Il donne l’impression de sortir tout droit d’un roman de Michel Houellebecq. Cet homme, tel qu’il figure au Musée Grévin, n’a aucun avenir devant lui, sauf peut-être comme directeur d’une chaîne de Formule 1. Mais il y a pire que Benoît Hamon : Vincent Peillon. On lui a fait une tête d’idiot du village, ce qui n’est pas très courtois pour un professeur de philosophie à l’Université de Neuchâtel, certes dépourvue de toute réputation, mais quand même…

J’oubliais : Manuel Valls a défendu François Hollande. Il était bien le seul. Quand j’ai quitté le Musée Grévin, j’entendais en écho un seul mot : « Rassembler ». Je me suis demandé s’ils y croyaient. Question stupide pour une statue de cire. Et plus encore pour un homme politique.

Pauvres communards…

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Thiers Emile Zola la Commune Alain Minc Gauche
Adolphe Thiers
Thiers Emile Zola la Commune Alain Minc Gauche
Adolphe Thiers

À l’initiative du groupe socialiste, l’Assemblée nationale a voté le 29 novembre une proposition de loi proclamant la réhabilitation de toutes les victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871. Après cinq années passées à « nous débarrasser définitivement du socialisme » selon le mot enjoué d’Alain Minc, le parti socialiste a jugé opportun de sortir de ses tiroirs l’héritage de la Commune, avec l’espoir de convaincre ses électeurs dépités. Pour rappel, le principal ennemi de la Commune n’était autre qu’Adolphe Thiers, le « chef avoué du centre gauche » et « l’un des enfants de 1789 », comme l’encensait Zola dans les colonnes de La Cloche, l’un des quotidiens de la gauche républicaine.

Yves Montand – Le temps des cerises par farflungbaton

Dans Le Messager de l’Europe (octobre 1877), l’auteur des Rougon-Macquart écrivait encore à propos de l’« adorable » Monsieur Thiers, que « personne ne l’aurait suivi s’il s’était dirigé vers la droite, alors que l’instinct de la foule l’entraînait vers la gauche ». Le « génie français incarné » fut pourtant à l’origine de la répression terrible des communards qui fit 10 000 à 20 000 morts. Certes, Thiers ne mena pas lui-même ces basses œuvres meurtrières. Celles-ci furent confiées à un certain Gaston de Galliffet, le « bourreau de la Commune », qui sera par la suite ministre de la Guerre dans le gouvernement de « Défense républicaine » de Waldeck-Rousseau, constitué à la suite de l’affaire Dreyfus, le 22 juin 1899. Mais rien de tout cela n’empêche le parti socialiste de se réapproprier l’histoire de la Commune, en la gauchisant allègrement.

Née de l’alliance entre le socialisme ouvrier et la gauche républicaine, la gauche moderne s’est constituée sur le dos des communards.[access capability= »lire_inedits »] Près de cent cinquante ans plus tard, il semble néanmoins de bon ton pour la gauche de se retourner vers ceux qu’elle avait jetés aux oubliettes.[/access]

Farid Benyettou, VRP de la déradicalisation

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farid benyettou ardisson kouachi

farid benyettou ardisson kouachi

On aurait pu traiter cet épisode avec enthousiasme : quel symbole magnifique, quel formidable hommage aux victimes que cette image du guide spirituel des Kouachi arborant le badge « Je suis Charlie » ! La preuve ultime et absolue que la « déradicalisation » des plus enragés est possible, un signe d’espoir, une petite lumière au bout du tunnel. Si lui a été déradicalisé, alors tous peuvent l’être. On a trouvé la recette, deux ans tout juste après Charlie. C’est la fin du cauchemar, c’est beau. Et merci Ardisson.

On aurait pu traiter cet épisode avec enthousiasme : quel symbole magnifique, quel formidable hommage aux victimes que cette image du guide spirituel des Kouachi arborant le badge « Je suis Charlie » ! La preuve ultime et absolue que la « déradicalisation » des plus enragés est possible, un signe d’espoir, une petite lumière au bout du tunnel. Si lui a été déradicalisé, alors tous peuvent l’être. On a trouvé la recette, deux ans tout juste après Charlie. C’est la fin du cauchemar, c’est beau. Et merci Ardisson.

Sauf que non.

L’indignation suscitée par la brève réapparition de Farid Benyettou en « ex-djihadiste » / «déradicalisé » / « repenti » aura révélé une chose : à tort peut-être, personne ne croit à la possibilité d’un retour dans le droit chemin. Et les médias doivent composer avec ce scepticisme généralisé… qui les éclabousse un peu.

Repenti ou « repenti » ?

Sans les guillemets, c’est qu’on y croit.

 

Ici aussi :

Et ici :

 

Avec les guillemets, on est plus prudent.

 

Voir aussi là :

Dans le titre qui suit, la tournure « se présente comme » opère une mise à distance du discours de Benyettou, que le rédacteur a soin de ne pas reprendre à son compte :

En outre, il faut noter que l’idée de « repentir » appartient au domaine de la morale. Or, il était entendu que les djihadistes devaient être soumis à un protocole de « déradicalisation » impliquant psychologues, éducateurs, hamsters à caresser, groupes de parole, batteries de tests comportementaux, pour tout dire une approche scientifique, systématisée et médicalisée de leur cas. On parle bien d’« éradiquer » le terrorisme, comme on dit éradiquer un virus.

En revanche, si ce qu’il faut atteindre est une forme de repentir, alors il va falloir embaucher des prêtres, des confesseurs aguerris formés à reconnaître la vraie contrition, et on peut laisser tomber les hamsters. J’ai déjà eu l’occasion ici de souligner la confusion fréquente entre l’approche pathologique et l’approche morale du dhijadisme. Ce Benyettou est-il un malade que l’on a guéri (ou qui s’est guéri tout seul, apparemment) ou bien un méchant devenu gentil ?

