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18 juin 2017: le Premier ministre Bayrou démissionne

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François Bayrou descend les marches du palais de l'Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106

>> A lire aussi: Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose (1/3)

>> A lire aussi:  Macron président? Sarko contre-attaque! (2/3)

Mardi 9 mai, 10h44, Mairie de Pau

François Bayrou posa son téléphone mobile sur le bureau de maire de Pau, dont il savait qu’il allait bientôt le quitter. Il venait d’accepter la proposition du nouveau président élu de devenir Premier ministre. Certes, si on comparait le score obtenu par Emmanuel Macron lors de ce second tour avec les précédents duels de la Ve République, il pouvait être considéré comme aussi bien élu que François Mitterrand en 1988 (154%). Mais compte tenu de son adversaire et des prévisions des instituts de sondages, qui le donnaient tous vainqueurs le 23 avril au soir avec un minimum de 60%, le nouveau chef d’Etat était conscient d’avoir réalisé une contre-performance. François Bayrou était d’accord avec son allié sur l’idée de nommer Christine Lagarde à Matignon. Mais ce matin-là, Emmanuel Macron avait enregistré le refus de la directrice du FMI, qui préférait rester sur les rives du Potomac, plutôt que de s’engager dans une périlleuse batailles des législatives, qui plus est face à celui qui l’avait nommée ministre des Finances puis lui avait obtenu le poste qu’elle détenait à Washington. Emmanuel Macron pouvant difficilement nommer un membre du PS à Matignon, et compte tenu du fait que Juppé et NKM ne bougeraient pas, François Bayrou était le seul homme à être taillé pour le poste. Et il ne pouvait pas refuser cette mission. C’était à lui de livrer la bataille contre Sarkozy, son adversaire de toujours, au service du nouveau président. Il n’était même plus question de négocier les sièges du Modem, ni de coalition. Il était devenu de facto le général du futur parti du président.

*

Jeudi 11 mai, 16h03, Le Carré, Nanterre

Marion Maréchal-Le Pen n’avait pas pu apprendre le maniement des armes, sa demande d’intégration à la réserve citoyenne ayant été refusée. Mais ce jour-là, elle était partie à la chasse. La chasse au Philippot. Pour elle, le temps était venu. Il fallait en finir avec son adversaire au sein du FN, responsable, selon elle, de la défaite du parti à la présidentielle, et de l’occasion manquée de faire exploser la droite entre les deux tours de l’élection présidentielle. Elle avait pris rendez-vous avec sa tante et lui balança alors toutes ses vérités. Si Sarkozy avait pu ainsi sauver l’armée LR pourtant en mauvaise posture avec le score catastrophique de son candidat à l’élection présidentielle, c’était à cause du projet trop à gauche, à cause du logiciel national-républicain du stratège frontiste. Marine Le Pen rétorqua à sa jeune nièce que sa candidature avait créé la surprise en obtenant huit points de plus que ne lui en accordait les sondages. Que la stratégie mise au point avec Florian Philippot lui avait permis de gagner le face-à-face, de l’avis de tous les observateurs. Mais Marion Le Pen ne désarma pas. Pour elle, une occasion avait été manquée. L’occasion de tuer la droite républicaine. L’occasion d’ouvrir les bras à tous les électeurs de droite face au candidat de la « gauche libertaire » chimiquement pure, incarnée par Macron. Il aurait fallu être conservateur, réactionnaire. Ne pas aller chercher bêtement les électeurs de Mélenchon, dont une bonne part, pourtant – Damien Philippot avait rédigé une note en ce sens- avait préféré le vote frontiste au second tour. Comprenant que sa nièce ne désarmerait pas, Marine Le Pen tenta de gagner du temps. « Nous avons des élections législatives à gagner maintenant. Nous pouvons obtenir une centaine de sièges. Tu me jugeras après. Si je me ramasse, tu pourras essayer de demander la tête de Florian. Et même la mienne. Mais pendant la bataille, toute déclaration perturbant le travail de nos candidats sur le terrain serait un crime contre le Front ». Marion tourna les talons, fit trois pas, et avant de passer la porte du bureau de sa tante, se retourna : « D’accord. A moins de cent sièges, je déclare la guerre. A toi. Pas aux frères Philippot ».

*

Dimanche 18 juin, 23h47, Rue de Miromesnil, Paris

Le décompte était terminé. Les trois dernières circonscriptions tangentes étaient passées dans l’escarcelle de « Pour l’alternance ». Dans les Ardennes, dans l’Eure et dans le Vaucluse, où le député-sortant Julien Aubert avait vaincu dans une triangulaire avec une avance de trois voix, trois nouveaux sièges portaient la future majorité parlementaire au nombre de 291, soit deux de plus qu’il n’en faut pour qu’elle soit absolue. Nicolas Sarkozy était vainqueur. Le téléphone ne tarda pas à sonner. Le président de la République lui annonçait la démission de François Bayrou, et lui fixait rendez-vous pour le lendemain à 11h00. Après avoir accepté d’être un acteur de la quatrième cohabitation de la Ve République, il pensa au maire de Pau, plus éphémère Premier ministre depuis 1958. Il pensa à ce fauteuil de Matignon qu’il n’avait jamais occupé. Il pensa aussi aux deux promesses d’ivrogne qu’il avait faites un soir de mai 2012 et un autre de novembre 2016. Ses passions publiques et privées étaient à jamais mêlées. Il pensa enfin à ce que lui avait confié Michel Gaudin quelques jours auparavant. A moins de 100 sièges obtenus, la guerre éclatait au sein du FN. Alors que minuit approchait, il était désormais certain que le chiffre n’irait pas au-delà de 99.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Dérapage

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Organisations musulmanes de France: la guerre est déclarée!

Anouar Kbibech, Dalil Boubakeur et Marwan Muhammad. Sipa. Numéro de reportage  : 00747755_000006 et AP21942980_000004.

« Charte de l’imam », lettre aux candidats à la présidentielle : puisque l’islam n’occupe pas une place assez importante dans la campagne présidentielle, certains acteurs musulmans ont décidé de l’imposer à l’ordre du jour. Et malgré les apparences, chacun prêche pour sa paroisse. Si nombre de musulmans reprochent aux politiciens de faire cas de leur religion durant les élections, les patrons des institutions officielles ne sont absolument pas en reste, et ne se gênent pas pour tenter d’écarter le voisin un peu trop gênant d’un coup de relation presse. Ces querelles de chapelle esquivent tous la seule question qui vaille : comment réduire à la marginalité les imams YouTube et autres convertis aussi zélés qu’ignares qui ont fait leurs classes en prison ?

La castagne a vraiment commencé lors des chantiers lancés par le gouvernement sous l’égide de Jean-Pierre Chevènement : voilà la Grande Mosquée de Paris qui claque la porte, furieuse de se voir attribuer une autorité de tutelle – laquelle a tout de même voyagé en Egypte et fréquenté les savants de l’université Al-Azhar, plus grande université en théologie islamique du monde.

De la lettre aux candidats du CFCM…

Le premier à tirer a été le patron du CFCM. Il a envoyé une lettre aux candidats le 22 mars, demandant notamment la révision des programmes d’histoire pour valoriser l’amitié entre le Maghreb et la France, et proclamant en plusieurs lignes un attachement presque romantique aux valeurs de la République.

Dans ce texte très politique qui se conclut par une prière pour la France, le CFCM se cantonne à l’habituel Padamalgam en réclamant avec force « punition sévère » et « déplacements symboliques » face aux actes anti-musulmans. Victimaire, comme à l’accoutumée, ce quasi-tract prétend que « la question de la compatibilité de l’Islam avec les valeurs de la République n’a pas de sens », non sans préciser que les « musulmans de France considèrent que l’islam confère une égalité totale aux femmes et aux hommes ». Cette lettre illustre le déni dans lequel vit le CFCM, qui semble ne pas se rendre compte des ségrégations sexistes opérées dans certains quartiers de région parisienne, ni des dérives liées à certaines radicalisations. Fermez le ban.

…à la proclamation de la Grande Mosquée de Paris

Quelques jours plus tard, c’est au tour de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, de publier le 28 mars une Proclamation de l’islam en France. « En France » et pas « de France ». La nuance est de taille. Il reprend peu ou prou la ligne du CFCM en dénonçant à grands cris les « islamophobie » et « islamopsychose » françaises.

Mais à la différence du Conseil Français du Culte Musulman, Boubakeur semble prendre en compte les critiques adressées aux manifestations de l’islam sur le territoire français, et commence sa proclamation en contextualisant une « réinterprétation du texte dans le contexte ». Il n’hésite pas à mettre en garde ses fidèles contre les « sources, prédicateurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté », visant ainsi les prêcheurs radicaux 2.0, mais également contre « l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle ».

Rappelant que « la prière ne doit en aucune manière produire du désordre ou du trouble » dans une France qui « n’est pas (…) terre d’islam », il appelle au respect des valeurs de la République et explique qu’un musulman n’a pas à revendiquer l’interdiction de caricatures blasphématoires, en référence aux prières de rue et aux caricatures de Charlie hebdo.

Le texte rappelle en outre à plusieurs reprises son attachement aux valeurs de la République, à l’égalité homme-femme, et tutti quanti. Au fil des pages, le recteur rappelle les grands principes de l’islam, invite les hommes et les femmes à la simple décence, les appelle notamment à respecter leurs concitoyens lors de la période du Ramadan, et, somme toute, définit un islam plutôt libéral.

Quand le CFCM renchérit…

Nouvelle surenchère : c’est de nouveau le CFCM qui, cette fois-ci, publie ce qui serait un document de travail, soit la « charte de l’imam », à la presse. Ce document souligne l’importance des valeurs de la République pour les prédicateurs musulmans et les enjoint à prêcher un « islam du juste milieu ». La déclaration de principes a vocation à être signée par les imams exerçant en France, ce qui est loin d’être gagné compte tenu de l’essor de la mouvance salafiste radicale sur le territoire national. La charte ne concernera que les imams volontaires. Quid de ceux qui refuseront de signer cette forme de code déontologique ?

Mais la diffusion du document à la presse ne passe pas. Les participants n’acceptent pas de se voir voler la vedette. Encore plus décrédibilisé par le communiqué cosigné par la Confédération islamique Milli-Görüs (CIMG), le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP), l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et l’organisation Foi et Pratique, le CFCM voit son image un peu plus écornée. Les frondeurs s’offusquent ainsi de la publication jugée impromptue du texte, et dénoncent à cors et à cris « les méthodes employées par le président du CFCM », qui aurait publié des « documents de travail non encore adoptés ». Chacun sa version.

Si CFCM et Grande Mosquée de Paris jouent sur la même tonalité, celle d’un islam libéral, ouvert et moderne,  nul n’ignore qu’entre Anouar Kbibech, d’origine marocaine et la Grande Mosquée de Paris, liée à l’Algérie, les relations ne sont pas au beau fixe. Objet du litige : la direction de l’islam de France. Pas besoin de chercher plus loin.

Que l’UOIF, proche des Frères Musulmans, râle, n’est pas étonnant. Que la Grande Mosquée de Paris s’émeuve, ce n’est pas plus une surprise. Pas plus que l’agitation de la Turquie d’Erdogan. Mais  quelle valeur cette charte aura-t-elle, compte tenu de l’autorité relativement faible du CFCM auprès de la population musulmane ?

…face à l’islamisme made in France

Pendant que tout ce beau monde s’entredéchire, un troisième courant retient l’attention des musulmans de France : les Frères musulmans, dissimulés derrière une association officiellement laïque. Bien qu’il se prétende non-religieux, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) entretient en effet des liens troubles avec la mouvance frériste, comme Tariq Ramadan, ou encore son fondateur, Samy Debah, qui, selon Libération, est un ancien prédicateur du Tabligh proche de l’islamologue suisse.

Le médiatique Marwan Muhammad, directeur exécutif du CCIF, n’hésitait pas à affirmer tranquillement dans les colonnes du Monde en septembre 2016 que « l’Etat n’a pas à réformer l’islam ». Pour lui, au moins, la question est réglée : « il n’y a pas (…) d’islam de France ». Pour sûr, Muhammad n’a aucun intérêt à promouvoir l’islam version marocaine et algérienne.  Sous couvert de vivre-ensemblisme et de police de la tolérance, il semble chercher à défendre l’islamisme frériste de France comme seule et unique doctrine pour les musulmans. Ainsi qu’en témoigne son sujet favori : le foulard. Il exige en effet l’abrogation des lois de 2004 et de 2010 prohibant le port du voile à l’école et le port du voile intégral dans l’espace public.

Grâce à sa communication moderne et numérique, le CCIF semble être beaucoup plus écouté par la jeunesse franco-musulmane que les représentants d’institutions pourtant officiellement connues et reconnues. L’association, qui assume sa proximité avec des organisations comme Al-Kanz ou Baraka City s’est affiché auprès d’imams aussi radicaux que Nader Abou Anas et Rachid Abou Houdeyfa.

En fin de compte, les éternelles guerres de pouvoir entre affidés de l’Algérie, du Maroc et de la Turquie profitent à ces stakhanovistes de la charia, voire aux tenants d’un djihad guerrier.

Une question moins théologique que politique

Malgré les apparences, le débat n’est pas tant théologique que politique. Car les textes sacrés ne servent que de source d’autorité à quiconque proclame « faites ce que je vous dis parce que c’est écrit dans le Coran ». La problématique ne consiste donc ni à savoir ce qui est écrit dans le Coran ni comment l’interpréter. La question est de déterminer quels sont les exégètes les plus écoutés par les croyants.

Or, dans leurs différentes productions écrites, les différents acteurs musulmans en France ne traitent pas ce problème. Aucun d’entre eux ne dit comment, par miracle, son interprétation deviendra hégémonique. Dommage, on aurait aimé savoir comment faire en sorte que les Merah et Coulibaly en germe écoutent la Grande Mosquée de Paris plutôt que l’EI ou Al-Qaïda.

Macron, le séducteur fantôme

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Emmanuel Macron. Crédit photo : Thomas Samson

Emmanuel Macron est un tombeur. Un vrai. Il n’échauffe pas que les tempéraments de midinette. Les politiciens les plus rudes, des esprits pleins d’éclairs graves lui succombent. Jean-Pierre Chevènement, Philippe de Villiers, Marcel Gauchet, le banquier Henrot et la clientèle de la maison Rothschild, Jacques Attali, François Hollande, feu Paul Ricœur et Michel Rocard, tous ceux qui l’ont approché en parlent — ou en ont parlé — avec des émois de brebis en été. Quel est son secret ? Des mains de prince finlandais, la souplesse de son allure, son parfum peut-être. Il doit se produire quelque chose d’inouï quand on rencontre cet homme-là, de suave et d’inoubliable, comme une romance au bord de l’eau dans un feuilleton brésilien. « C’est l’homme qui dit le mieux bonjour dans l’hémisphère nord », selon un de ses amis. S’il pouvait rencontrer tous les Français avant le 22 avril, Emmanuel Macron remporterait la présidentielle avec 100 % des voix.

Un séducteur qui n’inspire pas la sympathie

Pauvre de nous qui n’aurons pas la chance de le connaître. Sur un écran de télévision, la finesse de ses traits, son agilité à l’oral, sa jeunesse opèrent leur charme. Pourtant, la féerie Macron se dilue. Quelque chose cloche dans son numéro. Attiré par la douceur de ses sourires, le spectateur bute sur son regard en silex bleu d’ambitieux sans affects et sûr de lui. Emmanuel Macron est un séducteur qui n’inspire pas la sympathie. Il séduit sans aimer et sans remords. Dans la vie, une personnalité comme la sienne enivre. À la télévision, elle met mal à l’aise. On sent l’artifice.

Il n’empêche, Emmanuel Macron a tout l’air d’un homme brillant. En tout cas, il brille. Quand on l’entend parler, on devine une personnalité qui mériterait d’être connue. Intrigué, on écoute, on s’approche, on tourne autour, on se penche. Et l’on ne trouve pas grand-chose, sans pour autant perdre[access capability= »lire_inedits »] sa première impression. On voudrait prendre le pouls de son âme, mais son âme est comme une voix montant du fond d’un tunnel, que l’on entendrait confusément avec le sentiment que l’on est sur le point de comprendre les paroles qu’elle prononce, qui semblent de grand intérêt, sans que l’on y parvienne jamais. Cet homme a du génie pour ne rien laisser paraître en prenant des airs frappants. C’est un trou noir qui fait des étincelles. Quant à son profil d’homme public, il émerveille : khâgneux, énarque, pianiste, philosophe, banquier, poète, économiste, chevènementiste, mondialiste, étatiste, libéral, hollandiste, pragmatique, aventurier, etc. La presse voudrait voir dans ce méli-mélo la preuve qu’Emmanuel Macron est l’homme plein d’humanités de jadis. Mais Emmanuel Macron n’est pas un tout, c’est un capharnaüm de styles et d’idées qui tourbillonnent pour exister. C’est l’homme-tout-et-rien, qui est tout parce qu’il n’est rien, et inversement. L’homme désincarné, sans racines, sans parti, sans idéologie. Celui qu’il faut à la mondialisation heureuse.

