Je n’arrive pas à trancher mon avis sur l’affaire Fillon. Autour de moi, ceux qui lui pardonnent sont au cœur de sa cible sociologique, des médecins dans des demeures bourgeoises pour qui le mal français, c’est la providence parce que l’impôt. Ceux qui l’enfoncent sont plus modestes, enfin c’est leur patrimoine qui est plus modeste parce que leur prétention à l’intégrité semble être sans limites.  Chez ceux-là, le problème de la France ce sont les riches qui s’enrichissent et pas eux. A ma droite, les petits arrangements et à ma gauche, les gros ressentiments. Entre les deux mon cœur ne balance même pas et il ne me gène pas de ne pas savoir ce que j’en pense, Fillon n’était de toutes façons pas mon candidat, politiquement parlant. Vouloir réduire sérieusement l’immigration sans promettre qu’on enverra paître l’Europe, ça sent l’arnaque et on m’a déjà fait le coup en 2007. Et vouloir être libre échangiste à l’heure du Brexit, je ne comprends pas bien. J’aime la droite quand elle est « en retard » sur le mariage gay, le shit en vente libre ou les salles de shoot, pas sur l’idée d’un retour à la nation.

Sa morale et la mienne

Moralement parlant, je m’en fous, ça ne me regarde pas. Je ne suis pas très porté sur la morale, surtout en politique où je me méfie de la vertu comme de la peste. Aux œuvres complètes de Robespierre ou d’Edwy Plenel, je préfèrerai toujours cette blague que répétait mon père : »La politique c’est comme les andouillettes, ça doit sentir un peu la merde mais pas trop ». Ces jours-ci on entend Maurice Szafran répéter à la télé que dans d’autres pays, Fillon aurait été disqualifié d’emblée pour moins que ça. Nous faut-il donc pour être modernes, nous évertuer à devenir suédois ? Voilà le genre de spécificités qui me rendent fier d’être Français. Et pourtant j’ai peine à croire que le redressement dont la France a besoin puisse venir d’un type qui aime l’argent. Certes, ce n’est pas condamnable, mais c’est pire, c’est minable. Surtout qu’on imagine sans peine à quoi ont servi ces salaires. A rien ou presque, à acheter des conneries, j’en ai peur. Je le revois dans son entretien télévisé avec Karine Le Marchand, jouant avec sa tablette et son drone ou confiant qu’il aimait passer du temps sur son tracteur à tondre le gazon de son domaine. C’est son droit me direz-vous ? Bien sûr mais le rôle, le devoir de la bourgeoisie n’est-il pas de conserver, de défendre et de transmettre le patrimoine culturel Français et européen, l’héritage de l’occident judéo-chrétien ? Alors avec ses jouets et sa tondeuse, j’ai du mal à le voir taillé pour le job.

Le malheureux semble mal barré

Risquer de passer à coté de la fonction suprême et voir sa carrière finir ensablée parce qu’on aura mis de l’argent de coté, ça manque cruellement d’allure. Au moins, il restera à Strauss-Kahn de bons souvenirs. Le malheureux Fillon semble en effet mal barré, même son électorat de notaires et de notables semble le laisser tomber. Alors si j’étais moi-même assez cynique et corrompu pour être conseiller en communication, je lui dirais de tenter le tout pour le tout en confiant face caméra à la France entière qu’il n’est pas celui qu’on croit, que le manoir et la tondeuse autotractée n’étaient qu’une couverture façon père tranquille, destinée à s’assurer le vote du plouc de la classe moyenne supérieure et à dissimuler une activité totalement inavouable, et qu’il n’est pas la droite du fric pour rien…  Parce que les sommes patiemment récoltées servaient à financer un groupe paramilitaire secret, dans l’esprit du GAL, missionné pour dégommer des djihadistes, musulmans de souche ou fraîchement convertis![1. Afin de les déradicaliser définitivement pour nous épargner le spectacle désespérant de ses amis politiques pinaillant sur ce que le statut de ces Français-malgré-nous nous permettait de faire d’eux au regard du droit international et sous l’œil de la Cour de justice de l’Union européenne, comme ils l’ont fait au moment du débat sur la déchéance de la nationalité.].

Parce que je les entends déjà, les Retailleau et les Courson, étaler leurs scrupules à l’assemblée et leurs états d’âme en état de droit, quand viendra se poser la question du retour des bébés Daech. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres parce qu’elles ne manquent pas ces missions que l’intérêt supérieur de la nation exige mais que la loi condamne et que la morale réprouve. Voici donc ce que je conseillerais à Fillon parce que son véritable handicap dans cette campagne, c’est d’abord et surtout d’être incapable de s’affranchir des manières de cette droite couilles molles et bon teint qui ne fait jamais le boulot pour lequel elle a été payée de nos voix, et parce qu’une petite vérité tardive et décevante est moins porteuse qu’un gros bobard qui nous donnerait sur ses motivations et sur ses aptitudes dans l’action, de l’espoir.

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Cyril Bennasar
est menuisier.