Accueil Site Page 1927

Et si Trump mettait la France sur sa liste des pays interdits?

45
Mémorial du 11 septembre à New York, novembre 2015. SIPA. SIPAUSA30137272_000042

Vous voulez vous rendre aux Etats-Unis ? Fort du fait que vous n’êtes ni Somalien, ni Soudanais, ni Iranien, ni Irakien, etc. vous pensez sans doute que c’est chose aisée. Vous êtes inconscient. Ou alors vous aimez, par masochisme, les parcours du combattant. J’ai sous les yeux le formulaire à remplir pour obtenir un droit d’entrée aux Etats-Unis.

Il vous est demandé si vous souffrez d’une maladie physique ou mentale. Et plus précisément des maladies suivantes : « choléra, diphtérie, tuberculose (infectieuse), peste, variole, fièvre jaune, fièvres hémorragiques virales, y compris Ebola, Lassa, Marburg, Crimée-Congo, maladies respiratoires aiguës sévères avec risque de transmission à d’autres personnes et pouvant provoquer la mort. »   ⃣   Non   ⃣   Oui

Vous devez également répondre à une question encore plus intéressante : « Avez-vous l’intention de participer ou avez-vous participé à des activités terroristes, d’espionnage, de sabotage ou de génocide ? »   ⃣   Non   ⃣   Oui.

Et on vous demandera enfin si récemment (depuis 2011) « vous avez voyagé au Yémen, en Somalie, en Irak », etc.   ⃣   Non   ⃣   Oui

Le décret Trump, c’est du flan

Insouciant que vous êtes, vous pensez qu’il vous suffit de répondre « non » à toutes ces questions intrusives et que c’est dans la poche. Détrompez-vous. Il est spécifié sur le même formulaire qu’en cas de mensonge vous risquez non seulement d’être expulsé mais aussi des sanctions administratives et pénales ; la prison donc. Et alors ?, direz-vous. Comment les Américains sauraient-ils que vous avez menti ? Prenez conscience du fait que la CIA, la NSA et toutes les agences de renseignement américaines savent tout sur vous.

Pour ma part j’ai sagement renoncé à me rendre aux Etats-Unis. J’ai fait il y a quelques années un voyage au Yémen. C’était pour voir la maison d’Arthur Rimbaud. Mais comment pourrais-je prouver que ce n’était pas pour me faire endoctriner dans une madrasa ? Par ailleurs, je ne sais pas ce qu’est la maladie « Crimée-Congo ». Donc je ne sais pas si je l’ai ou pas. A moins qu’il s’agisse d’une information encore secrète concernant Poutine qui, en douce, aurait annexé le Congo après la Crimée…

Tout ça pour dire que le décret Trump, c’est du flan, du vent. Il est inutile, superfétatoire. En effet, l’entrée aux Etats-Unis est, on vient de le voir, très étroitement surveillée. De la part du président américain, il s’agit donc d’une posture, d’une déclaration peu amicale de défiance à l’égard du monde musulman. Une façon de dire à l’islam, à la façon un peu rude de Trump : « F*ck you ! »

Le but affiché de Donald Trump est théoriquement de protéger son pays contre le terrorisme. « Une mesure totalement inefficace », a affirmé, à juste titre, Bernard Cazeneuve. Si Trump avait voulu bien faire les choses, il aurait ajouté à sa liste noire un grand pays européen, la France, qui compte des milliers de djihadistes et de fichés S. Mais ce n’est sans doute pas ce qu’a voulu lui suggérer notre Premier ministre…

Fillon, libère-toi!

166
fillon lr justice dsk
François Fillon en meeting. Sipa. Numéro de reportage : 00791661_000023.

Je n’arrive pas à trancher mon avis sur l’affaire Fillon. Autour de moi, ceux qui lui pardonnent sont au cœur de sa cible sociologique, des médecins dans des demeures bourgeoises pour qui le mal français, c’est la providence parce que l’impôt. Ceux qui l’enfoncent sont plus modestes, enfin c’est leur patrimoine qui est plus modeste parce que leur prétention à l’intégrité semble être sans limites.  Chez ceux-là, le problème de la France ce sont les riches qui s’enrichissent et pas eux. A ma droite, les petits arrangements et à ma gauche, les gros ressentiments. Entre les deux mon cœur ne balance même pas et il ne me gène pas de ne pas savoir ce que j’en pense, Fillon n’était de toutes façons pas mon candidat, politiquement parlant. Vouloir réduire sérieusement l’immigration sans promettre qu’on enverra paître l’Europe, ça sent l’arnaque et on m’a déjà fait le coup en 2007. Et vouloir être libre échangiste à l’heure du Brexit, je ne comprends pas bien. J’aime la droite quand elle est « en retard » sur le mariage gay, le shit en vente libre ou les salles de shoot, pas sur l’idée d’un retour à la nation.

Sa morale et la mienne

Moralement parlant, je m’en fous, ça ne me regarde pas. Je ne suis pas très porté sur la morale, surtout en politique où je me méfie de la vertu comme de la peste. Aux œuvres complètes de Robespierre ou d’Edwy Plenel, je préfèrerai toujours cette blague que répétait mon père : »La politique c’est comme les andouillettes, ça doit sentir un peu la merde mais pas trop ». Ces jours-ci on entend Maurice Szafran répéter à la télé que dans d’autres pays, Fillon aurait été disqualifié d’emblée pour moins que ça. Nous faut-il donc pour être modernes, nous évertuer à devenir suédois ? Voilà le genre de spécificités qui me rendent fier d’être Français. Et pourtant j’ai peine à croire que le redressement dont la France a besoin puisse venir d’un type qui aime l’argent. Certes, ce n’est pas condamnable, mais c’est pire, c’est minable. Surtout qu’on imagine sans peine à quoi ont servi ces salaires. A rien ou presque, à acheter des conneries, j’en ai peur. Je le revois dans son entretien télévisé avec Karine Le Marchand, jouant avec sa tablette et son drone ou confiant qu’il aimait passer du temps sur son tracteur à tondre le gazon de son domaine. C’est son droit me direz-vous ? Bien sûr mais le rôle, le devoir de la bourgeoisie n’est-il pas de conserver, de défendre et de transmettre le patrimoine culturel Français et européen, l’héritage de l’occident judéo-chrétien ? Alors avec ses jouets et sa tondeuse, j’ai du mal à le voir taillé pour le job.

Le malheureux semble mal barré

Risquer de passer à coté de la fonction suprême et voir sa carrière finir ensablée parce qu’on aura mis de l’argent de coté, ça manque cruellement d’allure. Au moins, il restera à Strauss-Kahn de bons souvenirs. Le malheureux Fillon semble en effet mal barré, même son électorat de notaires et de notables semble le laisser tomber. Alors si j’étais moi-même assez cynique et corrompu pour être conseiller en communication, je lui dirais de tenter le tout pour le tout en confiant face caméra à la France entière qu’il n’est pas celui qu’on croit, que le manoir et la tondeuse autotractée n’étaient qu’une couverture façon père tranquille, destinée à s’assurer le vote du plouc de la classe moyenne supérieure et à dissimuler une activité totalement inavouable, et qu’il n’est pas la droite du fric pour rien…  Parce que les sommes patiemment récoltées servaient à financer un groupe paramilitaire secret, dans l’esprit du GAL, missionné pour dégommer des djihadistes, musulmans de souche ou fraîchement convertis![1. Afin de les déradicaliser définitivement pour nous épargner le spectacle désespérant de ses amis politiques pinaillant sur ce que le statut de ces Français-malgré-nous nous permettait de faire d’eux au regard du droit international et sous l’œil de la Cour de justice de l’Union européenne, comme ils l’ont fait au moment du débat sur la déchéance de la nationalité.].

Parce que je les entends déjà, les Retailleau et les Courson, étaler leurs scrupules à l’assemblée et leurs états d’âme en état de droit, quand viendra se poser la question du retour des bébés Daech. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres parce qu’elles ne manquent pas ces missions que l’intérêt supérieur de la nation exige mais que la loi condamne et que la morale réprouve. Voici donc ce que je conseillerais à Fillon parce que son véritable handicap dans cette campagne, c’est d’abord et surtout d’être incapable de s’affranchir des manières de cette droite couilles molles et bon teint qui ne fait jamais le boulot pour lequel elle a été payée de nos voix, et parce qu’une petite vérité tardive et décevante est moins porteuse qu’un gros bobard qui nous donnerait sur ses motivations et sur ses aptitudes dans l’action, de l’espoir.

Islamisme: la révolution à petits pas

98
Une femme voilée à Paris, mai 2015. SIPA. 00713541_000001

Il y a eu dans certaines villes allemandes, anglaises et danoises une police de la charia qui sillonnait les rues et « invitait » les clients des discothèques à ne pas boire d’alcool ni écouter de la musique.

En Angleterre, une trentaine de tribunaux islamiques officieux et sans existence légale rendent des décisions, notamment en matière de droit de la famille, sans nécessairement reconnaitre les mariages ou divorces « civils ». Theresa May, alors Ministre de l’Intérieur, déclarait en mai 2016 qu’ « un certain nombre de femmes auraient été victimes de ce qui apparaît comme des décisions discriminatoires prises par les conseils islamiques ».

En Belgique, un parti « Islam », se revendiquant islamiste, a fait élire 2 conseillers municipaux à Anderlecht et Molenbeek en 2012 avec pour tout programme politique de « favoriser les mariages dès l’adolescence et la sévérité dans le mariage » ou « le rétablissement de la peine capitale » et comme objectif, à terme, un « Etat islamique ».

En France, après l’indigne Salon de la femme musulmane de Pontoise organisé par des islamistes et dont l’un des invités affirmait sur les réseaux sociaux que « si la femme sort sans honneur [comprenez : sans voile], qu’elle ne s’étonne pas que les hommes abusent de cette femme-là », c’est désormais par la voie judiciaire que certains ont décidé de faire progresser une certaine idée de la société au détriment de la liberté d’expression.

Les procès contre la pensée

Fin novembre 2016, Pascal Bruckner comparaissait devant la 17ème chambre correctionnelle à Paris pour avoir soutenu sur Arte en 2015 que par leurs écrits et leurs actions militantes, les associations Les Indivisibles et  les Indigènes de la République  auraient, selon lui, « justifié idéologiquement la mort des journalistes de Charlie Hebdo ». A lire la très subtile Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, dans son livre Mohamed Merah et moi : « Mohamed Merah, c’est moi, et moi, je suis lui. Nous sommes de la même origine mais surtout de la même condition. Nous sommes des sujets postcoloniaux. Nous sommes des indigènes de la république », on aurait tendance à louer la lucidité de Pascal Bruckner plutôt que lui faire un procès grotesque.

Relaxé le 17 janvier dernier, tout comme Jeannette Bougrab également poursuivie pour des propos similaires. La République judiciaire a encore du bon sens.

Plus récemment encore, un professeur de philosophie Soufiane Zitouni était poursuivi devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour avoir dénoncé, en février 2015 dans Libération, les dérives islamistes au sein d’un établissement privé musulman du nord de la France. Il y évoquait, entre autres, un « antisémitisme quasi culturel de nombre d’élèves du lycée ». A l’audience, le Parquet avait déclaré : « C’est de la polémique, pas de la diffamation. Sans ça, il n’y a plus possibilité de s’exprimer ». Poursuivi aux côtés de Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération, ces derniers ont été relaxés le 7 février dernier. On s’en réjouit.

En ces temps de curée médiatique contre l’historien Georges Bensoussan, les médias ne se sont pas pressés pour diffuser la nouvelle de ces relaxes. Voilà une belle preuve de courage ou, plus simplement, d’honnêteté journalistique.

Alors répétons-le, au risque de lasser, pourvu que l’on en prenne conscience une bonne fois pour toutes. On assiste dans les médias, dans la société et jusque dans les prétoires à une tentative totalitaire de confiscation de la parole, d’une certaine parole.

Le fascisme aime toutes les couleurs

Dès que l’on dénonce l’antisémitisme dissimulé derrière le paravent sémantique de l’antisionisme ou le racisme anti-blanc revendiqué dans un « camp d’été décolonial », « réservé uniquement aux personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français », le risque d’une action judiciaire pour faire taire devient de plus en plus prégnant.

N’en déplaise aux censeurs communautaristes, il y a en France des territoires abandonnés ou plus exactement vendus, troqués contre des bulletins de vote, par les pouvoirs publics, laissés aux mains des salafistes et dans lesquels l’endoctrinement est quotidien.

Il existe bien en France une partie de la population qui semble de plus en plus habitée par le rejet de l’autre, du Blanc et du Juif pour reprendre le titre du dernier opuscule commis par Houria Bouteldja, la même, dans lequel elle livre la puissance de son ignorance en affirmant que « l’antisémitisme est européen. Il est un produit de la modernité ». Mais de quelle modernité parle-t-elle ? De l’Inquisition au XVème siècle, des pogroms antijuifs d’Odessa en 1821 ou de Kichinev en 1903 ? A quelle Europe fait-elle référence ? A celle qui a permis les massacres de nombreux Juifs de Safed (Galilée) en 1834 ou de Hébron en 1929, ou le statut de dhimmis imposé essentiellement aux Juifs à partir du VIIème siècle en terre d’Islam ?

Que la horde des plaignants (le PIR, les Indivisibles, le CCIF et consorts) fassent usage de la démocratie pour museler ceux qui ne pensent pas comme eux, voilà qui est entendu. Ils ne sont pas les premiers et ne seront pas les derniers. Mais il est bien plus inquiétant de voir avec quelle lâcheté et parfois quelle satisfaction dans le renoncement, les médias leur offrent des tribunes pour venir se répandre sur les plateaux de télévision ou les colonnes des journaux.

Le fascisme aime toutes les couleurs. Brun, rouge, ou vert. Refuser de le comprendre et se vautrer dans le déterminisme social, ethnique ou historique est une erreur tragique. Les discours de victimisation et d’excuse sont un poison. L’islamisation de plus en plus radicale d’une frange de la population française n’est pas seulement due à la crise économique et sociale ou aux méfaits de l’histoire coloniale française. Il y a, en France comme ailleurs, une guerre culturelle contre la démocratie. Une guerre à coups d’accommodements raisonnables mais aussi à coups de mots et de procès iniques. Une forme de terrorisme intellectuel en somme.

Hamon: le changement, c’est pas pour maintenant!

45
benoit hamon liberal ps
Benoît Hamon reçu par Bernard Cazeneuve. Sipa. Numéro de reportage : 00791141_000009.

Il y a Benoît Hamon le frondeur. Toute une campagne construite, durant les primaires socialistes, contre la politique gouvernementale,  trop libérale. Et il y a l’autre. Celui dont le projet est moins proche de Mélenchon que de l’eau tiède. Pis, certaines de ses mesures sont contraires à l’image qu’il souhaite donner. Certaines de ses propositions semblent tout droit sorties d’une bible libérale, voire des courants libertariens. Mister Jekyll et Mister Hyde ? Peut-être… Ou alors, lui-même ne s’est pas  pleinement plongé dans le raisonnement de ses idées.

L’une d’elles, la plus célèbre, est même le pilier de son projet politique : l’instauration d’un revenu universel. Sur le papier, son argumentation et son schéma semblent évidemment suivre un raisonnement dit « gauchiste ». Mais sur le papier seulement. En réalité – et c’est aussi l’une des raisons de l’opposition de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet – l’instauration du revenu universel est en phase avec l’objectif de société prôné par les libre-échangistes…

Benoît Hamon pose comme préalable que l’évolution technologique de demain n’accordera pas, à tous les citoyens, une place sur le marché du travail – d’où la nécessité d’un revenu universel. La mise en place d’un salaire garanti permettrait de légitimer la baisse des coûts salariaux. Une aubaine pour les grandes entreprises. Chaque citoyen percevant une même somme venant de la collectivité, le secteur privé n’aurait qu’à prolonger ce salaire pour donner l’impression de l’utilité du travail accompli.