Ce n’est même pas si simple. La « maladie » dont il a souffert est-elle comme la varicelle ou comme la grippe ? Dans le premier cas, aucune rechute possible. Dans le second, il suffit que le virus mute un peu et c’est la récidive (au sens à la fois médical et pénal du terme).

Quant à l’hypothèse du méchant désormais « repenti », elle est bien moins rassurante que celle du virus contagieux.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Valls en Sarkozy, Hamon en Juppé, Montebourg en Fillon…

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hamon peillon valls pinel montebourg

hamon peillon valls pinel montebourg

Le plateau était moins prestigieux que ceux des débats de la primaire de droite. Aucun ancien président. Un seul ancien Premier ministre. Evidemment, on est tenté de comparer. A ce jeu-là, on est évidemment tenté de faire une revue d’effectifs, et d’oser quelques comparaisons avec les protagonistes de cet automne.

Manuel Valls ne peut échapper à la comparaison avec Nicolas Sarkozy. Non seulement parce qu’il a toujours partagé le même style, notamment dans les débats télévisés, mais aussi parce qu’il mise avant tout sur son expérience, employant les mêmes mots que l’ex-président sur le mode : « face à Trump, Poutine, Erdogan, il faut un homme, un vrai ». Mais il partage aussi avec Nicolas Sarkozy le fait d’avoir été souvent la cible d’autres débatteurs, et avoir été souvent sur la défensive, en particulier dans la première moitié du débat, consacrée à l’économie où il a été contraint de porter le bilan de François Hollande. Mais cette comparaison comportait néanmoins une limite : contrairement à Sarkozy, Valls a pu compter sur des alliés objectifs, François de Rugy, Sylvia Pinel et le fantasque Jean-Luc Bennahmias, qui ont peu ou prou défendu les mêmes positions que lui.

Vincent Peillon n’est pas passé à côté de son débat et il n’a -cette fois- pas commis de gaffe d’importance, si on excepte une erreur de langage lorsqu’il a évoqué les militaires français « d’origine musulmane » assassinés par Merah.


Primaire de la gauche: La gaffe de Vincent… par morandini

Lisez la suite de cet article sur le blog de David Desgouilles.

Harcèlement scolaire: l’école moderne est responsable

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La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, en compagnie de son homologue danoise, Christine Antorini. Paris, mars 2015. SIPA. 00708139_000015
La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, en compagnie de son homologue danoise, Christine Antorini. Paris, mars 2015. SIPA. 00708139_000015

La deuxième journée nationale contre le harcèlement à l’école a eu lieu début novembre. Parents, professionnels et enfants étaient visés par cette nouvelle campagne. Mais, si l’initiative était louable et que certaines vidéo présentées à l’occasion n’ont pas manqué d’émouvoir et de susciter l’indignation, on est en droit de se demander si le ministère ne s’est pas, tout simplement, trompé de cible…

Les parents, déjà largement sensibilisés à cette pratique, sont ceux qui, en dépit de tout bon sens, accusent régulièrement les enseignants de harceler leurs enfants. Les enseignants font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose, délestés qu’ils sont depuis des années de toute autorité. Quant aux enfants, beaucoup y sont sensibles, beaucoup sauf les principaux intéressés… Comme j’ai moi-même pu le constater lors d’une séance vidéo organisée par mon collège pour tous les élèves de quatrième. Les sourires entendus et ricanements de certains caïds ne tournaient pas à la franche rigolade, mais seulement en raison de ma présence dans la salle.

Quand les bourreaux passent pour des victimes…

Comment s’en étonner quand un ministère se persuade que les dangers principaux qui guettent l’enfant à l’école sont l’humiliation (par les professeurs !) et l’ennui, auxquels il faut remédier grâce à la « pédagogie de la bienveillance ». On ne peut prôner sans cesse l’indulgence envers les bourreaux, les faire passer pour des victimes et espérer que disparaissent miraculeusement ces brimades.

« Comment se fait-il que l’équipe éducative n’ait rien vu ? », entend-on régulièrement après un drame. Soit les adultes, qui n’ont plus aucun pouvoir depuis que l’école a décrété que la parole de l’élève valait autant que celle du professeur, ont tant d’autres choses à gérer qu’ils passent à côté. Soit, plus grave, la direction ferme les yeux ou minimise les actes de harcèlement et ne punit pas leurs auteurs à la mesure de leur comportement. Les exemples, hélas, sont légion. Un suffit à incarner le malaise : à Saint-Michel-sur-Orge dans l’Essonne, un établissement choisi pour lancer la précédente campagne contre le harcèlement n’a même pas respecté le protocole établi dans le cas de sa victime.

Certains se demandent aussi pourquoi les jeunes harcelés ne préviennent pas un adulte. Tout est fait pour les en dissuader. Dès leur plus jeune âge, on explique aux élèves qu’il ne faut pas « rapporter » – tout en leur interdisant de se faire justice eux-mêmes – certains allant même jusqu’à l’assimiler à de la « délation », mot que j’ai entendu de nombreuses fois dans les bouches des principaux/ proviseurs, de certains CPE, voire de certains collègues.