Le grand bourgeois d’Amiens

Il ne se perçoit sans doute pas ainsi. Pour comprendre ses contradictions, il faut comprendre ses origines. Emmanuel Macron est né à Amiens. Mieux : il est né grand bourgeois à Amiens. Grand bourgeois à Amiens ! Un tigre blanc dans un pré à Melun ! Il faut se représenter Amiens. Une cathédrale, haute comme 100 hommes, toute en vertiges et en lyrisme gothique, au milieu de maisons et de petits immeubles en briques rouges construits à la va-vite après la guerre. Si l’on y trouve des îlots où vivent des gens qui ont de l’argent, les quartiers chics n’existent pas. La population, ouvrière et petite-bourgeoise dans son ensemble, y a le tempérament flamand, énergique et chaleureux dans la grisaille, quoique plus mélancolique que dans le Nord. On y boit et on y fume beaucoup, pour oublier l’ennui et la médiocrité du paysage.

La capitale n’est pas loin. Bourgeois ou non, dès que l’on se sent un peu de talent et de culture, on y pense, avec inquiétude et envie, sans trop y croire ou avec des bouffées de mégalomanie, selon l’heure et l’humeur. Ce n’est pas que l’on aime Paris, mais Amiens est l’un des rares lieux en province où l’on entend encore des habitants mépriser leur ville à voix haute, malgré l’affection, l’orgueil et le reste.

Alors, imaginez un Emmanuel Macron, fils d’une mère médecin-conseil à la sécurité sociale et d’un père professeur de neurologie, dans ce décor ! Sa scolarité, du collège à la classe de première, s’est déroulée au lycée La Providence, un établissement privé tenu par des jésuites. Autant dire que l’on a fait éclore sous une serre une fleur tropicale dans le Sahara. Ceux qui écrivent sur lui notent qu’Emmanuel Macron parle peu d’Amiens. Que pourrait-il en dire ? Il a grandi au milieu d’une population avec laquelle il n’avait pas grand-chose en commun. S’il dit que son enfance en Picardie l’empêche de se reconnaître dans la bonne société parisienne, il ne doit pas se sentir plus à l’aise dans la ville de son enfance.

Enfant de bonne famille, surdoué mais sans terre d’attache, Emmanuel Macron a le charme du marginal et l’arrogance du bourgeois plein de facilités. Il attire et horripile tout à la fois. Ses choix de carrière, ses analyses économiques très mainstream pourraient le faire passer pour un homme rationnel. En fait, il est fantasque. Son parcours idéologique à choix multiples aurait pu lui permettre de se bâtir un programme en osmose avec les aspirations de l’électorat de 2017. Il a décidé de prendre la mer idéologique à contre-courant. Moins par conviction que par goût du défi pour le défi. À Amiens, où l’on a le temps de penser à soi, où l’on a même que cela à faire, les vents ont dû souffler fort dans ce crâne d’enfant, et dans toutes les directions, en élargissant les parois, jusqu’à lui donner des proportions admirables. Ce sont ces mêmes vents qui semblent aujourd’hui s’engouffrer dans les voiles de son navire, le maintenant à flot contre toute vraisemblance. On le regarde avancer au milieu de mille et un dangers, avec curiosité. Sans malveillance, mais sans affection. Et l’on se demande quand aura lieu la noyade. [/access]

Ils meurent pour Allah! Et nous?

Un café parisien, décembre 2015. SIPA. 00733530_000012

Ça commence comme du Philippe Muray. Dans Chers djihadistes, il prophétisait une défaite annoncée. « Craignez le courroux de l’homme en bermuda qui descend de son camping-car… Nous vaincrons car nous sommes les plus morts ». C’est une filiation que ne renie pas Alexandra Laignel-Lavastine. Muray sonnait le glas. Elle, elle sonne le tocsin.

Le glas est utile. Le tocsin est nécessaire. Il appelle au combat contre ceux qui veulent nous tuer. Il écrase ceux qui préfèrent vivre couchés plutôt que mourir debout. Et c’est avec une lucide férocité qu’Alexandra Laignel-Lavastine dénonce le « tous en terrasse ! » qui a suivi la tuerie du Bataclan. Une bière contre les assassins… Un mojito pour faire la nique à Allah…

Face à la guerre…

Il y a du Muray dans sa description du bobo baignant dans sa bêtise sanctifiée par la compulsion frénétique au bien. Le bobo, tel qu’elle le campe, est le descendant immédiat du petit bourgeois dépiauté par Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Il fait la fête, donc il est. Et les djihadistes sont vraiment trop cons de ne pas venir boire un coup avec lui à une terrasse de café du onzième arrondissement. Ah ça, tuer, mourir, ça ne se fait pas.

Le livre d’Alexandra Laignel-Lavastine donne, s’éloignant du scepticisme crépusculaire de Muray, des raisons d’espérer. Elle s’appuie pour cela sur ceux qui ont vu juste. Elle cite le philosophe tchèque Jan Patocka : « Une vie qui n’est pas disposée à se sacrifier à son sens ne mérite pas d’être vécue ».

Si nous voulons gagner la guerre qui nous a été déclarée, il serait donc temps de savoir quel « sacré » nous autres, Européens, sommes encore en mesure d’opposer à nos adversaires djihadistes, écrit-elle. Citons-la encore. « Dans une société laïque qui ne prend plus ses ordres ni du Ciel, ni de la Tradition, nos sociétés laïques ne peuvent se maintenir, dans l’absolu, qu’en vertu de nos dispositions à sacrifier nos vies ».

Tout son livre semble inspiré par cette phrase de Baudelaire : « Il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est bon pour le fouet ». Il y a des livres qui sont une lamentation, ou une supplique. Celui d’Alexandra Laignel-Lavastine est un manuel de combat.

Alexandra Laignel-Lavastine. Pourquoi serions-nous encore prêts à mourir ? Pour un réarmement intellectuel et moral face au djihadisme. Cerf. 150 pages. 14 euros. 

Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir ?

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Chers djihadistes...

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Santé: On naît femme, on ne le devient pas

Peggy Sastre (à gauche) et Claudine Junien (à droite).

Le 14 mai 2014, la revue Nature, référence scientifique par excellence, publiait un article qui, en fondant la recherche sur la différence entre les sexes, allait révolutionner la science, la médecine, et notre santé. Qui s’en souvient ?… Nos médias, d’ordinaire si prompts à traquer le sensationnel, ont alors laissé passer sans une ligne le vrai « scoop » : désormais, aux Etats-Unis, toutes les études, sur des cellules ou sur des modèles animaux, qu’elles portent sur l’Homme ou une autre espèce, devaient, pour être financées, inclure les deux sexes. La sentence  tombait du plus haut de l’instance la plus puissante en matière de recherche dans le monde : l’Institut national de la Santé américain (NIH). Son directeur, le généticien Francis S. Collins, et Janine A. Clayton, directrice du Département de la Recherche sur la Santé des femmes (ORWH), mettaient ainsi définitivement fin à la sous-représentation des femmes dans la recherche médicale et, par voie de conséquence, à une vision unisexe de la santé.[1. Clayton JA, Collins FS. NIH to balance sex in cell and animal studies Nature. 2014 May 15;509(7500):282-3.]

Certes, dès 1993, un premier pas avait été franchi en incluant obligatoirement les femmes dans la recherche clinique, mais, en s’attaquant là à la recherche fondamentale, le NIH faisait tomber le dernier bastion des tenants des différences sexuelles biologiques réduites aux organes génitaux, hormones sexuelles, fonctions reproductives. Cette vision « bikini », seule la France y resta obstinément fidèle, prenant ainsi dix ans de retard sur le Canada, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, l’Italie, Israël… au point qu’en novembre 2016 encore, dans un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Jennifer Merchant et Catherine Vidal  ne pouvaient, pour expliquer l’importance du sexe dans la santé, s’empêcher de faire appel aux vieux démons des stéréotypes de genres

Des médicaments… pour les hommes

Jusqu’à quand occultera-t-on les différences biologiques présentes dans nos 60 000 milliards de cellules, et ce dès la conception ? Jusqu’à quand l’équité entre les sexes, telle que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la prône depuis 2002 pour résoudre les enjeux sanitaires autour de la maternité, des violences et des infections sexuellement transmissibles sera-t-elle exclusivement déclinée selon les genres sans jamais prendre en compte les différences  biologiques ? Jusqu’à quand la santé sera-t-elle exclue d’un vrai combat pour la parité ? Malgré le coup de poing du NIH, seules 30 % des études cliniques environ représentent les femmes et environ 80% des études chez l’animal ne portent toujours que sur des mâles. Or, de 1997 à 2000, sur 10 molécules retirées du marché, 8 l’ont été en raison d’effets secondaires chez des femmes. Et les femmes font une fois et demi à deux fois plus d’accidents secondaires liés aux médicaments que les hommes : un coût humain et financier exorbitant et… évitable.

Certes, l’inclusion des femelles dans les études sur l’animal impose des coûts supplémentaires. Surtout, elle serait, paraît-il, entravée par la variabilité due à leur cycle de reproduction… sauf qu’il a été démontré que la variabilité entre les individus d’un même sexe est équivalente pour les deux sexes sur la plupart des traits étudiés ! Quant au surcoût, nul n’a encore eu la bonne idée de le comparer à ce que payent les femmes victimes d’accidents secondaires… et le retrait consécutif du marché des médicaments incriminés.

On n’échappe pas à son sexe

Génétiquement, la ressemblance moyenne entre deux hommes ou deux femmes atteint les 99,9%, mais elle n’est que de 98,5% entre un homme et une femme, soit 15 fois plus important qu’entre un humain et un chimpanzé de même sexe ! Toutes les cellules de l’embryon contiennent 23 paires de chromosomes et ont un sexe, déterminé dès la conception, par la paire de chromosomes sexuels: XX pour les filles, XY pour les garçons. Chacun le sait, mais on continue à penser que les différences, « c’est hormonal » ou lié au « genre » dicté par l’environnement. Non ! Les hormones – lors de la différenciation des gonades – puis l’environnement socioculturel – à partir de la naissance – n’interviennent que plus tard.

Sachant que le génome est stable, définitif et identique dans chacune de nos cellules, comment expliquer que nos 23 000 gènes ne s’expriment pas de la même façon selon le tissu, le foie, le rein ou le cerveau ? Tout simplement parce que chaque gène « s’exprime » plus ou moins selon qu’il porte en lui et autour de lui des instructions pour fabriquer une protéine en plus ou moins grande quantité et, de plus, de façon différente selon le sexe… Chez la fille, en effet, un des deux X, d’origine paternelle ou maternelle, est inactivé au hasard dans chaque cellule, et sur les 1 400 gènes de cet X « inactif », 15% à 25% peuvent échapper à l’inactivation et donc s’exprimer davantage. Avec leur X unique, les garçons, en revanche, ne manifestent leur différence que par la petite centaine de gènes spécifiques de leur chromosome Y. Telle une mémoire sexuelle, ces gènes du chromosome X chez la fille et ceux du chromosome Y chez le garçon, modulent au bon moment, dans la bonne cellule, l’expression d’autres gènes, de sorte que, 30 % de nos gènes en moyenne s’expriment différemment selon notre sexe dans tous nos tissus et donc dans chacune de nos cellules.

Et c’est bien ce qui fait la différence et la nécessité de s’entendre sur les mots : le « sexe », se réfère uniquement aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les femmes des hommes depuis la conception et tout au long de la vie ; le « genre » quant à lui, sert à évoquer les rôles qui sont déterminés socialement – après la naissance –  les comportements, les activités et les attributs qu’une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes.

Ce n’est donc pas en masquant ces différences sous prétexte d’éviter toute discrimination qu’on aide les femmes, au contraire ! Ne pas reconnaître les différences sexuelles, malgré l’accumulation de preuves scientifiques en ce sens, c’est pénaliser les femmes… et les hommes !

Un enjeu scientifique majeur

Pourquoi le retard mental, l’autisme, les tumeurs du cerveau et du pancréas sont-ils plus masculins, de même que les conduites à risque, les addictions et la violence? Pourquoi, en revanche, la maladie d’Alzheimer, l’anorexie et autres troubles alimentaires, la dépression, l’ostéoporose et certains cancers, de la thyroïde, par exemple, touchent-ils plus les femmes ? Parce que les maladies ont un sexe ! Ainsi, les hommes seraient protégés contre les maladies auto-immunes (maladies thyroïdiennes, sclérose en plaques, lupus etc..) grâce justement aux gènes de leur chromosome Y. Inversement, deux X peuvent valoir mieux qu’un, car il est démontré que des gènes suppresseurs de tumeur en double exemplaire sur le chromosome X épargneraient aux femmes certains cancers. Mais il a fallu attendre 1990 pour que le NIH, malgré son avance sur le sujet, crée un bureau spécifique de recherche dédié aux femmes (ORWH),  et que l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) les inclut systématiquement dans les essais sur les médicaments. La découverte de mécanismes sexués aux niveaux cellulaires et moléculaires, apparus au cours de l’évolution comme compromis entre la reproduction et la survie, éclaire donc peu à peu ces constats. Aurait-on trouvé autrement que, en cas de lésions nerveuses, certaines voies de la douleur passent par la microglie dans le cerveau chez les souris mâles et par des cellules spécifiques du système immunitaire chez les femelles ?

Le genre doit cesser d’être un cache-sexe

La médecine traite encore les femmes et les hommes sur un mode unisexe qui peut nuire à leur santé et  hypothéquer notre système de soins en termes de coûts,  non seulement  financiers, mais sociaux et humains. Pourquoi administrer une dose de vaccin à une femme quand la moitié suffirait ? Est-il acceptable qu’un médecin ne soit pas formé pour reconnaître les différences de symptômes d’infarctus chez une femme par rapport à un homme ou savoir adapter une prescription d’aspirine ou de somnifère en fonction du sexe de son patient ? C’est bien le déni des différences qui est à l’origine de ces inégalités et non les différences elles-mêmes, et ce n’est pas en les occultant que l’on supprimera les discriminations.

Ce n’est pas en supprimant le mot « race » que l’on supprimera le racisme ; le féminisme se condamne à être une coquille creuse s’il se refuse toujours de reconnaître que, n’en déplaise à Simone de Beauvoir, on nait femme : on ne le devient pas… Certes, le social influence le biologique et réciproquement, le biologique influence le social. Le genre dépend effectivement d’un formatage socioculturel progressif lié à la perception et aux implications sociales de notre sexe, avec des stéréotypes difficiles à éradiquer, même s’ils sont erronés. Mais, au nom d’une fausse parité homme/femme, on a trop longtemps mis l’accent sur l’acquis, le social, ce fameux « genre », en occultant l’inné, le biologique, le « sexe ». Plusieurs pays européens ont déjà adapté en conséquence leurs recherches scientifiques et leurs stratégies thérapeutiques. La France peut-elle se permettre de prendre encore du retard et, sous prétexte de parité, éviter avec mépris et aveuglement de reconnaître les différences entre les hommes et les femmes, malgré les évidences scientifiques et au risque de passer à côté de notre santé à tous, femmes ou hommes ? Le 1er Décembre 2015 un colloque sur le sujet a été organisé à Paris par l’académie des Sciences et l’Académie nationale de Médecine; et cette dernière a organisé le 23 Juin 2016 une conférence de presse pour sensibiliser les médias le public et le corps médical et émettre des recommandations.

Les auteurs remercient Nicole Priollaud, chargée de la communication à l’Académie nationale de médecine pour son engagement et ses précieux conseils.

La domination masculine n'existe pas

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Ex utero : Pour en finir avec le féminisme

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Cette France a la campagne présidentielle qu’elle mérite

Emmanuel Macron en campagne, Paris, mars 2017. SIPA. AP22034345_000016

Cette campagne a le fumet du désastre. Nous y sommes, Fabrice à Waterloo, arpentant ahuri un champ de bataille où se propage jusqu’à nous bien plus le bruit de la fureur que la fureur elle-même, effrayés que nous sommes par la seule idée du combat. Sans voir, sans comprendre, nous y voilà : perdus, démunis, dessaisis du destin que nous espérions y trouver… Nous pensions échapper au hollandisme solférinesque et c’est son double, spectre de toutes les bien-pensances sédimentées depuis trente ans qui nous guette. Cette époque est stendhalienne : la nostalgie de la grandeur s’y enfonce dans le marécage de la médiocrité. Vigny et la description de sa génération souffreteuse  au regard de celle de ses pères y prolongent leur écho.

Cette élection exacerbe tous les maux d’un processus qui vient de loin: un demi-siècle à vrai dire de mensonges, de faux-semblant, d’aveuglement… Le mensonge tout d’abord, hérité de l’esprit de 1968, qui veut qu’une société puisse vivre sans autorité à partir du moment où le dialogue assure du lien, du lien social. Les petits sauvageons qui défient les maîtres dans les écoles des banlieues irrédentistes de la République ne sont rien d’autres que les enfants monstrueux de nos renoncements. Le politique, censé incarner l’autorité légitimée par le peuple, est l’ultime victime de cette lente décomposition d’un demi-siècle de lâche abdication. Il n’y a plus de pouvoir, si ce n’est un magma polycentrique où s’affrontent des forces libérées de toute inhibition. L’offensive judiciaire, au nom d’une moralisation grossièrement pharisienne de la vie publique, peut ainsi donner cours à sa furie militante au mépris de la séparation des pouvoirs, de la violation banalisée du secret de l’instruction, de la neutralité de la justice dont la politisation est un secret de famille que l’on ne chuchote qu’à voix basse de peur de déclencher des ires vengeresses… C’est ainsi que « le mur des c… » peut tranquillement s’ériger pour clouer au pilori celles et ceux qui ne partagent pas une idéologie dominante devenue religion d’Etat… médiatique.