Ce revenu, vraiment très universel, serait d’ailleurs perçu par tous les citoyens, sans exception, de Liliane Bettencourt au chômeur longue durée, quelle que soit leur richesse. Tant et si bien que, dans notre économie globalisée, le marché s’adaptant très vite, le revenu universel aurait pour conséquence inéluctable l’adaptation dudit marché et donc une substantielle inflation des prix, chaque foyer étant assuré de disposer d’un revenu minimum. Les pauvres seront toujours pauvres mais auront l’illusion d’être en situation moins précaires. C’est une variante de l’effet  « tittytainment », créé par Zbigniew Brzezinski, conseiller stratégique américain sous les présidences de Jimmy Carter et Barack Obama : si vous leur livrez assez de distraction (du « divertissement abrutissant ») et d’alimentation, les classes moyennes et populaires seront satisfaites, soumises au système, moins enclines à la révolte. Pour le plus grand bonheur des élites financières.

Les couches moyennes et faibles seront enfin les grandes perdantes du salaire universel qui implique la fin des allocations, donc du principe d’équité, selon les revenus des foyers. Les allocations auront toutes fusionnées dans ce revenu universel. Si bien que certains foyers, qui cumulent actuellement lesdites allocations, ou qui pourraient y prétendre, seront forcément perdantes financièrement.

Les écoliers, de futurs consommateurs en puissance

L’autre révélateur du faux-gauchisme de Benoît Hamon, c’est sa vision de l’école. Lui qui n’a été ministre de l’Education nationale que quatre mois, a tenu, lors de son discours d’investiture en tant que candidat socialiste, le 5 février, à remercier les efforts de celle qui lui a succédé au ministère, Najat Vallaud-Belkacem, qui précédée de Vincent Peillon, a continué ce que François Fillon avait initié en 2005 avec la loi d’orientation, soit la sacralisation des thèses libérales, sur les recommandations de la stratégie de Lisbonne de 2000 (définie par le Conseil européen).

A lire aussi >> S’il ressuscite, Fillon fera-t-il la chasse aux pédagos? Conservateur oui, mais libéral

Les principes de la « loi Fillon » : la remise en cause de l’apprentissage des savoirs fondamentaux au profit des compétences, formatées pour le marché. Il faut créer une nouvelle race d’élève, prêt à l’emploi, prêt à s’adapter au marché. La réflexion et tout ce qui relève du « citoyen éclairé », cher au principe fondateur de la République, est inutile au marché. C’est exactement ce que les « pédagogistes » – soutenus par Benoît Hamon – souhaitaient. Faire de l’école, un lieu d’animation « branchouille » où l’élève ne serait plus tenu par le redoublement, la discipline, le savoir. L’élève doit maintenant mettre à profit les données, qu’on lui offre sur un plateau, pour trouver des moyens de satisfaire un problème. Des problèmes qui ne sont plus de l’ordre d’un calcul mental, d’une réflexion chronologique sur les événements historiques ou d’une recherche de résolutions de fautes d’orthographe. Non ! Il s’agit désormais d’une course vers la modernité, ou  – dit de manière moins correcte – vers les nouvelles pratiques de consommation. On a fondé des partenariats avec des entreprises comme Microsoft pour satisfaire les besoins numériques de l’école… Et permettre aux élèves d’être compatibles aux produits Microsoft. On force les professeurs à créer des cours sur ordinateurs, calculatrices, sous forme de jeux.  La création du vide, pour former de bons consommateurs.

En France, les idéologues se nomment Philippe Meirieu ou Florence Robine. Cette dernière, placée par Benoît Hamon à la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) en 2014, avait osé : « Il faut être capable de mettre des élèves en autonomie sans le professeur. Oui c’est possible. On n’a pas forcément besoin d’un enseignant pour apprendre . »  Cela nous vous rappelle rien ? Certains discours sur le trop grand nombre de professeurs… Trop coûteux, pas rentables. C’est oublier que dans certaines zones de la France périphérique, des écoles manquent encore d’instituteurs et d’enseignants… Peu importe, pour les « pédagogistes » et les néolibéraux, les enfants de l’élite pourront se payer les professeurs du privé, venant des très lucratives entreprises comme Acadomia, pour acquérir le savoir que les établissements ne peuvent offrir au plus grand nombre.

 

HLM: le clientélisme est roi

8
paris hlm clientelisme ps lr
Photo: Leemage.

Tous les élus vous le diront : l’attribution d’un logement HLM est l’un des plus sûrs moyens de fidéliser des électeurs. Il n’est donc pas surprenant que le logement social soit le royaume d’un clientélisme qui se traduit régulièrement par des scandales. À Paris, où le taux de rotation est seulement de 4 %, il faut attendre en moyenne sept ans pour entrer dans le parc social. Inutile de dire que ces tensions favorisent toutes les combines.

L’humanisme s’efface derrière l’opportunisme

Conseiller Les Républicains en charge du logement, Jérôme Dubus nous dresse un sombre panorama d’une politique opaque, où l’humanisme s’efface derrière l’opportunisme. « Le clientélisme s’exerce de deux manières : par la multiplication de logements sociaux afin de changer le visage électoral de la ville, d’une part, et d’autre part par les attributions de logements sociaux. » Quelques exemples éclairent ce mécanisme. « La municipalité bétonne de logements sociaux dans les circonscriptions qui, sans être acquises à la gauche, ne sont pas clairement marquées à droite comme le VIIe et le XVIe », soupire un élu. À croire un conseiller de Paris LR, « cette politique est très visible dans les XIIe et XIVe arrondissements ». C’est que ces deux arrondissements constituent, en quelque sorte, les swing States de la capitale. Si on prend le XIVe, on prend Paris. Raison pour laquelle c’est dans cet arrondissement que NKM a choisi de poser ses valises.

A lire aussi: “J’ai décidé d’empêcher la construction de tout HLM en centre-ville”: entretien avec Robert Ménard.

La Gauche ne l’ignore pas et, pour s’y maintenir, elle s’emploie à façonner sa population – et par là même, son électorat. L’étude de la répartition des logements sociaux par arrondissement est, à ce titre, éclairante : si la loi Duflot du 18 janvier 2013 impose aux communes de plus de 3 500 habitants un pourcentage de 25 % de logements sociaux, le XIXe arrondissement plafonne à 38 %, talonné de près par le XIIIe puis par le XXe. Dans le très chic VIIe arrondissement, on ne compte, en revanche, que 1,38 % de logements sociaux. Inutile en effet de gaspiller des efforts pour ce fief imprenable.[access capability= »lire_inedits »]

Clientèle d’élus

À côté de cette volonté de changer la démographie de la ville en augmentant la proportion de logements sociaux dans les arrondissements stratégiques, une forme de clientélisme se traduit par l’attribution, chaque année, de centaines de logements à des journalistes, associatifs, responsables politiques et personnes « connaissant quelqu’un », pratique permettant à ce « quelqu’un » de développer sa petite clientèle à lui.

Ce phénomène, ancien, n’a en rien été freiné par la création de commissions d’attribution publiques. « Ces commissions ne sont qu’un moyen pour les élus de la Ville de Paris de se draper d’une respectabilité de façade, peste un ancien élu, ayant lui-même bénéficié d’un logement social à la faveur d’une connaissance haut placée. Qui peut contrôler ce qui se passe dans le secret des réunions et des discussions de couloir ? Personne. » Le phénomène semble difficile à prouver, mais plusieurs personnes m’ont assuré avoir réussi à placer leur dossier en haut de la pile grâce à un contact opportun. « On est passés d’un clientélisme artisanal, tel qu’il avait lieu au cours de l’ère Tiberi, à un clientélisme industriel », déplore un autre élu.

Pour contrer ces abus, un système de cotation, supposément transparent, a été inauguré à grand bruit en 2014. Chaque demandeur se voit attribuer un nombre de points en fonction de sa situation (+ 3 s’il est sans abri, + 6 s’il a subi des violences familiales…). Les dossiers les mieux notés sont ensuite examinés par une commission avant d’être adressés aux bailleurs. Ce système pourrait être efficace si la commission n’était pas par ailleurs présidée par Ian Brossat, adjoint PCF au logement de la Ville de Paris qui, malheureusement, n’a pas daigné répondre à nos demandes d’entretien. Ce cumul enrage Jérôme Dubus : « Quand on sait que M. Brossat préside la commission d’attribution des logements sociaux en plus de son mandat de conseiller au logement, on ne m’ôtera pas de l’idée que la transparence est impossible. Une telle concentration des pouvoirs n’existe nulle part ailleurs. Et même sous Chirac et Tiberi, il n’y avait pas une telle confusion des genres ! »

La comparaison est peu flatteuse. Jérôme Dubus l’étaye d’un exemple. « Récemment, j’ai vu un dossier qui, normalement, aurait dû attendre des années, passer le surlendemain de son dépôt », se souvient-il. Le fait que le demandeur faisait partie du bureau de l’une des associations représentées à la commission n’a sans doute pas été étranger à la décision de cette dernière. L’élu conclut sur le bilan plus que mitigé de la politique parisienne en matière de logement : « La capitale consomme, à elle seule, 20 % des crédits affectés au logement social par l’État. Or nous sommes passés de 90 000 demandeurs, en 2001, à 250 000 – preuve de l’échec intégral de cette politique, qui coûte pourtant quelque 534,1 millions d’euros pour la seule année 2015. » Sur cette généreuse enveloppe, seul 1,1 % a été consacré à l’accès à la propriété, quand 72 % étaient au service de la réhabilitation de logements sociaux ainsi que des centres d’hébergement d’urgence. « Cette politique scandaleuse n’est pas destinée à améliorer au quotidien le logement des Parisiens mais à fidéliser une clientèle », conclut Jérôme Dubus.

Préempter, c’est pas prévoir

Autre moyen de changer la sociologie de la capitale, la préemption, pudiquement baptisée « acquisition-conventionnement » dans les circulaires officielles, est utilisée à plein régime. « Dès que la ville le peut, elle préempte afin de transformer des logements privés en logements sociaux. Cette politique entraîne deux types d’inconvénients : des problèmes de coexistence, et des problèmes financiers », s’agace un autre élu. La moitié des logements sociaux livrés en 2016 sont passés par la préemption.

« Les ghettos de riches, c’est fini ! » clamait Ian Brossat dans Le Journal du dimanche en mai dernier. Même si l’implantation de logements sociaux ne répondait qu’à des préoccupations humanistes, est-il légitime d’imposer une mixité sociale qui est souvent synonyme de nuisances ? M., ancien élu au Conseil municipal, a fait l’amère expérience de cette politique. « Je vivais avec ma femme et mes enfants dans un joli immeuble neuf du Ve arrondissement. Peu à peu, au gré des préemptions, le public a totalement changé : la mairie a installé une demi-douzaine de familles extrêmement modestes, d’origine étrangère. Cela a généré des nuisances, du bruit et des cambriolages – dont il est avéré qu’ils ont été commis par des membres de ces familles nouvellement arrivées. Paris Habitat envoyait de temps à autre des médiateurs : évidemment, cela ne fonctionnait pas. Notre immeuble s’est mis à ressembler à un immeuble de banlieue. Et un par un, les habitants historiques sont partis. »

Si la préemption et la mixité sociale imposée qui en découle sont souvent un ennui pour les autres locataires, elle se révèle être un problème insoluble pour les petits propriétaires qui, du jour au lendemain, voient la valeur des biens qu’ils ont souvent mis des années à acquérir décroître brutalement. De plus, cette politique engendre de graves problèmes au sein même des immeubles, soudain soumis à une gestion bicéphale entre bailleurs sociaux et bailleurs privés. Ainsi, lorsqu’un immeuble est préempté, les locataires se retrouvent face à un dilemme cornélien : partir et retrouver un autre logement qui, lui-même, risque d’être à terme préempté, ou accepter une augmentation de loyer à l’issue du bail. « C’est ainsi que la Mairie de Paris organise, de manière bureaucratique et industrielle, l’éviction forcée des classes moyennes parisiennes, s’inquiète un haut cadre du logement. Paris, c’est la ville des plus aisés et des plus aidés. Entre les deux ? Il n’y aura bientôt plus grand monde. » Et de conclure : « Cette politique profondément inégalitaire ne pénalise que les petits propriétaires auxquels Ian Brossat mène la vie dure. »

De droite comme de gauche

Il faut être honnête, les scandales liés à l’attribution douteuse de logements sociaux sont loin d’être l’apanage des mairies de gauche. Citons la municipalité Les Républicains de Puteaux, dont le fait d’arme le plus criant est d’avoir accordé un logement social à Alain Gardère, préfet multipropriétaire aux revenus plus que confortables.

Du côté des Bouches-du-Rhône, la situation n’est guère plus reluisante, comme l’explique Omar Djellil, responsable associatif à Marseille : « Le clientélisme est devenu un sport local, soupire-t-il. En période électorale, les élus puisent dans les ressources des institutions pour s’assurer les suffrages d’un certain type d’électeur, essentiellement les relais d’opinions : les associatifs, notamment. » Quant aux commissions d’attribution, poursuit-il, « elles sont tenues par les syndicats qui font passer les copains, les maîtresses et les cousins. J’ai vu énormément de corruption : pour obtenir un logement, certains versaient des pots-de-vin allant de 2 000 à 6 000 euros ». À cela s’ajoute la complaisance à l’endroit des voyous. « Pour avoir la paix, explique encore Djellil, les bailleurs sociaux mettent leurs logements à disposition des familles des caïds, allant jusqu’à prendre en charge les travaux incombant normalement au locataire. Or, dans les cités, ceux qui n’ont pas accès au logement se radicalisent. Tout cela contribue à criminaliser nos quartiers. »[/access]

Système social: Marine Le Pen bat en retraite

108
Marine Le Pen Elections présidentielles Front National Reforme des retraites
Marine Le Pen à un marché de Noël à Paris (Sipa : 00784584_000014)

Marine Le Pen a rendu public le 4 février les « Engagements présidentiels Marine 2017 ». Il s’agit d’une liste de 144 engagements, dont certains sont précisés par quelques lignes, tandis que d’autres consistent en une simple phrase. Tel est le cas pour l’engagement n° 52 : « Fixer l’âge légal de la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations pour percevoir une retraite pleine. »

Cette phrase remet en cause trois lois retraites : celle de 2003, qui augmentait le nombre des années d’assurance requis pour avoir droit au taux plein (nombre déjà porté de 37,5 à 40 par la loi de 1993) ; celle de 2010, qui a augmenté les âges légaux de la retraite, ceux qui permettent de liquider sa pension au taux plein si l’on a suffisamment d’annuités (1er âge) ou si l’on est assez vieux (2ème âge) ; et la loi retraite 2014, qui poussait encore un peu les curseurs vers le haut.

Ce qu’implique l’engagement n°52

Ces dispositions ne concernent directement que les régimes de base, lesquels fonctionnent par annuités, mais elles impactent néanmoins aussi les régimes complémentaires, qui utilisent la technique des points, à commencer par l’Arrco et l’Agirc, obligées en pratique de suivre le mouvement imprimé au régime général. La réforme mise en œuvre en 1983 par l’Union de la Gauche avait plongé dans l’embarras les régimes créés et pilotés par les partenaires sociaux : ils avaient été contraints d’instaurer une cotisation supplémentaire ne procurant aucun point aux cotisants. Si le Front National gagne les élections et applique l’engagement 52 de Marine Le Pen, les efforts faits récemment par les syndicats patronaux et ouvriers pour redresser les comptes de l’Agirc-Arrco seront réduits à néant d’un trait de plume, et il faudra à nouveau majorer les taux de cotisation. Drôle d’encouragement apporté à une gestion paritaire pour une fois plutôt courageuse !

Pour l’ensemble des régimes, de base et complémentaires, une récente étude[1. Études et résultats n° 985, décembre 2016] de la Drees (l’organisme statistique des ministères sociaux) estime que « les modifications réglementaires en matière de retraite engagées entre 2010 et 2015 ont pour effet, à terme, de réduire la durée passée à la retraite de 2 ans en moyenne ». 2 ans de pensions, à plus de 300 Md€ par an, cela dépasse 600 Md€. Les engagements de retraite constituent une formidable dette publique implicite, plus importante que celle de l’État stricto sensu : cette dette implicite, les lois que Marine Le Pen s’engage à faire voter l’augmenteraient d’au moins 600 Md€.

