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Qui peut battre Marine Le Pen?

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Marine Le Pen Front national élections présidentielles Mélenchon Fillon
Meeting de Marine Le Pen à Lyon (Sipa : 00791967_000020)

Marine Le Pen était attendue au tournant. Désormais en tête de toutes les études d’opinion pour le premier tour de l’élection présidentielle, sa participation à la plus grande émission politique de la télévision française était assurément pour elle le rendez-vous à ne pas manquer. De l’avis général, elle a réussi l’exercice et dominé tous ses interlocuteurs de la tête et des épaules. Seule Najat Vallaud-Belkacem, à la faveur d’un exposé liminaire de cinq minutes, a semblé pouvoir la mettre en difficulté sur la question des écoles hors-contrats pourvoyeuse de fondamentalisme. Cinq petites minutes sur une émission de deux heures, convenons que c’est négligeable. Sur l’économie, notamment, elle fait désormais mieux que tenir tête au spécialiste-maison, François Lenglet. Ce dernier n’a parfois pu qu’opiner du chef devant la démonstration de la candidate du FN. Il nous a semblé que cette dernière s’appuyait parfois sur les propres ouvrages de son interlocuteur, ce qui a dû participer à cette domination. Il y a cinq ans, elle se montrait davantage en difficulté face au même journaliste. Qu’a-t-il pu se passer entre les deux ? Sans doute a-t-elle mieux travaillé le sujet, bien entendu. Mais l’essentiel n’est pas là. Marine Le Pen a désormais le vent dans le dos, situation dont n’importe quel cycliste du dimanche vous dira que cela comble le déficit d’heures d’entraînement. Depuis 2012, la crise grecque, le Brexit et la campagne victorieuse de Trump (dont l’aspect économique a été trop longtemps négligé par la presse de ce côté-ci de l’Atlantique) sont passés par là. Liberté monétaire et protectionnisme sont beaucoup plus aisés à défendre. L’échange avec l’invité surprise Patrick Buisson s’est aussi passé au mieux pour la candidate. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy ne l’a pas déstabilisée, lui reprochant parfois d’être trop à droite (scolarisation des enfants étrangers), puis parfois de ne pas l’être assez. Mais était-ce vraiment l’objectif de Patrick Buisson de la déstabiliser ? Au bout de deux heures, le résultat du traditionnel sondage tombait : elle s’était montrée plus convaincante que tous ses concurrents aujourd’hui en lice pour la présidentielle, invités avant elle dans l’émission, François Fillon et Benoît Hamon. Cette émission s’apparentait à une véritable démonstration de force.


Marine Le Pen – L’Émission Politique par bvoltaire

Marine présidente ?

Dès lors, le lendemain, beaucoup d’observateurs se posaient LA question, à juste titre : « peut-elle finalement gagner ? ». Et n’y répondaient plus aussi facilement par la négative qu’il y a quelques semaines encore. Ajoutons qu’elle semble avoir imposé une trêve entre Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen, dont les disputes à ciel ouvert constituaient l’obstacle le plus dangereux sur le chemin d’une campagne électorale réussie. Nous savons qu’il est imprudent de jouer au jeu des pronostics dans la campagne présidentielle la plus incertaine de l’histoire de la République, mais mouillons-nous néanmoins : comptes tenus des études d’opinions et des dynamiques de campagne, il est fort probable que Marine Le Pen vire en tête du premier tour le 23 avril prochain. Non seulement, elle est en tête de toutes les études mais ces dernières précisent que la candidate du FN est dotée du socle le plus solide de sondés sûrs de leur vote : autour des 80% lorsqu’Emmanuel Macron et Benoît Hamon tournent plutôt autour des 40/50%. Le socle de François Fillon est intermédiaire. Son problème à lui, c’est que la dynamique est tellement désastreuse qu’il ne lui restera peut-être bientôt que ledit socle. Après l’effet d’aubaine du lendemain de primaire début décembre (effet trompeur dont semble profiter aujourd’hui Hamon), les sondages de François Fillon avaient déjà enclenché une baisse régulière qui s’est évidemment accélérée avec le déclenchement des affaires concernant son épouse et sa société de conseil. On ne reviendra pas ici sur les affaires Fillon et leurs traitements judiciaire et médiatique. Causeur y a déjà consacré bon nombre d’articles. Mais dès lors que le député de Paris avait réussi (provisoirement ?) à tordre le cou à autant de canards en forme de plans B, il n’avait plus le choix que de s’ériger en candidat anti-système, en « Trump français » réussissant à faire des attaques contre lui, une force. Il s’y est essayé depuis sa conférence de presse mais il y a un gros caillou dans la chaussure : le programme de François Fillon n’a rien de trumpiste. Il ressemble davantage à celui de Madame Merkel, qui est justement l’une des critiques les plus farouches du nouveau président américain, sur le fond comme sur la forme. Une étude publiée ce dimanche par le sondeur Yves-Marie Cann explique d’ailleurs le déficit d’audience structurel de François Fillon dans les classes populaires : « Quant à François Fillon, pour conserver ses chances de qualification au second tour de l’élection présidentielle, il lui faudra retrouver les faveurs des actifs, et plus particulièrement des catégories populaires qui semblent avoir déserté sa candidature. Au-delà des accusations dont il fait l’objet et dont on mesure ici les répercussions, le programme “radical” du vainqueur de la primaire de la droite et du centre pourrait constituer un écueil non négligeable, point qu’ont d’ailleurs soulevé à plusieurs reprises de certains membres de sa famille politique.».

Un autre candidat de la frontière ?

Emmanuel Macron pourrait bien vite être frappé des mêmes faiblesses face à Marine Le Pen. L’ex-ministre de l’économie a beau tenter lui aussi de se faire passer pour « anti-système », il n’est qu’à voir la liste de ses soutiens s’allonger pour se rendre compte de la supercherie. On comprend qu’il tarde à présenter son projet mais il faudra pourtant bien un jour retirer le masque : Emmanuel Macron est bien le candidat estampillé « mondialisation heureuse ». Cela apparaîtrait d’autant plus dans un second tour où il affronterait Marine Le Pen. Aujourd’hui, les sondages annoncent une victoire 63/37 pour le candidat En Marche dans cette hypothèse. A vrai dire, il est improbable, dans le contexte des vents évoqués plus haut en faveur des candidats « de la protection, de la frontière » dans le monde occidental, on aboutisse à une telle différence au bénéfice des candidats « de l’ouverture, de la mondialisation ». L’Histoire récente nous a au contraire montré que la tendance était inverse. En fait, il apparaît de plus en plus que la seule manière de voir battu un « candidat de la frontière » serait de lui opposer un autre « candidat de la frontière ». Trump aurait-il vaincu Bernie Sanders ? Nul ne le saura jamais mais il est certain que les « swing states » de la Rust belt ont été décisifs dans la victoire du nouveau président américain et qu’Hillary Clinton y était sans doute moins bien armée que son concurrent de la primaire démocrate. Qui pourrait être alors ce « Sanders qui réussit » ? Certainement pas Benoît Hamon qui a déjà cédé face au capitalisme californien des GAFA en actant la fin du travail, à travers la création d’un revenu universel. Seul Jean-Luc Mélenchon pourrait éventuellement jouer ce rôle. Certes, il semble aujourd’hui distancé et Benoît Hamon tente de lui mettre la pression. Les quinze prochains jours seront décisifs. Si le candidat de la « France insoumise » parvient à repasser devant celui du PS, un effet de vote utile pourra s’enclencher à partir du mois de mars. Il y aurait alors une probabilité pour qu’il parvienne à s’asseoir sur le deuxième strapontin du second tour. Et alors, à condition d’enfermer dans une pièce Clémentine Autain et tous ses amis, et d’en perdre la clef, Jean-Luc Mélenchon pourrait alors battre Marine Le Pen, au terme de la campagne la plus décoiffante de la démocratie française.

Vive le travail en famille!

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François Fillon Affaire Pénélope Fillon emplois fictifs
François et Pénélope Fillon, Porte de Versailles (Sipa : 00782794_000037)

La semaine dernière dans Le Figaro, l’éditorial de Paul-Henri du Limbert exhortait la droite à rester unie dans un soutien sans faille à la candidature Fillon. Très bien ! Mais il débute par un couplet de repentance : en engageant sa femme, Fillon aurait mal agi, mais il aurait une excuse, beaucoup en font autant. Citons-le : « le candidat de la droite a agi comme le font depuis 30 ans des centaines de députés ou sénateurs, de droite comme de gauche. Personne ne prétendra que cette facilité fait partie des traditions les plus glorieuses de la Ve République, mais elle existe. »

Eh bien si, quelqu’un estime que cette tradition est excellente : votre serviteur ! Et je suis certain que beaucoup partagent mon point de vue selon lequel des ménages qui sont unis dans le travail comme dans le loisir ont tout lieu d’en être fiers. Car enfin, combien de centaines de milliers de couples s’occupent-ils ensemble d’une exploitation agricole, d’un commerce, d’une activité artisanale, d’un cabinet dentaire ou médical, parce qu’ils sont unis pour le meilleur et pour le pire, et parce que travailler ensemble est à la fois leur choix de vie, éminemment respectable, et une bonne formule sur le plan de l’efficacité ?

La repentance, c’est fini !

Et si le boulanger ou la boulangère emploie son fils ou sa fille, d’abord pour apprendre le métier, puis pour contribuer à accroître les activités de son commerce, doit-il s’excuser, considérer qu’il s’agit d’une erreur à mettre sur le compte d’une tradition en voie d’obsolescence ? Combien de patrons d’entreprises, y compris des grandes et des moyennes, agissent de même, avec la fierté légitime de diriger et de développer une entreprise familiale ?

Aucun homme politique n’a à s’excuser d’employer des collaborateurs familiaux. C’est son choix légitime, et c’est tout à son honneur de s’entendre assez bien avec son conjoint ou son enfant pour pouvoir travailler efficacement avec lui. De plus, lorsque cet homme a une probabilité d’accéder à la présidence de la République, il est bon pour le pays (et pour lui) que la potentielle première dame ne soit pas une oie blanche en matière politique. Que Pénélope la Galloise ait travaillé pour et avec François est un atout pour la France ! La repentance à tort et à travers, ça suffit !

« J’ai décidé d’empêcher la construction de tout HLM en centre-ville »

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Robert Ménard

Propos recueillis par Gil Mihaely

Causeur. Quelles sont les caractéristiques du parc HLM de Béziers ?

Robert Ménard. Je suis maire d’une ville qui compte plus de 7 000 logements sociaux. Plus de 90 % sont gérés par l’Office public HLM. Quelques-uns le sont par l’Office HLM du département et le reste par des acteurs privés. Mais il faut le savoir, même si ces logements sont situés sur ma commune, une bonne partie est attribuée par d’autres que la ville. L’État notamment peut décider des bénéficiaires sans que la municipalité n’ait son mot à dire !

A lire aussi >> HLM, la politique contre la ville: des bonnes intentions au séparatisme islamique

En quoi est-ce problématique ?

Si certaines HLM sont dégradées, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont mal entretenues mais, il faut le dire, parce qu’elles sont occupées par des personnes qui ne respectent pas l’espace public, le détruisant avec une régularité de métronome. À Béziers, après la quatorzième réparation d’une aire de jeux située entre plusieurs blocs HLM, j’ai d’abord averti la population que ça ne pouvait pas durer, puis j’ai arrêté de la réparer !

Un autre exemple : je devrais bénéficier d’aides pour remettre en état une cité HLM, dans un autre quartier, près de la gare. Mais je l’ai dit aux responsables de la politique de la ville : repeindre les immeubles, refaire les cages d’escaliers et les ascenseurs, si c’est la même population qui est concentrée là, ça ne réglera rien du tout

Mais vous essayez néanmoins d’améliorer le parc HLM de votre ville ?

