S’il est une chose que l’on peut regretter au sujet de l’antipathique Mehdi Meklat c’est que l’on ne soit pas aperçu plus tôt, au milieu de cette fange que représentent parfois les réseaux sociaux, non seulement de l’existence de ces tweets mais également de l’identité de leur véritable auteur.

Le dernier tweet recensé et porté à la connaissance des heureux « non-followers » – un « délice » homophobe ciblant Caroline Fourest – datant de juillet 2015, la prescription est désormais acquise.

Les autres messages abjects qui ont pu être exhumés de son compte twitter (« Faites entrer Hitler pour tuer les juifs », « je ne sais pas pour vous mais je trouve la phrase « Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie » de Mohammed Merah, troublante de beauté » ou « J’ai envie de commettre un acte homophobe pour qu’on parle de moi ») sont plus anciens encore s’échelonnant de 2011 à 2014.

Pourquoi il s’en tire à bon compte

Leur auteur s’en tire judiciairement à bon compte. En effet, M. Meklat a su faire preuve de suffisamment d’originalité pour que ses « saillies drolatiques » soient constitutives, au choix, d’injures, diffamation ou de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de de leur appartenance à une religion déterminée ou à raison de leur orientation sexuelle, délits passibles d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende  conformément aux articles 24 alinéa 7 et 8, 32 et 33 de la loi du 29 juillet 1881.

Or, en matière de presse, la prescription est courte. Prescription originellement trimestrielle (à compter de sa publication), elle est portée à 1 an pour les délits susvisés. Saisis par une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages de la rue Montpensier ont jugé en 2013 que cette prescription rallongée et dérogatoire à la règle d’ordre public de la prescription trimestrielle était conforme à la constitution.

Quant à une éventuelle apologie du terrorisme prescrite, elle, sous 3 ans, relative au tweet relatif à Merah datant de 2012, il est également trop tard pour s’en saisir.

M. Meklat peut bien faire valoir aujourd’hui une défense minable en prétendant que ces tweets publiés de façon compulsive par un double diabolique ne visaient qu’à provoquer et « perturber un monde trop lisse », il n’aura pas à s’en expliquer devant un tribunal.

Et c’est probablement tant mieux pour lui, parce qu’on a beau être ouvert d’esprit, vouloir comprendre, se forcer même à accepter une sorte d’humour qui ne fait rire que les antisémites, les homophobes et les sexistes, on aura du mal à se convaincre que celui qui se livre plusieurs années durant à ces propos abjects n’en pense, au fond de lui, pas un mot. Le tribunal l’aurait, on l’espère, sévèrement sanctionné.

De ce lamentable « buzz » involontaire, on retiendra une fois de plus que l’antisémitisme, l’homophobie et le sexisme se trouvent bien déposés sur les claviers de certains, à défaut de l’être sur leur langue. Quant à M. Meklat, il sera désormais sous la loupe et n’aura sans doute pas deux fois la même chance.