Les conséquences annuelles sur le système de retraite des dispositions prises en 2010 et 2014 ne sont pas constantes au cours du temps. À l’horizon 2040, la Drees les situe à 1,04 point de PIB, soit plus de 35 Md€ compte tenu des hypothèses de croissance retenues par cet organisme. Notons que les effets de la loi retraite 2003, également visée par le FN, ne sont pas pris en compte dans ce chiffrage. Les économies qui résulteraient de la mise en œuvre du projet Le Pen, par exemple en matière de chômage, ne dépassent probablement pas celles qui résultent pour les pensions de cette loi de 2003. On peut donc considérer 1 % du PIB comme une estimation réaliste du surcoût de dépenses, net des économies réalisées, qu’engendrerait l’engagement 52.

La véritable bataille est démographique

Ces chiffres, pour importants qu’ils soient, ne constituent cependant pas l’essentiel. Si la France a besoin d’une réforme des retraites, ce n’est pas seulement ni même principalement parce que le système actuel est trop onéreux : c’est surtout parce qu’il est fondamentalement absurde et injuste. Il est dit contributif parce que les cotisations vieillesse sont la source juridique des droits à pension, et c’est là que le bât blesse : comme le disait jadis Alfred Sauvy à une journaliste qui ne voyait pas le rapport entre démographie et avenir des retraites, les cotisations des actifs, immédiatement reversées aux retraités actuels, ne servent rigoureusement à rien pour garantir aux travailleurs actuels que dans 30 ans et 50 ans il y aura des cotisants en nombre suffisant pour payer leurs pensions.

Le système des « retraites par répartition » repose entièrement sur la mise au monde et la bonne éducation des enfants. Marine Le Pen rejoint hélas l’ensemble des candidats à la présidence de la République en omettant d’aborder ce problème absolument névralgique. Elle qui veut absolument se différencier du microcosme politicien avait pourtant là une belle occasion de faire entendre sa différence.

Charles de Gaulle disait que si les Français n’ont pas assez d’enfants, la France ne sera plus qu’une grande lumière qui s’éteint. J’ajouterai qu’en sus ils auront de faibles retraites, et que s’ils ne forment pas suffisamment bien leurs enfants, les pensions seront encore plus modestes. Compte tenu du naufrage de beaucoup de nos établissements scolaires et de la baisse du nombre des naissances en France au cours des 4 dernières années (745 000 en 2016 contre 790 000 en 2012), prévoir d’instaurer de jure le lien qui existe de facto entre retraites, natalité et formation initiale aurait pu être la valeur ajoutée d’une outsider, puisque nos hommes politiques « classiques » ne s’en occupent pas. Force est de constater que, dans ce domaine, Marine Le Pen est elle aussi tristement « classique ».

Le morne printemps qui attend l’Europe

69
Europe Angela Merkel Donald Trump Vladimir Poutine Erdogan Brexit
Boutique de souvenirs à Saint-Pétersbourg (Sipa : AP22002436_000001)

L’Europe occidentale se trouve aujourd’hui en état d’apesanteur. Tout ce qui a déterminé sa politique au cours des dernières années est en train de s’effondrer mais elle ne le sait pas encore.

Le 20 janvier dernier, Donald Trump a pris ses fonctions à la Maison blanche ; il a déjà nommé Rex Tillerson, proche de Poutine, au poste de secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères). Dans quelques semaines, Trump et Poutine se rencontreront en tête à tête. Ils régleront sans doute une série de problèmes, principalement celui du Proche-Orient, peut-être celui de l’Ukraine. Ils parleront aussi de la Chine. Parleront-ils de l’Europe occidentale ? Ce n’est même pas sûr. D’abord parce qu’il n’y a rien d’urgent à régler, ensuite parce que, dès lors qu’ils se seront mis d’accord, l’opinion des Européens leur importera bien peu. Et ensuite ? Il n’est pas absurde de prévoir que si les bonnes relations des deux puissances se confirment, ils instaurent une sorte de cotutelle sur l’Europe de l’Ouest.

La déréliction de l’Europe occidentale

La déréliction de pays d’Europe occidentale est grande. D’abord en raisons de leur situation économique et sociale : récession, chômage, insécurité, dénatalité, immense frustration des peuples. Ensuite en raison de leurs engagements des dix dernières années. Le refus de Jaques Chirac de participer en 2003 à la guerre d’Irak a été le dernier acte de résistance d’un gouvernement européen à Washington. Depuis lors, les positions des gouvernements, des partis dominants, des principaux décideurs et des médias ont été de se ranger sans nuances sur la politique américaine à l’égard de la Russie et concernant le Proche-Orient ; une politique qui a consisté en Europe à envenimer le conflit ukrainien et à prendre des sanctions vis-à-vis de Moscou, sévèrement blâmée par un homme aussi modéré qu’Helmut Schmidt, et au Proche-Orient à soutenir des mouvements djihadistes pour déstabiliser ou renverser les régimes établis de longue date mais désignés à la vindicte publique par Washington.

Ce ne sont nullement les intérêts de l’Europe qui expliquent cette politique, c’est l’assujettissement de ses dirigeants. Ce n’est pas à vrai dire sur la politique américaine en tant que telle qu’ils se sont alignés mais sur l’idéologie néoconservatrice qui l’inspire depuis 25 ans. Or cette idéologie a reçu en novembre 2016 un coup fatal : la défaite d’ Hillary Clinton qui l’incarnait, pour laquelle tous les Européens sans exception, au mépris du principe de non-ingérence, avaient pris parti, puis un autre : la défaite des djihadistes soutenus par les Occidentaux dans les rues d’Alep.

La réaction des principaux dirigeants européens face à la victoire de Trump a été significative : communiqués froids, leçons de morale aussi sournoises que ridicules (de la part de la chancelière allemande en particulier). La réaction aux événements du Proche-Orient n’a pas été moins désolante : dénonciation insensée de crimes de guerre imaginaires, tentatives de la France de changer in extremis la Charte des Nations-Unies pour autoriser l’ingérence humanitaire au moment où celle-ci venait de montrer un peu partout son caractère désastreux, encouragements des Britanniques à certains groupes djihadistes pour qu’ils rompent la trêve décidée autour de Poutine, et reconduction des sanctions imposées à la Russie alors qu’on sait que les Etats-Unis ne vont pas tarder à les lever : au lieu de prendre les devants, les Européens s’enfoncent dans le déni.

Face à l’effondrement de l’idéologie néoconservatrice (ultralibérale en économie et libertaire dans le sociétal) qui a le même caractère intégrateur et mondialiste que l’idéologie européenne façon Bruxelles, les Européens sont aujourd’hui comme un canard sans tête qui continue à marcher sans réaliser qu’il est déjà mort. Le traité transatlantique qui constituait en quelque sorte une extension de la mécanique européenne à l’Atlantique-Nord est enterré.

Entre deux géants

Mais le plus grave pour l’Europe est qu’elle a désormais affaire à deux géants : Poutine plus populaire que jamais dans son pays et prestigieux vainqueur au Proche-Orient, Trump qui a réussi l’exploit de se faire élire contre son parti et la totalité de l’oligarchie économique et des médias.

Aucun de ces deux hommes n’a de raison d’avoir la moindre sympathie pour les dirigeants actuels d’Europe occidentale qui ont tous pris parti contre eux, sur le terrain diplomatique et militaire pour Poutine, dans l’arène électorale pour Trump. Le troisième grand homme, plus inquiétant, est Erdogan dont les ambitions se heurtent à une situation intérieure très perturbée et que Poutine a du mal à tenir en bride. Nettement éloigné de l’Europe de Bruxelles, il reste un homme fort.

Face à ces grands, quel désastre ! L’Allemagne n’a pour ainsi dire plus de chancelière tant Angela Merkel s’est discréditée en ouvrant de manière irresponsable le pays à un million de migrants, la France a un président zombie, dévalué sur la scène internationale et qui n’a même pas pu se représenter. L’Italie a vu la démission de l’illusionniste Rienzi, si politiquement correct. Mme May semble en meilleure posture mais, encore mal connue à l’étranger, elle semble absorbée par les mille et une difficultés juridiques du Brexit, sans doute parce que, d’aucun côté de la Manche, personne n’ose comme Alexandre trancher le nœud gordien. Et ne parlons pas de Juncker dans ses heures de lucidité ! Tout cela sur fond de crise de l’euro, sauvé in extremis dans l’affaire grecque par la pression d’Obama. Que fera Trump la prochaine fois ?

Il se peut que l’Europe occidentale telle qu’elle fonctionne aujourd’hui s’avère incapable, de manière structurelle, de produire de vrais leaders. Ce printemps, en attendant de savoir ce qui sortira de l’élection présidentielle française, première du calendrier, le vide sidéral qui est aujourd’hui celui l’Europe occidentale, va paraître au grand jour. C’est tout un cycle historique qui se termine pour elle.

Affaire Polanski: le bal des vampires

194
roman polanski cesars cinema
Roman Polanski. Sipa. Numéro de reportage : 00757239_000015.

Toutes victimes, tous coupables. Si vous êtes une femme, cherchez bien, vous avez forcément souffert – si ce n’est d’agression ou de harcèlement, d’injustice salariale ou de partage inéquitable des tâches ménagères. Vous devez dénoncer. Et si vous êtes un homme, vous avez forcément dérapé – si ce n’est par la violence, par des regards ambigus ou des pensées égrillardes. Vous devez payer. Dans le monde déprimant des nouvelles féministes[1. Je sais, il y a aussi des hommes mais il paraît que le masculin qui l’emporte, c’est ringard.], à la fois plaintives et vindicatives, le ressentiment des unes ne peut se satisfaire que de la destitution des autres. Pas de quartier, pas de prisonnier[2. Que Richard Malka me pardonne de lui emprunter sa devise.]. Roman Polanski a échappé à la Justice américaine, il n’échappera sans doute jamais aux griffes des ligues de vertu qui prétendent redresser tous les torts faits aux femmes hier aujourd’hui et demain. En renonçant à présider les Césars, il les a au moins privées du plaisir d’exhiber sur tous les écrans leur haine bardée de bonne conscience.[access capability= »lire_inedits »]
Il ne fait aucun doute, y compris pour lui-même, que Polanski a gravement fauté, en 1977, lorsqu’il a eu « des relations sexuelles illégales » avec une jeune fille de 13 ans. S’il a fui les États-Unis après avoir accepté de répondre de son acte, c’est parce que l’acharnement d’un juge pouvait lui faire passer sa vie en prison. De plus, juger le Polanski de 1977 à travers le prisme de la morale collective de 2017, c’est oublier le contexte – la Californie, la drogue omniprésente, un cinéaste tenu pour sulfureux et une libération sexuelle où l’on croit bêtement possible de jouir sans entraves. C’est aussi l’époque où, en France, de grands esprits plaident pour la libération des amours interdites, y compris avec des enfants. On peut se réjouir que les temps aient changé – même si la mutation punitive de l’esprit 68 a de quoi attrister ; les condamner a posteriori n’a aucun sens.

Le spectacle des victimes par procuration est d’autant plus terrifiant que la victime, elle, a pardonné. Mais qu’importe une femme concrète quand on parle au nom de toutes les femmes ? Nos matrones ont donc pétitionné à tout va, proclamant que le choix des Césars était une insulte à toutes les victimes de viol.
Encouragées par l’impayable Laurence Rossignol, ministre des Familles, des Femmes et des Enfants (un beau programme), une flopée de boutiques féministes aussi bruyantes que groupusculaires a donc réussi à priver le public des Césars de la présence d’un grand cinéaste âgé de 83 ans. Drôle de victoire. On dira que Polanski s’en est tiré à bon compte. Reste que cette traque qui ne s’épuise pas, quarante ans après les faits, est symptomatique du climat pesant dans lequel voudraient nous faire vivre une poignée d’activistes vengeresses grâce à la complaisance d’un grand nombre de journalistes. Parmi ces derniers, beaucoup ironisent volontiers en privé sur les âneries qu’ils révèrent prudemment en public. Ils ont raison : aujourd’hui, l’accusation de sexisme peut briser une carrière aussi sûrement que celle de racisme.

Pour ces dames patronnesses et leurs comparses masculins, les rapports entre les sexes ne se déclinent que sous les espèces d’une guerre sans cesse recommencée, mais dépourvue de toute potentialité érotique. Toute femme doit savoir que tout homme est, au mieux un concurrent déloyal, au pire une menace. Ainsi voit-on régulièrement revenir à la une des appels à la mobilisation contre le fléau du moment : inégalités salariales, harcèlement dans la rue ou au travail, violences conjugales, chacune est sûre d’avoir un motif de se sentir lésée. Laurence Rossignol a par exemple annoncé en septembre 2016 un Plan d’action contre le sexisme qui consiste essentiellement, semble-t-il, à faire appel aux témoignages. On se sent presque minable de ne pas avoir d’expérience effroyable à raconter.

Il ne s’agit pas de minimiser la gravité des agressions ou des injustices subies par les femmes, au contraire. C’est en prétendant qu’elles constituent le lot quotidien de toutes les femmes de France qu’on relativise leur gravité. Et aussi en établissant un fil continu allant du regard égrillard à la violence. À prétendre qu’une blague est aussi humiliante qu’un viol, on finira par penser qu’un viol est aussi dérisoire qu’une blague.

Quand la défiance est la norme, on ne saurait s’étonner que certaines confondent séduction et agression, comme cette jeune fille qui s’est plainte à la direction d’Orange après avoir reçu un charmant texto du technicien qui sortait de chez elle : tout en s’excusant pour la gêne, il avouait l’avoir trouvée jolie – quelle insulte. « Rendez-vous compte, il avait accès à mes données personnelles », a expliqué la fille, ce qui doit signifier que le gars avait son numéro de téléphone. Tout ce foin pour un épisode qui se répète depuis la nuit des temps – une femme plaît à un homme, il se débrouille pour la retrouver et tenter sa chance –, parfois, on aimerait arrêter le progrès.

Justement, dans cette affaire, la hargne féministe est tombée sur un os : la plupart des femmes réelles ne sont pas prêtes à sacrifier les délices de la différence et les tourments de la séduction sur l’autel de l’égalité – qui n’en exige pas tant. Sur les réseaux sociaux, la prétendue victime en a pris pour son grade – même Charline Vanhoenacker s’est payé sa tête. Bonne nouvelle : si certaines détestent les hommes, elles n’ont pas réussi à en dégoûter les autres.[/access]

 

Et pourquoi pas Poutou?

45
Philippe Poutou NPA Benoït Hamon Jean-Luc Mélenchon François Fillon
(Sipa : 00790403_000002)

Il n’y a pas que la droite qui a besoin d’un plan B après les heurs et malheurs de François Fillon. La gauche aussi. Il est entendu que nous entendons par gauche, la gauche de gauche et certainement pas, selon l’assez étrange comptabilité médiatique, celle qui serait représentée par Macron ou Gérard Collomb. Il faut dire que du côté de la gauche, les choses se sont clarifiées depuis la primaire du PS où ceux qui se sont dérangés ont donné une large victoire à Benoît Hamon et ont clairement indiqué que le vallsisme, à défaut d’être un humanisme, est un libéralisme. Et le libéralisme, quoi qu’en dise un certain nombre de penseurs aujourd’hui, n’est pas franchement de gauche, même si on y ajoute l’adjectif libertaire.

Qu’est-ce qu’un libertaire ?