Les harceleurs ne sont quasiment jamais exclus

C’est oublier également que l’élève, qui ose raconter ce qu’il subit, prend le risque de voir ses brimades redoubler. De la part de ses autres camarades, prêts à toutes les compromissions pour ne pas passer pour des « balances » (des « poucaves ») et être du côté du plus fort – surtout dans une école qui a érigé le cancre en modèle (à Béziers, le harcelé s’est fait taper pendant l’intercours parce qu’il a répondu à une question posée par la prof et ce malgré tous les efforts qu’il faisait pour rester un élève moyen). Mais aussi de la part de la direction. Dans cette école qui a inversé toutes les valeurs, les harceleurs ne sont quasiment jamais exclus, on leur trouve toutes les circonstances atténuantes possibles et imaginables. C’est donc le plus souvent au harcelé de quitter l’école. Et tout le monde n’a pas nécessairement les moyens ou l’opportunité de déménager.

Sensibiliser au harcèlement, certes, cela ne peut pas faire de mal. Mais cette campagne risque fort de ne toucher que les adultes. Peu de chances pour que des enfants de 11 à 14 ans (c’est au collège que le harcèlement est, statistiquement, le plus fréquent) changent tout à coup de comportement. Une poignée de victimes osera peut-être en parler. Mais rien ne permettra de régler le problème en amont : une société qui attend tout de ses enfants et ne responsabilise pas ses adultes est une société malade.

En voulant éradiquer l’humiliation des élèves par le professeur, l’école moderne a construit l’humiliation des élèves par leurs semblables. En invitant les « apprenants » à échafauder eux-mêmes leur propre savoir, elle a confisqué l’autorité du professeur. En cherchant par tous les moyens à faire de ce dernier un égal de l’élève, elle a fait de lui un être pas davantage capable de le protéger que ses camarades.

« Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard » disait Nietzsche. On ne saurait mieux résumer l’idéologie de l’Education nationale.

Israël: profession protecteur de migrants

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israel migrants soudan afrique
Migrants érythréens à Tel Aviv. Sipa. Numéro de reportage : AP21810809_000001.
israel migrants soudan afrique
Migrants érythréens à Tel Aviv. Sipa. Numéro de reportage : AP21810809_000001.

Il y a deux genres d’immigration en Israël : l’alya (« la montée ») ouverte à tous les juifs de la diaspora et qui représente l’immigration inhérente à l’État d’ Israël ; et l’immigration non-juive.

L’immigration non-juive en Israël

En plus des 200 000 Palestiniens des territoires conquis en 1967 et qui ont bénéficié de la carte d’identité israélienne, ou des conjoints non-juifs des israéliens originaires de l’ex-Union soviétique, les immigrés se comptent par milliers. D’Asie, de Roumanie, d’Amérique latine ou d’Afrique. Une partie d’entre eux arrive légalement avec des permis de travail de 5 ans et repart, mais la plupart restent à l’intérieur du pays, devenant des clandestins sur la Terre promise. Et il y a les demandeurs d’asile ou réfugiés. Ils viennent d’Afrique (90 % d’Erythrée et du Soudan). Depuis 2007, 60 000 demandeurs d’asile seraient rentrés en Israël. Il en resterait 40 000 aujourd’hui.

Conscient de l’histoire du peuple juif, Israël a joué un rôle important dans la rédaction de la Convention sur les réfugiés en 1951 et a été un des premiers pays  à l’avoir signée. Pourtant, le pays n’a toujours pas de politique d’immigration définie, explique Jean-Marc Liling, le nouveau directeur du Center for international migration and integration (CIMI). Cette ONG israélienne fondée en 1998 a pour vocation « d’ouvrir le large éventail des questions que pose au pays l’immigration non-juive, de forcer le gouvernement à respecter ses obligations en vertu du droit international et de faire appliquer les meilleurs pratiques concernant les migrants ». Au look jeune et branché, le nouveau patron du CIMI n’est ni un naïf ni un novice malgré sa petite quarantaine. Passionné par les questions d’identité, ce Juif pratiquant porte la kippa à Jérusalem où il vit et une casquette chic à Paris. Français, né à Genève, il habite en Israël depuis 20 ans, est diplômé de Sciences Po, a étudié dans une yeshiva, a fait son droit à Bar Ilan avant de voyager dans le monde entier. Il a été avocat au ministère de la Justice, notamment sur les réparations dues aux Juifs des pays arabes, puis au Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) en Israël. C’est là qu’il s’est intéressé aux migrations non-juives et aux mineurs non-accompagnés.

Un accueil sans consignes claires

Liling regrette que les autorités israéliennes ne donnent pas de consignes claires sur le traitement des migrants ou les demandeurs d’asile. Sans doute craignent-elles de créer un appel d’air qui amènerait des milliers d’autres arrivants. Moins d’1 % d’entre eux  obtiennent un permis de travail. Ceux-là sont bien traités et protégés par un cadre juridique clair. Les autres obtiennent un visa renouvelable auquel aucun droit n’est rattaché. Ils vivent pour la plupart en marge de la société israélienne et n’ont pas vocation à s’intégrer. Mais les autres ?

Le regard  de la société israélienne sur les migrants africains a peu à peu changé, souligne Jean-Marc Liling. Dans un premier temps, les Israéliens faisaient preuve d’ouverture et de compassion, surtout après les massacres au Darfour. Mais les arrivées massives ont fait peur. De plus, si les Érythréens sont chrétiens, les Darfouriens s’avèrent musulmans. Tous sont concentrés dans les mêmes quartiers défavorisés, dont le sud de Tel Aviv. 60 % des israéliens aujourd’hui pensent que ces migrants sont dangereux et représentent un manque à gagner pour l’économie du pays.

Est-ce la réalité ? Jean Marc Liling s’insurge : le taux de criminalité se révèle plus bas parmi ces étrangers que chez les Israéliens ! Certes, le sud de Tel Aviv est surpeuplé et manque d’infrastructures mais ce n’est pas pire que dans les autres régions du pays où sévissent chômage et pauvreté…

Israël a-t-il vraiment les moyens accueillir ces migrants ? Allons donc, s’écrie Liling, ils font les boulots que les Israéliens ne font pas ! Quant à l’argument de la taille du pays, si tous les juifs de la diaspora décidaient de faire leur alya, on leur trouverait bien de la place… Non, l’enjeu est  identitaire. Israël est-il un Etat juif ou l’État des Juifs ? Accorde-t-il oui ou non une place aux non-juifs ? Surtout quand ceux-ci n’ont aucun lien avec les ennemis d’Israël.