Chimères du « vivre-ensemble »

Car le faux-semblant a aussi infiltré jusqu’au fondement de ce qui enracine l’Etat. Celui-ci, ouvert à tous les vents du politiquement correct, n’est plus qu’une vague interprétation de l’intérêt général. La République n’est plus dans la République : balkanisée, elle est un agrégat d’intérêts communautaires, de minorités vociférantes, de revendications sociétales… Les médias mainstream, appareils de production et de diffusion de cette culture hégémonique, imprègnent de leur Weltanschauung les leviers de l’Etat : c’est ainsi que le CSA, gardien jaloux de la novlangue du moment, traque la sémantique « incorrecte »; c’est ainsi que les lois mémorielles visent à figer la lecture de l’histoire pour nous culpabiliser et nous maudire jusqu’à la fin des temps ; c’est ainsi que le Conseil d’Etat peut, sans sourciller, dispenser un arrêt imposant des conditions restrictives à  l’installation des crèches de Noël dans les mairies. La laïcité française, amnésique de ses inspirations chrétiennes, préfère nier les racines ancestrales du pays afin de ne pas froisser des idéologies qui lui sont pourtant ontologiquement opposées. La tartufferie d’Etat est désormais le stratagème des élites de la débâcle toutes acquises aux chimères d’un « vivre-ensemble » plus enclin à la soumission qu’au respect des principes et de l’histoire.

Des pros de la dénégation du réel

Cette campagne aboutit, en fin de compte, à propulser et à perpétuer contre toute attente les professionnels de la dénégation du réel, les héritiers de l’esprit de Munich, ces nouveaux Daladier dont la souplesse de l’échine est inversement proportionnelle au courage qui consisterait à regarder en face les malheurs qui viennent. Au moins Daladier, à son retour de Munich, avait-il compris que les acclamations qui saluaient son accord ne sauraient dissimuler trop longtemps l’immense duperie de celui-ci. Le monde que nous promettent ces nouveaux agents du bonheur est tout de précarité : économique par l’ubérisation, sociétal par la reconnaissance de tous les droits, y compris ceux qui réduisent la personne à un objet de consommation, civilisationnel par le clientélisme communautaire. Cette nouvelle société qui, bientôt, ne fera plus société est portée par le produit de la technocratie débarrassée de toute conscience historique et du libertarisme soixante-huitard. Rien d’étonnant donc à ce que l’icône de 1968, le jubilant Cohn-Bendit, revenu depuis longtemps de tous ses rêves révolutionnaires mais toujours accroché à ses fantasmes libertariens, nonobstant l’outrage des ans, ait vu le premier dans le jeune inspecteur des finances en marche la matière fongible à toutes les aventures susceptibles de poursuivre la liquidation de la vieille société abhorrée… La séquence Macron – car ce n’est qu’une séquence tant elle obéit aux canons standardisés d’une filmographie communicante – porte jusqu’à l’incandescence les artefacts de la déconstruction au service d’un individu consommateur, diverti, post-historique, naïvement béat dans des croyances qu’il estime irréfutables : l’Europe de Maastricht, l’identité heureuse, l’individualisme déraciné… Au fur et à mesure du déploiement d’un tour de passe-passe communicationnel non dépourvu d’astuce on en vient à convaincre des peuples hébétés que leurs problèmes sont leurs solutions, que leurs souffrances constituent leur horizon de bonheur. « Le viol des foules par la propagande », tel que l’avait disséqué en son temps Serge Tchakhotine, est, décidément, en marche… Il pourrait bien être la figure atrophiée d’une campagne pour rien.

La fin de la com'

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La communication

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Communiquer c'est vivre

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Macron président? Sarko contre-attaque!

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Nicolas Sarkozy en meeting à Paris, octobre 2016. SIPA. 00775954_000025

>> A lire aussi: Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose. Petit essai de présidentielle-fiction (1/3)

Lundi 24 avril 20h12, Siège des Républicains, Paris

En fait, Laurent Wauquiez était soulagé que Nicolas Sarkozy reparte à l’assaut. Dans l’après-midi, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes était aux abonnés absents pour tous les journalistes de France, de Navarre et d’ailleurs. Deux heures avant, il avait eu Marine Le Pen au téléphone. Elle lui promettait Matignon en cas de victoire, à condition qu’il annonce son soutien dans les deux jours. L’ex-disciple du démocrate-chrétien Jacques Barrot avait été flatté, même s’il se doutait que Le Pen avait essuyé dans la journée les refus de Guaino et de Dupont-Aignan à qui elle avait proposé le même poste. Malgré cette désagréable sensation d’être un troisième choix, il avait été tenté. Mais la déclaration de Nicolas Sarkozy changeait évidemment tout. Dans ces conditions, il pouvait lui-même appeler aussi à voter Macron et s’engager à fond dans la bataille pour l’alternance que l’ex-président se proposait de mener pour les élections législatives. Après tout, mieux valait un Beauvau probable qu’un Matignon très hypothétique.

*

Jeudi 26 avril 13h47, Drancy

Jean-Christophe Lagarde hurlait dans le bureau, ses collaborateurs ne sachant que faire pour calmer sa colère. Il venait de découvrir que Nicolas Sarkozy avait décidé de passer outre toutes les investitures négociées avec l’équipe Fillon entre LR et l’UDI. L’ex-président avait décidé de contourner l’obstacle en créant un label « Pour l’alternance » qu’il distribuerait lui-même et qui supplanterait de facto les investitures LR-UDI. Ainsi la centaine de sièges accordée par François Fillon après l’épisode du Trocadéro partait en fumée. D’autre part, il savait qu’Emmanuel Macron ne serait plus si généreux, loin s’en faut, et accorderait chichement des investitures En Marche aux élus UDI les mieux implantés, sans même passer par lui. Il était coincé. Lagarde savait qu’il n’était plus à cette heure que le président d’une coquille vide.

*

Dimanche 30 avril, 13h37, Studio de LCI, Boulogne-Billancourt

Après avoir salué Olivier Mazerolle, Christophe Jakubyscyn et Guillaume Roquette, Bernard Accoyer reprit l’ascenseur, assommé. Il avait bien dû finir par convenir que son titre de secrétaire général des Républicains, n’était plus qu’un titre honorifique. Mis en place par le candidat Fillon désormais éliminé après le score le plus faible de toute l’histoire de son parti, fruit de la fusion du RPR et de l’UDF quinze ans auparavant, il n’avait en fait aucune légitimité. Nicolas Sarkozy avait réussi en quelques jours un putsch soft, auquel personne n’avait pu s’opposer. Fillon, bien entendu mais aussi NKM et Juppé. Ces deux derniers avaient dû convenir que l’ancien président était le seul à empêcher l’éclatement définitif de la famille, qui n’aurait profité qu’aux deux finalistes de la présidentielle. Sauver leurs sièges ainsi que ceux des amis était désormais la priorité. Accoyer avait donc reconnu à demi-mot n’être plus là que pour sauver les apparences. Tout désormais serait fonction des trois prochains tours, celui du dimanche suivant, et plus encore ceux qui auraient lieu mi-juin. Il ne serait d’ailleurs pas le dernier à faire figurer le logo « Pour l’alternance » sur les affiches collées du coté d’Annecy-Le-Vieux. Sa docilité serait certainement récompensée le moment venu. A ce moment, que pèserait alors cette brève sensation honteuse qu’il avait ressentie en croisant le regard moqueur d’Olivier Mazerolle ?

*

Jeudi 4 mai, 0h18, Rue de Miromesnil, Paris

Nicolas Sarkozy avait pris sa décision. Il ne pousserait personne d’autre à aller à Matignon à sa place. Il avait pourtant quelques idées : Pécresse, Bertrand, Larcher. Tandis qu’il se préparerait pour d’autres échéances plus intéressantes. Mais le traditionnel face-à-face qui venait d’avoir lieu l’avait convaincu. Lui à Matignon, Emmanuel Macron n’existerait pas à l’Elysée. Il le mangerait. Il le digérerait. Comme Marine Le Pen avait mangé et digéré le candidat d’En Marche pendant le débat. Bien entendu, ce dernier serait élu dimanche mais avec une marge beaucoup plus étroite que prévue. Cette impression « d’homme qui ne fait pas le poids » allait coller d’emblée au nouveau président. Le Grand Collier de la Légion d’Honneur, qu’Emmanuel Macron souhaitait revêtir sur la photo officielle, pour la première fois depuis 1969, serait beaucoup trop lourd pour un président si faible dès son entrée en fonction. Il fallait désormais obtenir une majorité absolue pour les candidats portant le label « Pour l’alternance ». Et obtenir Matignon, que Jacques Chirac lui avait refusé quinze ans auparavant, lui préférant « Raffarien ».

Le dernier épisode arrive bientôt…

Tous les articles de David Desgouilles sont à retrouver sur son blog Antidote

Dérapage

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Adversaires de Fillon, appliquez-vous!

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Graffiti anti-Fillon sur un mur de Marseille, mars 2017. SIPA. AP22034452_000032

Le fortin Fillon résiste toujours sur son socle de 17-18 %. Les assiégés tentent une contre-attaque et, pour récupérer leurs électeurs perdus, ils tirent à boulets rouges sur le château de l’Elysée. C’est de bonne guerre. Naturellement les alliés du château se mettent à faire feu sur la contre-attaque des Républicains. C’est aussi de bonne guerre, sauf que les arguments employés me paraissent plutôt pourris.

La semaine dernière, sur BFM TV, Laurent Neumann nous balance une belle tirade pleine de lyrisme : en accusant François Hollande de comploter sa perte, François Fillon ébranle l’exécutif, saccage le législatif déjà mal en point et détruit la justice ! Laurent  enchaîne les phrases enflammées et patriotiques, on dirait Cicéron accusant Catilina de vouloir tuer la République romaine. Du calme, Laurent, du calme ! Pour François Fillon, il ne s’agit pas de détruire la justice, dont la majorité des magistrats reste honorable, il s’agit seulement de dénoncer quelques brebis galeuses regroupées sous la houlette de la très suspecte bergère qui préside le Parquet national financier.

Jeudi 30 mars, je découvre la couverture de Charlie Hebdo : « Cabinet Noir, l’espion qui venait de Tulle ». Le dessin montre l’intérieur d’un canon de fusil vrillé et la cible : un François Hollande suant de peur. Cet argument-là : comment voulez-vous que ce pauvre président qui a tout raté soit assez malin pour monter un complot aussi sophistiqué ?, je l’ai déjà trouvé sous la plume de Sophie Coignard dans Le Point. C’est assez retors : pour prouver que le président est innocent, on surfe sur son impopularité et on le déclare trop bête pour une telle machination. On nous a vendu pendant des années un François Hollande très intelligent mais velléitaire, on veut nous vendre maintenant un François Hollande innocent de village. Et merci pour les Tullistes qui passent pour des ploucs incapables de coups fourrés.

Critiques faciles

C’est l’expression elle-même de « cabinet noir » qui est trompeuse. Les sbires de Richelieu s’enfermaient dans un cabinet sombre pour lire la correspondance que s’adressaient les grands du Royaume, puis la recachetaient et la laissaient parvenir à leurs destinataires. Bref, Richelieu faisait de l’Alexandre Dumas avant la lettre. D’où la critique facile qu’on adresse aux défenseurs de Fillon : vous faites du roman, vous imaginez un bureau dans les caves de l’Elysée, des barbouzes passant leur temps à élaborer de ténébreuses machinations, quelle imagination délirante ! Mais ce n’est pas ainsi qu’il faut imaginer un cabinet noir à l’âge du numérique. L’organisation s’est digitalisée, les complots se font en quelques clics, et d’autant plus facilement que ce sont toujours les mêmes cheminements informatiques qui sont mis en œuvre. Même un espion venu de Tulle peut activer le processus.

Entendons-nous bien : que l’exécutif soit tenu au courant via la police et le ministère de l’Intérieur de tout ce qui arrive en France, il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. Que François Hollande sache une heure après les faits que le fils de Valérie Pécresse a été arrêté par la police en possession de quatre grammes de cannabis, passe encore. Mais que le président ou un de ses collaborateurs télécharge ensuite sur l’application « prévenir la presse », c’est là un abus intolérable. Prévenir toute la presse, non, mais les quelques correspondants habituels au Monde, à Libération, au Canard enchaîné. Une partie des dirigeants et des rédacteurs de ces journaux ne sont peut-être même pas au courant de ces discrets circuits. Françoise Fressoz prend des mines de vierge effarouchée chaque fois qu’on attaque dans un débat la vertu du Monde, et elle est peut-être sincère.

Il sera très difficile de prouver qu’il y a eu effectivement un complot contre François Fillon, et les auteurs de Bienvenue Place Beauvau reconnaissent qu’il est impossible de prouver l’existence d’un cabinet noir comme de prouver sa non-existence, parce que tout repose sur la connivence. La métaphore du cabinet noir embrouille la compréhension et je crois qu’il vaudrait mieux utiliser l’image du fonctionnement en réseau des neurones du cerveau. Dès qu’une connaissance a été acquise, en maths, en langues étrangères ou en n’importe quoi, il s’établit par les synapses des correspondances immédiates entre les cellules concernées, et chacun de nous retrouve tout de suite l’information dont il a besoin. Le réseau de neurones exécutif-ministère de l’Intérieur-pouvoir judiciaire-presse (du moins le très petit nombre de personnes concernées dans chacune de ces entités) a eu beaucoup d’occasions de faire des travaux pratiques au cours des 13 procès intentés à Nicolas Sarkozy. On a pu tester ce qui marchait, ce qui ne marchait pas, on a pu éloigner les fonctionnaires, juges, journalistes ou policiers qui ne voulaient pas manger de ce pain-là.

>> A lire aussi: Affaire Fillon: Canard qui s’en dédit… Quand un journaliste de l’hebdo satirique se dément lui-même

On a ainsi éloigné Bernard Muenkel, qui dirigeait le service informatique de l’Elysée. Un article du Figaro en date du 31 mars, intitulé « Ces curieuses manœuvres qui visaient déjà Sarkozy » révèle pourquoi il a été écarté de son poste. La « promotion Corrèze », un groupe de militaires et de chefs de cabinet travaillant au palais présidentiel, a exigé de lui qu’il fasse des recherches compromettantes sur Sarkozy, en toute illégalité. Bernard Muenkel a refusé et a été éloigné de son poste. Le caillot qui aurait pu entraver le bon fonctionnement du réseau a été dissous.

La connivence favorise l’immédiateté du fonctionnement. Un peu d’imagination : Tracfin découvre que les Fillon ont pioché dans l’argent public. Il active la synapse Canard enchaîné, qui active la synapse Parquet national financier. Tous ceux qui nous répètent qu’il n’est pas question de Fillon dans Bienvenue Place Beauvau se moquent de nous. Un clic va plus vite que l’édition d’un livre. La connivence implique le demi-mot : François Hollande, la veille de la fameuse parution du Canard enchaîné, a peut-être rencontré Eliane Houlette dans une cérémonie officielle, il lui a peut-être dit sur un ton blagueur : « L’hiver est froid, les candidats feraient bien d’éviter les rhumes. J’espère que Fillon a un manteau bien épais ». La connivence permet même que l’un des neurones en réseau ne soit pas activé lors de la circulation de l’information. On peut supposer que Hollande n’a pas donné l’ordre de dégommer Fillon. L’information du Canard a intéressé Mme Houlette, elle a tout de suite convoqué François Fillon pour le 15 mars. Le neurone Hollande s’est réveillé ensuite et a entériné ce passage d’influx nerveux. La connivence est difficile à traquer, difficile à prouver. Si un ministre parle d’alerter « le monde », quel inspecteur de police démêlera s’il s’agit du journal ou de la planète ?

Inutile de noircir le tableau : tous ces gens-là ne sont pas des canailles, ils peuvent être parfaitement honnêtes dans le reste de leurs activités. Mais ce sont des gens de gauche, persuadés d’agir pour le bien du progrès et de l’humanité. Quand on a de tels idéaux, on peut bien se passer de la common decency chère à Alain Finkielkraut, on peut mentir, manipuler, truquer tout en gardant sa conscience parfaitement tranquille. Terrible dérive morale contre laquelle il semble difficile de lutter.

Renaud Camus: « En France, il y avait un peuple, maintenant il y en a deux »

Renaud Camus. Photo: BALTEL/SIPA

Ces deux-là n’étaient pas partis pour se connaître et encore moins pour se parler. Comment le juif séfarade, devenu activiste pour faire éclater la vérité surl’affaire Al Doura, aujourd’hui élu à Neuilly, et l’écrivain aristocratique retiré dans son château du Gers auraient-ils pu se rencontrer? Le hasard a pris les traits de Daniel Pipes. Ce conservateur américain qui organisait, avec l’aide de Karsenty, un voyage d’études en Europe, avait demandé à rencontrer Camus. « Je ne le connaissais pas, j’ai été ébloui par sa pensée qui ne ressemble à aucune autre », raconte Karsenty. Les réticences de son entourage l’ont convaincu qu’il fallait faire connaître l’oeuvre de Camus à des gens qui, souvent, n’avaient entendu parler de lui qu’à travers les polémiques qu’il suscite. Dans ce livre, où il a choisi de s’effacer pour laisser toute la place ou presque à son interlocuteur, Camus revient sur quelques-unes de ses idées-forces, comme le Grand Remplacement, et livre de nombreuses analyses sur l’actualité. Une excellente occasion de découvrir ou redécouvrir un écrivain majeur, sans se soucier des trépignements de ceux qui préfèrent interdire que réfléchir. EL

Le Grand Remplacement

Le Grand Remplacement est un nom pour un phénomène historique, sans doute le plus important et le plus dramatique qui soit survenu à notre pays et à notre peuple au cours de leur histoire commune, c’est-à-dire le long d’une quinzaine de siècles au moins : le changement de peuple, justement, avec le changement de civilisation qu’il implique nécessairement. C’est la réalisation dans les faits de ce qui, chez Bertolt Brecht, était une boutade : si le gouvernement n’est pas content du peuple, il n’a qu’à en élire un autre.

