Adolphe Thiers

À l’initiative du groupe socialiste, l’Assemblée nationale a voté le 29 novembre une proposition de loi proclamant la réhabilitation de toutes les victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871. Après cinq années passées à « nous débarrasser définitivement du socialisme » selon le mot enjoué d’Alain Minc, le parti socialiste a jugé opportun de sortir de ses tiroirs l’héritage de la Commune, avec l’espoir de convaincre ses électeurs dépités. Pour rappel, le principal ennemi de la Commune n’était autre qu’Adolphe Thiers, le « chef avoué du centre gauche » et « l’un des enfants de 1789 », comme l’encensait Zola dans les colonnes de La Cloche, l’un des quotidiens de la gauche républicaine.

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Dans Le Messager de l’Europe (octobre 1877), l’auteur des Rougon-Macquart écrivait encore à propos de l’« adorable » Monsieur Thiers, que « personne ne l’aurait suivi s’il s’était dirigé vers la droite, alors que l’instinct de la foule l’entraînait vers la gauche ». Le « génie français incarné » fut pourtant à l’origine de la répression terrible des communards qui fit 10 000 à 20 000 morts. Certes, Thiers ne mena pas lui-même ces basses œuvres meurtrières. Celles-ci furent confiées à un certain Gaston de Galliffet, le « bourreau de la Commune », qui sera par la suite ministre de la Guerre dans le gouvernement de « Défense républicaine » de Waldeck-Rousseau, constitué à la suite de l’affaire Dreyfus, le 22 juin 1899. Mais rien de tout cela n’empêche le parti socialiste de se réapproprier l’histoire de la Commune, en la gauchisant allègrement.

Née de l’alliance entre le socialisme ouvrier et la gauche républicaine, la gauche moderne s’est constituée sur le dos des communards.