Liling regrette qu’Israël ne se considère pas comme un pays ouvert aux non-juifs. Pourtant les textes de la tradition parlent du « Ger », de l’importance de l’accueil de l’étranger, une obligation primordiale. Les valeurs juives doivent nous aider à envisager des rapports apaisés avec les non-juifs et à mener une politique d’immigration fidèle à notre histoire.

Entre autres missions, le CIMI accompagne les immigrés mineurs non-accompagnés par un programme spécifique depuis deux ans. Service national pilote, ateliers pour construire un projet d’emploi, accompagnement dans les études, rencontres à la Knesset et autres activités constituent son programme.

A ceux auxquels une politique d’accueil semble utopique dans un pays en guerre, le patron du CIMI cite l’exemple de l’école Bialik-Rogozin au sud de Tel Aviv. Une école publique sans juifs, scolarisant uniquement des enfants de migrants, un millier venus de 54 pays ! Une fabrique de citoyens israéliens. Survivants, traumatisés, ces mômes apprennent l’hébreu, l’art, la loi et tout le reste grâce à la société civile, les dons, les  professeurs, les bénévoles. Avec 96 % de réussite en fin de scolarité.

Jean Marc Liling raconte de belles histoires, comme celle de Benyamin, arrivé rescapé du Soudan à l’âge de 8 ans et qui est aujourd’hui un brillant étudiant à Tel Aviv. Ou Yonathan, venu d’Erythrée à l’age de 12 ans, devenu volontaire auprès des enfants en difficulté dans une école de Jérusalem. Et bien d’autres dont il est fier.

D’où lui vient cette empathie ? De l’étude de la Torah ? Sans doute, il ne se pose pas la question. Ou peut-être du fait que ses deux parents étaient des enfants cachés pendant la guerre…

Trump, le nouveau « Libertador »?

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Une d'un journal méxicain: "Trump, la tempête idéale", novembre 2016. SIPA. AP21974737_000001
Une d'un journal méxicain: "Trump, la tempête idéale", novembre 2016. SIPA. AP21974737_000001

« Trump ! », s’est exclamé, en juillet dernier, Rafael Correa, le président de gauche de l’Equateur, quand la jolie journaliste qui l’interrogeait lui a demandé quel était son candidat préféré pour la future présidentielle américaine. Pourquoi ? Parce qu’« il est tellement grossier qu’il va provoquer une réaction en Amérique latine, ce qui pourrait renforcer la position des gouvernements progressistes de la région ».

Comme l’Europe, l’Amérique latine est devenue – pour des raisons différentes – une terre de perdition pour la gauche: en 2009, le Honduras passait à droite après une destitution présidentielle ; en 2012, c’était le Paraguay ; fin 2015, l’Argentine passait sous la houlette du libéral-conservateur Mauricio Macri, après douze années de protectionnisme kirchnériste ; au Brésil, l’ancienne présidente déchue Dilma Roussef n’est plus en odeur de sainteté; au Venezuela, l’étrange successeur d’Hugo Chavez se précipite dans une fuite en avant dictatoriale devant la montée de son impopularité, et pourrait être bientôt contraint de léguer son trône à son nouveau vice-président. Quant à la Colombie, elle est globalement à droite depuis plus de soixante ans.

La gauche, ou plutôt les gauches latino-américaines, ont enduré épreuves sur épreuves lors des années Obama : qu’ont-elles à perdre de plus avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ? Si comme le suggère Rafael Correa, les Etats-Unis n’en finissent plus de se réjouir de la droitisation des gouvernements sud-américains, les désirs enfouis d’émancipation des peuples concernés pourraient même s’en trouver remués, et c’est a priori la gauche qui aurait à y gagner – à moins que des droites populistes puissent émerger et s’en charger à sa place…

Et la Chine conquit l’Amérique latine

Par le même effet repoussoir, l’arrivée  au pouvoir du grand blond pourrait profiter économiquement à l’ensemble du sous-continent. Après Hernán Cortés et la doctrine Monroe, c’est en effet la Chine qui pourrait y débarquer – encore plus – massivement.  Depuis quelques années, l’empire du Milieu place ses pions et contrarie l’hégémonie étasunienne sur son pendant naturel. Entre 2000 et 2014, les échanges commerciaux entre l’Amérique latine et l’Empire du Milieu ont été multipliés… par vingt. Lassée de son protecteur nord-américain, une bonne partie des gouvernements latino-américains a succombé aux charmes de l’Asie. C’est réciproque : la Chine ne peut plus se passer du soja brésilien. Et en novembre dernier, le président chinois Xi Jinping est allé signer de fructueux contrats – essentiellement dans le domaine de l’énergie – lors d’une excursion ensoleillée en Equateur, au Pérou puis au Chili – dont la Chine est devenu le premier partenaire commercial. En Equateur, Xi Jinping a déclaré avoir signé « des accords de coopération sur l’énergie, le commerce bilatéral, les finances », mais aussi « la justice et la culture ». Vastes chantiers. Au sommet annuel de la Coopération Asie-Pacifique (APEC) à Lima, il n’a d’ailleurs pas manqué de se réjouir de la dénonciation du partenariat transpacifique (TPP) – auquel sont rattachés le Pérou, le Chili et le Mexique – par Donald Trump et a proposé de le remplacer par un nouvel accord de libre-échange… excluant les Etats-Unis. Lors du même sommet, le président chinois a déclaré qu’il allait « renforcer la communication stratégique et le dialogue sur les dossiers internationaux ». Xi est même allé plus loin, en appelant à « une nouvelle ère de relations avec l’Amérique latine ». Il semble que la liaison soit faite pour durer.