…/…

Qu’est-ce que le Grand Remplacement ? Eh bien le simple fait que sur un territoire donné il y avait un peuple, un simple peuple, bien malaxé par les siècles, bien uni par son sentiment d’appartenance, sa culture, son art de vivre et sa longue histoire partagée ; et qu’en une génération à peine sur le même territoire il y a deux peuples, si ce n’est d’avantage, qui se le partagent plus ou moins harmonieusement — plutôt moins que plus.

…/…

On peut dire ainsi que dans la situation politique ou plutôt historique française contemporaine, et sans doute européenne, il y a quatre sortes de protagonistes :

– les remplacés récalcitrants, c’est-à-dire les indigènes qui, comme moi, ne tiennent pas du tout à faire l’objet d’une colonisation,

– les remplacés consentants, qui ne voient pas où est le problème, au propre et au figuré,

– les remplacistes, qui organisent ou qui laissent faire le changement de peuple, et qui sont encore le pouvoir, peu ou prou,

– et enfin les remplaçants, les nouveaux ou futurs maîtres, autrement appelés selon les sous-périodes chances pour la France ou sensibles (parce qu’ils habitent et animent les « quartiers sensibles »).

Il est à noter que beaucoup de remplaçants, surtout parmi les plus jeunes, assument tout à fait cette qualité et relèvent même avec orgueil, pour la confirmer fièrement, l’expression de Grand Remplacement. Oui, disent-ils, c’est bien ce qui se passe, et tant mieux. Mais autant ils s’affichent volontiers remplaçants, autant ils ne sont pas du tout remplacistes. Au contraire, ce sont de farouches identitaires: ils sont fiers de leur héritage ethnique et culturel, de leurs traditions, de leur religion, de leur vision du monde. Nos identitaires et eux s’affrontent, mais au moins ils se comprennent parfaitement. Ils se font de l’appartenance la même idée — qui d’ailleurs fut longtemps la seule à avoir cours, pour tout le monde.

…/…

Ces univers construits sur le mensonge sont incroyablement fragiles, en effet. Ils peuvent s’effondrer en quelques mois, quelques semaines, parfois quelques jours. Un simple éclair de vérité sous leurs voûtes peut les faire s’abattre comme château de cartes. Il suffit que quelqu’un parle, et surtout soit entendu.

Les sociologues

Je les appelais aussi les niveau-montistes : à propos de l’École, ils avançaient par exemple, formule que plus personne n’oserait reprendre aujourd’hui tant elle ferait rire (à travers les larmes), que le niveau montait — moyennant quoi, à force de niveaux qui montent, nous nous retrouvons avec un système scolaire complètement effondré, qui n’enseigne plus que[access capability= »lire_inedits »] l’oubli (et l’inexistence des races) (et bientôt des sexes).

Les sociologues prouvaient tous les ans par a plus b que la délinquance n’avait rien à voir avec l’immigration, ce qui explique sans doute que nos prisons sont pleines d’immigrés ou d’enfants d’immigrés, qu’ils engorgent les tribunaux et qu’ils occupent la plus grande part du temps de la police. Qu’est-ce qu’un sociologue aujourd’hui, en caricaturant à peine ? Quelqu’un qui est persuadé que la surreprésentation immigrée dans les prisons est la preuve absolue du racisme des juges.

…/…

Vous demandiez si j’avais des chiffres. Non, non, non et non, je n’ai pas de chiffres ; et si j’en avais je ne les donnerais pas : je crois d’ailleurs qu’il y en a, et de très pertinents, mais ils ne sont pas mon domaine. On ne prend pas assez garde à ce mot de chiffre, qui signifie à la fois le nombre et le mensonge, la dissimulation. Le bureau du chiffre, c’est celui qui produit des messages incompréhensibles, chargés de dissimuler la vérité. Une lettre chiffrée, c’est une lettre qui ne dit pas ce qu’elle veut dire, qui dissimule sa signification véritable.

…/…

Le Grand Remplacement crève les yeux, et le cœur. Mais la sociologie et les statistiques — c’est l’essentiel de ce que je leur reproche …— ont volé aux Français leur regard, leur expérience, et même leur chagrin. Éberlués de chiffres et d’interdits, nos malheureux concitoyens n’osent plus voir ce qu’ils voient, n’osent plus penser ce qu’ils pensent, n’osent même plus souffrir ce qu’ils souffrent.

…/…

Cela dit, je ne doute pas un instant qu’il existe des preuves du Grand Remplacement, autres que les photographies de classe et les rubriques des naissances et décès des journaux.

La colonisation

Je sais que ce terme choque, colonisation, pour parler de ce qui nous arrive. Je m’y obstine cependant parce que l’Europe est bien plus colonisée par l’Afrique, selon moi, et bien plus profondément, plus gravement, qu’elle ne l’a jamais colonisée elle-même. La colonisation européenne de l’Afrique était militaire, politique, administrative, économique, culturelle. La colonisation africaine de l’Europe est démographique, ce qui est autrement plus grave et risque de se révéler irréversible.

L’immigration

Les partisans de l’immigration sont comme des gens qui auraient acheté un petit lézard d’agrément et se retrouveraient avec un colossal crocodile, pas particulièrement facile à vivre, et qui s’étalerait à travers les portes sur plusieurs pièces de l’appartement, où il dévasterait tout. Le phénomène est trop extraordinaire pour ces bobos casaniers, il dépasse trop leur cadre de perception et leurs cloisons. Affolés de ce qui leur arrive, ils font comme si ça n’arrivait pas. Et ils vont et viennent dans l’appartement comme si le crocodile n’était pas là, bien qu’il leur faille plus d’une fois, pour gagner le réfrigérateur ou leur lit, l’enjamber ou monter sur lui, malgré le danger. Et ceux qui leur parlent de leur crocodile les rendent fous furieux. Ils les haïssent, ils les maudissent, ils les menacent de tous les maux. Ça ne rend pas le dialogue aisé, d’autant que le crocodile lui-même, de plus en plus, veut y participer aussi, et ne fait rien pour l’apaiser.

L’Union européenne

L’Union européenne est la forme étatique que s’est donnée l’Europe devant la face du monde. Pas de malentendu, n’est-ce pas : personne n’est plus convaincu que moi du caractère exécrable des politiques menées à Bruxelles. Les dirigeants européens sont à mes yeux des traîtres qui livrent la patrie commune à l’invasion, et vont jusqu’à appeler celle-ci, à la provoquer, l’organiser. Entendons-nous bien, donc : je n’ai aucune espèce de sympathie ou de respect pour eux. Un Jean-Claude Juncker, qui est allé jusqu’à confier à l’un des plus dangereux envahisseurs, la Turquie, le soin de juguler l’invasion, est à mes yeux le Grand Remplaciste. Il faudra bien sûr se débarrasser de toute cette clique remplaciste, les champions et promoteurs du Grand Remplacement et du remplacisme global. Il est plus que probable qu’il faudra aussi procéder à une large refonte des institutions européennes, et les faire évoluer vers une Europe confédérale, une Europe des nations, avec un président et des attributions clairement réparties, entre les États et la confédération. Mais il ne faut pas détruire ce qui a été fait depuis soixante ans, et qui a le mérite d’exister. Je me méfie grandement de l’éternelle pulsion de tabula rasa, au sein des droites françaises. Au fond je suis beaucoup plus ambitieux et peut-être casse-cou, soit, que les souverainistes. L’Europe, selon moi, il ne faut pas la quitter, il faut s’en emparer, en s’appuyant sur les États du pacte de Visegrad.

Donald Trump

Donald Trump est un briseur de codes. Il a eu le grand mérite de fendre, de rompre, peut-être de briser, la chape de propos convenus qui auraient entouré et même constitué l’élection américaine si Hillary Clinton avait eu en face d’elle un opposant de la même espèce qu’elle, nourri dans le sérail et comme elle vieux routier de la politique. Sur l’immigration, sur l’islam, qui sont de très loin à mes yeux les questions principales, vous le savez, Trump a eu le courage, ou le talent, ou l’intelligence stratégique, de mettre en pièces plusieurs tabous qui, même s’ils sont moins pesants aux États-Unis qu’en France, sont une chape formidable entre le monde réel, celui de l’expérience quotidienne des gens, et la parole politique admise. De cela, bien sûr, je lui sais gré.

…/…

Trump a fait mentir les sondages, les analystes, les prétendus experts ; il les a même ridiculisés, il a fait paraître au grand jour la niaise absurdité de leur morgue et leur suffisance : bravo.

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Les États-Unis, jusqu’à Obama, c’était tout de même encore un peu l’Europe. C’était la civilisation occidentale. Mais pour Obama, il l’a montré en maintes occasions, l’Europe n’était rien du tout ; et il semble bien que pour Trump elle ne soit guère davantage : en cela les deux hommes ne sont pas si différents qu’on pourrait croire. Le continent nord-américain a pris le large, il vogue vers l’Asie, il vogue même vers un univers virtuel indépendant des cartes, ces vieilles choses si belles. Obama a été le premier président vraiment mondialiste, c’est-à-dire indéterminé.

Poutine

Poutine a eu des mots très justes, il y a déjà bien longtemps, sur la colonisation de l’Europe par ses anciens colonisés. À ce propos, je rejoins mot pour mot ses analyses : il a décrit à l’avance, et avec tout le mépris qui convenait, ce qui est en train de se produire. Mais je ne le vois pas comme un ami : plutôt comme un joueur très doué qui sert à merveille ses propres intérêts et, dans une certaine mesure, ceux de son pays (plus que de son peuple). On peut s’inspirer de sa détermination, de son talent diplomatique, de son patriotisme. On peut même les admirer, et les envier pour nos propres nations. Mais on ne saurait oublier qu’il ne s’agit nullement d’un ami, et que ses intérêts ne sont pas les nôtres.

…/…

La Russie est justement la preuve, comme d’ailleurs le Japon, qu’il n’y a pas de changement de peuple, même en cas de décroissance démographique et de vieillissement de la population, si les pouvoirs en place ne le souhaitent pas ; en d’autres termes, si le remplacisme global ne dispose pas (encore ?), dans le pays concerné, du contrôle de la situation. Ce n’est pas la décroissance démographique qui entraîne le changement de peuple, c’est l’idéologie remplaciste, celle pour qui l’homme est par définition remplaçable, une cuillerée étalable à merci de Matière Humaine Indifférenciée (MHI).

La décroissance démographique n’est pas un déclin, ni une faute, ni une erreur d’appréciation. Étant donné l’état de la planète, elle est au contraire la sagesse même. Les peuples les plus avancés le perçoivent parfaitement au tréfonds d’eux-mêmes.

Toutes les politiques écologiques sont parfaitement vaines, représentent des milliards jetés par les fenêtres et des efforts surhumains gâchés pour rien, tant que la croissance démographique planétaire n’est pas enrayée et renversée, et qu’elle annihile systématiquement leurs efforts et leurs effets. Neuf sur dix des maux dont souffre la Terre ont une source unique : la surpopulation.

…/…

L’attitude démographique des peuples développés comme l’Allemagne, l’Italie ou la Russie, qui tendent vers une légère décroissance, est à mon avis, je le répète, la sagesse même et devrait être encouragée, ou en tout cas pas combattue. C’est le comportement démographique de l’Afrique qui est délirant, une pure folie.

…/…

La force est de moins en moins liée au nombre, à la quantité. Elle va à l’intelligence, à la prévoyance, à la subtilité stratégique, à la recherche : pas à la quantité des peuples ou des armées. Voyez le minuscule Israël tenir tête à soi-seul grâce il est vrai à ses alliances et à sa diaspora, mais surtout à une vigilance de tous les instants, et à la force de sa volonté, à l’océan de haine qui l’entoure de toute part.

Israël et Jérusalem

L’arrogance islamique n’est jamais plus évidente qu’en les moments où elle appuie les droits prétendus des musulmans au site de la mosquée Al-Aqsa sur le fait qu’il s’agirait du « troisième lieu saint de l’islam ». Admettons que ce le soit, et c’est déjà beaucoup demander, car, jusqu’en 1967, on n’avait guère entendu parler de Jérusalem comme lieu saint de l’islam, et les dirigeants et chefs d’État arabes et musulmans ne s’y pressaient guère pour y faire leurs dévotions, alors que la ville était sous contrôle jordanien et qu’ils eussent eu tout loisir de le faire. C’est la reprise de leur capitale éternelle par les juifs qui tout à coup a fait de Jérusalem une ville sainte de l’islam, par on ne sait quel miracle rétrospectif. Mais passons, passons, admettons : troisième lieu saint de l’islam, bon, il y a quelques textes à l’appui. En quoi cela devrait-il donner aux musulmans le moindre droit, dans la mesure où le mont du Temple est de toute évidence le premier lieu saint d’Israël, et Jérusalem en général, le site de la passion du Christ, le premier lieu saint du christianisme ? En quoi un troisième lieu saint, nouvellement créé, d’une religion tard venue devrait-il étayer ses prétentions au détriment de deux autres religions plus anciennes, dont le même lieu est le premier lieu saint ? Est-ce qu’une religion jouit d’une préséance sur deux autres qui la valent bien, au seul motif qu’elle fait plus peur et que ses fidèles sont plus agressifs ?

…/…

C’est une des raisons qui me font dire qu’Israël est le modèle des sociétés occidentales, l’exemple de ce qu’elles devraient être : pays resurgi de la mort et de l’holocauste, remonté du tombeau, comme Lazare, ressuscité, comme l’hébreu effacé et re-né. D’autre part, île minuscule isolée parmi un océan innombrable d’ennemis, il prouve que la force, aujourd’hui, n’est plus une affaire de quantité mais, plus que jamais, d’intelligence, d’attention de tous les instants et de volonté.

2017, dernière chance avant le Grand Remplacement. Changer de peuple ou changer de politique ?, Renaud Camus, entretiens avec Philippe Karsenty, La Maison d’Édition, 2017.

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Les mille masques d’Emmanuel Hollande

Emmanuel Macron, mars 2017. SIPA. 00799991_000037

« On avait fait, l’hiver précédent, plusieurs masques de cire de personnes de la cour, au naturel, qui les portaient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on y était trompé en prenant le second masque pour le visage, et c’en était un véritable, tout différent, dessous ; on s’amusa fort à cette badinerie. » (Duc de Saint-Simon, Mémoires, , année 1704).

Le bel Emmanuel regarda le miroir, qui réfléchit un court instant et choisit de lui renvoyer son image. Il était jeune, il était beau, il souriait avec désinvolture, il avait le verbe facile d’un télévangéliste américain.
Lentement, sans trop savoir ce qu’il faisait, Emmanuel porta la main à son menton, fouilla avec les ongles et arracha délicatement sa première peau.

La marionnette laissait enfin apparaître le manipulateur…

Le miroir refléta ce qu’on lui proposait — l’image légèrement brouillée de Manuel Valls. La conscience d’Emmanuel, qui subsistait sous le masque, grimaça quelque peu — et le jeune homme se débarrassa prestement de l’apparence de l’ancien premier ministre…

… ce fut pour retrouver, successivement, le crâne chauve de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense de Hollande, qui devint le crâne déplumé de Bernard Poignant, puis la bouche sans lèvres de Gérard Collomb, le maire PS de Lyon, puis le visage parcheminé de Bertrand Delanoë, puis les yeux fendus et la mèche en bataille de François Bayrou, puis…

Masque après masque, le jeune candidat n’en finissait plus d’arracher les multiples apparences qui lui avaient donné, au départ, une certaine densité. Peu à peu, ses traits s’affinaient, — bientôt il ne resterait qu’une ombre. Jacques Attali lui prêta un instant sa barbe mal taillée, Robert Hue son collier poivre et sel, Erik Orsenna sa moustache mélancolique, Pierre Bergé ses rides d’octogénaire — et toujours le PS tout entier défilait dans le miroir, chaque image laissant la place à une image toujours plus dérisoire. Pour certains, le masque n’était lui-même que le prête-nom d’un autre masque, dissimulé sus la dissimulation — ainsi Patrick Drahi feignait-il de s’appeler Bernard Mourad… « Ciel, pensa Emmanuel, être François de Rugy — non, non ! Non, pas Douste-Blazy ! »

Quand enfin apparut le visage poupon de François H***, il sut que son calvaire d’écorché prenait fin. La marionnette laissait enfin apparaître le manipulateur…

… puis le manipulateur du manipulateur — et Emmanuel se désola quand même de porter les traits, un court instant, de Jean-Pierre Jouyet…

Mais le masque de Jouyet s’arracha à son tour. Dessous…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

18 juin 2017: le Premier ministre Bayrou démissionne

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François Bayrou descend les marches du palais de l'Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106
François Bayrou descend les marches du palais de l'Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106

>> A lire aussi: Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose (1/3)

>> A lire aussi:  Macron président? Sarko contre-attaque! (2/3)

Mardi 9 mai, 10h44, Mairie de Pau

François Bayrou posa son téléphone mobile sur le bureau de maire de Pau, dont il savait qu’il allait bientôt le quitter. Il venait d’accepter la proposition du nouveau président élu de devenir Premier ministre. Certes, si on comparait le score obtenu par Emmanuel Macron lors de ce second tour avec les précédents duels de la Ve République, il pouvait être considéré comme aussi bien élu que François Mitterrand en 1988 (154%). Mais compte tenu de son adversaire et des prévisions des instituts de sondages, qui le donnaient tous vainqueurs le 23 avril au soir avec un minimum de 60%, le nouveau chef d’Etat était conscient d’avoir réalisé une contre-performance. François Bayrou était d’accord avec son allié sur l’idée de nommer Christine Lagarde à Matignon. Mais ce matin-là, Emmanuel Macron avait enregistré le refus de la directrice du FMI, qui préférait rester sur les rives du Potomac, plutôt que de s’engager dans une périlleuse batailles des législatives, qui plus est face à celui qui l’avait nommée ministre des Finances puis lui avait obtenu le poste qu’elle détenait à Washington. Emmanuel Macron pouvant difficilement nommer un membre du PS à Matignon, et compte tenu du fait que Juppé et NKM ne bougeraient pas, François Bayrou était le seul homme à être taillé pour le poste. Et il ne pouvait pas refuser cette mission. C’était à lui de livrer la bataille contre Sarkozy, son adversaire de toujours, au service du nouveau président. Il n’était même plus question de négocier les sièges du Modem, ni de coalition. Il était devenu de facto le général du futur parti du président.