En fait un libéral-libertaire est plutôt un libertaire devenu libéral, c’est-à-dire qui n’a gardé de l’émancipation que ce qui constitue la satisfaction de ses plaisirs et l’extension indéfinie des droits individuels du renard libre dans le poulailler libre. Par exemple, le libéral-libertaire ou plutôt, donc, le libertaire-libéral ne voit aucune objection à l’expression des particularismes sexuels, religieux, régionaux, bien au contraire puisque chacun d’eux est conçu comme une niche potentielle pour pouvoir lui faire consommer les produits dont ils sont friands, burqas siglées par les grands couturiers, cours en langue régionale, parc de loisirs pour chouans genre Puy du Fou ou gestation pour autrui dans des usines à bébé à actionnariat éthique. En ce sens, il n’est pas faux de dire qu’Emmanuel Macron est, de fait, le plan B de François Hollande comme le disait récemment ici même Jean-Paul Brighelli. Mais Macron pourrait très bien être aussi, au point où on est, le plan B de LR tant par exemple, sa compatibilité idéologique avec NKM, l’UDI voire le juppéisme ne pose pas de problèmes majeurs.

Le paradoxe le plus flagrant reste que la gauche de gauche, soumise à ses vieux démons de la division et elle aussi passée à la moulinette de la personnalisation extrême induite par la Vème république, se retrouve divisée entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon et risque de faire rater une occasion historique aussi inespérée que paradoxale. En effet, les deux hommes additionnés, et encore augmentés du PCF et des écologistes, pourraient comme en témoignent les sondages, non seulement se retrouver au premier tour, mais même se retrouver en tête devant Marine Le Pen pourvu qu’il n’y ait qu’un candidat dans ce camp-là. Chacun pourrait alors prendre ses responsabilités au deuxième tour et nous verrions si le front républicain, comme on dit, fonctionne dans les deux sens puisque ces derniers temps, et notamment aux élections régionales de 2015, c’est plutôt à la droite qu’il a servi.

Une reine d’Angleterre trotskiste ?

Mais ne nous faisons pas d’illusion : malgré la très grande proximité des programmes de Hamon et Mélenchon (transition écologique, redistribution, décroissance soutenable) et à quelques nuances près comme le revenu universel, il est fort peu probable que l’un accepte de s’effacer au profit de l’autre. Dans ces cas-là, il faut résoudre la contradiction autrement. Ce pourrait être ni l’un ni l’autre, mais un troisième homme qui servirait de recours et saurait incarner, juste incarner une plate-forme de gouvernement. Il faudrait aussi que cet homme soit assez souple, aimable et sympathique pour empêcher que resurgisse l’image du partageux au couteau entre les dents.


Philippe Poutou: « Mélenchon, c’est ‘moi je' » par

C’est ainsi que Philippe Poutou, actuel candidat du NPA en quête difficile de ses 500 signatures, devrait avoir un rôle à jouer. En plus, comme il est ouvrier, cela éviterait de crisper les électeurs qui n’aiment plus les élites ? Ce n’est pas Poutou, par exemple, qui se tromperait sur le prix d’un ticket de métro ou d’un pain au chocolat. En plus, comme la gauche de gauche changera immédiatement les institutions pour passer à la VIème république dès qu’elle arrivera aux affaires, le rôle de Philippe Poutou serait pour la suite proche de celui d’une reine d’Angleterre trotskiste.

Cela ne nous priverait pas pour autant, lors des sommets internationaux, de prendre un vrai plaisir à voir ce que pourrait donner un sommet Poutou-Merkel, Poutou-Trump, voire, pour les amateurs de paronymie, un sommet Poutou-Poutine.

Espérons-donc, en l’occurrence, que la raison et le sérieux triompheront, cette campagne présidentielle sombrant dans le grand n’importe quoi, il faut bien l’avouer.

André Gerin: « Je suis un coco qui a mal tourné »

15
andre gerin venissieux islam immigration
André Gerin.

André Gerin, 70 ans, dont cinquante-deux avec une carte du parti communiste français en poche, entretient aujourd’hui quelques doutes sur l’imminence de l’arrivée de ces « lendemains qui chantent » dont sa jeunesse fut bercée, mais il croit encore que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est donc par un sombre matin d’hiver glacial qu’il invite l’envoyé de Causeur à le rencontrer au local où il tient sa permanence hebdomadaire, celui de la section du parti communiste de Saint-Fons, dans la banlieue est de Lyon, une commune voisine de Vénissieux, son fief politique de toujours. Même s’il a, en 2009, abandonné son mandat de maire de Vénissieux à sa première adjointe Michèle Picard, et ne s’est pas représenté en 2012 à celui de député de la 11e circonscription du Rhône, qu’il représentait au palais Bourbon depuis 1997, André Gerin tient à rester au contact de ses anciens électeurs, à écouter ceux qui lui ont toujours fait confiance, et éventuellement à leur donner un coup de main quand ils sont dans la panade. On ne se refait pas…

Des lectures peu orthodoxes

Dans le bureau du secrétaire de section, on arbore toujours, accroché au mur, le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau de la défunte URSS. Mais c’est avec, en mains, une presse du matin fort peu orthodoxe en ces lieux qu’André Gerin fait son entrée : Le Progrès, seul quotidien local et… Le Figaro, organe national de « l’ennemi » de classe. « Je suis un coco qui a mal tourné ! » explique-t-il d’emblée, comme s’il avait perçu la surprise intérieure de son hôte devant ce comportement sacrilège. Mal tourné, peut-être, mais pas retourné sa veste après s’être aperçu, à l’instar de Serge Gainsbourg, qu’elle était doublée de vison ! Ce n’est que très récemment, en effet, qu’André Gerin et son épouse ont quitté leur appartement HLM de la cité des Minguettes, à Vénissieux, qu’ils occupaient depuis 1968, pour emménager dans un immeuble de cette même ville, construit pour favoriser l’accession sociale à la copropriété. « Mal tourner », pour lui, signifie se défaire des schémas ossifiés de la vulgate du PCF d’aujourd’hui, « un parti à l’encéphalogramme plat ! » constate-t-il, amer, pour aller chercher des réponses à ses interrogations dans des lieux malfamés aux yeux de ses « camarades » : Le Figaro, Causeur et L’Esprit[access capability= »lire_inedits »] de l’escalier, le dialogue dominical animé sur RCJ par la patronne de ces lieux avec Alain Finkielkraut, de l’Académie française.

André Gerin ne porte pas sur les quartiers dits sensibles le regard pseudo-empathique, en fait condescendant, des universitaires en mission sociologique ou ethnographique. Les quartiers populaires, les HLM, la contre-société communiste, il est tombé dedans quand il était très jeune, à 17 ans, et il n’en est jamais sorti. Muni d’un CAP de fraiseur, il quitte sa campagne iséroise natale pour entrer comme ouvrier chez Berliet, qui deviendra plus tard Renault Véhicules Industriels. Il fait toute sa carrière dans cette entreprise en grimpant l’échelle des qualifications pour passer dessinateur industriel, tout en exerçant des responsabilités syndicales à la CGT, et ne la quitte qu’en 1988 pour se consacrer à ses mandats politiques.

Lorsque, jeune marié, il obtient en 1968 un logement dans une cité HLM des Minguettes, à Vénissieux, c’est l’émerveillement : « J’avais passé toute mon enfance de fils d’ouvrier paysan dans des logements dépourvus de tout confort, sans salle de bains ni chauffage collectif… cet appartement c’était le rêve devenu réalité ! » Tout autant, et peut-être même plus que le confort matériel, c’est la convivialité au sein de la cité HLM qui enchante André Gerin : « La plupart des locataires venaient des zones rurales environnantes. Il existait alors une réelle homogénéité sociale et culturelle, on passait ensemble les réveillons de Nouvel An. Et puis, c’était juste après mai 1968, il y avait une réelle libération de la parole, on était moins coincé, on avait envie de sortir de son cocon, de partager… » La question de l’habitat est alors un élément majeur de l’idéologie de ce « communisme municipal » qui domine dans les banlieues ouvrières de la métropole lyonnaise : en dehors du logement collectif locatif point de salut ! Vénissieux doit faire face à une croissance démographique accélérée : entre 1962 et 1995 sa population triple, passant de 25 000 à 75 000 habitants. Aux dernières vagues de l’exode rural, viennent s’ajouter des populations chassées du centre de Lyon par la gentrification de quartiers ouvriers traditionnels, comme la Croix-Rousse des Canuts.

Regroupement familial et frictions

À l’immigration ancienne et bien intégrée des Italiens et des Espagnols, qui se sont rassemblés dans certains quartiers de Vénissieux, vient s’ajouter une nouvelle population en provenance du Maghreb, principalement d’Algérie, à la suite des lois sur le regroupement familial votées en 1975, au début de la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Les ouvriers nord-africains de Vénissieux et alentour, jusque-là regroupés dans des foyers pour célibataires, intègrent alors en famille les HLM de la ville. Dès cette époque, se souvient André Gerin, quelques frictions se produisent entre les nouveaux arrivants et les anciens, liés au mode de vie et au comportement culturel de ces nouveaux venus : « À l’époque, nous n’avons pas prêté l’attention qui aurait été nécessaire à la multiplication des incivilités… nos convictions antiracistes et anticolonialistes nous poussaient à minimiser ce genre de phénomène, délinquance de rue, troubles du bon voisinage, etc. Nous rejetions sur le pouvoir de droite tous les dysfonctionnements qui survenaient dans notre environnement immédiat. Que la gauche accède au pouvoir et tout cela disparaîtrait… Tel était notre état d’esprit en ce temps-là ! »

Par ailleurs, le primat de l’habitat social locatif instauré en 1945 par le gouvernement du général de Gaulle dans le sillage du projet élaboré par le Conseil national de la Résistance, et mis en œuvre dans les années 1950, est battu en brèche par la nouvelle politique urbaine décidée à partir de 1976 par le Premier ministre Raymond Barre et son ministre du Logement Jacques Barrot. Finis les « grands ensembles », les barres et les tours abritant des milliers de logements, l’heure est à la promotion de l’accession sociale à la propriété dans des maisons individuelles. Le coup est dur pour ceux, comme André Gerin et ses camarades communistes, qui voient nombre d’habitants des HLM de Vénissieux, dont les piliers de cette convivialité populaire, quitter leurs logements pour s’installer dans des lotissements pavillonnaires grignotant l’espace rural alentour. « C’est le début de la constitution de cette France périphérique décrite par le géographe Christophe Guilluy, constate-t-il, et celui des problèmes sociaux et sécuritaires engendrés par la montée du chômage liée à la désindustrialisation de nos communes et à la ghettoïsation progressive de quelques quartiers. La religion, l’islamisme ne posaient pas de problèmes spécifiques à l’époque. C’est venu plus tard, au début des années 1990, avec la montée du FIS en Algérie, et ses ramifications en France et dans la région lyonnaise, d’où était originaire, entre autres, Khaled Kelkal, le poseur de bombes du RER de Paris… » Les HLM se vident : au début des années 1980, 2 200 logements sont vacants dans la commune, et la ghettoïsation s’établit, mettant fin à la mixité ethnique des cités.

La politique de la ville? Du rafistolage!

Le chômage explose, notamment parmi les jeunes, engendrant le développement des trafics de toutes espèces, principalement de la drogue. L’arrivée au pouvoir de la gauche, contrairement aux espoirs d’André Gerin et de ses camarades, ne change rien à l’orientation générale de la politique urbaine du gouvernement. En 1981, les émeutes des Minguettes, faisant suite à d’autres soulèvements spontanés et destructeurs de jeunes immigrés à Saint-Chamond, Vaulx-en-Velin et Rillieux-la-Pape, attirent sur Vénissieux l’attention des médias nationaux et internationaux. André Gerin n’est pas surpris par ces événements, dont il avait perçu les prémices, mais s’offusque encore aujourd’hui du déferlement médiatique sur Vénissieux « qui a plutôt contribué à souffler sur les braises qu’à l’apaisement d’une situation tendue ». Ces événements, cependant, lui donnent des arguments pour exiger de l’État, et de la Communauté urbaine de Lyon dont Vénissieux est membre, des efforts financiers pour la rénovation urbaine, l’amélioration des transports, la prise en charge sociale et culturelle des jeunes en déshérence. Il obtient, entre autres, la prolongation jusqu’à Vénissieux du métro lyonnais et la création d’une médiathèque, qui reste l’une de ses principales fiertés d’édile bâtisseur.

Avec le recul, pourtant, cette « politique de la ville », reprise, avec des variantes, par les gouvernements de gauche et de droite qui se sont succédé jusqu’à aujourd’hui, lui semble ressortir du rafistolage, de l’application de « vernis à ongles sur un mur lézardé ». Pendant que l’on s’affairait à repeindre les halls d’immeubles, voire à détruire des tours pour les remplacer par des espaces verts, les fondations politiques et morales de la collectivité vénissiane étaient minées par l’expansion de l’islamisme radical, importé d’Algérie dans les banlieues françaises.

Le FN émerge

En 1995, lors des élections municipales, c’est le coup de massue : même s’il est largement réélu au premier tour, André Gerin constate que le FN obtient un score impressionnant, 29 % des voix, principalement dans la partie ancienne de la ville et les zones pavillonnaires, alors que l’abstention monte dans les cités HLM : au total, la participation à ces municipales ne dépasse pas 50 % des inscrits, alors qu’auparavant il déplaçait en masse les électeurs. André Gerin ne se contente pas des imprécations antifascistes qui servent d’explication à ce phénomène politique au sommet de son parti. Il fait réaliser par la Sofres une enquête qualitative (avec entretiens approfondis) sur un panel d’électeurs de toutes tendances, et se met à l’écoute attentive des gens de sa commune, y compris de ceux qui le critiquent ouvertement, jusque alors considérés comme des « ennemis de classe » par nombre de ses camarades. Il ressort de ces enquêtes une grande défiance à l’égard de tous les pouvoirs, à la notable exception du maire. Elles révèlent en outre des préoccupations jusque-là négligées, ou minimisées par les élus : l’irritation devant la multiplication des actes d’incivilité ou de petite délinquance, et la dégradation de l’ambiance dans les collèges. Cela conforte André Gerin dans sa conviction qu’il est nécessaire de « rapatrier » au plus près des populations, c’est-à-dire vers la mairie, des compétences relevant de l’État, du département, ou de la Communauté urbaine, devenue depuis Métropole du Grand Lyon : « Si l’on ne s’en tenait toujours qu’aux strictes compétences administratives d’une commune, je vous assure qu’il n’y aurait plus besoin d’un maire ! Il suffirait d’installer un pilote automatique commandé depuis la préfecture ou la Métropole, ce qui accentuerait encore plus le divorce entre la vie réelle et les institutions. » André Gerin met alors son nez partout, même la où il ne devrait pas : dans les lycées et collèges, dans les offices HLM trustés par les « lyonnais », et même dans les caves des immeubles où se répand l’islam salafiste et l’idéologie djihadiste.

Aujourd’hui, c’est dans le livre Une France soumise, publié sous la direction de Georges Bensoussan, qu’il poursuit sa réflexion sur le djihadisme français, ce phénomène qu’il a vu naître et prospérer : « Les bien-pensants et les ultra-gauches cherchent à nous convaincre qu’il s’agit d’une révolte de jeunes humiliés et que leur djihad n’est rien de plus qu’une révolte identitaire, doublé d’une révolte adolescente, écrit-il. Or nous n’avons pas connaissance de revendications sociales ni de sollicitations politiques. En revanche, prolifère le discours antifrançais, anti-occidental, antijuif, antipolice. » Ce coco-là a vraiment mal tourné ![/access]

Une France soumise - Les voix du refus

Price: ---

0 used & new available from

Et si Trump mettait la France sur sa liste des pays interdits?

45
Mémorial du 11 septembre à New York, novembre 2015. SIPA. SIPAUSA30137272_000042
Mémorial du 11 septembre à New York, novembre 2015. SIPA. SIPAUSA30137272_000042

Vous voulez vous rendre aux Etats-Unis ? Fort du fait que vous n’êtes ni Somalien, ni Soudanais, ni Iranien, ni Irakien, etc. vous pensez sans doute que c’est chose aisée. Vous êtes inconscient. Ou alors vous aimez, par masochisme, les parcours du combattant. J’ai sous les yeux le formulaire à remplir pour obtenir un droit d’entrée aux Etats-Unis.