Le réveil mexicain ?

Reste le cas du Mexique.  Après la dévaluation du peso mexicain face à l’imposant billet vert, le président Peña Nieto a eu la malheureuse idée d’augmenter le prix de l’essence de 20%. C’est la goutte qui a fait déborder le baril : dans le pays où l’on travaille le plus au monde pour le salaire minimum le plus bas et où l’on est, malgré tout, ordinairement enclin à une certaine passivité sociale, de violentes manifestations ont vu le jour à Mexico, Monterrey, et en province. Au 5 janvier, six personnes avaient déjà trouvé la mort, et au moins 1500 autres avaient été arrêtées.

Pemex (Petroleos Mexicanos), la principale société d’or noir mexicain – privatisée il y a trois ans par le même Peña Nieto – ne dispose que de quelques raffineries qui ont toutes passé la quarantaine. Le pays ne transforme que peu de pétrole en essence et la vend de toute façon 50 % plus chère à ses citoyens qu’à leurs voisins du Nord. Pire, les réserves quotidiennes d’essence mexicaine ne dépassent pas deux jours – contre trois mois pour celles des Etats-Unis. Le Mexique s’en trouve fortement dépendant des importations d’essence, en provenance, principalement, des… Etats-Unis. Une situation absurde et d’autant plus délicate avec l’arrivée de l’amoureux du Mexique et des Mexicains Donald Trump, qui dispose d’un moyen de pression très efficace pour faire plier le voisin du Sud si l’envie lui en prend.

Pour s’extirper de ce traquenard, le Mexique devrait raffiner son pétrole lui-même. Et c’est ce que propose Andrés Manuel Obrador, le candidat de la gauche à la présidentielle de l’an prochain. Craint par certains Mexicains, mais attendu comme le Messie par d’autres,  il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille et propose un programme assez culotté qui promet notamment de « récupérer le pétrole en 2018 » et de nationaliser les réserves du pays. S’il est arrivé deuxième de la dernière échéance, la forte impopularité du président actuel, couplée à l’arrogance de Donald Trump envers ses compatriotes, pourrait, cette fois, faire tourner le vent en sa faveur.

Foot, banlieue, violence: le stade critique

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Entraînement dans un club amateur du département des Yvelines (78).
Entraînement dans un club amateur du département des Yvelines (78).

Des pelouses de villages jusqu’aux plus grands stades, le foot français est porteur de valeurs de respect et de tolérance, à l’image de son équipe black-blanc-beur, incarnation d’un pays métissé, réconcilié avec sa diversité culturelle. Voilà ce qu’il était de rigueur d’écrire, dans l’euphorie de la victoire de 1998 en Coupe du monde. Qui y croit encore ? Dans une enquête d’opinion de 2012 réalisée pour l’agence de marketing sportif Sportlab, 3 % des personnes interrogées considéraient que l’équipe de France véhiculait des valeurs positives. 3 %, soit la marge d’erreur d’un sondage. Et celui-là était réalisé avant la sordide affaire de chantage à la « sextape » qui a valu une mise en examen à l’international Karim Benzema… Entre-temps, la France est arrivée en finale de l’Euro 2016. L’image des tricolores s’améliore lentement (7 % de très bonnes opinions en septembre 2016, sondage Odoxa). Reste un défi moins spectaculaire mais plus complexe que la reprise en main d’une vingtaine de jeunes millionnaires : la montée des incivilités et de la violence sur les terrains de foot amateur, en particulier ceux où dominent les joueurs issus de l’immigration.

La violence en baisse, selon la Fédération

Les voix officielles du foot n’ont évidemment pas la franchise de l’admettre. Elles se contentent d’égrener un chapelet de périphrases tellement transparentes que le plus obtus des journalistes saisit immédiatement. Il s’agit des « jeunes des quartiers difficiles », issus de « familles monoparentales », à tendance « communautaires », qui « n’ont pas les mêmes référents culturels » et qu’on trouve « surtout en banlieue parisienne ou en périphérie de grandes villes ». Bref, le foot black-blanc-beur, mais sans les blancs.

Mais comment la Fédération française de football pourrait-elle regarder en face la violence du foot de banlieue ? Selon son observatoire des comportements, la violence tout court n’existe pas sur les terrains ! 98,4 % des 670 000 matches officiels joués en 2015/2016 se seraient déroulés sans incident, chiffre en amélioration par rapport à la saison précédente. La moitié des faits signalés concerne des agressions verbales. La violence dans le foot ? Résiduelle, comme en athlétisme ou en cyclisme. La discipline baigne dans un climat de correction et de courtoisie.

« Ce n’est pas sérieux », tranche Jean-Jacques Demarez, secrétaire général de l’Union nationale des arbitres de football (Unaf). « Depuis le début de la saison 2016/2017, l’observatoire a enregistré cinq agressions contre des arbitres. Nous en sommes à 68. Les districts ne font pas remonter les plaintes pour préserver leur image. Tout le monde le sait. Dans le football, on se voile la face. »

Le ballon rond reste le sport le plus populaire du pays. Avec 2,1 millions de licenciés, la FFF distance largement le tennis (1,1 million), l’équitation (700 000), le judo (600 000) et le basket (1475 000). Elle a néanmoins connu un énorme trou d’air entre 2006 (record historique à 2,3 millions de licenciés) et 2012, perdant 600 000 licenciés qu’elle n’a toujours pas retrouvés. Le nombre de pratiquants stagne ou régresse dans les bastions historiques des Pays de la Loire et de Bretagne. En Île-de-France, en revanche, il est en hausse. Les banlieues de Seine-Saint-Denis et[access capability= »lire_inedits »] du Val-de-Marne pesaient déjà singulièrement lourd dans le foot pro (pour des raisons surprenantes, voir encadré). Leur poids relatif s’accroît chez les amateurs. Sport de campagne, le foot devient un sport de quartier. L’ambiance s’en ressent, disent les arbitres. Ils ont intérêt à dramatiser la situation en ce moment, car ils demandent une revalorisation de leurs indemnités. Pour autant, ils n’inventent pas les agressions dont ils sont victimes. Elles sont fréquentes (voir encadré) et souvent graves.