*

Jeudi 11 mai, 16h03, Le Carré, Nanterre

Marion Maréchal-Le Pen n’avait pas pu apprendre le maniement des armes, sa demande d’intégration à la réserve citoyenne ayant été refusée. Mais ce jour-là, elle était partie à la chasse. La chasse au Philippot. Pour elle, le temps était venu. Il fallait en finir avec son adversaire au sein du FN, responsable, selon elle, de la défaite du parti à la présidentielle, et de l’occasion manquée de faire exploser la droite entre les deux tours de l’élection présidentielle. Elle avait pris rendez-vous avec sa tante et lui balança alors toutes ses vérités. Si Sarkozy avait pu ainsi sauver l’armée LR pourtant en mauvaise posture avec le score catastrophique de son candidat à l’élection présidentielle, c’était à cause du projet trop à gauche, à cause du logiciel national-républicain du stratège frontiste. Marine Le Pen rétorqua à sa jeune nièce que sa candidature avait créé la surprise en obtenant huit points de plus que ne lui en accordait les sondages. Que la stratégie mise au point avec Florian Philippot lui avait permis de gagner le face-à-face, de l’avis de tous les observateurs. Mais Marion Le Pen ne désarma pas. Pour elle, une occasion avait été manquée. L’occasion de tuer la droite républicaine. L’occasion d’ouvrir les bras à tous les électeurs de droite face au candidat de la « gauche libertaire » chimiquement pure, incarnée par Macron. Il aurait fallu être conservateur, réactionnaire. Ne pas aller chercher bêtement les électeurs de Mélenchon, dont une bonne part, pourtant – Damien Philippot avait rédigé une note en ce sens- avait préféré le vote frontiste au second tour. Comprenant que sa nièce ne désarmerait pas, Marine Le Pen tenta de gagner du temps. « Nous avons des élections législatives à gagner maintenant. Nous pouvons obtenir une centaine de sièges. Tu me jugeras après. Si je me ramasse, tu pourras essayer de demander la tête de Florian. Et même la mienne. Mais pendant la bataille, toute déclaration perturbant le travail de nos candidats sur le terrain serait un crime contre le Front ». Marion tourna les talons, fit trois pas, et avant de passer la porte du bureau de sa tante, se retourna : « D’accord. A moins de cent sièges, je déclare la guerre. A toi. Pas aux frères Philippot ».

*

Dimanche 18 juin, 23h47, Rue de Miromesnil, Paris

Le décompte était terminé. Les trois dernières circonscriptions tangentes étaient passées dans l’escarcelle de « Pour l’alternance ». Dans les Ardennes, dans l’Eure et dans le Vaucluse, où le député-sortant Julien Aubert avait vaincu dans une triangulaire avec une avance de trois voix, trois nouveaux sièges portaient la future majorité parlementaire au nombre de 291, soit deux de plus qu’il n’en faut pour qu’elle soit absolue. Nicolas Sarkozy était vainqueur. Le téléphone ne tarda pas à sonner. Le président de la République lui annonçait la démission de François Bayrou, et lui fixait rendez-vous pour le lendemain à 11h00. Après avoir accepté d’être un acteur de la quatrième cohabitation de la Ve République, il pensa au maire de Pau, plus éphémère Premier ministre depuis 1958. Il pensa à ce fauteuil de Matignon qu’il n’avait jamais occupé. Il pensa aussi aux deux promesses d’ivrogne qu’il avait faites un soir de mai 2012 et un autre de novembre 2016. Ses passions publiques et privées étaient à jamais mêlées. Il pensa enfin à ce que lui avait confié Michel Gaudin quelques jours auparavant. A moins de 100 sièges obtenus, la guerre éclatait au sein du FN. Alors que minuit approchait, il était désormais certain que le chiffre n’irait pas au-delà de 99.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Dérapage

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Organisations musulmanes de France: la guerre est déclarée!

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Anouar Kbibech, Dalil Boubakeur et Marwan Muhammad. Sipa. Numéro de reportage : 00747755_000006 et AP21942980_000004.

Anouar Kbibech, Dalil Boubakeur et Marwan Muhammad. Sipa. Numéro de reportage  : 00747755_000006 et AP21942980_000004.

« Charte de l’imam », lettre aux candidats à la présidentielle : puisque l’islam n’occupe pas une place assez importante dans la campagne présidentielle, certains acteurs musulmans ont décidé de l’imposer à l’ordre du jour. Et malgré les apparences, chacun prêche pour sa paroisse. Si nombre de musulmans reprochent aux politiciens de faire cas de leur religion durant les élections, les patrons des institutions officielles ne sont absolument pas en reste, et ne se gênent pas pour tenter d’écarter le voisin un peu trop gênant d’un coup de relation presse. Ces querelles de chapelle esquivent tous la seule question qui vaille : comment réduire à la marginalité les imams YouTube et autres convertis aussi zélés qu’ignares qui ont fait leurs classes en prison ?

La castagne a vraiment commencé lors des chantiers lancés par le gouvernement sous l’égide de Jean-Pierre Chevènement : voilà la Grande Mosquée de Paris qui claque la porte, furieuse de se voir attribuer une autorité de tutelle – laquelle a tout de même voyagé en Egypte et fréquenté les savants de l’université Al-Azhar, plus grande université en théologie islamique du monde.

De la lettre aux candidats du CFCM…

Le premier à tirer a été le patron du CFCM. Il a envoyé une lettre aux candidats le 22 mars, demandant notamment la révision des programmes d’histoire pour valoriser l’amitié entre le Maghreb et la France, et proclamant en plusieurs lignes un attachement presque romantique aux valeurs de la République.

Dans ce texte très politique qui se conclut par une prière pour la France, le CFCM se cantonne à l’habituel Padamalgam en réclamant avec force « punition sévère » et « déplacements symboliques » face aux actes anti-musulmans. Victimaire, comme à l’accoutumée, ce quasi-tract prétend que « la question de la compatibilité de l’Islam avec les valeurs de la République n’a pas de sens », non sans préciser que les « musulmans de France considèrent que l’islam confère une égalité totale aux femmes et aux hommes ». Cette lettre illustre le déni dans lequel vit le CFCM, qui semble ne pas se rendre compte des ségrégations sexistes opérées dans certains quartiers de région parisienne, ni des dérives liées à certaines radicalisations. Fermez le ban.

…à la proclamation de la Grande Mosquée de Paris

Quelques jours plus tard, c’est au tour de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, de publier le 28 mars une Proclamation de l’islam en France. « En France » et pas « de France ». La nuance est de taille. Il reprend peu ou prou la ligne du CFCM en dénonçant à grands cris les « islamophobie » et « islamopsychose » françaises.

Mais à la différence du Conseil Français du Culte Musulman, Boubakeur semble prendre en compte les critiques adressées aux manifestations de l’islam sur le territoire français, et commence sa proclamation en contextualisant une « réinterprétation du texte dans le contexte ». Il n’hésite pas à mettre en garde ses fidèles contre les « sources, prédicateurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté », visant ainsi les prêcheurs radicaux 2.0, mais également contre « l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle ».

Rappelant que « la prière ne doit en aucune manière produire du désordre ou du trouble » dans une France qui « n’est pas (…) terre d’islam », il appelle au respect des valeurs de la République et explique qu’un musulman n’a pas à revendiquer l’interdiction de caricatures blasphématoires, en référence aux prières de rue et aux caricatures de Charlie hebdo.

Le texte rappelle en outre à plusieurs reprises son attachement aux valeurs de la République, à l’égalité homme-femme, et tutti quanti. Au fil des pages, le recteur rappelle les grands principes de l’islam, invite les hommes et les femmes à la simple décence, les appelle notamment à respecter leurs concitoyens lors de la période du Ramadan, et, somme toute, définit un islam plutôt libéral.

Quand le CFCM renchérit…

Nouvelle surenchère : c’est de nouveau le CFCM qui, cette fois-ci, publie ce qui serait un document de travail, soit la « charte de l’imam », à la presse. Ce document souligne l’importance des valeurs de la République pour les prédicateurs musulmans et les enjoint à prêcher un « islam du juste milieu ». La déclaration de principes a vocation à être signée par les imams exerçant en France, ce qui est loin d’être gagné compte tenu de l’essor de la mouvance salafiste radicale sur le territoire national. La charte ne concernera que les imams volontaires. Quid de ceux qui refuseront de signer cette forme de code déontologique ?

Mais la diffusion du document à la presse ne passe pas. Les participants n’acceptent pas de se voir voler la vedette. Encore plus décrédibilisé par le communiqué cosigné par la Confédération islamique Milli-Görüs (CIMG), le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP), l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et l’organisation Foi et Pratique, le CFCM voit son image un peu plus écornée. Les frondeurs s’offusquent ainsi de la publication jugée impromptue du texte, et dénoncent à cors et à cris « les méthodes employées par le président du CFCM », qui aurait publié des « documents de travail non encore adoptés ». Chacun sa version.

Si CFCM et Grande Mosquée de Paris jouent sur la même tonalité, celle d’un islam libéral, ouvert et moderne,  nul n’ignore qu’entre Anouar Kbibech, d’origine marocaine et la Grande Mosquée de Paris, liée à l’Algérie, les relations ne sont pas au beau fixe. Objet du litige : la direction de l’islam de France. Pas besoin de chercher plus loin.

Que l’UOIF, proche des Frères Musulmans, râle, n’est pas étonnant. Que la Grande Mosquée de Paris s’émeuve, ce n’est pas plus une surprise. Pas plus que l’agitation de la Turquie d’Erdogan. Mais  quelle valeur cette charte aura-t-elle, compte tenu de l’autorité relativement faible du CFCM auprès de la population musulmane ?

…face à l’islamisme made in France

Pendant que tout ce beau monde s’entredéchire, un troisième courant retient l’attention des musulmans de France : les Frères musulmans, dissimulés derrière une association officiellement laïque. Bien qu’il se prétende non-religieux, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) entretient en effet des liens troubles avec la mouvance frériste, comme Tariq Ramadan, ou encore son fondateur, Samy Debah, qui, selon Libération, est un ancien prédicateur du Tabligh proche de l’islamologue suisse.

Le médiatique Marwan Muhammad, directeur exécutif du CCIF, n’hésitait pas à affirmer tranquillement dans les colonnes du Monde en septembre 2016 que « l’Etat n’a pas à réformer l’islam ». Pour lui, au moins, la question est réglée : « il n’y a pas (…) d’islam de France ». Pour sûr, Muhammad n’a aucun intérêt à promouvoir l’islam version marocaine et algérienne.  Sous couvert de vivre-ensemblisme et de police de la tolérance, il semble chercher à défendre l’islamisme frériste de France comme seule et unique doctrine pour les musulmans. Ainsi qu’en témoigne son sujet favori : le foulard. Il exige en effet l’abrogation des lois de 2004 et de 2010 prohibant le port du voile à l’école et le port du voile intégral dans l’espace public.

Grâce à sa communication moderne et numérique, le CCIF semble être beaucoup plus écouté par la jeunesse franco-musulmane que les représentants d’institutions pourtant officiellement connues et reconnues. L’association, qui assume sa proximité avec des organisations comme Al-Kanz ou Baraka City s’est affiché auprès d’imams aussi radicaux que Nader Abou Anas et Rachid Abou Houdeyfa.

En fin de compte, les éternelles guerres de pouvoir entre affidés de l’Algérie, du Maroc et de la Turquie profitent à ces stakhanovistes de la charia, voire aux tenants d’un djihad guerrier.

Une question moins théologique que politique

Malgré les apparences, le débat n’est pas tant théologique que politique. Car les textes sacrés ne servent que de source d’autorité à quiconque proclame « faites ce que je vous dis parce que c’est écrit dans le Coran ». La problématique ne consiste donc ni à savoir ce qui est écrit dans le Coran ni comment l’interpréter. La question est de déterminer quels sont les exégètes les plus écoutés par les croyants.

Or, dans leurs différentes productions écrites, les différents acteurs musulmans en France ne traitent pas ce problème. Aucun d’entre eux ne dit comment, par miracle, son interprétation deviendra hégémonique. Dommage, on aurait aimé savoir comment faire en sorte que les Merah et Coulibaly en germe écoutent la Grande Mosquée de Paris plutôt que l’EI ou Al-Qaïda.

Macron, le séducteur fantôme

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Emmanuel Macron. Crédit photo : Thomas Samson
Emmanuel Macron. Crédit photo : Thomas Samson

Emmanuel Macron est un tombeur. Un vrai. Il n’échauffe pas que les tempéraments de midinette. Les politiciens les plus rudes, des esprits pleins d’éclairs graves lui succombent. Jean-Pierre Chevènement, Philippe de Villiers, Marcel Gauchet, le banquier Henrot et la clientèle de la maison Rothschild, Jacques Attali, François Hollande, feu Paul Ricœur et Michel Rocard, tous ceux qui l’ont approché en parlent — ou en ont parlé — avec des émois de brebis en été. Quel est son secret ? Des mains de prince finlandais, la souplesse de son allure, son parfum peut-être. Il doit se produire quelque chose d’inouï quand on rencontre cet homme-là, de suave et d’inoubliable, comme une romance au bord de l’eau dans un feuilleton brésilien. « C’est l’homme qui dit le mieux bonjour dans l’hémisphère nord », selon un de ses amis. S’il pouvait rencontrer tous les Français avant le 22 avril, Emmanuel Macron remporterait la présidentielle avec 100 % des voix.

Un séducteur qui n’inspire pas la sympathie

Pauvre de nous qui n’aurons pas la chance de le connaître. Sur un écran de télévision, la finesse de ses traits, son agilité à l’oral, sa jeunesse opèrent leur charme. Pourtant, la féerie Macron se dilue. Quelque chose cloche dans son numéro. Attiré par la douceur de ses sourires, le spectateur bute sur son regard en silex bleu d’ambitieux sans affects et sûr de lui. Emmanuel Macron est un séducteur qui n’inspire pas la sympathie. Il séduit sans aimer et sans remords. Dans la vie, une personnalité comme la sienne enivre. À la télévision, elle met mal à l’aise. On sent l’artifice.

Il n’empêche, Emmanuel Macron a tout l’air d’un homme brillant. En tout cas, il brille. Quand on l’entend parler, on devine une personnalité qui mériterait d’être connue. Intrigué, on écoute, on s’approche, on tourne autour, on se penche. Et l’on ne trouve pas grand-chose, sans pour autant perdre[access capability= »lire_inedits »] sa première impression. On voudrait prendre le pouls de son âme, mais son âme est comme une voix montant du fond d’un tunnel, que l’on entendrait confusément avec le sentiment que l’on est sur le point de comprendre les paroles qu’elle prononce, qui semblent de grand intérêt, sans que l’on y parvienne jamais. Cet homme a du génie pour ne rien laisser paraître en prenant des airs frappants. C’est un trou noir qui fait des étincelles. Quant à son profil d’homme public, il émerveille : khâgneux, énarque, pianiste, philosophe, banquier, poète, économiste, chevènementiste, mondialiste, étatiste, libéral, hollandiste, pragmatique, aventurier, etc. La presse voudrait voir dans ce méli-mélo la preuve qu’Emmanuel Macron est l’homme plein d’humanités de jadis. Mais Emmanuel Macron n’est pas un tout, c’est un capharnaüm de styles et d’idées qui tourbillonnent pour exister. C’est l’homme-tout-et-rien, qui est tout parce qu’il n’est rien, et inversement. L’homme désincarné, sans racines, sans parti, sans idéologie. Celui qu’il faut à la mondialisation heureuse.