Je m’y emploie, avec l’aide notamment de l’Office public, tous les jours ! Mais il faut savoir que personne ou presque ne veut[access capability= »lire_inedits »] résider dans certains quartiers, si ce n’est pour habiter avec des membres de sa propre communauté. À La Devèze, un quartier « sensible » comme on dit, il y a des dizaines d’appartements vides. Certains ont été refaits et nous ne trouvons pas de locataires ! Beaucoup de gens demandent des logements sociaux mais ne veulent pas habiter dans ce quartier difficile.

À Béziers, l’État a dépensé plus de 40 millions d’euros dans le cadre de la politique de la ville — sans parler des contributions des différentes collectivités locales —, une politique qui bénéficie justement aux quartiers où il y a le plus de HLM… et on n’a rien réglé, au contraire ! Le quartier de La Devèze n’a jamais été aussi mono-ethnique ! Encore une fois, dans ces quartiers-là, ce n’est pas en changeant la taille des HLM ou en les repeignant que vous réglerez le problème. Le problème, ce sont certaines personnes qui y habitent et la trop grande concentration de telle ou telle communauté.

Qu’est-ce qui vous empêche de régler le problème ?

Comment voulez-vous que je le règle ? Je ne peux pas obliger les gens à aller vivre où ils ne veulent pas – et je les comprends d’une certaine façon ! Alors, ce que j’essaie de faire, c’est de construire des HLM hors des grandes cités, des petites unités de 30 ou 40 logements. Mais ça ne suffit pas, si l’État m’impose, dans ces petits ensembles de logements, des gens dont on sait qu’ils vont poser des problèmes…

Lors des commissions d’attribution des logements, nous nous interrogeons sur les éventuelles dettes locatives des « candidats ». Mais il faudrait aussi, parallèlement, mener des enquêtes approfondies pour savoir comment ceux qui sollicitent un logement se sont comportés auparavant, bref, s’ils respectent les règles de vie en société.

Je m’attache aussi à privilégier le « haut de gamme » des HLM, pour essayer d’attirer une population plus « paisible ». Aujourd’hui, quand un couple de jeunes instituteurs s’installe dans la ville, il ne pose bien sûr aucun problème de voisinage. Mais il y a un certain nombre de familles dont on sait qu’elles pourrissent la vie des autres ! Nous en sommes arrivés – le communautarisme gagnant sans cesse du terrain – à ce que telles cages d’escaliers soient réservées aux Turcs, telles autres aux Maghrébins et telles autres aux Gitans… Parce qu’on n’arrive pas à faire cohabiter les uns et les autres.

Aussi, soucieux de l’image de ma ville, j’ai décidé d’empêcher la construction de tout HLM en centre-ville. Je n’en veux plus.

Et la politique de la ville ? N’est-ce pas un levier d’action ?

Béziers a bénéficié d’aides dans le cadre de la politique de la ville… mais que signifie au juste « changer l’habitat » ? On me dit qu’il faudrait qu’il y ait des gens qui accèdent à la propriété dans ces quartiers. L’État ne veut plus qu’on construise de logements sociaux dans ces « quartiers prioritaires » (il y en a 200 « d’intérêt national » en France dont deux à Béziers). Mais qui, aujourd’hui, va acheter un appartement à La Devèze ? Personne ! Il y a des années, pour parvenir à la fameuse « mixité sociale », mon prédécesseur a essayé de mettre en vente des appartements à La Devèze. On n’en a jamais vendu un seul ! Parce que ni vous ni moi n’irions y acheter un logement.

Parmi les administrés que je reçois tous les mercredis, un sur trois vient justement pour un logement. Avant même que j’ouvre la bouche, ils me disent : « Voilà, Monsieur le maire, je cherche un logement… Mais pas à La Devèze ! » La seule solution est d’amener du travail, de l’activité dans ces quartiers. Il faut qu’ils cessent d’être des ghettos. Nous ne ménageons pas nos efforts pour y parvenir. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire…

Voilà la réalité, tout le reste, c’est du baratin ! Alors le « vivre ensemble » quand personne ne veut « vivre ensemble », comment voulez-vous faire ? Et cela n’a rien à voir avec des questions de pauvreté comme on veut nous le faire croire ! Mais d’abord et avant tout, cela résulte d’une immigration massive. J’ai passé mon adolescence à La Devèze. Il n’y avait alors aucun souci. Aujourd’hui, c’est devenu un quartier majoritairement musulman où une bonne partie des femmes sont voilées. Vous auriez envie d’y élever vos enfants ? Les élus n’osent pas le dire, mais c’est bien le problème ![/access]

Affaire « Théo »: indécence pour tous!

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Manifestation anti-policière, Paris, février 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00792962_000002.

Que s’est-il passé le 2 février à Aulnay-sous-Bois ? Théo, 22 ans, contrôlé par une patrouille de police qui le soupçonnait de faire le guet pour des trafiquants de drogue, a subi un contrôle d’identité musclé. D’après des images filmées par caméra cité de la Rose des vents, le jeune homme aurait reçu de violents coups de matraque télescopique. La vidéo ainsi qu’un rapport de la police des polices (IGPN) concluent que les forces de l’ordre auraient fait usage de cette arme comme une épée, ce qui est contraire au règlement. Mais une juge d’instruction, contre l’avis du parquet, a retenu une qualification supplémentaire : le viol au moyen de ladite manette, acte sexuel qui n’apparaît pas sur les images. Venu au chevet de la victime, le président François Hollande et son ministre de l’Intérieur promettent de faire toute la lumière sur cette affaire. Quelle que soit la réalité des faits, le contexte politique ne contribue pas à la sérénité de l’enquête : instruits par les émeutes de novembre 2005, provoquées par la mort accidentelle des jeunes Zyed et Bouna cherchant à fuir la police dans un transformateur électrique, l’appareil sécuritaire et juridique craint qu’une requalification des faits ne retenant pas le viol embrase les banlieues…

Justice partisane exigée

La matraque télescopique qui a blessé Théo, ce jeune homme de 22 ans d’Aulnay-sous-bois, se déploie sur toute la France et en heurte le fondement, maniée par des hordes irresponsables, aux intérêts variés, qui ont en commun de n’avoir cure de la chose publique. À l’affût dans les rues comme sur les plateaux, excitées par l’odeur du sang, elles s’en servent pour cogner sur le socle social déjà bien fissuré. Alors même que la lumière est encore loin d’être faite, elles y vont chacune de leur petit coup de Tonfa idéologique, martèlent telle vérité qui les arrange et cherchent à tirer les dividendes de l’affaire. À l’affût, le milieu associatif, toujours prompt à imprimer t-shirts et autres casquettes, organisant des marches blanches et exigeant une justice partisane. À l’affût, les libertaires et les antifascistes trouvant ici un prétexte de plus pour casser du flic à Paris, Lille ou Nantes – où les échauffourées se sont terminées mercredi soir place de la petite-Hollande.

À l’affût, les casseurs prenant immédiatement fait et cause pour un jeune homme censé leur ressembler, dans les communes de Tremblay-en-France, Pierrefitte, Bobigny ou Noisy-le-Grand dont les cités, rivales en tout, deviennent soudainement unies dans la révolte. À l’affût, les journalistes, friands de détails anatomiques scabreux, cherchant à enflammer la banlieue comme en 2005 pour y braquer leurs caméras dans l’espoir d’être relayés par CNN. À l’affût, les anti-racailles compulsifs incapables de distinguer un jeune de banlieue d’un délinquant. À l’affût, la classe artistique, toujours prête à faire étalage de sa bonne conscience, à l’image de la chanteuse Imany, célébrée aux victoires de la musique, se lançant dans un interminable réquisitoire contre la police et les élites, confondues allègrement, et réclamant justice pour Théo et tous les sans-voix qu’elle aurait la très haute responsabilité de représenter.

Canteloup contrit

À l’affût, les nouveaux investisseurs chinois de l’Inter Milan, offrant à Théo une place pour assister à un match parce qu’il portait le maillot du club de foot lombard sur son lit d’hôpital – magnifique aubaine pour un club récemment condamné pour injures raciales et qui profite de la couleur de peau du jeune homme pour clamer son impeccable antiracisme à la face du monde. À l’affût, Rokhaya Diallo, s’empressant de twitter «encore un jeune noir», cherchant à exciter les ressentiments et à américaniser la France un peu plus en rejouant la partition de Malcolm X. À l’affût, Jean-Luc Mélenchon, assimilant la bavure à un acte de torture et de viol, accusations démenties le lendemain par l’IGPN. À l’affût, Yannick Noah, fustigeant « tous ceux qui parlent de la banlieue mais n’y ont jamais mis les pieds » comme si ses origines lui octroyaient une empathie et une expertise supérieures. À l’affût, Nicolas Canteloup, se vautrant dans la vulgarité le mercredi et demandant grâce le jeudi, grondé comme un enfant par la direction d’Europe 1 effrayée à l’idée de réveiller les fureurs du lobby LGBT – « C’est moi qui mérite un bon coup de matraque ! » osa le repenti, dans une ridicule contrition, se flagellant sur la place publique.

Chacun, depuis sa chapelle privative ou communautaire aux allures de camp retranché, cherche à tirer profit d’une guerre des nerfs qu’il alimente. Dans cette foire d’empoigne, il semblerait que le souci de la paix civile soit toujours accessoire. Bien au contraire, au carrefour des France qui ne se connaissent pas et ne cherchent pas à se connaître, les coups pleuvent sans conscience publique. Au milieu de ce tintamarre médiatique, le seul qui ait fait preuve de responsabilité est encore ce jeune homme couché sur son lit d’hôpital, exhortant la banlieue à cesser le combat. Ce jour-là, c’est lui qui était au chevet de François Hollande.

Antisémitisme: appelons les choses par leur nom

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Nice, 2004. Sipa. Numéro de reportage : 00499043_000002.

C’est parce que j’ai pu m’exprimer longuement et posément devant les juges que je ne souhaitais pas prendre part personnellement au débat public suscité par les poursuites judiciaires dont j’ai fait l’objet devant la 17è chambre correctionnelle de Paris le 25 janvier dernier. Mais les deux lettres ouvertes du président de la LICRA (la seconde publiée par le site Causeur) m’y oblige car il y affirme plusieurs contre-vérités.

La Licra… avec le CCIF!

M. Jakubowicz, si vous avez formellement raison, et si je dois en effet ce procès à l’initiative du parquet, l’honnêteté eut été d’ajouter que  ce dernier n’a engagé les poursuites qu’à la suite de la « dénonciation » (c’est le terme juridique en usage) opérée par le CCIF en mars 2016,  cinq mois après les faits. Ignorer le rôle central du CCIF dans ce procès ne peut en rien exonérer de sa responsabilité la LICRA qui a validé sur le fonds la dénonciation du CCIF en se constituant partie civile à ses côtés.

Vous reprenez dans vos deux lettres mes propos tenus à France Culture le 10 octobre 2015. Mais vous en donnez une interprétation si caricaturale qu’elle m’oblige à vous répondre en dépit de ma lassitude.

Comme vous le rappelez,  j’ai pu échanger un an avant le procès avec des membres de la Licra dans le but de clarifier les propos « généralisant » qui m’étaient reprochés. Je leur ai expliqué le contexte dans lequel je les avais formulés et comment ils furent décontextualisés pour m’accuser d’essentialiser de façon raciste en parlant des « familles arabes ». A la demande d’Antoine Spire, membre de votre bureau exécutif, je me suis rendu en effet au siège de la Licra à Paris le 22 janvier 2016. Et j’y ai expliqué le sens de mes paroles sur France Culture. La discussion, en présence  de Boualem Sansal invité comme moi, fut vive et animée, mais toujours courtoise, voire marquée in fine par un climat amical dont peuvent témoigner tous les présents. D’un commun accord, tacite évidemment, avions-nous alors estimé, les uns et les autres, que le différend était aplani.

Smaïn Laacher dans le texte… ou presque

De là ma surprise de voir la Licra se constituer partie civile un an plus tard comme si cette réunion n’avait pas eu lieu.  Comme si l’engagement moral qui en émanait n’avait été qu’un écran de fumée. Votre acharnement, c’est moins moi qu’il a trahi (même si je l’ai été) que les militants organisateurs de la rencontre du 22 janvier 2016.