Le foot dans la spirale

« La spirale qui nous menace est de perdre les licenciés paisibles pour devenir un sport de voyous », dénonce Jean-Jacques Demarez. « Des parents ne veulent plus inscrire leurs enfants au foot et je les comprends », renchérit Renaud Hocq, président de l’Unaf Val-de-Marne. « Une équipe de “gentils” est sûre de se faire bouffer. Voir ses enfants se faire caillasser pendant un match, ce n’est pas possible. » À Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), un terrain en stabilisé du Football Club Cheminot et Villeneuvois a été entouré d’un grillage de plus de cinq mètres, pour protéger les joueurs des projectiles. « Je suis allé à des matches en banlieue de Caen avec appréhension, confirme Emmanuel, arbitre au niveau départemental et régional pendant huit ans. À Hérouville-Saint-Clair, je me garais en marche arrière pour repartir plus vite, au besoin. Il fallait enfermer ses affaires dans un casier et garder la clé sur soi pendant le match, pour ne pas se faire dépouiller. »

Pourquoi le foot ?

Il suffit de se promener un soir de semaine ou un week-end sur un stade de la petite couronne parisienne pour constater un phénomène surprenant. Sur le terrain de foot, des gamins s’invectivent, s’insultent et en arrivent aux menaces très facilement. Sur la piste en synthétique qui entoure le terrain, d’autres gamins, identiques en apparence, font de l’athlétisme dans une ambiance nettement plus sereine. Coup de fil à la Fédération française d’athlétisme (1300 000 licenciés). Une seule question : les bagarres ou les agressions contre des officiels sont-elles fréquentes ? La FFA n’a pas de statistiques à ce sujet. Le service de presse a de vagues souvenirs d’incidents isolés. La violence en athlétisme, sport qui recrute dans tous les milieux, est un non-sujet. Le foot semble cristalliser une violence larvée, frôlant régulièrement le pire, l’accident mortel.

Pourquoi autant de banlieusards dans le foot pro ?

Selon Les Cahiers du football, 300 des quelque 1 000 joueurs professionnels français en activité viennent d’Île-de-France, dont 60 de la Seine-Saint-Denis. Les grandes métropoles fournissent 20 % des licenciés seulement, mais 50 % des professionnels. Rien ne permet de dire que le niveau y est meilleur qu’ailleurs. Depuis vingt-cinq ans, aucun club francilien n’a gagné la Coupe Gambardella, équivalent de la Coupe de France pour les moins de 18 ans. Monaco, Sochaux, Auxerre, les Girondins de Bordeaux, Nice, Metz : parmi les vainqueurs récents, il n’y a pas un seul club de banlieue. Ces derniers suralimentent l’élite par deux biais connus. D’abord, les recruteurs, supposés détecter les « pépites », vont là où les jeunes sont géographiquement concentrés, par commodité. Il y a davantage de 12-13 ans licenciés en Loire-Atlantique qu’en Seine-Saint-Denis (14 451 exactement contre 3 999 en 2014-2015), mais ils sont dispersés sur un vaste territoire.

Le second biais est racial. Les noirs courraient plus vite, sauteraient plus haut, pratiqueraient un jeu plus athlétique, bref, seraient meilleurs au foot. Selon Daniel Riolo, auteur de Racaille Football Club,[1. Racaille Football Club, paru aux éditions Hugo & Cie en mai 2013.] avant les victoires de l’Espagne et de l’Allemagne en Coupe du Monde 2010 et 2014, ces préjugés se doublaient d’un psychologisme sommaire. « Le “petit blanc” ne jouissait pas d’une bonne image auprès d’un grand nombre de formateurs », qui le trouvaient trop gentil pour s’imposer sur les terrains. Les centres de formation auraient ainsi délibérément privilégié des jeunes inadaptés à la discipline du haut niveau. Les instances du foot en reviennent, mais restent enfermées dans une contradiction. Quand elle est censée apporter un surcroît d’esprit offensif, la culture « Ballon sur bitume » est portée aux nues.[2. « Ballon sur bitume » : documentaire sur le foot des cités, sorti en novembre 2016 et subventionné par Nike.] Mais quand surgit l’évidence, à savoir que la frontière est poreuse entre esprit offensif et agressivité, impossible d’évoquer la culture en question sans stigmatiser des clubs et des quartiers.

« Chez nous, explique un ancien dirigeant de club du Vaucluse, en septembre 2009, un joueur du MJC Bollène (club dissous depuis, ndlr) a tiré sur un joueur d’Entraigues-sur-la-Sorgue. Il a été suspendu à vie et il a fait de la prison ferme. On ne peut pas résumer en disant que c’est les blancs contre les arabes. C’est plus embrouillé, mais cette dimension existe. Les injures racistes et les bananes lancées aux joueurs africains font partie du folklore. Quand vous vous retrouvez avec une équipe à 80 % d’origine nord-africaine, comme celle du FC Nyons, face à une équipe plutôt typée européenne, le folklore devient explosif. » Bilan du match FC Nyons/Sporting Club mondragonnais en avril 2016 : trois joueurs hospitalisés suite à une bagarre générale. Le FC Nyons n’en est pas à ses premiers incidents mais, en l’occurrence, ce sont des propos racistes venus du côté mondragonnais qui auraient lancé les hostilités. Un supporter mondragonnais aurait sorti une bombe lacrymogène, transformant l’accrochage en cohue générale.