Le grand bourgeois d’Amiens

Il ne se perçoit sans doute pas ainsi. Pour comprendre ses contradictions, il faut comprendre ses origines. Emmanuel Macron est né à Amiens. Mieux : il est né grand bourgeois à Amiens. Grand bourgeois à Amiens ! Un tigre blanc dans un pré à Melun ! Il faut se représenter Amiens. Une cathédrale, haute comme 100 hommes, toute en vertiges et en lyrisme gothique, au milieu de maisons et de petits immeubles en briques rouges construits à la va-vite après la guerre. Si l’on y trouve des îlots où vivent des gens qui ont de l’argent, les quartiers chics n’existent pas. La population, ouvrière et petite-bourgeoise dans son ensemble, y a le tempérament flamand, énergique et chaleureux dans la grisaille, quoique plus mélancolique que dans le Nord. On y boit et on y fume beaucoup, pour oublier l’ennui et la médiocrité du paysage.

La capitale n’est pas loin. Bourgeois ou non, dès que l’on se sent un peu de talent et de culture, on y pense, avec inquiétude et envie, sans trop y croire ou avec des bouffées de mégalomanie, selon l’heure et l’humeur. Ce n’est pas que l’on aime Paris, mais Amiens est l’un des rares lieux en province où l’on entend encore des habitants mépriser leur ville à voix haute, malgré l’affection, l’orgueil et le reste.

Alors, imaginez un Emmanuel Macron, fils d’une mère médecin-conseil à la sécurité sociale et d’un père professeur de neurologie, dans ce décor ! Sa scolarité, du collège à la classe de première, s’est déroulée au lycée La Providence, un établissement privé tenu par des jésuites. Autant dire que l’on a fait éclore sous une serre une fleur tropicale dans le Sahara. Ceux qui écrivent sur lui notent qu’Emmanuel Macron parle peu d’Amiens. Que pourrait-il en dire ? Il a grandi au milieu d’une population avec laquelle il n’avait pas grand-chose en commun. S’il dit que son enfance en Picardie l’empêche de se reconnaître dans la bonne société parisienne, il ne doit pas se sentir plus à l’aise dans la ville de son enfance.

Enfant de bonne famille, surdoué mais sans terre d’attache, Emmanuel Macron a le charme du marginal et l’arrogance du bourgeois plein de facilités. Il attire et horripile tout à la fois. Ses choix de carrière, ses analyses économiques très mainstream pourraient le faire passer pour un homme rationnel. En fait, il est fantasque. Son parcours idéologique à choix multiples aurait pu lui permettre de se bâtir un programme en osmose avec les aspirations de l’électorat de 2017. Il a décidé de prendre la mer idéologique à contre-courant. Moins par conviction que par goût du défi pour le défi. À Amiens, où l’on a le temps de penser à soi, où l’on a même que cela à faire, les vents ont dû souffler fort dans ce crâne d’enfant, et dans toutes les directions, en élargissant les parois, jusqu’à lui donner des proportions admirables. Ce sont ces mêmes vents qui semblent aujourd’hui s’engouffrer dans les voiles de son navire, le maintenant à flot contre toute vraisemblance. On le regarde avancer au milieu de mille et un dangers, avec curiosité. Sans malveillance, mais sans affection. Et l’on se demande quand aura lieu la noyade. [/access]

Ils meurent pour Allah! Et nous?

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Un café parisien, décembre 2015. SIPA. 00733530_000012
Un café parisien, décembre 2015. SIPA. 00733530_000012

Ça commence comme du Philippe Muray. Dans Chers djihadistes, il prophétisait une défaite annoncée. « Craignez le courroux de l’homme en bermuda qui descend de son camping-car… Nous vaincrons car nous sommes les plus morts ». C’est une filiation que ne renie pas Alexandra Laignel-Lavastine. Muray sonnait le glas. Elle, elle sonne le tocsin.

Le glas est utile. Le tocsin est nécessaire. Il appelle au combat contre ceux qui veulent nous tuer. Il écrase ceux qui préfèrent vivre couchés plutôt que mourir debout. Et c’est avec une lucide férocité qu’Alexandra Laignel-Lavastine dénonce le « tous en terrasse ! » qui a suivi la tuerie du Bataclan. Une bière contre les assassins… Un mojito pour faire la nique à Allah…

Face à la guerre…

Il y a du Muray dans sa description du bobo baignant dans sa bêtise sanctifiée par la compulsion frénétique au bien. Le bobo, tel qu’elle le campe, est le descendant immédiat du petit bourgeois dépiauté par Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Il fait la fête, donc il est. Et les djihadistes sont vraiment trop cons de ne pas venir boire un coup avec lui à une terrasse de café du onzième arrondissement. Ah ça, tuer, mourir, ça ne se fait pas.

Le livre d’Alexandra Laignel-Lavastine donne, s’éloignant du scepticisme crépusculaire de Muray, des raisons d’espérer. Elle s’appuie pour cela sur ceux qui ont vu juste. Elle cite le philosophe tchèque Jan Patocka : « Une vie qui n’est pas disposée à se sacrifier à son sens ne mérite pas d’être vécue ».

Si nous voulons gagner la guerre qui nous a été déclarée, il serait donc temps de savoir quel « sacré » nous autres, Européens, sommes encore en mesure d’opposer à nos adversaires djihadistes, écrit-elle. Citons-la encore. « Dans une société laïque qui ne prend plus ses ordres ni du Ciel, ni de la Tradition, nos sociétés laïques ne peuvent se maintenir, dans l’absolu, qu’en vertu de nos dispositions à sacrifier nos vies ».

Tout son livre semble inspiré par cette phrase de Baudelaire : « Il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est bon pour le fouet ». Il y a des livres qui sont une lamentation, ou une supplique. Celui d’Alexandra Laignel-Lavastine est un manuel de combat.

Alexandra Laignel-Lavastine. Pourquoi serions-nous encore prêts à mourir ? Pour un réarmement intellectuel et moral face au djihadisme. Cerf. 150 pages. 14 euros. 

Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir ?

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Chers djihadistes...

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Santé: On naît femme, on ne le devient pas

Peggy Sastre (à gauche) et Claudine Junien (à droite).
Peggy Sastre (à gauche) et Claudine Junien (à droite).

Le 14 mai 2014, la revue Nature, référence scientifique par excellence, publiait un article qui, en fondant la recherche sur la différence entre les sexes, allait révolutionner la science, la médecine, et notre santé. Qui s’en souvient ?… Nos médias, d’ordinaire si prompts à traquer le sensationnel, ont alors laissé passer sans une ligne le vrai « scoop » : désormais, aux Etats-Unis, toutes les études, sur des cellules ou sur des modèles animaux, qu’elles portent sur l’Homme ou une autre espèce, devaient, pour être financées, inclure les deux sexes. La sentence  tombait du plus haut de l’instance la plus puissante en matière de recherche dans le monde : l’Institut national de la Santé américain (NIH). Son directeur, le généticien Francis S. Collins, et Janine A. Clayton, directrice du Département de la Recherche sur la Santé des femmes (ORWH), mettaient ainsi définitivement fin à la sous-représentation des femmes dans la recherche médicale et, par voie de conséquence, à une vision unisexe de la santé.[1. Clayton JA, Collins FS. NIH to balance sex in cell and animal studies Nature. 2014 May 15;509(7500):282-3.]

Certes, dès 1993, un premier pas avait été franchi en incluant obligatoirement les femmes dans la recherche clinique, mais, en s’attaquant là à la recherche fondamentale, le NIH faisait tomber le dernier bastion des tenants des différences sexuelles biologiques réduites aux organes génitaux, hormones sexuelles, fonctions reproductives. Cette vision « bikini », seule la France y resta obstinément fidèle, prenant ainsi dix ans de retard sur le Canada, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, l’Italie, Israël… au point qu’en novembre 2016 encore, dans un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Jennifer Merchant et Catherine Vidal  ne pouvaient, pour expliquer l’importance du sexe dans la santé, s’empêcher de faire appel aux vieux démons des stéréotypes de genres

Des médicaments… pour les hommes

Jusqu’à quand occultera-t-on les différences biologiques présentes dans nos 60 000 milliards de cellules, et ce dès la conception ? Jusqu’à quand l’équité entre les sexes, telle que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la prône depuis 2002 pour résoudre les enjeux sanitaires autour de la maternité, des violences et des infections sexuellement transmissibles sera-t-elle exclusivement déclinée selon les genres sans jamais prendre en compte les différences  biologiques ? Jusqu’à quand la santé sera-t-elle exclue d’un vrai combat pour la parité ? Malgré le coup de poing du NIH, seules 30 % des études cliniques environ représentent les femmes et environ 80% des études chez l’animal ne portent toujours que sur des mâles. Or, de 1997 à 2000, sur 10 molécules retirées du marché, 8 l’ont été en raison d’effets secondaires chez des femmes. Et les femmes font une fois et demi à deux fois plus d’accidents secondaires liés aux médicaments que les hommes : un coût humain et financier exorbitant et… évitable.

Certes, l’inclusion des femelles dans les études sur l’animal impose des coûts supplémentaires. Surtout, elle serait, paraît-il, entravée par la variabilité due à leur cycle de reproduction… sauf qu’il a été démontré que la variabilité entre les individus d’un même sexe est équivalente pour les deux sexes sur la plupart des traits étudiés ! Quant au surcoût, nul n’a encore eu la bonne idée de le comparer à ce que payent les femmes victimes d’accidents secondaires… et le retrait consécutif du marché des médicaments incriminés.

On n’échappe pas à son sexe

Génétiquement, la ressemblance moyenne entre deux hommes ou deux femmes atteint les 99,9%, mais elle n’est que de 98,5% entre un homme et une femme, soit 15 fois plus important qu’entre un humain et un chimpanzé de même sexe ! Toutes les cellules de l’embryon contiennent 23 paires de chromosomes et ont un sexe, déterminé dès la conception, par la paire de chromosomes sexuels: XX pour les filles, XY pour les garçons. Chacun le sait, mais on continue à penser que les différences, « c’est hormonal » ou lié au « genre » dicté par l’environnement. Non ! Les hormones – lors de la différenciation des gonades – puis l’environnement socioculturel – à partir de la naissance – n’interviennent que plus tard.

Sachant que le génome est stable, définitif et identique dans chacune de nos cellules, comment expliquer que nos 23 000 gènes ne s’expriment pas de la même façon selon le tissu, le foie, le rein ou le cerveau ? Tout simplement parce que chaque gène « s’exprime » plus ou moins selon qu’il porte en lui et autour de lui des instructions pour fabriquer une protéine en plus ou moins grande quantité et, de plus, de façon différente selon le sexe… Chez la fille, en effet, un des deux X, d’origine paternelle ou maternelle, est inactivé au hasard dans chaque cellule, et sur les 1 400 gènes de cet X « inactif », 15% à 25% peuvent échapper à l’inactivation et donc s’exprimer davantage. Avec leur X unique, les garçons, en revanche, ne manifestent leur différence que par la petite centaine de gènes spécifiques de leur chromosome Y. Telle une mémoire sexuelle, ces gènes du chromosome X chez la fille et ceux du chromosome Y chez le garçon, modulent au bon moment, dans la bonne cellule, l’expression d’autres gènes, de sorte que, 30 % de nos gènes en moyenne s’expriment différemment selon notre sexe dans tous nos tissus et donc dans chacune de nos cellules.

Et c’est bien ce qui fait la différence et la nécessité de s’entendre sur les mots : le « sexe », se réfère uniquement aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les femmes des hommes depuis la conception et tout au long de la vie ; le « genre » quant à lui, sert à évoquer les rôles qui sont déterminés socialement – après la naissance –  les comportements, les activités et les attributs qu’une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes.

Ce n’est donc pas en masquant ces différences sous prétexte d’éviter toute discrimination qu’on aide les femmes, au contraire ! Ne pas reconnaître les différences sexuelles, malgré l’accumulation de preuves scientifiques en ce sens, c’est pénaliser les femmes… et les hommes !

Un enjeu scientifique majeur

Pourquoi le retard mental, l’autisme, les tumeurs du cerveau et du pancréas sont-ils plus masculins, de même que les conduites à risque, les addictions et la violence? Pourquoi, en revanche, la maladie d’Alzheimer, l’anorexie et autres troubles alimentaires, la dépression, l’ostéoporose et certains cancers, de la thyroïde, par exemple, touchent-ils plus les femmes ? Parce que les maladies ont un sexe ! Ainsi, les hommes seraient protégés contre les maladies auto-immunes (maladies thyroïdiennes, sclérose en plaques, lupus etc..) grâce justement aux gènes de leur chromosome Y. Inversement, deux X peuvent valoir mieux qu’un, car il est démontré que des gènes suppresseurs de tumeur en double exemplaire sur le chromosome X épargneraient aux femmes certains cancers. Mais il a fallu attendre 1990 pour que le NIH, malgré son avance sur le sujet, crée un bureau spécifique de recherche dédié aux femmes (ORWH),  et que l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) les inclut systématiquement dans les essais sur les médicaments. La découverte de mécanismes sexués aux niveaux cellulaires et moléculaires, apparus au cours de l’évolution comme compromis entre la reproduction et la survie, éclaire donc peu à peu ces constats. Aurait-on trouvé autrement que, en cas de lésions nerveuses, certaines voies de la douleur passent par la microglie dans le cerveau chez les souris mâles et par des cellules spécifiques du système immunitaire chez les femelles ?

Le genre doit cesser d’être un cache-sexe

La médecine traite encore les femmes et les hommes sur un mode unisexe qui peut nuire à leur santé et  hypothéquer notre système de soins en termes de coûts,  non seulement  financiers, mais sociaux et humains. Pourquoi administrer une dose de vaccin à une femme quand la moitié suffirait ? Est-il acceptable qu’un médecin ne soit pas formé pour reconnaître les différences de symptômes d’infarctus chez une femme par rapport à un homme ou savoir adapter une prescription d’aspirine ou de somnifère en fonction du sexe de son patient ? C’est bien le déni des différences qui est à l’origine de ces inégalités et non les différences elles-mêmes, et ce n’est pas en les occultant que l’on supprimera les discriminations.

Ce n’est pas en supprimant le mot « race » que l’on supprimera le racisme ; le féminisme se condamne à être une coquille creuse s’il se refuse toujours de reconnaître que, n’en déplaise à Simone de Beauvoir, on nait femme : on ne le devient pas… Certes, le social influence le biologique et réciproquement, le biologique influence le social. Le genre dépend effectivement d’un formatage socioculturel progressif lié à la perception et aux implications sociales de notre sexe, avec des stéréotypes difficiles à éradiquer, même s’ils sont erronés. Mais, au nom d’une fausse parité homme/femme, on a trop longtemps mis l’accent sur l’acquis, le social, ce fameux « genre », en occultant l’inné, le biologique, le « sexe ». Plusieurs pays européens ont déjà adapté en conséquence leurs recherches scientifiques et leurs stratégies thérapeutiques. La France peut-elle se permettre de prendre encore du retard et, sous prétexte de parité, éviter avec mépris et aveuglement de reconnaître les différences entre les hommes et les femmes, malgré les évidences scientifiques et au risque de passer à côté de notre santé à tous, femmes ou hommes ? Le 1er Décembre 2015 un colloque sur le sujet a été organisé à Paris par l’académie des Sciences et l’Académie nationale de Médecine; et cette dernière a organisé le 23 Juin 2016 une conférence de presse pour sensibiliser les médias le public et le corps médical et émettre des recommandations.

Les auteurs remercient Nicole Priollaud, chargée de la communication à l’Académie nationale de médecine pour son engagement et ses précieux conseils.

La domination masculine n'existe pas

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Ex utero : Pour en finir avec le féminisme

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Cette France a la campagne présidentielle qu’elle mérite

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Emmanuel Macron en campagne, Paris, mars 2017. SIPA. AP22034345_000016
Emmanuel Macron en campagne, Paris, mars 2017. SIPA. AP22034345_000016

Cette campagne a le fumet du désastre. Nous y sommes, Fabrice à Waterloo, arpentant ahuri un champ de bataille où se propage jusqu’à nous bien plus le bruit de la fureur que la fureur elle-même, effrayés que nous sommes par la seule idée du combat. Sans voir, sans comprendre, nous y voilà : perdus, démunis, dessaisis du destin que nous espérions y trouver… Nous pensions échapper au hollandisme solférinesque et c’est son double, spectre de toutes les bien-pensances sédimentées depuis trente ans qui nous guette. Cette époque est stendhalienne : la nostalgie de la grandeur s’y enfonce dans le marécage de la médiocrité. Vigny et la description de sa génération souffreteuse  au regard de celle de ses pères y prolongent leur écho.

Cette élection exacerbe tous les maux d’un processus qui vient de loin: un demi-siècle à vrai dire de mensonges, de faux-semblant, d’aveuglement… Le mensonge tout d’abord, hérité de l’esprit de 1968, qui veut qu’une société puisse vivre sans autorité à partir du moment où le dialogue assure du lien, du lien social. Les petits sauvageons qui défient les maîtres dans les écoles des banlieues irrédentistes de la République ne sont rien d’autres que les enfants monstrueux de nos renoncements. Le politique, censé incarner l’autorité légitimée par le peuple, est l’ultime victime de cette lente décomposition d’un demi-siècle de lâche abdication. Il n’y a plus de pouvoir, si ce n’est un magma polycentrique où s’affrontent des forces libérées de toute inhibition. L’offensive judiciaire, au nom d’une moralisation grossièrement pharisienne de la vie publique, peut ainsi donner cours à sa furie militante au mépris de la séparation des pouvoirs, de la violation banalisée du secret de l’instruction, de la neutralité de la justice dont la politisation est un secret de famille que l’on ne chuchote qu’à voix basse de peur de déclencher des ires vengeresses… C’est ainsi que « le mur des c… » peut tranquillement s’ériger pour clouer au pilori celles et ceux qui ne partagent pas une idéologie dominante devenue religion d’Etat… médiatique.