Il vous est demandé si vous souffrez d’une maladie physique ou mentale. Et plus précisément des maladies suivantes : « choléra, diphtérie, tuberculose (infectieuse), peste, variole, fièvre jaune, fièvres hémorragiques virales, y compris Ebola, Lassa, Marburg, Crimée-Congo, maladies respiratoires aiguës sévères avec risque de transmission à d’autres personnes et pouvant provoquer la mort. »   ⃣   Non   ⃣   Oui

Vous devez également répondre à une question encore plus intéressante : « Avez-vous l’intention de participer ou avez-vous participé à des activités terroristes, d’espionnage, de sabotage ou de génocide ? »   ⃣   Non   ⃣   Oui.

Et on vous demandera enfin si récemment (depuis 2011) « vous avez voyagé au Yémen, en Somalie, en Irak », etc.   ⃣   Non   ⃣   Oui

Le décret Trump, c’est du flan

Insouciant que vous êtes, vous pensez qu’il vous suffit de répondre « non » à toutes ces questions intrusives et que c’est dans la poche. Détrompez-vous. Il est spécifié sur le même formulaire qu’en cas de mensonge vous risquez non seulement d’être expulsé mais aussi des sanctions administratives et pénales ; la prison donc. Et alors ?, direz-vous. Comment les Américains sauraient-ils que vous avez menti ? Prenez conscience du fait que la CIA, la NSA et toutes les agences de renseignement américaines savent tout sur vous.

Pour ma part j’ai sagement renoncé à me rendre aux Etats-Unis. J’ai fait il y a quelques années un voyage au Yémen. C’était pour voir la maison d’Arthur Rimbaud. Mais comment pourrais-je prouver que ce n’était pas pour me faire endoctriner dans une madrasa ? Par ailleurs, je ne sais pas ce qu’est la maladie « Crimée-Congo ». Donc je ne sais pas si je l’ai ou pas. A moins qu’il s’agisse d’une information encore secrète concernant Poutine qui, en douce, aurait annexé le Congo après la Crimée…

Tout ça pour dire que le décret Trump, c’est du flan, du vent. Il est inutile, superfétatoire. En effet, l’entrée aux Etats-Unis est, on vient de le voir, très étroitement surveillée. De la part du président américain, il s’agit donc d’une posture, d’une déclaration peu amicale de défiance à l’égard du monde musulman. Une façon de dire à l’islam, à la façon un peu rude de Trump : « F*ck you ! »

Le but affiché de Donald Trump est théoriquement de protéger son pays contre le terrorisme. « Une mesure totalement inefficace », a affirmé, à juste titre, Bernard Cazeneuve. Si Trump avait voulu bien faire les choses, il aurait ajouté à sa liste noire un grand pays européen, la France, qui compte des milliers de djihadistes et de fichés S. Mais ce n’est sans doute pas ce qu’a voulu lui suggérer notre Premier ministre…

Fillon, libère-toi!

166
fillon lr justice dsk
François Fillon en meeting. Sipa. Numéro de reportage : 00791661_000023.
fillon lr justice dsk
François Fillon en meeting. Sipa. Numéro de reportage : 00791661_000023.

Je n’arrive pas à trancher mon avis sur l’affaire Fillon. Autour de moi, ceux qui lui pardonnent sont au cœur de sa cible sociologique, des médecins dans des demeures bourgeoises pour qui le mal français, c’est la providence parce que l’impôt. Ceux qui l’enfoncent sont plus modestes, enfin c’est leur patrimoine qui est plus modeste parce que leur prétention à l’intégrité semble être sans limites.  Chez ceux-là, le problème de la France ce sont les riches qui s’enrichissent et pas eux. A ma droite, les petits arrangements et à ma gauche, les gros ressentiments. Entre les deux mon cœur ne balance même pas et il ne me gène pas de ne pas savoir ce que j’en pense, Fillon n’était de toutes façons pas mon candidat, politiquement parlant. Vouloir réduire sérieusement l’immigration sans promettre qu’on enverra paître l’Europe, ça sent l’arnaque et on m’a déjà fait le coup en 2007. Et vouloir être libre échangiste à l’heure du Brexit, je ne comprends pas bien. J’aime la droite quand elle est « en retard » sur le mariage gay, le shit en vente libre ou les salles de shoot, pas sur l’idée d’un retour à la nation.

Sa morale et la mienne

Moralement parlant, je m’en fous, ça ne me regarde pas. Je ne suis pas très porté sur la morale, surtout en politique où je me méfie de la vertu comme de la peste. Aux œuvres complètes de Robespierre ou d’Edwy Plenel, je préfèrerai toujours cette blague que répétait mon père : »La politique c’est comme les andouillettes, ça doit sentir un peu la merde mais pas trop ». Ces jours-ci on entend Maurice Szafran répéter à la télé que dans d’autres pays, Fillon aurait été disqualifié d’emblée pour moins que ça. Nous faut-il donc pour être modernes, nous évertuer à devenir suédois ? Voilà le genre de spécificités qui me rendent fier d’être Français. Et pourtant j’ai peine à croire que le redressement dont la France a besoin puisse venir d’un type qui aime l’argent. Certes, ce n’est pas condamnable, mais c’est pire, c’est minable. Surtout qu’on imagine sans peine à quoi ont servi ces salaires. A rien ou presque, à acheter des conneries, j’en ai peur. Je le revois dans son entretien télévisé avec Karine Le Marchand, jouant avec sa tablette et son drone ou confiant qu’il aimait passer du temps sur son tracteur à tondre le gazon de son domaine. C’est son droit me direz-vous ? Bien sûr mais le rôle, le devoir de la bourgeoisie n’est-il pas de conserver, de défendre et de transmettre le patrimoine culturel Français et européen, l’héritage de l’occident judéo-chrétien ? Alors avec ses jouets et sa tondeuse, j’ai du mal à le voir taillé pour le job.

Le malheureux semble mal barré

Risquer de passer à coté de la fonction suprême et voir sa carrière finir ensablée parce qu’on aura mis de l’argent de coté, ça manque cruellement d’allure. Au moins, il restera à Strauss-Kahn de bons souvenirs. Le malheureux Fillon semble en effet mal barré, même son électorat de notaires et de notables semble le laisser tomber. Alors si j’étais moi-même assez cynique et corrompu pour être conseiller en communication, je lui dirais de tenter le tout pour le tout en confiant face caméra à la France entière qu’il n’est pas celui qu’on croit, que le manoir et la tondeuse autotractée n’étaient qu’une couverture façon père tranquille, destinée à s’assurer le vote du plouc de la classe moyenne supérieure et à dissimuler une activité totalement inavouable, et qu’il n’est pas la droite du fric pour rien…  Parce que les sommes patiemment récoltées servaient à financer un groupe paramilitaire secret, dans l’esprit du GAL, missionné pour dégommer des djihadistes, musulmans de souche ou fraîchement convertis![1. Afin de les déradicaliser définitivement pour nous épargner le spectacle désespérant de ses amis politiques pinaillant sur ce que le statut de ces Français-malgré-nous nous permettait de faire d’eux au regard du droit international et sous l’œil de la Cour de justice de l’Union européenne, comme ils l’ont fait au moment du débat sur la déchéance de la nationalité.].

Parce que je les entends déjà, les Retailleau et les Courson, étaler leurs scrupules à l’assemblée et leurs états d’âme en état de droit, quand viendra se poser la question du retour des bébés Daech. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres parce qu’elles ne manquent pas ces missions que l’intérêt supérieur de la nation exige mais que la loi condamne et que la morale réprouve. Voici donc ce que je conseillerais à Fillon parce que son véritable handicap dans cette campagne, c’est d’abord et surtout d’être incapable de s’affranchir des manières de cette droite couilles molles et bon teint qui ne fait jamais le boulot pour lequel elle a été payée de nos voix, et parce qu’une petite vérité tardive et décevante est moins porteuse qu’un gros bobard qui nous donnerait sur ses motivations et sur ses aptitudes dans l’action, de l’espoir.

Islamisme: la révolution à petits pas

98
Une femme voilée à Paris, mai 2015. SIPA. 00713541_000001
Une femme voilée à Paris, mai 2015. SIPA. 00713541_000001

Il y a eu dans certaines villes allemandes, anglaises et danoises une police de la charia qui sillonnait les rues et « invitait » les clients des discothèques à ne pas boire d’alcool ni écouter de la musique.

En Angleterre, une trentaine de tribunaux islamiques officieux et sans existence légale rendent des décisions, notamment en matière de droit de la famille, sans nécessairement reconnaitre les mariages ou divorces « civils ». Theresa May, alors Ministre de l’Intérieur, déclarait en mai 2016 qu’ « un certain nombre de femmes auraient été victimes de ce qui apparaît comme des décisions discriminatoires prises par les conseils islamiques ».

En Belgique, un parti « Islam », se revendiquant islamiste, a fait élire 2 conseillers municipaux à Anderlecht et Molenbeek en 2012 avec pour tout programme politique de « favoriser les mariages dès l’adolescence et la sévérité dans le mariage » ou « le rétablissement de la peine capitale » et comme objectif, à terme, un « Etat islamique ».

En France, après l’indigne Salon de la femme musulmane de Pontoise organisé par des islamistes et dont l’un des invités affirmait sur les réseaux sociaux que « si la femme sort sans honneur [comprenez : sans voile], qu’elle ne s’étonne pas que les hommes abusent de cette femme-là », c’est désormais par la voie judiciaire que certains ont décidé de faire progresser une certaine idée de la société au détriment de la liberté d’expression.

Les procès contre la pensée

Fin novembre 2016, Pascal Bruckner comparaissait devant la 17ème chambre correctionnelle à Paris pour avoir soutenu sur Arte en 2015 que par leurs écrits et leurs actions militantes, les associations Les Indivisibles et  les Indigènes de la République  auraient, selon lui, « justifié idéologiquement la mort des journalistes de Charlie Hebdo ». A lire la très subtile Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, dans son livre Mohamed Merah et moi : « Mohamed Merah, c’est moi, et moi, je suis lui. Nous sommes de la même origine mais surtout de la même condition. Nous sommes des sujets postcoloniaux. Nous sommes des indigènes de la république », on aurait tendance à louer la lucidité de Pascal Bruckner plutôt que lui faire un procès grotesque.

Relaxé le 17 janvier dernier, tout comme Jeannette Bougrab également poursuivie pour des propos similaires. La République judiciaire a encore du bon sens.

Plus récemment encore, un professeur de philosophie Soufiane Zitouni était poursuivi devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour avoir dénoncé, en février 2015 dans Libération, les dérives islamistes au sein d’un établissement privé musulman du nord de la France. Il y évoquait, entre autres, un « antisémitisme quasi culturel de nombre d’élèves du lycée ». A l’audience, le Parquet avait déclaré : « C’est de la polémique, pas de la diffamation. Sans ça, il n’y a plus possibilité de s’exprimer ». Poursuivi aux côtés de Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération, ces derniers ont été relaxés le 7 février dernier. On s’en réjouit.

En ces temps de curée médiatique contre l’historien Georges Bensoussan, les médias ne se sont pas pressés pour diffuser la nouvelle de ces relaxes. Voilà une belle preuve de courage ou, plus simplement, d’honnêteté journalistique.

Alors répétons-le, au risque de lasser, pourvu que l’on en prenne conscience une bonne fois pour toutes. On assiste dans les médias, dans la société et jusque dans les prétoires à une tentative totalitaire de confiscation de la parole, d’une certaine parole.

Le fascisme aime toutes les couleurs

Dès que l’on dénonce l’antisémitisme dissimulé derrière le paravent sémantique de l’antisionisme ou le racisme anti-blanc revendiqué dans un « camp d’été décolonial », « réservé uniquement aux personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français », le risque d’une action judiciaire pour faire taire devient de plus en plus prégnant.

N’en déplaise aux censeurs communautaristes, il y a en France des territoires abandonnés ou plus exactement vendus, troqués contre des bulletins de vote, par les pouvoirs publics, laissés aux mains des salafistes et dans lesquels l’endoctrinement est quotidien.

Il existe bien en France une partie de la population qui semble de plus en plus habitée par le rejet de l’autre, du Blanc et du Juif pour reprendre le titre du dernier opuscule commis par Houria Bouteldja, la même, dans lequel elle livre la puissance de son ignorance en affirmant que « l’antisémitisme est européen. Il est un produit de la modernité ». Mais de quelle modernité parle-t-elle ? De l’Inquisition au XVème siècle, des pogroms antijuifs d’Odessa en 1821 ou de Kichinev en 1903 ? A quelle Europe fait-elle référence ? A celle qui a permis les massacres de nombreux Juifs de Safed (Galilée) en 1834 ou de Hébron en 1929, ou le statut de dhimmis imposé essentiellement aux Juifs à partir du VIIème siècle en terre d’Islam ?

Que la horde des plaignants (le PIR, les Indivisibles, le CCIF et consorts) fassent usage de la démocratie pour museler ceux qui ne pensent pas comme eux, voilà qui est entendu. Ils ne sont pas les premiers et ne seront pas les derniers. Mais il est bien plus inquiétant de voir avec quelle lâcheté et parfois quelle satisfaction dans le renoncement, les médias leur offrent des tribunes pour venir se répandre sur les plateaux de télévision ou les colonnes des journaux.

Le fascisme aime toutes les couleurs. Brun, rouge, ou vert. Refuser de le comprendre et se vautrer dans le déterminisme social, ethnique ou historique est une erreur tragique. Les discours de victimisation et d’excuse sont un poison. L’islamisation de plus en plus radicale d’une frange de la population française n’est pas seulement due à la crise économique et sociale ou aux méfaits de l’histoire coloniale française. Il y a, en France comme ailleurs, une guerre culturelle contre la démocratie. Une guerre à coups d’accommodements raisonnables mais aussi à coups de mots et de procès iniques. Une forme de terrorisme intellectuel en somme.

Hamon: le changement, c’est pas pour maintenant!

45
benoit hamon liberal ps
Benoît Hamon reçu par Bernard Cazeneuve. Sipa. Numéro de reportage : 00791141_000009.
benoit hamon liberal ps
Benoît Hamon reçu par Bernard Cazeneuve. Sipa. Numéro de reportage : 00791141_000009.

Il y a Benoît Hamon le frondeur. Toute une campagne construite, durant les primaires socialistes, contre la politique gouvernementale,  trop libérale. Et il y a l’autre. Celui dont le projet est moins proche de Mélenchon que de l’eau tiède. Pis, certaines de ses mesures sont contraires à l’image qu’il souhaite donner. Certaines de ses propositions semblent tout droit sorties d’une bible libérale, voire des courants libertariens. Mister Jekyll et Mister Hyde ? Peut-être… Ou alors, lui-même ne s’est pas  pleinement plongé dans le raisonnement de ses idées.

L’une d’elles, la plus célèbre, est même le pilier de son projet politique : l’instauration d’un revenu universel. Sur le papier, son argumentation et son schéma semblent évidemment suivre un raisonnement dit « gauchiste ». Mais sur le papier seulement. En réalité – et c’est aussi l’une des raisons de l’opposition de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet – l’instauration du revenu universel est en phase avec l’objectif de société prôné par les libre-échangistes…

Benoît Hamon pose comme préalable que l’évolution technologique de demain n’accordera pas, à tous les citoyens, une place sur le marché du travail – d’où la nécessité d’un revenu universel. La mise en place d’un salaire garanti permettrait de légitimer la baisse des coûts salariaux. Une aubaine pour les grandes entreprises. Chaque citoyen percevant une même somme venant de la collectivité, le secteur privé n’aurait qu’à prolonger ce salaire pour donner l’impression de l’utilité du travail accompli.