Dribble sémantique autour du foot communautaire

Spécialisé dans la sociologie du sport, le chercheur Olivier Chovaux, de l’université d’Artois, s’est penché sur le lien éventuel entre « l’ethnicité sportive » des clubs de foot amateur et « les violences et incivilités », à partir des incidents signalés à la ligue Nord-Pas-de-Calais de 2006 à 2010. Il en ressort que les clubs « à dimension ethnique et communautaire » représentent 6 % des formations, mais totalisent « un cinquième des violences commises envers les arbitres chaque saison » et le quart du total des incidents. « Les clubs ethniques ne peuvent être considérés comme plus “violents” que leurs rivaux sportifs », avance néanmoins le chercheur, même si « leurs acteurs (joueurs, entraîneurs et dirigeants dans une moindre mesure) concentrent les cas d’indisciplines les plus graves […] Ces “clubs à risque” sont en réalité des clubs “dans le risque”. » De l’art du dribble sémantique.

Le chercheur avait d’ailleurs partiellement noyé le poisson, en intégrant dans ses clubs communautaires des amicales portugaises ou espagnoles que rien ne désigne comme spécialement vindicatives !

Récapitulatif non exhaustif des incidents du début de saison 2016/2017

5 septembre : Moselle, les gendarmes sont appelés sur deux matches le premier jour de la saison pour mettre fin à des violences, à Téting-sur-Nied et Spicheren.

12 septembre : Croix Iris/Calais, l’arbitre reçoit un projectile à la tête. Traumatisme crânien.

5 octobre : Ille-sur-Têt/Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), l’arbitre est agressé par des supporters. Deux jours plus tard, sa voiture est vandalisée, avec ce mot : « En souvenir de samedi. »

12 octobre : FC Espaly/Brives-Lantriac (Haute-Loire), encore un arbitre frappé pour avoir expulsé un joueur.

17 octobre : Villiers-le-Bel/Le Plessis-Bouchard, match de vétérans, bagarre pour un penalty ; un joueur convulsionne sur le terrain, il est hospitalisé.

22 octobre : Nantes, bataille rangée entre plusieurs dizaines de personnes à l’occasion d’un match de futsal entre deux équipes locales de quartier, Bela-Bellevue et C’West Malakoff.

26 octobre 2016 : Alfortville, dix-huit jours d’arrêt de travail pour un arbitre de 19 ans agressé deux jours après un match Bobigny/FC Gobelins Paris. L’agresseur, un joueur du FC Gobelins, est venu le chercher sur son lieu de travail et l’a démoli à coups de gant coqué.

12 novembre : bagarre dans le foot féminin ! La rencontre entre l’Olympique Club de Roubaix (OCR) et l’US Tourcoing FC se termine très mal. Une joueuse tourquennoise est rouée de coups de pied alors qu’elle est à terre.

13 novembre : banlieue de Grenoble, AS Fontaine/Saint-Paul-de-Varces, catégorie 19 ans, l’arbitre est agressé par plusieurs joueurs et prend la fuite, blessé.

14 novembre : FC Antibes/Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes, catégorie 17 ans, l’arbitre est frappé puis gazé à la bombe lacrymogène.

28 novembre : Lilles Fives/Lille Sud, l’arbitre est pris à partie par une trentaine de supporters ; deux jours d’arrêt de travail.

5 décembre : bagarre générale à Roubaix pendant un entraînement. La femme de l’entraîneur, enceinte de cinq mois, est frappée par un gamin. L’entraîneur corrige le gamin. Cinq hommes le passent à tabac, il est hospitalisé.

10 décembre : Sporting Club de Toulon/La Garde (Var), dix jours d’arrêt de travail pour un joueur toulonnais attaqué par plusieurs personnes après le match.

Arbitre dans le Nord-Pas-de-Calais, Yacine[3. Le prénom a été changé.] est d’origine algérienne et ne s’embarrasse pas de précautions de langage. « Pour moi, les plus durs à arbitrer, c’est les clubs marocains et algériens. Si je les sanctionne, je suis un traître. Je me suis déjà fait traiter de harki ! Il y a un facteur aggravant propre aux jeunes d’origine algérienne, le mimétisme. Tapez “violence foot algérie” sur Youtube : il pleut des vidéos, et c’est beaucoup plus sérieux que chez nous ! Ça peut donner des idées. »

Argent, foot amateur et quartiers

« On en demande trop au foot, reprend Renaud Hocq, de l’Unaf Val-de-Marne. La vocation sociale, je suis d’accord. Acheter la paix sociale, non. » Aujourd’hui, dans les petites villes ou à la campagne, les clubs sont encadrés essentiellement par des bénévoles. Dans les banlieues, au contraire, ce sont souvent des éducateurs rémunérés. Formés à la va-vite, ils sont à peine plus âgés que les joueurs qu’ils encadrent. Parfois, ils sont eux-mêmes joueurs et touchent des primes de matches (cumul en principe interdit, mais les clubs ferment les yeux). Quelques dizaines d’euros, pas davantage. Pour certains, c’est déjà beaucoup. Dénoncer un joueur, c’est risquer des matches de suspension pour le club et compromettre un équilibre financier précaire. « À 90 %, les clubs ne balancent pas les fautifs, se désole un responsable de district. Et si la solidarité ethnique s’en mêle, on monte à 100 %. »

L’excuse corse

Quand ils ne peuvent plus nier les insultes et les tentatives d’intimidation qui pourrissent le jeu, les officiels du foot français brandissent souvent une étrange excuse : en Corse, c’est pire.