Le 10 octobre 2015, à France Culture, évoquant la question de l’antisémitisme d’origine arabo-musulmane, je décidai de citer de mémoire les propos du sociologue Smaïn Laacher interrogé dans le film de Georges Benayoun Profs en territoires perdus de la République (inspiré de l’ouvrage dont j’avais été le coordinateur). Je précise : « de mémoire », car j’étais alors certain, mais à tort, de le citer correctement. J’insiste : il n’y avait aucune volonté de ma part de travestir les propos de M.  Laacher, lequel  déclarait dans le film de Benayoun : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique, et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue, une des insultes des parents à leurs enfants, quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de « juifs ». Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique, (…) légitimé, quasi-naturalisé, au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur… Dans ce qu’on appelle les ghettos. Il est même difficile d’y échapper, comme dans l’air qu’on respire… »

Pour ma part, me référant à ces propos qui m’avaient marqué (mais sans avoir sous les yeux le script du film), je déclarai à France Culture : « C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait et personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère… » De cet antisémitisme dont M. Laacher disait qu’il était « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […] légitimé, quasi-naturalisé », je disais, moi,  qu’il était tété « avec le lait de la mère ». Ce lait maternel qui est la première chose,  pour reprendre les termes du sociologue, qui soit « quasi naturellement déposé sur la langue » (sic). Si la phrase que j’ai prononcée ne traduisait pas exactement le propos de Smaïn Laacher, leur contenu, leur sens était exactement le même.

L’antisémitisme en héritage… culturel !

Comme il faut rappeler aussi concernant cet antisémitisme arabo-musulman, cette métaphore relative à sa transmission par le lait maternel que j’avais lue maintes et maintes fois en préparant mon livre Juifs en pays arabes (Tallandier, 2012) : le journaliste marocain Saïd Ghallab, dans un texte intitulé « Les Juifs vont en enfer » (publié en 1965 dans la revue Les Temps modernes), écrivait en effet : « C’est avec ce lait haineux que nous avons grandi ».

Il n’est nullement question ici d’essentialisation mais bien de transmission. Il n’est nullement question ici d’être mais de culture. Pour autant mes propos furent interprétés de telle façon que certains tentèrent d’accréditer l’idée, sur Internet et les réseaux sociaux, que j’avançais la thèse d’un antisémitisme contenu dans les gènes ou dans le sang. Dans un souci de se démarquer du personnage sulfureux que j’étais devenu, M. Smaïn Laacher alla jusqu’à parler d’« ignominie » (sic) pour avoir déclaré que l’antisémitisme se transmettait « par le sang » (sic). Une diffamation pure quand je n’ai jamais prononcé ce mot ni rien pensé de tel.

Vous rappelez la formule des « deux peuples ». Il est question ce disant de comportements qui interrogent l’unité d’une nation. Parler de « deux peuples », c’était faire référence aux minutes de silence non respectées après les assassinats de Mohamed Merah, référence aux  très nombreux « Je ne suis pas Charlie », référence d’une manière plus générale à un islam radical et politique dont la pratique et les préceptes poussent à la sécession d’avec le reste de la communauté nationale. Il n’est nullement question dans mon esprit de « races » ou pour dire les choses plus trivialement d’opposer les « Arabes » aux « Français de souche ».

Vous-même, M. Jakubowicz,  évoquez à propos de l’antisémitisme arabe, mais en me l’imputant, une « réalité biologique atavique » voire un « antisémitisme de naissance ». J’ai du mal à croire qu’un avocat qui se targue aussi d’être un homme de culture puisse  ignorer les subtilités de la langue jusqu’à confondre  l’antisémitisme « tété avec le lait de la mère », c’est-à-dire transmis par l’éducation, avec le sang, cette réalité biologique, inaltérable, inamendable et figée. La métaphore du « lait maternel » appartient de longue date à la langue française, elle désigne ce qui se transmet culturellement (et non biologiquement) dans les familles, de génération en génération.

Rhétorique stalinienne

 » Vos propos servent  la surenchère extrémiste » écrivez-vous : comment  cacher mon désappointement de lire cet argument de rhétorique stalinienne qui consiste à stigmatiser son adversaire en l’accusant de « faire le jeu de ». C’était déjà ce que dénonçait George Orwell dans les années 30  à propos de ses camarades socialistes anglais, comme à propos de ce dont il avait été le témoin dans les Brigades internationales de la guerre civile espagnole. J’ai l’impression à vous lire, M. Jakubowicz, de réentendre la vieille rhétorique communiste des années 50 : «Faire le jeu de l’impérialisme américain» ou « le jeu de la bourgeoisie française », etc.  De retrouver aussi les amalgames de l’âge d’or du stalinisme en laissant entendre que Louis Aliot, du FN, m’aurait exprimé son soutien. Ce que j’ignorais. Mais peu importe : me voici donc estampillé FN,  ce qui confirme le côté « nauséabond » de mes propos. Procéder par amalgames, telle était la logique des procès de Moscou.

Ce qui « fait le jeu de » l’extrémisme en France, aujourd’hui, M. Jakubowicz, ce qui nourrit les chances d’un parti populiste d’arriver au pouvoir, c’est  d’abord le déni de réalité, la stratégie suicidaire de l’aveuglement et du silence. C’est la stratégie des « trois singes », ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre, qui ne sont pas ici ceux de la sagesse mais de la démission. Mais ce sont aussi vos mots et votre antiracisme à géométrie variable quand on  s’interroge en vain sur les poursuites  engagées contre le Parti des Indigènes de la République, contre Houria Bouteldja en particulier, l’auteur du pamphlet paru l’an dernier,  Les Blancs, les  Juifs et nous (éd. La Fabrique).  Vous êtes-vous constitué partie civile contre le « camp d’été décolonial » de l’été 2016 ? Contre les forums interdits à la « parole blanche » organisés au  sein de l’université Paris 8 (où enseigne Mme Guénif, témoin à charge au procès du 25 janvier) ?

Ce 25 janvier,  votre acharnement à distance contre moi vous aura poussé à asseoir votre association sur le même banc que celui de l’idéologue des Indigènes de la République, celle qui aura doctement expliqué à un tribunal dubitatif que dans la langue arabe aujourd’hui, les insultes à l’endroit des Juifs, monnaie courante comme l’on sait, sont des « expressions figées » (sic) ayant perdu tout caractère insultant. Qu’elles n’ont, pour tout dire, plus de sens. Qu’autrement dit, aujourd’hui, en arabe, « Mort aux Juifs » ne signifie pas « Mort aux Juifs ». Le père de Jonathan Sandler, grand-père également de deux des trois petits enfants assassinés par Mohamed Merah à Toulouse, appréciera.

Vous pouvez laisser croire dans votre « Lettre ouverte » que vous combattez les idées et les méthodes du CCIF, mais en l’occurrence vous lui avez  servi de caution morale antiraciste,  vous l’avez encouragé dans sa stratégie de légitimation d’un combat identitaire, communautariste et antidémocratique.

Car c’est bien ainsi que le CCIF exploite cet événement auprès de son public, et c’est ce qui compte pour les militants et amis de la Licra qui refusent d’être tenus pour des alliés de l’islam politique et s’insurgent de voir leur association impliquée dans un tel procès.

Le grand inquisiteur

Vous prétendez qu’à l’issue des débats, j’aurais trié le bon grain de l’ivraie en « faisant la part des choses entre les parties civiles ». Vous étiez absent et on vous aura bien mal renseigné : je n’ai rien fait de tel s’il s’agissait d’examiner combien toutes les parties présentes étaient motivées par la même volonté de déformer mes propos, en transformant l’antisémitisme culturel massif des sociétés arabes en un fait biologique. En dénaturant mes mots à dessein d’en faire l’expression du racisme le plus vulgaire.

« Présenter des excuses », dites-vous. Mais à qui ? Êtes-vous le représentant des « familles arabes » qui auraient pu se sentir insultées par mes propos ?  M’excuser auprès de vous pour obtenir un sauf conduit et échapper au triste sort qu’apparemment je méritais ? Mais qui êtes-vous, M. Jakubowicz, pour vous draper dans la posture du Grand Prêtre doté du pouvoir de dire le bien et le mal ?

Sous l’effet d’une campagne délirante de calomnies, à partir d’une phrase qui était une citation (et dont je persiste à dire que je n’en ai pas altéré l’esprit), j’aurais assigné toute une population à une essence antisémite, quasi-génétique pour dire les choses crûment. De là va naître une « affaire Bensoussan » bâtie de bric et de broc, d’approximations et de mensonges, et de l’« affaire » un personnage fantasmatique, en particulier sur la toile, cet espace infini où la rumeur et la calomnie sont reines.

Je ne vous demande nullement d’être d’accord avec ce que je peux dire ou écrire, prises de position et déclarations, qui ne peuvent manquer d’être soumises à la critique aussi virulente soit-elle. Ce que je ne peux accepter en revanche, c’est d’être cloué au pilori pour  des intentions ou des pensées que l’on m’attribue et qui n’ont jamais été les miennes.  Sortir les mots d’un contexte donné, c’est prendre le risque d’entrer dans une logique inquisitoriale dont Richelieu, en son temps, s’était fait l’écho : « Donnez-moi six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre ».

Une France soumise - Les voix du refus

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Sous les pavés, le «Prince»

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Aurélien Bellanger "Le Grand Paris" Nicolas Sarkozy Roman
Nicolas Sarkozy, Paris, 2012 (Sipa : AP21979277_000017)

Après La Théorie de l’information (2012) et L’Aménagement du territoire (2014), Aurélien Bellanger publie Le Grand Paris. Ce jeune écrivain est entré en littérature en 2010 avec un essai consacré à Houellebecq, écrivain romantique, chez Léo Scheer. Lors de la parution de son premier roman, la presse a d’ailleurs débattu de l’influence de Houellebecq dont le style ainsi que l’érudition foisonnante ont pu être assimilés à une écriture de type wikipédia. Tout cela est vrai et se retrouve dans Le Grand Paris, comme une marque de fabrique ou une musique propres à l’écrivain. Le narrateur s’appelle Alexandre Belgrand. Né dans l’Ouest parisien, étudiant dans une école de commerce renommée où l’essentiel de l’apprentissage consiste en beuveries, orgies, et découverte d’une espèce froide du sentiment amoureux, il est néanmoins intéressé, happé même, par la personnalité de l’un de ses professeurs, Machelin, anthropologue de renom et « néo-réac » ayant quitté la gauche pour rejoindre un homme politique destiné à un destin national : « Le Prince », autrement dit Nicolas Sarkozy.

Sarko prend le métro

Machelin initie littéralement Belgrand à l’importance de l’architecture et de l’urbanisme en politique, le pousse à faire une thèse, et le conduit dans le premier cercle du futur président de la République. Il est de la dream team qui permet à Sarkozy de gagner les élections, et l’on croise nombre de visages évocateurs, rappelant plus ou moins des personnalités connues. Membre du cabinet du Prince, le narrateur est chargé de développer ce qui restera le projet et la marque politique la plus importante du quinquennat : Le Grand Paris Express, « un métro automatique de presque 150 kilomètres qui formerait une sorte de 8, le symbole de l’infini, autour de Paris ». Les divers présidents cherchent à laisser une trace dans l’urbanisme. Ici, il s’agit de réunir l’Est et l’Ouest parisien, d’unifier les nombreuses communes et les différents départements en une métropole unique. En un mot, de redonner à Paris sa grandeur perdue dans les méandres de la Modernité. Mais Aurélien Bellanger n’est pas un écrivain antimoderne, simplement l’écrivain/narrateur de l’époque qu’il traverse en la regardant.


