Un café parisien, décembre 2015. SIPA. 00733530_000012

Ça commence comme du Philippe Muray. Dans Chers djihadistes, il prophétisait une défaite annoncée. « Craignez le courroux de l’homme en bermuda qui descend de son camping-car… Nous vaincrons car nous sommes les plus morts ». C’est une filiation que ne renie pas Alexandra Laignel-Lavastine. Muray sonnait le glas. Elle, elle sonne le tocsin.

Le glas est utile. Le tocsin est nécessaire. Il appelle au combat contre ceux qui veulent nous tuer. Il écrase ceux qui préfèrent vivre couchés plutôt que mourir debout. Et c’est avec une lucide férocité qu’Alexandra Laignel-Lavastine dénonce le « tous en terrasse ! » qui a suivi la tuerie du Bataclan. Une bière contre les assassins… Un mojito pour faire la nique à Allah…

Face à la guerre…

Il y a du Muray dans sa description du bobo baignant dans sa bêtise sanctifiée par la compulsion frénétique au bien. Le bobo, tel qu’elle le campe, est le descendant immédiat du petit bourgeois dépiauté par Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Il fait la fête, donc il est. Et les djihadistes sont vraiment trop cons de ne pas venir boire un coup avec lui à une terrasse de café du onzième arrondissement. Ah ça, tuer, mourir, ça ne se fait pas.

Le livre d’Alexandra Laignel-Lavastine donne, s’éloignant du scepticisme crépusculaire de Muray, des raisons d’espérer. Elle s’appuie pour cela sur ceux qui ont vu juste. Elle cite le philosophe tchèque Jan Patocka : « Une vie qui n’est pas disposée à se sacrifier à son sens ne mérite pas d’être vécue ».

Si nous voulons gagner la guerre qui nous a été déclarée, il serait donc temps de savoir quel « sacré » nous autres, Européens, sommes encore en mesure d’opposer à nos adversaires djihadistes, écrit-elle. Citons-la encore. « Dans une société laïque qui ne prend plus ses ordres ni du Ciel, ni de la Tradition, nos sociétés laïques ne peuvent se maintenir, dans l’absolu, qu’en vertu de nos dispositions à sacrifier nos vies ».

Tout son livre semble inspiré par cette phrase de Baudelaire : « Il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est bon pour le fouet ». Il y a des livres qui sont une lamentation, ou une supplique. Celui d’Alexandra Laignel-Lavastine est un manuel de combat.

Alexandra Laignel-Lavastine. Pourquoi serions-nous encore prêts à mourir ? Pour un réarmement intellectuel et moral face au djihadisme. Cerf. 150 pages. 14 euros.