Ce revenu, vraiment très universel, serait d’ailleurs perçu par tous les citoyens, sans exception, de Liliane Bettencourt au chômeur longue durée, quelle que soit leur richesse. Tant et si bien que, dans notre économie globalisée, le marché s’adaptant très vite, le revenu universel aurait pour conséquence inéluctable l’adaptation dudit marché et donc une substantielle inflation des prix, chaque foyer étant assuré de disposer d’un revenu minimum. Les pauvres seront toujours pauvres mais auront l’illusion d’être en situation moins précaires. C’est une variante de l’effet  « tittytainment », créé par Zbigniew Brzezinski, conseiller stratégique américain sous les présidences de Jimmy Carter et Barack Obama : si vous leur livrez assez de distraction (du « divertissement abrutissant ») et d’alimentation, les classes moyennes et populaires seront satisfaites, soumises au système, moins enclines à la révolte. Pour le plus grand bonheur des élites financières.

Les couches moyennes et faibles seront enfin les grandes perdantes du salaire universel qui implique la fin des allocations, donc du principe d’équité, selon les revenus des foyers. Les allocations auront toutes fusionnées dans ce revenu universel. Si bien que certains foyers, qui cumulent actuellement lesdites allocations, ou qui pourraient y prétendre, seront forcément perdantes financièrement.

Les écoliers, de futurs consommateurs en puissance

L’autre révélateur du faux-gauchisme de Benoît Hamon, c’est sa vision de l’école. Lui qui n’a été ministre de l’Education nationale que quatre mois, a tenu, lors de son discours d’investiture en tant que candidat socialiste, le 5 février, à remercier les efforts de celle qui lui a succédé au ministère, Najat Vallaud-Belkacem, qui précédée de Vincent Peillon, a continué ce que François Fillon avait initié en 2005 avec la loi d’orientation, soit la sacralisation des thèses libérales, sur les recommandations de la stratégie de Lisbonne de 2000 (définie par le Conseil européen).

A lire aussi >> S’il ressuscite, Fillon fera-t-il la chasse aux pédagos? Conservateur oui, mais libéral

Les principes de la « loi Fillon » : la remise en cause de l’apprentissage des savoirs fondamentaux au profit des compétences, formatées pour le marché. Il faut créer une nouvelle race d’élève, prêt à l’emploi, prêt à s’adapter au marché. La réflexion et tout ce qui relève du « citoyen éclairé », cher au principe fondateur de la République, est inutile au marché. C’est exactement ce que les « pédagogistes » – soutenus par Benoît Hamon – souhaitaient. Faire de l’école, un lieu d’animation « branchouille » où l’élève ne serait plus tenu par le redoublement, la discipline, le savoir. L’élève doit maintenant mettre à profit les données, qu’on lui offre sur un plateau, pour trouver des moyens de satisfaire un problème. Des problèmes qui ne sont plus de l’ordre d’un calcul mental, d’une réflexion chronologique sur les événements historiques ou d’une recherche de résolutions de fautes d’orthographe. Non ! Il s’agit désormais d’une course vers la modernité, ou  – dit de manière moins correcte – vers les nouvelles pratiques de consommation. On a fondé des partenariats avec des entreprises comme Microsoft pour satisfaire les besoins numériques de l’école… Et permettre aux élèves d’être compatibles aux produits Microsoft. On force les professeurs à créer des cours sur ordinateurs, calculatrices, sous forme de jeux.  La création du vide, pour former de bons consommateurs.

En France, les idéologues se nomment Philippe Meirieu ou Florence Robine. Cette dernière, placée par Benoît Hamon à la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) en 2014, avait osé : « Il faut être capable de mettre des élèves en autonomie sans le professeur. Oui c’est possible. On n’a pas forcément besoin d’un enseignant pour apprendre . »  Cela nous vous rappelle rien ? Certains discours sur le trop grand nombre de professeurs… Trop coûteux, pas rentables. C’est oublier que dans certaines zones de la France périphérique, des écoles manquent encore d’instituteurs et d’enseignants… Peu importe, pour les « pédagogistes » et les néolibéraux, les enfants de l’élite pourront se payer les professeurs du privé, venant des très lucratives entreprises comme Acadomia, pour acquérir le savoir que les établissements ne peuvent offrir au plus grand nombre.

 

HLM: le clientélisme est roi

8
paris hlm clientelisme ps lr
Photo: Leemage.
paris hlm clientelisme ps lr
Photo: Leemage.

Tous les élus vous le diront : l’attribution d’un logement HLM est l’un des plus sûrs moyens de fidéliser des électeurs. Il n’est donc pas surprenant que le logement social soit le royaume d’un clientélisme qui se traduit régulièrement par des scandales. À Paris, où le taux de rotation est seulement de 4 %, il faut attendre en moyenne sept ans pour entrer dans le parc social. Inutile de dire que ces tensions favorisent toutes les combines.

L’humanisme s’efface derrière l’opportunisme

Conseiller Les Républicains en charge du logement, Jérôme Dubus nous dresse un sombre panorama d’une politique opaque, où l’humanisme s’efface derrière l’opportunisme. « Le clientélisme s’exerce de deux manières : par la multiplication de logements sociaux afin de changer le visage électoral de la ville, d’une part, et d’autre part par les attributions de logements sociaux. » Quelques exemples éclairent ce mécanisme. « La municipalité bétonne de logements sociaux dans les circonscriptions qui, sans être acquises à la gauche, ne sont pas clairement marquées à droite comme le VIIe et le XVIe », soupire un élu. À croire un conseiller de Paris LR, « cette politique est très visible dans les XIIe et XIVe arrondissements ». C’est que ces deux arrondissements constituent, en quelque sorte, les swing States de la capitale. Si on prend le XIVe, on prend Paris. Raison pour laquelle c’est dans cet arrondissement que NKM a choisi de poser ses valises.

A lire aussi: “J’ai décidé d’empêcher la construction de tout HLM en centre-ville”: entretien avec Robert Ménard.

La Gauche ne l’ignore pas et, pour s’y maintenir, elle s’emploie à façonner sa population – et par là même, son électorat. L’étude de la répartition des logements sociaux par arrondissement est, à ce titre, éclairante : si la loi Duflot du 18 janvier 2013 impose aux communes de plus de 3 500 habitants un pourcentage de 25 % de logements sociaux, le XIXe arrondissement plafonne à 38 %, talonné de près par le XIIIe puis par le XXe. Dans le très chic VIIe arrondissement, on ne compte, en revanche, que 1,38 % de logements sociaux. Inutile en effet de gaspiller des efforts pour ce fief imprenable.[access capability= »lire_inedits »]

Clientèle d’élus

À côté de cette volonté de changer la démographie de la ville en augmentant la proportion de logements sociaux dans les arrondissements stratégiques, une forme de clientélisme se traduit par l’attribution, chaque année, de centaines de logements à des journalistes, associatifs, responsables politiques et personnes « connaissant quelqu’un », pratique permettant à ce « quelqu’un » de développer sa petite clientèle à lui.

Ce phénomène, ancien, n’a en rien été freiné par la création de commissions d’attribution publiques. « Ces commissions ne sont qu’un moyen pour les élus de la Ville de Paris de se draper d’une respectabilité de façade, peste un ancien élu, ayant lui-même bénéficié d’un logement social à la faveur d’une connaissance haut placée. Qui peut contrôler ce qui se passe dans le secret des réunions et des discussions de couloir ? Personne. » Le phénomène semble difficile à prouver, mais plusieurs personnes m’ont assuré avoir réussi à placer leur dossier en haut de la pile grâce à un contact opportun. « On est passés d’un clientélisme artisanal, tel qu’il avait lieu au cours de l’ère Tiberi, à un clientélisme industriel », déplore un autre élu.

Pour contrer ces abus, un système de cotation, supposément transparent, a été inauguré à grand bruit en 2014. Chaque demandeur se voit attribuer un nombre de points en fonction de sa situation (+ 3 s’il est sans abri, + 6 s’il a subi des violences familiales…). Les dossiers les mieux notés sont ensuite examinés par une commission avant d’être adressés aux bailleurs. Ce système pourrait être efficace si la commission n’était pas par ailleurs présidée par Ian Brossat, adjoint PCF au logement de la Ville de Paris qui, malheureusement, n’a pas daigné répondre à nos demandes d’entretien. Ce cumul enrage Jérôme Dubus : « Quand on sait que M. Brossat préside la commission d’attribution des logements sociaux en plus de son mandat de conseiller au logement, on ne m’ôtera pas de l’idée que la transparence est impossible. Une telle concentration des pouvoirs n’existe nulle part ailleurs. Et même sous Chirac et Tiberi, il n’y avait pas une telle confusion des genres ! »

La comparaison est peu flatteuse. Jérôme Dubus l’étaye d’un exemple. « Récemment, j’ai vu un dossier qui, normalement, aurait dû attendre des années, passer le surlendemain de son dépôt », se souvient-il. Le fait que le demandeur faisait partie du bureau de l’une des associations représentées à la commission n’a sans doute pas été étranger à la décision de cette dernière. L’élu conclut sur le bilan plus que mitigé de la politique parisienne en matière de logement : « La capitale consomme, à elle seule, 20 % des crédits affectés au logement social par l’État. Or nous sommes passés de 90 000 demandeurs, en 2001, à 250 000 – preuve de l’échec intégral de cette politique, qui coûte pourtant quelque 534,1 millions d’euros pour la seule année 2015. » Sur cette généreuse enveloppe, seul 1,1 % a été consacré à l’accès à la propriété, quand 72 % étaient au service de la réhabilitation de logements sociaux ainsi que des centres d’hébergement d’urgence. « Cette politique scandaleuse n’est pas destinée à améliorer au quotidien le logement des Parisiens mais à fidéliser une clientèle », conclut Jérôme Dubus.

Préempter, c’est pas prévoir

Autre moyen de changer la sociologie de la capitale, la préemption, pudiquement baptisée « acquisition-conventionnement » dans les circulaires officielles, est utilisée à plein régime. « Dès que la ville le peut, elle préempte afin de transformer des logements privés en logements sociaux. Cette politique entraîne deux types d’inconvénients : des problèmes de coexistence, et des problèmes financiers », s’agace un autre élu. La moitié des logements sociaux livrés en 2016 sont passés par la préemption.

« Les ghettos de riches, c’est fini ! » clamait Ian Brossat dans Le Journal du dimanche en mai dernier. Même si l’implantation de logements sociaux ne répondait qu’à des préoccupations humanistes, est-il légitime d’imposer une mixité sociale qui est souvent synonyme de nuisances ? M., ancien élu au Conseil municipal, a fait l’amère expérience de cette politique. « Je vivais avec ma femme et mes enfants dans un joli immeuble neuf du Ve arrondissement. Peu à peu, au gré des préemptions, le public a totalement changé : la mairie a installé une demi-douzaine de familles extrêmement modestes, d’origine étrangère. Cela a généré des nuisances, du bruit et des cambriolages – dont il est avéré qu’ils ont été commis par des membres de ces familles nouvellement arrivées. Paris Habitat envoyait de temps à autre des médiateurs : évidemment, cela ne fonctionnait pas. Notre immeuble s’est mis à ressembler à un immeuble de banlieue. Et un par un, les habitants historiques sont partis. »

Si la préemption et la mixité sociale imposée qui en découle sont souvent un ennui pour les autres locataires, elle se révèle être un problème insoluble pour les petits propriétaires qui, du jour au lendemain, voient la valeur des biens qu’ils ont souvent mis des années à acquérir décroître brutalement. De plus, cette politique engendre de graves problèmes au sein même des immeubles, soudain soumis à une gestion bicéphale entre bailleurs sociaux et bailleurs privés. Ainsi, lorsqu’un immeuble est préempté, les locataires se retrouvent face à un dilemme cornélien : partir et retrouver un autre logement qui, lui-même, risque d’être à terme préempté, ou accepter une augmentation de loyer à l’issue du bail. « C’est ainsi que la Mairie de Paris organise, de manière bureaucratique et industrielle, l’éviction forcée des classes moyennes parisiennes, s’inquiète un haut cadre du logement. Paris, c’est la ville des plus aisés et des plus aidés. Entre les deux ? Il n’y aura bientôt plus grand monde. » Et de conclure : « Cette politique profondément inégalitaire ne pénalise que les petits propriétaires auxquels Ian Brossat mène la vie dure. »

De droite comme de gauche

Il faut être honnête, les scandales liés à l’attribution douteuse de logements sociaux sont loin d’être l’apanage des mairies de gauche. Citons la municipalité Les Républicains de Puteaux, dont le fait d’arme le plus criant est d’avoir accordé un logement social à Alain Gardère, préfet multipropriétaire aux revenus plus que confortables.

Du côté des Bouches-du-Rhône, la situation n’est guère plus reluisante, comme l’explique Omar Djellil, responsable associatif à Marseille : « Le clientélisme est devenu un sport local, soupire-t-il. En période électorale, les élus puisent dans les ressources des institutions pour s’assurer les suffrages d’un certain type d’électeur, essentiellement les relais d’opinions : les associatifs, notamment. » Quant aux commissions d’attribution, poursuit-il, « elles sont tenues par les syndicats qui font passer les copains, les maîtresses et les cousins. J’ai vu énormément de corruption : pour obtenir un logement, certains versaient des pots-de-vin allant de 2 000 à 6 000 euros ». À cela s’ajoute la complaisance à l’endroit des voyous. « Pour avoir la paix, explique encore Djellil, les bailleurs sociaux mettent leurs logements à disposition des familles des caïds, allant jusqu’à prendre en charge les travaux incombant normalement au locataire. Or, dans les cités, ceux qui n’ont pas accès au logement se radicalisent. Tout cela contribue à criminaliser nos quartiers. »[/access]

Système social: Marine Le Pen bat en retraite

108
Marine Le Pen Elections présidentielles Front National Reforme des retraites
Marine Le Pen à un marché de Noël à Paris (Sipa : 00784584_000014)
Marine Le Pen Elections présidentielles Front National Reforme des retraites
Marine Le Pen à un marché de Noël à Paris (Sipa : 00784584_000014)

Marine Le Pen a rendu public le 4 février les « Engagements présidentiels Marine 2017 ». Il s’agit d’une liste de 144 engagements, dont certains sont précisés par quelques lignes, tandis que d’autres consistent en une simple phrase. Tel est le cas pour l’engagement n° 52 : « Fixer l’âge légal de la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations pour percevoir une retraite pleine. »

Cette phrase remet en cause trois lois retraites : celle de 2003, qui augmentait le nombre des années d’assurance requis pour avoir droit au taux plein (nombre déjà porté de 37,5 à 40 par la loi de 1993) ; celle de 2010, qui a augmenté les âges légaux de la retraite, ceux qui permettent de liquider sa pension au taux plein si l’on a suffisamment d’annuités (1er âge) ou si l’on est assez vieux (2ème âge) ; et la loi retraite 2014, qui poussait encore un peu les curseurs vers le haut.

Ce qu’implique l’engagement n°52

Ces dispositions ne concernent directement que les régimes de base, lesquels fonctionnent par annuités, mais elles impactent néanmoins aussi les régimes complémentaires, qui utilisent la technique des points, à commencer par l’Arrco et l’Agirc, obligées en pratique de suivre le mouvement imprimé au régime général. La réforme mise en œuvre en 1983 par l’Union de la Gauche avait plongé dans l’embarras les régimes créés et pilotés par les partenaires sociaux : ils avaient été contraints d’instaurer une cotisation supplémentaire ne procurant aucun point aux cotisants. Si le Front National gagne les élections et applique l’engagement 52 de Marine Le Pen, les efforts faits récemment par les syndicats patronaux et ouvriers pour redresser les comptes de l’Agirc-Arrco seront réduits à néant d’un trait de plume, et il faudra à nouveau majorer les taux de cotisation. Drôle d’encouragement apporté à une gestion paritaire pour une fois plutôt courageuse !