Intimidation systématique de la part des supporters, pression sur les arbitres : les clubs de l’île présenteraient cette particularité de ne jamais gagner à l’extérieur et de ne jamais perdre à domicile. Idée reçue et démentie par les statistiques. Sur 68 matches de la saison 2016/2017 joués mi-décembre par le Sporting Club de Bastia (Ligue 1), l’AC Ajaccio (L2), le GFC Ajaccio (L2) et le CA Bastia (National), les Corses ont connu 16 victoires et 6 défaites à domicile, contre 18 défaites et 5 victoires à l’extérieur, plus 21 matches nuls. Ils jouent mieux chez eux, mais c’est valable pour tous les clubs français. Le record d’invincibilité à domicile (92 rencontres) appartient au FC Nantes depuis 1995.

Reste un climat pesant, entretenu par les supporters. En 2012, ceux du SC Bastia ont été interdits de déplacement à Nice par décret, pour prévenir les troubles. « Je me souviendrai longtemps d’une rencontre en Corse, explique un ancien joueur d’Andrézieux-Bouthéon (Loire, club de CFA). À la mi-temps, dans les vestiaires, alors que nous étions menés, l’entraîneur nous dit : “Allez, les gars, on relève la tête.” Et là, une voix lance : “Tu relèves rien du tout, à part mes c… Tu perds ton match et tu dégages.” C’était le vigile chargé de veiller à notre sécurité ! Dans les tribunes, il y avait des chasseurs, venus avec leurs fusils. L’arbitre était un continental. Il n’en menait pas large. Dès que nous entrions dans les 18 mètres corses, il sifflait une faute. On a laissé filer le match, et puis on les a battus 4-0 au match retour. »

Au foot, il faut s’imposer sur le terrain. Intimider l’adversaire, essayer de le faire sortir de ses gonds, lui écraser sournoisement les orteils, tout cela fait partie du jeu. L’essentiel est de ne pas se faire prendre. C’est un sport qui requiert des nerfs solides et où le rapport à la règle a toujours été ambivalent. Le malentendu initial est peut-être d’en avoir fait un vecteur d’intégration sociale, dans l’euphorie post-1998. La FFF n’en est pas encore à l’admettre, mais elle commence à prendre la mesure du problème. Le futsal (foot à cinq en gymnase) est sous surveillance. Un club sur deux a un affichage musulman explicite et les matches font écho à des rivalités entre bandes. Le 22 octobre à Nantes, c’était le quartier Bellevue contre celui de Malakoff. Le match s’est terminé en bataille rangée. Le 28 novembre, le sociologue William Gasparini (Unistra/Cnrs) l’a mentionné publiquement comme une discipline exposée au prosélytisme islamique. Il faisait un compte-rendu d’étape de travaux lancés après les attentats du 13 novembre 2015, dans le but de scruter des foyers potentiels de radicalisation. L’orientation des axes de recherche est éloquente. Il ne s’agit plus de comprendre comment le foot crée du lien, mais de mesurer à quel point il élargit les fractures.

Jour de foot ordinaire à Quimper

Décryptage d’un incident violent, survenu dans une ville particulièrement calme.

La FFF ne communique pas les statistiques de violence par district et insiste sur le fait que tous sont concernés, pas seulement ceux des zones sensibles. Effectivement, le 30 octobre 2016, Quimper, préfecture du Finistère, classée parmi les 25 villes les plus sûres du pays, a connu un incident. La rencontre opposait le Quimper Italia et l’International Kermoysan, club d’un quartier dit « sensible ». Les guillemets sont de rigueur. Avec son centre commercial flambant neuf et ses immeubles rénovés, Kermoysan serait quasiment un quartier huppé à Clichy-sous-Bois.

Pour une raison obscure, un tirage de maillot a dégénéré. Un joueur du Quimper Italia, Djibril Diabaté, s’est retrouvé à terre. Trois joueurs de l’International Kermoysan l’ont frappé. L’un d’entre eux, Nabil Z., lui a porté des coups de pied à la tête et au thorax. Au moment où la bagarre a démarré, il était sur le banc de touche, expulsé pour faute. Il est revenu sur le terrain pour frapper. Les assaillants n’y sont pas allés de main morte. Le jeune Djibril a perdu connaissance et a été hospitalisé quelques heures. La police est intervenue.

Un mois plus tard, le district a puni les deux clubs. L’International Kermoysan a été mis à l’épreuve pendant un an et privé de terrain. Le Quimper Italia a écopé de huit mois de sursis. Nabil Z. a été suspendu pour deux ans. Pilier de l’International Kermoysan, il était sous le coup d’un sursis pour une précédente altercation. Il est connu comme un joueur violent. Passé par la case prison, il agrémente sa page Facebook d’un montage photo où figurent Tony Montana/Scarface et Marlon Brando/Le Parrain, à côté de citations de Martin Luther King et de rappels des valeurs de l’islam. Créé en 2013, l’International Kermoysan affiche le croissant et l’étoile coraniques sur son blason. Le club est hébergé à la Maison pour tous, au titre de sa mission d’insertion. Qui insère-t-il exactement ? Mystère. Le club compte 50 membres, dont 35 actifs, en majorité des seniors. L’un d’entre eux a téléphoné à des témoins des incidents du 30 octobre, pour les menacer de représailles s’ils s’exprimaient devant le district. Le foot, remède au mal-être et à la mauvaise réputation des quartiers ? Et s’il en était parfois une des causes ?

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