Aurélien Bellanger : « Le 93 est l’une des plus… par Europe1fr

Alexandre Belgrand est ainsi plongé au cœur du pouvoir politique, il en est même l’un des acteurs principaux, jusqu’à sa disgrâce aussi rapide que le fut son ascension, menant une vie bling bling dans l’intimité des proches du président. Et l’on éclate de rire quand Bellanger décrit froidement la sémantique de la parole du Prince, transcrivant certaines de ses interventions sur les plateaux de télévision. Lisant les mots du Prince, c’est le son de la voix de l’ancien président de la République qui s’impose à nous. Et ce son est comique. Le Grand Paris est une chronique de cette époque, autant politique qu’urbanistique.

Situationnisme et Biopolitique à la table du Fouquet’s

Les 400 pages sont centrées principalement sur Paris, son urbanisme, les événements de la période, entre émeutes de 2005, Fouquet’s, exercice du pouvoir et imprégnation de notre quotidien politique par la question de l’islam. Au fil du récit, on croise le situationnisme, sa dérive et sa psycho-géographie, la figure de Foucault, entre deux mots sur Kant, Sartre, Le Corbusier ou Debord. On boit beaucoup dans ce roman, trop, et l’humour n’est pas absent. Que l’on se rassure, même s’il appartient à une génération ayant grandi avec internet, par ailleurs univers de son premier roman, Le Grand Paris d’Aurélien Bellanger enchantera sans aucun doute nombre de lecteurs parisiens, et d’autres qui reconnaîtront des tranches de leurs propres vies.

Aurélien Bellanger, Le Grand Paris, Gallimard.

Le Grand Paris

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La théorie de l'information

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Houellebecq, écrivain romantique

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Astrid Manfredi récidive

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Astrid Manfredi "Havre nuit" "La petite Barbare" Hopper

Elle avait sorti son premier roman, La petite barbare, comme on tape du poing sur la table. Il n’était pas passé inaperçu, c’est le moins que l’on puisse dire. Astrid Manfredi avait décidé de raconter le destin sombre de celle qui fut surnommée « l’appât du gang des barbares » et qui avait eu une liaison avec le Directeur de la prison durant son incarcération. Ce dernier perdit son emploi et se retrouva à son tour derrière les barreaux. Ce fut le point d’ancrage pour l’écriture de ce roman et son désir de brosser le portrait d’une jeune femme blessée, née au mauvais endroit, tombée trop tôt du nid, et qui s’était retrouvée projetée dans la capitale des lumières sans avoir eu accès aux valeurs humanistes et à l’éducation. Une éducation qu’elle découvrirait durant son incarcération grâce à la lecture, et notamment grâce à la découverte d’un texte essentiel L’amant de Marguerite Duras. L’écriture efficace d’Astrid Manfredi l’avait d’emblée imposée comme une excellente romancière. Il y avait même un peu de la « méthode » Truman Capote dans sa façon distanciée de raconter un fait divers. Un roman-vrai dans la veine du best-seller De sang froid  vendu à plus de huit millions d’exemplaires.

Spleen et Idéal

Pendant que l’astronaute français Thomas Pesquet flotte dans l’espace, dans son scaphandre blanc, gestes lents, presque irréels, pour moderniser le système d’alimentation électrique de la station ISS, Astrid Manfredi nous plonge dans une histoire où les personnages ont les pieds sur le bitume. Ils en bavent dans la France des déclassés, des fracturés, des névrosés. D’un côté, on rêve, c’est l’idéal baudelairien que seuls quelques élus atteignent ; de l’autre, c’est le spleen où la masse patauge, survit, en ne croyant plus à rien. La famille est un nid de frelons, les enfants braillent, les hommes sont violents et lourds, ils picolent, sniffent, trafiquent. Les beaux gosses profitent de leur beauté pour séduire les filles qui peinent à se faire une petite place sous un ciel pollué.

Les bourgeois sont confits dans leurs principes de classe. Ils sont arrogants ; ils ne vivent pas, ils écrasent. Paris ne fait plus bander. Ses lumières ressemblent à des néons d’enseignes d’hypermarchés. C’est une ville de losers, ils sont persuadés que le monde tourne autour de leurs certitudes de bobos en baskets. Surtout, ils ferment les yeux, car du côté du périph, il y a la misère qui déambule sur des trottoirs aussi sales que les artères de Calcutta. Il y a des putes, de la dope, des MST, des « chinoises évadées de la machine à coudre ». Parfois le soleil vient mettre un peu de poésie. C’est gratuit, ça ne fait pas de mal, tout le monde s’en fout. Il faut bouffer. C’est la déréliction absolue. La grâce s’est tirée sans dire un mot, peut-être nichée dans le scaphandre blanc qui photographie la terre en se marrant. Car c’est marrant de voir tous ces agités qui courent pour oublier qu’ils vont crever un jour.

La Comédie humaine

Ce deuxième roman, comme le premier, mais en plus dégraissé, plus âpre encore, est servi par un style qui griffe, écorche, fait saigner les faux bons sentiments sortis tout droit de la boite d’anxiolytiques. Immédiatement l’intrigue se met en place. Le lecteur n’a pas le temps de gamberger, Manfredi ouvre le rideau sur la perpétuelle comédie humaine, il y de l’alcool, des mensonges, davantage de dope, les illusions ne sont pas perdues, elles n’existent plus, les noms ont des consonances étrangères, le décor est bétonné, la nature est un vaste jardin en friche, la ville du Havre est le témoin privilégié de ce puzzle habilement construit, et finalement, on constate que la Manche est de plus en plus vieille. Le havre de paix n’existe plus, il a été remplacé par la nuit sans limites.

Manfredi a écrit un polar. Il y a un serial killer, trois filles mortes par un mec en blouson de cuir dont le regard ne s’oublie pas. Il y a une femme flic. Son destin est celui d’une Phèdre moderne paumée dans un commissariat qui pue la misogynie. Mais c’est un alibi pour montrer la feuille de température de notre époque, si basse époque. Le sang noir irrigue les chapitres très courts. C’est sans concession. Manfredi ne triche pas avec la littérature, la vraie, celle qui oblige à poser sa peau sur la table. Et puis il y a la narratrice, une étudiante, qui a pris un homme en auto-stop, sur une aire d’autoroute, un 31 décembre. Ça commence plutôt mal. Jamais très fun, ces fêtes imposées par le calendrier social. Elle va raconter, à sa manière, en employant le « tu ». Compliqué d’utiliser ce point de vue. Manfredi a osé. Elle a eu raison. Ça tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière image inoubliable.

Et puis, pour conclure, Manfredi parle, à propos de Cendrillon, « de pantoufles de vair ». Elle donne donc raison à Balzac contre Perrault qui écrit des « pantoufles de verre. » Balzac, évidemment.

Astrid Manfredi, Havre nuit, Belfond, février 2017.

Affaire Théo: lettre ouverte à Luc Poignant

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luc poignan theo police aulnay
Luc Poignant dans "C dans l'air", 9.02.2017

Cher Luc,

C’est en lisant un mail envoyé par mon rédacteur en chef hier au soir que j’ai compris que tu venais de faire, par une erreur de langage, une gaffe qui allait te valoir des ennuis. Dans ce mail, il y avait une vidéo de l’émission « C dans l’air » dans laquelle tu étais invité à t’exprimer en tant que syndicaliste policier.

Au cours de cette émission, tu as prononcé une phrase malheureuse décrivant un dialogue entre une personne interpellée et un policier qui allait te coûter dans les médias et sur les réseaux sociaux injures, quolibets, mots de haine, menaces sur tes enfants et même appel au meurtre pour toi alors que tu n’en méritais pas tant, sauf à vouloir rétablir la peine de mort pour abus de langage…

Voici l’échange,au sujet des insultes entre jeunes et policiers avec la journaliste Caroline Roux, qui te vaut aujourd’hui d’être voué aux gémonies: « Le mots ‘bamboula’, d’accord, ça ne doit pas se dire, etc… Mais ça reste encore à peu près convenable. – Non, te répond-elle. – Bah, ‘enculé de flic’ c’est pas convenable non plus. – Non, dans les deux sens ce n’est pas convenable. –Non mais voilà mais oui mais d’accord mais c’est la conversation qu’il y a entre les deux, c’est ça le problème. » Sur le plateau personne n’a réagi, ce qui s’explique par ton explication : «c’est la conversation qu’il y a entre les deux, c’est ça le problème ».

Malheureusement, sur les réseaux sociaux la mèche était allumée causant un incendie incontrôlable, tout le monde te tombant dessus avec, cerise sur le gâteau, Christiane Taubira twittant : « On casse d’abord du bamboula puis du bougnoule puis du jeune puis du travailleur puis du tout venant ». J’aurais aimé de la part d’une ex-Garde des Sceaux un tweet aussi indigné lorsqu’un groupe de rap éructait : « 24 heures par jour et 7 jours par semaine/ J’ai envie de dégainer sur des f.a.c.e.s. d.e. c.r.a.i.e. » mais à priori le mot « bamboula » que tu n’as pas prononcé mais juste répété, choque plus Christiane Taubira que l’expression tout aussi raciste de « face de craie »…

Je sais à quel point tu es blessé, meurtri et au fond du sac depuis hier au soir. Je sais, pour assez bien te connaître, que tu es l’antithèse d’une personne intolérante et a fortiori raciste.

Je sais que les tribunaux médiatiques ont calqué leurs méthodes sur les tribunaux staliniens et que les réseaux sociaux fonctionnent comme fonctionnaient les passages au bûcher sous l’Inquisition. A cette époque, on amenait les coupables de blasphème sur leur lieu de supplice entourés d’hommes cagoulés pour qu’on ne les reconnaisse pas comme aujourd’hui on exécute en silence sur les réseaux sociaux sous l’anonymat d’un pseudonyme, les Torquemada de la toile ne valant pas mieux que les exécuteurs des hautes œuvres de l’original.

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Ainsi parla Jésus au sujet de la femme adultère que d’aucuns voulaient lapider.

Je ne veux pas te comparer à la femme adultère mais je tiens à rappeler que toute femme ou toute homme dans sa vie, surtout dans le stress du passage sur un plateau de télévision ou dans un studio de radio, peut un jour avoir la langue qui fourche, dire une connerie ou voir ses propos mal interprétés.

Tu es un syndicaliste de la police connu et reconnu et j’aurais aimé que ceux qui hurlent aujourd’hui à la mort contre toi fassent de même lorsque des rappeurs traitaient la France de « pays de kouffars », appelaient à « niquer la police », chantaient « Où sont les condés? On va les dompter. Combien de décédés? On peut plus compter » ou encore « pissaient sur la justice et sur la mère du commissaire ». On ne les a pas entendus à ce moment là pourtant les mots étaient calibrés, écrits, relus et interprétés de sorte qu’on ne pouvait pas plaider pour eux l’abus de langage. Pourtant on est tous heureux de t’avoir toi et tes collègues comme les gendarmes et les militaires pour nous protéger, notamment du terrorisme. Même Renaud s’est mis à embrasser un flic ces derniers mois, c’est tout dire…

Le petit fils de commandant de police qui t’écrit cette lettre ouverte espérait que dans la « maison », comme disait mon grand père, il y aurait de la solidarité au moins entre syndicalistes. Même pas puisque le patron d’un autre syndicat a cru bon d’en remettre des louches pour te jeter aux chiens, preuve que tout se perd, y compris chez les « Bleus ».

Sache en tout cas que je compatis à ce que tu vis depuis jeudi soir et que tu ne mérites absolument pas le sort qui t’est réservé. C’est pourquoi j’ai écrit cette lettre ouverte à un homme à terre qui, je l’espère, va très vite se relever. Pour conclure cette lettre, et comme Renaud, permets-moi de t’embrasser, cher flic…

Qui peut battre Marine Le Pen?