Chimères du « vivre-ensemble »

Car le faux-semblant a aussi infiltré jusqu’au fondement de ce qui enracine l’Etat. Celui-ci, ouvert à tous les vents du politiquement correct, n’est plus qu’une vague interprétation de l’intérêt général. La République n’est plus dans la République : balkanisée, elle est un agrégat d’intérêts communautaires, de minorités vociférantes, de revendications sociétales… Les médias mainstream, appareils de production et de diffusion de cette culture hégémonique, imprègnent de leur Weltanschauung les leviers de l’Etat : c’est ainsi que le CSA, gardien jaloux de la novlangue du moment, traque la sémantique « incorrecte »; c’est ainsi que les lois mémorielles visent à figer la lecture de l’histoire pour nous culpabiliser et nous maudire jusqu’à la fin des temps ; c’est ainsi que le Conseil d’Etat peut, sans sourciller, dispenser un arrêt imposant des conditions restrictives à  l’installation des crèches de Noël dans les mairies. La laïcité française, amnésique de ses inspirations chrétiennes, préfère nier les racines ancestrales du pays afin de ne pas froisser des idéologies qui lui sont pourtant ontologiquement opposées. La tartufferie d’Etat est désormais le stratagème des élites de la débâcle toutes acquises aux chimères d’un « vivre-ensemble » plus enclin à la soumission qu’au respect des principes et de l’histoire.

Des pros de la dénégation du réel

Cette campagne aboutit, en fin de compte, à propulser et à perpétuer contre toute attente les professionnels de la dénégation du réel, les héritiers de l’esprit de Munich, ces nouveaux Daladier dont la souplesse de l’échine est inversement proportionnelle au courage qui consisterait à regarder en face les malheurs qui viennent. Au moins Daladier, à son retour de Munich, avait-il compris que les acclamations qui saluaient son accord ne sauraient dissimuler trop longtemps l’immense duperie de celui-ci. Le monde que nous promettent ces nouveaux agents du bonheur est tout de précarité : économique par l’ubérisation, sociétal par la reconnaissance de tous les droits, y compris ceux qui réduisent la personne à un objet de consommation, civilisationnel par le clientélisme communautaire. Cette nouvelle société qui, bientôt, ne fera plus société est portée par le produit de la technocratie débarrassée de toute conscience historique et du libertarisme soixante-huitard. Rien d’étonnant donc à ce que l’icône de 1968, le jubilant Cohn-Bendit, revenu depuis longtemps de tous ses rêves révolutionnaires mais toujours accroché à ses fantasmes libertariens, nonobstant l’outrage des ans, ait vu le premier dans le jeune inspecteur des finances en marche la matière fongible à toutes les aventures susceptibles de poursuivre la liquidation de la vieille société abhorrée… La séquence Macron – car ce n’est qu’une séquence tant elle obéit aux canons standardisés d’une filmographie communicante – porte jusqu’à l’incandescence les artefacts de la déconstruction au service d’un individu consommateur, diverti, post-historique, naïvement béat dans des croyances qu’il estime irréfutables : l’Europe de Maastricht, l’identité heureuse, l’individualisme déraciné… Au fur et à mesure du déploiement d’un tour de passe-passe communicationnel non dépourvu d’astuce on en vient à convaincre des peuples hébétés que leurs problèmes sont leurs solutions, que leurs souffrances constituent leur horizon de bonheur. « Le viol des foules par la propagande », tel que l’avait disséqué en son temps Serge Tchakhotine, est, décidément, en marche… Il pourrait bien être la figure atrophiée d’une campagne pour rien.

La fin de la com'

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La communication

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Communiquer c'est vivre

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Macron président? Sarko contre-attaque!

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Nicolas Sarkozy en meeting à Paris, octobre 2016. SIPA. 00775954_000025
Nicolas Sarkozy en meeting à Paris, octobre 2016. SIPA. 00775954_000025

>> A lire aussi: Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose. Petit essai de présidentielle-fiction (1/3)

Lundi 24 avril 20h12, Siège des Républicains, Paris

En fait, Laurent Wauquiez était soulagé que Nicolas Sarkozy reparte à l’assaut. Dans l’après-midi, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes était aux abonnés absents pour tous les journalistes de France, de Navarre et d’ailleurs. Deux heures avant, il avait eu Marine Le Pen au téléphone. Elle lui promettait Matignon en cas de victoire, à condition qu’il annonce son soutien dans les deux jours. L’ex-disciple du démocrate-chrétien Jacques Barrot avait été flatté, même s’il se doutait que Le Pen avait essuyé dans la journée les refus de Guaino et de Dupont-Aignan à qui elle avait proposé le même poste. Malgré cette désagréable sensation d’être un troisième choix, il avait été tenté. Mais la déclaration de Nicolas Sarkozy changeait évidemment tout. Dans ces conditions, il pouvait lui-même appeler aussi à voter Macron et s’engager à fond dans la bataille pour l’alternance que l’ex-président se proposait de mener pour les élections législatives. Après tout, mieux valait un Beauvau probable qu’un Matignon très hypothétique.

*

Jeudi 26 avril 13h47, Drancy

Jean-Christophe Lagarde hurlait dans le bureau, ses collaborateurs ne sachant que faire pour calmer sa colère. Il venait de découvrir que Nicolas Sarkozy avait décidé de passer outre toutes les investitures négociées avec l’équipe Fillon entre LR et l’UDI. L’ex-président avait décidé de contourner l’obstacle en créant un label « Pour l’alternance » qu’il distribuerait lui-même et qui supplanterait de facto les investitures LR-UDI. Ainsi la centaine de sièges accordée par François Fillon après l’épisode du Trocadéro partait en fumée. D’autre part, il savait qu’Emmanuel Macron ne serait plus si généreux, loin s’en faut, et accorderait chichement des investitures En Marche aux élus UDI les mieux implantés, sans même passer par lui. Il était coincé. Lagarde savait qu’il n’était plus à cette heure que le président d’une coquille vide.

*

Dimanche 30 avril, 13h37, Studio de LCI, Boulogne-Billancourt

Après avoir salué Olivier Mazerolle, Christophe Jakubyscyn et Guillaume Roquette, Bernard Accoyer reprit l’ascenseur, assommé. Il avait bien dû finir par convenir que son titre de secrétaire général des Républicains, n’était plus qu’un titre honorifique. Mis en place par le candidat Fillon désormais éliminé après le score le plus faible de toute l’histoire de son parti, fruit de la fusion du RPR et de l’UDF quinze ans auparavant, il n’avait en fait aucune légitimité. Nicolas Sarkozy avait réussi en quelques jours un putsch soft, auquel personne n’avait pu s’opposer. Fillon, bien entendu mais aussi NKM et Juppé. Ces deux derniers avaient dû convenir que l’ancien président était le seul à empêcher l’éclatement définitif de la famille, qui n’aurait profité qu’aux deux finalistes de la présidentielle. Sauver leurs sièges ainsi que ceux des amis était désormais la priorité. Accoyer avait donc reconnu à demi-mot n’être plus là que pour sauver les apparences. Tout désormais serait fonction des trois prochains tours, celui du dimanche suivant, et plus encore ceux qui auraient lieu mi-juin. Il ne serait d’ailleurs pas le dernier à faire figurer le logo « Pour l’alternance » sur les affiches collées du coté d’Annecy-Le-Vieux. Sa docilité serait certainement récompensée le moment venu. A ce moment, que pèserait alors cette brève sensation honteuse qu’il avait ressentie en croisant le regard moqueur d’Olivier Mazerolle ?

*

Jeudi 4 mai, 0h18, Rue de Miromesnil, Paris

Nicolas Sarkozy avait pris sa décision. Il ne pousserait personne d’autre à aller à Matignon à sa place. Il avait pourtant quelques idées : Pécresse, Bertrand, Larcher. Tandis qu’il se préparerait pour d’autres échéances plus intéressantes. Mais le traditionnel face-à-face qui venait d’avoir lieu l’avait convaincu. Lui à Matignon, Emmanuel Macron n’existerait pas à l’Elysée. Il le mangerait. Il le digérerait. Comme Marine Le Pen avait mangé et digéré le candidat d’En Marche pendant le débat. Bien entendu, ce dernier serait élu dimanche mais avec une marge beaucoup plus étroite que prévue. Cette impression « d’homme qui ne fait pas le poids » allait coller d’emblée au nouveau président. Le Grand Collier de la Légion d’Honneur, qu’Emmanuel Macron souhaitait revêtir sur la photo officielle, pour la première fois depuis 1969, serait beaucoup trop lourd pour un président si faible dès son entrée en fonction. Il fallait désormais obtenir une majorité absolue pour les candidats portant le label « Pour l’alternance ». Et obtenir Matignon, que Jacques Chirac lui avait refusé quinze ans auparavant, lui préférant « Raffarien ».

Le dernier épisode arrive bientôt…

Tous les articles de David Desgouilles sont à retrouver sur son blog Antidote

Dérapage

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Adversaires de Fillon, appliquez-vous!

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Graffiti anti-Fillon sur un mur de Marseille, mars 2017. SIPA. AP22034452_000032
Graffiti anti-Fillon sur un mur de Marseille, mars 2017. SIPA. AP22034452_000032

Le fortin Fillon résiste toujours sur son socle de 17-18 %. Les assiégés tentent une contre-attaque et, pour récupérer leurs électeurs perdus, ils tirent à boulets rouges sur le château de l’Elysée. C’est de bonne guerre. Naturellement les alliés du château se mettent à faire feu sur la contre-attaque des Républicains. C’est aussi de bonne guerre, sauf que les arguments employés me paraissent plutôt pourris.

La semaine dernière, sur BFM TV, Laurent Neumann nous balance une belle tirade pleine de lyrisme : en accusant François Hollande de comploter sa perte, François Fillon ébranle l’exécutif, saccage le législatif déjà mal en point et détruit la justice ! Laurent  enchaîne les phrases enflammées et patriotiques, on dirait Cicéron accusant Catilina de vouloir tuer la République romaine. Du calme, Laurent, du calme ! Pour François Fillon, il ne s’agit pas de détruire la justice, dont la majorité des magistrats reste honorable, il s’agit seulement de dénoncer quelques brebis galeuses regroupées sous la houlette de la très suspecte bergère qui préside le Parquet national financier.

Jeudi 30 mars, je découvre la couverture de Charlie Hebdo : « Cabinet Noir, l’espion qui venait de Tulle ». Le dessin montre l’intérieur d’un canon de fusil vrillé et la cible : un François Hollande suant de peur. Cet argument-là : comment voulez-vous que ce pauvre président qui a tout raté soit assez malin pour monter un complot aussi sophistiqué ?, je l’ai déjà trouvé sous la plume de Sophie Coignard dans Le Point. C’est assez retors : pour prouver que le président est innocent, on surfe sur son impopularité et on le déclare trop bête pour une telle machination. On nous a vendu pendant des années un François Hollande très intelligent mais velléitaire, on veut nous vendre maintenant un François Hollande innocent de village. Et merci pour les Tullistes qui passent pour des ploucs incapables de coups fourrés.

Critiques faciles

C’est l’expression elle-même de « cabinet noir » qui est trompeuse. Les sbires de Richelieu s’enfermaient dans un cabinet sombre pour lire la correspondance que s’adressaient les grands du Royaume, puis la recachetaient et la laissaient parvenir à leurs destinataires. Bref, Richelieu faisait de l’Alexandre Dumas avant la lettre. D’où la critique facile qu’on adresse aux défenseurs de Fillon : vous faites du roman, vous imaginez un bureau dans les caves de l’Elysée, des barbouzes passant leur temps à élaborer de ténébreuses machinations, quelle imagination délirante ! Mais ce n’est pas ainsi qu’il faut imaginer un cabinet noir à l’âge du numérique. L’organisation s’est digitalisée, les complots se font en quelques clics, et d’autant plus facilement que ce sont toujours les mêmes cheminements informatiques qui sont mis en œuvre. Même un espion venu de Tulle peut activer le processus.

Entendons-nous bien : que l’exécutif soit tenu au courant via la police et le ministère de l’Intérieur de tout ce qui arrive en France, il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. Que François Hollande sache une heure après les faits que le fils de Valérie Pécresse a été arrêté par la police en possession de quatre grammes de cannabis, passe encore. Mais que le président ou un de ses collaborateurs télécharge ensuite sur l’application « prévenir la presse », c’est là un abus intolérable. Prévenir toute la presse, non, mais les quelques correspondants habituels au Monde, à Libération, au Canard enchaîné. Une partie des dirigeants et des rédacteurs de ces journaux ne sont peut-être même pas au courant de ces discrets circuits. Françoise Fressoz prend des mines de vierge effarouchée chaque fois qu’on attaque dans un débat la vertu du Monde, et elle est peut-être sincère.

Il sera très difficile de prouver qu’il y a eu effectivement un complot contre François Fillon, et les auteurs de Bienvenue Place Beauvau reconnaissent qu’il est impossible de prouver l’existence d’un cabinet noir comme de prouver sa non-existence, parce que tout repose sur la connivence. La métaphore du cabinet noir embrouille la compréhension et je crois qu’il vaudrait mieux utiliser l’image du fonctionnement en réseau des neurones du cerveau. Dès qu’une connaissance a été acquise, en maths, en langues étrangères ou en n’importe quoi, il s’établit par les synapses des correspondances immédiates entre les cellules concernées, et chacun de nous retrouve tout de suite l’information dont il a besoin. Le réseau de neurones exécutif-ministère de l’Intérieur-pouvoir judiciaire-presse (du moins le très petit nombre de personnes concernées dans chacune de ces entités) a eu beaucoup d’occasions de faire des travaux pratiques au cours des 13 procès intentés à Nicolas Sarkozy. On a pu tester ce qui marchait, ce qui ne marchait pas, on a pu éloigner les fonctionnaires, juges, journalistes ou policiers qui ne voulaient pas manger de ce pain-là.

>> A lire aussi: Affaire Fillon: Canard qui s’en dédit… Quand un journaliste de l’hebdo satirique se dément lui-même

On a ainsi éloigné Bernard Muenkel, qui dirigeait le service informatique de l’Elysée. Un article du Figaro en date du 31 mars, intitulé « Ces curieuses manœuvres qui visaient déjà Sarkozy » révèle pourquoi il a été écarté de son poste. La « promotion Corrèze », un groupe de militaires et de chefs de cabinet travaillant au palais présidentiel, a exigé de lui qu’il fasse des recherches compromettantes sur Sarkozy, en toute illégalité. Bernard Muenkel a refusé et a été éloigné de son poste. Le caillot qui aurait pu entraver le bon fonctionnement du réseau a été dissous.

La connivence favorise l’immédiateté du fonctionnement. Un peu d’imagination : Tracfin découvre que les Fillon ont pioché dans l’argent public. Il active la synapse Canard enchaîné, qui active la synapse Parquet national financier. Tous ceux qui nous répètent qu’il n’est pas question de Fillon dans Bienvenue Place Beauvau se moquent de nous. Un clic va plus vite que l’édition d’un livre. La connivence implique le demi-mot : François Hollande, la veille de la fameuse parution du Canard enchaîné, a peut-être rencontré Eliane Houlette dans une cérémonie officielle, il lui a peut-être dit sur un ton blagueur : « L’hiver est froid, les candidats feraient bien d’éviter les rhumes. J’espère que Fillon a un manteau bien épais ». La connivence permet même que l’un des neurones en réseau ne soit pas activé lors de la circulation de l’information. On peut supposer que Hollande n’a pas donné l’ordre de dégommer Fillon. L’information du Canard a intéressé Mme Houlette, elle a tout de suite convoqué François Fillon pour le 15 mars. Le neurone Hollande s’est réveillé ensuite et a entériné ce passage d’influx nerveux. La connivence est difficile à traquer, difficile à prouver. Si un ministre parle d’alerter « le monde », quel inspecteur de police démêlera s’il s’agit du journal ou de la planète ?

Inutile de noircir le tableau : tous ces gens-là ne sont pas des canailles, ils peuvent être parfaitement honnêtes dans le reste de leurs activités. Mais ce sont des gens de gauche, persuadés d’agir pour le bien du progrès et de l’humanité. Quand on a de tels idéaux, on peut bien se passer de la common decency chère à Alain Finkielkraut, on peut mentir, manipuler, truquer tout en gardant sa conscience parfaitement tranquille. Terrible dérive morale contre laquelle il semble difficile de lutter.

Renaud Camus: « En France, il y avait un peuple, maintenant il y en a deux »

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Renaud Camus. Photo: BALTEL/SIPA
Renaud Camus. Photo: BALTEL/SIPA

Ces deux-là n’étaient pas partis pour se connaître et encore moins pour se parler. Comment le juif séfarade, devenu activiste pour faire éclater la vérité surl’affaire Al Doura, aujourd’hui élu à Neuilly, et l’écrivain aristocratique retiré dans son château du Gers auraient-ils pu se rencontrer? Le hasard a pris les traits de Daniel Pipes. Ce conservateur américain qui organisait, avec l’aide de Karsenty, un voyage d’études en Europe, avait demandé à rencontrer Camus. « Je ne le connaissais pas, j’ai été ébloui par sa pensée qui ne ressemble à aucune autre », raconte Karsenty. Les réticences de son entourage l’ont convaincu qu’il fallait faire connaître l’oeuvre de Camus à des gens qui, souvent, n’avaient entendu parler de lui qu’à travers les polémiques qu’il suscite. Dans ce livre, où il a choisi de s’effacer pour laisser toute la place ou presque à son interlocuteur, Camus revient sur quelques-unes de ses idées-forces, comme le Grand Remplacement, et livre de nombreuses analyses sur l’actualité. Une excellente occasion de découvrir ou redécouvrir un écrivain majeur, sans se soucier des trépignements de ceux qui préfèrent interdire que réfléchir. EL

Le Grand Remplacement

Le Grand Remplacement est un nom pour un phénomène historique, sans doute le plus important et le plus dramatique qui soit survenu à notre pays et à notre peuple au cours de leur histoire commune, c’est-à-dire le long d’une quinzaine de siècles au moins : le changement de peuple, justement, avec le changement de civilisation qu’il implique nécessairement. C’est la réalisation dans les faits de ce qui, chez Bertolt Brecht, était une boutade : si le gouvernement n’est pas content du peuple, il n’a qu’à en élire un autre.