Pour l’ensemble des régimes, de base et complémentaires, une récente étude[1. Études et résultats n° 985, décembre 2016] de la Drees (l’organisme statistique des ministères sociaux) estime que « les modifications réglementaires en matière de retraite engagées entre 2010 et 2015 ont pour effet, à terme, de réduire la durée passée à la retraite de 2 ans en moyenne ». 2 ans de pensions, à plus de 300 Md€ par an, cela dépasse 600 Md€. Les engagements de retraite constituent une formidable dette publique implicite, plus importante que celle de l’État stricto sensu : cette dette implicite, les lois que Marine Le Pen s’engage à faire voter l’augmenteraient d’au moins 600 Md€.

Les conséquences annuelles sur le système de retraite des dispositions prises en 2010 et 2014 ne sont pas constantes au cours du temps. À l’horizon 2040, la Drees les situe à 1,04 point de PIB, soit plus de 35 Md€ compte tenu des hypothèses de croissance retenues par cet organisme. Notons que les effets de la loi retraite 2003, également visée par le FN, ne sont pas pris en compte dans ce chiffrage. Les économies qui résulteraient de la mise en œuvre du projet Le Pen, par exemple en matière de chômage, ne dépassent probablement pas celles qui résultent pour les pensions de cette loi de 2003. On peut donc considérer 1 % du PIB comme une estimation réaliste du surcoût de dépenses, net des économies réalisées, qu’engendrerait l’engagement 52.

La véritable bataille est démographique

Ces chiffres, pour importants qu’ils soient, ne constituent cependant pas l’essentiel. Si la France a besoin d’une réforme des retraites, ce n’est pas seulement ni même principalement parce que le système actuel est trop onéreux : c’est surtout parce qu’il est fondamentalement absurde et injuste. Il est dit contributif parce que les cotisations vieillesse sont la source juridique des droits à pension, et c’est là que le bât blesse : comme le disait jadis Alfred Sauvy à une journaliste qui ne voyait pas le rapport entre démographie et avenir des retraites, les cotisations des actifs, immédiatement reversées aux retraités actuels, ne servent rigoureusement à rien pour garantir aux travailleurs actuels que dans 30 ans et 50 ans il y aura des cotisants en nombre suffisant pour payer leurs pensions.

Le système des « retraites par répartition » repose entièrement sur la mise au monde et la bonne éducation des enfants. Marine Le Pen rejoint hélas l’ensemble des candidats à la présidence de la République en omettant d’aborder ce problème absolument névralgique. Elle qui veut absolument se différencier du microcosme politicien avait pourtant là une belle occasion de faire entendre sa différence.

Charles de Gaulle disait que si les Français n’ont pas assez d’enfants, la France ne sera plus qu’une grande lumière qui s’éteint. J’ajouterai qu’en sus ils auront de faibles retraites, et que s’ils ne forment pas suffisamment bien leurs enfants, les pensions seront encore plus modestes. Compte tenu du naufrage de beaucoup de nos établissements scolaires et de la baisse du nombre des naissances en France au cours des 4 dernières années (745 000 en 2016 contre 790 000 en 2012), prévoir d’instaurer de jure le lien qui existe de facto entre retraites, natalité et formation initiale aurait pu être la valeur ajoutée d’une outsider, puisque nos hommes politiques « classiques » ne s’en occupent pas. Force est de constater que, dans ce domaine, Marine Le Pen est elle aussi tristement « classique ».

Le morne printemps qui attend l’Europe

69
Europe Angela Merkel Donald Trump Vladimir Poutine Erdogan Brexit
Boutique de souvenirs à Saint-Pétersbourg (Sipa : AP22002436_000001)
Europe Angela Merkel Donald Trump Vladimir Poutine Erdogan Brexit
Boutique de souvenirs à Saint-Pétersbourg (Sipa : AP22002436_000001)

L’Europe occidentale se trouve aujourd’hui en état d’apesanteur. Tout ce qui a déterminé sa politique au cours des dernières années est en train de s’effondrer mais elle ne le sait pas encore.

Le 20 janvier dernier, Donald Trump a pris ses fonctions à la Maison blanche ; il a déjà nommé Rex Tillerson, proche de Poutine, au poste de secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères). Dans quelques semaines, Trump et Poutine se rencontreront en tête à tête. Ils régleront sans doute une série de problèmes, principalement celui du Proche-Orient, peut-être celui de l’Ukraine. Ils parleront aussi de la Chine. Parleront-ils de l’Europe occidentale ? Ce n’est même pas sûr. D’abord parce qu’il n’y a rien d’urgent à régler, ensuite parce que, dès lors qu’ils se seront mis d’accord, l’opinion des Européens leur importera bien peu. Et ensuite ? Il n’est pas absurde de prévoir que si les bonnes relations des deux puissances se confirment, ils instaurent une sorte de cotutelle sur l’Europe de l’Ouest.

La déréliction de l’Europe occidentale

La déréliction de pays d’Europe occidentale est grande. D’abord en raisons de leur situation économique et sociale : récession, chômage, insécurité, dénatalité, immense frustration des peuples. Ensuite en raison de leurs engagements des dix dernières années. Le refus de Jaques Chirac de participer en 2003 à la guerre d’Irak a été le dernier acte de résistance d’un gouvernement européen à Washington. Depuis lors, les positions des gouvernements, des partis dominants, des principaux décideurs et des médias ont été de se ranger sans nuances sur la politique américaine à l’égard de la Russie et concernant le Proche-Orient ; une politique qui a consisté en Europe à envenimer le conflit ukrainien et à prendre des sanctions vis-à-vis de Moscou, sévèrement blâmée par un homme aussi modéré qu’Helmut Schmidt, et au Proche-Orient à soutenir des mouvements djihadistes pour déstabiliser ou renverser les régimes établis de longue date mais désignés à la vindicte publique par Washington.

Ce ne sont nullement les intérêts de l’Europe qui expliquent cette politique, c’est l’assujettissement de ses dirigeants. Ce n’est pas à vrai dire sur la politique américaine en tant que telle qu’ils se sont alignés mais sur l’idéologie néoconservatrice qui l’inspire depuis 25 ans. Or cette idéologie a reçu en novembre 2016 un coup fatal : la défaite d’ Hillary Clinton qui l’incarnait, pour laquelle tous les Européens sans exception, au mépris du principe de non-ingérence, avaient pris parti, puis un autre : la défaite des djihadistes soutenus par les Occidentaux dans les rues d’Alep.

La réaction des principaux dirigeants européens face à la victoire de Trump a été significative : communiqués froids, leçons de morale aussi sournoises que ridicules (de la part de la chancelière allemande en particulier). La réaction aux événements du Proche-Orient n’a pas été moins désolante : dénonciation insensée de crimes de guerre imaginaires, tentatives de la France de changer in extremis la Charte des Nations-Unies pour autoriser l’ingérence humanitaire au moment où celle-ci venait de montrer un peu partout son caractère désastreux, encouragements des Britanniques à certains groupes djihadistes pour qu’ils rompent la trêve décidée autour de Poutine, et reconduction des sanctions imposées à la Russie alors qu’on sait que les Etats-Unis ne vont pas tarder à les lever : au lieu de prendre les devants, les Européens s’enfoncent dans le déni.

Face à l’effondrement de l’idéologie néoconservatrice (ultralibérale en économie et libertaire dans le sociétal) qui a le même caractère intégrateur et mondialiste que l’idéologie européenne façon Bruxelles, les Européens sont aujourd’hui comme un canard sans tête qui continue à marcher sans réaliser qu’il est déjà mort. Le traité transatlantique qui constituait en quelque sorte une extension de la mécanique européenne à l’Atlantique-Nord est enterré.

Entre deux géants

Mais le plus grave pour l’Europe est qu’elle a désormais affaire à deux géants : Poutine plus populaire que jamais dans son pays et prestigieux vainqueur au Proche-Orient, Trump qui a réussi l’exploit de se faire élire contre son parti et la totalité de l’oligarchie économique et des médias.

Aucun de ces deux hommes n’a de raison d’avoir la moindre sympathie pour les dirigeants actuels d’Europe occidentale qui ont tous pris parti contre eux, sur le terrain diplomatique et militaire pour Poutine, dans l’arène électorale pour Trump. Le troisième grand homme, plus inquiétant, est Erdogan dont les ambitions se heurtent à une situation intérieure très perturbée et que Poutine a du mal à tenir en bride. Nettement éloigné de l’Europe de Bruxelles, il reste un homme fort.

Face à ces grands, quel désastre ! L’Allemagne n’a pour ainsi dire plus de chancelière tant Angela Merkel s’est discréditée en ouvrant de manière irresponsable le pays à un million de migrants, la France a un président zombie, dévalué sur la scène internationale et qui n’a même pas pu se représenter. L’Italie a vu la démission de l’illusionniste Rienzi, si politiquement correct. Mme May semble en meilleure posture mais, encore mal connue à l’étranger, elle semble absorbée par les mille et une difficultés juridiques du Brexit, sans doute parce que, d’aucun côté de la Manche, personne n’ose comme Alexandre trancher le nœud gordien. Et ne parlons pas de Juncker dans ses heures de lucidité ! Tout cela sur fond de crise de l’euro, sauvé in extremis dans l’affaire grecque par la pression d’Obama. Que fera Trump la prochaine fois ?

Il se peut que l’Europe occidentale telle qu’elle fonctionne aujourd’hui s’avère incapable, de manière structurelle, de produire de vrais leaders. Ce printemps, en attendant de savoir ce qui sortira de l’élection présidentielle française, première du calendrier, le vide sidéral qui est aujourd’hui celui l’Europe occidentale, va paraître au grand jour. C’est tout un cycle historique qui se termine pour elle.

Affaire Polanski: le bal des vampires

194
roman polanski cesars cinema
Roman Polanski. Sipa. Numéro de reportage : 00757239_000015.
roman polanski cesars cinema
Roman Polanski. Sipa. Numéro de reportage : 00757239_000015.

Toutes victimes, tous coupables. Si vous êtes une femme, cherchez bien, vous avez forcément souffert – si ce n’est d’agression ou de harcèlement, d’injustice salariale ou de partage inéquitable des tâches ménagères. Vous devez dénoncer. Et si vous êtes un homme, vous avez forcément dérapé – si ce n’est par la violence, par des regards ambigus ou des pensées égrillardes. Vous devez payer. Dans le monde déprimant des nouvelles féministes[1. Je sais, il y a aussi des hommes mais il paraît que le masculin qui l’emporte, c’est ringard.], à la fois plaintives et vindicatives, le ressentiment des unes ne peut se satisfaire que de la destitution des autres. Pas de quartier, pas de prisonnier[2. Que Richard Malka me pardonne de lui emprunter sa devise.]. Roman Polanski a échappé à la Justice américaine, il n’échappera sans doute jamais aux griffes des ligues de vertu qui prétendent redresser tous les torts faits aux femmes hier aujourd’hui et demain. En renonçant à présider les Césars, il les a au moins privées du plaisir d’exhiber sur tous les écrans leur haine bardée de bonne conscience.[access capability= »lire_inedits »]
Il ne fait aucun doute, y compris pour lui-même, que Polanski a gravement fauté, en 1977, lorsqu’il a eu « des relations sexuelles illégales » avec une jeune fille de 13 ans. S’il a fui les États-Unis après avoir accepté de répondre de son acte, c’est parce que l’acharnement d’un juge pouvait lui faire passer sa vie en prison. De plus, juger le Polanski de 1977 à travers le prisme de la morale collective de 2017, c’est oublier le contexte – la Californie, la drogue omniprésente, un cinéaste tenu pour sulfureux et une libération sexuelle où l’on croit bêtement possible de jouir sans entraves. C’est aussi l’époque où, en France, de grands esprits plaident pour la libération des amours interdites, y compris avec des enfants. On peut se réjouir que les temps aient changé – même si la mutation punitive de l’esprit 68 a de quoi attrister ; les condamner a posteriori n’a aucun sens.

Le spectacle des victimes par procuration est d’autant plus terrifiant que la victime, elle, a pardonné. Mais qu’importe une femme concrète quand on parle au nom de toutes les femmes ? Nos matrones ont donc pétitionné à tout va, proclamant que le choix des Césars était une insulte à toutes les victimes de viol.
Encouragées par l’impayable Laurence Rossignol, ministre des Familles, des Femmes et des Enfants (un beau programme), une flopée de boutiques féministes aussi bruyantes que groupusculaires a donc réussi à priver le public des Césars de la présence d’un grand cinéaste âgé de 83 ans. Drôle de victoire. On dira que Polanski s’en est tiré à bon compte. Reste que cette traque qui ne s’épuise pas, quarante ans après les faits, est symptomatique du climat pesant dans lequel voudraient nous faire vivre une poignée d’activistes vengeresses grâce à la complaisance d’un grand nombre de journalistes. Parmi ces derniers, beaucoup ironisent volontiers en privé sur les âneries qu’ils révèrent prudemment en public. Ils ont raison : aujourd’hui, l’accusation de sexisme peut briser une carrière aussi sûrement que celle de racisme.

Pour ces dames patronnesses et leurs comparses masculins, les rapports entre les sexes ne se déclinent que sous les espèces d’une guerre sans cesse recommencée, mais dépourvue de toute potentialité érotique. Toute femme doit savoir que tout homme est, au mieux un concurrent déloyal, au pire une menace. Ainsi voit-on régulièrement revenir à la une des appels à la mobilisation contre le fléau du moment : inégalités salariales, harcèlement dans la rue ou au travail, violences conjugales, chacune est sûre d’avoir un motif de se sentir lésée. Laurence Rossignol a par exemple annoncé en septembre 2016 un Plan d’action contre le sexisme qui consiste essentiellement, semble-t-il, à faire appel aux témoignages. On se sent presque minable de ne pas avoir d’expérience effroyable à raconter.

Il ne s’agit pas de minimiser la gravité des agressions ou des injustices subies par les femmes, au contraire. C’est en prétendant qu’elles constituent le lot quotidien de toutes les femmes de France qu’on relativise leur gravité. Et aussi en établissant un fil continu allant du regard égrillard à la violence. À prétendre qu’une blague est aussi humiliante qu’un viol, on finira par penser qu’un viol est aussi dérisoire qu’une blague.

Quand la défiance est la norme, on ne saurait s’étonner que certaines confondent séduction et agression, comme cette jeune fille qui s’est plainte à la direction d’Orange après avoir reçu un charmant texto du technicien qui sortait de chez elle : tout en s’excusant pour la gêne, il avouait l’avoir trouvée jolie – quelle insulte. « Rendez-vous compte, il avait accès à mes données personnelles », a expliqué la fille, ce qui doit signifier que le gars avait son numéro de téléphone. Tout ce foin pour un épisode qui se répète depuis la nuit des temps – une femme plaît à un homme, il se débrouille pour la retrouver et tenter sa chance –, parfois, on aimerait arrêter le progrès.

Justement, dans cette affaire, la hargne féministe est tombée sur un os : la plupart des femmes réelles ne sont pas prêtes à sacrifier les délices de la différence et les tourments de la séduction sur l’autel de l’égalité – qui n’en exige pas tant. Sur les réseaux sociaux, la prétendue victime en a pris pour son grade – même Charline Vanhoenacker s’est payé sa tête. Bonne nouvelle : si certaines détestent les hommes, elles n’ont pas réussi à en dégoûter les autres.[/access]

 

Et pourquoi pas Poutou?

45
Philippe Poutou NPA Benoït Hamon Jean-Luc Mélenchon François Fillon
(Sipa : 00790403_000002)
Philippe Poutou NPA Benoït Hamon Jean-Luc Mélenchon François Fillon
(Sipa : 00790403_000002)

Il n’y a pas que la droite qui a besoin d’un plan B après les heurs et malheurs de François Fillon. La gauche aussi. Il est entendu que nous entendons par gauche, la gauche de gauche et certainement pas, selon l’assez étrange comptabilité médiatique, celle qui serait représentée par Macron ou Gérard Collomb. Il faut dire que du côté de la gauche, les choses se sont clarifiées depuis la primaire du PS où ceux qui se sont dérangés ont donné une large victoire à Benoît Hamon et ont clairement indiqué que le vallsisme, à défaut d’être un humanisme, est un libéralisme. Et le libéralisme, quoi qu’en dise un certain nombre de penseurs aujourd’hui, n’est pas franchement de gauche, même si on y ajoute l’adjectif libertaire.

Qu’est-ce qu’un libertaire ?

En fait un libéral-libertaire est plutôt un libertaire devenu libéral, c’est-à-dire qui n’a gardé de l’émancipation que ce qui constitue la satisfaction de ses plaisirs et l’extension indéfinie des droits individuels du renard libre dans le poulailler libre. Par exemple, le libéral-libertaire ou plutôt, donc, le libertaire-libéral ne voit aucune objection à l’expression des particularismes sexuels, religieux, régionaux, bien au contraire puisque chacun d’eux est conçu comme une niche potentielle pour pouvoir lui faire consommer les produits dont ils sont friands, burqas siglées par les grands couturiers, cours en langue régionale, parc de loisirs pour chouans genre Puy du Fou ou gestation pour autrui dans des usines à bébé à actionnariat éthique. En ce sens, il n’est pas faux de dire qu’Emmanuel Macron est, de fait, le plan B de François Hollande comme le disait récemment ici même Jean-Paul Brighelli. Mais Macron pourrait très bien être aussi, au point où on est, le plan B de LR tant par exemple, sa compatibilité idéologique avec NKM, l’UDI voire le juppéisme ne pose pas de problèmes majeurs.

Le paradoxe le plus flagrant reste que la gauche de gauche, soumise à ses vieux démons de la division et elle aussi passée à la moulinette de la personnalisation extrême induite par la Vème république, se retrouve divisée entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon et risque de faire rater une occasion historique aussi inespérée que paradoxale. En effet, les deux hommes additionnés, et encore augmentés du PCF et des écologistes, pourraient comme en témoignent les sondages, non seulement se retrouver au premier tour, mais même se retrouver en tête devant Marine Le Pen pourvu qu’il n’y ait qu’un candidat dans ce camp-là. Chacun pourrait alors prendre ses responsabilités au deuxième tour et nous verrions si le front républicain, comme on dit, fonctionne dans les deux sens puisque ces derniers temps, et notamment aux élections régionales de 2015, c’est plutôt à la droite qu’il a servi.

Une reine d’Angleterre trotskiste ?

Mais ne nous faisons pas d’illusion : malgré la très grande proximité des programmes de Hamon et Mélenchon (transition écologique, redistribution, décroissance soutenable) et à quelques nuances près comme le revenu universel, il est fort peu probable que l’un accepte de s’effacer au profit de l’autre. Dans ces cas-là, il faut résoudre la contradiction autrement. Ce pourrait être ni l’un ni l’autre, mais un troisième homme qui servirait de recours et saurait incarner, juste incarner une plate-forme de gouvernement. Il faudrait aussi que cet homme soit assez souple, aimable et sympathique pour empêcher que resurgisse l’image du partageux au couteau entre les dents.


Philippe Poutou: « Mélenchon, c’est ‘moi je' » par

C’est ainsi que Philippe Poutou, actuel candidat du NPA en quête difficile de ses 500 signatures, devrait avoir un rôle à jouer. En plus, comme il est ouvrier, cela éviterait de crisper les électeurs qui n’aiment plus les élites ? Ce n’est pas Poutou, par exemple, qui se tromperait sur le prix d’un ticket de métro ou d’un pain au chocolat. En plus, comme la gauche de gauche changera immédiatement les institutions pour passer à la VIème république dès qu’elle arrivera aux affaires, le rôle de Philippe Poutou serait pour la suite proche de celui d’une reine d’Angleterre trotskiste.

Cela ne nous priverait pas pour autant, lors des sommets internationaux, de prendre un vrai plaisir à voir ce que pourrait donner un sommet Poutou-Merkel, Poutou-Trump, voire, pour les amateurs de paronymie, un sommet Poutou-Poutine.

Espérons-donc, en l’occurrence, que la raison et le sérieux triompheront, cette campagne présidentielle sombrant dans le grand n’importe quoi, il faut bien l’avouer.

André Gerin: « Je suis un coco qui a mal tourné »

15
andre gerin venissieux islam immigration
André Gerin.
andre gerin venissieux islam immigration
André Gerin.

André Gerin, 70 ans, dont cinquante-deux avec une carte du parti communiste français en poche, entretient aujourd’hui quelques doutes sur l’imminence de l’arrivée de ces « lendemains qui chantent » dont sa jeunesse fut bercée, mais il croit encore que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est donc par un sombre matin d’hiver glacial qu’il invite l’envoyé de Causeur à le rencontrer au local où il tient sa permanence hebdomadaire, celui de la section du parti communiste de Saint-Fons, dans la banlieue est de Lyon, une commune voisine de Vénissieux, son fief politique de toujours. Même s’il a, en 2009, abandonné son mandat de maire de Vénissieux à sa première adjointe Michèle Picard, et ne s’est pas représenté en 2012 à celui de député de la 11e circonscription du Rhône, qu’il représentait au palais Bourbon depuis 1997, André Gerin tient à rester au contact de ses anciens électeurs, à écouter ceux qui lui ont toujours fait confiance, et éventuellement à leur donner un coup de main quand ils sont dans la panade. On ne se refait pas…

Des lectures peu orthodoxes

Dans le bureau du secrétaire de section, on arbore toujours, accroché au mur, le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau de la défunte URSS. Mais c’est avec, en mains, une presse du matin fort peu orthodoxe en ces lieux qu’André Gerin fait son entrée : Le Progrès, seul quotidien local et… Le Figaro, organe national de « l’ennemi » de classe. « Je suis un coco qui a mal tourné ! » explique-t-il d’emblée, comme s’il avait perçu la surprise intérieure de son hôte devant ce comportement sacrilège. Mal tourné, peut-être, mais pas retourné sa veste après s’être aperçu, à l’instar de Serge Gainsbourg, qu’elle était doublée de vison ! Ce n’est que très récemment, en effet, qu’André Gerin et son épouse ont quitté leur appartement HLM de la cité des Minguettes, à Vénissieux, qu’ils occupaient depuis 1968, pour emménager dans un immeuble de cette même ville, construit pour favoriser l’accession sociale à la copropriété. « Mal tourner », pour lui, signifie se défaire des schémas ossifiés de la vulgate du PCF d’aujourd’hui, « un parti à l’encéphalogramme plat ! » constate-t-il, amer, pour aller chercher des réponses à ses interrogations dans des lieux malfamés aux yeux de ses « camarades » : Le Figaro, Causeur et L’Esprit[access capability= »lire_inedits »] de l’escalier, le dialogue dominical animé sur RCJ par la patronne de ces lieux avec Alain Finkielkraut, de l’Académie française.

André Gerin ne porte pas sur les quartiers dits sensibles le regard pseudo-empathique, en fait condescendant, des universitaires en mission sociologique ou ethnographique. Les quartiers populaires, les HLM, la contre-société communiste, il est tombé dedans quand il était très jeune, à 17 ans, et il n’en est jamais sorti. Muni d’un CAP de fraiseur, il quitte sa campagne iséroise natale pour entrer comme ouvrier chez Berliet, qui deviendra plus tard Renault Véhicules Industriels. Il fait toute sa carrière dans cette entreprise en grimpant l’échelle des qualifications pour passer dessinateur industriel, tout en exerçant des responsabilités syndicales à la CGT, et ne la quitte qu’en 1988 pour se consacrer à ses mandats politiques.

Lorsque, jeune marié, il obtient en 1968 un logement dans une cité HLM des Minguettes, à Vénissieux, c’est l’émerveillement : « J’avais passé toute mon enfance de fils d’ouvrier paysan dans des logements dépourvus de tout confort, sans salle de bains ni chauffage collectif… cet appartement c’était le rêve devenu réalité ! » Tout autant, et peut-être même plus que le confort matériel, c’est la convivialité au sein de la cité HLM qui enchante André Gerin : « La plupart des locataires venaient des zones rurales environnantes. Il existait alors une réelle homogénéité sociale et culturelle, on passait ensemble les réveillons de Nouvel An. Et puis, c’était juste après mai 1968, il y avait une réelle libération de la parole, on était moins coincé, on avait envie de sortir de son cocon, de partager… » La question de l’habitat est alors un élément majeur de l’idéologie de ce « communisme municipal » qui domine dans les banlieues ouvrières de la métropole lyonnaise : en dehors du logement collectif locatif point de salut ! Vénissieux doit faire face à une croissance démographique accélérée : entre 1962 et 1995 sa population triple, passant de 25 000 à 75 000 habitants. Aux dernières vagues de l’exode rural, viennent s’ajouter des populations chassées du centre de Lyon par la gentrification de quartiers ouvriers traditionnels, comme la Croix-Rousse des Canuts.

Regroupement familial et frictions

À l’immigration ancienne et bien intégrée des Italiens et des Espagnols, qui se sont rassemblés dans certains quartiers de Vénissieux, vient s’ajouter une nouvelle population en provenance du Maghreb, principalement d’Algérie, à la suite des lois sur le regroupement familial votées en 1975, au début de la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Les ouvriers nord-africains de Vénissieux et alentour, jusque-là regroupés dans des foyers pour célibataires, intègrent alors en famille les HLM de la ville. Dès cette époque, se souvient André Gerin, quelques frictions se produisent entre les nouveaux arrivants et les anciens, liés au mode de vie et au comportement culturel de ces nouveaux venus : « À l’époque, nous n’avons pas prêté l’attention qui aurait été nécessaire à la multiplication des incivilités… nos convictions antiracistes et anticolonialistes nous poussaient à minimiser ce genre de phénomène, délinquance de rue, troubles du bon voisinage, etc. Nous rejetions sur le pouvoir de droite tous les dysfonctionnements qui survenaient dans notre environnement immédiat. Que la gauche accède au pouvoir et tout cela disparaîtrait… Tel était notre état d’esprit en ce temps-là ! »

Par ailleurs, le primat de l’habitat social locatif instauré en 1945 par le gouvernement du général de Gaulle dans le sillage du projet élaboré par le Conseil national de la Résistance, et mis en œuvre dans les années 1950, est battu en brèche par la nouvelle politique urbaine décidée à partir de 1976 par le Premier ministre Raymond Barre et son ministre du Logement Jacques Barrot. Finis les « grands ensembles », les barres et les tours abritant des milliers de logements, l’heure est à la promotion de l’accession sociale à la propriété dans des maisons individuelles. Le coup est dur pour ceux, comme André Gerin et ses camarades communistes, qui voient nombre d’habitants des HLM de Vénissieux, dont les piliers de cette convivialité populaire, quitter leurs logements pour s’installer dans des lotissements pavillonnaires grignotant l’espace rural alentour. « C’est le début de la constitution de cette France périphérique décrite par le géographe Christophe Guilluy, constate-t-il, et celui des problèmes sociaux et sécuritaires engendrés par la montée du chômage liée à la désindustrialisation de nos communes et à la ghettoïsation progressive de quelques quartiers. La religion, l’islamisme ne posaient pas de problèmes spécifiques à l’époque. C’est venu plus tard, au début des années 1990, avec la montée du FIS en Algérie, et ses ramifications en France et dans la région lyonnaise, d’où était originaire, entre autres, Khaled Kelkal, le poseur de bombes du RER de Paris… » Les HLM se vident : au début des années 1980, 2 200 logements sont vacants dans la commune, et la ghettoïsation s’établit, mettant fin à la mixité ethnique des cités.

La politique de la ville? Du rafistolage!

Le chômage explose, notamment parmi les jeunes, engendrant le développement des trafics de toutes espèces, principalement de la drogue. L’arrivée au pouvoir de la gauche, contrairement aux espoirs d’André Gerin et de ses camarades, ne change rien à l’orientation générale de la politique urbaine du gouvernement. En 1981, les émeutes des Minguettes, faisant suite à d’autres soulèvements spontanés et destructeurs de jeunes immigrés à Saint-Chamond, Vaulx-en-Velin et Rillieux-la-Pape, attirent sur Vénissieux l’attention des médias nationaux et internationaux. André Gerin n’est pas surpris par ces événements, dont il avait perçu les prémices, mais s’offusque encore aujourd’hui du déferlement médiatique sur Vénissieux « qui a plutôt contribué à souffler sur les braises qu’à l’apaisement d’une situation tendue ». Ces événements, cependant, lui donnent des arguments pour exiger de l’État, et de la Communauté urbaine de Lyon dont Vénissieux est membre, des efforts financiers pour la rénovation urbaine, l’amélioration des transports, la prise en charge sociale et culturelle des jeunes en déshérence. Il obtient, entre autres, la prolongation jusqu’à Vénissieux du métro lyonnais et la création d’une médiathèque, qui reste l’une de ses principales fiertés d’édile bâtisseur.

Avec le recul, pourtant, cette « politique de la ville », reprise, avec des variantes, par les gouvernements de gauche et de droite qui se sont succédé jusqu’à aujourd’hui, lui semble ressortir du rafistolage, de l’application de « vernis à ongles sur un mur lézardé ». Pendant que l’on s’affairait à repeindre les halls d’immeubles, voire à détruire des tours pour les remplacer par des espaces verts, les fondations politiques et morales de la collectivité vénissiane étaient minées par l’expansion de l’islamisme radical, importé d’Algérie dans les banlieues françaises.

Le FN émerge

En 1995, lors des élections municipales, c’est le coup de massue : même s’il est largement réélu au premier tour, André Gerin constate que le FN obtient un score impressionnant, 29 % des voix, principalement dans la partie ancienne de la ville et les zones pavillonnaires, alors que l’abstention monte dans les cités HLM : au total, la participation à ces municipales ne dépasse pas 50 % des inscrits, alors qu’auparavant il déplaçait en masse les électeurs. André Gerin ne se contente pas des imprécations antifascistes qui servent d’explication à ce phénomène politique au sommet de son parti. Il fait réaliser par la Sofres une enquête qualitative (avec entretiens approfondis) sur un panel d’électeurs de toutes tendances, et se met à l’écoute attentive des gens de sa commune, y compris de ceux qui le critiquent ouvertement, jusque alors considérés comme des « ennemis de classe » par nombre de ses camarades. Il ressort de ces enquêtes une grande défiance à l’égard de tous les pouvoirs, à la notable exception du maire. Elles révèlent en outre des préoccupations jusque-là négligées, ou minimisées par les élus : l’irritation devant la multiplication des actes d’incivilité ou de petite délinquance, et la dégradation de l’ambiance dans les collèges. Cela conforte André Gerin dans sa conviction qu’il est nécessaire de « rapatrier » au plus près des populations, c’est-à-dire vers la mairie, des compétences relevant de l’État, du département, ou de la Communauté urbaine, devenue depuis Métropole du Grand Lyon : « Si l’on ne s’en tenait toujours qu’aux strictes compétences administratives d’une commune, je vous assure qu’il n’y aurait plus besoin d’un maire ! Il suffirait d’installer un pilote automatique commandé depuis la préfecture ou la Métropole, ce qui accentuerait encore plus le divorce entre la vie réelle et les institutions. » André Gerin met alors son nez partout, même la où il ne devrait pas : dans les lycées et collèges, dans les offices HLM trustés par les « lyonnais », et même dans les caves des immeubles où se répand l’islam salafiste et l’idéologie djihadiste.

Aujourd’hui, c’est dans le livre Une France soumise, publié sous la direction de Georges Bensoussan, qu’il poursuit sa réflexion sur le djihadisme français, ce phénomène qu’il a vu naître et prospérer : « Les bien-pensants et les ultra-gauches cherchent à nous convaincre qu’il s’agit d’une révolte de jeunes humiliés et que leur djihad n’est rien de plus qu’une révolte identitaire, doublé d’une révolte adolescente, écrit-il. Or nous n’avons pas connaissance de revendications sociales ni de sollicitations politiques. En revanche, prolifère le discours antifrançais, anti-occidental, antijuif, antipolice. » Ce coco-là a vraiment mal tourné ![/access]

Une France soumise - Les voix du refus

Price: ---

0 used & new available from