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Marine Le Pen Front national élections présidentielles Mélenchon Fillon
Meeting de Marine Le Pen à Lyon (Sipa : 00791967_000020)
Marine Le Pen Front national élections présidentielles Mélenchon Fillon
Meeting de Marine Le Pen à Lyon (Sipa : 00791967_000020)

Marine Le Pen était attendue au tournant. Désormais en tête de toutes les études d’opinion pour le premier tour de l’élection présidentielle, sa participation à la plus grande émission politique de la télévision française était assurément pour elle le rendez-vous à ne pas manquer. De l’avis général, elle a réussi l’exercice et dominé tous ses interlocuteurs de la tête et des épaules. Seule Najat Vallaud-Belkacem, à la faveur d’un exposé liminaire de cinq minutes, a semblé pouvoir la mettre en difficulté sur la question des écoles hors-contrats pourvoyeuse de fondamentalisme. Cinq petites minutes sur une émission de deux heures, convenons que c’est négligeable. Sur l’économie, notamment, elle fait désormais mieux que tenir tête au spécialiste-maison, François Lenglet. Ce dernier n’a parfois pu qu’opiner du chef devant la démonstration de la candidate du FN. Il nous a semblé que cette dernière s’appuyait parfois sur les propres ouvrages de son interlocuteur, ce qui a dû participer à cette domination. Il y a cinq ans, elle se montrait davantage en difficulté face au même journaliste. Qu’a-t-il pu se passer entre les deux ? Sans doute a-t-elle mieux travaillé le sujet, bien entendu. Mais l’essentiel n’est pas là. Marine Le Pen a désormais le vent dans le dos, situation dont n’importe quel cycliste du dimanche vous dira que cela comble le déficit d’heures d’entraînement. Depuis 2012, la crise grecque, le Brexit et la campagne victorieuse de Trump (dont l’aspect économique a été trop longtemps négligé par la presse de ce côté-ci de l’Atlantique) sont passés par là. Liberté monétaire et protectionnisme sont beaucoup plus aisés à défendre. L’échange avec l’invité surprise Patrick Buisson s’est aussi passé au mieux pour la candidate. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy ne l’a pas déstabilisée, lui reprochant parfois d’être trop à droite (scolarisation des enfants étrangers), puis parfois de ne pas l’être assez. Mais était-ce vraiment l’objectif de Patrick Buisson de la déstabiliser ? Au bout de deux heures, le résultat du traditionnel sondage tombait : elle s’était montrée plus convaincante que tous ses concurrents aujourd’hui en lice pour la présidentielle, invités avant elle dans l’émission, François Fillon et Benoît Hamon. Cette émission s’apparentait à une véritable démonstration de force.


Marine Le Pen – L’Émission Politique par bvoltaire

Marine présidente ?

Dès lors, le lendemain, beaucoup d’observateurs se posaient LA question, à juste titre : « peut-elle finalement gagner ? ». Et n’y répondaient plus aussi facilement par la négative qu’il y a quelques semaines encore. Ajoutons qu’elle semble avoir imposé une trêve entre Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen, dont les disputes à ciel ouvert constituaient l’obstacle le plus dangereux sur le chemin d’une campagne électorale réussie. Nous savons qu’il est imprudent de jouer au jeu des pronostics dans la campagne présidentielle la plus incertaine de l’histoire de la République, mais mouillons-nous néanmoins : comptes tenus des études d’opinions et des dynamiques de campagne, il est fort probable que Marine Le Pen vire en tête du premier tour le 23 avril prochain. Non seulement, elle est en tête de toutes les études mais ces dernières précisent que la candidate du FN est dotée du socle le plus solide de sondés sûrs de leur vote : autour des 80% lorsqu’Emmanuel Macron et Benoît Hamon tournent plutôt autour des 40/50%. Le socle de François Fillon est intermédiaire. Son problème à lui, c’est que la dynamique est tellement désastreuse qu’il ne lui restera peut-être bientôt que ledit socle. Après l’effet d’aubaine du lendemain de primaire début décembre (effet trompeur dont semble profiter aujourd’hui Hamon), les sondages de François Fillon avaient déjà enclenché une baisse régulière qui s’est évidemment accélérée avec le déclenchement des affaires concernant son épouse et sa société de conseil. On ne reviendra pas ici sur les affaires Fillon et leurs traitements judiciaire et médiatique. Causeur y a déjà consacré bon nombre d’articles. Mais dès lors que le député de Paris avait réussi (provisoirement ?) à tordre le cou à autant de canards en forme de plans B, il n’avait plus le choix que de s’ériger en candidat anti-système, en « Trump français » réussissant à faire des attaques contre lui, une force. Il s’y est essayé depuis sa conférence de presse mais il y a un gros caillou dans la chaussure : le programme de François Fillon n’a rien de trumpiste. Il ressemble davantage à celui de Madame Merkel, qui est justement l’une des critiques les plus farouches du nouveau président américain, sur le fond comme sur la forme. Une étude publiée ce dimanche par le sondeur Yves-Marie Cann explique d’ailleurs le déficit d’audience structurel de François Fillon dans les classes populaires : « Quant à François Fillon, pour conserver ses chances de qualification au second tour de l’élection présidentielle, il lui faudra retrouver les faveurs des actifs, et plus particulièrement des catégories populaires qui semblent avoir déserté sa candidature. Au-delà des accusations dont il fait l’objet et dont on mesure ici les répercussions, le programme “radical” du vainqueur de la primaire de la droite et du centre pourrait constituer un écueil non négligeable, point qu’ont d’ailleurs soulevé à plusieurs reprises de certains membres de sa famille politique.».

Un autre candidat de la frontière ?

Emmanuel Macron pourrait bien vite être frappé des mêmes faiblesses face à Marine Le Pen. L’ex-ministre de l’économie a beau tenter lui aussi de se faire passer pour « anti-système », il n’est qu’à voir la liste de ses soutiens s’allonger pour se rendre compte de la supercherie. On comprend qu’il tarde à présenter son projet mais il faudra pourtant bien un jour retirer le masque : Emmanuel Macron est bien le candidat estampillé « mondialisation heureuse ». Cela apparaîtrait d’autant plus dans un second tour où il affronterait Marine Le Pen. Aujourd’hui, les sondages annoncent une victoire 63/37 pour le candidat En Marche dans cette hypothèse. A vrai dire, il est improbable, dans le contexte des vents évoqués plus haut en faveur des candidats « de la protection, de la frontière » dans le monde occidental, on aboutisse à une telle différence au bénéfice des candidats « de l’ouverture, de la mondialisation ». L’Histoire récente nous a au contraire montré que la tendance était inverse. En fait, il apparaît de plus en plus que la seule manière de voir battu un « candidat de la frontière » serait de lui opposer un autre « candidat de la frontière ». Trump aurait-il vaincu Bernie Sanders ? Nul ne le saura jamais mais il est certain que les « swing states » de la Rust belt ont été décisifs dans la victoire du nouveau président américain et qu’Hillary Clinton y était sans doute moins bien armée que son concurrent de la primaire démocrate. Qui pourrait être alors ce « Sanders qui réussit » ? Certainement pas Benoît Hamon qui a déjà cédé face au capitalisme californien des GAFA en actant la fin du travail, à travers la création d’un revenu universel. Seul Jean-Luc Mélenchon pourrait éventuellement jouer ce rôle. Certes, il semble aujourd’hui distancé et Benoît Hamon tente de lui mettre la pression. Les quinze prochains jours seront décisifs. Si le candidat de la « France insoumise » parvient à repasser devant celui du PS, un effet de vote utile pourra s’enclencher à partir du mois de mars. Il y aurait alors une probabilité pour qu’il parvienne à s’asseoir sur le deuxième strapontin du second tour. Et alors, à condition d’enfermer dans une pièce Clémentine Autain et tous ses amis, et d’en perdre la clef, Jean-Luc Mélenchon pourrait alors battre Marine Le Pen, au terme de la campagne la plus décoiffante de la démocratie française.

Vive le travail en famille!

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François Fillon Affaire Pénélope Fillon emplois fictifs
François et Pénélope Fillon, Porte de Versailles (Sipa : 00782794_000037)
François Fillon Affaire Pénélope Fillon emplois fictifs
François et Pénélope Fillon, Porte de Versailles (Sipa : 00782794_000037)

La semaine dernière dans Le Figaro, l’éditorial de Paul-Henri du Limbert exhortait la droite à rester unie dans un soutien sans faille à la candidature Fillon. Très bien ! Mais il débute par un couplet de repentance : en engageant sa femme, Fillon aurait mal agi, mais il aurait une excuse, beaucoup en font autant. Citons-le : « le candidat de la droite a agi comme le font depuis 30 ans des centaines de députés ou sénateurs, de droite comme de gauche. Personne ne prétendra que cette facilité fait partie des traditions les plus glorieuses de la Ve République, mais elle existe. »

Eh bien si, quelqu’un estime que cette tradition est excellente : votre serviteur ! Et je suis certain que beaucoup partagent mon point de vue selon lequel des ménages qui sont unis dans le travail comme dans le loisir ont tout lieu d’en être fiers. Car enfin, combien de centaines de milliers de couples s’occupent-ils ensemble d’une exploitation agricole, d’un commerce, d’une activité artisanale, d’un cabinet dentaire ou médical, parce qu’ils sont unis pour le meilleur et pour le pire, et parce que travailler ensemble est à la fois leur choix de vie, éminemment respectable, et une bonne formule sur le plan de l’efficacité ?

La repentance, c’est fini !

Et si le boulanger ou la boulangère emploie son fils ou sa fille, d’abord pour apprendre le métier, puis pour contribuer à accroître les activités de son commerce, doit-il s’excuser, considérer qu’il s’agit d’une erreur à mettre sur le compte d’une tradition en voie d’obsolescence ? Combien de patrons d’entreprises, y compris des grandes et des moyennes, agissent de même, avec la fierté légitime de diriger et de développer une entreprise familiale ?

Aucun homme politique n’a à s’excuser d’employer des collaborateurs familiaux. C’est son choix légitime, et c’est tout à son honneur de s’entendre assez bien avec son conjoint ou son enfant pour pouvoir travailler efficacement avec lui. De plus, lorsque cet homme a une probabilité d’accéder à la présidence de la République, il est bon pour le pays (et pour lui) que la potentielle première dame ne soit pas une oie blanche en matière politique. Que Pénélope la Galloise ait travaillé pour et avec François est un atout pour la France ! La repentance à tort et à travers, ça suffit !

« J’ai décidé d’empêcher la construction de tout HLM en centre-ville »

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Robert Ménard
Robert Ménard

Propos recueillis par Gil Mihaely

Causeur. Quelles sont les caractéristiques du parc HLM de Béziers ?

Robert Ménard. Je suis maire d’une ville qui compte plus de 7 000 logements sociaux. Plus de 90 % sont gérés par l’Office public HLM. Quelques-uns le sont par l’Office HLM du département et le reste par des acteurs privés. Mais il faut le savoir, même si ces logements sont situés sur ma commune, une bonne partie est attribuée par d’autres que la ville. L’État notamment peut décider des bénéficiaires sans que la municipalité n’ait son mot à dire !

A lire aussi >> HLM, la politique contre la ville: des bonnes intentions au séparatisme islamique

En quoi est-ce problématique ?

Si certaines HLM sont dégradées, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont mal entretenues mais, il faut le dire, parce qu’elles sont occupées par des personnes qui ne respectent pas l’espace public, le détruisant avec une régularité de métronome. À Béziers, après la quatorzième réparation d’une aire de jeux située entre plusieurs blocs HLM, j’ai d’abord averti la population que ça ne pouvait pas durer, puis j’ai arrêté de la réparer !

Un autre exemple : je devrais bénéficier d’aides pour remettre en état une cité HLM, dans un autre quartier, près de la gare. Mais je l’ai dit aux responsables de la politique de la ville : repeindre les immeubles, refaire les cages d’escaliers et les ascenseurs, si c’est la même population qui est concentrée là, ça ne réglera rien du tout

Mais vous essayez néanmoins d’améliorer le parc HLM de votre ville ?

Je m’y emploie, avec l’aide notamment de l’Office public, tous les jours ! Mais il faut savoir que personne ou presque ne veut[access capability= »lire_inedits »] résider dans certains quartiers, si ce n’est pour habiter avec des membres de sa propre communauté. À La Devèze, un quartier « sensible » comme on dit, il y a des dizaines d’appartements vides. Certains ont été refaits et nous ne trouvons pas de locataires ! Beaucoup de gens demandent des logements sociaux mais ne veulent pas habiter dans ce quartier difficile.