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Qu’est-ce que le Grand Remplacement ? Eh bien le simple fait que sur un territoire donné il y avait un peuple, un simple peuple, bien malaxé par les siècles, bien uni par son sentiment d’appartenance, sa culture, son art de vivre et sa longue histoire partagée ; et qu’en une génération à peine sur le même territoire il y a deux peuples, si ce n’est d’avantage, qui se le partagent plus ou moins harmonieusement — plutôt moins que plus.

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On peut dire ainsi que dans la situation politique ou plutôt historique française contemporaine, et sans doute européenne, il y a quatre sortes de protagonistes :

– les remplacés récalcitrants, c’est-à-dire les indigènes qui, comme moi, ne tiennent pas du tout à faire l’objet d’une colonisation,

– les remplacés consentants, qui ne voient pas où est le problème, au propre et au figuré,

– les remplacistes, qui organisent ou qui laissent faire le changement de peuple, et qui sont encore le pouvoir, peu ou prou,

– et enfin les remplaçants, les nouveaux ou futurs maîtres, autrement appelés selon les sous-périodes chances pour la France ou sensibles (parce qu’ils habitent et animent les « quartiers sensibles »).

Il est à noter que beaucoup de remplaçants, surtout parmi les plus jeunes, assument tout à fait cette qualité et relèvent même avec orgueil, pour la confirmer fièrement, l’expression de Grand Remplacement. Oui, disent-ils, c’est bien ce qui se passe, et tant mieux. Mais autant ils s’affichent volontiers remplaçants, autant ils ne sont pas du tout remplacistes. Au contraire, ce sont de farouches identitaires: ils sont fiers de leur héritage ethnique et culturel, de leurs traditions, de leur religion, de leur vision du monde. Nos identitaires et eux s’affrontent, mais au moins ils se comprennent parfaitement. Ils se font de l’appartenance la même idée — qui d’ailleurs fut longtemps la seule à avoir cours, pour tout le monde.

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Ces univers construits sur le mensonge sont incroyablement fragiles, en effet. Ils peuvent s’effondrer en quelques mois, quelques semaines, parfois quelques jours. Un simple éclair de vérité sous leurs voûtes peut les faire s’abattre comme château de cartes. Il suffit que quelqu’un parle, et surtout soit entendu.

Les sociologues

Je les appelais aussi les niveau-montistes : à propos de l’École, ils avançaient par exemple, formule que plus personne n’oserait reprendre aujourd’hui tant elle ferait rire (à travers les larmes), que le niveau montait — moyennant quoi, à force de niveaux qui montent, nous nous retrouvons avec un système scolaire complètement effondré, qui n’enseigne plus que[access capability= »lire_inedits »] l’oubli (et l’inexistence des races) (et bientôt des sexes).

Les sociologues prouvaient tous les ans par a plus b que la délinquance n’avait rien à voir avec l’immigration, ce qui explique sans doute que nos prisons sont pleines d’immigrés ou d’enfants d’immigrés, qu’ils engorgent les tribunaux et qu’ils occupent la plus grande part du temps de la police. Qu’est-ce qu’un sociologue aujourd’hui, en caricaturant à peine ? Quelqu’un qui est persuadé que la surreprésentation immigrée dans les prisons est la preuve absolue du racisme des juges.

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Vous demandiez si j’avais des chiffres. Non, non, non et non, je n’ai pas de chiffres ; et si j’en avais je ne les donnerais pas : je crois d’ailleurs qu’il y en a, et de très pertinents, mais ils ne sont pas mon domaine. On ne prend pas assez garde à ce mot de chiffre, qui signifie à la fois le nombre et le mensonge, la dissimulation. Le bureau du chiffre, c’est celui qui produit des messages incompréhensibles, chargés de dissimuler la vérité. Une lettre chiffrée, c’est une lettre qui ne dit pas ce qu’elle veut dire, qui dissimule sa signification véritable.

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Le Grand Remplacement crève les yeux, et le cœur. Mais la sociologie et les statistiques — c’est l’essentiel de ce que je leur reproche …— ont volé aux Français leur regard, leur expérience, et même leur chagrin. Éberlués de chiffres et d’interdits, nos malheureux concitoyens n’osent plus voir ce qu’ils voient, n’osent plus penser ce qu’ils pensent, n’osent même plus souffrir ce qu’ils souffrent.

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Cela dit, je ne doute pas un instant qu’il existe des preuves du Grand Remplacement, autres que les photographies de classe et les rubriques des naissances et décès des journaux.

La colonisation

Je sais que ce terme choque, colonisation, pour parler de ce qui nous arrive. Je m’y obstine cependant parce que l’Europe est bien plus colonisée par l’Afrique, selon moi, et bien plus profondément, plus gravement, qu’elle ne l’a jamais colonisée elle-même. La colonisation européenne de l’Afrique était militaire, politique, administrative, économique, culturelle. La colonisation africaine de l’Europe est démographique, ce qui est autrement plus grave et risque de se révéler irréversible.

L’immigration

Les partisans de l’immigration sont comme des gens qui auraient acheté un petit lézard d’agrément et se retrouveraient avec un colossal crocodile, pas particulièrement facile à vivre, et qui s’étalerait à travers les portes sur plusieurs pièces de l’appartement, où il dévasterait tout. Le phénomène est trop extraordinaire pour ces bobos casaniers, il dépasse trop leur cadre de perception et leurs cloisons. Affolés de ce qui leur arrive, ils font comme si ça n’arrivait pas. Et ils vont et viennent dans l’appartement comme si le crocodile n’était pas là, bien qu’il leur faille plus d’une fois, pour gagner le réfrigérateur ou leur lit, l’enjamber ou monter sur lui, malgré le danger. Et ceux qui leur parlent de leur crocodile les rendent fous furieux. Ils les haïssent, ils les maudissent, ils les menacent de tous les maux. Ça ne rend pas le dialogue aisé, d’autant que le crocodile lui-même, de plus en plus, veut y participer aussi, et ne fait rien pour l’apaiser.

L’Union européenne

L’Union européenne est la forme étatique que s’est donnée l’Europe devant la face du monde. Pas de malentendu, n’est-ce pas : personne n’est plus convaincu que moi du caractère exécrable des politiques menées à Bruxelles. Les dirigeants européens sont à mes yeux des traîtres qui livrent la patrie commune à l’invasion, et vont jusqu’à appeler celle-ci, à la provoquer, l’organiser. Entendons-nous bien, donc : je n’ai aucune espèce de sympathie ou de respect pour eux. Un Jean-Claude Juncker, qui est allé jusqu’à confier à l’un des plus dangereux envahisseurs, la Turquie, le soin de juguler l’invasion, est à mes yeux le Grand Remplaciste. Il faudra bien sûr se débarrasser de toute cette clique remplaciste, les champions et promoteurs du Grand Remplacement et du remplacisme global. Il est plus que probable qu’il faudra aussi procéder à une large refonte des institutions européennes, et les faire évoluer vers une Europe confédérale, une Europe des nations, avec un président et des attributions clairement réparties, entre les États et la confédération. Mais il ne faut pas détruire ce qui a été fait depuis soixante ans, et qui a le mérite d’exister. Je me méfie grandement de l’éternelle pulsion de tabula rasa, au sein des droites françaises. Au fond je suis beaucoup plus ambitieux et peut-être casse-cou, soit, que les souverainistes. L’Europe, selon moi, il ne faut pas la quitter, il faut s’en emparer, en s’appuyant sur les États du pacte de Visegrad.

Donald Trump

Donald Trump est un briseur de codes. Il a eu le grand mérite de fendre, de rompre, peut-être de briser, la chape de propos convenus qui auraient entouré et même constitué l’élection américaine si Hillary Clinton avait eu en face d’elle un opposant de la même espèce qu’elle, nourri dans le sérail et comme elle vieux routier de la politique. Sur l’immigration, sur l’islam, qui sont de très loin à mes yeux les questions principales, vous le savez, Trump a eu le courage, ou le talent, ou l’intelligence stratégique, de mettre en pièces plusieurs tabous qui, même s’ils sont moins pesants aux États-Unis qu’en France, sont une chape formidable entre le monde réel, celui de l’expérience quotidienne des gens, et la parole politique admise. De cela, bien sûr, je lui sais gré.

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Trump a fait mentir les sondages, les analystes, les prétendus experts ; il les a même ridiculisés, il a fait paraître au grand jour la niaise absurdité de leur morgue et leur suffisance : bravo.

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Les États-Unis, jusqu’à Obama, c’était tout de même encore un peu l’Europe. C’était la civilisation occidentale. Mais pour Obama, il l’a montré en maintes occasions, l’Europe n’était rien du tout ; et il semble bien que pour Trump elle ne soit guère davantage : en cela les deux hommes ne sont pas si différents qu’on pourrait croire. Le continent nord-américain a pris le large, il vogue vers l’Asie, il vogue même vers un univers virtuel indépendant des cartes, ces vieilles choses si belles. Obama a été le premier président vraiment mondialiste, c’est-à-dire indéterminé.

Poutine

Poutine a eu des mots très justes, il y a déjà bien longtemps, sur la colonisation de l’Europe par ses anciens colonisés. À ce propos, je rejoins mot pour mot ses analyses : il a décrit à l’avance, et avec tout le mépris qui convenait, ce qui est en train de se produire. Mais je ne le vois pas comme un ami : plutôt comme un joueur très doué qui sert à merveille ses propres intérêts et, dans une certaine mesure, ceux de son pays (plus que de son peuple). On peut s’inspirer de sa détermination, de son talent diplomatique, de son patriotisme. On peut même les admirer, et les envier pour nos propres nations. Mais on ne saurait oublier qu’il ne s’agit nullement d’un ami, et que ses intérêts ne sont pas les nôtres.

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La Russie est justement la preuve, comme d’ailleurs le Japon, qu’il n’y a pas de changement de peuple, même en cas de décroissance démographique et de vieillissement de la population, si les pouvoirs en place ne le souhaitent pas ; en d’autres termes, si le remplacisme global ne dispose pas (encore ?), dans le pays concerné, du contrôle de la situation. Ce n’est pas la décroissance démographique qui entraîne le changement de peuple, c’est l’idéologie remplaciste, celle pour qui l’homme est par définition remplaçable, une cuillerée étalable à merci de Matière Humaine Indifférenciée (MHI).

La décroissance démographique n’est pas un déclin, ni une faute, ni une erreur d’appréciation. Étant donné l’état de la planète, elle est au contraire la sagesse même. Les peuples les plus avancés le perçoivent parfaitement au tréfonds d’eux-mêmes.

Toutes les politiques écologiques sont parfaitement vaines, représentent des milliards jetés par les fenêtres et des efforts surhumains gâchés pour rien, tant que la croissance démographique planétaire n’est pas enrayée et renversée, et qu’elle annihile systématiquement leurs efforts et leurs effets. Neuf sur dix des maux dont souffre la Terre ont une source unique : la surpopulation.

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L’attitude démographique des peuples développés comme l’Allemagne, l’Italie ou la Russie, qui tendent vers une légère décroissance, est à mon avis, je le répète, la sagesse même et devrait être encouragée, ou en tout cas pas combattue. C’est le comportement démographique de l’Afrique qui est délirant, une pure folie.

…/…

La force est de moins en moins liée au nombre, à la quantité. Elle va à l’intelligence, à la prévoyance, à la subtilité stratégique, à la recherche : pas à la quantité des peuples ou des armées. Voyez le minuscule Israël tenir tête à soi-seul grâce il est vrai à ses alliances et à sa diaspora, mais surtout à une vigilance de tous les instants, et à la force de sa volonté, à l’océan de haine qui l’entoure de toute part.

Israël et Jérusalem

L’arrogance islamique n’est jamais plus évidente qu’en les moments où elle appuie les droits prétendus des musulmans au site de la mosquée Al-Aqsa sur le fait qu’il s’agirait du « troisième lieu saint de l’islam ». Admettons que ce le soit, et c’est déjà beaucoup demander, car, jusqu’en 1967, on n’avait guère entendu parler de Jérusalem comme lieu saint de l’islam, et les dirigeants et chefs d’État arabes et musulmans ne s’y pressaient guère pour y faire leurs dévotions, alors que la ville était sous contrôle jordanien et qu’ils eussent eu tout loisir de le faire. C’est la reprise de leur capitale éternelle par les juifs qui tout à coup a fait de Jérusalem une ville sainte de l’islam, par on ne sait quel miracle rétrospectif. Mais passons, passons, admettons : troisième lieu saint de l’islam, bon, il y a quelques textes à l’appui. En quoi cela devrait-il donner aux musulmans le moindre droit, dans la mesure où le mont du Temple est de toute évidence le premier lieu saint d’Israël, et Jérusalem en général, le site de la passion du Christ, le premier lieu saint du christianisme ? En quoi un troisième lieu saint, nouvellement créé, d’une religion tard venue devrait-il étayer ses prétentions au détriment de deux autres religions plus anciennes, dont le même lieu est le premier lieu saint ? Est-ce qu’une religion jouit d’une préséance sur deux autres qui la valent bien, au seul motif qu’elle fait plus peur et que ses fidèles sont plus agressifs ?

…/…

C’est une des raisons qui me font dire qu’Israël est le modèle des sociétés occidentales, l’exemple de ce qu’elles devraient être : pays resurgi de la mort et de l’holocauste, remonté du tombeau, comme Lazare, ressuscité, comme l’hébreu effacé et re-né. D’autre part, île minuscule isolée parmi un océan innombrable d’ennemis, il prouve que la force, aujourd’hui, n’est plus une affaire de quantité mais, plus que jamais, d’intelligence, d’attention de tous les instants et de volonté.

2017, dernière chance avant le Grand Remplacement. Changer de peuple ou changer de politique ?, Renaud Camus, entretiens avec Philippe Karsenty, La Maison d’Édition, 2017.

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Les mille masques d’Emmanuel Hollande

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Emmanuel Macron, mars 2017. SIPA. 00799991_000037
Emmanuel Macron, mars 2017. SIPA. 00799991_000037

« On avait fait, l’hiver précédent, plusieurs masques de cire de personnes de la cour, au naturel, qui les portaient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on y était trompé en prenant le second masque pour le visage, et c’en était un véritable, tout différent, dessous ; on s’amusa fort à cette badinerie. » (Duc de Saint-Simon, Mémoires, , année 1704).

Le bel Emmanuel regarda le miroir, qui réfléchit un court instant et choisit de lui renvoyer son image. Il était jeune, il était beau, il souriait avec désinvolture, il avait le verbe facile d’un télévangéliste américain.
Lentement, sans trop savoir ce qu’il faisait, Emmanuel porta la main à son menton, fouilla avec les ongles et arracha délicatement sa première peau.

La marionnette laissait enfin apparaître le manipulateur…

Le miroir refléta ce qu’on lui proposait — l’image légèrement brouillée de Manuel Valls. La conscience d’Emmanuel, qui subsistait sous le masque, grimaça quelque peu — et le jeune homme se débarrassa prestement de l’apparence de l’ancien premier ministre…

… ce fut pour retrouver, successivement, le crâne chauve de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense de Hollande, qui devint le crâne déplumé de Bernard Poignant, puis la bouche sans lèvres de Gérard Collomb, le maire PS de Lyon, puis le visage parcheminé de Bertrand Delanoë, puis les yeux fendus et la mèche en bataille de François Bayrou, puis…

Masque après masque, le jeune candidat n’en finissait plus d’arracher les multiples apparences qui lui avaient donné, au départ, une certaine densité. Peu à peu, ses traits s’affinaient, — bientôt il ne resterait qu’une ombre. Jacques Attali lui prêta un instant sa barbe mal taillée, Robert Hue son collier poivre et sel, Erik Orsenna sa moustache mélancolique, Pierre Bergé ses rides d’octogénaire — et toujours le PS tout entier défilait dans le miroir, chaque image laissant la place à une image toujours plus dérisoire. Pour certains, le masque n’était lui-même que le prête-nom d’un autre masque, dissimulé sus la dissimulation — ainsi Patrick Drahi feignait-il de s’appeler Bernard Mourad… « Ciel, pensa Emmanuel, être François de Rugy — non, non ! Non, pas Douste-Blazy ! »

Quand enfin apparut le visage poupon de François H***, il sut que son calvaire d’écorché prenait fin. La marionnette laissait enfin apparaître le manipulateur…

… puis le manipulateur du manipulateur — et Emmanuel se désola quand même de porter les traits, un court instant, de Jean-Pierre Jouyet…

Mais le masque de Jouyet s’arracha à son tour. Dessous…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli