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Au royaume de Hollande, pas si loin de chez nous, on ne veut plus transiger avec la démocratie et la souveraineté nationale.

Ingérences multiples

Il se trouve que les provocations verbales du clan Erdogan hérissent depuis peu l’Europe du nord. L’internement de plusieurs journalistes turcs a fait sortir de leur réserve les diplomaties occidentales les moins lâches. Angela Merkel a eu le toupet de regretter que « plus de 100 journalistes sont emprisonnés » en Turquie, et elle a demandé la libération de Deniz Yücel, le correspondant du quotidien Die Welt en Turquie. Ses électeurs s’agacent de cette campagne de l’étranger, menée au nom d’un parti islamiste qui bafoue chaque jour les principes élémentaires de l’Etat de droit. Le 7 mars, le meeting de Hambourg était annulé. C’est depuis le balcon de la résidence du consul général de Turquie que M. Cavusoglu a déploré que « l’Allemagne ne devrait pas intervenir dans nos élections! ». Les Turcs s’y connaissent en droit d’ingérence…

L’Autriche, la Suisse, l’Allemagne, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas ont tour à tour pris des mesures pour interdire des rassemblements pro-AKP. Le nettoyage politique de la population kurde et le combat à double tranchant de l’armée turque en Syrie ont fini par gêner les partis conservateurs qui briguent une réélection en Allemagne et aux Pays-Bas.

Metz plutôt que Rotterdam

L’avion du ministre turc des Affaires étrangères n’a donc pas pu se poser à Rotterdam où il comptait mobiliser ses soutiens. Mevlut Cavusoglu, le ministre des Affaires étrangères, a bien essayé d’atterrir de force à Rotterdam où le maire de la ville, Ahmed Aboutaleb acceptait de l’accueillir. Mais le gouvernement de Mark Rutte a maintenu qu’il n’était pas le bienvenu. Sa venue faisait courir un risque de trouble à l’ordre public. La diaspora kurde et arménienne mais aussi des militants des droits de l’homme avaient l’intention de manifester leur mécontentement. C’est donc à Metz que le représentant de l’AKP  a pu tenir son meeting en toute tranquillité. Les femmes voilées d’un côté et les hommes barbus de l’autre, comme à Strasbourg il y a quelques mois. Et Jean-Marc Ayrault d’appeler les parties à « l’apaisement ».

Le régime de Recep Tayyip Erdogan est en campagne plébiscitaire pour se donner toujours plus de pouvoir. La réforme constitutionnelle, taillée sur mesure pour le néo-sultan d’Ankara, cherche des militants dans ses bastions électoraux: la diaspora d’Europe occidentale. Il s’agit d’étouffer les dernières velléités d’opposition et de donner au Président Erdogan les quasi-pleins pouvoirs. Ces millions d’admirateurs du Président turc résident sur notre continent mais vivent comme en Turquie. Ils soutiennent le leader turc et veulent faire campagne à Strasbourg, à Rotterdam et à Hambourg. Chez nous, l’AKP est chez lui. Un militant turc de Rotterdam menaçait vendredi soir: « nous sommes 250 000 turcs ici et nous sommes tous des soldats ottomans! »

Erdogan voit des nazis partout

Les réticences européennes ont entraîné la fureur de Recep Tayyip Erdogan. Lequel a riposté avec des facilités oratoires bien de chez nous: les Pays-Bas sont des «vestiges nazis, fascistes» a-t-il simplement répondu. Erdogan, qui semble bien connaître l’histoire de l’Empire ottoman, est moins à l’aise avec l’histoire de la République turque. Aurait-il oublié que la Turquie avait signé en 1941 un pacte de non-agression avec Hitler ? Pacte qui ne fut rompu qu’en 1945, alors que le régime nazi s’effondrait. Que fit la Turquie quand la Hollande fut envahie avec la France par les panzer de la Wehrmacht? C’est une question qu’il faudrait poser à M. Erdogan. Tandis que la famille royale s’exilait à Londres, l’armée hollandaise résistait courageusement avant de subir quatre années d’occupation nazie sous la férule du Reichskommissar Arthur Seyss-Inquart.

Les grands rassemblements de masse qui couvrent les meetings turcs de drapeaux rouges au croissant et à l’étoile blanche rappellent de douloureux souvenirs aux Néerlandais. On a souvent complaisamment qualifié le régime AKP d' »islamo-conservateur ». On s’est trompé, le parti d’Erdogan est dans une dérive fascisante qu’il serait bon de dénoncer ouvertement. Et pas qu’en Hollande.

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Expert en géo-stratégie, sécurité et défenseAncien élève de l’École spéciale militaire de St-Cyr puis de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d’un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d’Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l’Égypte, réalisé au Centre d’Études ...