À Béziers, l’État a dépensé plus de 40 millions d’euros dans le cadre de la politique de la ville — sans parler des contributions des différentes collectivités locales —, une politique qui bénéficie justement aux quartiers où il y a le plus de HLM… et on n’a rien réglé, au contraire ! Le quartier de La Devèze n’a jamais été aussi mono-ethnique ! Encore une fois, dans ces quartiers-là, ce n’est pas en changeant la taille des HLM ou en les repeignant que vous réglerez le problème. Le problème, ce sont certaines personnes qui y habitent et la trop grande concentration de telle ou telle communauté.

Qu’est-ce qui vous empêche de régler le problème ?

Comment voulez-vous que je le règle ? Je ne peux pas obliger les gens à aller vivre où ils ne veulent pas – et je les comprends d’une certaine façon ! Alors, ce que j’essaie de faire, c’est de construire des HLM hors des grandes cités, des petites unités de 30 ou 40 logements. Mais ça ne suffit pas, si l’État m’impose, dans ces petits ensembles de logements, des gens dont on sait qu’ils vont poser des problèmes…

Lors des commissions d’attribution des logements, nous nous interrogeons sur les éventuelles dettes locatives des « candidats ». Mais il faudrait aussi, parallèlement, mener des enquêtes approfondies pour savoir comment ceux qui sollicitent un logement se sont comportés auparavant, bref, s’ils respectent les règles de vie en société.

Je m’attache aussi à privilégier le « haut de gamme » des HLM, pour essayer d’attirer une population plus « paisible ». Aujourd’hui, quand un couple de jeunes instituteurs s’installe dans la ville, il ne pose bien sûr aucun problème de voisinage. Mais il y a un certain nombre de familles dont on sait qu’elles pourrissent la vie des autres ! Nous en sommes arrivés – le communautarisme gagnant sans cesse du terrain – à ce que telles cages d’escaliers soient réservées aux Turcs, telles autres aux Maghrébins et telles autres aux Gitans… Parce qu’on n’arrive pas à faire cohabiter les uns et les autres.

Aussi, soucieux de l’image de ma ville, j’ai décidé d’empêcher la construction de tout HLM en centre-ville. Je n’en veux plus.

Et la politique de la ville ? N’est-ce pas un levier d’action ?

Béziers a bénéficié d’aides dans le cadre de la politique de la ville… mais que signifie au juste « changer l’habitat » ? On me dit qu’il faudrait qu’il y ait des gens qui accèdent à la propriété dans ces quartiers. L’État ne veut plus qu’on construise de logements sociaux dans ces « quartiers prioritaires » (il y en a 200 « d’intérêt national » en France dont deux à Béziers). Mais qui, aujourd’hui, va acheter un appartement à La Devèze ? Personne ! Il y a des années, pour parvenir à la fameuse « mixité sociale », mon prédécesseur a essayé de mettre en vente des appartements à La Devèze. On n’en a jamais vendu un seul ! Parce que ni vous ni moi n’irions y acheter un logement.

Parmi les administrés que je reçois tous les mercredis, un sur trois vient justement pour un logement. Avant même que j’ouvre la bouche, ils me disent : « Voilà, Monsieur le maire, je cherche un logement… Mais pas à La Devèze ! » La seule solution est d’amener du travail, de l’activité dans ces quartiers. Il faut qu’ils cessent d’être des ghettos. Nous ne ménageons pas nos efforts pour y parvenir. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire…

Voilà la réalité, tout le reste, c’est du baratin ! Alors le « vivre ensemble » quand personne ne veut « vivre ensemble », comment voulez-vous faire ? Et cela n’a rien à voir avec des questions de pauvreté comme on veut nous le faire croire ! Mais d’abord et avant tout, cela résulte d’une immigration massive. J’ai passé mon adolescence à La Devèze. Il n’y avait alors aucun souci. Aujourd’hui, c’est devenu un quartier majoritairement musulman où une bonne partie des femmes sont voilées. Vous auriez envie d’y élever vos enfants ? Les élus n’osent pas le dire, mais c’est bien le problème ![/access]

Abécédaire de la France qui ne veut pas mourir

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Affaire « Théo »: indécence pour tous!

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aulnay banlieues theo diallo police
Manifestation anti-policière, Paris, février 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00792962_000002.
aulnay banlieues theo diallo police
Manifestation anti-policière, Paris, février 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00792962_000002.

Que s’est-il passé le 2 février à Aulnay-sous-Bois ? Théo, 22 ans, contrôlé par une patrouille de police qui le soupçonnait de faire le guet pour des trafiquants de drogue, a subi un contrôle d’identité musclé. D’après des images filmées par caméra cité de la Rose des vents, le jeune homme aurait reçu de violents coups de matraque télescopique. La vidéo ainsi qu’un rapport de la police des polices (IGPN) concluent que les forces de l’ordre auraient fait usage de cette arme comme une épée, ce qui est contraire au règlement. Mais une juge d’instruction, contre l’avis du parquet, a retenu une qualification supplémentaire : le viol au moyen de ladite manette, acte sexuel qui n’apparaît pas sur les images. Venu au chevet de la victime, le président François Hollande et son ministre de l’Intérieur promettent de faire toute la lumière sur cette affaire. Quelle que soit la réalité des faits, le contexte politique ne contribue pas à la sérénité de l’enquête : instruits par les émeutes de novembre 2005, provoquées par la mort accidentelle des jeunes Zyed et Bouna cherchant à fuir la police dans un transformateur électrique, l’appareil sécuritaire et juridique craint qu’une requalification des faits ne retenant pas le viol embrase les banlieues…

Justice partisane exigée

La matraque télescopique qui a blessé Théo, ce jeune homme de 22 ans d’Aulnay-sous-bois, se déploie sur toute la France et en heurte le fondement, maniée par des hordes irresponsables, aux intérêts variés, qui ont en commun de n’avoir cure de la chose publique. À l’affût dans les rues comme sur les plateaux, excitées par l’odeur du sang, elles s’en servent pour cogner sur le socle social déjà bien fissuré. Alors même que la lumière est encore loin d’être faite, elles y vont chacune de leur petit coup de Tonfa idéologique, martèlent telle vérité qui les arrange et cherchent à tirer les dividendes de l’affaire. À l’affût, le milieu associatif, toujours prompt à imprimer t-shirts et autres casquettes, organisant des marches blanches et exigeant une justice partisane. À l’affût, les libertaires et les antifascistes trouvant ici un prétexte de plus pour casser du flic à Paris, Lille ou Nantes – où les échauffourées se sont terminées mercredi soir place de la petite-Hollande.

À l’affût, les casseurs prenant immédiatement fait et cause pour un jeune homme censé leur ressembler, dans les communes de Tremblay-en-France, Pierrefitte, Bobigny ou Noisy-le-Grand dont les cités, rivales en tout, deviennent soudainement unies dans la révolte. À l’affût, les journalistes, friands de détails anatomiques scabreux, cherchant à enflammer la banlieue comme en 2005 pour y braquer leurs caméras dans l’espoir d’être relayés par CNN. À l’affût, les anti-racailles compulsifs incapables de distinguer un jeune de banlieue d’un délinquant. À l’affût, la classe artistique, toujours prête à faire étalage de sa bonne conscience, à l’image de la chanteuse Imany, célébrée aux victoires de la musique, se lançant dans un interminable réquisitoire contre la police et les élites, confondues allègrement, et réclamant justice pour Théo et tous les sans-voix qu’elle aurait la très haute responsabilité de représenter.

Canteloup contrit

À l’affût, les nouveaux investisseurs chinois de l’Inter Milan, offrant à Théo une place pour assister à un match parce qu’il portait le maillot du club de foot lombard sur son lit d’hôpital – magnifique aubaine pour un club récemment condamné pour injures raciales et qui profite de la couleur de peau du jeune homme pour clamer son impeccable antiracisme à la face du monde. À l’affût, Rokhaya Diallo, s’empressant de twitter «encore un jeune noir», cherchant à exciter les ressentiments et à américaniser la France un peu plus en rejouant la partition de Malcolm X. À l’affût, Jean-Luc Mélenchon, assimilant la bavure à un acte de torture et de viol, accusations démenties le lendemain par l’IGPN. À l’affût, Yannick Noah, fustigeant « tous ceux qui parlent de la banlieue mais n’y ont jamais mis les pieds » comme si ses origines lui octroyaient une empathie et une expertise supérieures. À l’affût, Nicolas Canteloup, se vautrant dans la vulgarité le mercredi et demandant grâce le jeudi, grondé comme un enfant par la direction d’Europe 1 effrayée à l’idée de réveiller les fureurs du lobby LGBT – « C’est moi qui mérite un bon coup de matraque ! » osa le repenti, dans une ridicule contrition, se flagellant sur la place publique.

Chacun, depuis sa chapelle privative ou communautaire aux allures de camp retranché, cherche à tirer profit d’une guerre des nerfs qu’il alimente. Dans cette foire d’empoigne, il semblerait que le souci de la paix civile soit toujours accessoire. Bien au contraire, au carrefour des France qui ne se connaissent pas et ne cherchent pas à se connaître, les coups pleuvent sans conscience publique. Au milieu de ce tintamarre médiatique, le seul qui ait fait preuve de responsabilité est encore ce jeune homme couché sur son lit d’hôpital, exhortant la banlieue à cesser le combat. Ce jour-là, c’est lui qui était au chevet de François Hollande.

Antisémitisme: appelons les choses par leur nom

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antisemitisme banlieues jacubowicz licra
Nice, 2004. Sipa. Numéro de reportage : 00499043_000002.
antisemitisme banlieues jacubowicz licra
Nice, 2004. Sipa. Numéro de reportage : 00499043_000002.

C’est parce que j’ai pu m’exprimer longuement et posément devant les juges que je ne souhaitais pas prendre part personnellement au débat public suscité par les poursuites judiciaires dont j’ai fait l’objet devant la 17è chambre correctionnelle de Paris le 25 janvier dernier. Mais les deux lettres ouvertes du président de la LICRA (la seconde publiée par le site Causeur) m’y oblige car il y affirme plusieurs contre-vérités.

La Licra… avec le CCIF!

M. Jakubowicz, si vous avez formellement raison, et si je dois en effet ce procès à l’initiative du parquet, l’honnêteté eut été d’ajouter que  ce dernier n’a engagé les poursuites qu’à la suite de la « dénonciation » (c’est le terme juridique en usage) opérée par le CCIF en mars 2016,  cinq mois après les faits. Ignorer le rôle central du CCIF dans ce procès ne peut en rien exonérer de sa responsabilité la LICRA qui a validé sur le fonds la dénonciation du CCIF en se constituant partie civile à ses côtés.

Vous reprenez dans vos deux lettres mes propos tenus à France Culture le 10 octobre 2015. Mais vous en donnez une interprétation si caricaturale qu’elle m’oblige à vous répondre en dépit de ma lassitude.

Comme vous le rappelez,  j’ai pu échanger un an avant le procès avec des membres de la Licra dans le but de clarifier les propos « généralisant » qui m’étaient reprochés. Je leur ai expliqué le contexte dans lequel je les avais formulés et comment ils furent décontextualisés pour m’accuser d’essentialiser de façon raciste en parlant des « familles arabes ». A la demande d’Antoine Spire, membre de votre bureau exécutif, je me suis rendu en effet au siège de la Licra à Paris le 22 janvier 2016. Et j’y ai expliqué le sens de mes paroles sur France Culture. La discussion, en présence  de Boualem Sansal invité comme moi, fut vive et animée, mais toujours courtoise, voire marquée in fine par un climat amical dont peuvent témoigner tous les présents. D’un commun accord, tacite évidemment, avions-nous alors estimé, les uns et les autres, que le différend était aplani.

Smaïn Laacher dans le texte… ou presque

De là ma surprise de voir la Licra se constituer partie civile un an plus tard comme si cette réunion n’avait pas eu lieu.  Comme si l’engagement moral qui en émanait n’avait été qu’un écran de fumée. Votre acharnement, c’est moins moi qu’il a trahi (même si je l’ai été) que les militants organisateurs de la rencontre du 22 janvier 2016.

Le 10 octobre 2015, à France Culture, évoquant la question de l’antisémitisme d’origine arabo-musulmane, je décidai de citer de mémoire les propos du sociologue Smaïn Laacher interrogé dans le film de Georges Benayoun Profs en territoires perdus de la République (inspiré de l’ouvrage dont j’avais été le coordinateur). Je précise : « de mémoire », car j’étais alors certain, mais à tort, de le citer correctement. J’insiste : il n’y avait aucune volonté de ma part de travestir les propos de M.  Laacher, lequel  déclarait dans le film de Benayoun : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique, et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue, une des insultes des parents à leurs enfants, quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de « juifs ». Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique, (…) légitimé, quasi-naturalisé, au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur… Dans ce qu’on appelle les ghettos. Il est même difficile d’y échapper, comme dans l’air qu’on respire… »

Pour ma part, me référant à ces propos qui m’avaient marqué (mais sans avoir sous les yeux le script du film), je déclarai à France Culture : « C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait et personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère… » De cet antisémitisme dont M. Laacher disait qu’il était « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […] légitimé, quasi-naturalisé », je disais, moi,  qu’il était tété « avec le lait de la mère ». Ce lait maternel qui est la première chose,  pour reprendre les termes du sociologue, qui soit « quasi naturellement déposé sur la langue » (sic). Si la phrase que j’ai prononcée ne traduisait pas exactement le propos de Smaïn Laacher, leur contenu, leur sens était exactement le même.

L’antisémitisme en héritage… culturel !

Comme il faut rappeler aussi concernant cet antisémitisme arabo-musulman, cette métaphore relative à sa transmission par le lait maternel que j’avais lue maintes et maintes fois en préparant mon livre Juifs en pays arabes (Tallandier, 2012) : le journaliste marocain Saïd Ghallab, dans un texte intitulé « Les Juifs vont en enfer » (publié en 1965 dans la revue Les Temps modernes), écrivait en effet : « C’est avec ce lait haineux que nous avons grandi ».

Il n’est nullement question ici d’essentialisation mais bien de transmission. Il n’est nullement question ici d’être mais de culture. Pour autant mes propos furent interprétés de telle façon que certains tentèrent d’accréditer l’idée, sur Internet et les réseaux sociaux, que j’avançais la thèse d’un antisémitisme contenu dans les gènes ou dans le sang. Dans un souci de se démarquer du personnage sulfureux que j’étais devenu, M. Smaïn Laacher alla jusqu’à parler d’« ignominie » (sic) pour avoir déclaré que l’antisémitisme se transmettait « par le sang » (sic). Une diffamation pure quand je n’ai jamais prononcé ce mot ni rien pensé de tel.

Vous rappelez la formule des « deux peuples ». Il est question ce disant de comportements qui interrogent l’unité d’une nation. Parler de « deux peuples », c’était faire référence aux minutes de silence non respectées après les assassinats de Mohamed Merah, référence aux  très nombreux « Je ne suis pas Charlie », référence d’une manière plus générale à un islam radical et politique dont la pratique et les préceptes poussent à la sécession d’avec le reste de la communauté nationale. Il n’est nullement question dans mon esprit de « races » ou pour dire les choses plus trivialement d’opposer les « Arabes » aux « Français de souche ».

Vous-même, M. Jakubowicz,  évoquez à propos de l’antisémitisme arabe, mais en me l’imputant, une « réalité biologique atavique » voire un « antisémitisme de naissance ». J’ai du mal à croire qu’un avocat qui se targue aussi d’être un homme de culture puisse  ignorer les subtilités de la langue jusqu’à confondre  l’antisémitisme « tété avec le lait de la mère », c’est-à-dire transmis par l’éducation, avec le sang, cette réalité biologique, inaltérable, inamendable et figée. La métaphore du « lait maternel » appartient de longue date à la langue française, elle désigne ce qui se transmet culturellement (et non biologiquement) dans les familles, de génération en génération.

Rhétorique stalinienne

 » Vos propos servent  la surenchère extrémiste » écrivez-vous : comment  cacher mon désappointement de lire cet argument de rhétorique stalinienne qui consiste à stigmatiser son adversaire en l’accusant de « faire le jeu de ». C’était déjà ce que dénonçait George Orwell dans les années 30  à propos de ses camarades socialistes anglais, comme à propos de ce dont il avait été le témoin dans les Brigades internationales de la guerre civile espagnole. J’ai l’impression à vous lire, M. Jakubowicz, de réentendre la vieille rhétorique communiste des années 50 : «Faire le jeu de l’impérialisme américain» ou « le jeu de la bourgeoisie française », etc.  De retrouver aussi les amalgames de l’âge d’or du stalinisme en laissant entendre que Louis Aliot, du FN, m’aurait exprimé son soutien. Ce que j’ignorais. Mais peu importe : me voici donc estampillé FN,  ce qui confirme le côté « nauséabond » de mes propos. Procéder par amalgames, telle était la logique des procès de Moscou.

Ce qui « fait le jeu de » l’extrémisme en France, aujourd’hui, M. Jakubowicz, ce qui nourrit les chances d’un parti populiste d’arriver au pouvoir, c’est  d’abord le déni de réalité, la stratégie suicidaire de l’aveuglement et du silence. C’est la stratégie des « trois singes », ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre, qui ne sont pas ici ceux de la sagesse mais de la démission. Mais ce sont aussi vos mots et votre antiracisme à géométrie variable quand on  s’interroge en vain sur les poursuites  engagées contre le Parti des Indigènes de la République, contre Houria Bouteldja en particulier, l’auteur du pamphlet paru l’an dernier,  Les Blancs, les  Juifs et nous (éd. La Fabrique).  Vous êtes-vous constitué partie civile contre le « camp d’été décolonial » de l’été 2016 ? Contre les forums interdits à la « parole blanche » organisés au  sein de l’université Paris 8 (où enseigne Mme Guénif, témoin à charge au procès du 25 janvier) ?

Ce 25 janvier,  votre acharnement à distance contre moi vous aura poussé à asseoir votre association sur le même banc que celui de l’idéologue des Indigènes de la République, celle qui aura doctement expliqué à un tribunal dubitatif que dans la langue arabe aujourd’hui, les insultes à l’endroit des Juifs, monnaie courante comme l’on sait, sont des « expressions figées » (sic) ayant perdu tout caractère insultant. Qu’elles n’ont, pour tout dire, plus de sens. Qu’autrement dit, aujourd’hui, en arabe, « Mort aux Juifs » ne signifie pas « Mort aux Juifs ». Le père de Jonathan Sandler, grand-père également de deux des trois petits enfants assassinés par Mohamed Merah à Toulouse, appréciera.

Vous pouvez laisser croire dans votre « Lettre ouverte » que vous combattez les idées et les méthodes du CCIF, mais en l’occurrence vous lui avez  servi de caution morale antiraciste,  vous l’avez encouragé dans sa stratégie de légitimation d’un combat identitaire, communautariste et antidémocratique.

Car c’est bien ainsi que le CCIF exploite cet événement auprès de son public, et c’est ce qui compte pour les militants et amis de la Licra qui refusent d’être tenus pour des alliés de l’islam politique et s’insurgent de voir leur association impliquée dans un tel procès.

Le grand inquisiteur

Vous prétendez qu’à l’issue des débats, j’aurais trié le bon grain de l’ivraie en « faisant la part des choses entre les parties civiles ». Vous étiez absent et on vous aura bien mal renseigné : je n’ai rien fait de tel s’il s’agissait d’examiner combien toutes les parties présentes étaient motivées par la même volonté de déformer mes propos, en transformant l’antisémitisme culturel massif des sociétés arabes en un fait biologique. En dénaturant mes mots à dessein d’en faire l’expression du racisme le plus vulgaire.

« Présenter des excuses », dites-vous. Mais à qui ? Êtes-vous le représentant des « familles arabes » qui auraient pu se sentir insultées par mes propos ?  M’excuser auprès de vous pour obtenir un sauf conduit et échapper au triste sort qu’apparemment je méritais ? Mais qui êtes-vous, M. Jakubowicz, pour vous draper dans la posture du Grand Prêtre doté du pouvoir de dire le bien et le mal ?

Sous l’effet d’une campagne délirante de calomnies, à partir d’une phrase qui était une citation (et dont je persiste à dire que je n’en ai pas altéré l’esprit), j’aurais assigné toute une population à une essence antisémite, quasi-génétique pour dire les choses crûment. De là va naître une « affaire Bensoussan » bâtie de bric et de broc, d’approximations et de mensonges, et de l’« affaire » un personnage fantasmatique, en particulier sur la toile, cet espace infini où la rumeur et la calomnie sont reines.

Je ne vous demande nullement d’être d’accord avec ce que je peux dire ou écrire, prises de position et déclarations, qui ne peuvent manquer d’être soumises à la critique aussi virulente soit-elle. Ce que je ne peux accepter en revanche, c’est d’être cloué au pilori pour  des intentions ou des pensées que l’on m’attribue et qui n’ont jamais été les miennes.  Sortir les mots d’un contexte donné, c’est prendre le risque d’entrer dans une logique inquisitoriale dont Richelieu, en son temps, s’était fait l’écho : « Donnez-moi six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre ».

Une France soumise - Les voix du refus

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Sous les pavés, le «Prince»

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Aurélien Bellanger
Nicolas Sarkozy, 2012
Aurélien Bellanger "Le Grand Paris" Nicolas Sarkozy Roman
Nicolas Sarkozy, Paris, 2012 (Sipa : AP21979277_000017)

Après La Théorie de l’information (2012) et L’Aménagement du territoire (2014), Aurélien Bellanger publie Le Grand Paris. Ce jeune écrivain est entré en littérature en 2010 avec un essai consacré à Houellebecq, écrivain romantique, chez Léo Scheer. Lors de la parution de son premier roman, la presse a d’ailleurs débattu de l’influence de Houellebecq dont le style ainsi que l’érudition foisonnante ont pu être assimilés à une écriture de type wikipédia. Tout cela est vrai et se retrouve dans Le Grand Paris, comme une marque de fabrique ou une musique propres à l’écrivain. Le narrateur s’appelle Alexandre Belgrand. Né dans l’Ouest parisien, étudiant dans une école de commerce renommée où l’essentiel de l’apprentissage consiste en beuveries, orgies, et découverte d’une espèce froide du sentiment amoureux, il est néanmoins intéressé, happé même, par la personnalité de l’un de ses professeurs, Machelin, anthropologue de renom et « néo-réac » ayant quitté la gauche pour rejoindre un homme politique destiné à un destin national : « Le Prince », autrement dit Nicolas Sarkozy.

Sarko prend le métro

Machelin initie littéralement Belgrand à l’importance de l’architecture et de l’urbanisme en politique, le pousse à faire une thèse, et le conduit dans le premier cercle du futur président de la République. Il est de la dream team qui permet à Sarkozy de gagner les élections, et l’on croise nombre de visages évocateurs, rappelant plus ou moins des personnalités connues. Membre du cabinet du Prince, le narrateur est chargé de développer ce qui restera le projet et la marque politique la plus importante du quinquennat : Le Grand Paris Express, « un métro automatique de presque 150 kilomètres qui formerait une sorte de 8, le symbole de l’infini, autour de Paris ». Les divers présidents cherchent à laisser une trace dans l’urbanisme. Ici, il s’agit de réunir l’Est et l’Ouest parisien, d’unifier les nombreuses communes et les différents départements en une métropole unique. En un mot, de redonner à Paris sa grandeur perdue dans les méandres de la Modernité. Mais Aurélien Bellanger n’est pas un écrivain antimoderne, simplement l’écrivain/narrateur de l’époque qu’il traverse en la regardant.


