De quoi Macron est-il le nom ? La question se pose à nouveau après ses récents propos polémiques. Pour avoir taxé, lors d’un voyage en Algérie, la colonisation française de « crime contre l’humanité », le leader d’En marche ! a suscité la colère des pieds-noirs et, au-delà, de la grande majorité de la droite. Pour avoir regretté que les opposants au mariage pour tous aient été « humiliés » par François Hollande et les socialistes, il a choqué la communauté gay et, au-delà, la grande majorité de la gauche. À moins de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, Macron semble illustrer quotidiennement l’adage selon lequel on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Ses opposants pavoisent. Ses partisans s’interrogent. François Fillon peut souffler : il n’est plus le seul présidentiable à alimenter la chronique.

« Il est urgent de réconcilier les France »

Il faut toujours juger les leaders politiques à l’aune de leur credo. Macron a maintes fois réaffirmé le sien : « Il est urgent de réconcilier les France » : la gauche et la droite, les gagnants et les perdants de la mondialisation, les élites et le peuple. Dans cette optique, la formule beaucoup trop lapidaire qu’il a utilisée à propos de la colonisation française est incontestablement une faute : on ne réconcilie pas en stigmatisant.

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Quand l’ex-ministre de l’Économie adresse un signe de respect à la France tradi, il est dans sa ligne. Quand il étrille les rapatriés, il se tire une balle dans le pied. Faut-il dès lors ne voir dans l’impromptu d’Alger qu’un clin d’œil grossier à la communauté musulmane ? Cette communauté, rappelons-le, a désormais un poids électoral non négligeable: en 2012, c’est elle qui a fait pencher la balance en faveur de François Hollande. Sans son soutien massif au candidat socialiste (plus de 90 % de ses suffrages), Nicolas Sarkozy aurait été réélu…

Les hommes politiques ont en commun d’être à la fois roués et sincères. Macron visait sans doute à Alger le vote beur mais, au-delà, il a la volonté d’aborder les sujets qui fâchent, ceux qui déchaînent les passions, comme la relation France-Algérie. Car la « réconciliation des France » passe, notamment, par la réconciliation de la France et de l’Algérie. Dans son dernier livre[1. La Cause du peuple, éditions Perrin.], Patrick Buisson affirme justement que « la guerre d’Algérie n’est pas terminée ». Cette plaie mal refermée est, avec la question de l’islam, au cœur du malaise entre les « de souche » et