J’ai eu l’immense privilège lors d’une nuit tempétueuse de me rendre au musée Grévin. Grâce à un dispositif ingénieux, quelques statues de cire représentant le haut du panier de la gauche old school discouraient sur l’avenir de la France, avenir auquel il leur importait visiblement d’être associés. Certains bonimenteurs du socialisme, sans doute parce qu’ils faisaient trop mauvaise impression dans cet aréopage, n’avaient pas eu droit à leur statue, tels Jean-Luc Bennahmias malicieux, mais un peu bourré, ou Sylvia Pinel et François de Rugy dont l’insignifiance aurait pu rebuter les visiteurs.

L’avantage de ces statues de cire, c’est qu’on peut pincer leur nez sans prendre aucun risque : on ne sait trop si elles sont vivantes ou mortes, ce qui engendre un sentiment d’inquiétante étrangeté. On peut également les interroger : leurs réponses combinent un curieux mélange d’éléments de langage et de statistiques, ce qui les rend vite inaudibles. D’ailleurs, le responsable de la partie audio ne s’est pas foulé : reviennent en boucle les valeurs républicaines, la laïcité, le rejet des extrêmes – avec François Fillon et Marine Le Pen comme boucs émissaires. Rien sur l’Europe, en revanche, qui même au Musée Grévin n’est plus source d’espoir. Bien sûr, compte tenu de la diversité des visiteurs, on a évité les sujets qui fâchent : l’islam, l’immigration et l’insécurité.

J’avais donc en face de moi Manuel Valls assez fidèle à l’original, légèrement rajeuni et parfois souriant. Le mannequin de cire est incontestablement flatteur, tout comme celui d’Arnaud Montebourg d’une élégance travaillée. Visiblement, au Musée Grévin, on en pince pour lui. En revanche, ce pauvre Benoît Hamon qui surfe sur un revenu universel, n’a pas été gâté par le costumier, ni par la nature d’ailleurs. Il donne l’impression de sortir tout droit d’un roman de Michel Houellebecq. Cet homme, tel qu’il figure au Musée Grévin, n’a aucun avenir devant lui, sauf peut-être comme directeur d’une chaîne de Formule 1. Mais il y a pire que Benoît Hamon : Vincent Peillon. On lui a fait une tête d’idiot du village, ce qui n’est pas très courtois pour un professeur de philosophie à l’Université de Neuchâtel, certes dépourvue de toute réputation, mais quand même…

J’oubliais : Manuel Valls a défendu François Hollande. Il était bien le seul. Quand j’ai quitté le Musée Grévin, j’entendais en écho un seul mot : « Rassembler ». Je me suis demandé s’ils y croyaient. Question stupide pour une statue de cire. Et plus encore pour un homme politique.

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Roland Jaccard
Psychologue, écrivain, journaliste, critique littéraire, essayiste et éditeur suisseEssayiste, il se fait connaître en 1975 par L'exil intérieur, essai qui a marqué des générations de lecteurs. Romancier, il écrit Sugar Babies, Flirt en hiver, Une fille pour l'été. On lui doit également une trilogie autobiographique L'âme est un vaste pays, Des femmes disparaissent, ...