Aurélien Bellanger : « Le 93 est l’une des plus… par Europe1fr

Alexandre Belgrand est ainsi plongé au cœur du pouvoir politique, il en est même l’un des acteurs principaux, jusqu’à sa disgrâce aussi rapide que le fut son ascension, menant une vie bling bling dans l’intimité des proches du président. Et l’on éclate de rire quand Bellanger décrit froidement la sémantique de la parole du Prince, transcrivant certaines de ses interventions sur les plateaux de télévision. Lisant les mots du Prince, c’est le son de la voix de l’ancien président de la République qui s’impose à nous. Et ce son est comique. Le Grand Paris est une chronique de cette époque, autant politique qu’urbanistique.

Situationnisme et Biopolitique à la table du Fouquet’s

Les 400 pages sont centrées principalement sur Paris, son urbanisme, les événements de la période, entre émeutes de 2005, Fouquet’s, exercice du pouvoir et imprégnation de notre quotidien politique par la question de l’islam. Au fil du récit, on croise le situationnisme, sa dérive et sa psycho-géographie, la figure de Foucault, entre deux mots sur Kant, Sartre, Le Corbusier ou Debord. On boit beaucoup dans ce roman, trop, et l’humour n’est pas absent. Que l’on se rassure, même s’il appartient à une génération ayant grandi avec internet, par ailleurs univers de son premier roman, Le Grand Paris d’Aurélien Bellanger enchantera sans aucun doute nombre de lecteurs parisiens, et d’autres qui reconnaîtront des tranches de leurs propres vies.

Aurélien Bellanger, Le Grand Paris, Gallimard.

Le Grand Paris

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L'aménagement du territoire

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La théorie de l'information

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Houellebecq, écrivain romantique

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Astrid Manfredi récidive

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Astrid Manfredi
Edward Hopper "Summer interior" (Wikipédia)
Astrid Manfredi "Havre nuit" "La petite Barbare" Hopper

Elle avait sorti son premier roman, La petite barbare, comme on tape du poing sur la table. Il n’était pas passé inaperçu, c’est le moins que l’on puisse dire. Astrid Manfredi avait décidé de raconter le destin sombre de celle qui fut surnommée « l’appât du gang des barbares » et qui avait eu une liaison avec le Directeur de la prison durant son incarcération. Ce dernier perdit son emploi et se retrouva à son tour derrière les barreaux. Ce fut le point d’ancrage pour l’écriture de ce roman et son désir de brosser le portrait d’une jeune femme blessée, née au mauvais endroit, tombée trop tôt du nid, et qui s’était retrouvée projetée dans la capitale des lumières sans avoir eu accès aux valeurs humanistes et à l’éducation. Une éducation qu’elle découvrirait durant son incarcération grâce à la lecture, et notamment grâce à la découverte d’un texte essentiel L’amant de Marguerite Duras. L’écriture efficace d’Astrid Manfredi l’avait d’emblée imposée comme une excellente romancière. Il y avait même un peu de la « méthode » Truman Capote dans sa façon distanciée de raconter un fait divers. Un roman-vrai dans la veine du best-seller De sang froid  vendu à plus de huit millions d’exemplaires.

Spleen et Idéal

Pendant que l’astronaute français Thomas Pesquet flotte dans l’espace, dans son scaphandre blanc, gestes lents, presque irréels, pour moderniser le système d’alimentation électrique de la station ISS, Astrid Manfredi nous plonge dans une histoire où les personnages ont les pieds sur le bitume. Ils en bavent dans la France des déclassés, des fracturés, des névrosés. D’un côté, on rêve, c’est l’idéal baudelairien que seuls quelques élus atteignent ; de l’autre, c’est le spleen où la masse patauge, survit, en ne croyant plus à rien. La famille est un nid de frelons, les enfants braillent, les hommes sont violents et lourds, ils picolent, sniffent, trafiquent. Les beaux gosses profitent de leur beauté pour séduire les filles qui peinent à se faire une petite place sous un ciel pollué.

Les bourgeois sont confits dans leurs principes de classe. Ils sont arrogants ; ils ne vivent pas, ils écrasent. Paris ne fait plus bander. Ses lumières ressemblent à des néons d’enseignes d’hypermarchés. C’est une ville de losers, ils sont persuadés que le monde tourne autour de leurs certitudes de bobos en baskets. Surtout, ils ferment les yeux, car du côté du périph, il y a la misère qui déambule sur des trottoirs aussi sales que les artères de Calcutta. Il y a des putes, de la dope, des MST, des « chinoises évadées de la machine à coudre ». Parfois le soleil vient mettre un peu de poésie. C’est gratuit, ça ne fait pas de mal, tout le monde s’en fout. Il faut bouffer. C’est la déréliction absolue. La grâce s’est tirée sans dire un mot, peut-être nichée dans le scaphandre blanc qui photographie la terre en se marrant. Car c’est marrant de voir tous ces agités qui courent pour oublier qu’ils vont crever un jour.

La Comédie humaine

Ce deuxième roman, comme le premier, mais en plus dégraissé, plus âpre encore, est servi par un style qui griffe, écorche, fait saigner les faux bons sentiments sortis tout droit de la boite d’anxiolytiques. Immédiatement l’intrigue se met en place. Le lecteur n’a pas le temps de gamberger, Manfredi ouvre le rideau sur la perpétuelle comédie humaine, il y de l’alcool, des mensonges, davantage de dope, les illusions ne sont pas perdues, elles n’existent plus, les noms ont des consonances étrangères, le décor est bétonné, la nature est un vaste jardin en friche, la ville du Havre est le témoin privilégié de ce puzzle habilement construit, et finalement, on constate que la Manche est de plus en plus vieille. Le havre de paix n’existe plus, il a été remplacé par la nuit sans limites.

Manfredi a écrit un polar. Il y a un serial killer, trois filles mortes par un mec en blouson de cuir dont le regard ne s’oublie pas. Il y a une femme flic. Son destin est celui d’une Phèdre moderne paumée dans un commissariat qui pue la misogynie. Mais c’est un alibi pour montrer la feuille de température de notre époque, si basse époque. Le sang noir irrigue les chapitres très courts. C’est sans concession. Manfredi ne triche pas avec la littérature, la vraie, celle qui oblige à poser sa peau sur la table. Et puis il y a la narratrice, une étudiante, qui a pris un homme en auto-stop, sur une aire d’autoroute, un 31 décembre. Ça commence plutôt mal. Jamais très fun, ces fêtes imposées par le calendrier social. Elle va raconter, à sa manière, en employant le « tu ». Compliqué d’utiliser ce point de vue. Manfredi a osé. Elle a eu raison. Ça tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière image inoubliable.

Et puis, pour conclure, Manfredi parle, à propos de Cendrillon, « de pantoufles de vair ». Elle donne donc raison à Balzac contre Perrault qui écrit des « pantoufles de verre. » Balzac, évidemment.

Astrid Manfredi, Havre nuit, Belfond, février 2017.

Havre nuit

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Affaire Théo: lettre ouverte à Luc Poignant

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luc poignan theo police aulnay
Luc Poignant dans "C dans l'air", 9.02.2017
luc poignan theo police aulnay
Luc Poignant dans "C dans l'air", 9.02.2017

Cher Luc,

C’est en lisant un mail envoyé par mon rédacteur en chef hier au soir que j’ai compris que tu venais de faire, par une erreur de langage, une gaffe qui allait te valoir des ennuis. Dans ce mail, il y avait une vidéo de l’émission « C dans l’air » dans laquelle tu étais invité à t’exprimer en tant que syndicaliste policier.

Au cours de cette émission, tu as prononcé une phrase malheureuse décrivant un dialogue entre une personne interpellée et un policier qui allait te coûter dans les médias et sur les réseaux sociaux injures, quolibets, mots de haine, menaces sur tes enfants et même appel au meurtre pour toi alors que tu n’en méritais pas tant, sauf à vouloir rétablir la peine de mort pour abus de langage…

Voici l’échange,au sujet des insultes entre jeunes et policiers avec la journaliste Caroline Roux, qui te vaut aujourd’hui d’être voué aux gémonies: « Le mots ‘bamboula’, d’accord, ça ne doit pas se dire, etc… Mais ça reste encore à peu près convenable. – Non, te répond-elle. – Bah, ‘enculé de flic’ c’est pas convenable non plus. – Non, dans les deux sens ce n’est pas convenable. –Non mais voilà mais oui mais d’accord mais c’est la conversation qu’il y a entre les deux, c’est ça le problème. » Sur le plateau personne n’a réagi, ce qui s’explique par ton explication : «c’est la conversation qu’il y a entre les deux, c’est ça le problème ».

Malheureusement, sur les réseaux sociaux la mèche était allumée causant un incendie incontrôlable, tout le monde te tombant dessus avec, cerise sur le gâteau, Christiane Taubira twittant : « On casse d’abord du bamboula puis du bougnoule puis du jeune puis du travailleur puis du tout venant ». J’aurais aimé de la part d’une ex-Garde des Sceaux un tweet aussi indigné lorsqu’un groupe de rap éructait : « 24 heures par jour et 7 jours par semaine/ J’ai envie de dégainer sur des f.a.c.e.s. d.e. c.r.a.i.e. » mais à priori le mot « bamboula » que tu n’as pas prononcé mais juste répété, choque plus Christiane Taubira que l’expression tout aussi raciste de « face de craie »…

Je sais à quel point tu es blessé, meurtri et au fond du sac depuis hier au soir. Je sais, pour assez bien te connaître, que tu es l’antithèse d’une personne intolérante et a fortiori raciste.

Je sais que les tribunaux médiatiques ont calqué leurs méthodes sur les tribunaux staliniens et que les réseaux sociaux fonctionnent comme fonctionnaient les passages au bûcher sous l’Inquisition. A cette époque, on amenait les coupables de blasphème sur leur lieu de supplice entourés d’hommes cagoulés pour qu’on ne les reconnaisse pas comme aujourd’hui on exécute en silence sur les réseaux sociaux sous l’anonymat d’un pseudonyme, les Torquemada de la toile ne valant pas mieux que les exécuteurs des hautes œuvres de l’original.

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Ainsi parla Jésus au sujet de la femme adultère que d’aucuns voulaient lapider.

Je ne veux pas te comparer à la femme adultère mais je tiens à rappeler que toute femme ou toute homme dans sa vie, surtout dans le stress du passage sur un plateau de télévision ou dans un studio de radio, peut un jour avoir la langue qui fourche, dire une connerie ou voir ses propos mal interprétés.

Tu es un syndicaliste de la police connu et reconnu et j’aurais aimé que ceux qui hurlent aujourd’hui à la mort contre toi fassent de même lorsque des rappeurs traitaient la France de « pays de kouffars », appelaient à « niquer la police », chantaient « Où sont les condés? On va les dompter. Combien de décédés? On peut plus compter » ou encore « pissaient sur la justice et sur la mère du commissaire ». On ne les a pas entendus à ce moment là pourtant les mots étaient calibrés, écrits, relus et interprétés de sorte qu’on ne pouvait pas plaider pour eux l’abus de langage. Pourtant on est tous heureux de t’avoir toi et tes collègues comme les gendarmes et les militaires pour nous protéger, notamment du terrorisme. Même Renaud s’est mis à embrasser un flic ces derniers mois, c’est tout dire…

Le petit fils de commandant de police qui t’écrit cette lettre ouverte espérait que dans la « maison », comme disait mon grand père, il y aurait de la solidarité au moins entre syndicalistes. Même pas puisque le patron d’un autre syndicat a cru bon d’en remettre des louches pour te jeter aux chiens, preuve que tout se perd, y compris chez les « Bleus ».

Sache en tout cas que je compatis à ce que tu vis depuis jeudi soir et que tu ne mérites absolument pas le sort qui t’est réservé. C’est pourquoi j’ai écrit cette lettre ouverte à un homme à terre qui, je l’espère, va très vite se relever. Pour conclure cette lettre, et comme Renaud, permets-moi de t’embrasser, cher flic…